LE 8 août 1942, Gerhart Riegner, un réfugié de Berlin, âgé de 30

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1 LA «SOLUTION FINALE» 1942 LE 8 août 1942, Gerhart Riegner, un réfugié de Berlin, âgé de 30 ans, prépara un important télégramme destiné au rabbin Stephen S. Wise, le dirigeant juif américain le plus influent, et à Sidney Silverman, député au parlement britannique. Installé en Suisse, Riegner représentait le Congrès juif mondial, une organisation internationale défendant les droits et les intérêts des Juifs. Il avait reçu, par l intermédiaire d Eduard Schulte, un industriel allemand antinazi, des informations consternantes. Selon les renseignements de Schulte, l Allemagne nazie visait à résoudre une fois pour toutes la «question juive en Europe.» Cet objectif impliquait la déportation de 3,5 à 5 millions de Juifs vers l Est où ils seraient «exterminés d un seul coup.» Le rapport de Schulte indiquait en outre que «l acide prussique» pourrait être utilisé pour gazer les victimes. Ces actions étaient «prévues pour l automne.» Le texte laconique du télégramme que Riegner rédigea pour communiquer le témoignage de Schulte se terminait par deux points brefs : Riegner transmettait cette information «avec toutes les réserves nécessaires, vu que nous ne pouvons pas en vérifier l exactitude», mais il jugeait fiable la source de ses renseignements qui entretenait des «relations étroites avec les plus hautes autorités allemandes». Le secret du temps de guerre obligea Riegner à faire passer son message par des voies gouvernementales. Ainsi, le 8 août, il contacta Howard Elting, un responsable du consulat américain à Genève. Riegner formula trois requêtes. Outre l envoi de son message au rabbin Wise, il souhaitait que les Américains et les autres gouvernements alliés soient informés de son contenu et «soient priés de tenter d obtenir par tous les moyens confirmation ou infirmation» des renseignements fournis par Riegner. Elting ayant confirmé la bonne opinion qu il avait du sérieux et de la fiabilité de Riegner, le «télégramme de Riegner» fut adressé au Département d État américain. Compte tenu de ce que le Département d État appela «la nature inouïe de l allégation», le message de Riegner ne fut pas communiqué au rabbin Wise qui en apprit cependant le contenu, fin août. Mais ce ne fut qu en novembre après que le Département d État eut confirmé l information du télégramme de Riegner que Wise fut autorisé à diffuser les nouvelles dans la presse, ce qu il fit. Entre-temps, cependant, la majeure partie des victimes de 1942 l année la plus meurtrière de la Shoah avaient déjà péri. L incertitude, sinon l incrédulité ou l indifférence des gouvernements ou des particuliers hors de l Europe occupée par les nazis, fit qu il leur était diffi- Des visages angoissés s efforcent de voir par la fenêtre d un train dans l attente d une déportation à Westerbork, aux Pays-Bas. 293

2 1942 Passage entre les clôtures électriques d Auschwitz où plus d un million de Juifs furent gazés. cile d appréhender totalement, en 1942, le sort qu Adolf Hitler et ses partisans réservaient aux Juifs d Europe. Dans les administrations nazies, dans les ghettos juifs et dans les usines de la mort qui devenaient opérationnelles en Pologne, la situation devint bien moins ambiguë en s avérant toujours plus meurtrière. Fin novembre 1941, par exemple, Reinhard Heydrich convoqua les membres du gouvernement allemand et les responsables SS à une réunion prévue pour le 9 décembre. Les convocations d Heydrich comprenaient des copies du document que lui avait envoyé Hermann Göring, le 31 juillet 1941, l autorisant à préparer la «solution finale» de la «question juive». Le bombardement de Pearl Harbor par les Japonais et l entrée en guerre des États- Unis entraînèrent le report de la réunion de décembre. Mais, le 20 janvier 1942, Heydrich réunit la conférence de Wannsee au 56/58 Am Grossen Wannsee, une confortable villa située sur la rive d un lac dans une banlieue aisée de Berlin. Quinze hommes, dont plusieurs étaient titulaires de doctorats obtenus dans des universités allemandes, assistaient à la réunion. À cette époque, le massacre de Juifs par les Einsatzgruppen et, plus récemment, dans le camp de la mort de Chelmno, était déjà bien avancé. Les participants convoqués par Heydrich en étaient parfaitement conscients. Ils savaient que le meurtre en masse des Juifs était devenu une politique nationale. La conférence de Wannsee n avait donc pas pour objet de lancer la solution finale, mais de coordonner sa mise en œuvre. La réunion organisée par Heydrich allait faire en sorte que tous les dirigeants présents et les bureaucraties qu ils supervisaient travaillent dans le même sens. Le lieutenant-colonel SS Adolf Eichmann, chef du bureau des Affaires juives et de l évacuation, prépara le rapport final de la réunion qu Heydrich et le chef de la Gestapo, Heinrich Müller, révisèrent soigneusement avant d en approuver la copie en 30 exemplaires. Une seule de ces copies, la 16ème, fut retrouvée après la guerre. Contenant un autre rapport des plus alarmants sur la Shoah, il faisait état de l annonce faite par Heydrich selon laquelle, grâce à un «règlement définitif» du problème juif, «l Europe allait être purifiée d ouest en est.» Selon ses calculs, environ 11 millions de Juifs «de l Irlande à l Oural et de l Arctique à la Méditerranée», comme l écrivit l historien Christopher Browning allaient être «impliqués dans cette solution finale du problème européen». Par groupes, les Juifs allaient être envoyés dans des ghettos de transit, puis «vers l Est». Les Juifs âgés iraient dans un «ghetto pour personnes âgées». Les personnes valides «séparées selon les sexes» seraient sélectionnées pour effectuer des travaux pénibles qui en élimineraient un grand nombre par des «causes naturelles.» Les survivants «seraient traités en conséquence», en vue d éviter «une reconstruction juive.» Si euphémique fût-il, le langage employé par le rapport de la conférence de Wannsee confirmait l industrialisation de la mort. Étant donné ce qu ils savaient déjà, les participants à la réunion d Heydrich ne pouvaient pas douter que la politique de l Allemagne nazie signifiait que tout Juif d Europe était condamné à mort, soit par épuisement (l extermination par le travail), soit par un meurtre pur et simple. Compte tenu de l ampleur envisagée pour la solution finale et donc de l insuffisance des fusillades en masses, on ne savait pas très bien comment atteindre cet objectif. Mais, dans ses commentaires sur la conférence de Wann- 294

3 see, Heydrich avait parlé d une «expérience pratique» accumulée «concernant la solution finale du problème juif.» Au cours de 1942, cette expérience fut mise en pratique dans six grands camps de la mort fonctionnant en territoire polonais : Belzec, Sobibor, Treblinka, Majdanek et Auschwitz-Birkenau, ainsi que Chelmno. Dans ces six camps, des chambres à gaz les unes utilisant du monoxyde de carbone, les autres du Zyklon B exterminèrent des Juifs. L un des participants à la conférence de Wannsee, Josef Bühler, secrétaire d État du Generalgouvernement l unité administrative allemande en Pologne occupée qui contenait de nombreux ghettos dans les régions de Galicie, Cracovie, Lublin, Radom et Varsovie avait vivement préconisé que «la question juive dans ce territoire soit résolue aussi rapidement que possible.» En fait, affirma-t-il, la solution finale pourrait très bien commencer là parce que les problèmes de transport étaient réduits au minimum et que la plupart des Juifs de cette partie de la Pologne n étaient, de toute façon, plus aptes au travail. Le souhait de Bühler ne se réalisa pas immédiatement, mais, le 19 juillet, le chef des SS Heinrich Himmler ordonna la «réinstallation» (l extermination) de «toute la population juive du Generalgouvernement» d ici la fin de l année. Le 22 juillet, le dirigeant du Conseil juif du ghetto de Varsovie, Adam Czerniakow, reçut l ordre des autorités allemandes de fournir pour la déportation un quota quotidien de Juifs, y compris des enfants. Accablé par les ordres reçus, Czerniakow se suicida à Varsovie, le 23 juillet. Le camp de la mort de Treblinka, dernièrement ouvert, n en extermina pas moins, ce jour-là, son premier convoi de Juifs de Varsovie. À la mi-septembre, plus de déportés de Varsovie avaient été assassinés à Treblinka. Les dirigeants des ghettos furent confrontés à des «choix impossibles». Le 3 septembre 1942, Mordekhaï Haïm Rumkowski, le chef du Conseil juif de Lodz, en Pologne, reçut l ordre «d envoyer autres Juifs hors du ghetto.» Ce quota, expliqua le lendemain Rumkowski à une foule terrifiée, doit être constitué par des malades et des personnes âgées, ainsi que et c était encore plus accablant d enfants de moins de dix ans. Espérant toujours que le salut pouvait provenir du travail, Rumkowski s écria : «Mes frères et mes sœurs, remettez-les moi! Pères et mères, donnez-moi vos enfants!... La partie qui peut être sauvée est bien plus importante que la partie qui doit être livrée.» D autres dirigeants de conseils juifs, notamment le docteur Elkhanan Elkes, à la tête du ghetto de Kovno, en Lituanie, soutint activement les unités de partisans se battant dans les forêts et la Résistance antinazie organisée dans les ghettos. Cependant, ni ces efforts, ni une déclaration intitulée «Politique allemande d extermination de la race juive» que les gouvernements alliés publièrent le 17 décembre 1942 ne purent lever la sentence de mort prononcée par l Allemagne nazie à l encontre des Juifs d Europe. La déclaration des Alliés dénonçait l intention de l Allemagne nazie «d exterminer les Juifs en Europe», condamnait «dans les termes les plus vigoureux cette politique bestiale d extermination de sang-froid» et affirmait que les auteurs «n échapperaient pas à leur châtiment.» Si importante et si vigoureuse que fût cette première condamnation publique des atrocités perpétrées contre les Juifs, publiée par les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale, le fait est que 1942 fut l année la plus meurtrière de l histoire juive : 2,7 millions de Juifs périrent. Cette chambre à gaz du camp principal d Auschwitz fonctionna tout au long de l année 1942, utilisant le Zyklon B pour assassiner des milliers de Juifs. Hesia Strom était membre de la Résistance du ghetto de Kovno (Lituanie). 295

4 Le mariage de Salomon Schrijver fut célébré dans le quartier juif d Amsterdam, en Malgré la défaite des Pays-Bas devant les nazis, la vie quotidienne se poursuivit comme à l ordinaire pour les Juifs néerlandais jusqu aux préparatifs de leur déportation. En janvier 1942, de nombreux Juifs néerlandais furent rassemblés dans des camps de travail. Les lois de Nuremberg furent appliquées en mars et les Juifs furent contraints de porter l étoile jaune en avril. La majeure partie de l équipement photographique de Lodz fut confisquée par les nazis en Les seules photographies qui furent prises étaient contrôlées par l administration du ghetto. Le photographe Mendel Grossman remplit des missions officielles dans le cadre de la section des statistiques, mais tenta également de préserver un témoignage sur la vie du ghetto. Il montre ici une équipe de travailleurs juifs s efforçant de dégager la glace des rues du ghetto. Déjà grelottant et souffrant du gel, deux prisonniers juifs endurent le supplice de rester assis dans la neige. N ayant plus que la peau et les os après des mois de sous-nutrition, bien peu avaient les moyens de résister au froid. Une femme, Gerda Weissmann Klein, survécut à une marche de la mort en hiver, parce que son père, guidé par son intuition, lui avait ordonné de chausser des bottillons de ski lorsqu elle fut déportée de sa ville natale de Bielitz, en Pologne, par une chaude journée de l été : Une chambre à gaz (probablement jamais utilisée) et un four crématoire sont installés dans le camp de concentration de Dachau, en Allemagne. Création d un camp de concentration à Riga, en Lettonie. Ouverture d un camp de travail forcé pour les Juifs à Vilnius, en Lituanie. Des délégués des États-Unis, de la Grande-Bretagne et des gouvernements en exil des nations européennes occupées assistent à la conférence de St James Palace à Londres pour discuter des crimes de guerre nazis et des réactions des Alliés. Les Juifs ne sont pas considérés comme une catégorie de victimes unique en son genre. Les Allemands élèvent le collaborateur Pierre Laval au rang de premier ministre de la France de Vichy. Hajj Amin al-husseini, grand mufti de Jérusalem, s enfuit en Allemagne après 296

5 Des soupes populaires gérées par des organisations juives internationales proliférèrent dans la Pologne sous occupation nazie. Une fois les Juifs polonais concentrés dans des ghettos, leur approvisionnement en vivres fut contrôlé par les Allemands. Comme les allocations en nourriture étaient insuffisantes pour demeurer en vie, les Juifs polonais dépendaient du supplément fourni par les soupes populaires. Sont représentées ici des cartes permettant à leur détenteur de recevoir des vivres à la soupe populaire du ghetto de Kielce gérée par le Conseil juif local. La première carte, valable seulement pour le petit-déjeuner, dit «1 600 petits-déjeuners servis chaque jour.». La seconde, une carte de dîner, porte la mention «2 100 dîners servis chaque jour.» Exploitation ou extermination? La guerre s étendant, Hitler souhaita mettre fin à la pénurie croissante de main-d œuvre et augmenter la production de matériel de guerre. Certes, les nazis pouvaient utiliser les Juifs réduits en esclavage, mais souhaitaient-ils mettre au travail ceux-là même qu ils voulaient exterminer? Ces objectifs inconciliables aboutirent à des politiques incohérentes qui tentaient d atteindre l un et l autre des objectifs. À la conférence de Wannsee, Reinhard Heydrich émit l hypothèse qu «une grande partie» des Juifs, «évacués vers l est» et enrôlés pour travailler, serait «indubitablement éliminés par des causes naturelles.» En conséquence, en 1942, les nazis cherchèrent à soutirer encore plus de travail productif de la part des Juifs avant qu ils ne meurent. Ghettos et camps de travail devinrent alors pour les Juifs de simples étapes sur la route vers la mort. De longues heures de labeur dans des conditions inhumaines, associées à de cruels traitements, aboutirent à un taux de mortalité extrêmement élevé. À Majdanek, 40% de ceux qui mouraient étaient victimes de gazages et d exécutions par balles, tandis que 60% mouraient de «causes naturelles», épuisement total dû au travail, à la faim et à la maladie. Le travail des détenus, par exemple déplacer des tas de pierres d un endroit à l autre, puis recommencer dans l autre sens, n avait souvent aucune utilité. Les gardes SS éprouvaient une satisfaction sadique à contraindre les Juifs à effectuer un travail exténuant, aiguillonnant souvent leurs prisonniers par une grêle de coups, voire des décharges électriques. l échec de la tentative des nationalistes arabes de saper le contrôle britannique en Palestine et de créer une légion musulmane pour combattre aux côtés des troupes allemandes. L American Council for Judaism, une organisation antisioniste, est cofondée à New York par Arthur Hays Sulzberger, l éditeur du New York Times. Le théologien protestant allemand Karl Friedrich Stellbrink est arrêté après avoir diffusé des lettres de l évêque antinazi Clemens August comte von Galen ; voir 10 novembre Hitler nomme Albert Speer ministre de l armement et des munitions. Yitzhak Shamir succède à Abraham Stern à la tête du mouvement sioniste Stern après la mort de ce dernier, tué par les forces britanniques. Création à Varsovie, en Pologne, de l Organisation juive de combat, un groupe de Résistance. Janusz Korczak, directeur d un orphelinat juif de Varsovie refuse la liberté offerte par ses amis polonais et accompagne à Treblinka les enfants dont il a la charge. Le bloc antifasciste, réunissant des communistes juifs et des sionistes socialistes, entreprend la publication de Der Ruf (L Appel), un journal de 297

6 Trois Juifs de la ville de Kharkov en Ukraine, soupçonnés d avoir participé à des activités de résistance, sont pendus par des soldats allemands. Kharkov fut conquise par les armées allemandes à la fin de l automne Le 14 décembre, les forces d occupation créèrent un ghetto. La concentration imposée aux Juifs dans cette ville fut de courte durée : le ghetto fut liquidé le 5 janvier PRINCIPAUX GHETTOS EN EUROPE OCCUPÉE, À L EST DU GENERALGOUVERNEMENT, La une de L Annonceur juif, une publication de la communauté juive religieuse de Prague, en Tchécoslovaquie, précise les restrictions imposées aux Juifs en Europe orientale. Ce numéro de janvier 1942 contient des informations sur les activités interdites aux Juifs, données inconnues en Occident jusqu à ce que ces journaux quittent le pays clandestinement. mer Baltique GRANDE ALLEMAGNE SLOVAQUIE Varsovie miles HONGRIE LETTONIE Riga LITUANIE Vilnius Mir Slonim Pinsk Brest Litovsk Vitebsk Minsk ROUMANIE Avancée maximum de l armée allemande Mogilev OCCUPATION ALLEMANDE Kovel GENERAL Tuchin GOUVERNEMENT Lutsk Rovno Jitomir Berditchev Lvov Vinnitsa kilomètres Smolensk Gomel Kharkov Dnepropetrovsk Kherson Les Juifs d Union soviétique qui n avaient pas été massacrés par les Einsatzgruppen furent enfermés dans des ghettos, le plus important étant celui de Minsk ( Juifs). Dans leur grande majorité, ces Juifs ghettoïsés allaient, par la suite, être abattus ou déportés dans les camps de la mort. N 1942 résistance antinazie. Au camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, un jeune Tchèque demijuif du nom de Petr Ginz conçoit Vedem (En tête), un «magazine» secret du camp, rempli de poésie, d humour et de conseils de jardinage, et contenant la sinistre vérité sur les opérations du camp ; voir 28 septembre Le prêtre catholique allemand Max Josef Metzger rédige un plaidoyer pour un nouveau gouvernement allemand. Cette lettre sera interceptée par la Gestapo, ce qui précipitera son arrestation ; voir avril Début 1942 : Les Nations unies créent la Commission de l ONU pour les crimes de guerre chargée de poursuivre les criminels de guerre nazis. Christian Wirth, 298

7 Ces Juifs viennois furent déportés à l Est. Les nazis espéraient dès 1939 faire de Vienne une ville «sans Juifs» et expédier les Juifs de la ville vers les ghettos de Pologne. Le 11 janvier 1942, les autorités allemandes déportèrent à Riga, en Lettonie, environ Juifs de Vienne dont bon nombre moururent pendant le trajet. Un survivant de la déportation se souvient qu «il n y avait pas d eau. Les wagons étaient verrouillés Il faisait très froid et nous retirions un peu de glace des fenêtres pour avoir de l eau.» Les enfants et les vieillards qui survécurent à cette épreuve furent assassinés en arrivant à destination. Séparés par une clôture du ghetto de Lodz (Pologne), une mère dans l affliction prend congé de son fils qui attend la déportation de la prison centrale de la rue Czarniecki. Parmi les premiers Juifs prévus pour la «réinstallation» en janvier 1942, se trouvaient ceux qui purgeaient une peine de prison. Afin de convaincre les déportés qu ils étaient envoyés dans un camp de travail, les surveillants leur remirent du pain et du saucisson, ainsi que des vêtements chauds. Pour encourager les Juifs de Lodz à participer aux déportations, les Allemands distribuèrent, selon la chronique du ghetto, «douze mille sous-vêtements chauds, protègeoreilles, gants, bas, chaussettes et sabots.» Cet enfant est habillé pour affronter la température glaciale des trains de déportation. spécialiste des exécutions nazies, relie le moteur diesel d un véhicule blindé aux chambres à gaz de Belzec. Janvier 1942 : Les assassinats en masse des Juifs par le Zyklon B commencent à Auschwitz-Birkenau. Les corps sont incinérés dans des fosses communes dans une prairie voisine. Les derniers Juifs d Odessa, en Ukraine, sont presque tous déportés dans des camps de concentration. Une commission médicale visite le camp de concentration de Gross-Rosen, en Allemagne, pour sélectionner des sujets humains d expériences médicales. En France, Joseph Darnand crée la Milice française, une organisation fasciste paramilitaire. 1 er janvier 1942 : Création aux États- Unis du CIC (Counter-Intelligence Corps) pour enquêter sur les criminels de guerre nazis et les arrêter. Création à Washington des Nations unies par 26 signataires qui conviennent d œuvrer ensemble pour vaincre les nations du pacte tripartite et d adopter une résolution commune sur la guerre. Les Allemands exécutent 299

8 En novembre 1940, Reinhard Heydrich, chef du Bureau central de la Sûreté du Reich, organisa pour la fondation Nordhav SS l achat d une impressionnante villa au bord d un lac à Wannsee, une banlieue cossue de Berlin. Elle hébergea aussi bien des officiers SS que des membres de la police en visite. La Wannsee Haus (photo) est cependant plus connue pour la réunion qu y convoqua Heydrich, le 20 janvier Les massacres de Juifs sur une grande échelle avaient débuté dans l Est sept mois plus tôt. À Chelmno, en Pologne, le gazage des Juifs avait commencé début décembre. La conférence de Wannsee ne lança donc pas la «solution finale» ; Heydrich utilisa plutôt cette réunion pour l organiser. Des hauts responsables de la SS et des ministres du Reich furent convoqués par Heydrich à la conférence. Presque tous étaient au courant des déportations et des massacres en cours. La conférence de Wannsee Heydrich s attendait néanmoins à ce que des objections soient soulevées à l encontre de son programme qui prévoyait l élimination des Juifs d Europe par le meurtre ou «l extermination par le travail.» Son inquiétude n avait pas lieu d être. Les participants exposèrent leurs points de vue sur des questions de détail où la solution finale devait-elle être prioritaire, que faire avec les Mischlinge (en partie juifs par suite de mariages mixtes), et fallait-il épargner les travailleurs juifs qualifiés mais ils accueillirent en général avec enthousiasme le plan d Heydrich. Outre Heydrich et Adolf Eichmann, l officier SS qui prépara les rapports sur la rencontre, 13 hommes assistèrent à la conférence de Wannsee. Représentaient le ministère du Reich pour les Territoires occupés de l Est (en premier lieu la Lituanie, la Lettonie et l Estonie) Alfred Meyer, titulaire d un doctorat en sciences politiques et Georg Leibbrandt qui avait étudié la théologie, la philosophie, l histoire et l économie, ce qui lui avait également valu un doctorat. Six autres étaient diplômés en droit. Coauteur des lois de Nuremberg de 1935, Wilhelm Stuckart représentait le ministère de l Intérieur. Roland Freisler venait du ministère de la Justice. Par la suite, il allait présider le Volksgerichtshof (tribunal populaire) dont les procès à grand spectacle allaient condamner à mort près de dissidents allemands. Josef Bühler soutint que le Generalgouvernement en Pologne occupée, le territoire qu il représentait, devait être la cible prioritaire de la solution finale. Gerhard Klopfer travaillait sous les ordres de Martin Bormann en tant que directeur du département juridique de la chancellerie du Reich où il s intéressait particulièrement à la politique raciale nazie. Karl Eberhard Schöngarth et Rudolf Lange étaient responsables de la sécurité et de la police en Pologne et dans les autres territoires occupés par les nazis en Europe orientale. Les autres participants à la conférence étaient Martin Luther, Friedrich Kritzinger, Otto Hofmann, Erich Neumann et Heinrich Müller. Les hommes qui préparèrent des plans, mangèrent et burent à la Wannsee Haus, le 20 janvier 1942, n étaient ni incultes ni ignorants lorsque les grandes lignes de la solution finale leur furent présentées. Lorsque Hitler, dans son discours du 30 janvier, déclara que «cette guerre aboutira à la disparition totale des Juifs», ces hommes purent acquiescer en toute connaissance de cause travailleurs tchèques pour sabotage. 5 janvier 1942 : Liquidation du ghetto de Kharkov, en Ukraine. 7 janvier 1942 : Tout au long de la journée, dans le camp de la mort de Chelmno, en Pologne, les déportés juifs des villages voisins sont systématiquement gazés dans des camions ; les travailleurs allemands et ukrainiens arrachent les dents en or et les plombages des cadavres. Les Allemands entreprennent de gazer dans des camions Tsiganes de Lodz en Pologne. 9 janvier 1942 : Un millier de Juifs sont déportés du camp / ghetto de Theresienstadt (Tchécoslovaquie) à Riga, en Lettonie. 300

9 Wannsee, dans la banlieue de Berlin, était un très bel endroit où se rencontraient fréquemment les dirigeants du Troisième Reich, notamment pour la tristement célèbre conférence de Wannsee, en janvier Cette photo montre quelques dirigeants de l immense police du Troisième Reich. À partir de la gauche : Kurt Daluege, chef de la police régulière ; Karl Wolf, chef de l équipe personnelle d Heinrich Himmler ; Himmler, chef des SS ; le capitaine Bonin de la police ; le maréchal Erhard Milch ; le chef du SD Reinhard Heydrich qui fut chargé de la mise en œuvre de la «solution finale» ; et Friedrich Wilhelm Krüger, chef de la police du Generalgouvernement. Froid et impitoyable, Reinhard Heydrich était surnommé «le bourreau». Lorsqu il réunit la conférence de Wannsee, il s assura du confort de ses invités en leur fournissant des rafraîchissements. Il ouvrit alors la séance par un discours traitant de la déportation de 11 millions de Juifs y compris ceux d Angleterre et d Irlande vers l Est, entendant la mort instantanée ou l extermination par le travail. Heydrich allait être assassiné au printemps Une superbe villa de Wannsee, banlieue de Berlin, où vivait autrefois une riche famille juive, fut expropriée par les nazis. Autrefois site de réceptions d été au bord du lac, elle accueillit, le 20 janvier 1942, une réunion de hauts fonctionnaires qui organisèrent la «solution finale» du problème juif. Présidée par Reinhard Heydrich, la réunion se déroula si bien qu Heydrich but un verre de cognac pour célébrer sa conclusion. 12 janvier 1942 : C est à cette date que remonte l origine des procès de Nuremberg de l après-guerre lorsque la Chine et neuf nations européennes adoptent une résolution décidant de passer en jugement les dirigeants de l Axe pour crimes de guerre, «qu ils en aient donné l ordre, qu ils les aient perpétrés ou qu ils y aient participé d une façon ou d une autre.» 13 janvier 1942 : Les gouvernements en exil de Belgique, Tchécoslovaquie, France, Grèce, Pays-Bas, Luxembourg, Norvège, Pologne et Yougoslavie condamnent les atrocités allemandes perpétrées contre leurs citoyens sans mentionner spécifiquement les Juifs. Le ministère britannique des Affaires étrangères approuve cette déclaration sans mentionner non plus les Juifs. 14 janvier 1942 : Les États-Unis mettent sur liste noire entreprises européennes avec lesquelles il est interdit à tout Américain d entreprendre ou de poursuivre des transactions. Mi-janvier 1942 : Les premiers Juifs de Lodz (Pologne) sont déportés au camp d extermination de Chelmno. 301

10 Martin Luther La carrière fulgurante de Martin Luther révèle le potentiel professionnel libéré par la politique génocidaire du Troisième Reich. Bien qu il n ait jamais terminé sa scolarité au lycée, Luther devint un personnage influent du ministère allemand des Affaires étrangères. L entrée de Luther dans ce ministère fut facilitée par Joachim von Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères. Organisateur de talent, d une grande habileté dans les conflits internes du parti nazi, Luther fit du ministère des Affaires étrangères un acteur majeur de la «solution finale.» À la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, Luther prit des dispositions pour que le ministère des Affaires étrangères coordonne la déportation des Juifs d Europe. Il considérait la solution finale comme une occasion en or pour étendre son propre pouvoir. Cependant, l échec de ses tentatives d évincer Ribbentrop en 1943 lui valut de se retrouver dans le camp de concentration de Sachsenhausen. Il mourut d une défaillance cardiaque, peu après la guerre. Du 21 au 23 janvier 1942, les troupes hongroises et d autres soldats massacrèrent des centaines de Juifs et de Serbes à Novi Sad, en Yougoslavie. Les corps furent empilés dans le cimetière. Les Allemands exécutèrent de nombreux prisonniers de guerre soviétiques et en laissèrent mourir un grand nombre. Les prisonniers de guerre soviétiques constituaient effectivement un groupe particulièrement visé par les persécutions et la mort, plus que tous les autres, à l exception des Juifs. Les nazis se sentaient encouragés à agir ainsi, en partie, parce que l Union soviétique avait refusé de signer les accords internationaux de 1907 et 1929 sur le traitement des prisonniers de guerre. La haine meurtrière expliquait aussi leur comportement. Cette photographie montre la fosse commune de prisonniers de guerre soviétiques située à une vingtaine de kilomètres de Leningrad. Des centaines de milliers de soldats soviétiques subirent un sort identique entre les mains des conquérants allemands janvier 1942 : Le chef de bataillon Senitsa Verhovsky, de l Armée rouge, est abattu par un Einsatzkommando à Kremenchug, en Ukraine, pour avoir protégé des Juifs. 17 janvier 1942 : Walter von Reichenau, un général de la Wehrmacht qui coopérait avec les Einsatzgruppen en Russie, meurt d une crise cardiaque. 19 janvier 1942 : Les forces soviétiques reprennent Mozhaisk, point le plus proche de Moscou occupé par les troupes allemandes, sauvant ainsi la capitale soviétique de l occupation. 20 janvier 1942 : Conférence des dignitaires nazis à Wannsee, dans la banlieue de Berlin ; y assistent : Heydrich, Meyer, Leibbrandt, Stuckart, 302

11 Les supplications de cette femme, qui attend son exécution dans le camp de la mort de Belzec, ne sont pas entendues. Environ personnes, presque toutes juives, périrent à Belzec. Trois infirmières posent devant l hôpital juif de Tarnow, en Pologne. Les nazis commencèrent à déporter les Juifs de Tarnow au camp de la mort de Belzec en Le 2 septembre 1943, lorsque les nazis entreprirent la liquidation du ghetto, la population résista. Les Allemands firent usage de la force pour écraser la rébellion et déportèrent les Juifs survivants à Auschwitz et Plaszów. Un télégramme de 1942, envoyé du bureau de la Sipo, Sicherheitspolizei (police de la sûreté) à Riga (en Lettonie), témoigne de l approche méthodique des nazis dans le meurtre. Adressé à trois Einsatzkommandos (unités spéciales de meurtre), ce télégramme demande certaines données concernant le nombre de personnes exécutées pour les catégories suivantes : Juifs, communistes, partisans, malades mentaux, ainsi que les femmes et les enfants. Neumann, Freisler, Bühler, Luther, Klopfer, Kritzinger, Hofmann, Müller, Eichmann, Schöngarth, et Lange. La discussion porte sur le nombre de Juifs européens dont il faut encore s occuper, sur le travail servile, la séparation des hommes et des femmes chez les Juifs, les déportations en masse et l extermination : la «solution finale». Selon le procès-verbal de la réunion, cinq millions de Juifs de l URSS sont condamnés à mort (dont près de trois millions en Ukraine), dans la zone non occupée en France, au Danemark et 200 en Albanie. Des chiffres sont aussi donnés pour des nations ne se trouvant pas encore sous contrôle nazi, notamment l Angleterre ( ), l Espagne (6 000), la Suisse (18 000), la Suède (18 000) et la Turquie (55 000). La réunion dure moins de 90 minutes. 21 janvier 1942 : Des Juifs du ghetto de Vilnius (en Lituanie) fondent l Organisation unifiée des partisans pour résister à la terreur nazie janvier 1942 : Les fascistes hongrois amènent 550 Juifs et

12 Le périple de Struma montre à quel point les Juifs étaient prêts à tout tenter pour fuir la persécution nazie et parvenir en Palestine. Avec 769 Juifs roumains à bord, ce bateau à bestiaux surchargé et mal équipé prit la mer en décembre Il atteignit tout juste sa première destination, Istanbul, en Turquie, où les Britanniques refusèrent d accorder des visas pour la Palestine et où les Turcs ne permirent pas aux passagers de débarquer. Des appels désespérés furent lancés en vain et les Turcs remorquèrent enfin le bateau vers le large, lui ordonnant de prendre la mer alors qu il manquait de vivres et de carburant. L ultime tragédie intervint le 24 février 1942, lorsque le bateau fut coulé par une torpille, probablement tirée par erreur par un sous-marin russe. L extrême pénurie de nourriture encouragea dans les ghettos le développement d actifs marchés noirs. Les nazis, qui espéraient que tous les habitants des ghettos mourraient de maladie ou de faim, voyaient d un mauvais œil ces activités. Ceux qui étaient surpris à se livrer au marché noir étaient sommairement exécutés, par exemple ces quatre hommes pendus en public dans le ghetto de Zdunska Wola, en Pologne. Une seule personne, David Stoliar, âgé de 19 ans, survécut au naufrage du Struma. À l instar d autres hommes vivant à Bucarest, en Roumanie, Stoliar avait été astreint au travail. Anxieux pour la santé de son fils, son père soudoya les autorités et lui acheta un billet pour le Struma, dans l espoir que le jeune homme parviendrait sain et sauf en Palestine. Atteint par une torpille, le bateau sombra avant que les sauveteurs aient pu arriver. Stoliar fut sauvé par des Turcs qui l avaient aperçu d un phare et, après son rétablissement, reçut un visa d immigration accordé par les Britanniques Serbes près du Danube à Novi Sad, en Yougoslavie. Ils les contraignent à marcher sur la glace qu ils morcellent en tirant dessus et abattent ceux qui ne coulent pas rapidement. 24 janvier 1942 : Quatre cents intellectuels juifs sont arrêtés puis assassinés à Kolomyia, en Ukraine. 30 janvier 1942 : Commémorant le neuvième anniversaire de sa prise du pouvoir, Hitler déclare dans un discours à la population allemande que la guerre aboutira, en fin de compte, non à la destruction des Aryens, mais à l anéantissement total des Juifs. Ce discours est entendu à Washington et à Londres. 304

13 Un Juif escalade le mur du ghetto de Varsovie avec un grand sac de nourriture de contrebande destinée aux habitants de ghetto qui attendent. Les enfants étaient souvent utilisés pour cacher de la nourriture dans leurs vêtements. La contrebande était punie de mort par les Allemands. Cependant, quelques Juifs et quelques Polonais non juifs prirent ce risque parce que les avantages argent et nourriture pour eux-mêmes et pour leurs familles leur semblaient l emporter sur les conséquences. Les Juifs de Zychlin, en Pologne, furent déportés en mars Environ Juifs vivaient dans la ville lorsque les Allemands l occupèrent en Un mois avant la liquidation de 1942, la police allemande fit irruption dans le ghetto et massacra plusieurs centaines d habitants. Le 3 mars, les derniers Juifs furent rassemblés sur la place du marché, chargés sur des charrettes et déportés au camp de la mort de Chelmno. Vidkun Quisling Vidkun Quisling, fondateur du parti antisémite norvégien Nasjonal Samling (NS ou Unité nationale) accueillit à bras ouverts l occupation de son propre pays par l Allemagne, le 9 avril Ce soir-là, son émission annonça la constitution d un nouveau gouvernement norvégien avec lui-même au poste de premier ministre. Ce geste rencontra la résistance norvégienne et ne satisfit pas entièrement les Allemands qui mirent Quisling sur la touche pour le remplacer par Josef Terboven, un administrateur allemand qui gouverna la Norvège avec brutalité pendant toute la guerre. Entretemps, la persévérance de Quisling servait les intérêts allemands ; par exemple, il recruta des troupes norvégiennes pour l armée allemande. Le 1 er février 1942, Terboven autorisa Quisling à devenir Ministerpresident d un «gouvernement national.» Quisling soutint alors la déportation des Juifs norvégiens à Auschwitz. Un peloton d exécution norvégien fusilla Quisling le 24 octobre Son nom est devenu en anglais un nom commun : un «quisling» est un traître. Février 1942 : Trente-deux médecins juifs du ghetto de Varsovie (Pologne) entreprennent une étude sur les effets de la famine, tandis qu eux-mêmes meurent lentement de faim. Des partisans juifs de Galicie orientale, en Pologne, attaquent des troupes allemandes à plusieurs endroits. Au lieu de servir à édifier des monuments officiels et des bâtiments, les briques et les pierres taillées produites par les détenus des camps de concentration sont affectées à la construction d usines d armement allemandes. 1 er février 1942 : Création du Wirtschafts-Verwaltungshauptamt (WVHA, Bureau central de l économie et de la gestion, sous la direction d Oswald Pohl. 13 février 1942 : Dans le ghetto de Minsk, en Biélorussie, les nazis exécutent les dirigeants Juifs déportés de Hambourg (Allemagne) trois mois plus tôt. 15 février 1942 : Début des premiers grands gazages de Juifs dans le camp de la mort d Auschwitz, en Pologne. 305

14 Albert Speer Ministre du Reich de l armement et de la production de guerre de 1942 à 1945, Albert Speer joua un rôle déterminant dans le Troisième Reich. Son amitié personnelle avec Hitler et ses exceptionnels talents d organisateur le propulsèrent dans le cercle des initiés influents du régime nazi, alors qu il n était qu un assistant en architecture. Hitler, qui se voulait étudiant en architecture, devint le mentor personnel de Speer après s être rendu compte de son sens de la pompe et du spectacle. Speer mit au point le style nazi des défilés et des rassemblements du parti, caractéristiques du régime d Hitler. Les passions mégalomanes des deux hommes se manifestèrent dans les plans conçus pour Berlin et Nuremberg où la puissance et la durée du Troisième Reich devaient être gravées dans la pierre. Les talents d organisateur de Speer produisirent de quasi-miracles pour la machine de guerre allemande. En tant que ministre de l Armement, Speer fit en sorte que l armée soit approvisionnée, en dépit des intenses bombardements alliés. N ayant aucun scrupule à utiliser de la main-d œuvre servile, Speer prolongea la guerre d au moins deux ans. Speer rompit avec Hitler en 1945 lorsqu il refusa d exécuter l ordre du Führer de détruire les industries allemandes. Au procès de Nuremberg, Speer déclara assumer la responsabilité de ses actes et fut condamné à 20 ans de prison. Il fut libéré en En prison, Speer écrivit un livre très lu, Au cœur du Troisième Reich. Il mourut en Cette fosse vide allait recevoir les corps de Juifs de Minsk, en Biélorussie. Ils furent massacrés en mars 1942 par des Allemands et des Ukrainiens. Cette fosse fut creusée dans l enceinte du ghetto de Minsk, dans la rue Ratomskaya. Cent mille Juifs ghettoïsés vivaient à Minsk, en Biélorussie, lorsque les grands massacres à l arme automatique commencèrent dans la ville en En 1942, les Allemands introduisirent des camions à gaz, mais les fusillades continuèrent également. Le 2 mars, l orphelinat du ghetto fut liquidé ; les enfants furent enterrés vivants pendant que les officiers SS leur lançaient des bonbons. Le 31 mars, les Allemands effectuèrent une descente dans le ghetto pour arrêter les dirigeants de la Résistance. En conséquence, la majeure partie du ghetto, entre autres la synagogue représentée ici, brûla février 1942 : Les Juifs du camp de concentration de Dvinsk, en Lettonie, sont contraints d assister à l exécution d une femme juive qui avait échangé un vêtement contre une boîte de farine avec une détenue non juive. 22 février 1942 : Dix mille Juifs du ghetto de Lodz (Pologne) sont déportés au camp d extermination de Chelmno où ils sont gazés. 24 février 1942 : Le Struma, arborant un pavillon panaméen neutre et transportant à son bord des réfugiés juifs fuyant la Roumanie, est coulé dans la mer Noire après que la Grande-Bretagne ait exercé des pressions sur la Turquie pour qu elle fasse revenir le bateau d Istanbul. Plus de 306

15 Les détenus du camp de concentration de Mauthausen, en Autriche, transportent des charretées de terre et de pierre pour la construction du «camp russe». Situé à l extérieur du principal camp de prisonniers, le camp russe abritait les prisonniers de guerre soviétiques. Les conditions y étaient particulièrement rigoureuses. Le camp russe avait son propre périmètre de fil barbelé, et les détenus vivaient dans des cabanes grossières près de la carrière de Mauthausen, de sinistre réputation. Un passage judicieusement aménagé reliait le camp russe à la chambre à gaz, à la morgue et au four crématoire du camp principal. Les gardes nazis se montraient particulièrement cruels avec les sous-officiers soviétiques qui s étaient évadés d autres camps et avaient été repris. Sur les prisonniers de guerre soviétiques arrivés lors de la première expédition en 1941, environ 80 seulement étaient encore en vie en mars Ces Juifs slovaques, avec leurs bagages, sont sur le point de monter dans un train de déportation. Les six mille Juifs de Slovaquie, déportés en mars 1942, furent parmi les premiers à être acheminés au camp de la mort d Auschwitz où plus d un million de Juifs périront. Une famille juive charge une bicyclette et un grand ballot dans un wagon au cours d une opération de déportation en Slovaquie. Ignorant ce qui les attendait, des dizaines de milliers de Juifs slovaques furent déportés pendant quatre mois, de mars à juin passagers juifs, qui tentaient de sauver leur vie en gagnant la Palestine, sont noyés. Un seul passager survécut ; voir 5 mars Mars 1942 : Au cours de ce mois, près de Juifs du ghetto de Varsovie meurent de faim Juifs du ghetto de Lodz (Pologne) sont gazés au camp de la mort de Chelmno. Les nazis commencent les déportations d Europe centrale dans le camp de la mort de Belzec, en Pologne. Création en Norvège du Hirdens Bedriftsvern, une unité collaborationniste anti-résistance, pour protéger les usines et les infrastructures norvégiennes contre les saboteurs. Un groupe collaborationniste russe, l Armée nationale du peuple russe, est constitué à Smolensk. Un bref article paraît dans la presse de Londres rapportant que tous les Juifs de Mariupol, en Ukraine, ont été tués. 1 er mars 1942 : Les nazis entreprennent la construction d un nouveau camp de la mort à Sobibor, en Pologne. 1 er -2 mars 1942 : Des milliers de Juifs biélorusses sont transférés à 307

16 Warta GRANDE ALLEMAGNE Oder PRINCIPALES DÉPORTATIONS DES JUIFS À BELZEC, 1942 Vistule PROTECTORAT DE BOHÊME ET DE MORAVIE GENERAL GOUVERNEMENT Cracovie SLOVAQUIE Narew Bug Lublin Opole Lubelskie Zamość UKRAINE N miles Belzec Tarnów Brody Lvov Przemyśl Ternopol Rogatin Drogobych Berezhany Stry Stanislawów Gorodenka Kolomyia kilomètres En colonne, leurs maigres effets dans des baluchons, des Juifs marchent vers Belzec. Les prisonniers étaient trompés par leurs gardiens qui leur affirmaient qu ils entraient dans un camp de transit d où ils seraient affectés à divers camps de travail. Ils étaient en fait envoyés dans les chambres à gaz. Ghettos d où les Juifs furent déportés à Belzec HONGRIE ROUMANIE personnes périrent au camp d extermination de Belzec. La plupart des victimes étaient des Juifs du sud de la Pologne, mais les nazis déportèrent aussi des Juifs d Allemagne, d Autriche, de Bohême et de Moravie dans ce camp de la mort. Camp de travail à l origine, Belzec devint un camp d extermination en mars 1942, les meurtres étant perpétrés d abord avec du monoxyde de carbone, puis avec du Zyklon B. Malgré l impression d ordre qui se dégage de la photo de cette formation de gardes SS, le processus de meurtre tournait souvent mal, infligeant d atroces souffrances aux victimes. Pour plaisanter, les gardes appelaient ce site de meurtre la Fondation Hackenholt, du nom du SS Hauptscharführer Lorenz Hackenholt (deuxième rang, tout à fait à droite) qui actionnait le moteur diesel produisant le monoxyde de carbone Koidanav, en Biélorussie, où ils sont assassinés. 2 mars 1942 : Six Juifs du camp de travail de Janówska, en Ukraine, près de Lvov, sont contraints de passer la nuit dehors ; tous meurent de froid. Des enfants d un orphelinat juif du ghetto de Minsk sont jetés dans un bac à sable ; on leur lance des bonbons, puis ils sont étouffés. Plus de adultes juifs de Minsk sont eux aussi assassinés. 3 mars 1942 : Des Juifs belges sont enrôlés pour le travail forcé. 5 mars 1942 : Après le naufrage du Struma, le 24 février, le cabinet de guerre britannique réaffirme sa décision 308

17 En vue de saper l activité partisane, les nazis procédaient régulièrement à des exécutions en masse. Celle-ci est perpétrée dans la ville ukrainienne de Drogobytch. Cette atrocité ne mit cependant pas fin aux souffrances des Juifs de Drogobytch. De mars à novembre 1942, environ Juifs de la ville périrent dans les chambres à gaz de Belzec. Bien que les Britanniques aient courageusement tenté de rapatrier leurs forces après la chute de la Grèce en avril 1941, tous ne purent être évacués de ce pays ou de la Crète qui tomba peu après. Parmi les prisonniers se trouvaient soldats juifs de Palestine qui s étaient portés volontaires pour combattre dans l armée britannique. Pour garder le moral durant les sombres jours d emprisonnement en 1942, ce groupe de soldats d Eretz Israël internés dans un camp de prisonniers en Haute Silésie, en Allemagne, unissent leurs talents pour monter un orchestre. Les victoires allemandes de 1942 conduisirent l Armée rouge soviétique au bord de l effondrement. Des deux côtés, les pertes furent colossales. Alors que tout était contre elles, les forces soviétiques motivées par un farouche patriotisme cherchèrent d abord à maintenir leur position, puis à avancer. Ici, des soldats soviétiques, tapis derrière de modestes murets, tirent à la mitrailleuse et au fusil tout en s occupant de leurs blessés. de ne pas autoriser l admission en Palestine des réfugiés juifs «illégaux». 6 mars 1942 : Au cours d une réunion du Bureau central de la Sûreté du Reich, Adolf Eichmann insiste sur la nécessité d une stricte sécurité pendant la déportation et l extermination des Juifs vivant actuellement en Allemagne, en Autriche, en Moravie et en Bohême. 14 mars 1942 : À Ilja, en Pologne, des Juifs, envoyés travailler dans une ferme, rejoignent des partisans dans une forêt voisine. En représailles, les Allemands abattent tous les Juifs vieux et malades dans les rues, puis rassemblent 900 Juifs dans un bâtiment auquel ils mettent le feu. Tous périssent. 15 mars 1942 : Glorifiant sa Wehrmacht, Hitler prédit que l Armée rouge sera «battue sur tous les fronts, à l été.» 16 mars 1942 : Plus de Juifs de Pochep, en Russie, sont exécutés. 17 mars 1942 : L extermination sur une grande échelle commence au camp de la mort de Belzec ; les déportés arrivent de Pologne et des 309

18 Environ deux millions de Juifs vivaient dans le General-gouvernement (Pologne occupée par les nazis) qui était divisé en plusieurs districts : Varsovie, Radom, Cracovie, Lublin et la Galicie orientale. Tenant compte de cette donnée, Hans Frank, le chef du General-gouvernement, rassembla les hauts fonctionnaires le 16 décembre 1941 pour leur communiquer que Reinhard Heydrich, chef du Bureau central de la Sûreté du Reich, prévoyait de réunir une importante conférence. L adjoint de Frank, Josef Bühler, y assisterait en son nom. Le 20 janvier 1942, Bühler fut l un des 15 dirigeants nazis qui assistèrent à la conférence de Wannsee ; celle-ci précipita la «solution finale». Il demanda instamment que la question juive du Generalgouvernement soit «résolue aussi rapidement que possible.» En l honneur d Heydrich, assassiné par des résistants tchèques à la fin du printemps 1942, les SS utilisèrent le nom de code d Aktion Reinhard pour désigner l anéantissement des Juifs du Generalgouvernement. Avant même la conférence de Wannsee, cependant, des plans étaient déjà en cours pour une extermination en masse. Placé sous la direction des officiers SS Odilo Globocnik et Christian Wirth, le projet comprenait la construction de trois camps dont la fonction principale était de tuer des Juifs. Encadrés par les Les camps de l Aktion Reinhard SS, la police, des Ukrainiens rapidement formés, ainsi que par d anciens directeurs du programme d euthanasie de l Allemagne nazie, Belzec, Sobibor et Treblinka allaient devenir des usines de la mort. Plus de 1,7 million de Juifs, pour la plupart du Generalgouvernement, furent gazés au cours de 21 mois de l Aktion Reinhard, de mars 1942 à novembre Conçus sans perdre de place, les plans de ces camps, construits en brique et en bois, prévoyaient des moteurs ordinaires et des moteurs diesel pour produire le monoxyde de carbone des chambres à gaz. Quatre facteurs déterminèrent l emplacement des camps : la présence d importantes populations juives dans les environs ; la proximité de voies de chemin de fer pour assurer les transports ; un cadre isolé pour des raisons de sécurité ; et la proximité de la frontière orientale du Generalgouvernement pour entretenir la «couverture» des opérations : les victimes allaient être «réinstallées à l Est.» Situé à moins d un kilomètre de la gare d un village sur la grande ligne reliant Lublin et Lvov, Belzec correspondait aux critères et ouvrit ses portes le 17 mars Environ Juifs y furent assassinés. Sobibor, où les massacres de grande envergure commencèrent au printemps 1942, profitait également d une grande ligne de chemin de fer qui achemina quelque Juifs dans ses chambres à gaz. Treblinka, au nord-est de Varsovie, lança ses exterminations en masse le 23 juillet Relié à la voie ferrée Varsovie- Bialystok, ce camp éloigné, comme les autres, était également situé à proximité de centaines de communautés juives prises au piège et mourant de faim. Lorsque Treblinka fut fermé à l automne 1943, entre 700 et Juifs y avaient péri. Des tentatives d évasion eurent lieu dans chaque camp et des soulèvements éclatèrent à Treblinka et à Sobibor. Peu de Juifs cependant survécurent à ces enfers. Les cadavres, par contre, étaient fort nombreux. Au début, ils furent enterrés dans des fosses communes. Par la suite, ils furent incinérés, notamment ceux qui furent exhumés lorsque les Allemands tentèrent d effacer les traces de leurs crimes provinces occidentales d Allemagne. Vers la fin de 1942, Juifs auront été assassinés dans ce camp. 17 mars-14 avril 1942 : Près de Juifs du ghetto de Lublin (Pologne) sont déportés dans le camp de la mort de Belzec. 19 mars 1942 : Les nazis arrêtent et déportent à Auschwitz 50 Juifs de Cracovie (Pologne) dans le cadre d une opération dirigée contre les intellectuels juifs. Fin mars 1942 : Quinze mille Juifs de Lvov (Ukraine) sont déportés à Belzec. 310

19 LES SIX CAMPS DE LA MORT EN POLOGNE, LA «SOLUTION FINALE» mer Baltique REICHSKOMMISSARIAT OSTLAND Neman UNION SOVIÉTIQUE Gdansk N Narew GRANDE ALLEMAGNE Poznań Warta Oder Vistule Chelmno Lodz Varsovie Treblinka Bug Sobibor Majdanek UKRAINE PROTECTORAT DE BOHÊME ET DE MORAVIE La Pologne avant la Seconde Guerre mondiale Cracovie Auschwitz SLOVAQUIE Belzec GENERAL- GOUVERNEMENT HONGRIE miles kilomètres ROUMANIE Les nazis exterminèrent 3,5 millions de Juifs et plusieurs dizaines de milliers d autres personnes dans leurs six camps de la mort, tous situés en Pologne occupée. Les travailleurs des camps de l opération Reinhard (Treblinka, Belzec et Sobibor) assassinèrent 1,7 millions de Juifs, dont la grande majorité étaient polonais. Plus d un million de Juifs périrent à Auschwitz. Des soldats de l Ustasa posent avec la tête d une de leurs victimes. L Ustasa (Insurgés) était un mouvement fasciste de Croatie. Relativement peu nombreux avant la guerre, les membres de l Ustasa en arrivèrent à dominer la Croatie après la conquête de la Yougoslavie par les nazis. Réputés pour leur cruauté, ils assassinèrent non seulement des Juifs, mais également des Serbes, des Tsiganes et leurs opposants politiques. Des civils polonais de la ville de Belchatów sont déportés en Allemagne pour être astreints au travail. La guerre s éternisant, les Allemands se trouvèrent confrontés à une pénurie de main-d œuvre croissante, les hommes jeunes étant appelés au service militaire pour remplacer ceux qui étaient blessés et tués. Du point de vue du racisme nazi, les non Juifs polonais étaient préférables aux Juifs voués à l extermination. 24 mars 1942 : Début des premières déportations des Juifs d Europe occidentale à Belzec. 26 mars 1942 : Départ pour Auschwitz du premier convoi de Juifs envoyés par le bureau d Adolf Eichmann. Le premier convoi de Juifs de Slovaquie (1 000 personnes) est déporté à Auschwitz. 27 mars 1942 : Début des premières déportations de Juifs de France à Auschwitz. 28 mars 1942 : Fritz Sauckel, nommé chef de la main-d œuvre, est chargé d accélérer le recrutement d effectifs serviles. 31 mars 1942 : Recherchant des chefs de la Résistance juive, les troupes allemandes effectuent une descente dans le ghetto de Minsk (Biélorussie) et les arrêtent. Mars-octobre 1942 : Environ Juifs slovaques sont envoyés dans les camps de la mort. Avril 1942 : Le camp de la mort de Sobibor est presque opérationnel ; les 311

20 L Action française était un mouvement fasciste qui surgit en France en Désabusé par le désordre qui caractérisa la Troisième République, le groupe se mit à admirer de plus en plus Hitler et le dictateur italien Benito Mussolini. La pierre angulaire du mouvement était un virulent antisémitisme complété par une haine des francsmaçons, des protestants et des habitants français d origine étrangère. Dans l esprit des membres de l Action française, ces «ennemis» contraignaient le groupe à mener un combat titanesque pour l intégrité nationale et raciale de la France. Les partisans de l Action française jouèrent un rôle important dans le régime de Vichy. Lorsque l entreprise Schultz ouvrit ses portes dans le ghetto de Varsovie, en septembre 1941, elle employait environ 150 ouvriers chargés de fabriquer des uniformes pour l armée allemande. En juillet 1942, les effectifs atteignaient près de employés. Les déportations en masse des mois d été conduisirent cependant à un déclin précipité du nombre des employés. Ces photos, représentant ici une maquette de l usine et des employés examinant les uniformes, faisaient partie d un album réalisé par le directeur de la société qui souhaitait montrer son importance et empêcher sa fermeture. L entreprise de vêtements Schultz fonctionna à Varsovie jusqu au début de l année 1943, date à laquelle l entreprise tout entière fut transférée dans le camp de travail de Trawniki, en Pologne gazages commencent en mai. Plus de Juifs meurent de faim dans le ghetto de Varsovie. Les premiers convois de Juifs arrivent à Majdanek, en Pologne, camp qui commencera à gazer des Juifs quelques mois plus tard. Le London Sunday Times mentionne, mais sans la mettre en relief, la nouvelle de l exécution de Juifs roumains par les nazis. Le QG allemand à Arras est attaqué par la Résistance française. Création en Russie de Druzhina (garde du corps) un groupe collaborationniste dirigé par le transfuge soviétique, le lieutenant-colonel V. V. Gil. Début avril 1942 : Des Juifs sont tournés en dérision et pendus à Mlawa, en Pologne. 1 er avril 1942 : 965 Juifs slovaques sont déportés à Auschwitz. 312

21 Le 3 avril 1942, Juifs de la ville ukrainienne de Tlumacz furent déportés au camp de la mort de Belzec qui avait commencé à fonctionner le mois précédent. Ils furent parmi les Juifs, pour la plupart de Pologne, qui moururent à Belzec en Ici, des Juifs sont rassemblés pour la déportation. Edith Stein Edith Stein utilisa sa foi et son intelligence pour devenir une source constante d irritation pour le Troisième Reich. Juive allemande titulaire d un doctorat de philosophie, elle se convertit au catholicisme en Après avoir enseigné et écrit pendant une décennie, E. Stein fut nommée pour donner des cours à l Institut allemand de pédagogie scientifique en Elle écrivit au pape Pie XI, lui demandant de publier une encyclique condamnant le racisme nazi. Elle fut congédiée l année suivante parce que ses parents étaient juifs. Peu après, Edith Stein s installa à Cologne, en Allemagne, et devint sœur Teresia Benedicta, une nonne carmélite. Alors qu elle se trouvait dans un couvent aux Pays- Bas en 1942, elle fut arrêtée par la Gestapo et déportée à Auschwitz où elle réconforta de nombreuses détenues. Elle fut gazée le 8 août 1942, probablement en représailles aux activités antinazies de certains évêques catholiques néerlandais. Edith Stein fut canonisée par l Église catholique romaine en Une chapelle se dresse en son honneur à Auschwitz. Avec sa maîtresse, Eva Braun, à ses côtés, le Führer admire les fleurs et les cadeaux offerts à l occasion de son 53ème anniversaire, le 20 avril Hitler fêtait son anniversaire dans son refuge du Berghof à Berchtesgaden, entouré par les Alpes bavaroises. Discret sur la présence d Eva Braun dans sa vie et dédaigneux de ses goûts de petite fille, Hitler appréciait cependant le confort qu elle lui procurait et le sentiment d avoir un foyer. Elle jouait les hôtesses lors des innombrables thés et soirées offerts à l entourage d Hitler. 3 avril 1942 : Ce jour-là, les déportations vident la ville allemande d Augsbourg de ses Juifs, mettant fin à une présence juive remontant à Ils furent déportés dans le camp de la mort de Belzec. 5 avril 1942 : L Église luthérienne de Norvège publie Kirken grunn (Fondements de l Église), une lettre condamnant le nazisme et le racisme, et protestant contre les efforts déployés par Vidkun Quisling, le fantoche norvégien des Allemands, pour «nazifier» les églises de Norvège. 11 avril 1942 : Une proclamation allemande publiée à Lvov, en Ukraine, condamne les civils polonais qui aident les Juifs. Trois mille Juifs de Zamosc, en Pologne, sont déportés dans le camp de la mort de Belzec. 16 avril 1942 : Les responsables SS en Ukraine informent les autorités de Berlin que la Crimée est judenrein (débarrassée de ses Juifs). 17 avril 1942 : Le gouvernement nazi décrète que les appartements 313

22 Cette photo et les deux suivantes proviennent du procès de 27 membres de la Résistance française, en avril Le tribunal était constitué d officiers allemands. Parmi les preuves, se trouvait ce qui semble être un dispositif de bombe à retardement. Qu il ait été saisi sur les accusés ou qu il ait été créé par l accusation, ce dispositif n était vraisemblablement rien de plus qu une façade, car les tribunaux nazis ne souscrivaient pas au principe juridique de la «présomption d innocence jusqu à ce que la culpabilité soit prouvée.» Sur les 27 accusés de ces procès, 25 furent condamnés à mort ; deux des accusés étaient Juifs. Ici, les résistants, sous bonne garde, quittent la salle d audience après le procès. Bien que les verdicts aient été malheureux pour les accusés et pour la Résistance, ils ne mirent pas fin à l opposition française au gouvernement fantoche contrôlé par les Allemands. Vers cette époque le politicien collaborationniste Pierre Laval se réinstalla avec le soutien d Hitler à la tête du gouvernement de Vichy, ce qui ne fit que stimuler l activité de la Résistance occupés par des Juifs doivent être identifiés comme tels. 18 avril 1942 : Dans le ghetto de Varsovie, 52 Juifs figurant sur une liste de personnes recherchées sont tirés de leur lit et massacrés. On parlera de «la nuit sanglante.» Un millier de Juifs qui quittent le camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, pour un ghetto à Rejowiec, en Pologne, sont conduits au camp de la mort de Sobibor. Lassé par l incapacité du maréchal Wilhelm von Leeb à prendre Leningrad, Hitler le relève de son commandement des forces allemandes dans le nord de la Russie. 20 avril 1942 : Au cours d un banquet d anniversaire offert à Hitler en Prusse 314

23 Le ministère de la Propagande de Joseph Goebbels produisait en série des films qui jouaient sur les stéréotypes antijuifs traditionnels. Cette image montre un Juif d une cinquantaine d années se prélassant tranquillement avec une femme non juive plus jeune que lui. En légende, la phrase «Les Juifs sont depuis toujours des profanateurs de la race» joue sur le mythe de l homme juif séduisant les femmes non juives. Cette photo montre, à gauche, un homme adipeux, peu attrayant, métis et, à droite, un jeune «Aryen» en pleine santé. C est là une illustration de l obsession des nazis de garder pure la «race» aryenne. Joseph Goebbels Dans l entourage immédiat d Hitler, Joseph Goebbels était le personnage le plus passionné. Fourbe et amoral, ce manipulateur hors pair qui contrôlait les médias allemands rallia la population à la cause du nazisme et attisa l antisémitisme. Paul Joseph Goebbels naquit en 1897 dans un foyer de la petite bourgeoisie. Paralysé par la polio dans son enfance, il se consacra au développement de son esprit. Il obtint un doctorat en littérature et en philosophie en 1921, et rejoignit bientôt les rangs du parti nazi. Romancier manqué aux idées grandiloquentes, Goebbels était, à l origine, plus attaché à l idéologie nazie qu Hitler. Il tomba bientôt sous l influence d Hitler et devint, après lui, le plus fervent avocat du mythe de «l infaillibilité du Führer». Pour sa loyauté, Goebbels fut nommé ministre de la Propagande lorsque Hitler accéda au pouvoir en Goebbels interdit les publications juives et exigea que les Juifs soient démonisés dans la propagande nazie : longs métrages, films d actualités falsifiés, documentaires truqués, informations fabriquées, pièces radiodiffusées et manifestations antisémites organisées. Sous sa férule, le mot «Juif» devint, dans l ensemble du Reich, synonyme d «ennemi» et de «vermine». Goebbels et sa femme Magda se suicidèrent dans le Führerbunker le 1 er mai 1945, peu après avoir empoisonné leurs six enfants. orientale, Hermann Göring annonce qu il était responsable de l incendie du Reichstag du 27 février 1933 qui déclencha des représailles contre la prétendue subversion communiste. 24 avril 1942 : Dans toute la Grande Allemagne, il est interdit aux Juifs d emprunter les transports publics. 26 avril 1942 : Le Reichstag confère à Hitler pleine autorité exécutive, législative et judiciaire. 27 avril 1942 : Un millier de Juifs sont déportés du camp / ghetto de Theresienstadt (Tchécoslovaquie) à Izbica Lubelska, en Pologne ; seule, une femme, qui s évade à l arrivée, survit. Les autres déportés de Theresienstadt sont envoyés à la mort dans les camps d extermination de Sobibor et Belzec. Les nazis exécutent 60 Juifs dans le ghetto de Varsovie, notamment des personnes suspectées de travailler pour le journal clandestin du ghetto. 29 avril 1942 : Un camion allemand fait le plein d essence près du ghetto de 315

24 Cette diapositive décrit l Allemagne «envahie» par les Juifs. La légende, «13 Juifs chaque jour», donne l impression que l Allemagne était une destination privilégiée des Juifs européens en mouvement. Rien, cependant, ne pouvait être plus éloigné de la vérité. De toute évidence, le climat social n était guère accueillant, et les lois nazies interdisaient expressément aux Juifs d entrer dans le pays. Trois événements historiques graves étaient attribués aux Juifs : la destruction d Haman à Pourim, la terreur sous la Révolution française et les horreurs de la révolution bolchevique en Russie. Sous la direction des nazis, les manuels scolaires d histoire utilisés dans les écoles allemandes furent réécrits afin que tout événement historique négatif soit attribué aux Juifs, alors que les aspects positifs étaient reliés aux Allemands. L araignée juive enserre les capitales d Europe. Placée juste au-dessus de Berlin, l araignée est prête à dominer le continent. Le «complot juif international» était un thème majeur de la propagande nazie. Cette photo montre la «propagation» des Juifs à partir de la Palestine après la naissance du Christ. La propagande nazie soulignait constamment le fait que le Juif n aurait pas de racine. Les Juifs de diaspora étaient décrits comme des parasites suçant le sang des nations dans lesquelles ils s installaient Lodz (Pologne) ; il transporte des bagages appartenant à des Juifs «réinstallés» qui ont déjà été assassinés au camp de la mort de Chelmno. 30 avril 1942 : Les Juifs de Pinsk, en Pologne, reçoivent l ordre de construire un ghetto en une journée. Vingt mille Juifs s y rendront. Douze mille Juifs sont massacrés à Diatlovo, en Biélorussie. Les Juifs résistent avec des armes, en vain. Mai 1942 : Plus de Juifs du ghetto de Varsovie meurent de faim. Les nazis font irruption dans les appartements des Juifs à Varsovie, abattent et matraquent les habitants ; les corps sont jetés par les fenêtres. Ouverture d un camp de travail forcé près de 316

25 Le camp de concentration de Mauthausen était réputé pour la rigueur des conditions de travail. Le camp comprenait dans son périmètre une carrière de pierre où les prisonniers étaient astreints à un travail exténuant. Tout en poussant de lourds chariots ou en transportant des pierres pesant plus de 45 kilos, les prisonniers devaient gravir «l escalier de la mort». Comprenant 186 marches, cet escalier condamnait à mort tout prisonnier ou toute prisonnière qui perdait l équilibre et tombait sous la charge. Plus tard, les prisonniers de Mauthausen durent construire des tunnels souterrains pour la production d armes. Cette femme habitait à Kerch, dans la presqu île de Crimée, en Union soviétique. Les Juifs de cette région furent assassinés en avril 1942, mois au cours duquel les Allemands proclamèrent la Crimée judenrein (débarrassée de ses Juifs). «Aucun tigre ne peut me manger, aucun requin ne peut me frapper Le diable luimême perdrait ses dents à me mordre. Je le sens : Je sortirai d ici.» Fritz Loehner-Beda, compositeur juif assassiné à Auschwitz Les prisonniers politiques furent les premiers détenus de Mauthausen, notamment plus de Républicains espagnols, dont certains figurent sur cette photo. Les Républicains espagnols avaient trouvé refuge en France, mais furent déportés par le gouvernement de Vichy. Hongrois, Polonais et Tchèques notamment de nombreux Juifs furent également envoyés à Mauthausen. Les terribles conditions prévalant dans le camp avaient été fixées par son commandant, Franz Ziereis, surnommé «tête de bébé» par les prisonniers. Minsk, en Biélorussie. Des petits groupes de jeunes Juifs réussissent à s évader de Lida et de Stolpce, villes de Biélorussie, et à gagner les bois. Des Juifs slovaques et des Juifs résidant à Chelm sont déportés dans le camp de la mort voisin de Sobibor et gazés. En outre, plus de Juifs polonais des communautés situées entre la Vistule et le Bug sont gazés à Sobibor. Dans la région polonaise de Galicie orientale, les Juifs âgés de 14 à 60 ans sont conduits dans des lieux isolés et massacrés avec des grenades à main et des armes automatiques après avoir été contraints de creuser leurs propres tombes. Des orphelins, les habitants d un foyer pour personnes âgées et des femmes dans les rues furent elles aussi victimes de cette Aktion. Des détenus du camp d Auschwitz-Birkenau sont astreints au travail dans le camp lui-même et dans une usine produisant de l essence et du caoutchouc synthétiques à Monowitz. Des femmes juives sont sélectionnées à Auschwitz pour subir des expériences médicales. Un détenu juif du camp de travail de Schwenningen, en Allemagne, est enterré debout jusqu aux épaules pour avoir été pris de diarrhée devant un baraquement ; au bout de dix heures, l homme meurt. Ouverture à 317

26 Les œuvres d art pillées En déferlant sur l Europe, les armées allemandes pillèrent les biens de ceux qu elles massacraient. Hitler avait pour intention déclarée «de soutirer de ces territoires tout ce qui était susceptible de l être.» En conséquence, les nazis pillèrent sans vergogne les trésors culturels de l Europe. Hermann Göring, l un des plus grands pillards, ratissa les musées et les collections privées des riches Juifs déportés en quête d œuvres de maîtres. Dans sa villa, il exposait fièrement le fruit de ses vols, des chefd œuvres du Titien, de Raphaël, Rubens ou Rembrandt. Hitler s intéressait à l art européen parce qu il envisageait de faire de Linz, la ville autrichienne de son enfance, la capitale culturelle du monde. Il prévoyait d exposer les plus grands trésors artistiques du monde, tels la Madonne et l enfant, de Michel-Ange, tableau volé, dans le plus grand musée du monde. Le pillage des œuvres d art atteignit des proportions astronomiques. Dans toute l Europe, les nazis acquirent plus de œuvres. En France seulement, de 1940 à 1944, ils s approprièrent près de objets (dont tableaux), les emmenant en Allemagne en 29 expéditions utilisant 137 wagons de marchandises. Après la guerre, les Alliés tentèrent de restituer les trésors, processus compliqué par la mort des anciens propriétaires juifs. Certaines pièces ne sont toujours pas réclamées, et la justice continue à s occuper de titres de propriétés contestés. Sur ordre de leur gouvernement, d éminents Juifs soviétiques créèrent le Comité antifasciste juif, en avril Il s agissait de rallier les Juifs occidentaux aux efforts investis par l Union soviétique pour résister à l invasion nazie. Sont représentés ici, à un rassemblement organisé au Polo Grounds de New York, Itzik Fefer (au centre) et le président du comité Shlomo Mikhoels (à droite). Le Comité antifasciste juif tenta également de réunir de la documentation sur ce qu avaient subi les Juifs pendant la Shoah, mais le dictateur soviétique Joseph Staline contrecarra ce projet, démantelant le Comité en Des prisonniers tsiganes (Sintis et Roms) attendent des ordres des Allemands au camp de la mort de Belzec, en Pologne. Les nazis entreprirent la construction d un camp d extermination à Belzec, en novembre Des centaines, peut-être des milliers de Tsiganes y furent ensuite gazés Maly Trostinets, en Biélorussie, d un camp de travail. Création aux Pays-Bas d une unité de la police auxiliaire collaborationniste, Vrijwillige Hulp-Politie (Police auxiliaire volontaire), chargée de rassembler les Juifs néerlandais pour les déporter vers l Est. À Paris, des Juifs communistes organisent la Résistance armée contre les occupants nazis. Le Bund (Organisation socialiste juive de Pologne) exhorte le gouvernement polonais en exil à Londres à convaincre les gouvernements alliés de mettre en garde le gouvernement allemand contre les conséquences du meurtre des Juifs polonais. L appel du Bund contient des renseignements sur l extermination en masse systématique 318

27 L une des méthodes utilisées par les nazis pour décourager la rébellion consistait à fusiller des otages, notamment des femmes et des enfants, en représailles contre des actes de résistance. Ces cinq femmes, qui allaient tomber sous les balles d un peloton d exécution, faisaient partie des 100 Slovènes fusillés dans le village de Celje, en Les nazis estimaient que le meurtre de femmes et d enfants serait particulièrement efficace pour dissuader la Résistance. Cependant, même de telles atrocités ne mirent pas complètement fin aux actions des partisans yougoslaves. Des travailleurs juifs poussent un chariot lourdement chargé le long d une voie ferrée, près de Bor, en Yougoslavie. Gardés par des Hongrois, mais supervisés par des Allemands, les détenus du camp de Bor trimaient jour et nuit dans les mines de cuivre, produisant le minerai indispensable aux industries d armement. Il fallait un nombre de plus en plus élevé d esclaves pour entretenir la machine de guerre allemande, les Allemands se battant sur plusieurs fronts. Leur travail accompli, les 30 soldats du peloton d exécution de Celje, tournèrent les talons, laissant leurs cinq victimes dans la position où elles sont tombées. Les corps furent placés sur des civières et emportés vers une fosse commune. des Juifs et précise que Juifs polonais ont déjà péri Juifs libyens sont déportés dans un camp de travail à Giado, en Libye, et astreints à construire des routes pour l armée. Plus de Juifs sont déportés de Tripoli, en Libye, pour travailler dans les villes de Benghazi, Homs et Derna. Plusieurs centaines périssent à cause de la chaleur et de la faim, d autres meurent pendant les bombardements alliés, l accès aux abris antiaériens leur étant interdit. Début mai 1942 : Les membres du Conseil juif de Bilgoraj, en Pologne, sont exécutés après avoir refusé de dresser une liste de Juifs à déporter. 260 Juifs du Luxembourg, dont certains convertis au christianisme, sont envoyés à Chelmno. 1 er mai 1942 : Un millier de Juifs sont assassinés à Dvinsk, en Lettonie. Sur les Juifs que comptait la ville l année précédente, il n en reste plus qu environ mai 1942 : Six Juifs de Lodz, en Pologne, craignant la déportation, se suicident. 319

28 Une Tsigane mène un groupe d enfants sur une allée non pavée du camp de transit de Rivesaltes, dans les Pyrénées orientales. Considérés comme étrangers à la culture nationale française, les Tsiganes furent inclus dans la politique d internement du régime de Vichy et subirent de terribles souffrances infligées par leurs oppresseurs. Portant le bouclier de David, des Juifs posent dans une synagogue improvisée dans le camp de transit de Beaune-la-Rolande. Premières cibles des nazis en France, les Juifs étrangers furent chassés de chez eux et envoyés dans des camps de transit avant leur déportation dans les camps de la mort de l Est. Souffrant de l incertitude et de privations, les Juifs tenaient à préserver une communauté religieuse. Des Waffen SS et des officiers du SD contraignent des Juifs à creuser leurs tombes avant d être abattus. De telles scènes étaient fréquentes en Russie dans les mois qui suivirent l invasion allemande. Contraindre les victimes à creuser leurs propres tombes non seulement allégeait la charge de travail des bourreaux dont bon nombre étaient trop ivres pour creuser mais ajoutait une ultime humiliation à ceux qui allaient être assassinés mai 1942 : Plus de Juifs du ghetto de Lodz sont déportés à Chelmno. 5 mai 1942 : Des enseignants et éducateurs juifs du ghetto de Varsovie organisent une journée spéciale pour les enfants au cours de laquelle leur sont distribués des jeux, des jouets et des bonbons. Dans le ghetto de Lodz, en Pologne, le professeur Jakob Edmund Speyer, un Juif de Francfort (Allemagne) qui inventa un important analgésique appelé Eukodal, meurt d épuisement. 9 mai 1942 : Les Juifs de Markuszow, en Pologne, conduits par Shlomo Goldwasser, Mordekhaï Kirshenbaum et les frères Yaakov et Yeroukham Gothelf, s évadent dans 320

29 En 1941, des Lituaniens et des Allemands lancèrent des campagnes meurtrières contre les Juifs de Kovno. L année 1942 fut, par contre, relativement calme à Kovno. Manquant de vivres et soumis à la vie du ghetto, le Conseil juif gérait cependant un dispensaire, une soupe populaire et une école. Il réussit même à organiser des concerts et autres activités culturelles. Un Allemand et un milicien local abattent des Juifs près d un village ukrainien. Les SS recevaient souvent l aide de forces auxiliaires pour perpétrer les exécutions en masse qui entraient dans le cadre de la «solution finale». En Ukraine, des habitants participèrent avec enthousiasme à ces campagnes sanglantes. Les hommes détendus représentés sur cette photo semblent chasser des oiseaux, non des êtres humains. Faim et famine Outre les exécutions et les gazages, les nazis tuaient également les Juifs par des moyens naturels, en les faisant lentement mourir de faim. Dans les ghettos comme celui de Varsovie, les Juifs recevaient des rations alimentaires très insuffisantes pour survivre. Les enfants et les personnes âgées mouraient les premiers. Les rues étaient jonchées de corps ballonnés. Dans le ghetto de Lodz, en Pologne, le journaliste Joseph Zelikowicz vit plusieurs milliers de personnes se traînant dans les rues, fouillant dans des tas de détritus pour trouver «une marmite brisée à lécher ou un chiffon ayant servi à envelopper de la nourriture et pouvant encore être sucé.» Zelikowicz décrivit les corps déformés par la faim, aux «ventres flasques, aux poitrines affaissées, creusés autour du cou», et les jambes tellement gonflées que «si on enfonçait un doigt dedans, on laissait une marque gris jaune, comme dans du pain à demi-cuit.» Dans les camps de concentration, les détenus souffraient aussi de la faim, mais étaient en outre contraints de travailler jusqu à l épuisement. Cherchant à tout prix de la nourriture, les prisonniers, dans certains camps mangèrent même de l herbe. Bon nombre devinrent squelettiques, la peau sèche et couleur de cendre, les pommettes saillantes, la tête allongée. La plupart souffraient de fortes diarrhées déshydratantes. Devenus totalement indifférents à la vie, plusieurs ne trouvaient de soulagement que dans la mort. les forêts voisines ; voir octobre Le poète américain Ezra Pound, qui travaille pour le gouvernement fasciste italien, déclare depuis l Italie, au cours d une émission de radio : «Vous feriez mieux d inoculer à vos enfants le typhus et la syphilis», plutôt que d autoriser davantage de Juifs à entrer aux États-Unis. L Amérique, poursuit Ezra Pound, est dirigée par les Juifs et leurs acolytes, qui sont la «crasse la plus sale du fond de la poubelle des Juifs.» mai 1942 : Les sionistes américains participant à la conférence de l hôtel Biltmore à New York demandent que les Juifs reçoivent la souveraineté sur la Palestine. Leur requête est ignorée par la Grande-Bretagne qui contrôle la Palestine. 11 mai 1942 : Alter Dworetzsky, membre du Conseil juif de Diatlovo, en Biélorussie, s évade dans une forêt voisine, mais est abattu par des partisans soviétiques après avoir refusé de remettre son pistolet. 14 mai 1942 : Léopold Birkenfeld, le célèbre pianiste juif de Vienne, est assassiné dans le camp de la mort de Chelmno. 321

30 Mordekhaï Haïm Rumkowski, le «doyen des Juifs» de Lodz, en Pologne, informe la population du ghetto que les déportations ont pris fin. Au cours des deux semaines précédentes, du 4 au 15 mai, personnes avaient été déportées pour une «réinstallation», en réalité au camp de la mort de Chelmno. Mais la population demeura méfiante et les rumeurs malheureusement fondées se répandirent bientôt d une prochaine reprise des déportations. Le ghetto de Markuszów, en Pologne, fut liquidé le 9 mai 1942, jour où les Juifs restants furent déportés dans le camp de la mort de Sobibor. Ces déportations et d autres effectuées le même mois depuis les ghettos de la région marquèrent le début du programme d extermination en masse de Sobibor. Quelques Juifs de Markuszów réussirent cependant à fuir dans la forêt de Parczew située à une quarantaine de kilomètres au nord-est de la ville. Là, hommes et femmes mal entraînés, peu armés et sous-alimentés s organisèrent en un groupe de partisans et résolurent de prendre des mesures contre leurs persécuteurs. Du 10 au 12 mai 1942, quelque Juifs furent envoyés de Sosnowiec, en Pologne, à Auschwitz ; ce fut la première des nombreuses déportations au départ de cette ville. En août 1943, les nazis déportèrent à Auschwitz les derniers Juifs de Sosnowiec, au nombre de mai 1942 : Le New York Times rapporte que plus de Juifs ont été abattus à l arme automatique par les nazis dans les Pays baltes, en Pologne et environ en Russie occidentale. Au cours d une protestation publique contre l antisémitisme nazi, organisée à Berlin par Herbert Baum et ses partisans, des parties de l exposition antibolchevique financée par le gouvernement et intitulée «Le paradis soviétique» sont incendiées. La plupart des membres du groupe Baum, ainsi qu environ 500 autres Juifs de Berlin, sont arrêtés. 22 mai 1942 : Au cours d un exercice mené dans une forêt des alentours de Mielec, en Pologne, des agents de la Gestapo font jouer le rôle de partisans à des Juifs, les battent et les mutilent, puis les tuent.

31 Une affiche annonce l exposition de propagande nazie antibolchevique organisée dans le Lustgarten de Berlin. Cette exposition, intitulée «Le paradis soviétique», était destinée à montrer la supériorité du nazisme sur le communisme. La machine de propagande nazie travailla inlassablement durant toute la guerre pour soutenir les campagnes militaires du régime. Cette exposition apparaissait particulièrement répugnante au groupe Baum dont la plupart des membres appartenaient à des organisations communistes ou des mouvements de gauche. Hella Hirsch était membre du groupe Baum. Le 18 mai 1942, H. Hirsch et d autres membres du groupe mirent le feu à une exposition antibolchevique organisée à Berlin. En représailles, la Gestapo arrêta 500 Juifs de Berlin, abattant 250 d entre eux et envoyant les autres dans le camp de concentration de Sachsenhausen (Allemagne). H. Hirsch et ses camarades, douze en tout, furent jugés le 9 décembre Neuf furent condamnés à mort. Hella Hirsch ne fut condamnée qu à trois ans de prison pour «circonstances atténuantes». Baum Gruppe Portant le nom de ses chefs Herbert et Marianne Baum, le Baum Gruppe (groupe Baum) était d une composition variée, mais uni dans son opposition aux nazis. Créé en 1937 et composé principalement de jeunes communistes juifs, le groupe comprenait également de fervents sionistes de gauche. La plupart des membres étaient âgés d une vingtaine d années. Le groupe Baum produisait et distribuait des tracts antinazis, organisait des activités éducatives pour les jeunes Juifs de Berlin de plus en plus isolés, et offrait un soutien moral et une camaraderie. En mai 1942, les membres entreprirent une audacieuse action antinazie, une tentative d incendier une exposition de propagande antibolchevique intitulée Das Sowjetparadies (Le paradis soviétique). Herbert, Marianne et 25 autres membres du groupe furent pris, torturés et, soit tués, soit envoyés dans des camps de concentration. Cinq cents Juifs de Berlin non liés au groupe furent également arrêtés en représailles et envoyés en camps ou assassinés. 26 mai 1942 : La Grande-Bretagne et l Union soviétique signent un traité d assistance mutuelle. 27 mai 1942 : Les Juifs belges reçoivent l ordre de porter l étoile jaune. Portant des armes légères et des grenades, Jozef Gabcik et Jan Kubis, des partisans tchèques entraînés par les Britanniques, blessent mortellement Reinhard Heydrich, chef de la police de sûreté du Reich et du SD dans une embuscade tendue contre sa voiture, à Prague ; voir 4 juin mai 1942 : La France de Vichy interdit aux Juifs l accès aux restaurants, cafés, bibliothèques, terrains de sport et autres lieux publics. Trois mille Juifs sous la direction d Asher Czerkaski résistent aux Allemands à Radziwillow, en Ukraine ; sont tués, mais les autres disparaissent dans les forêts voisines. Dans le ghetto de Varsovie, un Juif malade est jeté par une fenêtre, puis abattu. 30 mai 1942 : Le premier raid aérien de bombardiers britanniques contre l Allemagne (la cible est Cologne) encourage les Juifs à espérer que la guerre pourrait se terminer bientôt. 323

32 Munkaszolgálat Après l adoption de lois antijuives en Hongrie en 1938 et 1939, les Juifs en âge de servir dans l armée furent considérés comme «peu fiables.» Jugés inaptes à porter des armes, des dizaines de milliers de Juifs furent enrôlés dans le Munkaszolgálat (Service de travail obligatoire hongrois). Au lieu de porter des armes, ces Juifs reçurent des pelles et des pioches. Ils travaillèrent à la construction et dans les mines et, durant les combats, accomplirent des tâches dangereuses comme dégager les champs de mine. Plusieurs officiers hongrois, violemment antisémites, maltraitèrent les membres du Munkaszolgálat. Ils privèrent les Juifs de leurs bottes et de leurs rations et parfois les torturèrent avec sadisme. Ils contraignirent des Juifs à participer à des jeux humiliants de saute-mouton et d acrobaties. D autres Juifs, dans le froid de l hiver, furent arrosés d eau et reçurent l ordre de ne pas bouger jusqu à ce que l eau gèle sur leur peau. Lorsque la Hongrie déclara la guerre à l Union soviétique en juin 1941, des dizaines de milliers de Juifs du Munkaszolgálat périrent et devinrent des victimes de guerre. Paradoxalement, après l occupation de la Hongrie par les nazis le 19 mars 1944, de nombreux Juifs trouvèrent refuge dans le Munkaszolgálat où ils accomplirent un pénible labeur, mais évitèrent les déportations. Une longue file de Juifs chemine dans les rues de Pabianice, en Pologne, en route pour la déportation. Vers la mi-mai 1942, quelque Juifs de la ville furent rassemblés et déportés à Chelmno où ils furent exécutés. Alors que les Juifs de la ville étaient envoyés à la mort, les effets qu ils avaient emportés avec eux au camp de la mort furent renvoyés dans des entrepôts à Pabianice. Penchés sur leurs pelles et leurs bêches, les Juifs hongrois labourent le sol ukrainien boueux. À partir de 1939, les Juifs hongrois ne servant pas dans l armée durent rejoindre des bataillons de travail. Ce travail pénible et éreintant présenta un nouveau danger lorsque les unités juives furent envoyées sur le front Est. Les Juifs y furent maltraités par les soldats de l Axe et traités en ennemis lorsqu ils furent faits prisonniers par les Soviétiques Juin 1942 : À New York, le Congrès juif mondial annonce au cours d une conférence de presse que l Europe orientale devient «un vaste abattoir de Juifs.» Plus de Juifs sont gazés dans les camps de la mort de Belzec et de Sobibor. Auschwitz est ravagé par une épidémie de typhus. Les Allemands investissent les hôpitaux juifs de Sosnowiec, en Pologne, assassinant les nouveau-nés et arrachant les patients des tables d opération. Les malades capables de marcher sont envoyés à Auschwitz et gazés. Un jeune Juif de Sosnowiec nommé Harry Blumenfrucht, torturé pendant deux semaines par les nazis, refuse de livrer le nom de ses camarades qui prévoyaient de voler des armes. Ses souffrances prennent fin lorsqu il est pendu. 324

33 Le 19 mai 1942, les nazis expulsèrent Juifs du ghetto de Brzeziny Slaskie, en Pologne (photo). Les Juifs marchèrent jusqu à la gare de Galkowek où ils furent embarqués dans des trains en partance pour le ghetto de Lodz (Pologne). La plupart de ceux qui survécurent à la déportation et au séjour à Lodz moururent par la suite dans le camp de la mort de Chelmno. Un officier nazi de la sûreté photographie des SS et des responsables de la Croix-rouge en visite au camp de concentration d Amersfoort aux Pays- Bas. Les SS contrôlaient soigneusement l accès aux camps et toutes les visites étaient préparées dans leurs moindres détails. Pour l occasion, les camps étaient décorés et les détenus recevaient de nouveaux vêtements. Des représentations musicales étaient même données pour montrer que les prisonniers vivaient dans d agréables conditions. La ville polonaise de Wlodawa fut l un des sites de la Résistance juive aux assassins nazis. La population juive de la ville, d environ personnes, fut par la suite déportée au camp de la mort de Sobibor. Les hommes photographiés ici furent astreints à travailler dans une scierie. Les Juifs de Dabrowa Tarnowska, en Pologne, sous la direction de Rabbi Isaac et réunis dans un cimetière juif, bravèrent leurs ravisseurs nazis en se tenant les mains pour danser et boire «à la vie». Rendus furieux, les nazis abattirent et éventrèrent le groupe tout entier. Quatre mille Juifs du ghetto de Varsovie meurent de faim. À Lutsk, en Ukraine, la Résistance juive est menée par Joel Szczerbat. Trois mille Juifs de Pilica, en Pologne, sont déportés à Belzec, mais plusieurs centaines réussissent à s évader avant la fin du voyage. En Norvège, les Juifs reçoivent des cartes d identité estampillées de la lettre «J». Création en Yougoslavie d une force paramilitaire collaborationniste, Heimwehr (Défense de la patrie). Mordekhaï Gebirtig, un charpentier de Cracovie, dont les chants de liberté sont chantés dans toute la Pologne, est exécuté à Belzec. 1 er juin 1942 : Des Juifs polonais de Hrubieszów sont déportés au camp de la mort de Sobibor. 500 autres seront déportés la semaine suivante. Le journal de la Résistance de Varsovie Barricade de la liberté, publié par le parti socialiste polonais, révèle les gazages perpétrés par les 325

34 Ces enfants de la ville polonaise de Pitrokow Kujawski furent acheminés à Chelmno où ils furent assassinés au gaz dans les camions du camp. Bien que les déportations du ghetto voisin de Lodz à Chelmno aient commencé en janvier 1942, les habitants de Lodz ne furent au courant du camp de la mort que durant l été. Le travail était la clé de la survie dans le ghetto de Lodz, et la plupart des enfants travaillaient. Un cours accéléré de tailleur fut mis au point afin que les jeunes puissent apprendre un métier utile. À la fin de 1942, même les enfants âgés de neuf ans étaient censés travailler. Tous les membres du ghetto étaient mobilisés pour un travail forcé. Ici, un jeune Juif, l étoile de David épinglée sur le dos, lave la voiture d un responsable allemand. Même aux jours les plus sombres, le ghetto de Lodz (Pologne) tenta de subvenir aux besoins des enfants. Des foyers furent trouvés pour ceux dont les parents avaient été déportés, et des orphelinats et des foyers s efforcèrent de fournir aux enfants nourriture et réconfort. Sur cette photo, Yankev Chmielnicki et d autres enfants du ghetto mangent à l orphelinat de la rue Garbarska. Le nombre d enfants du ghetto se réduisit considérablement en septembre 1942, lorsque les autorités ordonnèrent la déportation de tous les enfants âgés de moins de dix ans nazis dans le camp de la mort de Chelmno. L usine d I. G. Farben qui fabrique du caoutchouc et de l essence synthétiques ouvre ses portes à Buna- Monowitz, près d Auschwitz. 1-6 juin 1942 : Sept mille Juifs de Cracovie, en Pologne, sont assassinés dans le camp d extermination de Belzec. 2 juin 1942 : Des Juifs viennois sont déportés dans le ghetto de Minsk, en Biélorussie. Une femme, Elsa Speigel, décide de laisser son fils Jona, âgé de cinq ans et demi. Le bébé sera par la suite envoyé au camp / ghetto de Theresienstadt (Tchécoslovaquie) où il survivra à la guerre. La BBC rapporte que Juifs ont été exterminés. Son 326

35 Les Juifs de Cracovie en Pologne reçurent l ordre de nettoyer à fond les maisons de leurs frères qui venaient d être déportés du ghetto. La première série de déportations commença fin mai 1942 et se poursuivit jusqu au 8 juin. Durant cette première vague, Juifs furent déportés dans le camp de la mort de Belzec et 300 furent assassinés sur place. Une seconde Aktion eut lieu les 27 et 28 octobre ; Juifs furent déportés et 600 massacrés. Nommé président de l État français de Vichy en 1942, Pierre Laval fit preuve immédiatement d une grande complaisance envers les nazis. Il approuva et facilita les efforts des Allemands pour procéder aux rafles et à la déportation des émigrés juifs, y compris les enfants. Laval accéléra le processus de déportation en ordonnant à la police française de coopérer avec les autorités nazies, envoyant Juifs dans les ghettos et les camps de concentration de l Est, durant les mois d été. Cracovie / Plaszów À Cracovie (Krakow), en Pologne, qui abritait l une des communautés juives les plus importantes et les plus anciennes d Europe, les nazis firent régner la terreur. Occupée par les Allemands en septembre 1939, elle fut déclarée capitale du Generalgouvernement de Pologne. Toute la législation antijuive pour la région fut élaborée à Cracovie. Les campagnes de terreur contre les Juifs débutèrent en décembre Les biens juifs furent saisis, les synagogues incendiées, et des milliers de Juifs furent expulsés de chez eux. Un ghetto d une superficie de 600 mètres sur 400 fut officiellement créé en mars Les Juifs des communautés voisines furent entassés dans le ghetto ; vers la fin de l année, Juifs y étaient emprisonnés. Le surpeuplement et les déplorables conditions sanitaires furent à l origine de nombreux décès. Les personnes représentées sur la photo furent pendues pour sabotage sur la voie ferrée. La déportation des Juifs de Cracovie dans les camps de la mort de Belzec et Auschwitz commença en mai 1942 et se poursuivit jusqu en mars Le 13 mars 1943, Juifs furent transférés au camp de travail de Plaszów. Situé dans les environs de Cracovie, le camp de Plaszów était dirigé par le sinistre Amon Goeth, un tueur psychopathe qui prenait plaisir à tirer sur les Juifs de son balcon, pour se distraire. Le film La liste de Schindler fut tourné au ghetto de Cracovie et au camp de travail de Plaszów. information provient d un rapport sorti clandestinement de Pologne par le Bund, mouvement juif de Varsovie. 3 juin 1942 : Révolte des Juifs à Breslau, en Allemagne. À Varsovie, les nazis abattent 110 Juifs dans la prison de la rue Gesia. Dix policiers juifs sont parmi les victimes. 4 juin 1942 : Reinhard Heydrich, chef de la Police de sûreté du Reich et du SD, meurt de septicémie par suite des blessures infligées le 27 mai par des partisans tchèques ; voir 9 juin Les États-Unis déclarent la guerre à la Roumanie. 5 juin 1942 : Les SS rapportent que personnes ont été «traitées» dans les camions de gazage. 5-6 juin 1942 : Au cours d une rafle de Juifs à Cracovie (Pologne), des SS brutalisent cruellement deux hommes dont l un n a qu une jambe et l autre a perdu la vue en combattant pour l Allemagne durant la Première Guerre mondiale. 6 juin 1942 : Adolf Eichmann insiste dans un télégramme envoyé aux 327

36 Que savait-on en Occident? Fin mai 1942, le gouvernement polonais en exil à Londres reçut des informations du Bund, organisation juive de Varsovie. Plusieurs points étaient mis en relief : les Allemands avaient assassiné Juifs polonais ; les camps de la mort étaient énumérés, ainsi qu une liste d endroits où des Aktionen avaient été menées ; les nazis prévoyaient de détruire la totalité des Juifs de Pologne. Le 2 juin, la BBC (British Broadcasting Corporation) rapporta le nombre de morts. L estimation du Bund était cependant inférieure à la réalité. Comme le diffusa la BBC ce jour-là, le nombre de Juifs de Pologne assassinés approchait deux millions. Une deuxième émission du 26 juin fournit davantage de détails sur le rapport du Bund. Trois jours plus tard, une conférence de presse organisée à Londres par le Congrès juif mondial apporta des témoignages corroborant le rapport. En juin 1942, la publication d autres rapports sur la destruction des Juifs de Pologne suscita ce que Deborah Lipstadt qualifie de «tournant dans la diffusion des informations sur la solution finale.» Durant l été 1942, le président américain Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill s engagèrent à tenir les nazis pour responsables des atrocités perpétrées contre les Juifs. Entre-temps, minimisant les efforts investis pour sauver les Juifs d Europe, les Alliés soutenaient que la victoire était le meilleur moyen, sinon le seul, de les sauver. Cette politique se poursuivit jusqu à la fin de la guerre, en dépit des visites à Churchill et Roosevelt, fin 1942, de Jan Karski, un Polonais non juif qui avait été témoin des horreurs du ghetto de Varsovie. Les troupes allemandes se précipitent dans une maison durant l invasion de l Union soviétique. La guerre contre l ennemi bolchevique n établissait aucune différence entre civils et soldats. Au fur et à mesure de l avancée rapide des armées allemandes vers l est, en direction de Moscou, un nombre incalculable de maisons furent détruites et plusieurs milliers de civils furent tués. Un policier juif du ghetto de Varsovie enlève un bébé mort, au corps décharné. Dans le ghetto, les Juifs vivaient de rations de famine et les malades, les enfants et les infirmes étaient les premières victimes de la famine et de la maladie. Les bébés, dont bon nombre étaient mortnés, étaient particulièrement vulnérables responsables de la Gestapo pour qu un hôpital psychiatrique soit inclus dans le projet de déportation en masse des Juifs de Coblence (Allemagne) à Lublin (Pologne). Liquidation du ghetto de Cracovie, en Pologne ; Juifs de la ville sont assassinés à Belzec. 7 juin 1942 : Une femme juive échappée du ghetto de Varsovie dans la ville proprement dite est traînée de nouveau dans le ghetto et abattue. Le port de l étoile jaune devient obligatoire en France occupée. 8 juin 1942 : Le Conseil juif de Pilica (Pologne) avertit que tout Juif valide doit tenter de fuir dans les forêts voisines. 328

37 Cette jeune fille sans ressources, peut-être morte, est allongée dans une rue du ghetto de Varsovie. Les passants n y prêtent guère attention. La faim était devenue si banale à Varsovie que plusieurs médecins juifs entreprirent d étudier sur eux-mêmes les effets d une famine qui résultait des effroyables conditions imposées par les Allemands. Ils considérèrent cette étude comme un acte de résistance accompli en l honneur des morts. L un de ces médecins insista sur le fait que l étude était la preuve qu «en moi, tout ne mourra pas!». Si infectes que fussent les conditions dans le ghetto de Varsovie, certains Juifs de la ville survécurent, souvent en se cachant hors du ghetto chez des non Juifs disposés à les héberger. Ici, Jacob, David et Shalom Gutgeld posent avec leur tante Janke. Janke réussit à faire sortir du ghetto les trois garçons en les cachant dans le petit appartement du couple Roslan. Jacob et David survécurent à la Shoah, mais Shalom mourut de la scarlatine. Par suite du manque de matières premières dans les ghettos, il devint de plus en plus difficile pour les Juifs d exercer leur métier. Les conscriptions constantes pour le travail forcé ne firent qu aggraver la situation. Ce cordonnier était l un des rares qui furent autorisés à continuer son activité dans le ghetto de Varsovie. Les Allemands faisaient des exceptions de ce genre en vue de donner un sentiment de normalité dans le ghetto et de convaincre les Juifs que la déportation vers l Est signifiait véritablement une réinstallation. 9 juin 1942 : À Lidice, en Tchécoslovaquie, les Allemands commencèrent à massacrer plus de 190 hommes et garçons en représailles à l attentat contre Reinhard Heydrich. Les Allemands assassineront encore 47 hommes, femmes et enfants à Lezaky, en Tchécoslovaquie ; voir 18 juin Alors qu une mère juive de Pabianice, en Pologne, se bat farouchement pour garder son bébé durant une déportation, l enfant lui est arraché et jeté par une fenêtre. Les policiers allemands de Lodz rapportent à leurs supérieurs à Poznan que 95 Juifs de Lodz ont été pendus en public. Un camion de gazage est envoyé à Riga, en Lettonie, pour l exécution des Juifs ; voir 15 juin juin 1942 : Un millier de Juifs de Prague (Tchécoslovaquie) sont déportés vers l Est où ils sont assassinés. 11 juin 1942 : Adolf Eichmann rencontre des représentants de France, de Belgique et des Pays-Bas pour discuter des projets de déportation des Juifs juin 1942 : Dix mille Juifs du ghetto de Tarnow, en Pologne, sont 329

38 Héritiers d une longue tradition d antisémitisme, de nombreux Polonais collaborèrent avec les nazis, trahissant leurs amis et voisins juifs. D autres redoutaient la condamnation à mort infligée à quiconque cachait des Juifs. Les comportements antisémites avaient pris une nouvelle tournure de 1918 à 1920, lorsque les Polonais luttaient pour leur indépendance contre la Russie, la Prusse et l Autriche et commencèrent à instaurer une économie capitaliste. L association du nationalisme et des ambitions antisémites fit des Juifs non seulement des étrangers, mais également des concurrents. Au cours des années précédant la Seconde Guerre mondiale, les Juifs polonais furent de plus en plus marginalisés. Ici, une Polonaise de la ville de Swierze apporte littéralement une femme juive à la Gestapo. Les gardes du parti nationaliste slovaque Hlinka entourent un camion chargé de déportés juifs à un point de rassemblement à Kralovsky-Chlumec. La police locale et des unités de gardes apportèrent leur aide pour rassembler et déporter les Juifs dans l un des six camps de la mort situés dans la Pologne occupée par les Allemands. Les nazis tourmentaient souvent les Juifs avant de les déporter. Ici, une bande nazie humilie un Juif orthodoxe de la ville tchécoslovaque de Stropkov en lui coupant la barbe, humiliation très courante. Tout en faisant souffrir leurs victimes, les bourreaux laissaient libre cours à leur mépris de la culture multiséculaire des Juifs européens assassinés dans le camp d extermination de Belzec. 12 juin 1942 : Des bébés, enfants et vieillards juifs de Khmelnik, en Ukraine, sont abattus dans une forêt des environs. Anniversaire d Anne Frank. Elle a treize ans. 13 juin 1942 : Trois mille Juifs sont déportés du camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, et envoyés à la mort. L ambassadeur britannique au Vatican, Francis d Arcy Osborne, fait remarquer à propos du pape Pie XII que son «leadership moral n est pas assuré par l énoncé de commandements non appliqués.» 14 juin 1942 : Deux mille Juifs s échappent de Dzisna, en Biélorussie. 330

39 Le chef de la Gestapo Reinhard Heydrich et sa femme Lina assistent à un concert à Prague, le 26 mai 1942, la veille de l embuscade au cours de laquelle il sera mortellement blessé par des partisans tchèques. Occupant également les fonctions de Reichsprotektor de Bohême et de Moravie, Heydrich fut chargé de déraciner et de détruire le mouvement de résistance de plus en plus efficace, installé dans la campagne tchèque. À cette fin, des milliers de Tchèques furent arrêtés et des centaines massacrés. L Espagne et la Shoah Bien que le chef de l État espagnol, le général Francisco Franco, éprouvât des sympathies pour les puissances de l Axe, sa politique sauva, estime-t-on, Juifs des camps de la mort. Franco refusa d entrer en guerre, déclara l Espagne «non belligérante» et, durant la deuxième partie de la guerre, proclama son pays «neutre». Franco irrita les SS en déclarant que les descendants des Juifs séfarades étaient habilités à trouver asile dans les ambassades espagnoles. L Espagne devint en conséquence une voie d évasion de première importance pour les Juifs d Europe. Certains espérèrent trouver asile dans le pays, mais la plupart embarquèrent dans les ports espagnols pour des destinations à l étranger. La défaite de la France en 1940 suscita un flot de réfugiés désireux de pénétrer en Espagne. Au début, le gouvernement espagnol accorda volontiers des visas de transit, mais ensuite, les autorités se firent plus réticentes à ouvrir les frontières. Cependant, de nombreux réfugiés franchissaient illégalement la frontière nord, empruntant de dangereux itinéraires de montagne. Durant l été 1942, des organisations juives aidèrent environ personnes à traverser l Espagne pour continuer leur voyage. Les autorités espagnoles s efforcèrent de décourager les réfugiés de rester dans le pays et créèrent des camps d internement pour ceux qui y demeuraient quand même. Lorsque les franchissements de frontière augmentèrent à nouveau en 1943, les réfugiés furent autorisés à vivre dans les villes espagnoles. Après l attentat contre Reinhard Heydrich, les deux Résistants et d autres parachutistes qui avaient participé à l opération se réfugièrent dans la crypte de St Cyril et St Méthode, à Prague. Ayant découvert leur cachette, les troupes allemandes firent irruption dans la crypte. Une fusillade s ensuivit au cours de laquelle tous les partisans furent tués. 15 juin 1942 : Les autorités de Riga, en Lettonie, réclament un deuxième camion de gazage. 16 juin 1942 : Harold Tittmann, le chargé d affaires américain au Vatican, rapporte au Département d État que le pape Pie XII adopte «une politique de l autruche envers les atrocités devenues évidentes pour tout le monde.» 18 juin 1942 : Jozef Gabcik et Jan Kubis, les partisans tchèques entraînés par les Britanniques qui avaient mortellement blessé Heydrich le 27 mai, sont découverts avec d autres partisans dans l église St Cyril et St Méthode. L église est assiégée par les SS et les soldats allemands. Tous les partisans périssent. 19 juin 1942 : Révolte des Juifs à Glebokie, en Biélorussie ; d entre eux sont massacrés dans la forêt de Borek. Été 1942 : Le Troisième Reich atteint l apogée de ses conquêtes territoriales. À Sosnowiec (Pologne), des jumeaux juifs âgés de trois ans, Ida et Adam Paluch, sont subtilisés à leur tante par 331

40 Jan Kubis, l homme qui avait lancé une grenade sur Reinhard Heydrich, le blessant mortellement, fut tué durant la fusillade de la crypte St Cyril. La mort de Kubis ne calma cependant pas la fureur d Hitler. Le chancelier allemand ordonna une série d opérations de représailles. Un message radio annonça les ravages qui s abattirent sur la ville de Lidice en châtiment de l assassinat d Heydrich. La veille de la destruction de Lidice, Hitler avertit : «Rien ne m empêchera d expulser des millions de Tchèques s ils ne sont pas disposés à vivre paisiblement ensemble.» Le massacre de Lidice adressa un message clair à quiconque envisageait de s opposer au régime nazi. Cette affiche émanait de l Office of War Information américain. La nouvelle de la mort d Heydrich, le 4 juin, mit Hitler en rage et incita les responsables nazis à mobiliser de l aide pour localiser les auteurs de l attentat. Cette affiche en deux langues propose une récompense de dix millions de couronnes tchèques pour des renseignements menant à la capture des assassins d Heydrich des agents de la Gestapo et envoyés vivre dans des familles catholiques distinctes ; voir juin-20 octobre 1942 : Juifs de Vienne sont déportés à Theresienstadt. 24 juin 1942 : Des milliers de Juifs de Lvov, en Ukraine, sont tués à Janówska, en Ukraine et à Piaski, en Pologne. 25 juin 1942 : Un article du London Daily Telegraph rapporte : «Plus de Juifs polonais ont été massacrés par les Allemands au cours des plus grands massacres de l histoire du monde.» 26 juin 1942 : Les Britanniques diffusent à la radio des informations sur le sort tragique des Juifs en Pologne occupée. 332

41 À l annonce de l assassinat d Heydrich, Hitler déchargea sa fureur sur Lidice. Ce village tchèque fut sauvagement détruit au cours d une opération de vengeance menée par les SS et la police. Les 9 et 10 juin 1942, 199 hommes du village et 47 femmes furent exécutés. Les autres femmes furent détenues au camp de concentration de Ravensbrück et les enfants dont 16 seulement allaient survivre à la guerre furent envoyés dans des institutions «éducatives». Les habitants assassinés de Lidice furent exposés en rangs avant d être enterrés dans une fosse commune. Les représailles lancées en punition de l assassinat d Heydrich furent aussi rapides que brutales. Sont représentés ici quelques-uns des enfants qui furent déportés dans les camps de concentration de Ravensbrück et Mauthausen. Pour la plupart, ces enfants ne survécurent pas à la guerre. Drancy Un ensemble d appartements inachevés de Drancy, dans la banlieue parisienne, servit de camp de transit pour la plupart des Juifs acheminés de France à Auschwitz. De 1942 à 1944, plus de 60 des 79 trains qui quittèrent la France pour l Est partirent de Drancy. Environ des Juifs déportés du sol français passèrent un temps à Drancy. Lorsque Drancy ouvrit ses portes le 21 août 1941, les conditions de vie y étaient épouvantables. Il y avait châlits en bois pour les premiers internés. Quarante à cinquante détenus s entassaient dans chaque pièce et leur alimentation se composait exclusivement de soupe aux choux. Le taux de mortalité était donc très élevé à Drancy. Paradoxalement, les conditions matérielles s améliorèrent en juillet 1943 lorsque les Allemands se chargèrent de l administration du camp, remplaçant les fonctionnaires de Vichy. Le dernier convoi de déportation quitta Drancy le 31 juillet juin 1942 : Les Allemands lancent une offensive d été contre l Armée rouge dans le bassin du Don, en Union soviétique. 29 juin 1942 : Une résistance juive armée se manifeste à Slonim, en Biélorussie. Les Allemands brûlent les Juifs ; près de sont tués. 30 juin 1942 : Une deuxième chambre à gaz commence à fonctionner à Auschwitz-Birkenau. Le London Daily Telegraph titre : «PLUS D UN MILLION DE JUIFS ASSASSINÉS EN EUROPE.» Juin-juillet 1942 : Le New York Times met en relief les victimes chrétiennes des Allemands, plutôt que les victimes juives, bien que le nombre de ces dernières soit infiniment plus important. Juillet 1942 : Des centaines de Juifs allemands sont déportés au ghetto / camp de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. À Paderborn, en Allemagne, tous les orphelins juifs sont déportés à Theresienstadt. Sept trains de déportés juifs quittent Wes- 333

42 Le 101 e bataillon de police Le 13 juillet 1942, à l aube, Wilhelm Trapp, âgé de 53 ans, commandant du 101 e bataillon de réserve de la police allemande très apprécié, s adressa à ses hommes près de Jozefów, un village de Juifs situé dans le Generalgouvernement de la Pologne occupée par les nazis. Pour la plupart pères de famille d une cinquantaine d années, se trouvant en Pologne depuis moins de trois semaines, ces membres de l Ordnungspolizei (forces de l ordre) entendirent le commandant expliquer, les larmes aux yeux, que le bataillon avait reçu l ordre de rassembler les Juifs de Jozefów. Il fallait sélectionner les hommes aptes au travail, puis exécuter tous les autres, femmes, enfants et vieillards. L explication de Trapp comportait une importante option : les Ordnungspolizei qui ne pourraient pas accomplir la tâche n auraient pas à tuer. Autrement dit, le meurtre n était pas obligatoire. Une dizaine de membres de ce bataillon de 500 hommes acceptèrent cette proposition. Les autres assassinèrent Juifs de Jozefów. À la fin de l année 1943, le bataillon 101 de la police de réserve (quelques membres sur la photo) en coordination avec d autres unités de meurtre de la police avaient abattu Juifs et contribué à la déportation de autres à Treblinka. Utilisant des témoignages d après-guerre, Christopher Browning réunit des documents sur cette histoire dans son livre Des hommes ordinaires : le 101 e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne ; ce spécialiste de la Shoah pose l une des questions les plus fondamentales de la Shoah : Comment des personnes apparemment normales purent-elles perpétrer ces massacres en masse? Les nazis s efforcèrent de recruter des soldats dans les pays occupés. Au début, ils s adressèrent uniquement aux peuples qu ils considéraient comme «aryens», par exemple ces Norvégiens qui se portèrent volontaires pour combattre contre l Union soviétique. Par la suite, ils recrutèrent aussi parmi les peuples slaves d Europe orientale, connus pour leur antisémitisme, et qui jouèrent un rôle important dans la Shoah. De nombreux européens d ascendance «aryenne» furent particulièrement attirés par la Waffen SS, le corps de combat des SS. Ces recrues belges avaient rejoint la force combattante d élite en Europe, celle qui insistait sur la pureté raciale de ses troupes. L appartenance à la Waffen SS était perçue comme un moyen de devenir influent après la guerre, lorsque les nazis auraient mis en place leur «ordre nouveau» terbork aux Pays-Bas pour le camp de la mort d Auschwitz. Quelques dizaines de Juifs s échappent de Kleck, en Biélorussie, pour rejoindre des partisans. L extermination au camp de la mort de Sobibor est temporairement arrêtée pour construire la voie ferrée et agrandir les chambres à gaz du camp. Anéantissement de la communauté juive de Gorodenka, en Ukraine. Les États-Unis et la Grande- Bretagne conviennent d un débarquement allié en Afrique du Nord. 2 juillet 1942 : La communauté juive de Ropczyce, en Pologne, est assassinée au camp de la mort de Belzec. Le New York Times rapporte le «massacre de Juifs» dans la Pologne occupée par l Allemagne. 334

43 Un tournant dramatique pour la famille d Anne Frank (photo) se produisit durant l été Lorsque Margot, la sœur aînée d Anne, reçut l ordre de se présenter pour travailler, Otto Frank décida de cacher toute sa famille. Une mansarde secrète d Amsterdam devint leur foyer pour les deux années suivantes. La même année, pour son anniversaire, le 12 juin, Anne reçut un journal qui allait devenir son meilleur ami. Écrivant à la «chère Kitty», Anne partagea ses craintes, ses espoirs et ses rêves secrets LA «SOLUTION FINALE» Il s avérait que les enfants étaient parfois épargnés par les préjugés si répandus chez leurs parents. Le 7 juin 1942, à l école de la rue Michel Bizot, à Paris, des garçonnets non juifs affichèrent leur solidarité avec leurs camarades juifs en portant l étoile de David jaune obligatoire pour les Juifs. Il était ainsi impossible de distinguer les Juifs des non Juifs, ce qui rendait la tâche difficile aux autorités qui voulaient persécuter les enfants juifs. Ici, les courageux élèves sont photographiés à une date ultérieure. Des hommes de toute l Europe occupée se portèrent volontaires pour servir dans des régiments nationaux aux côtés des Allemands. Ces soldats danois s étaient enrôlés pour diverses raisons : certains espéraient que le service aux côtés des Allemands leur donnerait un avantage après ce qu ils considéraient comme l inévitable victoire allemande ; d autres, ardents partisans de l idéologie national-socialiste, étaient attirés par la glorification de la «race aryenne» par les nazis et/ou soutenaient la politique antisémite des Allemands. De telles motivations étaient habilement exploitées par des affiches de recrutement idéologiquement attrayantes et par d autres moyens de propagande nazie très utilisés dans les nations occupées. 6 juillet 1942 : Publication du premier numéro d Eynikeyt (Unité), un journal en yiddish du Comité antifasciste juif d Union soviétique. Anne Frank et sa famille partent se cacher à Amsterdam. 7 juillet 1942 : Heinrich Himmler, le chef des SS, préside une réunion de fonctionnaires SS sur le thème de la stérilisation et autres procédés gynécologiques, ainsi que sur les expériences pratiquées sur des femmes juives à Auschwitz. Les expériences seront menées à l insu des femmes ; voir 10 juillet Un millier de Juifs de Rzeszów, en Pologne, sont massacrés dans la forêt de Rudna. Quatorze mille sont déportés au camp de la mort de Belzec. 8 juillet 1942 : Sept mille Juifs de Lvov, en Ukraine, sont assassinés dans le camp de travail et d extermination ukrainien de Janówska. Vitka Kempner, une résistante juive, et deux autres Juifs quittent le ghetto de Vilnius, en Lituanie, emportant une mine avec laquelle ils espèrent mettre hors service un train militaire allemand situé à 8 km au sud-est ; voir 9 juillet

44 Mordekhaï Gebirtig (le deuxième à partir de la gauche) est assis avec trois de ses collègues au Gymnasium (lycée) hébraïque de Cracovie, en Pologne. Gebirtig était un poète yiddish populaire qui traduisait les sentiments des Juifs d Europe orientale. Pendant la Shoah, ses poèmes exprimèrent la peur, l espoir et la colère, comme celui qui est intitulé «ATog fun Nekome» (Un jour de revanche). Il mourut le 4 juin Une jeune Juive allemande portant l étoile jaune et un numéro autour du cou fut photographiée juste avant sa déportation. L étiquette mentionne son numéro, sa date de naissance, ainsi que le numéro de son convoi qui indique qu elle fut déportée au camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. La déportation des Juifs allemands à Theresienstadt commença en juin 1942 et se poursuivit tout au long de l année. En décembre, Juifs allemands avaient été déportés dans ce «ghetto modèle», situé non loin de Prague. Un certain nombre de Juifs sont en train d être inhumés dans le cimetière juif de Siedlce, en Pologne. Les Allemands contraignirent les pompiers de l endroit, entre autres l homme qui prit cette photographie, Tadeusz Castelli, à enterrer les corps juillet 1942 : La résistante juive Vitka Kempner retourne au ghetto de Vilnius après avoir posé une mine et fait sauter la locomotive et les wagons de munitions d un train militaire allemand ; voir septembre juillet 1942 : 100 femmes juives sont sélectionnées à Auschwitz pour des expériences de stérilisation. 11 juillet 1942 : Neuf mille hommes juifs de Salonique, en Grèce, sont affectés aux bataillons de travail de l Organisation Todt juillet 1942 : Plusieurs milliers de Juifs de Rovno, en Ukraine, sont rassemblés et exécutés dans les rues par des Einsatzgruppen. 336

45 Dès juin 1942, le bulletin d information de l Association des Juifs roumains d Amérique publia un rapport sur les atrocités commises contre les Juifs roumains. Imprimé à New York et distribué dans l ensemble des États-Unis, il proclamait en manchette «Exécution en masse de Juifs» et mettait en question la politique du silence du gouvernement. Des appels comme celui-ci étaient caractéristiques des organisations juives aux États-Unis. Sous le regard de ses camarades, un soldat allemand donne quelque chose à manger à un enfant croate pieds nus et affamé. La victoire militaire de l Axe conduisit à un partage de la Yougoslavie. La Croatie devint un État fantoche des nazis, dirigé par l Ustasa. L Ustasa persécuta tous les opposants, notamment les Serbes, laissant ceux qui avaient eu la chance de survivre affamés et sans abri. Déportations en France Le traitement réservé aux Juifs français par les nazis offre un exemple poignant de la fragilité de la démocratie. Alors que les Juifs français avaient bénéficié de l émancipation en 1790 et, qu à la veille de la Seconde Guerre mondiale, ils étaient bien intégrés dans la société française, leur sort changea dramatiquement en À partir de l été, les Juifs de France furent rassemblés et déportés vers l Est où ils furent exécutés. Les rafles, qui commencèrent le 16 juillet 1942, visaient principalement les Juifs apatrides et étrangers, les Juifs américains et britanniques étant épargnés. Ceux qui furent pris ce jourlà furent internés au Vélodrome d hiver à Paris personnes s entassèrent dans le stade, manquant de nourriture, d eau et d installations sanitaires. Les internés restèrent là plusieurs jours avant d être déportés. Du Vélodrome d hiver, les Juifs furent déportés à Drancy (un camp de la banlieue parisienne) ou d autres centres d internement temporaires avant d être expédiés à Auschwitz. Au total, au moins Juifs de France furent assassinés durant la Shoah, entre autres, Henri Sznajderman et sa mère (tous deux sur la photo). La plupart moururent à Auschwitz, les autres à Majdanek et Sobibor ou en détention. 14 juillet 1942 : Les milliers de Juifs néerlandais arrêtés à Amsterdam sont déportés à Auschwitz où plusieurs sont gazés. Le ghetto de Przemysl (Pologne) est muré par les nazis. 15 juillet 1942 : Le premier train de déportation quitte les Pays-Bas (du camp de transit de Westerbork) pour Auschwitz. 16 juillet 1942 : La Grande Rafle commence à Paris et environ Juifs allemands et autrichiens, vivant dans la capitale, sont ramassés ; voir 19 juillet juillet 1942 : Une délégation nazie, sous la direction d Heinrich Himmler, visite le camp d Auschwitz où le chef des SS observe un gazage de détenus. 19 juillet 1942 : Début des déportations au camp de la mort d Auschwitz des Juifs parisiens détenus à Drancy depuis le 16 juillet. Heinrich Himmler, chef des SS, ordonne que tous les Juifs polonais du Generalgouvernement soient déportés vers l Est d ici le 31 décembre En vertu de la loi sur les otages promulguée en France occupée, les «terroristes» 337

46 Réactions juives Les Juifs réagirent diversement à la Shoah. Certains, craignant pour eux-mêmes et pour leurs familles, collaborèrent sous la contrainte avec les Allemands, servant dans les Conseils juifs des ghettos ou dans la police juive. Devant l ampleur de l antisémitisme, certains Juifs américains furent trop effrayés pour exercer une pression politique sur leur gouvernement. D autres Juifs refusèrent d affronter les réalités accablantes de la «solution finale.» Les Juifs européens, eux, adoptèrent toute une gamme d attitudes, depuis l adhésion à tout prix à leur judaïsme jusqu à la guérilla menée contre les assassins. Écœurés par l apparent silence de Dieu, il y eut des Juifs pour rejeter leurs croyances religieuses. Le rabbin Irving Greenberg affirma après la guerre que le débat sur la nature de Dieu était ridicule en présence d un enfant en feu ; le seul comportement approprié consistait à sauter dans le feu pour en retirer l enfant. Le rabbin Emil Fackenheim découvrit un nouveau commandement : survivre en tant que Juif. Dans le ghetto de Varsovie, le rabbin Yitzhak Nissenbaum exhorta les Juifs à faire tout leur possible pour sauver leur vie. Dans les ghettos, devant les mitrailleuses des SS et des Einsatzgruppen, ainsi que devant les chambres à gaz, les Juifs prirent des décisions personnelles. Certains allèrent à la mort stoïquement, d autres avec une attitude de défi, d autres encore confiants dans les inaltérables principes de leur foi. Le correspondant de la radio William L. Shirer communiqua à des millions d Américains la nouvelle de la capitulation de la France devant l Allemagne en juin Observateur perspicace du nazisme et plus tard auteur de Le Troisième Reich : des origines à la chute, Shirer fut l un des premiers à avertir les Américains des diaboliques intentions d Hitler. En décembre 1942, il se joignit à d autres Américains d origine allemande pour signer une déclaration de Noël dénonçant «l extermination de sang-froid des Juifs» et exhortant les Allemands à renverser Hitler et son gouvernement. Ces sept Polonais furent pendus par l armée allemande à Plaszów pour avoir saboté des voies ferrées. Les Allemands pendaient souvent leurs opposants afin de dissuader la population locale fugitifs qui ne se rendent pas aux autorités allemandes s exposent à ce que les hommes de leur famille soient tués, les femmes envoyées dans des camps de travail et les enfants expédiés dans des écoles spéciales de rééducation politique. 20 juillet 1942 : Les Allemands assassinent Juifs à Kleck, en Biélorussie ; 400 s enfuient dans les forêts. Deux d entre eux, Moshé Fish et Leva Gilchik (du village voisin de Kopyl) constitueront un groupe de partisans ; voir janvier juillet 1942 : Des Juifs de Kowale Panskie, en Pologne, sont déportés au camp de la mort de Chelmno. 338

47 «Allez, donnez-leur quelque chose de bon à ronger.» Ordre de gazage donné à Auschwitz par le sergent-chef Otto Moll À Auschwitz, des prisonniers furent utilisés pour construire le camp d extermination de Birkenau. Cette photo montre le four crématoire IV en construction. Au début, les victimes des chambres à gaz étaient enterrées dans des fosses. Lorsque le rythme des meurtres s intensifia, les corps furent incinérés, d abord dans les fosses elles-mêmes, puis dans les fours crématoires. À Auschwitz-Birkenau, la construction fut ininterrompue de l hiver 1941 à l été Sur la porte arrière de cette chambre à gaz de Birkenau, il est écrit : «Gaz nocif! En entrant, vous mettez votre vie en péril!» Ces mots s adressaient à ceux qui faisaient fonctionner les chambres à gaz et non aux victimes. L entrée des prisonniers était signalée comme l entrée d une salle de douche et comportait un message sur les vertus de la propreté. À l instar du premier, le deuxième four crématoire d Auschwitz fut construit par les détenus. S approvisionnant en main-d œuvre et s appropriant les biens confisqués des Juifs européens, les nazis disposaient des ressources nécessaires pour mettre en œuvre leur programme génocidaire. 21 juillet 1942 : Six cents Juifs restant à Niéswiez, en Pologne, se battent contre leurs agresseurs nazis. De nombreux Juifs et quelques nazis sont tués et certains Juifs réussissent à survivre en s enfuyant dans les forêts voisines. 22 juillet 1942 : Les autorités allemandes, épaulées par des gardes ukrainiens et lettons en uniformes SS, encerclent les murs du ghetto de Varsovie. C est le début des déportations en masse de Juifs de Varsovie au camp de la mort de Treblinka ; à la gare du camp, le personnel est informé qu il peut s attendre à «un service de navette» de Juifs. 23 juillet 1942 : Adam Czerniaków, président du Conseil juif du ghetto de Varsovie, se suicide plutôt que de se plier aux exigences allemandes de préparer chaque jour Juifs pour la déportation. Le général Viktor Brack, officier supérieur de la SS, informe Heinrich Himmler que tous les Juifs en bonne santé doivent être castrés ou stérilisés, et les autres anéantis. 22 juillet-12 septembre 1942 : Juifs de Varsovie sont déportés au camp de la mort de Treblinka où il sont exterminés. 339

48 Parmi les invités d un mariage juif célébré en 1942 à Bochnia, en Pologne, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Cracovie, se trouvaient des policiers juifs et des membres du Judenrat. Les relations entre les habitants de n importe quel ghetto juif et leurs coreligionnaires, qui bénéficiaient d un statut privilégié et d un minimum de pouvoir, étaient en général tendues. Si le marié n était pas un policier ou un membre du Judenrat, ce moment de solidarité était extrêmement rare. Lorsque Joseph Goebbels lança la publication de Der Angriff (L Attaque) le 4 juillet 1927, c était une feuille de propagande pour le parti nazi à Berlin. Goebbels abandonna ses fonctions de rédacteur après 1933, mais demeura éditeur et le journal devint l organe officiel du Deutsche Arbeitsfront (Front du travail) et un important instrument de propagande entre les mains des nouveaux rédacteurs. La une du 4 juillet 1942 annonce, entre autres, «Interview d Angriff avec Goebbels.» C était dans le block 10 d Auschwitz, composé de patients juifs, pour la plupart des femmes, que se déroulait la recherche médicale nazie. Le baraquement était appelé «block de Clauberg», du nom du médecin Carl Clauberg (à gauche) qui effectuait la plupart des expériences. Clauberg s intéressait particulièrement à la stérilité et à la recherche sur la stérilisation, domaines pour lesquels il avait reçu le soutien personnel d Heinrich Himmler qui se demandait «combien de temps prendrait la stérilisation d un millier de Juives.» Clauberg utilisait des injections, probablement de formol, pour provoquer l obstruction des trompes utérines et empêcher la grossesse juillet 1942 : Martin Luther, sous-secrétaire d État au ministère allemand des Affaires étrangères, attire l attention du ministre nazi des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, sur le fait que les autorités italiennes sont hostiles au projet allemand de déporter tous les Juifs des régions de Croatie sous occupation italienne. 27 juillet 1942 : Le gouvernement allemand des Territoires occupés de l Est avertit que tout Polonais ou Ukrainien qui tentera de cacher ou d aider un Juif sera «abattu». 28 juillet 1942 : Heinrich Himmler, chef de la SS, écrit à un haut fonctionnaire SS que les Territoires occupés de l Est «doivent être débarrassés de leurs Juifs.» À 340

49 Le Judenrat (Conseil juif) d un immense ghetto comme celui de Lodz était confronté à de terribles défis. Pour subvenir aux besoins du ghetto, le Judenrat créa des hôpitaux, des écoles et des soupes populaires. Pour financer tout cela, le conseil prélevait des taxes sur tout ce qu il pouvait, à commencer par les salaires. Ici, le nazi Walter Genewein, directeur financier de l administration du ghetto de Lodz, compte l argent affecté aux divers besoins du ghetto et aux exigences allemandes. Tout en n étant pas aussi violent que dans d autres pays, l antisémitisme était présent en Italie. Ici, un soldat italien fouette un Juif grec dans la ville de Salonique. Les Juifs furent rassemblés place de la Liberté. Contraints à faire de la gymnastique en plein soleil, les Juifs étaient battus s ils ralentissaient. L offensive allemande contre l Union soviétique reposait principalement sur l effet de surprise et sur la rapidité. Au cours des premières étapes de l agression, les nazis remportèrent victoire sur victoire, Hitler lançant une quantité impressionnante d hommes et d armements sur le front Est. Les succès de l été 1941 furent suivis par d autres victoires encore plus spectaculaires, l été suivant, notamment la conquête de la Crimée et de sa base navale de Sébastopol. Tarnow, en Pologne, des parents juifs sont contraints de regarder les agents de la Gestapo tirer sur leurs enfants. Les parents et autres adultes seront ensuite déportés au camp de Belzec pour y être exterminés. Dans le ghetto de Lodz (Pologne), deux Juifs l un n a que 16 ans sont pendus après s être évadés d une équipe de travail. De jeunes membres du ghetto de Varsovie créent la Zydowska Organizacja Bojowa (ZOB, Organisation juive de combat). L unique arme du ghetto était alors un simple pistolet juillet 1942 : Quelque Juifs sont massacrés à Minsk, en Biélorussie. 29 juillet 1942 : Dans le ghetto de Varsovie, les nazis affichent l annonce qu un supplément de nourriture sera accordé (principalement du pain et de la confiture) aux Juifs qui se présenteront volontairement pour la «réinstallation». 30 juillet 1942 : L industriel allemand Eduard Schulte, dont la société possède des mines près d Auschwitz, révèle à un collègue suisse qu Hitler et le Reich alle- 341

50 Paulette Zelasneg, une petite Juive parisienne, est photographiée à l âge de six ans, avec son étoile jaune. Le 16 juillet 1942, la Grande rafle commença à Paris, emmenant les Juifs étrangers habitant dans la ville. Grâce aux trains amenant des milliers de nouveaux travailleurs pour remplacer ceux qui avaient succombé à l épuisement et à la sous-alimentation, Monowitz-Buna devint un vaste complexe industriel avec, en son centre, l immense société chimique I. G. Farben. Au sein d une barbarie industrialisée, les prisonniers luttaient pour demeurer humains. Primo Levi rapporte que, précisément «parce que le Lager (camp) était une grande machine à nous réduire au rang de bêtes, nous nous devions de ne pas devenir des bêtes ; que, même en cet endroit, on peut survivre et on doit donc vouloir survivre, pour raconter, pour témoigner.» L ADMINISTRATION DE L EUROPE ORIENTALE PAR LES ALLEMANDS, 1942 NORVÈGE FINLANDE Leningrad miles SUÈDE kilomètres Riga Moscou N Avancée maximum DANEMARK Farthest de l armée German allemande mer REICHSKOMMISSARIAT Army Advance Baltique OSTLAND Smolensk Kovno PRUSSE Minsk DANTZIG OCCIDENTALE UNION ADMINISTRATION MILITAIRE SOVIÉTIQUE Berlin PRUSSE BIALYSTOK ALLEMANDE ORIENTALE Bialystok GRANDE WARTHEGAU Varsovie ALLEMAGNE Lodź Lublin Kharkov GENERAL- Rovno Prague Kiev HAUTE GOUVERNEMENT REICHSKOMMISSARIAT PROTECTORAT DE SILÉSIE Cracovie Lvov UKRAINE BOHÊME & MORAVIE SLOVAQUIE Kamenets- Vienne Podolski Budapest ROUMANIE Iasi mer HONGRIE Odessa d Azov ITALIE Simferopol CROATIE YOUGOSLAVIE SERBIE mer Noire Les Allemands renommaient certains territoires après les avoir occupés. Les États baltes devinrent le Reichskommissariat Ostland. La Grande Allemagne et le Generalgouvernement comprenaient respectivement la Pologne occidentale et la Pologne orientale mand ont décidé de rassembler à l Est les millions de Juifs de l Europe occupée et de les assassiner en utilisant de l acide prussique, dès l automne L information est bientôt communiquée au représentant suisse du Congrès juif mondial Gerhart Riegner. 31 juillet 1942 : Le gouverneur Wilhelm Kube rapporte à Hinrich Lohse, Reichskommissar des pays baltes et de Biélorussie que «les Juifs ont été complètement éliminés» de la région de Minsk. Bluma Rozenfeld, 19 ans, se suicide en se jetant par la fenêtre du cinquième étage, dans le ghetto de Lodz, en Pologne. Israël Lichtenstein écrit du ghetto de Varsovie : «À présent, nous nous préparons tous les deux à accueillir la mort. Je souhaite 342

51 Heinrich Himmler, le chef des SS, s éponge le front pendant une inspection à Auschwitz III, ou Monowitz- Buna. Ce camp portait le nom du village de Monowice et celui du caoutchouc synthétique, Buna, que la société I. G. Farben entendait produire en utilisant des milliers de travailleurs du camp de concentration. Le Bauleiter (ingénieur en chef) Faust, d I. G. Farben, accompagnait Himmler. En partie par suite des attaques aériennes alliées, aucun caoutchouc synthétique ne fut jamais produit à Monowitz-Buna. Des détenus travaillent dans une usine chimique du camp de concentration d Auschwitz. Les industriels de l endroit utilisaient la main-d œuvre servile dans leurs entreprises. Les détenus convoitaient beaucoup ces postes qualifiés. L écrivain italien Primo Levi, survivant de la Shoah, attribuait sa survie au fait qu il était chimiste de formation, ce qui lui évita le travail pénible qui mina tant de vies LA «SOLUTION FINALE» L entreprise de meurtre Les camps de concentration et d extermination fournissaient à l industrie allemande de nouvelles occasions de profit. Le projet nazi de construire des camps, et notamment d agrandir Auschwitz, donna lieu à d énormes contrats. Une fois construits, ces camps constituaient une source de main-d œuvre peu coûteuse pour le travail dans les mines, la production d essence synthétique, etc. Le camp de Jawiszowice, dans le sud de la Pologne, procurait des travailleurs pour les mines de charbon des usines Hermann Göring. En Autriche, les détenus de Mauthausen travaillaient, dans des conditions atroces, à extraire le granit pour les ambitieux projets de construction de Reich. Les corps des détenus eux-mêmes favorisaient l industrie allemande. Les cheveux des femmes d Auschwitz, Majdanek et autres camps étaient envoyés dans diverses industries pour fabriquer du feutre ou, une fois filés, pour produire des chaussettes destinées aux équipages des sousmarins. Les détenus représentés sur la photo travaillaient à Auschwitz. I. G. Farben, un grand conglomérat chimique, finança la construction de Monowitz-Buna pour produire du caoutchouc synthétique, quelque prisonniers d Auschwitz devant être affectés au chantier de construction. Les expériences au gaz mortel Zyklon B aboutirent à la décision de construire de nouvelles chambres à gaz d une plus grande capacité, ce qui nécessita de nouveaux fours pour incinérer les corps. J. A. Topf & fils fabriquèrent des fours pour plusieurs camps. Entre-temps, la compagnie DEGESH reçut le contrat pour approvisionner les camps d extermination en Zyklon B. L extermination en masse était, sans aucun doute, une entreprise lucrative. qu on se souvienne de ma petite fille. Margalith a vingt mois aujourd hui Je ne me lamente pas sur ma propre vie ou celle de ma femme. Je plains seulement cette petite, si gentille et si douée. Elle mérite qu on se souvienne d elle.» Fin juillet 1942 : L Allemagne décide de ne pas dévoiler l endroit où se trouvent les déportés néerlandais, se contentant de dire qu ils ont été envoyés à «une destination inconnue quelque part vers l Est», en fait au camp d extermination d Auschwitz. Août 1942 : Plus de Juifs sont assassinés en Europe. En Pologne, le baron Göran von Otter, diplomate suédois, entend parler de l extermination des Juifs en Pologne par les nazis, de la bouche du SS Obersturmführer Kurt Gerstein. La déportation des Juifs de France et des Pays-Bas se poursuit Juifs de Zagreb, en Croatie, sont déportés à Auschwitz, camp dans lequel sévit une virulente épidémie de typhus Juifs de la région polonaise de Galicie orientale sont déportés à Belzec. Au cours de ce mois, Juifs y sont assassinés Juifs de la région de 343

52 Friedrich Wilhelm Krüger commandait la police et les SS du Generalgouvernement. Le 19 juillet 1942, Krüger reçut l ordre du chef des SS Heinrich Himmler, son supérieur, de faire en sorte «que la réinstallation de la population tout entière du Generalgouvernement soit réalisée et achevée d ici le 31 décembre.» Krüger obéit volontiers. Apporter de l aide à des Juifs était considéré comme un crime. Ici, un jeune garçon et sa mère tentent de vendre quelques marchandises dans le ghetto de Przemysl, en Pologne. Cette femme et son enfant mangeraient s ils vendaient quelque chose, mais il y avait peu de chance que cela se produise parce que les autorités locales arrêtaient quiconque engageait une transaction commerciale avec des Juifs. Assis à côté du sénateur du Massachusetts Henry Cabot Lodge, le rabbin Stephen Wise (à gauche) se prépare à prendre la parole devant personnes rassemblées à Madison Square Garden. Les orateurs promirent qu un jour, la barbarie nazie passerait en jugement. Orateur de talent, Wise œuvra inlassablement pour attirer l attention sur le sort désespéré des populations sous l oppression nazie. Lorsqu il fut mis au courant de la mise en œuvre de la «solution finale», il mit toute son énergie à exhorter l administration Roosevelt à lancer des opérations de sauvetage Volhynie, en Pologne, sont massacrés. Une vague de chaleur et des chenilles détruisent la récolte de choux cultivés par les habitants du ghetto de Lodz. En Ukraine, environ 500 familles juives sont abattues par les Einsatzgruppen SS et jetées dans une fosse commune près de la ville de Zagrodski. Le camp de Majdanek, en Pologne est équipé de chambres à gaz. Quinze mille Juifs de Lvov, en Ukraine, sont déportés au camp de la mort de Belzec. La religieuse catholique Edith Stein, née juive, est arrêtée aux Pays-Bas par la Gestapo ; voir 8 août Les gouvernements américain, britannique et allemand sauvent deux millions et demi de civils grecs de la famine. La Grande-Bretagne et les États-Unis autorisent l acheminement 344

53 Les très jeunes, les très âgés et les malades c est-à-dire tous ceux qui ne pouvaient pas travailler furent les premiers Juifs de Varsovie à être déportés à Treblinka. Cette photographie prise en juillet 1942 montre un vieillard attendant d être emmené au centre de déportation. Les effroyables conditions du ghetto et celles des trains de déportation faisaient que la plupart des voyageurs mouraient avant d être arrivés à destination. Presque tous les autres étaient assassinés dans les chambres à gaz du camp. Le premier train de Juifs arriva à Treblinka, le 23 juillet À compter de ce jour, jusqu au milieu du mois d août, 5 à victimes arrivaient chaque jour pour être exterminées dans les chambres à gaz du camp qui utilisaient des moteurs diesel pour produire du monoxyde de carbone mortel. Au total, environ personnes périrent à Treblinka, et la plupart d entre elles étaient d abord passées par cette gare. L Umschlagplatz La tragique histoire de la communauté juive de Varsovie retentit du mot Umschlagplatz (point de transfert). Au cours des déportations en masse qui commencèrent en juillet 1942, Juifs par jour en moyenne durent marcher à l Umschlagplatz, étape sur la route menant au camp d extermination de Treblinka. Durant les dix premiers jours de l Aktion, Juifs furent rassemblés et passèrent par l Umschlagplatz avant d aller à la mort. La violence de cette opération surpassa tout ce que les nazis avaient déjà perpétré à Varsovie. Les SS, la police allemande et leurs robustes et enthousiastes acolytes lettons et ukrainiens patrouillèrent dans les rues de Varsovie en quête d une proie juive. Les déportations se poursuivant, les Juifs de Varsovie comprirent que la survie dépendait de leur capacité à éviter l Umschlagplatz, l antichambre de la mort. de vivres en Grèce, les Allemands leur ayant garanti que les vivres ne seraient pas confisqués. La Grande-Bretagne expédie chaque mois en Grèce tonnes de vivres payés par les États-Unis ; cette opération est contrôlée par les pays neutres et la Croix rouge internationale. Cet accord coûte aux Alliés 30 millions de dollars par an. Par contre, les Alliés ne cherchent pas à nourrir les Juifs d Europe. Un partisan polonais appelé Trzcinski remet une grenade à main à quelqu un dans un train transportant des déportés juifs au camp de la mort de Treblinka. Cette grenade sera utilisée ultérieurement au camp pour blesser un groupe de gardes ukrainiens. 1 er -12 août 1942 : Juifs polonais de Varsovie sont déportés au camp de la mort de Treblinka. 2 août 1942 : Lota Hirszberg, 56 ans, du ghetto de Lodz, se suicide en avalant des somnifères. 3 août 1942 : Douze mille Juifs de Przemysl, en Pologne, sont déportés au camp de la mort de Belzec. Caché dans dix boîtes en fer et bidons de lait, 345

54 Le journal d Adam Czerniaków Adam Czerniaków, un ingénieur à la calvitie prononcée, âgé d une soixantaine d années, dirigea le Judenrat (Conseil juif) du ghetto de Varsovie pendant près de trois ans. Presque chaque jour, il rédigea un journal qui, par la suite, comporta neuf cahiers. Le cinquième manque, mais on ignore comment cet important journal a pu survivre à la guerre, même incomplet. Rosalia Pietkiewicz, une rescapée du ghetto de Varsovie, l acheta en 1959 à une source non identifiée. Depuis 1964, l original se trouve à Jérusalem, à Yad Vashem. Les témoignages de Czerniaków, dont plusieurs commencent par la température du matin, révèlent un homme modeste qui, dans les pires conditions, faisait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver des Juifs. Les derniers mots qu il écrivit, datés du 23 juillet 1942, furent : «Il est trois heures. Pour l instant, sont prêts à partir. Selon les ordres donnés, ils doivent être d ici quatre heures.» Ces chiffres correspondaient au quota quotidien de Juifs voués à la «réinstallation», que les nazis demandaient au Judenrat de réunir. À quelques rares exceptions, tous les Juifs du ghetto de Varsovie périrent dans la Shoah. La majorité fut déportée à Treblinka et gazée. Extrêmement tourmenté par son incapacité à sauver les enfants du ghetto, Czerniaków se suicida le 23 juillet, peu après avoir rédigé la dernière phrase de son journal. Les nazis tenaient des statistiques précises de la population du camp / ghetto de Theresienstadt. Ce document de juillet 1942 établit la courbe de la population par sexe. Le mois de juillet marqua un tournant important à Theresienstadt : tous les non Juifs furent emmenés pour laisser la place aux Juifs arrivant par trains entiers, dont plusieurs éminentes personnalités d Allemagne et d Autriche. Le médecin Yeheskel Atlas commandait des partisans. La famille d Atlas avait péri tout entière dans le ghetto de Slonim (Biélorussie) en novembre Il demeura dans le ghetto jusqu en juillet 1942, date à laquelle il s évada pour rejoindre une compagnie de partisans. Atlas dirigea avec succès plusieurs attaques contre des installations allemandes, mais il fut mortellement blessé dans un combat à Wielka Wola, en Pologne le journal (première partie) d Emanuel Ringelblum, de Varsovie, est secrètement enterré, pour le préserver, par un enseignant appelé Israël Lichtenstein. 4 août 1942 : Début des premières déportations de Juifs de Belgique à Auschwitz ; les déportés du premier jour sont au nombre de 998. Dans l ensemble de la Belgique, des foyers non juifs cachèrent Juifs août 1942 : Plus de Juifs de Belgique sont déportés à Auschwitz. 5 août 1942 : Les troupes SS à Radom (Pologne) abattent 600 personnes âgées et enfants, ainsi que des centaines d autres Juifs trouvés dans des caches. Six mille Juifs du petit ghetto de la ville et 346

55 En juillet 1942, Juifs de la région de Rzeszów, en Pologne, furent envoyés dans le camp de la mort de Belzec autres Juifs furent amenés dans la forêt de Rudna et abattus. Ici, des femmes juives doivent retirer leurs vêtements avant d être exécutées. Les Allemands demandaient en général aux Juifs de se déshabiller afin que leurs vêtements puissent être envoyés en Allemagne. Les Juifs de Nice trient un tas de pommes de terre dans la rue. En 1942, un grand nombre de Juifs français furent réduits à la misère. La politique antisémite du gouvernement de Vichy priva de nombreux Juifs de leurs moyens de subsistance. Lorsque la déportation des Juifs commença, début juillet 1942, l administrateur de Nice fut impatient de se débarrasser des quelque Juifs qui vivaient sous son autorité. En France, la plupart des Juifs déportés étaient des Juifs étrangers. Cette photographie de propagande montre une mise en scène des conditions de vie dans les baraquements du camp de transit néerlandais de Westerbork. Les oreillers rebondis et les draps apprêtés déposés sur chaque couchette étaient destinés à convaincre la Croix-Rouge que les détenus bénéficiaient de bonnes conditions sanitaires. Bien évidemment, rien n était plus éloigné de la vérité. Autre affront : les rénovations effectuées à Westerbork en 1942 et probablement ces baraquements en parfait état furent financés par la vente des biens confisqués aux Juifs autres du grand ghetto sont déportés au camp de la mort de Treblinka. Liquidation de la communauté juive de Pilica, en Pologne. 6 août 1942 : Trois mille Juifs sont assassinés à Diatlovo, en Biélorussie. Six cents s évadent et plus d une centaine constituent une organisation de partisans dirigée par Hirsch Kaplinski ; voir décembre Quinze mille Juifs de Varsovie sont déportés au camp de la mort de Treblinka août 1942 : Vingt mille Juifs de Radom, en Pologne, sont assassinés au camp de la mort de Treblinka. 8 août 1942 : Les Juifs de Szczebrzeszyn, en Pologne, partent se cacher lorsque les nazis ordonnent que d entre eux soient réunis pour être déportés. Vers la fin de la journée, une poignée seulement ont été découverts. La religieuse catholique Edith Stein est gazée à Auschwitz. 9 août 1942 : Le Conseil juif de Zwierzyniec, en Pologne, paie une rançon en or pour sa communauté. Seuls, les

56 Janusz Korczak Janusz Korczak, nom de plume d'henryk Goldszmit, était médecin, écrivain et éducateur en Pologne. Durant toute sa carrière, Korczak étudia et s occupa d enfants. En 1912, Korczak (photo) devint le directeur d un orphelinat juif à Varsovie. Il étudia alors les mécanismes psychologiques du cerveau de l enfant et appliqua ses découvertes à ses idées éducatives. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata et que le ghetto de Varsovie fut créé, Korczak se dévoua pour aider les enfants juifs, filles et garçons. Les conditions économiques du ghetto se dégradant rapidement, Korczak fit tout ce qui était en son pouvoir pour fournir aux enfants des repas et un abri. Son journal du ghetto décrit méticuleusement ses inlassables efforts. Le 5 août 1942, les nazis rassemblèrent Korczak et ses 200 enfants. Leur marche de près de cinq kilomètres vers les trains de déportation fut décrite par Emanuel Ringelblum dans son journal : «Ce n était pas une marche vers les wagons, c était une protestation muette, organisée, contre le meurtre!... Les enfants marchaient en rangs de quatre, Korczak à leur tête, regardant droit devant lui, tenant un enfant dans chaque main.» On ne sait rien du voyage de Korczak à Treblinka où il fut gazé avec les enfants. Le fait que la ville ukrainienne de Tluste comptait peu de Juifs ne signifiait pas que les nazis l épargneraient. Ils avaient l intention de tuer les Juifs d Europe jusqu au dernier, et les 300 Juifs de Tluste furent envoyés au camp de la mort de Belzec en août Un millier d autres furent expédiés dans ce camp, le 5 octobre. Cette photographie montre la déportation à Belzec. Deux officiers SS de Dachau, en Allemagne, profitent d une permission près d un lac pour se distraire. De nombreux fonctionnaires passaient sans problèmes de leur travail de gardiens dans les camps de concentration à la vie quotidienne normale. Hors des camps, ils se trouvaient dans leur famille, et souvent, en vacances. Le naturel avec lequel les responsables des camps appréhendaient leur travail demeure l un des aspects les plus inexplicables de la Shoah. L immense majorité des individus impliqués dans le génocide des Juifs étaient des «hommes normaux.» 1942 Juifs les plus pauvres de la ville sont déportés. 180 Juifs s évadent dans les forêts des environs de Mir, en Biélorussie. Liquidation de la communauté juive de Radun, en Biélorussie. Quinze cents Juifs de Kremenets, en Ukraine, sont déportés au camp de Bialokrynitsa ; voir 10 août août 1942 : Un millier de Juifs déportés le 4 août par chemin de fer du camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, sont transférés dans des camions de gazage à Maly Trostinets (près de Minsk, en Biélorussie), exécutés et jetés dans des fosses à ciel ouvert. Huit cents Juifs sont assassinés à Brzozów, en Pologne. Six policiers allemands et ukrainiens sont tués par des Juifs lorsqu ils tentent de pénétrer dans 348

57 L occupation des Pays-Bas par les nazis apporta souffrances et difficultés à la population, y compris à ce petit enfant. Cette photographie fait partie d une série de témoignages sur l occupation allemande, photos prises par Emmy Andreisse, membre de la Résistance néerlandaise. Avant la guerre, elle avait étudié la photographie et la conception graphique. Pendant la guerre, elle mit ses talents au service de la «caméra invisible», un projet destiné à photographier les conditions prévalant aux Pays-Bas sous l occupation. Bien que Dachau ne fût pas, à proprement parler, un camp de la mort, près de personnes y périrent victimes du système de terreur nazie. Dès le début, les nazis éprouvèrent des difficultés à se débarrasser des corps de milliers de victimes. Pendant les mois d été, il arrivait souvent que les cadavres enterrés dans des fosses communes gonflent tellement qu ils remontaient à la surface et devaient être enterrés à nouveau. L une des solutions les plus efficaces à ce «problème» fut l installation de fours crématoires dans les principaux camps de concentration. Le four crématoire de Dachau (représenté ici et ci-dessus) comprenait plusieurs compartiments pour incinérer simultanément un grand nombre de corps. Les détenus du camp mouraient cependant en trop grand nombre pour que les fours puissent incinérer tous les corps. le ghetto de Kremenets, en Ukraine ; voir 11 août La compagnie du partisan juif Yeheskel Atlas attaque une garnison allemande à Derechin, en Biélorussie. Quarante-quatre policiers allemands sont faits prisonniers et exécutés août 1942 : Cinquante mille Juifs de Lvov, en Ukraine, sont assassinés au camp de la mort de Belzec. 11 août 1942 : Pour résister à la déportation, des Juifs de Kremenets, en Ukraine, mettent le feu au ghetto. En Belgique, 999 Juifs, dont 172 enfants, sont envoyés à la mort vers l Est. 13 août 1942 : Liquidation des communautés juives de Mir, en Biélorussie, et de Gorodok, en Ukraine. La Suisse contraint des Juifs (pour la plupart français), déjà en sécurité, à franchir de nouveau la frontière. Pendant le reste de la guerre, le gouvernement suisse renverra à la mort Juifs, sous prétexte que seuls les réfugiés politiques peuvent être admis en Suisse et non les «réfugiés raciaux». Le gouvernement suisse accueille cependant volontiers l or que les Allemands retirent de la bouche et des doigts des Juifs morts. 349

58 Chef du Judenrat (Conseil juif) à Varsovie, Adam Czerniaków était pris entre la voix de sa conscience et les exigences des nazis. Fin juillet 1942, de nouvelles déportations furent ordonnées, ayant pour objectif de réduire considérablement le ghetto. Lorsque Czerniaków apprit que ni les enfants ni les orphelins ne seraient épargnés, il décida de se suicider, écrivant dans son journal : «Mon cœur se serre de chagrin et de compassion. Je ne peux plus supporter tout cela.» «Les nouveaux-nés doivent immédiatement avoir un numéro tatoué sur la cuisse parce que le bras d un bébé est trop petit.» Instructions des SS à Auschwitz Le prince suédois Gustave Adolphe se rend en visite en Allemagne en La politique suédoise fut modérément proallemande jusqu en février 1943, date à laquelle l avancée allemande en Russie fut stoppée à Stalingrad tournant décisif de la Seconde Guerre mondiale. À ce moment-là, les Suédois et la plupart des Européens estimèrent que les Alliés allaient gagner la guerre. La Suède décida alors d accepter des réfugiés juifs. En octobre 1943, le pays ouvrit ses portes à quelque Juifs danois. Appelant à «la liberté et l honneur», ce tract émanant de l organisation de la Rose blanche exhorte la jeunesse allemande à se soulever contre la tyrannie nazie. Accablés par la mort de tant d hommes jeunes durant la bataille de Stalingrad, Hans et Sophie Scholl (frère et sœur), ainsi qu un cercle d amis courageux luttèrent pour changer le cours des choses en Allemagne. Utilisant prudemment des machines à dupliquer cachées et variant les sources de papier et d encre, ils imprimèrent des tracts qui furent distribués à l Université de Munich et dans d autres universités à travers l Allemagne août 1942 : Juifs de Varsovie sont déportés au camp de la mort de Treblinka. Les responsables du Département d État américain et du ministère britannique des Affaires étrangères décident que le télégramme de Riegner donnant des précisions sur la Shoah doit demeurer secret. 14 août 1942 : La communauté juive de Gorlice, en Pologne, est déportée dans sa totalité au camp d extermination de Belzec août 1942 : Avec trois autres Juifs, Rivka Yosselevska survit à un massacre près d une fosse située à la lisière de Zagrodski, en Pologne, à proximité de Pinsk. 350

59 Des Juifs polonais du ghetto de Kremenets (Ukraine) résistèrent violemment aux déportations nazies. Le 9 septembre 1942, Juifs, dont les dirigeants du ghetto, furent transportés dans un ghetto situé à moins de dix kilomètres. Furieux, un jeune Juif tira et tua six Allemands et Ukrainiens qui faisaient partie de «l équipe de liquidation», contraignant les nazis à battre en retraite. Le lendemain, dix autres nazis furent tués. Le 11 août, plutôt que d accepter la déportation et la mort certaine, les derniers Juifs mirent le feu au ghetto. Parmi les bâtiments détruits, se trouvait la synagogue du ghetto, représentée ici LA «SOLUTION FINALE» La Serbie Peu après avoir envahi la Yougoslavie, les nazis construisirent des camps de concentration. De sinistre réputation, Sajmiste (photo) était situé sur l autre rive du fleuve, en face de Belgrade, dans la ville de Semlin. Sajmiste devint un camp d extermination des Juifs serbes, principalement des femmes et des enfants. En représailles aux attaques de partisans, l armée allemande fusillait 100 otages pour tout soldat tué. Entre 4 et hommes, pour la plupart des Juifs et des Tsiganes, furent tués pour venger les pertes allemandes. Leurs femmes et leurs enfants furent transportés à Sajmiste où ils furent détenus dans des baraquements rudimentaires, avant leur déportation. Cherchant un moyen de se débarrasser des Juifs de façon plus efficace et plus économique, les autorités allemandes de Serbie utilisèrent un camion à gaz au printemps On disait aux victimes qu elles allaient être réinstallées, mais elles étaient en fait gazées et enterrées près de Belgrade. En 1942, les commandants nazis se vantèrent que la Serbie était judenrein (purifiée de ses Juifs). Entrevoyant devant eux la liberté et la sécurité, des réfugiés juifs franchissent la frontière suisse. Bien peu eurent la chance de ce groupe, car les Suisses, invoquant la nécessité de protéger leur neutralité, refusaient la plupart des réfugiés, notamment les Juifs. Un fonctionnaire qualifia son pays de «petit canot de sauvetage surpeuplé» et, en 1942, le gouvernement suisse ordonna à la police des frontières de ramener les réfugiés à la frontière française, ce qui, pour les Juifs, équivalait à une condamnation à mort. 15 août 1942 : Les Allemands ouvrent Jawiszowice, un camp de travail situé près d Auschwitz. Un millier de Juifs belges, dont 172 enfants, sont envoyés à la mort dans l Est. Mi-août 1942 : Un adolescent juif est enlevé du train de déportation au camp de la mort de Belzec, déshabillé, suspendu à une potence la tête en bas pendant trois heures, puis tué par les gardiens du camp qui utilisent des bâtons pour faire descendre du sable dans sa gorge. 17 août 1942 : 341 enfants juifs français âgés de deux à dix ans, ainsi que 323 jeunes filles de moins de 16 ans, sont gazés à Auschwitz. Deux des victimes sont Suzanne Perl, sept ans, et sa sœur Micheline, trois ans août 1942 : Juifs de Drogobytch, en Ukraine, sont assassinés au camp de la mort de Belzec. 18 août 1942 : 998 Juifs de Belgique, dont 287 enfants, sont déportés vers l Est. 351

60 Les Judenräte Créé sur ordre des nazis, le Judenrat (Conseil juif) du ghetto de Kovno, en Lituanie, fut appelé l Ältestenrat (Conseil des anciens). Son secrétaire adjoint, Avraham Tory, rédigea un journal qui illustre la façon dont ce conseil, dirigé par le docteur Elchanan Elkes, un éminent médecin, fut confronté aux dilemmes rencontrés par des centaines de Conseils juifs (Judenräte) dans l Europe occupée par les nazis. Tenus pour responsables de l exécution des directives allemandes, les dirigeants du Judenrat (comme l homme de cette photo, à Bochnia, en Pologne), tentèrent aussi d alléger les souffrances de la communauté. Les conseils, chargés de nombreuses responsabilités contradictoires, comportaient plusieurs départements. Le 4 août 1942, Tory nota dans son journal comment les cartes d identité devaient être utilisées par neuf bureaux du ghetto de Kovno : administration de l alimentation, travail, assistance sociale, santé, police, enregistrement, logement, questions économiques et éducation. Progressivement, les nazis «liquidaient» les ghettos d Europe de l Est en 1942 et 1943, si bien que les Judenräte dirigeaient des communautés condamnées. Durant l automne 1943, les Allemands reclassèrent le ghetto de Kovno pour en faire un camp de concentration. Ils supprimèrent l Ältestenrat en avril Kovno comptait environ Juifs lorsque les nazis occupèrent la ville, le 24 juin seulement vivaient encore après la guerre. Déporté à Dachau, le docteur Elkes y périt le 25 juillet Le plan conçu à la conférence de Wannsee prévoyait la liquidation des Juifs d Europe, d ouest en est. En 1942, les déportations commencèrent à grande échelle en Europe de l Ouest occupée. Ces Juifs furent transférés du camp de transit de Westerbork, aux Pays-Bas, à Auschwitz. Cette déportation, l une des premières aux Pays-Bas, eut lieu de juillet à octobre Début juillet 1942, les nazis entreprirent de déporter les Juifs du ghetto de Varsovie au camp de la mort de Treblinka où presque tous furent gazés dans le cadre de l opération Reinhard. Ces femmes faisaient partie des Juifs déportés de Varsovie, entre juillet et septembre autres allaient être déportés à Treblinka, en août 1942 : Les nazis assassinent les enfants du ghetto de Rembertów (Pologne). Les Juifs adultes de la ville, plus d un millier, sont rassemblés pour être déportés au camp de la mort de Treblinka. Environ 300 personnes reçoivent l ordre de marcher vers l est sur la route de Wesola. Avant même d avoir parcouru deux kilomètres, tous sont massacrés. Les 700 autres reçoivent l ordre de marcher vers le sud et, tandis que le groupe dépasse la ville d Anin, une femme se fond dans une foule de badauds polonais non juifs et s évade. Quarante-cinq autres sont mitraillés à Anin, prétendument parce qu ils tentent de s échapper. Plusieurs heures après, les marcheurs atteignent le ghetto de Falenica où des Juifs ont déjà été rassemblés ; ceux qui sont 352

61 Étant inutiles du point de vue nazi parce qu ils ne pouvaient effectuer de gros travaux, les enfants étaient souvent parmi les premiers à être déportés. Considérés comme les plus susceptibles de participer à la Résistance, les adolescents étaient eux aussi déportés. Sont représentés ici quelques adolescents juifs du ghetto de la ville polonaise de Bedzin qui abritait l un des mouvements de jeunes résistants les plus actifs d Europe orientale. L ardent désir de liberté qui animait nombre de jeunes de Bedzin inquiétait les nazis, en particulier parce que ces jeunes gens, filles et garçons, avaient délibérément rompu avec la tradition juive et que leurs actions risquaient fort d être audacieuses et imprévisibles. Les jeunes de Bedzin représentés ici furent très probablement parmi les Juifs de la ville déportés à Auschwitz en août découverts dans des cachettes sont abattus. Dans le ghetto, deux Juifs résistent, utilisant une hache pour tuer le premier Allemand qui franchit la porte de leur appartement. Au camp d extermination de Belzec, 700 à 800 Juifs rassemblés dans une chambre à gaz souffrent le martyre en attendant pendant près de trois heures qu un moteur diesel rétif puisse démarrer et remplir la chambre de gaz d échappement mortel. Le spécialiste du gaz/désinfectant, Kurt Gerstein, un SS, mais antinazi, se trouve sur place pour observer ; voir août août 1942 : Dix-sept mille Juifs de Lutsk, Ukraine, sont emmenés à la colline de Polanka et exécutés. 20 août 1942 : Le ZOB (Organisation juive de combat) tente d assassiner Joseph Szerynski, commandant de la police juive du ghetto de Varsovie. Un peu plus tard, ce même jour, d autres membres du ZOB mettent le feu à plusieurs entrepôts de Varsovie. La communauté juive de Falenica, en Pologne, est exterminée au camp de la mort de Treblinka. 353

62 La police allemande fusille quatre hommes de Drogobytch, ville d Ukraine occupée par les Allemands. En juillet 1941, les Juifs de Drogobytch avaient été conduits au cimetière par des antisémites de la ville et massacrés. En août 1942, plus de 500 Juifs furent massacrés par la police allemande et ukrainienne au cours de la sélection des Juifs qui allaient être déportés. Winston Churchill et Joseph Staline, respectivement dirigeants de la Grande-Bretagne et de l Union soviétique, semblent être en excellents termes durant leur rencontre d août à Moscou. En réalité, la méfiance régnait entre eux et chacun restait sur ses gardes. Engagé dans une lutte héroïque contre les nazis, au cours de laquelle des millions de ses compatriotes périrent, Staline demanda à Churchill, pendant cette réunion, d ouvrir un second front en France. Des officiers de la police secrète d Allemagne, une section de l Abwehr (Renseignements militaires), posent pour une photo prise à Gniezno, en Pologne. Dirigé par l amiral Wilhelm Canaris, l Abwehr était chargé de recueillir des renseignements sur l ennemi. Si certains officiers remplirent loyalement leur mission de contreespionnage, d autres trouvèrent au sein de l Abwehr le moyen de se livrer à des activités de résistance, grâce à l opposition croissante de Canaris à Hitler août 1942 : Dix-neuf mille Juifs de Kielce, en Pologne, sont déportés au camp de la mort de Treblinka. L expert en gaz / désinfectant, Kurt Gerstein, observe le gazage des Juifs à Treblinka, après avoir été témoin, la veille, de celui de Belzec. 21 août 1942 : Juifs de Minsk Mazowiecki, en Pologne, sont assassinés à Treblinka. Massacre de la communauté juive d Ozorków, en Pologne. 22 août 1942 : Dix mille Juifs de Wielun, en Pologne, sont déportés au camp de la mort de Chelmno. Dix mille Juifs de Siedlce, en Pologne, sont massacrés au camp de la mort de Treblinka. La communauté juive de 354

63 Des enfants juifs furent parfois cachés dans des monastères et des couvents catholiques romains. (Souvent les responsables des églises ne les acceptaient qu à condition qu ils se convertissent). Sont représentées des élèves juives de l école du couvent des Sœurs de Sainte-Marie, dans le village belge de Wesembeek- Oppem. Parmi elles, Sara Lamhaut qui survécut à la guerre sous le nom de Jeannine van Meerhaegen. Les parents de Sara périrent à Auschwitz en Les Juifs de Belgique La capitulation de la Belgique devant l Allemagne, le 28 mai 1940, plaça environ Juifs sous domination nazie. Tragiquement, bon nombre de ces Juifs s étaient auparavant enfuis d Allemagne et d Autriche, pensant avoir trouvé un abri sûr. Pour la plupart de ces Juifs, l ombre nazie de la mort ne put être évitée. Au début de l occupation, les entreprises juives et les individus furent enregistrés. En 1941, des Conseils juifs officiels (Judenräte) furent créés. Lorsque les Juifs reçurent l ordre de porter des étoiles jaunes, en mai 1942, la tiédeur de la coopération manifestée par les fonctionnaires belges permit à de nombreux Juifs de se cacher. Sans tenir compte de la vague d opposition, les Allemands procédèrent à la déportation des Juifs de Belgique durant l été Les protestations publiques en faveur des Juifs, associées à l intervention de la reine mère de Belgique, contraignirent les nazis à faire porter leurs efforts sur les milliers de Juifs étrangers vivant en Belgique. Alors que de nombreux Juifs belges entrèrent dans la clandestinité, d autres furent déportés du territoire belge vers les chambres à gaz d Auschwitz plus de entre août et octobre Au moment où les assassinats prirent fin à Auschwitz, en octobre 1944, environ Juifs qui vivaient en Belgique au moment de l occupation avaient péri. Le père Bruno, un prêtre belge, sauva plusieurs enfants juifs des mains des nazis, entre autres (de gauche à droite) Henri Zwierszewski, George Michaelson, Willy Michaelson, Henri Fuks, et Willy Sandorminski. Le père Bruno risqua sa vie pour sauver ces enfants. Après la guerre, Yad Vashem le reconnut comme un «Juste parmi les nations.» Losice, en Pologne, est liquidée au camp de la mort de Treblinka. 24 août 1942 : Des Juifs sont enfermés dans une église à Lask, en Pologne, et assassinés. Parmi les victimes, une mère et son bébé, né dans l église. À Zdunska Wola, en Pologne, Juifs sont parqués dans le cimetière où tous, à l exception d une centaine, sont fusillés et battus à mort. Les survivants sont contraints d enterrer les victimes. Au camp de la mort de Treblinka, une jeune femme juive déséquilibrée est découverte, cachant un petit enfant sous le drap qu elle porte. Les gardes du camp tirent, tuant la femme et l enfant août 1942 : Dix mille Juifs de Nowy Sacz, en Pologne, sont déportés au camp d extermination de Belzec. 26 août 1942 : Après sa descente du train, au camp de la mort de Treblinka, un Juif appelé Friedman utilise une lame de rasoir pour trancher la gorge d un garde ukrainien. Les gardes SS ripostent immédiatement 355

64 Breendonck Le camp de concentration de Breendonck était à l origine un centre d internement pour les Juifs de la Belgique occupée. Situé à 25 kilomètres au sud d Anvers, il s agissait d un fort entouré de fossés, datant du début des années Les nazis firent de Breendonck un centre d internement durant l été 1940, ajoutant des cellules, une potence, des baraquements, une chambre de torture, un endroit pour noyer les prisonniers, un autre pour les enterrer vivants, ainsi que des logements pour les SS et les membres de la Wehrmacht surveillant le camp. La nourriture des prisonniers et leurs conditions de détention étaient exécrables, et la cruauté était encouragée par le chef de ce camp de travail forcé, Artur Prauss. Le 24 septembre 1942, le rabbin Salomon Ullman aumônier militaire juif de la Belgique depuis 1937 fut envoyé à Breendonck à titre d avertissement à l égard des résistants. Ullman fut libéré 15 jours plus tard ; les autres détenus juifs n eurent pas cette chance. Lorsque la déportation des Juifs de Belgique commença en 1942, de nombreux prisonniers juifs détenus à Breendonck furent envoyés au camp de transit de Mechelen avant d être acheminés à Auschwitz. L emplacement en Belgique de Breendonck et la dureté de ses administrateurs en font un cas particulier ; les Juifs n y furent jamais détenus en grand nombre, mais tous souffrirent terriblement. Entre 1940 et 1944, le nombre de prisonniers juifs ne dépassa jamais les 200 et, en 1942, les Juifs ne constituaient plus la majorité des détenus. Le camp fut libéré durant l été Jasenovac, le plus grand des camps de concentration et de la mort en Croatie, fut créé en automne Il devint l ultime destination pour plusieurs centaines de milliers de Tsiganes, Serbes et Juifs. Comme le montre le crâne brisé de cet homme, le camp, dirigé par l Ustasa, était particulièrement barbare. Des milliers de personnes furent assassinées sur le champ ou moururent de faim dans des conditions inhumaines. En 1942, quelque enfants juifs et serbes y furent massacrés. Fondé dans les années 1920, le mouvement sioniste hehaloutz (Le pionnier) enseignait aux jeunes Juifs allemands et autrichiens les rudiments de l agriculture. Après l arrivée des nazis au pouvoir, l organisation accéléra la formation. Les membres, une fois dotés de diplômes d agriculteurs chevronnés, pouvaient obtenir de rejoindre les quelques chanceux légalement autorisés à pénétrer en Palestine en ouvrant le feu sur les autres déportés qui viennent d arriver août 1942 : Des milliers de Juifs de Miedzyrzec, en Pologne, sont déportés au camp de la mort de Treblinka. Près d un millier de Juifs belges, dont 232 enfants, sont déportés vers l Est. 26 août 1942 : 518 enfants juifs déportés de Paris sont gazés à Auschwitz. 27 août 1942 : Huit mille Juifs de Wieliczka, en Pologne, sont assassinés au camp de la mort de Belzec. À l arrivée au camp d extermination de Treblinka d un convoi de trains transportant Juifs de Miedzyrzec (Pologne), les gardes découvrent que 356

65 Les nazis ordonnaient souvent à leurs victimes de préparer des ballots pour leur voyage de déportation. À Drogobytch, en Ukraine, Juifs reçurent l ordre de se préparer à la réinstallation et au travail dans les marais du Pripet. Leurs effets (photo) ne furent jamais chargés dans le train. Les Juifs furent conduits non pas aux marais du Pripet, mais dans les chambres à gaz de Belzec. Cette photographie, prise en secret, montre le train d un convoi à la gare de Siedlce, en Pologne. Cette gare était située sur l une des voies principales reliant Varsovie et Treblinka, et bon nombre de Juifs déportés pendant la liquidation du ghetto de Varsovie la traversèrent. Les nazis tentaient de choisir des endroits isolés pour de telles activités afin de les tenir secrètes, mais presque toujours, certains civils étaient au courant. Alors que certains Juifs comme Abba Kovner aspiraient à organiser une résistance clandestine dans le ghetto de Vilnius, en Lituanie, d autres s engagèrent dans une autre forme de résistance communautaire. Luttant pour que les habitants du ghetto gardent le moral, des Juifs de Vilnius organisèrent toutes sortes d activités culturelles. Cette affiche d août 1942 invite la population à assister à une représentation donnée par le groupe de gymnastique et d arts plastiques dirigé par Nina Gerstein. les déportés sont tous morts asphyxiés durant le trajet de 120 kilomètres. Plusieurs milliers de Juifs de Chortkov, en Pologne, sont rassemblés sur la place de la ville et contraints d assister au meurtre des enfants de la communauté ; voir 28 août La défense de Stalingrad par les Soviétiques se renforce, tandis que le siège allemand s intensifie août 1942 : Quatorze mille Juifs sont assassinés à Sarny, en Ukraine. 28 août 1942 : Stephen Wise, président du Congrès juif mondial (CJM), reçoit un télégramme du représentant de l organisation en Suisse, Gerhart Riegner, sur la «solution finale». Wise choisit de cacher l information jusqu à ce qu elle puisse être authentifiée ; voir mi-novembre Dix mille Juifs sont massacrés à Miedzyrzec, en Pologne. Les Juifs de Chortkov, en Ukraine, sont emmenés dans des wagons de marchandises au camp de la mort de Belzec. Les autorités allemandes ordonnent d arrêter les prêtres parisiens qui donnent abri à des Juifs. 357

66 Franz Stangl Policier autrichien qui atteignit le grade de capitaine dans la SS, Franz Stangl commanda deux des six camps d extermination nazis en Pologne : Sobibor et Treblinka. Sous la supervision de Stangl, Sobibor ouvrit ses portes début mai Fin juillet, environ Juifs y avaient été massacrés. Entre-temps, Stangl se rendit à Treblinka. Entre et Juifs y furent gazés, la plupart durant l administration de Stangl qui dura de septembre 1942 au mois d août de l année suivante. Après la guerre, Stangl s enfuit au Brésil. Arrêté en 1967, il fut extradé en Allemagne, jugé pour ses crimes et condamné à la prison à vie. La journaliste Gitta Sereny l interviewa en 1971 : «Pensez-vous que cette époque en Pologne vous a appris quelque chose?» demanda-t-elle à Stangl, le 27 juin. «Oui, répondit-il, que la faiblesse humaine est à l origine de tout ce qui est humain.» Moins de 24 heures plus tard, Stangl mourut d un arrêt cardiaque. Les 25 et 26 août 1942, les Juifs de Miedzyrzec Podlaski, en Pologne, furent entassés dans des wagons à bestiaux et déportés à Treblinka. L un des trains bondés arriva à destination avec 80% des passagers morts asphyxiés. Abraham Jacob Krzepicki, un Juif qui travaillait dans l usine de la mort de Treblinka, se souvient de l un des «survivants» : «Parmi ceux qui vivaient encore, j ai trouvé un bébé d un an ou un an et demi qui s était réveillé et pleurait. Je l ai mis sur le côté. Le lendemain, il était mort.» Des déportés âgés de la ville allemande de Wiesbaden attendent le train qui les transportera à une destination inconnue vers l Est. La déportation des 1006 Juifs «à part entière» de Wiesbaden commença en mars Outre ces personnes, d autres Juifs de Wiesbaden furent déportés vers l Est via Francfort. Sur les quelque membres que comptait la communauté juive de Wiesbaden avant la guerre, dix seulement revinrent après la guerre août 1942 : Déportation au camp de la mort de Belzec de la communauté juive d Olesko, en Ukraine. Des responsables de l Occupation à l Est informent Berlin que le «problème juif» a été «entièrement résolu» en Serbie. Depuis l occupation allemande, des Juifs serbes ont été massacrés. 30 août 1942 : Massacre des membres de la communauté juive de Rabka, en Pologne. L évêque français Pierre-Marie Théas rappelle à ses paroissiens que tous les êtres humains, juifs et chrétiens, ont été créés par le même Dieu, et que «tous les hommes, quelles que soient leur race ou leur religion, ont droit au respect des individus et des gouvernements.» 358

67 Cette affiche rappelle douloureusement le sort des Juifs polonais durant les trois premières années de l occupation nazie. Il est écrit en hébreu : «Journée du judaïsme polonais : 1 er septembre er septembre 1942.» En Europe, durant la Seconde Guerre mondiale, aucun groupe ne souffrit autant que les Juifs polonais qui, du fait même de leur nombre, constituaient une cible privilégiée pour les nazis. Dès lors que l armée allemande occupa la Pologne en septembre 1939, les Juifs polonais furent systématiquement regroupés dans des ghettos surpeuplés, privés de l essentiel et soumis à des exécutions sommaires. À partir du printemps 1942, les Juifs polonais furent déportés dans les camps de la mort nazis. Sur plus de 3,3 millions de Juifs qui vivaient en Pologne en septembre 1939, trois millions périrent pendant la guerre. LES FRONTIÈRES DE L EUROPE À L APOGÉE DE LA PUISSANCE NAZIE, 1942 N OCÉAN ATLANTIQUE FINLANDE UNION SOVIÉTIQUE compromis accepté par Hitler : les détenus d Himmler seraient à la disposition de Speer dans les usines d armes conventionnelles. NORVÈGE Leningrad Ultime avancée SUÈDE mer de l armée allemande du Nord Moscou IRLANDE GRANDE- DANEMARK REICHSKOMMISSARIAT BRETAGNE OSTLAND PAYS-BAS Londres Berlin BELGIQUE GRANDE ALLEMAGNE Varsovie LUXEMBOURG GENERAL- Paris GOUVERNEMENT FRANCE PROTECTORAT SLOVAQUIE UKRAINE SUISSE & MORAVIE Zone non DE BOHÊME HONGRIE Budapest occupée ITALIE CROATIE ROUMANIE Grande Allemagne & territoires occupés ESPAGNE SERBIE États alliés ou dépendants Rome BULGARIE de l Allemagne YOUGOSLAVIE Pays neutres Alliés mer Méditerranée ALBANIE TURQUIE miles AFRIQUE GRÈCE kilomètres En 1942, l Allemagne occupait la majeure partie de l Europe du Nord, tandis que la plupart des régimes du Sud de l Europe étaient d obédience nazie. À l Est, les forces allemandes étaient profondément avancées en territoire soviétique. Dans les six derniers mois de 1942, les Soviétiques commencèrent à refouler les Allemands. C est un Führer énergique qui s adresse à une foule en De telles occasions se firent de plus en plus rares au fur et à mesure que le Reich commença à se désintégrer. L échec sur le front russe et l intensification des bombardements britanniques contre les villes allemandes précipitèrent Hitler dans un isolement croissant. Fin de l été 1942 : L officier SS Kurt Gerstein ne parvient pas à rendre public ce qu il sait des gazages en masse des Juifs. Il n obtient pas d audience auprès du nonce apostolique à Berlin, Cesare Orsenigo. Septembre 1942 : Quatorze mille Juifs sont amenés à la carrière de gravier de Piatydni, en Ukraine, et mitraillés. Moshé Skoczylas et Michael Majtek constituent des unités de partisans juifs à Dzialoszyce, en Pologne. Les troupes allemandes atteignent le Caucase et commencent à exterminer les Juifs de la région. Le chef des SS, Heinrich Himmler, suggère que les détenus des camps soient mis au travail dans les usines d armement locales. Albert Speer, chef de l armement, s y oppose, proposant un Emmanuel Celler, un Juif membre du Congrès de l État de New York, propose une législation destinée à autoriser les Juifs français, sur le point d être déportés en Europe orientale, à immigrer aux États-Unis. Ce projet de loi est rejeté par 359

68 «Hier ist kein warum.» («Ici, il n y a pas de pourquoi.») Un garde d Auschwitz au détenu Primo Levi assoiffé pour justifier qu il l empêche de sucer un morceau de glace ; vers Ce tract, publié par le chef de la SS et de la police du district de Cracovie, en Pologne, annonçait que la déportation des Juifs de Sanok et des environs commencerait le 5 septembre L absence de coopération sous n importe quelle forme serait passible du peloton d exécution. La déportation fut un succès du point de vue des nazis, Juifs de la région de Sanok périrent au camp de la mort de Belzec du 5 au 10 septembre. Un prisonnier à Auschwitz est laissé suspendu au sommet d une clôture après avoir été tué à l arme automatique pendant une tentative d évasion. Le corps fut laissé bien en vue durant des heures, à des fins de dissuasion. Les prisonniers avaient bien conscience que l évasion était quasiment impossible. Des gardes armés et des chiens policiers patrouillaient dans le camp, et la majeure partie de la clôture était électrifiée. Le Zyklon B, nom commercial du cyanure d hydrogène, fut l arme privilégiée des nazis. Il fut d abord utilisé pour exterminer les malades mentaux dans le cadre du programme T-4. En 1941, les prisonniers de guerre soviétiques détenus à Auschwitz furent assassinés avec ce gaz mortel et, en 1942, le Zyklon B était devenu la méthode préférée pour tuer un grand nombre de personnes. Quelques minutes après avoir été introduit dans une chambre close remplie de centaines de personnes, le gaz tuait tous les occupants de la pièce la commission sur l Immigration de la Chambre des Représentants. Septembre 1942 : Tandis que les Juifs sont déportés de France et envoyés à la mort dans le Troisième Reich, le ministère de l Information de Vichy demande instamment à la presse de rappeler «le véritable enseignement de Saint Thomas et des papes l enseignement général traditionnel de l Église catholique sur le problème juif.» Début septembre 1942 : Un garde SS sur un train de déportation en route pour le camp de la mort de Belzec abat Jadzia Beer, une jeune Polonaise de Jaworów, dont la jupe s est prise dans la fenêtre d un autorail et qui est suspendue à cette fenêtre sans pouvoir réagir. 1 er septembre 1942 : Des milliers de Juifs de Stry, en Ukraine, sont 360

69 La Shoah dans les Balkans L histoire de la Shoah dans les Balkans est à la fois complexe et tragique. Si plus de Juifs de Roumanie, Yougoslavie, Grèce et Bulgarie périrent, les circonstances entourant leur mort et les chances de survie pour chacun varièrent d un pays à l autre. Les opérations de meurtre en Roumanie furent particulièrement barbares. Les forces allemandes, roumaines et ukrainiennes déferlèrent sur les territoires roumains de Bukovine et de Bessarabie, massacrant tout Juif se trouvant à leur portée Juifs vivaient à Odessa en Transnistrie (un territoire ukrainien conquis par l Allemagne et la Roumanie en 1941). En février 1942, cependant, la ville fut déclarée «purifiée de ses Juifs.» Dans les territoires roumains traditionnels appelés Regat, les campagnes contre les Juifs suivirent un modèle traditionnel : violence, saisies de biens et création de ghettos. Un conflit entre le gouvernement roumain et les Allemands limita cependant le nombre de Juifs déportés à Belzec. Au total, plus de Juifs roumains périrent durant la Shoah. Avec le partage de la Yougoslavie en avril 1941, les Juifs du territoire se retrouvèrent sous la domination des pays suivants : Hongrie, Italie, Allemagne, Bulgarie et l État indépendant de Croatie dirigé par le fasciste Ante Pavelic. Lorsque le mouvement Ustasa de Pavelic accéda au pouvoir avec l aide d Hitler, les Croates massacrèrent plus d un demi-million de Serbes (y compris l enfant sur la photo) et se retournèrent également contre les Juifs. Plus de 80% des Juifs de Yougoslavie furent assassinés par les nazis et l Ustasa LA «SOLUTION FINALE» Le sort des Juifs grecs dépendit des Italiens. Lorsque l Italie capitula devant les Alliés en septembre 1943, les troupes allemandes occupèrent la Grèce. Bien que les déportations à Auschwitz aient été différées jusqu à mars 1943, 80% des Juifs de Grèce furent massacrés. Les seules communautés balkano-juives qui évitèrent la tourmente nazie se trouvaient en Bulgarie. Bien qu en général antisémites, les fonctionnaires bulgares s opposèrent au meurtre des Juifs et résistèrent aux exigences allemandes d entamer les déportations. Le gouvernement bulgare finit par accepter de déporter les quelque Juifs étrangers qui vivaient dans les régions acquises par suite du partage de la Grèce. Mais les campagnes publiques menées avec dynamisme en faveur des Juifs par des médecins, écrivains, avocats et des membres du clergé orthodoxe réussirent à convaincre les citoyens bulgares que les projets antisémites collaborationnistes du gouvernement de Bogdan Filov n étaient pas une bonne politique. Les autorités bulgares confisquèrent les biens des Juifs du pays, mais 78% des Juifs de Bulgarie survécurent à la guerre. assassinés au camp de la mort de Belzec Les forces de sûreté effectuent une descente dans cinq hôpitaux du ghetto de Lodz (Pologne), évacuant et massacrant les patients. Des bébés sont jetés par les fenêtres d un étage élevé, certains passés à la baïonnette avant d atteindre le sol. Un berger allemand qui lèche le visage d un bébé juif au camp d extermination de Treblinka est sauvagement battu par son maître SS avant que le garde ne piétine le bébé jusqu à ce que mort s ensuive. Les troupes alliées avancent considérablement en France et en Italie, et les troupes soviétiques parviennent en Bulgarie. 2 septembre 1942 : Les Juifs de Dzialoszyce, en Pologne, sont rassemblés par les agents de la Gestapo et par la police polonaise et ukrainienne, puis terrorisés et contraints à rester debout toute la journée en plein soleil. Deux mille habitants sont exécutés dans le cimetière juif de Dolles. Les habitants restants sont déportés au camp de la mort de Belzec. À Oslo, Julius Samuel, grand rabbin de Norvège refuse de se cacher ou de fuir le pays. Il est arrêté et interné dans le camp de Berg, au sud d Oslo. 361

70 Les Juifs en Grande-Bretagne et en Australie Dans les années 1930 et 1940, afin d empêcher les Juifs d entrer en Palestine et à cause de l important antisémitisme régnant au ministère des Affaires étrangères, ainsi qu au ministère des Colonies, le gouvernement britannique ordonna l internement d environ «étrangers ennemis» sur le sol britannique, dont la plupart étaient des Juifs. Environ d entre eux furent déportés au Canada et en Australie. Peu importait qu ils aient été classés comme les réfugiés les moins dangereux ; les gouvernements et les autochtones traitaient les «étrangers ennemis» comme des parias. Internements et déportations ne prirent fin qu après la mort de plusieurs centaines de déportés lorsque leur bateau, l Arandora Star, fut torpillé et coulé en juillet Les Juifs d un autre bateau, le Dunera, furent maltraités par l équipage. Les quelques Juifs qui arrivèrent en Australie durent se déclarer à la police. Ils ne pouvaient voyager sans une autorisation de la police et n avaient pas le droit de posséder une radio. Mordekhaï Haïm Rumkowski (à gauche), chef du Conseil juif de Lodz, s entretient avec Hans Biebow, l Allemand chargé de l administration du ghetto. Durant toute l année 1942, Rumkowski chercha en vain à limiter les déportations et à transformer le ghetto en une usine indispensable. Ignorant que les déportés étaient envoyés directement à la mort à Chelmno, Rumkowski prépara sa liste de déportation, espérant gagner du temps pour ceux qui restaient. Vers la fin septembre, plus de personnes avaient été déportées. Le chroniqueur du ghetto écrivit le 25 septembre : «Il ne reste [pratiquement] dans le ghetto aucun habitant âgé de plus de 65 ans ou de moins de 10 ans.» Le 4 septembre 1942, les craintes d une reprise des déportations du ghetto de Lodz se dissipèrent lorsque le chef du Conseil juif, Mordekhaï Haïm Rumkowski annonça que Juifs âgés de moins de dix ans et de plus de 65 ans devaient être réinstallés hors du ghetto. Du 5 au 12 septembre, au moins Juifs furent déportés au cours de l action Gehsperre (mouvement interdit). La chronique du ghetto évoqua cette période comme «huit jours semblables à une éternité!» Cette photographie montre une femme et un enfant probablement une mère et sa fille s embrassant par la clôture de la prison du ghetto septembre 1942 : À Lachva, en Biélorussie, plus de 800 Juifs se battent contre les nazis dans une révolte dirigée par Dov Lopatyn. La plupart des rebelles sont tués. Le Congrès juif mondial, installé à Genève, apprend la déportation de Juifs français. Josef Kaplan, un dirigeant du ZOB (Organisation juive de combat), est arrêté à Varsovie et rejoint un autre leader, Yisrael Zeltzer, en détention. Lorsqu un autre chef du ZOB, Shmouel Braslav est arrêté dans la rue par des soldats allemands, il est abattu après avoir tenté de sortir un couteau. Une femme, Reginka Justman, autre chef du ZOB, est abattue après avoir été arrêtée en train de transporter les armes d une cache du ZOB à une autre cachette ; les armes sont saisies. 362

71 Les déportations du ghetto de Lodz séparaient souvent les familles les maris de leurs femmes, les parents de leurs enfants. Prendre congé des êtres chers partant en déportation était une expérience traumatisante. Dans l immense majorité des cas, les membres de la famille n allaient jamais se revoir. Cet homme faisait partie des nombreuses personnes assassinées durant l action du Gehsperre à Lodz, avant même la déportation à Chelmno. L action se déroula avec une rapidité sans précédent, commençant par les malades dans les hôpitaux et se poursuivant avec les personnes âgées et les enfants. Les déportés furent transportés dans des camions de cinq tonnes à la gare hors du ghetto d où ils furent acheminés au camp de la mort par trains ou par camions. Certains furent même contraints de marcher. Souvent, des amis ou des membres de la famille ne savaient pas que quelqu un avait été déporté bien après son départ. L opération Gehsperre entrait dans le cadre d une entreprise plus vaste, l opération Reinhard, destinée à massacrer tous les Juifs du General gouvernement. Nombre de victimes des déportations du Gehsperre, du ghetto de Lodz en septembre 1942, cherchèrent à échapper à leur sort en s enfuyant. Mais ceux qui tentaient d éviter la déportation étaient sommairement abattus. Cette photographie montre des policiers juifs qui avaient reçu la promesse que leurs enfants seraient épargnés s ils se montraient coopérants rassemblant des femmes et des enfants qui tentaient de fuir d un point de rassemblement situé dans l hôpital juif de la rue Drewnowska septembre 1942 : Le Times de Londres publie des articles décrivant la déportation des Juifs français. 4 septembre 1942 : Le port de l étoile jaune est imposé aux Juifs de Macédoine septembre 1942 : Haïm Rumkowski, le dirigeant du Conseil juif du ghetto de Lodz, en Pologne, accède aux exigences des nazis concernant la déportation des enfants et des adultes âgés de plus de 65 ans de la communauté. Au cours de l action, les Allemands tirent au hasard dans la foule, exécutent des Juifs et envahissent les hôpitaux juifs. Ils déportent environ personnes. 5 septembre 1942 : Affaiblies par la faim et exténuées par le travail forcé, quelque 800 femmes juives du camp de la mort d Auschwitz sont gazées. Un peu plus tard au camp, 661 Juifs d un train de déportation arrivé des Pays-Bas sont gazés. 6-7 septembre 1942 : Plus d un millier de Juifs polonais sont massacrés par les nazis dans les rues du ghetto de Varsovie. 363

72 Fin septembre 1942, la plupart des enfants du ghetto de Lodz (Pologne) avaient été déportés. Le ghetto luttait pour procurer un emploi à ceux qui restaient et pour trouver un foyer aux orphelins. La Chronique du ghetto de Lodz rapporta fièrement que, début décembre, plus de 700 enfants avaient été placés dans des familles. Au cours des six derniers mois de 1942, un camp de concentration fut créé pour les enfants polonais (non juifs) sous la direction de Karl Ehrlich. Il inspecte ici ses jeunes prisonniers. Leib Rotblatt était un membre du ZOB (Organisation juive de combat) qui apparut dans le ghetto de Varsovie durant l été Les membres de l organisation réunirent des armes pendant tout l été en vue de se préparer à une ultime confrontation avec les nazis. Les propos d Emanuel Ringelblum, écrits après la brutale Aktion du 12 septembre 1942, étaient prophétiques pour le ZOB : «Jamais les Allemands ne nous chasseront d ici impunément. Nous mourrons, mais les cruels envahisseurs le paieront de leur sang.» William Joyce, dit «Lord Haw- Haw», était un fasciste britannique réputé pour ses émissions de propagande pronazies. Membre de l Union britannique des fascistes depuis 1932, Joyce perdit toutes ses illusions sur la politique antijuive «douce» de l Union. En 1937, il contribua à la création de la Ligue national-socialiste, une organisation qui souhaitait imiter en Angleterre la politique de l Allemagne nazie. Joyce s installa en Allemagne en août 1939 et diffusa son programme radio Germany Calling «L appel de l Allemagne». Considéré comme un traître en Grande-Bretagne, Joyce reçut la nationalité allemande. Il fut arrêté par les autorités britanniques en mai 1945, jugé pour trahison, reconnu coupable et exécuté en janvier septembre 1942 : Près de Juifs de Varsovie sont déportés au camp d extermination de Treblinka. 7 septembre 1942 : Au moins Juifs de Kolomyia en Ukraine, sont déportés à Belzec ; un millier sont tués dans le ghetto même de Kolomyia. 8 septembre 1942 : Au cours d une séance de la Chambre des Communes en Grande-Bretagne, le premier ministre Winston Churchill mentionne avec colère la déportation des Juifs français. 9 septembre 1942 : Deux mille Juifs sont déportés du camp de Lublin à Majdanek (en Pologne). Le Times de 364

73 Petit garçon dans un camp pour enfants de l Ustasa à Sisak, en Croatie. L État indépendant de Croatie, dirigé par le mouvement de l Ustasa, mit en œuvre une législation antijuive entièrement calquée sur les lois de Nuremberg. Le premier camp de concentration de Croatie fut créé début Dans de nombreux camps, hommes, femmes et enfants étaient strictement séparés. Hajj Amin al-husseini Le grand mufti de Jérusalem, Hajj Amin al-husseini (à gauche sur la photo) était un dirigeant religieux arabe nationaliste. Dans les années 1930, il organisa les attaques arabes contre les Britanniques et les Juifs en Palestine et en Irak. Fuyant les autorités britanniques, Husseini fut accueilli à bras ouverts par les nazis à Berlin. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Husseini afficha en public et en privé sa sympathie pour l antisémitisme des nazis, ainsi que pour leur politique antibritannique. Il passa la majeure partie de la guerre à Berlin et visita de nombreux camps. Husseini obtint la promesse d Hitler que lorsque l Allemagne aurait conquis le Moyen-Orient, les Juifs de la région subiraient la même extermination que les Juifs européens. Husseini recruta des milliers de musulmans européens pour qu ils servent dans la Waffen SS. Il échappa à un procès pour crimes de guerre et, après 1946, passa le reste de sa vie à être reçu dans diverses capitales du Moyen-Orient. Le ressentiment arabe contre le rôle des Britanniques au Moyen- Orient s intensifia au fur et à mesure que des Juifs européens aspiraient à recouvrer leur patrie en Palestine, imposant aux Britanniques de rétablir la paix entre Juifs et Arabes. Néanmoins, des Juifs et des Arabes étaient favorables aux Britanniques et rejoignirent le combat contre les nazis et les fascistes. Le dirigeant arabe Fakhri al-nashashibi exhorta même ses partisans à rejoindre l armée britannique. Ici, des Arabes appartenant au régiment de Palestine défilent après avoir achevé leurs six mois d instruction. Londres fait état de la démission du général Robert de Saint-Vincent, gouverneur militaire de Lyon, qui refuse de procéder aux arrestations en masse des Juifs dans la région dont il a la charge. Le même numéro du Times rapporte l ordre donné par les Allemands d arrêter les prêtres catholiques qui donnent refuge aux Juifs dans la zone non occupée de France. 10 septembre 1942 : En Belgique, les Juifs étrangers sont pris dans une rafle à Anvers et envoyés au camp de Mechelen, dans le pays, puis astreints au travail dans le nord de la France. 11 septembre 1942 : Méir Berliner, un Juif argentin déporté de Varsovie au camp de Treblinka, poignarde à mort un officier SS, Max Bialas, avec un canif. En représailles, Berliner et 150 autres détenus de Treblinka sont exécutés. À Stolin, en Biélorussie, la résistance juive est menée par Moses Glazer et Asher Shapira. Cinq mille Juifs du ghetto de Varsovie sont déportés à Treblinka, dont l écrivain Hillel Zeitlin, âgé de 71 ans. 365

74 Les combattants juifs Les Juifs jouèrent un rôle non négligeable dans la défaite militaire d Hitler. Selon certaines estimations, plus d un million et demi de soldats juifs combattirent les nazis dans le cadre d unités militaires alliées. Extrêmement motivés, les Juifs, compte tenu de leur pourcentage dans la population totale des pays alliés servirent proportionnellement en nombre très élevé dans chacun de leurs pays. Les forces des États-Unis comprenaient Juifs sur une population totale juive américaine de âmes. Autrement dit, alors que les Juifs constituaient moins de 3% de l ensemble de la population américaine, leur représentation dans l armée était de 10%. Les Juifs américains combattirent sur tous les fronts, certains survolant l Allemagne, en mission de bombardement avant l arrivée des forces terrestres des États-Unis. Environ Juifs américains périrent au combat et des milliers d autres furent blessés. En Union soviétique, le capitaine de sousmarin Israël Fisanovich, un Juif, prit en chasse des navires allemands dans l Arctique et en coula plusieurs. Dans le sud de l Ukraine, le général Lev Dovator, courageux cosaque, contribua à entraver l offensive lancée par les troupes allemandes qui se dirigeaient vers les champs de pétrole du Caucase. Les unités de l armée britannique comprenaient environ volontaires juifs de Palestine, dont servaient dans la Brigade juive, qui entra en action en Italie, en Ce fut la seule unité juive de la Seconde Guerre mondiale à se battre sous drapeau juif. Ada Levi, une Juive de Bologne, en Italie, reçut la notification de travail forcé n 307. Elle était signée par le préfet de Bologne, président du Conseil provincial et datée du 14 septembre Bien que le gouvernement italien traitât les Juifs mieux que les Allemands en fait, mieux que le gouvernement français de Vichy il exigeait d eux, cependant, un travail forcé. Le travail forcé était une caractéristique de l occupation de la Pologne par les Allemands. Cette carte de travail du 15 septembre 1942 fut accordée à Haïm Jakub Hallsweder par le Judenrat de Bochnia, en Pologne. Moins de deux mois plus tard, les Allemands attaquèrent le ghetto, tuèrent des dizaines de Juifs et en envoyèrent des centaines dans le camp de la mort de Belzec septembre 1942 : Plus de Juifs polonais de Varsovie sont déportés au camp d extermination de Treblinka. Un jeune Juif, du nom d Abraham Jakób Krzepicki, s évade de Treblinka, parvient à se rendre à Varsovie, où l historien du ghetto, Emanuel Ringelblum veille à ce que son témoignage oculaire soit mis par écrit ; voir 1 er décembre La sixième armée allemande et la quatrième unité de panzers parviennent dans les faubourgs de Stalingrad, en Russie. Elles s apprêtent à affronter les Soviétiques dans la grande bataille de Stalingrad. 13 septembre 1942 : Déportation de la communauté juive de Checiny, en Pologne. 366

75 Dietrich Bonhoeffer, théologien protestant allemand, s opposa activement au régime nazi. Avec Martin Niemöller et Karl Barth, Bonhoeffer créa le mouvement de Résistance chrétienne appelé Église confessante. Les tentatives de Bonhoeffer de faire passer clandestinement des Juifs en Suisse en 1942 conduisirent à son internement dans le camp de concentration de Flossenbürg où il fut pendu le 9 avril En dépit de l abolition du rabbinat dans le ghetto de Lodz, en Pologne, en septembre 1942, les Juifs continuèrent à observer les fêtes religieuses et le président du Conseil juif, Mordekhaï Haïm Rumkowski, prit sur lui de célébrer des mariages. Ici, différentes générations du ghetto de Lodz se rejoignent pour observer les fêtes, un vieil homme avec son livre de prières et portant un talith, assis à côté d un jeune homme, peut-être son petit-fils. Des prisonniers du Sonderkommando brûlent des corps à Auschwitz. Lorsqu il y avait trop de corps pour les fours et/ou lorsque les fours tombaient en panne, d autres moyens de se débarrasser des corps étaient utilisés. Le camp de la mort à Sobibor possédait des chambres à gaz, mais pas des fours crématoires septembre 1942 : Déportation au camp de la mort de Belzec de membres de la communauté juive de Kalush, en Ukraine septembre 1942 : Extermination de la communauté juive de Kamenka, en Ukraine, au camp de la mort de Belzec. 16 septembre 1942 : Six mille Juifs de Jedrzejów, en Pologne, sont assassinés dans le camp de la mort de Treblinka. 18 septembre 1942 : Les rations alimentaires pour les Juifs sont considérablement réduites dans l ensemble de la Grande Allemagne. Le ministre de la Justice du Reich, Otto Thierack, et le chef des SS Heinrich Himmler acceptent que les Juifs et d autres détenus des camps soient transférés à la garde des SS pour la Vernichtung durch Arbeit (l extermination par le travail), c est-à-dire un dur labeur jusqu à ce que mort s ensuive. 21 septembre 1942 : Les corps jetés dans des fosses à ciel ouvert du camp d Auschwitz commencent à être incinérés 367

76 «Les hommes à gauche!, les femmes à droite!» Dans La nuit, le récit autobiographique devenu un classique, Élie Wiesel se souvient qu un SS hurlait ces ordres tandis que des Juifs hongrois descendaient des wagons à bestiaux qui les avaient acheminés à Auschwitz-Birkenau, au printemps «En colonnes par cinq!» entendit Wiesel, tandis qu une sélection commençait pour déterminer qui allait entrer dans les chambres à gaz. De tels ordres faisaient partie des méthodes des camps de la mort, un système inventé par les nazis qui devinrent des spécialistes de l extermination des Juifs. Les camps de la mort de Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka et Majdanek, ainsi que Birkenau, firent de 1942 l année la plus catastrophique de la Shoah. Le processus de destruction variait d un endroit à l autre, mais les similitudes augmentaient l efficacité de la «solution finale». Au cours de l année 1942, des trains bondés acheminèrent régulièrement les Juifs européens des ghettos et des camps de transit vers les camps de la mort nazis en Pologne. Lorsque les trains parvenaient à destination, il fallait séparer les morts des vivants. Le système de la mort Ensuite, ceux qui étaient incapables de marcher étaient abattus, afin que le flot puisse se diriger plus rapidement sur les chemins menant aux chambres à gaz. Les plus valides étaient répartis par sexe, ce qui séparait les familles. Les bébés et les petits enfants restaient avec leurs mères. À Belzec, Sobibor et Treblinka, aucune autre sélection n avait lieu (excepté certaines personnes choisies pour travailler au camp). En quelques heures, quasiment tous ceux qui arrivaient dans ces trois camps étaient gazés après avoir été privés de leurs objets de valeurs, de leurs vêtements et de leurs cheveux. À Auschwitz (photo), immense camp de travail forcé et camp de la mort, la Selektion était plus détaillée. Sous la supervision de médecins SS, comme le docteur Josef Mengele, et en fonction des besoins du camp, un nombre plus ou moins important d hommes et de femmes en bonne santé, âgés de 18 à 40 ans étaient sélectionnés pour «l extermination par le travail». Les nouveaux travailleurs étaient tondus, tatoués et enregistrés, insuffisamment vêtus, affamés, privés de sommeil, rendus malades par les conditions sanitaires, condamnés à un travail exténuant, humiliés, parfois torturés par leurs ravisseurs et toujours menacés d une nouvelle sélection. Pendant les heures de travail, ils subissaient une routine atroce qui ruinait le corps et l esprit jusqu à l extrême limite. Un très petit nombre survivait. À Majdanek et à Auschwitz, ceux qui n étaient pas sélectionnés pour le travail servile allaient à la mort. Une fois dépouillés de leurs vêtements et objets de valeur, la tête rasée, ils étaient gazés. Avant que les corps soient incinérés, les couronnes en or étaient recueillies. Après la crémation, les cendres qui n étaient pas déversées dans des étangs ou des rivières servaient d engrais. Ce processus aboutissait à de gigantesques monceaux de butin. Le système assurait que rien ne se perde à l exception, bien sûr, de millions de vies juives au lieu d être enterrés. Il est décidé de creuser le sol et de brûler les corps déjà enterrés (au nombre de ) afin d éviter la pollution des eaux souterraines et de dissimuler les traces des atrocités. 22 septembre 1942 : Liquidation du ghetto de Czestochowa, en Pologne habitants sont acheminés au camp de la mort de Treblinka et assassinés. Le dirigeant protestant français, le pasteur Marc Boegner, proteste publiquement contre la déportation des Juifs. Il tente personnellement de convaincre le premier ministre Pierre Laval de mettre fin aux rafles d enfants juifs. Boegner ayant proposé que les enfants soient adoptés, Laval lui répond que «pas un seul d entre eux ne doit rester en France.» 368

77 Cet insigne d un policier juif du ghetto de Czestochowa (Pologne) fut produit par le Conseil juif local. Lors de la liquidation du ghetto, en septembre 1942, près de Juifs furent déportés au camp de la mort de Treblinka. Cette opération d envergure suscita un mouvement de résistance qui engagea contre l armée allemande des opérations couronnées de succès. En septembre 1942, la liquidation du ghetto Czestochowa, en Pologne, conduisit les responsables du Generalgouvernement à promulguer un décret sur l aide apportée aux évadés juifs. Les Juifs qui quittaient le quartier juif sans permission étaient passibles de la peine de mort. En outre, les personnes qui proposaient aux Juifs abri, fonds ou nourriture encouraient elles aussi la mort. La population juive étant déjà vouée à l extermination, cet avertissement s adressait donc en premier lieu à la population non juive. En novembre 1942, plus de Juifs de Grodno, en Biélorussie, furent chassés du ghetto pour être déportés à Auschwitz. Cette mesure fut déterminée en partie par l irritation des Allemands devant la Résistance rencontrée à Grodno et dans les environs. Cette photographie fut prise à l entrée du ghetto où les troupes allemandes contrôlent les Juifs rassemblés avec des charrettes, du matériel de couchage, des meubles et d autres objets qui leur seront tous volés à leur arrivée à Auschwitz. Début automne 1942 : Des travaux réalisés au camp de la mort de Treblinka augmentent considérablement la capacité de la chambre à gaz. Automne 1942 : Des travailleurs du camp d extermination de Sobibor commencent à brûler les corps des victimes. 23 septembre 1942 : Plusieurs centaines de Juifs de Slovaquie et 641 de France sont gazés à Auschwitz. Au camp de la mort de Treblinka, Juifs de Szydlowiec, en Pologne, sont massacrés. Le ministre britannique de l Intérieur et de la Sécurité intérieure, Herbert Morrison, s oppose à toute nouvelle admission d immigrants juifs en Grande-Bretagne. Il craint que cela n encourage le gouvernement français de Vichy à «se débarrasser» des enfants juifs en Grande-Bretagne. 24 septembre 1942 : Les policiers ukrainiens et allemands commencent à tirer dans le ghetto juif à Tuchin, en Ukraine. Une révolte juive est menée par Gecel Schwartzman (président du Judenrat), Meir Himmelfarb (l adjoint de Schwartzman), et Tuwia Czuwak. Les Juifs armés ripostent et d autres 369

78 Kiddoush ha-hayim Durant des siècles, de nombreux Juifs réagirent à la persécution religieuse par des actes de martyre, choisissant la mort plutôt que de renoncer à leur foi par une conversion imposée. Pendant des siècles, les Juifs se sacrifièrent pour leur religion dans un acte d abnégation appelé kiddoush ha-shem (sanctification du Nom [de Dieu]). Si certains Juifs perpétuèrent cette acceptation de leur sort durant la Shoah, apparut également un nouveau phénomène appelé kiddoush ha-hayim (sanctification de la vie). En réaction aux programmes génocidaires des nazis, certains chefs spirituels juifs exhortèrent les Juifs à s accrocher à la vie au lieu d aller de plein gré à la mort. Dans les premiers mois du ghetto de Varsovie, le rabbin Yitzhak Nissenbaum déclara : «Le moment est venu du kiddoush ha- Hayim et non du kiddoush ha-shem par la mort. Autrefois, nos ennemis réclamaient notre âme et le Juif sacrifiait son corps en sanctifiant le Nom de Dieu. Maintenant l ennemi exige le corps du Juif. Il devient donc impératif pour le Juif de le défendre et de le protéger.» Le kiddoush ha-hayim se traduisit par divers actes fort différents, de la prière à la publication de journaux clandestins destinés à maintenir la solidarité dans le ghetto. Par tous les moyens possibles, de nombreux Juifs luttèrent pour préserver leur vie spirituelle et la communauté religieuse. Le rabbin Avraham Shalom Goldberg proclama : «Tout Juif qui reste en vie sanctifie le Nom de Dieu.» Dans cette lettre officielle qu il adresse à Martin Bormann, secrétaire personnel d Hitler, Otto Thierack, ministre de la Justice du Reich, se déclare favorable à l extermination par le travail, au meurtre des détenus des camps de concentration par le manque de soins, les mauvais traitements et la sousalimentation. Parmi les groupes voués à l extermination : les Ukrainiens, Polonais, Tsiganes, Juifs et Tchèques. Thierack demande que Bormann obtienne d Hitler l autorisation de mettre en œuvre les mesures en question. Des documents comme celui-ci montrent le rôle central d Hitler dans les programmes génocidaires nazis. Ces Juifs de Brody, en Ukraine, dont bon nombre sont orthodoxes, sont réunis avant leur exécution. En septembre 1942, plus de Juifs de Brody furent déportés à Belzec autres y furent envoyés en novembre. Le ghetto de Brody fut liquidé en mai incendient le ghetto. Deux mille habitants, sur les trois mille que compte le ghetto, s échappent dans les forêts avoisinantes ; voir septembre Martin Luther, fonctionnaire au ministère allemand des Affaires étrangères, communique aux services la volonté du ministre nazi des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, d accélérer les déportations de Juifs d Europe. 25 septembre 1942 : Apprenant l imminente liquidation de leur ghetto, des Juifs de Koretz, en Ukraine, s échappent dans les bois tandis que d autres, sous la direction de Moshé Gildenman, résistent en incendiant le ghetto. La police suisse décrète que la race seule n assure pas le statut de réfugié, empêchant ainsi les Juifs de traverser la frontière suisse pour se 370

79 Shmouel Kaplinski était membre de l Organisation unifiée des partisans de Lituanie qui regroupait les membres de nombreux mouvements de jeunesse. Le 23 septembre 1942, Kaplinski aida 80 à 100 membres du FPO à s évader du ghetto en passant par les égouts de Vilnius. Une fois à l extérieur du ghetto, le groupe rejoignit les partisans de Kailis qui opéraient dans la forêt de Rudninkai. Une affiche antisémite et antigaulliste, intitulée «Le vrai visage de la France libre», décrit le général Charles de Gaulle comme le fantoche des Juifs. Le titre, juxtaposé à un portrait du général devant des Juifs stéréotypés, transmettait clairement le message désiré. Chef du gouvernement de la France libre en exil à Londres, de Gaulle était connu pour son opposition aux nazis. La machine de propagande nazie cherchait à discréditer ses opposants en les associant à la «juiverie internationale.» PRINCIPAUX CAMPS DE CONCENTRATION D EUROPE OCCIDENTALE, N Brest OCÉAN ATLANTIQUE GRANDE- BRETAGNE Westerbork Amsterdam PAYS-BAS Rotterdam Arnhem Roosendaal en Nipsen Antwerp 's-hertogenbosch Vught Calais Gand Bruxelles Arras BELGIQUE GRANDE Cambrai Eindhoven ALLEMAGNE Compiègne Paris LUXEMBOURG Drancy Metz ALSACE- Pithiviers LORRAINE Beaune-la-Rolande Vittel Natzweiler-Struthof Poitiers FRANCE Lyon SUISSE ESPAGNE Gurs Les Milles Rivesaltes Marseille ITALIE miles kilomètres Environ Juifs en France (pour la plupart étrangers) furent déportés ; les autres furent emprisonnés dans des camps de concentration. Environ Juifs belges et Juifs néerlandais furent également déportés, et la plupart périrent. mettre à l abri. Sept cents Juifs roumains internés à Drancy sont déportés à Auschwitz. 475 Juifs français sont gazés à Auschwitz. L une des victimes est le directeur de ballet René Blum, le frère de l ancien premier ministre français Léon Blum. Abraham Gamzu, président du Conseil juif de Kaluszyn, en Pologne, est exécuté après avoir refusé de livrer des Juifs pour la déportation. Six mille habitants de la ville sont déportés au camp de la mort de Treblinka, puis assassinés. 26 septembre 1942 : Le général SS August Frank ordonne aux administrateurs des camps d envoyer les bijoux et autres objets de valeur confisqués aux Juifs à la Reichsbank allemande, et de nettoyer les rasoirs et autres instruments utiles avant de les envoyer aux soldats en première ligne qui pourront les acheter. L argent recueilli sera versé au Reich. Par la suite, les articles de maison seront distribués aux Allemands de souche. Edward Rotbel, un dirigeant juif de Bruxelles, est déporté à Auschwitz. Plusieurs centaines de Juifs néerlandais y sont gazés ; voir 9 octobre

80 Cette fausse carte d identité fut délivrée à David Donoff en septembre La famille Donoff produisit des faux papiers pour la Résistance juive en France. Les sept frères et sœurs de la famille Donoff étaient membres des Éclaireurs israélites de France, un mouvement de scoutisme juif qui participa à la Résistance. Sur les sept enfants de la famille Donoff, les deux frères furent tués au cours d opérations de résistance et les cinq sœurs survécurent à la guerre. Entravés par le Livre blanc britannique de 1939 qui restreignait considérablement l immigration juive en Palestine, les membres du yishouv, la communauté juive organisée en Palestine, se tourmenta en apprenant les déportations et les morts. Ici, les membres du yishouv se réunissent près de la tombe du prophète Zacharie, sur le mont des Oliviers, pour pleurer les morts, victimes des nazis. Le groupe rappela les mots du prophète à une époque de persécution : «Oui, certes, je vais, par mon secours retirer mon peuple de l Orient et du pays du soleil couchant. Et je les ramènerai pour qu ils habitent dans Jérusalem ; ils seront mon peuple, et moi, je serai leur Dieu.» (Zacharie, VIII, 7-8, traduction du Rabbinat). Cette photographie, de toute évidence mise en scène, montre des Juifs frappant d autres Juifs dans le ghetto de Kolbuszowa, en Pologne. Les nazis utilisaient de telles photos de propagande pour «prouver» que les Juifs étaient des animaux qui s en prenaient souvent les uns aux autres, comme des rats auxquels les nazis les comparaient souvent. Le message était clair : si les Juifs ne se supportaient pas entre eux, pourquoi les Allemands devraient-ils les supporter? et 28 septembre 1942 : Des responsables des chemins de fer allemands se réunissent à Berlin pour préparer l amélioration des voies et des trains supplémentaires afin de hâter la déportation des Juifs septembre 1942 : Des unités de la police allemande et ukrainienne capturent Juifs sur les qui s étaient évadés du ghetto de Tuchin (Ukraine), le 24 septembre. Certains fugitifs sont emmenés au cimetière juif de Tuchin et abattus ; la plupart sont tués sur place, dans la forêt ; voir 27 septembre septembre 1942 : Trois cents femmes et enfants gelés et affamés, faisant partie des mille Juifs encore en liberté après l évasion, le 24 septembre, du ghetto de Tuchin, en Ukraine, 372

81 En juillet 1942, les nazis commencèrent à déporter à Auschwitz les Juifs étrangers vivant à Paris. Sur les mille premiers acheminés au camp de la mort, 17 seulement survécurent à la Shoah. Bon nombre moururent pendant le voyage qui dura trois jours. L un des survivants se souvient que les victimes étaient «entassées dans des wagons de marchandises, incapables de se pencher ou de bouger, collées les unes aux autres, oppressées, écrasées par le moindre mouvement du voisin. Cela, déjà, c était l enfer.» Denise Sternzus, âgée de quatorze ans, photographiée ici, fut déportée de Paris à Auschwitz, le 25 septembre Le camp d internement de Drancy, dans la banlieue parisienne, se trouvait à mi-chemin entre la vie et la mort pour les Juifs arrêtés en France. Pendant les rafles de juillet 1942, Juifs étrangers vivant à Paris furent arrêtés. Un tiers d entre eux étaient des enfants qui furent séparés de leurs parents, maltraités et assassinés. Cette photographie représente une caserne de la gendarmerie qui abritait les Juifs à Drancy. Oswald Pohl Le général SS Oswald Pohl vivait pour le pillage et le butin. Chargé du Bureau principal de l Economie et de l Administration SS, il contrôlait tout le travail servile dans les camps, ainsi que tous les biens pillés aux victimes juives de la «solution finale» et mis à la disposition du Troisième Reich, élément décisif de l effort de guerre allemand. Pohl supervisa la construction de plusieurs dizaines de camps de concentration et/ou d extermination allemands qui faisaient travailler, en général jusqu à la mort, plus de esclaves. Il fut responsable de l exploitation des cheveux pris aux victimes juives et utilisés dans le textile, ainsi que de l or extrait des dents des victimes juives, de leurs bagues et de leurs lunettes qui étaient remis au Trésor. Après la guerre, Pohl fut fait prisonnier, jugé et reconnu coupable de crimes de guerre. Il fut pendu le 8 juin reviennent dans la ville, avec la promesse des Allemands de pouvoir revenir sains et saufs. Ils sont tous abattus. Sur les 700 Juifs de Tuchin encore en liberté, une vingtaine seulement survivront à la guerre. 29 septembre 1942 : 500 Juifs, sur les quelque 800 qui tentent de s évader de Serniki, en Pologne, sont assassinés par les Allemands. Sur les 279 qui atteignent les forêts voisines, 102 périront avant la fin de la guerre. 30 septembre 1942 : Hitler déclare publiquement que la guerre aboutira à l anéantissement des Juifs d Europe. Septembre 1942-janvier 1943 : Pris au piège dans le ghetto de Varsovie, les Juifs polonais construisent plus de 600 bunkers fortifiés. Octobre 1942 : Des Juifs des Pays-Bas et de Belgique sont déportés à Auschwitz d autres, de Pologne centrale et du camp / ghetto de Theresienstadt en Tchécoslovaquie au camp de la mort de Treblinka, d autres encore, originaires de la région polonaise de Galicie orientale, au camp 373

82 Kurt Daluege Kurt Daluege commandait la police du Reich allemand. Il devint également l adjoint du protecteur de Bohême et de Moravie après l assassinat d Heydrich. Intellectuellement limité, mais administrateur de talent, Daluege participa avec enthousiasme à la «solution finale». Inscrit au parti nazi en 1922, Daluege devint membre des Sturmabteilung (SA) en 1926 et passa dans la SS en En janvier 1933, il fut élu au Reichstag allemand. Chef du département de la police au ministère prussien de l Intérieur, Daluege fit de la police prussienne un efficace instrument politique au service du parti nazi. Les activités dans lesquelles Daluege se distingua le plus furent les massacres perpétrés à Lidice, en Tchécoslovaquie, en représailles à l assassinat d Heydrich. Pour ses crimes, Daluege fut exécuté par les Tchèques en octobre Le 30 septembre 1942, les nazis déportèrent ces Juifs de la ville polonaise de Zelechow. Après avoir marché jusqu à la gare de Sobolewo, les prisonniers furent emmenés en train à Treblinka où environ d entre eux périrent dans les chambres à gaz du camp le 2 octobre. Les biens des Juifs furent confisqués par les Allemands et utilisés pour l effort de guerre. Alors que les ressources au sein du ghetto de Varsovie se réduisaient à presque rien, la nourriture de contrebande et d autres articles prirent une valeur inimaginable. Réservés à la consommation personnelle ou utilisés comme monnaie d échange dans le cadre du troc, ces articles pouvaient déterminer si une personne allait vivre ou mourir. Cet adolescent juif indigné est en train d être délesté d articles «illégaux» (par un civil juif ou par un policier juif). Quoi qu il en soit, ce garçon pouvait s estimer heureux d avoir été seulement dépouillé de ses affaires ; il aurait pu être exécuté de la mort de Belzec. Dans l Union soviétique occupée, de nombreux Juifs sont massacrés dans les rues, dans les forêts et dans les carrières. 50 Juifs de Novogrudok (Biélorussie) échappent aux Allemands et rejoignent la résistance locale dirigée par Touvia Bielski. Dix huit mille Juifs sont capturés à Radziwillow, en Ukraine ; 600 s évadent. Au total, au cours de ce mois, dans l ensemble des régions occupées de l Union soviétique, environ Juifs soviétiques sont assassinés près de fosses d exécution. Quinze trains de déportation venant de Norvège, Belgique, Pays-Bas et Slovaquie arrivent à Auschwitz. Confiscation de tous les biens juifs en Norvège. Après cinq mois de liberté dans les forêts de la région, la plupart des fugitifs 374

83 1942 LA «SOLUTION FINALE» Des femmes, membres du yishouv, la communauté juive de Palestine, furent encouragées à s enrôler dans l unité du Service territorial auxiliaire des forces armées britanniques. L ampleur de la Seconde Guerre mondiale imposa un énorme fardeau à la GrandeBretagne et aux autres belligérants. Les besoins en soldats, travailleurs dans l armement, infirmières, médecins et autre personnel semblaient illimités. Dans tout l empire, un effort énorme fut investi pour attirer et recruter des individus. Une affiche bilingue en hébreu et en anglais appelle les membres du yishouv, la communauté juive de Palestine, à s enrôler dans les forces armées britanniques. En hébreu, il est écrit : «Suivez mes traces.» Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement britannique tenta d enrôler des recrues dans tout son empire. En Palestine, cependant, les Britanniques voulurent éviter d irriter la communauté arabe. Une planche de timbres d Hitler à 12 pfennigs rappelle l omniprésence du chancelier allemand. La présence d Hitler était ressentie dans toute la société allemande. La machine de propagande nazie renforçait sans cesse le lien entre le Führer et la nation. Et ce lien était puissant : création d Hitler, le Troisième Reich n allait pas survivre à sa disparition. du village de Markuszow, en Pologne, sont anéantis par l encerclement allemand, puis par les attaques des blindés et de l artillerie. Tandis que Juifs sont arrêtés à Pinczów, en Pologne, la Résistance est dirigée par Michael Majtek et Zalman Fajnsztat. Cinq mille Juifs sont déportés de Zawichost, en Pologne, à Belzec. L ambassadeur britannique au Vatican, Francis d Arcy Osborne écrit dans son journal que le pape Pie XII ne dénonce que très occasionnellement les crimes moraux. Mais ces déclarations, rares et vagues, «n ont ni force durable ni solidité.» Osborne souligne que la «politique du silence [adoptée par le pape] à l égard de telles insultes à la conscience du monde implique nécessairement une renonciation au leadership moral.» Début octobre 1942 : Dans un petit camp de travail à Budy, en Pologne, des prisonnières allemandes non juives battent, mutilent et assassinent des dizaines de détenues juives. Lorsque le massacre prend fin, Rudolf Höss, commandant d Auschwitz inspecte les lieux. 1er octobre 1942 : Ouverture du camp de travail de Chelmek, situé en 375

84 Les femmes, gardiennes de camp La SS comprenait dans ses rangs des femmes volontaires qui gardaient les détenues dans les camps de concentration ou les camps de la mort. Relativement peu nombreuses, ces femmes surpassaient parfois en cruauté leurs homologues masculins. Irma Grese, surnommée la «Belle d Auschwitz», devint garde alors qu elle était encore adolescente, monta en grade et en arriva à surveiller près de prisonnières. Elle prenait plaisir à observer les médecins d Auschwitz se livrer à des opérations chirurgicales défigurant des femmes. Le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück, en Allemagne, comportait un centre de formation où les femmes apprenaient à devenir surveillantes de camp. Environ femmes formées à Ravensbrück occupèrent les fonctions de gardiennes dans d autres camps. Hildegard Mende (photo) travailla à Theresienstadt. Si quelques gardes manifestaient une certaine bonté à leurs prisonnières, la plupart suivaient les sévères règles du camp, battant et humiliant les détenues. Rares furent celles qui tentèrent d intercéder en faveur des détenues. Certaines rivalisaient même de cruauté, estimant que c était le meilleur moyen d obtenir une promotion ou de gagner le respect de leurs supérieurs masculins. Une prisonnière rapporta que les femmes étaient même pires que les hommes en commandant à leurs chiens d attaquer sauvagement les détenues. Une autre prisonnière témoigna qu une garde avait demandé l autorisation d observer les gazages à Auschwitz, passe-temps qu elle appréciait particulièrement. Dans les camps, les suppléments de nourriture constituaient un événement capital dans la vie quotidienne des détenus affamés. «Partage du pain au camp de concentration», un tableau du rescapé du camp de travail de Plaszow, Joseph Bau, évoque l intérêt intense suscité par une aubaine inattendue. L une des choses qui distinguait les Juifs orthodoxes était le port de la barbe. Nombre d entre eux, comme le rabbin Avraham Grodzensky (photo), rasèrent leur barbe, contrevenant aux traditions orthodoxes. S il agit ainsi, c est probablement parce que les hommes orthodoxes étaient davantage désignés à la vindicte publique Pologne, près d Auschwitz-Birkenau, pour accueillir les Juifs astreints à assécher les marécages pour fournir de l eau à l usine de chaussures Bata des environs. Les autorités allemandes annoncent à David Lieberman, membre du Conseil juif de Luków, en Pologne, que l argent qu il a recueilli pour payer la rançon des Juifs de Lublin est inutile et que les déportations continueront ; sur ce, Lieberman déchire les billets en petits morceaux et gifle le fonctionnaire allemand. Les gardes ukrainiens tuent immédiatement Lieberman, et Juifs qu il avait espéré protéger sont déportés au camp d extermination de Treblinka où ils sont assassinés. 1 er -2 octobre 1942 : Des centaines de Juifs s évadent de la ville 376

85 Les Juifs de Biala Podlaska, en Pologne, sont rassemblés avant leur déportation dans un camp de la mort. Le 10 juin 1942, Juifs furent conduits à Sobibor autres furent acheminés au camp de la mort de Treblinka en septembre et octobre. Sous la domination nazie, Biala Podlaska connut une histoire terrifiante : en janvier 1940, 800 prisonniers de guerre polonais furent contraints de marcher du camp d internement de la rue Lipowa à Biala Podlaska. Par suite du froid hivernal, des mauvais traitements infligés à l aveugle et des meurtres perpétrés par les SS, quelques dizaines seulement des prisonniers de guerre parvinrent jusqu à la ville. Après la déportation des habitants, le 22 avril 1942, le mobilier abandonné du ghetto de Wloclawek (Pologne) est l unique vestige de ces Juifs qui s étaient crus chez eux. L immobilisme des lieux masque la violence avec laquelle la vie des Juifs de Wloclawek prit tragiquement fin. Les détenus des camps de concentration n étaient pas tous déterminés à survivre. Anéantis par la perte des êtres qu ils chérissaient, par les conditions inhumaines et la barbarie dont ils étaient témoins, certains choisissaient de se suicider. D autres recevaient l ordre de leurs gardiens de se précipiter dans les clôtures électriques ce fut peut-être le cas pour le Juif néerlandais de cette photo. Sa vie prit fin au camp de Mauthausen, en Autriche, l un des camps de concentration les plus terribles. ukrainienne de Luboml, mais sont rapidement traqués. Au total, environ Juifs de la ville sont tués. 2 octobre 1942 : Assassinat des Juifs de Zelechów (Pologne) au camp de la mort de Treblinka. 3 octobre 1942 : L ambassadeur polonais au Vatican raconte en détail au pape Pie XII (par un rapport remis au secrétariat d État) que les Allemands ont gazé plusieurs milliers de Juifs. 4 octobre 1942 : Berlin ordonne que tous les Juifs des camps de concentration situés en Allemagne soient déportés à Auschwitz. 6 et 9 octobre 1942 : Des milliers de Juifs de Miedzyrzec, en Pologne, sont déportés au camp de la mort de Treblinka. 9 octobre 1942 : Cinq des six dirigeants de la communauté juive de Bruxelles, en Belgique, sont libérés de prison sur intervention du cardinal Joseph-Ernst van Roey et de la 377

86 «Une nuit, nous avons été réveillées par des cris terrifiants. Et nous avons découvert le lendemain, grâce à des hommes travaillant dans le Sonderkommando, que la veille, les stocks de gaz étant épuisés, ils avaient jeté les enfants vivants dans les fours.» Marie Vaillant-Couturier, une Résistante française emprisonnée à Auschwitz Ce tableau précise les formes appropriées des messages à adresser avec chaque convoi de déportation de Juifs par chemin de fer. La coordination de la «solution finale» représentait une colossale opération logistique. La programmation des horaires de trains, la sélection des personnes vouées à la déportation et la détermination de la destination de chaque convoi nécessitaient une bureaucratie complexe. Il était donc important de standardiser les signaux utilisés pour l information accompagnant chaque convoi vers un camp de concentration ou un camp d extermination nazi. Les membres d un Sonderkommando (unité spéciale) incinèrent les corps des victimes gazées à Auschwitz-Birkenau. Choisis parmi les prisonniers, les membres du Sonderkommando devaient effectuer des tâches particulièrement pénibles, notamment la recherche des objets de valeur sur les morts, le transfert des corps vers les fours crématoires ou les fosses à ciel ouvert et le nettoyage des chambres à gaz. Ils recevaient un meilleur logement et une nourriture moins rationnée, mais ces privilèges étaient de courte durée, les membres du Sonderkommando étant régulièrement gazés et remplacés reine Élisabeth de Belgique octobre 1942 : Onze mille Juifs d Ostrowiec Swietokrzyski, en Pologne, sont massacrés au camp de la mort de Treblinka octobre 1942 : Les SS entreprennent une Aktion contre les Juifs de Piotrków Trybunalski, en Pologne. Plusieurs sont abattus chez eux et sont déportés au camp de la mort de Treblinka. 15 octobre 1942 : Juifs de Brest-Litovsk, en Biélorussie, sont assassinés. La Résistance juive, sous la direction de Hana Ginsberg, tente de riposter. 378

87 Les Juifs allemands déportés vers l Est devaient renoncer à leurs biens. Cette photographie montre la vente aux enchères de biens juifs à Hanau. Non seulement le gouvernement allemand bénéficiait des profits de ces ventes, mais et c était tout aussi important d un point de vue idéologique ces biens fonciers étaient «aryanisés». La possibilité d acquérir des biens juifs à des prix extrêmement bas encourageait la population locale à soutenir les déportations. Odilo Globocnik Odilo Globocnik dirigea l opération Reinhard, le plan d extermination des Juifs du Generalgouvernement. Né à Trieste, Globocnik rejoignit le parti nazi en 1931, devint membre de la SS en 1934 et fut nommé chef des SS et de la police du district de Lublin (Pologne) par Heinrich Himmler, en Son passé scandaleux (trafic de fausse monnaie) et son virulent antisémitisme le désignèrent comme l homme idéal pour diriger l opération Reinhard. Globocnik créa les camps de la mort de Belzec, Sobibor et Treblinka pour faciliter la liquidation des Juifs polonais. Ses opérations sauvagement menées étaient si efficaces que les nazis purent fermer ces camps, fin 1942 et en Après s être considérablement enrichi par les objets de valeur volés aux Juifs, Globocnik mourut jeune. Peu après avoir été fait prisonnier par une patrouille britannique, en mai 1945, Globocnik se suicida en avalant du cyanure. Edwin Chedwyk reçut ce bracelet d identification, une lanière de cuir avec une plaque de métal et une boucle, alors qu il était détenu dans le camp de concentration de Majdanek, en Pologne. Chedwyk ayant contracté la typhoïde fut renvoyé chez lui ; il mourut peu après. 16 octobre 1942 : Les nazis arrêtent plus d un millier de Juifs à Rome et les déportent à Auschwitz. 17 octobre 1942 : Juifs de Buczacz, en Ukraine, sont assassinés au camp de la mort de Belzec. 405 Juifs détenus dans les camps de concentration de Buchenwald et Sachsenhausen, en Allemagne, sont déportés à Auschwitz. Le juif autrichien, Fritz Beda, librettiste d opéras, fait partie des déportés de Buchenwald. 18 octobre 1942 : Hitler promulgue le Kommandobefehl (Ordre commando) autorisant l exécution immédiate des membres en mission spéciale faits prisonniers, qu ils soient ou non en uniforme. 20 octobre 1942 : Douze mille Juifs sont assassinés à Bar, dans la région ukrainienne de Transnistrie. 22 octobre 1942 : Suicide d Icek et Fraidla Dobrzynska, parents juifs de deux enfants déportés du ghetto de Lodz (Pologne), en septembre

88 La réaction des Juifs aux États-Unis Lorsque les nouvelles du massacre en masse des Juifs d Europe orientale parvinrent aux États- Unis, la communauté juive américaine était mal préparée à affronter l imminente tragédie. Du fait de l absence de cohésion en matière d organisation et du fait de son caractère disparate, la communauté juive américaine ne parvint pas à fournir une réaction unifiée aux campagnes génocidaires des nazis. Pour faire face au massacre nazi, l American Jewish Committee, organisation de défense juive des États-Unis, opta pour la diplomatie discrète. La crise en Europe s aggravant, le Comité s associa à sept autres organisations pour constituer le Joint Emergency Committee sur les affaires juives européennes. Ce groupe soumit une proposition de sauvetage à la conférence des Bermudes et finança de grands rassemblements pour faire connaître le massacre des Juifs européens. La création de l American Jewish Conference en août 1943 fut une tentative de promouvoir l unité juive et de présenter une réaction unie devant le désastre en Europe. Cependant, l accent mis par cette organisation sur la politique juive de l après-guerre, limita l efficacité du groupe. Sont représentés ici : Haïm Weizmann (à gauche), militant sioniste et premier président de l État d Israël, et le rabbin Stephen Wise, fondateur du mouvement sioniste américain. Plusieurs hommes, probablement juifs, sont pendus à Lvov, en Ukraine en Au moment de l invasion de l Union soviétique par les Allemands, on comptait environ Juifs à Lvov. Lorsque les Allemands occupèrent la région, ils lâchèrent la population ukrainienne contre les Juifs qui furent torturés et massacrés par milliers avant même la création du ghetto. En décembre 1942, le ghetto de Lvov fut liquidé, la plupart de ses Juifs étant envoyés au camp d extermination de Belzec. La police allemande humilie des Juifs durant une Aktion à Lukow, en Pologne, en Près de Juifs furent assassinés durant la liquidation du ghetto, le 2 mai Les signes évident du judaïsme comme les châles de prière, les kippas et les barbes donnaient aux Juifs l air «plus juif» et les rendaient particulièrement vulnérables à l agression allemande octobre 1942 : Début de la bataille d El Alamein, en Égypte ; voir 2 novembre José Aboulker, chef de la Résistance juive en Algérie rencontre le général américain Mark Clark, au Maroc. Aboulker reçoit 800 mitraillettes légères, 800 grenades, 400 revolvers et 50 radios portables ; voir 8 novembre octobre 1942 : 252 amis et proches de personnes originaires de Lidice, en Tchécoslovaquie, sont assassinés au camp de Mauthausen, en Autriche, en représailles à l assassinat de Reinhard Heydrich octobre 1942 : Des hommes juifs sont arrêtés en Norvège et envoyés par mer à Szczecin, en 380

89 Bien que les nazis aient recouru aux menaces et à la violence pour détruire la presse clandestine, de courageux habitants du ghetto de Varsovie persévérèrent. Dans cette illustration d une brochure, un jeune combattant juif vise un officier nazi avec son revolver. Espérant inculquer le sens du défi et stimuler la Résistance, cette brochure proclamait : «Les nazis n osent pas circuler seuls dans les rues.» La ville ukrainienne de Mizoch renfermait un ghetto relativement restreint de Juifs. Pourtant, lorsque les Allemands tentèrent de liquider le ghetto, à la mi-octobre 1942, ils se heurtèrent à une résistance brève, mais déterminée des habitants. Le ghetto finit par être liquidé. Parmi les personnes exécutées au sud de la ville voisine de Rovno par la police ukrainienne et allemande, se trouvaient ces femmes juives, dont certaines tiennent des enfants. Souvent, les bébés n étaient pas abattus, mais enterrés vivants avec leurs mères. Certaines victimes des Aktionen nazies survécurent au coup de feu. Cette photo montre l un des policiers allemands abattant les femmes encore vivantes après l exécution en masse des Juifs de Mizoch, en Ukraine. Il n était pas rare que les bourreaux prennent des photos comme celle-ci. Le policier allemand nommé Hille, qui prit cette photographie et d autres, les donna à un avocat en Tchécoslovaquie où Hille s était installé après la guerre. En 1946, le gouvernement tchèque saisit ces photos qui furent par la suite rendues publiques. Pologne, puis par autorail à Auschwitz ; voir 25 novembre Les Allemands demandent qu Oszmiana, en Lituanie, livre 400 Juifs sur les qu abrite la localité. La police juive de cette ville voisine de Vilnius est chargée de la sélection. Le dirigeant du ghetto de Vilnius, Jacob Gens, décide de livrer les vieux Juifs d Oszmiana afin de sauver les autres. 27 octobre 1942 : Trois mille Juifs d Opoczno, en Pologne, sont déportés au camp de la mort de Treblinka. Quelques-uns s échappent dans les forêts voisines et constituent un groupe de partisans, les Lions octobre 1942 : Sept mille Juifs de Cracovie, en Pologne, sont déportés à Belzec ; 600 sont assassinés à Cracovie. 28 octobre 1942 : Le premier convoi de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, arrive à Auschwitz. Seize mille Juifs sont massacrés à Pinsk, en Pologne. Mieczyslaw Gruber, un ancien soldat juif de l armée polonaise, s évade avec 17 autres d un camp nazi de prisonniers de guerre de la rue Lipowa, à Lublin. Ils constitueront par la suite un groupe de partisans dans la forêt située 381

90 La déportation des Juifs de Piotrków Trybunalski, en Pologne, débuta aux petites heures du matin, le 14 octobre Juifs, pour la plupart trop malades pour sortir de leur lit, furent abattus. Les autres furent acheminés à Treblinka, et ceux qui ne moururent pas pendant le voyage périrent dans les chambres à gaz. Les unités de l armée régulière participaient souvent aux déportations. Ici, des soldats de la Luftwaffe rassemblent des Juifs orthodoxes dans la ville polonaise de Szczebrzeszyn. Le 21 octobre 1942, les derniers Juifs de Szczebrzeszyn, au nombre d un millier, furent transférés à Belzec. Les Allemands contraignirent en outre entre 400 et 500 Juifs à sortir de leur cachette et les abattirent sommairement. La population non juive de la ville, menacée de mort si elle cachait des Juifs et tentée par les offres de récompenses si elle les livrait, aida les Allemands à trouver les Juifs cachés. Une affiche de la propagande allemande exhorte les travailleurs français à se rendre en Allemagne par ces mots : «Vous avez la clef des camps. Travailleurs français, vous libèrerez les prisonniers [de guerre] en travaillant en Allemagne.» Le message faisait allusion à l accord conclu entre le gouvernement de Vichy et l Allemagne, en vertu duquel un prisonnier de guerre français serait libéré pour tout Français qui se porterait volontaire pour travailler en Allemagne au nord-ouest de la ville. Les SS émettent une directive secrète ordonnant de rassembler mitaines et bas confisqués aux enfants juifs dans les camps de la mort pour les envoyer aux familles des SS. Les dirigeants juifs du ghetto de Varsovie demandent à Jan Karski, un catholique polonais qui travaillait pour la Résistance, de transmettre aux gouvernements polonais et alliés : «Nous sommes sans défense face aux criminels allemands Les Allemands n essaient pas de nous réduire en esclavage comme ils l ont fait avec d autres peuples ; nous sommes en train d être systématiquement massacrés Notre peuple tout entier sera anéanti» 29 octobre 1942 : Des commentaires écrits de Winston Churchill condamnant l Allemagne pour l extermination

91 Ces femmes et ces enfants juifs, étroitement surveillés par des Allemands, montent dans un train en route vers le camp de la mort de Treblinka. Ils furent parmi les Juifs de Miedzyrzec Podlaski déportés à Treblinka durant octobre 1942, mois qui fut l un des plus sanglants de l histoire du camp. De nombreux Juifs de Miedzyrzec Podlaski moururent pendant le terrible trajet vers Treblinka plutôt que dans les chambres à gaz du camp. Ordnungsdienst L Ordnungsdienst (service d ordre) servait de police au Judenrat (Conseil juif) dans les ghettos. Chargés d exécuter les ordres du Conseil et ceux des autorités allemandes, les membres de l Ordnungsdienst, bien que Juifs, étaient détestés et craints par la population du ghetto. Le personnel de l Ordnungsdienst était confronté à d atroces dilemmes moraux. Chargé à l origine du maintien de l ordre dans le ghetto, notamment la garde des travailleurs détachés hors du ghetto, avec le temps, le service d ordre dut faire appliquer les quarantaines lors des épidémies de typhus et participer aux déportations. Ne pas fournir le nombre requis de déportés entraînait de pénibles conséquences, aussi bien pour la police que pour les habitants du ghetto. Comme le déclara un policier du ghetto de Varsovie en arrachant un enfant des bras de sa mère : «J ai une femme et trois enfants. Si je ne livre pas mes cinq têtes d ici cinq heures, ils prendront mes propres enfants. Ne comprenezvous pas? Je me bats pour mes propres enfants!» Évacué de la France occupée grâce à Varian Fry, le peintre Marc Chagall, photographié ici avec sa fille Ida, était l un de ces artistes modernes dont l œuvre fut condamnée par les nazis. Lorsque les nazis accédèrent au pouvoir, les tableaux de Chagall furent retirés des musées et certains furent présentés pour être critiqués, dans le cadre d une grande exposition d «art dégénéré» organisée à Munich en Les nazis considéraient les œuvres de Chagall, ainsi que celles de Picasso et de van Gogh, comme inopportunes dans les collections allemandes. systématique des Juifs d Europe sont lus au cours d un meeting de protestation organisé à Londres et présidé par l archevêque de Canterbury. À Varsovie, les combattants de la Résistance et l Organisation juive de combat assassinent Jacob Lejkin, le commandant en exercice de la police juive du ghetto, pour sa complicité dans les déportations des Juifs Juifs de Sandomierz, en Pologne, sont assassinés au camp d extermination de Belzec. 29 octobre-1 er novembre 1942 : Presque tous les Juifs de Pinsk, en Pologne, sont assassinés. Fin octobre 1942 : Des paysans de la région trahissent six membres de l Organisation juive de combat, près de Cracovie, en Pologne, en alertant les troupes allemandes de la présence des Juifs. Trois mille Juifs de Pologne orientale préparés pour la déportation au camp de la mort de Belzec sont entièrement déshabillés pour empêcher toute résistance. Novembre 1942 : Les déportations des Juifs des Pays-Bas et de France se pour- 383

92 Des expériences médicales criminelles et totalement contraires à l éthique furent réalisées sur des «cobayes» humains par des médecins allemands qui mutilèrent et assassinèrent plus de hommes, femmes et enfants. Au début, les victimes furent choisies dans la population allemande (handicapés physiques ou mentaux), puis parmi les détenus des camps de concentration et les prisonniers de guerre. L Institut du Kaiser Guillaume d anthropologie, d hérédité humaine et d eugénisme fut créé à Berlin en 1927 pour promouvoir la «science raciale» allemande. Sous la direction d Eugen Fischer, cet institut formula une complexe théorie des races, et encouragea l élimination des personnes «génétiquement inaptes.» Par la suite, sous le régime nazi, cette philosophie aboutit à des stérilisations forcées et à d autres recherches encore plus terribles. Les scientifiques nazis s intéressaient aux limites de l endurance humaine, ainsi qu à la réaction du corps à toutes sortes d impitoyables agressions physiques. À Auschwitz, le docteur Horst Schumann retira les testicules à des jeunes gens après avoir soumis les organes aux rayons X. Dans le même camp, le docteur Eduard Wirth et le professeur de gynécologie Carl Clauberg étudièrent l utérus des femmes après des injections de produits chimiques toxiques. Le docteur Karl Gebhart, de Les expériences médicales nazies Ravensbrück, provoqua des fractures des jambes à des jeunes femmes polonaises, greffa les membres amputés à des prisonniers sur des patients de l hôpital SS. Le docteur Sigmund Rascher était en poste à Dachau où il contraignit des «patients» à avaler du Polygal 10, un coagulant destiné à freiner les hémorragies. Ils furent ensuite abattus à bout portant. Le docteur Karl Brandt, chef de tous les services médicaux allemands, autorisa des tests avec du phosgène, et des empoisonnements au gaz moutarde furent provoqués à Sachsenhausen par les docteurs Walter Sonntag et Heinrich Baumkötter. Le docteur Arnold Dohman inocula l hépatite à des prisonniers de Sachsenhausen ; des bacilles mortels de la gangrène furent administrés par le docteur Ernst Grawitz, chef des services de santé SS. À Buchenwald, le docteur Karl Genzken inocula le typhus à des prisonniers. D autres médecins du système concentrationnaire déclenchèrent la fièvre jaune, la variole, le choléra, la diphtérie, la grippe et la tuberculose. À la demande de la Luftwaffe, des médecins de Dachau et d autres camps tuèrent des détenus en étudiant leurs réactions à des conditions extrêmes de chaleur et de froid, ainsi qu à la privation d oxygène durant de douloureuses expériences simulant l altitude. Surnommé «l ange de la mort» par les détenus, le docteur Josef Mengele d Auschwitz se livra à une recherche criminelle particulièrement étrange. Fasciné par les jumeaux, il tenta de changer la couleur des yeux de ses victimes par des collyres ; de transformer par la chirurgie des jumeaux normaux en siamois ; et de tester comparativement la réaction des organes en injectant directement du chloroforme dans les cœurs de jumeaux. Lorsqu un triplé âgé d un an tomba entre les mains de Mengele, l enfant fut «autopsié» sous anesthésie, mais encore vivant. Les nains et les bossus captivaient également l imagination de Mengele. Ces malheureux étaient étudiés, puis assassinés. La chair de certains d entre eux fut bouillie, détachée des os, puis envoyée au musée anthropologique de Berlin. Là, comme en d autres endroits, la «recherche» nazie se poursuivait suivent. Un millier de Juifs sont déportés à Auschwitz, depuis le camp de transit de Drancy, en France. Près de sont déportés des Pays-Bas. Les nazis occupent la France de Vichy (zone sud). Le Sonderkommando juif d Auschwitz-Birkenau a presque achevé sa tâche consistant à exhumer et à incinérer les corps des Juifs enterrés dans le camp. Dissolution officielle de la communauté juive de Vienne. Le Yishouv (communauté juive en Palestine, pays sous contrôle britannique) reçoit confirmation de la «solution finale». Arrivée à Lyon de Klaus Barbie pour diriger un commando spécial de la section IV du bureau local de la Gestapo. Il a pour instruction de combattre activement les Juifs, les communistes, les francs-maçons et les membres de la Résistance française. 384

93 Des détenus juifs du camp de concentration de Berg, en Norvège, s alignent pour l appel après avoir été arrêtés le 25 octobre Presque tous les hommes juifs arrêtés durant cette phase du processus de déportation furent amenés à ce camp avant d être envoyés à Auschwitz. La principale déportation des Juifs norvégiens eut lieu le 26 novembre Les Juifs du ghetto de Tomaszów Mazowiecki transférés au camp de la mort de Treblinka furent parmi les premiers Juifs à mourir dans les nouvelles chambres à gaz du camp. Ces nouvelles unités contenaient personnes, «amélioration» par rapport aux trois premières chambres d une capacité de 600 personnes. En mars 1940, les Juifs de Chmielnik (Pologne) furent contraints d habiter dans un ghetto. Le surpeuplement y fut aggravé par l envoi des Juifs de la région de Chmielnik dans le même ghetto. Ici, à l automne 1942, les Juifs de Chmielnik sont chargés dans des wagons de marchandises sans toit pour être déportés à Treblinka. Auparavant, du 20 au 24 août, Juifs de la région avaient été acheminés à Treblinka où ils périrent dans les chambres à gaz. 1 er -6 novembre 1942 : Plus de Juifs sont assassinés en une semaine dans les camps de la mort de Belzec, Auschwitz et Treblinka. 2 novembre 1942 : Dans la ville lituanienne de Marcinkance, 370 Juifs, qui refusent de monter dans les trains de déportation, se précipitent vers les limites du ghetto. Dans la mêlée qui s ensuit, 360 Juifs et de nombreux gardes sont tués. Entre les morts et les évasions réussies, il ne reste plus un seul Juif à charger dans les trains. À Zolochev, en Ukraine, le président du Conseil juif est assassiné par les Allemands après avoir refusé de signer un papier affirmant que la liquidation du ghetto était indispensable du fait de la propagation d une épidémie de typhus Juifs de Zolochev, y compris le poète S. J. Imber, sont déportés à Belzec. Plus de Juifs restant dans les villes et villages de la région de Bialystok en Pologne sont arrêtés et déportés dans les camps de Zambrów, Volkovysk, Kelbasin, et Bogusze avant d être envoyés dans les camps de la mort d Auschwitz et de Treblinka. 385

94 L Ausweis si convoité La possession d un Ausweis (carte d identité) était une question de vie ou de mort ; cela déterminait si le détenteur restait dans le ghetto ou était déporté vers les camps de concentration et les camps de la mort. La carte indiquait si le titulaire avait un emploi et n était donc pas simplement un Juif «inutile». Du moins temporairement, elle accordait une marge de sécurité au détenteur et à certains membres de sa famille, contraignant parfois à des choix impossibles pour décider qui en bénéficierait. Il n était guère facile d obtenir un Ausweis en règle, les autorités allemandes modifiant souvent la couleur des cartes et en requérant de nouvelles. Obtenir une carte nécessitait parfois de soudoyer le Judenrat qui les distribuait, notamment lorsque les Allemands ne cessèrent de limiter le nombre de permis. À Vilnius, en octobre 1941, les Allemands réduisirent le nombre de cartes à 3 000, ne permettant qu à Juifs d être sauvés sur les que contenait le ghetto. Finalement, comme les nazis aspiraient à exterminer tous les Juifs, aucun papier n offrit plus la moindre garantie de sécurité. Les mains en l air sur son tank, un officier allemand se rend à des soldats de la huitième armée britannique, prêts à utiliser leur baïonnette. Le combat acharné d El Alamein, en Égypte, fut le tournant décisif de la campagne africaine, lorsque la huitième armée revigorée, équipée de tanks de Grande-Bretagne et d Amérique, vainquit l Afrika Korps allemand. Dans les ghettos, cette bataille donna l espoir d une victoire des Alliés sur les nazis et les fascistes. Une caricature antisémite représente les membres d un club athlétique juif marchant sous la bannière : «Meisel Sport Ima Talmud Federation.» Une symbolique évidente associe les Juifs aux francs-maçons et aux communistes. Une telle propagande était destinée à renforcer l idée que les Juifs constituent une race, ou une entité nationale, fondamentalement distincte des Allemands. Étant donné la passion des Allemands pour le sport et leur attachement aux clubs locaux, de telles images rencontraient un puissant écho dans la population locale Six mille Juifs sont déportés de Siemiatycze, en Pologne. La Résistance est dirigée par Herschl Shabbes. Wolfram Sievers, directeur de l Association pour l héritage ancestral de l Allemagne, réclame les squelettes de 150 Juifs. Le chef des SS Heinrich Himmler approuve un projet de constituer une collection de crânes et de squelettes juifs à l Institut anatomique de Strasbourg, près du camp de concentration de Natzweiler-Struthof. Les forces alliées contraignent le général allemand Erwin Rommel à battre en retraite à El Alamein, en Égypte. 3 novembre 1942 : Les communautés juives de Bilgoraj, en Pologne, et d Ostryna, en Biélorussie, sont détruites dans des camps de la mort, la première à Belzec et la seconde à Auschwitz. 386

95 Les nazis commencèrent à déporter les Juifs du ghetto de Plonsk (Pologne), le 1 er novembre Plutôt que de les acheminer dans l un des camps de la mort de l opération Reinhard, les Allemands les envoyèrent dans une nouvelle usine de la mort, Auschwitz, qui allait devenir le camp de la mort le plus meurtrier. Douze mille Juifs de Plonsk furent assassinés à Auschwitz au cours de cette opération. Ce calot fut porté par Karel Bruml durant son internement à Auschwitz. Bruml fut d abord emprisonné à Theresienstadt, le ghetto «modèle» créé en Tchécoslovaquie. Il fut transféré à Auschwitz en 1942 parce qu il était un artiste de profession et fut contraint de peindre des numéros sur des tenues de prisonniers. Il existait dans les camps une hiérarchie : plus le numéro était bas, plus le prisonnier bénéficiait de privilèges. Bruml s attribua ce numéro relativement bas. Ce photogramme d un film de propagande décrit comment les relations entre Juifs et non Juifs souillent la «race aryenne». L un des éléments majeurs de l idéologie nazie était la pureté raciale. Les lois de Nuremberg de 1935 interdisaient explicitement les mariages interconfessionnels et proscrivaient les relations sexuelles entre Aryens et Juifs. L empire de la propagande dirigé par Joseph Goebbels œuvra sans arrêt pour donner des représentations imagées des dangers de la «souillure de la race.» 5 novembre 1942 : Un SS de Ciechanów, en Pologne, demande poliment à une Juive de lui remettre son bébé. Lorsqu elle s exécute, le soldat fracasse le crâne du bébé sur la chaussée. Des hommes juifs de Stopnica, en Pologne, sont envoyés travailler au camp de Skarzysko-Kamienna, tandis que 400 vieillards et enfants sont abattus dans le cimetière de la ville. Trois mille autres sont emmenés pour une marche forcée au cours de laquelle bon nombre sont abattus, les survivants étant envoyés à Treblinka. Des paysans de Siedliszcze, en Pologne, réunissent des faux dans la perspective de la rafle des Juifs prévue dans la journée ; ils seront payés pour chaque Juif capturé. Six cents Juifs de Borislav, en Pologne, sont déportés nus pour prévenir toute résistance. 745 Juifs, dont 35 pensionnaires du foyer Rothschild pour personnes âgées, sont déportés de Paris à Auschwitz. À leur arrivée, les Juifs attendant d entrer dans la chambre à gaz aperçoivent un camion chargé de cadavres, mais continuent d aller à la mort novembre 1942 : Juifs nés en Grèce sont rassemblés dans Paris et les environs et déportés à Auschwitz. 387

96 «Le complot juif» fait des trois puissances alignées contre l Allemagne les États-Unis, la Grande- Bretagne et l Union soviétique des pions de la «conspiration juive internationale». À la gauche de «Baruch», est énumérée une liste de Juifs qualifiés d hommes «de confiance» du président américain Franklin Roosevelt. À la droite de «Moses-Sohn», il est écrit en légende : «La majorité des dirigeants de l Union soviétique sont des Juifs! Sur 503 hauts responsables du gouvernement, 406 sont des Juifs!» Cette affiche de 1942 annonçant une série de conférences de Varian Fry à New York fait état de la situation de la France sous les nazis. Émissaire de l Emergency Rescue Committee (Comité de sauvetage d urgence), Fry avait été envoyé en France pour organiser l évasion de quelque 200 artistes et écrivains antinazis, dont un grand nombre étaient juifs. Jusqu à son expulsion de France, en septembre 1941, plus d un an après y être entré, il avait assuré la libération de plus d un millier de personnes. Au bas de cette affiche sur Fry, sont inscrits les mots «RECHERCHÉ PAR LA GESTAPO.» Très tôt, énergiquement opposé aux nazis, le rabbin Abba Hillel Silver exhorta les Américains à boycotter les produits allemands. Il présida l United Palestine Appeal avant de rejoindre le rabbin Stephen Wise à la coprésidence de l American Zionist Emergency Council. Né en Lituanie et rabbin depuis plusieurs décennies à Cleveland, dans l Ohio, Silver se sépara de Wise et de certains autres en rappelant à grands cris l urgence d un foyer juif en Palestine novembre 1942 : À Drancy, dans la région parisienne, un millier de Juifs passent la nuit sur une voie de garage, entassés dans des wagons de marchandises. Après le départ du train pour Auschwitz, deux Juifs réussissent à passer par une petite fenêtre dont les barreaux ont été écartés ; voir 8 novembre novembre 1942 : Plus de Juifs de Pologne et d Ukraine sont déportés dans les camps de la mort de Belzec, Treblinka et Majdanek. 8 novembre 1942 : Les Juifs de Drancy arrivent en train à Auschwitz où 227 sont astreints au travail et 773 sont gazés. Débarquement des Alliés en Afrique 388

97 Un soldat allemand regarde les corps de Juifs assassinés au camp de travail de Skarzysko-Kamienna, en Pologne. Bien après la liquidation des ghettos de la Pologne occupée, les nazis continuèrent à acheminer des prisonniers dans ce camp de travail. Cette sculpture de l artiste américain Gideon offre une image émouvante de la souffrance humaine. À l âge de 18 ans, Gideon s enrôla dans l armée et passa la majeure partie de la guerre en Europe. La découverte de la douleur et de la souffrance affecta profondément l artiste et exerça une profonde influence sur son œuvre. Jan Karski Messager non juif du gouvernement polonais en exil, Jan Karski prit des risques invraisemblables pour apporter au monde extérieur des informations de première main sur ce que subissaient les Juifs en Pologne. Grâce à un contact avec Menahem Kirschenbaum, un dirigeant sioniste, et Leon Feiner, représentant du Bund, Karski déguisé en Juif pénétra dans le ghetto de Varsovie. Ses récits de témoin oculaire des souffrances firent de lui un avocat convaincant. À une autre occasion, très courageusement, Karski se fit passer pour un garde et pénétra secrètement dans un camp de la mort. Il y vit des Juifs morts qui avaient été rassemblés dans des wagons remplis de chaux vive. Karski remit ses rapports au gouvernement polonais en exil à Londres et rencontra le premier ministre britannique Winston Churchill. Conscient de l urgence, il se rendit à Washington où il demanda au président Franklin Roosevelt d agir rapidement pour stopper le meurtre des Juifs. du Nord au cours de l opération Torch ce qui, incidemment, assure la sécurité de Juifs d Algérie. La résistance juive en Algérie, armée par les États- Unis, contribue à éviter une réaction de la France de Vichy aux débarquements alliés. À Tripoli, en Libye, les occupants allemands contraignent Juifs à construire des routes à des fins militaires. 10 novembre 1942 : Six mille Juifs polonais, qui se cachaient dans la forêt depuis le printemps 1942, se rendent, les Allemands ayant promis de les laisser arriver librement dans un nouveau ghetto ; voir 10 janvier novembre 1942 : Occupation de la France de Vichy par les troupes allemandes et italiennes. Les évêques protestants d Oslo (Norvège) s élèvent publiquement contre la déportation des Juifs norvégiens. Ils déclarent dans une lettre au premier ministre norvégien Vidkun Quisling : «Dieu ne fait pas de différence entre les hommes.» 15 novembre 1942 : Le comité antifasciste juif en Union soviétique publie un rapport intitulé «La liquidation des Juifs à Varsovie.» 5 novembre 1942 : Au cours d une action menée par Mayer List, 389

98 Otto Thierack D abord en tant que président du Volksgerichtshof (tribunal du peuple), puis en tant que ministre de la Justice, Otto Thierack utilisa la loi pour pervertir la justice. Ayant rejoint le parti nazi en 1934, Thierack devint président du tribunal du peuple de Berlin en Juge le plus craint du pays, il rendait des verdicts sans appel pour ceux que les nazis avaient déclarés ennemis de l État. Sa servilité à l égard de l idéologie nazie lui valut le poste de ministre de la Justice en Cette année-là, Thierack appliqua la proposition de Joseph Goebbels de transférer dans des camps de concentration et d «exterminer par le travail» divers étrangers, notamment les Russes et les Ukrainiens, ainsi que les Juifs et les Tsiganes. Brigadeführer dans la SS, Thierak permit à Heinrich Himmler de retirer les Juifs et autres «asociaux» de la juridiction des tribunaux pour les livrer à la SS. Fait prisonnier en 1945, Thierack se pendit avant son procès. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le régime nazi lança un flot de propagande qui accusait les Juifs de dresser l opinion mondiale contre l Allemagne. Les traditionnels stéréotypes affirmant que les Juifs contrôlaient les médias furent exploités par les nazis pour démontrer que la guerre était un résultat de la juiverie internationale. Des rapports ultra confidentiels de la Gestapo suggèrent cependant que de nombreux Allemands étaient bien conscients des préjugés de la propagande gouvernementale. Le gouvernement allemand élabora des plans détaillés pour le réaménagement «aryen» d Europe orientale. Le 12 novembre 1942, le Generalgouvernement proclama le district de Zamosc «première région de repeuplement» en Pologne. En conséquence, Polonais furent expulsés de quelque 300 villages dans la région. Durant ces déplacements, plus de enfants polonais, dont celui qui est représenté ici, furent enlevés à leurs parents. Tandis que certains de ces enfants moururent dans des camps de concentration, ceux qui étaient considérés comme dotés de caractéristiques «aryennes» furent confiés à des familles allemandes deux femmes juives de la Résistance à Paris placent deux bombes à retardement à la fenêtre d une caserne de nazis, tuant plusieurs soldats. Mi-novembre 1942 : Des sources officielles en Grande-Bretagne, aux États-Unis et dans des pays neutres confirment la véracité du télégramme de Gerhart Riegner à l égard de la «solution finale» ; voir 28 août 1942 ; 24 novembre novembre 1942 : Les troupes allemandes occupent la Tunisie ; voir 7 mai novembre 1942 : Les forces soviétiques lancent une contre-offensive contre les Allemands, près de Stalingrad, en Russie. À Debica, en Pologne, les Allemands annoncent qu à partir du 1 er 390

99 «15 novembre : Aujourd hui, un groupe de partisans juifs dirigés par Mayer List, ont placé deux bombes à retardement sous la fenêtre d une caserne allemande, rue de Vaugirard, tuant plusieurs hitlériens qui prenaient leur petit-déjeuner. Deux femmes juives ont participé à cette action. Elles ont transporté les bombes.» Extrait du journal d Abraham Liss, dirigeant de la Résistance juive parisienne, 1942 À Nabeul (Tunisie), où vivait avant la guerre une dynamique communauté juive de personnes, les rabbins se réunissent pour une prière. En tant qu habitants d un protectorat français, les Juifs de Tunisie furent soumis aux lois raciales de Vichy, mais s en sortirent relativement bien grâce au résident général Jean-Pierre Esteva, pourtant très collaborationniste. Après les attaques menées par les Alliés contre le Maroc et l Algérie, les troupes allemandes et italiennes pénétrèrent en Tunisie en novembre 1942, mettant fin à la tolérance. Les Juifs tunisiens furent soumis au travail forcé et quelques dirigeants juifs envoyés à la mort dans les camps d extermination. Entourant un prisonnier qui va être torturé et mis à mort, l orchestre du camp de travail de Janowska, en Ukraine, joue une sérénade en yiddish, Tango fun toyt (Tango de la mort). La mélodie, composée par des musiciens juifs qui en avaient reçu l ordre du SS-Untersturmführer Wilhelm Rokita, était également jouée lorsque les détachements de travail partaient le matin et à leur retour, le soir, ainsi que pendant les sélections décidant de la vie et de la mort des détenus. décembre, tout Polonais qui apportera de l aide aux Juifs sera puni de mort. 24 novembre 1942 : Le rabbin Stephen S. Wise, fondateur et président du Congrès juif mondial, annonce lors d une conférence de presse que le Département d État des États-Unis a confirmé que les Juifs d Europe sont en train d être massacrés par les nazis. Wise estime que les Allemands ont déjà assassiné deux millions de Juifs, chiffre au-dessous de la réalité ; voir 8 décembre novembre 1942 : Les Juifs de Piotrków Trybunalski, en Pologne, attirés hors de leurs cachettes par les promesses des nazis de ne pas sévir, sont emmenés dans une synagogue, enfermés à l intérieur et soumis aux coups de feu tirés au hasard par des Ukrainiens ; voir 19 décembre femmes et enfants juifs sont arrêtés en Norvège et déportés à Auschwitz. Plus de 700 autres Juifs norvégiens seront par la suite envoyés à Auschwitz et environ 930 trouveront un refuge en Suède. 391

100 Le sort des Juifs norvégiens Au nombre d un peu moins de lorsque l Allemagne envahit la Norvège, le 9 avril 1940, les Juifs de Norvège ne semblaient pas, début 1942, être concernés par la «solution finale», du fait de la rareté des bateaux nécessaires pour les acheminer dans les camps de la mort nazis en Pologne. À l automne, cependant, la marine allemande assura le transport. Le 26 novembre, 532 Juifs norvégiens y compris des enfants, des personnes âgées et des malades arrachés à leur lit d hôpital furent déportés d Oslo, à bord du Donau. La mer agitée retarda l arrivée au port de Stettin, en Allemagne, de ce bateau surchargé. Les Juifs norvégiens furent envoyés par chemin de fer à Auschwitz-Birkenau. Ils arrivèrent de nuit, le 1 er décembre. Une sélection en envoya immédiatement 346 dans les chambres à gaz. Les 186 autres furent épargnés pour travailler, mais quatre mois plus tard, une vingtaine seulement étaient encore en vie. Très peu survécurent à la Shoah. Dans cette région relativement isolée de l Europe, la «solution finale» fut radicale. Au total, 763 Juifs furent déportés de Norvège. 24 seulement revinrent. L Allemagne nazie et ses collaborateurs assassinèrent environ 45% des Juifs de Norvège. À titre de comparaison, tant en France qu en Italie, environ 80% des Juifs survécurent. Cette page de titre du Yugent- Shtime (Jeune voix, en yiddish) représente une main écrasant le symbole de l oppression nazie, la croix gammée. Imprimé et reproduit en secret dans le ghetto de Varsovie, ce journal organe du mouvement de jeunesse du Bund atteignait plusieurs centaines de personnes. Ses rédacteurs comme ses lecteurs risquaient la mort s ils étaient pris. Le Donau, avec, à son bord, des Juifs de Norvège, se rend en Allemagne. En novembre 1942, le bateau transporta 532 Juifs dont 346 furent assassinés dès leur arrivée à Auschwitz. Sur les 763 Juifs déportés de Norvège à bord du Donau ou du Monte Rosa, 24 seulement survécurent à la guerre. Par ailleurs, quelque 900 Juifs évitèrent la déportation en s enfuyant en Suède, pays neutre. Si l Église norvégienne protesta contre les déportations, le dirigeant fantoche Vidkun Quisling aida les nazis à «débarrasser» la Norvège de ses Juifs novembre 1942-août 1943 : Plus de Polonais sont expulsés de chez eux dans la fertile province de Zamosc, afin que la région puisse être repeuplée par des Allemands de souche, des SS et des Ukrainiens. Plus de 300 villages sont affectés. Des milliers d enfants polonais de la région sont déportés à Belzec ou vers d autres camps de la mort. Novembre 1942-août 1943 : À Cracovie, en Pologne, des membres du ZOB sabotent les voies ferrées et assassinent un soldat, un policier et un aviateur allemands, deux agents de la Gestapo et un haut fonctionnaire de l administration nazie de la région. Décembre 1942 : Des membres du groupe de résistants juifs de Siemiatzycze, 392

101 Mordechai Tenenbaum militait dans les mouvements de résistance de Vilnius, Varsovie et Bialystok. Convaincu très tôt des intentions génocidaires des nazis, Tenenbaum arriva à Bialystok, en Pologne, en novembre 1942, unifia par la suite les divers mouvements de Résistance et acquit d autres armes. L appel lancé par Tennenbaum pour prendre les armes a été conservé dans les archives qu il créa pour raconter la mort des Juifs de Bialystok : «Tombons en héros, et bien que morts, nous vivrons.» Représentant la pendaison en public d un jeune homme qui avait tenté de s évader, ce dessin traduit toute la brutalité qui régnait dans le ghetto de Kovno, en Lituanie. Les meurtres en masse de 1941 furent suivis par des jours plus calmes en 1942, année sans Aktionen (déportations) d envergure. Cependant, même pendant cette époque plus «calme», les habitants du ghetto se heurtaient quotidiennement à l oppression nazie. Comme le montre ce dessin de novembre 1942, quiconque était surpris à enfreindre les règles du ghetto, le payait de sa vie. Dachau, le premier camp de concentration «officiel» en Allemagne, contenait des milliers de prisonniers de toute l Europe. Surpeuplement, maladie, expériences médicales et travail continuel aboutirent à un taux de mortalité élevé, nécessitant la construction, en 1942, d un nouveau four crématoire plus grand, avec quatre fourneaux. Le Baracke X (Baraquement 10) contenait également une chambre à gaz (photo). Se présentant comme une salle de douche, elle ne fut jamais utilisée, parce que les nazis décidèrent qu il était plus efficace d envoyer les personnes jugées mentalement déficientes ou inaptes au travail dans des camps d extermination comme Auschwitz, en Pologne, ou Hartheim, en Autriche. en Pologne, tuent un paysan polonais et toute sa famille parce qu il avait capturé trois Juifs et les avait livrés aux nazis. Les nazis enferment Tsiganes dans une synagogue lituanienne jusqu à ce que les prisonniers meurent de faim. La résistance du ghetto s organise à Czestochowa et Kielce, en Pologne. À Brody, en Ukraine, la résistance juive est menée par Solomon Halberszstadt, Jakub Linder, et Samuel Weiler. Simultanément la résistance juive à Chortkov, en Ukraine, est dirigée par Heniek Nusbaum, Mundek Nusbaum, Reuven Rosenberg, et Meir Wasserman. Le docteur Yeheskel Atlas, un jeune médecin polonais à la tête de la Résistance juive, est mortellement blessé par les troupes nazies au cours d un combat à Wielka Wola, en Pologne. Liquidation du ghetto de Lvov, en Ukraine. Les SS arrêtent l extermination à Belzec. Un camp de travail forcé est créé à Plaszów, en Pologne. Le plan d évasion d un Sonderkommando d Auschwitz est découvert et les détenus sont gazés. Le chef des partisans Hirsch Kaplinski, survivant d un massacre de Juifs perpétré à Diatvolo, en Biélorussie, est tué dans un combat au 393

102 PRINCIPALES DÉPORTATIONS DE JUIFS À AUSCHWITZ, ESPAGNE GRANDE- BRETAGNE PAYS-BAS Anvers BELGIQUE LUXEMBOURG Compiègne Angers Drancy Pithiviers FRANCE Lyon SUISSE Fossoli di Carpi mer Méditerranée Villes et camps d où les Juifs furent déportés à Auschwitz REICHSKOMMISSARIAT OSTLAND Hambourg GENERAL- Westerbork GOUVERNEMENT Berlin GRANDE PROTECTORAT ALLEMAGNE DE BOHÊME Theresienstadt & MORAVIE UKRAINE Auschwitz Munich Trieste ITALIE Rome YOUGOSLAVIE SLOVAQUIE Uzhgorod Budapest Cluj HONGRIE Zagreb ROUMANIE CROATIE Sarajevo SERBIE Bratislava Bolzano ALBANIE Corfou miles Athènes GRÈCE kilomètres Salonique BULGARIE N TURQUIE Rhodes Aharon Liebeskind dirigeait la Résistance juive de Cracovie, en Pologne. Utilisant le pseudonyme de Dolek, Liebeskind dirigeait la section de formation professionnelle de l Association juive d entraide. Il fut également l un des commandants du groupe de Résistance He halouts halohem qui attaqua les Allemands en décembre Liebeskind fut tué au cours du combat au corps à corps qui s ensuivit. Plus d un million de Juifs de toute l Europe furent déportés à Auschwitz- Birkenau et assassinés. Près de Juifs hongrois y périrent au milieu de l année C est également à Auschwitz que furent assassinés quelque Polonais non juifs, Tsiganes et prisonniers de guerre soviétiques. Des prisonniers du camp de transit de Drancy apportent en souriant de grandes miches de pain, début décembre Cette photo mise en scène fut prise pour convaincre la Croix rouge et les organisations juives, ainsi que l opinion publique française, que les détenus du camp étaient bien traités. Jusqu alors, les prisonniers avaient gravement souffert de la sous-alimentation, ne recevant que des rations de famine cours d une attaque allemande dans la forêt de Lipiczany. 2 décembre 1942 : Dans 30 pays, les Juifs organisent une journée de prières et de jeûne pour les Juifs européens. 3 décembre 1942 : Trois jeunes femmes juives qui s étaient évadées du camp de travail de Poznan, en Pologne, sont reprises, ramenées au ghetto de Lodz (Pologne) et abattues. Un millier de Juifs de Plonsk, en Pologne, sont assassinés à Auschwitz. Salomon Malkes, un responsable du ghetto de Lodz, se suicide, démoralisé par la déportation de sa mère. 394

103 Les nazis commencèrent la liquidation du ghetto de Lvov (Ukraine), en décembre Environ Juifs avaient déjà été déportés à Belzec avant l ultime Aktion. Alors que les nazis avaient annoncé aux Juifs déportés qu ils allaient travailler, les Juifs réalisèrent le sort qui les attendait en arrivant à Belzec où de la chair en décomposition empestait l air. «La majorité savait tout, rappelle un témoin. L odeur trahissait.» Afin de tuer le plus grand nombre possible de Juifs, jusqu à 800 personnes étaient entassées dans une chambre à gaz qui ne mesurait que 192 mètres carrés. «Gestapo» Müller Surnommé «Gestapo» Müller, Heinrich Müller incarnait pour bien des Allemands la police d État secrète. Pilote décoré de la Grande Guerre, Müller rejoignit la police de Munich, devenant l autorité de la section en matière de communisme et de mouvements de gauche. Son zèle et sa connaissance du parti communiste l amenèrent à faire la connaissance de Reinhard Heydrich qui assura sa promotion dans la police bavaroise. En 1936, Heydrich le nomma chef de la deuxième division de la Gestapo et le chargea de trouver les ennemis de l intérieur du Reich. En 1939, Müller succéda à Heydrich à la tête de la Gestapo, poste qu il occupa jusqu à la défaite des nazis. Participant à la conférence de Wannsee, Müller fut profondément impliqué dans l extermination en masse des Juifs. En octobre 1939, il chargea Adolf Eichmann de commencer la déportation des Juifs autrichiens dans la région de Lublin-Nisko. Dévoué à Hitler, Müller traqua impitoyablement ceux qui avaient participé à la tentative d assassinat du Führer, le 20 juillet Müller se trouvait aux côtés d Hitler pendant ses derniers jours passés dans le bunker de Berlin, mais il disparut à la fin de la guerre. Selon certaines rumeurs peu fondées, Müller aurait trouvé asile en Amérique du Sud ou au Moyen- Orient. 4 décembre 1942 : Zofia Kossak-Szczucka et Wanda Filipowicz créent Zekota, nom secret désignant le Rada Pomocy Zydom (Conseil d aide aux Juifs), un mouvement non juif à Varsovie. Zegota est géré conjointement par des Juifs et des non Juifs. Trois cents citoyens de Slonim, en Biélorussie, sont assassinés. 500 autres parviennent à rejoindre des groupes de partisans. 6 décembre 1942 : Des SS enferment 23 Polonais chrétiens dans une grange, à Stary Ciepielow (Pologne) et, les soupçonnant d avoir aidé des Juifs fugitifs, les brûlent vifs décembre 1942 : Des troupes nazies, des véhicules blindés et de l artillerie entreprennent une gigantesque chasse à l homme pour retrouver Juifs enfuis dans la forêt de Parczew, en Pologne ; voir 7 décembre décembre 1942 : Les troupes allemandes pénètrent dans le village polonais de Bielka et assassinent 96 villageois suspectés d abriter des Juifs fuyant l Aktion menée dans la forêt voisine de Parczew. G. Robert Borden Reams, du département d État américain, «spécia- 395

104 Kurt Gerstein Kurt Gerstein demeure une énigme. Chrétien convaincu, qui avait fait des études de médecine et d ingénieur, il rejoignit le parti nazi en Trois ans plus tard, il fut révoqué pour activité antinazie et condamné à purger une peine dans un camp de concentration. Après le meurtre de sa belle-sœur dans le cadre du programme d euthanasie, Gerstein voulut connaître la vérité sur ces assassinats. Il rejoignit la Waffen-SS en 1941, étudia les effets du Zyklon B et devint directeur du département de Désinfection technique à l Institut d hygiène. Cependant, lorsqu il reçut l ordre de transporter du Zyklon B dans les camps, il fut témoin des meurtres en masse de Juifs par le monoxyde de carbone à Belzec. Horrifié, Gerstein résolut de parler au monde, approchant diplomates, dignitaires ecclésiastiques et même le nonce du pape à Berlin, mais remportant peu de succès. Arrêté en France à la fin de la guerre, Gerstein fut emprisonné, soupçonné d être un criminel de guerre. Il mourut mystérieusement, probablement en se suicidant, mais peut-être victimes d officiers SS qui craignaient son témoignage. Fondateur du Nationaal-Socialistische Beweging (mouvement national socialiste), Anton Mussert aspirait à trouver une voie médiane au sein de la droite aux Pays-Bas. Il fut récompensé avec réticence pour sa loyauté envers le Reich, fin 1942, lorsque les nazis le nommèrent «dirigeant du peuple néerlandais», poste dépourvu d autorité réelle. Les autorités allemandes n eurent jamais pleinement confiance en Mussert parce qu il s opposait aux mesures contre les Juifs. En même temps, il était haï par son propre peuple parce qu il collaborait avec les nazis. Les nazis assassinaient leurs victimes de différentes façons, pas seulement en les abattant d une balle ou en les gazant. Cet homme juif, détenu au camp d extermination de Belzec, fut jeté dans un trou creusé dans la glace où il mourut de froid. De nombreux gardes du camp se rendirent célèbres pour leur cruauté, tentant de se surpasser les uns les autres dans l invention d atrocités pour tuer leurs victimes liste» des Juifs à la Division des affaires européennes, recommande au gouvernement des États-Unis de garder le silence sur les informations ayant trait à la Shoah. Le fonctionnaire britannique John Cecil Sterndale Benett est furieux parce que des enfants juifs hongrois seront peut-être autorisés à entrer en Palestine, par suite des requêtes de l Agence juive. 8 décembre 1942 : Le rabbin Stephen S. Wise, président du Congrès juif mondial, rencontre d autres dirigeants juifs et le président américain Franklin Roosevelt, pour discuter de la situation désespérée des Juifs européens récemment révélée. 9 décembre 1942 : À Tunis, les troupes allemandes s emparent de 128 Juifs et les 396

105 Les Allemands appliquèrent leur politique antisémite à tous les territoires d Afrique du Nord sous leur contrôle. Ces Juifs tunisiens sont emmenés dans un camp de travail. Cependant, relativement peu de Juifs tunisiens périrent dans la Shoah, parce que les Alliés conquirent la région avant que les nazis n aient pu lancer un programme d extermination systématique. Posant fièrement en grande tenue d officier SS, Max Koegel fit carrière dans la bureaucratie nazie. À l instar de nombreux soldats allemands après la Première Guerre mondiale, il éprouva des difficultés à s adapter à la vie civile. En 1926, Koegel purgea une peine de prison pour faillite et fraude et, en 1929, sa frustration le conduisit à rejoindre la SS. Il fit partie du personnel du camp de concentration de Dachau en 1933 et obtint des promotions dans divers camps, y compris les postes de commandant du camp de concentration de Ravensbrück et, début 1942, du camp de la mort de Majdanek. Considérant leurs sujets comme de simples instruments de recherche et non comme des êtres humains, les expérimentateurs nazis ne s imposaient aucune limite éthique. À l instar de ce prisonnier dont la jambe est représentée ici, d autres détenus reçurent des injections de pus et de substances toxiques afin de provoquer des infections sur lesquelles divers remèdes expérimentaux pourraient être testés. Les chercheurs nazis amputèrent également des membres sains pour les greffer à des soldats gravement blessés. Peu de prisonniers survécurent à ces expériences, les uns mourant immédiatement, les autres devenant si faibles et si malades qu ils étaient bientôt expédiés dans les chambres à gaz. font marcher jusqu à un camp de travail. Un jeune Juif qui tombe d épuisement est abattu. Christian Century, un journal protestant américain, attaque le rabbin Stephen Wise, affirmant qu il a menti à propos de la Shoah dans sa récente conférence de presse. Christian Century affirme également que, même si ce que Wise a dit est vrai, il ne sert à rien de rendre publiques les informations sur la Shoah. 10 décembre 1942 : Arrivée d un convoi de Juifs d Allemagne à Auschwitz. À Wola Przybyslawska, en Pologne, près de la forêt de Parczew, les nazis abattent sept Polonais accusés d avoir aidé des Juifs. L ambassadeur de Pologne en Grande- Bretagne informe le ministre des Affaires étrangères, Anthony Eden, que le gouvernement polonais en exil peut confirmer que les autorités allemandes exterminent systématiquement la totalité des Juifs de Pologne et ceux d Europe. 11 décembre 1942 : Les détenus juifs du camp de travail de Lutsk, en Ukraine, sont informés par une femme chrétienne que le camp va être liquidé. Les Juifs organisent rapidement une révolte ; voir 12 décembre

106 Dans certains pays, la politique raciale nazie fut fort bien accueillie par des scientifiques qui effectuaient une recherche douteuse en eugénisme. Ici, juste à gauche d un grand portrait de Philippe Pétain, le dirigeant de la France de Vichy, Louis Darquier de Pellepoix, directeur du Commissariat général aux questions juives, prononça le discours inaugural lors de l ouverture de l Institut d anthroposociologie. Cet institut se consacrait à l étude de l eugénisme et de la race. À la gauche de Pellepoix, se trouve Claude Vacher de Lapouge, sociologue racial dont le père, le comte George Vacher de Lapouge, avait, au début du siècle, exhorté les chercheurs à étudier la reproduction pour améliorer la race humaine. L amiral Jean-François Darlan, commandant en chef de la marine française, fut premier ministre dans le gouvernement de Vichy du maréchal Philippe Pétain, de 1940 à Pierre Laval ayant été à nouveau nommé premier ministre en avril 1942, Darlan reprit son poste à la tête de la marine. En Afrique du Nord française, il joua un jeu périlleux, demandant instamment aux forces armées françaises de ne pas résister à l invasion alliée tout en continuant à représenter le gouvernement de Vichy. Considéré comme un traître, tant par les partisans de Pétain que par ceux de Charles de Gaulle (le représentant du gouvernement français en exil), Darlan fut assassiné à Alger le 24 décembre par un opposant au gouvernement de Vichy, Olivier Bonnier de la Chapelle. «Juif crucifié sur une croix gammée», un dessin à l encre de Joseph Bau, rescapé de la Shoah, illustre sans équivoque l impitoyable solution des nazis à la «question juive.» décembre 1942 : Des détenus juifs du camp de travail de Lutsk, en Ukraine, armés de couteaux, de briques, de barres de fer, d acide, de plusieurs revolvers et de carabines à canon scié, se révoltent contre les Allemands et les Ukrainiens. Le soulèvement est écrasé. 13 décembre 1942 : Joseph Goebbels, le ministre allemand de la Propagande, se plaint dans son journal du manque d enthousiasme de l Italie pour la persécution des Juifs. 15 décembre 1942 : De fausses cartes postales optimistes parviennent dans des foyers juifs des Pays-Bas, émanant d amis et de parents internés à Auschwitz et dans le camp / ghetto de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie.

107 La bataille de Stalingrad devint le tournant décisif de la guerre, opposant l armée allemande jusqu alors victorieuse, mais démesurément dilatée dans l espace, aux forces soviétiques épuisées (photo), déterminées à défendre la ville à tout prix. Les combats acharnés atteignirent un point culminant dans les derniers jours de 1942, lorsque les troupes de l Armée rouge venant du sud et de l est se rejoignirent à Stalingrad. Le rêve d Hitler d ouvrir l Union soviétique au pillage et à l expansion allemande allait voler en éclat. Le maréchal Gerd von Rundstedt fut le commandant en chef du front ouest de 1942 à Vétéran de la Première Guerre mondiale, Rundstedt fut relevé de ses fonctions en 1938, lorsque la direction de l armée allemande fut réorganisée. Il reprit du service durant la campagne polonaise et participa aux opérations en Europe occidentale en 1940 avant de retourner vers l Est pour l invasion de l Union soviétique durant l été Bien qu il n ait pas pris part au complot des généraux visant à assassiner Hitler, Rundstedt était au courant de la conspiration et exhorta le maréchal Erwin Rommel à y participer. Camps d internement aux États-Unis Après le bombardement de Pearl Harbor (Hawaï), le 7 décembre 1941, les Américains furent en proie à la paranoïa et à la panique. Les Américains d origine japonaise qui vivaient dans l ouest des États-Unis y compris ceux qui étaient nés dans le pays furent rassemblés sur décret gouvernemental, souvent sans préavis, et durent quitter leurs foyers, leurs activités et leurs biens. Environ personnes furent emprisonnées dans dix camps, notamment Heart Mountain dans le Wyoming et Manzanar dans Owens Valley, en Californie. Les conditions de vie dans ces camps étaient plus que sommaires et très pénibles. Manzanar, situé à l ouest de la vallée de la Mort, était clôturé par des barbelés ponctués de tours de guet. Les baraquements rudimentaires protégeaient peu de l intense chaleur de l été et du froid mordant de l hiver. Coupés de leurs amis et de leurs proches, rabaissés et déchus de leurs droits, certains se suicidèrent. Nombreux furent les jeunes qui tentèrent de s évader des camps et de prouver leur loyauté en se portant volontaires dans les forces armées. En dépit des nombreuses médailles décernées pour héroïsme sur le front européen, les soldats s entendirent répondre à leur retour en Amérique : «Ici, on ne sert pas les Japs.» Les réparations pour ces internements illégaux ne commencèrent à être versées par le gouvernement américain qu au début des années décembre 1942 : Création d un ghetto à Kharkov, en Ukraine. L Allemagne décrète que les Tsiganes allemands doivent être déportés à Auschwitz et exterminés. Des exceptions sont prévues pour d anciens soldats de la Wehrmacht, les travailleurs importants pour l industrie de guerre et ceux qui sont «socialement adaptés». 17 décembre 1942 : Des pressions émanant de membres du parlement, de groupes juifs en Angleterre, de l Église anglicane, de la presse britannique et du gouvernement polonais en exil persuadent les gouvernements alliés de publier leur première reconnaissance officielle des atrocités perpétrées en Pologne. Les pays alliés Grande- Bretagne, États-Unis, Union soviétique, Belgique, Tchécoslovaquie, Grèce, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Yougoslavie, et le Comité national français condamnent officiellement la «politique bestiale d extermination de sang-froid» pratiquée par les nazis. Ils s engagent à punir les responsables. De nombreux fonctionnaires du Département d État américain tentent de bloquer cette déclaration. Toutes les déclarations antérieures et postérieures s abstenaient de faire mention des Juifs. 399

108 Stutthof Stutthof, situé en Pologne à une trentaine de kilomètres à l est de Dantzig, devint le premier camp créé en territoire polonais. Ouvert en septembre 1939, il fut d abord un camp de travail forcé pour prisonniers de guerre civils qui furent ultérieurement rejoints par des Danois et d autres prisonniers. Début 1942, Stutthof fut transformé en camp de concentration et devint le centre de toute une pléiade de camps. Des Juifs des Pays baltes, de Hongrie et d autres camps furent envoyés à Stutthof en La majorité étaient des femmes. Bon nombre moururent de faim, de maladie et par suite de l excès de travail. D autres furent gazés ou jetés vivants dans le four crématoire. À l approche des forces soviétiques durant l hiver , des Juifs de Stutthof furent astreints à des marches de la mort ; d autres moururent en traversant la Baltique en bateau. Certains étaient si faibles qu ils ne survécurent que quelques heures après leur libération en mai Environ personnes moururent à Stutthof. Loin de leur patrie, des réfugiés juifs polonais se réunissent dans un abri en bois servant de synagogue dans l île de la Jamaïque, aux Caraïbes. Fuyant les persécutions, ils s étaient rendus au Portugal où le Joint Distribution Committee parvint à organiser leur voyage et celui de 150 autres personnes pour la Jamaïque. Hébergés dans un camp de réfugiés, ils attendirent les visas qui leur permettraient de se rendre aux États-Unis ou dans divers pays d Amérique latine. Richard Glücks était le supérieur direct de Rudolf Höss et des autres commandants de camps de concentration. Ayant choisi le site d Auschwitz, Glücks fut responsable des «services» médicaux rendus au camp et de l activité de la maind œuvre servile qui stimulait l effort de guerre allemand. Il décidait combien de prisonniers seraient sélectionnés pour être gazés et combien pour aller travailler. Il fut aperçu pour la dernière fois dans un hôpital naval près de la frontière danoise ; on ne sait toujours pas s il se suicida ou s il fut tué par des Juifs désireux de se venger Acceptant la position du gouvernement des États-Unis selon laquelle les Juifs massacrés par les Allemands ne pouvaient être aidés que par une victoire totale des Alliés sur l Allemagne, la presse américaine continue à présenter la Shoah comme un simple récit de guerre et refuse de traiter de l extermination systématique des Juifs. Étant donné ce que les gouvernements alliés savaient de la Shoah à cette époque, attendre que les forces armées alliées aient remporté une victoire totale sur les Allemands indiquait qu ils acceptaient l éventualité que la majorité des Juifs européens soient assassinés avant que les Allemands puissent être stoppés. Les détenus juifs du camp de travail de Kruszyna, en Pologne, près de Radom, attaquent les gardes avec des couteaux et avec leurs poings. Six prison- 400

109 Même lorsque les conditions empirèrent dans le ghetto de Varsovie, des intellectuels et des artistes, dont certains souhaitaient perpétuer l hébreu et d autres le yiddish, luttèrent pour préserver la culture. Aaron Luboshitzki, écrivain, poète et éditeur, s efforçait de promouvoir la littérature hébraïque. Au cours d une carrière prolifique, il écrivit des manuels scolaires, des articles, des poèmes et des pièces de théâtre, et fonda plusieurs maisons d édition. Il fut assassiné par les nazis à Varsovie, en Une scène du documentaire nazi, Entre la Vistule et le Rhin, montre des SS engagés dans une opération de déportation à Varsovie. On remarquera que les soldats effectuent calmement leur travail. La terrible brutalité qui accompagnait les rafles ne figurait pas dans les films de propagande produits par les nazis. L élimination des Juifs polonais était présentée comme une opération de réinstallation et non comme un génocide programmé. Des agents de la Gestapo et du Sicherheitsdienst (Police de sûreté) interrogent une jeune Juive trouvée avec des billets de banque cachés dans les talons de ses chaussures. Les Juifs, privés de leurs biens, cherchaient à dissimuler n importe quel objet de valeur dans la perspective de la déportation. Les parents, redoutant d être séparés de leurs enfants, tentaient de leur donner de l argent ou des bijoux afin qu ils puissent subvenir à leurs besoins. niers sont tués et quatre s évadent ; voir 18 décembre décembre 1942 : Des travailleurs juifs de Kruszyna, en Pologne, ayant refusé de monter dans des camions, plus d une centaine d entre eux sont abattus. L ambassadeur britannique au Vatican, Francis d Arcy Osborne, affirme que le pape Pie XII «ne voit pas que son silence est extrêmement accablant pour le Saint-Siège». Fin 1942 : Dix-neuf membres d un groupe de partisans biélorusses menés par Touvia Bielski tombent dans une embuscade et sont tués par des soldats allemands. 19 décembre 1942 : Après avoir passé trois semaines enfermés dans une synagogue par des troupes ukrainiennes ennemies, 42 hommes juifs sont contraints de marcher dans la forêt de Rakow et reçoivent l ordre de creuser une fosse. Ils résistent et sont abattus. Quelques-uns réussissent à s évader. Plus tard, dans la même journée, 560 autres Juifs sont conduits de la synagogue dans la forêt et assassinés. 22 décembre 1942 : Des troupes nazies réunies au Cyganeria, un café de 401

110 Les travailleurs du camp de travail de Lutsk, en Ukraine, préparèrent une révolte le 12 décembre Les troupes nazies qui arrivèrent pour liquider le camp furent refoulées par des travailleurs juifs armés de haches, de couteaux, d acide, de barres de fer, de briques et d armes portatives. Les Allemands se regroupèrent et lancèrent des grenades dans l atelier de menuiserie pendant plus de 12 heures. Finalement, lorsque les nazis mirent le feu à l atelier, 50 résistants se pendirent plutôt que de mourir de la main de leurs ennemis. Les résistants photographiés ici étaient des partisans de la région de Lutsk dont la réputation d audace continua à préoccuper les Allemands. Cet orchestre de femmes se produisait dans le camp de détention de Vittel, en France. Des conditions relativement bonnes y prévalurent tant que la Gestapo souhaita échanger des ressortissants étrangers et des Juifs détenteurs de passeports étrangers valides contre des ressortissants allemands détenus par les Alliés. Au printemps 1944, cependant, les Juifs détenteurs de papiers en règle délivrés par des nations occupées et belligérantes furent conduits au camp de transit de Drancy. Les Juifs en possession de papiers de pays latino-américains (pour la plupart neutres) furent envoyés à Auschwitz, en partie parce que les pays qui avaient délivré ces papiers les rejetaient désormais. L une des réalisations les plus extraordinaires du ghetto de Vilnius (Lituanie) était sa bibliothèque. Cette affiche de décembre 1942 annonce le prêt de son e livre. Organisé par le directeur de la bibliothèque, Hermann Kruk, cet événement traduit l amour porté à la littérature par la communauté et son goût de l étude, même en cette époque cruelle. La lecture procurait à la fois distraction et évasion de la rigueur de la vie quotidienne dans le ghetto Cracovie, en Pologne, sont attaquées par des partisans juifs. Plusieurs officiers SS, ainsi que deux partisans, dont le dirigeant Aharon Liebeskind, sont tués durant l attaque. 24 décembre 1942 : Les Allemands mènent une deuxième chasse à l homme dans la forêt de Parczew, en Pologne, à la recherche de Juifs fugitifs. L amiral français Jean-François Darlan, homme de Vichy et collaborateur, est mortellement blessé par balles, geste d un royaliste français âgé de 20 ans, Fernand Bonnier de la Chapelle ; voir 26 décembre décembre 1942 : Quatre prisonniers évadés du camp d extermination de Sobibor sont abattus après avoir été trahis par des villageois des environs.

111 Le 28 décembre 1942, la Chronique du ghetto de Lodz rapporte laconiquement : «De nouveau froid.» Ici, des enfants et des vieillards juifs du ghetto sont à la recherche de quelques morceaux de charbon. Parmi les habitants du ghetto de Lodz (Pologne), le froid glacial continuel causa encore plus de décès que la faim. Dans le ghetto, des rumeurs encourageantes sur du pain et du saucisson ou même des œufs en l honneur de la fête de Noël circulaient dans la population, s avérant chaque fois non fondées. Abraham Stern, un Juif polonais qui avait abandonné ses études à l Université hébraïque en Palestine, créa les Combattants pour la liberté d Israël, un mouvement de guérilla ayant pour vocation de promouvoir l émigration juive en Palestine et d assurer l indépendance d Israël. Le groupe Stern fut considéré en Grande-Bretagne comme l un des groupes les plus actifs et les plus décidés en faveur de l indépendance d un État juif. Le Vatican Les événements de 1942 montrent pourquoi la Shoah suscite une controverse sur le Vatican et l Église catholique romaine. Des évêques, des diplomates, des messagers, des prêtres et leurs paroissiens tinrent le Vatican et le pape Pie XII (photo) au courant du sort des Juifs d Europe. Or, réagissant aux rapports sur les déportations et les massacres en masse perpétrés en 1941 et 1942, le cardinal Luigi Maglione, secrétaire d État, considérait ces informations comme non vérifiées sinon exagérées. Attendant avec impatience une condamnation par le pape du traitement réservé aux Juifs par l Allemagne nazie, les Alliés exhortèrent Pie XII à soutenir une déclaration du 17 décembre 1942 intitulée «Politique allemande d extermination de la race juive.» Le Vatican avait protesté contre les atrocités en général, répliqua le cardinal Maglione. Il continua cependant à expliquer que le pape ne pouvait pas condamner publiquement des atrocités particulières. Le 24 décembre, Pie XII, dans une référence voilée aux Juifs, déplora «les centaines de milliers qui, sans que ce soit leur faute, et parfois seulement à cause de leur nation ou de leur race, ont été condamnés à mort ou à un lent dépérissement.» Les controverses sur ce que le Vatican aurait pu ou dû faire pendant la Shoah seront clarifiées, mais non résolues, lorsque les archives de l époque de la guerre seront ouvertes à la consultation. 26 décembre 1942 : Le royaliste français âgé de 20 ans, Fernand Bonnier de la Chapelle est fusillé par un peloton d exécution de Vichy, deux jours après avoir mortellement blessé l amiral Darlan, homme de Vichy. 28 décembre 1942 : Deux Juifs sont abattus pour mutinerie dans le camp de travail de Stalowa Wola, en Pologne. Le docteur Carl Clauberg commence ses expériences de stérilisation sur des prisonnières d Auschwitz. 30 décembre 1942 : Le pape Pie XII déclare à un représentant américain qu il considère les récits d atrocités subies par les Juifs comme des exagérations «à des fins de propagande.» 31 décembre 1942 : À cette date, le Reich allemand a déporté plus de deux millions de Juifs dans les camps de la mort. Des centaines de milliers d autres Juifs ont été massacrés par les Einsatzgruppen et les bataillons de police. 403

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