FRERE ET SOEUR DANS LA FORET: INCESTE ET REUSSITE



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Transcription:

FRERE ET SOEUR DANS LA FORET: INCESTE ET REUSSITE Kwakou Anane, réponds à mon conte. C'est moi, Ayui Kwakou François, c'est moi qui vais faire ce récit. Donc autrefois, quand le monde fut créé, il n'existait pas d'argent. Or, si un jeune homme quelconque contractait des dettes, si petites soient-elles, c'était vraiment un grand malheur pour sa famille. Alors on l'attrapait et on lui coupait la tête. Un homme mit au monde deux enfants, une fille et un garçon. Or le garçon, devenu grand, s'était endetté. La somme était très petite, mais c'était tout de même une dette à régler. Où trouver l'argent? Son père dit alors: «Mon fils m'a ruiné». Sa mère dit aussi: «Mon fils m'a tué». En effet comment allaient-ils faire pour payer les dettes qu'il avait contractées et qui pesaient lourdement sur leur famille? Mon cher! Les créditeurs harcelaient son père, ils voulaient lui enlever le pagne qu'il portait. Le père dit alors: - Eh bien, laissez-moi ce pagne, je vous en prie. Mon enfant a contractées des dettes, c'est vrai, mais puis-je le rejeter? Donc j'irai chercher du crédit. Il s'en alla voir le chef du village. Il lui dit: - Sire, je t'en prie, viens à mon aide. Mon fils a fait des dettes. Le chef lui demanda: - Combien? - Deux pièces (1), répondit-il, à cause de cela on veut le tuer. Alors le chef lui dit: - C'est bien, si les choses sont ainsi, retourne à la maison, et reviens plus tard. Mon cher! L'homme s'en alla. Pouvait-il être tranquille? Il retourna chez le chef accompagné toujours par ses créditeurs. Le chef lui remit les deux pièces avec lesquelles il paya ses dettes. Ensuite ils se séparèrent. Arrivé à la maison, le mari se concerta avec sa femme: ce garçon qui avait eu des dettes et qui avait ébranlé la famille, il fallait le tuer, il ne devait plus vivre. Tout le monde dans le village a un ami, n'est-il pas vrai? Or son ami, celui avec lequel il faisait tout, avait entendu ce que le mari et la femme avaient dit. Il s'en alla le trouver et lui dit: - Mon ami, voilà ce que j'ai entendu. Si tu ne fuis pas, on va te tuer. - Ah, c'est vrai!, répondit-il. Son père, sa mère, le chef du village s'étaient réunis en cachette et ils avaient décidé que, lors de la fête des ignames, on allait le tuer en le sacrifiant au siège des ancêtres. Quand son ami lui eut raconté tout cela, le jeune homme répondit: - Si les choses sont ainsi, alors je m'en vais. Où pouvait-il fuir dans l'ancien temps? Mon cher! Le jeune homme partit dans la forêt, et seul, il marcha longtemps, longtemps. Il arriva jusqu'au centre de la forêt. Là il construisit un campement et il s'y installa. Où pouvait-il trouver de la nourriture? On ne trouvait que du gibier: c'est ce qu'il mangeait. Beaucoup de temps passa. Or la sœur du jeune homme était petite quand celui-ci avait fui, mais elle avait bien connu son frère. La sœur donc avait grandi. Un jour elle demanda: - Papa, mais où est parti mon grand frère, celui qui de temps à autre me portait dans ses bras? On lui répondit: - C'est au sujet de ton frère que tu poses cette question? Nous ne savons pas où il est parti. La fille répondit alors: - Vous ne savez pas où il est parti? Vous nous avez mis au monde, mon frère et moi, nous étions deux, or je suis restée seule, moi femme. Eh bien, j'irai le chercher là où il est parti. La fille se promenait toujours dans le village en pleurant et en demandant des nouvelles de son frère. L'ami de son frère l'entendit et il se dit: - Si je révèle à la femme où est parti mon ami, elle voudra aller là-bas, mais qu'y fera-t-elle? je me le demande. Mais puisqu'elle ne fait que pleurer et demander des nouvelles de son frère, il faut tout de même que je lui en parle. Or, entre temps, cet ami alla avertir le camarade qui était en forêt, et revint au village. Un jour, tandis que la femme se promenait en pleurant, il l'appela: - Ecoute, ne pleure plus, viens chez moi. Elle répondit:

- J'ai compris. Vers midi, comme tout le monde était parti aux champs, la femme s'en alla chez lui. Il lui dit: - Je vais te conduire quelque part, mais fais bien attention, tu ne dois dire à personne où je vais te conduire. Si tu en parles, je ne t'y conduirais plus. La fille répondit: - Papa, est-ce que je pleure pour rien? L'autre dit alors: - Bon, j'ai compris, maintenant rentre chez toi. La femme s'en alla. Trois jours plus tard le jeune homme lui annonça: «on va partir». Il prit de la nourriture et tout ce dont pouvait avoir besoin son ami, là-bas en forêt. Quand tout fut prêt, il parti avec la sœur. Remarque bien, c'était une grande forêt comme celle qui va d'ici à Abengourou et à Niablé (2). Arrivés là-bas, elle aperçut son frère: son visage, son menton, tout était enfoui dans une énorme barbe. Le camarade de son frère lui dit: - Voici ton frère qu'on avait décidé de tuer. C'est ici que je l'ai conduit et caché. La fille répondit: - Merci, mon ami. Puisque je suis arrivée ici et j'ai trouvé mon frère, maintenant je vais rester avec lui. S'il meurt ici nous mourrons ensemble, je ne mettrai plus pied au village. J'ai enfin trouvé ce que je cherchais. Elle sortit ensuite toute la nourriture qu'elle avait apportée et la leur donna. Ensuite elle dit: - Papa, quand tu seras rentré, je t'en prie, fait tout ton possible pour trouver un petit couteau - autrefois il n'y avait pas de rasoir - tu l'aiguiseras jusqu'à ce qu'il devienne bien tranchant pour qu'on puisse se raser. L'homme rentra au village. Quand il retourna pour leur envoyer de la nourriture, il avait avec lui un canif qu'il avait bien aiguisé. Il arriva sur place, leur donna la nourriture. Quand ils furent rassasiés, la fille lui dit: - Papa, je t'en prie, rase la tête et la barbe de mon frère, ensuite viens me raser, moi aussi. L'ami rasa alors la tête et la barbe du frère, ensuite il rasa la tête de la fille. Le frère et la sœur habitaient donc ensemble là en brousse. Personne ne connaissait le chemin pour les rejoindre. Mon cher! Ils vécurent longtemps, longtemps. Un jour que l'ami du village retournait leur apporter de la nourriture, la femme lui dit: - Papa, à ton retour va consulter en cachette le féticheur au sujet de mon frère. Il répondit: - D'accord! Il rebroussa chemin et rentra au village. Il alla consulter le féticheur. Celui-ci répondit: - Quand tu arriveras chez ton ami dis-lui qu'il doit avoir des relations sexuelles avec sa sœur, vraiment comme font les garçons et les filles ensemble. Alors ils verront que la chance que Dieu leur accordera sera vraiment incommensurable. Le féticheur fut consulté plusieurs fois et il donnait toujours la même réponse. Ensuite il lui dit: - Voici ce que tu dois dire à ton ami. - Mais mon ami ne va pas accepter une chose pareille, et il pensera que tu es un homme pervers. De toutes les façons j'ai bien compris ce que tu as dit. Il retourna donc de nouveau voir son ami. Comme d'habitude il leur apporta de la nourriture. Ensuite il dit: - Mon ami, j'ai fait ce que vous m'avez demandé. Je suis allé consulter le féticheur. Voici la réponse qu'il m'a chargé de vous communiquer: tous les deux vous devez coucher ensemble et avoir des relations sexuelles. Une fois que vous aurez couché ensemble, vous-mêmes verrez la chance que Dieu vous réserve. Le féticheur a consulté plusieurs fois, moi j'étais là à côté de lui. Voilà la nouvelle que je dois vous communiquer. Le frère était là, il regarda longtemps au ciel et il se mit à pleurer: «Mais comment peut-on faire cela? Avec ma sœur, nous qui avons même père et même mère, je dois coucher avec elle? Non, je ne peux pas faire cela!» Sa sœur lui dit: - Ce n'est pas toi qui a eu cette idée, c'est le féticheur qui a donné cette nouvelle, il ne faut pas pleurer, mais faire ce qu'il nous a ordonné.

Mon cher! Les deux discutèrent longtemps, longtemps, mais le frère ne voulait rien entendre. Une année s'écoula ainsi. La sœur harcelait toujours son frère. Cela dura longtemps, longtemps. A la fin le frère lui dit: - Bon, puisque tu répètes qu'il faut obéir au féticheur, on va coucher ensemble et on verra. Remarque bien! On était en pleine saison sèche, il ne pleuvait pas. Au moment où ils s'apprêtaient à entrer dans la chambre pour coucher ensemble, le garçon se mit à pleurer, à pleurer: ses larmes coulèrent longtemps, longtemps. A la fin il dit: - Bon, c'est bien! Les deux donc couchèrent ensemble. Dès qu'ils eurent tout accompli, voilà un énorme coup de tonnerre: kprrrr... Le garçon dit alors: - Voilà, ce que j'avais prévu est en train de se produire. Mon cher! Le ciel se couvrit de nuages et s'assombrit: la forêt devint noire, noire, on ne voyait plus rien; Le vent commença à souffler. Aï! Mon ami! Le garçon, les larmes aux yeux, répétait sans cesse: «Je l'avais prévu, je l'avais prévu...», et il pleurait, il pleurait, il pleurait... Le vent grondait et subitement il plut à verse. Le vent souffla longtemps, longtemps, la pluie, elle, ne cessait de tomber. Il y avait un fromager à l'entrée du campement: soudain il se déracina... kprrrrr... et tomba: on ne pouvait plus sortir, on ne pouvait vraiment rien faire. Ils étaient à un pas de la mort. La pluie tomba longtemps, très longtemps. Enfin elle s'arrêta. Le lendemain, quand enfin ils purent sortir de leur prison, le fromager était là déraciné: tout autour il y avait une énorme quantité d'or: il y en avait vraiment partout. Eh! Qu'allons-nous faire? La sœur dit alors: - Grand Frère nous allons le ramasser. Alors ils se mirent à le ramasser. Cela dura longtemps, très longtemps. Comment allaient-ils faire pour tout ramasser? L'or ne diminuait pas. Quelques jours plus tard leur revint en apportant de la nourriture. Ils mangèrent et ils furent rassasiés. Le frère dit ensuite à son ami: - Mon camarade, un jour tu es allé consulter le féticheur à notre sujet. Nous avons fait ce que tu nous a dit. Les prédictions du féticheur se sont réalisées, viens toi-même te rendre compte de tes yeux. Ils l'emmenèrent au pied du fromager: le niveau de l'or augmentait toujours. Le frère dit alors: - Regarde, tu ne croirais même pas que nous en avons déjà ramassé. Son ami répondit: - Non, je ne toucherai pas à cet or, car si j'en apporte à la maison, ils découvriront ta cachette. Donc je m'en vais. Le frère lui dit: - Mon ami, puisque les choses sont ainsi, maintenant nous désirons retourner au village. Son camarade répondit: - Reste encore un peu ici. La sœur dit alors: - Non, qu'est-ce qui nous a chassé ici? N'est-ce pas la misère? C'est la misère qui nous a chassés ici en brousse, ce sont les dettes. Puisque Dieu a donné de l'argent il faut que nous retournions au village, pour que les villageois aussi puissent en profiter, tous, aussi bien ceux qui voulaient nous tuer, que ceux qui voulaient nous épargner. Le camarade répondit: - Ah! C'est vrai! Le frère lui dit alors: - Prends un peu d'or, rentre chez toi et vends-le, ensuite achète un pagne, le plus beau que tu trouves, et apporte-le-moi. L'ami prit donc de l'or et rentra au village. Il changea le tout en pièces d'argent. Ensuite il acheta le pagne le plus beau et le plus riche qu'il trouva. Qui pouvait en avoir un pareil? Personne, sauf un homme très, très riche. Une fois le pagne acheté, il le cacha soigneusement, ensuite il l'apporta à son ami. Quelque temps après l'ami avait apporté plusieurs pagnes: ils étaient devenus riches. Un jour le frère dit encore à son camarade: - Mon ami, puisque tu nous as rendus tant de services, je vais encore te confier une mission. Prends cet or et va acheter deux chevaux: un blanc et luisant, l'autre rouquin, et amène-les ici.

Mon cher! L'ami s'en alla acheter un cheval blanc, et un cheval rouquin et les emmena au campement. Le frère et la sœur s'entraînèrent pour apprendre à monter à cheval. Ils s'entraînèrent longtemps, très longtemps, jusqu'à savoir maîtriser et bien conduire leur cheval. Le frère dit encore à son ami: - Prends cet or et va acheter des esclaves - autrefois on achetait des vrais esclaves - tu les choisiras un à un, toi-même, jusqu'à cent, et tu les conduiras ici. Il lui remit de l'or. L'ami acheta des esclaves et les conduisit au campement. Son camarade lui dit alors: - Maintenant conduis-les là sur le sentier et fais leur dégager une grande route jusqu'au village, pour qu'on puisse ensuite l'emprunter pour partir. Les esclaves firent une route jusqu'au village. Les villageois ne savaient pas d'où venait cette route. Un jour que tout le monde était réuni, voilà que le camarade du jeune homme qui était en forêt, se présenta aux vieux du village et leur annonça: - Messieurs les anciens, mon ami m'envoie vous avertir qu'aujourd'hui même il viendra vous saluer. Un ancien demanda: - Mais quel ami? - Grand-père, répondit le jeune homme, l'enfant que vous aviez décidé de tuer, et qui, à cause de cela s'est enfui, aujourd'hui même il viendra vous saluer. Mon cher! Le vieux était là assis, il hocha la tête, il avait complètement oublié l'affaire de son fils. Il répondit tout de même: - C'est bien, nous sommes ici à l'attendre. Mon ami! Les vieux sont là. Vers midi on entendit des voix sur la route. Leur ami alla les rejoindre, ensuite il rebroussa chemin et il vint annoncer aux vieux: - Il est arrivé à l'entrée du village. Au moment de leur arrivée, voilà que la sœur marchait devant sur le cheval rouquin, il frère était derrière sur le cheval blanc. Les esclaves marchaient derrière eux. Les pagnes et les habits qu'ils portaient, étaient parsemés d'or: il y en avait en grande quantité. Les voilà qu'ils font leur entrée au village. Ils se tiennent sur leurs chevaux, ils passent au milieu des villageois, ils les saluent, ils continuent dans les rues du village et ils saluent tout le monde. Ils arrivèrent devant leur père. Le fils reconnut le père, mais le père ne reconnut pas le fils. Le camarade du jeune homme dit au père: - Papa, voici ton fils, il te salue. Le vieux posa sa main au dessus de ses propres yeux et le regarda attentivement en disant: - C'est mon fils, celui qui est ici sur le cheval? - Ton fils, lui répondit-il, ton fils qui avait fait des dettes et à qui tu voulais couper la tête, il s'est enfui et il s'est réfugié en brousse, maintenant le voilà de retour. Moi, j'allais souvent le voir, et me voilà maintenant avec lui. Voici de l'argent. Qu'est-ce qu'il vous faut encore? Ils répondirent: - Nous sommes tous noyés dans la souffrance, nous sommes tous en train de mourir. Voici de l'argent, venez tous en prendre, soit ceux qui en possèdent, soit ceux qui n'en ont pas, ceux de ma famille, et ceux qui ne sont pas de ma famille. Il passa dans toutes les maisons, dans tous les coins du village, il remit à tous de l'argent. Ensuite il revint et s'assit. On lui demanda la nouvelle. Il s'adressa à son ami et lui dit: - Donne la nouvelle pour que tous puissent comprendre. L'ami commença à parler: - Mon camarade que voici avait contracté une petite dette. Grand-père, c'est toi son père. Or tu avais décidé de le supprimer, c'est la raison pour laquelle il s'était enfui en brousse. Dieu poussa sa sœur à le rejoindre là-bas. Dieu leur accorda force et courage. Ils gagnèrent de l'argent et ils devinrent riches, grâce à l'appui de Dieu. Ensuite Dieu leur a fait comprendre qu'ils devaient retourner au village et que, une fois revenus, ils devaient faire du bien aux riches comme aux pauvres. C'est pour cela qu'ils sont ici. Voilà sa nouvelle. Mon ami! Tous les villageois devinrent riches ce jour-là. Voilà la raison pour laquelle si tu as un enfant qui fait du mal ou qui contracte des dettes, il ne faut pas le chasser, ni l'insulter. Au contraire, on emprunte de l'argent pour payer ses dettes. Tu ne sais pas en effet ce qu'un jour Dieu pourra te donner. Voici le sens de mon conte. C'est moi, Ayui Kwakou François qui ai raconté ce conte.

1) Le conteur dit: baa gnon, deux petites pièces. 2) Localités à environ 100 et 150 km du village du conteur.