PROGRAMME SUR LA DESERTIFICATION DANS LA JEFFARA TUNISIENNE : PRATIQUES ET USAGES DES RESSOURCES, TECHNIQUES DE LUTTE ET DEVENIR DES POPULATIONS
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- Eliane Labelle
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2 PROGRAMME SUR LA DESERTIFICATION DANS LA JEFFARA TUNISIENNE : PRATIQUES ET USAGES DES RESSOURCES, TECHNIQUES DE LUTTE ET DEVENIR DES POPULATIONS RURALES IRA-IRD, décembre 2003
3 LA DESERTIFICATION DANS LA JEFFARA TUNISIENNE PRATIQUES ET USAGES DES RESSOURCES, TECHNIQUES DE LUTTE ET DEVENIR DES Coordinateurs scientifiques : POPULATIONS RURALES - SGHAIER Mongi (Agro-économie, IRA) - GENIN Didier (Zoopastoralisme, LPED, UMR IRD-Univ. Provence 151) Equipe de recherche - ABAAB Ali (Socio-économie SERST) - BOUFALGHA Mohamed (CES, CRDA de Médenine) - CLAUDE Jacques (Hydrologie, LPED, UMR IRD-Univ. Provence 151) - FETOUI Mondher ( Agro-économie, IRA) - GAMMOUDI Taoufik (Statistiques, IRA) - GENIN Didier (Zoopastoralisme, LPED, UMR IRD-Univ. Provence 151) - GUILLAUME Henri (Anthropologie, LPED, UMR IRD-Univ. Provence 151) - MAHDHI Naceur (Agro-économie, IRA) - NOURI Habiba (Géographie, LPED, UMR IRD-Univ. Provence 151) - OUESSAR Mohamed (Hydrologie, IRA) - OULED BELGACEM Azaïez (Ecosystèmes, IRA) - PICOUET Michel (Démographie, LPED, UMR IRD-Univ. Provence 151) - ROMAGNY Bruno (Economie des ressources renouvelables, LPED, UMR IRD-Univ. Provence 151) - SGHAIER Mongi (Agro-économie, IRA) - TAAMALLAH Houcine (Pédologie, IRA) - YAHYAOUI Houcine (Hydrologie, CRDA de Médenine) Avec la participation de : - ABDELLI Fethi - ATTIA Wassim - BEL KEHIA Houyem - CIALDELLA Nathalie - DHAOU Hanen - FARHAT Kamel - HAJJI Abdelhamid - HAMROUNI Noureddine - HANAFI Ali - LABIADH Mohamed - MEKRAZI Naciba - NENO Stéphanie - PALLUAULT Sébastien En collaboration avec les CRDA et les Directions des Affaires Foncières de Gabès et de Médenine. Le programme a également bénéficié de fructueux échanges scientifiques avec Hedi BEN OUEZDOU. Le programme Jeffara a été soutenu financièrement par : - le Ministère français des Affaires Étrangères, dans le cadre de l'appel d'offre "Désertification" mis en œuvre par le CSFD - le Secrétariat d'état tunisien à la Recherche Scientifique et à la Technologie.
4 SOMMAIRE Introduction generale... 1 Partie 1 - Concepts et méthodes : diversité d'approches, multiplicité d'échelles et intégration ) Le concept de désertification et son utilisation en Jeffara ) Un élargissement nécessaire vers la notion de développement durable ) Pour une meilleure définition d'outils conceptuels et méthodologiques adaptés à l'étude des relations sociétés rurales - environnement ) Le débat population-environnement ) Interactions dynamiques entre systèmes sociaux et systèmes écologiques ) Le triptyque "ressources-pratiques-stratégies des acteurs" comme ossature conceptuelle d analyse ) Approche de recherche, organisation de l équipe et méthodes utilisées ) Approche méthodologique ) Structuration de la recherche ) Organisation de l équipe de recherche ) Les méthodes utilisées Partie 2 - Environnement et société dans la Jeffara : un état des lieux ) Contexte biophysique et état des ressources ) Un environnement typiquement aride (analyse climatique) ) Eau : une ressource rare et convoitée ) Une diversité pédo-géomorphologique importante ) Les formations végétales ) Des systèmes agro-pastoraux traditionnels aux dynamiques socio-économiques contemporaines ) L'ancienneté de l'empreinte humaine et les systèmes de production traditionnels ) Les politiques sectorielles de l'état : continuité et changement d'échelle ) Les dynamiques socio-démographiques récentes et actuelles ) La place de l'agriculture et du secteur extra-agricole dans les activités actuelles des ménages... 59
5 Partie 3 - Les interactions entre stratégies des acteurs, usages des ressources et dynamiques environnementales ) Mutations des systèmes de production agro-pastoraux et dynamiques des milieux et des ressources ) Dynamiques d'occupation spatiale et usages du milieu ) Une diversité et une complexité accrues des systèmes de production agropastoraux : de nouvelles contraintes, de nouvelles opportunités? ) Vers une saturation des espaces locaux : l'ouverture de nouveaux fronts de colonisation agricole ) Des situations de déprise agricole ) Quelques traits dominants des mutations en cours ) Les enjeux et les principales formes de concurrence autour des ressources en eau ) Les aménagements de CES perturbent-ils la répartition des eaux de surface entre l'amont et l'aval? ) La priorité accordée à l'alimentation en eau potable ) L'expansion de l'irrigué : une pression accrue sur les ressources ) L'impact des usages de l'eau sur les ressources Partie 4 - Aménagement et techniques de lutte contre la désertification ) Introduction ) Inventaire, description et réalisations ) Techniques de CES ) Aménagements de lutte contre l'ensablement et d'amélioration pastorale ) Analyse ) Les aménagements CES ) Travaux de lutte contre l'ensablement et d'amélioration pastorale Partie 5 - Devenir des populations rurales et perspectives d'action ) Une reconfiguration de la place des familles rurales et de l'agriculture dans le panorama régional et le champ des concurrences sur les ressources naturelles ) Quels constats sur les trajectoires d'évolution des systèmes de production agricole? ) Quelle place des acteurs ruraux dans les formes de compétition autour des ressources naturelles? ) Une série d'enjeux pour la région
6 5.3) Quelques réflexions prospectives pour la viabilité des systèmes agro-pastoraux et le développement local ) Des actions et réorientations pour l'agriculture et l'élevage ) Des précautions à prendre dans le contexte de la généralisation de l'alimentation en eau potable des zones rurales ) Des stratégies d'innovation rurale ) Un impératif : des soutiens aux initiatives pour la création d'emplois ) L'approfondissement des modes d'action concertés pour la gestion des ressources et le développement local Bibliographie
7 REMERCIEMENTS Nous tenons à remercier tout particulièrement pour le soutien qu'ils ont apporté à la mise en œuvre du programme : - M. H. KHATTELI, Directeur Général de l'ira - M. J. CLAUDE, ancien Représentant de l'ird en Tunisie - M. A. CORNET, Représentant de l'ird en Tunisie, ancien président du CSFD - M. A. ABAAB, sous-directeur de la prospective et de l'évaluation au SERST - M. M. BIED-CHARRETON, président du CSFD ainsi que, - M. Mounir MGHARRECH, Commissaire Régional au Développement Agricole de Gabès - M. Bahri KHLIL, Commissaire Régional au Développement Agricole de Médenine - Mohamed BEN SASSI, Mohamed Ali BEN ABED, Abdelmajid ELMOKH et Mohamed LATRACH, et tout le personnel technique, administratif et financier de l IRA. - Mme A.M. OUERTANI, et tout le personnel technique, administratif et financier de la Mission IRD, Tunis. Enfin, l équipe de recherche remercie très chaleureusement les divers responsables territoriaux, en particulier les chefs d imadats, et bien sûr l ensemble des familles rurales qui ont été sollicitées et qui, grâce à leur disponibilité et la qualité de leur accueil sur le terrain, ont rendu possible la bonne réalisation de ce programme.
8 INTRODUCTION GENERALE Genèse du programme et idées fédératives La genèse de ce programme de recherche provient d'une collaboration ancienne et continue entre l'institut des régions arides (IRA) de Médenine et l'institut de recherche pour le développement (IRD) sur les thèmes, d'une part, de la caractérisation des dynamiques et des usages des ressources naturelles en milieux arides, et, d'autre part, des relations entre populations et environnement dans les zones rurales tunisiennes. Les différentes équipes impliquées dans les programmes de recherche antérieurs ont accumulé un corpus important de connaissances et mis au point ou validé des méthodes d'analyses adaptées à l'étude des interactions entre des sociétés rurales à forts référents culturels et des milieux arides, souvent fragiles et soumis à des pressions anthropiques croissantes (indicateurs d'interface, enquêtes socio-économiques, agricoles et de perception, utilisation appliquée de la télédétection, spatialisation des données de population et écologiques, mise en évidence de la complémentarité d'approches statistiques et d'approches plus fonctionnelles, etc.). Les conceptions sous-jacentes du programme Jeffara reprennent cette expérience et pourraient se résumer de manière très globale comme suit : Ne pas aborder le thème de la désertification sous le seul angle classique d'impacts des activités humaines sur l'intégrité des ressources naturelles, mais plutôt en termes d'interactions société-environnement et de dynamiques d'activités humaines comme formes d'adaptations/réponses des sociétés aux changements écologiques et socio-économiques que l'on retrouve d'ailleurs sous différentes formes dans la plupart des régions du monde. Une nécessaire pluridisciplinarité qui doit dépasser une "multidisciplinarité de proximité" (Claude et al., 1991), pour favoriser les échanges et la promotion d'expériences communes. Ceci implique la recherche d'un espace macro-méthodologique opérationnel, qui permette de dépasser les clivages disciplinaires et favoriser le dialogue à la fois entre chercheurs et avec des opérateurs du développement (Commissariat régional du développement agricole des gouvernorats de Médenine et Gabès), lesquels ont été directement impliqués dans la conception et le déroulement du programme de recherche. Un terrain commun, suffisamment représentatif de la problématique de la désertification dans les régions arides au Maghreb, mais dont la taille soit "gérable" par une équipe de recherche sur un temps limité. Une étude de cas circonscrite mais représentative des dynamiques actuelles des zones arides du Nord du Sahara Le cas du Nord-Ouest de la Jeffara, région du Sud-Est de la Tunisie, nous a paru propice pour aborder le thème de la désertification dans le cadre d'une problématique alternative qui prenne en compte les formes complexes et variées des relations société-environnement. En effet, cette région affiche des caractères nettement pré-désertiques et la pression croissante exercée 1
9 sur ses ressources fragiles et à faible résilience accentue le risque de désertification. Elle est très diversifiée et plusieurs types de paysages s'y étagent depuis les reliefs de calcaires de la chaîne des Matmata jusqu'aux dépressions quaternaires du littoral et de la presqu'île de Jorf, en passant par les piémonts et glacis où prédominent les lœss et limons sensibles à l'érosion. Sur le plan climatique, la zone d'étude se trouve dans l'aire isoclimatique méditerranéenne (à pluie hivernale et été sec). Son climat, aride à saharien, se caractérise par une pluviométrie annuelle faible (entre 100 et 200 mm), irrégulière et sporadique (le coefficient de variation dépasse 50 %), et par un bilan climatique déficitaire pour tous les mois de l'année. Les ressources en eau, relativement limitées et en majorité non renouvelables, se présentent sous deux formes : d'une part, les eaux superficielles de pluie et de ruissellement captées par des ouvrages traditionnels à des fins agricoles (cultures en jessour) et domestiques ou par des aménagements modernes de conservation des eaux et des sols (CES) servant parfois à la recharge des nappes (bassin versant de Zeuss-Koutine), et d'autre part, les eaux souterraines (nappes phréatiques et surtout profondes), dont l'exploitation et les usages sont soumis à des concurrences entre différents secteurs de l'économie régionale (eau potable, tourisme, agriculture, industrie). La zone d'étude retenue (située entre et de latitude nord, et entre et de longitude est) s'inscrit dans un quadrilatère passant par Mareth, Toujane, Médenine et Jorf ; elle comporte trois principaux sous-bassins versants (oueds Zigzaou, Zeuss, Oum Jessar et une partie de l'oued Morra) totalisant une superficie d'environ hectares. Les systèmes de production traditionnels de la zone combinaient une concentration des moyens de production sur des surfaces limitées et l'exploitation extensive de ressources pastorales dispersées. Au cours des quarante dernières années, on a assisté à des évolutions marquées et rapides de ces systèmes de production et d'exploitation des ressources naturelles et tout particulièrement à une exploitation accrue des eaux souterraines par forages tant pour l'extension des cultures irriguées et de l'arboriculture que pour les secteurs touristique et agro-alimentaire. Dans ce contexte, la complémentarité spatiale des systèmes agraires a disparu pour faire place à des systèmes de production différenciés dont la dynamique s'exprime par une compétition pour l'accès aux ressources naturelles et surtout à l'eau. D'importants travaux d'aménagement et de CES comme sur le bassin versant de l'oued Zeus- Koutine ont été réalisés, dont les effets immédiats sont visibles mais dont l'efficacité sur le court et long terme n'a pas encore été clairement évaluée. Ces interventions de l'état se font au moyen de gros projets qui peuvent difficilement prendre en compte la différenciation des systèmes occupant les espaces traités. Cette région a de plus été de tous temps un carrefour de mouvements humains et d'échanges importants. On citera par exemple, dans l'histoire récente, l'épisode de migration temporaire vers la Libye dans les années , ou encore le fort développement touristique de l'île de Jerba voisine qui constitue à la fois, un réservoir d'opportunités d'activités pour les habitants de la Jeffara, mais aussi qui participe à l'accentuation de la pression sur les ressources, notamment pour l'approvisionnement en eau. Enfin, l'état tunisien mène depuis plusieurs décennies une politique active, à la fois sur le plan de la protection de l'environnement et de lutte contre la désertification, et sur le plan du développement rural, qui se traduit par la mise en place active d'aménagements de CES et "forestiers", d'infrastructures en milieu rural (électrification, adduction d'eau potable, routes, écoles, etc.) et d'actions variées de promotion agricole. 2
10 Zone d'étude N Localisation de la zone d étude du programme Jeffara 3
11 Les objectifs du programme et sa mise en oeuvre Les objectifs généraux du projet Jeffara ont été au départ clairement formulés ; il s'agissait : d'une part, d'étudier dans un contexte de désertification le problème de l'accès et la gestion des ressources naturelles dans un bassin versant compartimenté de l'amont à l'aval en paysages agricoles segmentés, en considérant l'eau comme vecteur privilégié des évolutions agricoles, économiques et environnementales ; d'autre part, à partir d'une évaluation de l'efficacité des techniques d'aménagement du milieu non plus seulement par leurs performances techniques mais aussi par leurs capacités à s'adapter à l'évolution des pratiques des acteurs, de proposer des éléments d'aide à la décision pour la mise en œuvre d'aménagements et d'actions de lutte contre la désertification basés sur l'intégration des stratégies des différents acteurs et sur leurs capacités de régulation. Pour cela, un certain nombre d'orientations de recherche ont été définies : 1) Identifier les interactions entre l'évolution des modes d'utilisation des ressources, des systèmes de production et des régimes fonciers. 2) Mettre en relation les potentialités existantes de la ressource en eau et les formes d'affectation de cette ressource à différentes échelles de besoins et d'intervention. 3) Évaluer et valider des techniques actuelles de conservation des eaux et des sols et de lutte contre la désertification dans le bassin versant de Zeuss-Koutine. 4) Élaborer, en termes prospectifs, des hypothèses sur les évolutions des ressources et le devenir des populations rurales. 5) Élaborer des scénarios d'aménagements localisés recherchant l'articulation entre les actions globales (politiques de préservation, priorités économiques et sociales, etc.) et les stratégies des acteurs locaux. Une structuration en équipes thématiques a été mise en place dans un souci d'opérationnaliser les activités de recherche pour la collecte de données relevant de différentes disciplines. Comme dans tout programme de recherche, cette structuration a subi des aménagements en fonction du déroulement des activités de recherche et l'émergence de nouvelles questions ou la remise en cause d'autres. Nous y reviendrons brièvement dans la première partie du présent rapport. D'autre part, certains objectifs initiaux n'ont pu être tenus, faute de temps ou du fait de formalisations insuffisantes des informations collectées. Mais quoi qu'il en soit, un travail d'intégration et de synthèse est apparu dès le départ nécessaire. Il s'est opéré principalement par une mise en commun des connaissances sur une base de données spatialisées et la réalisation d'un SIG et par une déconstruction reconstruction des thèmes abordés par les différentes équipes pour proposer ce rapport de synthèse qui se veut être plus qu'un résumé des différentes activités réalisées dans le cadre de ce programme de recherche mais une relecture des différentes approches développées pour tenter d'apporter des 4
12 éléments de réflexion appliqués en vue d'un développement durable de cette région qui allie la préservation d'un environnement fragile et la légitime aspiration des populations rurales au développement. Cet exercice est ambitieux, complexe, difficile à mettre en œuvre surtout dans le temps imparti (trois années de recherches) et risqué car il n'existe pas de solution toute faite et généralement applicable indépendamment des contraintes et des particularismes locaux. Cependant, il a pour vocation de participer, avec d'autres, à orienter des stratégies de développement et de fournir des données pour les rendre compatibles avec les capacités de production des milieux et les évolutions des sociétés en présence. Structure du rapport de synthèse Ce rapport de synthèse 1 est structuré en cinq parties, pour chacune desquelles les membres du collectif de recherche ont apporté leur expérience, leur expertise ou encore leurs critiques : La première partie a pour ambition de situer cette étude dans le contexte de la problématique de la désertification, d'en argumenter un élargissement de ses contours et de donner une vision globale des activités réalisées et des grands traits des méthodologies employées. La deuxième partie propose une mise en situation de la Jeffara à la fois sur le plan biophysique et en ce qui concerne les dynamiques des sociétés et de leurs activités, dans le cadre d'un encadrement très actif de l'état par l'intermédiaire de ses politiques régionales sectorielles. Il ne s'agit pas d'une monographie descriptive de la Jeffara, mais bien de présenter les interactions qui participent aux dynamiques actuelles. Pour cela un recours à l'histoire et aux trajectoires d'évolution des sociétés et des milieux est alors nécessaire. Dans la troisième partie l'accent est mis sur les interactions entre les stratégies des acteurs, les usages des ressources et les dynamiques environnementales, en particulier en ce qui concerne les dynamiques d'usages de l'espace et des territoires par des systèmes agraires en pleine mutation et en ce qui concerne les enjeux et concurrences multisectoriels des usages des ressources en eau. La quatrième partie vise à effectuer un inventaire et une analyse critique des techniques de lutte contre la désertification mises en œuvre en Jeffara Enfin dans la cinquième partie, un essai prospectif est proposé sur le devenir des populations rurales de cette zone, d'une part en mettant l'accent sur la complexité des situations et l'émergence de nouvelles opportunités et contraintes, et d'autre part, en militant, par l'exploration de quelques voies d'actions pour améliorer la viabilité des systèmes socioéconomiques et productifs locaux en présence, pour une meilleure prise en compte des populations locales dans l'élaboration de politiques régionales de développement durable. 1 Les lecteurs désirant des précisions sur les méthodologies utilisées et les analyses développées au sein de chaque équipe pourront se reporter aux quatre rapports thématiques qui, en près de 700 pages, détaillent les actions de recherche. 5
13 PARTIE 1 - CONCEPTS ET METHODES : DIVERSITE D'APPROCHES, MULTIPLICITE D'ECHELLES ET INTEGRATION 2 1.1) Le concept de désertification et son utilisation en Jeffara Un des éléments frappants lorsque l'on traverse la Jeffara est l'emprise humaine sur un milieu aride qui montre des signes de contraintes édapho-climatiques évidents : des pluies rares (en moyenne entre 20 et 30 jours/an, des espaces très ouverts parsemés d'une végétation éparse et rabougrie, des éléments physiques en mouvement (vents de sable, dunes mobiles). Pourtant, la dynamique de l'habitat et les champs d'oliviers, qui tendent à envahir l'espace, coupent cette sensation de zone pré-désertique, même si leur densité et parfois leur état, viennent nuancer cette impression de mise en valeur généralisée. Dans les zones de montagne, des aménagements en jessour 3 remontent à une époque ancienne et indiquent la permanence et l'ingéniosité des populations humaines locales pour se développer dans ces zones à fortes contraintes. D'un autre coté, les scientifiques ont dès le début des années 1960 alerté de phénomènes de désertification intense, rapide et généralisée dans tout le sud tunisien et des signes évidents (mouvements de sable par exemple) confortent cette assertion. Le terme de désertification est largement employé dans différents milieux (scientifique, développement, décideurs) pour caractériser la Jeffara (Khatteli, 1981 ; Floret et Pontanier, 1982 ; Talbi, 1997). Cette notion constitue la base première de référence pour expliquer, là la faiblesse du recouvrement de la végétation, ou là encore les faibles productivités dans le domaine agro-pastoral. Tant et si bien que l'on peut parfois se demander si certains discours n'évacuent pas complètement le fait qu'il s'agit d'une région située dans un environnement naturellement très contraignant écologiquement. Il s'agit donc de préciser ce que l'on entend par désertification. Demeuré longtemps sujet de controverse et d'ambiguïté au sein de la communauté internationale, le concept de désertification a été finalement défini par la Convention des Nations Unies sur la Lutte Contre la Désertification (UNCCD) comme la définition classique et admise internationalement de la désertification correspond à "la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides ou sub-humides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines". Elle constitue une base intéressante pour caractériser des phénomènes de détérioration des couverts végétaux, des sols et des ressources en eau. Ceci implique cependant d'avoir des informations fiables permettant de caractériser les dynamiques des ressources naturelles sur des pas de temps significatifs pour ces ressources. Les variations climatiques y occupent une place importante car elles sont à la fois cause et conséquence de la désertification (Koohafkan, 1996). Cette définition met aussi explicitement l'accent sur les activités humaines, qu'il y a lieu donc de caractériser et de comprendre, à la fois dans leurs modalités (les pratiques au sens large), mais aussi dans les significations et les projets dont elles sont porteuses. En ce sens, la désertification ne peut plus être dissociée de phénomènes plus globaux tels que le développement rural, le développement local, la gestion durable des ressources naturelles et l'environnement économique. 2 Partie rédigée par D. Genin et M. Sghaier 3 Jessour : cf. la partie 4 pour la présentation de ces techniques 6
14 Le croisement entre dynamiques des ressources naturelles et usages de celles-ci constitue alors une grille fondamentale d analyse des processus et des opportunités d'action sur le thème de la lutte contre la désertification, comme mentionné dans les termes de référence de l'appel d'offre du CSFD de privilégier "l'étude des conséquences de l'utilisation, par les populations rurales, des ressources naturelles de leur milieu, sur leur dégradation mais aussi l'étude des pratiques, techniques et sociales, des usagers de ces ressources permettant une restauration et une gestion durable de celles-ci". 1.2) Un élargissement nécessaire vers la notion de développement durable Mais la problématique de la désertification dépasse les caractérisations des impacts de facteurs limitants ou perturbants sur les dynamiques des ressources naturelles et la recherche de techniques d'usage plus écologiques, pour aborder les formes dont les hommes organisent leurs systèmes socio-économiques et productifs, à la fois localement et à une échelle plus globale (Imeson, 1997). On rejoint ainsi la notion de développement durable, désormais incontournable dans la plupart des discours qui associent environnement et développement (Martin, 2002) ; et aujourd'hui le discours ne se traduit plus seulement en terme de combattre la désertification, mais d'améliorer la gestion des ressources naturelles et de créer les conditions d'un développement durable (Cornet, 2002). Ceci nous amène à s'interroger sur la manière d'organiser la maîtrise des évolutions et des interactions complexes entre l'homme, à travers ses activités productives, et les ressources naturelles limitées (Delaye, 2002). Comme le soulignait déjà Long (1989), il n'y aura pas de solutions aux problèmes de l'environnement et de conservation des ressources sans une réflexion constructive et intégrée sur le développement des populations concernées. En particulier, ceci suppose de mieux appréhender la diversité des acteurs et les stratégies familiales et collectives développées en milieu rural, les modes d'appropriation ainsi que les processus de décision qui conditionnent la mise en œuvre d'une gestion durable des ressources naturelles (Weber et Revéret, 1994). En effet, ces considérations nouvelles ont permis des évolutions perceptibles dans la hiérarchisation des enjeux de développement qui a progressé de l'économique à l'environnemental et puis au social (Weber, 2002). Mais malgré la quantité et la qualité des travaux de recherche sur la dégradation des régions arides et semi-arides, les diagnostics actuels tendent à déplorer la rareté des travaux portant sur les liens dynamiques existant entre les tendances de la désertification et les trajectoires et modalités de vie et d'activités des populations. Ceci provient, à notre sens, en premier lieu du fait que les outils conceptuels, méthodologiques et opérationnels sont insuffisamment formalisés 4. 4 On notera toutefois que cette problématique a mobilisé à partir des années 1980 des groupes de réflexion féconds, comme le Programme PIREN du CNRS (Jollivet, 1992) en France, ou d'autres groupes en Europe (CABO au Pays-Bas, Université de Lund en Suède, etc.). 7
15 1.3) Pour une meilleure définition d'outils conceptuels et méthodologiques adaptés à l'étude des relations sociétés rurales - environnement 1.3.1) Le débat population-environnement Le thème des évolutions croisées entre les populations humaines et les milieux dans lesquels elles vivent, ainsi que le nécessaire rapprochement des notions de conservation des ressources et de développement des sociétés, font l'objet de nombreux débats au sein de la communauté scientifique et des instances internationales depuis une trentaine d'années. Cependant, de la Conférence de Stockholm en 1972 au Sommet de la Terre de Rio en 1992 et jusqu'à Johannesburg (2002), le discours écologique en termes de population n'a pas beaucoup évolué, il reste d'essence malthusienne. Le schéma liant "croissance démographique, augmentation de la pauvreté et dégradation de l'environnement" a été et est souvent encore le paradigme sous-jacent des travaux sur la question. La dégradation des milieux résulterait ainsi d'une pression sans cesse accrue sur les ressources par des populations en croissance exponentielle et paupérisées, et de pratiques agropastorales traditionnelles inappropriées. Les termes ultimes de cette évolution, parfois observés dramatiquement sur le terrain, peuvent être la désertification, l'exode rural et la dépopulation. Mais un discours alternatif émerge depuis ces dernières décennies. Il tend à démontrer que les relations entre population et environnement ne peuvent être analysées de manière univoque et prennent des formes plus complexes et variées que la simple relation surpopulationdégradation. Cette réflexion est alimentée par des séries d'observations qui mettent en avant deux notions essentielles : Plus que l'évolution des peuplements (croissance ou décroissance démographique), la transformation des besoins, l émergence de nouvelles stratégies familiales et sociales, le désenclavement des campagnes, peuvent être des causes majeures d une exploitation accrue des ressources (Picouët 1993, Morvaridi 1998). La fragilité environnementale ne peut pas être définie en elle-même mais est relative aux formes d'exploitation des ressources naturelles. Il existe d'ailleurs des stratégies humaines d'exploitation favorables à la préservation (ou même à la réhabilitation) de l'environnement (Smadja 1995, Mathieu 1998, Perevolotsky et Seligman 1998). Elle est de plus liée à d'autres facteurs non anthropiques comme le climat insuffisamment renseignés (Tucker et al, 1991). L'influence de facteurs extérieurs comme les politiques nationales et internationales peut dans certains cas provoquer des bouleversements radicaux dans les formes d'appréhender et d'utiliser des environnements particuliers, qui peuvent parfois entraîner des déséquilibres profonds à la fois en terme environnemental et socio-économique (El-Shorbagy, 1998) ) Interactions dynamiques entre systèmes sociaux et systèmes écologiques Dans une perspective historique, les sociétés traditionnelles ont dans bien des cas développé des mécanismes originaux pour faire face aux contraintes particulières de leurs milieux, pour les valoriser et pour faire face au problème de désertification. Dans le sud tunisien par exemple, les sociétés étaient dans le passé beaucoup plus mobiles, en liaison avec une activité dominante d'élevage transhumant, et des modes d'accès diversifiés à des ressources et des espaces complémentaires. D'autres techniques ont été développées de manière endogène, comme les jessour que l'on peut considérer comme de véritables ouvrages de collecte des eaux de surface et de concentration de fertilité permettant la culture en sec de céréales dans 8
16 des régions où les précipitations se situent entre 100 et 200 mm/an. D'un autre côté, des signes anciens de dégradation anthropique de certains milieux sont visibles dans le paysage, ainsi que des impacts sur les ressources naturelles qui se situent dans des intervalles historiques parfois très précis ou plus diffus sur des pas de temps longs. Aujourd'hui des processus similaires sont en cours sur des bases culturelles anciennes et renouvelées par des apports exogènes accrus et l'apparition de nouvelles contraintes et opportunités. Néanmoins, les sociétés rurales actuelles, leurs activités et les milieux contemporains sont le résultat, en partie tout du moins, d une co-évolution qu il y a lieu de comprendre pour dégager des éléments pertinents d évaluation de la situation, identifier des seuils de rupture et envisager des trajectoires futures. Il s'agit donc "de rechercher comment les dynamiques sociales (pratiques familiales, culturelles, économiques) interfèrent sur les attributs vitaux (paramètres de structures ou de fonctionnement) des systèmes écologiques et inversement comment ceux-ci peuvent déterminer des changements sociaux et productifs" (Cornet, 1998). Si ces idées commencent à se généraliser au sein de la communauté scientifique et du champ du développement, leur traduction sur le terrain à partir d expériences concrètes est rare. Nous en citerons deux qui nous paraissent exemplaires et novatrices : Les travaux de Maud Loireau (1998), avec la collaboration de J.M. D'Herbès, sur la spatialisation des interactions dynamiques entre les systèmes sociaux et les systèmes écologiques au Sahel nigérien. La méthodologie proposée est de lire les paysages selon deux plans d informations spatiales : l'un rendant compte du fonctionnement des sociétés rurales à travers la spatialisation des pratiques d'usage du milieu (unités de pratiques homogènes), l'autre rendant compte du fonctionnement des systèmes écologiques à travers la spatialisation des différents facteurs biophysiques déterminant un niveau de production de ressources (unités paysagères). Le couplage de ces deux plans d informations spatiales détermine des unités spatiales de référence sur lesquelles on peut interpréter la part des facteurs socio-économiques et biophysiques, établir des bilans spatialisés entre les ressources et les usages, et rendre compte d'un bilan multi-usages. Le programme DYPEN (Dynamiques des Populations et Environnement en Tunisie rurale), qui a permis la conception d outils et d indicateurs spécifiques à l'interface population-environnement permettant de définir des typologies-ménagesenvironnement (TME) et la conception d'observatoires population-environnement basés sur la prise en compte de la durée et des trajectoires des systèmes écologiques et sociaux, l'articulation de différents niveaux d'échelle dans l'espace, la définition de modules thématiques d'interface et l intégration des informations dans des bases de données spatialisées et interactives. Il en ressort deux éléments fondamentaux : la prise en compte d'échelles spatio-temporelles d'analyse emboîtées, la définition d'un champ d interactions pertinent entre univers social et environnemental aux différentes échelles considérées. En ce sens, trois thèmes d'interface apparaissent particulièrement pertinents à prendre en compte : les ressources, les pratiques et les stratégies des acteurs. 9
17 1.3.3) Le triptyque "ressources-pratiques-stratégies des acteurs" comme ossature conceptuelle d analyse Le triptyque "ressources pratiques stratégies des acteurs" pourrait constituer une ossature conceptuelle des interactions dynamiques entre sociétés rurales et environnement de par les natures justement multidimensionnelles des concepts impliqués, leur pertinence à différents niveaux d'échelle et leur caractère dynamique (Genin et Elloumi, sous presse). En effet, les ressources ne se conçoivent que par rapport à leur perception par l homme comme source de richesse et d'usages ; elles sont le plus souvent localisées dans l'espace et dans le temps et présentent des dynamiques plus ou moins marquées selon leur nature et les usages auxquels elles sont soumises. Les pratiques sont dirigées directement sur les ressources ou sur des "objets" mobilisant des ressources (le troupeau, l appareil de production, etc.) ; elles résultent d une construction longue et complexe et sans cesse en renouvellement élaborée par les populations locales et largement influencées par des structures plus englobantes (associations locales, encadrements administratifs, politiques régionales, nationales et internationales) ; les pratiques se situent aussi dans un cadre spatio-temporel bien défini et ont des conséquences sur les états futurs des milieux et des ressources. Elles peuvent ainsi s étudier à la fois en terme de modalités, d effectivité et d efficience (Landais, 1992). Les stratégies, quant à elles, reflètent des objectifs ou des projets ; elles correspondent plus à une construction abstraite de la dimension idéelle et décisionnelle des activités humaines, peu ou pas mesurable concrètement, mais qui peut se révéler fort utile pour appréhender les motivations qui soustendent les pratiques. Dans certains cas, comme pour l élaboration de politiques et leur mise en œuvre, les stratégies sont formulées de manière explicite. Ces trois notions pourraient constituer une grille d analyse opérationnelle pour les trois questions, finalement assez génériques, suivantes : Comment intégrer l exigence de durabilité des ressources (eau, sol, végétation) dans les problématiques sociales et environnementales locales dominantes, comme par exemple : appropriation des terres et désertification, pratiques d élevage et ressources pastorales, emprise ou déprise agricole et érosion des sols, intensification agricole et ressources en eau... Quels sont les processus de transformation et les modes de réponse des populations en termes d adaptations sociales (régulation des usages, migrations, comportements reproductifs, systèmes familiaux et sociaux, pluriactivité, etc.) et productives (techniques culturales, intensification ou extensification, innovations) face aux changements écologiques et socio-économiques? Quelles sont les marges d évolution possibles de ces sociétés rurales en tenant compte à la fois du potentiel actuel du milieu, de ses dynamiques prévisibles et des besoins sociaux et économiques des différents acteurs au niveau local et ce, dans des contextes de changements démographiques et de critères de vie importants? Ces trois questions ont, peut-être plus que la problématique stricte de la désertification, été à la genèse des activités de recherche réalisées dans le cadre de ce programme. 10
18 1.4) Approche de recherche, organisation de l équipe et méthodes utilisées 1.4.1) Approche méthodologique La complexité des questionnements scientifiques soulevés par le programme de recherche a imposé le recours à une approche de recherche pluridisciplinaire. Cette approche s'appuie sur la convergence de compétences de champs disciplinaires complémentaires couvrant les sciences sociales et les sciences physiques et biologiques autour d'une problématique et des objectifs communs. Traitant d'une problématique focalisée sur la gestion et l'usage des ressources dans un contexte de rareté et de vulnérabilité de milieu naturel, l approche a bénéficié de l expérience de projets réalisés en Tunisie et traitant de questionnements similaires liés à l'analyse des changements et des évolutions de la relation homme-milieu naturel tels que DYPEN, CAMELEO et ROSELT. Orientée vers la recherche-développement, l'approche est également partenariale, en ce sens qu'elle a associé une équipe pluridisciplinaire de chercheurs à des partenaires du développement : le CRDA de Gabès et le CRDA de Médenine. Ce partenariat recherchedéveloppement a permis, en aval de développer les réflexions, les hypothèses et les méthodologies en concertation avec les partenaires du développement et en amont d entreprendre conjointement les travaux de terrain, d'accompagner l'approche par des évaluations et de contribuer à l élaboration et à la validation des résultats. L'organisation en axes thématiques est dictée par la nécessité d approfondir certaines thématiques privilégiées de la recherche et de recueillir des données jusque là inexistantes suivant une approche analytique qui est combinée à une approche intégrative ex-post. Le bien-fondé de cette démarche est de pouvoir naviguer entre ces deux approches afin de pouvoir rendre plus opérationnelles les compétences disponibles. L'approche est également synchrone et diachrone, en ce sens qu elle combine des analyses décrivant la situation actuelle à des analyses des évolutions croisées et des interactions entre les dynamiques environnementales et les dynamiques socio-démographiques. L'approche est aussi multi-spatiale, en ce sens qu elle combine des échelles spatiales emboîtées jugées pertinentes par rapport aux questionnements scientifiques soulevés. C est ainsi que plusieurs échelles ont été appréhendées : échelle régionale ; échelle de la zone d étude ; échelle qui découpe la zone d étude en compartiments suivant les critères retenus (compartiments géomorphologiques : amont, piémont, aval, compartiments en sous zones, compartiments en sous-bassins versants ou en systèmes écologiques) 5 ; 5 Un zonage géomorphologique de la zone d'étude, élaboré avec les conseils de H. Ben Ouezdou, sert notamment de cadre à de nombreuses analyses conduites dans le programme concernant les dynamiques d'occupation du milieu et d'usages des ressources. Ce zonage distingue cinq grands faciès de l'amont à l'aval : la montagne, les piémonts, la plaine centrale, les collines et la plaine littorale (zones auxquelles il faut ajouter pour certains travaux le plateau du dhahar). 11
19 échelle micro : des micro-bassins versants ou des micro zones ; échelles de l exploitation agricole et de la parcelle ) Structuration de la recherche L'approche méthodologique globale appliquée reprend en général le schéma initialement prévue par l'équipe du projet (organigramme 1) à savoir : - la constitution d'une base de connaissances sur la thématique de recherche et la zone d'étude ; - la mise en œuvre d'investigations et travaux de terrain suivant les thèmes retenus ; - l'analyse et l'interprétation des résultats par thème et par action de recherche. Et puis simultanément et d'une manière interactive : - la mise en place d'une base de données spatialisées qui rassemble les informations de toute nature et les résultats obtenus ; - l'élaboration des rapports scientifiques thématiques ; - l'organisation de réunions d échanges régulières. Enfin, l'équipe s est impliquée dans un essai de synthèse débouchant sur : - l'élaboration d'un rapport scientifique de synthèse visant à apporter des orientations sur les conditions de viabilité des ménages ruraux et sur les actions de lutte contre la désertification. - la mise en place d'un SIG pouvant répondre à différentes requêtes formulées par les partenaires scientifiques et du développement dans une perspective d'aide à la décision ) Organisation de l équipe de recherche La démarche méthodologique générale a été structurée en quatre axes thématiques. Cette organisation a subi certains aménagements 6 pour des raisons d'opérationnalité et de cohérence thématique (cf. l'organigramme 2). 6 La structuration initiale des axes thématiques et équipes était la suivante : Thème I : Ressources : potentialités, usages et impacts des changements, Thème 2 : Stratégies des acteurs dans un contexte de compétition pour l accès aux ressources, Thème 3: Adaptations des populations en termes de réponse aux changements démoenvironnementaux : systèmes de production; stratégies familiales, régimes fonciers, revenus des populations usagères, et Thème 4 : Evaluation et validation des techniques de conservation des eaux et des sols et de lutte contre la désertification. 12
20 Ainsi, les ressources pastorales, traitées sous l'angle des relations dynamiques entre les milieux et les usages agro-pastoraux ont constitué un axe thématique à part entière. Les ressources en eau et en sols (qui constituaient un sous thème du thème 1 avec les ressources pastorales) et l'évaluation des techniques actuelles de lutte contre la désertification (qui constituait initialement le thème 4) ont été combinées en un seul axe thématique commun (actuellement thème 4). Le thème 2 a été reformulé pour mieux montrer la démarche retenue, qui est partie d'une analyse historique des dynamiques socio-économiques ainsi que d'occupation territoriale et d'usages des ressources naturelles renouvelables pour aborder la question des formes actuelles de compétition autour de ces dernières. Il en est de même pour le thème 3 afin de mettre en exergue les aspects de structures démographiques, d'activités socio-économiques des ménages et d'évolutions foncières. 13
21 Inventaire Constitution d'une base de connaissance à partir des sources disponibles Sur le terrain Observations spécifiques de l étude Thème 1 : Ressources pastora les et dynamiques des usages agropastoraux Thème 2 : Sociétés, dynamiques territoriales et compétition sur les ressources naturelles Thème 3 : Structures démographiques, activités socioéconomiques des ménages et évolutions foncières Thème 4 : Ressources en eau et en sols et évaluation des techniques actuelles de lutte contre la désertification Analyses et interprétations Base de données spatialisée Résultats thématiques Rapports thématiques Réunions d échanges régulières Intégration et synthèse des résultats : RAPPORT SCIENTIFIQUE DE SYNTHESE SIG : Outil d aide à la décision d actions Orientations en matière d aide à la décision de politiques de lutte contre la désertification et de développement rural ORGANIGRAMME 1 : DEMARCHE METHODOLOGIQUE GLOBALE APPLIQUEE 14
22 ORGANIGRAMME 2 : ORGANISATION DE LA RECHERCHE DANS LE CADRE DU PROGRAMME JEFFARA Thème 1 : Thème 2 : Thème 3 : Thème 4 : Ressources pastorales et dynamiques d usages agropastoraux Sociétés, dynamiques territoriales et compétition sur les ressources naturelles Structures démographiques, activités socio-économiques des ménages et évolutions foncières Ressources en eau et en sols et évaluation des techniques actuelles de lutte contre la désertification Coordinateur : D. GENIN Coordinateur : H. GUILLAUME Coordinateurs : M. SGHAIER/ M. PICOUET Coordinateurs : M. OUESSAR/ H. TAMALLAH D. Genin A. Ouled Belgacem A. Hanafi N. Cialdella W. Attia BASE DE DONNEES SPATIALISEES ET SIG H. Guillaume B. Romagny M. Fétoui H. Nouri S. Palluault A. Hajji A. Ouled Belgaçem M. Fétoui Structures démographiques et enquête socioéconomique de base M. Sghaier M. Picouet M. Fétoui T. Gammoudi CRDA Régimes fonciers M. Fétoui M. Sghaier D. Affaires foncières M. Ouessar H. Taamallah F. Abdelli M. Boufalgha H. Yahyaoui H. Ben Kéhia M. Labiadh H. Dhaou N. Mekrazi 15
23 1.4.4) Les méthodes utilisées Une panoplie de méthodes et d instruments d'analyse a été utilisée suivant les exigences et l'opérationnalité de chaque thématique et de chaque discipline scientifique. Il est difficile ici de les décrire toutes en détail ; le lecteur pourra s'y référer dans les rapports thématiques. L'organigramme 3 synthétise l'ensemble de ces méthodes par thème et par action de recherche. Globalement, les méthodes et les outils d'analyse suivants ont été privilégiés : Les supports et les techniques cartographiques basées sur l'imagerie satellitale et sur les outils de SIG Les mesures et les observations sur le terrain : o Enquêtes quantitatives par questionnaire (environ 800 enquêtes 7 ) o Enquêtes qualitatives (interviews semi-guidés, etc.) o Relevés phyto-écologiques et profils pédologiques (environ 350 observations) Les outils d'analyse spatiale et statistique : o Outils de typologie : méthodes factorielles et de classification, o Outils de traitement spatial : logiciel ArcView, Envi, o Outils d analyse statistique : logiciel SPSS, StatBox, Excel, o Outils de modélisation : cadrage en vue de la réalisation ultérieure d'un prototype de système multi-agents appliqué au cas d'un micro bassin versant, modélisations économétriques, Les outils d intégration SIG et base des données spatialisées (ArcView). 7 Parmi les enquêtes, une enquête de base (à signification statistique et effectuée auprès de 609 ménages de la zone d'étude) a été réalisée. Elle avait pour objectif principal de déterminer les caractéristiques démographiques, économiques et agricoles des ménages et de fournir une base échantillon pour les enquêtes localisées. Outre l'aspect démographique, une attention particulière a été portée à la dispersion familiale, les modalités d'usages et de gestion de l'eau et la formation et l'affectation des revenus (cf. rapport du thème 3). Plusieurs découpages de la zone sont utilisés dans l'analyse : un découpage basé sur les limites des délégations de l'amont en aval et le zonage géomorphologique déjà évoqué. 16
24 ORGANIGRAMME 3 : LES METHODES UTILISEES PAR THEME ET PAR ACTION SCIENTIFIQUE Thèmes Actions Méthodes Echelle spatiale 1- Etat et évolution de la végétation sur une période d une trentaine d années Cartographie basée sur l imagerie satellitale et relevés écologiques Toute la zone d étude Thème1 Ressources pastorales et dynamiques d usages agropastoraux 2- Occupation des sols et relations entre dynamiques des milieux et systèmes de production 3- Dynamique des friches postculturales 4- Diversité des modes de conduite des troupeaux de petits ruminants et place de l'élevage dans le fonctionnement et la reproduction des systèmes exploitation-famille 5- Impact des modes d usage pastoral sur la végétation steppique de la jeffara Logiciels (ENVI, ArcView et Stat box) et typologie des systèmes de production (méthodes factorielles) Observation sur 32 relevés Suivi auprès de 14 éleveurs Enquêtes et observations physiques et écologiques au niveau de 100 parcelles + analyse factorielle Toute la zone d étude Plaine centrale et littorale Montagnes, piémonts et plaines Formations à Stipa et Rhantérium 6- Aménagements sylvo-pastoraux Enquêtes évaluation Toute la zone d étude 17
25 Thème 2 Sociétés, dynamiques d'occupation du milieu et compétition sur les ressources naturelles 1- Etude du peuplement et des évolutions majeures de la zone (depuis les débuts de la colonisation jusqu'à l'indépendance) 2- Etude des principales caractéristiques des politiques publiques mises en œuvre à l'échelle régionale depuis les années 1960, en matière de ressources en eau, d'agriculture et de développement rural 3- Analyse des conditions d'accès et des usages des ressources en eau en milieu rural 4- Etude de mutations agro-pastorales, de dynamiques spatiales et de de recompositions socio-territoriales 5- Analyse des stratégies d'acteurs et de la viabilité écologique, sociale et économique des activités humaines Recherches documentaires (littérature scientifique, rapports institutionnels et administratifs, archives coloniales, etc.), enquêtes qualitatives, traitements cartographiques Recherches documentaires (littérature scientifique, rapports institutionnels et administratifs, etc.), enquêtes qualitatives Enquêtes qualitatives et quantitatives, traitements cartographiques Enquêtes qualitatives et quantitatives, traitements cartographiques à l'aide d'outils informatiques (sources : cartes topo, photos aériennes, images satellitaires et relevés opérés sur le terrain par points GPS) Enquêtes qualitatives et quantitatives, traitements cartographiques à l'aide d'outils informatiques (sources : photos aériennes, images satellitaires et points GPS), cadrage d'un prototype de modèle multi-agent Approche régionale et toute la zone d étude Approche régionale et toute la zone d étude Toute la zone d'étude et espaces localisés Transect /piémont/ centrale montagne plaine Le micro bassin versant de Dkhilet Stout (160 ha) 18
26 Thème 3 Structures démographiques, activités socio-économiques des ménages et évolutions foncières 1- Analyse démographique 2- Exploitation agricole, revenu des ménages et gestion de l eau 3- Dynamique et mutations des structures foncières au cours du 20 ème siècle Enquête quantitative agro-socioéconomique + Traitement des données et analyse des résultats statistiques (logiciel SPSS) Enquête quantitative agro-socioéconomique + Traitement des données et analyse des résultats statistiques (logiciel SPSS) Investigations auprès des administrations des affaires foncières + Traitements cartographiques réalisés à l'aide d'outils informatiques (cartes topographiques anciennes et contemporaines, photos aériennes, images satellitaires et points GPS) Toute la zone d étude Toute la zone d étude Toute la zone d étude 19
27 1- Potentialités des ressources en eau et en sol Analyse statistique des séries des données pluviométriques de la zone d étude, estimation des apports en eau de ruissellement moyennant le bilan hydrologique et la formule de Fersi, inventaire et compilation des études existantes (hydrologie, hydrogéologie, pédologie, etc.), extraction des unités homogènes à partir de l image Spot 1998, réalisation et description de 31 profils pédologiques, analyses de laboratoire des échantillons de sol et production sur ArcView des cartes (pédologie, nappes, etc.) Toute la zone d étude Thème 4 Ressources en eau et en sols et évaluation des techniques actuelles de lutte contre la désertification 2- Inventaire et réalisations en matière de CES et de lutte contre l ensablement Etude bibliographique des techniques CES et phénomènes d ensablement et les moyens de lutte dans la Jeffara, inventaire et compilation des données fournies par les deux arrondissements CES en matière de réalisations physiques pour la décennie , production de la carte des aménagements de l époque antique dans le bassin versant de l oued Koutine à partir de la carte topographique 1/ (feuille de Matmata) et de prospections des vestiges romains et enfin, production de la carte des aménagements existants en se basant sur l image Spot 1998 et les prospections de terrain. Toute la zone d étude 3- Usages des ressources en eaux souterraines et en sol Synthèses des études existantes et analyse des données fournies par les deux arrondissements des ressources en eau relatives aux ressources renouvelables et l évolution de l état d exploitation des nappes pour les différents usages, élaboration de la carte d aptitude basée sur deux facteurs : profondeur et pente, analyse des sols de dix parcelles d oliviers dans le BV Oum Zessar présentant des degrés de dessèchement différents et choix des indicateurs et réalisation des analyses nécessaires, puis superposition des couches avec le logiciel «spatial analyste» pour la production de la carte de sensibilité. Toute la zone d étude 4- Evaluation des aménagements CES et de lutte contre l ensablement Application du modèle MULTIC pour l estimation des apports CES dans la recharge de la nappe Zeuss Koutine, utilisation du modèle STM et réalisation des tests d infiltration sur les ouvrages CES et enquêtes de 20 terrain pour l évaluation des périmètres de reboisement et de fixation des dunes. Toute la zone d étude
28 PARTIE 2 - ENVIRONNEMENT ET SOCIETE DANS LA JEFFARA : UN ETAT DES LIEUX 8 2.1) Contexte biophysique et état des ressources 2.1.1) Un environnement typiquement aride (analyse climatique) La Tunisie du Sud-est est sèche. Les secteurs qui y sont les plus arrosés reçoivent en moyenne 200 mm/an de pluie mais pour la majeure partie de cette région les quantités de précipitations annuelles oscillent entre 50 et 150 mm ce qui a une répercussion sur l'état du ruissellement des eaux superficielles qui est particulièrement irrégulier et inefficace (Bonvallot, 1979). En effet, l'écoulement des eaux, concentrées dans des lits des oueds, n a lieu qu'à la suite des très fortes pluies orageuses qui tombent tous les quatre ou cinq ans. Ces oueds déversent brutalement le gros de leur charge au pied des jebels. Les eaux et le reste de la charge solide sont déversés dans des dépressions continentales ou littorales. Seules les eaux des crues exceptionnelles rejoignent la mer. Précipitations Variabilité mensuelle et annuelle des précipitations Faisant partie des régions arides tunisiennes, le bassin de Zeuss-Koutine appartient à une zone faiblement arrosée et recevant moins de 200 mm/an avec environ 30 jours de pluie. La pluviométrie est torrentielle et caractérisée par de faibles moyennes et une irrégularité spatiotemporelle. Les mois d'octobre, novembre, décembre, janvier et février sont les plus pluvieux. Par contre, les mois de juin et août, sont presque secs. Concernant la variabilité des précipitations mensuelles, nous remarquons qu'en dehors de la période estivale sèche où la variabilité est de l ordre de 300 % et peut atteindre des valeurs extrêmes de 642 %, cette valeur oscille entre 100 et 150 % pour le reste de l'année. Au niveau annuel, le coefficient de variation de la pluviométrie se situe autour de 56 %. Le rapport entre la pluviométrie maximale absolue et la pluviométrie minimale absolue varie de 8,6 à Béni Khédache, à 15 à Médenine. Ampleur de la sécheresse et variabilité des précipitations D'une manière plus accentuée que le nord et le centre, le sud tunisien passe depuis le début du projet par des épisodes de sécheresse qui ont causé d'énormes dégâts au niveau du patrimoine arboricole. Il nous a paru utile, par conséquent, d étudier l'ampleur de la sécheresse et de la 8 Partie coordonnée par H. Taamallah, avec les contributions de D. Genin, H. Guillaume, A. Hajji, A. Ouled Belgacem, M. Picouet, B. Romagny et H. Taamallah. 21
29 variabilité des précipitations au niveau de la zone d'étude à travers l'analyse des données pluviométriques observées au niveau du bassin versant d'oum Zessar afin de dégager les caractéristiques de la sécheresse météorologique et d'en déduire ses conséquences sur la gestion des ressources naturelles. La station de Médenine sud constitue le meilleur exemple de caractérisation météorologique de la sécheresse à l'échelle de la région puisqu'elle comporte la série de données la plus longue (96 années d'observations complètes). Pour les autres stations, l'analyse a été limitée à une période d'observation de 24 années à l'exception des stations de Sidi Makhlouf et d'el Gourine (18 et 10 ans d'observations respectivement) Plusieurs méthodes et indices ont été utilisés pour caractériser et estimer l'intensité de la sécheresse au niveau de ces différentes stations : Indice de l'écart à la moyenne (Em) : Em = Pi - Pm Avec Pi : hauteur de précipitation annuelle et Pm : hauteur moyenne annuelle de précipitation Indice de pluviosité (Ip) : Ip = Pi/Pm Avec Pi : hauteur de précipitation annuelle et Pm : hauteur moyenne annuelle de précipitation Analyse fréquentielle Les pluies annuelles ont été classées selon leur probabilité au non dépassement (F) exprimée comme suit : F = (r / (N + 1)) *100 Avec r : rang de l'année selon une classification croissante des quantités de pluies et N : nombre d'années d observation. Selon Alouini et Bergaoui (2001), les années ont été classées en fonction de leur probabilité au non dépassement en cinq classes comme indiqué dans le tableau 2.1. Tableau 2.1 : Classes de sécheresse en fonction des fréquences (F), source : Alouini et Bergaoui, Classes Fréquence ou probabilité au non dépassement Très sèches Sèches Normales Humides Très humides F < 15% 15% F < 35% 35% F < 65% 65% F < 85% F 85% 22
30 Indice du nombre d'écarts types Il est calculé par la comparaison de la pluie moyenne annuelle (Pm) au nombre d'écarts types (σ) selon l'équation suivante : σ = [1/(N-1)] (Pi-Pm) 1/2 Lorsque Pi est inférieur à Pm σ, on parle d'une sécheresse forte. Il s'agit d'une sécheresse très sévère lorsque Pi est inférieur à Pm 2σ. Persistance de la sécheresse La sévérité d'une sécheresse est d'autant plus ressentie que l'année en question suit une ou plusieurs années sèches. Une séquence d'années sèches successives est bien entendu plus grave qu'une sécheresse isolée (Benzarti, 1992). Application aux différentes stations étudiées L'analyse des données pluviométriques de la station de Médenine à travers ces indices de sécheresse (cf. rapport du thème 4), permet de montrer que la sécheresse est un phénomène récurrent. La méthode des écarts à la moyenne donne un pourcentage de 60 % d'années sèches alors que l'analyse fréquentielle atténue le sens de la sécheresse et réduit le pourcentage à 34 %. En outre, la fréquence d'apparition d'années successives sèches est relativement élevée (51,5 % d'années sèches sont formées de deux ou trois années consécutives). En outre, au cours de cette dernière décennie et plus particulièrement durant la fin de la décennie écoulée et le début de ce siècle ( ), nous avons enregistré des déficits très marqués allant jusqu'à 152,25 mm à Ksar Jdid. Ceux-ci ont eu des répercussions négatives sur le développement et la croissance de l'arboriculture principalement les oliviers et qui se sont traduites le plus souvent par un dépérissement que ce soit partiel ou total d'un grand nombre de pieds (cf. rapport du thème 4) ) Eau : une ressource rare et convoitée Hydrologie La zone d'étude comporte cinq principaux bassins versants (carte 4.1) dont les caractéristiques physiographiques sont portées dans le tableau 2.2. Tableau 2.2 : Caractéristiques physiographiques des bassins versants des oueds Zeuss, Oum Zessar, Zigzaou, Sidi Makhlouf et Mourra Paramètres Oued Zeuss Oued Oum Zessar Oued Zigzaou Oued Morra Oued Sidi Makhlouf Superficie (Km2) Périmètre (Km) Coefficient de compacité de Gravilus 1,44 2,17 1,82 1,75 1,46 Altitude maximale Altitude minimale (m) Dénivelée (m) Indice de pente Globale (m /Km) 10,30 9,38 14,80 13,31 3,25 Longueur équivalent (Km) 24, ,66 24,55 Largeur équivalent (Km) 11,16 5,70 10,17 5,15 5,38 Dénivelée spécifique (m) 145,24 184,51 239,28 192,32 37,60 23
31 Le ruissellement Se basant sur un coefficient de ruissellement égal à 7 % (calculé à partir des données hydrométriques mesurées depuis 1973 jusqu'à 1991 à la station Koutine), l'estimation du volume moyen annuel ruisselé au niveau des bassins versants des oueds Zeuss, Oum Zessar, Zigzaou, Sidi Makhlouf et Morra se présente comme suit : Tableau 2.3 : Calcul du volume moyen annuel ruisselé en utilisant un Kr de 7 % Bassin versant Oued Zigzaou Oued Zeuss Oued Oum Zessar Oued Morra Oued Sidi Makhlouf Superficie (m 2 ) Pluie (m) 0,189 0,163 0,185 0,158 0,153 Kr 7 % 7 % 7 % 7 % 7 % Vr = P S Kr (m 3 /an) 3, , , , , Volume total ruisselé 14,47 Mm 3 /an Avec : Vr : volume ruisselé en m 3 /an ; Kr : coefficient de ruissellement moyen ; P : l'eau précipitée sur le bassin versant ; S : superficie du bassin versant. En appliquant la formule de FERSI, on obtient les résultats suivants : Tableau 2.4 : Calcul du volume moyen annuel ruisselé par la formule de FERSI. Bassin versant Oued Zigzaou Oued Zeuss Oued Oum Zessar Oued Morra Oued Sidi Makhlouf Superficie (km 2 ) Pluie (mm) Ig (m/km) 14,80 10,30 9,38 13,31 3,25 Lr (mm) Vr = Lr * S (m 3 /an) 3, , , , , Volume total ruisselé 11,21 Mm 3 /an Les résultats donnés par les deux méthodes sont comparables. Cependant, la méthode fondée sur le coefficient de ruissellement surestime légèrement le volume ruisselé. 24
32 Carte 2.1 : Carte du réseau hydrographique de la région de Zeuss-Koutine. Les eaux souterraines L'indigence du Sud tunisien en eaux superficielles est relativement compensée par ses ressources hydrauliques souterraines. En effet, le sud dans son ensemble recèle 25 % des réserves d'eau du pays dont 10 % sont des eaux de surface (Mzabi, 1988). Les différentes études hydrogéologiques réalisées montrent que la région de Zeuss-Koutine est riche en formations aquifères (cf. rapport du thème 1, chapitre 1), qui peuvent être subdivisées en deux niveaux distincts : nappes phréatiques et nappes profondes (Ben Baccar, 1982 ; Gaubi, 1995 ; Yahyaoui, 2001a) (Carte 2.2) Les nappes phréatiques Les nappes phréatiques rencontrées au niveau du bassin versant se distinguent selon leur localisation géographique. Ainsi, cinq nappes ont été identifiées (tableau 2.5) dont les plus importantes sont celles de Jorf et l'oued Metameur. Ces nappes sont en majorité salées et leur exploitation nécessite beaucoup de précaution. 25
33 Carte 2.2 : Carte des ressources en eau souterraine : limites des nappes dans la région de Zeuss-Koutine 26
34 Tableau 2.5 : Caractéristiques des différentes nappes phréatiques dans la zone d'étude Nappes Profondeur de captage (m) Salinité (g/l) Débit d exploitation l/s - la nappe de Jorf 5 à 20 3 à 5 49,5 - La nappe du BV de Sidi Makhlouf 10 à La nappe d'oued Métameur 3 à 10 3 à 5 37,5 - La nappe de Zeuss- Oum Zessar 10 à 20 2 à La nappe de Gabès Sud 10 à 20 2 à 5 25 Les nappes profondes Les caractéristiques des différentes nappes profondes dans la zone d'étude sont récapitulées dans le tableau 2.6. A part la nappe du Jurassique de Beni Khédache, le débit d'exploitation des différentes nappes est important. En outre, les eaux profondes sont affectées aussi par une salinité élevée et mérite d'être gérées prudemment et de trouver des solutions pour les améliorer. Tableau 2.6 : Caractéristiques des différentes nappes profondes dans la zone d'étude (année 2000) Nappes Profondeur de captage (m) Salinité (g/l) Débit d exploitation (l/s) Mio - Pliocène de Jeffara ,3 Zeuss-Koutine Senonien , ,6 Zeuss-Koutine Jurassique , ,6 Grés de Trias ,2 Jurassique de Béni Khédache ,7 6 0, ) Une diversité pédo-géomorphologique importante Les ressources en sols Les sols du bassin versant de Zeuss-Koutine sont développés sur un substrat calcaire à l'amont et gypseux à gypso-calcaire en aval. Les horizons sont le plus souvent peu profonds, caillouteux, peu structurés et de texture sableuse à sable fins. Cinq grandes classes ont été identifiées au niveau de la zone d'étude (Carte 2.3) : Les sols minéraux bruts où on distingue les sols d'érosion formés essentiellement de dolomies, de dalles calcaires affleurantes et de regs caillouteux. Ils se localisent au niveau de la partie amont (jebel et collines). Les sols peu évolués occupent une superficie relativement réduite et s'étalent sur la partie intermédiaire et aval de la zone. 27
35 Les sols calcimagnésiques représentés par des rendzines sur encroûtement calcaire ou gypseux et du miopliocène occupent une superficie relativement importante et se localisent principalement au niveau de la partie amont et intermédiaire. Les sols isohumiques bruns calcaires tronqués : il s'agit de sols peu profonds reposants sur la croûte calcaire démantelée du villafranchien et recouverts parfois par un voile éolien de quelques centimètres d'épaisseur. Les sols halomorphes et hydromorphes sont représentés au niveau des sebkhas et des Garaas au niveau de la partie littorale de la zone d'étude. Ils sont caractérisés par une salinité très élevée qui entrave tout forme d'exploitation. Le tableau 2.7 récapitule les différents types de sols et leurs superficies. Tableau 2.7 : Répartition (superficie en ha) des sols dans la zone d'étude. Superficie (ha) Pourcentage Sols minéraux bruts D'érosion hydrique ,45 Sols peu évolués Sols calcimagnésiques D'érosion hydrique ,98 hydrique ,13 D'apport éolien ,29 Rendzines sur encroûtement calcaire ,36 Bruns gypseux ,28 Sols isohumiques Bruns subtropicaux ,18 Sols Halomorphes salins ,38 hydromorphes ,48 Sols hydromorphes à saturation continue halomorphes ,47 Total
36 Carte 2.3 : Carte pédologique de la région de Zeuss Koutine. 29
37 Aptitude des sols à l usage arboricole L'usage actuel des terres est indiqué dans l'annexe de l'équipe "ressources pastorales". Dans cette partie, on se limitera à l'étude de l'adéquation entre aptitude des sols et occupation arboricole au niveau d'un sous bassin versant de la zone d'étude (Oum Zassar) qui a subi ces dernières années une sécheresse prononcée dont l'impact sur l'état des plantations arboricoles, principalement les oliviers, est variable selon les régions et les localités allant d'un état de résistance au déficit hydrique à l'état de dépérissement avec des degrés divers (dépérissement partiel ou total). Pour ce faire, une carte d'aptitude des sols à l'arboriculture du bassin versant Oum Zessar a été élaborée. Cette carte ne sera pas l'unique outil d'évaluation car nous avons procédé dans une deuxième étape, à la prospection de quelques parcelles d'olivier présentant différents degrés de résistance où nous avons effectué des profils pédologiques dans le but de dégager le rôle de la nature du sol sur la résistance des oliviers à la sécheresse. Principe de la représentation cartographique A partir de deux couches d'informations relatives à la profondeur du sol et à la pente, il nous a été possible, à travers l'extension «Spatial Analyst» du logiciel Arcview qui a la possibilité d'extrapoler des résultats, de superposer des couches d'informations et d'en dégager une synthèse du degré de compatibilité entre les vocations du sol et les types d'exploitations agricoles (Carte 2.4). Interprétation L'analyse de cette carte d'aptitude à l'arboriculture du bassin versant d'oum Zessar, a permis de mieux dresser un bilan de la zone selon l'aptitude du sol à l'arboriculture. Trois classes ont été identifiées : Les zones inaptes à l'arboriculture : cette classe d'aptitude représente une superficie de ,03 ha, soit 42 % de la superficie du sous bassin versant d'oum Zessar. Elles regroupent essentiellement les sols halomorphes, les sols bruns gypseux et les sols minéraux bruts. La mauvaise aptitude de ces sols est attribuée à un certain nombre de contraintes édaphiques : salinité élevée, forte teneur en gypse, texture fine et pente élevée. Les zones moyennement aptes à l'arboriculture : elles couvrent une superficie de ,65 ha, soit 40,9 % du sous bassin versant. Cette classe englobe essentiellement des sols marginaux peu favorables à l'exploitation arboricole. Il s'agit surtout des sols isohumiques bruns calcaires et des sols calcimagnésiques rendzines calcaires. Cette situation pourrait se justifier par la faible profondeur de ces unités paysagères, alors que pour les exploitations arboricoles situées sur des sols pareils à pentes élevées, la présence des aménagement de CES sera utile. Les zones aptes à l'arboriculture : cette classe est la moins représentée. Cependant elle est très répandue dans les zones de piémont de la chaîne des Matmata et au niveau des dépressions naturelles où la pratique des aménagents de CES est nécessaire. Elle représente une superficie de 6 737,09 ha, soit 17,1 % de la région étudiée et concerne les zones à sols profonds où la culture arboricole est très adaptée. Elle regroupe essentiellement les sols peu évolués d'apports. 30
38 Carte 2.4 : Carte d'aptitude des sols à l'arboriculture dans le bassin versant d'oued Oum Zessar 31
39 Cette carte d'aptitude du sous-bassin versant d'oum Zessar ne sera effectivement utile pour notre étude qu'après sa superposition avec la carte d'occupation sol. En fait, cette carte a été élaborée sur la base de la carte d'occupation du sol de la zone d'étude déjà réalisée par l'équipe du thème 1 et grâce aux propriétés du logiciel Arcview dans la fusion des unités géographiques qu on a pu identifier les unités exploités en arboriculture au niveau de la zone d'étude. Il ressort de cette superposition qu'une grande superficie d'exploitation arboricole notamment d'olivier est située sur des sols marginaux présentant des contraintes aux développement racinaires et au stockage de l'eau tels qu'au niveau des localités d'el Gosba, de Sidi Makhlouf, de Allamet el Mechlouch, d'el Gourine et de Koutine. Cette inadéquation entre spéculation arboricole et aptitudes des sols amplifie les phénomènes de dessèchement et de dépérissement au cours des années peu pluvieuses. De plus, elle permet d'expliquer les réactions différentes des oliviers de la zone d étude au plan de la résistance à cette dernière période de sécheresse. Validation des résultats Pour confirmer cette adéquation cartographique entre l'aptitude des sols et l'occupation, et pour mettre en relief le rôle capital de la nature du sol sur le végétal, nous avons procédé à la prospection de dix parcelles d'oliviers de la zone d'oum Zessar présentant des degrés de dessèchement différents où nous avons creusé des profils pédologiques sur des unités hétérogènes choisies selon la carte pédologique de la région d'étude. Ces profils ont servi à la description des sols et le prélèvement des échantillons afin de déterminer les caractéristiques physico-chimiques (texture, caractéristiques hydrologiques, matière organique, etc.) et de dégager les liens entre l'état de l'olivier et la qualité du sol. Il apparaît à l'issue de cette caractérisation physico-chimique du sol que les oliviers les plus desséchés sont généralement situés sur des sols marginaux présentant des contraintes au développement racinaire et à la mobilisation de l'eau. Dans la région prospectée, ces sols sont de trois types : Les sols légèrement gypseux à gypseux : la présence du gypse même à des faibles proportions peut limiter la disponibilité de l eau pour l'olivier et le développement racinaire en profondeur. Les sols à texture fine : la présence du limon et de l'argile entraîne la compacité de ces sols à l'état sec et limite le développement racinaire en profondeur et l'exploitation d un grand volume de sol. De plus, la présence des éléments fins du sol empêche la valorisation des faibles pluies en limitant l'infiltration de l'eau en profondeur. Les sols à croûte calcaire : la présence du calcium en quantités relativement importantes empêche l'absorption racinaire de certains éléments, entre autres, le phosphore qui agit sur la vigueur de la plante par la réduction de la croissance des feuilles et la réduction de l'allongement des rameaux. Dans ces conditions, l'olivier sera affaibli et ne peut pas résister au stress hydrique. Sensibilité des sols à la dégradation Selon l'oss (2000), la sensibilité des écosystèmes à la désertification correspond à leur propriété à réagir aux changements de facteurs pouvant entraîner une réduction de ses potentialités physiques. L'évaluation de cette sensibilité revient à identifier un ensemble 32
40 d'indicateurs qui mettent en exergue d'une part les causes de la désertification qui sont à la fois naturelles (facteurs climatiques) et anthropiques (pression de l homme sur le milieu), d'autre part, les effets de la désertification sur les milieux biologiques (faune et flore), physiques (sols, ressources en eaux) et socio-économiques (famine, migration, changement des pratiques culturales, etc.) L'objectif à atteindre est la production d'une batterie d'indicateurs des états successifs de l'environnement en vue de la caractérisation spatiale de la désertification sur le plan écologique dans le but de suivre les phénomènes de la dégradation et d'alerter les gestionnaires et les utilisateurs de l espace sur les états de la dégradation des écosystèmes. Choix des indicateurs de suivi de la désertification La plupart des études spécialisées réalisées dans le Sud tunisien prenait rarement en compte la complexité et l'interrelation entre les différentes composantes du milieu. Ainsi, on étudiait la végétation mais on prenait rarement en compte l'attractivité qu'elle exerçait sur l'homme et l'animal. On proposait des aménagements sur la lutte contre la désertification en oubliant la situation foncière, etc. Comparativement à d'autres phénomènes naturels (inondations, sécheresses, etc.) où l évaluation du degré de dégradation et sa quantification sont relativement faciles, la désertification pose d'énormes difficultés aux scientifiques concernant sa quantification au regard de la multitude de paramètres qui interfèrent et rendent difficile la différenciation des différents degrés de sensibilité. On ne prétend pas cerner toute la complexité du phénomène, mais développer une démarche avec des indicateurs simples, relativement précis et quantifiables en fonction des objectifs de notre étude pour évaluer la sensibilité des terres à la désertification. Pour ce faire, nous avons dégagé quatre classes de sensibilité des terres allant des terres très sensibles à des terres non sensibles à travers une description de l'état de surface du sol et des taux de recouvrement végétal qui constituent des indicateurs biophysiques. Ces indicateurs sont caractéristiques du milieu et peuvent nous renseigner sur la prédisposition du milieu aux agents de dégradation. 33
41 L'organigramme suivant résume les différentes étapes pour la réalisation de l'étude : Acquis sur la zone d étude : études, thèses, cartes, photos, etc. Cartes pédologiques de la zone d étude Cartes de végétation de la zone d étude Choix des indicateurs Choix des sites et échantillonnage - Analyses de laboratoire - Traitement des données - Analyse des résultats- Détermination des classes de sensibilité - Cartographie - Interprétation Suggestions d'aménagements Sensibilité des terres au niveau du bassin versant L'analyse de la sensibilité des terres à la dégradation au niveau de la zone d'étude (cf. rapport du thème 4) nous a permis de mieux dresser un bilan des zones. Il en ressort que: les zones les plus sensibles couvrent les sols limoneux de la plaine centrale et les sols sablolimoneux des bas glacis. Elles représentent une superficie de ha, soit 49,56 % de la superficie de notre zone d'étude ; Les zones moyennement sensibles: cette classe de sensibilité représente environ 32,38 % de la superficie totale de la zone d'étude soit ha. Elles regroupent essentiellement les milieux halophiles. Cette classe concerne également une partie des sols sableux et des accumulations sableuses de la plaine centrale ; 34
42 Les zones peu sensibles couvrent une superficie de ha, soit 17,71 % de la région d'étude. Elles englobent essentiellement les chaînes montagneuses des Matmata. Cette situation pourrait se justifier par la faible sensibilité de cette unité paysagère aux agents d'érosion par l'absence de sol et d'un couvert végétal très lâche. Cette classe de sensibilité est également représentée dans les zones d'épandage des oueds et les dépressions fermées. Ces zones bénéficient d'un apport alluvial important pendant les périodes pluvieuses et d'une couverture végétale assez dense ; Les zones non sensibles se retrouvent principalement dans les sebkhas et les périmètres irrigués de la plaine centrale. Avec une superficie de 419 ha, soit 0,35 % de la zone. Cette classe de sensibilité est la moins représentée à cause certainement du déséquilibre permanent du milieu. Il faut préciser, cependant, que les différentes unités paysagères ne présentent pas, pour une même utilisation par l'homme et ses animaux, la même résistance aux facteurs de dégradation. Certains milieux se reconstituent facilement, d'autres moins. Aussi, une même unité paysagère réagit différemment selon sa vocation. D'après certaines études, la steppe à Rhanterium suaveolens qui occupe la plupart des sols sableux de la plaine centrale, ne se reconstitue presque jamais dans le cas d'une éradication totale (après un labour par exemple). Après une mise en défens, cette espèce est remplacée par d'autres espèces souvent de valeur pastorale très médiocre mais qui résiste mieux à un surpâturage et peut facilement se régénérer après une période de mise en défens. Suggestions d'aménagements Si on exclut les zones fortement dégradées qui concernent essentiellement les sols squelettiques (croûtes et encroûtements gypseux, calcaires et sols gypso-salés), il reste près de 80 % des sols qui sont utilisables par l'homme et les animaux en tenant compte des risques que peut engendrer leur mise en valeur. En l'absence d'un plan réel d'aménagement basé sur un inventaire à jour des ressources naturelles de la région et d'une étude dynamique permettant de connaître les tendances pour bien localiser et orienter les aménagements, les habitants vont continuer les mêmes pratiques culturales et pastorales conduisant à une dégradation de plus en plus poussée du milieu. Toute intervention dans ce milieu devrait donc s'appuyer d'abord sur de nouvelles stratégies de développement prenant en compte : les facteurs de production de base (population, eau et sol) ; la recherche d'une adéquation entre les pratiques culturales et les propriétés des sols ; la recherche d'un équilibre entre la capacité de production fourragère des sols et l'effectif du cheptel ; la participation effective de la population locale dans l'élaboration de ces stratégies (approche participative). Les propositions d'aménagement que nous suggérons s'appuient sur l'inventaire des unités paysagères de la région obtenu par les cartes d'occupation des sols de 1991 et 1998 et aussi de la carte de sensibilité des terres à la désertification obtenue à partir d'indicateurs bien choisis 35
43 (cf. rapport du thème 4). A partir de ces préalables, les propositions suivantes pourraient être suggérées pour notre zone d'étude dans l'optique d'une gestion durable du patrimoine: - Cas des zones très sensibles Promouvoir des pratiques culturales qui limitent les risques d'érosion et instaurer des mesures de régénération de la végétation naturelle - Cas des zones moyennement sensibles Cette classe de sensibilité occupe essentiellement la zone salée à recouvrement végétal relativement important et à faible pression humaine et animale. Elle concerne également quelques accumulations sableuses de la plaine centrale où la faible couverture végétale est compensée par la perméabilité du sol. Même si cette zone est relativement stable, une certaine réglementation surtout dans l'exploitation de la nappe au profit des cultures irriguées est nécessaire pour limiter cette augmentation de salinité. Pour les accumulations sableuses, les différentes techniques de fixation sont encourageantes mais demeurent des solutions curatives qui se limiteraient à la résolution des conséquences d'un problème et non aux causes fondamentales de ce problème. - Cas des zones peu sensibles Il s'agit principalement au niveau de ces zones de renforcer la maîtrise des eaux de crue et de ruissellement. - Cas des zones non sensibles Les zones concernées se retrouvent dans la sebkha et dans les périmètres irrigués de la plaine centrale. Si dans la sebkha, cette situation pourrait s'expliquer par l'existence d'une couverture végétale importante par endroit, le cas des périmètres irrigués pourraient par contre cacher une autre réalité. En effet, le recouvrement végétal dicté par le système irrigué pourrait cacher par exemple la salinisation des sols ) Les formations végétales Le couvert végétal constitue en zones arides un élément fondamental du fonctionnement des écosystèmes et un support important d'activités humaines. Cette végétation présente des caractéristiques d'adaptation édapho-climatiques remarquables, mais est fragilisée par des pressions anthropiques. Différents états la caractérisent, en relation avec des dynamiques d'emprise et de déprise sur le milieu, et en fonction de pratiques d'usage plus ou moins prédatrices ou conservatrices. Dans le cadre du programme Jeffara, on s'est intéressé à plusieurs aspects relatifs à la végétation naturelle dans cette région. Il s'agit surtout de l'état actuel de la steppe et de sa dynamique depuis une trentaine d'années et ce dans un contexte de mutations complexes des systèmes de production agro-pastoraux (cf. rapports des thèmes 1 et 2). État de la végétation en 2001 Cette étape est nécessaire pour appréhender les interactions entre l'évolution de la végétation et les différents usages (pâturage, défrichement, éradication des ligneux ). Pour cela, nous 36
44 avons élaboré une carte représentant les grandes unités de végétation de la zone. La nature et l'importance des groupements végétaux nous serviront à évaluer les ressources végétales et à estimer plus particulièrement les aptitudes pastorales de la région. Cette cartographie a été précédée par l'analyse et le traitement de données phytoécologiques de 169 relevés réalisés sur le terrain (cf. rapport du thème 1). Nous nous limitons ici à une présentation simplifiée des principaux types de végétation déterminés par l'afc et la CAH : Association à Anarrhinum brevifolium et Zygophyllum album, faciès type, Son faciès à Lygeum spartum et Astragalus armatus (Le Houérou, 1959), Son nouveau faciès à Helianthemum lippii var. intricatum, Association à Stipagrostis pungens et Salsola vermiculata subsp. Villosa, faciès type (Le Houérou, 1969), Association à Juniperus phoenicea et Rosmarinus officinalis (Le Houérou, 1959) Son faciès à Calycotome villosa (Le Houérou, 1969), Association à Artemisia herba-alba et Hammada scoparia, faciès type, Son faciès à Stipa tenacissima (Le Houérou, 1959), Association Artemisia campestris et Thymus capitatus (Le Floc h, 1973), faciès type ; Association à Pituranthos tortuosus et Haplophyllum vermiculare (Le Houérou, 1959), Sa sous association à Atractylis serratuloides, Lygeum spartum et Retama raetam (Boukhris et Lossaint, 1972) Association à Ziziphus lotus et Retama raetam, faciès type (Le Houérou, 1959), Son faciès à Pituranthos tortuosus et Artemisia campestris Association à Ziziphus lotus et Nitraria retusa, faciès type (Le Houérou, 1959), Association Rhanterium suaveolens et Artemisia campestris, faciès type (Le Houérou, 1969) Sa sous association à Retama raetam (Le Houérou, 1959), Son faciès Astragalus armatus (Hanafi et al, 2001), Sa sous-association à Lygeum spartum (Le Houérou, 1969) Association à Stipa tenacissima et Rosmarinus officinalis, faciès type (Le Houérou, 1959), Association à Genista microcephala var. tripolitana et Teucrium alopecurus, faciès type (Le Houérou, 1959), Association à Nitraria retusa, Suaeda mollis et Salsola sieberi var. vesceritensis (Le Houérou, 1959) Association à Limoniastrum guyonianum et Nitraria retusa, Association Frankenia thymefolia, Limoniastrum pruinosum et Limoniastrum guyonianum (Waechter, 1982), Association à Arthrocnemum macrostachyum et Nitraria retusa (Novikoff, 1975). 37
45 Cette analyse a permis d'identifier les principaux groupements de végétation qui ont été déterminés auparavant mais elle nous a permis aussi de déterminer un nouveau faciès dégradé à Helianthemum lippii var. intricatum de l'association Anarrhinum brevifolium et Zygophyllum album. Dynamique des types de végétation depuis 1972 Afin de mieux comprendre la pression humaine sur le milieu, nous avons tenté d'analyser la dynamique de chaque type de végétation en partant d'une cartographie dynamique des types de végétation entre 1972 et 2001 (cf. carte 2.6). La quantification de cette dynamique est présentée dans le tableau 2.8 et montre une grande emprise agricole sur les steppes ayant des sols favorables à la mise en culture (steppe à Ziziphus lotus, à Rhanterium suaveolens ). Ce tableau montre aussi une transformation des steppes naturelles et leur remplacement par des stades de dégradation dominés par des espèces à faibles valeurs pastorales. Tableau 2.8 : Dynamique des principaux types de végétation entre 1972 et Type de steppe Type de dynamique nombre d ha % 1. à Stipa tenacissima - Stable - Défrichée (AhHs+ culture) 2. à Artemisia herba-alba et Hammada scoparia 3. à Anarrhinum brevifolium et Zygophyllum album - Remplacée par steppe AsGd + culture - Remplacée par cultures - Stable - Remplacée par steppe AsLs - Remplacée par steppe CvAa - Remplacée par cultures 4. à Rhanterium suaveolens - Stable - Remplacée par steppe AaLs + culture - Remplacée par steppe PtAc + culture - Remplacée par culture 5. Ziziphus lotus et Artemisia campestris - Stable - Remplacée par culture 6. Halophiles - Stable - Remplacée par mosaïque halo-culture ,9 31,1 66,7 33,3 7,4 40,4 37,2 15,0 6,4 17,7 26,4 49,5 5,0 95,0 69,8 30,2 AhHs : Artemisia herba-alba et Hammada scoparia, AsGd : Atractylis serratuloides et Gymnocarpos decander, AsLs: Atractylis serratuloides et Lygeum spartum, CvAa : Calycotome villosa et Astragalus armatus, AaLs : Astragalus armatus et Lygeum spartum, PtAc : Pituranthos tortuosus et Artemisia campestris. 38
46 Carte 2.5 : Végétation de la Jeffara septentrionale en
47 Carte 2.6 : 40
48 2.2) Des systèmes agro-pastoraux traditionnels aux dynamiques socioéconomiques contemporaines 2.2.1) L'ancienneté de l'empreinte humaine et les systèmes de production traditionnels Un long passé de valorisation des eaux pluviales De par sa situation géographique et la configuration de sa plaine côtière, la Jeffara est la seule voie de passage naturelle facile entre la Tunisie et la Tripolitaine, et plus largement entre le Maghreb et le Machrek. Mais l'histoire de cette région ne tient pas à sa seule nature de "passage obligé". Elle a aussi été le théâtre, depuis l'antiquité, de mouvements de populations et de dynamiques complexes d'occupation des différents types de milieux physiques composant l'espace régional. Concernant les formes d'usage du milieu, nous retiendrons ici l'ancestralité de pratiques d'exploitation des ressources en eau pluviale à des fins agricoles, usage dont on sait le caractère décisif dans ces régions à forte aridité (cf. rapport du thème 2, chapitre 1). Comme l'ensemble des zones prédésertiques tunisiennes et tripolitaines, la Jeffara a connu durant six siècles la colonisation romaine qui s'est traduite par un système d'occupation du pays et de mise en valeur agricole des vallées (dans la plaine littorale mais également dans le massif montagneux et sur le plateau du dahar). Les traces d'installations, extrêmement nombreuses, comportent en particulier des vestiges d'aménagements hydrauliques : puits et citernes, et surtout ouvrages de rétention des eaux de ruissellement qui ont permis le développement de techniques agricoles originales 9. De récentes recherches apportent un nouvel éclairage sur ces processus d'anthropisation et sur la possibilité d'une filiation, par delà les ruptures historiques, entre ce que révèlent les vestiges antiques de contrôle des eaux pluviales et ce qui est encore observable aujourd'hui. A l identique de ce qui a été posé pour l'agriculture romano-libyenne dans le pré-désert de Tripolitaine, il semble que la région qui nous concerne ait pu connaître une occupation rurale autochtone basée sur une technique de maîtrise des eaux et de l'oléiculture en zone de montagne, et à laquelle la présence romaine aurait servi de catalyseur. Plus tard, au Moyen-Age, la montagne tunisotripolitaine a été le théâtre du repli de la vie sédentaire berbère dont des caractéristiques se sont maintenues jusqu'à nos jours avec les cultures en terrasses (jessour), les villages de crêtes et encore récemment les greniers collectifs. Ainsi, comme le montre Ben Ouezdou et Trousset (sous presse), "la montagne tuniso-tripolitaine qui avait pu jouer avant la période romaine le rôle de laboratoire dans l'élaboration de ce type de contrôle de l'eau a-t-elle pu jouer plus tard celui de conservatoire de ces mêmes techniques dans une période de mutation historique". C'est dire toute l'ampleur de l'ancrage historique de ces savoir faire et techniques qui marquent fortement la "signature" des hommes sur leur environnement et leurs capacités d'adaptation. Comme nous le verrons, ils restent aujourd'hui, des facteurs importants tant en termes de lutte contre les processus de désertification et de maintien d'activités rurales que de valorisation des patrimoines paysagers. 9 La zone d'étude du programme et ses alentours immédiats comportent deux importants sites romains : celui de Augarmi (proche de l'actuelle localité de Koutine) doté d'aménagements sophistiqués pour le contrôle et la valorisation des eaux du bassin versant de l'oued Hallouf, et celui de Ghightis (à côté de l'actuelle Bou Grara) qui constituait un grand centre maritime. Sur ces questions, cf. Carton (1896) et Gaukler ( ). 41
49 La complexité des dynamiques de peuplement Depuis la fin de la domination romaine au VI ème siècle, la région de la Jeffara a été le cadre d'une succession d'invasions et de migrations marquées par les conquêtes arabo-musulmanes. Mais ce sont des mouvements migratoires enclenchés plus tard au XIV ème ou XV ème siècle qui donnent à la région sa configuration humaine actuelle. Les travaux de terrain conduits montrent que l'espace régional étudié affiche de nos jours une véritable mosaïque de populations dont les principales caractéristiques et les aires d'implantation territoriale ont été identifiées (cf. rapport du thème 2, chapitre 1). Une vingtaine de tribus ou fractions tribales y sont en effet représentées, comportant des différenciations d'ordre culturel, démographique et socio-économique. Ce peuplement associe des populations d'origine berbère, arabe, ainsi que ce que l'on pourrait qualifier de "berbère arabisée", origine métissée qui concerne en fait une grande partie du peuplement régional. Dans ce cadre pluriel, une force fédératrice est constituée par la confédération des Ouerghemma qui a conditionné l'ordre tribal et politique régional jusqu'au début du XX ème siècle, ceci dans le contexte d'un espace ouvert sur la Tripolitaine et de pouvoirs centraux éloignés 10. Certaines tribus peuplant la zone d'étude sont considérées comme d'origine Ouerghemma, d'autres sont associées ou intégrées à la confédération (dans certains cas à travers des liens de dépendance), d'autres enfin lui sont extérieures, entretenant même des rapports conflictuels. Quelques communautés noires, dont la présence résulte du commerce caravanier trans-saharien et anciennement de statut servile, sont également plus ou moins intégrées à des tribus. Quelques caractéristiques concernant les dynamiques et formes de peuplement et d'occupation spatiale ont pu être ici mises en évidence dans nos travaux : 1/ les processus de peuplement et d'exploitation des différents milieux sont bien plus complexes que la double équation et corrélation "berbère = agriculteur sédentaire = montagnard" / "arabe = pasteur nomade = habitant des plaines", grille de lecture qui a conditionné nombre d'écrits ainsi que des projets à l'époque coloniale (le statut de la montagne est au cœur de cette contre lecture des différenciations identitaires et des oppositions spatiales) 11 ; 2/ les inscriptions spatiales des populations sont marquées par leur distribution dans des milieux environnementaux différenciés ainsi que par leur relative prégnance dans le temps (en dépit des mutations connues par la région) ; 3/ la région de la Jeffara apparaît, à travers son histoire, tout à la fois comme un axe de transit et de migration (les formes et les causes de la mobilité des hommes ayant bien sûr évolué au cours des siècles) et comme un pôle de peuplement et de forts enracinements territoriaux de communautés. Les systèmes de production et les modes d'occupation traditionnels de l'espace (début du XX ème siècle) Les modes de vie traditionnels des populations peuvent être caractérisés de manière globale par un système de production agro-pastoral associé à des formes de semi-nomadisme; mais la 10 Concernant la confédération des Ouerghemma et ses mutations à la fin du XIX ème siècle-début XX ème, cf. en particulier l'étude de F. Lissir (1991). 11 Nos données et réflexions sur ce point viennent étayer et élargir l'analyse de Albergoni et Pouillon,
50 région comporte aussi des foyers de vie basés sur d'autres formes plus minoritaires de production et d'occupation de l'espace (cf. rapport du thème 2, chapitre 2) 12. Économie à dominante agricole et sédentarité Deux situations peuvent être distinguées. La première est celle des petites communautés montagnardes qui ont développé une arboriculture (olivier, figuier) accompagnée de quelques cultures céréalières et maraîchères, activités fondées sur la mobilisation des eaux de ruissellement selon les techniques d'aménagement en jessour. Les activités de ces groupes s'insèrent dans un dispositif de complémentarité économique et de relations socio-politiques avec les agro-pasteurs. La seconde situation est celle des communautés occupant les quelques oasis de la région (jardins irrigués, palmeraies, dans une moindre mesure oliviers), et où l'organisation du travail repose sur le système du khammassa (métayage au cinquième) et la disposition d'une main d'œuvre servile. Ces oasis jouent un rôle fondamental dans les cycles annuels d'activités des agro-pasteurs de la plaine pour lesquels elles constituent des pôles de rassemblement estival. C'est dans ces îlots d'intensification agricole que l'on trouve des pratiques de droit musulman d'appropriation privative de la terre (melk). Agro-pastoralisme et semi-nomadisme L'élevage (ovin, caprin, camelin) et la pratique d'une céréaliculture pluviale épisodique (blé et surtout orge) constituaient la clé de voûte du mode de vie dominant. Cet agro-pastoralisme était fondé sur : 1/ une exploitation extensive des ressources naturelles et une diversification des milieux occupés, pratiques étroitement dépendantes des variations spatio-temporelles de la pluviosité ; 2/ un recours limité aux ressources en eaux souterraines ; 3/ une mobilité des hommes et des troupeaux ; 4/ une appropriation collective des espaces de parcours et de labours (terres arch, ichtiraqiya), des modes de gestion communautaires au niveau des tribus et dans le cadre d'alliances inter-tribales. Le système agro-pastoral comportait des cycles annuels de déplacements et d'activités qui s'organisaient autour de trois pôles ou secteurs fonctionnels : les terres de labours ; les terrains de parcours ; les espaces de sédentarité (oasis, terroirs montagnards en jessour assortis de greniers collectifs-qsour que l'on pouvait également retrouver dans une moindre mesure en plaine). Les aires de mouvance et les axes de mobilité (figurés sur la carte 2.7 établie à partir d'analyses d'archives et d'enquêtes de terrain) pouvaient couvrir de très vastes superficies. Des transhumances de plus grande amplitude (achaba) intervenaient aussi, surtout lors de sécheresses prolongées. Les activités agro-pastorales s'accompagnaient d'activités d'échanges basées en particulier sur les complémentarités plaine/montagne et il est aussi intéressant de noter que, dès le début du XX ème siècle, des migrations de travail étaient pratiquées vers les pôles urbains et le Nord du pays. L'intervention coloniale française à la fin du XIX ème siècle marque l'amorce d'une véritable rupture dans les formes d'occupation du milieu et les systèmes de production des sociétés régionales (rapport du thème 2, chapitre 3). Un ensemble d'actions, répondant à l'objectif majeur de contrôle territorial et de sédentarisation des populations, sont mises en oeuvre : la 12 Ce volet des recherches, qui dresse en quelque sorte l'arrière-fonds des dynamiques spatiales et mutations des systèmes de production qu'a connues la région au XX ème siècle, a été conduit à partir de la consultation d'archives du Protectorat, de divers travaux (comme Louis, 1975 et 1979; Martel, 1965; Lissir, op. cit.) et d'enquêtes de terrain. 43
51 "rigidification" des espaces et territoires agro-pastoraux, l'engagement de la privatisation des terres collectives et la promotion de l'arboriculture, le développement des infrastructures et de pôles de peuplement, etc. La sédentarisation et la mise en valeur agricole de la steppe engendrent en particulier : un processus de déstructuration des systèmes agro-pastoraux et de déstabilisation des communautés paysannes (précarisation économique, recours croissant à la migration, etc.), l'enclenchement d'une intensification dans les modes d'usage du milieu et des ressources, l'amorce de recompositions socio-territoriales et de disparités spatiales entre la frange littorale et l'intérieur de la région. Il s'agit là d'évolutions qui préfigurent et fondent des dynamiques qui iront s'accélérant dans le cadre des politiques publiques de l'état national. Carte 2.7 : 44
52 2.2.2) Les politiques sectorielles de l'état : continuité et changement d'échelle Par rapport aux orientations stratégiques de la période coloniale, on observe une certaine continuité dans les politiques mises en œuvre par l'état tunisien en matière de développement agricole et rural au niveau de la zone d'étude. On note cependant, surtout à partir des années 1980, un changement d'échelle important dans les moyens financiers engagés, ainsi qu'une forte volonté d'intégration et de territorialisation des actions sectorielles. Les principales actions menées en matière de politiques agricoles et de développement rural Afin de retracer les grandes lignes de l'évolution des actions de l'état dans ce domaine, trois principales périodes peuvent être mises en évidence, que l'on retrouve au niveau des orientations nationales 13. Après une brève période libérale ( ), les années qui suivent ( ) ont été marquées par une expérience de politique collectiviste. Cependant, les actions menées dans le cadre de cette politique ont été nettement moindres que dans d'autres régions de la Tunisie 14. La Jeffara était alors considérée comme une région défavorisée par rapport au reste du pays. La sédentarisation des populations, favorisée par la généralisation de la scolarisation, la construction de points d'eau et l'encouragement aux plantations arboricoles en sec s'est accélérée. Malgré cela, les conditions de vie des populations rurales n'ont pas été vraiment améliorées. Cette politique n'a pas eu non plus d'effet positif sur le revenu et l'emploi en milieu rural. L'exode rural et l'émigration massive sont une manifestation de la marginalisation de la zone à cette époque. L'agriculture, comme en témoigne la stagnation voire la détérioration de la situation des périmètres irrigués et le faible entretien des jessour, a été finalement reléguée au second plan et a souffert du manque de main d'œuvre. Suite à l'abandon de la politique de collectivisation, la seconde période, qui s'est étalée de 1970 à 1985, a été celle d'un libéralisme timide, inauguré par les aspects fonciers avec la poursuite de l'attribution à titre privé d'une grande partie des terres collectives 15. L'évolution du secteur agricole a été caractérisée par l'extension continue de l'arboriculture, l'accroissement du cheptel (ovin, caprin et bovin, par contre les effectifs camelins ont diminué) et par un modeste développement de l'irrigué. Pour le niveau de développement général atteint par la région, on constate que les travaux de mise en valeur, l'amélioration des infrastructures, la croissance urbaine ont désormais fait de la plaine la zone favorisée, et de la montagne, la zone pauvre. La région a également connu une élévation sensible du niveau de 13 Ces travaux se basent principalement sur des données documentaires, sur les statistiques et les analyses du rapport d'hajji (2003) élaboré dans le cadre des travaux du thème 2, ainsi que sur des entretiens avec plusieurs responsables régionaux (CRDA, etc.). 14 La collectivisation des terres et des moyens de production n'a concerné que ha dans la délégation de Mareth, essentiellement irrigués et constitués en 13 unités coopératives de production. Le reste de la région du Sud-est n'a pas été touché par la collectivisation agricole, mais les pouvoirs publics s'y préparaient. 15 Entre 1960 et 1984, dans le gouvernorat de Médenine, sur ha de terres collectives considérées comme attribuables, ha ont été privatisés. De 1973 à 1979, dans le gouvernorat de Gabès, sur ha de terres collectives attribuables, ha ont été privatisés dont ha dans la délégation de Mareth (source : CRDA). 45
53 vie des ménages, sans doute plus liée aux apports financiers issus de l'émigration qu'aux programmes de développement initiés par l'état. En 1980, le gouvernorat de Médenine s'est classé au troisième rang de l'ensemble des gouvernorats du pays pour les dépenses annuelles par habitant. Entre 1975 et 1984, le taux de logements rudimentaires a beaucoup régressé en passant de 18,8 % à 5,3 % dans le gouvernorat de Médenine. Malgré cela, les zones de montagne ont continué à connaître des mouvements de population vers la plaine et vers d'autres villes du pays, en raison de la difficulté des conditions de vie. C'est le cas par exemple de la délégation de Béni Khédache, qui a connu un taux moyen annuel de croissance de sa population de 1,3 % entre 1975 et 1984 (lié à une natalité qui demeure relativement forte comme nous le verrons plus loin), alors que celui du gouvernorat de Médenine a été de 3,3 % (RGPH 1975 et 1984, INS). La troisième période, entamée depuis 1986, a été celle d'une politique de libéralisme plus manifeste, mais où la dimension sociale a pris davantage d'importance 16. Les investissements publics et privés ont été massifs, les différents programmes ont été diversifiés : programme de développement rural intégré, projets du fonds national de solidarité (26-26), projets de développement agricole intégré, etc. Depuis les quinze dernières années, par le biais de ces différentes interventions, l'amélioration des conditions de vie des ménages ruraux est incontestable. Entre 1987 et 2001, le taux d'électrification en milieu rural par exemple est passé de 39 % à 94 % dans le gouvernorat de Médenine. L'arboriculture 17, les périmètres irrigués et l'effectif du cheptel 18 ont encore progressé. La production agricole s'est accrue et l'emploi agricole a été consolidé. On a également assisté à un renforcement des actions de conservation des eaux et des sols (CES). Depuis 1987, les crédits pour ce type de travaux ont augmenté d'environ 30 % par rapport au début des années Les réalisations ont porté sur l'aménagement des bassins versants ( ha), la consolidation et l'entretien de ha, la création de 500 unités de recharge des nappes et de 50 unités d'épandage des crues. Depuis 1994, le rythme des réalisations annuelles a été porté à ha traités et à 35 unités de recharge et d'épandage, ce qui n'a rien à voir avec les réalisations annuelles moyennes de l'ordre de ha pour la période C'est donc la politique mise en œuvre au cours de cette dernière période qui a le plus marqué la zone d'étude et ce dans tous les domaines. Cependant, les effets de cette politique posent en particulier avec acuité la question de la pression anthropique sur les ressources naturelles. 16 Depuis 1986, sous l'égide des bailleurs de fonds internationaux, la Tunisie s'est clairement engagée sur une voie économique "orthodoxe" avec la mise en place d'un programme d'ajustement structurel (PAS), confirmée depuis par son adhésion à l'omc et par un accord d'association avec l'union européenne signé en 1996 afin d'établir une zone de libre-échange d'ici à On peut cependant s'interroger sur la contradiction apparente entre la réduction du rôle de l'état, prônée par le PAS, et les espoirs que l'on place en lui pour qu'il amortisse l'impact d'une transition vers la libéralisation totale de l'économie sur l'équilibre social du pays. 17 Dans le gouvernorat de Médenine, l'arboriculture représente actuellement 91 % des spéculations agricoles. La superficie arboricole du gouvernorat est passée d'environ ha en 1987 à ha en Les aides et subventions de l'état jouent à ce niveau un rôle non négligeable, renforcé par les précédents mouvements de privatisation des terres et l'attachement des agriculteurs à ce type de plantations. 18 Pour le gouvernorat de Médenine, les effectifs ovins et caprins sont passés de à unités femelles pour la période
54 Appréhendée dans son sens le plus large, une politique de développement rural est donc par définition multidimensionnelle. Il s'agit d'un processus de longue haleine qui se "fonde sur la mise en place d'un environnement porteur, susceptible d'ouvrir de nouvelles possibilités de changement structurel et de croissance économique. On attend de ce processus qu'il valorise durablement les potentialités et les atouts du monde rural, qu'il crée des emplois et qu'il améliore le niveau de vie des populations rurales" (Lazarev & Arab, 2002). On constate également une forte tendance à la régionalisation et même au zonage du processus de développement rural, allant de pair avec les pouvoirs plus importants qui ont été progressivement accordés aux régions dans la planification et la mise en œuvre des projets. A cela s'ajoute le souci de mieux faire participer les populations locales aux différents programmes qui les concernent (comme le programme de gestion des ressources naturelles de Médenine par exemple) et de responsabilisation des acteurs de base du développement local dans ce contexte de décentralisation et d'un certain désengagement de l'état. Cependant, les acteurs ruraux demeurent très encadrés par les instances administratives et politiques, qu'elles soient locales ou régionales. Cette conception des nouveaux rôles des acteurs locaux et de l'état nécessite que ce dernier assume pleinement toutes ses fonctions de médiateur, d'arbitre et de régulateur des activités et qu'il mette en place les outils et les structures indispensables à l'exercice par les ruraux de leurs nouvelles responsabilités (formation professionnelle, à la gestion et politique en particulier), ce qui n'est pas toujours le cas. En ce qui concerne la zone d'étude, on a pu remarquer une certaine diversification des mécanismes de développement rural au cours du temps en fonction de la variété des situations et des catégories de populations cibles. Parallèlement au montage de programmes à vocation plus large, visant à combiner différentes actions sur le milieu rural, les interventions sectorielles ont été renforcées, surtout durant la dernière décennie. Parmi les nombreux exemples, on peut citer les stratégies engagées par le ministère de l'agriculture dans divers secteurs : CES et lutte contre la désertification, mobilisation des ressources en eau et hydraulique agricole, etc. D'une politique de l'eau centrée sur l'offre à un modèle plus décentralisé, tourné vers une gestion à long terme et intégrée de la demande Tout au long de leur histoire, les sociétés rurales du Sud-est tunisien ont su mettre en place des formes d'organisation et de nombreux savoir-faire parfaitement adaptés aux caractéristiques régionales des ressources en eau (limitées, aléatoires, inégalement réparties, etc.). Cette capacité d'adaptation ancestrale se confronte depuis plusieurs décennies à un certain nombre de mutations qui engendrent une pression accrue sur les ressources : forte croissance démographique, urbanisation, extension de l'arboriculture et des périmètres irrigués, développement touristique (zone de Jerba-Zarzis) et industriel dans une moindre mesure. De tels bouleversements se traduisent par la nécessité de s'adapter, dès maintenant ou dans un proche avenir, à des situations de pénurie structurelle liées à la saturation proche des potentialités actuelles. A l'instar de ce que nous avons déjà souligné pour les politiques agricoles, on observe une certaine continuité entre la politique hydraulique de l'état colonial et celle de l'état moderne. Cette dernière comptait au départ parmi ses objectifs spécifiques à la région du Sud-est la poursuite de la fixation des populations, notamment par le biais de la création d'infrastructures (extension des réseaux de distribution d'eau potable, multiplication des nouveaux forages, etc.) nécessaires au développement des pôles urbains. En outre, héritée de la colonisation puis reprise et renforcée après l'indépendance, l'organisation des modes de gestion de l'eau a été initialement calquée sur le modèle français d'un Etat centralisé et interventionniste. En 47
55 Tunisie, les structures administratives et techniques du ministère de l'agriculture jouent un rôle prépondérant dans la gestion des ressources en eau. Dans ce rapport de synthèse, nous ne présenterons pas les multiples évolutions qu'a connues le régime juridique des eaux en Tunisie depuis environ un siècle, celles-ci étant détaillées dans le rapport du thème 2 (chapitre 4). Cependant, on signalera tout de même que la principale évolution dans ce domaine a été le passage d'une conception patrimoniale, dominée par le droit privé et les droits coutumiers, à une conception où s'affirment le droit administratif et l'accroissement des prérogatives de la puissance publique. Parmi les textes essentiels encadrant toutes les activités hydrauliques en Tunisie, le code des eaux (promulgué en 1975 puis modifié à plusieurs reprises) est le principal instrument juridique permettant d'asseoir la stratégie de l'état et ses politiques de l'eau. Même s'il a été enrichi en 1987 pour tenir compte des changements stratégiques amorcés par la politique publique dans ce domaine et même s'il comporte des aspects liés aux nécessaires mesures d'économie de l'eau ou à sa valorisation optimale, le code des eaux semblait, jusqu'à une période récente, plus régir la mobilisation des ressources que les multiples facteurs pouvant influencer de façon durable les demandes sectorielles dans un contexte de situations de concurrences exacerbées (que nous expliciterons dans la troisième partie de ce rapport). Ce constat a amené les pouvoirs publics à promulguer un certain nombre de nouveaux textes réglementaires au cours des années 2001 et Ces textes ont pour objectif essentiel une meilleure gouvernance de l'eau, en misant sur une sensibilisation accrue des différents usagers pour la préservation de cette ressource et son utilisation rationnelle. De plus, la Société nationale d'exploitation et de distribution d'eau (SONEDE) a engagé récemment une refonte totale de son règlement des abonnements à l'eau (qui datait de 1973), afin d'élaborer un nouveau texte mieux adapté aux réalités socioéconomiques d'aujourd'hui 19. Afin de faire face aux risques de déficits en eau liés aux besoins croissants des différents secteurs économiques, la Tunisie s'est lancée à partir des années 1970 dans une politique ambitieuse d'accroissement de l'offre centrée sur la régularisation et le développement de ses ressources en eau. C'est donc au départ la grande hydraulique (forages profonds, systèmes de transferts d'eau, etc.), développée en ce qui nous concerne dans le cadre du plan directeur des eaux du Sud, qui sera le moyen technique privilégié pour sécuriser une ressource aléatoire et pour équilibrer offre et demande en eau. Cette première phase correspond à une période technocratique de mise à disposition généreuse d'une ressource à bas prix à partir d'adductions généralisées et de grands travaux que seul l'état pouvait assumer. Même si l'accroissement des prélèvements devait se faire de façon très rigoureuse et planifiée, cette politique centrée sur l'offre s'est traduite par une augmentation très importante de la pression sur les ressources en eau du Sud-est tunisien, et en particulier sur les ressources souterraines qui ont commencé à montrer des signes de surexploitation (cf. rapport du thème 4). 19 Outre les obligations à la charge de la SONEDE (continuité du service de l'eau, garantie de qualité, plus grande facilité dans l'octroi des abonnements, reconnaissance d'abonnements spéciaux pour les groupements d'intérêt collectif ou GIC, etc.), les abonnés sont également soumis à de nouvelles dispositions. Parmi celles-ci, on peut citer l'interdiction faite aux GIC d'alimentation en eau potable (AEP) de distribuer de l'eau à des fins d'irrigation. Ce dernier point risque de poser des difficultés dans notre zone d'étude, où plusieurs GIC d'aep approvisionnés par la SONEDE vendent de l'eau à des transporteurs spécialisés, souvent destinée à une irrigation d'appoint de l'arboriculture ou à l'abreuvement du cheptel (cf. chapitre 5 du rapport du thème 2). Nous avons même constaté sur le terrain que, pendant les périodes difficiles (sécheresse), il n'est pas rare de voir des abonnés de la SONEDE utiliser directement l'eau de leur branchement pour une irrigation de sauvegarde de leurs plantations (cf. chapitre 7 du rapport du thème 2). 48
56 A partir des années quatre-vingt dix, le problème de l'eau va être perçu différemment par les pouvoirs publics, avec la mise en place d'une nouvelle stratégie nationale de mobilisation de la ressource et d'économie d'eau visant à valoriser ainsi qu'à gérer au mieux une ressource rare dont le coût de mobilisation et de préservation ne cesse d'augmenter. Il s'agit également de responsabiliser d'avantage les acteurs locaux de l'eau (dans le cadre notamment de groupements d'intérêt collectif) et de les impliquer dans la réalisation de nouveaux projets. Cette stratégie passe par d'importantes réformes institutionnelles, juridiques, et économiques, ainsi que par l'adoption de nouvelles technologies. La mobilisation de la ressource doit certes continuer, mais elle doit nécessairement s'accompagner d'une bonne maîtrise de la demande visant à infléchir la forte croissance des besoins sectoriels. Ce principe trouve sa concrétisation à travers un certain nombre de solutions techniques : complémentarité entre petites, moyennes et grandes infrastructures hydrauliques, valorisation du savoir-faire traditionnel, recours aux ressources non conventionnelles 20, extension de la recharge des nappes, etc. Selon S. Treyer (2001), plusieurs options sont envisageables en matière de gestion de la demande : d'une part, une gestion "au sens faible", centrée sur la réduction des pertes, les économies d'eau et la modification du comportement des usagers que l'on cherche à influencer par diverses mesures (tarification, subvention, vulgarisation, organisation du système de production) ; et d'autre part, une gestion "au sens fort" qui s'intéresse aux problèmes d'efficience de l'allocation entre usages et qui impose une transition difficile pour redistribuer l'eau entre les différents secteurs économiques. Ce deuxième type de gestion de la demande oblige l'état à passer d'une position de garant de l'approvisionnement à travers sa politique hydraulique à une position, plus délicate, d'arbitre ou de décideur de cette allocation. Or aujourd'hui, à l'échelle régionale, l'essor de tous les usages reste envisagé pour faire face à une pression sociale de plus en plus forte, notamment en faveur de l'irrigué. Malgré la priorité clairement donnée à l'aep au sens large (y compris le secteur touristique), une nappe comme celle du Grès du Trias, initialement réservée à cet usage compte tenu de la bonne qualité de ses eaux, est également de plus en plus utilisée pour le développement de périmètres irrigués privés. 20 Dans le domaine du dessalement de l'eau et en attendant que le dessalement de l'eau de mer à grande échelle soit techniquement et financièrement abordable, deux stations de dessalement des eaux saumâtres (à Zarzis et Jerba) sont actuellement opérationnelles à proximité de la zone d'étude. Une troisième station de ce type devrait être prochainement construite à Jerba. Outre l'amélioration de la qualité des eaux desservies, ces équipements permettent de réduire les risques déjà rencontrés de surexploitation de la nappe de Zeuss-Koutine et sécurisent l'approvisionnement en eau potable de la région. Le coût de revient du dessalement des eaux saumâtres est estimé à 0,800 DT le mètre cube (Mamou & Kassah, 2002). Seul le secteur touristique et les gros consommateurs d'eau peuvent supporter la prise en charge de tels coûts, ce qui semble limiter a priori la généralisation du procédé bien que son extension soit envisagée pour d'autres localités dans le cadre du X ème ( ) et du XI ème plan ( ). La mise en place d'une stratégie nationale de valorisation des eaux usées traitées (EUT) a été décidée en Pour l'instant, dans la région, seule une faible partie de ces eaux est réutilisée, notamment pour l'irrigation d'un périmètre public de 50 ha à Médenine et d'une exploitation agricole à Jerba. En dehors du secteur agricole pour lequel l'usage de ces EUT est soumis à l'application de normes sanitaires et environnementales contraignantes liées au type de traitement (secondaire) pratiqué aujourd'hui, d'autres usages sont promis à un bel avenir : arrosage des plantations forestières et d'espaces verts en milieu urbain ou dans les zones touristiques, etc. La recharge des nappes phréatiques à partir des EUT soulève également des problèmes spécifiques pour la protection de la qualité des ressources en eau souterraines. 49
57 Ainsi, face à la croissance soutenue de la demande en eau, la stratégie engagée par l'état tunisien depuis plusieurs décennies, et que l'on retrouve clairement dans le Sud-est, peut donc se résumer en quatre points (Treyer, 2002). 1) On recherche une maîtrise technique maximale de l'ensemble de la ressource en eau, par la mobilisation et la régularisation de la plupart des écoulements, mais aussi par la mise en place d'un réseau d'interconnexion permettant de mutualiser les problèmes d'approvisionnement et de qualité. 2) On reconnaît cependant que cette stratégie de mobilisation fait déjà face ou fera face à une saturation prochaine (à l'horizon ) des flux d'eau mobilisables par rapport aux besoins. Cela se traduit concrètement par un programme d'économies d'eau (en particulier pour l'agriculture irriguée), de réduction des pertes dans chaque secteur d'usage et de maîtrise des besoins, mais aussi par le recours accru aux ressources non conventionnelles. La gestion de la demande est donc reconnue comme nécessaire, imposée par des raisons environnementales (limitation de la ressource) et financières 21. 3) Les stratégies de gestion de l'eau recherchent la valorisation optimale de chaque mètre cube disponible, notamment par le biais de la tarification 22. Elles reconnaissent donc l'importance d'une décision d'allocation de la ressource entre usages. Cet impératif de rentabilisation d'une eau dont la mobilisation coûte de plus en plus cher renforce la priorité qui est donnée dans le Sud-est tunisien à l'alimentation en eau potable du secteur touristique et des agglomérations, avec un objectif d'équité entre les zones rurales pas encore desservies et les zones déjà approvisionnées par la SONEDE et le Génie rural. Cependant, il n'y a pas à notre connaissance d'étude socio-économique systématique et actualisée permettant une évaluation comparative de l'efficience de l'allocation de l'eau entre les différents secteurs d'activités (tourisme et agriculture en particulier) au niveau de la zone d'étude ou même de la région, où l'eau reste une ressource relativement rare qui n'est pas destinée en principe à l'agriculture. 4) Enfin, on met l'accent sur l'importance de la protection du milieu naturel et de la qualité des ressources. Ce dernier point soulève des enjeux importants dans le Sud-est du pays, où la plupart des ressources souterraines présentent aujourd'hui des taux de salinité assez élevés. De plus, un vaste programme de stations d'épuration a été lancé qui vise surtout à diminuer les rejets urbains dans les eaux marines littorales. L'assainissement en zone rurale soulève des problèmes particuliers et reste pour le moment à un stade très rudimentaire, largement déphasé des efforts réalisés en matière d'aep dans ces zones. On notera la faiblesse des risques de pollution dans notre zone 21 "Le coût des travaux de mobilisation de la ressource en eau a augmenté de plan en plan, pour atteindre pour le IX ème Plan ( ) un montant de millions de DT (MDT), soit environ millions de $ US" (Treyer, 2002). 22 Etablissement public financièrement autonome, la SONEDE devrait en principe avoir une politique de tarification qui lui permette le recouvrement de ses coûts de fonctionnement et d'entretien, ce qui n'est pas encore le cas. La réduction de la consommation d'eau des usagers pourrait être contradictoire avec un objectif de rentabilité de la SONEDE, mais la tutelle du ministère de l'agriculture lui a imposé la mise en place de campagnes de sensibilisation des ménages et surtout une politique tarifaire par tranches. 50
58 d'étude liés à l'emploi abusif d'engrais ou de pesticides dans le secteur agricole, compte tenu de l'usage très limité de ce type d'intrants par les exploitants agricoles. Par contre, des enjeux demeurent en ce qui concerne l'évolution des écosystèmes liés à l'eau (sebkhas, zones littorales) dans le cadre d'une poursuite des aménagements qui transforment les milieux naturels ) Les dynamiques socio-démographiques récentes et actuelles L'évolution démographique de la population de la zone étudiée dans la Jeffara est à bien des égards celle de la population du Sud tunisien. Celle-ci s'inscrit dans les tendances lourdes de l'évolution de la population du pays : baisse conséquente de la mortalité des adultes, mais également et surtout celle des enfants en bas âge, réduction de la fécondité, élévation de l'âge au mariage, etc. Ces tendances lourdes recèlent cependant des spécificités régionales dont le sud tunisien n'est pas exempt : au moment de l'indépendance, c'est une région encore fortement marquée par les attaches tribales, la cohabitation des familles y est la règle, la fécondité est parmi les plus fortes du pays, mais la croissance démographique qu'impliquerait cette dernière est tempérée par une mortalité infantile également élevée et par l'intensité des flux d'émigration. En 1975, la part du Sud tunisien dans la population totale du pays a diminué passant de 16,6 % en 1936 à 14,9 % depuis 1984, son importance ne cesse cependant de s'affirmer atteignant aujourd'hui 16 %. Ce dynamisme démographique est à mettre au compte d'une fécondité qui reste, malgré une forte diminution (mais récente), plus élevée que la moyenne nationale (indice synthétique de fécondité Sud en 1994 : 3,51 ; Tunisie : 2,9 ; en 1998, Sud : 2,6 ; Tunisie : 2,3) et d'une double évolution dans la direction des flux migratoires : forte diminution de l'émigration internationale et renversement des flux migratoires internes en faveur surtout du gouvernorat de Médenine. Cette évolution se traduit par un doublement de la population du Sud depuis 1966 (de habitants en 1966 à en 1994) et par une tendance à l'urbanisation favorisée par la diversification des activités économiques et l'intervention de l'état (la population communale du Sud constitue les 15,9 % de la population totale communale du pays contre 9,4 en 1956). Là encore Médenine se particularise par rapport aux autres gouvernorats du Sud, l'île de Jerba jouant, avec le développement de l'industrie du tourisme, un rôle moteur indéniable sur l'ensemble de la région. Ces indicateurs régionaux couvrent en fait une dichotomie flagrante au niveau local entre les zones de montagne qui stagnent, voire se désertifient, et certaines zones de plaine urbanisées en expansion. On assiste ainsi à un double phénomène : déprime démographique dans les zones traditionnelles de peuplement et pression démographique autour des grands centres urbains, ce qui n'est pas sans conséquences tant sur l'usage des ressources naturelles et notamment l'eau (compétition entre les différents usages : agricole, touristique, urbain, etc.) que sur l'utilisation de main d'œuvre disponible. Ainsi, dans le contexte de la transition démographique presque achevée par la Tunisie en moins d'un demi-siècle, la région de la Jeffara a connu des transformations qui, au delà du plan démographique, constituent une véritable mutation sociale, impliquant la prise en considération de la santé des enfants et de leur éducation, la promotion du statut de la femme, etc. La dynamique démographique nouvelle a entraîné, à mesure qu elle s'accomplissait, de nouvelles stratégies familiales s'adaptant aux nouvelles donnes du développement économique et social et à la restructuration du secteur agricole (rapport du thème 3). 51
59 Evolution de la population de la zone d'étude 23 Malgré l'essor des zones touristiques de Zarzis et de Jerba, la zone de Médenine connaît un développement démographique important, puisque sa population entre 1975 et 1994 a presque doublé, sa part dans le gouvernorat augmente passant de 32,9 à 35,5 %, (tableau 2.9). Cette évolution a été marquée par les mouvements migratoires surtout dans la période Le milieu rural est à cette époque particulièrement touché par la restructuration du monde agricole et soumis à une forte pression démographique qui trouvera son exutoire dans l'émigration vers les pays voisins (Libye et Algérie), mais également vers la France. A ce phénomène migratoire s'ajoute des mouvements internes favorables aux villes qui se développent nettement plus vite que les campagnes. Les taux d'accroissement entre le milieu urbain et rural vont du simple au double (tableau 2.10). On note également que ce sont les délégations de la plaine (Médenine Nord, Médenine Sud et zone de Mareth-Arram) qui ont connu les taux de croissance les plus élevés, alors que la délégation de Béni Khédache dans les contreforts montagneux du Dhahar connaît une croissance modérée. Malgré un taux naturel de croissance élevé, les zones montagneuses perdent une partie de leur population par l'émigration vers la plaine, avec une installation principalement dans les villes. Tableau 2.9 : Evolution et répartition spatiale de la population du gouvernorat de Médenine par délégations (source : INS, 1975, 1984, 1989 et1995). Délégation Médenine Sidi Makhlouf Béni Khédache Sous Total zone % zone/ gouvernorat 32,9 34,1 34,6 35,5 Total gouvernorat Médenine Total Tunisie Le passage du cheikhat à l'imadat comme unité de base administrative, la redéfinition des délimitations communales, la création de nouvelles communes ainsi que le redécoupage des unités administratives antérieures, qu'il s'agisse des délégations ou des gouvernorats, rend très délicate la reconstitution de l'évolution de la population des unités administratives telles qu'elles existent actuellement, surtout au niveau le plus fin. Par ailleurs, la zone d'étude se réfère à une délimitation géophysique basée sur les bassins versants qui regroupe des imadats ou fractions d'imadats. Pour surmonter ces contraintes et donner une image de l'évolution de la population de la zone nous avons finalement retenu les délégations de Médenine Nord et Sud, de Sidi Makhlouf et de Béni Khedache. 52
60 Tableau 2.10 : Évolution des taux d'accroissement de la population du gouvernorat de Médenine par délégation et par milieu ( ). Source : INS, 1984 et Milieu urbain % Milieu rural % Total population % 1975/ / / / / /1994 Médenine 5,9 4,3 2,6 2,7 4,0 3,5 Sidi Makhlouf Id Id 4,2 2,9 4,2 2,9 Béni Khedache Id 4,6 2,1 2,1 2,9 2,3 Total Gouvernorat 5,9 2,9 0,4 2,4 3,3 2,7 Id : Indéterminé Les changements dans les modèles de reproduction Quelques indicateurs de la région illustrent bien les évolutions que la zone Jeffara a connues sur le plan démographique. Ainsi, la couverture médicale a eu raison des niveaux très élevés de la mortalité. La mortalité infantile, qui dépassait largement les 150 / dans les années 1950, se situe en 1995 à 32 / pour les filles et 39 / pour les garçons (moyenne nationale : 27,2 et 33,8 / ) ; on ne peut plus qualifier le Sud comme région déshéritée dans ce domaine. L'espérance de vie est à quelques années près celle du niveau national (environ 70 ans). En ce qui concerne la fécondité, les actions en faveur de la santé de la reproduction ont entraîné une baisse des niveaux qui étaient parmi les plus élevés du pays au moment de l'indépendance. Le retard de l'âge au mariage pour les femmes, traditionnellement précoce dans le sud (19,7 ans en 1966 pour le gouvernorat de Médenine, 25 ans en 1994), a également joué un rôle considérable dans cette évolution vers la réduction de la descendance. Pour les hommes, le mariage était déjà plus tardif en 1996 (26,1 ans), il l'est encore davantage aujourd hui (28,7 ans). L'action conjuguée de ces facteurs a entraîné une baisse du nombre moyen d'enfants par femme de 6,08 à 3,51 entre 1978 et 1995 (c'est un niveau encore au-dessus de la moyenne nationale et bien plus élevé que celui observé dans les grandes villes du nord du pays). Baisse de la mortalité, baisse de la fécondité, la région montre ainsi sur le plan démographique un dynamisme certain, qui trouve son pendant dans des formes de dynamisme économique (développement du tourisme, des services soutenus par la densification des équipements publics et principalement le réseau routier, etc.). Le désenclavement de la zone est pour ainsi dire achevé. Ce dynamisme tant démographique qu'économique est cependant déséquilibré. Il se traduit en effet par un solde migratoire positif pour la région de Médenine ( entre 1970 et 1994), qui tient au développement du pôle touristique de Jerba-Zarzis. En revanche, dans d'autres zones et notamment celle qui est l'objet du programme, le solde est négatif si l'on tient compte à la fois des mouvements internes au profit des centres touristiques et des villes de Gabès et Médenine et des mouvements traditionnels plus lointains vers la capitale ou l'étranger. La migration dans la région de la Jeffara est un facteur révélateur des distorsions intra-régionales engendrées par l'évolution des activités agricoles et économiques mais aussi par la transformation des mécanismes traditionnels de normalisation et de gestion des foyers migratoires. Ce profil régional est confirmé par les observations de l'enquête de base réalisée dans la zone d'étude, dont les principaux résultats sont ici présentés. 53
61 Structures familiales et comportements reproductifs (d'après l'enquête de base du programme) La taille moyenne des ménages de la zone d étude est de 6,41 personnes ; elle est supérieure à celle observée au recensement de 1994 pour le gouvernorat de Médenine (5,48) et pour la Tunisie (5,16). On remarque des différences entre les parties montagneuses, où les ménages regroupent plus de personnes (7,18), et les parties de plaine (6,16). Les imadats ayant les tailles les moins élevées (5,74) sont ceux qui sont les plus urbanisés et se trouvant sur, ou proche de l'axe central de communication de la région (route Gabès Médenine, GP1). La composition du ménage en noyaux familiaux 24, mise en relation avec le nombre moyen d enfants survivants du chef de ménage et avec le nombre de ses enfants qui résident encore avec lui, indique le degré de cohabitation entre les différentes générations (maintien du système patriarcal traditionnel), l'importance de la reproduction des chefs de ménage et de la charge des enfants dans le ménage. De l'amont à l'aval de la zone d'étude, le nombre de noyaux familiaux diminue (de 1,46 à 1,26), dénotant un degré de cohabitation plus important dans la partie montagne-piémont que dans les plaines. De même, les familles comptent plus d enfants en amont de la zone (5,03 pour 4,68 dans les plaines) et le nombre des enfants résidents dans le ménage suit la même tendance (de 3,37 à 2,39). Ces caractéristiques tendent à confirmer non seulement la résistance à des comportements reproductifs modernes (réduction du nombre des enfants), mais également le maintien de la famille élargie de type traditionnel dans les zones, encore peu ou récemment urbanisées et équipées, des montagnes et piémonts. Dans les plaines, la proximité des villes (infrastructures, critères de vie, types d'emploi, etc.) conduit à des comportements familiaux proches des évolutions observées à l'échelle nationale : réduction de la fécondité, famille mononucléaire, baisse de la cohabitation des générations. A l'image du monde rural tunisien, l âge moyen des chefs de ménage est assez élevé (53 ans). Il l'est d autant plus de l'amont vers l'aval (de 56,2 ans à Béni Khedache à 50,8 à Mareth), ce qui confirme le maintien d une autorité patriarcale plus vivace, dans le cadre de familles élargies, dans les zones de montagne et piémont que dans les plaines. L'âge moyen de la population relevé pour la zone d'étude est plus élevé de 3 ans que celui observé pour le gouvernorat de Médenine et pour la Tunisie rurale (28,8 ans à l'enquête, 25,8 au recensement de 1994). Cette différence tient au faible nombre relatif des jeunes enfants, principalement dans la classe d'âge 0-4 ans, faiblesse qui est à relier à l'émigration. En effet, l'examen des pyramides (présentées en fin de paragraphe) montre que l'émigration touche actuellement des familles dont les parents ont entre 30 et 45 ans et leurs enfants entre 0 et 10 ans. Il s'agit donc de familles complètes. Cette migration familiale se double de celle d'individus célibataires, hommes ou femmes. A cet égard, on peut remarquer dans trois zones (Béni Khedache, Mareth, Sidi Makhlouf), un déficit notable des femmes à partir de 30 ans, à des âges de pleine fécondité. Déficit, qui a pour conséquence une baisse importante de la reproduction des familles et par la même un relatif faible nombre d'enfants en bas âge. 24 Un ménage peut comprendre 1ou plusieurs noyaux familiaux. La définition du noyau familial est la famille biologique composée d un couple avec ou sans enfants. L'enfant marié (fils ou fille), résident dans le ménage de son père ou de sa mère, constitue avec son conjoint et ses enfants (ou sans enfants) un noyau familial distinct de celui de ses parents. D'autres membres du ménage (frères, sœurs, ou père, mère, nièce, neveu, oncle, tante du chef de ménage) constituent également, seul ou avec leur conjoint et leurs enfants, un noyau familial, ainsi que les membres du ménage sans lien de parenté avec le chef de ménage, seul ou avec leur conjoint et enfants. 54
62 De plus, l'émigration des hommes en âge de mariage (entre 25 et 39 ans) entraîne des perturbations dans les comportements matrimoniaux 25 : tout d'abord par un retard dans le calendrier des mariages, ensuite par un changement de comportement des émigrants qui tendent de plus en plus à trouver leur conjoint dans la région où ils se sont installés. Dans le premier cas, les femmes célibataires trouveront éventuellement un conjoint à un âge avancé, dans le second cas elles sont laissées pour compte, ce qui expliquerait le nombre de célibataires femmes aux âges du mariage et de pleine fécondité particulièrement important : une femme sur trois âgée de 25 à 34 ans est non mariée dans la zone d'étude (cette proportion est d'autant plus importante dans les montagnes/piémonts et dans la zone au nord de Médenine). Cette situation laisse envisager une rupture avec les traditions migratoires anciennes où l'émigration ne s'accompagnait pas d'un déplacement du potentiel reproductif des familles. En fait, on assisterait à la diffusion du modèle migratoire qui prévaut déjà dans le nord du pays, qui serait déterminée par l'évolution sociale depuis l'indépendance (baisse de la cohabitation familiale, autonomie des jeunes couples, diminution des mariages entre cousins et croissance de l'homogamie 26, choix libre du conjoint, emploi des femmes, etc.). Il en résulte une réduction du potentiel de reproduction des familles dans la région d'émigration. Cette situation explique en grande partie la faiblesse des effectifs de jeunes enfants dans la zone d'étude. Le marché matrimonial y est ainsi très déséquilibré. A Béni Khedache, il n'y a pratiquement plus d'hommes à marier au delà de 30 ans alors que les célibataires femmes de cet âge sont encore relativement nombreuses (26,67 %). A Médenine Nord, c'est le contraire. Dans les deux autres zones (Mareth et Sidi Makhlouf), les femmes célibataires sont légèrement plus nombreuses que les hommes. La migration et la dispersion familiale (d'après l'enquête de base du programme) La dispersion familiale est un bon indicateur prospectif. Elle éclaire sur la répartition dans l espace des familles et de leurs proches et sur son évolution future, elle donne également une information sur les modalités des solidarités familiales, de leur maintien ou de leur dilution. Si l'origine des ménages est fondamentalement ancrée dans la région, celle-ci a été, de par ses maigres ressources, un foyer migratoire important et qui se perpétue encore aujourd'hui. L'intensité de la migration passée des chefs de ménage est en effet très élevée. Elle concerne plus d'un chef de ménage sur trois pour l'ensemble de la zone d'étude et dans le cas de Béni Khedache plus d'un chef sur deux. Cette intensité de la migration est particulièrement importante dans la montagne et les piémonts et cela à tous les âges, ce qui laisse entendre que la tendance migratoire y est une constante dans le temps et de nature structurelle, à l'image d'ailleurs de tout le massif des Matmata (cf. en particulier Nasr, 1993). Dans les autres zones, la migration des jeunes chefs de ménage semble nettement mois importante que celle de leurs aînés. La dernière migration du chef de ménage a concerné principalement les pays étrangers (71,18 % des destinations), en particulier la Libye (39,3 %) et la France (27,95 %). Les autres 25 La situation matrimoniale constatée dans la zone de la Jeffara apparaît particulièrement perturbée, surtout si on la met en relation avec l'évolution du milieu rural tunisien où l évolution vers le mariage plus tardif a été un peu moins sensible que dans les villes, surtout dans le Sud du pays (25,6 ans pour les deux sexes en 1994). On peut noter que dans la Jeffara, l'écart des âges moyens au premier mariage avec les moyennes nationales est important : 3,6 ans pour les hommes et 3,3 ans pour les femmes. 26 Homogamie : recherche d'un conjoint dans une même classe sociale ; se distingue de l'endogamie : mariage au sein de la famille élargie, et de l'exogamie : recherche d'un conjoint sans critère préalable de choix. 55
63 destinations sont Tunis, Gabès et les villes du Sud-Est. Il est à noter que ces destinations sont très variables suivant les zones et connaissent également des différenciations selon les époques. En ce qui concerne la dispersion des enfants du chef de ménage âgés de 20 ans et plus, on constate qu'un tiers d'entre eux sont encore dans le ménage, cette proportion étant deux fois moins importante dans la zone de Béni Khedache. En résumé, la dynamique démographique de la zone d'étude est fortement marquée par la migration. Il n'en reste pas moins que la fécondité reste à un niveau bien plus élevé que la moyenne nationale, et que par ailleurs la mortalité continue à reculer à grands pas, ce qui assure encore à la région un dynamisme démographique certain. Cependant il est clair également que les perturbations engendrées par la migration sur le marché matrimonial et par la migration des jeunes couples avec leurs enfants, vont ralentir ce dynamisme. Des signes indéniables de vieillissement de la population active et de la population elle-même sont visibles ; dans certaines zones la main d œuvre agricole se raréfie et l'on peut imaginer, sans crainte d'exagération, des scénarios de "désertification humaine", processus que l'on observe déjà dans les parties montagneuses. Il faut souligner par ailleurs, que les mécanismes de la migration se modifient, les formes de mobilité se diversifient et s'individualisent. 56
64 Zone de Jeffara plus 85 80_84 75_79 70_74 65_69 60_64 55_59 50_54 45_49 40_44 35_39 30_34 25_29 20_24 15_19 10_14 05_09 00_ Rapports de masculinité de la population _04 05_09 10_14 15_19 20_24 25_29 30_3435_39 40_44 45_4950_5455_59 60_64 65_6970_74 75_79 80_84 plus 85 Total Pyramide d'âge et rapport de masculinité de la zone d'étude JEFFARA 57
65 Pyramide d'âge dans la zone du Jebel Homme plus 85 70_74 60_64 50_54 Femme 40_44 30_34 20_24 10_14 0_ Rapport de masculinité dans la zone de Jebel 0_4 5_9 10_1415_1920_2425_2930_3435_3940_44 45_49 50_54 55_59 60_64 65_6970_7475_79 plus 85 Pyramide d'âge dans la zone de Piémont plus 85 70_74 60_64 Hommes 50_54 Femmes 40_44 30_34 20_24 10_14 0_ Rapport de masculinité dans la zone de Piémont 0_4 5_9 10_1415_1920_2425_2930_3435_39 40_44 45_49 50_54 55_59 60_64 65_6970_7475_79 plus 85 Pyramide d'âge dans la zone de Colline/ Plaine Homme plus 85 70_74 60_64 50_54 Femme 40_44 30_34 20_24 10_14 0_ Rapport de masculinité dans la zone de Colline/Plaine 0_4 5_9 10_1415_1920_2425_2930_3435_3940_44 45_49 50_54 55_59 60_64 65_69 70_7475_79 plus 85 Pyramide d'âge dans la zone de Plaine littorale Homme plus 85 70_74 60_64 50_54 Femme 40_44 30_34 20_24 10_14 0_ Rapport de masculinité dans la zone de la Plaine littorale 0_4 5_9 10_1415_1920_2425_2930_3435_39 40_44 45_49 50_54 55_59 60_64 65_6970_7475_79 plus 85 Pyramides d'âge et rapports de masculinité par âge et par zones géomorphologiques 58
66 2.2.4) La place de l'agriculture et du secteur extra-agricole dans les activités actuelles des ménages Il s'agit ici de présenter brièvement quelques grands traits qui peuvent caractériser la nature des principales activités économiques permettant la reproduction des ménages. L'identification des processus et de clés de compréhension des situations observées aujourd'hui, en particulier en termes de dynamiques des formes d'usage du milieu et des systèmes de production, ainsi que de compétition sur les ressources, sera l'objet de la partie suivante du rapport. La pluriactivité : une condition nécessaire au maintien des exploitations agricoles Les données recueillies lors de l'enquête de base indiquent que 34,5 % des actifs de la zone ont un statut professionnel lié au secteur agricole. On ne compte cependant que 8 % d'agriculteurs indépendants et seulement 17 % des chefs de ménage déclarent que les activités agro-pastorales constituent leur principale source de revenus (cf. rapport du thème 3). L'agriculture, qui est basée sur la céréaliculture (blé et surtout orge) et l'arboriculture pluviales (en particulier l'olivier qui représente environ 64 % des spéculations agricoles, ce taux atteignant près de 80 % en zone de montagne), constitue ainsi pour la grande majorité des familles rurales de la région d'étude une activité secondaire. Selon les zones, 60 à 75 % des ménages ont recours à plusieurs sources de revenus (travail dans le bâtiment, commerce, chantiers publics, pôles touristiques, emplois administratifs, etc.) aussi bien à partir de plusieurs activités du chef de ménage qu'à partir de celles des autres membres du ménage ; activités auxquelles il faut ajouter l'apport des transferts migratoires ou de l'aide de l'état. Dans ce contexte, on constate une dichotomie qui est une constante dans le milieu rural tunisien (avec plus ou moins d'intensité selon les régions) : une féminisation notable du travail agricole qui le plus souvent n'implique pas de rémunération salariale, les hommes ayant par contre une activité particulièrement polyvalente et plus rémunératrice. Concernant ces derniers, il faut cependant souligner l'importance du recours aux chantiers publics (qui revêtent une forme d'assistanat) ainsi que celle des hommes sans travail (ces deux postes regroupant près de 30 % des actifs). Enfin, les pratiques migratoires, comme on l'a déjà souligné, mais aussi les activités informelles (en particulier à travers les flux d'échanges avec la Libye 27 ) constituent des pivots essentiels de cette pluriactivité Sur cet aspect, on pourra en particulier consulter l'étude de H. Boubakri (2000) consacrée aux échanges transfrontaliers et au commerce parallèle aux frontières tuniso-libyennes. L'auteur y rappelle l'ancienneté des flux migratoires et d'échanges ainsi que le rôle des relations sociales traditionnelles dans l'essor contemporain de la circulation, officielle et clandestine, des biens et des personnes. 28 En termes de niveau et de conditions de vie, la zone d'étude a connu au cours des dix dernières années, en particulier, d'importantes avancées (qui se poursuivent) en termes d'infrastructures qui améliorent très sensiblement la situation des populations rurales (électrification, adduction en eau potable, scolarisation, santé, routes, etc.). Du point de vue du revenu des ménages, le revenu annuel moyen, tel qu'il est déclaré par les chefs de ménage, est de près de DT (les résultats sont bien sûr à manier avec prudence). Il semble que la disponibilité en ressources financières présente de sensibles disparités d'ordre social et spatial, et que la relative sécurité apportée par les stratégies de pluriactivité reste marquée de fragilité en raison de différents facteurs (limite des emplois locaux, fluctuations du secteur touristique et des opportunités migratoires liées au contexte international, etc.). 59
67 L'agriculture : un statut ambigu mais fondamental Face à cette situation de forte diversification des activités, l'affectation par les chefs de ménage de leur force de travail à d'autres activités que celle qui leur procure leur principale source de revenus révèlent cependant le poids de l'agriculture et de l'élevage comme ressources complémentaires, soit sous une forme financière, soit en autoconsommation. Près de 88 % des ménages ont en effet une activité agro-pastorale. L'importance de ce secteur subit bien sûr des fluctuations inter-annuelles en fonction notamment des conditions climatiques 29 mais aussi socio-économiques et des orientations données par les pouvoirs publics. Malgré tout, l agriculture représente toujours un domaine essentiel sous une double dimension économique et socio-culturelle : elle constitue, d'une part, un recours en terme de subsistances, de production de richesse et de gestion des risques, facteurs qui soulignent le rôle crucial joué par l'économie agricole, et elle forme, d'autre part, un référent culturel et patrimonial dont on verra plus loin la portée en abordant l'expansion de l'arboriculture. L'agriculture familiale s'avère primordiale pour maintenir les points d ancrage des populations locales 30. Un facteur déterminant pour l'évolution des systèmes agro-pastoraux : la privatisation des terres collectives Amorcée dès le début du Protectorat, le long processus de mutations des régimes fonciers traditionnels a été poursuivi et accéléré par l'état tunisien à travers une succession de décrets et de lois destinés à mener à terme la privatisation des terres collectives et la consolidation juridique des titres de propriété. Les cartes 2.8 et 2.9 (élaborées dans le cadre des travaux du thème 3 à partir de données du Service des Affaires foncières du gouvernorat de Médenine) montrent l'ampleur des transformations foncières dans la région d'étude entre 1964 et Durant cette période, les terres collectives ont régressé de 46 à 16 % de la superficie totale de la zone. Une telle évolution dans les modes d'appropriation du milieu naturel a entraîné un ensemble de mutations qui se poursuivent aujourd'hui : l'expansion des surfaces cultivées (l'arbre étant la marque de la propriété foncière) et le recul de la steppe, l'érosion des modes de gestion collectifs et des solidarités tribales qui font place à une individualisation de plus en plus prononcée des droits fonciers et des stratégies d'exploitation du milieu, le développement d'un marché foncier (l'héritage et le contrat mgharsa 31 tendent aujourd hui à reculer au profit de la multiplication des transactions de vente et d'achat de terrains), etc. (cf. rapports des thèmes 2 et 3). Ces mutations ont progressivement sapé le système agro-pastoral traditionnel. 29 Les résultats issus de l'enquête de base, entre activités principales et secondaires, peuvent ainsi être conditionnés par des variations liées à la période de sécheresse prononcée au cours de laquelle ces données ont été enregistrées. La campagne , avec le retour des pluies, a ainsi vu un regain considérable d'activité agricole et de la population active impliquée. 30 Il faut relever ici un élément, qui peut être important pour l'avenir, à savoir une certaine désaffection des travaux agricoles de la part des jeunes hommes adultes. 31 Le mgharsa (mot venant du verbe gharasa qui veut dire "planter") est un contrat entre le propriétaire d'un terrain et un planteur ou mgharsi. Ce dernier prend en charge la plantation et l'entretien jusqu'à la production des arbres (une dizaine d'années pour les oliviers). Une fois les arbres devenus productifs, les contractants procèdent au partage égal du terrain planté et le mgharsi devient propriétaire de sa partie de terrain. 60
68 Elles ont induit de nouveaux modes d'occupation spatiale et d'usage du milieu, ainsi que des processus d'intensification de l'exploitation des ressources qui seront abordés plus précisément dans la partie 3 du rapport. Concernant l'état actuel des structures foncières dans la région d'étude, deux caractéristiques peuvent être mises en évidence : 1/ la taille relativement limitée de la propriété foncière, puisque 50 % des exploitations agricoles ont 5 ha au plus ; 2/ le morcellement et la parcellisation semblent assez réduits puisque 72 % des exploitations sont composées de 3 parcelles au plus. Mais des différenciations sensibles sont observables selon les zones, comme par exemple sur des transects montagne/piémont/plaine centrale où une enquête limitée portant sur un échantillon d'une trentaine d'exploitations montre que seulement 12 % d'entre elles ont 5 ha au plus et que 60 % sont constituées de 3 à 6 parcelles. Une telle situation s'explique sans doute par le contexte d'expansion spatiale et de colonisation agricole qui se poursuit encore actuellement dans ces zones (cf. rapport du thème 2, chapitre 6 et partie 3 du rapport de synthèse). Typologie des systèmes de production Une typologie des systèmes de production actuels est proposée (cf. rapport du thème 1) ; elle est élaborée à partir des données des ménages enquêtés dans l'enquête de base et ayant une activité agro-pastorale et dont ont été extraites 15 variables 32. Ces dernières ont été subdivisées en 52 modalités (voir rapport du thème 1). Une analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) a été réalisée sur ces données avec le logiciel Statbox. Les résultats obtenus ont été couplés à une classification ascendante hiérarchique (CAH) appliquée sur les modalités des variables, ce qui a permis de mettre en évidence 7 groupes : % échantillon les petits agro-éleveurs vivriers les agro-éleveurs en croissance productive les moyens agriculteurs stricto sensu les petits agriculteurs stricto sensu en situation précaire les grands agro-éleveurs les grands éleveurs 10-4 les petits éleveurs précaires 5 Les principales caractéristiques de ces groupes sont synthétisées dans le tableau On y retrouve les trait généraux des systèmes de production de la zone, à savoir le recours quasi systématique des ménages à des activités extérieures à l'agriculture, sauf en ce qui concerne les grands éleveurs qui ont des contraintes de main d'œuvre constante tout au long de l'année. On observe de même une assez grande différenciation des systèmes de production en fonction de l'âge du chef de ménage et des étapes des cycles de vie des familles. Le groupe des agroéleveurs en croissance productive représente une part importante de l'échantillonnage (près de 30 %), reflétant le fait que les processus d'emprise agricole sur les milieux sont toujours dans une phase de croissance. 61
69 Carte 2.8 : 62
70 Carte 2.9 : 63
71 On constate que, hormis les éleveurs en situation de précarité, tous les groupes possèdent des plantations arboricoles (surtout oliviers) significatives par rapport aux superficies cultivées au sein de l exploitation ; l'analyse des questionnaires d'enquête montre que cette spéculation continue de faire l'objet de projets d'extension au sein des ménages. En ce qui concerne l'élevage, l'influence de la date de réalisation de l'enquête est très importante étant donné la malléabilité de ce type de spéculation pour s'adapter aux conditions ambiantes. On observe cependant que la forte part des parcours dans les systèmes de conduite alimentaire des troupeaux se conserve uniquement dans le cas des grands éleveurs qui basent leur système sur l utilisation des parcours collectifs situés à l extérieur de la zone d étude (El Ouara, Jeffara orientale, Dhahar, etc.). Les grands agro-éleveurs présentent une dualité en ce qui concerne la conduite alimentaire du troupeau : soit il s'agit d'un troupeau transhumant mené par un berger salarié, soit le troupeau reste autour de l'exploitation et est alimenté principalement avec des aliments achetés à l'extérieur ; les activités de maquignonnage y étant souvent associées. Tableau 2.11 : Importance des différents variables dans les sept groupes déterminés par l'afcm et la typologie Structure agraire -- = Élevage Arboriculture = ++ + = 0 Irrigué Dépendance parcours ou Dominance caprins Structure familiale = - - Age du chef de ménage = = ++ - Revenu agricole -- - = = -- Activité extérieure Revenu total ? -- -, +, = : importance relative des variables retenues dans chaque groupe (0 : absence) Ces types de systèmes de production peuvent aussi s'appréhender en fonction de leurs "trajectoires" historiques et socio-économiques. D'une part, on observe des systèmes de production relativement stables, "assis" (1.1, 2.1, 3.1, 3.2), dont les chefs de ménages sont relativement âgés et où les structure agraires sont suffisamment importantes (2.1, 3.1, 3.2) et/ou diversifiées (1.1) pour permettre le fonctionnement actuel des systèmes ; ils se différencient cependant par leurs relations avec le marché (y compris à travers de nouvelles formes d'irrigué qui seront analysées dans la partie 3 du rapport). D'autre part, deux groupes se caractérisent par une précarité importante, dont il est à noter qu'ils sont associés à une certaine spécialisation (agriculteurs stricto sensu pour 2.2, éleveurs pour 4). Enfin, le groupe 1.2, est constitué par des chefs de ménages relativement jeunes pour la zone, ayant des revenus extérieurs importants fréquemment injectés dans le fonctionnement du système de production pour l'améliorer ; on retrouve dans ce groupe des petits agriculteurs qui tentent d'installer des périmètres irrigués pour diversifier leurs productions. 32 Ces variables sont d ordre socio-économique (âge du chef de ménage, taille du ménage, nombre d actifs familiaux dans le ménage, source principale de revenus, % du revenu agricole par rapport au revenu total, niveau de revenus monétaires du ménage, emploi permanent ou temporaire de personnes extérieures au ménage), agricole (nombre total d hectares exploités par le ménage, % des terres d arboriculture par rapport aux terres exploitées, terres cultivées en irrigué, utilisation des intrants agricoles, etc.) et pastoral (taille du troupeau, espèce animale dominante dans le troupeau, part des parcours dans l alimentation du troupeau, mobilité du troupeau). 64
72 La représentation spatiale des systèmes de production issus de la typologie montre une différenciation géographique assez marquée (cf. carte 2.10). Les petits agro-éleveurs vivriers (1.1) se localisent principalement en zones de montagne et de piémont, zones d occupations permanentes de l espace les plus anciennes. Les moyens agriculteurs stricto sensu (2.1) se répartissent soit dans les piémonts, soit dans la partie sud-est de la plaine littorale. Les agroéleveurs en croissance productive (1.2) présentent une répartition allant de la plaine littorale jusqu aux contreforts de la montagne dans sa partie septentrionale (Dkhilet Toujène). On observe aussi que la répartition spatiale des exploitations de ce dernier groupe et celle du groupe 2.2 (petits agriculteurs stricto sensu en situation précaire) sont très proches, ce qui tend à émettre l hypothèse que ces deux groupes ont une base commune et que la marge de différenciation entre risques de précarité et opportunités de développement de l exploitation agricole pourrait être très faible. De manière générale, ce type de répartition spatiale apparaît essentiellement lié aux types de milieu en présence (topographie, types de formations végétales) et à l ancienneté de l'emprise agricole, alors que l'appartenance tribale ou des délimitations administratives ne semblent qu assez peu influencer cette répartition. 65
73 Carte 2.10 : IV II V III I 66
74 Pour conclure cette deuxième partie du rapport, on peut souligner que le bassin de Zeuss- Koutine est une zone faiblement arrosée avec une variabilité (mensuelle, saisonnière et annuelle) très marquée des précipitations. Cette variabilité, conjuguée à une topographie accidentée principalement au niveau de la partie amont, a une répercussion sur l'état du ruissellement des eaux de surface qui est particulièrement irrégulier et peu efficace pour l'alimentation des nappes. En ce qui concerne la valorisation agricole de ces eaux de surface, on observe des situations très différenciées selon la localisation des parcelles et les types d'aménagements pratiqués. Selon certaines estimations (en se basant sur la formule de Fersi) et compte tenu des variations soulignées, on peut estimer le volume moyen annuel ruisselé au niveau du bassin versant à 11 millions de m 3. L'indigence en eaux superficielles est en partie compensée par l'importance relative des ressources en eau souterraines. En effet, cinq nappes phréatiques et cinq nappes profondes ont été identifiées au niveau du bassin versant totalisant un débit d exploitation de l'ordre de l/s. Cependant, ces ressources ont connu et connaissent encore (tout particulièrement pour les nappes phréatiques) une surexploitation qui a engendré ces dernières années une augmentation de la salinité; elles nécessitent par conséquent d'être gérées avec prudence. Quant aux ressources en sols, elles sont formées en majorité par des sols minéraux bruts d'érosion, des sols calcimagnésiques et des sols isohumiques peu profonds reposant sur des croûtes calcaires ou gypseuses. Leurs vocations agricoles sont souvent limitées avec une sensibilité accrue à toutes les formes de mise en culture. Cette sensibilité des terres a été évaluée dans la zone d'étude à travers un ensemble d'indicateurs qui mettent en exergue, d'une part, les causes de la dégradation et des risques de désertification qui sont à la fois d'origine naturelle et anthropique et, d'autre part, les effets de ces processus sur les milieux biologique et physique. L'analyse de la dynamique de la couverture végétale entre 1972 et 2001 montre bien une emprise agricole sur les steppes à travers une extension de l'arboriculture et d'une céréaliculture épisodique avec l'utilisation d'outils de travail du sol non appropriés (polydisques). Cet ensemble de données et ces constats sur l'état du milieu physique soulèvent une série de questionnements sur de nouvelles stratégies de développement prenant mieux en compte les facteurs de production de base, la recherche d'une adéquation entre les pratiques culturales et les propriétés des sols, la recherche d'un équilibre entre la capacité de production fourragère des sols et l'effectif du cheptel, etc. Concernant les dynamiques d'occupation et de mise en valeur de ce milieu par les hommes, nous avons souligné l'ancienneté de l'empreinte humaine et de processus d'anthropisation reposant notamment sur des techniques de valorisation des eaux pluviales à des fins agricoles. Voie de passage mais également lieux de forts enracinements territoriaux, la région est marquée par des dynamiques de peuplement complexes. Les modes de vie traditionnels des populations peuvent être caractérisés, de manière globale, par un système de production agropastoral associé à des formes de semi-nomadisme; il existait conjointement des foyers de vie basés sur d'autres formes plus minoritaires de production et d'occupation de l'espace (économie à dominante agricole et sédentarité chez des communautés montagnardes et oasiennes). La sédentarisation, des initiatives pour la privatisation des terres collectives et la mise en valeur agricole de la steppe, enclenchées dès le début du 20 ème siècle dans le cadre de la politique coloniale, ont amorcé un processus de déstructuration des systèmes agropastoraux, de déstabilisation des communautés paysannes et d'intensification dans les modes d'usage du milieu. On observe par la suite une certaine continuité dans les orientations stratégiques des politiques mises en œuvre par l'état tunisien en matière de développement 67
75 agricole et rural au niveau de la région, avec cependant un changement d'échelle important dans les moyens financiers engagés et une forte volonté d'intégration et de territorialisation des actions sectorielles, ceci surtout à partir de la fin des années La période qui s'ouvre alors est celle d'une politique de libéralisme plus manifeste mais où la dimension sociale prend davantage d'importance avec la responsabilisation des acteurs de base du développement rural, qui reste néanmoins à confirmer et amplifier. De profonds changements ont touché la configuration de la région, depuis une vingtaine d'années, dont nous rappellerons les principales caractéristiques actuelles sur le plan territorial, social et économique : La région a bénéficié d'investissements massifs et de différents programmes portant sur les infrastructures, la production agricole (en particulier l'arboriculture), les aménagements de CES, etc. Il s'en est suivi un désenclavement et une amélioration des conditions de vie mais également une pression anthropique accrue sur les ressources naturelles, en particulier les ressources en eau. Concernant ces dernières, et face aux risques de déficits, il s'ensuit le passage d'une politique centrée sur l'offre à un modèle plus décentralisé tourné vers une gestion à long terme et intégrée de la demande. La dynamique démographique de la zone est fortement marquée par la migration qui est ancienne, structurelle mais dont les mécanismes se modifient. Il n'en reste pas moins que, dans le contexte de transition démographique bien engagée (changements dans les comportements reproductifs et les structures familiales, etc.), la fécondité reste à un niveau plus élevée que la moyenne nationale et que par ailleurs la mortalité continue à reculer à grands pas, ce qui assure à la région un dynamisme démographique certain. La pluriactivité, dont les pivots essentiels sont les pratiques migratoires et les activités informelles, constitue une condition nécessaire au maintien des exploitations agricoles. L'agriculture occupe ainsi un statut ambigu mais fondamental : elle n'est pas la principale source de revenus des ménages mais elle n'en reste pas moins un domaine essentiel tant en termes économiques que socio-culturels. Une typologie des systèmes de production actuels a pu être élaborée qui vient notamment confirmer l'ampleur de ce recours aux activités extra-agricoles, une différenciation en fonction de l'âge du chef de l'exploitation (qui a tendance à croître) et des étapes des cycles de vie des familles, et pour laquelle on peut distinguer certaines formes de distribution spatiale. 68
76 PARTIE 3 - LES INTERACTIONS ENTRE STRATEGIES DES ACTEURS, USAGES DES RESSOURCES ET DYNAMIQUES ENVIRONNEMENTALES ) Mutations des systèmes de production agro-pastoraux et dynamiques des milieux et des ressources Les transformations des relations entre les sociétés et leur environnement revêtent des formes diversifiées et complexes qu'il y a lieu d'appréhender sur des pas de temps suffisants et dans le cadre de systèmes d'interactions. Nous nous attacherons ici à dégager les principaux processus de transformation que la zone d'étude a connu au cours du XX ème siècle dans les modes d'occupation de l'espace et d'usages des ressources naturelles par les acteurs ruraux. Quelles formes d'évolution caractérisent les systèmes de production agropastorale? Quelles sont les interrogations qui peuvent aujourd'hui se poser quant à leur devenir, tant en termes de viabilité socio-économique qu'environnementale? 3.1.1) Dynamiques d'occupation spatiale et usages du milieu Comme déjà évoqué, la région de la Jeffara a connu l'amorce de profondes transformations dès l'époque coloniale. De nouvelles formes de mise en valeur du milieu, des mouvements de population et un nouveau maillage territorial marquent alors l'engagement de recompositions socio-territoriales et de disparités spatiales entre la frange littorale et l'intérieur de la région. Ces changements s'amplifieront par la suite (force attractive des localités, en particulier Médenine ; croissance du pôle touristique de Jerba-Zarzis) dans le cadre des politiques mises en œuvre par l'état tunisien, même si des inflexions et rééquilibrages sont recherchés depuis un certain nombre d'années. La concentration du peuplement et des activités économiques dans la Jeffara littorale détermine toute la politique régionale de mobilisation et d'exploitation des ressources naturelles, en sol et surtout en eau (Abaab, 1986). Concernant la zone du programme plus précisément, une étude a été réalisée afin d'examiner les processus clés des dynamiques d'occupation spatiale et d'emprise sur le milieu dans le cadre des mutations des systèmes agro-pastoraux (cf. rapport du thème 2, chapitre 6). Le choix du champ géographique retenu pour mener cette analyse se fonde sur deux éléments principaux : 1/ il présente l'intérêt d'associer quatre types d'espace et de milieux le long d'un gradient Ouest-Est commençant par le plateau du dhahar, le relief montagneux, suivi des piémonts et de la plaine centrale ; 2/ cette aire est le théâtre de transformations qui, au-delà de certaines spécificités et sans extrapoler outre mesure, semblent représentatives de dynamiques de portée plus régionale. Colonisation agricole et multipolarité spatiale La zone d'étude est marquée par une dynamique de peuplement de la montagne vers les piémonts, puis vers la plaine centrale. Cette dynamique s'accompagne de nouvelles formes de mise en valeur du milieu qui ont pour corollaire le glissement du système agro-pastoral traditionnel vers des systèmes de production caractérisés en particulier par une inversion du pôle dominant d'activités : affaiblissement de l'élevage pastoral et intensification de 33 Partie coordonnée par B. Romagny, avec les contributions de D. Genin, H. Guillaume, M. Ouessar et B. Romagny. 69
77 l'agriculture. Différentes phases, qui sont schématisées dans la figure composite 3.1, peuvent être identifiées dans ce processus. On peut tout d'abord souligner deux éléments : d'une part, les hommes colonisent en priorité les lieux les plus appropriés pour l'accès à l'eau, pour les travaux agricoles (en reproduisant le système montagnard des jessour) et pour la construction de leur habitat troglodyte ; d'autre part, cette appropriation s'opère généralement à travers des formes de conciliation et de coopération assurant une certaine équité dans l'usage des eaux de ruissellement (ce qui est confirmé dans l'analyse des modalités de colonisation d'un micro bassin versant objet d'un examen détaillé ; cf. rapport du thème 2, chapitre 7). Les transformations engagées connaissent un seuil décisif à partir des années sous l'effet de la croissance démographique et des politiques de l'état tunisien (avec néanmoins un net ralentissement à la fin des années 1960 en raison des effets de la phase de politique collectiviste). La période qui s'ouvre voit l'aboutissement de la sédentarisation, la progression de l'aménagement territorial et l'essor de l'emprise agricole favorisée par l'accélération de la privatisation des terres collectives et des aides publiques à l'oléiculture (cf. volet 4 de la figure 3.1). De nouveaux besoins et critères de vie émergent chez les populations, soutenant par la même les changements en cours. Cette évolution se traduit par le passage d'un pôle rayonnant centré sur une assise séculaire dans la montagne à un système multipolaire distribué entre les espaces de montagne et de piémont/plaine (Guillaume & al, 2003). Ce nouveau maillage polycentrique présente l'originalité d'être fortement structuré selon des axes et liens bipolaires fondés sur les appartenances sociales et tribales. Il s'ensuit la constitution d'un espace agricole hybride, disjoint, la structure foncière des exploitations étant éclatée entre les différents milieux, avec des formes de bipolarité résidentielle. Une nouvelle phase est ouverte depuis les années 1980 qui voit ces dynamiques gagner désormais les espaces qui restent à conquérir dans la plaine centrale (avec également un développement de l'irrigué). Un tel processus conduit à une intensification croissante des activités (cf. volet 5 de la figure 3.1), sur laquelle nous allons revenir plus en détail de même que sur la durabilité de ces nouvelles configurations, tant en termes de préservation des ressources naturelles que de viabilité des nouvelles formes de développement agricole. De telles dynamiques d'intensification des usages touchent également la plaine littorale et sont donc générales à l'ensemble de la zone d'étude, tout comme à la presqu'île de Jorf qui la jouxte (où l'oléiculture avait progressé dès le début de l'époque coloniale et où la mise en œuvre de cultures irriguées à partir de puits de surface est relativement ancienne). Fragmentation des espaces Ces mutations débouchent notamment sur des processus de fragmentation des espaces et de pression accrue sur le milieu. C'est ainsi qu'entre 1972 et 1998, la superficie des steppes pures a régressé, dans la zone d'étude, de 39 % environ, celle des cultures pures augmentant de 270 %, comme le figure la carte 2.6 de la partie précédente (cf. rapport du thème 1 ; Hanafi & al, 2002). L'expansion de l'arboriculture a en effet été spectaculaire durant cette même période. Une analyse basée sur un corpus de photos aériennes géoréférencées portant sur une zone (Demmer, Ksar Jedid, El Bhaiyra) représentative d'un transect montagne/piémont/plaine centrale montre l'ampleur de la dynamique de peuplement et de mise en culture des sols (cf. rapport du thème 2, chapitre 6). La superficie en arboriculture (comme le représente la carte 3.1) y a progressé d'environ 180 % dans la partie montagneuse, 356 % dans le piémont et 798 % dans la plaine centrale. Il résulte en particulier de ces mutations une fragmentation amplifiée des espaces avec une atomisation toujours plus grande des zones de steppes et des terres de parcours, ce qui induit de nouvelles donnes pour les systèmes agro-pastoraux. 70
78 Figure 3.1 : Mutations agro-pastorales et dynamiques territoriales sur un transect montagnepiémont-plaine centrale au cours du XX ème siècle : région de Médenine-Béni Khedech- Toujène / Sud-est tunisien. Réalisation : H. Guillaume, D. Genin, H. Nouri. Dessins P. Home. Dans les années Dans les années
79 Dans les années Dans les années
80 Depuis les années
81 Carte 3.1 : 74
82 3.1.2) Une diversité et une complexité accrues des systèmes de production agro-pastoraux : de nouvelles contraintes, de nouvelles opportunités? Les structures de production sont extrêmement hétérogènes, à la fois au niveau de la Jeffara et au niveau des grandes unités géomorphologiques présentes ; ainsi si la moyenne de la propriété foncière sur l'ensemble de la zone est de 7,9 ha/ménage (écart-type 11,7), 50 % des ménages possèdent une superficie entre 1,1 et 5 ha ; comme cela a déjà été mentionné dans la deuxième partie, il semble aussi que de nombreuses exploitations possèdent une taille supérieure dans les espaces combinés de montagne/piémont/plaine centrale. Néanmoins, si l'on tente de définir le cas de figure classique de l'exploitation agropastorale en Jeffara, on pourrait dire qu'elle correspond aux caractéristiques suivantes : une activité familiale comprenant 3-4 actifs/ménage, la possession d'environ 70 pieds d'oliviers, une trentaine d'autres arbres fruitiers, la mise en culture de céréales en sec (avec très peu d'intrants) de 2 à 5 ha quand les conditions climatiques le permettent (2 à 3 années sur 5) et la propriété d'un troupeau sédentaire d'une trentaine de têtes de petits ruminants (2/3 ovins, 1/3 caprins). Mais ce schéma est à nuancer en fonction des conditions topo-pédologiques et de facteurs de différenciation socio-économiques de divers ordres (accès à l'eau, à différents faciès écologiques, proximité de centres urbains, taille du ménage et diversité d'activités liées à la migration et l'emploi de proximité de ses membres). D'une manière générale, on assiste à une complexification croissante des orientations des systèmes de production. Ceux-ci prennent des options variées, généralisant l'utilisation et la pression sur les différentes ressources actuellement ou potentiellement disponibles. Au niveau individuel, on assiste quand même à une tendance marquée à une spécialisation des exploitations. Comme on l'a vu dans la partie 2 de ce rapport, la typologie statique élaborée à partir des informations collectées dans l'enquête de base fait apparaître sept groupes en fonction des orientations productives dominantes des exploitations et de leur structure socio-économique. Pour replacer dans le temps cette typologie des systèmes de production actuels, une représentation des dynamiques d'évolution de ces systèmes au cours du XX ème siècle est proposée dans la figure 3.2. Figure 3.2 : Dynamiques des systèmes de production en Jeffara (adaptée de Rahmoune, 1995). Niveau d'intensification/artificialisation Accès à l eau (puits, forages, achats) Périmètres irrigués Agriculture de jessour en montagne Colonisation de la plaine Revenus extra-agricoles Accès au foncier Système agricole à complément d élevage articulé au marché Oléiculture dominante Polyculture Elevage Système agropastoral diversifié Système pastoral associé à la céréaliculture épisodique en plaine Système agropastoral dominant Privatisation du foncier Revenus extra-agricoles Système agropastoral diversifié Morcellement Décapitalisation Pluriactivité restreinte Système résiduel à dominante pastorale Réduction d accès aux parcours Vivrier Précaire Grand élevage transhumant Troupeau confié et travail extra agricole Précaire Années depuis les années 1970 Temps 75
83 Les trois aspects saillants de ces mutations concernent : Le développement spectaculaire de l'arboriculture Concomitante aux dynamiques d'occupation spatiale décrites et encouragée par les politiques publiques (aides octroyées à la plantation, etc.), cette expansion se traduit aujourd'hui, selon les recensements du CRDA, par l'emprise suivante : le gouvernorat de Médenine compte plus de 4 millions d'oliviers (14 % de croissance depuis 1989), dont plus d'un million dans notre zone d'étude, et plus de deux millions de pieds d'autres arbres fruitiers (15 % de croissance pour les amandiers depuis 1989). Le capital arboricole est en moyenne de 103 pieds par ménage au niveau de la région étudiée, avec des disparités importantes selon la zone (par exemple, Toujène : 24 pieds, El Alaya : 242 pieds) et selon les exploitations (0 à 800 pieds). La densité des oliviers est en moyenne de 13 pieds/ha. Les olives représentent 63 % (en volume) de la production agricole totale au niveau de l'exploitation (hors élevage). La production d'olive est faible (18,5 kg d'olives par pied en moyenne sur le gouvernorat de Médenine), avec des variations inter-annuelles très fortes - entre 42 kg/pied en 1991 et 3,8 kg/pied en (ODS, 2003), mais aussi des situations topo-climatiques très contrastées permettant parfois d'obtenir des rendements importants (en zones de jessour notamment). L'expansion de l'arboriculture pose des problèmes liés à un itinéraire technique en particulier le travail du sol - peu adapté sur les parcelles plantées, qui augmente les besoins en eau et l'érosion des sols. De plus, la progression qui se poursuit dans des zones marginales risque d'aggraver les aléas de la production et la pression sur les ressources hydrauliques car les arbres nécessitent souvent des apports extérieurs en eau. La récente période de sécheresse ( ) a en effet montré combien des apports en eau étaient impératifs pour tenter de sauver des oliviers, et a fortiori des amandiers et autres fruitiers, mais aussi combien ils étaient hors de portée financière pour la très grande majorité des agriculteurs qui voient là leur dépendance s'accroître à l'égard de systèmes marchands d'accès à l'eau (Romagny & al, 2003b). Les fonctions déclarées de ces productions sont essentiellement de subvenir aux besoins en auto-consommation des familles (cf. enquête de base), mais le marché des olives et de l'huile d'olive est soutenu dans la région. Néanmoins, l'expansion de l'oléiculture selon le processus en cours peut paraître hypothétique dans la mesure où cette spéculation est caractérisée dans une telle région à forte aridité "par de faibles rendements, une qualité déficiente et une rentabilité limitée" (ODS, 2003). Face à ce constat, la poursuite de mises en culture dans de telles conditions, marquées par une prise de risques accentuées pour les exploitants, ne peut sans doute se comprendre sans la prise en compte de certains éléments constitutifs des logiques paysannes de mise en valeur du sol et qui viennent se combiner à des préoccupations purement productives et de seule rentabilité dans le court terme (cf. encadré 3.1). On peut également ajouter, pour expliquer cet essor de l'arboriculture et analyser les pratiques des agriculteurs, le fait que ces derniers n'ont guère eu jusqu'à présent d'autres choix pour développer des cultures alternatives. L'expansion de périmètres irrigués privés Le développement de cette forme d'irrigué représente le mode d'intensification le plus poussé dans le processus d'anthropisation accrue des espaces. Cette expansion peut être considérée comme une variante mais aussi comme une nouvelle étape de l'intensification des modes d'exploitation du milieu et donc de la pression exercée par les hommes sur les ressources en sol et en eau (cf. encadré 3.2). La création de périmètres privés s'est multipliée ces dernières années (cf. les éléments sur l'irrigué détaillés dans la suite de cette partie, issus des travaux du 76
84 thème 2 et du mémoire de S. Palluault, 2003), sans doute accélérée par la longue période de sécheresse. Ce mouvement correspond aux aspirations et demandes prioritaires de la très grande majorité des exploitants agricoles de la région. L'objectif est de réduire les effets des aléas climatiques et de disposer de produits à plus forte valeur ajoutée. Cependant, la mise en place de périmètres irrigués est bien souvent hors de portée de nombreux exploitants agricoles de la Jeffara, car les conditions d'autorisation de forage et d'exploitation demandent des moyens financiers sans commune mesure avec les revenus des acteurs ruraux traditionnels de la Jeffara. Outre ces contraintes, on peut remarquer que l'écoulement des produits nécessite une infrastructure individuelle et une organisation de la filière actuellement déficientes dans la zone. Le cas d'un des exploitants ayant fait l'objet de suivis d'exploitation (dans le cadre des activités du thème 1) est assez symptomatique des enjeux et incertitudes en cours pour être mentionné. En effet, cet exploitant, après avoir misé sur le développement de cultures de vente en irrigué (piments, carottes, etc.), se trouve confronté à un problème de rentabilité de ses produits et d'écoulement sur le marché. Il réfléchit à d'autres formes de valorisation des opportunités ouvertes avec la création de son périmètre irrigué, par l'introduction de cultures fourragères intensives (luzerne, maïs) et une plus grande intégration agriculture-élevage au sein de son exploitation. Des changements radicaux dans les modes de conduite des troupeaux, associés à une réduction de l'importance de l'élevage au sein des exploitations Ce phénomène est observé dans tout le Maghreb et plusieurs études en ont fait la synthèse (Abaab et al., 1995 ; Abaab et Genin, 2003 ; Bourbouze, 2002). La Jeffara n'échappe pas à ce constat et l'exiguïté des terres résiduelles non encore cultivées ou plantées vient encore exacerber les évolutions (cf. rapport du thème 1). Aujourd'hui, l'élevage est le plus souvent une activité productive secondaire au sein des exploitations en Jeffara ; mais elle est toujours largement pratiquée (près de 70 % des ménages enquêtés lors de l'enquête de base déclarent avoir une activité d'élevage). Cet élevage, dans le cas de figure classique, est réduit à un troupeau sédentaire composé d'une trentaine de femelles reproductrices (2/3 ovins, 1/3 caprins). Les troupeaux sont maintenus grâce au pâturage sur les steppes résiduelles avoisinantes des exploitations et à l'emploi de plus en plus prégnant d'aliments achetés à l'extérieur de l'exploitation. Avec le morcellement des terres et l'augmentation du nombre des unités de production, l'activité pastorale est, d'une part, génératrice d'un risque accru de surpâturage dans les steppes résiduelles qu'elle utilise et s'ouvre, d'autre part, à des types d'élevage très utilisateurs de ressources fourragères extérieures (foin et concentrés) pouvant aller vers des élevages presque de type hors-sol. Cette option peut, peut-être, constituer une opportunité pour accroître les revenus familiaux ; elle n'en entraîne pas moins une dépendance vis-à-vis de nouvelles externalités pouvant réduire les capacités d'adaptation et de flexibilité de ces systèmes, et l'on peut se poser la question de leur compétitivité vis-à-vis des systèmes comparables mais situés plus près des zones de production et d'approvisionnement en fourrages et aliments du bétail et dans des conditions climatiques plus favorables. Néanmoins comme l'indique N. Cialdella (cf. rapport du thème 1), même si l'activité d'élevage ne constitue plus aujourd'hui l'activité fondamentale pour la reproduction des systèmes exploitation-famille de Jeffara, elle n'en est pas moins toujours un élément important de par ses propriétés de pouvoir tampon vis à vis des aléas de tous ordres, sa flexibilité à la fois en terme de fonctionnement - selon les conditions, les éleveurs modulent leur conduite du troupeau et les objectifs qu'ils lui assignent et de mobilisation et gestion des revenus (ventes si besoins immédiats, capitalisation des surplus, etc.) et enfin de par son ancrage culturel très fort. L'élevage constitue encore aujourd'hui un moyen de subsister lors de périodes particulièrement critiques, d'équilibrer l'économie familiale sur le long terme, d'épargner 77
85 (voire de spéculer), ou encore d'affirmer son identité de pasteur. Cependant, dans le contexte actuel, il semble difficile d'avoir une activité d'élevage sédentaire qui permette la reproduction des familles sans recours à des sources de revenus extra-agricoles. L'élevage transhumant peut encore assurer cette fonction, à condition d'avoir un troupeau important (de taille supérieure à 200 femelles reproductrices) et que soient garanties les possibilités de mouvement et les conditions d'accès des troupeaux aux vastes zones pastorales, jouxtant la région de la Jeffara. Comme cela sera évoqué plus précisément, on assiste actuellement à un début d'emprise agricole sur ces espaces, en particulier sur le plateau du dhahar, qui pourrait à terme poser des graves problèmes de compétition pour la mobilisation et l'utilisation des ressources naturelles. L'intensification de l'élevage semble être une tendance sensible en Jeffara, notamment dans les zones péri-urbaines. Elle pose cependant des interrogations sur la régularité des approvisionnements en fourrages et aliments du bétail, et sur sa compétitivité vis à vis des autres régions d'élevage du pays. Enfin, les possibilités d'accès à l'eau d'irrigation pourraient être un facteur décisif d'évolution des systèmes d'élevage, avec l'émergence de systèmes intégrés producteurs de fourrages en irrigué et d'animaux à haute valeur marchande. Mais là encore, ce type d'évolution fait peser sur cette activité un accroissement des risques dans un secteur très concurrentiel pour la mobilisation et l'exploitation des ressources en eau ) Vers une saturation des espaces locaux : l'ouverture de nouveaux fronts de colonisation agricole Comme nous l'avons examiné, une nouvelle phase est engagée depuis les années 1980 dans l'anthropisation, l'artificialisation du milieu et l'intensification des pratiques agraires. Face à la saturation en cours des espaces et à la fragilité de la reproductibilité des systèmes de production, on assiste actuellement à de nouvelles étapes et stratégies d'occupation spatiale et d'intensification des activités. Cette évolution prend la forme, d'une part, de la multiplication des périmètres irrigués dont nous venons de traiter et, d'autre part, de la conquête sur le plateau du dhahar de nouvelles terres cultivables jusque là réservées aux parcours (cf. rapport du thème 2, chapitre 6). Le développement de plantations d'oliviers s'y opère à la faveur du partage en cours des terres collectives ainsi que du faible coût de la terre comparativement aux zones de jessour traditionnels et de plaine (un hectare non planté y vaut environ 80 DT alors que son prix peut atteindre à DT dans la plaine). Cette expansion de l'arboriculture répond tout à la fois à la volonté d'affirmer la propriété foncière, à un objectif de production et à la dimension patrimoniale représentée par la plantation et la transmission des oliviers. L'ouverture de ces nouveaux fronts de colonisation sur le dhahar soulève des questions d'ordre socio-économique et écologique. Elle entraîne une accentuation du morcellement et de l'éclatement des patrimoines fonciers et l'on peut se demander dans quelle mesure les exploitations agricoles et leur force de travail resteront à même à l'avenir de valoriser des espaces agraires aussi disjoints 34. Par ailleurs, cette avancée de l'arboriculture sur des espaces traditionnellement voués aux pâturages et à la céréaliculture en sec vient amplifier les déséquilibres et situations de concurrence entre élevage et agriculture constatés au niveau régional. Elle s'inscrit enfin dans des conditions environnementales à priori peu propices pour l'arboriculture. 34 Face à ces difficultés, les enquêtes de terrain ont révélé quelques cas d'agriculteurs qui se sont attachés, ces dernières années, à échanger des parcelles situées sur la montagne et dans l'espace de piémont/plaine ; mais de telles initiatives de remembrement restent semble-t-il exceptionnelles. 78
86 3.1.4) Des situations de déprise agricole Dans le contexte de risques accrus pour l'arboriculture que nous avons mis en évidence, et malgré la récente période de sécheresse, il ne paraît pas y avoir eu, du moins pour l'instant, de mouvement important et relativement généralisé d'abandon d'exploitations agricoles et de départ vers les pôles urbains. Le rôle de la pluriactivité dans la reproduction des systèmes exploitation/famille entre certainement ici en ligne de compte. Dans les cas de départ, il semble que les causes combinent souvent en fait des difficultés relevant de la production agricole mais aussi des conditions de vie plus générales des ménages (manque d'infrastructures : électricité, adduction en eau potable, école, etc.). Il en est ainsi dans quelques zones défavorisées où les départs peuvent alors représenter des effectifs importants par rapport à la population locale. Les terres ne sont pas véritablement délaissées, elles seront ensemencées en blé et en orge dès le retour de pluies suffisantes ; mais il semble par contre que le départ soit vécu comme définitif par la grande majorité des familles concernées. Les grands traits de l'évolution des systèmes de production présentés entraînent des bouleversements des équilibres traditionnels entre pression humaine et dynamiques des ressources et des milieux ; c'est ce que nous illustrerons dans les quatre encadrés synthétiques suivants. 79
87 Encadré 3.1 : Arboriculture et vocation / états des sols La culture de l'olivier est une pratique qui remonte à des millénaires en Jeffara. Elle était traditionnellement localisée devant les jessour en zones de montagne (souvent accompagnée de figuiers), de manière à profiter de la concentration de fertilité et d'approvisionnement en eaux de ruissellement pluviale. L'expansion de l'olivier - et d'autres fruitiers (figuiers, amandiers) - vers la plaine de la Jeffara commence à l'époque coloniale avec des incitations diverses (attribution de lots de terrain, de plants, prêts, etc.) qui "répondent davantage à une option politique qu à une analyse raisonnée des possibilités de culture" (Martel, 1965). Ainsi entre 1900 et 1938, le nombre de pieds d'oliviers est passé dans la région de Médenine de à (Guyader, 1938). Ce phénomène se poursuivra de manière accélérée au cours de la deuxième partie du XX ème siècle. Si, dans ce mouvement d'expansion agricole, les hommes ont d'abord colonisé les lieux les plus appropriés sur le haut des piémonts et de leurs oueds, en reproduisant le système montagnard des jessour, les mises en culture arboricole gagnent par contre depuis les années des espaces d'interfluve bénéficiant de conditions naturelles moins favorables que les dépressions du piémont et a fortiori de la montagne : absence d'impluvium naturel, de limons, qualité insuffisante des sols (sols gypseux, sols à texture fine, sols à croûte calcaire), sensibilité à l'érosion éolienne. Comme on peut le constater en analysant la carte 3.1 sur les dynamiques de l'arboriculture (et cf. rapport thème 2, chapitre 6), au dispositif en lanières le long des oueds qui caractérise les parcelles sur la montagne et les piémonts se substitue un dispositif de parcelles défrichées entre les oueds et perpendiculaires à leur ligne d'écoulement. Dans cette situation de moindre disponibilité en eaux de ruissellement et de réserves hydriques, le développement de l'arboriculture est soumis à des contraintes environnementales particulièrement fortes. Outre les facteurs limitants liés à l'eau, une grande proportion de l'arboriculture est désormais située sur des sols marginaux dans lesquels les arbres présentent des déficits de développement racinaire (profondeur de sol, croûte) et où le stockage de l'eau dans le sol est réduit, en particulier dans les zones de l'amont de la plaine littorale (El Gosba, Sidi Makhlouf) et dans la plaine centrale (Alamat Machlouch, Koutine). Il faut ajouter également que les zones d'expansion en plaine sont souvent extrêmement empierrées, ce qui nécessite de lourds travaux de préparation des parcelles. Cette inadéquation entre spéculation arboricole et aptitudes des sols amplifie les phénomènes de dessèchement et de dépérissement lors des sécheresses ( pieds d'oliviers morts suite à la sécheresse en Jeffara). Les autres espèces arboricoles sont encore plus sensibles (amandier : 60 % de dessèchement). L'ouverture en cours de nouveaux fronts de colonisation arboricole sur le dhahar vient renforcer l'acuité des questions qui se posent concernant la viabilité de ce processus au plan écologique (mais aussi socioéconomique, comme on l'a déjà vu). En effet, à la faveur de la privatisation des terres, les nouvelles plantations risquent de s'éloigner de plus en plus des contreforts montagneux et des zones d'impluvium les plus adéquates pour gagner des espaces steppiques à priori peu propices (pluviométrie faible et irrégulière, écoulements des oueds peu fréquents, sols généralement peu profonds, peu structurés et de texture sableuse, etc.). Un tel processus est aussi porteur de risques accrus de désertification (régression de la couverture végétale, ensablement, etc.) dans un milieu déjà soumis à de fortes contraintes environnementales. La poursuite de mises en culture dans de telles conditions ne peut sans doute se comprendre, comme nous l'avons avancé et conjointement bien sûr aux déterminations des politiques publiques, sans la prise en compte de trois éléments constitutifs des logiques paysannes de mise en valeur du sol que nous préciserons ici : L'objectif d'affirmation de la propriété foncière qui s'opère traditionnellement par la vivification (ihya) des terres au travers de plantations. La constitution du capital arboricole est envisagée par les exploitants en intégrant les effets des aléas liés aux variations climatiques. Elle s'inscrit ainsi dans le temps long et selon un processus cumulatif qui ne répond pas à de seuls critères de productivité et de rentabilité économique sur le court terme. A la suite d'une sécheresse, l'agriculteur repart rarement de zéro ; une part des oliviers est généralement sauvée et représente un acquis, un "taux de réussite" (même s'il est moindre que sur la montagne) qu'il s'agira de consolider et d'amplifier progressivement. La dimension socio-culturelle que revêt l'olivier : chez les communautés montagnardes mais aussi chez les anciens pasteurs et agro-pasteurs de la plaine plus tardivement convertis à l'arboriculture, l'olivier est bien plus qu'une seule spéculation agricole et marque d'appropriation foncière. Il possède une forte charge patrimoniale et est symbole d'ancrage à la terre natale. L'olivier est ainsi une valeur patrimoniale que l'on veut léguer, constituant un véritable "lien inter-générationnel". De manière générale, on observe dans la zone d'étude une colonisation agricole s'étendant à des micro-milieux à risque pour l'arboriculture pluviale, avec pour corollaire une fragilisation des activités pastorales (entrave à la mobilité, réduction quantitative et qualitative des steppes), des risques environnementaux et des incertitudes sur la viabilité de nombreuses exploitations agricoles dans un futur proche. 80
88 Encadré 3.2 : Systèmes irrigués et ressources en eau Une des clés du problème de l'eau pour les ruraux réside dans les risques qui sont attachés à l'extension possible des périmètres irrigués pratiquant des cultures intensives, fortes consommatrices d'eau et génératrices de revenus importants pour des acteurs qui ne sont pas forcément issus du monde agricole, comme nous le verrons plus en détail dans la suite de cette partie. Malgré les actions menées par les CRDA en terme d'économie d'eau (l'adoption du goutte à goutte est obligatoire pour les irrigants qui utilisent des forages au-delà de 50 m) pour l'arboriculture fruitière ou du maraîchage en irrigué, le recours dans ce domaine aux eaux souterraines profondes semble aller à l'encontre des priorités affichées par l'état pour satisfaire les besoins urbains au sens large. L'utilisation de ressources en eau non conventionnelles pourrait ouvrir par contre, sous certaines conditions, de nouvelles perspectives. Les divers modes d'accès à l'eau, observés au sein des 110 périmètres irrigués privés de la zone d'étude et qui représentent environ 250 ha (les deux périmètres publics, totalisant moins de 100 ha, jouent dans cet espace un rôle mineur), introduisent des différences très sensibles entre acteurs, liées aux volumes d'eau disponibles, à sa qualité, son débit et son coût (Palluault, 2003). Une irrigation majoritairement réalisée sur des puits de surface (PS) D'une manière générale, les PS constituent le moyen traditionnel (le plus simple et le moins coûteux) d'accès à l'eau dans les zones où les nappes phréatiques affleurent à une faible profondeur, ou dans des zones d'irrigation ancienne. A El Grine, Métameur, Bédoui et Kosba, la nappe phréatique affleure à une dizaine de mètres par endroit et la profondeur des puits se situe entre 12 et 30 m. A Ksar Hallouf, la profondeur des PS varie de 7 à 40 m. Les exploitations irriguées sur PS, compte tenu des faibles débits et selon le type de matériel utilisé, se caractérisent par des superficies particulièrement faibles, souvent inférieures ou égales à 1 ha à quelques exceptions près. La surexploitation de certaines nappes phréatiques a mis en avant la qualité des nappes plus profondes, mobilisables uniquement à partir de forages. L'utilisation des forages : une évolution récente pour l'irrigué La zone d'étude comporte actuellement 31 forages dans des nappes profondes (principalement celle des Grès de Trias et de Zeuss-Koutine) pour l'irrigation de périmètres irrigués privés. Ainsi, la plaine centrale dans les environs de Saïkhâ, les zones de Ragouba Est et Ouest ainsi qu'une partie des exploitations à Bédoui comptent essentiellement ce type de forages. Les exploitations le long de la route Médenine-Beni Khédache ont accès à une eau entre 50 et 100 m de profondeur, tandis qu'il est nécessaire de creuser davantage dans la partie Nord de la couche des Grès du Trias, où l'eau n'est disponible qu'à partir de m. Le système de forage (avec un débit fictif continu variant de 5 à 30 l/s) avec une pompe immergée permet d'irriguer des surfaces beaucoup plus importantes que dans le cas de PS. Il est intéressant de noter que les irrigants disposant d'un forage, et dans une moindre mesure ceux disposant de PS, se livrent dans certains cas à des activités complémentaires de vente d'eau, qui peuvent représenter des revenus d'appoint non négligeables. L'achat d'eau : un cas particulier et circonscrit dans l'espace L'achat d'eau pour l alimentation de périmètres irrigués concerne huit exploitations, qui ne disposent pas d'équipement hydraulique, situées dans la plaine centrale de la Jeffara, essentiellement à Mazraa Ben Slama, Remthia et Tounine. Les cultures, produites sous serres, sont irriguées à partir de l'eau achetée (transport par citernes) auprès de forages publics (SONEDE, GIC) ou privés. Les agriculteurs qui disposent d'un branchement SONEDE dans le village de Mazraa Ben Slama ou à Remthia utilisent l'eau courante pour irriguer. Jusqu'à un certain niveau de consommation, celle-ci se révèle moins onéreuse que l'eau achetée par citerne (cf. rapport du thème 2, chapitre 5). Compte tenu des contraintes liées à ce type d'approvisionnement en eau, ces exploitations irriguées sont en général de très petite dimension. La viabilité de ces différentes formes d'irrigué varie considérablement selon les conditions écologiques et économiques. En l'absence de compteurs et d'un suivi continu d'un échantillon représentatif des différents types d'exploitations, il apparaît très difficile de quantifier avec précision les volumes d'eau consommés dans ces périmètres. Le remplissage des bassins et les doses d'irrigation sont liés à la variabilité de la pluviométrie, aux techniques d'irrigation, à l'agencement des cultures au sein de la parcelle, aux types de cultures produites. Les seuls éléments quantifiés dont on dispose à ce niveau sont issus des annuaires de la DGRE. Malheureusement, ces données ne couvrent pas l'ensemble des périmètres identifiés, notamment ceux qui disposent de forages de moins de 50 m de profondeur. Cependant, quelques ordres de grandeur peuvent être mentionnés. En 2000, les cinq exploitations irriguées exploitant la nappe des Grès du Trias (ils sont actuellement plus d'une dizaine) ont mobilisé à partir de leurs forages m 3, soit plus que tous les exploitants regroupés au sein des deux GIC publics. Si chacune de ces exploitations consomme 40 à m 3 /an, l'impact sur la ressource risque fort de se faire ressentir à moyen terme. En ce qui concerne les exploitations utilisant des PS, et selon les techniciens du CRDA, les volumes totaux exploités s'élèvent en général entre m 3 et m 3 par hectare pour une année. 81
89 Encadré 3.3 : Fonctionnements des systèmes d'élevage et usages des ressources pastorales Un suivi de 14 exploitations agropastorales diversifiées a été réalisé sur deux années contrastées climatiquement, de manière à pouvoir réaliser une analyse fine de la place de l'élevage dans le fonctionnement de l'exploitation, et en particulier pour rendre compte de l'importance et des fonctions attribuées aux ressources fourragères locales (RFL) dans la conduite alimentaire des troupeaux. Les critères de choix des exploitations et de prises d'information et de mesures ont porté sur : 1) l'alimentation des animaux (mobilité du troupeau, utilisation des parcours, importance et types de complémentation et ; 2) le fonctionnement global de l'exploitation (importance de l'agriculture, main d'œuvre, activités extra-agricoles, structure familiale, économie familiale, etc.). Quatre modes de conduite-types ont été caractérisés (cf. N. Cialdella, rapport du thème 1) : - Les pastoraux transhumants : Il s'agit de propriétaires de troupeaux de plus d'une centaine de têtes et dont l'élevage constitue le plus souvent l'activité dominante, voire unique. Ils se caractérisent par 1) des déplacements sur les terres de parcours collectives éloignées (El Ouara, Dhahar), sur lesquelles ils ont conservé des droits d'accès et des connaissances approfondies quant aux ressources fourragères et à leurs variations ; 2) une utilisation des RFL steppiques par pâturage essentiellement ; 3) une distribution d'aliments concentrés lorsque la végétation sur parcours est très restreinte et ce, dans l'objectif déclaré de maintenir les animaux en bon état (les coûts engendrés sont supportés par des ventes d'animaux et des pratiques de renouvellement planifiées) ; 4) par des troupeaux à dominante ovine (1/2 à 3/4 du cheptel) de race locale rustique. - Les sédentaires avec utilisation de RFL steppiques : ils sont essentiellement localisés sur la frange ouest de la plaine centrale à la limite des terres incultivables et en montagne. Ils se caractérisent par 1) des troupeaux de faibles effectifs (10-40 têtes) de races locales et ayant des structures spécifiques ovins/caprins relatives diversifiées en fonction des milieux (types de végétation et pente) explorés ; 2) une mobilité faible, concentrée sur les pentes des jbel et les impluvium des jessour ; 3) une utilisation des RFL steppique essentiellement par pâturage, mais aussi par collecte de gueddim (Stipa tenacissima) au printemps pour distribution ultérieure sous forme de foin. Ce type est subdivisé en deux selon l'importance de la complémentation : Distribution de compléments (orge, son) à des moments clés du cycle de production des animaux et de disponibilité en RFL, dans l'objectif de maintenir les femelles à des niveaux de production élevés. Distribution d aliments uniquement aux moments critiques pour la survie des animaux. La stratégie des éleveurs est ici de minimiser les dépenses pour l'alimentation du troupeau, au détriment parfois des résultats de production. - Les sédentaires avec utilisation des RFL "produites", localisés principalement en plaine centrale et littorale dans les mosaïques de parcelles arboricoles et steppiques ; leur activité d'élevage est très intégrée à l'agriculture. Ils sont caractérisés par 1) une mobilité restreinte à proximité de l'exploitation ; 2) une utilisation de RFL produites (résidus de cultures, feuilles d'oliviers, adventices, résidus de périmètres irrigués, cultures fourragères parfois) ; 3) des petits troupeaux essentiellement ovins (les chèvres sont en nombre très réduit (1 à 3 têtes pour le lait) du fait de la difficulté de leur conduite dans les zone à forte densité agricole). Deux sous-types sont distingués : Distribution régulière et complémentaire de concentrés, de manière à obtenir un maximum d'agneaux par an ( % d'agnelage/an). Faible distribution d aliments concentrés, où est privilégiée la culture de fourrages (avoine, luzerne) s'il y a accès à l'irrigation. - Alternant hors-sol et mobilité, les opportunistes. Ils se caractérisent par 1) une grande variabilité des pratiques d'alimentation, allant du pâturage en transhumance à l'alimentation complète à l auge, en fonction de l'état des parcours, des opportunités de subventions, de garde du troupeau ou d'approvisionnement en fourrages (locaux ou foin de céréales) ; 2) un élevage essentiellement d'ovins dans un objectif de commercialisation. C'est dans ce type que l'on retrouve les races améliorées (queue fine algérienne, voire croisées avec races nigériennes). Des exemples de calendriers d'alimentation détaillés sont proposés dans le rapport scientifique du thème 1 (pp ). 82
90 Encadré 3.4 : Impacts des modes de conduite des troupeaux sur la végétation steppique Une centaine de parcelles situées dans des steppes à Rhanterium suaveolens (Rhsu) et Stipa tenacissima (Stte) ont fait l'objet 1) de mesures écologiques (relevé phyto-écologique, recouvrement végétal, diversité floristique) et 2) d'enquêtes qualitatives concernant leurs modes d'usage pastoral (types de troupeaux utilisateurs, espèces animales, statut foncier, périodes et intensité d'usage, histoire culturale de la parcelle, mise en défens, importance des parcours dans l'alimentation du troupeau utilisateur, charge animale instantanée, etc.) auprès des éleveurs afin de mieux comprendre les éventuelles relations existant entre les différents états de la végétation et ses usages (cf. Hanafi et Genin, rapport du thème 1). Le bilan écologique des parcelles enquêtées montre que, dans le cas des steppes à Rhsu, 14,6 % d'entre elles sont considérées comme dégradées, 41,7 % dans un état moyen et 43,8 % en bon état ; dans le cas de Stte, ces proportions sont respectivement de 16, 54 et 30 %. Les steppes à Rhsu ont un statut foncier essentiellement privé ou familial (94 % des cas), alors que 38 % des steppes à Stte ont un statut de terres collectives. Ces dernières ne présentent pas une différence fondamentale en terme d'état de végétation par rapport à un usage privé ou familial (42 % des steppes à Stte à usage collectif sont en bon état et 26 % sont dégradées, ces proportions sont respectivement de 23 et 10 % dans le cas des steppes à usage privé ou familial). On observe des différences significatives dans l état des steppes à Stte selon qu'il s'agisse de troupeaux transhumants (7 % en bon état, 20 % dégradées) ou sédentaires (40 % en bon état, 14 % dégradées). Dans le cas des steppes à Rhsu, le type de mobilité des troupeaux n'apparaît pas montrer une différenciation dans l'état de végétation. Les troupeaux à dominante caprine ont une nette tendance à pâturer sur des parcours dégradés, mais il faut toutefois être très prudent quant à l'établissement d'un déterminisme trop tranché car il est notoire que les éleveurs adaptent leurs modes de conduite du troupeau aux possibilités de valorisation des ressources disponibles des espèces animales élevées. Il ne s'agit ainsi pas forcément de relations de cause à effet, mais peut-être de relations d'adaptation et d'opportunité. La période et l'intensité d'usage pastoral apparaissent être des éléments importants à prendre en compte pour tenter de mieux cerner les impacts du pâturage sur les steppes. Le pâturage continu durant toute l'année de petits troupeaux sédentaires est le cas de figure classique, cependant il ressort des entretiens avec les éleveurs que des circuits de pâturage complexes avec rotations hebdomadaires sur plusieurs parcelles sont couramment pratiqués. Les données collectées mettent en évidence la difficulté d obtenir une information synthétique et opérationnelle à partir d'enquête. Trois critères de caractérisation des périodes d'usage pastoral sont proposés : toute l année, saisonnièrement, occasionnellement, associés à deux types de pâturage : continu ou diffus. Il n'existe pas de relation directe entre état des parcours et charge animale instantanée (nombre d'animaux/ha), ce qui apparaît logique étant donné le caractère très réducteur de ce concept pour caractériser la pression d'utilisation de la végétation engendrée par le pâturage d'animaux domestiques. En effet, les interactions entre herbivores domestiques et parcours sont multiples et complexes et étroitement inter corrélées avec des pratiques pastorales diversifiées. Nous avons tenté de formaliser et de préciser les modalités de pression pastorale sur les parcours afin de permettre des comparaisons entre parcelles qui soient plus opérationnelles. Un indice d'intensité d'utilisation pastorale (IIUP) a été défini de la manière suivante : NA.NMU.TU.PPA.PRP IIUP = SP.12 où : NA représente le nombre d'animaux (en Unités Ovines), NMU : le nombre de mois d'utilisation du parcours au cours de l'année, TU : l'intensité d'usage lors des périodes de pâturage (variable qualitative : continue = 1 ; diffuse dans des circuits de pâturage diversifiés = 0,5), PPA : la part des parcours dans le régime alimentaire des animaux, PRP : l'éventuelle période de repos au printemps (si oui PRP = 0,5, sinon PRP = 1) et SP : la superficie du parcours (en ha). Cette approche a été testée sur les 100 parcelles étudiées d'où il ressort une relation claire entre IIUP et état des parcelles : dans les steppes à Rhsu par exemple, près de 50 % des parcelles ayant un IIUP faible à modéré sont classées en bon état ; elles ne sont plus que 26 % si l'iiup est fort. La relation est encore plus tranchée sur les steppes à Stipa. Cet indice demande néanmoins à être affiné, calibré et testé dans des situations diversifiées pour en évaluer son caractère heuristique. 83
91 3.1.5) Quelques traits dominants des mutations en cours Les dynamiques agraires rapidement évoquées ici ont, en liaison avec les dynamiques socioterritoriales et les modalités d'interactions entre états et usages des ressources, des conséquences majeures que l'on peut résumer comme suit : Une emprise et un développement agricole sans précédent depuis une quarantaine d'années, preuve s'il en est que ces milieux peuvent, au moins à court terme, être le support d'activités agricoles d'envergure. Un processus de déstructuration des systèmes pastoraux et agro-pastoraux traditionnels : fragmentation et contraction des territoires, régression des pratiques de mobilité et de flexibilité dans les modes d'usages des différents milieux écologiques, privatisation des terres collectives, etc. Une transformation des structures agraires et de l'organisation des exploitations agricoles : progression du morcellement, discontinuité spatiale des patrimoines fonciers, vieillissement des chefs d'exploitation et désaffection des jeunes pour l'agriculture, affaiblissement des formes de solidarité et montée de l'individualisme, etc. L'émergence de nouvelles productions qui manifestent le développement du dualisme entre une économie principalement d'autosubsistance et une économie marchande, les populations rurales recherchant des types de production à vocation commerciale (arbres fruitiers, maraîchage). Une différenciation socio-économique importante des ménages, résultant des conditions d'accès et de la constance d'apports financiers extérieurs (migration, commerce, emplois publics, accès aux aides de l'état). Il s'ensuit un développement spectaculaire de quelques exploitations (en liaison avec l'irrigation notamment), mais aussi la précarisation d'une majorité de ménages ruraux, avec pour corollaire une déstabilisation et une fragilisation des communautés paysannes et le recours croissant à la migration comme composante structurelle première des stratégies productives familiales. Une pression accrue sur les ressources. Cette pression relève de deux aspects différents : une augmentation quantitative totale des besoins liée à la pression démographique, à des modifications des modes de vie et à l'introduction de nouvelles spéculations plus dépendantes d'un apport extérieur en ressources financières ; des modifications qualitatives des usages avec une concentration des activités agropastorales sur des espaces "fermés" et la disparition d'une gestion spatiotemporelle de l'accès aux ressources sur de vastes territoires diversifiés. Il en résulte à la fois une artificialisation croissante du milieu et une intensification des modes d'usages de l'espace et des ressources naturelles, engendrant ainsi des risques amplifiés de dégradation environnementale et de désertification. 84
92 3.2) Les enjeux et les principales formes de concurrence autour des ressources en eau Les travaux menés dans le cadre du thème 2 ont permis en particulier une relecture d'une des problématiques initiales du programme concernant les phénomènes de concurrence pour la mobilisation et la valorisation des eaux de pluie et de ruissellement, en liaison avec la localisation des aménagements de CES (ouvrages de recharge des nappes, etc.) et des parcelles agricoles. Nous sommes ainsi parvenus au constat qu'il est essentiel de relativiser cette notion de concurrence entre l'amont et l'aval de bassins versants aménagés, difficilement généralisable compte tenu notamment de la complexité de cette question et des nombreux paramètres à prendre en compte (hydrogéologiques, physiques, impact des aménagements de CES en fonction de leur emplacement et du type d'ouvrage, quantités d'eau de surface réellement valorisée pour des usages agricoles, etc.). Ainsi, contrairement à l'hypothèse avancée au départ de notre programme, s'il y a concurrence autour des usages de l'eau dans la zone d'étude, cette concurrence ne semble quasiment pas relever d'éventuelles relations conflictuelles entre exploitants de l'amont et de l'aval de bassins versants partagés (à travers les différents aménagements pratiqués), mais bien surtout de la concurrence entre secteurs économiques. En effet, du fait notamment des politiques publiques dans le domaine de l'eau (cf. partie 2 de ce rapport), deux principaux secteurs se trouvent en situation de forte concurrence pour l'accès aux eaux souterraines profondes, qui, rappelons le, constituent les principales ressources exploitables à l'échelle régionale : l'alimentation en eau potable des zones touristiques et des agglomérations (centres urbains, desserte des zones rurales) et l'agriculture. Aujourd'hui, 65 % du total des 87 forages en exploitation dans l'arrondissement de Médenine sont destinés aux usages non agricoles. Pour l'année 2000, les nappes profondes de l'arrondissement de Médenine ont fourni 31,42 millions de mètres cubes d'eau (+ 40 % par rapport à 1991) répartis de la manière suivante : 72,3 % pour l'alimentation en eau potable des populations urbaines et rurales ; 16,4 % pour les usages agricoles ; 11,1 % pour l'hôtellerie et 0,2 % pour les usages industriels (Ministère de l'agriculture, 2000) ) Les aménagements de CES perturbent-ils la répartition des eaux de surface entre l'amont et l'aval? Les ouvrages de CES installés dans la zone amont (montagne et piémont) sont matérialisés par des seuils en gabion essentiellement et par des ouvrages de recharge des nappes ou d'épandage accessoirement 35. Ces aménagements, réalisés sur les grands axes d'écoulement et leurs principaux affluents dans la zone amont (oued Hallouf, oued Enkim, oued Mogger et oued Nagueb), ne sont pas des ouvrages de rétention d'eau. Ils ont pour objectif de casser la vitesse du ruissellement, de favoriser l'infiltration et l'alimentation des nappes souterraines dont les bienfaits touchent également la zone aval. L'infiltration qui résulte de ces aménagements ainsi que le volume d'eau dévié par les ouvrages d'épandage ne constituent que des proportions fort limitées par rapport aux volumes d'eau ruisselés au cours des crues. Seules les tabias sur les piémonts comme les jessour en montagne sont des ouvrages de rétention partielle pour les eaux de ruissellement. Mais étant donné l'extension limitée des 35 L'analyse proposée sur cette question émane des réflexions développées par H. Ben Ouezdou dans la communication collective présentée lors du colloque "Gouvernance de l'eau et développement durable" organisé par la SONEDE (Romagny & al., 2003a). 85
93 surfaces aménagées et les faibles volumes d'eau qui peuvent être retenus par rapport au ruissellement, l'existence de ces aménagements ne peut que très rarement causer une perturbation significative dans la répartition des ressources en eau de surface entre l'amont et l'aval. De plus, l'analyse des systèmes d'exploitation des eaux de ruissellement dans la zone aval montre bien l'inexistence (sauf à l'époque antique) de travaux d'aménagement ayant pour objectif la mobilisation des eaux de ruissellement sur les grands axes d'écoulement en provenance de la zone amont, tels que l'oued Hallouf-Mjesser et l'oued Zigzaou. En effet, ces oueds se caractérisent dans la zone aval par un encaissement relativement important, par des lits serpentant en méandres et surtout par des crues violentes charriant une charge solide non négligeable. Ils sont de ce fait difficiles, voire impossibles, à maîtriser par les populations locales pour l'utilisation des eaux qui s'y écoulent. Face à une telle situation, les populations occupant la zone aval ont œuvré plutôt à aménager les affluents des grands axes de l'écoulement représentés par les oueds secondaires et les ravins (chaabet) qui prennent naissance dans les collines des environs de Koutine (oued Moussa, oued Hachchana), ou à partir des lanières d'interfluve séparant les artères hydrauliques principales (cf. carte 3.2). La quantité et le volume d'eau débouchant en zone aval à partir de l'amont ne sont pas directement mobilisables ni exploitables. Ils ne peuvent, de ce fait, que difficilement faire l'objet de compétition ou de concurrence et encore moins de litige concernant l'allocation des ressources en eau au sein des bassins versants de la Jeffara. La perception par les exploitants d'éventuels problèmes rencontrés en aval des bassins versants (tarissement des puits de surface, salinisation des nappes phréatiques) semble être liée plutôt à la mobilisation importante des nappes profondes. De plus, les aménagements de recharge des nappes situés en amont jouent leur rôle en permettant à l'eau, via un système de failles (Mamou et Kassah, 2002), de gagner les zones en aval par le biais d'écoulements souterrains. Or, face à l'ampleur de l'exploitation des nappes profondes, un tel apport par ces écoulements semble relativement faible. Comme nous l'avons déjà souligné, la véritable concurrence semble se nouer entre l'alimentation en eau potable des centres urbains et l'eau pour l'agriculture en général, tout particulièrement l'eau "bleue" pour l'agriculture intensive irriguée, par opposition à "l'eau verte" de l'agriculture pluviale. 86
94 Carte 3.2 : 87
95 3.2.2) La priorité accordée à l'alimentation en eau potable Centres urbains et touristiques A partir des années 1960 et jusqu'à nos jours, on a assisté à une explosion régionale des besoins en eau potable. Ces derniers se sont nettement accrus sous l'effet conjugué de la croissance démographique 36, de l'amélioration de la desserte en eau, des modifications des pratiques domestiques liées à l'urbanisation et à l'amélioration des conditions de vie des populations, du développement des activités industrielles et surtout touristiques à Jerba et Zarzis 37. Le gouvernorat de Médenine étant resté relativement à l'écart du développement industriel, les besoins en eau pour ce type d'activité sont faibles. La création de deux zones industrielles à Médenine et Ben Guerdane et d'une zone franche à Zarzis n'a permis d'accueillir que quelques industries manufacturières de taille modeste. Les besoins en AEP se concentrent surtout dans les villes, où le branchement au réseau de la SONEDE est quasiment généralisé et où le niveau de vie et l'équipement des ménages sont plus élevés qu'en milieu rural. Les principaux pôles de consommation d'eau à usage domestique se situent sur le littoral, avec les agglomérations de Zarzis, Ben Guerdane, Médenine et l'île de Jerba. Or, ces zones où se concentre la majeure partie de la demande, ne disposent pas de suffisamment d'eau douce pour satisfaire la croissance de leurs besoins. Depuis plusieurs décennies, les pouvoirs publics ont donc décidé de transférer une partie importante des eaux de la nappe de Zeuss-Koutine vers le littoral, à partir d'un réseau de canalisation long de 150 km. Ce système de transfert d'eau a été complété par la création, en 1999 et 2000, de deux usines de dessalement des eaux saumâtres (cf. partie 2 du rapport et carte 3.3). 36 La croissance démographique, assez faible jusque dans les années 1970, a fortement augmenté par la suite. Selon l'ods, entre 1975 et 2000, la population du gouvernorat de Médenine a quasiment doublé. Associée à un phénomène d'urbanisation (aujourd'hui, 60 % de la population vit en zone urbaine) et à la progression de la desserte en eau, cette croissance de la population a eu un impact considérable sur l'évolution de la demande en eau à usage domestique. 37 En quelques décennies, un pôle touristique de renommée internationale et de toute première importance en Tunisie s'est développé dans cette zone. Mamou et Kassah (op. cit.) rappellent que le tourisme est un grand consommateur d'eau avec en moyenne une consommation de 560 l/j et par lit, contre 100 l/j par habitant branché au réseau SONEDE. 88
96 Carte 3.3 : L'accès à l'eau potable des ménages ruraux : complexité institutionnelle et marchandisation de la ressource Opérateurs publics et groupements d'usagers Grâce aux efforts importants engagés par l'état depuis une quinzaine d'années dans le cadre de plusieurs programmes (ceux du fonds de solidarité nationale, de développement régional intégré, etc.), le taux de desserte d'alimentation en eau potable en milieu rural a dépassé les 90 % dans le gouvernorat de Médenine en 2001 (alors qu'il est de 83,2 % au niveau national), avec cependant des différences notables entre délégations (ODS, 2001). L'AEP des zones rurales en Tunisie fait intervenir trois opérateurs : la SONEDE, le Génie rural et les Groupements d'intérêt collectif (GIC). Les deux premiers opérateurs sont placés sous la tutelle 89
97 du ministère de l'agriculture. Au niveau régional, une cellule de promotion des GIC a été créée au sein de l'arrondissement du Génie rural de chaque CRDA pour s'occuper de la création, de l'encadrement et du suivi des GIC d'aep et d'irrigation (cf. encadré 3.5). Le Génie rural (via les CRDA) s'occupe en principe de l'habitat dispersé et de l'approvisionnement à partir de points d'eau collectifs (bornes fontaines, potences) ; il assure la mise en place des infrastructures en relation étroite avec les GIC d'eau potable. Encadré 3.5 : Les Groupements d'intérêt collectif en bref Créées en 1987 sous l'appellation officielle d'associations d'intérêt collectif, les AIC, renommées Groupements d'intérêt collectif (GIC) en 1999, remontent en fait à un décret du 30/07/1936. Ces structures de gestion communautaire de l'eau ont remplacé les anciennes associations de propriétaires et d'usagers, très présentes dans les zones d'oasis. Ainsi, les GIC ont notamment pour objet d'assurer l'exploitation des eaux du domaine public hydraulique dans leur périmètre d'action. Outre les activités d'irrigation, elles peuvent aussi avoir en charge l'exploitation d'un système d'eau potable. Ces groupements, dotés d'une personnalité juridique et d'un budget autonome, sont considérés en théorie comme l'instrument qui permet le désengagement de l'état de la gestion directe des infrastructures hydrauliques et la responsabilisation des usagers ruraux pour prendre en charge la gestion et l'entretien des systèmes d'eau. Depuis 1992, la gestion de tous les systèmes d'aep réalisés par le Génie rural dans les campagnes a été transférée aux GIC. Le nombre de GIC est passé d'une centaine en 1987 à en 2002, dont GIC d'eau potable. Actuellement, seulement 39 % des GIC d'aep couvrent la totalité de leurs frais d'exploitation et d'entretien (Braham, 2003). Le recouvrement de l'ensemble de ces coûts se faisait initialement à travers le paiement de cotisations d'un montant dérisoire par les adhérents. Cette situation a évolué vers un système quasi-généralisé de vente d'eau, qui s'est accentué avec l'introduction des branchements individuels gérés par les GIC. Outre les aspects financiers, il semble exister une certaine confusion au niveau de ces associations d'usagers, dont l'objectif initial était de développer une forme de démocratie locale associée aux instances d'un État qui demeure très centralisateur dans sa gestion de l'eau. "Loin d'être spontanée, l'adhésion à l'aic se fait, le plus souvent, sous la contrainte. L'usager doit en effet affronter un véritable dilemme : s'associer ou se voir interdire l'accès à l'eau potable" (Boukraa, 2002). Dans de nombreux cas, le fonctionnement de ce modèle associatif laisse beaucoup à désirer, les GIC étant rarement un lieu de dialogue et de négociation. Souvent contestés, les responsables associatifs s'appuient sur les autorités locales pour toutes les décisions importantes qui viennent donc généralement de l'extérieur. De plus, sur le terrain, le volontariat, la compétence et la disponibilité des acteurs au sein d'un GIC sont des conditions difficiles à réunir ; le bénévolat des membres du conseil d'administration du GIC ne constitue pas toujours une bonne incitation. Ainsi, dans un contexte de désengagement de l'état et d'ajustement structurel, les missions des GIC s'avèrent délicates, souffrant en particulier d'une absence quasi-totale de vie associative effective. Face aux nombreux problèmes rencontrés par les GIC, "les usagers des régions enclavées ressentent, de plus en plus, leur appartenance à l'aic comme une situation d'infériorité ; et la présence de deux opérateurs, CRDA et SONEDE, perd sa raison d'être" (Boukraa, op. cit.). Pour une illustration des modalités de fonctionnement des GIC irrigation et eau potable, et des difficultés qu'ils rencontrent dans notre zone d'étude, on peut se référer notamment au travail de S. Palluault (2002). Vers une meilleure complémentarité entre un système traditionnel de collecte de l'eau et un système marchand en zone rurale Au-delà du phénomène conjoncturel mais relativement récurrent dans la Jeffara, la récente sécheresse ( ) a mis en évidence une évolution majeure amorcée déjà depuis plusieurs années : l'achat d'eau sous ses diverses formes prend de plus en plus d'importance aux côtés des systèmes traditionnels de collecte des eaux de pluie et de ruissellement pour les besoins domestiques, comme pour l'arrosage des arbres. En effet, les données issues de l'enquête de base montrent que 63 % des exploitants de la zone d'étude ont recours à l'achat d'eau pour satisfaire leurs besoins agricoles et domestiques, pour un volume moyen de 107 m 3 /an et par ménage. Selon les mêmes sources, environ 32 % des ménages enquêtés bénéficient d'un raccordement au réseau de la SONEDE. Malgré le développement de l'adduction en eau potable à travers l'extension du réseau SONEDE, le recours aux techniques 90
98 traditionnelles de collecte et de stockage de l'eau (majel et fesguia) reste très important. En période de sécheresse, ces ouvrages sont remplis par l'achat de citernes d'eau. Les zones de montagne, où les ressources en eau sont limitées et où l'extension du réseau d'adduction d'eau est très coûteuse, ont reçu la priorité en matière d'encouragement à la construction de majel et fesguia. Il est important de souligner que ces achats d'eau auprès des infrastructures destinées en principe à l'aep répondent à ces besoins domestiques, mais aussi dans une large mesure à des besoins agricoles liés aux processus d'intensification déjà évoqués. Les achats d'eau peuvent se faire de différentes façons : (i) raccordement via un compteur privé au réseau SONEDE ; (ii) raccordement à un sous réseau du Génie rural géré par un GIC eau potable, mais souvent approvisionné par la SONEDE ; (iii) approvisionnement collectif auprès de bornes fontaines ou de potences gérées par un GIC eau potable ; (iv) et enfin recours à des prestataires privés (transport d'eau par citernes). Le réseau de distribution de la SONEDE, associé aux infrastructures développées par le Génie rural, constituent aujourd'hui une source d'approvisionnement en eau potable essentielle pour les ménages ruraux qui bénéficient ainsi des programmes de solidarité nationale (26-26). Ceci témoigne également de la volonté des autorités de baser la politique d'alimentation en eau potable sur un principe d'équité, visant à réduire les écarts entre les populations avec un effort particulier tourné vers la desserte rurale. Comme nous l'avons déjà vu, depuis longtemps, la politique sociale rurale, tout comme celle de l'aménagement du territoire, s'est fixée comme priorité le maintien des populations rurales par la création d'infrastructures de base. Les possibilités offertes aux populations rurales en matière d'achats d'eau constituent ainsi une "soupape de sécurité", permettant de faire face à des situations prolongées de déficit hydrique. La hausse prévue du taux de desserte en eau potable des zones rurales de la Jeffara ne va pas sans poser de problèmes. En effet, la dispersion de la population est une entrave évidente à toute rentabilité des réseaux de distribution. Aujourd'hui, le prix de revient de l'eau distribuée par la SONEDE, estimé à environ 0,500 DT/m 3, est dans la plupart des cas supérieur au prix de vente. Environ 70 % des abonnés de la SONEDE payent l'eau moins de 0,228 DT/m 3. Dans cette région, la SONEDE parvient à "équilibrer ses comptes" grâce au secteur touristique, qui à l'échelle nationale ne consomme que 6 % de l'eau distribuée et contribue à environ 11 % des recettes. Le tableau 3.1 donne les tarifs 38 pratiqués actuellement par la SONEDE sur tout le territoire tunisien en fonction des différentes tranches de consommation. 38 Depuis 1974, la SONEDE applique un système tarifaire progressif et binomial. Le tarif unique aux bornes fontaines est de 0,135 DT/m 3 (tarif social) et le secteur touristique se voit appliquer un tarif de 0,837 DT/m 3, quel que soit le volume d'eau consommé. A ces tarifs hors taxes, il convient d'ajouter une partie réservée à l'assainissement, comprenant une redevance fixe trimestrielle par tranche (allant de 1,310 DT à 7,820 DT) et une redevance variable en fonction des volumes d'eau consommés (de 0,017 DT à 0,497 DT/m 3 ). Facturées par la SONEDE, ces sommes reviennent à l'onas. Des barèmes spécifiques pour l'assainissement sont appliqués aux industries (selon le degré de pollution) et au tourisme. Enfin, il faut compter une TVA de 18 % et un abonnement trimestriel d'environ 7,600 DT par compteur. 91
99 Tableau 3.1 : Tarifs (hors taxes) de la SONEDE en 2003 (consommation trimestrielle). Tranches Tranche 1 Tranche 2 Tranche 3 Tranche 4 Tranche 5 Volumes en m > 151 Tarifs en DT/m 3 0,135 0,135 0,228 0,228 0,455 0,455 0,686 0,686 0,837 Si l'on compare ces tarifs à ceux pratiqués généralement par les GIC (de 0,600 DT/m 3 à plus de 1 DT m 3 en moyenne), il ressort que l'eau de la SONEDE, lorsqu'elle est de bonne qualité, reste une des sources d'approvisionnement la plus intéressante en terme de prix au mètre cube et de facilité d'utilisation pour les ménages ruraux. Cependant, seuls les ménages disposant de ressources financières suffisantes peuvent se permettre de financer le coût de l'adduction, malgré les facilités de paiement accordées par la SONEDE, et de régler régulièrement leurs factures d'eau. La plupart des GIC eau potable de la Jeffara achète directement de l'eau à la SONEDE au tarif "social" de 0,135 DT le mètre cube. Or, malgré les marges importantes apparemment réalisées par les GIC, la situation de ces derniers est souvent critique du fait du fardeau des frais de gestion qui pèsent sur eux. "En détruisant le lien associatif, la vente mercantilise l'association et lui fait perdre son caractère solidaire. Devenus des «marchands d'eau», les responsables de l'association traitent avec des individus, tout en leur proposant des prix parfois supérieurs à ceux des AIC voisines, mais toujours supérieurs aux prix de la SONEDE" (Boukraa, op. cit.). Ainsi, de nombreux usagers préfèrent se connecter au réseau de la SONEDE lorsque cela est possible, non seulement pour des raisons économiques et financières évidentes, mais aussi à cause des procédures administratives et juridiques très lourdes au sein des GIC par rapport à celles de la SONEDE. L'achat d'eau en grande quantité, hors réseau SONEDE, est une pratique très courante dans la région et qui se généralise pendant les périodes de sécheresse (cf. rapport du thème 2, chapitres 5 et 7). Selon nos enquêtes, les volumes d'eau achetés via les services des transporteurs spécialisés représenteraient environ 40 % des volumes d'eau consommés en Pendant les périodes marquées par un important déficit pluviométrique, les transporteurs d'eau jouent un rôle crucial en matière d'approvisionnement en eau des ménages et bénéficient ainsi d'une certaine "rente de situation". Ces transporteurs s'approvisionnent de différentes manières, à partir des GIC, d'un forage public ou privé (gros irrigants), selon la distance du point d'approvisionnement, la qualité de l'eau et les prix pratiqués. Cependant, les coûts de transport deviennent rapidement prohibitifs pour les ménages les plus éloignés des points d'approvisionnement. En effet, le coût moyen d'une citerne de litres s'élève entre 12 et 15 DT (2,4 à 3 DT/m 3 ), dont seulement 3,5 DT pour l'eau, le reste représentant le coût du transport et la marge du prestataire de service. Les prix pratiqués par les transporteurs peuvent aller, dans des cas extrêmes, jusqu'à 30 DT pour une citerne de 5 m 3 dans les zones les plus difficiles d'accès comme le village de Toujane par exemple ) L'expansion de l'irrigué : une pression accrue sur les ressources Alors que l'extension des surfaces agricoles irriguées a été particulièrement forte dans tout le pays à partir des années 1960, la marginalisation de la plaine de la Jeffara dans les productions agricoles en irrigué s'explique par de fortes contraintes naturelles, caractérisées 92
100 par la faiblesse des disponibilités en eau et la médiocre qualité des ressources 39. A travers l'analyse des périmètres irrigués créés par des acteurs privés, on peut mieux comprendre l'organisation des modes d'accès à l'eau, étudier les perspectives qu'offre ce type d'agriculture pour les populations rurales et les risques qu'elle fait peser sur les ressources. Le principal frein au développement des périmètres irrigués dans la plaine de la Jeffara concerne les modalités d'accès à l'eau. L'administration dispose des leviers institutionnels et juridiques pour réguler l'extension de cette activité : le creusement des points d'eau dépassant 50 mètres de profondeur est soumis à autorisation et toute activité d'irrigation est formellement interdite ou contrôlée dans des périmètres d'interdiction, comme c'est le cas de la presqu'île de Jorf depuis En théorie, les aires d'extension de l'agriculture irriguée sont donc extrêmement réduites et se caractérisent par des taux de salinité dans les nappes souterraines parfois élevés (cf. tableaux 3.3 et 3.5) qui limitent les rendements et la diversité culturale. Aussi, le développement de l'agriculture irriguée dans cet espace, faisant peser le risque d'une surexploitation rapide des nappes souterraines, a été totalement freiné. Les périmètres publics (GIC irrigation) sont limités en taille et en superficie. De plus, ils connaissent d'importantes difficultés de fonctionnement (Palluault, 2002). Jusque dans les années , l'agriculture irriguée se localise dans les rares zones de palmeraie (Metameur, Mareth, Zarat par exemple) et dans les espaces où la ressource en eau affleure à très faible profondeur (presqu'île de Jorf jusqu'à El Grine, zone de Gosba et Bedoui). Cependant, ces dernières années, la donne a changé sous l'effet de conditions climatiques contraignantes et d'une conjoncture économique difficile. Dans le même temps, le chômage, le ralentissement des migrations de travail en France ou en Libye et la crise récente du tourisme à Jerba-Zarzis ont tari les sources de revenus complémentaires, essentiels au maintien des activités agropastorales en plaine. La pression sociale qui est apparue autour de l'accès à l'eau à des fins d'irrigation est donc particulièrement forte. Depuis le milieu des années 1980, le nombre d'exploitations en irrigué dans la plaine de la Jeffara est en constante augmentation, malgré la disparition parallèle de plusieurs périmètres dans les zones traditionnelles à Metameur ou Ksar Hallouf. Mais cette dynamique de l'irrigué s'exprime surtout en terme de progression des superficies liées à la création de périmètres de taille moyenne (plus de 2-3 ha) dans la plaine centrale et les zones de Raagouba et Bédoui. Ces nouveaux périmètres se localisent en grande partie dans les zones où l'extension devrait être contrôlée, c'est-à-dire la plaine centrale où se situent les ressources en eaux profondes douces et la zone de Bédoui-Amra qui se trouve à l'intérieur du périmètre d'interdiction. Au côté des agriculteurs de la Jeffara, réticents à investir dans l'irrigué compte tenu de la faiblesse et des fluctuations saisonnières de leurs revenus, s'est constituée une catégorie d'irrigants dont les revenus réguliers et élevés, issus d'emplois dans la fonction publique ou dans le secteur privé les mettent partiellement à l'abri de telles variations. Si, pour les premiers acteurs, l'irrigué représente une manière de satisfaire les besoins alimentaires de la famille tout en constituant des revenus nécessaires à la poursuite des activités agro-pastorales, les seconds développent une activité essentiellement commerciale, résolument tournée vers la recherche du profit. 39 Ces éléments d'analyse sur l'irrigué sont issus des réflexions développées par S. Palluault (op. cit.) ; cf. aussi Romagny & al., 2003a. 93
101 En outre, soucieux d'être en accord avec les objectifs nationaux caractérisés par la recherche de l'efficience maximale de l'eau dans le domaine agricole, les responsables du CRDA ont accordé l'autorisation de creuser à plus de 50 mètres aux seuls individus disposant de revenus suffisamment importants pour financer les frais du forage et de l'équipement en goutte-àgoutte (subventionné de 50 à 60 % selon l'importance de l'exploitation). Il s'agit bien ici de garantir une viabilité et une durabilité de l'exploitation agricole (notamment par l'injection régulière de capitaux). Dans la presqu'île de Jorf où toute création d'exploitation est interdite, la souplesse de l'administration a permis aux irrigants modestes de continuer leurs activités 40, mais aussi à des acteurs non issus du monde agricole de s'installer notamment dans le secteur de Bedoui, où le taux de salinité de l eau est le moins préjudiciable aux cultures. Si l'absence des aides à la construction des points d'eau est un obstacle majeur à l'installation de "petits" agriculteurs, des fonctionnaires ou des commerçants prennent le risque de s'installer sans soutien financier des autorités publiques, cherchant dans la mise en culture de produits destinées exclusivement à la vente (piments, pastèques, melons, tomates) les moyens de rentabiliser au plus vite les investissements consentis. D'une manière générale, les perspectives de l'activité en irrigué dans la plaine de la Jeffara sont plutôt sombres pour les acteurs issus du monde agricole. Confrontés à des conditions naturelles très contraignantes, peu ou mal équipés pour accroître leur surface en irrigué, peu soutenus par les pouvoirs publics, les agriculteurs des zones anciennement irriguées (Metameur, El Grine, Gosba, Ksar Hallouf) font face à une situation extrêmement précaire. Ils ne parviennent à se maintenir que par le recours à la pluriactivité. L'expansion de ce type d'agriculture dans des espaces où le taux de salinité est supérieur à 4 g/l est dérisoire et toute forme de rentabilité économique est à exclure. Dans le contexte à venir d'une concurrence accrue entre les acteurs, le maintien de l'agriculture dans ces zones défavorisées devrait plus répondre à une nécessité sociale. Dans les espaces où les nappes phréatiques sont encore d'une qualité acceptable, l'agriculture irriguée pourrait connaître une dynamique importante à court terme, même si dans les secteurs de Bédoui par exemple, les contraintes naturelles (ensablement, vent) et l'altération de la qualité des eaux entraîneront une fragilisation grandissante des exploitations. En revanche, les périmètres de la plaine centrale disposent des moyens techniques et d'une assise financière permettant d'être optimiste quant à leur viabilité à long terme. Le développement très rapide des exploitations créées au début des années 1990 est le signe évident d'une rentabilité économique. La multiplication des périmètres irrigués dans cette zone reste toutefois dépendante de la volonté des pouvoirs publics, qui pourraient limiter le nombre d'autorisation 40 Dans la zone d'interdiction, on assiste sans doute à une augmentation du nombre de puits illicites. Ce phénomène n'est pas récent dans la presqu'île de Jorf ; on constate déjà l'existence de puits illicites à El Grine en La loi a probablement été transgressée dès la fin des années 1980, mais la récente sécheresse a accentué le phénomène, notamment à Bédoui. La création de petits périmètres irrigués par des agriculteurs de la presqu'île ne semble pas trop inquiéter les responsables du CRDA. Malgré la volonté affichée de réduire la pression sur la nappe phréatique, déjà largement surexploitée dans cette zone notamment en raison des plantations de sorgho fortes consommatrices d'eau, les autorités préfèrent garantir la paix sociale en laissant exploiter des ressources qui n'ont pas d'intérêt stratégique pour le développement de la région. L'installation de nouveaux périmètres dans la zone de Bédoui est plus surprenante, alors qu'il est en principe interdit d'y créer ou de modifier un équipement hydraulique (Palluault, 2003). Il semble que la surveillance de la zone d'interdiction soit particulièrement difficile en liaison avec un certain nombre de dysfonctionnements de l'administration, d'autant plus que les limites de cette zone sont par endroit arbitraires. 94
102 d'installation afin de ne pas compromettre la qualité et le débit des eaux desservies dans les zones urbaines et touristiques. Cette analyse des périmètres irrigués privés met en avant le creusement des inégalités entre les acteurs agricoles de la plaine de la Jeffara. Le desserrement des contraintes pesant sur les ressources en eaux n'a pas profité aux agriculteurs de la Jeffara pour lesquels les investissements restent trop élevés et surtout trop risqués. Le développement du modèle marchand, en parallèle avec la persistance de pratiques plus vivrières dans les zones anciennement irriguées, est la principale évolution récente de l'agriculture irriguée dans cet espace. Si l'implantation de ces exploitations, au nom de la rationalisation de l'usage de l'eau, est appuyée par l'administration, le risque que font peser ces quelques exploitations de taille moyenne sur la durabilité des ressources en eaux est-il moins grand que la diffusion de petits périmètres? Il s'avère désormais nécessaire que les pouvoirs publics articulent mieux leurs politiques afin que les ressources disponibles profitent non seulement à ceux qui pourront les valoriser au mieux, mais aussi à ceux qui estiment à juste titre en avoir besoin pour maintenir leurs activités agro-pastorales dans la zone. Les mutations de l'agriculture irriguée en Jeffara sont représentatives des nouvelles difficultés qui pèsent sur les sociétés rurales. Avec le passage d'une gestion de l'offre en eau à une gestion davantage centrée sur l'inflexion de la demande, l'axe d'analyse se déplace de la pauvreté de la ressource à la question des inégalités socioéconomiques liées aux modalités d'arbitrages dans l'accès à l'eau. La poursuite de l'expansion de périmètres irrigués d'importance, sur la base de la continuation d'une certaine tolérance des pouvoirs publics dans ce domaine, pourrait également accentuer la concurrence sur les terres bénéficiant des meilleures ressources en eau profonde. Tout semble donc dépendre ici de la stratégie de l'état et notamment de sa capacité à rendre accessible et acceptable pour les agriculteurs des ressources non conventionnelles telles que les eaux usées traitées utilisées à des fins d'irrigation ) L'impact des usages de l'eau sur les ressources Nous avons essayé de résumer dans le tableau 3.2 les relations entre les différentes catégories de ressources en eau mobilisables à l'échelle régionale et les principaux usages sectoriels. L'importance des eaux souterraines et notamment des aquifères profonds dans la satisfaction des besoins des usagers de la Jeffara est un fait bien connu (Mamou et Kassah, op. cit). Cependant, aujourd'hui plus que jamais sans doute, et ce malgré le recours accru depuis quelques années aux eaux dites non conventionnelles, ces ressources fragiles font l'objet de toutes les convoitises et concentrent sur elles de nombreux enjeux en termes de concurrences intersectorielles, dans un contexte où la priorité pour les usages non agricoles reste très marquée. 95
103 Tableau 3.2 : Relations entre types de ressources et usages sectoriels de l'eau Usages AEP Ressources Eaux de surface (pluies et ruissellement, oueds) Eaux souterraines (nappes phréatiques et nappes profondes) Ressources non conventionnelles urbain (habitat dense) Réseau SONEDE (compteurs privés) Dessalement des eaux saumâtres et à moyen terme de l'eau de mer rural (habitat dispersé) Citernes enterrées (majel, fesguia) GIC eau potable : approvisionnement collectif à partir de potences et de bornes fontaines, compteurs privés dans certains cas (GIC El Guettar), vente d'eaux par citernes (sécheresse) tourisme (hôtels) Réseau SONEDE (transferts d'eau à partir de la nappe de Zeuss-Koutine) Dessalement des eaux saumâtres (Jerba-Zarzis) et projet pilote de dessalement de l'eau de mer à Jerba INDUSTRIE Réseau SONEDE, forages dans les nappes profondes AGRICULTURE Pluviale Aménagements de CES traditionnels et modernes (fesguia, jessour, tabias) Achats d'eau (transport par citernes tractées) auprès des GIC et des forages privés ou publics. Irrigation d'appoint de l'arboriculture Irriguée Puits de surface, périmètres irrigués privés et GIC irrigation Eaux usées traitées (projet de 50 ha à Médenine, Jerba,) Les tableaux 3.3 et 3.4 tentent de mieux quantifier les grandes caractéristiques actuelles des aquifères profonds de la zone d'étude ainsi que les principaux usages sectoriels qui leur sont directement liés. L'accroissement des prélèvements pour les besoins en AEP au sens large s'est essentiellement traduit par la surexploitation de la nappe de Zeuss-Koutine (qui était beaucoup plus importante entre 1990 et 1996 où le taux de surexploitation s'élevait à 120 %) et par une exploitation intense de celle du Grés du Trias. De plus amples informations sont fournies à ce sujet dans le rapport du thème 4. Les autres nappes sont encore sous-exploitées, notamment en raison de leur salinité élevée par endroits. Il en est ainsi par exemple de la nappe de Jorf, pour laquelle la mauvaise qualité chimique des eaux (5,5 à 7 g/l) interdit en l'état d'autres usages que ceux agricoles. Ces nappes "chargées" recèlent d'importantes potentialités si on développe davantage leur dessalement, comme cela a été entamé par la SONEDE au niveau de la nappe du Tertiaire de Jerba-Zarzis. Ainsi, l'alimentation en eau potable (y compris celle des zones touristiques) représente actuellement selon les nappes entre 67 et 100 % du total des prélèvements. A part la nappe de Jorf, seule la nappe du Continental Terminal de Béni Khédache est utilisée à 80 % pour des usages agricoles, mais les prélèvements restent assez faibles (0,06 Mm 3 ) comparés aux autres nappes, avec un taux de salinité variant entre 2 et 4,5 g/l. Notons en outre que pour la nappe du Grès du Trias (Sahel Elababsa), considérée comme "stratégique" par la SONEDE du fait de la bonne qualité de ses eaux (c'est la seule dont le degré de salinité peut être inférieur à 1 g/l), les usages agricoles 96
104 (grands périmètres irrigués le long de la route Médenine-Béni Khédache notamment) s'élèvent quand même à presque 10 % des prélèvements. Tableau 3.3 : Principales caractéristiques des nappes souterraines profondes de la zone d'étude en Source : DGRE. Nappes Forages pompés Forages artésiens Ressources exploitables Taux d'exploitation La situation des nappes phréatiques de la zone d'étude est également assez inquiétante (tableau 3.5), compte tenu du fort accroissement du nombre de puits équipés de motopompes sur la période , qui s'est traduit par la surexploitation très marquée de plusieurs nappes (bassins versants de Om et-tamar amont et aval, de Smar et nappe de la presqu'île de Jorf) et donc par une dégradation de la qualité chimique des eaux (sans parler des baisses de niveau piézométrique). La majeure partie des usages de l'eau à partir de ces nappes phréatiques est agricole, compte tenu à la fois des volumes disponibles qui restent limités (6,47 Mm 3 exploités sur 4,85 Mm 3 exploitables en 2000, soit un taux moyen de surexploitation de 133 %), mais aussi des problèmes de salinité (un taux compris entre 6 et 12 g/l n'est plus rare) qui limitent les usages pour l'aep. La surexploitation de la nappe phréatique de la presqu'île de Jorf s'explique en partie par la présence d'une concentration de 97 Salinité Mm 3 % Nb. Mm 3 % Nb. Mm 3 /an % g/l Zeuss-Koutine Jurassique 11, ,05 100,09 1,5 à 6 Grès du Trias Sahel Elababsa 4, ,73 91,75 0,9 à 3 CT de Béni Khédache 0, ,26 4,76 2 à 4,5 CI de Béni Khédache 0, ,82 31,7 2,8 à 4,5 Grès du Trias Jeffara Médenine Calcaires du Jurassique Supérieur 0, ,67 0,56 5 à 15 0, ,5 10 1,7 à 6 Sable de Jorf (Miocène) 0,31 14,1 1 1,86 85,9 5 22,09 9,82 5,5 à 7 Tableau 3.4 : Usages sectoriels des nappes souterraines profondes de la zone d'étude en Source : DGRE. Nappes Eau potable Usage agricole Usage industriel Mm 3 % Nb. Mm 3 % Nb. Mm 3 % Nb. Zeuss-Koutine Jurassique 10,53 95,2 13 0,41 3,7 4 0,12 1,1 2 Grès du Trias Sahel Elababsa 3,92 90,5 11 0,42 9,5 11 CT de Béni Khédache 0, , CI de Béni Khédache 0, Grès du Trias Jeffara Médenine Calcaires du Jurassique Supérieur 0, ,03 67,3 1 0,02 32,7 1 Sable de Jorf (Miocène) 2,
105 petits périmètres irrigués pratiquant la culture du sorgho en été. Malgré l'existence d'un périmètre de sauvegarde depuis 1987, cette nappe présente encore des risques d'intrusion marine. Tableau 3.5 : Évolution de l'état des points d'eau des nappes phréatiques de la zone d'étude ( ). Source : DGRE. Nappes Date Nb. total de puits Nb. de Salinité (g/l) Ressources (Mm 3 /an) puits équipés Min Max Exploitables Exploitées Taux (%) BV Zeuss Om Zessar (code 82110) BV Zeuss Om Zessar (Hallouf) (code 82120) ,79 0,05 6, ,79 0,59 74, ,79 0,68 86, ,79 0,43 54, ,5 2,5 0,16 0,1 62, ,5 5 0,63 0,2 31,7 BV Om et Tamar (amont) (code 82210) BV Smar (Médenine) (code 82230) BV Om et Tamar aval (el-fjé) (code 82240) Presqu'île de Jorf (code 82310) BV Sidi Makhlouf (code 82230) ,5 6 0,63 0,55 87, ,63 0,71 112, ,63 1,35 214, ,63 0,79 125, ,5 7 1,1 0,6 54, ,5 8 1,1 0,76 69, ,1 1, ,1 2,15 195, ,39 2,5 179, ,5 7 0,47 0,09 19, ,47 0,19 40, ,47 0,51 108, ,47 0,57 121, ,47 0,56 119, ,5 7 0,91 0, , , ,91 1,56 171, ,91 2, ,91 1,63 179, ,5 0, ,5 0, ,5 0, ,5 0,
106 En conclusion de cette troisième partie, nous pouvons souligner que les systèmes agropastoraux que l'on observe aujourd'hui en Jeffara sont en fait le reflet d'un passage de stratégies d'adaptation aux risques naturels fondées sur la flexibilité d'utilisation des espaces, la diversification des spéculations et la mobilisation diffuse dans l'espace et dans le temps des ressources naturelles, à des stratégies d'évitement des risques naturels. Ces dernières se caractérisent par une artificialisation et une intensification des milieux, marquées par l'appropriation et un usage individuel des terres et sont conditionnées par une plus grande intégration aux dynamiques socio-économiques nationales. Les orientations promues par les pouvoirs publics, ont eu des résultats spectaculaires en termes de développement rural et d'accès à des modes de vie "modernes". Mais elles favorisent l'apparition de nouveaux risques, difficilement maîtrisables par les seules populations locales : risques environnementaux liés aux dynamiques de pressions sur les ressources et les milieux ; risques économiques dans un contexte de compétition intra et inter sectorielle ; risques socio-culturels avec un affaiblissement des vecteurs de cohésion sociale et des savoirs locaux. Toute la question est de savoir si l'ingéniosité des réponses des populations face à ces nouveaux risques et l'émergence de nouvelles techniques d'utilisation et de valorisation des ressources pourront permettre d'assurer la viabilité sur le long terme de ces options dans les conditions limitantes de la Jeffara. Cette interrogation pose bien sûr également la question des infléchissements et alternatives envisageables dans la nature des politiques mises en œuvre. Dans le domaine de la mobilisation et des usages des ressources en eau (superficielles et souterraines), on constate une pression accrue sur l'ensemble de ces ressources à l'échelle régionales liée : (i) à l'augmentation des besoins en AEP des villes et des zones rurales ; (ii) à l'essor des périmètres irrigués privés et de manière plus secondaire aux besoins d'appoint en eau pour une arboriculture en constante extension. Or, compte tenu du rôle stratégique des ressources en eau profondes, utilisées prioritairement pour la consommation urbaine et touristique du Sud-est tunisien, les agriculteurs de la plaine n'ont de plus en plus à leur disposition que les ressources caractérisées par un degré de salinité très élevé et des volumes particulièrement faibles ; (iii) au développement du secteur touristique en zone littorale et dans une moindre mesure des activités industrielles. Au-delà des problèmes de pénurie d'eau, qu'il ne s'agit pas de nier mais contre lesquels les populations de la Jeffara ont appris à se prémunir, c'est toute la problématique des modalités d'un véritable développement local harmonieux permettant d'améliorer leurs conditions de vie qui est en question. Dans un proche avenir, il sera possible de repousser largement les limites de l'offre en eau, comme c'est déjà en partie le cas aujourd'hui avec le recours aux ressources non conventionnelles : dessalement des eaux saumâtres, réutilisation des eaux usées traitées et à moyen terme avec la généralisation des techniques de dessalement de l'eau de mer. Même si ces procédés deviennent de plus en plus abordables, il convient de s'interroger sur les moyens techniques et financiers qui permettront aux populations rurales de bénéficier de ces nouvelles opportunités. La priorité accordée à l'aep, mais aussi une saturation de plus en plus marquée de l'exploitation des nappes souterraines (phréatiques et profondes), ainsi que le contrôle administratif de l'irrigation (périmètres d'interdiction et de sauvegarde, accès aux nappes profondes soumis à autorisation, etc.) posent notamment à l'échelle régionale la question de la place réservée aux acteurs ruraux dans un contexte de forte concurrence intersectorielle pour l'eau. Dans le Sud-est tunisien, l'accès aux ressources profondes constitue souvent la seule 99
107 forme possible d'exploitation de quantités d'eau suffisantes pour garantir le développement de systèmes de production agricole plus intensifs et rentables. Les enjeux qui se cristallisent autour de l'accès à la ressource en eau sont donc particulièrement cruciaux dans cet espace. Comment déconnecter durablement la croissance de la demande en eau de la croissance démographique et économique? C'est la question de la gestion de la demande au sens fort. Comment concilier un équilibre à long terme entre ressource et demande en eau, et des tendances d'évolution vues comme exponentielles aujourd'hui? A l'échelle nationale, une des réponses à cette question cruciale suggère une réduction drastique de l'usage de l'eau agricole. Or, réduire l'activité agricole irriguée ne sera pas sans conséquence sur l'équilibre alimentaire et sur la balance commerciale du pays, mais aussi sur l'économie, l'emploi et le développement des espaces ruraux. Qu'en sera-t-il alors plus particulièrement dans notre zone d'étude, où la pression sociale des agriculteurs pour avoir accès à l'eau d'irrigation est de plus en plus forte? Quelle eau peut-on envisager pour développer quels types d'activités, agricoles ou non, dans la Jeffara tunisienne? 100
108 PARTIE 4 - AMENAGEMENT ET TECHNIQUES DE LUTTE CONTRE LA DESERTIFICATION ) Introduction En Tunisie, la sécheresse et la désertification affectent particulièrement les zones arides et semi-arides caractérisées par des conditions climatologiques et hydrologiques défavorables. La pluviométrie faible, à régime très irrégulier, conduit à des fréquentes périodes de sécheresses graves alternant avec des périodes de crues brutales provoquant un ruissellement important et une érosion très forte des sols. Les différents changements dans le mode d'habitat et d'occupation de l'espace rural ont aboutit à des modifications dans l'utilisation quantitative et qualitative des ressources naturelles. ces dernières ont connu, en effet, une régression intensive. La dégradation du couvert végétal qui couvre les sols sableux a facilité le prélèvement des particules fines par le vent. Ce matériel enlevé est accumulé par la suite dans d autres endroits en engendrant la formation des différentes accumulations dunaires. Conscient de la fragilité de son environnement et de l'altération continue de son potentiel de ressources renouvelables, l'état tunisien s'est engagé depuis les années soixante dans une politique de maîtrise des eaux de surface et de sauvegarde des terres en pente, de lutte contre l'ensablement et d'amélioration des parcours. Le programme Jeffara s'est proposé de faire l'inventaire des aménagements et des techniques de lutte contre la désertification et de procéder à une évaluation d'impacts. 4.2) Inventaire, description et réalisations Deux grands types d aménagements peuvent être différenciés : les aménagements de CES, à vocations multiples (protection des sols, production agricole, recharge des nappes) et les aménagements typiquement de lutte contre la désertification et de protection des parcours ) Techniques de CES La lutte anti-érosive est très ancienne dans la région. Les ruines d'ouvrages de lutte contre l'érosion et de collecte des eaux de ruissellement, qui sont encore visibles à travers la zone (Carton, 1988 ; Ben Ouezdou et al., 1999 ; Ben Kehia 42 et al., 2003), prouvent bien que les populations locales avaient déjà à faire dans le passé au fléau de la dégradation des terres. Toutefois, la lutte anti-érosive ne devient vraiment organisée qu'avec la colonisation française, après l'indépendance et plus précisément à partir des années soixante (Minis. Agri., 1990). Différents types d ouvrages sont mis en œuvre dans la lutte anti-érosive : 41 Partie coordonnée par M. Ouessar avec les contributions de M. Boufelgha, H. Dhaou, N. Mahdhi, N. Mekrazi, M. Ouessar, A. Ouled Belgacem, M. Sghaier, H. Yahyaoui. 42 Thèse de doctorat (en cours de préparation à la Faculté de 9 Avril) sous la direction de M. H. Ben Ouezdou. 101
109 Les terrasses C'est une technique de traitement de terrains sur pentes fortes mais actuellement abandonnée. Des vestiges sont encore visibles dans la partie extrême amont de l'oued Moggar. Cependant, elles sont réintroduites pour le reboisement des quelques zones en pente (Tejra, ) (Ouessar et al., 2002). Jessour C'est une pratique très ancienne qui caractérise les zones montagneuses du sud tunisien (les chaînes des Matmata). Ils sont situés tout le long des thalwegs qui constituent les cours d'eau inter montagnes. Un jesser est formé par une digue en terre (katra ou tabia) consolidée en amont (sdar) et en aval (gfaa) par des pierres sèches, un déversoir central (masref) et/ou latéral (manfes) pour l'évacuation des eaux de débordement, et la retenue où on pratique de l'arboriculture (olivier, figuier, palmier, amandier) et de la céréaliculture (orge et blé). La retenue se forme progressivement par la sédimentation des matériaux de charriage qui permet aussi le nivellement de la pente initiale du thalweg (El Amami, 1984). Tabias Les digues en terres ou tabia sont des ouvrages façonnés manuellement ou mécaniquement pour assurer un complément d'irrigation. Elles sont installées à travers et le long des oueds, placées surtout le long des petits affluents plutôt que sur les cours d'eaux principaux, à sol profonds et pente faible (0 à 3 %). Une tabia est formée par une longue banquette principale en courbe de niveau avec, à chaque extrémité et à angle droit, une banquette latérale. Le bassin de retenue d'eau est donc entouré sur trois côtés et ouvert sur le coté amont pour capter l'eau de ruissellement destinée à l'alimentation des cultures implantées dans la retenue (Alaya et al., 1993). Seuils en pierres sèches Ce sont des obstacles constitués d'accumulation de pierres sèches déposées en ligne selon les courbes de niveau. Ils permettent à la fois de retenir le ruissellement de l'eau sur le terrain en pente et de retenir les matériaux entraînés par l'eau. Progressivement ces cordons se colmatent jusqu'à leur sommet, formant ainsi des terrasses et favorisent le développement du couvert végétal (Boufelgha, 1995). Ouvrages de recharge Il s'agit d'ouvrages en gabion 43 confectionnés en travers les oueds. Ils permettent de collecter les eaux de ruissellement dont une partie s'infiltre en profondeur et le reste coule le long du cours d'eau tout en s'infiltrant par endroits (Boufelgha, 1995). 43 Le gabion est une cage ayant la forme d'un parallélépipède rectangle en grillage galvanisé (à mailles hexagonales ou plus rarement carrées) et rempli de matériaux pierreux de granulométrie appropriée (Royet, 1992). 102
110 Ouvrages d'épandage des eaux de crues Ce sont également des ouvrages en gabion, confectionnés en travers les oueds munis de canaux et qui permettent de collecter puis déverser une partie des eaux de ruissellement tout en les épandant dans les champs avoisinants. Une telle action favorise la recharge des nappes et la valorisation des terres agricoles (Boufelgha, 1995). Puits filtrants La recharge des nappes aquifères par puits filtrants est une technique utilisée surtout pour les aquifères qui captent les structures calcaires. La contribution de ces puits dans la recharge de la nappe se montre plus importante lorsqu'ils sont situés dans la zone où l'on a des coefficients d'infiltration faibles ou lorsque la profondeur du puits filtrant atteint la zone saturée de l'aquifère (Yahyaoui & Ouessar, 2000). Réalisations Ces types d aménagement ont connu en Jeffara un développement spectaculaire (cf. figure 4.1) dans le cadre de la stratégie nationale de CES et de mobilisation des ressources en eau. Ainsi dans notre zone d'étude, il y a eu : Aménagement d'environ ha en jessour, tabias, etc. Confection de plus de 175 unités de recharge et d'épandage des eaux de crues, Installation de plus de 10 puits filtrants. Sauvegarde et consolidation de plus de ha. 103
111 Figure 4.1 : Les aménagements CES dans la région de Zeuss Koutine ) Aménagements de lutte contre l'ensablement et d'amélioration pastorale Confection des palissades Il s'agit de créer des obstacles au vent dominant afin de diminuer sa vitesse et de provoquer à leur niveau l'accumulation du sable en mouvement. Cette accumulation aboutit à la formation d'une dune artificielle qui constitue la première phase de la lutte contre l'ensablement. Deux matériaux sont utilisés lors de la construction des palissades : les plaques en fibrociment qui ont été graduellement remplacées par les palmes sèches (Khatteli, 1996). Quadrillage Cette technique consiste en l'installation d'un réseau de palissades disposées en échiquier et portant le nom de quadrillage ou carroyage (Khatteli, 1996). Reboisement et amélioration pastorale Cette opération consiste à fixer les dunes mobiles par des plantations, une fois la stabilisation mécanique achevée. Les différentes espèces forestières, utilisées pour la lutte contre l'ensablement dans la région d'étude sont réparties en deux groupes (Mekrazi, 2003) 44 : * Espèces introduites : Eucalyptus, Acacia cyanophylla, Acacia ligulata, Prosopis juliflora, Parkinsonia, Pin d alep, Acacia horrida, Acacia tortillis, Acacia cyclopis, Casuarina. * Espèces locales : Calligomaum azel, Lycium arabicuim, Atripex halimus, Tamarix 44 Mémoire de DEA (en cours à la Faculté 9 Avril) sous la direction de M. Ben Ouezdou et M. Khatteli. 104
112 L'Office de l élevage et des pâturages (OEP) pratique la mise en défens et l'amélioration pastorale par la plantation d arbustes fourragers au niveau des terrains privés (Ouled Belgacem & Genin, 2003). La mise en défens, d une durée généralement comprise entre 3 et 5 ans dans la zone considérée, permet à la végétation de se régénérer naturellement sans aucune intervention. Les actions d'amélioration pastorale sont réalisées avec la plantation d'arbustes fourragers : Atriplex halimus, Atriplex nummularia, Rhanterium suaveolens, Periploca laevigata, etc. Réalisations Au niveau de la région naturelle de la Jeffara, les actions de reboisement et fixation des dunes, débutées à l époque coloniale le long de la route tripolitaine en particulier, se sont amplifiées dans les années soixante avec les services forestiers et ce, dans l'objectif de protéger les agglomérations et les infrastructures de l'ensablement. Ces plantations ont eu lieu au niveau des terrains étatiques ou collectifs soumis sous régime forestier. Des aménagements des parcours privés ont suivi et sont gérés par l'oep ; ils consistent à mettre en défens ou à planter des arbustes fourragers tout en accordant aux propriétaires des subventions pendant une période de trois ans selon le respect et la réussite de l'opération. Sur la Jeffara, on a enregistré près de 25 sites qui ont fait l'objet d'une intervention soit de la part des services forestiers soit de la part de l'oep (tableaux 4.1 & 4.2, figure 4.2). Tableau 4.1. Les périmètres d'intervention (reboisement pour la lutte contre l'ensablement). Périmètre Superfici Date de Espèces plantées e (ha) plantation Sidi Makhlouf I Eucalyptus sp., Acacia cyanophylla, Acacia ligulata, Calligonum azel Sidi Makhlouf II Acacia ligulata, Calligonum azel, Parkinsonia acuaelata Martoum Acacia cyanophylla, Acacia ligulata, Calligonum azel, Retama raetam Mhachen Eucalyptus sp,acacia cyanophylla, Acacia ligulata, Calligonum azel Henchir D ghim Acacia cyanophylla, Prosopis juliflora, Acacia ligulata,pinus halepensis Ras EL Aîne Acacia cyanophylla, Calligonum azel Drouj Acacia cyanophylla, Calligonum aze, Acacia ligulata Sned Toual Periploca laevigata Tableau 4.2 : Périmètres et types d'intervention de l'oep en matière d'amélioration pastorale. Site Parcelle Superficie (ha) Type d'intervention Date d'intervention Balaouta 1 1 Plantation d Atriplex halimus 1996 Oum Tamer Plantation d Atriplex nummularia 1997 Oum Tamer 3 2 Plantation d Atriplex halimus 1997 Balaouta 4 3 Mise en défens d une steppe à 1993 Rhanterium suaveolens Oum Tamer 5 1 Plantation d Atriplex nummularia 1997 Balaouta Plantation de Periploca laevigata 1994 Balaouta 7 1 Mise en défens d une friche 2002 Balaouta 8 3 Plantation de Periploca laevigata 1995 Alamet Mechlouch 9 1 Plantation d Atriplex halimus 1996 Alamet Mechlouch Plantation de Periploca laevigata 1995 Sned Toual 11 3 Plantation d Atriplex halimus 1997 Sned Toual 12 1 Plantation de Periploca + Atriplex 1997 Sned Toual 13 3 Plantation d Atriplex halimus 1997 Bhayra Mise en défens
113 Figure 4.2 : Localisation des principales actions d'aménagement pastoral et de reboisement. 4.3) Analyse L'analyse des aménagements entrepris dans la Jeffara est appréhendée à deux niveaux : au niveau individuel (on site effects) et au niveau global (bassin versant, off site effects) tout en considérant, suivant les cas, la performance technique (physique) et la performance agrosocio-économique ) Les aménagements CES Jessour et tabias Les jessour et les tabias ont pour rôle principal de capter les eaux de ruissellement et les produits d'érosion pour améliorer les conditions édaphiques et hydriques pour le développement de l'arboriculture et les cultures annuelles. Afin d'évaluer ces rôles, Labiadh (2003) 45 a eu recours à l'application du modèle Soil Transport Model (STM-2D/3D) développé par Biesemans (2000) pour étudier l influence des jessour sur le ruissellement et la sédimentation dans le micro bassin versant (8 unités de jessour) de Dkhilet Stout. Les principaux résultats de cette étude sont portés sur la figure 4.3. Il est évident que ces structures remplissent bien leurs rôles surtout lors des averses d'intensités importantes, caractéristiques de nos zones arides. Ceci confirme les résultats d'une 45 Projet de fin d études (ESA Mograne) sous la direction de Mme Ghezal L. et M. Ouessar M. 106
114 étude similaire entreprise au niveau d'un mico-bassin de l'oued Naguab (Schiettecate et al., 2003). Toutefois, un manque d'entretien de quelques unités pourrait causer un effet inverse par le phénomène de rupture en cascade (Chahbani, 2000) Ruissellement (m3) Sédiments (tonnes) pluie (m m /hr) Ruissellement (BV sans jessour) Sédiments (BV sans jessour) Ruissellement (BV avec jessour) Sédiments (BV avec jessour) 0 Figure 4.3 : Ruissellement et sédimentation au niveau du bassin versant Astout avec et sans jessour (Labiadh, 2003). Les ouvrages de recharge et d épandage Ces ouvrages sont destinés en premier lieu à la recharge des nappes et le laminage des eaux de crues. L'analyse de la capacité d'infiltration de 16 ouvrages répartis sur tout le bassin versant d'oum Zessar a montré que (Taher 46, 2003 ; Bacquert 47, 2003) (tableau 4.3). 46 Projet de fin d étude (Faculté des Sciences de Sfax) sous la direction de M. Ouessar. 47 Stage d étude (Université de Gand, Belgique) sous la direction de M. Ouessar. 107
115 Tableau 4.3 : Sites des ouvrages de recharge prospectés. Oued Localité Occupation de la terrasse Ouvrage Infiltration (cm/ha) Oum Zessar Sidi Makhlouf Peu de végétation gabion 3,36 Koutine Koutine Sol nu gabion 3 Koutine Koutine Sol nu, peu de végétation gabion 5,52 Koutine Koutine Peu de végétation gabion 2,4 Koutine Koutine Arbres, non occupé gabion 2,7 Koutine Koutine Sol nu gabion + puit de recharge 5,22 Koutine Koutine Sol nu gabion + puit de recharge 2,76 Koutine Jonction Hallouf et Nagueb Sol nu gabion + puit de recharge 4,8 Hallouf Koutine Sol nu gabion 6 Nkim El Allamet Sol nu, non occupé gabion 2,58 Nagueb entre Allamet Machlouch et Saîkha non occupé gabion 1,38 Nagueb Saîkha non occupé, végétation faible gabion 1,74 Nagueb Chouamekh cultures saisonnières gabion + puit de recharge 4,38 Hallouf Mgoud cultures saisonnières gabion + puit de recharge 1,2 Hallouf Bhayra cultures saisonnières gabion 2,4 Hallouf Station hydrométrique cultures saisonnières gabion 17,4 (* infiltration tests : Taher, 2003) - Plus l'âge des ouvrages est ancien, plus sa capacité à infiltrer l'eau devient faible à cause de l'accumulation des sédiments, - Le travail du sol est important pour favoriser l'infiltration, - La nature du sol peut, soit favoriser l infiltration (cas de sol sableux), soit empêcher l'infiltration (sol argilo limoneux). Toutefois, ce problème n'est pas très grave tant que les ouvrages sont en dehors de l'aire de recharge des nappes (Boufelgha, comm. pers.). Ainsi, il est recommandé de : - Autoriser les agriculteurs riverains pour la mise en valeur de ces ouvrages où le sol est généralement profond (plus d un mètre) et riche en matière organique. De plus, ces derniers assureront tous les travaux d'un entretien nécessaires (labour, etc.), - Installer dans les sites appropriés des puits filtrants pour favoriser d'avantage l'injection des eaux de crues vers les nappes (Yahyaoui & Ouessar, 2000). - Approfondir cette étude par des investigations supplémentaires pour juger de l'efficacité de ces ouvrages à moyen et à long terme. Les puits filtrants Vu le problème d accumulation de sédiments qui imperméabilisent au fil du temps l'aire d'accumulation derrière les ouvrages de recharge, les puits filtrant sont destinés à favoriser l'infiltration directe des eaux de crues vers la nappe. Toutefois, ce type d'ouvrage se trouve aussi confronté au même problème de colmatage des filtres par les sédiments. En effet, 108
116 Temmerman (2003) 48 a montré dans une étude au laboratoire sur un prototype de puit filtrant, que la capacité d'infiltration est réduite au fur et à mesure d accumulation des sédiments dans le filtre. Ce phénomène s'accentue davantage surtout après le séchage de ces produits (figure 4.4). Hauteur d'eau (cm) Temps (mn) clear water sedimenttest 1 sedimenttest 2 sedimenttest 3 sedimenttest 4 sedimenttest 5 sedimenttest 6 Figure 4.4 : Évolution de la hauteur d'eau en fonction du temps pour différentes concentrations de sédiments. Évaluation d'impacts des aménagements Impacts des aménagements CES sur la recharge de la nappe de Zeuss-Koutine 49 Etant donné l augmentation des besoins en eau des différents usagers de la zone et l'aridité du climat du Sud-est Tunisien, la nappe profonde de Zeuss-Koutine est excessivement sollicitée. Le modèle numérique constitue un meilleur outil d'établissement du bilan de cette nappe en fonction des facteurs naturels et provoqués du milieu. Le modèle mathématique de cette nappe a été réalisé à l'aide du logiciel "Multic" (Djebbi, 1992). Ce logiciel est conçu pour assurer la simulation numérique des transferts de pression en régime permanent ou/et transitoire dans les aquifères multicouches de forme quelconque en mailles carrées régulières. Le calage du modèle en régime permanent a porté sur la répartition des transmissivités et le contrôle de la validité de ce calage s'est fait sur la totalité des mailles. Les résultats sont consignés dans le tableau Stage d'étude (Université de Gand, Belgique) sous la direction de Mr. Ouessar. 49 Basée essentiellement sur les travaux de Derouiche (1997), Yahyaoui (1999) et Yahyaoui et al. (2002). 109
117 Tableau 4.4 : Bilan en eau en régime permanent. Entrées Sorties Infiltration directe aux reliefs des Matmatas Infiltration à partir du réseau hydrographique Contribution de la nappe du Trias Total Prélèvement par forages Ecoulement souterrain vers l exutoire Total 4 l/s 283 l/s 36 l/s 323 l/s 102 l/s 221l/s 323 l/s Sur la base de l'historique piézométrique disponible, la simulation en régime transitoire a consisté à reproduire le fonctionnement hydrodynamique de la nappe pendant les 25 années (1975/2000). Les résultats sont portés dans le tableau 4.5. Tableau 4.5 : Bilan en eau en régime transitoire (1975, 1996 et 2000). Année Entrées Sorties Infiltration directe aux reliefs des Matmata 4 l/s 4 l/s 4 l/s Infiltration à partir du réseau hydrographique 285 l/s l/s l/s Contribution de la nappe du Trias 36 l/s 36 l/s 36 l/s Total 325 l/s l/s l/s Prélèvement par forages 123 l/s 421 l/s l/s Écoulement souterrain vers l'exutoire 202 l/s l/s 154l/s Total 325 l/s l/s l/s En comparant les résultats du bilan calculé de la nappe relatifs aux trois années (tableau 4.5), on constate que : en 1975 (bassins peu traités par des travaux de C.E.S), les entrées ne sont que de 285 l/s en 1996 (travaux de CES en cours), les entrées deviennent de 301 l/s, en 2000 (après achèvement des travaux des ouvrages de recharge), les entrées de la même nappe arrivent à 447 l/s. Ainsi, il y a une nette augmentation de débit d alimentation de la nappe en fonction de l'avancement des travaux de CES. Le modèle numérique de la nappe de Zeuss-Koutine a fourni, après son calage en régime transitoire, les apports moyens annuels à la nappe. La figure 4.5 montre les apports annuels à la nappe calculés par le modèle, la pluviométrie annuelle de la région et la moyenne de l alimentation de la nappe avant et après l'année
118 Recharge(l/s) Rainfall (mm) Recharge Rainfall Year Figure 4.5 : Apports annuels à la nappe de Zeuss-Koutine estimés par le modèle MULTIC. Ainsi, la recharge provoquée par les travaux de CES de la nappe constitue une expérience encourageante d'amélioration de potentiel en eau souterraine des nappes rechargeables dans un climat aride comme celui du Sud-est Tunisien. Sachant que la nappe de Zeuss-Koutine fait partie d'un système plus important rassemblant la totalité des nappes de la Jefara tunisienne et libyenne, il est important d'introduire l'étude hydrogéologique et la modélisation de cette nappe dans le cadre du projet d'observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) qui construit actuellement un modèle hydrogéologique du Système Aquifère du Sahara Septentrional (SASS), groupant la Tunisie, l'algérie et la Libye. Ceci permettra au mieux de réajuster le bilan de la nappe concernée. Impact des travaux de CES sur la production (Mahdhi, 2003) 50 Pour analyser les effets des aménagements réalisés en amont sur les régions situées en piémont et en aval du bassin versant Oum Zessar, Nasr (2003) s'est basé sur des régressions directes du niveau de la production enregistrée par an et par compartiment en appliquant un modèle qui est une fonction de production néoclassique de type Cobb-Douglass à coefficients fixes. Les résultas de l'application sont rapportés dans le tableau Mémoire de DEA (INAT) sous la direction de M. Bachta et M. Sghaier. 111
119 Tableau 4.6 : Niveau de production compartiment 51 Compartiment Piedmont Aval Coefficient Test t Coefficient Test t Nombre d'observations Test F R 2 -ajusté 0,86 0,94 X1 X2 X3 X4 Constante 0,13 (0,7) 0,69 (2,34)* -0,74 (-5,26)*** 1,12 (4,45)** -2,81 (-1,46) 0,47 (2,75)* 0,43 (2,39)* -0,63 (-6,04)*** 1,24 (3,05)** 1,69 (1,2) NB : Rejet de H0 : paramètre=0 au seuil de signification de 5% (*) ou 1% (**) ou de 1 0 /00 Il en découle que la superficie aménagée en amont a l'effet le plus important sur la production par compartiment, avec une élasticité de (-0,74) et (-0,63) respectivement en piémont et en aval. Ceci est lié à la rareté de la pluviométrie et la dépendance forte de l'agriculture pluviale par rapport à la récolte des eaux pluviales. La partie aval se trouve privée d'un volume d'eau aussi indispensable pour la mise en valeur agricole et l'amélioration de rendement des cultures dans cette zone. Cette réduction des écoulements va se répercuter négativement sur les rendements des cultures et par la suite sur les productions par compartiment. Pour étudier les impacts sur l'efficacité technique globale, une fonction frontière déterministe a été utilisée. Les résultats de l'estimation du modèle par compartiment sont présentés dans le tableau 4.7. Tableau 4.7 : Efficacité technique estimé par le modèle 52 Compartiment Amont Piedmont Aval Coefficient Test t Coefficient Test t Coefficient Test t Nombre d'observations Test F R 2 -ajusté 0,79 0,87 0,93 X1 X2 X3 Constante 0,51 (2,72)* 1,2 (3,4)** 0,98 (3,34)** -3,49 (-5,37 )** 0,39 (2,32)* 1,16 ( 7,32)** 0,88 (3,64)** -2,08 (-3,06)* NB : Rejet de H0 : paramètre=0 au seuil de signification de 5% (*) ou 1% (**) 0,27 (2,47)* 0,9 (5,96)** 1,53 (5,06)** -2,58 (-5,08)** 51 Le coût d entretien annuel en régie exprimé en DT en piémont ou en aval. Il est donné par la variable x1. Le coût d investissement exprimé en DT en piedmont ou en aval. Il est donné par la variable x2. La superficie aménagée annuelle cumulée en amont ou en amont et piedmont. Elle est donnée par la variable x3. La pluviométrie annuelle exprimée en millimètre. Elle est donnée par la variable x4. 52 X1 : le facteur façon culturale (FC), il désigne le nombre d heures de traction animale et mécanique utilisée pour le travail du sol par an. X2 : le facteur travail (L), mesure le nombre de jours de travail salarié et familiale engagés dans le processus de production (entretien de l ouvrage) par an ; X3 : la pluviométrie (P) : représente la pluviométrie annuelle exprimée en millimètre. 112
120 La pluviométrie annuelle présente un effet dégressif sur la variabilité de la production de l'aval (1,53) à l'amont (0,98). Les valeurs estimées pour les paramètres de la fonction de production nous permettent de calculer l'efficacité technique globale de l'agriculture pluviale pour les trois compartiments en utilisant l'indice de Timmer. Cet indice est le rapport entre la production observée par compartiment et la production frontière au niveau du bassin versant. Comme le montre le tableau 4.8, à l'échelle du bassin versant, l'efficacité technique a connu une évolution mitigée entre 1986 et Globalement, l'efficacité technique a baissé respectivement de près de 45 %, 30 % et 30 % de l'amont à l'aval. Tableau 4.8 : Évolution de l'efficacité technique globale ( ) Année Amont Piedmont Aval E.BV ,75 0,93 0,9 0, ,65 0,81 0,93 0, ,48 0,72 0,94 0, ,44 0,72 0,88 0, ,63 0,73 0,68 0, ,49 0,73 0,75 0, ,61 0,72 0,74 0, ,49 0,69 0,74 0, ,65 0,72 0,6 0, ,59 0,69 0,62 0, ,55 0,61 0,68 0, ,47 0,64 0,53 0, ,44 0,61 0,52 0, ,57 0,56 0,48 0, ,43 0,62 0,56 0,54 L'efficacité technique globale de l'agriculture pluviale est dégressive de l'aval (0,7 %) à l'amont (0,55 %). En terme d impact, la réaffectation des eaux pluviales a provoqué entre ( ) une baisse des scores d'efficacités techniques globales de l'ordre de 35 % par compartiment. Évaluation économique des aménagements CES 53 L'évaluation des aménagements de CES réalisés au niveau de la stratégie de CES ( ) a été entreprise par l'analyse coûts avantages (ACA) élargie en appliquant le modèle FORCES-MOD (FAO-Banque Mondiale, 1994). Ces avantages sont calculés au niveau de l'analyse financière (AF), économique élargie (AEE1) et (AEE2) et au niveau de l'analyse sociale et économique (ASE). C'est une analyse ex post pour les investissements effectifs réalisés par la stratégie pendant la période avec des prévisions des bénéfices futurs pour la période Ainsi l'horizon global de l'aca est de trente ans, période jugée suffisante pour tenir compte de la majorité des coûts et des avantages des investissements et pour permettre l'amortissement des aménagements réalisés. L'ACA réalisée tente également grâce au modèle FORCES-MOD d'élargir l'analyse aux phénomènes environnementaux externes aux actions aussi bien tangibles qu'intangibles. En effet, conçu initialement par la 53 Basée sur les travaux de Sghaier et al. (2002). 113
121 Banque Mondiale et la FAO pour réaliser l'aca pour les projets de développement Forestier et de conservation des eaux et des sols (FORCES-MOD), le modèle FORCES-MOD permet de réaliser des ACA pour les projets à importants impacts environnementaux et sociaux Comme l'illustre le tableau 4.9, le Taux de Rentabilité Interne (TRI) financier est de 5,47 % ; celui économique conventionnel de 13,25 %. La prise en compte des effets extérieurs aux actions mais intérieurs au marché (analyse économique élargie I) a accru la rentabilité du projet de 5 points (18,43 %) et la prise en compte des effets extérieurs aux actions et au marché (analyse économique élargie II), a permis une augmentation additionnelle de 7 points (25,98 %). L'analyse économique et sociale enfin dévoile une rentabilité de 27,8 %. En outre, les résultats des tests de sensibilités réalisées aux taux d'actualisation plus aux moins 2 points du taux officiel appliqué montrent une variabilité relative parfois importante en impliquant aussi bien le taux 8 % que le taux 13,8 %. Tableau 4.9 : Récapitulatif des résultats de l'aca suivant le modèle FORCES-MOD Valeur Actuelle Nette Taux d'actualisation 8 % 10,8 % 13,8 % TRI (%) Analyse financière (AF) -0,703-1,065-1,194 5,47 Analyse économique conventionnelle 0,934 0,285-0,048 13,25 Élargie I (AEE1) 1,677 0,798 0,13 18,43 Élargie II (AEE2) 1,97 1,049 0,521 25,98 Analyse socio-économique (ASE) 2,166 1,15 0,576 27,8 Usage des ressources en sols et sensibilité à la sécheresse (Dhaou, 2003) 54 L'étude de l'adéquation entre aptitude des sols et occupation arboricole au niveau du bassin versant d'oum Zessar, qui a subi ces dernières années une sécheresse prononcée dont l'impact sur l'état des plantations arboricoles principalement les oliviers est variable selon les régions et les localités allant d un état de résistance au déficit hydrique à l'état de dépérissement avec des degrés divers (dépérissement partiel ou total). La superposition de la carte d'aptitude avec celle de l'occupation actuelle a montré qu'une grande partie des plantations arboricoles, notamment d'olivier, sont situées sur des sols marginaux présentant des contraintes aux développement racinaire et au stockage de l'eau. On les retrouve notamment dans les localités d'el Gosba, Sidi Makhlouf, Allamet el Mechlouch, El Gourine et Koutine. Cette inadéquation entre spéculation arboricole et aptitudes des sols amplifie les phénomènes de dessèchement et de dépérissement au cours des années peu pluvieuses. De plus, elle permet d'expliquer les réactions différentes des oliviers de la zone d'étude au plan de résistance à cette dernière période de sécheresse. Par ailleurs, l'analyse physico-chimique du sol a permis, à travers la prospection des profils pédologiques dans des parcelles d'oliviers de la zone d'étude présentant des degrés de 54 Mémoire de Mastère (IRA/INAT) sous la direction de M. Taamallah. 114
122 dessèchement différent et les analyses des échantillons du sols (texture, matière organiques, calcaire total actif et gypse) et se trouvant dans trois situations : derrière jessour, derrière tabia et sans aménagement, de confirmer et de mettre en relief le rôle capital de la nature du sol sur la réaction de l'olivier à la sécheresse. Il en ressort que les oliviers qui disposent d'un sol profond à texture relativement sableuse et très légère, résistent bien au déficit hydrique alors que les oliviers les plus desséchés sont généralement situés sur des sols marginaux présentant des contraintes au développement racinaire et à la mobilisation de l'eau. En effet, ceci explique le fait que les oliviers se trouvant derrière les jessour résistent mieux que ceux derrière les tabias. Ceux sans aménagement résistent le moins ) Travaux de lutte contre l'ensablement et d'amélioration pastorale Travaux de lutte contre l'ensablement Mekrazi (2003) a montré que la réussite ou l'échec des travaux de lutte contre l'ensablement dépendent principalement des facteurs suivants : la régularité des interventions ; les techniques utilisées ; les facteurs physiques. Suivant les périmètres, les résultats se présentent comme suit : Périmètre de Sidi Makhlouf La régularité des interventions : les travaux de lutte contre l'ensablement ont été arrêtés vers la fin des années quatre vingt, et une reprise a concerné uniquement la confection des tabias et le reboisement du périmètre, à partir de l année Cette reprise indique que, malgré l ancienneté des interventions (1965), les dunes n'étaient pas bien fixées. Les techniques utilisées : la densité de réseau de clayonnage varie d'un carré à un autre (50/50 m², 50/100 m², 100/100 m² ). Elle est faible et non étudiée. La densité de plantation n'est pas très importante. Elle est de l'ordre d'un arbre/ 50m². Aussi, l'utilisation d'eucalyptus, d'acacia ligulata, d'acacia cyanophylla n'a pas donné les mêmes résultats comparés aux autres sites. Les facteurs physiques : la croûte gypseuse qui s'étend sur tout le périmètre, offre des conditions difficiles à la végétation. Mhachen La régularité des interventions : le site a été a été abandonné entre 1987 et 1998 pour la confection et le rehaussement des tabias et entre 1991 et 1996 pour le reboisement ce qui a entraîné une mauvaise fixation. Les techniques utilisées : le schéma utilisé, lors de la stabilisation de ces dunes, est un quadrillage très espacé. La densité de réseau de clayonnage est de l'ordre de 50/100 m. Ceci a provoqué un mouvement tourbillonnaire du vent. Cette situation est due à une faible densité de plantation. Les reboisements, constituées surtout d'eucalyptus, se concentrent seulement dans quelques endroits du site. 115
123 El Martoum La régularité des interventions : les différents types d'interventions forestières, dans ce périmètre ont monté une évolution assez régulière et assez continue. Mais à partir de l'année 1990, nous notons une stabilisation au niveau des travaux. C'est uniquement vers la fin des années quatre vingt dix qu'une reprise, qui a concerné le rehaussement des tabias et la sauvegarde des superficies reboisées, a eu lieu. Ceci indique que le site est bien entretenu ; la densité de réseau de clayonnage est lâche (50/50m²), mais elle a permis de donner des bons résultats, au niveau de la fixation des dunes ; Les tabias sont rehaussés fréquemment. Le pourcentage des plaques en place est supérieur à 80 %. La densité de la plantation est importante (1 000 plantes/ha). Les arbres ont une hauteur assez élevée. L'Acacia cyanophylla atteint 10 m de hauteur. La protection du site contre toute sorte de défrichement, est assurée par deux gardiens. L'entretien dans ce site apparaît important. Ceci a permis le développement d'un couvert végétal dense. Il a abouti à une amélioration pastorale et il a assuré une bonne fixation du sable. Ces résultats ont bénéficié aussi de la présence d'un cadre physique favorable : proximité de l'oued Morra et de la nappe phréatique. Henchir D'ghim La régularité des interventions : les interventions sont caractérisées par leur irrégularité. Elles sont limitées et séparées. La fréquence d arrosage et de binage est de l'ordre de 12 fois par an. Ceci apparaît insuffisant, surtout durant les années sèches. En effet beaucoup de reboisement dont l'âge est compris entre une et deux années se trouvent actuellement morts et aucune tentative de regarni n'est apparu sur le terrain. Les techniques utilisées : l'utilisation d'un quadrillage très espacé dans une zone caractérisée par l'activité éolienne ne favorise par une bonne stabilisation des dunes. Ras El Aîne La régularité des interventions : les interventions apparaissent irrégulières. Le rehaussement évolue d'une façon très lente à partir des années quatre vingt dix. Les techniques utilisées : le périmètre de Ras El Aïne constitue un quadrillage très espacé (300/300 m²), qui permet le mouvement tourbillonnaire de l'air. La densité de réseau de clayonnage est très faible, surtout que le périmètre est situé dans un couloir éolien. La distance entre la première contre dune et le chemin de fer programmé est inférieur à 5 mètres. La densité de plantation dans ce site ne dépasse pas 250 plantes/ha. La hauteur des arbres est, dans le plus part des cas, inférieure à 3 mètres. Parfois, ils sont complètement desséchés. Lors de notre visite sur le terrain, nous avons observé des Acacias détruits et qui ne sont pas remplacés. Drouj La régularité des interventions : il y un manque de rehaussement et d'entretien. En effet, le site a été abandonné depuis plus que dix ans. 116
124 Les facteurs physiques : le climat surtout a aggravé la situation. En effet la sécheresse a influencé l'état du couvert végétal. Nous avons remarqué que l'acacia ligulata a résisté plus que l'eucalyptus qui s est desséché totalement. Pour les espèces autochtones, le Retem et l'azel ont résisté plus que le Lycium arabicumam. Les facteurs anthropiques peuvent aussi expliquer la situation. Un défrichement, en effet, peut être constaté dans ce site. La population de la région a recouru, surtout durant la période de la sécheresse et suite à la dégradation des parcours voisins, à ce périmètre pour profiter de quelques ligneuses existantes. Les sites du début des années quatre vingt dix Les interventions ont eu lieu entre 1996 et L'arrondissement des forêts de Médenine a utilisé, lors de cette période, deux types de matériaux pour la construction des palissades : les plaques en fibrociment (1996 et 1997) et les palmes sèches (1998 et 1999). Elles sont organisées sous la forme de quadrillages de densité variable et lâche (50/50 m² à 50/100 m²). Cette densité ne permet pas la fixation de dunes, surtout que la région est ventée. Le rehaussement des tabias est une opération irrégulière et discontinue. Il n'a concerné que les palissades en fibrociment. La fréquence de l'entretien apparaît très insuffisante, surtout que le site est venté et les palissades sont bien remplies de sables. Le pourcentage de leur couverture est généralement supérieur à 75 %. Il atteint parfois 100 %. Aussi le pourcentage des plaques et palmes détruites est très important. Il est, dans la plupart des cas, supérieur à 70 %. Toutefois, il n'y avait pas de tentatives de remplacement. Les interventions récentes dans les champs d'arboriculture Le quadrillage a été très espacé, ce qui permet au vent de prendre le matériel fin et de l'accumuler avant d'atteindre l'obstacle. Les oliviers continuent à être ensablés, surtout que les tabias sont très proches du périmètre à protéger. Les palissades, installées très proches des périmètres à protéger, sont devenues le siège d accumulations très importantes du sable qui venait de différentes origines (de l'intérieur du champ, à partir des champs voisins, parcours dégradés ). Ceci a aggravé la situation. L'ensablement est devenu plus important que dans les sites non protégés. Nous pouvons dire, après quatre ans d'intervention, que cette technique n'a pas porté de résultats car l'objectif initial était la protection de l'arboriculture contre l'ensablement. En outre, Ouled Belgacem et Genin (2003) ont constaté que la superficie reboisée est relativement faible puisqu'elle n a pas dépassé les 500 ha depuis Au démarrage des opérations de revégétation, un intérêt particulier a été réservé aux espèces exotiques qui avaient montré un développement intéressant dans d'autres régions. Néanmoins, la mauvaise adaptation de quelques espèces (Acacia, Eucalyptus, etc.) aux conditions édapho-climatiques du milieu a incité les services forestiers à s'orienter vers les espèces autochtones (Calligonum azel et Periploca laevigata) pour les opérations de fixation biologique des sables et/ou l'amélioration et la réhabilitation des parcours (tableau 4.10). 117
125 Tableau 4.10 : Taux de survie dans les sites de reboisement. Périmètre Espèces plantées Taux de survie (%) Sidi Makhlouf I Sidi Makhlouf II Martoum Mhachen Henchir D ghim Ras EL Aîne Drouj Eucalyptus sp. 80 Acacia cyanophylla 70 Acacia ligulata 60 Calligonum azel 80 Acacia ligulata 60 Calligonum azel 80 Parkinsonia acuaelata 70 Acacia cyanophylla 80 Acacia ligulata 90 Calligonum azel 80 Retama raetam 90 Eucalyptus sp. 40 Acacia cyanophylla 20 Acacia ligulata 10 Calligonum azel 50 Acacia cyanophylla 40 Prosopis juliflora 50 Acacia ligulata 50 Pinus halepensis 20 Acacia cyanophylla 20 Calligonum azel 60 Acacia cyanophylla 10 Calligonum azel 70 Acacia ligulata 50 Sned Toual Periploca laevigata 80 Source : Ouled Belgacem & Genin (2003) Il est important de signaler que toutes ces plantations sont soumises au régime forestier et ont bénéficié d'une protection intégrale et où l'accès des animaux est strictement interdit. On remarque cependant que ce type de gestion, et en l'absence de taille de rajeunissement, a entraîné la lignification voire la mortalité de certaines plantes. La phytomasse chlorophyllienne est dans bien des cas très réduite au profit de tiges desséchées. Il apparaît qu'un pâturage modéré pourrait permettre de mieux assurer l'entretien et la pérennité de tels espaces. 118
126 Aménagements sylvo-pastoraux 55 On a compté près de 14 interventions, principalement à Balâouta, Alamet Mechlouch, Sned Toual et El-Bhayra (tableau 4.11). La mise en défens, généralement entre 3 et 5 ans dans la zone considérée, permet à la végétation de se régénérer naturellement sans aucune intervention. Bien que simple, la régénération du couvert végétal par cette technique nécessite une durée plus ou moins longue. Le temps nécessaire pour que la mise en défens permette la remontée biologique est proportionnel au degré de perturbation et de la sévérité des conditions micro-écologiques (précipitation, nature du sol). Dans la région d étude, cette technique est très peu utilisée. On a enregistré en effet la présence de 4 périmètres dont 3 ont été mis en défens depuis seulement une année. Le premier périmètre est situé au niveau de la région de Balâouta et dominé par des annuelles messicoles car il s'agit d'un ancien champ céréalier. Les deux autres sont situés dans la région d'el Bhayra et dominés par Stipa tenacissima, Artemisia herba alba et Hammada scoparia. Dans les trois périmètres, on n'a pas encore observé un effet significatif de la mise en défens ni sur le taux de recouvrement ni sur la richesse floristique. Cependant, au niveau du quatrième périmètre, l'effet bénéfique de la mise en défens est très net dans la mesure où le recouvrement moyen de la végétation à l intérieur de la parcelle (40 %) est de loin supérieur à celui de la parcelle perturbée témoin (seulement 8 %) et où la richesse floristique est également plus importante dans la mise en défens (18 contre 7 espèces). Il s'agit en effet d'une ancienne mise en défens qui n'est pas encore exploitée (le propriétaire habite à Médenine). Concernant les actions d'amélioration pastorale par la plantation d'arbustes fourragers, le tableau 4.11 montre des résultats peu encourageants des plantations. Les services de l'oep n'accordent les subventions (subdivisées sur trois ans) que si la plantation a atteint un taux de réussite supérieur à 70 %. De ce fait, il semble que la réduction des taux de survie est due à une mauvaise gestion de ces plantations par les éleveurs eux-mêmes suite à l'arrêt des subventions et à l'absence de suivi par les services de l'oep. L'examen du tableau 4.11 montre également une variation au niveau des taux de survie des espèces arbustives. Il semble que Periploca laevigata se comporte mieux dans ces milieux (piémont glacis) que les Atriplex. Le taux de survie a en effet pu atteindre 50 % malgré la gestion chaotique et la sécheresse prolongée qui a caractérisé les dernières années. 55 Ouled Belgacem & Genin (2003). 119
127 Tableau 4.11 : Périmètres et types d'intervention de l'oep en matière d'amélioration pastorale Site Type d'intervention Taux de survie Balaouta Plantation d Atriplex halimus 30% Oum Tamer Plantation d Atriplex nummularia 5% Oum Tamer Plantation d Atriplex halimus 40% Balaouta Mise en défens d une steppe à Rhanterium suaveolens Couvert végétal en bon état Oum Tamer Plantation d Atriplex nummularia 2% Balaouta Plantation de Periploca laevigata 30% Balaouta Mise en défens d une friche Dominance des annuelles Balaouta Plantation de Periploca laevigata 50% Alamet Mechlouch Plantation d Atriplex halimus 2% Alamet Mechlouch Plantation de Periploca laevigata 15% Sned Toual Plantation d Atriplex halimus 10% Sned Toual Plantation de Periploca + Atriplex 15% Sned Toual Plantation d Atriplex halimus 8% Bhayra Mise en défens Pas d effet significatif Conservation des eaux et des sols La lutte anti-érosive est très ancienne dans la région. Les ruines d'ouvrages de lutte contre l'érosion et de collecte des eaux de ruissellement, qui sont encore visibles à travers la zone prouvent bien que les populations locales ont eu à faire dans le passé au fléau de la dégradation des terres. Toutefois, la lutte anti-érosive ne devient vraiment organisée qu avec la colonisation française et surtout après l indépendance. Les jessour et les tabias ont pour rôle principal de capter les eaux de ruissellement et les produits d'érosion pour améliorer les conditions édaphiques et hydriques pour le développement de l'arboriculture et les cultures annuelles. Ces structures continuent à bien remplir leurs rôles surtout lors des averses d'intensités importantes, caractéristiques de nos zones arides. La superposition de la carte d'aptitude des sols avec celle de l'occupation actuelle a montré qu'une grande superficie d'exploitation arboricole, notamment d'olivier, est située sur des sols marginaux présentant des contraintes au développement racinaire et au stockage de l'eau (localités d'el Gosba, Sidi Makhlouf, Allamet el Mechlouch, El Gourine et Koutine). Il en ressort que les oliviers qui disposent d'un sol profond à texture relativement sableuse et très légère, résistent bien au déficit hydrique alors que les oliviers les plus desséchés sont généralement situés sur des sols marginaux présentant des contraintes au développement racinaire et à la mobilisation de l'eau. En effet, ceci explique le fait que les oliviers se trouvant derrière les jessours résistent mieux que ceux derrière les tabias. Ceux sans aménagement résistent le moins. Les ouvrages de recharge et d'épandages des eaux de crues ont manifestement le mérite de mobiliser des quantités énormes en eau de ruissellement, qui se déversaient avant vers la mer. 120
128 Toutefois, leur colmatage rapide met en cause ce rôle, à moyen et long terme, surtout pour les ouvrages installés sur l'aire de recharge des nappes. Toutefois, le recours à l'installation des puits filtrants, qui constitue une technique pionnière en Tunisie pour la recharge directe des nappes, a résolu une partie de ce problème. Cependant, cette technique se trouve aussi confrontée au même problème de colmatage des filtres par les sédiments. Malgré ces problèmes, la recharge induite par les travaux de CES constitue une expérience encourageante d'amélioration de potentiel en eau souterraine des nappes rechargeables estimé, pour notre cas, à plus de 150 l/s. Les modèles d'estimation de la production par compartiment (amont, piémont et aval) ont montré une corrélation négative entre la superficie aménagée en amont et la production pour les compartiments avals. En terme d'impact, la réaffectation des eaux pluviales a provoqué entre 1986 et 2000 une baisse des scores d'efficacités techniques globales de l'ordre de 35 % par compartiment. Toutefois, l'aca élargie entreprise grâce au modèle FORCES-MOD a permis la prise en compte de l'évaluation économique de phénomènes environnementaux tels que la destruction des ouvrages due aux inondations et la recharge de la nappe. Cet essai a également permis de percevoir l'évolution des résultats de l'aca élargie aux différentes étapes. En effet, il se révèle de cette ACA élargie que les critères de rentabilité (TRI et VAN) ont évolué d'un niveau bas (5,5 %) à l'échelle de l'analyse financière à des niveaux nettement améliorés à l échelle des analyses économiques élargies aux phénomènes environnementaux et sociaux (27 %). Cependant, des améliorations sont escomptées si l'analyse intègre davantage les phénomènes environnementaux et socio-économiques dont la valeur marchande est absente. On peut citer notamment les aspects d'internalisation des externalités qui se produisent entre les différents usagers de l'amont à l'aval et entre même les différents secteurs économiques. Cette prise en compte des externalités aurait sans doute des effets négatifs sur les critères de rentabilité. Lutte contre l'ensablement et amélioration pastorale Les différentes interventions de lutte contre l'ensablement dans la région de Jeffara ont abouti à des résultats qui varient d'un périmètre à un autre. Selon leur pourcentage de fixation, nous pouvons faire la différence entre quatre types de dunes : Dunes bien fixées. Le pourcentage de fixation dépasse 70 %. C'est le cas de Martoum où nous avons noté les meilleurs résultats ; Dunes moyennement fixées, tels que le cas de Mhachen, Henchir D'ghim, Sidi Makhlouf ; Dunes très peu fixées dans les périmètres de Drouj et Ras Aïne ; Dunes non fixées qui sont rencontrées dans les zones côtières (Boughrara et Chichma) et dans les champs d'arboriculture. Beaucoup de facteurs d'ordre techniques, physiques et anthropiques expliquent cette variété. En effet la régularité des interventions, le choix de schéma de stabilisation, la densité de clayonnage, l'espacement entre les tabias, le choix des espèces dans le cas de reboisement, ont une influence sur les résultats obtenus. En outre, l'utilisation des espèces autochtones (puisqu'elles sont plus adaptées aux conditions du milieu) et la diversification, au niveau de choix d'espèces ont donné plus de résultats au niveau de fixation des dunes. 121
129 La réussite d'opération d'amélioration pastorale dépend fondamentalement de trois critères : Le choix d'espèces adaptées à introduire ; Une durée d'implantation avec une mise en défens suffisante ; Une gestion qui n'exclut pas le pâturage lequel assure des fonctions de régénération des peuplements mais qui garantit des charges animales adéquates. En raison des aspects fonciers et d'usage des steppes, les aménagements pastoraux restent problématiques quel que soit le mode d'aménagement proposé (mise en défens ou plantation). Leur réussite est tributaire de la participation des agro-pasteurs. Pour garantir la durabilité des aménagements, il faut mettre par exemple à la disposition des agro-pasteurs des plantes pastorales susceptibles d'être plantées au même titre que les espèces arboricoles, et dont le potentiel productif est suffisamment important pour que son introduction soit économiquement rentable. C'est plus la rentabilité financière et économique que les aspects écologiques et de conservation, qui suscite l'intérêt des agro-pasteurs dans le cas d aménagement des parcours. Le choix des espèces à planter doit tenir compte de leurs exigences écologiques ainsi que des caractéristiques édaphiques des sites. Par exemple, les Atriplex valorisent mieux les sols salés et il est conseillé par conséquent de les utiliser au niveau des sites halomorphes de la zone côtière et non au niveau des piémonts et des glacis. Concernant l'utilisation de la mise en défens, il est également conseillé de pratiquer cette technique dans les milieux qui n'ont pas encore atteint un seuil de dégradation irréversible afin que la régénération et la remontée biologique restent possibles dans un laps de temps à échelle humaine. L'expérience a montré cependant que ce sont surtout les non éleveurs qui acceptent de protéger leurs parcelles pour bénéficier des subventions accordées par l'oep. 122
130 PARTIE 5 - DEVENIR DES POPULATIONS RURALES ET PERSPECTIVES D'ACTION 56 La zone d'étude présente des éléments de permanence (tels que la place de l'agriculture familiale, la nécessité de la diversification des activités ou encore le poids de la migration) mis à jour pour d'autres zones arides du Sud tunisien ainsi que pour un ensemble de milieux ruraux du pourtour méditerranéen (cf. en particulier Elloumi & al, 1996, 2002 ; Abaab & al, 2000, Abaab, 2002). La zone est également confrontée à des formes de marginalisation tout en étant intégrée dans des systèmes d'interdépendances à différentes échelles, du local au global (Abaab & Guillaume, sous presse). Dans un contexte de pression croissante sur les ressources naturelles renouvelables, de mutations sociales et de risque de marginalisation économique des populations rurales, nous tenterons dans cette partie : 1) d'analyser les conséquences à court et moyen terme des évolutions actuelles à la fois en ce qui concerne les interactions entre les sociétés rurales et les ressources naturelles, et les dynamiques des activités humaines ; 2) de soumettre quelques propositions d'actions pour favoriser la viabilité des systèmes agro-pastoraux et le développement local dans la Jeffara ) Une reconfiguration de la place des familles rurales et de l'agriculture dans le panorama régional et le champ des concurrences sur les ressources naturelles 5.1.1) Quels constats sur les trajectoires d'évolution des systèmes de production agricole? Le devenir de l'agriculture dans une zone à fortes contraintes comme la Jeffara est une question complexe qui fait intervenir des critères "relativement objectifs et mesurables" (comme l'évaluation des performances des systèmes de production, de leur viabilité économique ou encore des impacts sur l'état et la pérennité des ressources), mais aussi des critères d'un autre ordre comme pour les options publiques d allocation inter-sectorielle des ressources, ou encore des critères de nature beaucoup plus subjective comme les choix et aspirations de modes de vie de la part des populations locales. L'analyse critique, que nous proposons ici, des conséquences des trajectoires d'évolution des systèmes de production décrites préalablement, nous permettra de tenter de formuler ensuite quelques perspectives pour la viabilité des systèmes agro-pastoraux. Comme nous l'avons examiné, si l'agriculture constitue pour la grande majorité des familles rurales de la Jeffara une activité secondaire en termes de revenus familiaux, elle n'en constitue pas moins un recours important en termes de subsistance, de production de richesse et de gestion des risques, d'une part, et un référent culturel et patrimonial vivace, d'autre part. Ces caractéristiques soulignent le rôle encore crucial joué par cette économie agricole, dans un 56 Partie coordonnée par H. Guillaume, avec les contributions de D. Genin, H. Guillaume, B. Romagny et M. Sghaier. 57 Les analyses et propositions présentées dans cette partie s'inspirent d'éléments produits dans les rapports des thèmes 1 et 2, ainsi que d'une réflexion collective ayant associée divers membres du programme. 123
131 contexte de forte pluriactivité. C'est dire aussi l importance des orientations prises dans le domaine pour la reproduction des systèmes familiaux et productifs de la région. Une agriculture en transition L'agriculture en Jeffara est en transition, transition que l'on retrouve de manière classique dans d'autres régions du monde à diverses époques et qui a été ici promue de longue date. Elle s'explique notamment par le processus de sédentarisation, les politiques foncières, les actions en matière d'aménagement territorial, les mutations socio-économiques ou encore l'insertion de la région dans un environnement de plus en plus large. Cette transition revêt quatre grands traits : De nouvelles conformations des systèmes agro-pastoraux marquées par des transformations dans les modalités d'articulation entre activités agricoles et pastorales, ceci au détriment des secondes (fragmentation des espaces, atomisation des terres de parcours, etc.). Un renforcement de la dualité entre une économie agricole d'autosubsistance et à dimension patrimoniale et une économie résolument tournée vers la production marchande Une tendance marquée à une spécialisation des exploitations, à une intensification des modes d'usage des ressources et à une artificialisation des milieux et/ou des conditions de production. Des relations rural/urbain de plus en plus étroites, à la fois en termes d'échanges mais aussi en ce qui concerne les systèmes de représentation, les critères et modes de vie. Transformations des conditions de production et risques d'émigration rurale Les évolutions précédemment décrites se traduisent par des bouleversements profonds dans les systèmes agraires, les structures et les formes de production. Les exploitations agro-pastorales sont confrontées à de réelles questions de choix productifs pour assurer leur viabilité, conjointement à des problèmes de morcellement des terres et de discontinuité des patrimoines fonciers, et à une crise des vocations chez les jeunes générations. Le développement de l'oléiculture a montré ses limites car cette culture demande un investissement de départ relativement important, sa gestion est nécessairement pluri-annuelle et elle se trouve fragilisée durablement quand survient un épisode de sécheresse sévère, en particulier sur les milieux non adaptés où la culture de l'olivier (et a fortiori de l'amandier et autres fruitiers) se développe actuellement. La mise en place de périmètres irrigués implique des conditions de localisation des exploitations et des niveaux d'investissement bien souvent hors de portée pour les populations rurales. L'élevage sédentaire, dans le contexte actuel, ne paraît pas permettre la reproduction des systèmes familiaux sans un recours important à des revenus extra-agricoles conséquents. L'élevage transhumant peut encore assurer cette fonction, à condition d avoir un troupeau important, que soient garanties les possibilités de mouvement et les conditions d'accès du cheptel aux vastes zones pastorales et que des moyens humains (familiaux ou salariés) acceptent de s'impliquer dans un métier difficile ; conditions qui sont de moins en moins réunies. 124
132 La spécialisation des exploitations : si elle peut concentrer les moyens de production et permettre plus facilement d augmenter la productivité en agriculture, elle n'en pose pas moins en zones arides des problèmes d'émergence de nouvelles contraintes et de sensibilité accrue des exploitations agricoles à de nouvelles externalités. Or les exploitations ne maîtrisent pas ces nouvelles conditions (conjoncture économique, compétitivité vis-à-vis d'autres régions plus favorisées, approvisionnement en intrants, tarification et choix d'allocation intersectorielle de l'eau, politiques nationales et internationales, etc.) qui ont de surcroît dans ces milieux des conséquences souvent radicales à très court terme. Différents auteurs ont montré que la gestion des risques constitue en régions arides le pilier fondamental des stratégies des populations rurales, ce qui passe bien souvent par une diversification au sein des exploitations agropastorales favorisant leur flexibilité face aux aléas de tous ordres auxquels elles sont constamment confrontées. Une très forte différenciation socio-économique se développe dans le secteur agricole. D'une part, on assiste à l'émergence d exploitants aisés ayant le plus souvent au départ une activité non agricole dans les centres urbains et disposant de ressources financières leur permettant le développement de périmètres irrigués à haute technicité et résolument orientés vers le marché. Dans certains cas, des gros éleveurs ayant des troupeaux transhumants, peuvent développer leur exploitation grâce à de nouveaux débouchés (notamment la vente d'animaux maigres sur pied à destination des régions situées plus au nord) et pratiquer le maquignonnage au niveau local. Dans une moindre mesure dans notre zone d'étude, on assiste à la formation de grandes exploitations oléicoles. Mais, d'autre part, on assiste à une précarisation d'une grande partie de la population rurale, qui peut conduire parfois à un abandon des exploitations, comme on peut l'observer dans certaines zones défavorisées. On observe ainsi certains mouvements de délocalisation de familles rurales vers les faubourgs des villes à la recherche d'emplois, tout en conservant encore des activités sur l'exploitation agricole quand les conditions climatiques le permettent. A ce phénomène, s'ajoutent d'autres évolutions (également présentées dans ce rapport) qui touchent la configuration des exploitations agricoles. Il s'agit de la migration des familles jeunes, des changements de comportements des jeunes migrants qui tendent de plus en plus à trouver leur conjointe dans la région d'installation, du vieillissement des chefs de ménage dont beaucoup d entre eux se posaient, au cours des multiples entretiens réalisés, des questions quant à la possibilité de succession sur leur exploitation agricole. Tous ces éléments posent des interrogations quant à la capacité de reproduction de nombreuses exploitations et sont porteurs de risques de nouvelle émigration rurale à moyen terme, dont la magnitude est difficilement prévisible 58. Si un flux de départ modéré et contrôlé peut effectivement permettre d'alléger la pression sur des ressources naturelles menacées et de créer des opportunités favorisant la viabilité des exploitations agropastorales, un phénomène massif poserait par contre des problèmes de reconversion des populations rurales, d'aménagement du territoire et même de gestion environnementale (valorisation et 58 Cette émigration pourrait prendre le caractère d'un exode rural dans des conditions climatiques extrêmes (sécheresse prolongée, etc.). 125
133 entretien des ouvrages de CES, micro-aménagements locaux contre les crues dévastatrices, gestion des parcours, etc.) ) Quelle place des acteurs ruraux dans les formes de compétition autour des ressources naturelles? Dans un contexte de pression accrue sur le milieu, on assiste aujourd'hui à une montée en puissance des formes de compétition autour de l'accès et des usages des ressources naturelles, en sols et surtout en eau. Contrairement à ce qui est couramment avancé, nous avons vu que s'il y a concurrence autour des usages de l'eau dans la zone d'étude, cette concurrence ne semble pas relever généralement des relations entre exploitants agricoles de l'amont et de l'aval de bassins versants partagés (à travers les différents aménagements pratiqués), mais bien de la concurrence entre secteurs économiques. De plus, cette compétition n'intervient quasiment pas sur les eaux de surface 59, mais essentiellement sur les eaux souterraines et en particulier celle des nappes profondes. La véritable concurrence semble ainsi se nouer entre l'alimentation en eau potable des centres urbains (y compris pour le tourisme) et l'eau pour l'agriculture en général. Concernant cette dernière, il s'agit, d'une part, des nouveaux besoins (ne serait-ce que de façon conjoncturelle) induits par l'expansion de l'arboriculture et tout particulièrement, d'autre part, de l'eau "bleue" pour l'agriculture intensive irriguée. Une des clés du problème de l'eau pour les sociétés rurales réside donc dans les risques (d'ordre écologique ainsi que d'aggravation des disparités socio-économiques) qui sont attachés à l'extension possible des périmètres irrigués pratiquant des cultures intensives, mais aussi dans de nouvelles opportunités qui pourraient s'ouvrir et que nous préciserons plus loin. En ce qui concerne les sols, la compétition s'exerce à travers l'expansion de l'agriculture au détriment de l'élevage et à travers le développement d'un marché foncier révélateur de ces nouveaux enjeux sur la terre. La poursuite de l'expansion de périmètres irrigués d'importance, sur la base de la continuation d'une certaine tolérance des pouvoirs publics dans ce domaine, pourrait également accentuer la concurrence sur les terres bénéficiant des meilleures ressources en eau profonde. 5.2) Une série d'enjeux pour la région Compte tenu de l'ensemble des tendances et éléments identifiés, on constate que la zone d'étude est actuellement confrontée à plusieurs enjeux de taille qui sont également au cœur des stratégies institutionnelles de développement rural : un enjeu environnemental, dans la mesure où la pression sur les ressources naturelles risque de s'accentuer pour une population qui s'accroît et dont les besoins iront en augmentant ; 59 Comme cela a déjà été mentionné dans la partie 3 de ce rapport, on observe même des formes de coopération anciennes entre exploitants au sein de bassins versants traditionnellement voués à l'arboriculture. Cette coopération se manifeste à travers une organisation des aménagements qui garantit un accès équitable aux eaux de ruissellement dans une configuration amont/aval. 126
134 un enjeu économique, puisque non seulement l'agriculture continuera à dépendre des conditions climatiques, mais qu'en outre rien ne montre comment, dans sa situation actuelle, l'agriculture (hors élevage) pourra être compétitive une fois qu'elle cessera d'être subventionnée et que les barrières douanières seront levées. De plus, on sait très bien que le développement en général qu'a connu notre zone est dû en grande partie aux activités de services (en premier lieu le tourisme), aux activités informelles et aux revenus issus de l'émigration. Or, tous ces secteurs dépendent largement de la conjoncture internationale et de ses aléas. un enjeu social et territorial, qui se matérialise par l'émergence de nouvelles différenciations économiques dans le monde rural (accès à l'eau, aux technologies d'irrigation, capacité d'acquisition de nouvelles terres, etc.) et par un accroissement des disparités entre les zones littorales et l'intérieur de la région. Ces enjeux sont en relation avec les enjeux environnementaux et économiques, mais ils comportent aussi une dimension institutionnelle. En effet, le développement n'est pas seulement du ressort des pouvoirs publics : conjointement à l'engagement de ces derniers (dont il est d'ailleurs plutôt prévu un certain recul), il incombe également aux acteurs sociaux dans le cadre de structures professionnelles et associatives sur lesquelles nous reviendrons. 5.3) Quelques réflexions prospectives pour la viabilité des systèmes agropastoraux et le développement local Des questions cruciales se posent donc aujourd'hui en termes de viabilité écologique, sociale et économique des activités humaines dans la Jeffara tunisienne. Les conditions de vie d'un très grand nombre de ménages ruraux de la région sont étroitement liées aux ressources en eau conjointement aux possibilités de diversification des activités économiques et donc des sources de revenus. Le contexte général des transformations que connaît la région révèle la progression d'un changement d'échelle dans la pression sur les ressources, dans l'importance du recours à la pluriactivité, dans l'environnement socio-économique et institutionnel global de la région. Il s'ensuit une complexité grandissante en termes de stratégies des acteurs publics et privés qui s'exercent sur deux plans : les usages des ressources naturelles, sources de nombreuses concurrences ; les modalités de reproduction des ménages ruraux. Ces situations ont pour corollaire une complexité des stratégies de développement à concevoir à l'échelle de la région par les pouvoirs publics. La création, depuis une dizaine d'années, d'infrastructures en Jeffara (routes, centres éducatifs, électrification, adduction d'eau potable) est remarquable. Elle traduit la volonté claire de l'état d assurer le développement de la région et de permettre aux populations locales d améliorer leurs conditions de vie. Cette politique, associée à un développement d'infrastructures agricoles (aménagements de CES, des parcours, etc.), paraît tout à fait positive pour assurer l'ancrage des populations sur leurs territoires et demande à être poursuivie. Les actions de l'état pour lutter contre la pauvreté et le chômage - notamment par l'intermédiaire de la mise en place de chantiers publics en milieu rural - ont certes permis à nombre de ménages de faire face aux crises aiguës de sécheresse, mais elles ne constituent cependant pas des solutions durables pour freiner leur précarisation. Pour les années à venir, il semble que les stratégies de développement rural au niveau de la Jeffara devront, d'une part, mieux englober la complexité et l'imbrication des activités des familles rurales, et, d'autre part, davantage promouvoir la diversification des activités agricoles et extra-agricoles ; la mise en œuvre de ces orientations demande également à être mieux intégrée dans des processus de dialogue et de négociation avec les acteurs locaux. Dans ces perspectives, quelques pistes peuvent être suggérées. 127
135 5.3.1) Des actions et réorientations pour l'agriculture et l'élevage Compte tenu des ressources naturelles existantes, des contraintes climatiques et du milieu, on ne peut plus concevoir le développement agricole en termes d'extension continue de l'arboriculture, de l'irrigation et du cheptel. De plus, alors même que l'on assiste à des processus de spécialisation dans la production et d'atomisation des espaces, nous considérons au contraire que les notions de diversité et de flexibilité sont centrales pour assurer la viabilité des systèmes de production. Avant que des points de non retour ne soient systématiquement atteints dans l'ensemble de la région, le maintien ou la réhabilitation de systèmes agro-pastoraux diversifiés nous paraît capitale. Différents auteurs ont montré que, dans les situations à fortes contraintes naturelles (zones arides, montagnes), la combinaison d'ateliers différents au sein de l'unité de production permet de répartir les risques de production, des transferts entre ateliers, une valorisation d'espaces et de ressources naturelles et accroît bien souvent la viabilité des exploitations (Mace, 1993 ; Jollivet, 1988; Bhende et Venkataram, 1994 ; Tichit & al., 2003). Les productions agro-pastorales mises en œuvre en Jeffara répondent bien à cette complémentarité. Par ailleurs, un certain nombre d'interrogations se posent concernant l'impact de la privatisation des terres et plus généralement de la sécurisation foncière comme élément essentiel pour une gestion rationnelle des ressources naturelles, notamment dans le domaine de la lutte contre la désertification. Souvent proposée par l'analyse économique standard comme solution aux problèmes environnementaux, la privatisation du foncier, amorcée dans la Jeffara depuis la colonisation et qui s'est accélérée depuis les trente dernières années, répond aujourd'hui aux aspirations des populations rurales. Mais elle est également le vecteur principal de l'essor de l'arboriculture et concourt très directement au morcellement des exploitations ainsi qu'à la fragmentation des espaces qui induisent des difficultés en termes de viabilité des exploitations agricoles et des systèmes agro-pastoraux. Une telle privatisation des espaces et des ressources engendre par ailleurs un accroissement des pressions anthropiques sur le milieu qui n'est pas sans risque en matière de dégradation des terres et donc de désertification, à l'image d'évolutions comparables que l'on peut retrouver dans d'autres zones arides. Sur la base de ces éléments d'analyse, trois axes de réflexion et d'action peuvent être ici proposés : L'arboriculture pluviale Il s'agit pour l'essentiel de l'oléiculture, dont le développement selon le processus actuel paraît hypothétique (et a fortiori pour les amandiers et autres fruitiers). Son devenir ne passe sans doute pas par la poursuite de l'augmentation des surfaces cultivées, mais au contraire par un frein à cette extension. Il nous semble que cette question, complexe et sensible, devrait donner lieu en particulier à une analyse critique du bilan des politiques publiques qui ont cherché à freiner, dans un passé récent, l'expansion arboricole dans la région. En première analyse, deux éléments peuvent expliquer les raisons de leur échec. Le premier réside dans le processus de privatisation des terres, vecteur essentiel de cette expansion, qui dans la plupart des zones semble irréversible et répond aux aspirations actuelles des populations. Le second élément correspond à la nécessité de fournir aux exploitants agricoles des alternatives économiques crédibles en termes d'activités et d'emplois, qui offrent de réelles incitations au ralentissement, voire à l'arrêt de l'oléiculture. Pour aller au-delà de ce simple bilan qui mérite d'être étayé, il pourrait être proposé, sur la base des résultats déjà fournis par le programme Jeffara, 128
136 d'élaborer à travers le travail d'un groupe d'experts pluridisciplinaires un zonage des espaces en fonction de leurs aptitudes et de leur vocation naturelle 60. Un tel zonage permettrait de délimiter les lieux où l'arboriculture aurait des chances d'être viable en prenant en compte des facteurs d'ordre en priorité écologique, mais également économique et social. Sur la base d'un tel zonage, il serait alors possible de mieux définir les options à prendre et de mieux cibler les aides publiques accordées à cette activité en les réservant aux espaces conservant la vocation des terres, y compris lors de situations de crise conjoncturelle (sécheresse, etc.). De même, pour inciter au respect d'un zonage d'aptitude agro-pastorale, des aides pourraient être apportées aux exploitants concourrant au maintien de zones steppiques destinées aux activités d'élevage. Une telle stratégie d'adéquation des activités en fonction des potentialités du milieu exige bien sûr en contrepartie de proposer aux ménages ruraux qui se trouvent dans des zones à risque de véritables alternatives, voire des moyens de reconversion. Il nous paraît ainsi nécessaire d'encourager une stabilisation des espaces arboricoles et de ne plus miser uniquement sur une extension des surfaces cultivées comme cela s'est fait jusqu'à présent. Dans ce contexte et tout particulièrement dans des zones de la région qui se prêtent le mieux à une oléiculture de type "industriel", de nouvelles perspectives de développement, basées sur une augmentation de la production mais surtout sur une recherche de qualité des produits, nous semblent pertinentes. Cette dernière option (agriculture biologique et labélisée, positionnement sur de futurs marchés à l'exportation) pourrait porter notamment sur la production d'huiles d'olive à haute valeur ajoutée (ODS, 2003). Une telle réorientation de la production, ne serait-ce que de manière très sectorielle, pose bien sûr des problèmes complexes de reconversion et d'adaptation de tous les acteurs de la filière (de la production jusqu'à la commercialisation). Mais elle peut contribuer, via les perspectives économiques qu'elle ouvre, à redonner à cette activité agricole un nouvel attrait pour les jeunes générations. Un dernier élément enfin est à mettre en évidence pour garantir les activités d'arboriculture. Il s'agit du soutien à apporter aux techniques traditionnelles de collecte et de valorisation des eaux pluviales et de ruissellement (aménagements de collecte, majel, fesguia, etc.). De telles actions concernent non seulement le secteur agricole proprement dit, mais aussi la satisfaction des besoins domestiques en eau des populations rurales. La mise au point de nouvelles techniques (et leur transfert aux agriculteurs) pour optimiser l'usage des ressources en eau consacrées aux plantations d'oliviers représente également une option importante pour la consolidation de l'agriculture pluviale, en particulier en zones de jessour de montagne et de piémont. On peut citer à titre d'exemple la technique des "poches en pierre enterrées" destinée à accroître l'infiltration et la conservation en profondeur des eaux de ruissellement et à amplifier leur exploitation par le système racinaire des arbres (Chahbani, 2003). Cette série de propositions pourrait contribuer à concilier, dans le secteur arboricole, une dynamique de diversification et d'intensification des systèmes de production avec les impératifs de préservation du milieu naturel et d'usages adaptés aux potentialités de ses différentes composantes. 60 De manière complémentaire aux cartes agricoles réalisées pour l ensemble des gouvernorats du pays, ce zonage serait établi à une échelle plus fine et opérationnelle. 129
137 L'élevage A haute valeur symbolique comme l'olivier, l'élevage peut assurer, en particulier à travers ses formes extensives et une meilleure valorisation des ressources fourragères locales comme l'alfa (Genin, sous presse), une fonction déterminante pour gérer durablement certains espaces et s'adapter aux aléas climatiques et économiques. Il constitue encore aujourd hui, de par ses propriétés de pouvoir-tampon, sa flexibilité et sa malléabilité de gestion sur des pas de temps plus larges, un moyen de subsister lors des périodes particulièrement critiques, d équilibrer rapidement la trésorerie familiale, d épargner, voire de spéculer. L'élevage peut aussi servir de nouvelles stratégies d innovations rurales fondées sur la valorisation d'atouts propres à la région (aspect sur lequel nous reviendrons) et à travers une meilleure intégration avec les activités agricoles. Même si les mutations se sont accentuées depuis, le diagnostic formulé par Floret et Pontanier (1982) nous semble garder une portée très actuelle : "le meilleur moyen de lutter contre la dégradation progressive, et souvent irréversible, du milieu naturel de la Tunisie présaharienne, est de conserver une utilisation des terres à dominante pastorale, complétée par des cultures recevant une supplémentation en eau et une aridoculture bien localisée. Cet équilibre agro-pastoral est possible si l'on utilise la diversité des systèmes écologiques présents". Le maintien du rôle fondamental que peut jouer l'élevage passe ainsi bien évidemment par la sauvegarde des espaces de parcours. Cela concerne pour l'essentiel désormais, dans la région étudiée, le vaste plateau du dhahar où il semblerait opportun de limiter l'attribution de terres collectives à titre privé et de renforcer les actions en matière de protection, d'amélioration et de gestion concertée des ressources pastorales. Les cultures irriguées Dans le contexte des contraintes liées à la pression accrue sur l'ensemble des ressources en eau et aux choix d'allocation inter-sectorielle, le développement de l'assainissement en milieu rural pourrait permettre non seulement de répondre à un souci de protection de l'environnement mais aussi de créer éventuellement, sous certaines conditions, des périmètres irrigués basés sur la réutilisation des eaux usées traitées (EUT). Ces conditions sont principalement de deux ordres. Elles sont tout d'abord financières, en liaison avec le coût actuellement élevé de l'assainissement (les redevances doublent quasiment le montant de la facture SONEDE ; réalisation très onéreuse des réseaux d'assainissement dans les zones d'habitat dispersé). Ces conditions sont également liées à un problème de taille et d'échelle qui conditionne et limite le développement de tels périmètres à des zones péri-urbaines ou d'habitat rural aggloméré (comme Ksar Jedid, Koutine, Dkhilet Toujène). En effet, il faut avoir des volumes d'eaux usées suffisamment importants pour satisfaire les besoins d'irrigation des périmètres. De tels projets intégrés répondraient à des objectifs très clairement affichés aujourd'hui par l'état, à la fois dans le domaine de l'assainissement en milieu rural et dans celui de la conservation des ressources en eaux souterraines. Cette option nécessiterait bien évidemment une coordination renforcée entre la SONEDE et l'onas (création de réseaux de collecte des eaux usées simplifiés pour les habitations branchées au réseau de la SONEDE, etc.). Elle passerait également par une plus grande implication des acteurs ruraux eux-mêmes, en particulier des irrigants potentiels, qui devraient se regrouper pour participer au financement et au processus de développement des projets de réutilisation des eaux usées traitées, tant au niveau de la production de ces EUT que de leurs usages agricoles. A cela se rajoute l'exigence de financements importants (État, bailleurs de fonds internationaux) sans lesquels une telle perspective paraît largement irréaliste. Enfin, la mise en œuvre de tels projets devrait bénéficier d'un degré de traitement des eaux suffisamment avancé pour lever 130
138 les contraintes qui pèsent aujourd'hui sur de telles utilisations à des fins agricoles (maraîchage, arboriculture fruitière) et aussi en termes de préservation des milieux naturels. De nouvelles opportunités sont donc envisageables dans ce domaine mais il semble évident, compte tenu des diverses conditions, que leur champ d'application ne pourra être que limité dans la zone d'étude ) Des précautions à prendre dans le contexte de la généralisation de l'alimentation en eau potable des zones rurales Les nouveaux risques liés à la marchandisation des ressources en eau Les ménages ruraux se trouvent désormais confrontés à une situation paradoxale, qui se retrouve dans d'autres régions ou pays ainsi que dans d'autres domaines. En effet, même si d'un point de vue technique les infrastructures mises en place aujourd'hui ont permis de régler très largement la question de la desserte en eau potable, l'accès effectif à cette ressource exige néanmoins de nouvelles capacités financières pour des usagers dont les besoins en eau s'accroissent. Dans un contexte d'amélioration des conditions de vie des acteurs ruraux et donc d'aspirations nouvelles, mais également d'intensification des systèmes de production agropastoraux (irrigué, sauvegarde des arbres lors des sécheresses, abreuvement du bétail), les ménages ruraux répondent à l'augmentation de leurs besoins en eau par le recours à des systèmes marchands d'approvisionnement. Ce type d'accès à la ressource, tant pour les usages domestiques qu'agricoles, confronte ainsi la population rurale à de nouvelles contraintes financières et à de nouveaux risques de dépendance. Il est sans doute du rôle de l'état de veiller à ce que la marchandisation des ressources en eau profondes ne devienne pas un facteur supplémentaire d'accroissement des inégalités entre usagers, compte tenu des différences tarifaires notables que nous avons déjà évoquées entre la SONEDE et les GIC en milieu rural. La nécessité d'une meilleure coordination inter-institutionnelle La situation de l'alimentation en eau potable des zones rurales semble parfois confuse. La SONEDE est souvent "fortement incitée" à intégrer dans son réseau des projets conçus et exécutés par le Génie rural. Ne pouvant continuer à s'ignorer ou à se concurrencer (avec des conséquences en termes de tarification, de gestion de systèmes d'aep de plus en plus complexes, "d'hypertrophie juridique" des GIC comparée aux procédures d'abonnement simplifiées de la SONEDE, etc.), une nouvelle répartition des rôles entre la SONEDE et le Génie rural semble nécessaire. Face au chevauchement inter-institutionnel constaté, de nouveaux modes de coordination entre acteurs de l'eau s'avèrent sans doute opportuns. La SONEDE pourrait être alors amenée à moyen terme à s'imposer comme l'unique opérateur dans les campagnes tunisiennes (Romagny & Guillaume, sous presse) ) Des stratégies d'innovation rurale Au moment où s'affirme la conception que le développement des zones rurales devient multisectoriel, territorialisé et géré par les acteurs locaux, d'autres perspectives pourraient ainsi être ouvertes en termes de "stratégies d'innovation rurale". Ces stratégies s'appuient sur les particularités et les atouts régionaux, la valorisation des ressources locales et privilégient notamment une multifonctionnalité de l'agriculture et de l'espace rural (Campagne, 2000; Bassède, 2001). Elles pourraient concourir à une diversification des systèmes de production et 131
139 des activités économiques, et contribuer à la création de sources de revenus et d'emplois 61. Plusieurs axes d'action sont proposables, visant en particulier : de nouvelles fonctionnalités du monde paysan liées à la préservation des paysages, aux préoccupations agro-environnementales et s'appuyant pour partie sur des savoir faire traditionnels (terroirs en jessour, collecte des eaux de ruissellement, lutte contre l'érosion, etc.). Il s'agit ici de ne pas réduire l'agriculture à sa seule dimension de rentabilité économique et de productivité, mais bien de prendre en compte sa dimension patrimoniale. une meilleure valorisation de produits locaux (organisation de la production, commercialisation, labellisation de "produits de terroir"), outre ceux de l'oléiculture : végétaux (figue, miel, plantes aromatiques et médicinales comme l'armoise, le romarin ou le thym) ; animaux (commercialisation de la viande, exploitation des clovisses accompagnée d'une protection des intérêts des collecteurs locaux) ; artisanaux (tissage, vannerie, etc.) ; la restauration et la valorisation de certains éléments du patrimoine bâti et architectural ancien (qsour ; habitat, huileries et mosquées troglodytes). De telles perspectives, qui associent intimement préservation/qualité des paysages et qualité/authenticité des produits, répondent au constat que l'on ne peut habituellement dissocier la définition d'un développement rural durable de valeurs d'enracinement, de terroir et de communauté. Penser en termes de sauvegarde des paysages, de connaissances et mémoire des hommes, de patrimoines culturels peut servir ici des ambitions d'essor économique. Ces actions qui ressortent d'un processus de "construction patrimoniale", ne peuvent bien entendu qu'être étroitement associées à l'essor touristique connu par le Sud-est et que le favoriser. La promotion de formes de tourisme "culturel et écologique", par rapport au tourisme balnéaire hégémonique depuis une trentaine d'années, correspond d'ailleurs à une diversification de l'offre souhaitée par les pouvoirs publics à l'échelle nationale. Elle présenterait certainement un intérêt essentiel dans cette région, tant pour la maîtrise du développement touristique que pour des équilibres à sauvegarder concernant le patrimoine environnemental, l'essor économique et la cohésion sociale des populations rurales. Des actions dans ces domaines peuvent constituer des leviers de développement mais elles ne pourront cependant suffire, en complément de la consolidation des activités agro-pastorales existantes, pour asseoir un véritable développement local qui renvoie à d'autres types d'actions publiques et à de nouvelles modalités de conduite de ces actions. De telles orientations figurent d'ailleurs explicitement dans le X éme Plan ( ), en particulier gagner le pari de l'emploi et mettre à niveau les secteurs productifs pour développer leurs capacités en terme de compétitivité. 61 Ces stratégies sont en particulier promues dans le cadre des programmes européens Leader. Le projet de coopération décentralisée IRZOD, mis en œuvre actuellement dans la délégation de Béni Khedache, entre précisément dans le cadre des programmes Leader + et a pour vocation de répondre à de tels objectifs. 132
140 5.3.4) Un impératif : des soutiens aux initiatives pour la création d'emplois Comme nous l'avons vu, le secteur agricole n'est plus la principale activité économique et son développement ne peut, être assuré, comme cela se passe actuellement, que dans le cadre de la pluriactivité. Conjointement à des infléchissements à apporter au secteur agricole, le devenir de la région passe par la création de nouveaux emplois (industrie, secteur tertiaire) et par la formation professionnelle. Une telle dynamique relève principalement des actions engagées par le secteur privé, à l'échelle nationale et régionale, mais nécessite également la poursuite et le renforcement des incitations des pouvoirs publics dans ce domaine. Le devenir de la région soulève ainsi des problèmes pour lesquels il n'existe aucune solution simple, et dont la complexité se trouve amplifiée par la nécessité de prendre en compte l'interdépendance de la région au sein d'un espace euro-méditerranéen qui préfigure de nouvelles opportunités mais aussi de nouvelles contraintes (en particulier l'ouverture de nouveaux marchés et la mise à niveau des appareils de production, la négociation d'accords internationaux concernant par exemple les politiques migratoires, la coopération décentralisée, etc.) ) L'approfondissement des modes d'action concertés pour la gestion des ressources et le développement local Si le "besoin d'état", avec la poursuite de politiques publiques volontaristes, paraît indéniable, le besoin de "mieux d'état" semble constituer également un objectif incontournable. Plusieurs paramètres peuvent être ici décisifs, comme : la prise en compte de la faisabilité sociale des actions, l'accès à l'information pour l'ensemble des acteurs, le soutien des pouvoirs publics en vue de l'émergence de nouvelles formes d'organisation à même d'impulser une dynamique d'initiatives et de prises de responsabilités locales, etc. Faut-il souligner que cela passe par un changement plus marqué des mentalités et des comportements concernant la conception des stratégies de développement et la conduite des actions, qui aille au delà du seul slogan de la recherche et de la gestion participative. Une meilleure reconnaissance des savoirs locaux et des usages traditionnels des ressources est également ici essentielle. La mise en place de nouvelles structures professionnelles et associatives, réellement représentatives de la population et capables de mobiliser celle-ci autour d'objectifs communs, serait sans doute porteuse d'espoirs importants pour parvenir à une forme de développement plus équilibré et répondant véritablement aux aspirations des populations rurales. Mais cela nécessite l'identification des entités sociales et des échelles territoriales sur lesquelles appuyer les projets pour fonder des modes de gestion concertée. Ce préalable à l'action ne s'accompagne généralement pas de réponses simples car, comme dans la Jeffara aujourd'hui, les sociétés rurales sont traversées par des mouvements de différenciation et de recomposition (pluriactivité, place des migrants et des jeunes, double appartenance à des communautés socio-historiques et à des collectivités territoriales administratives, etc.) qui conditionnent les contours des groupes sociaux où pourraient se construire, au-delà des intérêts particuliers, des coopérations propres à soutenir des processus de développement plus participatif 62. De tels processus renvoient à un concept plus général, celui de "gestion patrimoniale des ressources 62 On pourra se référer, sur cette question, à l'étude "Projet de développement agro-pastoral du Sud-Est" (Nefzaoui & al, 2001) qui, pour des zones à vocation largement pastorale, propose une intéressante réflexion méthodologique et un cadre d'action basé sur la définition et l'identification "d'unités socio-territoriales" (UST). 133
141 naturelles", qui pose la question de la coordination entre une pluralité d'acteurs intervenant, avec des intérêts souvent contradictoires, sur un même espace ou sur une ressource commune (Babin et al, 2002). Il s'agit de faciliter, dans un souci de viabilité des systèmes d'exploitation, la concertation entre ces acteurs à travers un processus de décision et l'émergence d'institutions de gestion décentralisée des ressources qui reconnaissent aux populations rurales les droits sur la gestion de leur environnement (dans les domaines par exemple de l'exploitation de l'eau, du pâturage des animaux, etc.). Si l'on partage ce type d'approche pour mieux gérer à une échelle décentralisée des ressources, on peut néanmoins s'interroger sur l'applicabilité d'une gestion patrimoniale de l'environnement pour lutter contre la désertification dans le contexte spécifique de la Jeffara contemporaine. En effet, ce contexte paraît fortement marqué non pas par le maintien de formes collectives de gestion des ressources mais plutôt par une privatisation très avancée des espaces agro-pastoraux et une individualisation croissante des pratiques et stratégies d'usages des acteurs ruraux. Dans un tel contexte à priori peu favorable à une gestion patrimoniale, certains espaces pourraient néanmoins encore se prêter à de telles initiatives, comme des zones pastorales de dhahar évoquées ci-dessous. Si l'on revient à une démarche moins ambitieuse mais également fondée sur une plus grande participation des ménages ruraux, plusieurs domaines pourraient être cités comme des champs d'application possibles : La mise en place de nouvelles modalités de valorisation de l'artisanat féminin (organisation de la formation, associations ou coopératives de production et de commercialisation, accès au crédit) ainsi que l'insertion effective des activités touristiques dans le tissu local constituent, par exemple, des secteurs extra-agricoles où des expérimentations pourraient être davantage promues. Concernant les activités touristiques, les prochaines conditions de leur développement dans la région de Toujène, avec l'ouverture de la nouvelle route constitutive de l'axe Jerba-Matmata-Douz, peuvent être à cet égard révélatrices et constituer un terrain d'innovation propice. Il en est de même dans la région de Béni Khedache, où en particulier les résultats à venir du "projet IRZOD" donneront une mesure de l'effectivité des changements en terme de participation des communautés locales et d'amélioration de leurs conditions de vie. D'une manière plus générale, le Sud-est tunisien possède non seulement un potentiel propre d'intérêts touristiques trop souvent sous-exploité en zone montagneuse, mais est aussi une "porte d'entrée" pour le tourisme saharien en plein essor. Un autre champ possible d'action, évoqué à propos de la démarche de gestion patrimoniale, concerne la création d'associations d'acteurs locaux pour la coordination et la maîtrise d'espaces agro-pastoraux dans la zone du dhahar ; ces espaces sont actuellement convoités, soumis à de nouvelles formes d'occupation liées à la privatisation des terres et nous avons vu qu'il serait important d'assurer leur préservation. Un dernier champ d'application peut être mentionné : celui de l'exploitation à des fins agricoles des nappes souterraines. Les autorités, conscientes de la menace qui pèsent sur ces ressources en eau, ont envisagé deux principaux types de mesures pour les préserver : l'instauration de périmètres de protection et de sauvegarde ; la recharge artificielle de ces nappes. Face aux difficultés que posent ces deux instruments (non respect des mesures réglementaires, impact limité de la recharge, colmatage des ouvrages au bout d'une dizaine d'années, etc.), ne pourrait-on pas s'interroger sur les modalités de constitution de groupements d'usagers en vue d'une gestion collective et concertée d'une même ressource, objet d'usages, d'intérêts multiples et interdépendants, souvent contradictoires. 134
142 Le faisceau de contraintes, d'enjeux et de perspectives d'action abordés dans cette partie révèle toute la complexité à concevoir et mettre en œuvre, dans une telle zone, des politiques de développement rural à même de concilier préservation des ressources, équité sociale et essor économique. Dans ce contexte, la nécessité ressort clairement d'inscrire les actions techniques et sectorielles de lutte contre la désertification dans des politiques plus larges, multisectorielles et intégrées, mobilisant toute une panoplie de mesures (mise en valeur agricole, emploi, formation, scolarisation, infrastructures de base, évolutions institutionnelles, etc.) qui peuvent fonder un développement local et rural durable. Une telle orientation, loin d'être spécifique à la zone d'étude, rejoint très largement la démarche prônée depuis plus d'une dizaine d'années maintenant par les institutions en charge de la lutte contre la désertification au niveau international. 135
143 CONCLUSION GENERALE La problématique de la désertification a longtemps été considérée essentiellement sous un angle bio-physique. L'axe d'analyse privilégié s'est concentré sur la caractérisation de la dégradation des éléments naturels comme la couverture végétale, les sols ou les ressources en eau, ainsi que sur la recherche de solutions techniques visant à lutter contre cette détérioration. Les politiques de lutte contre la désertification se sont ainsi concrétisées par un certain nombre d'opérations techniques ciblées et sectorielles (plans de reboisement, mises en défens, infrastructures contre l ensablement, ouvrages de recharge des nappes, etc.). Ces politiques était basées sur l'hypothèse simplificatrice selon laquelle le recours à ces approches technicistes étaient suffisant pour enrayer les phénomènes de désertification, ainsi que sur une démarche trop souvent imposée, sans véritable concertation avec les populations concernées. A l'instar de la majeure partie des politiques environnementales menées jusqu'au milieu des années 1980, les politiques de LCD se sont généralement soldées par des bilans mitigés, voire des échecs. En effet, si la plupart des actions ont pu avoir un impact positif indéniable sur des espaces très localisés et sur des intervalles de temps courts, elles posent néanmoins des problèmes cruciaux de gestion spatio-temporelle et d acceptation par les populations locales. Le cas de la Jeffara n échappe pas à ce constat. La seule approche technique se révèle donc insuffisante pour envisager la viabilité des opérations de lutte contre la désertification sur le long terme. La prise en compte, à une échelle globale, de la complexité des relations entre les sociétés et leurs environnements et d'une indispensable implication des populations s'affirme aujourd'hui comme incontournable dans la conception et la mise en œuvre des politiques de LCD. Comme le mentionnent Barrière et al. (2003), "la désertification concerne le champ des interactions entre des sociétés et leur environnement naturel, à la fois sur les actions concrètes des hommes sur les ressources et les milieux, et sur leurs conséquences (impacts), mais aussi sur les formes de représentation de l environnement, les logiques internes des différents groupes sociaux assorties des stratégies et des relations de pouvoir des différents acteurs". Ce renouvellement des approches en matière de LCD s'inscrit désormais dans le cadre méthodologique plus global des multiples dimensions du développement durable (écologique, économique, sociale, culturelle, etc.). Dans la Jeffara, cette intégration des concepts de LCD et de développement durable prend toute sa signification dans la mesure où les enjeux multisectoriels d usages des ressources se manifestent au sein de sociétés en pleine mutation sociale et économique. Dans le cadre de ce programme, nous avons choisi de traiter cette imbrication à partir de l étude des relations dynamiques au sein du triptyque "ressources-pratiques-stratégies des acteurs" où s'opèrent les interactions entre sociétés rurales et milieux naturels dans un environnement socioéconomique et politique englobant. La LCD, à travers un ensemble d'actions intégrées, doit devenir dès lors une entreprise s'inscrivant dans le fonctionnement même des sociétés concernées et des stratégies de développement local, au bénéfice des communautés rurales, initiées par les pouvoirs publics. Les travaux développés dans ce programme se sont efforcés d'apporter leur contribution à cet ensemble de réflexions. Dans cette perspective, un certain nombre de conclusions touchant aussi bien aux aspects scientifiques qu'aux orientations en termes d'aide à la décision peuvent être avancées. 136
144 Sur le plan scientifique L'évolution des questions de recherche : La confrontation entre, d'une part, les concepts et les outils méthodologiques développés et, d'autre part, la réalité du terrain a conduit à des évolutions dans les questions de recherche initiales. C'est ainsi que si, à des échelles spatio-temporelles très fines, on observe des signes de dégradation du milieu naturel, on peut par contre s'interroger, au niveau de l'ensemble de la zone d'étude, sur la portée du concept de désertification à des échelles temporelles plus longues et des échelles spatiales plus larges. En effet, tant l'évolution des systèmes écologiques que celle des systèmes sociaux montrent des capacités d'adaptation qui conduisent à relativiser l'ampleur des phénomènes de dégradation et à bien contextualiser le champ des observations scientifiques, l'identification et la mesure de ces phénomènes et par là-même les actions de LCD à mener. De plus, il est très vite apparu qu'une simple délimitation physique et géomorphologique ne pouvait permettre d'appréhender dans toute sa complexité le fonctionnement des systèmes de production et d'usages des ressources naturelles par les communautés rurales. C'est ainsi que plusieurs activités de recherche notamment au niveau des thèmes 1, 2 et 3 ont dépassé le cadre physique du bassin versant pour resituer les principaux objets de recherche dans un environnement physique, socioéconomique et politique plus vaste. La nécessité d'une telle remise en cause des limites initiales de la zone d'étude est illustré clairement par les analyses qui ont été conduites en termes de dynamiques agro-pastorales et socio-territoriales au niveau régional, de politiques publiques de développement agricole et d'allocation des ressources en eau, des différentes formes de mobilité des hommes et de diversification de leurs activités, etc. Dès le départ, et ultérieurement lors du déroulement de la recherche, s'est vue réaffirmée graduellement l importance de la notion de dynamiques des sociétés rurales et de leur activités comme question fondamentale afin d'appréhender le concept de désertification. En ce sens, le recours à l'approche historique devient incontournable pour appréhender les changements contemporains dans les modes de fonctionnement des sociétés rurales concernées et pour tenter de formaliser des «trajectoires» d évolutions dans les relations que ces sociétés entretiennent avec leurs milieux. Ces trajectoires apparaissent alors comme des outils opérationnels pour envisager une analyse prospective des devenirs des populations rurales locales et pour proposer des voies alternatives de développement. Les travaux ont également permis une relecture d'une des problématiques initiales du programme concernant les phénomènes de concurrence pour la mobilisation et la valorisation des eaux de pluie et de ruissellement, en liaison avec la localisation des aménagements de CES (ouvrages de recharge des nappes, etc.) et des parcelles agricoles. Nous sommes ainsi parvenus au constat qu'il est essentiel de relativiser cette notion de concurrence entre l'amont et l'aval de bassins versants aménagés, difficilement généralisable compte tenu notamment de la complexité de cette question et des nombreux paramètres à prendre en compte (hydrogéologiques, physiques, impact des aménagements de CES en fonction de leur emplacement et du type d'ouvrage, quantité d'eau de surface réellement valorisée pour des usages agricoles, etc.). 137
145 Les aspects méthodologiques : Interdisciplinarité/pluridisciplinarité : l équipe de recherche était consciente dès le départ des difficultés qui pourraient accompagner la mise en œuvre d une approche interdisciplinaire, dans la mesure où le niveau de connaissance de la zone dans les différents domaines étudiés était hétérogène et que des données de base nouvelles devaient être générées. C est pour cela que le terme d'interdisciplinarité a été évité dans la proposition initiale de projet au profit de celui de pluridisciplinarité. Cependant, et en dépit de certaines tentatives (via l organisation d un atelier interthématique par exemple, ou encore la conception d enquêtes communes), l intégration n a pas été toujours bien réussie. C'est principalement à travers la mise en place d une base de données spatialisées et d un SIG qu'ont été structurées et intégrées les données de base mobilisées par chaque équipe thématique, les analyses, les résultats et les produits du programme. Intégration des échelles spatio-temporelles : malgré le choix méthodologique basé sur l emboîtement d échelles et l insertion de la zone d étude dans son environnement global, l extrapolation ou l interpolation des résultats à d autres échelles ont soulevé un certain nombre de difficultés. Ces dernières sont liées en particulier aux conditions spécifiques d'observation, et notamment à la période prolongée de sécheresse ( ) qu'a connue la zone d'étude. De plus, le choix d'avoir étudié à des échelles fines (micro bassin versant, transect montagne-plaine, etc.) des dynamiques, même s'il n'a pas pu donner lieu à une généralisation des résultats qui en découlent à l'ensemble de la zone d'étude et a fortiori à d'autres échelles, a néanmoins permis de rendre compte d'un certain nombre de grandes tendances d'évolution à l'œuvre dans la région. L'élaboration de scénarios prospectifs : l ambition initialement affichée d élaboration de scénarios prospectifs d aménagement et de LCD a été dés le départ réduite à la proposition d orientations et de recommandations d aide à la décision. En effet, la mise en œuvre d'une étude prospective consiste à imaginer les états futurs plausibles du système étudié. Il s'agit bien de construire, à travers tout un ensemble de méthodes (modèles de simulation, enquêtes, etc.), des conjectures destinées à nourrir un débat sur l'action à mener aujourd'hui au vu des enjeux à long terme. Ces conjectures ne sont pas du même ordre que celui de la connaissance scientifique ; leur mise en œuvre nécessite de larges débats faisant intervenir une large pluralité d'acteurs. Compte tenu de la complexité des situations environnementales et socio-économiques régionales, mais aussi des compétences disponibles au sein de l'équipe, cette méthodologie lourde n'a pas pu aboutir mais pourrait donner lieu à des travaux ultérieurs. Implication des partenaires du développement : le programme a réussi à mobiliser les deux partenaires du développement (les CRDA de Médenine et Gabès) dans les réflexions scientifiques, les travaux de terrain et l évaluation des résultats obtenus. Cependant, le niveau d implication de ces derniers aurait pu être plus élevé, surtout au niveau des réflexions sur le devenir des sociétés et des milieux qui auraient pu alimenter aussi le processus d'élaboration de scénarios prospectifs.. Valorisation des informations et données du programme : l équipe de recherche dispose d une masse importante d informations recueillies parfois à un coût élevé. Les rapports thématiques représentent un corpus d études détaillées, orientées vers une meilleure compréhension des relations dynamiques entre les populations locales de la Jeffara et leurs "espaces-ressources". Le rapport de synthèse constitue une tentative 138
146 sérieuse de valorisation et d intégration mais il reste certainement insuffisant eu égard à l importance des données acquises. Le principe de valoriser prochainement les acquis du programme Jeffara dans un ouvrage scientifique, élargi à quelques thèmes importants trop partiellement traités par l équipe (en particulier les réseaux migratoires et les activités informelles), a été retenu. De plus, outre les publications et communications à colloques déjà réalisées, d'autres projets du même ordre sont à l'étude. Sur le plan des orientations en matière d'aide à la décision Comme nous l'avons déjà fortement souligné, des questions cruciales se posent aujourd'hui en termes de viabilité écologique, sociale et économique des activités humaines dans la Jeffara tunisienne. Cette situation a pour corollaire une complexité des stratégies de développement à concevoir à l'échelle de la région par les pouvoirs publics. Dans la partie 5, un certain nombre de réflexions prospectives pour favoriser la viabilité des exploitations agro-pastorales et un développement local ont été proposées. Elles abordent des aspects d actions et de réorientations pour les activités agricoles (en particulier arboricoles et agriculture irriguée) et d élevage, et visent à conserver au sein des exploitations les facteurs de diversité et de flexibilité qui permettaient dans le passé une meilleure gestion endogène des risques, tout en les adaptant aux nouvelles opportunités émergentes. Si l'agriculture n'est plus aujourd'hui l'activité dominante dans la formation du revenu des ménages ruraux, elle n'en reste pas moins un domaine important en termes de maintien des attaches territoriales de ces communautés mais aussi en termes de ressources alimentaires et financières. D'autres perspectives devraient être ouvertes en termes de "stratégies d'innovation rurale" qui s'appuient sur les particularités et les atouts régionaux, la valorisation des ressources locales et privilégient notamment une multifonctionnalité de l'agriculture et de l'espace rural. Mais il semble qu'au-delà de toutes ces initiatives, un élément clé du développement de la région repose sur la capacité du secteur privé à créer des emplois, appuyé en cela par une politique dynamique des pouvoirs publics. Le programme Jeffara a également révélé la multiplicité d'acteurs et le rôle très actif de l'état dont les modalités d'intervention devraient mieux s'adapter aux nouvelles donnes des politiques de développement rural qui prônent une plus grande intégration des opérations sectorielles et surtout une véritable implication des populations rurales dans la formulation et la conduite des actions qui les concernent. Ainsi, les stratégies de développement et les actions de lutte contre la désertification dans la Jeffara devraient être encore davantage basées dans le futur sur une approche globale, intégrée, multisectorielle et multifonctionnelle, mobilisant toutes les énergies possibles. Dans cette optique, la LCD devient partie intégrante de la dynamique du développement local durable et se place sur un plan socio-économique et non plus uniquement sur un plan environnemental à vocation "préservationniste". Nous voyons donc bien là la complexité de la recherche d'une co-viabilité des évolutions croisées société-environnement qui doit impérativement être prise en compte dans tout plan d'action visant à un développement durable de la Jeffara. 139
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