La circulation des programmes télévisés par les réseaux Bittorrent : genèse, structuration et usages

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1 La circulation des programmes télévisés par les réseaux Bittorrent : genèse, structuration et usages Aurélien Le Foulgoc Université Paris 2, IFP, France Après la musique et les films, la distribution des programmes télévisés devient aujourd hui une question sensible. Que l on parle de télévision sur mobile, de vidéo à la demande ou de magnétoscope numérique, de nombreux procédés influent aujourd hui sur notre rapport à la télévision. Si le cinéma offre depuis bien longtemps différents modes de consommation, ce n était pas le cas il y a encore peu pour la télévision. Certes, depuis le début des années 80, la possibilité d enregistrer un programme afin de le visualiser ultérieurement existe par l intermédiaire du magnétoscope. Le contournement de la grille de programmation n est donc pas récent. Mais ce contournement de l usage reste relatif et sans commune mesure avec les nouveaux modes de consommation légaux ou illégaux qui fleurissent sur Internet. J ai pris le parti de focaliser cette étude sur les échanges de fichiers vidéo entre consommateurs. Je ne vais donc pas pleinement traiter de l appropriation du phénomène, par exemple par les studios Warner et la chaîne ABC aux Etats-Unis, ou par la BBC en Angleterre 1. Concernant ce phénomène, il est difficile de parler d une seule circulation : plusieurs types de flux s agencent et chacun induit des pratiques qui lui sont propres. Du simple loisir au militantisme en passant par l événementiel, différents flux de programmes coexistent, induisant différents types de sites et différentes organisations du contenu télévisuel. Mais une grande diversité de flux est-elle génératrice d une diversité de contenus? Quels programmes de quels pays circulent sur le réseau Bittorrent 2 et à destination de qui? Répondre à ces premières questions me permettra d identifier les contenus et de savoir ce que les utilisateurs du protocole Bittorrent consomment sur ces réseaux d échanges. Mais avant cela, il est nécessaire d évoquer la genèse du protocole Bittorrent et de la circulation des programmes télévisés. Pourquoi s intéresser à Bittorrent, alors que Kazaa, Gnutella, Emule, Edonkey et bien d autres protocoles préexistent? Il faut interroger les spécificités de ce protocole, celles qui le rendent attractif pour l échange de programmes télévisés. Nous verrons pourquoi la rencontre entre les usages permis par ce réseau 1 Les studios Warner ont signé un accord en août 2006 en vue de la distribution payante de films grâce au protocole Bittorrent («La Warner va être le premier studio à vendre ses films en P2P», in Le Monde, 11 mai 2006). La BBC expérimente depuis bientôt un an un lecteur multimédia appelé BBC IMP, qui permet aux internautes anglais d accéder à une base de donnée de programmes récemment diffusés par la chaîne (http://www.bbc.co.uk/imp/). 2 Il s agit d un des protocoles peer to peer les plus dynamiques. 1

2 d échanges et les usages liés à la télévision a été particulièrement performante. Mais en amont, trois étapes ont permis l essor de l échange de fichiers de programmes télévisés : la numérisation, l accès et la distribution. C est sur ce triptyque que repose le phénomène étudié. Ces trois éléments constituent une partie de l explication de la structuration des réseaux Bittorrent, ainsi que de la provenance des programmes télévisés échangés. Je souhaite ensuite présenter différents types de pratiques de publications de fichiers vidéo. Chacune correspond à un rapport au contenu télévisuel sur le réseau. Il est aussi nécessaire d ébaucher une cartographie du réseau, afin d en identifier les contenus (provenance et nature) ainsi que les consommateurs (nationalités). Cette approche plus quantitative vise à démontrer et à expliciter l organisation et la structuration de sphères d influences. Sommes-nous confrontés à une véritable circulation mondiale des programmes, ou s agit-il principalement d une circulation interne à chaque espace télévisuel? Ce réseau ouvre-t-il des horizons télévisuels, ou se contente-t-il de renforcer des pratiques préexistantes dans les espaces télévisuels nationaux? Toutes ces questions renvoient aux pratiques des téléspectateurs : je cherche ici à savoir s il y a une continuité des pratiques télévisuelles ou l émergence de nouvelles pratiques de consommation 3. Il est enfin essentiel de démontrer qu au-delà de pratiques de consommation qui appartiennent à un nombre réduit d utilisateurs 4 en regard des audiences télévisuelles, ce phénomène influe sur les pratiques professionnelles de certains acteurs, et par conséquent sur le système télévisuel français. Ces nouvelles pratiques se propagent dans un premier temps sous la forme d une consommation de programmes, mais chez un nombre réduit d utilisateurs, et dans un deuxième temps de manière beaucoup plus diffuse, en remodelant les préoccupations ainsi que le travail de certains acteurs médiatiques, leaders d influence. 1. Bittorrent et télévision, la rencontre entre trois facteurs : numérisation, accès, distribution Des séries télévisées en passant par les talk-shows à la mode, les documentaires voire les dessins animés, une nouvelle économie de l'échange permet un accès à un contenu télévisuel mondialisé. Mais cette économie repose sur trois facteurs essentiels sans lesquels elle ne se serait pas développée. Chacun de ces éléments participe à la construction du phénomène et en est une des clés. Bien qu ils soient indépendants du versant commercial de la circulation mondiale des programmes télévisés, ces trois facteurs sont susceptibles de favoriser la pression culturelle anglo-saxonne sur le reste du monde. La prééminence anglo-saxonne en matière de numérisation des programmes télévisés, de qualité d accès au réseau Internet et de développement d outils logiciels d échanges, constitue un élément décisif concernant le phénomène étudié. 3 Il est important de savoir si ce réseau impose par exemple un renforcement de la pression des programmes anglo-saxons sur les téléspectateurs du monde entier, ou bien s il propose une ouverture sur une sélection de programmes du monde entier. 4 Il faut maîtriser l outil informatique, bénéficier d une connexion Internet à haut débit, installer un programme spécifique et se rendre sur des sites dédiés. Tous ces obstacles font que cet usage est réservé à des utilisateurs motivés possédant une connaissance minimale de l informatique. La pression législative importante a aussi certainement tendance à freiner l enthousiasme et la témérité d une partie des utilisateurs les moins chevronnés. 2

3 1.1. La numérisation des programmes télévisés Si la rencontre entre le numérique et la télévision est depuis longtemps une réalité pour les professionnels des médias, elle l est beaucoup moins pour le grand public. La grande majorité des téléspectateurs reçoit un signal analogique. Certes, l arrivée récente de la télévision numérique terrestre marque un rapprochement avec l informatique, mais l utilisateur moyen bénéficie aujourd hui au mieux d un décodeur 5. De plus, même si aujourd hui, un grand nombre de constructeurs proposent des terminaux contenant un disque dur, ils sont très peu à autoriser le partage des programmes numérisés avec un ordinateur. C est aux Etats-Unis, en août 1997, que le premier service d enregistrement numérique de la télévision a vu le jour sous l appellation commerciale TIVO. Il s agit du premier terminal d enregistrement commercial qui numérise le signal, qui retire les coupures publicitaires des programmes et qui permet la copie des émissions sur un ordinateur 6. Ce service par abonnement compte plus de 4 millions d abonnés aux Etats-Unis. Il est aujourd hui officiellement présent aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et à Taiwan, mais des communautés d utilisateurs ont progressivement émergées aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Afrique du Sud, afin de permettre l utilisation gratuite des terminaux de cette société. Outre un plus grand confort de l utilisateur, ce procédé instaure un nouveau rapport à la télévision, dans lequel toute publicité est exclue 7. Il accélère ensuite la déconstruction de la grille de programmation, en proposant de rechercher les programmes à partir d une multitude de critères, faisant abstraction des chaînes de programmation. De même, il peut enregistrer non seulement les émissions programmées par les téléspectateurs, mais aussi potentiellement des programmes connexes, susceptibles d intéresser l utilisateur. La télévision n est plus abordée seulement comme un continuum temporel, une succession de programmes : elle se transforme en banque de programmes, adaptée aux goûts de chaque utilisateur. Il s agit d une forme de personnalisation du média de masse, de son adaptation aux habitudes et aux désirs de chacun La logique d accès comme catalyseur du phénomène Même si le système TIVO a toujours reposé en partie sur l Internet (il propose un accès à un programme télévisé électronique, ainsi qu à une banque de programmes), c est l augmentation du nombre de connexions ainsi que le passage de beaucoup d utilisateurs au 5 Le terminal pilotime proposé par le bouquet satellite Canal Satellite Numérique dès janvier 2003 représente la première expérience grand public en France de terminal d enregistrement numérique des programmes télévisés. Il ne permet cependant pas de copier les émissions enregistrées sur un autre support. 6 De nombreuses communautés d utilisateurs développent aujourd hui des systèmes analogues gratuits. Parmi eux, les projets Mythtv (http://www.mythtv.org/) et Freevo (http://freevo.sourceforge.net/) sont les plus avancés sur la plateforme logicielle linux. Aujourd hui, Microsoft propose ce genre de système au grand public sous la dénomination Media Center (http://www.microsoft.com/windowsxp/mediacenter/default.mspx). Sous windows, les alternatives à Media Center sont aussi légions. Parmi elles, Media portal (http://www.teammediaportal.com/) est le projet le plus avancé. 7 La pression publicitaire aux Etats-Unis a indéniablement contribué au succès de ce service. 8 Ce système est sans commune mesure avec le magnétoscope qui peut au mieux enregistrer 8 heures de programmes sur une bande magnétique. Certains terminaux peuvent contenir jusqu à 450 heures de programmes télévisés. 3

4 haut débit qui a contribué à l essor de cette offre commerciale. Parallèlement, les protocoles d échanges de fichiers tels que Edonkey, Napster, Kazaa ou Emule, ont apparus et ont permis l échange de fichiers dans le monde entier. Cette nouvelle économie de l accès a entraîné une première circulation des biens culturels numérisés. L industrie musicale et l industrie logicielle ont dû rapidement faire face à l échange illicite et globalisé de musique et de logiciels. Mais l amélioration des connexions Internet, avec un accès illimité au réseau, a ouvert la porte à l échange de fichiers beaucoup plus lourds, tels que les fichiers comportant de la vidéo. Pourtant, il a fallu attendre la création d un nouveau protocole d échanges spécifique pour voir se développer considérablement le trafic de fichiers de programmes télévisés, sous de nouvelles formes La création d un système de distribution Le protocole Bittorrent apparaît aux Etats-Unis en février Le logiciel éponyme a donné une nouvelle dimension à l échange de données sur Internet. Le protocole Bittorrent permet la diffusion rapide de gros fichiers à un grand nombre d utilisateurs 9. Les internautes amorcent le téléchargement des fichiers à partir d un lien publié sur un site Internet. Ce procédé permet aux sites offrant des liens pointant vers des contenus illicites de contourner la loi, puisqu ils ne détiennent aucun contenu 10. Contrairement aux autres protocoles, Bittorrent permet de recevoir un gros fichier en très peu de temps, en contre partie de quoi les fichiers sont disponibles peu de temps 11. Un lien ne reste généralement actif que quelques semaines, voire quelques mois. Ce protocole est donc particulièrement adapté à une demande massive et ponctuelle (liée par exemple au passage d une émission à la télévision). L efficacité du logiciel Bittorrent est telle qu il est possible de recevoir un fichier populaire quelques dizaines de minutes après la publication du lien. Ainsi, un programme télévisé diffusé aux Etats-Unis est disponible dans le monde entier sur le réseau quelques heures après sa diffusion 12. La conjonction de ces trois facteurs a donc permis une reconfiguration du paysage télévisuel pour une partie des téléspectateurs du monde entier. Il ne serait donc pas étonnant, ne serait-ce que pour une raison technique, de constater une domination anglo-saxonne en termes de contenus. Jusqu à peu, il était moins aisé pour tout autre utilisateur de mettre en ligne des programmes de télévision. Cependant, je ne peux prétendre tout expliquer à partir de 9 Il faut noter que ce protocole n est pas illégal, il est notamment utilisé par les communautés open source pour distribuer leurs logiciels. Il permet d économiser la bande passante des serveurs, en faisant supporter une partie du trafic par les utilisateurs. 10 Le site thepiratebay.org publie régulièrement les lettres de menace de procès qui lui sont adressées par nombre d acteurs économiques. Cela donne un aperçu de la pression que subissent ces sites qui sont à la limite de la loi. (http://thepiratebay.org/legal) 11 La force de ce protocole repose aussi sur l exploitation de la bande passante de l utilisateur en envoi de données, puisque la vitesse de réception est conditionnée par la vitesse d envoi. Enfin, le logiciel télécharge en priorité les parties les plus rares des fichiers afin d en assurer la pérennité et l intégrité sur le réseau. 12 Je renvoie le lecteur souhaitant obtenir plus de précisions sur les spécificités du protocole Bittorrent aux sites Internet et Je renvoie aussi le lecteur à l article paru dans le magazine Wired en Janvier

5 ces arguments techniques 13 ; de plus, la mise en ligne des fichiers est une chose, mais qu en est-il réellement de la consommation? Quels programmes sont consommés par quels utilisateurs? Quels usages viennent finalement se greffer sur quelle nouvelle offre de programmes? Comment cette offre se structure-t-elle? 2. Différents types de structuration de l offre télévisuelle par le réseau Bittorrent L engouement pour le protocole Bittorrent provient de la capacité et de la régularité de distribution des fichiers. Une des spécificités de ce protocole par rapport aux autres réside dans la nécessité de publier un lien sur Internet pour partager un fichier. Un important réseau de sites a donc rapidement vu le jour et a donné une visibilité à cette nouvelle économie de l échange. Loin d être uniforme, le paysage des sites proposant des contenus télévisuels est multiple et fonctionne parfois selon des projets. Je m intéresse ici à la forme éditoriale des sites, beaucoup moins à leurs caractéristiques techniques 14. Certains sites sont de simples moteurs de recherche, d autres agrègent des forums et parfois un contenu rédactionnel autour de tel ou tel type d émissions. Certains fonctionnent comme des catalogues, d autres peuvent ne proposer qu une série ou qu un seul type d émissions. La régularité d apparition des fichiers est l élément essentiel qui rend le mariage entre Bittorrent et télévision particulièrement intéressant pour les utilisateurs. Ils peuvent attendre avec la même certitude la disponibilité d une émission sur le réseau Bittorrent et la diffusion programmée à la télévision. L analogie possible entre l attente d un programme à la télévision et sur un site Bittorrent rapproche cette pratique des pratiques télévisuelles classiques Identité du moteur de recherche de fichiers Bittorrent Les moteurs de recherches de fichiers Bittorrent sont les sites les plus populaires et les plus fréquentés. Ils rassemblent souvent tous les types de contenus, proposant une organisation sommaire : vidéo, musique, livres, dessins animés, applications, bandes dessinées. Il s agit d un point nodal regroupant tous les utilisateurs de Bittorrent, légaux et illégaux 16. Le moteur de recherche canadien Isohunt, administré par Gary Fung, agrège ainsi les contenus de 219 sites de tous types. Les différents flux de données sont indifférenciés, l utilisateur se rend généralement sur ce genre de sites afin d y effectuer une requête précise, ce qui implique une démarche rigoureuse de recherche. Même si certains de ces sites proposent des forums consacrés aux programmes télévisés ou bien encore des filtres de recherche afin d isoler les programmes désirés, les fichiers sont relativement indifférenciés, 13 Des logiciels comme Windows Media Center existent depuis quelques années. Il existe aussi des variantes de TIVO comme les produits proposés par la société KISS. L adoption 14 Certains sites peuvent être de simples moteurs de recherche pointant vers d autres sites qui assurent le lien entre les usagers (il s agit des Tracker). Leur forme éditoriale peut être rigoureusement identique. 15 Il s agit bien ici d une forme de montée en performance des échanges de fichiers. 16 Ce protocole est massivement utilisé par les communautés open source afin de distribuer leurs programmes à moindre coût. C est par exemple le cas des distributions Linux. Cela leur permet d économiser la bande passante. Il tend aussi à être utilisé par les industries culturelles pour distribuer leurs produits. Le protocole en lui-même n est donc pas illégal. 5

6 ce qui rend leur utilisation moins aisée pour une pratique régulière de téléchargement de programmes télévisés. Pour remédier à ce manque de lisibilité, des communautés d utilisateurs ont fait progressivement émerger des sites spécifiquement consacrés à l échange de programmes télévisés par Bittorrent. Ils ont offert une meilleure lisibilité, un contenu valorisé et parfois une véritable démarche éditoriale. Même s ils ne proposent que des programmes télévisés, la majorité de ces sites consacrés à la télévision se présentent comme des moteurs de recherche. Les premiers et les plus connus ont été tvtorrent.com, shuntv.net, btefnet.com et suprnova.com, Lokitorrent.com 17. Cependant, l organisation de ces sites reste problématique, peu claire et désordonnée. Les liens vers les fichiers s accumulent rapidement sur les serveurs et certains flux sont plus populaires que d autres 18. Même si ces sites ne distribuent que des programmes télévisés, dans la forme, rien ne différencie la circulation d un programme télévisé de celle d un jeu vidéo, d un film ou d une bande dessinée. Les fichiers s accumulent sur ces serveurs comme n importe quel contenu électronique. Autrement dit, sur ces moteurs de recherche, la télévision par Bittorrent ne bénéficie généralement pas d un traitement particulier en liaison avec le média télévisuel. L une des explications peut provenir de l identité visuelle de ces sites. Ils adoptent la forme des moteurs de recherche warez, sites de hackers 19 qui ont connu un succès croissant jusqu à l avènement du peer to peer. Ils offraient gratuitement aux internautes des jeux vidéo ou des applications dont les protections avaient été cassées. Depuis bien longtemps, ces communautés d informaticiens relèvent les défis des protections informatiques pour le plaisir 20, pour ensuite les distribuer au grand public. Ces communautés se sont aussi construites dans une posture oppositionnelle face aux industries du logiciel, face aux institutions, puis face aux industries de la musique, du cinéma et de la télévision. De la même manière, les administrateurs de moteurs de recherche Bittorrent se sont construit une identité oppositionnelle face aux industries culturelles, principalement américaine (MPAA et RIAA). C est particulièrement le cas de l administrateur du site thepiratebay.org. J oppose ici visuellement ce site à un moteur de recherche renommé de hackers, Katz.ws. L analogie est criante. 17 Depuis, ces sites ont été fermés suite à des procès perdus face à la MPAA (Motion Picture Association of America) 18 Plusieurs utilisateurs peuvent par exemple mettre en ligne le même épisode d une série. Généralement un seul flux se démarque, soit par sa qualité, soit par un signe distinctif qui permet de qualifier l encodage ou bien la qualité de la vidéo. Nous pouvons quasiment avancer le fait que des labels se développent («VTV», «dsrdimension»). Ils permettent à l utilisateur de reconnaître certaines sources dont la qualité du travail d encodage est excellente. 19 est un des sites de hackers les plus connus, il offre un moteur de recherche de cracks de logiciels. 20 Linus Torvalds évoque cette motivation première qu est le plaisir. (in HIMANEN Pekka, L éthique Hacker et l esprit de l ère de l information, Exils / Essais, Paris, 2001, p.15-19) 6

7 D un point de vue visuel, ces sites se ressemblent étroitement. Ils comportent tous les deux une page proposant les derniers ajouts de fichiers, une barre de recherche de fichiers, ainsi que de la publicité, qui finance les activités de ces sites (Comme sur les sites de hackers, généralement cette publicité est liée au commerce des rencontres ou du sexe). Cette publicité se compose d un bandeau horizontal et de bandeaux verticaux et latéraux. La filiation est ici claire entre le site Katz.ws, un important moteur de recherche de la communauté de Hackers, et le site thepiratebay.org, un des plus importants sites Bittorrent actuels. La spécificité du site thepiratebay.org (la baie pirate) est qu il revendique en plus ouvertement l idée de piratage. Même si le site thepiratebay.org constitue une caricature, jusque dans son logo, en termes de provocations des industries musicales et cinématographiques, il soulève l hypocrisie des sites concurrents 21. Logo du site 21 Il faut noter l existence en Suède du «Piratpartiet» («Parti Pirate»), parti politique qui compte aujourd hui membres. Le contexte politique et social suédois peut donc expliquer l existence, ainsi que les revendications de ce site.(http://www2.piratpartiet.se/) 7

8 Le choix de remplacer le crâne pirate par une cassette audio magnétique imprimée sur la grand-voile d un navire traduit l intentionnalité, la filiation, ainsi que l imaginaire que l administrateur du site convoque pour qualifier son activité. Il faut cependant garder à l esprit que tous les sites ne se réclament pas aussi ouvertement d une forme de piratage. Des administrateurs de sites tels que celui de Isohunt disent plutôt participer à un mouvement inéluctable : «We are not going to shutdown, and even if they manage to shut us down there s no way to stop the technology and no way for them to stop the Internet» 22 Cet administrateur n a pas totalement tort, tant les sites qui ferment sont rapidement remplacés par d autres. Loin de constituer des communautés d utilisateurs, ces sites se présentent plutôt comme des entreprises. Voici par exemple la rhétorique superlative des moteurs de recherche isohunt, thepiratebay, torrentreactor, btjunkie et torrentspy, conçue pour attirer les clients, dans une logique performative, propre à n importe quelle entreprise. Il s agit de promesses de satisfaction clairement formulées : «Le plus important moteur de recherche Bittorrent et peer to peer» «Le plus important traqueur Bittorrent au monde» «L original, les torrents les plus actifs de l Internet» 22 Interview donnée sur la chaîne canadienne CBC le 30 mai 2006, diffusée dans un sujet sur le piratage lors de l édition du journal télévisé (http://www.cbc.ca/story/arts/national/2006/05/31/fung-piracy.html). «Nous n allons pas fermer le site et même s ils arrivaient à nous arrêter, il est impossible d arrêter la technologie et l Internet.» 8

9 «Le plus important moteur de recherche Bittorrent» «Le plus important moteur de recherche Bittorrent» Les superlatifs utilisés traduisent à la fois la volonté de s affirmer comme étant le meilleur site dans un domaine, mais aussi une véritable concurrence commerciale entre les différents acteurs. Nous ne sommes pas ici dans le registre du loisir ou de la communauté, comme nous aurions pu le penser, mais bien dans celui du commerce, d une logique d offre et de demande. Parallèlement à cela, il y a le challenge pour ces très jeunes informaticiens, d être le meilleur dans son domaine. L identité visuelle de ces moteurs de recherche se différencie donc nettement de certains autres sites Bittorrent, qui adoptent une identité visuelle plus travaillée, plus soignée et moins agressive. Bien loin des considérations de piratage ou d une construction identitaire oppositionnelle face aux institutions, ces sites peuvent tout simplement proposer un contenu sous une forme rédactionnelle déculpabilisée. Certains sites opèrent un tri dans la distribution des programmes et s organisent autour d un genre ou d une série. Ils forment ainsi des communautés beaucoup plus identifiées, moins passagères et occasionnelles. Ils font circuler les programmes qu ils aiment afin de les regarder, contrairement aux autres sites dont la logique est de distribuer le maximum de fichiers. Contrairement aux moteurs de recherche qui mettent massivement en avant la quantité de fichiers disponibles et qui vivent du trafic de leur site, il s agit rarement pour eux d une source de revenu ou d une quête de la performance Les sites communautaires sélectifs Il n y a donc pas une seule manière de partager les programmes télévisés sur Internet. Outre les véritables banques de données que sont les moteurs de recherche, des communautés s organisent parfois autour de centres d intérêt plus précis. Un site comme Latebyte.nl s est développé aux Pays-bas autour de la diffusion des Late Show américains (Late Show with David Letterman sur CBS, Late Night with Conan O Brien sur NBC, Tonight Show with Jay Leno sur NBC, The daily show with Jon Stewart sur Comedy Central). Il n est plus ici question de moteur de recherche ni d exploitation ouvertement commerciale du phénomène, le site se présente comme un site communautaire d information et de distribution consacré à ces émissions : 9

10 «Bienvenue sur Latebyte, la communauté néerlandaise des amoureux des Late Night de la télévision américaine» La communauté est mise en avant et tout soucis de performance est exclu de la rhétorique du site, qui regroupe simplement des «amoureux néerlandais» de ces émissions américaines. Cette nouvelle circulation des programmes introduit l idée d une liberté totale de goût, faisant abstraction des mécanismes d exportation commerciale de ces émissions. Le Daily show with Jon Stewart est par exemple diffusé en version hebdomadaire sur la chaîne d information internationale CNN, le Tonight Show with Jay Leno est distribué en Europe par la chaîne CNBC. Ajoutons aussi que le Daily Show with Jon Stewart est aussi diffusé en version quotidienne ou hebdomadaire dans d autres pays (Norvège, Suède, Finlande, Danemark, Taiwan, Philippines, Nouvelle-Zélande, Portugal, Canada, Australie). Commercialement ces émissions sont donc déjà diffusées dans le monde entier, mais de manière restreinte et peu valorisée. Ce site les libère de leurs contraintes de programmation et leur offre la visibilité désirée par cette communauté de téléspectateurs 23. D un point de vue structurel, ce site propose un agenda avec une annonce des invités des numéros à venir, des informations et des rumeurs sur les animateurs et sur l actualité des shows proposés. Le classement est clair puisque chaque émission bénéficie d une page dédiée sur laquelle apparaissent les dernières diffusions (les dix dernières sont téléchargeables). Elles peuvent aussi apparaître groupées sur une seule page. L internaute se rendant sur ce site peut donc sélectionner ces émissions selon les invités, ou bien encore selon les réactions sur le forum du site. Outre une distribution, ce site offre en effet la possibilité de réagir à chaque numéro, de juger chaque prestation et de valoriser les événements qui ponctuent la vie de ces programmes américains. 23 L accès au site nécessite une inscription qui donne accès aux forums dans lesquels les utilisateurs discutent des émissions qu ils ont regardées. 10

11 Ce site néerlandais constitue une véritable plateforme de distribution de ces shows dans le monde entier 24. Contrairement aux autres sites, les émissions sont toutes disponibles chronologiquement. L organisation quasi-professionnelle de latebyte.nl est adaptée à des pratiques analogues à celles induites par la programmation télévisuelle classique. Nous avons aussi ici une dédramatisation de l échange illicite de programmes, en donnant à cette activité l apparence d une activité autorisée, commerciale et anodine. L identité visuelle de ce site ressemble à celle de n importe quel autre site de passionnés, dans une démarche clairement qualitative et passionnée Une programmation communautaire de la télévision La manière dont ces émissions sont présentées est cependant problématique pour les chaînes de télévision. Il y a clairement ici une identité forte commune dans ces programmes, à un tel point qu on en oublie où ils sont diffusés et à quelle chaîne ils appartiennent. Il s agit d une des conséquences importantes de l échange de programmes télévisés par le réseau Bittorrent : la marque distinctive n est plus la chaîne de télévision, mais bien le programme. Il y a un risque important pour les chaînes de télévision en termes d image et d habitude de consommation. L unité n est plus la chaîne, comme c est le cas dans l espace télévisuel, mais bien l émission, le contenu. Nous avons donc d un côté une plus forte valorisation des contenus, mais de l autre un déracinement problématique : «We get an opportunity to produce this stuff because they make enough money selling beer that it s worth their while to do it. I mean, we know that s the game. I m not suggesting we re going to beam it out to the heavens, man, and whoever gets it, great. If they re not making their money, we ain t doing our show.» 25 Comme le dit très justement Jon Stewart, l économie de ces programmes repose sur les chaînes de télévision, qui reposent elles-mêmes sur la publicité. Par conséquent, cet échange de programmes peut devenir problématique pour ces contenus dont le modèle économique reste celui de la publicité ou de l abonnement. Mais il ne faut pas oublier que le mouvement à l œuvre est aussi porté par les industries culturelles : «La relation existant entre les industries d information d une part et les médias audiovisuels et les réseaux de communication d autre part est dorénavant de plus en plus étroite car ces derniers ont un besoin important de films, de téléfilms, de produits éducatifs, de services en information. 24 Un bref relevé des nationalités des utilisateurs téléchargeant ces émissions a donné des résultats analogues à ceux des deux moteurs de recherche étudiés un peu plus loin. Pour des raisons de faisabilité, je n ai pas inclus ce site dans mon étude de consommation. 25 «Nous faisons cette émission parce qu ils arrivent à vendre suffisamment de bière, il vaut mieux qu ils en vendent. Je veux dire, nous le savons, c est la règle du jeu. Je ne suggère pas qu on diffuse partout, si vous l attrapez, tant mieux. S il ne gagnent pas leur argent, nous ne ferons plus notre émission.» Jon Stewart. Reinventing Television, in Wired, San Francisco, Condé Nast publications, Septembre 2005, p

12 Cette industrialisation de l information et des produits culturels (CD, DVD, etc.) se traduit donc par une relative domination des fournisseurs de programmes et entraîne dans son sillage un certain nombre de modifications des conditions de production et de diffusion de l information.» 26. Cependant, cette industrialisation n est pas sans risques pour les industriels. Aujourd hui un seul téléspectateur peut visionner une émission pour ensuite la partager avec le monde entier, de même qu un seul média pouvait jusque là diffuser un programme à une multitude de téléspectateurs. Le point de rupture se situe ici : sur ces réseaux, tout téléspectateur a les capacités de devenir lui-même un média en imposant sa propre démarche de programmation sur le site de son choix. Un tel modèle ne demande plus de chaîne de télévision : le producteur publie son produit dans une banque de programmes. Dans un tel système d échange, l unité est le programme 27. Par exemple, les responsables du site latebyte.nl ont choisi de diffuser les liens vers les fichiers d un ensemble d émissions sur leur site, le diffuseur n est plus la chaîne mais le site, lui-même porté par une communauté. A défaut de pouvoir produire, la communauté programme. 3. Programmes et audience des sites proposant des liens Bittorrent 3.1. Portée et limites de l étude L étude des consommateurs doit être clarifiée. J établis les nationalités à partir des adresses IP. C est-à-dire que je ne peux savoir que d où les fichiers sont téléchargés. Je ne dispose d aucune donnée sur l identité du consommateur qui se trouve derrière l ordinateur cible. Concrètement cela signifie que si un américain expatrié télécharge ses séries favorites à partir d un ordinateur se situant à Singapour, il est enregistré comme consommateur originaire de Singapour. Afin de restreindre la marge d erreurs, j ai appliqué un filtre d adresses IP permettant d écarter toutes les adresses gouvernementales ou publiquement connues comme appartenant à des organismes. C est ainsi que je peux écarter une partie du trafic provenant d ambassades ou bien de bases militaires. Tout le long de cette étude, le lecteur doit garder à l esprit les limites des chiffres avancés. 26 RIEFFEL Rémy, Que sont les médias?, Gallimard / Folio actuel, Paris, 2005, p Il me semble des procédés communautaires, comme celui de dans le domaine musical, méritent toute notre attention. Ce site procède à des recoupements statistiques des goûts musicaux des utilisateurs, afin de générer des liens entre les différents artistes : la majorité des utilisateurs aimant un artiste en aime aussi un autre, vous avez donc aussi beaucoup de chances de l aimer. Nous retrouvons la même logique sur des sites commerciaux comme Amazon.com. Il s agit d un nouveau mode de mise en visibilité des unités, en exploitant tous les liens susceptibles de les relier entre elles, à partir d une étude statistique de la consommation des utilisateurs. La valorisation ne passe plus par le critique d un journal, une chaîne de télévision, une radio, mais par la communauté et ses propres usages. 12

13 3.2. Démarche de recherche J ai tout d abord cherché à savoir quels étaient les types de programmes les plus touchés par ce phénomène. Mon étude se focalise sur deux moteurs de recherche Bittorrent, thepiratebay.org et demonoid.com. Je n ai pas inclus d autres types de sites pour des raisons de faisabilité. Etendre le champ d étude demanderait l investissement massif de toute une équipe de recherche. Je souhaite tout d abord obtenir des informations précises sur les types de programmes proposés sur les moteurs de recherche, ainsi que sur la provenance géographique des consommateurs de ces programmes. A-t-on une diffusion uniforme? Peut-on définir des sphères d influences culturelles? A-t-on massivement une consommation externe ou interne au pays d origine des programmes? Autrement dit, s agit-il pour beaucoup d utilisateurs d un magnétoscope mutualisé et mondialisé permettant d obtenir une émission ratée, ou s agit-il plutôt d un moyen massif de contourner le cryptage de certaines chaînes? S agit-il d un renforcement de la circulation de programmes diffusés dans l espace télévisuel national de chaque utilisateur, ou bien d une volonté de découvrir d autres programmes non exportés? Peut-on établir une corrélation entre le pays d origine des programmes disponibles et la présence de magnétoscopes numériques Tivo? Je souhaite aussi apporter quelques éléments à la question des tensions entre le local et le global ainsi formulée par Rémy Rieffel : «Peut-on évaluer plus avant les conséquences de cet univers mondial de l information et de la communication? Celui-ci est-il vraiment engagé dans une uniformisation des standards et des produits, ou au contraire, proposet-il une réelle variété des contenus? Sommes-nous sur la voie d une homogénéisation des comportements ou sur le chemin d une fragmentation des audiences? Autrement dit, sommes-nous définitivement soumis au règne de l impérialisme culturel américain ou aspirés par une nouvelle forme de diversité culturelle?» 28 Afin d apporter un début de réponse à ces questions quant aux réseaux peer to peer, j ai mené des études de trafic sur les sites thepiratebay.org et demonoid.com. Le premier propose tous types de contenus en libre accès. Il s agit d un des sites Bittorrent les plus actifs 29. demonoid.com est un site restrictif, auquel l accès n est permis qu aux utilisateurs inscrits (les inscriptions étant ponctuellement ouvertes). Malgré cette limitation, il figure parmi les sites les plus actifs RIEFFEL Rémy, Que sont les médias?, Gallimard / Folio Actuel, Paris, 2005, p Le trafic relevé par la régie publicitaire Adbrite (www.adbrite.com) est de pages vues et visiteurs uniques par jour. Pour indication, un site comme bénéficie d un trafic de pages vues et de visiteurs uniques par jour (Source Nielsen). 30 Le trafic est en moyenne de pages vues et visiteurs uniques par jour. (Source Adbrite). 13

14 3.3. Part du flux télévisuel dans les échanges et nature des programmes publiés sur les sites J ai analysé le trafic de programmes télévisés sur deux périodes. Les relevés ont été faits entre les 5 et 8 août 2006 et entre les 15 et 19 mars Nous avons donc deux périodes différentes, l une en pleine saison télévisuelle, l autre pendant la période estivale 31. Les séries de graphiques distinguent tout d abord la part du flux télévisuel dans l ensemble des échanges par le protocole Bittorrent. Même si une étude récente sur les échanges de données sur les réseaux peer to peer affirmait que la vidéo représentait 61% du volume du trafic 32, cela nous est d aucune utilité dès lors que l on s intéresse plus qualitativement aux flux (les fichiers vidéo sont beaucoup plus lourds que les autres types de contenus). Un relevé du nombre de fichiers publiés sur les sites étudiés permet de cerner un peu plus précisément l importance réelle du trafic de programmes télévisés. 31 Je ne prétends pas que les télévisions du monde entier fonctionnent comme les télévisions françaises, c est-àdire sur une forte rupture entre grille d été et grille annuelle. Aux Etats-Unis, beaucoup d émissions fonctionnent par exemple en deux séries de 12 épisodes (cela est aussi vrai pour certains talk shows). Quant à la «trêve estivale», elle n est que partielle, puisque les Late show se poursuivent par exemple tout l été. La rupture de grille américaine se situe plutôt en fin d année, autour du mois de novembre. Il reste tout de même que la majorité des séries sont arrêtées et reprennent en septembre. Il sera donc intéressant de voir si nous constatons une différence de flux, par exemple un échange plus important de programmes de stock pendant la période estivale. 32 Une étude de trafic menée en 2005 par la société Cachelogic sur les échanges de fichiers par protocoles peer to peer. Elle intéresse particulièrement les fournisseurs d accès qui doivent faire face à l augmentation conséquente du trafic de données. (http://www.cachelogic.com/home/pages/research/index.php) 14

15 Premièrement, en comparant les trafics des sites demonoid.com et thepiratebay.org, je relève de sensibles différences. Les pratiques ne sont pas uniformes, certains sites rassemblent des communautés plus ou moins importantes de consommateurs de programmes télévisés. Concernant le site thepiratebay.org, le rapport est de 79/2867 (fichiers de programmes télévisés/ensemble des fichiers) sur la période du mois de mars, et 87/672 sur la période du mois d août. La publication de fichiers de programmes télévisés ne faiblit donc pas pendant l été, alors que le rythme global de publications de fichiers ralentit sensiblement. Le site demonoid.com présente la configuration inverse, puisque le rapport est de 134/995 au mois de mars, et de 169/2867 au mois d août. Ici aussi, il n y a qu une très légère augmentation des publications de fichiers de programmes télévisés pendant la période estivale, alors que le rythme global de publications augmente de 288% pendant l été. La pratique de consommation des programmes télévisés n est donc pas saisonnière et, contrairement au reste du trafic, elle se distingue par sa grande stabilité Part de programmes simultanés et de programmes différés dans les échanges Afin d essayer d expliquer cette apparente stabilité des échanges de programmes télévisés, j ai ensuite regroupé les fichiers en deux catégories : les programmes simultanés et les programmes différés J entends par programme simultané, les programmes qui apparaissent sur les serveurs suite à leur diffusion sur une chaîne de télévision. Sont considérés comme des programmes différés, tous les programmes qui apparaissent sur le site à la demande d un utilisateur ou sans lien avec une quelconque programmation. Ces programmes sont souvent des saisons entières de séries télévisées, parfois des vidéocassettes numérisées. Nous pouvons faire un parallèle avec la distinction traditionnelle entre programmes de flux et programmes de stock. Certains programmes sont valorisés pour une unique diffusion, leur durée de vie est très courte. D autres programmes gardent une forte valeur après leur diffusion, ce sont les programmes de stocks. Ces derniers ne sont généralement pas liés à une quelconque temporalité. 15

16 Demonoid (15/03/ /03/2006) Programmes différés 45% Programmes simultanés 55% Il est indéniable que si la consommation de programmes télévisés est constante tout le long de l année, l été elle change de nature. Ce système d échange est en premier lieu utilisé afin de visionner les émissions récemment programmées à la télévision. Cela s apparente à l usage d un magnétoscope partagé, grâce auquel les téléspectateurs peuvent espérer voir les programmes qu ils n ont pas pu visionner, revoir les programmes qu ils ont appréciés ou contourner le cryptage des chaînes payantes. Cette mutualisation de l enregistrement n est pas sans conséquences, puisqu elle est susceptible d offrir une plus grande diversité de programmes, et donc d accélérer la déconstruction des grilles de programmes, amorcée par les magnétoscopes Si hier il était possible d enregistrer jusqu à 4 heures (parfois 8 heures) de programmes sur une cassette vidéo, les magnétoscopes numériques peuvent aujourd hui contenir des centaines d heures de programmes. En plus d une contenance plus élevée, ils offrent un guide des programmes dans lequel le téléspectateur navigue sans plus se soucier de l heure, du jour ni de la chaîne de passage du programme désiré. La grille de programmes s estompe donc progressivement au profit de banques de programmes, dans lesquelles le téléspectateur fait librement son choix. Ces systèmes imposent un nouveau rapport à la télévision, qui outrepasse les préjugés qui pouvaient guider le parcours d un programme de télévision imprimé. L émission n est plus jugée dans un contexte programmatique, elle bénéficie donc d une plus grande autonomie. Le continuum télévisuel est brisé 16

17 Fortement liées au système télévisuel lors de la saison (prédominance des programmes simultanés), les pratiques d échanges s autonomisent pendant l été (augmentation de la part de programmes différés). Il semble bien que l été soit un moment plus calme, propice à l échange des séries qui ont retenu l attention tout le long de l année. Apparaître sous la forme d une saison entière lors de l été, c est s imposer comme une série importante. C est par exemple le cas de 24, diffusée sur la chaîne Fox aux Etats-Unis et vendue dans le monde entier. L intégrale de la saison 6, achevée aux Etats-Unis en juin 2006, a été massivement échangée sur les différents sites pendant l été, avant sa diffusion dans le reste du monde. Il en a été de même pour chaque épisode de la saison. Je relève ensuite des différences entre les deux sites étudiés : thepiratebay.org comporte en moyenne une plus grande part de programmes simultanés (64%) que le site demonoid.com (48%), il est donc beaucoup plus utilisé comme un enregistreur partagé. Cela peut-être lié à la provenance géographique ou au type de programmes publiés sur ce site Provenance géographique des programmes partagés sur ces deux sites Afin de cerner un peu mieux la nature des échanges de programmes, j ai ensuite relevé la provenance géographique des fichiers échangés. J ai regroupé les deux périodes et conservé la distinction entre les programmes simultanés et les programmes différés. Je souhaite savoir précisément quels sont les pays qui dominent les échanges. Le site thepiratebay.org est clairement administré et défendu par des suédois 35, sa localisation est donc claire ; il sera intéressant de savoir si les programmes suédois y sont échangés en plus grande proportion que sur le site demonoid.com. Ce dernier est plus difficile à cerner, puisqu il m a été impossible d obtenir la nationalité de son administrateur. L hébergeur est référencé aux Pays-Bas 36 et le site est en anglais : ce sont les seules informations dont je dispose. Nous avons donc d un côté, un site clairement localisé en Suède, de l autre un site dont la localisation est très floue. pour laisser place à de libres parcours dans un espace télévisuel syncrétique, dans lequel l unité est beaucoup moins la chaîne que le programme (nous avons vu précédemment que cela n est pas sans poser de problèmes). 35 Son administrateur provoque régulièrement la RIAA (Recording Industry Association of America) et la MPAA (Motion Picture Association of America) ouvertement sur son site. La liste des courriers de plaignants peut être consultée sur le site à l adresse 36 L adresse IP du site ( ) est enregistrée aux Pays-Bas. 17

18 demonoid.com thepiratebay.org Les données sont très parlantes : premièrement, nous constatons aisément la prédominance des Etats-Unis. Dans chacun des cas de figures, ce pays représente entre 52% et 69% du total des fichiers publiés. La télévision américaine domine donc les échanges de programmes télévisés dans le monde par le biais de la technologie Bittorrent. Les programmes en provenance d Angleterre arrivent généralement en seconde position, entre 10% et 27%. L Australie et le Canada arrivent ensuite autour de 5%. La circulation de programmes originaires de ces pays représente donc pas moins de 75% du total de ces 18

19 échanges, ce qui est considérable. Une sphère culturelle anglo-saxonne se dégage distinctement. Après ces pays, on peut distinguer les programmes français sur le site demonoid.com ; ils oscillent entre 4% et 7%. La localisation du site est aussi un facteur à prendre en compte puisque thepiratebay.org connaît un trafic important de programmes suédois de flux (15% des programmes de flux sont suédois), ce qui étaie un peu plus l idée d un enregistreur partagé ou mutualisé 37. Le phénomène prend ensuite plusieurs formes, notamment locales, avec par exemple la valorisation des programmes suédois sur un site suédois. Le site demonoid.com offre aussi une forte de proportion de programmes, mais en provenance d Angleterre (entre 21% et 27%). La communauté anglaise est donc plus importante et plus active sur ce site que sur thepiratebay.org (10% et 11%). Si nous focalisons ensuite sur la distinction entre simultané et différé, ceux différés sont massivement dominés par les Etats-Unis. Sur le site demonoid.com, ils représentent 61% des programmes proposés, sur le site thepiratebay.org, ils représentent 69% du total. Les programmes originaires des Etats-Unis connaissent donc une plus forte valorisation à long terme que ceux des autres pays. Si je me borne à une explication purement technique, nous retrouvons principalement sur ces sites des programmes provenant de pays disposant du système TIVO. Mais cette explication est insuffisante, puisqu il y a tout de même globalement une diversité de programmes : sur les deux périodes étudiées, je retrouve des programmes d une quinzaine de pays. J ajoute que ces pays sont massivement occidentaux (Etats-Unis, Canada, Australie, Europe). Il ne s agit donc pas sur ces sites d un partage pleinement interculturel, mais bien de la circulation d une culture occidentale, très majoritairement anglo-saxonne. Le réseau, qui porte en lui une abolition des frontières, semble ici respecter l ordre commercial de l échange mondial de programmes télévisés. Reste à savoir si les pays consommateurs de ces programmes sont les pays massivement sous l influence de la culture occidentale, et plus précisément américaine. Ces premiers résultats nourrissent la thèse d une pression supplémentaire sur les minorités culturelles, en favorisant le mainstream américain préexistant, plutôt qu une ouverture culturelle. Au lieu d une fenêtre supplémentaire sur les cultures du monde entier, ce réseau apparemment dérégulé, réduirait la diversité des programmes consommés dans le monde. Par conséquent, si les téléspectateurs se détournent de leurs programmes locaux pour consacrer du temps à ceux disponibles sur les réseaux Bittorrent, une uniformisation culturelle plus grande et plus rapide semble à redouter. Le point positif qui se dégage tout de même ici de la circulation relevée semble être la motivation. Esclave des grilles de programmes, faisant ses choix par défaut dans la liste des programmes disponibles, l utilisateur paraît ici libéré de toutes ces contraintes. Ces réseaux 37 Chaque utilisateur contribue au maintien de ce magnétoscope en possédant sur son disque dur une partie de l ensemble, et en assurant une partie du trafic. Il s agit d une mutualisation renforcée par le principe de fonctionnement du logiciel Bittorrent, qui contraint l internaute qui souhaite recevoir un fichier à en envoyer parallèlement une partie, ou son ensemble. L utilisateur du réseau Bittorrent ne prend donc pas uniquement ce qui l intéresse sur ces sites dans une démarche égoïste, il est contraint, plus ou moins consciemment, à un partage. Il n est d ailleurs pas rare de lire des messages d utilisateurs disant offrir leur bande passante pendant un temps donné, demandant ensuite un passage de relais à la communauté d utilisateurs. Ce réseau induit de véritables codes de conduite qui induisent certains comportements, comme celui du partage. 19

20 imposent une nouvelle hiérarchisation guidée par une apparente notion de libre choix : celui de partager, de mettre en valeur un type de programmes, sans autre considération que sa qualité. Dans les faits, il s avère bien que ce modèle est une utopie, cette liberté ne serait qu un leurre, puisque la variété des programmes disponibles n est que relative. Toutes ces réflexions nous conduisent logiquement à l identification des différents types de programmes disponibles sur ces sites. Nous savons qu ils viennent principalement de pays anglo-saxons et qu ils circulent effectivement sur deux modes : le simultané et le différé. Nous ne savons cependant pas quelle est la nature exacte de ces flux : quelles émissions circulent et de quelle manière? 3.6. Quels types d émissions circulent sur les sites Bittorrent? Tous les types de programmes se prêtent-ils indifféremment à un échange simultané et à un échange en différé? Quels types de programmes sont échangés à court terme, en lien avec la grille de programmation, et quels types de programmes conservent une valeur à plus long terme? Autrement dit, il est ici question de savoir si la valorisation des programmes par les usagers de ces réseaux est identique à celle qui en est faite par les réseaux commerciaux. demonoid.com 20

21 thepiratebay.org Il y a une nette différence de circulation entre les programmes simultanés et les programmes différés. Le site demonoid.com offre étonnamment une plus grande diversité de programmes de simultanés, alors qu il comptait beaucoup moins de pays. Les séries télévisées dominent très largement les échanges, notons d ailleurs qu il s agit exclusivement de séries américaines. Il faut aussi noter que certains des programmes signalés comme provenant de France, de Suède ou d autres pays sont en réalité des séries américaines diffusées dans ces pays. Ce type de programmes est particulièrement adapté à une circulation internationale intensive par les réseaux Bittorrent, puisque la plupart des pays affichent une saison de retard sur la diffusion américaine. Beaucoup d internautes regardent donc les épisodes avant leur diffusion effective dans leur espace télévisuel local. Une véritable économie parallèle du sous-titrage a d ailleurs rapidement vu le jour, il est généralement possible de trouver des sous-titres en anglais un ou deux jours après la diffusion américaine. Ils sont ensuite disponibles dans les autres langues quelques jours plus tard. Les séries les plus populaires deviennent donc accessibles au monde entier dans un temps proche de celui des Etats-Unis, sans la barrière de la langue. Les dessins animés constituent un deuxième groupe de programmes importants en différé et en simultané sur les sites d échanges. Ils sont principalement dominés par des séries comme The Simpsons et The Griffin, qui relatent avec humour les aventures de deux familles américaines de classe moyenne. Certains mangas japonais sont également échangés, mais généralement avec un sous-titrage anglais. Il est ensuite étonnant de constater que les documentaires, généralement associés à des programmes de stock, bénéficient dans ce système principalement d une consommation en simultané. Leur circulation sur le réseau coïncide avec leur diffusion, ils sont rarement conservés par les utilisateurs ou extraits de DVD. Il faut aussi noter que les documentaires proviennent presque exclusivement de la BBC et de chaînes américaines comme The History Channel ou The Discovery Channel. 21

22 En diffusion simultanée, les retransmissions sportives apparaissent parfois, tout comme les jeux télévisés (cette catégorie comprend la télé-réalité). Ces genres sont absents de la circulation différée. Certains grands événements sportifs, comme des matchs de football mémorables de coupes du monde, font de temps à autre leur apparition : ce sont généralement des copies numériques de vidéo cassettes. La catégorie show comédie concerne les émissions d humour tournées en plateau. Il s agit par exemple du Saturday Night Live sur NBC ou de l équivalent éphémère diffusée sur Canal+ Samedi Soir en Direct. Il faut ensuite noter l importance prise par les talk-shows, principalement pour la diffusion simultanée. Leur apparition sur les deux sites étudiés est cependant erratique. Il ne semble d ailleurs pas se dégager une logique d apparition, certains invités déclenchent systématiquement la mise en ligne des émissions dans lesquelles ils apparaissent, d autres non. Par exemple, les apparitions de figures contestataires ou subversives comme Michael Moore, Jon Stewart, Bill Maher ou Noam Chomsky sont systématiquement partagées. De plus, rares sont les talk-shows qui sont échangés en fin de saisons, c est uniquement le cas des émissions de la chaîne HBO, qui sont programmées selon un rythme analogue à celui des séries. L émission The Daily Show with Jon Stewart sur Comedy Central apparaît aussi regroupée dans des archives qui contiennent parfois plusieurs mois d émission. C est aussi le cas du Colbert report diffusé sur la même chaîne Système de valorisation des contenus partages sur le réseau Bittorrent La dissonance entre la valorisation des émissions dans les espaces télévisuels et sur les réseaux Bittorrent est un des éléments frappant de l étude de la circulation des différents types de contenus. Si dans le système télévisuel classique un documentaire est crédité d une plus grande longévité, ce ne semble pas être le cas sur les réseaux Bittorrent. A contrario, une série télévisée conserve une grande valeur tout le long de sa diffusion, et bien après. Il n est pas rare de croiser des épisodes de séries datant des années 70. La valeur possessive et commerciale semble être un des éléments décisifs de la circulation en différés des programmes télévisés sur les réseaux Bittorrent. La valorisation des programmes télévisés à long terme sur le réseau Bittorrent se plie donc à la valorisation commerciale des émissions en DVD. La vie en réseau de ces programmes est donc liée à leur valeur commerciale, plus qu à leur valeur purement affective. Nous pouvons penser qu un documentaire animalier vieillit moins rapidement qu un épisode d une série comme 24, mais sa valeur en DVD étant beaucoup plus faible, cela réduit ses chances ultérieures d apparaître. La circulation de programmes télévisés est bien guidée par deux processus : le premier en simultané, qui correspond à l utilisation d un magnétoscope, avec des modes de valorisation qui lui sont propres. Le second en différé, qui fonctionne en relation avec, d une part majoritairement une valorisation commerciale sous forme de DVD, d autre part plus marginalement une valorisation liée au système de rediffusion télévisée. La prégnance de la logique possessive aboutit en partie à une survalorisation des séries télévisées dans la circulation des programmes de stock Les utilisateurs renseignent généralement la provenance des images extraites. En circulation de stock, les extractions de DVD sont très fréquemment citées. 22

23 3.8. Origines géographique des consommateurs de séries américaines du réseau Bittorrent Afin de clore cette première étude des réseaux bittorrent, j ai souhaité enfin savoir quels étaient les pays clients des séries américaines. S il y a une uniformisation de la publication des contenus au profit des Etats-Unis et de l Angleterre, y a-t-il bien une diffusion dans le monde entier? J ai effectué les relevés d utilisateurs entre le 18 et le 27 août Je me suis ici focalisé sur 3 exemples de téléchargements de séries américaines. Qui les consomme? Sommes-nous confrontés à une circulation massivement intérieure (aux Etats-Unis), ou assiste-t-on à une consommation véritablement mondialisée des programmes Anglo-saxons? J ai tout d abord relevé la provenance géographique des utilisateurs téléchargeant l intégrale de la cinquième saison de la série 24 diffusée sur la chaîne FOX. Il s agit d une série qui connaît un succès mondial, la dernière saison était une exclusivité américaine au moment du téléchargement. Nous sommes donc dans la configuration d une série bénéficiant d une renommée internationale dont la saison concernée est exclusive. J ai relevé plus d une trentaine de nationalités téléchargeant la saison entière. 21% des utilisateurs se situent aux Etats-Unis, il s agit du trafic intérieur. Ensuite, 17% des utilisateurs sont en Angleterre, 9% au Canada. Il s agit de la première zone sous influence américaine qui se dégage, avec 26% des clients pour cette série. Viennent ensuite les pays européens, toujours sous influence américaine (mais dans une moindre mesure), la France en tête. Les pays occidentaux les plus industrialisés se distinguent logiquement. Le Japon est présent, mais nettement en retrait ; la Russie et la Chine sont absentes de la liste. 23

24 La deuxième série retenue s appelle Entourages. Il s agit de la troisième saison d une série diffusée sur la chaîne payante HBO. Elle est moins connue que 24. Contrairement à l exemple précédent, il s agit d un seul épisode, diffusé le 17 août Le relevé a été effectué le 20 août, soit trois jours après la diffusion américaine. Il s agit ici d une série télévisée à laquelle les Américains n ont pas accès s ils ne sont pas abonnés : elle se prête donc particulièrement à un plus grand partage «intérieur». La série étant cryptée, il n est pas étonnant que 45% des clients soient originaires des Etats-Unis : les utilisateurs contournent ainsi le verrou de l abonnement. Avec les Etats-Unis, le Canada et l Australie représentent 75% des utilisateurs. La France arrive une fois de plus en tête devant le Royaume-Uni et Israël. La Chine apparaît aussi dans la liste des pays. En comparaison de la série 24, les utilisateurs proviennent seulement de 15 pays. Cette série moins importante circule donc moins, mais bénéficie tout de même d un échange international. Cet échange se fait massivement dans la sphère culturelle anglo-saxonne : Etats- Unis, Canada, Australie, Royaume-Uni. Enfin, le troisième relevé a été fait à partir du dix-septième épisode de la série Windfall, une nouvelle série dont la première saison a été diffusée l été dernier sur la chaîne NBC. Cette série n a donc pas été diffusée ailleurs qu aux Etats-Unis. Les utilisateurs n en avaient pas entendu parler dans leur pays. 24

25 Bien que lancée le 8 juin 2006 aux Etats-Unis, cette série est d ores et déjà échangée dans le monde entier. Vingt-cinq pays téléchargent déjà cette série, avant toute exportation commerciale. On ne peut donc pas affirmer avec certitude que les téléspectateurs vont simplement télécharger les séries qu ils peuvent voir sur leurs téléviseurs, comme ce serait le cas en France avec Desperate Housewives ou 24, séries diffusées sur Canal+. Il y aurait une volonté des utilisateurs de rechercher et de regarder des séries américaines avant même qu elles leur soient proposées sur leurs télévisions nationales. Les utilisateurs n iraient donc pas seulement chercher ce qu ils connaissent déjà, ils auraient aussi une véritable volonté de consommer des séries américaines, indépendamment de ce qui leur est proposé sur leurs chaînes de télévision locales. Ceci témoignerait une fois de plus d une accentuation de la pression culturelle américaine, liée à une véritable volonté de la part des utilisateurs du monde entier de consommer cette culture. 4. Conséquences du développement des réseaux Bittorrent sur le paysage audiovisuel mondial 4.1. Un nouveau réseau de contenus anglo-saxons pour les anglo-saxons et les pays sous influence américaine Ces premiers résultats nous laissent penser que les réseaux d échanges Bittorrent contribuent à accentuer la pression des programmes en provenance des Etats-Unis, et plus largement des pays anglo-saxons, sur le reste du monde. Des sphères d influences de dessinent tout de même, conformes aux liens historiques et culturels préexistants. Les pays 25

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