Le Royaume du Maroc et sa politique envers l Afrique sub-saharienne
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- Virginie Odette Cloutier
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1 Le Royaume du Maroc et sa politique envers l Afrique sub-saharienne ETUDE Institut français des relations internationales (IFRI) Auteur : Alain ANTIL Novembre 2003 Le contenu de cette étude n'engage que son auteur
2 Sommaire INTRODUCTION I.- Quand le sultan devient roi. Le roi et le système de pouvoir au Maroc 2 Le pouvoir limité du sultan Le maghzen Le Protectorat Un souverain au faîte de sa puissance Le Roi comme incarnation d une nation à réunifier La religion et la politique étrangère comme mode de renforcement du trône II- La politique étrangère de Mohamed V et d Hassan II.. 16 La contestation de l existence de la Mauritanie L affaire du Sahara occidental Les conséquences ambivalentes du dossier saharien La politique africaine au sein de la politique étrangère Les modalités de la politique africaine du Maroc sous Hassan II III.- La nouvelle politique africaine du Maroc.. 32 Dans quelles mesures peut-on parler d une nouvelle politique africaine? Une situation économique délicate Une activité diplomatique accrue depuis 1996 Une nouvelle dimension de la politique africaine du Maroc : l économie Les ressorts d une politique, ou la vision de Mohamed VI L axe Rabat-Nouakchott-Dakar, le nouvel horizon marocain IV.- Comparaison avec la Libye et épilogue 56
3 2 La nouvelle politique africaine du Maroc INTRODUCTION Le 27 février 2002, le roi Mohamed VI réussissait le tour de force de réunir les chefs d Etat Lansana Conté, Charles Taylor et Ahmad Tejan Kabbah, présidents respectifs de la Guinée, du Liberia et de la Sierra Leone. Aucun négociateur n avait pu réunir les principales parties prenantes des troubles qui ravagent l une des zones les plus instables du continent africain. Ce succès diplomatique est très représentatif de l intérêt marocain, de plus en plus prononcé vis à vis de l Afrique de l Ouest. Les programmes de coopération se multiplient dans les domaines de l agriculture, l hydraulique, les aménagements urbains, les infrastructures ou encore l éducation... Exemple représentatif, durant le dernier sommet franco-africain de Paris, Mohamed VI et Abdoulaye Wade ont signé des accords relatifs à l établissement d une liaison maritime entre leurs deux pays. Les liens avec des pays comme le Sénégal, le Mali ou la Mauritanie sont déjà anciens. Mais la politique africaine du Maroc ne semble plus être confinée à ses relations d amitié ou de voisinage, mais s étendre à de nombreux pays de l Afrique noire, concrétisés par des accords de coopération et de baisse des taxes douanières. Le roi Mohamed VI s implique également beaucoup en faveur de la suppression de la dette des PMA (Pays les moins avancés). Compte tenu de ces nouvelles tendances, il parait utile de conduire une étude sur les aspects nouveaux de la politique africaine
4 3 du Maroc. Aussi tenterons-nous de présenter des éléments d appréciation de cette nouvelle politique et de les replacer dans un contexte plus large pour en saisir les ressorts profonds. Sans verser dans l œuvre d érudition, l étude d une politique ne peut se limiter à une synthèse de données ponctuelles. Une politique doit être jaugée à l aune des ruptures avec la politique précédente, de la place qu elle occupe dans la hiérarchie des préoccupations, de l architecture du pouvoir en place et de ses contingences. La comparaison avec la politique d un pays de la région peut également rendre saillants certains traits essentiels. Le risque qu encourt l étude de ce type de phénomène est, par un naturel processus de focalisation, de surdéterminer l objet des investigations. Aussi devrons-nous, tout au long de cette étude, ne jamais perdre de vue le fait que, malgré d évidentes connexions avec l essentiel dossier du Sahara occidental, la politique africaine du Maroc, et en particulier pour la zone subsaharienne, est un domaine dont on parle peu au Maroc, sur lequel existent peu d écrits, et qui n intéresse que très secondairement les Marocains, dont les regards se détournent du continent noir. Aussi, l analyse étendue de la nouvelle politique africaine du Maroc, dont les dates marquantes sont 1996 et l entrée en fonction du roi Mohamed VI en 1999, et qui constituera la partie centrale de l étude, sera accompagnée de trois parties plus brèves, qui, comme autant de contrepoints, éclaireront la partie principale. Nous tenterons d abord d apprécier la place du roi dans le système de pouvoir du royaume et les conditions qui l ont conduit à occuper cette place, ainsi que le rôle de la politique étrangère dans la pyramide de pouvoir. Nous analyserons ensuite la politique africaine du roi Hassan II au regard de sa politique étrangère. Cette partie sera également le lieu d évoquer une des dimensions cardinales de la politique hassanienne, c est-à-dire le problème du Sahara occidental, qui poussera le Maroc à quitter l OUA (Organisation de l Unité Africaine) et ses différentes commissions. La troisième et principale partie sera pour nous l occasion d analyser en profondeur les tendances majeures de la politique actuelle du Maroc à l égard de l Afrique subsaharienne dans ses aspects diplomatiques, économiques, de coopération, qui
5 4 illustreront en fait parfaitement le rôle que souhaite jouer le royaume chérifien dans le monde contemporain. Enfin, l ultime partie, sera consacrée à une brève comparaison de la politique africaine du Maroc avec celle d un autre pays de l Afrique du Nord, à savoir la Libye, pour éviter l effet de loupe et avoir un réel recul pour évaluer les orientations marocaines. Maroc I Quand le sultan devient roi. Le roi et le système de pouvoir au Le pouvoir limité du sultan En 788, Idris I er, descendant d'ali, gendre du Prophète, qui avait fui l'arabie, fonda la dynastie des Idrissides. C est généralement à partir de cette date que les historiens parlent d une véritable entité marocaine. Les Idrissides régnèrent jusqu'en 926 et fondèrent, sous Idriss II, la ville de Fès, qui devint un important centre religieux et intellectuel. Après la mort de celui-ci, le royaume idrisside entra en déclin. Alors que l'est subissait les raids des nomades Beni Hilal, les Fatimides chiites d'égypte et les Omeyyades de Cordoue rivalisaient pour étendre leur domination sur le Maroc. L histoire du Maroc est ainsi rythmée par une succession de dynasties : Almoravides, Almohades, Mérinides, Watassides, Sa adiens, Alaouites. Si certaines d entre elles fondèrent de véritables empires, les dissidences perpétuelles des tribus faisaient du Maroc une entité aux contours flous où les sultans ne gardaientt leur prééminence que par un équilibrage entre négociation, intimidation et combat à l encontre des différents pouvoirs locaux et des forces centrifuges. C est avec les Sa adiens 1 ( ) que l on a recours à un nouveau type de légitimité, sur une base généalogique, le sharifisme (c est à dire une généalogie qui descend en ligne directe de la famille du prophète Mohamed). Autre ciment politique, les Sa adiens représentaient, pour les Marocains, l opposition aux menaces d invasions. Le Maroc se sentait en effet menacé par l éveil de l Europe et l expansion des ottomans. Avant les Sa adiens, il serait abusif d évoquer la notion de
6 5 pouvoir central. Le contexte dans lequel les Sa adiens vont ériger leur pouvoir se caractérise par deux points : une société mobilisée contre un ennemi extérieur et une revendication nouvelle de la part des nouveaux maîtres, une légitimité qui transcende toutes les forces en présence puisqu il s agit d une généalogie sacrée. Avec le sharifisme 2, le rapport au pouvoir change de nature, c est par l appartenance à une lignée qu un chef est reconnu comme apte à exercer le pouvoir suprême. La légitimité devient naturelle car sacrée, et l allégeance se porte vers un descendant du prophète. Le sultan est au-dessus de la société. Auparavant, le pouvoir était fondé à la fois sur la religion (défense et/ou propagation de l Islam) et des solidarités de type lignagère. Néanmoins les Sa adiens ne pouvaient s imposer qu en composant avec les pouvoirs locaux, zawiya 3 ou fédérations tribales très puissantes, avec lesquelles les Sa adiens passaient des alliances ou les combattaient. De fait, ces pouvoirs locaux étaient des acteurs incontournables de la scène politique. Les Sa adiens n eurent de cesse de rendre l Etat moins dépendant des tribus, notamment en recrutant des mercenaires pour créer une armée de métier et en trouvant de nouvelles ressources financières, distinctes des impôts, comme par exemple l or du bled es soudan. C est en effet à cette époque que les Marocains vont combattre les pouvoirs politiques au sud du Sahara, comme l empire de Songhaï. Cet épisode historique est d ailleurs très important pour comprendre les revendications du Grand Maroc à l indépendance. Le Maroc a toujours mis en avant son enracinement saharien. Les principales dynasties marocaines Idrissides ( ) Idriss II fonde Fès, la capitale, en 808. Almoravides ( ) Youssef ben Tachfin, berbère saharien, fonde la ville de Marrakech en 1062 et étend son autorité sur l Andalousie. 1 Cf. Abdallah Ben Mlih : Structure politique du Maroc colonial, 1990, l Harmattan, p Ibid. p. 46.
7 6 Almohades ( ) Dynastie berbère du Haut Atlas. Mérénides ( ) Wattassides ( ) Sa adiens ( ) Alaouites (depuis 1666) Moulay Hafid signe le traité de Protectorat en Mohamed V devient sultan en 1927 Indépendance en 1956 Hassan II devient roi en 1961 Mohamed VI devient roi en 1999 Mulay al Rachîd met définitivement fin à la dynastie Sa adienne 4. En effet, les sultans sa adiens en prônant le sharifisme, pouvaient être concurrencés par n importe quel groupe ayant une généalogie le rattachant au prophète. Ainsi, les Alaouites s installent en Ils tentent d établir de nouveaux rapports entre l Etat et les pouvoirs périphériques en systématisant un principe de gouvernement 5. En combinant la force et la diplomatie, la négociation et le commandement, le pouvoir central tente de s imposer. Le sultan dispose déjà de la légitimité spirituelle, il tente de bâtir une légitimité temporelle acceptée par tous. Mais le pouvoir a toujours les mêmes facteurs de fragilité, en particulier sa faiblesse militaire et sa dépendance financière vis a vis des tribus sur lesquelles il lève l impôt. Les Alaouites feront appel à des esclaves soudanais dans les rangs de leur armée, mais ces derniers ne tarderont pas à s ériger en force politique. Sur le plan idéologique, les Alaouites tenteront d affaiblir les zawiya et renforceront même le puissant courant malékite. Ils réussiront à affermir un système de commandement plus centralisé que l on désigne souvent par un vocable : le maghzen. Le maghzen Le mot signifie littéralement magasin, c est-à-dire le trésor, symbole de la puissance temporelle du Sultan, dont seule la légitimité religieuse peut lui permettre 3 Confrérie religieuse. 4 Cf. Ben Mlih, op. cit. p. 47.
8 7 de prélever l impôt musulman. Pour Brahim Labari 6 : Les rapports des tribus avec l autorité centrale oscillaient entre la soumission (tribus maghzen) et la dissidence (tribu siba). Les tribus maghzen acceptent à la fois l autorité temporelle et spirituelle du sultan. Les tribus siba refusent, quant à elles, l autorité temporelle tout en reconnaissant l aura spirituelle du sultan. Le maghzen désigne l autorité centrale chargée de collecter les impôts dans les tribus et d y faire régner l ordre. C est au cours de la dynastie alaouite, et surtout à partir du sultanat de Moulay Ismail ( ), que le maghzen commence à désigner l appareil étatique. Mahdi bou Mhalli note 7 que la notion ne recouvre aucune signification religieuse et qu elle n a pas d origine religieuse. L agressivité des tribus et le caractère souvent temporaire de leur soumission à l autorité centrale contraignaient les sultans à une mobilité perpétuelle visant à maintenir leur pouvoir. Comme le souligne Mahdi bou Mhalli 8, le makhzen avait un principal objectif : s assurer le contrôle des principaux centres de production qui se trouvaient dans les villes et les corridors reliant les villes entre elles et le réseau urbain marocain à l étranger par où pouvaient circuler les marchandises. Objectif secondaire : servir d arbitre aux conflits entre les tribus ou les communautés villageoises ou entre les paysans et les citadins et cela, en concurrence avec les saints ou avec les chorfas ou descendants du prophète. Troisième objectif, éventuellement défendre le territoire face aux visées étrangères. Pour ce faire, le sultan devait faire payer l impôt et se déplacer lui-même avec une armée de guichs, c est à dire des hommes fournis par certaines tribus en contrepartie de l exemption d impôt. Il était donc en perpétuel déplacement. Ce système était peu efficace et le nombre de fonctionnaires était relativement réduit. Quelques gens de plumes et quelques gens d épée. Les premiers étaient des citadins liés entre eux de longue date par des mariages multiples. Ils étaient les secrétaires du Sultan, les vizirs. Ils communiquent avec les caïds investis dans les zones contrôlées. Les gens d épée sont des campagnards, le plus souvent issus des tribus guichs. 9 C est à la fin du XIX ème siècle que le sultanat se dote d un 5 Voir plus bas le paragraphe sur le maghzen. 6 Cf. Recettes islamiques et appétits politiques. Essai sur les fondements du pouvoir chérifien, 2002, Syllepse, p Cf. Le makhzen ou la gestion de la violence, Autrement, pp p Ibid. p Ibid. p. 178.
9 8 véritable gouvernement. Il faudra pourtant attendre la constitution de 1962 pour que l appareil étatique ait une existence légale. Le terme maghzen désigne également, outre la structure étatique, les relations clientélistes du sultan avec tout ce que le Maroc compte de notables, d oulémas, de marabouts ou encore de chefs de tribus. La structure du pouvoir est alors double, d une part un système étatique avec son administration, d autre part un système d allégeance de grands notables au sultan et à lui seul. C est ce système féodal, appelé néo-makhzen, que dénoncent aujourd hui les réformistes et les démocrates, car comme le souligne Thérèse Benjelloun 10, le peuple est mis en tutelle par ce système qui n a pas à répondre de ses décisions. De plus, comme le pouvoir décisionnel est détenu sans partage entre les mains du sultan et de ses proches conseillers, toute critique préalable visant à pointer des problèmes de société ou nécessaire à l amélioration d une institution peut être considérée comme une attaque personnelle du sultan. Le Protectorat Le régime du Protectorat fut imposé au sultan Moulay Hafid le 30 mars La convention de Fès attribuait également à l'espagne la zone septentrionale et le territoire d'ifni. Une longue période de pacification du pays s ouvrit et devait durer jusqu en 1934, date ou les dernières tribus du Haut Atlas furent soumises. Incertain quant aux capacités du sultan à contrôler ses sujets et craignant qu il ne proclame le djihad, Lyautey, le premier Gouverneur résident, remplaça ce dernier par son frère Moulay Youssef. Il transféra également la capitale à Rabat, une ville plus sûre. Le sultan demeurait en droit le souverain du Maroc, il continuait d exercer une souveraineté religieuse, qui légitimait d ailleurs le Protectorat, car le sultan avait imposé son sceau au traité. Il n avait en revanche plus de pouvoir temporel. Car, même si Lyautey avait reconstruit le maghzen, il avait doublé cette structure d une administration coloniale qui avait l essentiel des pouvoirs sur les zones civiles et militaires. Seuls les caïds du Haut Atlas gardaient une très large autonomie. 10 Cf. Visages de la diplomatie marocaine depuis 1844, 1991, Editions EDDIF, p. 32.
10 9 Le Protectorat Mars 1912 : signature du Protectorat. 12 Août 1912 : Abdication de Moulay Hafid, son frère Moulay Youssef lui succède : Création de l Office chérifien des phosphates (OCP) : Révolte d Abd el Krim, en zone espagnole : Mort de Moulay Youssef, son fils Sidi Mohamed devient sultan : Signature du dahir berbère, dénoncé par les milieux nationalistes : Fin de la pacification : Le parti de l Istiqlal publie un manifeste qui réclame l indépendance du Maroc : Discours de Tanger, dans lequel le sultan réclame l indépendance : Le Pacha de Marrakech lance un mouvement de protestation des chefs marocains contre les nationalistes et le sultan : Pétition des Pachas et Caïds réclamant la destitution du Sultan. Exil du Sultan, et remplacement par son cousin Mohamed Ben Arafa : Fin de l interrègne, retour de Mohamed Ben Youssef au Maroc : Fin du Protectorat et Indépendance du Maroc. En 1927, les Français nommèrent Mohamed Ben Youssef, le troisième fils de Moulay Youssef, sultan, car ils estimaient le jeune prince influençable. En 1930, la France souhaitait mettre en place une administration plus directe, semblable à celle qui existait en Algérie. L administration tenta de désarmer les Berbères en publiant le dahir berbère qui reconnaissait leur spécificité (langue, lois coutumières) par rapport à l'administration sultanienne. 11 D après Roger Gruner : Du Maroc traditionnel au Maroc moderne. Le contrôle civil au Maroc , 1984, Nouvelles éditions Latines.
11 10 Ce texte entraîna la première réaction nationaliste des milieux arabes, qui accusèrent la France de vouloir diviser le pays pour mieux asseoir son autorité et surtout de remplacer le droit islamique par des coutumes païennes. En cela, certains Marocains estimaient que les colonisateurs s attaquaient à l Islam alors qu ils étaient censés, selon les accords du Protectorat, protéger la coutume islamique du pays. Si le jeune sultan signa dans un premier temps le dahir berbère, il s opposera ensuite véhémentement à son application. Devant l opposition du sultan et d une grande partie de la population, l administration française dut se résoudre à retirer ce texte. Un mois après l abolition du dahir berbère, le sultan fut acclamé à son arrivée à Fès au cri de vive le Roi 12. Depuis la décennie précédente, se développait au Maroc un fort courant nationaliste qui puisait ses forces dans deux courants majeurs : d une part, de l idéologie salafiste, un courant fondamentaliste, prônant le retour aux sources de l Islam, qui dénonçait la présence de l occupant chrétien au Maroc ; d autre part, le courant dit des jeunes Marocains, c est-à-dire des fils de la grande bourgeoisie de Fès, Rabat et Salé, ayant reçu une éducation francophone au Maroc et même en France, et qui créèrent le nationalisme moderne au Maroc. Ces deux courants, pourtant fort opposés, se rejoindront dans le parti de l Istiqlal. Le sultan va représenter le symbole de la résistance pour le courant nationaliste naissant comme pour une grande partie de la population marocaine. Dès 1928, les jeunes Marocains avaient instauré la fête du trône qui traduisait à la fois leur légitimisme et leur désir de modernisme politique. Aux yeux des nationalistes, le sultan chérifien devait devenir le roi du Maroc. Les courants nationalistes se rangèrent donc derrière le roi, les uns parce qu il avait une indéniable légitimité religieuse, les autres parce qu ils pensaient que seul le roi pouvait servir de catalyseur au nationalisme marocain, car, de par son aura religieuse, il avait une relation particulière avec chaque Marocain. 12 Cf. Daniel Rivet : Le Maroc de Lyautey à Mohamed V. Le double visage du Protectorat,
12 11 La popularité du sultan augmentera avec la résistance et la relative liberté de ton dont il fera preuve au fil des années vis à vis des autorités coloniales. En 1947, au sortir de la deuxième guerre mondiale, il réclame l indépendance. Dans les années qui suivent, il pratique à de multiples reprises la grève du sceau et paralyse le fonctionnement du Protectorat. En effet, chaque décision, pour être légale, doit être paraphée de son sceau, car il est garant de la légitimité islamique de l autorité. Les autorités françaises pensent le destituer, comme le leur conseillent certains grands notables, notamment le pacha de Marrakech, El Glaouï. Le 14 août 1953, Mohamed Ben Youssef est destitué et il est contraint à partir en exil avec le prince héritier, le futur Hassan II, d abord en Corse puis ensuite à Madagascar. Il est remplacé par son cousin, l impopulaire Mohamed Ben Arafa pendant la courte période que les historiens appellent l interrègne. Cette décision aura des conséquences désastreuses pour le Protectorat. En s attaquant au Sultan, la politique française touche à la légitimité musulmane du Maroc et provoque des tensions importantes dans le pays, orchestrées en partie par les nationalistes et le très structuré parti de l Istiqlal. En effet, lors de son retour le 16 novembre 1955, Mohamed Ben Youssef jouit d un immense prestige. Son retour signe la fin du Protectorat et l Indépendance, que le Maroc acquière l année suivante, en Le 16 août 1957, le sultan est nommé roi. Le roi et le parti de l Istiqlal sont alors les deux acteurs majeurs du champ politique marocain mais aussi des rivaux de pouvoir pour l après-indépendance. Le roi parvient pourtant en quelques années à établir son autorité, aux dépens notamment du parti de l Istiqlal, qui ne tarda pas à se séparer en deux tendances : les progressistes et les conservateurs. La monarchie passe des accords avec les notables ruraux, confortés dans leurs pouvoirs et leurs privilèges. Un souverain au faîte de sa puissance 1999, Denoël, p. 9.
13 12 Bruno Etienne 13 estime, quant à lui, que l histoire marocaine présente une tendance lourde de renforcement de l autorité du sultan. Parlant du roi Mohamed V, il indique : Voilà donc un souverain qui cumule les fonctions de roi, de commandeur des croyants et de guide suprême. Les anciens souverains ne cumulaient pas, ils choisissaient. Idriss 1 er était Imam, les Almohades ont été califes, Ibn Toumert est apparu comme le Mahdi (messie) et il s est fait appeler Imam plutôt que Calife. Ibn Tachfin a pris le titre d Amir al-muslimin, prince des musulmans, tandis que Abd el Mounem s est fait appeler Amir al-muminin, prince des croyants. C est à partir du XVI ème siècle, à partir des Sa adiens qu on verra les souverains marocains cumuler ordinairement les titres. Puis on aboutira avec les Alaouites à la situation actuelle où sont cumulés tous les titres possibles. En effet, le retour d exil de Mohamed V, l Indépendance du Maroc et son couronnement ont placé le roi dans une situation de pouvoir qu aucun de ses prédécesseurs n avait connu dans l histoire du pays. Mohamed V met alors en place un néo-makhzen qui reprend à la fois les symboles de l ancien makhzen : bay a (cérémonie d allégeance annuelle, avec baise main du roi, cadeaux...) mais également l héritage d un Etat moderne, plus rationnel économiquement, légué par le Protectorat. Le roi cumule alors les rôles de souverain théocratique et de chef d Etat moderne avec des moyens de communication de masse qui permettent de relayer son image et ses discours dans toutes les régions du royaume. Il dispose aussi d une armée nationale et des ressources économiques bien plus élevées que ses prédécesseurs. Même avec la constitution, le roi est véritablement au-dessus des lois car il détient son autorité de dieu. Il peut toujours promulguer des dahirs qui ont valeur de lois, sans consulter le parlement. Le roi est au centre du pouvoir. Madhi bou Mhalli 14 décrit la structure de pouvoir comme un ensemble de cercles qui convergent tous vers le roi. Le premier cercle est constitué par la famille du roi, le clan alaouite et des nombreuses familles alliées par une politique de mariage particulièrement efficace. Le Roi est le chef de l armée, une armée beaucoup plus fiable que les guichs des sultans, malgré 13 Cf. Les arcanes du sultanat, p Op. cit. p. 180.
14 13 les coups d Etat qu aura à subir Hassan II. Il est l imam suprême, qui guide la communauté des croyants et protège les minorités religieuses 15, et l ombre de dieu sur la terre. Il est le Calife, son aura religieuse s étend au-delà du royaume chérifien. Il est le chef de l administration et il est enfin un homme d affaire au patrimoine sans aucune commune mesure avec celui de ses prédécesseurs. Cette dernière fonction se développera surtout sous le règne de Hassan II. Le roi comme incarnation d une nation à réunifier Nous tenons à le proclamer hautement : il n est pour nous de liberté valable et acceptable que dans le cadre de l unité et de l intégrité du territoire national 16. A l indépendance, le royaume repose plutôt sur la personnalité du roi que sur des institutions. Il est la figure du père et entretient, comme l a démontré Rémy Leveau 17, une relation particulière avec chaque marocain. Dans chaque famille marocaine, les enfants baisent la main du père et des hommes de la famille, tout comme les chefs féodaux lors de la cérémonie de la bay a, baisent la main du roi. Parce qu il a incarné la résistance aux Français pendant le Protectorat, le roi incarne la nation et l unité de la nation. Les Marocains recouvraient malheureusement leur indépendance avec le sentiment que le pays a été démembré 18 pendant la période coloniale. Ce thème de la nation divisée sera utilisé à l envi par le roi Mohamed V, puis par Hassan II, mais aussi par le puissant parti nationaliste de l Istiqlal et sa figure de proue, Allal el Fassi, leader du parti de l Istiqlal et promoteur de l idée du Sahara marocain. Ce fervent partisan de l expansionnisme marocain publia, durant l année 1956, année d accès de son pays à l indépendance, une carte du Grand Maroc. Par ses propos enflammés, ultra-nationalistes, il finit par imposer son discours au sommet de l Etat. Ainsi, dans un texte devenu fameux, il traçait les contours d un Grand Maroc : Nous ne serons vraiment indépendants, déclarait-il, que lorsque nous 15 Mohamed V refusera de laisser appliquer les lois du régime de Vichy à l égard de l importante minorité juive résidant au Maroc. 16 Mohamed V, discours du 15 février Cf. Le fellah marocain, défenseur du trône, 1976, Presses de Sciences Po.
15 14 aurons entièrement reconquis les terres de nos pères glorieux. Ces terres vont de Tanger, où je vous parle, jusqu au fleuve Sénégal, jusqu à la ville de Saint Louis qui est Marocaine, comme sont marocains aussi et appartiennent à notre maître le Roi, Tindouf, Colomb-Béchar, les terres du Rio de Oro et du Soudan jusqu à Tombouctou, jusqu au fleuve Niger! 19. Dans un premier temps, alors qu il était clair que la colonisation espagnole du Rio de Oro et de la Saguiet el Hamra allait encore durer, les inquiétudes et les revendications se tournèrent vers la Mauritanie, dont l Indépendance, toute proche, signifiait la légalisation internationale de l amputation d une partie du Grand Maroc 20. Le roi ne pouvait en aucun cas rester au second plan sur cette question vitale pour son pays et d une importance capitale dans la lutte qu il menait avec le parti de l Istiqlal pour le pouvoir. La question des territoires perdus allait devenir la préoccupation centrale de Mohamed V et de Hassan II. Ce dossier, qui allait déterminer durablement la politique étrangère du royaume, devenait l un des moyens pour le/les rois d unir le peuple marocain et de faire oublier l extraordinaire concentration des pouvoirs au sommet de l Etat. La religion et la politique étrangère comme mode de renforcement du trône Selon Thérèse Benjelloun 21 Si le chef de l Etat au Maroc a connu, au cours de l Histoire du Maroc, une grande diversité de nominations, tous ses titres (Calife, Sultan, Roi...) ont toujours tourné autour de sa position religieuse, source de sa légitimité et de son pouvoir temporel. Ainsi, malgré l évolution du pays vers la monarchie constitutionnelle, bien qu il ait été désigné et formé par son père Mohamed V comme son successeur, Hassan II demandait en 1961, lors de son accession au trône, l investiture traditionnelle des oulémas. Le roi revendique et assume avec attention son rôle de Commandeur des Croyants aujourd hui comme hier. Aujourd hui plus qu hier peut-être, celui-ci protège son noyau central, 18 Cf. Khadija Mohsen-Finan : Sahara occidental. Les enjeux d un conflit régional, 1997, CNRS Histoire, pp Cité in Christine Garnier : Désert fertile : un nouvel Etat, la Mauritanie, 1960, Hachette, p Cf. la partie suivante. 21 Cf. : Visages de la diplomatie marocaine depuis 1844, 1991, Editions EDDIF, p. 193.
16 15 intouchable, au cœur de l imanat, au cœur des champs social, religieux, économique où se situe la personne du Roi. Ainsi, lors de la bay a, les hiérarques ne font pas allégeance à un chef d Etat mais à un Calife, personne à la fois réelle et mythique. Ce n est pas un hasard non plus que la fête du trône soit célébrée, à partir de Hassan II, le jour de l anniversaire de la déclaration d indépendance du pays, le 3 mars. Dans sa lutte contre les velléités d hégémonie du parti de l Istiqlal, l argument religieux s avérera décisif pour assurer la suprématie du roi. Aussi, la dimension califienne du pouvoir royal appelle clairement une reconnaissance du leadership religieux au niveau du monde musulman, recherche d universalité qui fait du Roi, à ce titre, un arbitre sur la scène internationale 22 qui sera susceptible de diriger le comité Al Qods ou encore de servir d interlocuteur de premier plan dans la crise palestinienne. La politique étrangère n est que le reflet de la structure du pouvoir. Aussi, la diplomatie apparaît d abord comme le domaine réservé du roi, qui élabore la diplomatie avec quelques conseillers du sérail, plus rarement avec le makhzen, mais sans jamais en rendre compte à la société. Après l indépendance, les partis entrèrent résolument dans le champ de la politique extérieure mais, comme le note Thérèse Benjelloun 23 : lorsque les partis entrant se sont opposés à la politique étrangère marocaine, c était par refus global de la politique du pouvoir royal plus que par la volonté d intervenir dans un secteur particulier et essentiel de ce pouvoir 24. Car même dans le cadre d une constitution, la personne du roi est prééminente. Dans le domaine de la politique étrangère essentiellement, le Roi mène le jeu diplomatique, qu il conçoit et conduit lui-même, quitte à en écarter de ses décisions les responsables en titre. C est lui qui interprète les faits qui, dans l environnement 22 Ibid. p Ibid. p Rachid el Houdaïgui développe une thèse plus nuancée sur le sujet, il repère des phases où les partis politiques pèsent un peu plus sur-le-champ diplomatique, mais l essentiel des décisions dépend de ce qu il nomme l UDC (Unité décisionnelle centrale) constituée du Roi,
17 16 international, concernent le royaume. [...] Hautement personnalisée, la diplomatie marocaine dépend de la vision du monde du souverain, qui apprécie en fonction de l intérêt national dont il monopolise la conception, aidé en cela, d abord par ses conseillers, ensuite par les partis politiques et la chambre des représentants 25. Miguel Hernando de Larramendi 26 affirme quant à lui que le roi intervenait de trois manières différentes dans la politique étrangère. Il intervenait d abord directement dans les réunions des diverses institutions internationales, ce qui, au fil du temps, lui avait permis de nouer des relations d amitié avec un certain nombre de dirigeants de la planète. Ensuite, il nommait, par des décrets royaux, les membres les plus éminents du Ministère des Affaires étrangères. Enfin, ses conseillers royaux, répartis par zones géographiques, rencontraient régulièrement les chefs d Etat du monde entier pour un discret lobbying sur le dossier du sahara. Au même titre que le champ religieux, le champ de la politique étrangère contribue à solidifier le trône. Avant d analyser la nouvelle politique africaine du Maroc, nous reviendrons sur la politique étrangère de Hassan II et la place de la politique africaine dans sa politique étrangère. II La politique étrangère de Mohamed V et d Hassan II Après l indépendance, l essentiel de la politique marocaine consista, dans un premier temps, à reconstituer le grand Maroc, projet fédérateur dans lequel le roi ne voulait pas être débordé par le parti de l Istiqlal. La contestation de l existence de la Mauritanie La contestation du Maroc à propos de l existence d une entité mauritanienne distincte devait donc être replacée dans une contestation plus globale d un pays qui estimait avoir été victime, pendant la période coloniale, d un véritable démembrement. Il est à ce titre fort intéressant de se pencher sur l argumentation du cabinet royal et de l armée, qui monopolisent le renseignement stratégique et qui gèrent le processus décisionnel. 25 Ibid. p. 194.
18 17 développée alors, pour ensuite aborder, dans un deuxième temps, les modes d action qui furent ceux du Maroc. Le Royaume du Maroc, qui réclamait alors la restitution de ses frontières naturelles et historiques, usa de trois types de légitimation pour ses revendications 27. Tout d abord, on utilisa des arguments de type juridique. On se référait notamment au mystérieux Protocole de et à l Acte international d Algésiras de 1906 qui, garantissant l intégrité territoriale du pays, stipulaient que le pays s étendait jusqu au fleuve Sénégal. De plus, les Marocains insistaient sur le fait que certains chefs mauritaniens, notamment au nord du pays 29, affirmaient tenir leur pouvoir du roi. Les principaux arguments étaient évidemment de nature historique. Insistant sur la communauté de race et de religion, les Marocains ne pouvaient que mettre en avant les liens historiques évidents entre les deux espaces. Les revendications historiques s appuyaient en fait sur trois points. 1- Les populations berbères vivant au Sahara furent régulièrement envahies et islamisées par des tribus arabes venues du Maroc qui imposèrent peu à peu leur langue. C est vrai pour le VII ème siècle, pour le VIII ème siècle, pour le XIV ème siècle et XV ème siècle avec les invasions respectives d Oqba Bennafi, d Abderahmane Ibn Habib et des Mâqil (dont descendent les Beni Hilal et les Beni Hassan). 2- Le second argument de poids consistait en la description de l Epopée Almoravide en tentant de montrer que les deux espaces sont indissociables. Les Sanhadja Lemtouma étaient des tribus berbères nomadisant du sud du Maroc jusqu au Niger. Au XI ème siècle, un de leur chefs, Yahya Ibn Brahim El Gedali, introduisit auprès d eux un théologien nommé Abdallah Ibn Yacine, disciple d un professeur de droit Malékite de grande réputation. Il fonda vers Cf. le chapitre intitulé : El rey y la ejecucion de la politica exterior, pp in La politica exterior de Marruecos, 1997, Editorial MAPFRE, Madrid. 27 On se référera notamment à H. DUPIEZ : Les revendications marocaines sur la Mauritanie et sur le Sahara devant le droit international et devant l Histoire in Communautés et Continents n 9 Janv./Mars Cf. Ch. SERGHINI : Le Maroc et la Mauritanie dans les relations internationales, 1982, Thèse d Etat en Droit, Université de Nice, Institut du Droit de la paix et du Développement. 2 tomes, p Tel Ma el Aïnin Cf. CH. SERGHINI op. cit. p. 225.
19 18 un couvent 30 qui commença à diffuser le message du Prophète et à voir grandir sa réputation. Les adeptes étant de plus en plus nombreux, ils décidèrent de conquérir de vastes territoires pour que le royaume de Dieu se réalise sur la terre. Sous la direction de Yahya Ibn Omar, ils commencèrent par soumettre tout le Sahara Occidental puis, sous la direction d Abou Bekr, ils se dirigèrent vers le Maroc, fondèrent Marrakech, qui donna son nom au Royaume Chérifien. 3- Enfin, les expéditions des Sultans sahariens tels que Moulay Ahmed el Mansour, Ahmed El Mahdi et le célèbre Pacha Djouder, responsable de la chute de l Empire Songhaï dans l actuel Mali, avaient en commun le désir de contrôler les routes sahariennes pour s affranchir du coût trop élevé que pouvait représenter le contrôle des flux d or, de sel et d esclaves par des pouvoirs trop forts au sud. D ailleurs, si l on considère la carte des revendications marocaines, on ne peut qu être frappé par le fait que cette prolongation saharienne voulue par le royaume regroupe les principales routes caravanières et villes étapes, c est-à-dire à la fois les axes économiques essentiels d hier et les principaux réseaux de diffusion de l Islam. Cette remarque nous entraîne vers une argumentation d un autre type et porte le débat cette fois-ci sur le plan religieux. Le Maroc insistait sur la différence qui pouvait exister entre la notion occidentale de territoire étatique et la notion arabe 31. Le territoire serait, dans la conception arabe, fondé non plus sur des faits géographiques ou historiques mais sur la religion. On ne parle plus de territoire au sens strict, avec des frontières bien délimitées 32, mais d un ensemble de fidèles qui dépendraient du Commandeur des croyants, le roi Mohamed V, Chérif Alaouite, parce que descendant direct d Ali, le gendre du Prophète. Ainsi s articulait l argumentation marocaine, qui n avait de cesse de prouver les similitudes entre les deux populations (race, croyances et mœurs en général) et de 30 Un Ribat, ceux qui le fréquentaient se nommaient Mrabtins ou Al Mourabitoun, appellations qui dérivèrent vers le terme Almoravide, littéralement ceux qui viennent du Ribat. 31 Cf. CHEIKH M BAKE FALL : La construction de la nation mauritanienne dans le sousensemble géopolitique de l Afrique du Nord-Ouest, 1983, Thèse de troisième cycle en Relations Internationales, Université de Reims. U.E.R. de Droit et de Sciences Economiques, p. 61 et FLORY M. : L ensemble mauritanien en tant que notion juridique in Introduction à la Mauritanie, 1979, p Cf. FLORY M. : La notion de territoire arabe et son application au problème du Sahara in Annuaire français de Droit international (III), Paris, 1957.
20 19 confondre, dans un même territoire, des espaces qui n avaient jamais été liés, à un même moment, par une même autorité. Les Marocains utilisaient des arguments se contredisant en partie (peut-on invoquer à la fois un argument de type juridique [au sens du droit romain avec sa conception du territoire] et un argument de type religieux qui nie la conception occidentale du territoire, pourtant invoquée précédemment?). Les relations entre le Maroc et la Mauritanie, même avant la colonisation, n étaient certainement pas aussi importantes qu on l affirme généralement et s il est vrai que les tribus de l Adrar, de l extrême nord et secondairement de l Inchiri avaient des relations suivies avec le sud marocain, ce n était évidement pas extensible à tout l ensemble maure et a fortiori au Chemana. Voyant que la simple argumentation s avérerait très certainement insuffisante, les Marocains usèrent de différents stratagèmes pour arriver à leur fin. Ils commencèrent par des tentatives de persuasions d hommes politiques. Dès la fin de l année 1956, le gouvernement marocain allait nommer des représentants de ses deux provinces du sud (Rio de Oro et Mauritanie). Il s efforcera de nouer ou de renforcer des relations avec des chefs de tribu du nord mauritanien, une politique qui portera ses fruits car plusieurs personnalités de l Adrar reconnaîtront la souveraineté marocaine. Il facilitera l émergence d un parti pro-marocain (1958) en Mauritanie, la Nadha Al Watania qui sera interdit par Ould Daddah 33 en L épisode le plus éclatant de cette phase fut certainement le ralliement retentissant de Horma Ould Babana, (premier député de Mauritanie en 1946 donc personnage incontournable de la scène politique mauritanienne naissante) aux thèses marocaines et sa fuite 34 à Rabat, qui entraînera avec lui des personnalités de premier plan comme l Emir du Trarza Mohamed Fall Ould Oumer. Ce geste sera récompensé par l octroi de hauts postes dans l administration marocaine à des Mauritaniens. Mais le royaume chérifien utilisera également la force et tentera de déstabiliser la Mauritanie. On composera à la hâte une Armée de Libération Nationale connue également par le nom de son leader, Ben Hamou 35, qui recrutera, entre autre, chez les tribus Rgaybat et mènera des actions surtout dans le nord de la Mauritanie, s en 33 Cf. Ch. SERGHINI op. cit. p Il réclamera la qualité de réfugié politique à Rabat 35 Cf. CHEIKH M BAKE FALL op. cit. p. 71.
21 20 prenant notamment aux installations de la Miferma 36 pensant toucher un point névralgique. Ces actions mèneront à des affrontements directs avec l armée française, à Atar. Ces fréquents accrochages déclencheront une opération de plus grande envergure, l opération Ecouvillon, qui sera menée le 10 Février 1958 dans le Sahara Espagnol avec une coordination franco-espagnole qui décimera la mystérieuse Armée Nationale de Libération dont le lien avec le Maroc sera toujours catégoriquement nié par Rabat. Cette lutte violente continuera, surtout à travers une série d attentats destinés à marquer psychologiquement les esprits, mais qui contribueront involontairement à solidariser les consciences contre ces menaces et alimentera indéniablement un sentiment de méfiance et d éloignement vis à vis de Rabat. La dernière offensive sera diplomatique, le Maroc tentera d isoler la Mauritanie en empêchant sa reconnaissance officielle au niveau international. Il entraînera les pays de la Ligue Arabe à ne pas reconnaître le pays et, dans un premier temps, boycottera l OUA 37 qui se portait garant de l intégrité territoriale de ses membres. Le Maroc finira par reconnaître la Mauritanie, mais un autre dossier, encore plus vital pour le Maroc, se profilait. L affaire du Sahara occidental Colonie espagnole depuis la fin du XIX ème siècle, la pacification de ces régions ne fut effective qu en La présence espagnole fut très discrète, essentiellement sise dans quelques fortins du littoral. L Espagne, surtout intéressée par les richesses halieutiques de la colonie, pratiquait l indirect rule. A la fin des années 50, l Espagne dut faire face aux revendications territoriales de Moctar Ould Daddah, le futur président mauritanien qui, à la veille de l indépendance, réclamait l unification de tous les territoires peuplés par des Maures, ce qui incluait évidemment les territoires du Rio de Oro et la Saguiet el Hamra. Mohamed V, le souverain marocain, revendiquait le rattachement de ces territoires au nom de droits historiques. En effet, il considérait, tout comme la majorité de ses 36 Société qui exploite les gisements de fer de la Kedia d Idjill.
22 21 sujets et le puissant parti de l Istiqlal, que le royaume était un Etat démembré victime de la période coloniale, divisé en 7 zones 38 et qu une indépendance pleine et entière signifiait le retour de ces entités dans le makhzen. Des officines marocaines créèrent alors l Armée de Libération du Maroc du Sud, regroupant essentiellement des combattants sahraouis, qui concentra ses attaques contre les Espagnols durant les années 1956 et Cette armée fut mise hors d état de nuire par une action franco-espagnole d envergure, l opération écouvillon où l on usa de bombardements aériens. Un autre mouvement, cette fois ci indépendantiste, allait naître en 1967, le Front de Libération du Sahara, qui allait devenir, en 1973, le Front Populaire de libération du Saguiet el Hamra et du Rio de Oro, plus connu sous son acronyme Front Polisario. Le 17 septembre 1974, le Maroc et la Mauritanie saisissent la Cour Internationale de Justice pour lui poser deux questions 39 : Le Sahara occidental était-il terra nullius à l arrivée des Espagnols? S il ne l était pas, quels étaient les liens juridiques de ce territoire avec le Royaume du Maroc et l ensemble mauritanien?. Dans sa volonté de contenter les deux parties, la cour répondit clairement à la première question en disant que le Sahara n était pas un territoire sans maître, mais donna en revanche une réponse inutilisable à la seconde puisqu elle déclara qu il existait des liens d allégeance entre le Sultan du Maroc et les tribus sahariennes, mais sans aucun lien de souveraineté entre le territoire du Sahara occidental et le Maroc. 40 Alors que parallèlement, les négociations bipartites et tripartites avec l Espagne et la Mauritanie s enlisaient dans des méfiances réciproques, le roi Hassan II décida de précipiter l issue de la crise en initiant en octobre 1975 une action éminemment 37 Le Maroc n a pas signé le traité d Addis Abeba. 38 Le projet dit du Grand Maroc affirmait que le royaume était divisé entre : 1 Tanger (zone internationale) 2 Le Rif, Ifni et la province de Tarfaya (protectorat espagnol) 3 Entre le rif, le sud de l Anti-Atlas, y compris Tindouf et l Ouest de l Algérie (colonie française) 4 Le Rio de Oro (colonie espagnole) 5 Le Saguiet el Hamra (occupation militaire espagnole) 6 La Mauritanie et une partie du Mali (colonie française) 7 Ceuta et Mellila (presides espagnoles) 39 Cf. Khadija Mohsen-Finan : Sahara Occidental. Les enjeux d un conflit régional, 1996, CNRS Histoire, p Ibid.
23 22 symbolique, la Marche Verte, qui engendra une énorme mobilisation populaire puisque personnes suivirent le roi. L Espagne, préoccupée par la fin de règne de Franco et par sa succession, se retire en février 1976 sans qu aucune solution n ait été avalisée par toutes les parties et par les instances internationales. Le Maroc et la Mauritanie se partagent alors la colonie espagnole et affrontent le Front Polisario. Face aux revers infligés par les combattants sahraouis, aguerris, motivés et lourdement armés par la Libye puis l Algérie, les Marocains allaient progressivement construire un mur de défense pour protéger la zone conquise des très redoutables attaques sahraouies. La Mauritanie, militairement incapable de répondre aux menaces sahraouies, entra vite dans un cycle de crise politique et économique. Une junte militaire aux positions neutralistes, voire plus favorables au Polisario, déposa le président Moctar Ould Daddah en En effet, durant les premières années du conflit, les sahraouis avaient concentré leurs attaques sur le maillon faible, c est à dire la Mauritanie. Les attaques répétées contre le train minéralier Zouérat-Nouadhibou avaient lourdement hypothéqué la première ressource du pays, l exportation du fer. Quelques mois après, les nouveaux dirigeants de Nouakchott déclaraient leur neutralité dans le conflit qui allait désormais opposer le Polisario à Rabat. Le Maroc se déployait alors rapidement sur le Tiris el Gharbia, partie du Sahara occidental laissée vacante par la Mauritanie, et y achevait un mur isolant les zones rebelles des zones pacifiées. Un aveu de faiblesse dans une région où militaires marocains étaient stationnés en permanence. Après une médiation de plus de 10 années, le 30 avril 1988, les deux parties approuvaient, à Genève, un plan de paix proposé par l ONU. L un des points forts de ce plan était l organisation d un référendum d autodétermination. Le 29 avril 1991, par la résolution 690, le Conseil de sécurité des Nations Unies décidait de créer la MINURSO Mission des Nations Unies pour l organisation d un référendum au Sahara Occidental.
24 23 Les conséquences ambivalentes du dossier saharien Les deux conséquences majeures du dossier saharien, pour le Maroc, auront été le renforcement du sentiment national et du rôle du roi comme incarnation de la nation. Un évènement majeur de l histoire marocaine contemporaine illustre cette tendance : la marche verte. L autre conséquence sera un isolement diplomatique critique dans le monde arabe et en Afrique. Comme le montre Khadija Mohsen-Finan 42, la marche verte procédait sur deux registres différents. D une part, cette action était une harka, c est à dire une expédition punitive contre des séditieux. Du point de vue sultanien, les sahraouis rebelles à l autorité du roi, choisissaient la dissidence et se rangeait de ce fait dans les tribus siba. Cette marche symbolisait alors les expéditions punitives des sultans contre les tribus rebelles. La mobilité des sultans était la condition sine qua non de la pérennité du maghzen. Bien plus que symbolique, des points de ressemblance existaient dans la manière de lever une harka et l organisation de cette marche. Comme dans la harka, les marcheurs avaient été recrutés en fonction des quotas fixés dans chaque province. Pour la harka, ces quotas étaient déterminés selon la taille des tribus et leur degré de loyauté 43. D autre part, cette marche puisait dans une symbolique religieuse très forte, puisque le roi et nombre de marcheurs arboraient le Coran. Cette marche était également un djihad contre l occupant espagnol. Elle revêtait, selon le roi, tous les caractères de la légalité religieuse : l allégeance, dans le droit musulman, même si elle a revêtu différentes formes, n a pas toujours été une allégeance qui lie l individu à l Amir al-mouminine, mais ce que représentaient cet individu, les groupements, les tribus et les régions auxquelles il s apparentait. Nous devons honorer nos engagements. Il est devenu pour nous impératif, inéluctable et même un devoir religieux, et nos oulémas sont là pour émettre une consultation, en tant que serviteur de ce pays, de cette nation en notre qualité d Amir al-mouminine, liés que nous 42 Op. cit. pp Ibid. p. 42.
25 24 sommes par le pacte d allégeance, d honorer nos responsabilités et d aller rejoindre notre peuple du Sahara. 44 Le roi jouait sur deux registres faisant directement référence à sa qualité de chef du makhzen et de protecteur de la religion. Il reprenait ainsi la main face aux partis nationalistes qui depuis des mois, l enjoignaient d agir. Devant la très impressionnante mobilisation populaire suscitée par la marche verte, le roi sortit renforcé, l unanimité dans le pays fut totale pour saluer cette action. Les journaux et les partis dénoncèrent l Algérie et l Espagne, le consensus fut si complet que dés 1976, le roi forma un gouvernement d Union nationale, intégrant des ministres de l Istiqlal, ce qui n était pas arrivé depuis le début des années 60, et relâcha également la pression sur les médias. Il acquit le titre de réunificateur, tout comme Mohamed V avait eu celui de libérateur. Il sortait enfin de la période des coups d états et des contestations virulentes 45. Mais l épineux problème du Sahara eut également pour conséquence d isoler le royaume sur le plan diplomatique. Après que la Mauritanie se fut retirée du conflit saharien (1978), le Maroc eut à affronter seul les critiques des pays progressistes. Comme le souligne Khadija Mohsen-Finan, c est en Afrique Noire que la politique saharienne du Maroc fut le plus sévèrement jugée dans la mesure où l occupation du Sahara occidental allait à l encontre de deux principes sacralisés par l OUA, le droit des peuples à s autodéterminer et l acceptation de frontière héritées du colonialisme. 46 En 1981, 26 pays africains avaient déjà reconnu la RASD, qui allait faire son entrée à l OUA en 1984, provoquant le départ du Maroc. Au sein de l ONU, la position du Maroc était également peu confortable puisque cette 44 Hassan II, discours de lancement de la marche verte, cité par Brahim Labari, op. cit. p Cf. Thérèse Benjelloun, op. cit. P. 212 : C est que, en 1974, l habile stratège diplomatique qu est le roi Hassan II avait compris que l unanimité nationale avait trouvé là un terrain d élection. La monarchie en retirait un grand profit pour son capital personnel de légitimité, jouissait de la faveur d un consensus national qui, au mépris des contestations d un régime que l opposition dénonçait comme anti-démocratique, faisait de la récupération du Sahara un objectif national prioritaire et enthousiasmant, unificateur, au point de déjouer les sibas politiques des partis de l opposition légale qui s y engageaient sans réserve avec l espoir d une libéralisation du régime et d une participation au pouvoir. 46 Op. cit. p. 66.
26 25 organisation adoptait, en 1980, une résolution enjoignant le Maroc de se joindre au processus de Paix. 47 La politique africaine au sein de la politique étrangère Les premières orientations de la politique étrangère du Maroc, sous Mohamed V, allaient plutôt inscrire le pays dans le camp progressiste. La diplomatie marocaine, jusqu en 1961, sera guidée par trois axes : le soutien aux peuples colonisés, qui se manifestera notamment par son soutien militaire discret à l Algérie ou encore au régime de Patrice Lumumba au Congo ; la lutte pour son intégrité territoriale ; et enfin, la recherche d une voie autonome, c est-à-dire une véritable émancipation vis à vis de la France. Ce souci conduira Mohamed V à rallier le camp des non alignés, dans le sillage de la conférence de Bandoeng 48. Le Maroc oeuvrait délibérément en faveur des peuples colonisés. Mû par une volonté unitaire africaine, le Maroc provoquait avec le Ghana la première conférence des Etats indépendants d Afrique à Accra, en Par ailleurs, la conférence anti-colonialiste de Casablanca de 1961 est le moment fort de cette politique, et un grand succès diplomatique pour le Maroc. Selon Abdellah Saaf 50, une deuxième période commence avec l accès de l Algérie à l indépendance en 1962 et avec l appui que celle-ci apporte aux différentes tentatives d ajourner le Groupe de Casablanca, et de créer l OUA en Septembre Le Maroc va adhérer beaucoup plus tard à cette organisation car le problème de l indépendance de la Mauritanie et la Guerre des Sables provoquent des réactions de plus en plus hostiles de la part des pays africains, qui perçoivent de plus en plus le Maroc comme un pays expansionniste. Le groupe de Casablanca perd évidemment toute substance. 47 Ibid. p Cf. Thérèse Benjelloun, op. cit. p Cf. Abdelkhaleq Berramdane : Le Maroc et l Occident , 1987, Karthala, pp Cf. Pour une recherche renouvelée sur les relations maroco-africaines in Le Maroc et l Afrique après l indépendance, 1996, publication de l Institut des Etudes Africaines, Rabat, pp et entretien.
27 26 Cette tendance allait tout naturellement conduire le Maroc à se rapprocher des pays occidentaux, tendance qui deviendra un axe majeur de la politique d Hassan II, même s il entretenait des relations cordiales avec le camp socialiste. L opposition avec l Algérie, qui allait devenir une rivalité permanente avec ce pays proche des non alignés et du camp socialiste allait renforcer la position pro-occidentale du Maroc 51. Abdallah Saaf 52 voit une troisième période commencer en 1969 avec la reconnaissance de la Mauritanie par le Maroc, qui, entre juin 1972 et juin 1973, assurera la présidence de l OUA. Cette période, où les relations bilatérales avec le pays africains s améliorent, sera celle de la mise en place de nombreux programmes de coopération économique et culturelle. Ce réchauffement des relations sera entravé par le dossier du Sahara occidental. Le Maroc restera assez isolé et refusera, dans un premier temps, d avoir des relations avec les pays ayant reconnu la RASD puis, à partir de la fin des années 80, renouera des coopérations plus nombreuses 53, même avec les pays ayant reconnu la RASD. Hassan II se rangea très tôt dans le camp occidental. Les raisons étaient d abord, nous l avons vu, liées aux revendications territoriales marocaines, qui, aux yeux du camp progressiste, faisaient du Maroc un pays agressif envers des pays nouvellement décolonisés. Le Maroc, bien qu ayant une ouverture sur deux mers, ne présentait pas, pour le camp occidental, un intérêt stratégique majeur. Pourtant, fort subtilement, grâce à un réseau de relations patiemment tissées dans les chancelleries du monde entier, Hassan II réussit à assigner à son pays un rôle particulier qui le mettait à l abri de toute volonté hégémonique extérieure. Le Maroc allait occuper un rôle de pont entre le monde arabo-musulman et l occident. En pratique, Hassan II a compris dès son intronisation en 1961 que le champ religieux, et particulièrement le titre de commandeur des croyants, pourrait constituer non seulement un rempart contre toute contestation politique mais aussi un instrument d offensive diplomatique lui permettant de se propulser au sommet de la scène arabo-islamique et par contrecoup de s ériger en interlocuteur privilégié de l Occident Voir plus bas. 52 Op. cit. pp Entretien avec Mohamed Lamouri.
28 27 Ainsi, la première conférence islamique, pendant laquelle fut créée l Organisation de la Conférence Islamique (OCI), se déroula à Rabat en Hassan II présidera à plusieurs reprises cette organisation de même que le comité Al Qods, créé en Dans le même ordre, le Maroc abrite l Organisation Islamique pour l Education, les Sciences et la Culture et le Centre Islamique pour le Développement du Commerce 55. C est lors d un sommet de la Ligue des Etats Arabes, se déroulant à Fès en que l on élaborera le premier plan de paix global pour le Proche Orient, dont s inspireront les négociations israélopalestiniennes d Oslo. Hassan II servira également de médiateur entre Egyptiens et Israéliens à la veille des accords de Camp David. Ces diverses médiations feront de lui, aux yeux des occidentaux, un élément stabilisateur de toute la zone méditerranéenne. Hassan II exercera également le rôle de médiateur dans différents conflits ou crises du continent africain comme lors des tensions entre la Mauritanie et le Sénégal en 1989, où encore lors du long conflit angolais, bien que Hassan II soutînt l UNITA de Jonas Savimbi. Le Maroc participera également, sur le continent africain, à plusieurs opérations de maintien de la paix ou de soutien. En 1960, le Maroc participait à l Opération des Nations Unies au Congo (ONUC), le commandant en chef adjoint de cette opération était le Général Kettani, un Marocain. Mohamed V avait choisi ce type d action pour tenter d acquérir une dimension d acteur de premier plan au niveau continental, mais Hassan II délaissera cette option pendant de longues décennies, le Maroc ne participera que trente années plus tard à une autre opération de maintien de la paix, l opération restore hope en Somalie, en Car Hassan II entendait plutôt jouer un rôle de stabilisateur et à tenir un rôle pour devenir le leader des pays modérés du continent. Pour ce faire, il engagera son pays dans des opérations de soutien, par exemple lors des crises de Shaba de mars 1977 et de mai 1978, au côté de la France, dans le cadre de l opération Verveine, mais aussi en Côte d Ivoire, au Gabon, en Centrafrique, au Sénégal, au Togo, dans des régimes amis, où Hassan II désirait défendre les valeurs du monde libre. 54 Cf. Rachid El Houdaïgui : La politique étrangère sous le règne de Hassan II, 2003, l Harmattan, p Ibid. p. 132.
29 28 Pendant cette période, Hassan II se forgeait un certain nombre d amitiés fortes parmi les présidents à vie du continent (Mobutu, Senghor, Bongo, Houphouët- Boigny...), qui se traduiront par des accords de coopération. Mais le Maroc héritait également de cette période, en Afrique subsaharienne, d une image de supplétif des occidentaux néo-colonialistes, qui persiste encore aujourd hui. Néanmoins, comme le souligne Rachid el Houdaïgui 56, Le Royaume restera longtemps à l écart des Opérations de maintien de la paix (OMP). Il faudra attendre la fin de la guerre froide pour voir la doctrine marocaine rehausser de nouveau les OMP sur l échelle des priorités. En effet, Rabat se rendant compte que le rôle de stabilisateur régional et continental qu il prétendait jouer sous le système bipolaire n est plus suffisant pour son statut de puissance régionale, renoue avec le rôle de promoteur de la paix. Lorsque le Maroc dépêcha un contingent de 1250 militaires en Somalie, les observateurs ont noté que les autorités avaient pris soin que ce contingent soit autonome d un point de vue logistique, ce qui démontrait une volonté de se montrer moins dépendant de la France ou des Etats Unis. Cependant, même si à travers ses diverses interventions en dehors de son territoire, le Maroc a effectivement contribué à défendre la paix et la légalité internationale, on constate que les OMP, comme les opérations de soutien, recèlent un objectif diplomatique précis. Il faut continuer à se ranger aux côtés des alliés, se montrer fidèle, en échange d un soutien de leur part contre toute volonté extérieure ou intérieure de déstabilisation, notamment pour le dossier saharien. Les modalités de la politique africaine du Maroc sous Hassan II Les 12 premières ambassades marocaines en Afrique noire 56 Op. cit. p. 141.
30 29 Sénégal 1960 Gabon 1974 Guinée 1961 Cameroun 1975 Mali 1961 Libéria 1979 Côte d Ivoire 1962 Niger 1981 Nigeria 1962 Kenya 1982 Zaïre 1968 RCA 1983 Comme nous avons pu nous en rendre compte dans les chapitres précédents ainsi que dans le tableau ci-dessus, on peut parler de politique africaine du Maroc à partir de la décennie Pendant les quinze premières années de l indépendance marocaine, nous avons vu les postures respectives des deux rois et leurs interventions, mais une véritable politique africaine ne se met en place qu à partir du moment où le Maroc reconnaît officiellement la Mauritanie et entre à l OUA. En effet, à partir du début des années 70, la politique ne se limite plus aux domaines diplomatiques ou militaires. Une véritable coopération se met en place 57, elle a deux dimensions : une affirmation de la solidarité sud-sud d une part et une volonté de renforcement des relations bilatérales 58. Le Maroc et certains pays africains vont mettre en place divers instruments pour organiser cette coopération. Les relations avec deux pays serviront de modèle. En effet, le Maroc avait signé une série d accords économiques avec la Guinée et le Mali, dans le cadre du Groupe de Casablanca, au début des années 60. Ces prémices de coopération avaient été freinés par la dissolution du groupe. Mais ces relations bilatérales serviront de modèle à la politique de coopération des années 70 et 80. De l indépendance jusqu à 1987, le Maroc n a conclu que 120 accords 59 avec les pays d Afrique sub-saharienne, des accords qui n ont concerné que 17 des 52 pays. Sur ces 120 accords, seulement 32 ont été signés entre 1960 et Le 57 Cf. Annexe Entretien avec Abdelaziz Barre, l un des rares spécialistes de cette question. Il parle de bilatéralisme sélectif. Cf. La politique marocaine de coopération en Afrique. Essai de bilan. in Abdallah Saaf : Le Maroc et l Afrique après l indépendance, 1996, publication de l Institut des Etudes Africaines, Rabat. 59 Les données, qui proviennent du Ministère des Affaires Etrangères, nous ont été communiquées par Abdelaziz Barre. 60 Cf. Abdelaziz Barre, op. cit. p. 25.
31 30 retrait du Maroc de l OUA consécutif à la reconnaissance de la RASD n a pas ralenti cette politique bilatérale. L étude de la répartition géographique de ces accords laisse apparaître une nette orientation vers l Afrique francophone, c est-à-dire l Afrique de l Ouest et l Afrique centrale. Entre 1972 et 1985, 72 des 88 accords ont concerné 12 pays d Afrique francophone, avec respectivement : le Sénégal (15), le Gabon (14), le Zaïre (10), la Guinée et le Mali (8 chacun). Seul un pays non francophone émerge, c est la Guinée Equatoriale, avec 6 accords. La répartition de ces accords traduit en fait l extrême personnalisation de la politique africaine de Hassan II. Ces pays cités avaient surtout comme point commun et avantage d être dirigés par des présidents ayant lié une fidèle amitié avec le roi du Maroc. Cette amitié reposait sur le partage de certaines options idéologiques (conservatrices et pro-occidentale) et également sur l exceptionnelle longévité de ces présidents. Ces hommes d Etat, partageant les mêmes idées et se fréquentant pendant plusieurs décennies, avaient fort logiquement construit un solide réseau d entraide. Ce type de politique bilatérale, devait permettre de s assurer le soutien des pays alliés sur le continent pour éviter d être isolé face à l Algérie et la RASD. Toutefois, il faut souligner qu après son départ de l OUA, le Maroc, dans un premier temps, boycotta les pays ayant reconnu la RASD. Mais dés la fin des années 80, il semble qu Hassan II se soit ravisé et qu il ait plutôt favorisé une politique de rapprochement avec ces pays (comme par exemple le Cap Vert) et de lobbying pour les convertir aux thèses marocaines, ce qui se révélera payant pour certains d entre eux. La politique de coopération va alors devenir moins idéologique et plus pragmatique, et l on verra une tentative de multiplication des partenaires. Car, sur le dossier saharien, certains pays amis comme le Sénégal ou le Gabon, ou encore la Guinée, préconisaient une négociation directe avec le Polisario. Le type d accords signé évolua 61. Si les premiers accords ont généralement des intitulés assez globaux, des conventions générales, la coopération va évoluer vers des accords de plus en plus sectoriels et se doter d un véritable cadre institutionnel. 61 Entretien avec Abdelaziz Barre et Abdallah Saaf.
32 31 Ainsi, à partir du milieu des années 70, des commissions mixtes apparaissent, dont la mission est d organiser et de gérer une coopération bilatérale dans l ensemble des domaines concernés par les accords et conventions. En 1979, l AGUIMCO (Agence guinéo-marocaine de coopération) est créée pour renforcer l ensemble des relations économiques, techniques, scientifiques et coordonner l ensemble des actions. Cette institution restera, avec l AMAMCO (Agence maroco-malienne de coopération), ce que le Maroc connaîtra de plus poussé dans le domaine du bilatéral. Ces agences serviront de modèle à l AMCI (Agence marocaine de Coopération Internationale 62 ) à laquelle elles seront intégrées. Cet organisme, qui dépend du Ministère des Affaires Etrangères, fut créé en Les échanges commerciaux entre le Maroc et l Afrique subsaharienne 63 sont restés modestes. Comme on peut le voir dans l annexe 1, la part de l Afrique a représenté, selon les années, entre 3 et 8 % de la totalité des échanges marocains dans la période considérée. Pour la décennie 80, les principaux fournisseurs du Maroc appartenant à cette zone étaient la Côte d Ivoire, le Gabon et le Congo et ses principaux clients, le Cameroun, la Côte d Ivoire, le Gabon, le Sénégal et le Zaïre. Les importations portaient essentiellement sur le bois, le pétrole, le tabac, le café, le sucre, les épices et l huile de palme. La structure des exportations est plus large, il s agissait de produits alimentaires, textiles, ménagers et des produits manufacturés. A. Barre 64 explique que les échanges subissent plusieurs types de contrainte : marchés intérieurs des pays africains très étroits, économies tournées vers la monoproduction, liens économiques forts avec l ancienne métropole. Ces caractéristiques se conjuguent à des contraintes techniques d inadéquation ou de déficience des infrastructures. Pour développer ces échanges, les autorités marocaines ont imaginé une palette d outils. Ainsi, en 1976, est créé le CMPE (Centre Marocain de Promotion des Exportations) 65 et instauré un système d assurance à l exportation qui garantit l exportateur marocain contre le non-recouvrement des créances. Ce système 62 Nous parlerons plus en détail de cet organisme dans la partie suivante. 63 Cf. Abdelaziz Barre, op. cit. pp , et entretien avec Moulay Ismail Taqui. 64 Ibid. p Cf. Partie suivante.
33 32 d assurance garantit même le remboursement à l exposant marocain qui, lors d une foire à l étranger, ne couvre pas les frais engagés par son chiffre d affaire. Des sociétés mixtes de commerce et des chambres de commerces, bilatérales, sont également créées dans les décennies 70 et 80. Malgré ces actions, les échanges demeurent faibles et les opérateurs économiques marocains restent peu intéressés par des marchés africains jugés peu prometteurs. III La nouvelle politique africaine du Maroc Dans quelles mesures peut-on parler d une nouvelle politique africaine? L arrivée d un nouveau roi, succédant à Hassan II que tous, amis ou ennemis, considéraient comme un homme doué d une rare intelligence politique, suscite un certain nombre de commentaires. A l enterrement d Hassan II, un nombre impressionnant de dirigeants politiques du monde entier étaient présents. C était évidemment plus pour saluer un homme d une exceptionnelle stature que le leader d un pays de second plan. Une autre image marque la dimension du personnage : de retour de difficiles négociations au Proche-orient, Bill Clinton fait escale à Rabat pour venir saluer Hassan II et le remercier de ses efforts de médiation. Comme nous l avons vu plus haut, la politique étrangère, tout comme les affaires religieuses, sert à consolider le trône. L extrême personnalisation de la diplomatie tend à faire d un changement de roi un élément de rupture quasi mécanique. Aussi s est-on inquiété de l intronisation de ce jeune roi, que l on disait moins brillant que son père, plus effacé, et que Hassan II aurait semble-t-il longtemps hésité à désigner comme son successeur 66. Karim Boukhari 67 souligne que Mohamed VI intervient très peu dans les médias, jamais en direct, qu il semble timide. Mohamed VI, contrairement à Hassan II, n a pas été associé très étroitement, en tant que prince héritier, à la gestion directe du pouvoir. Il est évidemment trop tôt pour lancer des comparaisons forcément écrasantes pour Mohamed VI, qui a hérité du pouvoir d un homme qui a dirigé le pays pendant 38 années, qui de surcroît a été très lié avec la 66 Entretien avec Aboubakar Jemaï. 67 Entretien.
34 33 génération des pères de l indépendance. Avec les quelques années de référence dont nous disposons aujourd hui, il est tout de même possible d esquisser les éléments de continuité et de rupture dans la politique de Mohamed VI à l égard de l Afrique subsaharienne. Mais Aboubakar Jemaï et Driss Ksikes 68 contestent la notion de politique africaine. Pour Driss Ksikes, le Maroc, en Afrique, n a pas encore une diplomatie qui puisse assurer une constance des relations. Il compare la diplomatie actuelle à l envoi des émissaires au XIX ème siècle. Ce mode diplomatique par élans successifs est, d après lui, intimement lié à la structure du pouvoir. Le roi impulser une volonté, les services concernés agissent énergiquement, puis le souffle commence à retomber, jusqu à l impulsion suivante. La politique à l égard de l Afrique subsaharienne repose ainsi sur une succession de politique bilatérales. Aboubakar Jemaï affirme, quant à lui, que s il semble délicat de trouver une véritable vision sur ce sujet, c est simplement parce qu elle n existe peut-être pas. Pour lui, la politique africaine du Maroc, c est une politique au petit bonheur la chance, sans véritable vision, et surtout sans débat. Il doute de toute façon, même si politique africaine il y a, que le pouvoir en fasse une priorité. Le Maroc est tourné vers l Europe et les sujets africains intéressent peu de monde. Le phénomène d émigration clandestine des ressortissants de pays d Afrique noire est le seul sujet concernant l Afrique dont on parle un peu au Maroc et entre marocains. De plus, les ambassadeurs marocains nommés en Afrique subsaharienne ou les hauts fonctionnaires travaillant sur cette zone ne sont pas forcément les personnes les plus brillantes et la nomination dans ces pays rarement une promotion. Pour lui, la sortie de l OUA a été une lourde erreur qui a privé le Maroc d une tribune et l a empêché de peser sur les grandes décisions. Ainsi, bien que le Maroc milite en faveur du NEPAD, sa position diplomatique l empêche de pouvoir y jouer un véritable rôle. Pour Jean-Pierre Habart 69, toute la politique étrangère et en particulier la politique africaine, peut se lire ou se comprendre à travers ce prisme 70 qu est le dossier du Sahara occidental. 68 Lors d entretiens. 69 Entretien. 70 Le terme est de Jean-Pierre Habart.
35 34 Parler d une nouvelle politique africaine qui correspondrait à l arrivée au pouvoir de Mohamed VI serait évidemment un peu caricatural. La politique africaine du Maroc, nous avions avancé l idée plus haut, avait amorcé un virage à partir de 1985, et était devenue plus flexible et plus pragmatique. Cette tendance se concrétisera par une recherche d élargissement du nombre de partenaires 71. D une part, le Maroc maintient les relations avec les alliés traditionnels, malgré des tensions ponctuelles, comme avec le Sénégal, le Gabon et le Cameroun à propos du dossier saharien. La multiplication des relations bilatérales s explique alors par une recherche d alliances tous azimuts. Rabat allait réactiver les relations avec des pays amis (Tchad, Niger, Congo...) mais également des pays avec lesquels le Maroc n entretenait pas de relations en raison de la nature de leur régime. Ainsi, dès 1985, le Maroc noue des relations d assez haut niveau avec des régimes de nature politique très différentes ou des pays qui avaient reconnu la RASD. Car, si dans un premier temps le Maroc avait décidé de rompre toute relation avec les pays reconnaissant la RASD, il décide au contraire, à partir de 1985, de militer dans chacun de ces pays pour le retrait de leur reconnaissance. C est pourquoi le Maroc entame des relations avec l Angola 72 à partir de 1985, le Cap Vert à partir de 1987, le Bénin à partir de 1991 ou encore le Togo et le Mozambique. C est pendant cette période que le royaume chérifien va créer l Agence Marocaine de Coopération Internationale (AMCI) 73, un instrument initialement destiné à la formation des cadres étrangers, domaine qui tiendra une place de plus en plus importante dans le paysage de la coopération marocaine 74. L autre secteur nouveau dans lequel le Maroc allait faire profiter de son expérience fut la pêche. Hassan II essayait d élargir le nombre de partenaires sur le continent africain pour rompre l isolement dû au dossier saharien et au départ de l OUA. Cette volonté de développer une coopération plus efficace, moins symbolique, et plus soucieuse du 71 Cf. El Mellouki Riffi Bouhout : La politique marocaine de coopération avec l Afrique subsaharienne, in Abdallah Saaf : Le Maroc et l Afrique après l indépendance, 1996, publication de l Institut des Etudes Africaines, Rabat, p Alors qu il avait auparavant soutenu l UNITA de Jonas Savimbi. A partir de 1988, signature d accords commerciaux et techniques. 1989, création d une commission mixte de coopération. 73 En Entretien avec Abdelkader Al Ansari, Directeur Général de l AMCI.
36 35 développement, se renforcera également avec l arrivée, en 1996, de l USFP (Union Socialiste des Forces Progressistes) d Abdehramane Youssouffi au gouvernement. Une situation économique délicate Avant d entrer dans une analyse détaillée des tendances actuelles de la politique africaine, il nous semblait utile et intéressant de faire le point sur les actuelles inquiétudes économiques du royaume chérifien. Selon Thomas Lorne 75, depuis la fin des années 80, le Maroc développe les négociations avec la CEE puis l UE qui, si elles ont permis d ouvrir le marché européen aux productions marocaines, comportent également une contrepartie. En effet, en 1987, le Maroc entrait à l OMC (Organisation Mondiale du Commerce), et s engageait sur un calendrier de diminution de droits de douane qui allait durer jusqu en A cette date, le Maroc envisageait un accord de libre échange avec la CEE et les Etats Unis, qui lui aurait permis d accéder plus facilement à ces marchés. Ces projets n ont pas abouti. Les négociations avec l UE ont repris à partir de 2000, le Maroc s engageait sur une structure tarifaire avec des droits de douane de 2,5 à 10 % pour les machines et les matières premières, de 17,5 à 25 % pour les produits finis ou semi-finis, et enfin de 40 à 50 % pour les productions connaissant la concurrence de productions marocaines locales. Les taxes sont encore plus élevées pour les produits agricoles. Le Maroc s est donc engagé à diminuer ses taxes douanières de manière substantielle pendant dix ans, ce qui risque de déstabiliser une économie habituée à vivre à l abri de ses protections 76. On estime que d ici dix ans, emplois seront perdus, principalement dans le textile 77 et la construction automobile. Cette politique n a pas vraiment eu, pour l instant, d effet bénéfique, pénalisée par un effet de change qui joue en défaveur du Maroc 78. Abdelaziz Barrouhi note 79 : Confrontée au défi de 75 Entretien. 76 F. Zaïm et L. Jaïdi : L accord de libre échange entre le Maroc et l UE : un pari à hauts risques, pp , in Confluences Méditerranée n 21, Printemps 1997, L Harmattan. 77 Selon Thomas Lorne, seuls deux secteurs de l économie dépendent réellement de la demande extérieure. Il s agit du textile et du tourisme. Or, pour les textiles, la compétitivité des produits marocains n est pas excellente. Vis à vis du marché européen, l avantage reposait surtout sur l effet circuit court. Aujourd hui, les produits marocains sont fortement concurrencés par les produits venant d Europe Orientale et d Asie. 78 Ibid. 79 Cf. Maroc : une situation sociale fortement dégradée, in L Intelligent Jeune Afrique du 22/05/2001.
37 36 l entrée dans la zone de libre-échange avec l Union européenne prévue pour 2010, l économie marocaine reste handicapée par la faiblesse qualitative et quantitative du tissu industriel et tertiaire. Le système productif demeure marqué par la juxtaposition, non complémentaire, de très nombreuses petites entreprises encore insuffisamment dynamiques et de grands groupes frileux, habitués à vivre à l ombre tutélaire du Palais, protégés par les barrières douanières et une fiscalité préférentielle. L économie marocaine est en fait très dépendante de la pluviométrie 80. C est en effet une économie introvertie, avec une structure de la consommation très influencée par la santé du secteur primaire. Car si l agriculture ne représente que 14,8 % du PIB, elle occupe en revanche un peu plus de 40 % de la population active. Comme le marché marocain est relativement clos, les mauvaises années agricoles pèsent sur la consommation d au moins 40 % des ménages et provoquent un effet d entraînement sur l ensemble de l économie. La succession de sécheresses subie par le pays pendant la décennie 90, comme par l ensemble du Maghreb, a donc lourdement pesé sur la croissance du PIB, presque toujours inférieure à 3 %. De plus, le Maroc, contrairement à l Algérie et à la Libye, ne peut mener une politique économique fondée sur ses ressources minières. Dans les années 70, la hausse du prix du pétrole était comblée par les ventes de phosphates. Aujourd hui, l endettement dû à l importation de l or noir est devenu structurel. Globalement, l économie du Maroc l apparente plutôt à un PMA qu à un pays à revenu intermédiaire méditerranéen, ce que semblent confirmer les indicateurs sociaux. La revue de la Banque mondiale de mai 2000 estime à 19 % la part des marocains vivant en dessous du seuil de pauvreté, contre 13 % en Classé au 126 ème rang (sur 174) par les indicateurs de développement du PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement), le Maroc souffre d une dégradation profonde des conditions d hygiène, de vie et de santé. Le taux d analphabétisme est de 50 % et de 70 % chez les femmes. 81 En 2000, 18 % des Marocains avaient accès à l électricité et 14 % à l eau potable contre respectivement 64 et 65 % en Tunisie. Le 80 Cf. Abdelaziz Barrouhi : Plût au ciel, in L intelligent Jeune Afrique du 23/01/ Cf. Abdelaziz Barrouhi : Maroc...
38 37 taux de lecteurs réguliers de la presse est de 13 personnes, pour 1000 habitants, le plus faible taux du monde arabe. Dans le même temps, la dépense publique consacrée aux secteurs sociaux reste très basse : 12 % contre 20 % en Tunisie. Ces conditions économiques difficiles induisent un solide mouvement migratoire vers l Europe, cause de bien des tensions, et surtout un mécontentement social de plus en plus important, canalisé depuis quelques années par le PJD (Parti de la Justice et du Développement), un parti islamiste modéré qui accepte encore de ne se présenter que dans une minorité de circonscriptions lors des élections, pour éviter un véritable raz de marée. Une activité diplomatique accrue depuis 1996 Face à ces problèmes intérieurs, le roi a tout intérêt à rester cantonné dans le champ de la politique extérieure et dans son rôle de défenseur de l intégrité territoriale (dossier saharien). Cette posture était relativement aisée lorsque l USFP était fortement représentée au gouvernement. Le parti d Abdheramane Youssoufi servait alors de paratonnerre à la vindicte sociale. Ce parti en fera d ailleurs les frais lors des élections suivantes. Mais la nomination d un premier ministre de souveraineté exposera évidemment davantage le roi Mohamed VI, quelles que soient les qualités du Premier ministre, Driss Jettou, dont l ensemble de la classe politique salue l honnêteté et le sérieux 82. A partir de , le Maroc semble intensifier ses relations diplomatiques avec l Afrique Noire. Au cours de cette seule année, pas moins de six chefs d Etats africains ont séjourné au Maroc, contre un seul l année précédente. Il s agit d Alpha Oumar Konaré, de Joaquim Chissano, de Blaise Compaoré, d Abdou Diouf, de Théodore Obiang Nguema et de Lansana Comté. Le Maroc a également reçu les présidents des Assemblées Nationales ivoiriennes et béninoises et de nombreux ministres. Par contre, les visites des officiels marocains sont toujours moins nombreuses. Le roi Hassan II, déjà affaibli, ne se déplace plus beaucoup, seuls 82 Entretien avec Driss Ksikes. 83 Sources : AMCI et entretien Abdelaziz Barre.
39 38 quelques ministres se déplaceront au Sénégal, au Burkina Faso et en Angola. Ces visites et ces réceptions donneront lieu, pour la seule année 1996, à la signature de 20 accords de coopération, ce qui est considérable, car rappelons qu entre 1972 et 1985, 88 accords ont été signés. Selon Mustapha El Halfaoui, du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération, dans la première moitié des années 1990, 150 accords étaient en cours, alors qu en juillet 2003, on en comptait Cette inflation de visites et de signatures d accords va de pair avec l ouverture d ambassades sur le continent africain (17) et l accueil d ambassades africaines sur le sol marocain (20). On notera toutefois que les représentations les plus hautes (Ambassades réciproques, en gras sur le tableau) concernent les amis traditionnels, auxquels (Afrique francophone) sont venus s ajouter quelques nouveaux alliés (Angola, Soudan). Cette augmentation témoigne à l évidence de la volonté du Maroc d élargir son influence en Afrique sub-saharienne par le renforcement de sa présence. Cette volonté butte pourtant sur la faiblesse des moyens financiers. Ainsi se met en place l idée de s appuyer sur un réseau de super-ambassades couvrant une aire géographique déterminée ou une zone économique importante, afin de réduire les coûts générés par une dispersion du réseau diplomatique 85. Les relations diplomatique du Maroc au 1/07/2003 Les représentations étrangères au Maroc Les représentations du Maroc à l'étranger AFRIQUE DU SUD AMBASSADE A RABAT ANGOLA AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : LUANDA BENIN AMBASSADE A RABAT BURKINA FASO AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : OUAGADOUGOU BURUNDI AMBASSADEUR NON RESIDENT (Paris) CAMEROUN AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : YAOUNDE CAP-VERT AMBASSADEUR NON RESIDENT (Paris) CENTRAFRIQUE (REP) AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : BANGUI COMORES AMBASSADEUR NON RESIDENT (Le Caire) COTE D'IVOIRE AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : ABIDJAN DJIBOUTI AMBASSADEUR NON RESIDENT (Paris) ETHIOPIE AMBASSADE DU MAROC : ADDIS-ABEBA ERYTHREE AMBASSADEUR NON RESIDENT (Le Caire) GABON AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : LIBREVILLE GAMBIE AMBASSADE A RABAT GHANA AMBASSADEUR NON RESIDENT (Le Caire) AMBASSADE DU MAROC : ACCRA GUINEE AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : CONAKRY GUINEE EQUATORIALE AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : MALABO 84 Cf. Annexe Entretien avec Abdelaziz Barre.
40 39 GUINEE-BISSAU AMBASSADEUR NON RESIDENT (Lisbonne) KENYA AMBASSADEUR NON RESIDENT (Le Caire) AMBASSADE DU MAROC : NAIROBI LESOTHO AMBASSADEUR NON RESIDENT (Le Caire) LIBERIA AMBASSADE A RABAT MALI AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : BAMAKO MAURITANIE AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : NOUAKCHOTT NIGER AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : NIAMEY NIGERIA AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : ABUJA REPUBLIQUE DE CONGO AMBASSADE A RABAT REPUBLIQUE DEM. CONGO AMBASSADE A RABAT RWANDA AMBASSADEUR NON RESIDENT (Le Caire) SAO TOME-ET-PRINCIPE AMBASSADEUR NON RESIDENT (Lisbonne) SENEGAL AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : DAKAR SIERRA LEONE AMBASSADEUR NON RESIDENT (Banjul) SOMALIE AMBASSADEUR NON RESIDENT (Paris) SOUDAN AMBASSADE A RABAT AMBASSADE DU MAROC : KHARTOUM SWAZILAND AMBASSADEUR NON RESIDENT (Nairobi) TANZANIE AMBASSADEUR NON RESIDENT (Paris) TCHAD AMBASSADEUR NON RESIDENT (Paris) ZAMBIE AMBASSADEUR NON RESIDENT (Le Caire) Selon Abdelaziz Barre 86, trois facteurs ont permis au Maroc de re dynamiser sa politique étrangère à l égard de l Afrique : 1.- l évolution du problème du Sahara occidental et des difficultés de l ONU pour faire aboutir le processus menant au référendum ; 2.- ensuite, les difficultés internes de l Algérie ont contraint les dirigeants de ce pays à se concentrer sur la politique intérieure. De plus, l Algérie ne semble plus en mesure, à cette date, d assurer un soutien diplomatique au Front Polisario à travers le monde, compte tenu du coût financier, à un moment où l Algérie devait mettre en oeuvre d importantes réformes économiques ; 3.- enfin, l abandon par de nombreux pays africains, suite à la dislocation du bloc soviétique, d une gestion politico-économique fondée sur les principes marxistes-léninistes s est traduit par la mise en oeuvre d une politique économique destinée à palier le vide laissé par les pays de ce bloc et à attirer les investissements africains et nonafricains en vue de restructurer ou de reconstruire les économies de plusieurs pays du continent. 87 Le Maroc saisit cette occasion pour mener une politique alliant les organes gouvernementaux et les opérateurs économiques. 86 Cf. Synthèse annuelle : Le Maroc et l Afrique noire en 1996, Centre d études et de recherches en Sciences Sociales, Rabat. 87 Ibid.
41 40 En 1997, l intensité des relations diplomatiques ne faiblissait pas. Pas moins de 27 délégations étrangères rendaient visite au souverain marocain, dont 6 chefs d Etat, 21 délégations en 1996 et 14 en Visites de délégations des pays d Afrique subsaharienne au Maroc 88 Qualité Chef d Etat et vice-président Premier ministre 3 2 Président de Parlement 1 2 Ministres des Affaires Etrangères Ministre Technique Total L année 1997 fut affectée par les crises congolaises. Après la visite de Mobutu Sese Seko à Rabat, le porte parole de la rébellion zaïroise, Raphaël Gendu, a demandé au Maroc de ne pas fournir une aide militaire au Zaïre. Les liens étaient en effet très forts entre Hassan II et Mobutu (d ailleurs, ce dernier se réfugiera au Maroc après sa destitution). Cette même année, le Maroc démentait la présence de mercenaires marocains au Congo Brazzaville 89. Cette année fut aussi celle qui viendra récompenser Rabat de ses efforts diplomatiques, car un certain nombre de pays (le Bénin, le Libéria, le Swaziland et le Togo) ont décidé de retirer leur reconnaissance de la RASD et d appuyer le plan onusien de règlement du conflit du Sahara occidental. La fin de règne de Hassan II sera marquée par le ralentissement des visites et des réceptions de délégation, bien qu Abderrahman Youssoufi ait fait preuve d une belle activité dans ce domaine, notamment en 1999, où il effectua une tournée en Afrique de l Ouest (Sénégal, Guinée, Côte d Ivoire, Burkina) qui s acheva par une visite à Omar Bongo. Cette tournée fut marquée par l implication du secteur privé marocain dans la délégation officielle. La visite au Sénégal fut ponctuée par une réunion des opérateurs économiques marocains et sénégalais au cours de laquelle un appel a été lancé par les deux parties pour la constitution de joint-venture dans les 88 Sources : Abdelaziz Barre : Le Maroc et l Afrique noire en 1997, Centre d Etudes et de Recherches en Sciences Sociales, Rabat. 89 Entretien avec Mohamed Lamouri.
42 41 domaines de la pêche, de la mécanique, du bâtiment, des travaux publics et du textile. Une nouvelle dimension de la politique africaine du Maroc : l économie Ce qui frappe le plus quand on considère les tendances actuelles avec les décennies, c est l importance croissante du volet économique dans la coopération du Maroc vis à vis de l Afrique noire, qui vise en fait une diversification des relations économiques du Maroc 90. Des commissions inter-étatiques mixtes ont ainsi été créées et réactivées 91 lors des très nombreuses visites de délégations étrangères ou des déplacements d officiels marocains. Mais le gouvernement essaie d associer de plus en plus le secteur privé à cette politique. C est dans cette optique que le CMPE, déjà évoqué plus haut, s avère une institution très utile et très sollicitée par les autorités marocaines. Selon Mohamed Chahoub 92, le CMPE constitue le principal outil des exportations marocaines à l étranger. Ses différentes missions sont de consolider les liens économiques existants, de trouver de nouveaux partenaires, notamment en diversifiant les relations auprès d autres zones géographiques. Globalement, il note une évolution. Auparavant, les secteurs concernés étaient des secteurs traditionnels (artisanat, textiles, cuirs, produits agro-alimentaires...), désormais, des efforts particuliers ciblent l industrie mécanique et électronique, les Services (BTP, assainissement...) ou encore les NTIC (monétique, logiciels...). Pour Moulay Ismail Taqui 93, l Afrique, autrefois largement délaissée, constitue aujourd hui une zone plus attractive pour les investisseurs. Les principales zones ciblées sont l Afrique de l Ouest dans son ensemble mais également l Afrique du Sud, devenue ces dernières années le principal partenaire économique du Maroc au sud du Sahara. Les actions menées pour promouvoir les échanges sont : la participation à des foires internationales et des salons, l organisation de missions d hommes d affaires, de conseils d hommes d affaires, de rencontres avec des opérateurs économiques étrangers, et enfin la 90 Entretien avec Steffen Wippel, qui anime une équipe de recherche sur la réactivation des 91 Cf. Annexe Chef du Département Recherches et Etudes de Marchés du CMPE, Casablanca, lors d un entretien.
43 42 réalisation d études prospectives de certaines zones ou de certains pays qui sont ensuite à la disposition des hommes d affaires marocains. Ce travail d impulsion a en partie porté ses fruits, car un certain nombre de groupes marocains s intéressent désormais aux pays de l Afrique subsaharienne. La CGEM 94 (Confédération Générale des Entreprises Marocaines) 95 relaie les efforts du CMPE auprès des entreprises, notamment en diffusant les informations économiques sur les marchés des pays d Afrique. La CGEM est dotée d une commission Afrique qui organise des séminaires de présentation de la zone concernée, qui permet aux différents entrepreneurs ayant des relations avec cette zone de se rencontrer et ainsi de centraliser l information. La CGEM est d ailleurs dotée d un service de documentation. La CGEM participe également à des conseils d affaires bilatéraux entre les patronats des pays du continent, elle est consultée et elle participe parfois activement aux commissions mixtes bilatérales. Cependant, cet organisme s occupe surtout des grands groupes et très peu des PME/PMI. Le groupe marocain 96 qui semble le plus s intéresser à l Afrique Noire est l ONA (Omnium Nord Africain), le deuxième groupe du pays derrière l OCP (Office Chérifien des Phosphates. Ce conglomérat intervient principalement dans le domaine de l agroalimentaire, le secteur de la distribution, le secteur financier (assurance, banque) et le secteur minier. L ONA appartient pour 23 % à des assurances, 16 % à des banques, 14 % à des institutions marocaines, 33 % à des particuliers et 14 % à la SIGER, qui est un groupe appartenant au roi. La filiale de ce groupe la plus active au sud du Sahara est, selon Thomas Lorne, la Managem, une société minière qui, contrairement à l OCP, intervient plutôt à l étranger, notamment, pour ce qui concerne l Afrique noire, en Guinée, au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les groupes Chaabi 97 et Tazi 98 (BTP) sont eux assez présent en Côte d Ivoire, au Mali, 93 Entretien. 94 Entretien téléphonique avec M. Hassan Khatar, qui dirige la commission Afrique de la Confédération Générale des Entreprises Marocaines. 95 L équivalent du MEDEF français. 96 Entretien avec Thomas Lorne et Mohamed Chahoub. 97 Appartient à la Holding Ynna, et emploie quelques employés dans les secteurs de l industrie, du BTP (assainissement, adduction d eau, irrigation), immobilier, pêche, agriculture, grande distribution Le groupe Tazi appartient à la Holding ONA. L une de ses filiales, Smirri BTP (Société Marocaine d irrigation et de BTP) a été créée en Guinée en 1994.
44 43 au Sénégal et en Guinée. La RAM a pris des participations dans Air Sénégal, Maroc Télécom intervient presque à 50 % dans le capital de Mauritel (un opérateur de téléphonie mauritanien). L Office Nationale d Electricité (ONE) est entré dans le capital de la société sénégalaise SENELEC. On note aussi de nombreux rapprochements bancaires 99, notamment en Guinée, au Mali et au Sénégal et une présence de plus en plus visible dans les secteurs de la pêche et de l irrigation. Mohamed Chahoub nous a également parlé d activités très importantes au Gabon dans le secteur du bois et dans la rénovation du chemin de fer trans-gabonais. Cependant, ces investissements ne se traduisent pas encore par une augmentation des échanges avec l Afrique subsaharienne. Les présentations statistiques par zones présentent généralement les échanges globaux avec l Afrique dans son ensemble, il est toujours délicat d en déduire les échanges réels avec l Afrique subsaharienne. Steffen Wippel nous a communiqué des chiffres récoltés auprès du FMI et recalculés. Les statistiques témoignent de la faiblesse des échanges, qui restent concentrés sur quelques pays seulement. Durant la décennie 90, le premier partenaire était le Nigeria, suivi de la Côte d Ivoire, du Gabon et de l Afrique du sud. Les statistiques que nous nous sommes procurées au près de l Office des Changes montrent que pour la décennie en cours, l Afrique du Sud est devenue le principal partenaire commercial, devant les trois autres pays cités. Evolution des échanges commerciaux Maroc Afrique subsaharienne Année Millions USD Part du commerce Extérieur marocain ,2 % ,4 % ,7 % ,7 % ,4 % ,3 % ,9 % ,9 % ,1 % ,4 % 99 Selon Steffen Wippel (entretien) : il y a des prises de participation dans la Banque du Développement du Mali, la Banque Malienne de Crédit et de Dépôt, la Banque Populaire Maroco-Guinéenne et Maroco-Centrafricaine. Il y a un projet de banque marocosénégalaise.
45 44 L irrégularité des chiffres est surtout due au fait que le volume des échanges est très petit, donc plus sensible à la signature ou non de gros contrats, il est dû également à leur extrême concentration puisque, comme le souligne Steffen Wippel, en 2000, 97 % des échanges étaient concentrés sur sept pays. Les ressorts d une politique, ou la vision de Mohamed VI Mohamed VI hérite d un homme qui disposait d un rayonnement international certain et qui a, lors de son règne, récupéré le Sahara occidental (d où son surnom, l Unificateur) et a su profiter de la situation historique pour faire jouer au Maroc un rôle de pont entre l Occident et le monde arabe, et se ranger résolument dans le camp occidental sur la scène africaine. Les relations avec les pays africains, sous Hassan II, étaient avant tout bilatérales et reposaient en fait sur des relations personnelles avec des chefs d Etats africains qui étaient devenus des alliés fidèles et pour certains, des amis, recrutés surtout dans l Afrique francophone. Néanmoins, nous avons vu que les orientations de la politique africaine, sous Hassan II, ont connu plusieurs phases et qu il est l initiateur, à partir de 1996, d un nouvel élan. Décrire l apport de Mohamed VI à ce nouvel élan n est pas aisé : d une part parce que nous n avons que quatre années de recul et, d autre part, parce que Mohamed VI reprend à son compte certaines options de son père sans pour autant profiter des mêmes atouts. Toutefois, un certain nombre d axes assez clairs semblent s être précisés depuis l intronisation de Mohamed VI. Malgré l absence du royaume chérifien dans les instances de l OUA, Mohamed VI tente de trouver des tribunes internationales pour faire entendre la voix du Maroc en Afrique et dans le monde, notamment en accueillant les sièges d organisations internationales 100 et surtout en devenant le porte parole des pays endettés. Ainsi Mohamed VI est-il président du groupe africain à l OMC et à l ONU et Président du 100 Selon Steffen Wippel, parmi les organisations dont le siège se trouve au Maroc, on peut citer les bureaux régionaux de la Banque Africaine pour le Développement et de la Commission Economique pour l Afrique ; le Centre Africain de Formation et de Recherche Administrative pour le Développement, l Union des Villes Africaines, ou encore l Association des Organisations Africaines de Promotion Commerciale.
46 45 Groupe des Il tente de s affirmer dans un rôle d animateur vis à vis des PMA et particulièrement des PMA africains, comme on a pu le constater lors de la Conférence extraordinaire des PMA, à Rabat, les 24 et 25 juin Ce dossier est très important pour Mohamed VI et en adéquation avec ses idéaux de politiques intérieures. Depuis son intronisation, il a en effet maintes fois répété son souci d éradiquer la pauvreté au Maroc. Il a pris un certain nombre d initiatives comme l ouverture unilatérale du marché marocain aux PMA 102 africains et d abolir leur dette ; une mesure qui puise davantage dans le registre du symbolique mais qui n a, en pratique, aucun effet. Cet axe se conjugue avec un autre rôle que Mohamed VI entend faire jouer au Maroc, un pont entre l Afrique et l Europe. Devant le blocage de l UMA, et le recul du rôle que jouait auparavant Hassan II dans le monde arabe, (ne parle-t-on pas de confier la direction du comité Al Qods à un autre chef d Etat, comme par exemple Abdallah de Jordanie), Mohamed VI espère faire avancer l idée d une intégration régionale avec l Afrique de l Ouest. Cette ouverture vers le sud se déclinera en plusieurs espaces se superposant. Le premier espace reposera sur la construction d un axe solide et prioritaire avec Nouakchott et Dakar 103, ce qui signifie que le Maroc anticipe un règlement favorable du dossier du Sahara. Le nombre d accords de coopération, d investissements dans des entreprises sénégalaises et mauritaniennes se développe depuis trois ans à un rythme effréné. La route Nouadhibou-Nouakchott en Mauritanie et le pont sur le fleuve Sénégal sont les deux derniers éléments d une route qui ira de Tanger à Dakar. On observe également le rapprochement avec un espace plus vaste, l Afrique de l Ouest 104, et certaines de ses organisations régionales. L exemple le plus frappant est certainement celui de l UEMOA (Union Economique et Monétaire d Afrique de l Ouest) qui constitue une zone monétaire unique et qui a institué depuis trois ans 101 Créé en 1964 par 77 PVD, à l occasion de la première cession de la CNUCED. 102 Entretien avec Saïd Bennourou. 103 Nous traiterons plus en détail de ce sujet dans le chapitre suivant. 104 Cf. Entretien avec Saïd Bennourou, Thomas Lorne et Steffen Wippel.
47 46 une union douanière. En octobre 2000, le Maroc signait avec les huit membres de l organisation, un accord préférentiel de commerce et d investissement, prévoyant l abolition partielle des droits de douane. De plus, les deux parties s engagent à encourager les opérateurs économiques à des investissements réciproques. [...] Du côté marocain, certains souhaitent parvenir à un libre échange total, tandis que parmi les opérateurs économiques de l UEMOA, certains craignent des conséquences graves pour le développement économique de l union en raison de la forte perte de protection de leurs industries, des opportunités restreintes d exportation ; et de l intérêt évident que présente le Maroc pour les entreprises étrangères désireuses de s expatrier, le Maroc leur permettant en effet de profiter d un accès simultané aux marchés européens et ouest-africains 105. Moulay Ismail Taqui 106 souligne que les préférences tarifaires consistent en la diminution de 50 % des droits de douane pour une liste de 250 produits. Cette décision constitue la première étape dans une marche vers le libre échange. Le Maroc souhaite également s associer à la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d Afrique de l Ouest) qui présente certaines caractéristiques d intégration régionale et qui est composée aussi bien de pays francophones que de pays anglophones. Le Maroc a également rejoint en 2001 une organisation encore plus vaste, le COMESSA 107 (Communauté des Etats Sahélo-Sahariens), appelée également SinSad. Cette organisation, créée par la Libye en 1998, regroupe 16 Etats ayant en partage le Sahara. Cette organisation a pour but la lutte contre la pauvreté dans ses Etats membres, la promotion du développement économique, l établissement d un marché commun pour les produits agricoles, et la médiation dans les conflits régionaux. Mais le Maroc peine à peser dans cette organisation, conçue comme un instrument de la puissance libyenne et une étape dans le panafricanisme de Mouamar Kadhafi. COMESSA mis à part, la stratégie du Maroc est à la fois politique et économique. Mohamed VI souhaite que le Maroc devienne le pont entre l Europe et 105 Extrait d un article encore non paru de Steffen Wippel. 106 Lors d un entretien. 107 Nous reviendrons plus en détail sur cette organisation dans la partie suivante, dans laquelle nous évoquerons la politique africaine de la Libye.
48 47 l Afrique, une plateforme économique et une sorte de hub régional : le Maroc espère devenir une plaque tournante pour les entreprises internationales qui investissent sur le sol marocain dans le but de pénétrer le marché africain à partir de ce point d ancrage. Certaines entreprises, par exemple dans le secteur informatique ou automobile, s y sont déjà installées afin de poursuivre cette stratégie. 108 Aussi apparaît plus clairement la logique des investissements dans les pays africains, et particulièrement Ouest-africains. La présence marocaine est motivée, nous l avons démontré, d abord par un souci de lutter contre l isolement diplomatique sur le dossier du Sahara occidental. Mais il semble également que Mohamed VI et les différentes autorités marocaines veuillent rentabiliser cette présence politiquement et économiquement. Les autorités marocaines sont évidemment conscientes de la faiblesse du marché africain qui n est pas et ne sera pas, à brève échéance, un eldorado. Mais les tendances des interventions actuelles semblent indiquer une stratégie à plus long terme. En effet, les interventions, actions de coopération ou marchés remportés par des marocains en Afrique de l Ouest, concernent désormais des secteurs techniques, voire à forte technicité : infrastructures, téléphonie, BTP, mines, banques, irrigation, agronomie... Au-delà des investissements à court terme, le Maroc espère que les marchés remportés et les accords de coopération donneront une image d un pays actif dans la lutte contre la pauvreté et le sous-développement, d un pays qui souhaite partager sa technologie, et un pays qui envoie sur place des équipes à la fois compétentes techniquement mais également plus proches des pays africains et de leurs populations que ne le sont les occidentaux. Le ciblage de ces zones : Sénégal/Mauritanie et UEMOA, au-delà de sa dimension diplomatique dans le cadre du dossier saharien, doit servir, à terme, un double objectif : ces zones seront les vitrines du savoir-faire marocain en zone africaine, et le Maroc vise une certaine régionalisation par le bas 109 en densifiant ses actions, multipliant les rencontres et les actions. 108 Cf. Steffen Wippel, op. cit. Il cite un certain nombre d entreprises ayant déjà fait ce choix : Nixdorf, HP, Xerox, General Tire, Procter et Gramble, Fagor, et diverses entreprises pharmaceutiques. 109 L expression est de Steffen Wippel.
49 48 Les objectifs de diffusion d un certain savoir-faire s accompagnent d une volonté de plus en plus affirmée de former des élites africaines. Ce volet particulier de la coopération et des relations avec l Afrique sub-saharienne n est pas à proprement parler nouveau. Au contraire 110, l AMCI avait été créée en 1986 pour dynamiser ce secteur. Depuis cette date, l Agence s efforce d offrir entre 1500 et 2000 bourses 111 à des étudiants africains venus effectuer leur troisième cycle ou un cursus dans des grandes écoles, contre en moyenne, selon les années, entre 200 et 400 boursiers auparavant 112. Mohamed VI a réaffirmé son attachement à ce volet de la politique africaine car il s insère parfaitement dans la dynamique évoquée cidessus. Les étudiants africains présents au Maroc viennent en majorité de l Afrique de l Ouest (Guinée, Sénégal, Mali, Tchad, Niger...) et évidemment presque exclusivement de la zone francophone 113. L intérêt des étudiants africains pour les formations marocaines est un phénomène général qui touche également l Algérie et la Tunisie et s explique par la qualité des enseignements et par la difficulté de plus en plus grande d obtenir des visas et des bourses pour l Europe et en particulier pour la France. Yahia Abou el Farah évoque même l idée d une sous-traitance, côté marocain, d une population d étudiants refusés par la France. Sans forcément reprendre à notre compte cette image un peu forte, il semble néanmoins que ce facteur soit déterminant. Les étudiants marocains sont d ailleurs eux aussi souvent les victimes du durcissement des lois d immigration européennes et françaises. L accueil de milliers d étudiants créera à moyen et long terme une élite marocophile dans les pays d Afrique de l Ouest. Cet investissement devrait donc avoir un effet bénéfique en terme d obtention de marchés. Car ces futures élites auront côtoyé les écoles marocaines, se seront familiarisées avec les méthodes marocaines et formeront un réseau de relations de choix en Afrique subsaharienne pour les institutions et les entreprises marocaines. Cet exemple va évidemment au-delà de la simple anecdote. Le Maroc semble vouloir s investir dans des secteurs légèrement délaissés par l Europe et 110 Entretien avec Abdelkader El Ansari. 111 Il s agit bien sûr du nombre d étudiants boursiers de l Etat marocains, auxquels il faut évidemment ajouter les boursiers des pays africains et les autres étudiants africains inscrits à leurs propres frais. 112 Cf. El Mellouki Riffi Bouhout, op. cit. p Entretien avec Abdelaziz Barre et Yahia Abou el Farah.
50 49 singulièrement par la France. Pour Abdelaziz Barre 114, il s agit davantage d une complémentarité vis à vis de la France que d une rivalité, car l autre axe de la politique africaine que Mohamed VI souhaite développer est la coopération tripartite. Le Maroc entend en effet collaborer avec les occidentaux, les institutions internationales et les pays d Afrique subsaharienne. Saïd Bennourou évoquait l exemple d un projet de développement qui a fait l objet de l envoi de 200 ingénieurs marocains 115 dans trois pays sahéliens, avec des financements du PNUD et de la France. Ce projet, selon lui, représente le modèle de ce que le Maroc aimerait développer à l avenir : faire profiter de son expérience de terrain et du savoir-faire de ses ingénieurs dans des projets de développement financés par le Nord. Nous atteignons ici évidemment les limites de ce discours 116, qui appartient plus au registre prospectif qu il ne repose sur la réalité, car on peut légitimement s interroger sur la connaissance terrain des experts marocains. Le Maroc compte extrêmement peu de spécialistes de l Afrique. La création en 1989 de l IEA (Institut d Etude Africaine), en 1989, à Rabat, avait vocation à réparer cette lacune. Cependant, la plupart des enseignants sont des historiens et l essentiel des publications de l institut se consacre à l exhumation des rapports pré-coloniaux, entre le Maroc et l Afrique saharienne 117. L IEA est aujourd hui un institut dont la fonction est de mettre en lumière la dimension saharienne du royaume plus que de former des spécialistes de l Afrique actuelle. De plus, comme le souligne Abdelaziz Barre, les hauts fonctionnaires en charge des dossiers africains se désintéressent totalement de la recherche, des réunions ou des colloques ayant pour thème l Afrique subsaharienne. La recherche publique, dans ce domaine, est en grande partie déconnectée des autorités politiques, ce qui signifie que la connaissance, par les décideurs, de l Afrique subsaharienne reste dans son ensemble certainement partielle. 114 Entretien. 115 Détail intéressant, il n a pas pu nous dire dans quel pays ni de quel projet il s agissait. 116 Nous nous livrerons à une démarche critique en conclusion. 117 Une consultation de leur catalogue de publication est à ce titre tout à fait éclairante, citons entre autre : Fès et l Afrique. Relations économiques, culturelles et spirituelles. Les relations politiques et culturelles entre le Maroc et le Mali à travers les âges. Les rapports intellectuels entre le Maroc et l Afrique sub-saharienne à travers les âges. Ce qui
51 50 Globalement, nous avons vu que Mohamed VI soutient une véritable politique africaine, que ses objectifs ne se cantonnent pas seulement à l entretien de relations bilatérales fortes pour s assurer de soutien pour le dossier du Sahara occidental. Bien que le dossier saharien reste central dans la politique étrangère marocaine, et a fortiori dans sa politique africaine, Mohamed VI semble avoir une vision à plus long terme en se ménageant une arrière cour africaine qui rompt un peu l isolement géographique dans lequel se trouvait le pays (frontières avec l Algérie et la Mauritanie fermées, frontières européennes encore très hermétiques) en tentant de faire revêtir au Maroc, un rôle de pont entre l Europe et l Afrique. Mohamed VI, plus que son prédécesseur, favorise une approche régionale, ce qui ne signifie nullement un abandon du bilatéral 118. Il pense que l approche régionale lui permet d abord de pallier l absence du Maroc au sein des organisations continentales comme l UA ou le NEPAD, instances dont le Maroc se refuse à appartenir tant que la RASD y sera présente. Cette approche lui permet également de capitaliser les efforts fournis en matière de coopération bilatérale et de tisser un réseau de relations politiques et économiques dont on peut penser, qu à moyen terme, ils assureront une certaine influence à ce pays. Même s il n est pas le promoteur de cette idée, il a repris à son compte l association d une réelle dimension économique 119 à la politique africaine, évidemment ne remet en rien en cause la qualité scientifique de ces travaux par ailleurs fort intéressants. 118 En tant que jeune dirigeant, il n a évidemment pas un réseau de relations personnelles comparable à celui de son père. 119 Abdelaziz Barre note : Ainsi, le Maroc, grâce à une diplomatie informelle alliant les organes gouvernementaux et les opérateurs économiques mène sur le continent une action visant à défendre ses intérêts nationaux [...] Aussi, son action sur le continent est-elle tributaire de certaines données. La première consiste à privilégier, comme c est le cas depuis plusieurs décennies, les liens personnels avec les chefs d Etat africains, liens qui sont souvent les fondements des relations de coopération. [...] La deuxième donnée réside dans le renforcement et la multiplication des actions de partenariat entre les secteurs privés dans la mesure où ils sont appelés à prendre la relève de l Etat dans divers domaines de l activité socio-économique, notamment dans les domaines de la santé où le Maroc dispose d une industrie pharmaceutique assez développée, de l agriculture et de l éducation, compte tenu de l acuité de ces problèmes pour le continent. De même, la mise à niveau de l économie marocaine qui implique une restructuration du tissu industriel devrait inciter les responsables marocains à réorienter les industries ou les activités commerciales susceptibles de disparaître vers la satisfaction des besoins des pays africains en biens et produits de ces industries et activités et envisager même la délocalisation de celles-ci vers le continent. [...] La troisième donnée dépend de la capacité du Royaume à inscrire sa participation dans les opérations internationales pour le développement et la reconstruction des pays africains ravagés par les années de guerre coloniale et de conflits civils armés comme l Angola ou le Mozambique. Dans cet ordre d idée, le Maroc devrait encourager les pays arabes, notamment détenteurs de capitaux, à s impliquer davantage sur le continent africain afin d élargir et consolider leur influence par le biais du dialogue arabo-africain qui a été instauré depuis le milieu des années 70. in Le Maroc et l Afrique noire en 1996, op. cit.
52 51 notamment en associant de plus en plus les opérateurs privés. Les résultats en terme d échanges ne sont pas encore visibles, mais les objectifs semblent se situer à plus long terme. Cette politique se dirige plus volontiers vers l Afrique de l Ouest et plus précisément vers les pays francophones. Le Maroc ne semble pas concevoir sa volonté d influence en terme de rivalité avec la France mais en terme de complémentarité. Sans avoir profondément modifié les institutions ayant en charge de la coopération, Mohamed VI a confirmé et développé leur rôle. Les deux instituions phares de cette politique sont le CMPE (qui dépend du Ministère des Finances) et l AMCI (Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération). Le CMPE s occupe de promouvoir les échanges commerciaux et industriels et l AMCI qui, initialement avait été créée pour s occuper des boursiers étrangers et des échanges culturels, est devenue l institution où se coordonnent les actions bilatérales autrefois dévolues au Ministères techniques. Il semble même que sur certains sujets, l AMCI reçoit directement ses ordres du palais sans qu il emprunte la voie hiérarchique, c est-à-dire le ministère de tutelle 120. L axe Rabat-Nouakchott-Dakar, le nouvel horizon marocain Il n est certainement pas question ici de dresser une histoire des relations entre ces trois pays. Néanmoins, il nous paraît important d insister sur l axe que le roi Mohamed VI bâtit, et qui conditionne en partie l impact qu aura sa politique africaine. Le Sénégal est l un des plus vieux alliés de Rabat dans la région, cette proximité s explique d abord par la présence d une vieille communauté marocaine au Sénégal 121, par les rapports d amitié qu a entretenus Hassan II avec les présidents Sénégalais et par une relative convergence de vues en matière de politique internationale. L exemple du Sénégal nous permet également de souligner un aspect encore peu évoqué de la politique africaine du Maroc, le religieux. Le Maroc, grâce à la dimension particulière de son roi, a une certaine aura religieuse dans les pays 120 Entretien avec A. Barre. 121 Cf. Yahia Abou el Farah : La présence africaine marocaine en Afrique de l Ouest : cas du Sénégal, du Mali et de la Côte d Ivoire, 1997, publication de l Institut des Etudes Africaines, Rabat.
53 52 musulmans d Afrique de l Ouest. Le roi incarne un Islam traditionnel sunnite que l on retrouve dans cette région, et son ascendance prestigieuse est évidemment un facteur de respect. Cette dimension particulière s est traduite notamment par le financement et la construction des grandes mosquées dans certaines capitales d Afrique de l Ouest 122 (Nouakchott, Dakar, Bamako...). Dans le cas du Sénégal, un autre lien de type religieux unit les deux pays : la confrérie Tijaniya. Cette confrérie (zawiya) est née à Fès et elle a essaimé dans plusieurs pays d Afrique de l Ouest. L Islam présent en Afrique de l ouest est en effet avant tout confrérique. La Tijaniya 123 est particulièrement bien représentée en Mauritanie mais surtout au Sénégal, où elle représente le deuxième mouvement confrérique, en nombre d adeptes, après le Mouridisme. Pour les adeptes de cette confrérie, Fès est une ville de pèlerinage, presque une ville sainte. D après Y. Abou el Farah, les liens particuliers unissant les adeptes de cette confrérie sont parfois utilisés comme une sorte de diplomatie parallèle par Rabat et Dakar. La relation du Maroc avec Dakar est donc relativement stable et empruntée de respect mutuel. Les relations avec la Mauritanie sont beaucoup plus complexes. Nous ne reviendrons pas sur le refus initial du Maroc, pendant les années 60, de reconnaître ce pays, ni sur le partage du Sahara occidental par les deux pays et la volte-face mauritanienne. Nous nous intéresserons en revanche aux relations entre les 2 pays pendant la période Ould Taya, qui illustrent, à notre sens, toute la part d incertitude du projet de Mohamed VI Le 12 Décembre 1984, le Président Mohamed Khouna Ould Haïdallah 124 était déposé par son ex-premier ministre et chef d Etat major des armées, le colonel Maaouya Ould Sid Ahmed Taya, dont la légende dit qu il avait été aidé par les Français parce que, homme de l Adrar, il était censé être proche des positions marocaines. Il faisait partie des gens qui, dans l entourage proche d Haïdallah, n étaient pas favorable à la reconnaissance officielle de la RASD. L homme de l Adrar va toujours officiellement vouloir s en tenir à une stricte neutralité sur le 122 Entretien avec Y. Abou el Farah. 123 Fondée par Sidi Ahmed ben Mohamed ben Salem, qui est né à Aïn Mahdi et mort à Fès en Rappelons que le Président Haïdallah appartient à une tribu sahraouie, les Laarousine.
54 53 plan diplomatique, doctrine inchangée et appelée aujourd hui la neutralité positive. Pourtant, la fin des années 80 verra la tension entre les deux pays s accentuer lorsque le Maroc affirmera que certaines attaques sahraouies venaient du territoire mauritanien, qualifié de base arrière du Polisario. Cette constatation amènera le royaume chérifien à prendre clairement position pour le Sénégal lors du conflit de 1989, qualifiant la Mauritanie de pays voisin et le Sénégal de pays frère. Il faudra attendre plus de cinq années pour sortir de cette phase de refroidissement et jusqu au 1 er février 2002 pour que la frontière entre les deux pays soit de nouveau officiellement ouverte. En , la Mauritanie, après les errements de son soutien à l Irak, qui avait isolé le pays sur le plan international, révisa son positionnement diplomatique en faveur des puissances occidentales et de leurs alliés dans la région. En 1998, l affaire Ely Ould Dah 126 provoqua un différend avec le protecteur français, ce qui obligea là encore Nouakchott à réviser ses alliances. Le réchauffement avec le Maroc s accéléra d une manière spectaculaire à la mort d Hassan II. Ould Taya fit le voyage à Rabat lors des obsèques royales et fut invité un an plus tard par le jeune roi Mohammed VI. C était la première invitation marocaine d un président mauritanien depuis l indépendance. Ould Taya invita alors le roi l année suivante. Le voyage de Mohamed VI à Nouakchott, en Septembre , fut l occasion d une débauche de moyens à la hauteur de l événement. La dernière visite d un souverain marocain datait d un sommet tripartite à Nouadhibou en 1970, qui avait réuni Moctar Ould Daddah, Hassan II et Houari Boumédiene. Le voyage de Mohamed VI venait ponctuer une série d accords commerciaux et de coopérations importants initiés lors de la première session de la commission mixte 125 Cf. Mohammed Fall Ould Oumère : Maroc - Mauritanie : petite histoire d une Histoire de malentendus In La Tribune n 148 du Nouakchott. 126 Un militaire mauritanien en stage en France, contre qui une plainte pour torture avait été déposée par deux réfugiés politiques, fut mis en examen par la justice française. Cet événement provoqua l ire de Nouakchott qui expulsa sur-le-champ des coopérants militaires français et instaura un visa pour les ressortissants français. 127 Du 10 au 12 Septembre.
55 54 tenue à Nouakchott le 12 et le 13 juin Le rythme des signatures d accords c est depuis accéléré et l on en dénombre aujourd hui près de La vente par le gouvernement mauritanien de 54 % de la Société Mauritanienne de Télécommunication (Mauritel) à Maroc Télécom en février 2001 ainsi que la décision de construire la route Nouadhibou - Nouakchott, qui reliera le grand sud marocain à l Afrique de l Ouest et permettra une augmentation substantielle des échanges, ou encore l annulation de la dette mauritanienne quelque temps plus tôt 129, sont plus que des symboles. En effet, en 1998, les importations mauritaniennes en provenance du Maroc ne représentaient que 1% du volume des échanges de la Mauritanie. Sur le plan diplomatique, le Maroc a œuvré au réchauffement des relations franco-mauritaniennes et sert d avocat à l association de la République Islamique de Mauritanie au dialogue euro-méditerranéen. Mais il faut, pour comprendre les relations entre les deux pays, préciser la position de la Mauritanie vis à vis du Sahara occidental. Nouakchott reste en contact constant avec la RASD de Mohamed Abdel Aziz, dont les envoyés viennent régulièrement visiter Ould Taya. Le Front Polisario, quant à lui, dispose d un ambassadeur quasi officiel à Nouakchott. Maaouya Ould Sid Ahmed Taya a confié à un proche parent, Didi Ould Souedi, le dossier primordial du Sahara Occidental. La diplomatie officielle ne permet cependant qu une lecture superficielle de l attitude du pouvoir mauritanien vis à vis du Polisario et de l omnipotente tribu Rgaybat 130. En effet, les années ont été le théâtre d une épuration du Front Polisario. Les Rgaybat ont évincé les autres tribus sahraouies du mouvement. C est une tribu puissante qui dispose d une alliance solide avec Alger et Nouakchott et qui fructifie économiquement sa position de force. Une économie de guerre s est en effet mise en place, les produits du trafic sont essentiellement la nourriture, les cigarettes et les armes. La nourriture est distribuée par les aides internationales. Initialement 128 Cf. annexe Cf. U. CLAUSEN : Chroniques Mauritaniennes in Annuaire de l Afrique du Nord. CNRS, Aix en Provence, Pour connaître cette tribu, se reporter à l ouvrage référence de Sophie CARATINI : Les Rgaybat vol. L Harmattan 1989.
56 55 prévue pour les victimes du conflit, c est-à-dire les réfugiés, elle est en fait détournée de ces objectifs et revendue en Mauritanie par des commerçants peu scrupuleux. La ville de Zouérat est, avec Tindouf, devenue le grand carrefour commercial de cette zone indécise, à la marge des autorités étatiques, qui va du Sahara Occidental (la partie au-delà du mur) au nord de la Mauritanie et jusqu à l extrémité occidentale de l Algérie. Le trafic de cigarettes et d armes est plus lucratif encore. Les cigarettes, notamment, sont destinées au marché algérien. Les Rgaybat sont les organisateurs de ces réseaux clandestins au même titre que les Smassid, la tribu de Maaouya Sid Ahmed Ould Taya, le Président qui détient tous les pouvoirs en Mauritanie. Toutes les informations relevées sur place convergent vers la description d une alliance Smassid-Rgaybat non seulement commerciale mais aussi politique et militaire. Ainsi est-on frappé de savoir que le chef d état-major mauritanien a très longtemps été un Rgaybat, Moulay Ould Boukhreis. Les leaders Rgaybat dirigent à la fois la RASD et le Polisario. Ils sont installés dans une économie de guerre qui peut perdurer longtemps encore, d autant plus que certains militaires marocains et algériens seraient intéressés à ces trafics. En effet, d après Mohamed Fall Ould Oumère, certains militaires marocains seraient détenteurs de licences de pêches, d autres trafiqueraient de l essence avec des commerçants sahraouis. La Mauritanie et le Maroc se livrent en outre à une étonnante diplomatie économique. Ainsi, nous nous permettrons d évoquer le cas de cette homme d affaire mauritanien. Abdellahi Ould Noueïged est un homme d affaire smasside (même tribu que le président Ould Taya) qui a débuté sa carrière en vendant du lait puis en commerçant avec la société marocaine El Combania. Il est l homme le plus riche de Mauritanie et l un des principaux financiers du PRDS 131. La fortune du groupe AON fut estimée à 143 millions de dollars en Le groupe a de solides relais dans la région (Canaries, Sénégal, Gambie, Guinée Bissau et Maroc). Il a ouvert en 2000 une succursale à Dakhla, où il possède une usine de carton et un entrepôt frigorifique. Il est lié a la société marocaine ITISSALAT Al-Maghrib, qui est rentrée en 2001 dans le capital de la société MAURITEL. Abdellahi Ould Noueïged a scellé en 2002 une 131 Parti Républicain Démocratique et Social, parti du Président Ould Taya.
57 56 alliance avec l homme d affaire marocain Ould Dirhem dans une société mixte INAMA. Peu après, la société se voyait accorder du gouvernement marocain une dizaine de licences de pêche. Selon le journal marocain La Tribune du 1er mai 2002, la décision des autorités fut d autant plus surprenante que les opérateurs du secteurs, comme les autorités, savent que les ressources en poulpe sont limitées (par une directive ministérielle) et que la nécessité de leur exploitation rationnelle interdit toute extension du volume des prises et l arrivée d opérateurs nouveaux. La rumeur prétend que l homme d affaire Ould Dirhem serait très proche de la famille royale. Les relations entre des deux pays, nous le voyons, sont donc très poussées, d autant plus que les représentations diplomatiques, des deux côtés, sont souvent le monopole d une tribu que l on retrouve au Maroc, au Sahara occidental, et en Mauritanie, les Ouled Bou Sba. L ambassadeur actuel du Maroc à Nouakchott appartient à cette tribu 132. En Mauritanie, un homme d affaire Ouled Bou Sba, M. Bouamatou, sert parfois d ambassadeur économique avec les marocains, les sahraouis, et les algériens. Pourtant la politique de rapprochement spectaculaire vis à vis de la Mauritanie comporte un risque majeur, car il s agit d une alliance avec un régime vermoulu et un président certainement plus très loin de la sortie. Personne ne peut dire si les dirigeants qui le remplaceront (le président Haïdallah est candidat aux présidentielles de Novembre 2003) auront les mêmes idées sur le dossier du Sahara occidental et les mêmes dispositions à l égard de Rabat. IV Comparaison avec la Libye et épilogue La comparaison avec un autre pays d Afrique du Nord nous permettra un certain recul, à notre avis bénéfique, pour pouvoir conclure. Le choix de la Libye s est presque imposé, car c est un pays sur lequel on dispose d une littérature de qualité et qui se caractérise par une politique étrangère, et particulièrement une politique africaine, tonitruante et, par certains aspects, aux antipodes de la politique marocaine. Les quelques paragraphes qui suivent visent simplement à souligner les 132 Entretien avec Y. Abou el Farah.
58 57 quelques linéaments qui individualisent la politique africaine de la Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste et qui, par effet de miroir, feront ressortir les spécificités des options marocaines. Lorsque l on évoque la politique étrangère du bouillant Colonel Kadhafi, on pense immanquablement aux spectaculaires revirements, aux alliances du jour dénoncées le lendemain, bref à une sorte de chaos. Ainsi, après avoir soutenu le Polisario contre le Maroc, la Libye et le Maroc signent avec le Traité d Oujda en 1984 un projet de fusion libyo-marocain! Mais comme le soulignait déjà René Otayek 133, La politique africaine de la Libye apparaît bien plus nuancée que ne le laisse supposer une approche superficielle ou biaisée idéologiquement. Il est vrai que son interprétation se heurte à deux obstacles majeurs : le premier tient aux multiples volte-faces, souvent mais pas toujours décrétées par le colonel Kadhafi. Celles-ci reflètent moins l incohérence de la pensée politique du chef de la révolution libyenne que de la Libye, puissance moyenne, à élaborer une stratégie globale adaptée à l ensemble du continent africain. Quelques objectifs constants de la Libye peuvent en effet être soulignés. La politique africaine de la Jamahiriya s attache d abord à promouvoir un modèle culturel arabo-islamique. L enseignement de l arabe figure au premier plan des préoccupations libyennes. La langue du Coran représente l un des principaux vecteurs de diffusion de la culture arabo-islamique. Pays charnière entre les mondes arabe et africain, la Libye entend jouer le rôle de trait d union qui était le sien à l aire des caravanes. Dans cette perspective, s est opérée une sorte de division du travail entre le gouvernement et la Société pour l appel à l islam (Da wa Islamiya). Le premier prend à sa charge la coopération inter-étatique, la seconde assume une fonction de relais avec les structures associatives musulmanes. 134 L une des premières motivations des interventions libyennes en Afrique avait été, au cours des années 70 et 80, de lutter contre la présence israélienne dans cette région. Ce que la Jamahiriya allait faire en distribuant de l argent pour que les pays refusent les propositions israéliennes, comme la Guinée Equatoriale, ou par les armes, comme en 133 La politique africaine de la Libye, 1986, l Harmattan, p Ibid. p. 85.
59 58 Ouganda, en utilisant la Légion islamique. Autre caractéristique, les importantes ressources pétrolières donnent aux autorités libyennes les moyens pour promouvoir leur politique, la Libye se classe en effet au 11 ème rang mondial pour les réserves d hydrocarbure. Mouamar Kadhafi souhaite faire de son pays une puissance régionale, puis continentale. Régionalement, il tente de lutter contre l influence française, car il est également farouchement anti-occidental, et il n hésite pas à financer les partis d opposition ou les mouvements rebelles pour déstabiliser les pays trop proches du camp occidental. Dans ce cadre, le panafricanisme n est semble-t-il qu une nouvelle illustration de la volonté libyenne de puissance. En effet, la politique étrangère de la Libye, depuis ces dernières années, témoigne d un intérêt renouvelé du Guide de la Jamahiriya pour l Afrique subsaharienne. Cette tendance s explique par la déception du Colonel Kadhafi à l égard des leaders des pays arabes, jugés trop courtois avec Israël et les occidentaux et peu solidaires de la Libye pendant son isolement diplomatique (embargo). Elle s explique également par la gratitude du guide de la Jamahiriya à l égard des pays d Afrique noire qui l ont davantage soutenu 135, et avec lesquels il lui semble plus aisé de s entendre sur une intégration régionale de plus en plus poussée 136. La Libye a créé à cet effet le COMESSA et Mouamar Kadhafi a été l un des promoteurs de la transformation de l OUA en Union Africaine (UA), en 2002, et continue à réclamer une accélération de l intégration. La Libye souhaiterait une UA à caractère fédéral dotée de pouvoirs supranationaux en matière de sécurité, de paix, de diplomatie ou encore d économie. Cependant, il reste bien isolé sur cette voie par rapport aux autres chefs d Etats africains, beaucoup plus prudents. Le COMESSA a été créé lors du Sommet de Tripoli de 1998, par 6 états (Libye, Soudan, Niger, Tchad, Mali, Burkina Faso) qui ont depuis été rejoint par 10 autres 135 Saïd Haddad note : Le rapprochement entre la Libye et ses partenaires africains sera renforcée par l attitude adoptée par l ensemble des Etats africains vis à vis de l embargo. Lors du sommet de l OUA de Ouagadougou (1998), les Etats africains ont non seulement appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à lever l embargo contre la Libye mais ont invité les Etats membres de l OUA à ne plus se conformer aux sanctions internationales. Cf. La politique africaine de la Libye : de la tentation impériale à la stratégie unitaire, in Maghreb Machrek n 170, oct-déc 2000, p Le rêve du guide consisterait à supprimer les frontières héritées de la période coloniale pour créer un vaste ensemble économique, politique et culturel, où la Libye et son guide jouerait évidemment un rôle déterminant.
60 59 (Maroc, Nigeria, Egypte, Tunisie, Somalie, République Centrafricaine, Sénégal, Gambie, Djibouti, Erythrée). En 2001, cette communauté émergente de pays représentait 40 % du poids économique et démographique du continent et 12,1 millions de km2, 320 millions d habitants et 225 milliards de dollars de PNB. La Libye a eu, depuis la création de l organisation, un statut hégémonique. D une manière générale, dans cette organisation, plus les pays sont proches et pauvres, plus ils ont tendance à adopter la ligne impulsée par la Libye. Plus ils sont éloignés ou riches, plus ils sont indépendants. Il est d ailleurs prévisible à terme que l Egypte, le Nigeria, voire le Maroc, tenterons de peser davantage dans les structures et contesterons l hégémonie libyenne. Le COMESSA est à la fois une union économique et un organe de sécurité. Deux institutions ont été créées pour développer l intégration économique des pays membres : un conseil économique et social, établi à Bamako, et la BADC (Banque Africaine pour le Développement du Commerce). Saïd Haddad 137 note : Grâce au Comessa, la Libye obtient enfin, de manière plus pacifique, un terrain d action à la mesure de ses prétentions lui permettant de rayonner au delà de la zone saharosahélienne. En effet, la présence du Tchad et de la République centrafricaine dans cette union économique et sécuritaire est un atout de poids dans la stratégie libyenne de pénétration dans la région des Grands Lacs et en Afrique australe. Ainsi, pour résumer, la politique africaine de la Libye est à la fois antiisraélienne et anti-occidentale, elle tente d exporter un modèle arabo-islamique, elle est panafricaine après avoir été panarabe. La Libye a une politique de puissance, elle a su créer des outils (Légion Islamique, Da wa Islamiya...) et une organisation (le Comessa) pour exercer cette puissance avec, il est vrai, de nombreux revers (Tchad, embargo, fiasco lors des tentatives de fusion). Néanmoins, c est un pays qui pèse dans les organisations continentales comme l UA et un pays qui, grâce à la rente pétrolière, a les moyens d exercer sa politique sans la protection d un tuteur. 137 Op. cit. p. 35.
61 60 Au regard de l exemple Libyen, la politique africaine du Maroc apparaît plus nettement encore. C est d abord une politique défensive, car la priorité absolue reste le dossier saharien. Pour défendre la marocanité du Sahara, le Maroc a choisi de sortir de l OUA, décision qui allait l isoler encore davantage. Dès lors, les deux priorités sont de s assurer la confiance de protecteurs (la France et, dans une moindre mesure, les Etats Unis) et, sur le continent, de tenter de convaincre un maximum d Etats, de manière bilatérale, de soutenir le Maroc dans le dossier du Sahara occidental. C est ce que l on pourrait appeler une politique d influence. Mohamed VI, qui ne dispose encore pas d un réseau de relations personnelles équivalent à son père, ne peut pas se contenter de la seule dimension bilatérale. Les grandes orientations de sa politique africaine sont actuellement : une défense des PMA africains et se ménager, par le biais d un axe fort Rabat-Noukchott-Dakar, une ouverture sur l Afrique de l Ouest avec laquelle il souhaite un rapprochement et même une intégration régionale, grâce à une densification des échanges (augmentation spectaculaire des projets de coopération, entreprises marocaines plus présentes) et des accords douaniers. Mohamed VI souhaite que cette présence renforcée en Afrique de l Ouest serve à la fois de vitrine du savoir-faire marocain pour toute l Afrique subsaharienne et permette au royaume de jouer un rôle de pont entre l Afrique de l Ouest et l Europe. L énergie redoublée avec laquelle le Maroc intensifie ses actions en Afrique subsaharienne, même si elle s exerce en priorité en Afrique francophone, n est pas conçue en rivalité avec la France. Au contraire, il nous a semblé que les Marocains espéraient des actions tripartites desquelles pourrait émerger un nouveau modèle de coopération. Néanmoins, il semble que la politique africaine trouvera rapidement ses limites à cause d un certain nombre de facteurs internes et externes. Le Maroc et les Marocains ont le regard tourné vers l Europe, l Afrique subsaharienne reste, pour la majorité de la population comme des décideurs (économiques, politiques), une zone marginale sans grand intérêt. De plus, l Afrique reste très mal connue au Maroc. La politique africaine volontariste actuelle est et restera limitée par la faiblesse des moyens financiers. Le Maroc ne dispose pas, comme la Libye, d une rente pétrolière qui offre à sa politique une certaine
62 61 envergure. La fragilité actuelle de l économie ne laisse pas présager une évolution positive. La politique étrangère, au même titre que la politique religieuse, est un domaine non partagé car elle contribue à renforcer le trône. Cela signifie qu il n y a aucun débat et que les décisions sont prises dans des cercles très restreint. La structure du pouvoir génère une politique d impulsions. Ainsi, l initiative spectaculaire vis-à-vis des pays du fleuve Mano n a pas été suivie d effets. Pour Aboubakar Jemaï, la politique africaine du Maroc ressemble souvent à du marketing politique. L image du Maroc dans certains pays africains, notamment anglo-saxons, est celle d un pays largement assujetti aux occidentaux et aux structures sociales féodales, donc certainement pas un modèle admiré ou à suivre. Les récentes décisions en matière de lutte contre le terrorisme et le durcissement des lois sur l immigration des ressortissants africains (largement imposées par les européens), ne devrait pas améliorer cette image. L axe Rabat-Nouakchott-Dakar, sur lequel le roi Mohamed VI mise beaucoup, pourrait se révéler plus aléatoire que prévu car il est conditionné par la présence d un régime stable à Nouakchott. Deux problèmes se posent alors, le régime d Ould Taya semble en bout de course et son ou ses successeurs ne seront peut-être pas aussi pro-marocains que lui. De plus, Ould Taya s est toujours déclaré neutre dans le conflit, comment va-t-il pouvoir continuer à se rapprocher de Rabat à ce rythme sans provoquer des réactions violentes du Polisario? Enfin, cette stratégie d ouverture suppose que le dossier saharien soit en bonne voie de règlement. Or, le plan de paix révisé établi par l ONU, appelé plan James Baker III est beaucoup moins favorable au Maroc que prévu. Rabat semble perdre de plus en plus le soutien américain. Néanmoins, la politique africaine Mohamed VI semble rationnelle. Elle tente de combiner le bilatéral et le multilatéral, de rentabiliser une politique autrefois plus diffuse en alliant des groupes économiques d envergure sur des secteurs porteurs (infrastructures, téléphonie...) et enfin de faire jouer un nouveau rôle au pays (pont entre l Europe et l Afrique), puisque la guerre froide est terminée (avec l opposition
63 62 entre progressistes et pro-occidentaux) et que Mohamed VI ne pourra certainement pas jouer le rôle de médiateur entre le monde arabe et l occident. Cette politique conditionnera aussi, on l aura compris, le destin politique de Mohamed VI.
64 63 Glossaire Principaux sigles : AGUIMCO : Agence Guinéo-Marocaine de Coopération AMCI : Agence Marocaine de Coopération Internationale AMAMCO : Agence Maroco-Malienne de Coopération CEDEAO : Communauté Economique des Etats d Afrique de l Ouest CGEM : Confédération Générale des Entreprises Marocaines
65 64 CMPE : Centre Marocain de Promotion des Exportations COMESSA : Communauté des Etats Sahélo-Sahariens FMI : Fond Monétaire International NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement de l Afrique NTIC : Nouvelles Technologie de l Information et de la Communication. OCI : Organisation de la Conférence Islamique OCP : Office Chérifien des Phosphates ONA : Omnium Nord Africain OUA : Organisation de l Unité Africaine OMC : Organisation Mondiale du Commerce OMP : Opérations de maintien de la paix ONUC : Opération des Nations Unies au Congo PMA : Pays les moins avancés PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement PPTE : Pays Pauvres Très Endettés RASD : République Arabe Sahraouie Démocratique UE : Union Européenne UEOMA : Union Economique et Monétaire d Afrique de l Ouest USFP : Union Socialiste des Forces Progressistes UNITA : Union Nationale pour l Indépendance Totale de l Angola Termes arabes : Al Qods : Jérusalem Amir al-mouminine : Commandeur des croyants, l un des titres du roi. Bay a : Acte d allégeance au roi, se déroule aujourd hui lors de la fête du trône, durant laquelle le chefs coutumiers, entre autre, viennent baiser la main du roi en s agenouillant, symbole de leur reconnaissance et de leur loyauté. Bled es soudan : littéralement pays des noirs. En fait, il s agit de la rive sud du Sahara, le Sahel actuel. Califat : Autorité spirituelle, au dessus des sultans et des chefs d Etat. L institution a été abolie en 1925 par Mustapha Kemal Atatürk. Comme les Alaouites avaient une ascendance cherifienne, ils cultivèrent l idée d être les continuateurs du Califat. Dahir : décret sultanien.
66 65 Djihad : Le djihad n est pas seulement la guerre sainte, dans son acceptation la plus large, il veut dire à la fois effort et protection. Guichs : Hommes composant l armée hétéroclite du Sultan, venus de tribus, en échange de l exemption d impôt. Harka : Expédition punitive. Maghzen : Le maghzen désigne l autorité centrale chargée de collecter les impôts dans les tribus et d y faire régner l ordre. Par extension, désigne aujourd hui le système étatique, le néo-makhzen. Oulémas : sing alim, savant religieux où docteurs de la fois formés par les écoles et les universités de théologie. Salafiste : Réformateur, prône une adéquation des instituions et de la morale avec les idéaux musulmans. Sharifisme : légitimation du pouvoir par une généalogie qui rattache une dynastie ou un groupe à la famille du prophète. Siba : Dissidence, désordre. tribu siba, tribu n ayant pas fait allégeance au roi, par opposition à tribu maghzen. Zawiya : confrérie religieuse fondée par un Cheikh, sorte de saint pratiquant un Islam soufiste. Bibliographie Yahia Abou el Farah : La présence africaine marocaine en Afrique de l Ouest : cas du Sénégal, du Mali et de la Côte d Ivoire, 1997, publication de l Institut des Etudes Africaines, Rabat. Thérèse Benjelloun : Visages de la diplomatie marocaine depuis 1844, 1991, Editions EDDIF. Abdallah Ben Mlih : Structure politique du Maroc colonial, 1990, l Harmattan. Abdelkhaleq Berramdane : Le Maroc et l Occident , 1987, Karthala. Bernard Cubertafond : Le système politique marocain, 1997, L Harmattan. Guy Delanoë : Lyautey, Juin, Mohamed V. Fin d un protectorat, 1988, l Harmattan. Rachid El Houdaïgui : La politique étrangère sous le règne de Hassan II, 2003, l Harmattan.
67 66 Bruno Etienne : Les arcanes du sultanat in Maroc, les signes de l invisible, Autrement, pp Jacques Gagne : Nation et Nationalisme au Maroc, 1988, Institut Universitaire de la Recherche Scientifique, Rabat. Christine Garnier : Désert fertile : un nouvel Etat, la Mauritanie, 1960, Hachette. Nicole Grimaud : La politique extérieure de l Algérie, 1984, Karthala. Roger Gruner : Du Maroc traditionnel au Maroc moderne. Le contrôle civil au Maroc , 1984, Nouvelles éditions Latines. Saïd Haddad : La politique africaine de la Libye : de la tentation impériale à la stratégie unitaire, in Maghreb Machrek n 170, oct-déc Miguel Hernando de Larramendi : La politica exterior de Marruecos, 1997, Editorial MAPFRE, Madrid. Brahim Labari : Recettes islamiques et appétits politiques. Essai sur les fondements du pouvoir chérifien, 2002, Syllepse. Rémy Leveau : Le fellah marocain, défenseur du trône, 1976, Presses de Sciences Po. Mahdi Bou Mhalli : Le makhzen ou la gestion de la violence, Autrement, pp Khadija Mohsen-Finan : Sahara occidental. Les enjeux d un conflit régional, 1997, CNRS Histoire. René Otayek : La politique africaine de la Libye, 1986, l Harmattan. El Mellouki Riffi Bouhout : La politique marocaine de coopération avec l Afrique subsaharienne, in Abdallah Saaf : Le Maroc et l Afrique après l indépendance, 1996, publication de l Institut des Etudes Africaines, Rabat, pp Daniel Rivet : Le Maroc de Lyautey à Mohamed V. Le double visage du Protectorat, 1999, Denoël. Abdallah Saaf : Le Maroc et l Afrique après l indépendance, 1996, publication de l Institut des Etudes Africaines, Rabat. Mohamed Salahdine : Maroc : tribus maghzen et colons. Essai d histoire économique et sociale, 1986, l Harmattan. Mohamed Tozy : Monarchie et politique au Maroc, 1999, Presses de Sciences Po. Pierre Vermeren : Le Maroc en transition, 2001, La découverte. Pierre Vermeren : Histoire du Maroc depuis l indépendance, 2002, La Découverte.
68 67 F. Zaïm et L. Jaïdi : L accord de libre échange entre le Maroc et l UE : un pari à hauts risques, pp , in Confluences Méditerranée n 21, Printemps 1997, L Harmattan. Les cahiers de l Orient, 2 ème trim. 2000, n 58, Le Maroc de Mohamed VI. Confluences Méditerranée : Le Maroc en perspectives, Hors série, 2000, l Harmattan. Annexes 1. Evolution de la part de l Afrique dans les échanges commerciaux du Maroc. En % Années Importation de l Afrique Exportation vers l Afrique Part dans les échanges globaux ,2 4,3 4, ,6 4,2 3, ,7 4,2 3, ,6 5, ,6 6,1 5, ,8 7,1 5, ,9 6,6 6, ,8 6,1 5, ,5 4, ,8 4,8 3, ,9 4, ,5 4,7 3, ,5 4,6 3,5
69 ,0 3,7 2, ,2 3,6 2, ,7 5,2 3, ,5 3,5 2, ,0 3,8 2, ,5 4,8 3, ,5 5,2 4, ,4 4,9 4, ,2 6,9 5, ,2 7,2 4, ,6 8,1 5, ,9 7,8 6, ,1 10 8, ,9 9,5 7, ,5 7, ,9 7,3 7,1 2. Accords de coopération Maroco-africains Catégories d'accords Pays Date signature Traité d'amitié et de coopération Côte d'ivoire 1973 Accords culturels Côte d'ivoire 1973 Cameroun 1974 Sénégal 1981 Accords de coop. Culturelle, scientifique et technique Zaïre (2) 1972 Sénégal (3) 1972/73/74 Gabon (2) 1972 Nigéria 1979 Guinée 1976 Guinée Equatoriale 1979 Comores 1979 RCA (2) 1980/86 Togo 1984 Tchad 1985 Mali 1987 Accords commerciaux Zaïre (2) 1972 Gabon 1972 Sénégal (3) 1972/73/74 Cameroun 1974 Gambie 1974 Guinée 1977 Guinée Equatoriale 1979 RCA 1980
70 69 Côte d'ivoire 1980 Comores 1980 Togo 1980 Cap-Vert 1987 Libéria 1987 Accords de création de commissions mixtes Mali 1973 Côte d'ivoire 1980 Gabon 1982 Niger 1986 RCA 1987 Accords relatifs au transport aérien Zaïre 1976 Mali 1972 Guinée Equatoriale 1978 Zaïre 1979 Gabon 1980 Guinée 1982 Côte d'ivoire 1987 Guinée Equatoriale 1972 Niger 1974 RCA 1975 Accords relatifs aux postes et télécommunications Sénégal (3) 1974 Gabon (2) 1980 Côte d'ivoire 1975 Nigéria 1977 Accords de prêt Gabon 1975 Guinée 1984 accord en matière de marine marchande Gabon 1980 Zaïre 1985 Accords dans le domaine de l'information et du tourisme Sénégal 1972 Guinée 1982 Accords sur la suppression des visas de passeports diplomatiques Côte d'ivoire 1973 Gabon 1979 Accord sur la guarantie des investissements Guinée Equatoriale 1979 Accord dans le domaine agricole Sénégal 1981 Accord en matière de personnel Zaïre 1985 Accord dans le domaine de la fonction publique RCA 1987 Accord de coopération sanitaire Gabon 1975 Accord dans le domaine des routes et de la formation professionnelle Zaïre 1987 Accords dans le domaine de l'habitat Guinée 1987 Accord ferroviaire Gabon LE MAROC AU SERVICE DE LA PAIX (Ministère des Affaires Etrangères) Le Royaume du Maroc, autant qu il appelle à la coexistence pacifique entre les Etats, à la tolérance, à la compréhension entre les peuples, au dialogue et au
71 70 rapprochement entre les religions et les civilisations, autant il dénonce les recours à la force et à la violence, fustige toute forme d extrémisme et de terrorisme et tout ce qui peut mettre en péril la sécurité et la stabilité dans le monde - Sa Majesté le Roi Mohammed VI - Respectueux de la légalité internationale, imprégné des vertus du dialogue et de la cohabitation et attaché au règlement pacifique des différends, le Royaume du Maroc n a jamais ménagé aucun effort pour répondre favorablement aux appels de la communauté internationale en vue de prévenir les conflits ou de restaurer la paix et la sécurité à travers le monde. C est ainsi que le Maroc a pris part successivement aux opérations de maintien de la paix suivantes : - ONUC : République du Congo : Pour cette Mission qui a duré de juillet 1960 à juin 1964, le Royaume du Maroc a fourni deux bataillons (infanterie et parachute) pour le maintien de l ordre et le rétablissement de la paix et de la concorde entre protagonistes ; - Opération des Nations Unies en Somalie I (ONUSOM I) : Les taches principales de cette Mission mise en place depuis avril 1992 jusqu'à mars 1993 étaient de surveiller le respect du cessez le feu à Mogadishiu, d assurer l acheminement de l aide humanitaire et de protéger et garder le personnel et les installations de l ONU. Les Forces Armées Royales marocaines ont participé avec 5 observateurs militaires avant de déployer des unités militaires de l ordre de 1430 hommes suite à la création de la Force d intervention unifiée (UNITAF) en décembre Opération des Nations Unies en somalie II (ONUSOM II) : Le Maroc a également participé avec des Unités militaires à cette opération qui a pris la relève de l UNITAF depuis mars 1993 et jusqu à mars Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (MONUC) : Dans le cadre de cette Mission qui a commencé le 30 novembre 1999 et qui est toujours en cours, le Royaume du Maroc participe avec un contingent des Forces Armées Royales de 614 militaires ainsi qu avec 4 officiers d Etat Major. Le Maroc a en outre mis à la disposition de la MONUC un Hopital médical niveau II.
72 71 Le Maroc a également envoyé des observateurs militaires et des membres de la police civile à d autres missions de maintien de la paix de l ONU, notamment en Angola (UNAVEM II) entre 1989 et 1996 (15 observateurs militaires et 11 membres de la police civile) et au Cambodge (UNTAC) entre août 1992 et juin 1993 (100 membres de la police civile). De surcroît, le Maroc participe toujours à deux autres opérations de maintien de la paix qui sont sous la bannière de l Organisation du Traité de l Alliance Nord Atlantique (OTAN), en l occurrence : - Forces de la mise en œuvre de la paix en Bosnie Herzégovine (IFOR) : Le Maroc a pris part à cette mission jusqu à sa fin le 20 décembre 1996 et avait déployé un contingent de 1300 personnes. - Forces de stabilisation de la paix en Bosnie Herzégovine (SFOR) : un contingent des Forces Armées Royales participe à cette force depuis sa création en décembre 1996 et jusqu à ce jour. Après la réorganisation de la SFOR, le Maroc a réduit ses troupes à 350 personnes. - Forces de l OTAN au Kosovo (KFOR) : le Royaume du Maroc a dépêché depuis décembre 1999 un bataillon médical au Kosovo pour apporter une assistance médicale et sociale aux populations locales ainsi que pour effectuer des tâches humanitaires. Ce bataillon est composé de 279 personnes des Forces Armées Royales.
73 AFRIQUE DU SUD Accord relatif au transport aérien Accord de coopération entre CGEM et la Chambre Sud Africaine des Affaires SACOB Accord portant création d'une Commission mixte de coopération ANGOLA Accord de coopération économique, scientifique, technique et culturelle Accord commercial Protocole de coopération en matière d'agriculture Accord de coopération dans le domaine du tourisme BENIN Accord de coopération économique, scientifique, technique et culturelle Accord commercial Protocole relatif à la cooperation entre les Ministères des Affaires Etrangères des deux pays BURKINA FASO Accord général de coopération économique, scientifique, technique et culturelle Protocole d'accord en matière de promotion et de développement de l'artisanat Protocole d'accord de coopération entre le Centre de Promotion des Exportations et l'office du Commerce Exterieur Accord commercial Accord relatif aux transports aériens Protocole d'accord relatif à la cooperation entre le MAEC du Royaume du Maroc et le MAE Burkinabé Accord entre l'office national des Postes et Télécommunications et l'office National des Postes Burkinabé Accord tripartite pour la mise en oeuvre du Programme Spécial pour la Sécurite alimentaire Protocole d'accord de coopération entre le CMPE et l'onac CAMEROUN Accord culturel Accord de coopération économique et technique Accord commercial Accord de coopération dans le domaine du tourisme CAP-VERT Accord de coopération économique et technique Accord portant création d'une commission mixte de coopération Protocole de coopération entre le MAEC et le Ministère des Affaires Etrangéres et des ressortissants. CENTRAFRIQUE (REP) Accord de coopération culturelle et scientifique Accord de coopération économique et technique Accord de coopération culturelle, scientifique et pédagogique entre l'enap (Maroc) et l'école administrative et de magistrature de la Rép centrafricaine Accord commercial à long terme Accord relatif aux statuts de la commission mixte Accord aérien
74 Protocole de coopération sanitaire Protocole d'accord de coopération en matière de communication et d'information COMORES Accord de coopération culturelle et scientifique Accord de coopération économique et technique COTE D'IVOIRE Traité d'amitié et de coopération Accord culturel Accord pour la suppression des visas sur les passeports diplomatiques et de service Accord portant création d'une grande commission mixte de coopération ivoiro-marocaine Convention commerciale et tarifaire Accord relatif aux transports aériens Accord de coopération économique et technique. Convention relative à la coopération entre l'office national des aéroports et l'agence nationale de l'aviation civile et de la météorologie de la République de la Côte d'ivoire Accord commercial Convention commerciale et tarifaire ERYTHREE Accord général de coopération économique, scientifique, technique et culturelle Accord portant création d'une commission mixte de coopération Protocole de coopération entre les Ministères des Affaires Etrangères des deux pays GABON Accord cadre de coopération en matière de pêche maritime Protocole de coopération entre les deux Ministéres des Affaires Etrangéres Protocole d'accord en matière de promotion et de développement de la petite et moyenne entreprise et de l'artisanat entre le Royaume du Maroc et la République Gabonaise Protocole d'accord entre le Ministère de la Jeunesse et des Sports du Royaume du Maroc et le Ministére de la Jeunesse, de la Culture Civique, des Sports et des Loisirs de la République Gabonaise Protocole d'entente de coopération dans les domaines de l'énergie et des mines entre le Ministère de l'energie et des Mines du Royaume du Maroc et le Ministère de l'energie, du Pétrole et des Ressources Hydrauliques de la République Gabonaise Convention tendant à éviter la double imposition et à prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu Accord entre Barid Al Maghreb et l'office des Postes et Télécommunications, fixant les conditions d'éxecution et les modalités de règlement des échanges des mandats de poste GAMBIE Accord de coopération économique technique et culturelle Accord relatif aux transports aériens GHANA Accord relatif au transport aérien international Accord portant création d'une commission mixte de coopération 73
75 GUINEE Accord culturel et scientifique. Accord relatif aux transports aériens Accord de coopération économique et technique Accord dans le domaine de l'information. Accord de prêt. - Protocole d'application de l'accord de prêt Protocole fixant les modalités d'exécution de l'accord culturel et scientifique, signé le 17/01/79 Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration publique. Accord de coopération dans le domaine du tourisme. Protocole d'accord en matière de promotion et de développement de l'artisanat. Convention commerciale et tarifaire Protocole d'application de l'accord cadre en matière de pêche maritime Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration publique GUINEE EQUATORIALE Convention de coopération économique, technique et culturelle Accord relatif aux transports aériens. Accord commercial entre le Royaume du Maroc et la République de Guinée Equatoriale Accord de coopération en matière de pêche maritime. Accord de coopération en matière de tourisme. GUINEE-BISSAU Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration Publique. Protocole de coopération entre le Ministére des Affaires Etrangères et de la Coopération et le Ministére des Affaires Etrangéres et des Ressortissants Accord portant création d'une commission mixte de coopération Accord général de coopération économique, scientifique, technique et culturelle KENYA Accord de coopération culturelle, scientifique et technique. MALI Accord relatif au transport aérien Accord de coopération économique. Accord dans les domaines de la poste, des télécommunications, de la radiodiffusion et de la télévision. Accord dans le domaine de la Radiodiffusion-Télévision. Accord de coopération dans le domaine du cinéma. Accord commercial. Accord portant création d'une grande commission mixte de coopération. Accord culturel. Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration publique. Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration publique. Accord sur les relations cinématographiques. 74
76 Accord entre l'agence malienne de presse et l'agence Maghreb Arabe Presse Protocole d'entente en matière de promotion et de développement de l'artisanat Convention de coopération dans le domaine du tourisme. Convention de coopération technique et administrative. Accord entre l'office National des Postes de la République du Mali et l'office National des postes et télécommunications du Royaume du Maroc fixant les conditions d'exécution des échanges des mandats de poste et des virements postaux entre les deux pays. Protocole d'accord des échanges de jeunesse et de sport. Protocole relatif à la coopération entre la MAEC et le Ministère des Affaires Etrangères des Maliens de l'extérieur et de l'intégration Africaine Protocole d'accord de coopération dans le domaine de le santé Convention sur les évacuations sanitaires Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'emploi, du travail et de la formation professionnelle MAURITANIE Traité de fraternité, de bon voisinage et de coopération. Accord sur la navigation maritime. Accord commercial. Accord relatif aux transports aériens. Protocole d'accord en matière de pêche maritime. Accord de coopération culturelle, scientifique, technique et économique. Convention sur la coopération judiciaire et d'extradition. Accord pour la suppression des visas de passeports. Accord de prêt. Accord de prêt. Protocole fixant les modalités d'éxécution de l'accord de coopération culturelle, scientifique, technique et économique signé le 10/02/72 Accord de coopération en matière d'aviation civile. Protocole d'application des Accords de coopération en matière de pêche maritime Convention d'établissement Convention entre la Banque du Maroc et la Banque Centrale de Mauritanie Protocole de coopération entre le Ministère marocain de la jeunesse et des sports et le Ministère mauritanien de la fonction publique, de l'emploi et de la jeunesse et des sports Accord commercial et tarifaire Accord de coopération entre l'institut Scientifique des Pêches (R.M) et le Centre National de Recherches Océanographiques et des Pêches (R.I.M.) Protocole de l'accord de Coopération dans le domaine de l'administration publique Convention sanitaire Accord relatif à l'encouragement et à la protection des investissements 75
77 Protocole dans le domaine des pêches maritimes entre la Fédération des chambres des pêches maritimes au Maroc et l'union Nationale des Pêches en Mauritanie Accord instituant le conseil des hommes d'affaires maroco-mauritanien Accord dans le domaine de l'information Convention en matière de santé vétérinaire Accord de coopération dans le domaine d'équipement et des travaux publics Accord de coopération dans le domaine administratif Accord de coopération dans le domaine des pêches maritimes Convention de coopération en matière de recherche scientifique et technique entre l'institut National de Recherche Halieutique (Royaume du Maroc) et le Centre National de recherches Océanographiques et des Pêches (Republique Islamique Mauritanienne) Protocole de jumelage entre l'institut Spécialisé des Technologies des Pêches Maritimes à Agadir et l'ecole Nationale de l'enseignement Maritime et des Pêches de Nouadibouh Accord de coopération entre l'office Nationale des Aéroports (Maroc) et la Société des Aéroports Mauritaniens MOZAMBIQUE Accord portant création de la Commission Mixte de Coopération. Accord général de coopération économique, scientifique, technique et culturelle NIGER Accord de coopération économique, technique et scientifique. Accord relatif à la suppression des visas de passeports. Traité d'amitié et de coopération. Accord culturel. Accord portant création d'une grande commission mixte de coopération. Accord commercial. Accord relatif aux transports aériens. Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration publique. Accord de coopération dans le domaine de l'information. Protocole d'entente dans le domaine des affaires sociales. Convention de coopération entre la Chambre de Commerce et d'industrie de Casablanca et la Chambre de Commerce, d'agriculture, d'industrie et de l'artisanat du Niger Protocole d'accord de coopération entre le CMPE et le Centre Nigérien du Commerce Extérieur (CNCE) Accord de coopération dans le domaine du tourisme Accord de coopération dans le domaine de l'environnement Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'eau Protocole d'accord dans le domaine du développement social Accord en matière de promotion et de développement de l'artisanat 76
78 Accord tripartie entre le gouvernement de la République du Niger, le gouvernement du Royaume du Maroc et la FAO pour la mise en oeuvre du Programme Spécial pour la Sécurité Alimentaire (PASSA) au Niger NIGERIA Accord de coopération culturelle scientifique et technique Accord commercial Accord portant création d'une commission mixte de coopération Accord de coopération dans le domaine des pêches maritimes REPUBLIQUE DE CONGO Accord commmercial Accord général de coopération économique, scientifique,culturelle et technique. Protocole d'accord en matière de promotion et de développement de l'artisanat. Protocole relatif à la coopération entre le MAEC du Royaume du Maroc et le MAEC chargé de la Francophonie du Congo Protocole d'accord de coopération dans le domaine de la santé. Protocole de coopération scientifique et technique entre l'institut Pasteur du Maroc et la Cité Louis Pasteur de Brazaville. Convention relative aux évacuations sanitaires, à la formation et à la recherche. REPUBLIQUE DEM. CONGO Convention générale de coopération économique, scientifique, technique et culturelle. Accord commercial. Accord de coopération culturelle, scientifique et technique. Accord relatif aux transports aériens. Accord de coopération maritime Accord de coopération dans le domaine de la fonction publique. RWANDA Accord portant sur la création de la Grande Commission Mixte de coopération Accord général de coopération économique, scientifique, technique et culturelle SAO TOME-ET-PRINCIPE Accord général de coopération économique, scientifique, technique et culturelle SENEGAL Accord relatif à la construction, à l'exploitation et à l'entretien d'un système de télécommunication par cable sous-marin entre le Maroc et le Sénégal. Accord relatif à la construction, à l'exploitation et à l'entretien d'un système de télécommunication par cable sous-marin signé à Abidjan Accord de coopération en matière de personnel. Protocole d'échange culturel pour les années 1981/1982. Protocole additionnel à l'accord commercial. Protocole d'accord cinématographique. Protocole d'accord dans le domaine de la santé publique. Protocole d'échange culturel pour les années 1987,1988 et Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration publique Protocole relatif à la prise en charge des interêts du Sénégal en Mauritanie par l'ambassade du Maroc en Mauritanie. Protocole d'échange dans le domaine de la jeunesse et des sports pour les années 1990 et
79 Accord commercial. Accord culturel Convention d'établissement Accord de coopération en matiére de Tourisme Traité d'amitié et de solidarité Accord de coopération technique et commerciale dans le domaine artisanal. Accord relatif au transport aérien. Convention de coopération judiciaire, d'exécution des jugements et d'extradition Protocole d'échange culturel pour les années 1967/1968. Accord de coopération dans le domaine de l'information. Protocole concernant la réalisation d'un système de télécommunication par câbles sous-marins entre l'europe et l'afrique (Protocole fait entre la République Française, le Royaume du Maroc et la République du Sénégal). Protocole d'échange en matière d'information, d'activités culturelles, de tourisme et d'éducation pour 1969/1970 Protocole de coopération en matière de radio-diffusion et de télévision. Protocole d'échange en matière d'information, d'échanges culturels, d'éducation et du tourisme pour 1970/1971. Protocole de coopération et d'échange en matière commerciale, économique et technique Convention dans le domaine des postes et télécommunications.. Protocole additionnel à l'accord commercial signé le 13 Février Protocole d'échange en matière d'activités culturelles, d'information et de tourisme pour les années 1972/1973 Protocole de coopération économique, technique et culturelle pour les années 73/74. Protocole de coopération technique et culturelle 1974/1975. Protocole additionnel à l'accord commercial signé le 13 Février Protocole d'accord de coopération dans le domaine des affaires sociales. Protocole d'accord en matière de promotion et de développement de l'artisanat. Accord de coopération de coproduction mixte et de l'échange cinématographique. Protocole d'accord de coopération dans le domaine de la formation maritime Protocole d'accord de coopération en matière d'intégration des personnes handicapées Accord en matière de marine marchande Protocole de coopération entre les Ministres des Affaires Etrangères des deux pays Accord de coopération en matière de pêches maritimes. Protocole d'accord entre l'onda et l'apix du Sénégal SOMALIE Accord global de coopération économique, commerciale, technique, éducative, culturelle, sanitaire et en matière d'information. SOUDAN Accord commercial 78
80 Accord commercial et douanier. Convention relative à la marine marchande. Convention de coopération culturelle Accord sur le transport aérien. Accord en matière d information. Accord de coopération entre l'agence (MAP) et l'agence soudanaise de presse Protocole de coopération bilatérale dans le domaine de la jeunesse et des sports Protocole annexe à l'accord commercial et douanier. Protocole de convention de coopération dans le domaine de l'administration. Accord commercial Accord de coopération et de coordination entre les Ministères des Affaires Etrangères du Royaume du Maroc et le Ministère des Relations Extérieures de la République de Soudan Convention de coopération entre l'agence MAP et l'agence soudanaise de presse Accord de coopération entre le Centre Marocain de la Promotion des Exportations et le Ministère du Commerce Extérieur de la République du Soudan Convention relative à l'encouragement et à la protection des investissements Convention dans le domaine de la santé vétérinaire Accord relatif à l'établissement d'un conseil d'affaires maroco-soudanais Convention de Coopération relative à la quarantaine agricole et à la protection des végétaux Convention de Coopération dans le domaine agricole Accord de coopération économique et technique. SWAZILAND Accord général de coopération économique, scientifique, culturel et technique Accord concernant la constitution d'une commission mixte de coopération Protocole de coopération entre les ministères des Affaires Etrangères des deux pays TCHAD Accord cadre de coopération Convention de consolidation Accord portant création de la commission mixte de coopération Accord concernant l'encouragement et la protection réciproques des investissements Convention commerciale et tarifaire Protocole relatif à la coopération entre le MAEC et le Ministère des Affaires Etrangères du Tchad TOGO Accord de coopération économique et technique. Accord de coopération culturelle et scientifique. Protocole d'accord de coopération dans le domaine de l'administration publique 79
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