Meilleures Pratiques: Prévention et Élimination du Travail des Enfants à travers l Education
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- Aurélien Dumas
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1 Meilleures Pratiques: Prévention et Élimination du Travail des Enfants à travers l Education Tirées du projet Global CIRCLE de Winrock Innovations à Base Communautaire pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Education
2 «Dans le contexte du projet CIRCLE, une meilleure pratique est un aspect d un projet qui a été efficace dans la prévention ou la réduction du travail des enfants et qui est source d inspiration pour d autres.» Winrock International Novembre 2006
3 Meilleures Pratiques: Prévention et Élimination du Travail des Enfants à travers l Education Tirées du projet Global CIRCLE de Winrock Innovations à Base Communautaire pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Education CIRCLE est financé par le Département Américain du Travail dans le cadre des Accords de Coopération E-9-K et E-9-K Cette publication ne reflète pas nécessairement les vues ou politiques du Département Américain du Travail, tout comme la mention de noms, produits commerciaux, ou d organisations ne signifie l approbation du Gouvernement des États-Unis.
4 Meilleures Pratiques: Prévention et Élimination du Travail des Enfants à travers l Education Innovations à Base Communautaire pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Education (CIRCLE) Auteur Winrock International Ecrit par Nicholas Grisewood Rédacteur principal Saskia Brand Kadiatou Cissé Abbassi Henry Ruiz Vicki Walker Editeur Christina Grisewood Mise en page Minshall & Minshall Creative, Little Rock, AR Imprimé par Brockinton Company, Inc., Little Rock, AR Photos fournies par le personnel et les partenaires de CIRCLE Droit d auteur 2008 par Winrock International Empowerment and Civic Engagement unit 1621 North Kent Street Suite 1200 Arlington, VA USA Cette publication peut être reproduite dans son intégralité pour un usage éducatif et non commercial. Des extraits peuvent être reproduits à condition que le titre et la maison d édition soient cités. Tous droits réservés. Imprimé aux Etats-Unis d Amérique. ISBN : Cette publication a été financée par le Département Américain du Travail dans le cadre des Accords de Coopération E-9-K et E-9-K Cette publication ne reflète pas nécessairement les vues ou politiques du Département Américain du Travail, tout comme la mention de noms, produits commerciaux, ou d organisations ne signifie l approbation du Gouvernement des États-Unis.
5 Les projets CIRCLE I et II de Winrock International (Innovations à base communautaire pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Education) vise à prévenir ou à réduire le travail des enfants grâce à l éducation par l identification, la promotion et l appui à des projets novateurs, élaborés au niveau local et à base communautaire. CIRCLE est financé par l Initiative pour l Education dans le cadre du Travail des Enfants du Département du Travail des Etats-Unis/Bureau des Affaires Internationales du Travail/Bureau du Travail des Enfants, des Travaux Forcés et de la Traite des Etres Humains (US- DOL/ILAB/OCFT). Cette publication est un condensé des meilleures pratiques tirées de plus 100 projets financés dans le cadre de CIRCLE I et II. Elle entend être une source d information et d inspiration pour les personnes physiques et les organisations dont le travail consiste à éradiquer l exploitation des enfants, promouvoir les opportunités éducatives pour tous les enfants, et contribuer à leur épanouissement personnel et social grâce à une enfance accomplie, en sécurité et dans le bonheur. Définition du travail des enfants Ce document porte sur l exploitation et les pires formes du travail des enfants. Toutes autres références au travail des enfants implique la définition suivante. Le travail des enfants fait référence à des enfants qui sont engagés dans une activité économique et qui sont au-dessous de l âge minimum légal d emploi dans un pays donné. Selon les pays, les jeunes âgés de ans et plus peuvent être employés dans certains «travaux légers» si ce n est pas dangereux ou nuisibles à leur santé et n a pas d incidence sur leur fréquentation et leurs résultats scolaires. L article 3 de l Organisation Internationale du Travail (OIT) la convention n o 182 définit les pires formes de travail des enfants comme: a) toutes formes d esclavage ou de pratiques analogues à l esclavage, comme la vente et la traite des enfants, esclavage et servitude de dette ainsi que le travail forcé ou obligatoire, y compris le recrutement forcé ou obligatoire des enfants pour servir dans les conflits armés; b) l utilisation, le recrutement ou l offre d un enfant aux fins de prostitution, de production de matériel pornographique ou de spectacles pornographiques; c) l utilisation, le recrutement ou l offre d un enfant aux fins d activités illicites, notamment pour la production et le trafic de stupéfiants; d) les travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, la sécurité ou la moralité de l enfant. Les sources pouvant être consultées pour plus de définitions, sont l Organisation Internationale du Travail (OIT), La Convention de l ONU sur les Droits de l enfant (1989), la Convention No. 138 de l OIT concernant l âge minimum pour l admission à l emploi (1973), la Convention No 182 de l OIT concernant l interdiction et l action immédiate pour l élimination des Pires Formes du Travail des Enfants (1999), La fin du travail des enfants à portée de main, Rapport global l OIT, juin 2006.
6 Sommaire Avant-propos... 1 Préface... 2 Remerciements... 3 Abréviations... 4 Guide de l Utilisateur... 5 Contexte... 7 Contexte 1: A propos de Winrock International... 7 Contexte 2: Causes et conséquences du travail des enfants Contexte 3: Le projet CIRCLE de Winrock Contexte 4: CIRCLE comme modèle de meilleures pratiques Lignes directrices en matière de conception de projets Approches Thématiques à la Prévention et à l Élimination du Travail des Enfants Chapitre 1 La sensibilisation Chapitre 2 Le Plaidoyer Chapitre 3 Éducation Chapitre 4 Formation professionnelle et formation par apprentissage Chap- Chapitre 5 L Education par les Pairs Chapitre 6 Le Suivi du Travail des Enfants Chapitre 7 Collecte de données Annexes Annexe I Liste des Organisations Non Gouvernementales (ONG) Annexe II Liste des membres contributeurs du Comité Régional de Sélection (CRS) Annexe III Liste des évaluateurs des Meilleures Pratiques et les Contributeurs
7 Avant-propos Du Président et PDG de Winrock International Avril 2008 Le projet Innovations Communautaires pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Education (CIRCLE) est au plan du développement une innovation qui a permis de protéger ou de retirer plus de 24,000 enfants du travail des enfants relevant de l exploitation y compris les pires formes. La participation communautaire a été un élément clé de son succès. Pendant plus de cinq ans, Winrock a eu le privilège de conduire ce projet, qui a mené à ce document de Meilleures Pratiques. Il est le résultat du dévouement et du travail laborieux de nos organisations partenaires non gouvernementales et communautés, bénévoles et conseillers experts, et le personnel de Winrock. Il a pour but d inspirer et d offrir des méthodologies, outils, et exemple pour combattre le travail des enfants et assurer que les enfants sont à l école et ont une chance de grandir sans être exploités. Ce document a été rédigé et analysé grâce à un processus d examen par les pairs qui a impliqué plus de 200 participants, un processus qui a sensibilisé sur le projet CIRCLE et les questions liées au travail des enfants associées au développement et à l éducation. Il est le reflet de la collaboration extraordinaire entre experts de plusieurs institutions, le secteur privé, les gouvernements, et les communautés à travers le monde. Veuillez prendre connaissance de la liste de remerciement en annexe. Nous espérons qu au cours de votre lecture des expériences de Winrock et CIRCLE vous aurez un regard nouveau sur les techniques pour la réduction du travail des enfants relevant de l exploitation et que vous vous serez inspirés afin d intensifier vos propres efforts dans l atteinte des Objectifs de Développement du Millénaire ainsi que l objectif affiché de l IPEC/BIT : «pas de travail d enfants d ici 2016». Le bureau de Winrock au siège et le personnel régional ont coordonné les ONG qui ont apporté contenu et innovation à ce projet ; les stagiaires, bénévoles, évaluateurs et chargés de suivi ont contribué à leur travail. Des remerciements particuliers s adressent à l endroit de ceux qui ont élaboré la méthodologie des Meilleures Pratiques et l équipe de chercheurs, écrivains, et maquettistes de production. Nous sommes profondément reconnaissants envers le Département du Travail des Etats-Unis qui a financé cet effort et a cru en la force des ONG à base communautaire et en la créativité de leurs innovations. Frank Tugwell Président et PDG Winrock International Dédicace Cette publication des Meilleures Pratiques est dédiée aux centaines de milliers de personnes et d organisations qui consacrent leur vie à la lutte contre les pires formes de travail des enfants et à faire en sorte que les enfants travailleurs et ceux qui sont à risque aient accès à l éducation comme moyen d amélioration de leurs conditions de vie et de leurs perspectives futures. 1
8 Préface du Directeur du Projet Historiquement, le travail des enfants a occupé une place dans le développement social et économique de nombreux de pays. En sensibilisant sur l importance de l éducation et la différence entre le travail acceptable pour les enfants et le travail des enfants relevant de l exploitation, il est possible de briser le cycle du travail des enfants et de la pauvreté. Le projet Innovations à Base Communautaire pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Education (CIRCLE) a réussi à renforcer la capacité des organisations locales et leur permettre de briser le cycle du travail des enfants relevant de l exploitation tout en encourageant un changement social positif. Le projet CIRCLE a permis aux organisations locales d élaborer, de mettre en œuvre, d assurer le suivi et de produire des rapports sur leurs propres projets et meilleures pratiques. Les communautés locales sont devenues la voix et les acteurs du changement à tous les niveaux et ont appliqué les solutions locales aux problèmes locaux. Le travail de base et la création d environnements favorables ont été en grande partie effectués par le Département Américain du Travail (US-DOL) et le Programme International pour l Eradication du Travail des Enfants de l Organisation International du Travail (IPEC/ BIT). CIRCLE a parachevé le travail de USDOL et de l IPEC/BIT en mettant, à la disposition des organisations locales, des opportunités et des ressources qui leur permettent d élaborer des projets innovateurs et générés par elles-mêmes et de rassembler leurs meilleures pratiques. Winrock a établi de solides relations de travail avec les ONG et a construit un sens partagé d appropriation et de partenariat. Par le biais de CIRCLE, plus de 100 organisations locales établies dans 24 pays d Amérique Latine, d Asie et d Afrique ont mis en oeuvre des projets novateurs visant à réduire le travail des enfants grâce à l éducation. Plus de enfants ont bénéficié directement de services éducatifs et ont été soustraits ou protégés contre le travail abusif. CIRCLE a bénéficié de la collaboration et des contributions en nature des comités régionaux de sélection y compris des membres de l IPEC/BIT et des contributions de bénévoles de plus de 150 pairs évaluateurs externes. Veuillez voir l annexe I pour une liste des collaborateurs et des soutiens. Le manuel des Meilleures Pratiques dans la prévention et Élimination du Travail des Enfants documente les expériences de plus de 80 ONG et démontre les possibilités de changement et de durabilité existent dans des environnements difficiles. Il aborde des questions sur la manière de travailler avec les comités de suivi du travail des enfants, de développer des programmes d épargne, et d inspirer le travail des bénévoles. Il donne des idées sur les meilleurs moyens d atteindre les familles rurales, de traiter les groupes marginalisés et de renforcer la participation des femmes et des enfants à la prise de décision. Selon le dernier rapport d évaluation du projet «l aspect le plus passionnant de CIRCLE est le modèle lui-même et la possibilité qu il offre de révolutionner les relations entre les communautés, les organes de mise en œuvre et les partenaires financiers en facilitant une approche plus participative à la conception à la mise en œuvre de projet.» Nous espérons que beaucoup seront inspirés par les Meilleures Pratiques et qu ils l utiliseront comme une ressource et un moyen pour accéder aux organisations locales engagés à lutter contre le travail des enfants à travers l éducation. Ensemble nous pouvons entamer les phases prochaines de l effort global de lutte contre le travail des enfants et d offrir l éducation à tous. Cordialement, Vicki Walker Directrice du projet CIRCLE 2
9 Remerciements Le projet CIRCLE est financé par le Département Américain du Travail/Bureau des Affaires Internationales de Travail / Bureau du Travail des Enfants, du Travail Forcé, et de la Traite des Etres Humains (USDOL/ILAB /OCFT). Winrock, les organisations non gouvernementales de CIRCLE (ONG) et les bénéficiaires apprécient l appui de USDOL/OCFT à leurs approches innovantes pour le renforcement des organisations locales dans le but de réduire le travail des enfants dans le monde. USDOL/ILAB /OCFT est à la tête de la lutte contre le travail des enfants dans le monde et son exemple a inspiré d autres gouvernements à se joindre aux efforts entrepris. Le projet CIRCLE et l élaboration des «Meilleures Pratiques» ont été des processus très collaboratifs. Grâce au personnel du projet et aux nombreux collaborateurs qui ont apporté énergie, passion et expertise à l effort. CIRCLE s est appuyé sur le professionnalisme de son personnel et sur les contributions en nature des membres du Comité Régional de Sélection (CRS) et du personnel de l IPEC/BIT) de même que sur les contributions volontaires de plus de 100 participants à la revue des pairs, dont les ONG elles-mêmes, qui ont permis de documenter les «Meilleures Pratiques». Nos remerciements à Nicholas Grisewood pour la rédaction et la compilation des documents techniques. Soutenir le réseau actuel de CIRCLE Cette publication des «Meilleures Pratiques» compte être un «document vivant». Les Ateliers sur les Meilleures Pratiques tenus en Décembre 2007 ont réuni plusieurs ONG et membres du CRS pour partager leurs meilleures pratiques et élaborer des projets intégrés basés sur une connaissance plus profonde de l élaboration, la mise en œuvre et la durabilité des interventions en matière de travail des enfants et d éducation. Des matériels pédagogiques complémentaires et des outils développés pour l atelier seront disponibles sur le site Web de CIRCLE. Winrock maintiendra le site Web de CIRCLE sur le Travail et l Education des Enfants pour communauté des intervenants dans le domaine. Ce site fournira des informations à jour à ceux qui contribuent aux Meilleures Pratiques et aux ONG ainsi que d autres affiliés au projet. Vous êtes invités à visiter le site web de CIRCLE: 3
10 Abréviations BIT... Bureau International du Travail CACL... Campagne Contre le Travail des Enfants (Inde) CIRCLE... Innovations Communautaires pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Education CCEL... Coalition en faveur des Enfants en Situation d exploitation (Ghana) COMUNA... Conseil Municipal pour les Enfants et les Adolescents (Guatemala) DCLC... Comité du District sur le Travail des Enfants (Kenya) DSRP... Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté EPT... Education Pour Tous ICLP... Programme International sur le Travail des Enfants (USDOL) IE... Initiative Éducation (USDOL-OCFT) ENF... Education non formelle IPEC... Programme International pour l Élimination du Travail des Enfants OIM... Organisation Internationale pour les Migrations OMD... Objectifs du Millénaire pour le Développement NCLP... Projet National sur le Travail des Enfants (Inde) ONG... Organisation Non Gouvernementale OCFT... Bureau du Travail des Enfants, le Travail Forcé, et le Trafic Humain (USDOL) ONU... Organisations des Nations Unies PETI... Programme d Éradication du Travail des Enfants (Brésil) SIDA... Syndrome d Immunodéficience Acquise STE... Suivi du Travail des Enfants USDOL... Département du Travail des États Unis VIH/SIDA... Virus d Immunodéficience Humaine/Syndrome d Immunodéficience Acquise La liste des ONG CIRCLE et leurs abréviations se trouvent en Annexe I 4
11 Guide de l Utilisateur Guide de l Utilisateur Dans un passé récent, un grand nombre d organisations, ont mené des activités de lutte contre le travail des enfants à travers des interventions dans le domaine de l éducation. Par le biais du projet Innovations Communautaires pour réduire le travail des enfants à travers l éducation (CIRCLE), les partenaires de Winrock International ont effectué des projets qui ont produit une somme de connaissances et de leçons qui peuvent être d une valeur inestimable pour d autres personnes ou organisations évoluant dans ce domaine. Espérons que cette publication serve de source d inspiration et de guide à ceux qui sont impliqués ou intéressés dans la mise en oeuvre de projets de lutte contre le travail des enfants à travers l éducation. Les utilisateurs potentiels peuvent inclure les gouvernements, les organisations donatrices, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales (ONG), les employeurs, les organisations d employeurs et de travailleurs, particulièrement ceux qui opèrent dans les secteurs intégrés du travail des enfants ou intéressés à le faire. La présente publication à pour but de servir d outil d appui à la production, la gestion et l application de la connaissance en vue: d aider les utilisateurs à concevoir et mettre en oeuvre des activités en faveur soit des enfants déjà victimes, vulnérables ou à risque de travail des enfants, soit soustraits du travail des enfants; de sensibiliser sur le travail des enfants et d aider les acteurs à assumer leurs rôles et responsabilités à répondre efficacement et à pérenniser les résultats à long terme. Le document comprend deux parties principales. La première partie met l accent sur le contexte. Elle contient des informations de base détaillées sur les questions communes au travail des enfants et à l éducation, jette un regard sur les causes et les conséquences du travail des enfants, met en exergue le cadre législatif existant, et introduit Winrock International et son initiative CIRCLE. Cette première partie comprend également les Directives pour la Conception de Projet pour guider les organisations tout au long du processus de conception d un projet efficace de lutte contre le travail des enfants à travers des interventions dans le domaine de l éducation. La deuxième partie, qui est aussi la plus importante, présente un condensé des connaissances pratiques à partir d une gamme élargie de projets réalisés dans le cadre du projet CIRCLE. Cette publication décrit les approches qui ont fait la preuve de leur efficacité dans la lutte contre le travail des enfants et extrait les leçons apprises qui peuvent aider d autres à mettre en œuvre des initiatives similaires dans des contextes qui leur sont propres. Cette partie est organisée sur une base thématique, avec un chapitre qui s articule autour des points suivants: Sensibilisation Le point de départ et la clé de voûte de tous projets sur le travail des enfants est d informer ceux qui sont le plus concernés par la question, de même que la société de façon plus générale, sur l existence et les implications du travail des enfants et le rôle de l éducation dans la lutte contre le travail des enfants. Plaidoyer S appuyant sur la sensibilisation, le plaidoyer va plus loin dans l information et la recherche de l appui des gouvernements, des responsables politiques, des employeurs, de la société civile, et d autres occupants des postes de pouvoir et d influence dans les actions de réduction et de prévention du travail des enfants, en particulier à travers l éducation. Le travail des enfants est un phénomène mondial et peut priver les enfants de bonne santé, d éducation. «Mama, je suis encore fragile pour les lourds fardeaux. Je veux d abord grandir pour mieux t aider.» 5
12 Guide de l Utilisateur Education D une certaine manière l éducation a été au coeur de tous les projets décrits dans cette publication. La prémisse de base de CIRCLE et, partant, de cette publication, est que l accès à une éducation de qualité, qu elle soit formelle ou non formelle, est le facteur le plus important dans la prévention de l entrée prématurée des enfants vulnérables et marginalisés sur le marché du travail et dans l offre d alternatives viables aux situations à risque et d exploitation. Formation professionnelle et formation par l apprentissage Etroitement associé au chapitre précédent sur l éducation, la formation professionnelle et la formation par l apprentissage font l objet de traitement différent pour souligner leur importance dans l offre d alternatives en matière d éducation aux enfants âgés et pour les aider à avoir accès à des opportunités de travail décent à un âge approprié. L éducation par les Pairs Les enfants et les jeunes peuvent jouer un rôle important en influençant leurs pairs dans leurs attitudes et comportements envers l éducation. Suivi du travail des enfants Ce chapitre met en évidence le rôle des acteurs dans le suivi des activités et des attitudes des enfants et d assurance qu ils restent à l école ou dans les programmes de formation Collecte de données La collecte et l analyse des données peuvent informer et orienter les activités du projet et aussi les politiques et le développement de programmes et les réformes. Chaque chapitre commence par une introduction du sujet en question et fournit ensuite une vue d ensemble des éléments clés des projets de CIRCLE sélectionnés pour leurs meilleures pratiques dans ce domaine. Les principaux éléments de conception de l approche sont mis en évidence aussi bien que les éléments clés nécessaires pour assurer des résultats durables. Enfin, chaque chapitre examine les défis majeurs de la conception et de la mise en oeuvre et la façon dont ceuxci peuvent être surmontés ou anticipés. Les annexes contiennent une liste complète des partenaires de CIRCLE sur le terrain dans les différents pays. Ceux qui souhaitent obtenir des informations supplémentaires sur des activités et approches spécifiques du projet, sont encouragés à contacter directement ces organisations. L impact de cette publication dépendra de sa capacité à mobiliser et à influencer les utilisateurs et à les encourager à appuyer et à participer intégralement aux efforts locaux, nationaux, et globaux visant à réduire, prévenir, et en dernier ressort, éradiquer le travail des enfants et à promouvoir l éducation pour tous les enfants. Cet impact sera suivi à travers la communication entre les utilisateurs et Winrock International et l établissement de partenariats, d alliances et de communautés de pratique efficaces. Dans cette optique, les utilisateurs sont encouragés à demeurer en contact avec Winrock International. Winrock International aimerait savoir, par exemple : Est-ce que les directives pour la conception de projet sont complètes et efficaces? Le langage est-il accessible? Le contenu et les exemples fournis dans les chapitres thématiques sont-ils utiles en termes d assistance pour vous aider dans la conception des interventions de projet? Cette publication vous paraitelle utile en comme référence dans le montage de nouveaux projets ou dans la préparation des appels de soumission de projets? De même, en termes de renforcement du rôle des communautés de pratique dans ce domaine, il serait vital d en savoir plus sur les résultats des projets conçus à partir des informations issues de cette publication. Votre réaction sur la valeur de cette publication dans leur travail est essentielle. Winrock International cherche à établir une communauté de pratique avec des organisations partageant les mêmes vues sur le domaine de l élimination du travail des enfants et bâtir une plateforme établie par cette publication et d une vision partagée d un monde libéré du travail des enfants. Veuillez envoyer les commentaires, questions et expériences à: Community of Practice Winrock International 1621 N. Kent Street #1200 Arlington, VA USA Courriel: [email protected] Visitez le site web du projet CIRCLE et de la communauté de pratique: Le site Web soutiendra la communication et la coordination entre les organisations et renforcera les efforts au niveau local, national et international dans ce domaine. Il sera maintenu et mis à jour pour partager les expériences et expertises, les échanges d informations, et facilitera un plus grand partage des connaissances. 6
13 C o n t e x t e Contexte A propos de Winrock International Winrock International est une organisation privée, à but non lucratif, mieux décrite par sa devise «Améliorer la vie et les moyens d existence dans le monde entier». Elle a été fondée comme Institut International Winrock pour le Développement Agricole en 1985, par la fusion de trois institutions basées sur l agriculture: le Centre International Winrock de Recherche et de Formation en Elevage, le Conseil de Développement Agricole et le Service International de Développement Agricole. Au fil des années, l organisation a développé sa vision, en maintenant l accent sur la production agricole durable, l autonomisation des déshérités, et le développement rural tout en faisant la promotion de la protection environnementale, la gestion des ressources naturelles, le leadership, l éducation et l amélioration des moyens d existence. Winrock International se consacre à apporter une assistance technique et une gestion de services de très bonne qualité au bénéfice des pauvres du monde et des déshérités, en développant les capacités humaines, en créant des relations durables, en gérant efficacement, en communiquant ouvertement, et en privilégiant le travail d équipe. Ses projets sont mis en œuvre dans plus de 65 pays en Asie, en Afrique, en Amérique latine et en Europe centrale et orientale, ainsi qu aux Etats-Unis. L une des principales forces de l organisation est son équipe d employés dévoués qui interviennent dans les communautés des zones où le besoin se fait sentir, déterminant les voies par lesquelles les ressources peuvent être utilisées avec le meilleur succès, et utilisant leur expertise et leurs connaissances locales afin de trouver des moyens pratiques pour aboutir à des changements qualitatifs. Un aspect important de la mission de Winrock est de nouer des relations durables dans les zones où elle intervient, en améliorant les compétences des personnes de la localité et en renforçant leurs capacités pour leur propre développement. L organisation a la ferme conviction que le développement des capacités humaines a le potentiel de recueillir les plus gros bénéfices à long terme. Cette approche est étayée par un grand respect de la diversité culturelle et la vision qu une «solution unique pour tous les problèmes» n est pas une stratégie adéquate. Domaines d intervention Winrock International organise son travail dans dix secteurs de développement, répartis entre trois principaux domaines d intervention : entreprise et agriculture, foresterie, énergie et services de l écosystème ainsi que l autonomisation et l engagement civique. Ces secteurs de développement sont: Le développement de l entreprise; La gestion des ressources naturelles; L émancipation des femmes et l intégration du genre; L énergie renouvelable; Le développement agricole et rural; La réduction des conflits; Les services de l écosystème; Le renforcement de la société civile; L éducation de la jeunesse et le leadership; La prévention du travail et la traite des enfants. 7 Winrock soutient les actions d éducation en Afrique depuis les années 1980
14 Contexte Winrock intègre des domaines programmatiques pour assurer une approche holistique et durable dans son travail de développement. Ceci est particulièrement important quand il s agit de s attaquer à un problème comme celui du travail des enfants, qui est lui-même le fruit d une combinaison de défis auxquels font face la plupart des pays en développement, défis qui ont pour noms la pauvreté, l urbanisation, l inégalité des genres, des systèmes d éducation faibles et inaccessibles, une infrastructure agricole faible, le chômage et la discrimination. Winrock aborde ces aspects interdépendants du développement à travers des programmes étendus et variés qui créent un cadre permettant de renforcer la capacité humaine et d amorcer un développement durable et à long terme. La structure et l approche des trois domaines d activités soulignent le potentiel de l organisation à réaliser une contribution importante dans la prévention et l élimination du travail des enfants.: Entreprise et Agriculture A travers des approches durables, Winrock travaille à l amélioration des capacités des personnes et des communautés afin d accroître leurs revenus et de renforcer leur base économique. Elle vise à améliorer la productivité agricole et réduire la pauvreté du monde rural par le biais du développement de petites et moyennes entreprises, des stratégies agricoles basées sur le marché et l appui aux mécanismes et à l infrastructure. Les programmes de Winrock visent la foresterie durable, les approches communautaires à la gestion des sols et de l eau, et la gestion intégrée des bassins hydrauliques. La Foresterie, l énergie et les services de l écosystème Les programmes de Winrock visent l écosystème durable, des approches communautaires pour la conservation de l eau et des sols et la gestion intégrée des bassins. Winrock utilise également des systèmes d énergies durables et renouvelables afin de fournir de l électricité à un coût abordable aux zones situées en dehors du réseau, en améliorant les conditions de vie et en stimulant la croissance économique, en particulier pour les zones reculées. En outre, les techniques d évaluation et de suivi de Winrock offrent des méthodes précises et rentables pour la gestion de la forêt, du carbone, de la biodiversité et de l utilisation des terres. L Autonomisation et l engagement civique Ce domaine programmatique comprend les activités de Winrock pour la prévention et l élimination du travail des enfants et de trafic humain. Permettre aux femmes et aux jeunes de s épanouir pleinement et de prendre une part active dans le développement de leurs communautés et de leurs pays est une priorité essentielle de Winrock. Grâce à ces programmes intégrés, y compris les formations pour le renforcement des compétences, l éducation, les activités génératrices de revenus et d engagement civique, les populations acquièrent les compétences dont elles ont besoin pour réussir et effectuer des choix en toute connaissance de cause pour leur avenir. Renforcer la capacité des organisations locales et des gouvernements à résoudre les problèmes locaux, à offrir des services efficaces et à représenter les intérêts de leurs mandants, consolide le tissu social de la société civile ; et créer des liens entre les populations à travers l information favorise leur développement. L importance du renforcement des capacités Grâce à l unité Autonomisation et l Engagement civique, Winrock renforce les capacités des femmes, des jeunes, des enfants et des organisations de la société civile à participer activement au développement national et local et à transformer ainsi leurs sociétés. Ses programmes offrent des solutions aux problèmes les plus urgents, y compris l accès équitable aux biens et aux Winrock est convaincue que l autonomisation des enfants et assurer leur participation promeut le développement durable 8
15 services, l emploi, la participation civique ainsi que la prévention de la traite des êtres humains et du travail des enfants. Cette approche est sous-tendue par le soutien apporté au développement des institutions démocratiques et des processus, l amélioration de la capacité des gouvernements, des organisations, et des communautés à pourvoir des services aux différentes parties prenantes, de plaider pour le changement, et de fonctionner de façon efficace pour la viabilité et le progrès à long terme tous des éléments vitaux des efforts visant à prévenir et à éliminer le travail des enfants. Contexte Une composante indispensable de la stratégie de Winrock est le partage de connaissances et d informations entre les organisations et les groupes marginalisés. Winrock a pour but de mettre en relation les individus et les organisations à travers des réseaux et les alliances afin qu ils puissent partager des informations et des opportunités pouvant contribuer à l élaboration de pratiques appropriées pour atteindre des objectifs particuliers, tels que fournir des alternatives aux enfants travailleurs. Il soutient également le plaidoyer de questions essentielles afin de soutenir le développement de politiques efficaces et de programmes, en particulier pour les pauvres et les populations défavorisées. En favorisant un dialogue permanent et meilleur entre les organisations de la société civile et le gouvernement, Winrock fait avancer les efforts nationaux visant à prévenir le travail des enfants et à veiller à ce qu il soit intégré dans l éventail complet des initiatives de développement, y compris la réduction de la pauvreté et l éducation. Un volet important de l autonomisation des communautés consiste à renforcer les capacités des femmes afin qu elles participent activement au développement local et national et à soutenir la transformation sociale. En termes de perspectives, le Président de Winrock, Frank Tugwell, insiste beaucoup sur la nécessité de maintenir l accent sur l émancipation des femmes et des filles: «Nous sommes très attachés à l émancipation des femmes, qui, nous en sommes convaincus, conduit à l ensemble de nos autres objectifs. Et, pour beaucoup d entre nous, si nous n avions qu une seule chose à faire dans le cadre du développement international, ce serait l émancipation des femmes. Elles prennent de bonnes décisions, elles investissent dans leurs familles, elles sont très productives. Cette attention particulière est née en Afrique, où les femmes travaillant dans l agriculture produisent 80% des denrées alimentaires, mais n étaient pas impliquées dans le processus de prise de décision.» Winrock offre des bourses et des programmes de formation aux femmes pour renforcer leurs compétences de vie et d employabilité et offre des opportunités d entreprenariat aux femmes afin d améliorer leurs vies et leurs revenus et ceux de leurs familles. Ces interventions sont essentielles dans la résolution de situations de travail des enfants et encouragent les familles à envoyer leurs enfants à l école plutôt qu au travail. De même, le renforcement des opportunités d éducation pour les filles assurer un futur plus prometteur pour la génération future. 9
16 Contexte C o n t e x t e Causes et conséquences du travail des enfants Partout dans le monde, il y a des enfants qui commencent à travailler à un âge précoce. Dès l âge de six ou sept ans, ils peuvent aider à la maison à effectuer des tâches ménagères et des courses, ou à aider dans les champs, à s occuper des récoltes ou à cueillir des légumes ou des fruits. Ces activités sont souvent encouragées par des adultes ou de plus âgés enfants au sein de la famille. Les enfants acquièrent le sens de la responsabilité et sont fiers d accomplir des tâches qui profitent à l ensemble de la famille. En observant et en travaillant avec les autres, les enfants acquièrent des compétences et des connaissances qui leur serviront plus tard dans la vie. À mesure qu ils grandissent, ils peuvent faire des travaux plus responsables et plus lourds, comme s occuper de leurs jeunes frères et soeurs, transporter des charges des exploitations ou plantations familiales et s occuper de la maison familiale. Ils peuvent même avoir un emploi à temps partiel, en dehors des heures scolaires et concernant des travaux légers, soit pour gagner de l argent de poche, soit pour compléter le revenu familial. Le travail, dans ce sens, devient une fenêtre sur le monde du travail des adultes et fait partie de l évolution de l enfance vers l âge adulte. Si ce n est pas un travail qui les empêche d aller à l école, qui les éloigne de leurs familles, qui occupe la totalité de leur temps de sorte qu ils n ont plus de temps pour jouer ou avoir des activités de loisirs avec leurs camarades, ou encore si ce n est pas un travail qui blesse physiquement, mentalement, émotionnellement, alors il ne peut probablement pas être défini comme «travail des enfants». Les facteurs socioéconomiques forcent souvent les parents à faire travailler leurs enfants, parfois dans les pires formes de travail En somme le terme «travail des enfants» ne concernent pas les petites tâches effectuées au sein de la maison, ni la participation aux travaux conformes au niveau du développement d un enfant et qui lui permettent d acquérir des compétences pratiques et d apprendre la responsabilité. Les travaux de cette nature font partie intégrante du développement de l enfant. Qu est-ce que le travail des enfants? Beaucoup d enfants, toutefois, font des travaux qui, loin d avoir un effet bénéfique, font obstacle à leur croissance et leur développement et, dans beaucoup de cas, peuvent leur faire du mal. Partout dans le monde, les enfants sont forcés, soit par les circonstances, soit par la contrainte, d entreprendre des travaux qui leur portent atteinte psychologiquement et physiquement et les privent de leur enfance. Ce genre de travail est effectué en violation des normes fondamentales internationales et de la législation nationale et inclut les activités qui sont mentalement, physiquement, socialement dangereuses et moralement préjudiciables pour les enfants. Il les prive de scolarité ou les oblige à assumer le double fardeau de la scolarisation et du travail. Ce qui est connu sous le nom de travail des enfants. Le travail des enfants peut concerner une tâche qui asservit les enfants, les sépare de leurs familles, et les condamne, eux et leurs familles, à un cercle vicieux de pauvreté et de privation. Elle compromet le développement durable et vole les pays d une de leurs plus riches ressources: le capital humain. Par conséquent, il peut simplement être défini comme un travail qui, de par sa nature ou de par les conditions dans lesquelles il est exercé, nuit, abuse et exploite l enfant, ou le/la prive de l instruction. Il est connu comme étant l une des conséquences les plus dévastatrices de la pauvreté persistante, et tandis 10
17 que la réduction de la pauvreté par le développement économique est une stratégie de lutte contre le travail des enfants, il y a un besoin urgent, à court et moyen terme, de stratégies visant directement le travail des enfants. Le travail des enfants est à la fois une conséquence et une cause de la pauvreté persistante. En empêchant les enfants d aller à l école, il perpétue le cycle de la pauvreté et de l ignorance et entretient certaines traditions sociales et culturelles nuisibles qui sont elles-mêmes autant de facteurs faisant perdurer le travail des enfants. C est le résultat de l exclusion sociale, de la discrimination, de l exode rurale et de l urbanisation et il a été considérablement aggravé par la pandémie du VIH/SIDA. Les enfants affectés ou infectés soit par le virus mortel se retrouvent de plus en plus dans des situations où ils sont exposés au travail des enfants. Contexte La nature transversale du travail des enfants nécessité une gamme de stratégies, comme: réduire la pauvreté; éduquer les enfants et leurs familles; fournir ou faciliter des services d appui pour les enfants et leurs familles; sensibiliser le public sur l importance de l éducation et les dangers du travail des enfants; renforcer le cadre juridique sur l age minimum d emploi et sur l enseignement obligatoire; favoriser l élimination du travail des enfants, surtout ses pires formes, à travers des mesures internationales. Définition du travail des enfants En termes simples, le travail des enfants fait référence aux enfants qui se livrent à une activité économique et qui n ont pas atteint l âge minimum légal d emploi dans ce pays. L article 2 de la Convention 138 de l OIT concernant l âge minimum d admission à l emploi dit ceci: «Chaque membre qui ratifie cette convention doit préciser... un âge minimum d admission à l emploi ou au travail... âge en dessous duquel nul ne doit être admis à l emploi ou au travail dans une quelconque profession». Cette convention a été ratifiée par la majorité des Etats membres de l OIT. Les jeunes âgés de 12 à 13 ans, et plus, peuvent être employés dans certains «travaux légers», si ils ne sont pas préjudiciables à leur santé et n affectent pas leur participation et leurs résultats à l école ou aux cours de formation. Toutefois, un minimum de 18 ans est fixé pour tous les travaux considérés comme dangereux. Après de vastes recherches sur la question du travail dangereux des enfants, l OIT a conclu qu il était nécessaire de renforcer la convention N 138 en attirant l attention de la communauté internationale sur l urgence de l action en vue d éliminer en priorité les pires formes du travail des enfants. À cet égard, elle a élaboré la Convention N 182 concernant l Interdiction et une Action Immédiate en vue de l Élimination des Pires Formes du Travail des Enfants, qui a été ratifiée par un nombre important d États membres et dans un très court laps de temps. L article 3 de la convention définit les pires formes du travail des enfants comme: a) toutes les formes d esclavage ou de pratiques assimilables à l esclavage, telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour dette et le servage ainsi que le travail forcé ou obligatoire, y compris le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans les conflits armés; b) l utilisation, le recrutement ou l offre d un enfant à des fins de prostitution, de production de matériel pornographique ou de spectacles pornographiques; c) l utilisation, le recrutement ou l offre d un enfant aux fins d activités illicites, notamment pour la production et le trafic de stupéfiants; d) tout travail qui, par sa nature ou les conditions dans lesquelles il s exerce, est susceptible de nuire à la santé, la sécurité ou la moralité des enfants. Souvent les enfants nomades ont peu ou faiblement accès à des écoles de qualité 11
18 Contexte Quelle est l étendue du problème? L agence en tête de file du système des Nations Unies (ONU) dans le domaine de l élimination et de la prévention du travail des enfants et de est l Organisation Internationale du Travail (OIT) 1, qui en 1992 a mis en place le Programme International pour l Élimination du Travail des Enfants (IPEC). Soutenue par trois conventions internationales clés 2,IPEC/BIT opère par le biais d une stratégie multisectorielle qui motive de grandes alliances de partenaires pour reconnaître et agir contre le travail des enfants. Il donne la priorité dans ses programmes aux soi-disants «pires formes de travail des enfants» définis par sa convention 182 (voir encadré p. 11) et aussi aux enfants les plus vulnérables affectés, y compris les enfants très jeunes et les filles. Winrock International travaille étroitement avec l IPEC/BIT et est un partenaire actif dans l alliance globale pour l élimination du travail des enfants. Alors que la conduite de recherches minutieuses sur la question du travail des enfants peut être une tâche intimidante vu la nature cachée et parfois illégale de plusieurs de ses formes (par exemple, le travail domestique, le trafic, l exploitation sexuelle à des fins commerciales) les chiffres les plus récents du BIT 3 montrent néanmoins que le travail des enfants persiste à grande échelle. Le BIT estime qu en 2004 il y avait environ 218 millions d enfants travailleurs âgés de 5 à 17 ans à travers le monde environ un enfant sur sept. Parmi cela, 126 millions étaient engagés dans des travaux dangereux, des travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils sont exercés, peuvent nuire à la santé, la sécurité ou le moral de l enfant. En termes clairs, les efforts tendant à éradiquer ce fléau doivent être accompagnés par un accent plus fort et mieux coordonné au niveau national et international sur les politiques et programmes de développement et l harmonisation des ressources. Les «zones d ombre» du travail des enfants Définir le travail des enfants au sens littéral du terme est simple et repose sur la législation nationale et internationale (voir page. 11). Toutefois, il est moins évident lorsqu il s agit de déterminer ce qui est une forme acceptable de travail des enfants et ce qui ne l est pas, et cela peut dépendre du contexte et des circonstances. La question du travail des enfants doit être abordée avec une ouverture d esprit et moins d idées préconçues autant que possible. Les croyances culturelles et les traditions jouent un rôle important dans l apparition du travail des enfants. Toutefois, la majorité des enfants travaillent à cause de la pauvreté ou d autres circonstances échappant à leur contrôle, tels que le manque d accès à des écoles ou la perte de leurs parents suite au VIH/SIDA. De ce fait, retirer les enfants du travail ou les empêcher de travailler sans leur offrir des alternatives viables et durables peut aggraver leur situation et celle de leurs familles. Ceci est particulièrement vrai en zones rurales où, par exemple, les enfants et leurs familles survivent grâce à une agriculture de subsistance. Alors qu il pourrait être inacceptable, selon les normes internationales, que de petits enfants travaillent avec des instruments et substances dangereux, tels que les machettes ou des pesticides, l alternative pourrait être qu il n y ait pas de nourriture pour les enfants. Ils pourraient travailler parce que l école la plus proche est à une journée de marche et les parents craignent pour la sécurité. Tant qu il n y a pas assez d écoles et d établissements d enseignement et que d autres formes d activités génératrices de revenus ne sont pas introduites, les alternatives pourraient ne pas être suffisamment convaincantes pour dissuader les parents à envoyer leurs enfants au travail. L élimination de ce problème mondial sera un processus graduel et doit être intimement lié à d autres initiatives de développement et de sensibilisation. Pourquoi les enfants travaillent-ils? Le travail des enfants peut découler d un ou de plusieurs facteurs, notamment: l extrême pauvreté et la nécessité pour tous les membres de la famille de contribuer économiquement à leur survie; un accès limité aux programmes d éducation, par exemple, le manque d établissements scolaires dans les zones rurales; manque de documents légaux qui les empêche de s inscrire à l école et de recevoir d autres services sociaux de l Etat; des systèmes d enseignement et un personnel enseignant faiblement financés, formés, et équipés; des pratiques culturelles et/ou traditionnelles dans certaines zones géographiques ou entre certains peuples, par exemple, les travailleurs migrants, les populations nomades et autochtones, les castes inférieures et; des pratiques en matière d emploi selon lesquelles les entreprises et les usines emploient des enfants parce qu elles peuvent les payer moins que les adultes et parce que les enfants sont jeunes, sans défense, et dociles et peuvent être intimidés pour faire un travail qu ils ne doivent pas faire ou pour effectuer de longues heures de travail; 1 Organisation Internationale du Travail (OIT), l agence des Nations Unies pour le monde de l emploi, 2 La Convention des NU sur les Droits des Enfants (1989), Convention de l OIT No. 138 sur l Âge Minimum d Admission à l Emploi (1973); Convention de l OIT No. 182 sur l Interdiction et l Action Immédiate pour l Elimination des Pires formes de Travail des Enfants (1999), 3 OIT, La fin du travail des enfants: Un objectif à notre portée, Rapport Global suite à la Déclaration de l OIT sur les Principes Fondamentaux et le Droit au Travail,, Genève, Suisse, Juin 2006, 12
19 les enfants vulnérables sont contraints à des activités illégales, comme le trafic de stupéfiants; le trafic ou d autres pratiques criminelles, telle que l exploitation sexuelle à des fins commerciales; des pratiques discriminatoires dans la société et dans l éducation, par exemple, à l encontre des filles ou certains groupes de population, tels que les peuples indigènes; le manque de reconnaissance du problème du travail des enfants par certains gouvernements, d autres acteurs socio-économiques et politiques, et même le grand public, et une incapacité à faire de la question une priorité; le manque de programmes de protection sociale à travers laquelle les familles pauvres et vulnérables pourraient accéder au soutien gouvernemental et des autorités locales, en particulier dans les périodes de difficulté; la mort des parents ou des tuteurs à cause du VIH/SIDA, la création d une nouvelle génération de ménages dirigés par des enfants; les conflits armés, avec des enfants forcés à prendre les armes ou à apporter d autres formes de soutien militaire; vulnérables que les enfants l absence de système organisé de main-d œuvre dans les secteurs économiques informels où le travail des enfants est répandu, renforçant aux abus physiques, sexuels et ce travail au détriment de l emploi des adultes ; sapant ainsi de façon continue les conditions de travail et les droits fondamentaux; émotionnels toute combinaison de ce qui précède ou autres phénomènes qui, soit encouragent, soit obligent les enfants à abandonner leur enfance, leur éducation, leur famille et à entrer dans le marché du travail. Les enfants sont beaucoup plus Contexte Les conséquences, du travail des enfants pour les enfants Puisque les enfants diffèrent des adultes dans leur constitution physiologique et psychologique, ils sont plus vulnérables et plus touchés négativement par des risques spécifiques de travail que les adultes. N étant pas encore mentalement mûrs, ils sont moins conscients des risques potentiels qui existent sur le lieu de travail. Les effets des mauvaises conditions de travail sur la santé et le développement des enfants peuvent être dévastateurs. L impact du travail physiquement pénible, comme transporter de lourdes charges ou être contraint d adopter des positions anormales au travail, peut, de façon permanente, déformer ou handicaper un corps en pleine croissance. Il existe des preuves que les enfants sont plus vulnérables que les adultes aux risques chimiques et qu ils sont beaucoup moins résistants aux maladies. Les dangers et risques pour la santé peuvent aussi être aggravés par le manque d accès aux services de santé et d éducation, les mauvaises conditions de logement et d assainissement, et une alimentation inadéquate. Les enfants sont beaucoup plus vulnérables que les adultes aux sévices physiques, sexuels et émotionnels, et souffrent de pires traumatismes psychologiques par suite de dénigrement, d humiliation ou d oppression et des environnements de travail où ils sont victimes d exploitation et qui sont de surcroît dangereux, et les isolent. Les enfants qui souffrent de mauvais traitements, d abus et de négligence de la part de leurs employeurs peuvent en conséquence, trouver très difficile de s attacher émotionnellement à quelqu un ou d éprouver des sentiments pour autrui. Ils peuvent avoir des problèmes pour communiquer et coopérer avec autrui ainsi que de parvenir à un véritable sentiment d identité et d appartenance. Ils manquent souvent de confiance en eux-mêmes et ont une faible estime de soi. Ces vulnérabilités sont particulièrement vraies pour les très jeunes enfants et les filles. Grâce au type convenable d éducation et de soutien, les enfants et les jeunes apprennent à surmonter les défis et s encouragent mutuellement pour réussir 13
20 Contexte Les enfants qui travaillent n ont pas la possibilité de participer à des activités qui sont un élément essentiel de la croissance, comme jouer, aller à l école, et la socialisation avec leurs camarades. Ils n obtiennent pas le niveau d éducation le plus élémentaire nécessaire pour faire face aux problèmes de la vie. Lorsque ces activités sont abandonnées au profit du travail les enfants sont poussés vers l âge adulte, avant qu ils n y soient prêts. Tous les enfants, indépendamment de la race ou du statut social et économique, ont le droit de jouir de leur enfance et de grandir pleinement et naturellement. Tous ont droit à l amour, à l éducation et à la protection. La compréhension de ces droits est la première étape vers la prévention du travail des enfants et donner aux enfants l éducation afin qu ils puissent aspirer à un avenir meilleur. Que peut-on faire pour prévenir, réduire et éliminer le travail des enfants? Le secret, c est l éducation L éducation a été le principal outil dans l abordage du travail des enfants depuis que la question a été prise en charge par les pays industrialisés au dix-neuvième siècle. Elle est essentielle pour la prévention et l élimination du travail des enfants, pour avoir une main-d œuvre qualifiée, et pour promouvoir un développement basé sur les principes de la justice sociale et des droits de l homme. Des progrès ont été accomplis ces dernières années dans la sensibilisation de l opinion publique au problème du travail des enfants, sur son caractère envahissant et tenace, et sur le fait qu il est en progression dans certaines régions du monde, par exemple, dans certaines parties de l Afrique subsaharienne. USDOL, les principaux organismes onusiens et autres agences internationales, y compris Winrock, travaillent maintenant de concert. Ces structures et organisations ont acquis une grande expérience dans l utilisation de l éducation comme un des principaux moyens de lutte contre le travail des enfants, par exemple, par le biais d opportunités d éducation non formelle, l intégration d anciens enfants ouvriers dans l éducation formelle et le renforcement d alliances nationales pour rendre les politiques et les systèmes d éducation plus sensibles aux enfants à risque. Des efforts déployés au niveau mondial pour parvenir à l éducation pour tous (EPT) et l élimination progressive du travail des enfants sont inextricablement liés. L éducation est un outil essentiel dans la prévention du travail des enfants. Le travail des enfants est un obstacle majeur à la réalisation de l EPT, étant donné que les enfants qui travaillent à plein temps ne peuvent pas aller à l école. Les résultats scolaires de ceux qui combinent le travail souffriront et il y a des fortes chances qu ils abandonnent l école pour avoir un emploi à temps plein. Étant donné que la plupart, sinon la totalité, de plus de 76 millions d enfants ne fréquentant pas l école primaire sont des enfants travailleurs, les efforts visant à réaliser l enseignement primaire universel doivent aller de pair avec les efforts visant à éliminer le travail des enfants. Des mesures spéciales doivent également être prises pour faire face aux obstacles à l éducation des filles, en particulier le travail des filles, puisque environ 60 % des enfants privés d éducation sont des filles. 4 Les gouvernements, les partenaires sociaux, les autorités scolaires aux niveaux local, régional et national, les enseignants, les parents, les communautés, et autres acteurs doivent œuvrer pour la réduction du travail des enfants par le biais d une augmentation des taux de scolarisation et d achèvement pour les (anciens) enfants travailleurs, et les enfants à risque; et de fournir des compétences et formations pour les enfants plus âgés. Les obstacles à l éducation L enseignement primaire dans la plupart des pays n est pas entièrement gratuit, et dans la plupart des pays en développement, la scolarisation n est pas accessible à tous les enfants. Les parents qui envoient leurs enfants à l école primaire doivent assumer de nombreux frais indirects, pour les uniformes et les manuels scolaires. En outre, ils encourent le coût d opportunité, qui est le salaire que l enfant aurait gagné si elle ou il travaillait au lieu d aller à l école. Pourtant, tandis que la pauvreté est un facteur «d attraction», entraînant les enfants prématurément sur le marché du travail, il existe aussi d importants facteurs «de pression», notamment l exclusion sociale dans le système éducatif lui-même, ou au sein de communauté. Les obstacles à l éducation des filles sont encore Winrock encourage et soutient les programmes d éducation à base communautaire pour réduire le travail des enfants 4 «Les enfants exclus de l école: Evaluer l exclusion de l éducation primaire», UIS, UNICEF,
21 plus grands. Par exemple, dans certaines parties du monde, il n est pas considéré comme approprié pour les filles d être vues en public ou allant à pied à l école en raison de la distance ou de la crainte d une agression. En outre, dans certains pays, les écoles n ont pas d infrastructures sanitaires adéquates pour les filles, ce qui pourrait également affecter leur participation. Certains parents ne veulent pas envoyer leurs filles à l école s il n y a pas de femme enseignante. D autres peuvent considérer que l éducation encourage des comportements défavorables aux perspectives de mariage de leur fille. Contexte Le besoin urgent pour une réforme de la politique de l éducation Les investissements dans l enseignement primaire doivent être dirigés davantage vers les enfants à risque et les initiatives doivent compenser le coût d opportunité pour les familles pauvres. Ne pas considérer ces enfants comme une Eduquer les enfants leur donne des choix et améliorent leurs catégorie spéciale mettra en péril l objectif de réalisation chances de succès de l éducation primaire pour tous d ici l an De plus, dans plusieurs pays, beaucoup d enfants sont confrontés à l absence d options qui s offrent à eux au-delà de l enseignement primaire. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement de l ONU et l EPT se concentrent exclusivement sur l accès à l éducation primaire pour tous, qui implique généralement les enfants jusqu à l âge de 12 ou 13 ans. Toutefois, si l âge minimum légal de l emploi dans un pays a été fixé à 14 ans ou plus, que doivent faire les enfants pendant les années intermédiaires? L enseignement secondaire n est pas toujours disponible, en particulier dans les zones rurales et, dans de nombreux pays en développement, il est très coûteux et au-delà de la portée de la plupart des familles pauvres. Cette question doit être abordée afin d assurer la cohérence entre l enseignement obligatoire et la législation Par le passé l élimination du régissant l âge minimum d admission à l emploi. L éducation pour tous les enfants et la création d un système éducatif avec des ressources adéquates, accessibles et de bonne qualité dans tous les pays du monde entier est un idéal vers lequel la communauté internationale a aspiré depuis plusieurs années et qui a fait fusion avec l initiative mondiale de l EPT. Si les buts et les objectifs de l EPT pouvaient être atteints, alors les enfants n auraient pas besoin de travailler afin de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles. Les filles jouiraient des mêmes opportunités d éducation que les garçons. Les opportunités de travail décent augmenteraient de façon exponentielle. Les enfants, les jeunes, les communautés non informées auparavant auraient une meilleure idée de leurs droits dans la société et sur le lieu de travail. Même si seuls certains éléments de l EPT sont accomplis, la situation se serait inévitablement améliorée pour les enfants qui risquent d entrer dans des pires formes de travail. travail des enfants a été entravée par le manque de coordination, de cohérence, et de soutien parmi les différentes initiatives de développement interdépendantes mondiales Précisément, pour que l éducation joue sa partition dans l élimination du travail des enfants, les problèmes du système éducatif doivent être pris en charge. Cela implique d améliorer la qualité de l éducation et d affecter les ressources à l amélioration de l accès à la scolarisation pour tous les enfants, y compris les enfants travailleurs, tout en veillant à ce que le climat scolaire, en particulier les conditions d apprentissage, soit inclusif et assez propice pour convaincre les enfants à rester à l école jusqu à l obtention de leur diplôme. Les conditions d apprentissage elles-mêmes demandent une attention particulière, par exemple : améliorer la qualité de la formation des enseignants, augmenter le nombre d enseignants et de salles de classe afin de réduire les effectifs pléthoriques, améliorer la disponibilité du matériel didactique, tels que les manuels scolaires. En outre, il est essentiel que les parents d enfants non scolarisés soient convaincus des avantages de l éducation pour améliorer leur situation et les aider à sortir du cycle de la pauvreté. Interventions doivent être accompagnées de mesures visant à atténuer la pauvreté et en particulier à compenser la perte de revenus engendrée par le fait que les enfants vont à l école au lieu d aller travailler. 15
22 Contexte La collaboration mondiale est essentielle Des efforts doivent être entrepris au sein d un cadre fort de développement et de réforme de politique nationale d abord pour améliorer l éducation de base et ensuite réformer l éducation secondaire et tertiaire. Préparer les jeunes pour le monde du travail, décourager l entrée prématurée sur le lieu de travail, souligner les dangers des pires formes de travail des enfants, et la transition douce de l école vers le travail, devraient tous être des objectifs fondamentaux des systèmes éducatifs pour la prévention du travail des enfants. La réussite de cet ambitieux effort dépend du partenariat, de la coopération et de l intégration. L élimination du travail des enfants a été entravée dans le passé par un manque de coordination, de cohérence et d appui entre les différentes initiatives de développement mondial interdépendants, en particulier les Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP), l EPT et les Objectifs du Millénaire. Ceci est surtout très clairement démontré par l absence d indicateurs sur le travail des enfants dans ces initiatives de développement. Par conséquent, l une des premières mesures à prendre pour s attaquer au travail des enfants de façon durable est d intégrer la question dans les programmes de développement, en particulier ceux ayant trait à l éducation et à la pauvreté. La création du Groupe de Travail Global sur le travail des enfants et l éducation en novembre 2005 et le nombre croissant de preuves et de recherche attribuant l atténuation de la pauvreté et l éducation pour la prévention et à l élimination du travail des enfants montrent à quel point il est important de s assurer que l élaboration de politiques et de réformes de l éducation vise surtout les enfants ayant abandonné l école et mette en place des systèmes pour les ramener à l éducation et faire en sorte qu ils y restent. Constituer une banque de données sur les bonnes pratiques dans l élimination du travail des enfants par l éducation et la formation a été identifié par le Groupe de Travail Global comme un moyen important d assurer une plus grande cohérence entre les politiques de développement et les programmes aux niveaux national et international. Un document spécial inter-agences sur les bonnes pratiques avait été produit en vue de la rencontre de Pékin, en Chine, lors de la réunion de mise en place du Groupe de Travail Global 5. Le document souligne le besoin pour la communauté internationale d apprendre à partir d une large gamme sélection de programmes exécutés par différents partenaires dans le domaine du travail des enfants, y compris l initiative CIRCLE de Winrock. Encouragé par les expériences du projet CIRCLE et meilleures pratiques en matière de réduction, de prévention et d élimination du travail des enfants par l éducation, Winrock a l intention d explorer une collaboration plus étroite avec le Groupe de Travail Global. Il est essentiel que l expérience acquise par des interventions directes dans les différents pays, en travaillant avec les enfants marginalisés et leur communauté, a conduit à la création d une masse critique pour soutenir et guider l élaboration et la mise en œuvre de politiques et de programmes cohérents axés sur l éducation, le travail des enfants et la lutte contre la pauvreté, aux niveaux national et international. Qu entend-on par «meilleures pratiques»? En fin 2006, Winrock a tenu à Arlington, en Virginie, un atelier pour le personnel de CIRCLE aussi bien ceux du siège que ceux sur le terrain. Les participants, y compris les organisations régionales et les directeurs régionaux et leurs adjoints venant d Afrique, d Asie et d Amérique latine, se sont concentrés sur un certain nombre de questions relatives à l identification et la documentation des meilleures pratiques. L un des résultats de l atelier a été une définition claire de ce que l on entend par «meilleure pratique». Dans le cadre du projet CIRCLE, une meilleure pratique est un aspect d un projet qui a été efficace dans la prévention ou la réduction du travail des enfants et est une source d inspiration pour d autres. Les participants ont reconnu le défi à mettre en place des modèles pour la reproduction dans le cadre de la réduction ou la prévention du travail des enfants par l éducation et la formation professionnelle. Il serait irréaliste et potentiellement contreproductif d encourager une approche de solution unique au problème global du travail des enfants et l offre de l éducation. Une meilleure pratique n a pas pour objet d être tout et pour tout le monde. Une meilleure pratique n a pas besoin de représenter tout un projet car même si un projet a eu un succès limité dans l ensemble, il peut toujours y avoir des meilleures pratiques qu il a pu développer ou mettre en œuvre qui méritent d être soulignées et reproduites. Une meilleure pratique peut être toute chose qui a contribué d une manière à l atteinte des buts d un projet. Ceci est particulièrement important quand on sait que, l analyse a montré que la conjugaison d un ensemble de mesures est presque toujours nécessaire pour réduire, prévenir ou éliminer le travail des enfants grâce à l éducation et à la formation. Ainsi à l étude des meilleures pratiques incluses dans le présent document songer à comment elles peuvent être mises ensemble, adaptées, ou intégrées dans de nouvelles approches de projet. 5 BIT, Bonnes Pratiques Emergeantes pour l élimination du travail des enfants et l atteinte de l éducation pour tous, Novembre 2005 Genève, Suisse. 16
23 C o n t e x t e Contexte Le projet CIRCLE de Winrock En présentant le projet CIRCLE de Winrock, il est important de le placer d abord dans le cadre du programme international qui lui a donné naissance et à tant d autres programmes importants oeuvrant pour élimination et la prévention du travail des enfants: l Initiative pour l Education dans le cadre du Travail des Enfants. L Initiative pour l Education dans le cadre du Travail des Enfants En 2001, USDOL/ILAB/OCFT a lancé l Initiative pour l Education dans le cadre du Travail des Enfants (CLEI en anglais) afin d appuyer les efforts internationaux pour éliminer le travail des enfants fondé sur l exploitation par l intermédiaire de programmes qui amélioreraient l accès à l éducation de base dans des régions avec un fort taux de travail abusif des enfants. L initiative pour l éducation dans le cadre du travail des enfants a été autorisé par le Congrès en 2001 et mis en œuvre par le Programme International du Travail des Enfants (ICLP) chaque année par la suite. En améliorant l accès à l éducation de base, les projets financés par USDOL veillent au développement, la santé, la sécurité et les facilités de trouver un emploi pour les enfants engagés ou à risque du travail d exploitation dans les zones géographiques ou les secteurs économiques avec une grande incidence du travail des enfants fondé sur l exploitation. Pour atteindre ces objectifs, l ICLP, actuellement le Bureau du Travail des Enfants, des Travaux Forcés et de la Traite des Etres Humains (OCFT) reposait sur quatre piliers (un cinquième sur la Recherche Action a été ajouté en 2007): Sensibiliser sur l importance de l éducation pour tous les enfants et mobiliser un large éventail d acteurs pour améliorer et développer les infrastructures d éducation Ce pilier repose sur deux initiatives mondiales clés pour l élimination du travail des enfants: l Education pour Tous (EPT) et les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) de L ONU sur l éducation de base universelle. Son objectif est de faire en sorte que le travail des enfants soit mieux intégré dans ces deux initiatives en soulignant l importance de l inclusion de ce groupe d enfants marginalisés dans les plans et programmes éducatifs. Il vise également à sensibiliser les parents sur la valeur de l envoi de leurs enfants à l école plutôt que de les envoyer travailler et à mobiliser d autres acteurs afin de se joindre au partenariat pour l amélioration des écoles et l environnement scolaire en faveur de tous les enfants. Développer des systèmes d enseignement formels et transitoires qui encouragent les enfants travailleurs, et ceux à risque, à aller à l école Les enfants travailleurs ont des besoins éducatifs très particuliers étant donné que certains d entre eux n ont jamais fréquenté l école ou l ont fréquentée si rarement qu ils sont loin derrière leurs camarades. Certains sont confrontés à l ostracisme ou à la discrimination quand ils vont à l école. D autres sont tellement habitués à travailler qu il leur est difficile de s adapter à l environnement scolaire formel. Le programme vise donc à renforcer les capacités des systèmes d éducation formels et transitoires pour appuyer la performance scolaire et la réussite des anciens enfants travailleurs ou ceux à risque. Il vise également à soutenir l adaptation et le développement de programmes de qualité qui répondent aux besoins, aux attentes et aux expériences de vie de ces enfants ; et à travailler en étroite collaboration avec les administrateurs des établissements scolaires, les enseignants, les parents et les communautés afin de s assurer que l éducation est perçue comme importante dans la satisfaction des besoins socioéconomiques de la communauté. Le projet CIRCLE a offert aux enfants une éducation, qui leur enseigné les leçons académiques et compétences de vie nécessaires 17
24 Contexte Renforcer les institutions nationales et les politiques sur l éducation et le travail des enfants Bien que de nombreux pays aient mis en place des institutions, des programmes et des politiques sur l éducation et le travail des enfants, il peut subsister des lacunes dans l application effective des lois sur le travail des enfants et l enseignement obligatoire. L initiative pour l Education dans le cadre du travail des enfants vise à renforcer les capacités nationales et à suivre les progrès scolaires des enfants retirés du travail et de ceux qui risquent d entrer dans la population active. Assurer la pérennité à long terme de ces efforts La durabilité des programmes au niveau financier, institutionnel, communautaire et familial est essentielle pour assurer leur efficacité et leur un impact à long terme sur l élimination et la prévention du travail des enfants. L IE vise à atteindre cet objectif par la promotion de l appropriation nationale des programmes et en encourageant une utilisation accrue des ressources des pays d accueil dans le financement, la planification et la mise en œuvre des programmes d éducation. Le programme de l IE veille, par conséquent, à rendre l éducation significative, pertinente et utile pour les (anciens) enfants travailleurs, et reconnaît que les adolescents ont besoin de soutien professionnel et de formation afin de les aider à accéder à des opportunités de travail décentes. Le programme IE aide des milliers d enfants de communautés En outre, le programme encourage la participation des familles, des enseignants et des communautés dans les activi- diverses à travers le monde tés de sensibilisation sur les dangers du travail des enfants et l importance de l éducation et de l apprentissage de métiers pour encourager tous les enfants à s inscrire à l école et y restent. Il travaille également avec les familles pour mettre en place des activités de substitution génératrices de revenus qui pourraient aider à compenser la perte de revenu des (anciens) enfants travailleurs. Afin de mesurer l impact de ces efforts, le programme de l IE accorde une grande importance à la mise en place de systèmes de suivi des lieux de travail et à base communautaire afin de suivre l impact et la situation scolaire des bénéficiaires. De même, le renforcement des capacités aux niveaux national et local est essentiel pour la durabilité. Les gouvernements doivent s engager à investir leurs propres ressources dans les projets et programmes visant à combattre le travail des enfants et améliorer l accès et la qualité de l éducation. Par conséquent, le rôle des projets financés par l IE est de développer des initiatives pilotes engageant les communautés bénéficiaires et les gouvernements aux niveaux local et national en plus de renforcer l appropriation nationale ainsi que l engagement à soutenir ces efforts une fois que le projet aura pris fin. L IE met également l accent particulier sur la sensibilisation, car celle-ci joue un rôle clé dans l aide aux personnes et communautés afin qu elles comprennent les effets dévastateurs du travail des enfants ainsi que l importance de la qualité de l éducation de base et soutiennent le changement de politique et l appropriation du gouvernement. Approches novatrices pour éliminer le travail des enfants par l éducation Le projet Innovations à base Communautaire pour Réduire le Travail des Enfants à travers l Éducation (CIRCLE) de Winrock International, financé par l IE de USDOL, a été lancé en 2002 pour développer et constituer une documentation sur les meilleures méthodes au sein des projets éducatifs à base communautaire visant à réduire et à prévenir le travail des enfants. Une deuxième phase du projet, CIRCLE II, a été lancée en CIRCLE travaille en étroite collaboration avec les organisations communautaires locales à but non lucratif ayant démontré des capacités dans la conception, l amélioration et la promotion novatrice ainsi qu avec les projets pilotes à base communautaire traitant de la prévention ou de la réduction du travail des enfants par l éducation dans les pays suivants: Afrique: la Côte d Ivoire, l Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Mali, le Maroc, le Sénégal, la Sierra Léone Asie: le Bangladesh, le Cambodge, l Inde, le Népal, le Pakistan, les Philippines, le Vietnam Europe de l Est: l Albanie Amérique latine: la Bolivie, le Brésil, l Équateur, le Guatemala, le Nicaragua, le Paraguay, le Pérou 18
25 Winrock a tiré profit de sa présence sur le terrain dans le monde entier et de ses réseaux pour garantir la diversité de ses partenaires et, de ce fait, permettre l émergence d un large éventail de solutions locales au problème du travail des enfants. Par l intermédiaire de ses réseaux larges et variés, Winrock a recruté et travaillé en étroite collaboration avec les experts du domaine du travail des enfants et d autres spécialistes qui ont contribué à titre de bénévoles au Comité Régional de Sélection 6. Chaque Comité Régional de Sélection examine les propositions présentées sur une base compétitive et formule ses recommandations en conséquence. Contexte Dans le cadre général de CIRCLE, Winrock a conçu et mis en œuvre un projet pilote basé en Afrique de l Ouest intitulé Child Labor Alternatives through Sustainable Systems in Education (CLASSE) (Alternatives au Travail des Enfants par le biais de Systèmes Educatifs Durables) pour offrir des alternatives de formation et d éducation aux enfants qui sont exposés au travail nocif ou qui risquent de l être en Côte d Ivoire et au Mali. En accord avec les objectifs globaux de CIRCLE, CLASSE a utilisé une approche intégrée alliant des outils et services pédagogiques de base avec une formation professionnelle et non formelle pour bâtir diverses compétences, y compris les techniques agricoles, offrant ainsi des alternatives au travail des enfants et formant une main-d oeuvre qualifiée Le renforcement de capacités aux niveaux national et local est essentiel à la durabilité dans les communautés concernées. Le succès de CLASSE a été tel qu il a attiré un appui financier supplémentaire pour le projet en Côte d Ivoire par la Fondation Mondiale du Cacao, Mars Incorporated, l Association des Producteurs de Chocolat de Norvège, Cloetta Fazer, Finlande et RC Purdy, entre autres dans l industrie de fabrication de chocolat, soucieux d aborder les questions de travail des enfants dans les communautés produisant le cacao en Côte d Ivoire par le biais d alternatives educatives. Cet appui supplémentaire a contribué au renforcement des programmes de formation professionnelle dans les écoles communautaires, des programmes de micro-crédit pour les communautés bénéficiaires et le transfert de technologies afin de diversifier les espèces dans les zones de culture du cacao. CIRCLE a mis l accent sur la pérennité et la qualité en documentant et partageant les meilleures pratiques d une gamme élargie de projets à base communautaire en identifiant les éléments essentiels qui pourraient être reproduits ailleurs et qui pourraient éclairer la conception et la mise en œuvre de programmes semblables d élimination et de prévention du travail des enfants. Le partage des anecdotes phares, meilleures pratiques, et modèles de programme augmentent substantiellement la compréhension de la complexité des réponses apportées au travail des enfants et à l action efficace et durable. L approche pluridisciplinaire de Winrock dans l évaluation de l impact du programme, la reproduction et la généralisation de projets ont été cruciales au succès de CIRCLE. Au cours des cinq dernières années, le programme mondial sur le travail des enfants de CIRCLE a financé 101 projets entrepris par 88 organisations à base communautaire dans 24 pays, dont les résultats ont contribué à cette importante source de connaissance sur le travail des enfants. Ces projets ont tous abordé diverses formes de travail des enfants et ont fourni des alternatives directes d éducation et de formation à plus de enfants qui ont été soit retirés, soit empêchés d entrer dans le monde du travail. En outre, le projet a suscité, une prise de conscience des dangers de l entrée prématurée sur le lieu de travail et l importance de l éducation d au moins autres personnes, dont des enfants, des parents et des leaders communautaires. 6 Les members du Comité Régional de Sélection sont restés anonymes au cours du projet pour assurer toute objectivité et impartialité et ils n étaient affiliés à une organisation postulante. 19
26 Contexte C o n t e x t e CIRCLE comme modèle de meilleures pratiques Cette publication de Winrock joue plusieurs rôles: servir d outil pratique pour informer, soutenir et œuvrer à la mis en forme du travail des organisations communautaires et nationales qui sont actives dans le domaine de la prévention et du travail des enfants et de l éducation dans le monde; servir de source d information pour souligner les liens étroits entre le travail des enfants, l éducation et la lutte contre la pauvreté; soutenir le rôle des réseaux nationaux et internationaux de développement dans le renforcement de ce lien et donner une plus grande cohérence dans l élaboration et la réforme des politiques et des programmes d action; présenter CIRCLE comme un modèle de meilleure pratique pour les organismes de financement et les principales Organisations Non Gouvernementales (ONG) internationales qui financent ce genre d activités. Le concept CIRCLE a réussi à sensibiliser sur les dangers du travail des enfants et sur l efficacité de l éducation comme moyen de le réduire et de le prévenir et d encourager divers partenaires à concevoir et mettre en œuvre des projets locaux à base communautaire. Winrock tient à encourager les bailleurs de fonds, les organisations et les institutions provenant de milieux et de pays divers pour analyser l approche CIRCLE, reconnaître sa valeur dans l aide aux enfants exploités, leurs familles et les communautés, et rechercher les voies et moyens pour élaborer, mettre en œuvre et financer des approches similaires dans différentes régions du monde à travers des cycles de financement réguliers et partenaire au projet. Un élément principal de la mission de CIRCLE a été d informer et d inspirer. Les descriptions de meilleures pratiques que vous trouverez ci-dessous visent à stimuler l intérêt pour l adaptation et la reproduction du modèle CIRCLE à une échelle globale plus large. Comme toutes les approches de meilleures pratiques, la reproduction exacte ne sera peut-être pas possible ni souhaitable dans des environnements et situations différents. Toutefois, Winrock est d avis que d autres peuvent considérablement tirer profit en apprenant davantage sur les divers éléments du modèle ébauché et en tenant compte de la La collaboration Winrock - USDOL Winrock International a collaboré étroitement avec le programme IE OCFT de USDOL pour l élaboration du concept de CIRCLE. Une composante importante de l approche IE USDOL est d identifier des programmes ou activités qui réussissent et les manières d encourager leur réplication, et CIRCLE été perçu comme étant essentiel dans cette stratégie d ensemble. Ces objectifs renforcent le besoin de maintenir un processus intégré de création et gestion du savoir, le fondement de CIRCLE. Dans cet effort, Winrock a profité largement de l appui, de la vision et de la collaboration d organismes donateurs bien posistionnés : le programme IE de USDOL OCFT. Cette initiative est particulièrement importante dans une perspective globale car elle vise à mettre en place des programmes complémentaires axés sur l éducation comme point d entrée des interventions en soutien aux projets IPEC/BIT en cours, y compris les programmes nationaux assortis de délais. Ceci met en exergue l impact potentiel des programmes, garanti une collaboration plus étroite entre les partenaires d exécution et encourage un échange plus efficace des connaissances, des capacités et des ressources pour atteindre des objectifs de réduction, de prévention, et d élimination du travail des enfants et la documentation systématique des meilleures pratiques pour l atteinte de ces buts. En tant que plate-forme pour concevoir l approche de CIRCLE, l IE s est révélée très efficace. Alors que des programmes similaires de développement pourraient ne pas exister dans d autres pays, il est possible que les organismes donateurs aient des programmes de financement qui mettent l accent sur des domaines interdépendants, notamment l éducation et la protection de l enfance, et ceux-ci pourraient soutenir des programmes basés sur le savoirfaire dans le sens du concept de CIRCLE avec un accent particulier sur le travail des enfants. Il est important d impliquer les organisations donatrices dans la conception, la mise en œuvre, la surveillance et le suivi de projets, car cela encourage un dialogue constructif avec les organismes d exécution et aide aussi les bailleurs de fonds à envisager de nouveaux domaines de financement de programme. De nombreuses agences sont ouvertes à ce genre de dialogue constructif et les partenaires d exécution peuvent offrir un appui important à l élimination du travail des enfants à l échelle mondiale en informant les décisions de financement. Les organisations intéressées à apprendre davantage sur le programme IE de USDOL OCFT peuvent visiter le site Web: gov/ilab/programs/iclp/technical_assistance_education_initiative.htm. 20
27 manière dont ceux-ci pourraient être adaptés à différents contextes institutionnels pour prendre en charge la question du travail des enfants à travers l éducation. Contexte Création et la gestion du savoir Dès le départ, CIRCLE a été conçu pour faire des contributions à partir de l expérience et d expertise à l ensemble des connaissances dans la résolution du problème du travail des enfants à travers des interventions locales à base communautaire en matière d éducation et de formation. Son but était d œuvrer, en étroite collaboration avec les ONG, qui sont au coeur du concept CIRCLE, pour stimuler la conception, l exécution, le suivi des méthodes novatrices, peu coûteuses, et/ou des projets créatifs au niveau communautaire dans les différents pays, et de mettre en lumière les éléments de projets visant le travail des enfants qui a un fort potentiel d adaptation et de réplication ailleurs. En outre, en mettant l accent sur ce qui fonctionne pour ces enfants défavorisés, CIRCLE est conçu pour contribuer au débat de haut niveau sur les politiques sur l éducation, la formation et la protection sociale. Les acteurs de développement devraient élaborer leurs programmes afin qu ils aient un impact sur autant de personnes que possible «L Innovation» au sens littéral de «quelque chose de nouveau ou de différent», est un défi. L innovation peut et doit se produire lors du processus d adaptation d une composante particulière d un projet, ou d une «meilleure pratique», afin de convenir aux circonstances et situations locales. Beaucoup de meilleures pratiques de CIRCLE sont novatrices en ce sens qu elles introduisent des approches pour la première fois dans un contexte nouveau. Ces innovations doivent être précédées d un niveau approprié de recherche en profondeur, de préparation et de planification, ce qui devrait comprendre l adaptation d activités éprouvées et bien testées. Le but de cette publication est de mettre à la disposition des organisations les informations pratiques détaillées qui les aideront à identifier ce qui marche et sur le comment et de mettre le doigt sur les pièges et défis. Tandis que l approche de Winrock a une tendance globale, le concept peut aussi être appliqué au niveau régional, national ou local. L objectif ultime demeure le même - celui de créer, gérer et disséminer la connaissance. L un des défis est de savoir comment s assurer que les meilleures pratiques d un projet sont documentées, collectées et analysées, et comment ces connaissances peuvent ensuite être mises en commun et diffusées le plus efficacement à d autres acteurs du domaine et utilisées pour éclairer le débat politique. Un autre défi est d avoir des relations de travail étroites avec les ONG, en particulier celles ayant une expérience de travail au niveau de la communauté, afin de soutenir leur rôle de chef de file dans la conception et la mise en œuvre des projets et renforcer leur appropriation de l ensemble du programme. Les principaux éléments de CIRCLE ont été mis en évidence ci-dessous: La préparation Une préparation rigoureuse est nécessaire pour mettre en place un projet de cette envergure et d un tel impact potentiel. CIRCLE a été conçu dans le cadre d un vaste programme de financement, l IE de USDOL (voir encadré, page. 20). Toute organisation qui envisage une approche semblable doit identifier une source de financement potentielle et élaborer une proposition de projet détaillée et bien documentée. Cela peut prendre beaucoup de temps et impliquer un dialogue avec les organismes de financement, ainsi que l identification de domaines d exécution et d élaboration de stratégies efficaces, y compris des indicateurs clairs, des bénéficiaires directs et indirects, des stratégies de durabilité, des budgets détaillés, des résultats attendus, des activités qui seront mises en œuvre pour les atteindre, et ainsi de suite. La demande de projet peut faire partie d un processus d appel d offres, ce qui signifie qu elle peut même ne pas réussir à attirer des financements. Par conséquent, les organisations doivent être très bien préparées, avoir la capacité de résister à l épreuve de temps que cela prendra, de la conception à la mise en oeuvre, et les coûts que cela implique (à la fois humains et financiers), et de savoir que la demande pourrait ne pas aboutir. Ce secteur du développement est très concurrentiel et de plus en plus difficile pour les ONG. Les organismes donateurs font fréquemment des appels à la concurrence, nécessitant des documents de projet plus détaillés, soigneusement 21
28 Contexte recherchés et bien rédigés. Même si cela peut désavantager des organisations plus petites et moins bien dotées en ressources, il renforce la nécessité d une bonne préparation et que les organisations soient plus axées sur les détails, plus claires dans leurs stratégies, et soient en mesure de les budgétiser avec réalisme. Au bout du compte, une préparation est utile pour la mise en œuvre, les résultats, le suivi et la durabilité d un programme. Structures de gestion Des éléments importants de réussite d un projet de cette nature se focalisent sur les ressources humaines bien planifiées et l établissement de structures institutionnelles appropriées pour gérer et coordonner les activités. Grâce à sa longue présence mondiale et son expérience, Winrock a géré l exécution de projets pilotes et a coordonné la documentation et la collecte d information et l analyse de ce qui a marché et ce qui n a pas marché et pourquoi. Ceci a demandé le recrutement de personnel pour coordonner les activités à partir de ses bureaux régionaux: au Mali Un programme bien coordonné peut atteindre plusieurs enfants défavorisés pour le programme en Afrique, au Népal et aux Philippines pour le programme en Asie et au Brésil pour le programme en Amérique latine. Le personnel régional a supervisé les activités et a travaillé avec le personnel et les ressources d autres bureaux pays de Winrock pour assurer la collecte d information. Ils ont également fait leur rapport à un directeur de projet au bureau de Winrock à Washington, qui a coordonné les aspects stratégiques, techniques et de gestion globalement. Winrock a également nommé un chef de projet basé au bureau de Washington expérimenté dans le travail des enfants, l éducation, et en gestion de sous-contrats. Les responsabilités du personnel portaient sur l établissement et le maintien de bonnes relations de travail avec les ONG sous contrats et d encourager un sens partagé de l appropriation et de la solidarité au du projet dans son ensemble. En mettant sur pied une solide structure de gestion pour le projet, aussi bien sur le terrain qu au siège, Winrock a été en mesure d assurer la communication et la coordination des activités, une réaction rapide aux projets sur le terrain, et la mise en place d un vaste réseau d individus et d organisations. La directrice du projet a favorisé un esprit de confiance, de respect et de solidarité avec les principaux organismes concernés à tous les niveaux, en particulier au niveau de l IPEC/ BIT, ce qui a été très important dans la mise en place de synergie et de partage des ressources. Cela a également contribué à définir la vision à long terme et la stratégie de partage et de diffusion des meilleures pratiques. Sélection des pays Dans une certaine mesure les pays doivent être sélectionnés en tenant compte de l expérience, l expertise, et les structures institutionnelles et réseaux existants de l organisation en charge de la mise en œuvre de l ensemble du projet. La stratégie de Winrock, dans le choix des pays cibles, comprenait le souci d assurer la diversité des régions et des pays. Reconnaissant qu un projet trop élargi pourrait en compromettre le contenu, Winrock a élaboré une première liste d environ 20 pays cibles qui avaient un taux élevé de travail des enfants. Les organisations considérant l approche CIRCLE devaient faire attention à ne pas aller au delà de leur capacité à mettre en oeuvre ou à coordonner efficacement des activités, et éviter de créer des structures bureaucratiques et coûteuses qui n auraient pu être maintenues à la fin du projet. La coordination des projets sur le terrain Le personnel de projet de Winrock, en consultation avec les comités de sélection régionaux, a établi les critères de sélection pour les projets portant sur le travail des enfants et mis au point le format et le contenu des demandes de propositions. Le personnel de terrain a supervisé la traduction des appels à propositions dans les langues concernées et les ont diffusées par l intermédiaire des réseaux de contacts existants et des partenaires. La concurrence pour les fonds de projet dans chaque région était divisée en domaines d intérêt reposant sur les quatre objectifs majeurs de l IE de USDOL (voir p ). Les propositions devaient indiquer clairement sous lequel des cinq secteurs d activité elles comptaient aborder: la sensibilisation du public, la qualité de l éducation, l environnement politique, la durabilité de l effort, ou les techniques d évaluation et de suivi. Dans ses deux phases, CIRCLE a sponsorisé plusieurs séries de demandes de projets, et ils étaient d envergure et de montants variables. Winrock s est efforcé à refléter la diversité dans les pays et les domaines dans lesquels l incidence du travail des enfants était relativement élevée. La pratique consistant à proposer des financements de montants et durées divers était spécifique à CIRCLE et reposait sur les lignes directrices de USDOL. Les petits, moyens et grands projets allaient de 6 à 24 mois. Selon les directives de Winrock, il appartenait au demandeur de concevoir et de proposer la durée du projet et le niveau de financement requis, 22
29 en fonction de son contenu, ses buts, et ses objectifs. Une fois les projets approuvés, Winrock organisait des Réunions de Lancement Régionales avec les ONG dont les projets ont été approuvés afin de les orienter et les former sur les directives du projet pour créer des relations entre elles et renforcer la mise en réseau ainsi que le partage des connaissances entre les défenseurs de l élimination et de la prévention du travail des enfants à divers niveaux. Contexte Les réunions de lancement étaient également utilisées pour offrir une formation sur la gestion, la mise en œuvre et l élaboration de rapport selon les normes indiquées par Winrock et USDOL, le donateur a qui les rapports étaient ultimement soumis. Winrock a pu à nouveau s appuyer sur son expertise en matière de renforcement des capacités et de formation pour développer une série de modules pour les ONG et les organisations à base communautaire, qui portent sur des questions telles que le suivi du travail des enfants, la durabilité, la rédaction d anecdotes phares et meilleures pratiques. Les rencontres ont également permis aux ONG partenaires d avoir une meilleure compréhension de l approche sur les meilleures pratiques en partageant les succès et les leçons apprises issues de leur travail. De plus les rencontres de lancement servaient également à sensibiliser, notamment en faisant participer les médias de la région. De solides relations de travail avec les ONG sous-traitantes Winrock a forgé d étroites relations de travail avec les ONG (partenaires d exécution) en sous-traitance et a établi un sens partagé d appropriation et de partenariat. Cela fut possible en plaçant les ONG elles-mêmes au coeur de la démarche et en maintenant une communication régulière avec elles à travers divers mécanismes, notamment des visites de terrain des projets. A travers ses ateliers et son approche participative, Winrock a activement fait la promotion des projets en sous-traitance et des ONG dans les pays individuels, aussi bien auprès d autres parties prenantes, telles que les autorités locales, régionales, et nationales ainsi qu auprès du BIT et d autres ONG internationales. Le concept de CIRCLE fut issu de la conviction que les organisations à base communautaire qui travaillent déjà dans le domaine de l éducation et /ou du travail des enfants devraient être soutenues à travers des opportunités de financement afin d explorer leurs propres idées et méthodes novatrices pour s attaquer au travail des enfants. Le principal intérêt focal de Winrock en tant que coordinateur, était donc d encourager et de soutenir ses partenaires et de renforcer le sentiment d appropriation par les parties prenantes en mettant l accent sur le fait que les projets sous-traités contribueraient à la durabilité à travers la documentation et la publication de leurs meilleures pratiques. Sans le travail et les idées de tous ces partenaires, cette publication ne verrait pas le jour pour inspirer d autres organisations du monde entier afin qu elles prennent fait et cause pour les enfants travailleurs. Une des manières créatives par laquelle ces idées ont été capturées a été par le biais de la soumission «d anecdotes phares», dans lesquelles les ONG sous-traitantes ont présenté le visage humain de leur projet et l impact des projets sur la vie de ceux impliqués. Ainsi, les organisations ont pris conscience de l importance de l amélioration de leurs capacités de rédaction comme moyen de soutien au de programme de dissémination des anecdotes phares. La relation étroite développée entre Winrock et ses partenaires a contribué à renforcer le projet dans son ensemble, vu que les ONG sous-traitantes se sont rendues compte qu elles formaient une part de l objectif clé de Winrock pour la conception d un outil de meilleure pratique qui aurait une importance étendue. De cette manière, Winrock a établi un lien de confiance avec ses partenaires, se profilant ainsi, autant comme une organisation soeur que comme un organisme de financement. En outre, les ONG participantes ont énormément bénéficié des directives de Winrock en matière de rapports financiers et programmatiques et de formation dans ce domaine, étant donné que la rédaction de ces rapports a souvent conduit au renforcement des capacités, au perfectionnement et au développement professionnel conduisant, par exemple, à bénéficier de financements provenant d autres sources. 23 Les projets d action urgente En plus des nombreux octrois de subventions, Winrock a également mis en place des annonces spéciales pour ce qu on appelle les contrats de sous-traitance «d actions urgentes». Le montant de ces contrats de sous-traitance variaient initialement de à dollars US et a été porté jusqu à dollars US les années suivantes. Ces petits contrats de sous-traitance de un à trois mois ont été mis à la disposition des organisations qui avaient identifié le besoin d interventions urgentes. L évaluation des pairs identifie les meilleures pratiques de chaque projet
30 Contexte Processus de sélection des projets Les coordinateurs régionaux de Winrock ont examiné les demandes de projets et les ont classées en fonction des critères de pré-qualification suivants: viabilité financière démontrée; enregistrement officiel dans le pays hôte; l existence d un compte bancaire au nom de l organisation; possibilités de durabilité grâce à des contributions locales en argent ou sous forme d autres ressources (au moins 10 pourcent du financement). Les propositions qui répondaient aux critères de base étaient examinées par les comités de sélection régionaux, qui faisaient des recommandations pour les attributions. La directrice du projet et le gestionnaire basés aux États-Unis examinaient ces recommandations sur la base des critères CIRCLE, buts et objec- Les projets CIRCLE ont généré des Meilleures Pratiques des communautés du milieu rural, périurbain et urbain dans le monde entier tifs, prenaient les dispositions pour la vérification les références, et établissaient la liste définitive qui était présentée à USDOL pour approbation avant que les attributions ne soient faites. Les Comités Régionaux de Sélection étaient composés de représentant de partenaires et d acteurs, y compris: des spécialistes bénévoles dans les systèmes d éducation formels et non formels; les spécialistes des questions de travail des enfants; des ministères de tutelle tels que ceux de l éducation, du travail, des femmes et des enfants et celui du commerce; des enseignants; des Les pairs évaluateurs ont été organisations de la société civile et des organisations internationales. Les représentants d ONG recrutés pour siéger dans les comités ne contactés individuellement pour pouvaient pas être officiellement affiliés à l une des organisations ayant fait la demande dans le processus d appel d offres. Chaque proposition de projet était examinée par au moins deux membres du comité régional concerné, et noté selon le système de points le processus et qu ils en acceptaient pleinement la responsabilité et critères élaborés au cours de la phase préparatoire. Toutes les offres recevant des points au-delà un certain repère étaient présentées et discutées par l ensemble du comité qui faisait des recommandations pour le financement. Le comité se rassurait que la gamme de types de projets et la diversité géographique répondaient aux buts de CIRCLE de produire des meilleures pratiques et des modèles de projets pouvant être répliqués. Création d un site Web dédié au projet Dans le cadre de ses activités de sensibilisation et de communication, Winrock a créé un site Web CIRCLE: winrock.org. Le site a servi de multiples objectifs, notamment: a sensibilisation au problème du travail des enfants et le rôle de l éducation comme intervention efficace; fournir des détails sur le concept CIRCLE et l approche du projet et les stratégies, par région; fournir des détails sur chaque partenaire impliqué dans la mise en œuvre et les buts de son projet et ses activités; publier les appels d offres, y compris des formulaires de demande téléchargeables et des modèles de demandes; publier des anecdotes phares des projets à travers le monde afin de donner un aperçu détaillé des réalisations dans différents pays et promouvoir les activités des partenaires d exécution; publier des bulletins régionaux pour mettre en lumière l évolution des activités des projets financés et partager les informations et les enseignements tirés; 24 s assurer qu ils étaient à l aise avec
31 faire la collecte de fonds en créant une page à travers laquelle les particuliers peuvent faire des contributions financières à Winrock International, et plus précisément aux projets CLASSE et CIRCLE. La revue par les pairs et des meilleures pratiques Un résultat significatif de l ensemble du projet CIRCLE a été la documentation des meilleures pratiques dans l utilisation de l éducation comme moyen de lutte contre le travail des enfants. Winrock a, de ce fait, consacré énormément de temps et d efforts à la conception d un processus d évaluation pour revoir le contenu et les résultats de chaque projet et les noter au regard de critères clairement définis. Afin d assurer une plus grande objectivité dans le processus d évaluation, Winrock à travers ses contacts et réseaux sur le terrain et au siège a établi des groupes informels de pairs évaluateurs bénévoles chargés de faire la revue. Ces groupes sont composés de personnel de Winrock, d universitaires, de responsables d ONG internationales et nationales, de fonctionnaires d organismes internationaux, de spécialistes dans le domaine du travail des enfants et de l éducation, et de consultants. Ces bénévoles ont examinés des rapports et des projets, ont identifiés des meilleures pratiques, les ont notées selon un système de notation détaillé, et mis en lumière les leçons apprises. Contexte Les évaluateurs ont été contactés individuellement afin de s assurer qu ils étaient à l aise avec le processus et en ont pleinement accepté la responsabilité. Ces contacts personnels étaient essentiels pour assurer un solide processus d évaluation et renforcer les réseaux nationaux et internationaux. Après chaque processus d évaluation, Winrock a maintenu le contact avec les évaluateurs, notamment à travers des remerciements personnalisés (voir l annexe III pour la liste des évaluateurs des Meilleures Pratiques). Pour chaque projet, les évaluateurs ont reçu une série de documents pertinents, parmi lesquels on peut citer les rapports mensuels, à mi-parcours, et le rapport final, ainsi que des copies d anecdotes phares et de visites sur le terrain. Il a été demandé aux évaluateurs d évaluer des éléments du projet qu ils avaient identifié comme meilleures pratiques potentielles et ils les ont notés sur la base ces six critères qui furent utilisés dans l analyse comparative à la fin du processus: l efficacité, l innovation, la pertinence pour l enseignement et/ou la formation professionnelle, l implication des parties prenantes, la reproduction, et la durabilité. Pour chaque critère, des indicateurs quantitatifs et qualitatifs ont été fournis pour faciliter la tâche des évaluateurs. Winrock a également donné aux évaluateurs l occasion d exprimer des avis plus généraux ou spécifiques sur un projet en particulier ou un aspect d un projet, et d extraire les leçons apprises. L approche qui consistait à utiliser des pairs évaluateurs est spécifique au concept de CIRCLE et s est révélée efficace non seulement dans la définition d un processus à travers lequel les meilleures pratiques pouvaient elles mêmes être identifiés et notées en selon un système de notation, mais aussi dans la sensibilisation sur la réussite des différents projets et la promotion du projet dans son ensemble à travers un réseau de spécialistes du domaine. Le processus d inclusion des pairs évaluateurs a permis d informer et influencer les agents potentiels de changement social dans les différents pays au niveau national et international, une approche en elle-même novatrice. Elle a conduit à la mise en place d un réseau efficace qui continuera à soutenir les activités de lutte contre le travail des enfants au-delà de la durée de vie du projet CIRCLE. Observations en guise de conclusion Les principes fondateurs du concept CIRCLE de Winrock sont l autonomisation des communautés bénéficiaires pour mieux protéger la santé, l intérêt, les opportunités d éducation et donc l avenir de leurs enfants, et de mettre en place des systèmes pour appuyer ces efforts même à la fin du projet. CIRCLE a atteint cela tout d abord en informant et influençant les parties prenantes et les partenaires à tous les niveaux: des enfants de la communauté bénéficiaire aux décideurs au sein des gouvernements. La ressource qu il a généré a été la création et le partage de la connaissance et ainsi donc la compréhension. Avec ces principes en tête, Winrock, à la fois en tant qu organisation individuelle et en faisant partie d un mouvement global pour combattre le travail des enfants a recherché l implication et le soutien des autres à travers un processus de dialogue ouvert et régulier, y compris avec les agences expérimentées dans le domaine du travail des enfants et de l éducation. L approche adoptée consistant à obtenir le soutien d individus expérimentés pour évaluer, examiner, et noter les meilleures pratiques a instauré la transparence dans l identification de ce qui marché et ainsi a renforcé la qualité et l objectivité du résultat final. Le niveau élevé d implication d acteurs et de partenaires a encouragé un sentiment d appropriation plus élevé. Au-delà de tout, toute organisation estimant adapter une telle approche devrait garder à l esprit les principes directeurs d appropriation partagée, consultation et dialogue, L adhésion à ces principes assurera une haute qualité d activités de projet et de résultats et une large acceptation à tous les niveaux des résultats finaux. 25
32 Lignes directrices en matière de conception de projets Lignes directrices en matière de conception de projets 1. Introduction Cette publication met en évidence les meilleures pratiques qui se sont avérées efficaces en matière d assistance aux enfants impliqués (ou à risque) dans le travail des enfants, ainsi que leurs familles et communautés. Ce chapitre se fonde sur l expérience des partenaires de CIRCLE dans la conception efficace de projet et devrait permettre à d autres organisations de remonter la courbe d apprentissage plus rapidement et d anticiper sur les défis potentiels. Ces lignes directrices ont pour but de rationaliser le processus de conception des projets afin de permettre une mise en œuvre plus rapide des activités et veiller à ce que le suivi et l évaluation soient pris en compte dès le départ. Les organisations peuvent ainsi devenir plus efficaces dans la gestion des ressources. Plus important encore, les lignes directrices ont été élaborées tout en gardant à l esprit la notion de durabilité des résultats de projet. Note: Dans un monde idéal, les enfants ne seraient pas contraints de travailler, auraient accès gratuitement à l enseignement de bonne qualité, auraient tous leurs droits et jouiraient d une enfance heureuse et comblée. Malheureusement, cela n est très souvent pas le cas. L atteinte de l objective ultime de la mise en œuvre complète de la législation internationale et nationale protégeant les droits fondamentaux de l enfant ne se fera pas du jour au lendemain. Toutefois, les organisations œuvrant pour cet idéal doivent persévérer, même si cela signifie à court terme que les enfants devront combiner travail et éducation. Cependant, ce compromis ne devrait être accepté que dans des circonstances exceptionnelles, comme l extrême pauvreté, le cas des ménages dirigés par des enfants, ou lorsque les parents ne permettent à l enfant d aller à l école que s il ou elle continue également de travailler. Dans de tels cas, l intérêt ultime doit être considéré, c est-à-dire que l enfant bénéficie au moins d une certaine forme d éducation. De telles situations exigent un suivi continu en vue d empêcher, dès que possible, l enfant de travailler. La solution optimale du retrait total des enfants du travail devrait être constamment encouragée auprès des parties prenantes, en particulier les parents et les employeurs. 26 Les lignes directrices en matière de conception de projet se composent comme suit: Conception intégrée de projet Aller à l essentiel Créer un environnement favorable Participation des parties prenantes Collaboration intersectorielle Partenariats, alliances et constitution de réseaux Participation de l enfant Suivi du travail des enfants Renforcement des capacités Mobilisation des ressources Durabilité Adoption d une approche holistique Les programmes et activités efficaces tiennent compte des besoins des communautés et respectent les cultures locales
33 Conception intégrée de projet En fin de compte, un projet est la somme de ses composantes, et si celles-ci ne sont pas conçues et définies comme un ensemble intégré, le projet a peu de chances d atteindre les résultats escomptés. Un projet est comme à un puzzle géant avec plusieurs pièces distinctes qui forment un ensemble plus large. Le tableau d ensemble est le résultat final que le projet vise à atteindre. Si des pièces manquent, le tableau ne serait pas complet, si des pièces ne sont pas conçues pour s adapter harmonieusement à l ensemble, l image d ensemble sera brouillée et incohérente. La première étape consiste à conceptualiser le projet en termes d approche, de buts et de stratégies. La méthode la plus efficace est de recourir constamment aux six questions suivantes - qui, quoi, quand, où, pourquoi - et comment. La réponse à ces questions entraînera d autres questions, qui déboucheront finalement sur des solutions efficaces par la combinaison d interventions se renforçant mutuellement. Lignes directrices en matière de conception de projets Tout d abord, déterminer ce que le projet vise à réaliser (quoi) et pour qui (le groupe cible). Comment cela pourrait être fait le plus efficacement possible et comment les résultats pourraient être maintenus. Ces questions demandent une analyse minutieuse et une bonne planification des services d appui et des projets existants en vue d éviter les doubles emplois et le gaspillage des ressources. Le comment est étroitement lié au pourquoi. Par exemple, si les enfants travaillent et ne bénéficient pas d une éducation, la question la plus évidente est «pourquoi?» Il peut s avérer nécessaire de poser cette question à plusieurs reprises. Par exemple: Pourquoi les enfants travaillent-ils? Peut-être parce que leurs parents insistent pour qu ils aillent travailler. Pourquoi les parents insistent-ils pour qu ils travaillent? Peut-être parce qu ils ont travaillé eux-mêmes quand ils étaient enfants et ils n ont jamais bénéficié d une formation scolaire et ne voient pas l utilité de ce que leurs enfants aillent à l école. Pourquoi ne voient-ils pas l importance de l éducation? Peut-être parce que personne n a jamais pris le temps de leur expliquer l importance de l éducation des enfants et ce que cela pourrait signifier pour leur avenir. Pourquoi personne n a jamais expliqué cela aux parents et à leurs enfants? Peut-être parce qu ils vivent dans une zone urbaine pauvre où il y a peu d écoles et l accès à d autres services de l État est limité, et ils ont le sentiment que le gouvernement se soucie peu d eux. Ou peut-être parce qu ils vivent dans une zone rurale isolée où il y a peu d écoles et où les enseignants abandonnent leur emploi parce qu ils ne reçoivent pas leurs salaires régulièrement et n ont pas de matériels didactiques et d équipements. Pourquoi est-ce que ce groupe social a le sentiment que ses besoins et ses attentes n intéressent pas les autorités locales? Peut-être parce que ces besoins et attentes n ont pas été clairement expliqués aux autorités locales, et ces dernières n ont jamais été contraintes de remettre en question leurs politiques, programmes et allocation de ressources. En procédant étape par étape, il est possible d identifier les causes les plus profondes des problèmes auxquels le groupe est confronté et de définir une stratégie appropriée pour y faire face. Le quand et le où suivront naturellement. Chaque composante du projet doit être analysée de cette façon et ensuite être insérée dans la stratégie globale. Ce faisant, il est possible d identifier les lacunes, les possibilités et les défis. Par exemple, si le groupe cible est vulnérable en raison de la pauvreté, du manque d éducation, de l exclusion sociale, des questions de santé comme le VIH/ SIDA, ou une combinaison de ceux-ci, le projet aurait besoin de définir clairement comment il fera face à ces défis. Les défis et les interventions proposés pour y faire face devraient être déterminés en étroite collaboration avec le groupe bénéficiaire. En se basant de façon systématique sur ces directives, les organisations devraient être capables d élaborer les différents éléments d un projet qui s adapte correctement, un projet intégré et holistique. 27 Les politiques locales créent un environnement favorable au retrait des enfants des pires formes de travail
34 Lignes directrices en matière de conception de projets Développer une conception intégrée de projet À l analyse des nombreux documents produits par les projets CIRCLE, certains principes fondamentaux se dégagent sur la façon de mettre en place une stratégie efficace de projet. Ces principes sont énumérés ci-dessous, pas nécessairement par ordre de priorité ou autre, étant donné que l environnement de chaque projet est différent. Ils ne s appliquent peut-être pas tous à toutes les organisations dans tous les contextes. Ils ont pour but de guider le processus, non pas à de le dicter. Engager des consultations de planification d avant-projet avec autant d intervenants que possible, afin d identifier les buts du projet, ses objectifs, et emplacement (s). Le choix du lieu et du groupe cible peuvent être déterminés par l expérience de l organisation d exécution ou par d autres facteurs, tels que les politiques et les programmes gouvernementaux. Les projets devraient fournir aux enfants un environnement qui les Mener une enquête approfondie sur l emplacement encourage et les soutient du projet pour en savoir autant que possible sur l environnement, les parties prenantes, les bénéficiaires et les aspects socio-économiques, ainsi que les questions politiques y afférentes. Identifier le(s) groupe(s) bénéficiaire(s) et définir un processus de sélection des activités du projet par le biais d échanges interactifs. Veiller à ce que les personnes les plus démunies et les plus vulnérables soient parmi les bénéficiaires, en particulier les groupes marginalisés et les filles. En impliquant les groupes potentiellement bénéficiaires dans le processus, les décisions seront considérées comme transparentes et avec plus de chances qu ils soient séduits par le projet. Identifier les lacunes en matière de connaissances et d information, ainsi que les occasions nécessaires pour achever la conception et la planification du projet, et mettre en oeuvre des activités de recherche et d enquête pour recueillir les informations nécessaires. Identifier d autres projets et organisations de développement sur place, y compris des projets et des programmes gouvernementaux et non gouvernementaux, et examiner la meilleure approche en termes de coordination. Organiser des consultations avec les groupes d intervenants (faire une distinction entre ceux qui sont parties prenantes, en plus d être des bénéficiaires), déterminer les rôles et responsabilités, et encourager leur appropriation du projet. En impliquant les bénéficiaires potentiels dans le processus, les décisions sont transparentes et plus susceptibles d être attrayantes pour eux Évaluer les ressources humaines et financières nécessaires pour l exécution du projet et voir si la mobilisation de ressources supplémentaires, y compris les contributions en nature, sera nécessaire et la façon dont cela pourrait se faire, par exemple si les parties prenantes de la communauté peuvent contribuer. Rechercher des partenariats, si possible, dans les principaux secteurs des services, notamment dans l éducation, les services de protection sociale, de santé, de développement communautaire, de l enfance et des droits des femmes, ainsi que de l emploi. Organiser des consultations pour discuter des buts et objectifs du projet et la manière dont ils peuvent être liés aux programmes et initiatives locaux, nationaux et internationaux, afin d identifier les domaines potentiels de synergie. Organiser des consultations avec les employeurs sur les sites du projet, en particulier ceux qui emploient des enfants, afin d analyser pourquoi ils le font, les inciter à arrêter, et chercher leur adhésion pour l éducation et la formation des enfants. Discuter des buts et objectifs du projet avec des groupes communautaires, en particulier les enfants et les parents, et définir clairement leurs besoins et attentes ainsi que la manière de les aborder efficacement. 28
35 Mettre en place des groupes communs d intervenants pour participer à une gamme variée d activités du projet notamment le suivi, la gestion, la sensibilisation, le plaidoyer, la communication et le soutien. Procéder à une évaluation des besoins de chaque groupe d intervenants en matière de renforcement des capacités, et voir ce qui peut être fait dans le cadre du projet et là où un soutien supplémentaire doit être demandé, par exemple, par les autorités de l enseignement public, les entreprises du secteur privé et autres organisations et projets nationaux et internationaux. Réfléchir à la façon d impliquer de façon significative les enfants, y compris à travers l éducation par les pairs, si nécessaire, pour qu elle soit un fil conducteur tout au long du projet. Lignes directrices en matière de conception de projets Explorer les moyens par lesquels les résultats des projets peuvent être durables sur le long terme et veiller à ce que des mesures et mécanismes appropriés soient mis en place pour soutenir le développement durable. Favoriser l esprit de collaboration positif et constructif afin de veiller à ce que les problèmes et défis soient résolus rapidement et par consensus. S assurer que tous les systèmes et processus sont participatifs, transparents, éthiquement et moralement acceptables par tous. Le processus de prise de décision doit être le plus participatif possible, sans compromettre la capacité du projet à atteindre ses buts et objectifs. Faire en sorte que les parties prenantes et la société en général soient informées `a travers la communication, la sensibilisation et le plaidoyer, Maintenir un bon système de gestion et de communication, tout en veillant à ce que les procédures d établissement des rapports soient suivies et que les pratiques soient moralement et éthiquement acceptables par tous. Planifier et mettre en oeuvre une bonne et efficace stratégie de fin de projet par laquelle les résultats des projets peuvent être durables sur le long terme, et les parties prenantes veillent à ce que les bénéficiaires continuent à bénéficier de l éducation et/ou de la formation, et que les mécanismes mis en place dans le cadre du projet continuent à fonctionner. Veiller à l essentiel La définition du but et des objectifs clairs et réalistes à mettre en œuvre à travers des activités pertinentes constitue un élément capital du processus de conception de projet. Ce processus peut être facilité par l application des 5Q ci-dessus indiquées. Qui : Un projet existe pour bénéficier à un groupe cible bien donné. Les bénéficiaires peuvent être sélectionnés parmi les plus nécessiteux. Cela doit être évalué par le biais de moyens participatifs et transparents, comme les discussions avec les intervenants de la communauté, y compris les parents et les enfants. Une attention particulière devra également être accordée à l âge et au sexe des bénéficiaires. Le projet va-t-il, par exemple, se concentrer essentiellement sur les filles, ou combiner filles et garçons? Concernera-t-il les enfants plus jeunes et plus vulnérables, les enfants plus âgés, Le développement de partenariat avec d autres institutions et autorités gouvernementales aide les programmes à atteindre un plus grand nombre de personnes 29
36 Lignes directrices en matière de conception de projets ou les deux? Le projet peut s intéresser aux enfants travaillant dans un secteur particulier, comme les enfants travailleurs domestiques, les enfants exploités dans la prostitution, les enfants victimes de la traite, les enfants soldats, et ainsi de suite. La question de qui va mettre en œuvre le projet doit être prise en compte. L organisation va-t-elle mettre en œuvre elle-même les activités, notamment en embauchant de nouveaux employés comme les enseignants et les instructeurs de formation professionnelle, ou faudra-t-il travailler avec d autres partenaires, par exemple à travers la sous-traitance? La capacité d un projet à atteindre ses objectifs dépend d une bonne participation des parties prenantes. Les acteurs de la communauté sont essentiels pour la durabilité d un projet. Des efforts doivent donc être faits pour analyser chaque intervention du projet et identifier les différents groupes qu il pourrait affecter, impliquer ou concerner. L identité des principales parties prenantes dépendra de l activité. Par exemple, si l accent est mis sur l enseignement primaire, les intervenants vont probablement inclure des écoles, des enseignants, des directeurs, des enfants (scolarisés et non scolarisés), des parents, les autorités locales de l éducation, des associations de parents et d enseignants, des associations d élèves, des structures d appui aux enfants en difficulté, des structures en charge des examens, des services sociaux et sanitaires, et les ministères en charge de l éducation. Ceux qui sont chargés de la mise en œuvre du projet doivent, bien entendu, penser aux bailleurs de fonds qui soutiennent le projet et leurs différents besoins en termes de compte-rendu, de suivi, d évaluation et de suite à donner au projet. Soutenir les enfants travailleurs à motricité réduite Les enfants sont vulnérables à l exploitation pour un grand nombre de raisons socio-économiques. Ils peuvent être issus de familles pauvres, dans l incapacité d accéder aux opportunités de formation ou d enseignement, ou ils peuvent provenir d un groupe autochtone, ou autre, marginalisé ou victime de discrimination. Certains groupes d enfants sont confrontés à de multiples handicaps dans la vie, pouvant exacerber leur exclusion sociale et leur discrimination. Ces enfants méritent une attention particulière dans la lutte qu ils mènent pour surmonter leurs problèmes, jouir d une enfance normale et bénéficier des mêmes avantages et services publics que les autres enfants. Les enfants ayant une déficience physique, mentale, ou des handicaps émotionnels sont déjà dans une position très défavorable par rapport à leurs pairs. Dans certains pays et certaines situations, ils peuvent être livrés à eux-mêmes dans les rues car ils sont abandonnés par les familles et par la société en général. Privés d accès aux services de santé, d éducation et sociaux, ces enfants tentent de survivre par tous les moyens possibles. Très souvent, ils sont utilisés par des familles pauvres pour mendier dans les rues. Le CSID au Bangladesh a identifié ce groupe particulièrement et difficilement accessible, et a conçu un projet visant à retirer les enfants travailleurs handicapés de la rue et leur donner accès à l éducation. Cette structure a, dans un premier temps, lancé une campagne de sensibilisation dans la communauté, à travers le théâtre interactif de rue, écrit et interprété par les bénéficiaires. Le public était invité à voir la pièce et à rester pour les discussions avec les acteurs, discussions basées sur certaines questions clés pour ouvrir un débat sur la question des enfants handicapés travaillant dans la rue et le travail des enfants en général. Une fois que le public était captivé par ces questions, des réunions étaient organisées avec les parties prenantes, y compris les familles, les autorités locales, les écoles et les enseignants. Grâce à ce dialogue, les enfants handicapés ont pu aller à l école et un processus a été mis en route pour former les enseignants dans l éducation spéciale et amener les enfants handicapés dans l enseignement ordinaire. Des groupes de parties prenantes au sein de la communauté ont été constitués pour suivre et soutenir les bénéficiaires. Les activités théâtrales ont particulièrement réussi à sensibiliser et, à la suite de représentations lors d un festival de théâtre, attirèrent l attention d un groupe de députés ainsi que de professionnels du théâtre et des arts qui ont apprécié leurs capacités et potentialités. Le CSID a souligné les difficultés causées par le manque de clarté dans le cadre juridique concernant l accès à l éducation. L accent a donc été mis sur la nécessité d améliorer les politiques et programmes en faveur des enfants handicapés, en particulier les enfants travailleurs. De nombreuses organisations travaillent dans le domaine des droits et de la protection de l enfant, mais très peu font face aux besoins de ceux qui ont de multiples désavantages, comme les enfants travailleurs handicapés. Le projet était axé spécifiquement sur l autonomisation des enfants et leur a permis de former un groupe d autodéfense. Il a réussi à inscrire les bénéficiaires à l école et à faire en sorte que ces droits fondamentaux soient reconnus par le gouvernement local. Les possibilités d accroître ce projet sont énormes, et le CSID est déterminé à reproduire de tels projets dans d autres zones du Bangladesh. En mobilisant une large gamme d acteurs et des groupes de soutien, notamment les populations locales et les autorités scolaires, les chances de durabilité ont été considérablement augmentées. 30
37 Quoi: Le «Quoi» porte sur l objectif ultime du projet et les activités pour y parvenir. Va-t-il, par exemple, viser à retirer les enfants en situation de travail ou offrir aux (anciens) enfants travailleurs et ceux à risque un programme d éducation non formelle, de rattrapage ou une formation professionnelle? Il peut s avérer nécessaire de limiter les activités et de se concentrer sur celles qui peuvent être entreprises de façon réaliste avec les ressources disponibles et dans les délais proposés. Il conviendrait également d identifier les infrastructures matérielles, les matériaux et équipements qui pourraient être nécessaires, à savoir : la construction ou la rénovation de salles de classe ou de centres de formation, la fourniture de tenues et de trousseaux scolaires, ou l installation d équipements de formation. Les besoins de financement devront être estimés. À ce point, les organisations devraient connaître les problèmes et défis auxquels sont confrontés les bénéficiaires et la nature de leur environnement. Cela devrait aider à identifier aussi bien les lacunes en termes de connaissances que les possibilités de mener à bien des recherches plus ciblées et plus spécifiques. Lignes directrices en matière de conception de projets Quand: Le choix du moment, à la fois en termes de dates de démarrage et de fin de projet ainsi qu en termes de périodes de l année pendant lesquelles les activités peuvent être mieux réalisées, devra être élaboré. Dans certains cas, le calendrier des activités peut être lié à des facteurs comme les calendriers scolaires fixés par les autorités de l éducation ou, en milieu rural ou agricole, les périodes de s les ou de récolte. Le suivi doit être intégré dans le calendrier du projet et un délai raisonnable doit lui être accordé vers la fin du projet pour que les résultats du projet puissent être évalués de façon adéquate. Où: Bien entendu, le «Où» est largement influencé par «qui» sont les bénéficiaires. Un projet peut être mis en œuvre en plusieurs endroits, mais la proximité de l éducation et les services de formation pour les bénéficiaires sont des facteurs importants. Les services de soutien ou les bâtiments existants, comme un centre communautaire qui pourrait être utilisé pour le La plupart des institutions gouverne- projet, peuvent déterminer le choix du site. mentales apprécient favorablement les Pourquoi: Cela devrait être une question qu une organisation se pose plusieurs fois, dès la conception même du projet. Un regard introspectif sur les raisons sous-jacentes pour monter un projet peut projets qui cherchent à faire avancer être une indication de l engagement et de la motivation des parties prenantes. Cela contribuera également à la réflexion sur le leurs politiques et programmes choix des bénéficiaires et de l emplacement et sur les interventions identifiées. En se posant continuellement cette question à chaque étape de la conception et du développement d un projet, les organisations peuvent constamment améliorer la planification des activités, en identifiant d autres acteurs, en évaluant l infrastructure physique, les matériaux et équipements nécessaires, le contenu de l éducation, la formation professionnelle et les services de protection sociale, les activités de mise en œuvre ainsi que les domaines de suivi. Comment: Les questions à poser ici sont: comment le projet sera conçu, mis en oeuvre, coordonné, suivi et consolidé? Comment les résultats du projet serontils viables à long terme? Chaque fois qu une organisation demande comment un volet du projet sera mis en œuvre et consolidé, elle est obligée d entrer plus profondément dans les détails pratiques. Par exemple, si le principal objectif est le retrait d un certain groupe d enfants du travail, l organisation devra examiner comment cela peut être réalisé de manière efficace afin d éviter de nouveaux traumatismes pour les enfants et comment ils seront logés, soignés, ainsi que la façon dont se fera ensuite leur réinsertion dans la société. 31 L établir ou travailler avec un comité de gestion scolaire déjà existant peut renforcer un système d éducation
38 Lignes directrices en matière de conception de projets Poser constamment ces questions oblige les organisations à travailler dans les limites de leurs capacités et à ne pas se fixer des buts trop ambitieux au delà de ce qu elles peuvent atteindre. Le processus aide également à identifier les activités de projet qui pourraient nécessiter un soutien externe. Le suivi régulier, l évaluation et la consolidation permettront également aux organisations de s adapter, lorsque les conditions changent et que la situation évolue au fil du projet. Créer un environnement favorable Un «environnement favorable», c est quand tous les éléments nécessaires - géographiques, physiques, financiers, culturels, et institutionnels - sont en place pour appuyer les activités du projet pour parvenir à un résultat positif. Un environnement favorable jette les bases de réussite d un projet. Identifier les différents éléments qui ont un impact sur l environnement favorable de votre projet. Certains d entre eux peuvent ne pas dépendre directement de l organisation,à savoir s il existe une politique gouvernementale appropriée, un cadre législatif ou un programme de réduction de la pauvreté. Là où ces éléments existent, le projet doit essayer de s en informer et établir des partenariats avec les organes et départements gouvernementaux concernés. La plupart des institutions gouvernementales étudieraient favorablement les projets qui cherchent à faire avancer leurs politiques et programmes. Cela devrait fournir une plate-forme de soutien pour la sensibilisation, le plaidoyer et les activités de mobilisation sociale, en particulier à un moment où l initiative EPT, les OMD et les DSRP sont mis en œuvre à travers l élaboration de politiques et de réformes dans le monde entier. Un projet peut profiter d un environnement favorable idéal: en faisant en sorte qu une définition claire du projet se fasse sur la base d un dialogue constructif avec une participation positive de toutes les parties prenantes; en se mettant en relation avec un cadre législatif et politique de soutien aux niveaux national, régional et local; en faisant en sorte que des partenariats positifs Les projets devraient fournir des soutiens appropriés, y compris le et de soutien soient établis avec des parties renforcement de capacités, aux communautés locales prenantes correspondantes et en mobilisant la collaboration intersectorielle dans les départements gouvernementaux et ministères appropriés à tous les niveaux; en mobilisant toutes les parties prenantes pour soutenir les buts et les objectifs du projet et aider chaque groupe à jouer son rôle de manière responsable, sérieuse, intégrée et participative; en veillant à ce que le projet fournisse un soutien approprié, y compris le renforcement des capacités, à chaque groupe d intervenants; en veillant à ce que les groupes de bénéficiaires, surtout les enfants et les parents, participent de façon significative à tous les niveaux du projet; en encourageant la communauté à développer un fort sentiment d appropriation du projet; en veillant à la création d un environnement favorable à la pérennisation des résultats du projet. En réalité, la probabilité d un environnement favorable n est du tout évidente. Par conséquent, les organisations devraient identifier les lacunes, les faiblesses, les défis pour que les stratégies soient rapidement mises au point pour les surmonter. Par exemple, si les problèmes rencontrés au niveau du processus d enregistrement des naissances empêchent les enfants à risque d avoir accès à l éducation et aux autres services sociaux essentiels, alors créer un environnement favorable consistera à convaincre les autorités locales à résoudre ce problème. Si l environnement est particulièrement défavorable, les organisations devraient peut-être reconsidérer la faisabilité du projet et décider s il y a lieu d en modifier la conception en conséquence ou de modifier l emplacement ou les groupes bénéficiaires. Un projet qui ne parvient pas à atteindre ses objectifs pourrait laisser des bénéficiaires déçus, avec un sentiment de laissés-pour-compte, de désespoir et de méfiance envers les organismes de la société civile et du gouvernement local et national. Les organisations doivent faire preuve de réalisme et de transparence dans la phase de pré-planification afin de s assurer qu ils ne promettent pas plus qu ils ne peuvent donner. 32
39 Les éléments à prendre en compte pour créer un environnement favorable comprennent: La dotation en personnel et l organisation administrative: la mise en oeuvre d un projet peut demander beaucoup de temps et peut être un défi pour des organisations qui sont, soit loin des sites du projet, soit ont une connaissance et une compréhension limitées du contexte local. Certains projets peuvent être administrativement pesants en termes de rédaction de rapports, de développement d indicateurs d impacts, de mise en œuvre et de suivi des activités, de coordination des relations avec les parties prenantes, ainsi que l organisation et la facilitation des réunions. Toutes ces tâches incombent à l organisme d exécution et exigent du temps et des ressources humaines et financières. Pour les petites organisations ayant peu d expérience, ces exigences peuvent être importantes. Dans les tout premiers stades de la conception du projet, les organisations devraient mener une autoévaluation de leurs capacités à mener à bien le projet. Beaucoup de partenaires d exécution de CIRCLE ont décidé d embaucher du personnel local pour les aider dans l exécution des projets. Cette option peut être particulièrement bénéfique dans les cas où les projets sont éloignés ou s ils impliquent des populations autochtones ou tribales et où il Si pour des raisons culturelles et traditionnelles les enfants travaillent et ne peut être très difficile de gagner la confiance et le respect des locaux. Si un personnel local est embauché, alors des termes de référence clairs et des descriptions de poste devraient être élaborés fréquentent pas l école, une stratégie et inclus dans les propositions et budgets du projet. Certains projets peuvent nécessiter le recrutement d enseignants, de appropriée qui est respectueuse de la facilitateurs de l éducation non formelle, des formateurs de l enseignement professionnel afin d offrir aux bénéficiaires les services d éducation prévus. Les organisations devraient conduire le processus de recrutement de manière responsable et culture locale doit être adoptée en toute éthique. Il est probable que les contrats de travail soient relativement courts, cela devrait être clairement précisé aux professionnels avant leur emploi, ainsi que toute autre procédure d embauche ou autres aspects de la relation de travail qui peuvent être sujets à des malentendus. Un certain nombre de partenaires de CIRCLE sont sortis de leur cadre normal afin de mobiliser des ressources supplémentaires pour payer les salaires des enseignants, ou ont négocié avec les autorités de l enseignement et autres afin qu elles prennent en charge les contrats d emploi à la fin du projet. Cela n est peut-être pas toujours possible, mais tout doit être mis en oeuvre pour maintenir les postes d enseignement qui bénéficient à la collectivité et aux enfants à la fin projet. Lignes directrices en matière de conception de projets La prudence s impose également en veillant à ce que les charges financières ne reposent pas sur les communautés cibles à la fin du projet. Si, par exemple, des bâtiments scolaires sont construits et des enseignants embauchés, cela peut avoir des incidences financières à long terme pour la communauté si elle est censée prendre en charge la gestion et les dépenses de fonctionnement des écoles à la fin du projet. Ainsi toutes les activités ayant des incidences financières à long terme pour les parties prenantes et les bénéficiaires, doivent être discutées jusqu à ce qu un consensus soit obtenu. Les considérations culturelles et traditionnelles: Certains partenaires de CIRCLE ont fait l expérience, dans des pays et régions, de pratiques culturelles et traditionnelles défavorables, et même discriminatoires à l égard des enfants, des femmes, ou de certains peuples autochtones ou tribaux. Ces pratiques et croyances peuvent être si profondément enracinées que le projet devra en tenir compte dans la planification des activités. Les pratiques culturelles et traditionnelles ne sauraient changer du jour au lendemain. Lorsque des pratiques existent depuis des générations ou ont des connotations religieuses, il est difficile pour les membres de la communauté de les remettre en question ou d aller à leur encontre. Les projets de développement ont une durée limitée, allant de quelques mois à peut-être un ou deux ans. Pourtant, ils sont tenus d apporter d importants changements dans ce court laps de temps. Le changement d attitudes et les comportements impliquent des consultations et des discussions participatives. Si, pour des raisons culturelles et traditionnelles, les enfants travaillent et ne vont pas à l école, une stratégie appropriée doit être adoptée qui respecte la culture locale. Des consultations rapides avec les leaders communautaires, culturels et religieux doivent commencer pour discuter de ces questions de manière à ce qu ils comprennent que le projet ne cherche pas à compromettre ou à démanteler la culture et la tradition locales, mais d offrir aux enfants des opportunités qui peuvent être acceptées par tous. Une approche de développement centrée sur la communauté: Le soutien et l appropriation communautaires sont essentiels à la réussite d un projet. La réalisation de cette donnée peut impliquer la sensibilisation et la mobilisation de différents groupes et acteurs communautaires en les rendant autonomes à travers le renforcement des capacités. Une fois familiarisées avec les réalités relatives au travail des enfants et les bienfaits de l éducation, la plupart des communautés répondent favorablement, prennent leurs rôles 33
40 Lignes directrices en matière de conception de projets et responsabilités au sérieux, et participent pleinement dans tous les domaines de la conception et de l exécution des projets. Si les structures sont axées sur la communauté, c est-à-dire qu elles impliquent et sont dirigées par des membres de la communauté et les parties prenantes, elles sont plus susceptibles de survivre au projet et continuer à être profitables à la communauté à long terme. Des exemples de telles structures sont les comités de suivi à base communautaire du travail des enfants et les comités scolaires pour suivre les inscriptions et les abandons et assurer le suivi des enfants à risque et des familles. Note: Pour que les projets relatifs au travail des enfants aient un impact, il faut que la communauté et les parties prenantes reconnaissent le problème et acceptent de prendre des mesures. Si les groupes communautaires ne sont pas prêts à reconnaître le problème en tant que tel, et ne sont pas disposés à prendre la responsabilité d effectuer des changements ou de participer sérieusement à des activités, le projet a peu de chances de réussir et rien de durable ne survivra à la fin du projet. Toutefois, si les membres de la communauté et les parties prenantes mènent des activités visant à appuyer la réduction et la prévention du travail des enfants, y compris la promotion de la scolarisation, et décourager l abandon scolaire, leurs activités se renforcent mutuellement et peuvent être intégrées dans les systèmes, structures et institutions sociaux, veillant ainsi à ce que les avantages continuent longtemps après la fin officielle du projet. L Autonomisation des groupes vulnérables: Réduire la vulnérabilité de groupes sociaux particuliers (comme les femmes et les enfants) en les aidant à s aider euxmêmes et d autres personnes est un important facteur «favorable», c est-à-dire, un moyen de les aider à se protéger. Les expériences de différents projets CIRCLE ont montré l importance des groupes d auto assistance des femmes et des groupes de soutien et de l octroi d une formation sur les compétences de la vie aux enfants, en particulier les (anciens) enfants travailleurs. Les compétences de vie concernent des sujets comme les droits des enfants, l importance de l éducation, les causes et conséquences du travail des enfants, les valeurs et principes sociaux, le respect mutuel, la santé et l hygiène corporelle. La formation inspire la confiance, l estime de soi, la croyance en soi, ainsi que le développement personnel et social et fournit les conseils dont les enfants ont besoin pour se protéger et protéger leurs pairs des individus et des groupes sans scrupules ainsi que des situations potentiellement dangereuses. Les enfants sont sensibilisés sur leurs droits fondamentaux, ainsi que sur leurs rôles et leurs responsabilités dans la vie. Ils sont donc mieux informés et mieux armés pour éviter les situations de travail des enfants et autres formes d exploitation et pour se protéger et protéger leurs intérêts et ceux de leurs pairs. La formation sur les compétences de vie utilise des approches interactives et participatives qui stimulent l apprentissage des enfants et renforcent la confiance. L apprentissage se fait à travers les jeux, les loisirs, le sport, le chant, la danse, les jeux de rôle, le théâtre, les arts, la création littéraire et diverses autres techniques de communication. Les services d appui: Les organisations peuvent investir beaucoup de temps et d effort dans la détermination des différents défis auxquels les communautés cibles et bénéficiaires sont confrontés quant à l accès aux services d appui essentiels et aux possibilités de développement. Il est essentiel d identifier les acteurs potentiels et les partenaires gouvernementaux au cours de la conception du projet nus par des politiques et des cadres législatifs appropriés, mais sont Dans la plupart des pays, ces services et opportunités sont soute- freinés par le manque d application au niveau local, de ressources, d infrastructures, de volonté politique et de capacité. Certains projets CIRCLE ont fourni aux bénéficiaires, en plus de l éducation, une gamme de services ou en ont facilité l accès. Il s agissait notamment de la santé, des services sociaux, de création d emplois, de formation professionnelle et autres services liés à la réduction de la pauvreté et au développement humain. Par exemple, certains projets ont offert des services de crèche aux jeunes mères pour leur permettre de participer à des activités de formation et d éducation ou ont offert des repas ou des examens médicaux aux groupes vulnérables et aux enfants à risque dans des écoles ou des centres d éducation non formelle. La participation des acteurs L implication des acteurs est un thème récurrent et à juste titre : l engagement et la volonté des partenaires à s approprier et à participer aux activités de projet déterminent la réussite du projet et finalement le caractère durable de ses avantages. Une appropriation sérieuse se crée en sollicitant l implication de tous les partenaires, y compris les enfants et les parents 34
41 à toutes les étapes du projet, en leur donnant la formation et en facilitant le partage de l information et des expériences avec et entre eux. De nombreux partenaires de CIRCLE ont encouragé une étroite collaboration entre les groupes d acteurs pour exploiter les forces, les énergies et le dynamisme de chaque groupe et promouvoir de puissantes synergies entre eux. Il est indispensable de faire travailler tout le monde ensemble vers les mêmes buts, en partageant ainsi le poids de la responsabilité pour réduire et empêcher le travail des enfants par divers partenaires. Les efforts collectifs peuvent prendre la forme de comités de gestion de projet, de comités de coordination, de comités de travail des enfants, de clubs d enfants scolaires ou d autres associations. Dans certains cas, des dispositions ont été prises sous forme d accords signés dans lesquels les rôles et les responsabilités de chaque partenaire sont clairement précisés. Lignes directrices en matière de conception de projets La première étape est d identifier les parties prenantes. Les groupes de partenaires potentiels sont: Les enfants les enfants travailleurs, les anciens enfants travailleurs, les enfants à risque, les groupes d enfants défavorisés et vulnérables, ainsi que tous les enfants de la communauté entière. La jeunesse la jeunesse vulnérable et les jeunes gens intéressés à jouer le rôle de pairs éducateurs et de modèles dans la mobilisation et le soutien aux (anciens) enfants travailleurs et aux enfants à risque. Les étudiants et les diplômés, en particulier, peuvent jouer un rôle important comme pairs éducateurs. Les jeunes gens peuvent créer des relations plus étroites et établir des liens intimes et de confiance avec les bénéficiaires. Les services frontaliers sont souvent des travailleurs de première ligne dans la lutte contre le travail des enfants et peuvent devenir des agents de suivi efficaces Les femmes en particulier les divers groupes organisés de femmes et les mères. En tant que mères intéressées, parents et frères/sœurs et en tant que groupe ayant lutté contre la discrimination, y compris le fait qu elles soient potentiellement privées d éducation, les femmes peuvent jouer un rôle essentiel dans la lutte contre le travail des enfants et encourager ces derniers à bénéficier des opportunités d éducation. Les parents, familles, et familles élargies en particulier celles du groupe bénéficiaire et d autres enfants vulnérables, y compris les parents adoptifs et les tuteurs légaux, ainsi que les grands-parents, les tantes, oncles et cousins. Les parents jouent un rôle clé dans l éducation et le bien-être de leurs enfants. Les enfants apprennent les attitudes et les comportements de leurs parents en les observant et en les aidant à la maison. En aidant à changer les attitudes et les comportements de manière plus positive envers l éducation, la protection et l épanouissement des enfants, les projets peuvent efficacement influencer la prochaine génération de parents. Les leaders communautaires, traditionnels et religieux jouent souvent un rôle important dans le façonnement des attitudes et des comportements, en particulier dans les zones rurales et lointaines étant donné que les membres de la communauté les consultent pour des conseils, leur soutien et leur leadership. Dans certains pays, ils sont également les intermédiaires par lesquels les ressources sont mobilisées au niveau de la communauté. Les clubs de loisirs, de sports et d activités là où ils existent, ils sont les lieux où les enfants se rassemblent, se fréquentent et s expriment plus librement que dans d autres fora sociaux. Les dirigeants de ces clubs, comités et groupes ont souvent d autres types de relation avec les enfants 35 Les membres clés de la communauté devraient être impliqués dès le début du projet
42 Lignes directrices en matière de conception de projets que les enseignants ou les parents. En outre, ces groupes occupent souvent le temps libre des enfants en dehors des activités de l école ou de la famille. Les écoles, les institutions d éducation et de formation (formelles et non formelles), les directeurs d école, les enseignants et le personnel de soutien à l éducation sont des partenaires majeurs dans les projets ciblant le travail des enfants et la promotion de l éducation. Il est important que les enseignants dans les écoles publiques formelles comprennent le contexte du travail des enfants, en particulier si ces enfants vont être des élèves dans leurs classes. De même, les enseignants peuvent fournir l appui pédagogique aux programmes informels et appuyer leurs pairs dans les institutions non formelles. Les agents de santé sont fréquemment impliqués dans les projets s occupant des questions de protection des enfants, y compris le Les réunions régulières avec les communautés locales aident à mieux définir leurs besoins travail des enfants. Ils fournissent le soutien sanitaire et l éducation aux enfants vulnérables, y compris l appui en santé émotive et mentale aux enfants ayant souffert d un traumatisme particulier, tels que ceux qui ont été victimes d exploitation sexuelle, les enfants soldats et les enfants travailleurs domestiques. Les groupes de la société civile, les associations, les coopératives et les syndicats sont souvent actifs dans les communautés pauvres et les zones rurales, surtout dans les projets de développement ou les initiatives à base communautaire, pour renforcer les bases et structures socioéconomiques. Les responsabilités des syndicats sont l application de la législation régissant les droits des travailleurs, l emploi et la justice sociale, y compris l âge minimum d admission à l emploi ; et en tant que tels, ils sont donc directement concernés par la question du travail des enfants. Les employeurs peuvent parfois être ignorés, mais ils constituent un groupe important. Si les enfants travaillent, c est que quelqu un les emploie. Cependant, les employeurs peuvent être un groupe difficile à identifier et à engager, en partie parce que le fait d employer les enfants en dessous d un certain âge est illégal, et aussi parce que le travail que les enfants font pourrait être illégal, ou parce que la définition du concept d employeur n est pas toujours claire. La police et les forces de sécurité, y compris la douane, les gardes-frontières et les militaires impliqués dans l application de la loi sont actifs dans les projets dans les zones urbaines, surtout avec les enfants de la rue et aux postes frontières. Les autorités frontalières constituent souvent la ligne de front dans la lutte contre la traite des enfants et peuvent devenir des surveillants efficaces si elles reçoivent la sensibilisation et la formation appropriées pour reconnaître les situations où les enfants sont victimes de traite, identifier les trafiquants et les victimes potentiels, et interroger les suspects tout en protégeant de manière raisonnable les enfants qui y sont impliqués. Les autorités communautaires et locales, ainsi que les gouvernements des cercles, des provinces et des régions fournissent des services fondamentaux d appui aux bénéficiaires et à leurs familles, y compris la gestion des procédures de transition et le transfert des enfants des programmes d éducation non- formelle aux systèmes d éducation publique. Les ministères et les services du gouvernement national sont des cibles essentielles pour les campagnes de plaidoyer visant à réaliser le développement et la réforme politiques et législatifs, par exemple, l EPT et les stratégies de réduction de la pauvreté. Les médias écrits, audiovisuels et électroniques peuvent considérablement améliorer la sensibilisation dans les communautés cibles et au-delà et aussi appuyer les campagnes de plaidoyer pour influencer la politique nationale, le développement et la réforme de programmes et des ressources. Dans les chapitres thématiques, nous traitons de façon pratique comment ces groupes de partenaires peuvent être mobilisés et impliqués. Un certain nombre de partenaires de CIRCLE ont tenu des réunions d avant-projet avec des partenaires pour présenter et discuter des aspects généraux des interventions proposées et solliciter leur participation. Cependant, l implication des partenaires ne se limite pas aux réunions et aux discussions, mais implique aussi l établissement ou le renforcement de liens entre ces groupes et les institutions. 36
43 Pour aider à maintenir les relations, il est important d établir une bonne communication entre les groupes, par exemple, à travers un organe de coordination. Les réunions régulières avec les partenaires aident aussi les organismes d exécution à faire leur propre travail de coordination et de suivi et à développer progressivement l appropriation du projet par les communautés. Les réunions et les échanges des parties prenantes permettent aussi l identification des besoins en renforcement des capacités (voir la section sur le renforcement des capacités P. 40). Il est important de profiter au maximum de toutes les ressources, si petites soient-elles, et d encourager les groupes communautaires et les individus à apporter leur soutien aux activités de projet, en particulier à travers le bénévolat. Dans plusieurs projets CIRCLE, les bénévoles ont supporté les activités du projet en fournissant, par exemple, l assistance dans les salles de classe, l éducation par les pairs, la construction, la réparation et l entretien des écoles, et le suivi de la fréquentation scolaire. Dans certains cas, les projets peuvent compter sur un tel soutien des volontaires pour continuer. Il existe souvent des professionnels qualifiés ou des artisans compétents dans la communauté qui accepteraient d offrir leurs services. De telles personnes peuvent être identifiées et approchées à travers des activités de sensibilisation, des enquêtes et des consultations. Lignes directrices en matière de conception de projets Dans la plupart des cas, les bénévoles auront besoin d être initiés aux questions en cours, comme les causes et conséquences du travail des enfants, et auront besoin de renforcement de capacités pour leur permettre d effectuer les tâches qui leur sont assignées. Les bénévoles doivent bénéficier de la reconnaissance publique pour leur temps et leurs efforts. Une communication régulière avec eux assurera l identification rapide et la résolution des défis, ce qui devrait leur donner des opportunités de faire des restitutions. L implication des bénévoles peut être capitale pour la pérennisation du projet puisque ce sont eux qui resteront dans la communauté à la fin du projet. Collaboration intersectorielle En établissant et en renforçant des relations plus étroites entre les groupes de parties prenantes, des efforts doivent aussi être faits pour identifier les activités communes possibles afin de promouvoir une plus grande collaboration. Une telle collaboration sert un nombre de buts importants: Eviter le double emploi des activités et donc des ressources; Créer la synergie entre les groupes d acteurs; Sensibiliser et rehausser les profils et l image publique des groupes de parties prenantes, étant donné qu ils doivent travailler ensemble sur une question d une importance sociale majeure; Etablir des systèmes et des processus durables selon lesquels les partenaires continuent à travailler ensemble sur ces questions et les questions connexes à la fin du projet, améliorant ainsi l environnement socio-économique; Fournir de plus grandes possibilités pour les activités de plaidoyer, en particulier pour les petits groupes de la société civile ou de la communauté, à différents niveaux politiques; Contribuer à un développement national plus large par l établissement et la promotion de systèmes et de structures solides et démocratiques impliquant toutes les parties prenantes. La collaboration intersectorielle est particulièrement pertinente dans le domaine de la mobilisation et de l engagement des organismes gouvernementaux à travers le plaidoyer politique. Le travail des enfants et leur éducation sont des questions de développement qui touchent un certain nombre de portefeuilles et de secteurs gouvernementaux, y compris le travail et l emploi, les services sociaux et l assistance sociale, l éducation, la santé, les femmes, les enfants et la famille, le développement communautaire et le transport. Par conséquent, une stratégie de plaidoyer du projet doit s étendre à tous ces secteurs et nécessiter une approche intégrée et intersectorielle. Cette stratégie peut aussi potentiellement réunir des ressources supplémentaires venant de sources différentes et parfois inespérées. L un des plus grands défis dans la lutte contre le travail des enfants est de traiter avec 37 Il est important d impliquer les enfants ciblés dans la conception de projet et à tous les niveaux de la mise en œuvre
44 Lignes directrices en matière de conception de projets les structures du gouvernement qui ne sont pas toujours flexibles et qui ont des difficultés avec les questions touchant plus d un département, comme l éducation et le travail. C est pourquoi l approche IPEC/BIT demande la création de Comités Nationaux sur le Travail des Enfants qui englobent tous les services appropriés du gouvernement et les ministères, les organisations de travailleurs et d employeurs, les organisations de la société civile, les agences des Nations Unies et d autres organismes pertinents. Tout ce qu une organisation peut faire pour encourager la collaboration intersectorielle dépendra du temps dont elle dispose, des ressources et de ses propres capacités. Une méthode efficace pour initier le processus est d organiser des ateliers pour plusieurs parties prenantes, y compris des tables rondes sur les politiques qui rassemblent les autorités pertinentes avec les représentants des agences des Nations Unies, les organisations internationales et les donateurs. Pour aborder la question du travail des enfants, une coordination doit être faite entre les acteurs locaux tels que les responsables du village, les groupes de femmes et les jeunes Partenariats, alliances et Travail en réseau À tout quel moment, il est probable que plusieurs organisations, sinon plusieurs d entre elles, opèrent dans un pays ou un endroit spécifique de ce pays. Bien avant de commencer un projet, il est donc essentiel d avoir un aperçu des différents projets qui sont soit en cours, soit prévus dans la zone cible. Cet exercice demandera la visite des communautés cibles et la consultation de chaque groupe de partenaires, en particulier les autorités. De tels groupes comprendraient: Les ONG: Si des projets en cours ou futurs sont identifiés dans la zone, l on doit prendre contact avec les organisations d exécution pour discuter du contenu, de la portée et de la forme de leurs interventions et s assurer qu il n y ait pas de double emploi. Même si les projets ont des buts différents, il peut y avoir des domaines dans lesquels des partenariats mutuellement bénéfiques peuvent s établir ou des ressources mises en commun. Dans certains cas, il peut être possible de créer des réseaux d organisations travaillant dans le domaine de la protection et de l éducation des enfants ou de créer un lien avec les réseaux existants. En outre, les bailleurs de fonds veulent bien sûr voir un partage de ressources. Les réseaux à base communautaire: L établissement de partenariats et d alliances avec les organisations et institutions à base communautaire est fondamental pour favoriser l appropriation et la pérennisation. Ces réseaux pourraient comprendre les autorités et les services locaux, des employeurs du secteur formel et informel, des institutions de l éducation, des associations professionnelles, des enseignants, des clubs sportifs, des associations communautaires et des groupements de femmes et d enfants. Certaines de ces parties prenantes, comme les employeurs ou les écoles, pourraient être organisés en alliances ou en réseaux plus grands. D autres, comme les autorités locales et les employeurs, peuvent être en mesure d agir au-delà de la communauté, aux niveaux régional ou national, en mobilisant leurs homologues ailleurs dans le pays. Les agences des Nations Unies et les organisations internationales: Un grand nombre d agences des Nations Unies et d organisations internationales travaillent sur les questions du travail des enfants, l éducation, la protection des enfants, la santé et la protection sociale. Il s agit de l IPEC/BIT, l UNICEF, l UNESCO, le PNUD, l ONUSIDA, Save The Children, Action Aid, Christian AID, USAID (États Unis d Amérique), NORAD (Norvège), ASDI (Suède), CIDA (Canada), DFID (AUJ GTZ (Allemagne) et DAN- IDA (Danemark). Si certaines de ces organisations sont actives dans la zone ciblée, des contacts doivent être établis avec elles pour discuter de leurs activités prévues et pour explorer les synergies possibles. Par exemple l IPEC/BIT peut avoir une initiative en matière d éducation non formelle en place, ou l UNICEF peut diriger une campagne de sensibilisation sur les droits des enfants. Les ressources sont précieuses et un élément clé des OMD est le développement de partenariats afin d assurer que ces ressources soient utilisées plus efficacement et de manière plus ciblée. 38
45 Le processus de mise en place d alliances pourra également établir un lien avec les réseaux au niveau national ou international, comme les réseaux sur les droits des enfants ou même les réseaux sur le travail des enfants là où ceux-ci existent. Ceux-ci devront être identifiés à travers un exercice semblable de planification et leur pertinence par rapport au projet doit être évaluée. Si des réseaux pareils n existent pas encore, il serait utile d envisager d en installer et de les promouvoir comme une partie des activités du projet. Participation des enfants Donner aux enfants une éducation et de l information sur le travail des enfants et leur enseigner de nouvelles compétences, en particulier les compétences de vie, les rend autonomes en tant qu individus qui connaissent leurs droits et accomplissent leurs responsabilités dans la société. Les enfants qui ont bénéficié d un tel soutien sont plus confiants et mieux armés pour se protéger ou chercher de l aide s ils sont menacés par le travail des enfants ou se sentent menacés d une façon quelconque. Ceci peut être réalisé par la participation constructive des enfants à presque tous les niveaux de la conception et de la mise en œuvre du projet. Lignes directrices en matière de conception de projets Comme première étape, une étude doit être effectuée dans les communautés cibles pour déterminer les structures ou groupes existant déjà pour les enfants et/ou les jeunes gens. Ceux-ci peuvent être des clubs de jeunes ou d enfants, des structures scolaires, ou des clubs et sociétés sportifs. Une fois que ceux-ci auront été identifiés, des consultations devront être organisées pour discuter s il faut lier les activités du projet à des structures existantes ou s il serait plus efficace de créer une nouvelle structure. Par exemple, les clubs d enfants pourraient être créés dans les écoles ou dans la communauté (là où il n en existe pas déjà), ou des groupes vivant les mêmes problèmes peuvent être établis au sein desquels les enfants jouent un rôle dans la gouvernance et la prise de décision. De telles activités peuvent contribuer de façon significative au développement personnel et social des enfants. Ils apprennent des choses qui affectent les différents groupes communautaires, discutent des questions d intérêt commun, consultent les différentes parties prenantes et les partenaires, prennent des décisions fondées, et apprennent à résoudre les problèmes par consensus. Ces enfants deviendront de futurs leaders communautaires et des partisans engagés pour la justice sociale. Faciliter la participation des enfants aux activités du projet nécessitera de mettre en place un système de soutien complet, comprenant le développement des capacités. Les enfants peuvent avoir une La sélection de ceux qui bénéficieront du renforcement de capacités compréhension limitée de la manière dont la gouvernance marche à un niveau donné. Ils sont rarement consultés dans la société, même pas pour les décisions qui les affectent directement. Ils peuvent avoir abandonné l école ou n y avoir pas été du tout. Donc, ils vont avoir besoin de soutien et de formation pour jouer un rôle significatif doit être aussi inclusive que possible dans le projet. Des efforts doivent être également faits pour veiller à ce que les structures mises en place soient durables. En effet, si les activités devant encourager la participation des enfants n atteignaient pas leurs objectifs, les enfants concernés deviendraient désabusés et cyniques par rapport à une participation future. Le suivi Le but du suivi communautaire du travail des enfants est de veiller à ce que les enfants aillent à l école, participent à d autres activités organisées, ou qu ils soient tout simplement dehors pour jouer avec leurs camarades ; en tout cas tant qu ils n aillent pas au travail et ne soient pas soumis à d autres formes d exploitation ou de mauvais traitement. Beaucoup de projets de CIRCLE mettent en place des comités communautaires ou scolaires de suivi avec les enseignants et les parents dans les rôles clés. Le suivi des bénéficiaires et autres enfants à risque dans la communauté comprend la visite régulière des lieux où les filles et les garçons pourraient travailler et l observation de leurs autres activités, comme aller à l école ou socialiser. Le suivi du travail des enfants veille à ce que ce processus soit un système formel, structuré et coordonné au sein de la communauté. Beaucoup de gens, dans de leur vie quotidienne, «suivent» les activités des enfants, mais ne voient pas cela comme un moyen de s informer de ce que les enfants font à différents moments de la journée. Par exemple, la plupart des écoles ou autres institutions Le renforcement de capacités de la communauté locale assure la durabilité 39
46 Lignes directrices en matière de conception de projets d éducation ont un registre quotidien où elles marquent la fréquentation des enfants. De même, les clubs sportifs ou les clubs extrascolaires tiennent un registre de fréquentation. Les parents, en particulier les mères, surveillent régulièrement leurs enfants, les amis de leurs enfants et autres dans leur voisinage. Cependant, tous ces processus sont décousus. Le but d un système de suivi du travail des enfants est de faire en sorte que ces processus soient reliés afin qu un système détaillé de suivi communautaire et d alerte précoce soit établi. Les systèmes de suivi conçu autour de l école impliquant les parents, les enseignants et les pairs, sont particulièrement efficaces comme systèmes d alerte précoce signalant les enfants qui sont régulièrement absents. Dans de tels cas, des visites à domicile peuvent être organisées pour parler à l enfant concerné et à ses parents afin de Le statut socioéconomique des familles doit être pris en compte afin que les enfants se renseigner sur la raison de son absence et puissent être retirés du milieu de travail avec succès et totalement le/la convaincre à retourner. Il se peut que l enfant soit malade ou qu il y ait un problème à la maison, et si c est le cas, le système de suivi peut veiller à ce que les systèmes de soutien communautaires soient activés pour aider l enfant et la famille ou, si nécessaire, se référer aux autorités compétentes. Les organisations doivent travailler étroitement avec les partenaires pour concevoir et convenir d un système approprié de suivi pour les bénéficiaires du projet et autres enfants à risque. Une fois que le plan est accepté, le système doit être mis en place et le renforcement de capacités approprié organisé. Un système de localisation et d orientation doit être mis en place afin que chaque agent de suivi sache quelle mesure prendre dans une situation bien donnée, si par exemple un enfant ne va pas à l école ou est trouvé en train de travailler. Chaque partie prenante a un rôle à jouer dans un système de suivi efficace, en particulier les services du gouvernement local et les autorités scolaires. Les employeurs et la police locale doivent aussi jouer leur rôle. En impliquant les partenaires dans les activités de suivi et en rendant tout le monde responsable de la surveillance des enfants de la communauté, le projet peut renforcer l appropriation de la communauté et la durabilité des résultats du projet. Cependant, un système de suivi n est efficace que s il est efficacement coordonné et géré. Chaque groupe de suivi doit clairement comprendre son rôle et les mesures à prendre quand il le faut. Des niveaux de communication et de responsabilisation doivent être établis afin que le système soit toujours opérationnel et que des procédures de sécurité intégrées soient en place. Le renforcement des capacités Afin de créer un environnement favorable pour le projet, il est important d évaluer les capacités des différents groupes d acteurs et des partenaires, et de concevoir et mettre en œuvre des programmes de formation appropriés qui leur permettront d assumer leurs rôles et responsabilités. Ceci est particulièrement important quand on travaille avec des groupes de parties prenantes sans instruction ou peu instruits. Bien que potentiellement coûteux, le renforcement des capacités fait la promotion de la durabilité des résultats du projet, puisque les compétences et les capacités acquises resteront dans la communauté et supporteront des activités continues au-delà de la vie du projet. La plupart des partenaires CIRCLE ont exécuté des activités de renforcement de capacités avec des parties prenantes à un moment donné dans leurs projets. En plus d évaluer les besoins en renforcement de capacités des parties prenantes, les organisations doivent également examiner leurs propres besoins en formation du personnel existant ou nouveau. En évaluant les besoins en renforcement des capacités, les organisations peuvent utiliser le concept des 6 premières questions. Les organisations doivent faire un usage considérable de leurs réseaux et être prêtes à rechercher des conseils, des directives et une adhésion. 40
47 Qui: Examiner les demandes de formation des groupes de parties prenantes qui joueront un rôle actif dans le projet. Le choix de ceux qui bénéficieront du renforcement des capacités doit être aussi inclusif que possible. Une organisation peut penser que ses ressources et ses capacités ne sont pas suffisantes pour assurer une formation pour tous les groupes de parties prenantes. Dans de tels cas, il serait nécessaire de donner la priorité à ceux des groupes qui ont le plus besoin de formation. On peut réaliser un plus grand impact en formant des formateurs qui peuvent à leur tour continuer à former les autres, y compris d autres groupes de parties prenantes. Les besoins en renforcement de capacités internes doivent aussi être examinés. En outre, les organisations devront déterminer qui préparera et mettra en œuvre le programme de formation. Les formateurs viendront-ils de l organisation ou des formateurs externes devront-ils être embauchés? Si c est le dernier cas, des possibilités doivent être identifiées, y compris les institutions privées et Banques villageoises au Ghana publiques. Quoi: Le contenu du programme de renforcement des capacités dépendra du rôle et de la responsabilité de ceux qui seront formés dans le projet. Une fois que ceci est connu, les cours peuvent être adaptés aux besoins spécifiques. La formation doit comprendre en tout cas la sensibilisation et les informations de base sur le travail des enfants, les droits des enfants et les avantages de l éducation. Quand: Le choix du moment des programmes de développement des capacités déprendra d une variété de facteurs. Parmi les partenariats établis dans le cadre de son projet au Ghana, CRADA a travaillé étroitement avec le (BMG) Bobrapa Mutual Group (Groupe à base communautaire), une association d entraide qui vise à renforcer la capacité de ses membres à établir des activités génératrices de revenu. À travers le BMG, CRADA a facilité l introduction d un système de banque villageoise supervisé, le Bobrapa Mutual Fund (BMF), pour fournir l accès à l épargne et aux prêts aux familles pauvres afin d améliorer leurs revenus. Ce système a permis à certaines communautés d installer le Children In Need Fund (Fonds pour les enfants nécessiteux) pour protéger les enfants vulnérables de la communauté. Dans de nombreux cas, la formation sera nécessaire avant le début de toute autre activité du projet. Dans d autres, la formation devra être continuelle pendant toute la durée du projet ou en plusieurs phases. Il est important de planifier bien à l avance afin que des dates mutuellement acceptables pour la formation soient fixées. Lignes directrices en matière de conception de projets Où: La formation doit-elle être organisée localement, près des domiciles des participants ou loin de l environnement du projet? Dans certains cas, la décision peut échapper au contrôle de l organisation étant donné que le déplacement en dehors de la communauté peut ne pas être possible ou la communauté peut être dans une zone éloignée ou rurale. Il pourrait être nécessaire que la formation ait lieu là où se trouvent ceux ou celles qui dispensent la formation. L emplacement peut aussi dépendre du fait que le programme de formation se fait en interne ou pas. Pourquoi: Les besoins et les attentes en matière de renforcement des capacités seront parmi les premières étapes de l évaluation dans la conception de projet. Celles-ci définiront les éléments des programmes de formation, y compris les buts et les objectifs. Comment: Comme indiqué, les organisations doivent examiner si oui ou non elles ont la capacité de faciliter les ateliers de formation elles-mêmes. Par exemple, dans le cas de la formation des enseignants, il serait plus efficace de sous-traiter avec des professionnels comme les institutions publiques ou privées de formation d enseignants. De même, si le projet comprend l analyse des données et des recherches, un appui professionnel externe peut être nécessaire. Il pourrait être possible d obtenir l appui en formation sans frais pour le projet comme contribution ou programmes du gouvernement local ou du secteur privé. Il est également possible qu une autre organisation de la société civile ait la capacité de 41 Le soutien des communautés conduit à des résultats plus effectifs
48 Lignes directrices en matière de conception de projets formation nécessaire et qu elle accepte de former à un coût réduit ou gratuitement. Le matériel de formation et les lieux peuvent être mis à disposition à un prix réduit. Tous les scénarii possibles doivent être examinés pendant la phase de planification afin que les options les plus rentables et les plus efficaces puissent être trouvées. Là où cela est possible, les activités de renforcement des capacités doivent être conçues avec la stratégie de la durabilité. Ceci impliquerait la formation des formateurs et les agents et équipes de mobilisation sociale qui resteront à la fin du projet, et qui continueront à en former d autres, à diriger des ateliers, et faire de la sensibilisation. L homologation et la reconnaissance des qualifications acquises lors des programmes de formation sont aussi d importantes considérations. Dans certaines situations, les qualifications supplémentaires acquises grâce aux programmes de renforcement des capacités peuvent contribuer à augmenter les chances d emploi des participants, ce qui serait un bonus additionnel pour les parties prenantes dans des situations difficiles du marché de l emploi. La mobilisation des ressources Rassembler des ressources suffisantes, en particulier, les ressources financières, est un défi et pourtant il est essentiel pour une question de durabilité. Bien que le CIRCLE ne soutienne pas les systèmes de crédit direct et de transfert d argent liquide, un certain nombre d organisations ont exploré la possibilité d une Les enfants qui ne fréquentent pas mobilisation supplémentaire de ressources et dans certains cas, elles ont travaillé étroitement avec les partenaires et les bénéficiaires pour créer des programmes d épargne et de petites activités l école et qui travaillent plutôt sont génératrices de revenu. D autres ont travaillé à convaincre les autorités locales, régionales et nationales d allouer un financement privés de leurs droits fondamentaux pour soutenir les résultats de projets, tels qu entretenir des écoles nouvellement construites ou maintenir les enseignants formés. au regard de la législation nationale et D autres encore ont initié des activités pour encourager les employeurs du secteur privé à contribuer ou à créer des systèmes de internationale micro crédit à travers lesquels les familles pauvres peuvent bénéficier d un soutien pour créer des petites entreprises. L objectif principal dans chaque cas était de veiller à ce que les résultats positifs du projet puissent être soutenus par la création de financement en dehors des mécanismes du projet. Fonds d appui du gouvernement local et central : L accès à de tels fonds est particulièrement important là où la décentralisation est une caractéristique des structures du gouvernement national et là où les fonds du développement communautaire passent par les structures locales. Il faut rechercher les subventions gouvernementales et les programmes financiers, en particulier pour le développement communautaire. Dans certains cas, ceux-ci peuvent être liés à l inscription à l école et à la fréquentation scolaire régulière. Dans d autres cas, les subventions peuvent être liées à l assistance sociale ou aux initiatives de protection. Dans certains pays, ces ressources ne peuvent être disponibles que pour des groupes communautaires qui se sont fait enregistrer auprès des autorités locales et qui ont un but spécifique, comme les comités d éducation villageois. Dans d autres pays, de telles ressources sont largement disponibles, mais on n y accède pas toujours, puisque les communautés en ignorent l existence. Les systèmes de micro-crédit et de génération de revenu: Étant donné que la perte du revenu d un enfant peut constituer un poids important pour les familles pauvres, il est souvent important d identifier les moyens de remplacer cette perte pour faire en sorte que les enfants ne retournent pas au travail, mais restent à l école. Ceci peut impliquer, par exemple, d aider les bénéficiaires et leurs familles à avoir accès à l apprentissage de compétences et aux systèmes de micro-crédit pour améliorer leur chance de trouver un emploi ou les aider à créer leurs propres entreprises 7. Un certain nombre de projets CIRCLE ont reconnu l importance d autonomiser les femmes dans la communauté, en particulier les mères des bénéficiaires, et ont développé des systèmes de génération de revenu, spécifiquement pour soutenir les groupes de femmes. Les mécanismes de soutien peuvent prendre la forme de systèmes de micro-crédit à base communautaire, qui fournit l aide en capitaux, ou des systèmes d épargne pour les parents. Un large éventail de programmes d apprentissage de compétences pourrait être mis en place pour aider les parents et les groupes de femmes à fonder leurs propres entreprises ou à trouver un emploi salarié. Les systèmes de micro crédit fonctionnent dans un certain nombre de pays, soit à travers des programmes de développement international, les gouvernements nationaux, ou les banques de développement. En contactant les départements gouvernementaux appropriés aux niveaux local, régional et national, une organisation peut localiser les programmes existants dans un endroit particulier et se renseigner sur les critères permettant aux communautés d en profiter. 7 Comme c est le cas avec USDOL IE, toutes les organisations donatrices ne permettent pas le transfert direct d argent liquide ou l établissement de systèmes de micro-crédit utilisant les fonds de projet. Les organisations devraient vérifier à l avance s il y a de telles restrictions dans l utilisation des fonds du projet. 42
49 Les systèmes d épargne: les organisations travaillant avec les communautés locales doivent envisager la possibilité d établir des systèmes d épargne pour couvrir les coûts liés à l éducation des enfants sur le long terme. Ces initiatives sont souvent fortement appuyées par les groupes de femmes et de mères. Les fonds pour ces systèmes peuvent être réunis à travers des activités génératrices de revenu mises en place par les bénéficiaires et/ou leurs familles, ou peuvent être une accumulation de petites épargnes de départ que les familles individuelles financent à partir de leur revenu régulier. Les systèmes peuvent être soutenus par les associations de micro-crédit, les unions de crédit à base communautaire, les banques de développement ou autres institutions financières de petite taille et de micro-crédit. Les produits de ces systèmes d épargnes peuvent servir à soutenir les profits venant du projet en continuant à faire face aux dépenses liées à l école, comme les tenues, les livres, le matériel didactique et les frais scolaires, à la fin du projet. Une approche holistique à la réduction et à la prévention du travail des enfants en Afrique de l Oues Le projet CLASSE en Afrique de l Ouest ciblait un domaine extrêmement difficile, c est-à-dire la culture du cacao en Côte d Ivoire, qui implique aussi la migration de familles accablées par la pauvreté, y compris les enfants, dans les zones rurales de Côte d Ivoire et du Mali voisin. Environ 70 % du travail des enfants dans le monde entier se fait dans le secteur agricole et la pauvreté endémique ainsi que l accès limité aux services étatiques, en particulier l éducation, l assistance sociale et la santé, sont parmi les difficultés quotidiennes auxquelles les familles sont confrontées. Ce qui explique pourquoi tant d enfants travaillent. Le projet a donc adopté une approche holistique pour s attaquer à la kyrielle de défis socioéconomiques auxquels sont confrontés les bénéficiaires. Etablir des partenariats efficaces et améliorer l accès aux écoles publiques étaient essentiels pour réaliser des résultats durables et couronnés de succès pour le projet CLASSE. La sensibilisation et le secteur privé: Les ressources locales peuvent être mobilisées à travers des activités de sensibilisation et de plaidoyer qui encouragent les contributions financières d une variété d acteurs, y compris les hommes politiques, les entrepreneurs locaux et la communauté en général. Les hommes politiques ayant de la sympathie pour le projet et les entreprises du secteur privé, aussi bien formelles qu informelles, pourraient être approchés pour discuter des contributions, soit en argent liquide ou en nature. Par exemple, les entreprises de constructions locales peuvent accepter de soutenir la construction de salles de classe ou de centres de formation. Lignes directrices en matière de conception de projets La durabilité Pour atteindre une véritable pérennisation des projets, les organisations doivent se concentrer, lors de la conception du projet, sur ce que le projet laissera derrière dans la communauté où il est mis en œuvre. La durabilité est un défi majeur pour tout projet puisqu elle exige le transfert et l appropriation des activités et des résultats aux parties prenantes. Les situations dans lesquelles les enfants sont exploités dans leur travail sont le résultat d une grande variété de facteurs, incluant la pauvreté, la tradition, les croyances et pratiques culturelles ainsi que le manque d accès à une éducation de bonne qualité. Il faudra du temps pour changer des attitudes et des comportements profondément enracinés ou des facteurs socio-économiques de longue date, beaucoup plus de temps qu un projet peut donner. Par conséquent, le processus de changement initié par le projet doit être appuyé et adopté par les parties prenantes afin qu elles puissent continuer à le promouvoir et à travailler pour l atteindre après que le projet ait pris fin. La durabilité doit être développée dans tous les aspects du montage du projet dès le début. Les mesures pour veiller à ce que les parties prenantes et les bénéficiaires s approprient le projet et continuent à appuyer les efforts pour réduire et prévenir le travail des enfants et promouvoir l enseignement après la fin du projet sont: faire en sorte que le projet soit bien défini dès le début, avec des activités, des résultats et des indicateurs clairs, ainsi qu un calendrier cohérent et réalisable; veiller à ce qu un environnement favorable soit en place pour soutenir les activités du projet; développer un projet intégré et holistique de sorte que chaque composante supporte les autres; s assurer que toutes les acteurs importantes sont impliquées et participent effectivement à l élaboration et aux activités du projet; renforcer les capacités des acteurs choisies, y compris les enfants, pour s assurer qu ils peuvent participer de manière significative; faire en sorte que les départements gouvernementaux et ministères appropriés soient informés et impliqués dans les activités et que les systèmes soient mis en place pour faciliter leur interaction les uns avec les autres, ainsi qu avec d autres parties prenantes et bénéficiaires, établir et renforcer des partenariats entre les parties prenantes pour s assurer qu elles sont informées et autonomisées pour partager les informations et agir, 43
50 Lignes directrices en matière de conception de projets aider les parties prenantes et les partenaires d exécution à mobiliser des ressources supplémentaires pour appuyer le projet pendant qu il est en cours et soutenir les résultats du projet dans le long terme, Les parties prenantes et les bénéficiaires doivent comprendre les dangers du travail des enfants et l importance de l éducation. Les projets visant à réduire et prévenir le travail des enfants doivent être conçus à partir d une plateforme basée sur les droits. Les enfants qui ne vont pas à l école mais travaillent sont privés de leurs droits fondamentaux selon la législation nationale et internationale. Les projets ne doivent pas être perçus sous l angle d assistance sociale puisque cela les rendra moins durables. Dans le cadre de la conception et de la planification du projet, les organisations doivent examiner ce qui serait nécessaire pour soutenir les résultats du projet, en termes de sensibilisation, de renforcement de capacités, d implication des parties prenantes et de mobilisation des ressources (voir les sections sur chacun des sujets ci-dessus). La durabilité ou non d un projet ne sera visible que lorsqu il sera fini et que la proportion dans laquelle les partenaires sont capables et ont la volonté de prendre la responsabilité soient clairs pour veiller à ce que les enfants bénéficiaires continuent à recevoir une éducation et à rester en dehors du lieu de travail. La prévention, là où la communauté continue à surveiller et à protéger l ensemble de ses enfants, et non pas simplement les bénéficiaires d un projet spécifique, est un objectif important. Cela signifie qu il faut avoir en place dans la communauté un système efficace de suivi du travail des enfants qui restera actif après que le projet soit terminé. Adoption d une approche holistique Le fait que la réduction, la prévention et l élimination totale du travail des enfants dépendent de solutions à multiples facettes et interdépendantes est ce qui fait du travail des enfants un problème de développement endémique et difficile. Cela demande une approche holistique dans la conception des approches et des stratégies qui maximisent l impact et améliorent la durabilité. Par définition, une approche holistique implique de regarder un système, une stratégie, ou un projet comme un ensemble intégré plutôt que de se concentrer sur les composantes individuelles isolées. Tous les éléments de la conception de projet décrits ci-dessus doivent être perçus comme reliés entre eux et interdépendants. Dans le contexte de cette publication, «holistique» peut signifier une de deux choses ou une combinaison des deux: Le projet cible autant de questions socio-économiques liées à l incidence du travail des enfants que possible, que l accès et la qualité de l éducation, la pauvreté, la sensibilisation et la compréhension, le genre, la discrimination sociale et l exclusion, les pratiques culturelles et traditionnelles, la sécurité alimentaire, l autonomisation, etc. Le projet emploie une stratégie à multiples facettes pour cibler le problème du travail des enfants, incluant la recherche et l analyse, le renforcement des capacités, la sensibilisation et le plaidoyer, la constitution de réseaux, l implication et l appropriation par les parties prenantes, le suivi, la participation des enfants, etc. Mises en œuvre de façon isolée, les interventions éducatives ne résoudront qu une partie du problème général. Le caractère transversal du travail des enfants souligne l importance de l élaboration de réponses transversales pour sa réduction, sa prévention et son élimination totale D autres aspects importants comprenaient: Le renforcement de l éducation formelle et non formelle, incluant la construction de salles de classe, la formation d enseignants, l élaboration de programmes; La concentration sur l alphabétisation et l aptitude au calcul de base ainsi que l intégration des compétences de vie dans les programmes d éducation, y compris le VIH/SIDA, pour les enfants et les adultes; L octroi de bourses scolaires aux bénéficiaires pour surmonter les difficultés liées au coût; L implication de la communauté dans les programmes d éducation, par exemple à travers les comités de gestion des écoles; L amélioration de la formation agricole, y compris la formation professionnelle, les technologies, et le développement rural pour améliorer la productivité dans les communautés affectées, en particulier dans la culture du cacao, en mettant un accent sur la diversification des cultures. L intégration des programmes d apprentissage dans la formation professionnelle; L implication des communautés dans toutes les activités, y compris l élaboration des plans d action communaux pour répondre au travail et à la traite des enfants; La prise en compte des besoins des femmes dans l agriculture; L introduction d un changement respectant la culture et les traditions; La sensibilisation sur le travail des enfants et l importance de l éducation ainsi que l établissement de relations dynamiques avec les médias; 44
51 L organisation de réunions nationales et régionales au profit des acteurs politiques et décideurs à tous les niveaux, les médias, les ONG et autres pour établir un réseau efficace ciblant le travail des enfants dans les zones du projet et élaborer un plan d actions durables, incluant la réforme de politiques; Entreprendre le renforcement des capacités pour les partenaires, y compris les fonctionnaires de l État, en vue de faire intervenir un changement dans le cadre et l application de politiques dans les domaines affectant la protection et l éducation des enfants. Coordonner le projet avec d autres organisations de la zone, y compris l IPEC/BIT et d autres ONG nationales et éviter le double emploi des efforts et des ressources. Mobiliser et engager le soutien, y compris financier, d une association internationale du secteur privé directement liée au domaine couvert par le projet, la Fondation Mondiale du Cacao et d autres organisations clés, y compris le Sustainable Tree Crops Program, la Banque Mondiale, le Ministère du Travail des Etats-Unis et l USAID. Faire le plaidoyer pour des services dans les communautés cibles défavorisées. Etablir des partenariats avec des organismes gouvernementaux appropriés, y compris les Ministères de l Education, des Femmes et de la Famille, les responsables de l éducation (CAP), le gouvernement local et les autorités communautaires, y compris les chefs de village. Mettre le projet en relation avec les questions de la traite et des projets similaires. Intégrer les activités de sécurité alimentaire et d eau des communautés. Mobiliser les ressources nationales et locales et améliorer les pouvoirs économiques des communautés pour soutenir les résultats du projet, en particulier l éducation à travers des partenariats et souvent la participation volontaire. Lignes directrices en matière de conception de projets Il n est pas inhabituel pour les bénéficiaires des projets de lutte contre le travail des enfants d être confrontés à un éventail de défis affectant leur développement, y compris la santé primaire, l hygiène et la nutrition. Là où cela est possible, les projets doivent intégrer des activités qui abordent les besoins élémentaires, par exemple en octroyant un repas scolaire aux bénéficiaires afin de leur donner les vivres nécessaires en vue de soutenir leurs activités académiques et leurs loisirs et convaincre les parents d envoyer les enfants à l école, (tout en réduisant le poids financier qui pèse sur la famille et, par ricochet, le besoin d envoyer les enfants au travail). Un accent sur l amélioration de la santé et de l hygiène corporelle des bénéficiaires du projet peut également renforcer leur confiance et leur amour-propre. Les bonnes pratiques en matière de santé et d hygiène corporelle font partie des compétences essentielles de vie. Au bout du compte, un projet holistique contre le travail des enfants doit viser à mettre en place un environnement favorable. Le projet doit être considéré sous tous les angles, de bas en haut (les activités pratiques au niveau de la base impliquant les bénéficiaires) et de haut en bas (les activités visant à influencer le cadre politique et légal aux niveaux local et national). La connaissance de l état actuel du développement et de la réforme politique et légale aidera à identifier les voies par lesquelles les activités du projet peuvent être liées entre elles. Par exemple, si une législation existe et déclare que les enfants ont droit à l éducation publique gratuite, le projet peut utiliser cela comme plateforme en appelant à l application de cette norme de base nationale. Une approche holistique implique ce qui suit (la liste n est pas exhaustive et ne suit pas un ordre fixe de priorité): Identifier les actions nécessaires pour aborder la question du travail des enfants dans un environnement particulier et évaluer si l organisation possède la motivation, les capacités, l engagement et les ressources pour exécuter cette action. Evaluer si un environnement favorable est en place pour soutenir les activités du projet et assurer la réussite et la durabilité des résultats. Sinon, déterminer quels éléments essentiels sont nécessaires pour créer cet environnement favorable et décider s ils peuvent être établis dans un calendrier et un budget acceptables. L organe d exécution devra examiner la faisabilité du projet. Il n est dans l intérêt de personne de s engager dans un projet qui pourrait avoir des défauts inhérents ou être confronté à une gamme variée d obstacles hors du contrôle de l organisation, obstacles susceptibles d entraîner son incapacité à réaliser les objectifs. Veiller à ce qu une stratégie holistique soit adoptée dès le début, du concept jusqu à la conception, la mise en œuvre et le suivi, et savoir que la mise en œuvre d une stratégie holistique exige de l engagement, du temps, de la vision et des ressources. Faire des recherches pertinentes et la collecte de données pour soutenir la conception et la mise en œuvre du projet. Celles-ci pourraient être des activités continues pendant la mise en œuvre du projet et devraient impliquer les parties prenantes et les bénéficiaires. Identifier toutes les parties prenantes concernées ou affectées par le projet, y compris les bénéficiaires et veiller à ce qu elles soient impliquées dans tous les aspects de la conception, de la mise en œuvre et du suivi. Ceci implique un processus complet de consultations individuelles ; un consensus doit être dégagé à travers un dialogue constructif. Veiller à ce que les parties prenantes et les bénéficiaires développent un sens d appropriation du projet et soient informés et autonomisés à travers des programmes appropriés de renforcement des capacités et de sensibilisation. Evaluer les besoins et les attentes des parties prenantes et des bénéficiaires et travailler avec eux pour concevoir des 45
52 Lignes directrices en matière de conception de projets programmes pertinents de renforcement des capacités, veillant ainsi à ce que les compétences et les capacités préalables soient disponibles pour une mise en œuvre et un suivi efficaces des activités du projet. Evaluer les connaissances et le concept de travail des enfants dans les zones cibles et travailler avec les parties prenantes pour concevoir et mettre en application des activités complètes de sensibilisation. Faire un travail crucial de plaidoyer, en s assurant de la participation de la communauté, en particulier l implication active des chefs religieux et communautaires, des parents et des structures à base communautaire. Tenir compte des éléments indigènes et mobiliser les ressources locales. Il est toujours plus facile de résoudre les problèmes dans les communautés lorsque ses membres sont impliqués dès le début. S assurer que les parents sont des membres actifs de la communauté éducative. Sensibiliser et informer les autorités locales et établir des relations sur le long terme. Baser le renforcement des capacités pour les acteurs sur des concepts et des visions partagés. Se rendre à l évidence que retirer les enfants des lieux de travail dangereux ne résout pas entièrement les problèmes et qu il est également important d améliorer les conditions socio-économiques des enfants et de leurs familles. Etablir un système efficace de suivi qui suive la trace de chaque enfant retiré du travail pour qu il ou elle puisse être localisé(e) et que des mesures appropriées soient prises, si nécessaire. Continuer à se demander qui, quoi, quand, où, pourquoi et comment! La participation communautaire est importante pour développer le sens de l appropriation locale 46
53 C h a p i t r e u n La sensibilisation 1 1. Introduction La sensibilisation constitue l épine dorsale de tout projet visant à prévenir ou à éliminer le travail des enfants. Les populations doivent être largement informées sur le travail des enfants, surtout sur les pires formes du travail et pourquoi cela est dangereux non seulement pour l enfant mais aussi pour la société toute entière. Les populations doivent aussi comprendre les avantages liés à l éducation et comment elle peut contribuer à combattre le travail des enfants. La plupart du temps, les enfants travaillent parce que leurs parents ainsi que les autres adultes de leur communauté ont travaillé, eux aussi, quand ils étaient enfants. La famille a besoin éventuellement de revenus supplémentaires générés par le travail de l enfant. Ce n est pas du tout évident que les parents perçoivent l intérêt d envoyer leurs enfants à l école, eux qui n ont pas eu la chance d aller à l école, ou encore, il n y a peut-être pas d école dans leur environnement immédiat. Quelles que soient les raisons qui sous-tendent le travail des enfants, les projets doivent identifier les canaux de communication les plus efficaces pour informer les communautés sur les effets néfastes du travail des enfants et identifier les actions à mettre en œuvre pour protéger ces enfants de manière à les aider à développer toutes leurs potentialités. Au cas où les populations font de la résistance ou si elles ont le sentiment qu on leur impose des valeurs qui ne sont pas les leurs, il est souvent plus efficace de recourir à des approches qui permettent à la communauté ou aux autres acteurs de parvenir à un consensus sur les risques liés au travail des enfants et que ces derniers arrivent à leurs propres définitions qui soient en adéquation avec la loi et les droits de l enfant. Il faut impérativement faire la distinction entre le type de travail recommandable pour les enfants et le travail qui comporte des risques pour l enfant. Les gens ont besoin d être informés sur le travail des enfants, particulièrement les pires formes, et de savoir pourquoi il est nuisible aux enfants concernés et à la société dans son ensemble La sensibilisation peut être perçue diversement selon les individus ou les organisations. Dans ce contexte, c est un moyen d alerte des groupes spécifiques et du grand public en général sur l existence du travail des enfants, des effets négatifs qu il entraîne, et des impératifs qu il y a d y trouver des alternatives en prenant en compte la promotion de l éducation. La sensibilisation est une voie à double sens, à savoir, promouvoir la communication et les échanges d information pour améliorer la compréhension mutuelle et la mobilisation des communautés ainsi que la société dans son ensemble dans la perspective d aboutir aux changements nécessaires dans les attitudes et comportements. La sensibilisation pourra se faire tout au long de la mise en œuvre du projet ou se faire lors des évènements majeurs marquant les différentes étapes de la réalisation du projet. Les formes de sensibilisation les plus courantes sont la transmission d informations, la communication, l éducation et la formation avec en priorité la participation directe et l implication du public cible. Bien que la sensibilisation implique l intervention du cognitif ou de l émotionnel par l accroissement des connaissances et des compétences, elle aussi peut contribuer à des changements pratiques. Les posters sont des outils de communication stratégiques qui touchent un large public 47
54 1 2. Les expériences de CIRCLE dans le domaine de la sensibilisation Les partenaires de mise en oeuvre de CIRCLE ont réalisé plusieurs types d activités et ainsi que des méthodologies variées pour sensibiliser différents acteurs sur la problématique du travail des enfants et les avantages de l éducation. De façon générale, les messages étaient destinés en priorité aux familles affectées ou aux familles à risque y compris les enfants. Cependant un grand nombre d activités visait aussi les acteurs gouvernementaux aux niveaux central et local et plus particulièrement les responsables de l éducation, des affaires sociales et les employeurs au niveau local. Il est important de noter que dans le cadre des projets CIRCLE et ceux financés par le gouvernement américain, les activités de nature religieuses ne sont pas couvertes. Cependant, les groupes religieux basés sur la foi sont encouragés à participer à la prévention du travail des enfants et peuvent être efficaces pour influencer des changements efficaces. Les partenaires de CIRCLE ayant identifié des meilleures pratiques en matière de sensibilisation L Afrique L Asie L Amérique Latine ANPPCAN, Ghana CSID, Bangladesh CEBIAE, Bolivie CRADA, Ghana MUK, Bangladesh OBISPO, Bolivie PACF, Ghana NDS, Bangladesh Casa Renascer, Brésil AMWIK, Kenya HCC, Cambodge CENDHEC, Brésil ANPPCAN, Kenya Arunodhaya, Inde Sociedade 1 de Maio, Brésil DUPOTO, Kenya ASHA, Inde CEIPA, Guatemala YONECO, Malawi BAT, Inde Dos Generaciones, Nicaragua ADAP, Mali CLAP, Inde ISAT, Pérou AID-Mali, Mali ENDA, Mali RAC, Mali ASDES, Sénégal WHEPSA, Sénégal Xam Defaru, Sénégal APEGS, Sierra Léone CARD, Sierra Léone CCB, Sierra Léone RADA, Sierra Léone CLASSE, Afrique de l Ouest CRED, Inde Deepalaya, Inde RADAR, Népal VOCRDC, Inde Aasaman, Népal BASE, Népal CAC, Népal CWIN, Népal CWISH, Népal CCF, Pakistan DWAY, Pakistan KKPC, Philippines Kaugmaon, Philippines QK, Philippines Les activités de sensibilisation comprennent: les ateliers d information qui situent le contexte du projet et les activités à réaliser; les rencontres avec les autorités, les employeurs, les leaders religieux, les populations, les écoles, etc.; les rencontres et les manifestations grand public; les ateliers de formation au profit des acteurs et bénéficiaires; les campagnes publiques d action, telles que la promotion de l inscription des enfants à l école ou l enregistrement des naissances; l organisation de manifestations à l occasion de la célébration de journées nationales ou internationales, telles que la Journée Mondiale de Lutte contre le Travail des Enfants, les Journées de l Enfance, les vacances scolaires, etc. les visites à domicile pour des échanges avec les parents et les enfants; le théâtre de rue, les marionnettes et d autres méthodologies similaires; l organisation de fora impliquant les différents acteurs, tels que les clubs d enfants, les groupes d entraide féminins, les forums de jeunes, les parlements des enfants et les regroupements de autochtones; l organisation de camps d enfants et d activités similaires dont la chanson, la danse, les arts et le sport et d autres activités récréatives; les comités de gestion communautaire des centres d éducation non formelle et les autres programmes dans le domaine l éducation; les campagnes d affichage, de distribution de dépliants, de prospectus, d autocollants, etc. les campagnes médiatiques y compris les émissions radiophoniques et télévisuels. 48
55 De nombreux partenaires de CIRCLE combinent plusieurs activités de sensibilisation pour accroître leur de chance d atteindre le plus grand nombre possible. Les rencontres d information, le théâtre, les émissions radiophoniques et télévisuelles sont les activités les plus organisées du fait de leur indéniable efficacité à capter l attention et l intérêt de divers groupes L élaboration des activités de sensibilisation L adage selon lequel «l information est le pouvoir» se confirme surtout en relation avec la prévention et l élimination du travail des enfants et la promotion de l éducation. Il est en général prouvé que lorsque les communautés appréhendent les causes et les conséquences du travail des enfants, elles contribuent aux efforts déployés pour en sortir les enfants, les inscrire dans les systèmes d éducation et elles mettent tout en oeuvre pour les y maintenir. En ce qui concerne CIRCLE, la sensibilisation consistait à mettre l accent sur l établissement de relations avec et entre les différents acteurs à l intérieur comme en dehors de la communauté autour de la problématique du travail des enfants. 3.1 Définition du but de la sensibilisation Bien qu il existe plusieurs manières d aborder la sensibilisation, il existe néanmoins un cycle de cause à effet caractéristique sur lequel on peut s appuyer pour élaborer une campagne de sensibilisation (voir schéma 1). Schéma 1 Attirer l attention des acteurs et susciter leur intérêt Identifier le problème et les acteurs Analyser le contexte Définir le but de la sensibilisation Identifier les centres d intérêt des acteurs et adapter les messages à ces intérêts Elever le niveau de connaissances et de compréhension du grandpublic Collecter et partager l information Améliorer l auto-analyse de la situation Forger la confiance dans les prises de décision Renforcer les aptitudes et compétences de la société en vue du changement Donner aux acteurs les moyens de briser les barrières Développer des initiatives et solutions novatrices Développer de nouveaux partenariats et renforcer les partenariats existants Renforcer les capacités pour la mise en oeuvre du changement Fédérer toutes les énergies en vue d actions concrètes Mobiliser les ressources nécessaires Encourager l établissement de partenariats Mettre en oeuvre le changement et évaluer les progrès réalisés Changer les attitudes et les comportements au niveau de la société Suivre les progrès réalisés au cours de la mise en oeuvre Evaluer les résultats Source: Adapté de «Raising awareness of forests and forestry», Joint FAO/ECE/ILO Committee on Forest Technology, Management and Training, Geneva,
56 1 Comme on peut le constater sur le diagramme du schéma 1, le cycle de la sensibilisation comporte cinq composantes majeures: Capter l attention des parties prenantes et susciter leur intérêt: Ceci nécessite dans un premier temps une analyse de la situation au niveau de la communauté ciblée en rapport avec le travail des enfants et l éducation ainsi que l identification des groupes d acteurs. Des rencontres peuvent ensuite être initiées avec chaque groupe d acteurs, et plus particulièrement, les enfants et les adolescents, les institutions intervenant dans le domaine de l éducation formelle et non formelle pour bien comprendre les attitudes et les comportements qui ont cours au sein de ces groupes de façon à adopter le contenu et le format des messages à ces comportements et attitudes. Capter l attention est un préalable dans le processus d établissement d une relation sociale. Accroître les connaissances et le niveau de compréhension du public: Dès l instant où l intérêt est suscité, il devient alors possible d instaurer le dialogue avec les groupes d acteurs dans le but de partager des informations et de renforcer leurs connaissances et leur compréhension sur le phénomène. Le processus doit être engagé dans un contexte favorable aux intérêts des acteurs. Ce processus d échanges mutuels permet une prise de décisions bien à-propos et établit des relations de confiance entre les différents partenaires potentiels, par exemple, entre les enfants et adolescents ou les autorités locales et autorités centrales. Renforcer les aptitudes et les compétences en vue du changement: Grâce aux échanges d informations et au dialogue, la sensibilisation peut briser les barrières sociales ainsi que les autres barrières qui existent entre les groupes d acteurs. Une fois ces barrières brisées, les parties prenantes peuvent alors s exprimer beaucoup plus librement à la fois en tant qu individus et en tant que collectivité. Le processus déclanché pour trouver des solutions aux problèmes sociaux qui affectent la communauté de façon générale conduit aux changements d attitudes et de comportements. De plus, une plus grande interaction entre les acteurs promeut l établissement de nouvelles relations ou le renforcement de celles déjà nouées. 1 a CEIPA: Immunisation contre l indifférence Un des objectifs du projet CEIPA à Quetzaltenango au Guatemala était de sensibiliser les autorités nationales et locales sur la problématique du travail des enfants afin, non seulement, de les amener à appuyer les efforts déployés dans le cadre de la lutte contre ce problème et mais aussi à protéger les droits des enfants. CEIPA a impliqué les bénéficiaires à toutes les étapes de la planification et de l élaboration des interventions. Pour donner plus de visibilité, l idée novatrice qui a été identifiée a consisté en l organisation d une campagne «d immunisation» qui a ciblé les autorités. La campagne fut lancée à l occasion de la commémoration de la Journée Mondiale du Travail (1er Mai) au cours de laquelle un groupe de jeunes leaders représentants les jeunes de la ville ont rencontré les autorités gouvernementales pour les inciter à soutenir les droits des enfants. Lors des différentes rencontres, les leaders des jeunes ont remis de façon symbolique à chaque responsable de l état «un vaccin contre l indifférence» face au phénomène du travail des enfants et des adolescents. Une fois «immunisé», chaque responsable s est vu attribuer le titre de «Ami des Enfants Vulnérables». L opération a permis la production de très belles photos qui ont fait la une de la presse locale et a suscité un immense intérêt de la part du grand public. Cette opération a créé des opportunités de réalisation d autres activités de sensibilisation en collaboration avec les médias dont la production d une émission radio dénommée «La Voix de l Ado» qui diffusait des informations sur les droits des enfants, les risques liés au travail des enfants et les avantages de l éducation. Toutes ces activités ont eu pour résultat la création d un Conseil Municipal des Enfants et des Adolescents, (COMUNA) un forum permettant aux enfants de discuter de leurs problèmes et préoccupations, de participer à la recherche de solutions. Les responsables de la ville se sont engagés à appuyer le COMUNA après le projet. Ces efforts sont d autant plus tangibles compte tenu du rôle traditionnel de subordonné des enfants et les adolescents dans société Guatémaltèque. Accroître les capacités de mise en oeuvre du changement: Au-delà de la simple acquisition de connaissances et de compétences, un processus de sensibilisation vise idéalement à amplifier l engagement de toute la société. Pour ce faire, ce processus peut être considéré comme Les programmes radiophoniques et d autres formes de médias sont efficaces pour transmettre des messages à une large audience 50
57 un processus de responsabilisation. De nouveaux partenariats doivent être noués dans la perspective de susciter des transformations au niveau de la société pouvant produire les changements souhaités et aussi tisser par la suite d autres partenariats pouvant pérenniser les acquis. Mettre en oeuvre les changements et évaluer les progrès réalisés: Tout au long de la période de mise en oeuvre du projet, il est important de suivre les progrès réalisés en termes de changements au niveau de la société. A la fin de chaque activité de sensibilisation, les résultats doivent être évalués afin de mesurer l efficacité et identifier les faiblesses dans la perspective de futures améliorations. Les six questions dans l élaboration d une activité de sensibilisation Le processus des questions peut être utilisé dans l élaboration de chaque composante du cycle de la sensibilisation.. Qui: Identifier les acteurs qui seront ciblés par les activités de sensibilisation ainsi que la définition de l ordre de priorité dans lequel elles seront traitées. Les messages à véhiculer dans le cadre de la sensibilisation doivent être élaborés en fonction du groupe cible. Quoi: La connaissance du groupe cible primaire à recevoir les messages de sensibilisation va déterminer le contenu du message, sa conception et le mode de dissémination. L organisation de rencontres préliminaires avec les communautés ciblées peut aider à mieux concevoir la forme et le contenu des activités de sensibilisation. Les activités peuvent être planifiées différemment en fonction du groupe, comme par exemple, les ateliers d information qui peuvent impliquer les responsables locaux du département de l éducation ou encore le théâtre de rue pour atteindre les parents et les enfants. Mais dans la plupart des cas, la combinaison des activités est recommandée. Quand: De toute évidence, la sensibilisation devrait se faire au tout début du projet pour susciter l intérêt et l appui de la communauté ainsi que l appropriation du projet par cette même communauté. Cependant, la réalisation d activités de sensibilisation est souvent utile, par exemple, le recours aux medias pour la couverture d un évènement particulier ou d une activité ou encore l organisation d un meeting des enfants après une session de formation d enfants facilitateurs. Où: La localisation du projet, la situation géographique des bénéficiaires et des parties prenantes doivent faire l objet d une attention particulière ainsi que le niveau auquel les messages seront délivrés. Par exemple, si les messages doivent passer par la presse, les organisations doivent s accorder sur l option d un média d envergure nationale ou locale. 1b Aasaman: Le théâtre de rue pour aider la communauté à mieux appréhender le phénomène du travail des enfants L un des objectifs principaux du projet Aasaman au Népal était de sensibiliser les personnes défavorisées au sein des communautés sur l importance de l éducation pour tous les enfants et sur la nécessité de les extraire des situations où ils travaillent pour les inscrire à l école. Le projet Aasaman s est appuyé sur différentes méthodes, au nombre desquelles, les manifestations, les ateliers de sensibilisation et de formation, une campagne d enregistrement des naissances, les visites à domicile et l organisation de représentations de théâtre de rue. Il en est ressorti que le théâtre de rue produisait plus de résultats en terme d attraction des populations et en terme d interaction avec le public à travers les nombreuses interventions autour de la question de la recherche de solutions aux problèmes sociaux. Le théâtre est un support visuel populaire et puissant pour la dissémination de messages pouvant contribuer à relever des défis sociaux liés au développement. Le théâtre éduque, informe et divertit le public et peut jouer le rôle de miroir dans lequel les populations peuvent entrevoir des choses qu elles ne réalisent pas forcément dans leur vie quotidienne ou des choses qu il est très difficile de percevoir, comme, l exploitation des enfants. Les communautés dans lesquelles Aasaman est intervenu, des partenariats se sont noués avec des ONG locales dans le cadre de la réalisation de représentations de théâtre forum sur les dangers que comporte le travail des enfants et les avantages de l éducation. Les acteurs y compris les enfants des communautés ciblées ont joué de courtes petites pièces de théâtre qui décrivent des scènes de la vie quotidienne et qui traitent aussi des enfants et du travail ainsi que des pires formes du travail des enfants, en l occurrence, les travaux domestiques. Les pièces sont construites autour de scenarii dans lesquels les acteurs se tournent vers le public pour lui demander de se prononcer, comme par exemple, est-ce qu un individu qui emploie un enfant comme domestique devrait accepter que l enfant aille à l école et bénéficier des mêmes avantages que ses propres enfants. Cette façon de procéder fait entrer le public dans la pièce et suscite des débats très animés entre les acteurs et le public et entre individus dans le public. Cela donne un aperçu très large sur les connaissances des populations. Le projet Aasaman a su tirer profit de ces connaissances qui ont commencé à s enraciner chez les populations à travers les visites à domicile, les rencontres avec les différentes parties prenantes, les clubs des enfants et les forums de femmes. 1 51
58 Pourquoi?: C est peut-être la première question à se poser car elle 1 détermine l intégration de la sensibilisation comme activité à mener ou non, quelle va être son envergure Kaugmaon: Etablir des liens entre la sensibilisation, la formation et l organisation (locale ou nationale) et quels seront les messages à délivrer. des enfants Comment: Il est recommandé de rencontrer au préalable les groupes cibles pour savoir comment susciter leur intérêt et transmettre les messages le plus efficacement possible. Les enfants et les jeunes, en particulier, ne manqueront pas d idées créatrices d activités de sensibilisation. Il faut absolument tenir compte aussi du matériel et équipement qui seront utiles au mieux pour la réalisation des activités (des détails complémentaires en rapport avec le «comment» des activités de sensibilisation sont fournis par la suite dans ce chapitre) 3.2 Le rôle de la sensibilisation dans l émergence d un environnement favorable La sensibilisation est un élément essentiel dans le processus de création d un environnement favorable pour la création d autres activités du projet. Parmi les efforts faits dans la perspective de création d un environnement favorable, la sensibilisation peut contribuer à mobiliser un l appui en faveur du projet provenant de divers types d acteurs: les membres de la communauté, le gouvernement central et la collectivité locale, les écoles, les enseignants et les employeurs. Leur engagement et leur participation peuvent contribuer à créer ou renforcer des infrastructures adéquates pour appuyer la mise en oeuvre du projet à la fois dans l immédiat et sur le plus long terme et à mobiliser les ressources humaines, financières ainsi que les structures nécessaires au renforcement du projet. La sensibilisation est un aspect important dans l établissement de relations sur le plan institutionnel et la création d alliances. 3.3 L identification et la formation des animateurs des activités de sensibilisation 52 1c Aux Philippines, Kaugmaon s est rendu compte que le combat contre les pires formes de travail des enfants qui se mène à travers l éducation est plus efficace si la sensibilisation est associée à d autres approches, telles que l organisation et la création de groupes d appui et une collaboration étroite avec les organisations gouvernementales et non gouvernementales. L objectif principal du projet était de sensibiliser les parents et les populations sur les risques que comportent le travail des enfants et l importance de l éducation dans le cadre de la prévention du phénomène. Après avoir esquissé minutieusement le profil de l enfant travailleur et le profil des enfants à risque, Kaugmaon a posé les jalons pour une organisation des enfants et pour la constitution des noyaux de groupes. Des concertations ont été organisées pour informer les enfants sur le travail des enfants, notamment sur la base de leurs expériences et de leurs opinions résultant de leurs analyses de la situation des enfants dans leurs propres communautés. Ces concertations ont abouti à l identification d un noyau d enfants qui a été formé en leadership et compétences de la vie de façon à renforcer leur estime de soi et à développer leurs aptitudes et à leur offrir des opportunités d expression de soi et de participation aux actions et débats sur des préoccupations qui les concernent directement. Des camps de jeunes ont été organisés au cours desquels les enfants qui ont été formés ont joué le rôle de facilitateurs et ont mis en pratique leur leadership et leurs compétences en communication renforçant ainsi leur perception du travail des enfants et la prévention de ce phénomène. Diverses méthodologies ont été utilisées pour faciliter les échanges sur des thématiques en rapport avec l enfance dont des jeux de rôle, des arts visuels, de la poésie et des jeux. Les enfants facilitateurs ont été impliqués dans la création d un certain nombre de pièces de théâtre forum qui décrivent les dures réalités des différentes formes de travail des enfants. À la fin de la représentation de chaque pièce de théâtre, le public a été invité à participer à des échanges sous la direction de pairs éducateurs formés et du personnel de Kaugmaon Une cartographie détaillée peut identifier les groupes qui pourront être impliqués dans les activités de sensibilisation en tenant en compte la culture locale, les traditions, la géographie, la langue et l histoire. Par exemple, la guerre civile qui a eu lieu au Guatemala a eu pour conséquence une crise de confiance au sein et entre les différentes communautés et plus particulièrement envers les autorités. Pour surmonter ces barrières et rétablir la confiance, CEIPA a personnalisé son approche vis-à-vis des communautés et des bénéficiaires cibles à travers la réalisation de visites individuelles à domicile. Les enfants et les jeunes se montrent toujours très enthousiastes à chaque fois qu on leur donne l occasion de participer aux côtés des adultes à des activités telles que les activités de sensibilisation. Cela renforce leur sens de la responsabilité, le respect de soi et induit un effet bénéfique sur les activités mêmes et la pérennisation des résultats. Par conséquent, tout doit être mis en oeuvre pour impliquer les enfants et les jeunes, particulièrement dans les communautés où les pesanteurs socioculturelles font d eux des citoyens de seconde zone. CRADA, au Ghana, a révélé que les anciens enfants travailleurs deviennent de défenseurs efficaces étant donné qu ils peuvent parler à partir de leur propre expérience et de cette façon,
59 susciter de la compassion chez leurs interlocuteurs cibles. Un certain nombre de partenaires CIRCLE ont mis en place des structures et des groupes pour encourager une participation constructive des enfants aux activités. Les parents, les enseignants, les chefs religieux, les dirigeants communautaires les professionnels des médias et les employeurs sont les autres partenaires potentiels à impliquer dans la sensibilisation. Les femmes et les groupements féminins peuvent être particulièrement enthousiastes et dynamiques. Le projet BAT en Inde a mis en place des équipes de femmes, de jeunes et d enseignants dans les villages cibles et a organisé à leur intention des activités de renforcement des capacités de façon à leur permettre de sensibiliser les différents acteurs, de créer des groupes de surveillance communautaires chargés du suivi, de contribuer à l amélioration de la qualité de l enseignement, d apporter de l aide sociale aux écoles et de promouvoir les interactions entre les assemblées villageoises (panchayats) des enfants et celles des adultes de sorte à assurer la participation constructive des enfants dans la prise de décision et l allocation des ressources. 1 RADA en Sierra Léone a mis en place, dans la communauté ciblée au niveau de la frontière avec le Liberia, un Club Anti- Travail des Enfants composé de parents d enfants à risque. Les membres du club ont été formés sur la législation anti-trafic et sur les techniques de la pair éducation pour leur permettre de sensibiliser à leur tour les autres adultes. En plus, dans les villages d intervention du projet, des clubs d enfants ont été formés dans chaque école. Les membres ont reçu des informations sur le trafic des enfants et ont pu développer un programme de sensibilisation avant-gardiste dans les communautés voisines. RADA a, par la suite, organisé une rencontre avec les acteurs à laquelle étaient conviées les populations locales et les autorités en charge de l application de la loi et aussi les gardes frontière, L organisation de marches avec un groupe d enfants et de parents brandissant des banderoles confectionnées à domicile n est ni difficile ni coûteux les militaires et la Cellule d Appui à la Famille de la police. Les responsables de l immigration ont accepté d être plus rigoureux dans les contrôles d identité et les responsables des douanes ont quant à eux souscrit à l idée de sensibiliser ceux qui traversent la frontière pour rentrer au Libéria sur les implications judiciaires et les dangers liés au trafic d enfants. Les militaires et les agents de la sécurité nationale ont eux aussi promis d être plus regardants sur les va-et-vient au niveau de la frontière. 3.4 Le matériel et les équipements Le matériel et les équipements nécessaires à l exécution du projet ainsi que les ressources disponibles doivent être prises en compte dans la planification des activités de sensibilisation. Par exemple, En Sierra Léone APEGS a doté ses agents chargés de la mobilisation sociale de vélos étant donné que les communautés cibles se trouvent dans des zones inaccessibles par les autres moyens de transport. Si le projet n a pas les ressources nécessaires à la réalisation d une activité de sensibilisation, des fonds supplémentaires ou des appuis en nature peuvent être mobilisés à travers d autres sources. Par exemple, si des moyens de transport sont nécessaires pour la dissémination des messages au niveau des populations, il est possible d identifier une société de la place pour mettre à disposition les véhicules pour la période de l activité. Il est possible aussi qu une campagne de sensibilisation en cours de réalisation, puisse susciter l intérêt de donateurs potentiels et l appui qui va en résulter peut aider à l organisation d autres activités par la suite. Du reste, il est important de minimiser les coûts de réalisation des activités et de faciliter au maximum leur exécution. Il existe beaucoup de possibilités de réduction de coûts en termes de finances, de temps et de ressources humaines. Par exemple, une marche avec la participation de groupes d enfants et de leurs parents tenant des banderoles fait maison ne sera ni coûteuse, ni difficile à réaliser comparée à la réalisation d un documentaire sur le travail des enfants à diffuser à la télévision dont la production est confiée à un réalisateur qui doit entreprendre une série de recherches préalables avant la réalisation du film. Parfois, les activités les moins coûteuses, comme le théâtre de rue, sont plus efficaces. Les représentations faites par les enfants sont une manière ludique d informer d autres sur le travail des enfants et l importance de l éducation 53
60 1 3.5 Les activités de sensibilisation Les informations fournies ci-dessous représentent quelques types d activités issus des meilleures pratiques. Les rencontres d information La majorité des partenaires de mise en oeuvre de CIRCLE qui ont entrepris des activités de sensibilisation ont organisé des ateliers et réunions impliquant différents acteurs ou des communautés entières pour transmettre des informations, des connaissances et des expériences. Le processus était, en général, basé sur les éléments suivants: Si une réunion met l accent sur les l identification des acteurs ou des participants; la définition des buts et objectifs de la réunion qui doivent être en adéquation avec les objectifs généraux du projet; l élaboration d un calendrier non conflictuel: la réunion doit déboucher sur un consensus des solutions potentielles, surtout dans un contexte où les intérêts, les opinions et les perceptions divergent; l identification et prise de contact avec une personne bien connue et respectée de tous pour présider la réunion et échanges sur le programme et le contenu avant le jour de la réunion; l organisation de réunions avec chaque groupe pris individuellement ou l organisation d une réunion plus élargie, plus collective en fonction du contexte local et de la culture du milieu; prendre le temps de répondre aux questions et établir des relations de confiance et d estime; le développement des échanges entre acteurs pour le renforcement des messages et pour la promotion d une convergence de vues. On peut parvenir à un consensus sur les solutions et les activités proposées et à l émergence de leaders potentiels qui pourront appuyer les activités qui en découlent; assurer le suivi. Les réunions d information favorisent l émergence d idées nouvelles et de suggestions pour les prochaines étapes qui doivent être prises sous une forme et suivies rapidement. Les acteurs sont fiers de voir des résultats tangibles issus de la réunion et que les solutions plutôt que sur le prob- avis et opinions sont pris en compte et poursuivis. lème, il y a peu de chances qu elle Le choix de tenir ou pas des réunions séparées selon les groupes d acteurs dépend de la communauté bénéficiaire ainsi que des relations qui existent entre les groupes. Dans certaines situations par exemple, les enfants peuvent être intimidés par la présence des adultes se transforme en jeu d accusation aux réunions, surtout des enseignants, des parents ou des leaders communautaires et se montrer réticents pour y prendre part. APEGS en Sierra Léone a résolu ce problème en organisant des ateliers pour les enfants et d autres pour leurs parents. Par contre, au Ghana, PACF a organisé une grande rencontre ouverte à tous les groupes d acteurs. Il est important de s appuyer sur une approche non conflictuelle pour l organisation des réunions d information de sorte qu aucun acteur ne se sente singularisé suite aux critiques qu il a formulées ou par l attitude des uns et des autres à son égard. Cela aide à prévenir les positions défensives des participants, les débats houleux entre participants, ou les débats oiseux et non constructifs. Ce genre de situation peut survenir facilement lorsqu on aborde des sujets sensibles tels que le travail des enfants et l accès à l éducation. Les parents peuvent, par exemple, penser qu on les tient pour responsables de la situation. De la même manière, les employeurs peuvent penser qu on leur pointe un doigt accusateur. Dans les situations où sur la base de certaines formes de discriminations sociales imperceptibles, on empêche certains groupes d enfants d aller à l école, les responsables des écoles, les directeurs ou les enseignants peuvent être sensibles aux débats qui exposent les problèmes au grand jour. Focaliser une rencontre sur les solutions plutôt que sur le problème permet d éviter que les réunions ne se transforment en cadres de règlement de comptes. L organisation de telles réunions nécessite une planification méticuleuse et une vigilance très aigue dans la gestion des débats si l on veut parvenir à l adhésion et au consensus recherchés. Dans le cadre de ses activités de sensibilisation sur les risques liés au travail des enfants, le projet Arunodhaya en Inde a réalisé des sorties d information dans les usines et les lieux de travail avec l appui de forums de femmes, de jeunes et d enfants. Ces sorties ont abouti 54 Les Comités de Gestion Scolaires peuvent jouer un rôle majeur dans la sensibilisation dans leur communauté
61 à la création d un forum des employeurs et le développement du concept de «l employeur modèle» dont le rôle est de s assurer qu il n y ait pas d enfants qui travaillent pour leurs entreprises. L appui de la direction locale du ministère du travail a contribué à renforcer la collaboration avec les employeurs. Une bonne préparation des rencontres d information est d une importance capitale; des données précises sur les études réalisées au niveau local et national sur le travail des enfants et l éducation ainsi que des statistiques y afférent doivent être disponibles. Il est recommandé d anticiper sur des questions susceptibles d être posées par les acteurs et de préparer les réponses Ces programmes offrent aux parte- Les visites à domicile L objectif majeur de la sensibilisation est d amener les parents, les enfants ainsi que les autres membres de la communauté à comprendre les dangers d une entrée précoce de l enfant sur le marché naires d exécution des opportunités du travail et les avantages de l éducation. Dans bon nombre de pour sensibiliser sur le travail des enfants et les avantages de l éducation projets, il est clairement apparu que de tels messages seront plus efficacement délivrés à travers les visites à domicile des familles d enfants travailleurs et d enfants à risque. Cette approche a permis aux organes d exécution de se faire une idée de la vie de ses enfants et de leurs familles, ce qui a permis le développement de nouvelles stratégies pour mieux les assister. Le climat de discrétion et de confiance qui s est instauré grâce à ces visites a mis les familles et les enfants à l aise et les a amené à s ouvrir et à discuter franchement de leur situation. 1 Pour ce qui est du projet CENDHEC au Brésil, les réunions communautaires et les visites à domicile ont été utilisées pour conquérir l adhésion des parents aux activités du projet. Les discussions avec les parents sont allées au-delà de l importance de l éducation pour aborder les droits des enfants, les travaux domestiques des enfants, les valeurs et principes culturels spécifiques ainsi que des sujets relatifs à l appartenance ethnique et au genre. Ces réunions ont été l occasion aussi d informer les familles sur les services sociaux et autres services étatiques disponibles et de leur prodiguer des conseils en rapport avec la fréquentation de ces services. Concernant le projet Deepalaya en Inde, les visites à domicile faisaient partie d une stratégie pour accroître l inscription dans les écoles et réduire le nombre d abandons. Mise en place de structures institutionnelles Comme élément de la stratégie d intégration de la sensibilisation dans les activités liées à l éducation, un certain nombre d organisations ont créé des groupements de gestion et de suivi formels pour travailler en étroite collaboration avec les programmes d éducation non formelle et les écoles. C est une approche commune à ces projets qui ont mis en place leurs propres programmes d éducation non formelle et leurs propres écoles, comme par exemple, le projet Arunodhaya en Inde qui a créé des écoles pour les enfants travailleurs. Ces groupements étaient en général constitués sous forme de comités de gestion des écoles, des associations de parent enseignants, des comités villageois chargés de l éducation, des comités villageois de développement, etc., et comportaient en leur sein des représentants des différents acteurs en l occurrence la communauté, les parents, les enseignants, les responsables de l éducation et les chefs religieux. Les partenariats avec les institutions et les structures existantes Des efforts doivent être faits pour intégrer les préoccupations liées au travail des enfants, aux droits de l enfant et à l éducation dans les activités périodiques des institutions et structures, notamment: les groupes religieux, les églises, les mosquées, les temples et autres lieux de culte. Dans certains projets les chefs religieux ont fait cas des dangers que comporte le travail des enfants ainsi que de l importance de l éducation dans leurs prêches, homélies ou messages qu ils adressaient à leurs congrégations; Une stratégie de sensibilisation doit renforcer les structures institutionnelles qui peuvent assurer la durabilité du projet ou de ses aspects 55
62 1 les scouts et troupes de filles guides; les clubs d écoles ou les clubs créés au niveau de la communauté, tels que les troupes théâtrales et groupes de discussions. Au Brésil, par exemple, pour anticiper, le CENDHEC a mis en place un programme dans les écoles qui comportait entre autres des visites à réaliser par des moniteurs de jeunes, la formation de leaders potentiels et d agents du changement et la production d un bulletin d information; les associations de parents enseignants ou l association de mères enseignantes, comme celle créée par CLAP en Inde; les clubs services ou d hommes d affaires et d employeurs, tels que, les Lions Clubs, les Clubs Rotary qui peuvent aussi appuyer financièrement les projets, comme par exemple, la bibliothèque financée par le Rotary Club au Ghana dans le cadre du projet PACF ; les organisations locales ou à base communautaire créées dans le cadre de la protection des droits des groupes vulnérables dont les enfants et les femmes; les autorités coutumières; les parlements villageois; Au Kenya, AMWIK et ANPPCAN ont constaté que le fait de travailler avec les District Child Labor Committees (DCLCs)/Comités Régionaux de Lutte contre le Travail des Enfants a contribué à accroître de façon significative leurs activités de sensibilisation (voir encadré). AMWIK a travaillé en étroite collaboration avec les comités dans toutes les zones d intervention de ses projets et leurs expériences de terrain ont aidé les Ministères en charge du Travail et de l Education à mieux maîtriser le phénomène, renforçant ainsi la mise en œuvre des politiques en matière de travail des enfants et en matière d éducation. Les ateliers de formation Dans le projet CIRCLE, le renforcement des capacités sous forme de formation a été réalisé au profit d une multitude de volontaires, de responsables de l état, de professionnels et autres acteurs notamment, les parents et les enfants, comme pairs éducateurs et facilitateurs, par exemple. En plus des formations sur des thèmes spécifiques, ces programmes donnent aux partenaires d exécution des opportunités de sensibiliser les apprenants sur la problématique du travail des enfants et sur les avantages de l éducation tout en contribuant à leur développement personnel et social. Dans certains cas, comme celui du projet ANPPCAN, les apprenants se sont chargés d informer et de former les autres, accroissant ainsi l impact du programme de renforcement des capacités et suscitant en plus une plus grande prise de conscience chez une plus grande proportion de la population. Un certain nombre de projets ont directement mis l accent sur le renforcement des capacités des enfants et des jeunes activistes (voir rubrique dans ce chapitre sur la Mise en place des groupes et forums d acteurs, p 61). 1d ANPPCAN: Renforcement des capacités au niveau régional et local ANPPCAN a reconnu, à travers son projet au Kenya, l importance de la formation des Comités Régionaux de Lutte contre le Travail des Enfants (DCLC) sur le travail domestique des enfants et l exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales. De tels efforts peuvent bénéficier de l effet multiplicateur lorsque ces communautés partagent les informations et les leçons apprises avec des organes partenaires et avec d autres institutions opérant au niveau communautaire et au niveau local. Les membres des DCLC sont issus de structures diverses de l État, parmi lesquelles les services en charge des enfants, les services de l éducation, de la santé, de la police ainsi que des organisations de la société civile. ANPPCAN a organisé une série d ateliers de formation à l intention des membres des DCLC dans plusieurs zones du pays autour de sujets divers comme les causes et conséquences du travail domestique des enfants, l exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales, les risques encourus par les enfants qui travaillent dans ces secteurs, les besoins des enfants qui ont pu sortir de ces situations ainsi que les éventuelles mesures préventives à prendre. Les membres des DCLC pouvaient désormais, grâce à ces connaissances acquises, initier leurs propres activités de formation et de sensibilisation vers les comités de lutte contre le travail des enfants au niveau local et communautaire et vers les comités de lutte contre le travail des enfants créés au niveau des écoles. Certains comités ont mis en place des bureaux d aide aux enfants travailleurs et aux enfants à risque. Les membres ont aussi intégré les questions relatives au travail des enfants dans leurs activités quotidiennes, par exemple, les administrateurs de province ou les responsables de l éducation de la zone qui sensibilisent leurs collègues créant ainsi une plus grande prise de conscience à une échelle plus grande et importante. Certains comités s appuient sur ces informations pour mobiliser des ressources pour leurs bénéficiaires, notamment pour inscrire à l école des filles et adolescentes mères qui courent le risque de se retrouver à travailler comme domestiques ou de se retrouver dans le circuit de la prostitution. La branche de ANPPCAN au Ghana, a créé une structure similaire dénommée Comités Régionaux et Communautaires de Plaidoyer contre le Travail des Enfants pour sensibiliser et mobiliser les différents groupes d acteurs, notamment les hommes politiques et pour gérer les Fonds Communautaires pour la Lutte contre le Travail des Enfants afin de pérenniser les résultats du projet. Ces organisations étaient composées de responsables issus de diverses structures de l état représentées au niveau local ; cette composition reflète la nature transversale du travail des enfants et facilite l intégration de cette problématique dans les activités de planification quotidienne au niveau de la région. Un groupe cible important demeure les travailleurs du secteur de l éducation, notamment les enseignants et les directeurs d école, qui sont en contact permanent avec les enfants ainsi qu avec les bénéficiaires du projet. Au Népal, CAC a 56
63 trouvé particulièrement important de sensibiliser les enseignantes sur les risques liés au trafic et à l exploitation sexuelle auxquels les filles sont exposées et de s assurer aussi que ces filles n abandonnent pas l école. Au Bangladesh, le CSID a organisé des ateliers de formation au profit des enseignants et des responsables de l éducation de l État sur des thèmes spécifiques concernant l intégration des anciens enfants travailleurs handicapés dans les écoles publiques. Ceci a suscité d autres débats sur des sujets sensibles concernant le rôle des écoles spécifiques et le degré de handicap des enfants en question; ces débats ont révélé la nécessité de poursuivre sans relâche la sensibilisation pour parvenir à changer les perceptions fortement enracinées. Le projet MUK au Bangladesh a réalisé une session de formation sur la problématique du travail des enfants au profit d environ 100 chefs religieux. Ces responsables religieux ont, par conséquent, intégré des messages contre le travail des enfants dans leurs échanges et prêches quotidiens et au cours des cérémonies de culte; ils ont aussi mis en avant la responsabilité des parents dont le rôle est de s assurer que leurs enfants vont à l école. Ils ont lié la problématique du travail des enfants à plusieurs autres thèmes dont les droits des personnes démunies et des communautés marginalisées, le rôle des employeurs et les impacts destructeurs des mariages précoces. Dans les zones où la religion occupe une part importante dans la vie des populations, la collaboration avec les responsables religieux peut avoir un impact positif sur les attitudes et les comportements. Le projet MUK a particulièrement réussi à convaincre les responsables religieux sur la nécessité de travailler en étroite collaboration. Une stratégie de sensibilisation doit renforcer les structures institutionnelles qui peuvent assurer la durabilité du projet et d autres aspects CRADA au Ghana a produit une petite vidéo à but éducatif visant les travailleurs sociaux pour les aider dans leurs tâches d encadrement des enfants vulnérables. La vidéo contenait des activités spécifiques qu ils pouvaient mener avec les enfants, comme par exemple, des activités de promotion de la prise de conscience de soi et des ateliers de sensibilisation. L initiative visait à sensibiliser les travailleurs sociaux sur le phénomène du travail des enfants et la nécessité pour les services sociaux de cibler les enfants travailleurs et les enfants à risque. En Inde, le projet CLAP a organisé un camp de «sensibilisation juridique» au profit de femmes membres d un groupe d entraide. La formation a porté sur la législation en matière de droits de la femme et de l enfant, particulièrement sur l âge minimum pour travailler et pour être inscrit à l école. Les groupements féminins (nari sangh) étaient aussi ciblés par ASHA en Inde comme partenaires pour la mise en oeuvre des activités du projet. Les groupements, qui comportaient en leur sein des mères d enfants travailleurs et d enfants extraits du travail, ont organisé des rencontres avec les parents dans les villages ciblés pour 57 1e CRADA: L ampleur des efforts de sensibilisation doit être proportionnel à l ampleur du problème Au Ghana, CRADA a développé à grande échelle une plateforme nationale de sensibilisation visant à attirer l attention de tous les acteurs sur le travail des enfants comme étant une des préoccupations sociales contemporaines majeures la plus répandue au le Ghana et dans le monde entier. La campagne Voie Internationale contre le Travail des Enfants a été lancée en même temps qu un effort institutionnel de collecte de fonds pour appuyer les programmes et les activités visant à éliminer le travail des enfants et à promouvoir l éducation pour tous les enfants. CRADA a estimé qu il était difficile pour une poignée d organisations de traiter d une question d une telle amplitude et qu il fallait nécessairement une mobilisation plus large au niveau national. Elle a par conséquent créé une alliance regroupant les organisations et les groupes professionnels concernées appelés la Coalition en faveur des Enfants en Situation d Exploitation (CCEL). L initiative a d abord été développée lors d une rencontre des acteurs dont les enfants, les groupes sociaux et les organisations de la société civile. Son objectif était de mobiliser différents acteurs pour des actions contre le travail des enfants et en faveur de l éducation. L initiative a voulu aussi dénoncer toutes les formes d exploitation des enfants et permettre aux enfants de s exprimer sur un sujet qui les concerne. La campagne était basée sur le principe que la sensibilisation publique est essentielle pour motiver et mobiliser les gouvernements à agir et peut aboutir aussi à des actions plus immédiates et plus directes de la part des populations dans le cadre de la réduction du phénomène du travail des enfants. Par exemple, les gens qui emploient des enfants pour les travaux domestiques seront touchés par la campagne et décideront d arrêter cette pratique. Les appels à adhérer à l initiative émanaient des comités et bureaux régionaux du CCEL et des volontaires qui sont en contact permanent avec les différents acteurs sur le terrain et aussi des médias. Des missions visant à créer des réseaux ainsi que des débats radiophoniques et télévisés ont aussi été organisés pour renforcer davantage les messages délivrés. La mobilisation des fonds et des autres ressources a nécessité l organisation de rencontres avec diverses institutions publiques et privées. La campagne s est déroulée sur une période de six mois et a pris fin le 12 juin 2006 correspondant à la Journée Mondiale de Lutte contre le Travail des Enfants. Du matériel IEC a été utilisé et des activités diverses ont été réalisées dans le cadre de la campagne. Un livre intitulé Livre du Millénaire sur le Travail des Enfants a été produit, livre dans lequel des enfants ont écrit des messages de soutien, apposé leur signature et l empreinte de leur pouce. Grâce à cette campagne, le nombre de partenaires du CCEL est passé de 22 à 50. L initiative a aussi contribué à l élaboration d une législation locale, de politiques et de formulation de résolutions sur le travail des enfants ; en plus, les assemblées régionales ont intégré la problématique du travail des enfants dans leurs échanges périodiques identifiant les interventions dans le domaine de l éducation. 1
64 1 discuter des causes et conséquences du travail des enfants, de problèmes liés à l éducation ainsi que des activités génératrices de revenus pour appuyer la mobilisation de ressources au niveau local. Les parents qui venaient aux rencontres étaient encouragés à envoyer leurs enfants dans les écoles communautaires non formelles. Les nari sangh ont assuré le suivi des enfants dans les villages et ont assisté aux cours de sorte à les encourager à suivre régulièrement les cours et à réduire le taux d abandon. Ils ont aussi plaidé auprès des responsables locaux de l éducation pour de meilleures infrastructures scolaires et des programmes mieux adaptés et favorisant la transition de ces enfants du système éducatif non formel vers l enseignement public. Ils ont aussi facilité le développement de cours d alphabétisation au profit des femmes, le développement d activités génératrices de revenus, la mise en place de mécanismes d épargne et la mise en place de cantines dans les écoles. Tout en intervenant au niveau village, les groupements féminins ont pris contact avec les fédérations régionales nari sangh, communément connues sous l appellation de parlements des femmes, ayant soutenu les programmes de lutte contre le travail des enfants et de promotion de l éducation; ces groupements ont aussi organisé des actions de plaidoyer avec des structures décentralisées de l Etat. La stratégie de plaidoyer comprenait la participation des femmes aux élections panchayat (groupes communautaires) de façon à renforcer l accessibilité des femmes aux mécanismes et structures de la gouvernance locale. 1f CEBIAE: La campagne sur la carte d identité Plusieurs partenaires de CIRCLE ont mobilisé les communautés et les autorités locales pour s assurer que les enfants défavorisés qui travaillent la plupart du temps au lieu d aller à l école, bénéficient de l un de leurs droits fondamentaux: le droit à une pièce d identité. Au cours de ces campagnes des appels ont été lancés pour des enregistrements massifs et officiels des naissances de tous les enfants pour qu ils puissent jouir des autres droits fondamentaux à savoir : l éducation, la santé et les services sociaux. En Bolivie, CEBIAE a lancé une campagne dénommée «Programme pour la Gratuité de la Carte d Identité - J existe- La Bolivie existe», pour s assurer que les groupes cibles puissent obtenir leur carte d identité nationale. Des activités de la campagne, on peut citer les ateliers de sensibilisation dans les écoles ciblant les élèves, les parents, enseignants et directeurs; ateliers pour promouvoir le droit à une pièce d identité et le droit d exercice de la citoyenneté. En Inde, BAT a mis en place des équipes chargées de la mobilisation sociale des communautés, y compris les jeunes, les groupements de femmes, les enseignants et assuraient des sessions de formation sur des sujets variés relatifs aux techniques de mobilisation sociale dont la mise en place de programmes de surveillance communautaire et d enfants ainsi que des services sociaux au niveau des écoles. Les campagnes d inscriptions scolaires et la collaboration avec les institutions Plusieurs projets initiés par CIRCLE comportent des volets de campagne d inscription à l école comme stratégie de sensibilisation. Ces campagnes visaient à mettre en exergue l importance de l éducation et à encourager les parents à inscrire leurs enfants dans les écoles du village ou dans les programmes d éducation non formelle. Une initiative particulièrement novatrice développée par ASHA en Inde a consisté à organiser une «caravane en faveur de l éducation» qui a sillonné l ensemble des villages couverts par le projet. Partout où la caravane s arrêtait des volontaires et des agents sur le terrain distribuaient des dépliants et des affiches pour informer les populations sur le travail des enfants et ses implications légales. La caravane s est appuyée sur des spectacles audiovisuels, des représentations théâtrales, des chants et des slogans pour divertir et informer les populations. ASHA a aussi initié des camps sur l éducation pour occuper les bénéficiaires pendant les vacances et pour soutenir leur développement personnel et social. Les participants étaient encouragés à emmener d autres enfants avec eux pour qu ils prennent part aux activités du camp. Par moments, il est apparu que les campagnes d inscription étaient plus efficaces quand elles étaient dirigées par des enfants. Par exemple, Arunodhaya en Inde a aidé les bénéficiaires des écoles d enfants travailleurs et des forums d enfants à organiser des marches dans la rue, les enfants tenant des pancartes et des banderoles et chantant des slogans. Les rassemblements étaient soutenus aussi par les forums de femmes et de jeunes ainsi que par des employeurs qui se sont engagés lors de la campagne à ne plus employer d enfants. 58 l organisation de marches est efficace pour sensibiliser les communautés
65 1 En Inde, CLAP a organisé au niveau des communautés bénéficiaires une grande campagne d inscriptions à l école qui s est étalée sur six jours, campagne durant laquelle beaucoup de véhicules placardés d affiches et dotés de hauts parleurs ont sillonné les rues pour annoncer les dates prévues pour les inscriptions des enfants à l école et aider les familles défavorisées à postuler pour les aides et services assurés par l Etat de manière à faciliter l inscription de leurs enfants dans les écoles. Sinon, beaucoup de familles n auraient pas pu profiter de ces opportunités. CLAP a également organisé des camps spéciaux d inscription dans des zones reculées ou défavorisées. La sensibilisation des groupes d acteurs comporte un effet multiplicateur important lorsque Les écoles ainsi que d autres programmes peuvent jouer un rôle de pivot dans la prise de conscience de leurs élèves, des parents et des enseignants. Au Kenya, AMWIK a constaté que les attitudes et les comportements des enseignants et ceux-ci transmettre l information à leurs propres membres et assemblées des responsables des écoles s inscrivaient dans les facteurs qui «poussent» contribuant à l abandon de l école par les enfants pour aller travailler. Les sévices corporels et l existence de mauvaises relations entre enseignants et élèves particulièrement les enfants issus de milieux socio-économiques défavorisés ou les enfants qui assimilent difficilement peuvent amener les enfants à se poser des questions sur la nécessité de rester à l école. AMWIK a travaillé en étroite collaboration avec les écoles et les enseignants pour à la fois les sensibiliser et améliorer leur compréhension des problèmes en question et pour promouvoir un environnement plus efficace et favorable à l apprentissage. L approche a été utilisée par les enseignants dans les communautés bénéficiaires qui ont encouragé les enfants à rester à l école et soutenus ceux qui sont sortis d une situation de travail pour réintégrer l école. Des efforts ont aussi été faits pour toucher et aider les parents responsables de l abandon de l école de leurs enfants au profit du travail. Les manifestations, les rassemblements et les activités publiques Les manifestations publiques et les rassemblements, surtout ceux impliquant les enfants constituent des activités de sensibilisation populaires car pouvant être ludiques, bruyantes, très colorées et instillent un sentiment d utilité. Les journées de commémoration ont l avantage de réunir différents groupes sociaux pour l organisation de marches, de manifestations ou des rassemblements à travers le village où dans un lieu bien choisi, comme par exemple, les édifices publics, les écoles, les bâtiments du parlement et la principale place de la ville. On doit faire attention à respecter les procédures établies en matière de planification et d organisation de manifestations publiques, comme par exemple, informer les autorités,à l avance avoir une autorisation et éviter toute activité non autorisée ou qui cause beaucoup de désagréments. L objectif est de conquérir l attention et l appui des observateurs et des spectateurs. Pour donner plus de visibilité et d impact à ce type d activité, il est recommandé d impliquer les participants surtout les enfants dans sa planification et sa préparation, par exemple, en leur demandant de confectionner des banderoles, de dessiner des affiches ou de concevoir des prospectus. La musique, les chants, la danse, le théâtre et d autres activités participatives peuvent être intégrées à l évènement pour capter l intérêt des spectateurs. Certaines organisations de mise en œuvre ont confectionné, pour les manifestants, des t-shirts sur lesquels il y avait des messages, des images et des slogans de sensibilisation. À Recife, au Brésil, les moniteurs des jeunes formés sur la problématique du travail des enfants par CENDHEC ont organisé une réunion des enfants domestiques de la ville qui a vu la participation d environ 120 enfants pour échanger sur les difficultés que rencontrent les enfants domestiques et élaborer un plan d action visant à éliminer le travail des Les forums d enfants sont des groupes au sein desquels les enfants peuvent socialiser, sensibiliser sur les formes dangereuses de travail, et discuter des questions au sujet de leurs pairs 59
66 1 enfants, lequel plan d action a été par la suite soumis à l appréciation des responsables municipaux. La réunion a bénéficié de l appui du CENDHEC et du programme PETI (Programme d Eradication du Travail des Enfants, voir chapitre sur le Plaidoyer) du gouvernement brésilien et a été fortement médiatisée. Les organisations font preuve d imagination et de créativité à travers l invention de nouvelles activités de sensibilisation grand public et se doivent d impliquer les acteurs dans l identification d idées novatrices en matière d activités de sensibilisation. Au nombre des idées particulièrement novatrices recensées au niveau des bonnes pratiques enregistrées par CIRCLE on peut citer: une campagne d immunisation contre l indifférence face aux enfants et adolescents qui travaillent CEIPA, Guatemala (voir encadré 1f); une chaîne humaine de 1200 enfants organisée par le projet Arunodhaya en Inde pour exiger un environnement propre et sain faisant ainsi le lien entre les questions environnementales et la protection des enfants notamment la réduction du travail des enfants. La chaîne humaine a aussi été utilisée par VOCRDC en Inde; une campagne à mobylette organisée par VOCRDC en Inde au cours de laquelle des affiches avec des messages sur le travail des enfants et sur l éducation étaient attachées à une cinquantaine de mobylettes qui ont fait le tour de toutes les communautés ciblées par le projet. De la même manière un rassemblement organisé par DWAY au Pakistan a impliqué des centaines de cyclistes, motocyclistes et pousse-pousse. des centres d éducation mobiles initiés par NDS au Bangladesh, ont sillonné les zones couvertes par le projet sensibilisant au passage les enfants sur les différentes formes de travail des enfants et sur les droits fondamentaux des enfants en les encourageant à chercher à bâtir un meilleur avenir à travers l éducation et l acquisition de compétences; les manifestations sportives par exemple, un match amical de football organisé par MUK au Bangladesh dans le cadre de la réalisation d activités de sensibilisation en plein air ou le tournoi de cricket organisé par DWAY au Pakistan; la création de «villages sans enfants travailleurs» par CRED en Inde; l intégration d activités de sensibilisation sur le travail des enfants et sur l éducation dans l organisation de manifestation au Ghana; la campagne La Voie Internationale contre le Travail des Enfants initiée par CRADA, au Ghana (voir encadré 1e); une procession avec des bougies allumées organisée par CLAP en Inde qui a eu pour point culminant le rassemblement des marcheurs dans un temple pour faire le serment de combattre le travail des enfants; l utilisation de musique traditionnelle et de chansons traditionnelles par le projet RADA en Sierra Léone. 1g ISAT: La peinture murale pour mettre en exergue les risques courus par les enfants dans les petits travaux dans les mines Le projet ISAT au Pérou a dépeint les risques liés au travail des enfants dans les petites exploitations minières dans la région de Huanca. L une des activités de sensibilisation les plus réussies a été le concours de dessins qui a vu la participation des élèves de différents groupes d âge. Le projet a demandé aux enfants de dépeindre les dangers qu ils courent au niveau des mines en prenant en compte leurs droits et leurs joies à travers leurs dessins. Les élèves du secondaire ont eux aussi participé à un autre concours de peintures murales à faire sur les murs dans le village. Les peintures devaient représenter des images et des messages sur les effets des travaux au niveau des petites exploitations minières sur les enfants. Ces peintures murales ont provoqué de très vives réactions au sein de la communauté étant donné que les questions relatives au travail des enfants dans les mines avaient toujours été un sujet tabou avant la mise en oeuvre du projet. La plupart des gens s accordent à reconnaître que les travaux dans les mines ont des effets négatifs sur la santé des enfants tout comme celle des adultes. Les peintures murales demeurent et interpellent constamment les passants. Les vainqueurs de ces deux concours ont reçu leurs récompenses lors d une grande cérémonie publique organisée au sein d une école. La cérémonie a constitué aussi un cadre de sensibilisation supplémentaire à travers des chansons, la danse, des poèmes écrits par des enfants sur la question du travail des enfants. Les dessins primés ont été utilisés pour la conception d un calendrier scolaire. Les concours ont donné l occasion aux enfants de s exprimer sur leurs préoccupations liées au travail dans les mines. L implication des parents et des enseignants a contribué à leur faire comprendre les risques que comporte le travail des enfants et l importance de l éducation. Comme résultat direct, on peut citer la décision prise par certains parents d inscrire leurs enfants à des cours d informatique pendant les grandes vacances au lieu de les envoyer travailler dans les mines. Il n est pas toujours nécessaire d organiser une manifestation unique. Parfois, la question du travail des enfants peut être intégrée dans d autres manifestations. Par exemple, CLAP en Inde a mis en place un stand d information lors d un grand festival religieux. Au Nicaragua Dos Generaciones a profité de deux évènements qui ont marqué la communauté cible et les bénéficiaires pour renforcer ses principaux messages de sensibilisation sur l éducation et les droits des enfants: 60
67 Une grève des enseignants Une grève nationale des enseignants a été organisée au moment où le projet essayait de convaincre les parents d envoyer leurs enfants à l école plutôt que de les envoyer travailler. Cette situation pouvait avoir des répercussions négatives sur les messages délivrés si elle n avait pas été gérée de façon constructive. Dos Generaciones a saisi cette occasion pour manifester leur soutien aux enseignants et utilisé cette situation comme tribune pour expliquer aux parents la complexité du droit à l éducation et la nécessité de créer des conditions de travail décentes pour les enseignants afin qu ils puissent remplir leurs missions efficacement. Ces activités ont contribué à renforcer les relations entre la communauté et l école. Les élections des autorités locales: Les périodes des élections sont souvent des périodes de tensions qui perturbent l exécution des projets surtout quand les acteurs sont impliqués dans la politique. Cependant, Dos Generaciones a su tirer profit de cette situation en mobilisant la communauté à amener les politiciens à s engager pendant leurs campagnes à intégrer les droits dans leurs programmes. 1 Mise en place de groupes et de forums d acteurs La sensibilisation des groupes d acteurs a un effet éminemment multiplicateur lorsque les acteurs relaient l information à leur tour au niveau de leurs propres membres et au niveau de la population. Conscients de cet état de fait, un certain nombre de groupes et de forums d acteurs spécifiques ont été mis en place par différents projets: Enregistrer le soutien d individus ou de groupes de renom peut être un puissant moyen de sensibilisation Les clubs d enfants et de jeunes: Ces clubs mettent à la disposition des enfants, un espace sécurisé où ils peuvent s initier, après les cours, à des activités extrascolaires, tels le sport, l art, le théâtre et la musique et où des occasions de divertissement et de socialisation leur sont offertes. Parfois, les clubs donnent des cours de rattrapage ou de soutien aux enfants qui ont des difficultés à l école. Les clubs leur offrent aussi un forum où ils peuvent avoir plus d informations sur des problèmes qui les touchent particulièrement et où ils peuvent en discuter ; il s agit notamment du travail des enfants, de l éducation, des droits et responsabilités des enfants et leurs espérances pour le futur. De plus, les clubs permettent aux jeunes de se surveiller mutuellement et ils peuvent constituer, de ce fait, une alerte précoce dans l identification de leurs camarades courant le risque de se trouver dans une situation de travailleur ou d être victimes de trafic. Les clubs peuvent être des forums où les enfants apprennent comment se protéger et à rendre compte des cas d abus et de négligence. Les forums et groupes de soutien mutuels féminins, les forums des peuples autochtones et les forums des enseignants: Bon nombre d organisations ont reconnu l importance de la mise en place de structures prenant en compte le genre, les différents groupes sociaux et professionnels dans les communautés ciblées en leur offrant des occasions de se rencontrer et de discuter de problèmes communs. Les femmes jouent un rôle essentiel dans les activités de leurs enfants et dans leur développement et par conséquent elles peuvent contribuer de façon significative à réduire et à prévenir le travail des enfants ainsi qu à leur maintien dans le système éducatif. Les autochtones sont souvent victimes d exclusion et de discrimination sociales, ce qui empêche leurs enfants d avoir accès à l école ou aux programmes d éducation les obligeant à rechercher du travail. Les enseignants occupent une place importante dans la vie des enfants à travers l école et jouent même un rôle encore plus important 1 h OBISPO: Parler le langage des enfants Au nombre de ses activités de sensibilisation visant les enfants des communautés cibles en Bolivie, OBISPO a créé Reymundo, un personnage de dessin animé qui a conquis les coeurs et l imagination des enfants. Reymundo est un petit garçon qui adore l humanité et veut protéger l environnement. Il a cependant un ennemi du nom de M. Cochambre qui adore les déchets et la pollution. Les deux personnages sont présentés dans un livre de contes qui contient des astuces pour combattre M. Cochambre. En l espace d une semaine Reymundo est devenu l idole des élèves et les enfants s identifiaient à lui. Il est devenu un modèle pour les enfants et a changé leur perception de l environnement, les enfants étant devenus très réceptifs à ses messages concernant les risques qu il y ait à s aventurer sur les sites d enfouissement des déchets. 61 dans l encadrement des enfants à risque ou des anciens enfants travailleurs pour qu ils retournent en classe et poursuivent leurs études. L objectif visé à travers la création de ces groupes spécifiques est de les sensibiliser sur les problèmes et de les amener à contribuer à la recherche de solutions. Pour ce qui est des projets CIRCLE, pendant que les échanges ont essentiellement porté sur le retrait des enfants des situations de travail pour les ramener dans les classes, elles ont aussi effleuré d autres préoccupations telles que la santé, l hygiène, les mariages précoces, la sécurité alimentaire, l enregistrement des naissances, les violences faites aux femmes et la violence domestique, le trafic, la génération de revenus et la protection sociale. Les comités et clubs de lutte contre le travail des enfants: Dans certains cas, des comités et clubs de lutte contre le travail des enfants ont été créés pour la sensibilisation sur le travail des enfants et pour mieux assurer la protection
68 1 des enfants à risque. Ces comités ont été créés dans les écoles, au niveau des communautés, dans les régions et les provinces et sont composés de divers types d acteurs dont des leaders communautaires, des responsables de l Etat, des membres d organisations de la société civile, de chefs religieux, de parents, d enfantsd employeurs, de responsables de la police, de responsables d écoles et d enseignants. Au niveau des écoles et au niveau communautaire, les comités ont contribué à sensibiliser les enfants à risque sur les dangers liés aux différentes formes de travail des enfants et sur les moyens de protection. Les Réseaux Scolaires pour la Protection mis en place par HCC au Cambodge avaient un rôle particulièrement important dans le domaine du trafic des enfants. Parmi les activités de sensibilisation réalisées on peut citer les cérémonies d intronisation des membres des comités de lutte contre le travail des enfants, cérémonies au cours desquelles ils se sont engagés à oeuvrer pour l élimination du travail des enfants et à promouvoir le droit à l éducation. La création des clubs et forums des enfants surtout des enfants vulnérables étaient une initiative commune à beaucoup de projets CIRCLE. Ces clubs et forums jouent un rôle important aux côtés des enfants les aidant à bien comprendre les problèmes dont il est question ainsi que leurs rôles et responsabilités quand à leur propre protection et celle des autres enfants à risque. En Inde, ASHA a mis en place des clubs d enfants dans les communautés cibles auxquels tous les enfants pouvaient adhérer et participer, de ce fait, à divers jeux et activités à la fois académiques et non académiques. Les clubs ont contribué à renforcer l interaction sociale entre tous les enfants de la communauté. Pour montrer aux enfants comment le système de la gouvernance démocratique fonctionne, chaque club a nommé un premier ministre, un ministre d état et des ministres de la santé, de l éducation, des finances et d autres ministres appropriés. Les échanges lors des réunions périodiques portaient essentiellement sur des préoccupations comme la santé, l éducation, la sécurité alimentaire, le plaidoyer et le travail des enfants. Au niveau de la zone, Les données sur le travail des enfants et l accès et la qualité de l éducation peut contribuer à l élaboration et la mise en œuvre des stratégies de sensibilisation les clubs villageois des enfants se sont réunis pour former un parlement des enfants avec une organisation ministérielle similaire. Chaque club a ensuite désigné deux représentants pour siéger au parlement et les ministres ont été élus avec des portefeuilles et des responsabilités bien précises. Cette organisation a énormément contribué au développement personnel et social des enfants grâce à leur active participation à des sujets qui les touchent particulièrement. Les élèves et enfants activistes et facilitateurs et les pairs éducateurs: Lorsqu il s agit de problèmes de santé et de problèmes sociaux, les enfants et les jeunes répondent plus facilement aux sollicitations de leurs pairs. Un nombre important de projets dans le cadre de l appui aux jeunes et aux enfants a créé des noyaux chargés d intervenir dans les écoles, les centres d éducation non formelle ou dans la communauté en général ou dans tous ces deux milieux à la fois. Par exemple, au Cambodge HCC et DWAY au Pakistan ont formé des enfants activistes pour sensibiliser leurs pairs et créer un réseau de protection chargé de suivre les enfants à risque. Ils ont visité des classes de leurs écoles et attiré l attention de leurs pairs en dehors de l école sur les risques, notamment quand ils sont sur le chemin de l école ou même quand ils sont aux champs. (Voir aussi Education par les pairs). Les structures politiques à l intention des enfants et des adolescents: Les enfants et les jeunes répondent favorablement lorsqu on leur demande d intégrer les structures politiques locales pour faciliter leur participation dans le processus de prise de décision surtout sur les sujets qui les concernent particulièrement. Dans certains projets, des structures spécifiques ont été créées dans le but d impliquer les enfants et les jeunes dans les activités à caractère politique. Dans le projet CEIPA au Guatemala, les responsables de la ville ont soutenu la création 62 Le matériel informationnel est important pour la sensibilisation et le renforcement des leçons apprises
69 d un Conseil Municipal des Enfants et les Adolescents (COMUNA), qui était composé de 19 bénéficiaires du projet âgés 10 à 17 ans et chaque membre était élu pour un mandat d un an (voir encadré 1a). COMUNA a élaboré son propre plan d actions qui prenait en compte la promotion des droits de l enfant, l identification des problèmes qui affectent les enfants et les adolescents dans la ville; le COMUNA se voulait le porte-voix des enfants de la ville auprès des institutions de la municipalité et oeuvrait à influencer les autorités municipales. Les membres de COMUNA ont travaillé en étroite collaboration avec le conseil municipal qui s est engagé à soutenir COMUNA même après le projet. Dans le projet RAC au Mali, les enfants bénéficiaires du projet ont mis en place un gouvernement des enfants qui se réunissait pour débattre des problèmes qui les touchaient directement. 1 En Inde le projet BAT Village Ami des Enfants (BMG) a créé des assemblées formelles des enfants, les bal panchayats, inspirées de l organisation des assemblées villageoises, les panchayats. Ces organes ont facilité l implication des enfants dans le processus de prise de décision au niveau village. Des bénévoles des autres groupes sociaux, dont des jeunes, des groupements féminins, ont appuyé la mise en place de ces structures et l encadrement des enfants dans l organisation de leurs échanges et la réalisation de leurs activités. Les assemblées ont fonctionné comme toute autre assemblée, avec des élections pour désigner les responsables. La participation des femmes a été encouragée et elles étaient prioritaires à certains postes. Au cours des élections des informations ont été données aux enfants pour les aider à mieux comprendre les sujets qui les touchent particulièrement au nombre desquels le travail des enfants, l éducation, le mariage précoce ; les enfants ont aussi bénéficié de l assistance nécessaire pour la préparation de manifestes personnels des élections. Les assemblées ont été formellement reconnues par les assemblées des adultes qui les ont régulièrement rencontrés pour des échanges sur des questions qui les concernent dont des questions relatives à l allocation des ressources. Par exemple, certaines des préoccupations relevées par les assemblées des enfants concernaient les pénuries d eau dans certains villages, le manque d enseignantes pour encadrer les filles, le manque d infrastructures d assainissement et de cantines au niveau des écoles, le manque d infrastructures sportives et l organisation d activités extrascolaires. Les groupements d employeurs: Un certain nombre de projets ont interpellé les groupements d employeurs sur la nécessité de ne pas employer les enfants et de convaincre les autres employeurs à en faire autant. Il est important que les employeurs soient informés sur la législation concernant les âges minimums pour un emploi et sur les sanctions auxquelles ils s exposent lorsqu ils emploient un enfant en dessous de ces âges ainsi que sur les effets négatifs du travail sur les enfants et sur leurs perspectives d emploi dans le futur. Dans le projet Arunodhaya en Inde, les employeurs qui ont accepté de cesser d employer des enfants ont reçu des autocollants qui énoncent clairement qu ils ont mis fin au travail des enfants sur leurs lieux de travail et qu ils ont soutenu le droit des enfants à l éducation. Dans le projet AMWIK au Kenya, les groupes d acteurs ont rencontré les employeurs dans les zones reconnus pour leur emploi des enfants afin de les convaincre de cesser d employer les enfants. Une fois que les journalistes sont sensibilisés et leur intérêt suscité, leur implication dans les activités du projet peut être recherchée de façon plus régulière et globale L implication de célébrités et de politiciens Bénéficier du soutien de personnes ou de groupe d individus de renom peut constituer un plus dans le cadre de la sensibilisation. L identification de la personne qui convient dépend du message et du groupe cible. Par exemple, les enfants s identifient beaucoup aux vedettes du monde du sport, de la télévision, aux musiciens, aux chanteurs populaires, aux acteurs. Un message émanant d une de ces vedettes peut non seulement avoir un fort impact sur les enfants et sur la jeunesse mais aussi attirer l attention des médias et sensibiliser d autres groupes d acteurs qui seraient difficiles à toucher dans des circonstances normales. L impact de l activité de sensibilisation serait à coup sûr plus grand si elle bénéficie du soutien de célébrités ou de politiciens ayant une influence régionale ou même internationale. Le théâtre et les activités artistiques Le théâtre a de tout temps été utilisé comme méthode d apprentissage pour les enfants et les jeunes qui combinent à la fois le spectacle et le divertissement qui comporte une faculté à développer la confiance, la mémoire, l autodiscipline et l estime de soi. Le théâtre a aussi des vertus thérapeutiques et est souvent utilisée pour soigner des individus qui ont des problèmes psychologiques, émotionnels ou même des traumatismes physiques. Comme outil de sensibilisation, il peut prendre plusieurs formes, allant du simple jeu de rôle aux grandes productions de masse. Dans le projet Aasaman au Népal, le théâtre de rue a été utilisé pour un plus grand impact dans les communautés ciblées, à travers une forme de théâtre interactif avec l implication des populations dans l identification de solutions à des situations particulières (voir encadré 1b). 63
70 1 Au Brésil, Sociedade 1 de Maio a utilisé une forme de théâtre thérapeutique appelé «psychodrame» dans les clubs des enfants, Cluberê. Les thérapeutes ont utilisé les marionnettes comme thérapie au profit d enfants en âge d aller à l école qui souffraient de problèmes comportementaux. Les enfants ont utilisé les marionnettes pour reconstruire des histoires inspirées de leurs propres situations dans leurs familles et dans la rue. Cela leur a ainsi permis d exprimer leurs sentiments et aux thérapeutes de créer à l aide des marionnettes des situations pouvant aider les enfants à comprendre et à faire face aux problèmes qu ils rencontrent. Cette forme de thérapie a eu un impact positif sur les comportements des enfants et sur leurs capacités à socialiser avec les autres enfants. De la même manière, les activités artistiques, telles que la peinture, le dessin, l écriture, la musique, la chanson, la danse et la photographie sont des supports couramment utilisés pour la sensibilisation surtout quand il s agit des enfants. Ces activités sont surtout utilisées dans les programmes extrascolaires au profit des enfants à risque ou des anciens enfants travailleurs pour les encourager à chanter, dessiner ou écrire sur le travail des enfants et sur leurs propres expériences. Par exemple, dans le projet ISAT, au Pérou, les bénéficiaires ont peint sur les murs et écrit des messages sur les risques liés aux petits travaux dans les mines pour les enfants sur tous les murs dans le village (voir encadré 1g). Une activité similaire a été réalisée par ASHA en Inde, activité au cours de laquelle des messages relatifs au travail des enfants, à la législation en vigueur dans ce domaine ainsi que les rôles et responsabilités des parents et de la communauté ont été inscrits sur les murs. Les enfants peuvent s exprimer sous diverses formes artistiques pour communiquer à d autres enfants les dangers liés au travail des enfants et sur l importance de l éducation. Si des compétitions artistiques sont organisées dans le cadre de la sensibilisation, des formes de motivation peuvent être prévues pour stimuler une forte participation des enfants, comme par exemple, des livres, des crayons de couleurs, des fournitures scolaires qui peuvent les appuyer dans le de cadre de leur éducation. Les enfants, tout comme les adultes, peuvent confectionner des affiches, peindre des tableaux, concevoir des dépliants, produire des banderoles pour les marches, élaborer des slogans pour les manifestations, écrire des anecdotes, rédiger des lettres aux politiciens, etc. Dans le projet Aasaman au Népal, les enfants du primaire ont peint des messages éducatifs et de sensibilisation ainsi que des dessins sur les murs de l école. Au nombre des dessins, il y avait l alphabet, la carte du Népal et des slogans en faveur de l éducation. Le but était de divertir les enfants sortis de situations de travail et aussi de transmettre des messages importants pour l avenir aux autres enfants. Un des aspects de l exercice a consisté à organiser une rencontre entre les enfants et un artiste peintre professionnel pour discuter du concept de transmission de messages à caractère social à travers la peinture. Les enfants de Cluberê au Brésil ont créé leur propre troupe pour le carnaval, créé des numéros de danses et préparé des pamphlets sur le travail des enfants pour un carnaval annuel. La commémoration d évènements nationaux et internationaux L agenda d un pays ou d une région, offre de multiples occasions d organiser des activités de sensibilisation. Les activités de CIRCLE ont souvent été menées sous forme de marches et de manifestations publiques au cours desquelles des banderoles, des affiches, des slogans et des prospectus sont produits et des déclarations sont rédigées. Par exemple, la Déclaration de Sarlahi dans le projet Aasaman au Népal, portait sur 7 préoccupations majeures parmi lesquelles, l interdiction d employer des enfants, l enregistrement de toutes les naissances, l interdiction de toutes les formes de discrimination, des mariages précoces et la nécessité pour tous les enfants d aller à l école. Les écoles, les programmes d éducation non formelle et les communautés ont profité de ces évènements pour organiser par exemple des activités dédiées aux enfants au nombre desquelles des activités sportives et récréatives, des jeux-concours, des compétitions et des représentations théâtrales. Ces activités aussi ont constitué des occasions d interaction sociale entre les enfants des programmes d éducation non formelle et ceux des écoles publiques. Les évènements au cours desquels des activités de sensibilisation ont été organisées comprennent: La Journée Mondiale de Lutte contre le Travail des Enfants Les Journées Internationales et Nationales des Enfants et des Droits de l Enfant Journée Internationale des Droits de l Homme La Marche Mondiale des Femmes La Journée Internationale de l Alphabétisation La Journée Mondiale de l Enseignant 64 La sensibilisation peut se mesurer à travers le changement de comportement
71 La Journée Mondiale de Lutte contre le Sida Les Journées Nationales de l Education La Fête du Travail La Semaine Mondiale d Action en faveur de l Education pour Tous Les Fêtes nationales, comme la Fête de l Indépendance Les Fêtes religieuses et autres festivals 1 La collecte de données et la recherche Les données collectées sur le travail des enfants et sur l accessibilité et la qualité de l éducation peut contribuer à la conception et à la mise en oeuvre des stratégies de sensibilisation et peuvent aider à l identification des expériences que certains individus et des groupes d individus ont vécues et sont si efficaces pour attirer l attention. En plus, le processus de collecte d informations en lui-même, par exemple, à travers les groupes témoins ou les interviews participe à la sensibilisation des personnes qui y prennent part. Les enquêtes initiales et de suivi peuvent donner un aperçu sur les changements dans les attitudes et les impacts. Les documents d information, d éducation et de communication Les documents d information, d éducation et de communication (IEC) constituent des outils sur lesquels la prise de conscience se construit et se renforce. Cette activité a plusieurs contours et doit être adaptée aux différents groupes cibles. En listant les groupes cibles, on peut savoir quel type de documents de sensibilisation est mieux adapté. Par exemple, lorsque la cible est constituée d enfants, il est important d utiliser des couleurs vives, des images frappantes et des slogans dynamiques. Cependant, quelle que soit la façon dont ils ont été transmis, les messages doivent être brefs et clairs. Il existe plusieurs manières novatrices et créatives de transmettre des messages aux communautés et aux groupes sociaux. La sensibilisation et les changements d attitudes et de comportements qui s en suivent au sein d une communauté contribuent sensiblement à la durabilité des résultats du projet Quelques exemples puisés des projets CIRCLE comprennent: les calendriers les calendriers muraux aux dimensions d une affiche ou les calendriers de table. Les calendriers peuvent être fixés dans les écoles, les commissariats, les bureaux, les arrêts de bus, les gares de trains, etc, et donc accessibles au grand public; les prospectus contenant des informations sur les dangers du travail des enfants et l importance de l éducation, imprimés sur du papier coloré. Leur production ne coûte pas cher. On peut les distribuer au cours des marches, des manifestations et autres évènements publics; les pamphlets donnant plus de détails sur la problématique du travail des enfants et les solutions efficaces pour réduire et prévenir le phénomène, surtout en encourageant les enfants à s inscrire à l école; les autocollants et les cartes postales portant des messages sur le travail des enfants et l éducation; les badges fixés sur les habits sur lesquels des messages appropriés sont inscrits; des signets contenant des messages sur le travail des enfants et sur l éducation ou des informations utiles pour les enfants à risque sur, par exemple, ou rendre compte des cas d abus. Ils ne sont pas chers à produire et peuvent être distribués dans les bibliothèques et les écoles et lors des campagnes d alphabétisation pour les enfants. Ils contribuent implicitement à la promotion de l éducation comme alternative au travail des enfants; les T-shirts, les casquettes, les jaquettes et autres articles d habillement portant des images, des messages ou des slogans. Ces articles peuvent être plus chers à produire mais sont efficaces pour transmettre des messages aux familles, aux groupes cibles et au grand public à travers leur distribution. Les articles d habillement ont une durée de vie plus longue chez les bénéficiaires que les prospectus ou les affiches et leur rappellent constamment le sujet et constituent en plus un souvenir du projet aux yeux de ces bénéficiaires; les affiches avec des images et des messages sur le travail des enfants et l éducation, parfois conçus par les bénéficiaires ou à travers l organisation de concours; les dessins animés avec des motifs simples et attractifs et contenant des messages destinés aux enfants, comme ceux utilisés au Mali par RAC; les projections de diapositives avec des images positives qui encouragent les enfants à aller à l école comme celles sur lesquelles s appuient VOCRDC dans les salles de ciné en Inde pendant les lancements; les panneaux d affichage et les grands supports publicitaires de ce genre ; les films documentaires sur le travail des enfants et sur l éducation; les manuels de formation. 65
72 1 Rechercher l appui des médias L implication des médias nécessite une approche à deux étapes. La première consiste à organiser des ateliers de sensibilisation à l intention des professionnels des médias comme la télévision, la presse écrite, les photographes, les éditeurs et les producteurs d émissions pour approfondir leurs connaissances sur la problématique du travail des enfants et sur le rôle que l éducation peut jouer dans le cadre de la prévention et de la réduction du phénomène. Au cours de l élaboration de la stratégie de sensibilisation des médias, il est souhaitable d identifier des journalistes de renom ou d autres professionnels des médias qui ont capitalisé de l expérience dans la couverture de faits de société afin de solliciter leur appui. Une fois que la sensibilisation des journalistes Les programmes télévisuels permettent d atteindre un grand nombre de personnes réalisée et leur intérêt suscité, il faut rechercher leur implication de façon régulière et complète dans les activités. En même temps, des efforts doivent être faits pour renforcer les capacités des bénéficiaires et des autres enfants au niveau de la communauté pour leur permettre de communiquer avec les médias et de parler d expériences et d anecdotes à même de donner aux médias des sujets d intérêt humanitaire. Au nombre de ses activités au Guatemala, CEIPA a développé un programme de formation en techniques de communication avec les médias au profit des enfants et des jeunes. Comme exercice pratique dans le cadre de la formation, une station de radio à Quetzaltenango a lancé une émission appelée «La Voix des Ados» dans laquelle les enfants en formation passaient des informations sur les droits des enfants et des adolescents, sur les risques liés au travail des enfants et sur l importance de l éducation. En Bolivie, CEBIAE a produit une émission radio intitulée «Face à face avec l éducation» sur des questions relatives au travail des enfants et à l éducation, encourageant de cette façon les auditeurs à participer activement aux débats au lieu de recevoir les informations de façon passive. Cette émission a été aussi une occasion pour CEBIAE d informer les auditeurs sur les interventions du projet et d expliquer le rôle de l éducation dans la réduction et la prévention du travail des enfants. Le projet CLASSE en Afrique de l Ouest a organisé un débat télévisé sur le thème de l éducation comme alternative au travail des enfants, émission qui a connu la participation d experts du Ministère de l éducation. Au Népal, BASE a collaboré avec des stations de radio locales pour diffuser des messages sur le travail des enfants (surtout l esclavage) et sur l éducation et pour encourager les auditeurs à dénoncer les cas où des enfants sont employés avant l âge minimum requis. Dans d autres émissions, les messages ont été diffusés à travers des interviews réalisées avec le personnel de l organisation. Par exemple, RADAR au Népal a organisé une interview pour son président et un membre du staff régional de Winrock. Dans une émission radio du projet YONECO au Malawi, un panel a donné des informations de base sur le problème et ensuite a ensuite répondu aux questions des auditeurs qui appelaient des quatre coins du pays. Les émissions radiophoniques qui permettent d appeler en direct intéressent fortement le grand public car les auditeurs peuvent participer activement aux débats. Un certain nombre de bonnes pratiques enregistrées par CIRCLE dans le cadre de la sensibilisation à grande échelle l ont été grâce à la collaboration avec les médias à travers de nouvelles anecdotes, des interviews, des séries complètes d émissions. Par exemple, au Kenya ANPPCAN a réalisé en collaboration avec l Université de Nairobi et l Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) une série de six émissions télévisées dans le cadre de la sensibilisation des populations sur le trafic dont celui des enfants à des fins de travaux forcés ou pour exploitation sexuelle à but commercial. En Inde, VOCRDC a produit en collaboration avec un réseau de chaînes de télévision câblées une annonce publicitaire publique sur l élimination du travail des enfants et sur l importance de l éducation qui était diffusé toutes les 30 minutes durant la campagne. Au Népal, CWIN a réalisé un film documentaire qui met en exergue les actions du Forum sur les Droits de l Enfant dans le cadre de la réduction du travail des enfants à travers l éducation ; le film documentaire a été diffusé à la télévision nationale. Avec l avènement de la photographie numérique et des technologies vidéo, les organisations ont de plus en plus de facilités à développer leurs propres supports médias. Au Pakistan, DWAY a filmé des scènes de la vie quotidienne d enfants travailleurs dans les zones d intervention du projet. Ils ont aussi interviewé un certain nombre d acteurs au nombre desquels, le conseil municipal ainsi que des parents d enfants travailleurs et ces entretiens ont servi de support 66
73 de sensibilisation lors de la réalisation des activités communautaires. En Bolivie, CEBIAE a produit une vidéo sur les difficultés que doivent surmonter les enfants travailleurs dans les classes et sur leurs rapports avec leurs enseignants. La vidéo a montré les conditions de travail des enfants et expliqué l impact sur leurs capacités d apprentissage et leurs aptitudes à se rendre à l école. 1 Au Népal, CWIN a créé un site web intitulé «childlabournepal.org» qui était régulièrement mis à jour et qui a continué de fonctionner au-delà de la vie du projet. Il a été conçu pour interpeller les professionnels et les activistes travaillant sur la question du travail des enfants et à des fins académiques pour les étudiants. 3.6 Le suivi - évaluation d impact Un des objectifs principaux de la sensibilisation sur des questions sociales surtout sur le travail des enfants ainsi que sur le déni de l éducation à certains d entre eux, est de susciter un changement d attitudes et de comportement dans la société. Des situations sont parfois perpétuée par les comportement «ç est comme ça que les choses se sont toujours passées et rien n y changera ou n y peut». Bien que cette perception ne soit qu une raison justifiant le travail des enfants, avec la pauvreté constituant la cause principale, elle montre à n en pas douter, l urgence du renforcement des efforts de sensibilisation pour convaincre les populations cibles qu un changement est à la fois souhaitable et possible. C est seulement à travers l éducation des populations et l amélioration de leurs connaissances, de leurs capacités et en les motivant que le processus de changement social peut commencer. Il y a bien d exemples à travers le monde et les exemples au niveau des projets CIRCLE ne sont pas des moindres - qui montrent comment des communautés défavorisées au départ, ont pu grâce à la mobilisation et à l information, être préparées à surmonter toutes les difficultés pour éviter que leurs enfants ne travaillent très jeunes dans des conditions dangereuses et pour qu ils obtiennent une bonne éducation. Si ces efforts des populations sont soutenus par des interventions, telles que le renforcement de compétences des enfants et des adultes ainsi que le développement d activités génératrices de revenus, ces changements peuvent s inscrire dans sur le long terme et changer durablement la vie des enfants. L unité de mesure ou l indicateur de réussite d un projet, est représentée par l ampleur des changements enregistrés dans les attitudes et comportements sociaux dans les communautés cibles. Pour la mesurer, des repères doivent être définis avant la mise en oeuvre du projet. En d autres termes, des enquêtes bien élaborées doivent être réalisées avant et après l exécution des activités. Si les enquêtes sont réalisées à la fin du projet, il n y aurait aucun élément de comparaison. La socialisation des enfants entre eux permet la discussion sur la valeur de l école 67
74 1 Un questionnaire permettant d évaluer les attitudes et les comportements sera élaboré et adapté aux différents acteurs avant la réalisation de toute activité. Il faut impérativement que les acteurs soient sincères dans leurs réponses - ils ne doivent pas être informés de l objectif du projet à l avance. Les spécialistes de ce genre d enquêtes peuvent aider pour l élaboration du questionnaire. Il faut aussi tenir compte des techniques d enquêtes. Par exemple, les entretiens et les discussions avec les groupes témoins ont fait la preuve de leur efficacité dans les exercices d évaluation des attitudes et comportements. Ensuite, un processus similaire doit être développé soit à la fin de chaque activité de sensibilisation ou à la fin du projet, en fonction du temps et des ressources. Les résultats pré et post enquêtes vont permettre une analyse détaillée de tout changement. Les changements dans les attitudes et les comportements constituent le fondement de la durabilité d où la nécessité absolue de la réalisation de telles enquêtes. La sensibilisation ne doit pas être considérée comme une fin en soi 4. La durabilité La sensibilisation et les changements d attitudes et de comportements qui en découlent au niveau des communautés contribuent de façon significative à pérenniser les résultats du projet. De manière informelle, un certain nombre de partenaires mais plutôt comme moyen de parvenir à un but de mise en oeuvre de CIRCLE ont constaté des changements dans les attitudes et comportements des différents acteurs à travers les différents contacts qu ils ont eus avec ces groupes. Par exemple, les parents pourraient commenter le changement de comportement de leurs enfants à la maison ou de ces enseignants qui ont constaté que les élèves étaient moins turbulents en classe. Idéalement, une enquête sur les attitudes et les comportements devrait être conduite pour évaluer l ampleur de la contribution des activités de sensibilisation à la durabilité (voir section 3.6). La sensibilisation ne doit pas être considérée comme une fin en soi mais plutôt comme moyen de parvenir à un but. Elle constitue un élément majeur à l intérieur d une combinaison d interventions. Si les communautés peuvent être influencées et que les autorités et les institutions étatiques sont acquises à la cause, il y a beaucoup plus de chance qu elles s approprient le projet et fassent la preuve qu elles vont oeuvrer à pérenniser les acquis après le projet. Les points suivants doivent faire l objet d une grande attention en rapport avec le renforcement de la durabilité: L appropriation: Dès les premiers instants de l élaboration du projet il est recommandé d impliquer les acteurs dans tous les domaines d activités y compris la sensibilisation. Cela va renforcer leur sens de l appropriation des activités et assurer qu ils vont savoir leurs responsabilités engagées dans la réussite de ces activités. L implication des enfants et de la jeunesse: l implication des jeunes dans la sensibilisation leur permet de partager une vision dynamique de leurs communautés, la formation qu ils reçoivent ainsi que le développement de leurs compétences à travers la réalisation des activités qui peuvent leur être utiles dans leur vie future. Étant les parents et les leaders communautaires de demain, les jeunes peuvent agir comme de puissants vecteurs de changement au sein de la société. Par exemple, les clubs des enfants et les parlements mis en place dans le cadre de la réalisation du projet ASHA en Inde, ont créé des institutions durables pour une participation constructive des enfants. L implication des enfants peut être déterminante étant donné qu ils peuvent servir de modèle pour convaincre leurs pairs 68
75 La mise en place de structures institutionnelles: Une stratégie de sensibilisation sur laquelle s appuient plusieurs partenaires d exécution a nécessité la création de différents groupes dans différents endroits, tels que les comités de lutte contre le travail des enfants dans les écoles et les clubs d enfants au niveau de la communauté. La création de structures gérées par la communauté contribue à accroître considérablement les chances de les voir fonctionner même après le projet. 1 L implication des femmes et des groupements féminins: Dans les communautés, les femmes sont soit les mères des enfants travailleurs ou ont, d une manière ou Les mères peuvent constituer un relais important d une autre, des liens avec eux et se soucient de leur bien-être et de leur avenir. Elles continueront de soutenir la réalisation des activités après le projet et ce soutien portera sur la mobilisation des ressources et le plaidoyer. L implication des médias et autres institutions: Conquérir le soutien des médias dans les activités de sensibilisation élargit considérablement l étendue de l impact. Une fois qu ils sont sensibilisés sur les liens entre travail des enfants et éducation, ces agents vecteurs de changement pourront continuer à les couvrir dans leurs programmes d activités périodiques. De même, sensibiliser les structures et les responsables du gouvernement contribuera aussi à pérenniser les acquis du projet dans le long terme. Cibler les activités: L impact des activités de sensibilisation va s accroître de façon sensible si les cibles de ces activités sont clairement définies, on peut citer les hommes politiques locaux et/ou nationaux, les hommes d affaires ou autres décideurs, et si ensuite un mécanisme de suivi est mis en place. Dans certains projets CIRCLE, les hommes politiques qui ont suivi des activités comme le théâtre des enfants, ont affirmé leur intention d inclure les droits de l enfant dans les manifestes des partis politiques. Il est important de s assurer que ceux qui font de telles déclarations vont réellement jusqu au bout de leurs intentions. L établissement et le renforcement des partenariats: Certains des partenaires d exécution de CIRCLE ont constaté que mener des activités de sensibilisation à l intention des autres organisations de la société civile et de partenaires de la communauté est efficace dans la perspective de pérenniser les acquis du projet. En nouant de nouveaux partenariats ou en renforçant ceux existants, il devient possible d intégrer le travail des enfants et l éducation dans les programmes de ceux qui oeuvrent dans le domaine du social. La mobilisation des ressources: Sensibiliser les donateurs potentiels peut faciliter la mobilisation des ressources, ressources qui pourront être utilisées pour appuyer les acquis du projet sur le long terme. Par exemple, les entreprises locales peuvent vouloir apporter de l appui à l éducation des enfants en prenant en charge les frais des fournitures et équipements scolaires. Dans le cas du projet AMWIK au Kenya, le DCLC a organisé dans l une des zones d intervention du projet, une campagne de sensibilisation et de collecte de fonds dans l enceinte d une des écoles du village pour financer l achat d uniformes scolaires aux enfants vulnérables ainsi qu un programme de soutien alimentaire. Cette campagne a été l initiative de communautés qui suivaient les émissions radiophoniques sur le travail des enfants et qui participaient aux débats sur cette problématique et sur les stratégies pour venir en aide aux enfants. Au Ghana, les communautés cibles du projet ANPPCAN ont ouvert des comptes d épargne travail des enfants gérés par les Comités Régionaux et Communautaires de Plaidoyer sur le Travail des Enfants et ont organisé des activités de sensibilisation et de collecte de fonds lors des manifestations. Les fonds collectés ont été déposés dans chaque compte pour appuyer l éducation des enfants sur le long terme. Ces activités ont été fortement soutenues par des hommes politiques et des hommes d affaires ainsi que par des membres ordinaires de la communauté. 69
76 1 5. Les défis Ci-dessous certains défis à garder à l esprit pendant la planification des activités de sensibilisations: Les barrières culturelles et traditionnelles: Si des cas d exploitation d enfants y compris des cas de travail d enfants et de refus d accès à l éducation sont légion dans une zone donnée, cela peut être dû à des raisons culturelles et/ou traditionnelles. Surmonter ces difficultés nécessite du temps et un dialogue. Une approche élaborée à la hâte ne comporte pas seulement que des risques d échec mais aussi peut produire entièrement les effets inverses à ceux escomptés et même renforcer par la suite l acceptation du statut quo. Par exemple, certains enfants membres des clubs des enfants créés au niveau des écoles dans le cadre du projet RADA, en Sierra Léone, ont été verbalement et physiquement agressés par des populations de villages voisins au cours de leurs activités de sensibilisation. Cela est dû au fait que les adultes ont ressenti comme une insulte le fait que des enfants abordent des problèmes culturels avec eux et en leur demandent de changer de comportement. Les barrières linguistiques: Les messages de sensibilisation sont plus efficaces lorsqu ils sont délivrés dans la langue que le public cible maîtrise le plus. Cela peut impliquer la traduction de certains documents dans les langues locales ou l utilisation d un style de langue qui caractérise le groupe social. Par exemple, les enfants et les jeunes ont souvent un vocabulaire propre à eux. Certaines barrières linguistiques peuvent exister à l intérieur d une communauté, c est le cas par exemple, des communautés où le taux d illettrisme est élevé. Si les gens ne savent ni lire ni écrire, il est judicieux d utiliser des méthodes d écoute ou des images plutôt que des messages écrits. Le suivi: Le suivi doit être intégré à la réalisation des activités pour non seulement évaluer si les activités ont atteint les objectifs visés ou pas mais aussi pour noter les progrès réalisés en termes de changements dans les attitudes et les comportements. Cela nécessite l élaboration d une stratégie de sensibilisation continue et intégrée qui renforce les liens existant entre les activités plutôt que d organiser une série d évènements ad hoc sans liens les uns avec les autres. Il est important d avoir une perception claire du but et de la vision si la dynamique générée par une campagne de sensibilisation doit se poursuivre après la réalisation de l activité initiale. Un des principaux défis que les organisations doivent relever est la mobilisation des acteurs qui jouent un rôle déterminant dans la formation de l opinion publique ainsi que dans les prises de décisions politiques au niveau local et au niveau national L approche holistique: Une approche holistique anticipe les solutions à appliquer aux nouveaux défis. Par exemple, un des projets a constaté que les campagnes d inscription des enfants à l école ont provoqué la surpopulation des salles de classe d une des écoles du village ce qui a eu un impact négatif sur la qualité de l enseignement. Dans de telles situations, des efforts doivent être faits pour travailler en étroite collaboration avec les autorités, les acteurs et les institutions concernés pour la recherche de solutions permettant de juguler les éventuels impacts des activités. L appui: Amener les communautés défavorisées et pauvres à comprendre les problèmes sociaux auxquels elles sont confrontées doit se faire en s appuyant sur des efforts de collaboration dans l élaboration et la mise en oeuvre des interventions afin de surmonter ces problèmes. La sensibilisation est la première mais pas la seule étape vers la responsabilisation de la communauté. Le niveau de la réponse doit être proportionnel à l ampleur du problème. L implication des acteurs: Un des principaux défis que les organisations doivent relever est la mobilisation des acteurs qui jouent un rôle déterminant dans la formation de l opinion publique ainsi que dans les prises de décisions politiques au niveau local et au niveau national. Tous les efforts doivent être faits pour impliquer les médias dans les activités de sensibilisation y compris la presse écrite, la radio, la télévision et les médias électroniques. Par exemple, si le groupe cible du projet est illettré et le village très éloigné, la radio serait le média le plus efficace. (Ceci implique aussi de s assurer que l équipement nécessaire est disponible sur place pour recevoir les émissions). Le renforcement des connaissances et de la compréhension des responsables et institutions du gouvernement ainsi que des hommes politiques est important surtout dans la perspective d assurer la durabilité sur le long terme. Dans certains endroits, cela 70
77 peut consister à l implication de leaders traditionnels. De la même manière, les employeurs doivent constituer un groupe cible. Dans les situations où des enfants sont employés à l intérieur de la communauté et le projet réussit à les en sortir et à les inscrire à l école, il peut y avoir des représailles à l encontre du projet de la part des employeurs. Il est donc essentiel que les employeurs soient ciblés par les campagnes de sensibilisation et qu ils soient invités à contribuer activement à la création d opportunités pour l éducation des enfants. 1 Eliminer la discrimination et l exclusion: Partout où cela est possible, des efforts doivent être consentis pour que les structures et les groupes qui ont été créés dans le cadre de la sensibilisation sur le travail des enfants et sur l éducation soient le plus inclusif possible. Par exemple, les clubs d enfants créés au niveau des écoles ou des comités, qui comprennent uniquement des enfants à risque et des anciens enfants travailleurs peuvent conduire à des situations où le club et les enfants sont marginalisés et éventuellement stigmatisés à l école. Il est donc plus judicieux d avoir un club ou un comité ouvert à tous. Autres chapitres importants Le plaidoyer, p. 72 L Éducation, p. 90 L Éducation par les pairs, p. 156 Le Suivi du Travail des Enfants, p. 168 Les enfants mettent l accent sur l éducation pour leur épanouissement 71
78 2 C h a p i t r e D e u x Le Plaidoyer 1. Introduction L objectif fondamental du plaidoyer est de mobiliser les décideurs politiques du monde entier en vue d aboutir à un changement social à travers un impact sur les politiques et programmes concernés. Les politiques et programmes relatifs à l accès à et à la qualité de l éducation sont étroitement liés à la problématique du travail des enfants. Les Gouvernements doivent reconnaître cette corrélation et la prendre en compte dans la prise de décision afin que les stratégies adoptées pour extraire les enfants des lieux de travail à risque et les insérer dans des programmes d éducation soient durables et répondent aux besoins des enfants travailleurs ou à risque. La sensibilisation, qui est traitée de façon exhaustive dans le chapitre précédent, fait partie intégrante du plaidoyer. C est un moyen pour informer les acteurs politiques, par exemple, de la nécessité de développer ou de reformer le cadre de concertation politique ou législatif relatif au travail des enfants et à l éducation. La sensibilisation, comme faisant partie intégrante du plaidoyer, est le véhicule pour disséminer le message, tandis que le but final est d influencer la prise de décision politique. La réforme de la politique d éducation, est essentielle pour surmonter les insuffisances qui font que l éducation est inaccessible à certains groupes ou qu elle est de qualité si médiocre que ni les enfants ni les parents ne perçoivent sa pertinence ou son utilité. Le développement de programmes doit intégrer à tous les niveaux les besoins et attentes spécifiques des enfants qui travaillent et des enfants qui sont à risque et en fin de compte créer un environnement favorable à la réduction et à la prévention du travail des enfants. À travers le plaidoyer, les décideurs politiques peuvent prendre conscience de la situation du travail des enfants au niveau local et des causes et conséquences du travail des enfants, et leur implication peut être sollicitée dans la mise en œuvre concrète des activités du projet. En fin de compte, cela affectera leurs actions et leurs décisions de sorte qu ils prennent en compte la situation des enfants travailleurs et à risque dans la définition de politiques. Identifier les institutions et structures existantes de lutte contre le travail des enfants peut servir de point d entrée pour les activités de plaidoyer 72
79 Les partenaires de CIRCLE ayant identifié des meilleures pratiques en matières de plaidoyer Afrique Asie Amérique Latine ANPPCAN, Ghana BAT, Inde CEBIAE, Bolivie CRADA, Ghana CLAP, Inde CENDHEC, Brésil ANPPCAN, Kenya RADAR, Inde CEIPA, Guatemala WHEPSA, Sénégal VOCRDC, Inde PAMI, Guatemala APEGS, Sierra Léone CAC, Népal RADA, Sierra Léone CWIN, Népal HOPE, Philippines KKPC, Philippines QK, Philippines 2 2. Les expériences de CIRCLE dans le domaine du plaidoyer Les activités de plaidoyer entreprises dans le contexte des projets CIRCLE se sont surtout articulées autour de l organisation de rencontres et de discussions avec les groupes en charges de politiques, politiciens ou d autres élus, tels que les maires et les conseillers municipaux. Ces rencontres ont concerné des évènements nationaux importants qui rassemblent différents acteurs, et des rencontres restreintes et plus ciblées au niveau local. Dans certains cas, les efforts de plaidoyer ont débouché sur l adoption de réglementations et arrêtés municipaux pour soutenir les activités initiées par les projets CIRCLE. Aux Philippines, QK, par exemple, a pu convaincre les collectivités locales dans certaines zones d intervention des projets d adopter une législation qui prévoit des dispositions en vue de la création et le renforcement des conseils communautaires pour la protection des femmes et des enfants. 3. La conception des activités de plaidoyer 2 a CWIN: Les enfants en tant que défenseurs Au Népal, le projet CWIN a organisé un Forum National des Enfants Travailleurs, regroupant des enfants exerçant différents emplois. Une liste de recommandations a été dressée lors du forum, lesquelles recommandations ont été présentées au Ministre du Travail, qui a donné les assurances que le Gouvernement mettrait en œuvre les législations et politiques existantes relatives au travail des enfants. À l issue du forum et s appuyant sur le résultat de ses travaux comme document de travail, CWIN a organisé des ateliers pour les représentants des institutions nationales et des organisations internationales oeuvrant dans les domaines du travail des enfants, les droits des enfants et l éducation. Les participants ont passé en revue les politiques du Gouvernement sur le travail des enfants et l éducation et ont rédigé une lettre de politique améliorée sur l éducation des enfants qui travaillent et des enfants à risque. CWIN a également sollicité l implication des institutions gouvernementales, y compris le Bureau du Développement des Femmes du District, le Département du Développement des Femmes et le Conseil du Bien-Être de l Enfant. De plus, il a confectionné un ensemble de documents relatifs au plaidoyer, y compris une brochure sur «Les Mythes et Réalités du Travail des Enfants», qui a été distribué à divers acteurs, telles que les institutions gouvernementales. Influencer la politique et mobiliser les décideurs politiques demande beaucoup de temps, de la coordination et des ressources. Les politiciens, surtout au niveau national, sont des personnes fortement sollicitées, des priorités à définir, des calendriers personnels et politiques. Travailler avec les représentants politiques au niveau communautaire ou local comporte d autres difficultés au regard du risque d influences au niveau local. Il n est pas facile d organiser une rencontre regroupant un certain nombre de politiciens, si possible de différents partis et opinions, et s assurer qu ils restent pour la durée de la rencontre et participent pleinement. Néanmoins, il est utile de persévérer étant donné que le changement a plus de chance d être durable lorsqu il est soutenu par la volonté et l engagement politique. Les organisations commencent souvent avec des activités communautaires telles que les enquêtes, les entretiens et les discussions avec les membres du groupe témoin et ensuite utilisent les résultats pour sensibiliser au niveau de la communauté elle-même et ensuite informer un éventail de parties prenantes. Souvent, les acteurs locaux, qui sont plus étroitement impliqués dans la gestion de la situation sur le terrain, sont souvent des partenaires de bonne volonté engagés dans les activités de sensibilisation ciblant les politiciens et pour demander des changements dans le cadre des politiques, particulièrement pour l éducation, et dans la mise à disposition de ressources suffisantes pour accompagner ces changements. 73
80 2 3.1 Définir le but du plaidoyer La première étape consiste à établir les objectifs des activités de plaidoyer. Certains projets se concentrent sur les activités «en aval», telles que des interventions pratiques, au niveau local visant le retrait des enfants du travail et leur placement dans des programmes d éducation. Dans ces cas, la sensibilité se fait généralement au sein de la communauté. À travers les activités en aval, la connaissance essentielle est acquise et peut alors informer les activités de plaidoyer «en amont» ciblant ceux chargés de l élaboration des politiques. Les stratégies de plaidoyer sont plus efficaces lorsqu elles sont basées sur la pratique, les connaissances de bases et les statistiques. Elles sont par la suite renforcées par la participation des groupes d acteurs, y compris les enfants. Cependant, elles devraient aussi être ciblées, car si elles sont trop vastes, elles pourraient ne pas atteindre l impact souhaité. La mise en œuvre, l absence de politique posent souvent problème. Par exemple, un pays peut déjà disposer d une loi relative à l âge minimum ou de lois interdisant certains type de travaux, tels que les travaux dangereux, pour les enfants de moins de 18 ans. Cependant, l application peut rencontrer des difficultés dans la pratique à travers le pays, surtout dans les zones rurales, reculées et pauvres. De même il peut exister des législations en vigueur qui garantissent le droit de tous les enfants à l éducation publique gratuite mais le défi est de s assurer que tous les enfants jouissent de ce droit. À Orissa, un état de l Inde, CLAP a appris que 1.3 millions d enfants âgés de 6 à 14 ans n étaient pas scolarisés en dépit de l existence d une législation appropriée. De toute évidence, le défi consiste à mettre en adéquation le développement des politiques et réformes et leur mise en œuvre. 2 b KKPC: Mobiliser l appui des autorités politique locales Dans la ville de Quezon aux Philippines, le projet KKPC a conjugué ses efforts afin de pour impliquer les autorités locales par des visites du directeur du projet aux autorités municipales, des courriers relatifs au projet adressés aux responsables politiques de la ville et des invitations à prendre part aux activités du projet. Les résultats ont été positifs et le Maire de la ville a donné son accord pour participer à une cérémonie spéciale dédiée aux premiers enfants bénéficiaires. En plus, KKPC a tiré profit de l intérêt manifesté très tôt par un conseiller municipal, basé sur une article dans les journaux et a encouragé l établissement d étroites relations qui ont permis au conseiller de convaincre la municipalité à inclure les bénéficiaires du projet dans un programme de bourses universitaires. Le même conseiller, avec l appui de collègues qui partageaient ses convictions, a aussi défendu des résolutions sur le travail des enfants pendant les réunions du conseil municipal, lesquelles résolutions ont conduit au vote d un arrêté municipal interdisant l emploi d enfants de moins de 15 ans dans les services publics et privés de la ville de Quezon. L approche des 5Q est utile dans la planification d activités de plaidoyer: Qui: Cela demande à ce que les représentants politiques soient ciblés. L impact serait plus important s il y a déjà une ouverture, tel qu un politicien ou groupe de politiciens sensibles. Les points suivants devraient être considérés dans cadre de la recherche de la cible : Existe-t-il des initiatives nationales par le passé, en cours ou à venir dans le domaine des droits des enfants qui impliquent déjà certains politiciens tel qu un programme IPEC/BIT? Existe-t-il déjà des comités institutionnels ou organes chargés des politiques ou programmes traitant des droits de l enfant, l éducation or les sujets connexes, par exemple un comité national sur les droits de l enfant ou un comité national sur l éducation? Si tel est le cas, qui siège au sein ces organes? Il y a t-il des politiciens qui ont déploré la situation du travail des enfants, l éducation ou les sujets connexes? Il est important que les communautés soient encouragées à mobiliser leurs propres ressources pour soutenir et pérenniser leur activités 74
81 Il n est pas toujours évident d identifier les politiciens sensibles. Quelle que soit la cible, ils devraient être en position d entraîner un changement ou en faciliter le processus, tels que les ministres du travail, les ministres de l éducation, les ministres chargées des questions sociales ou de la femme et des enfants, ou leurs homologues locaux. Certains projets CIRCLE se concentrent sur les leaders communautaires ou les autorités coutumières, tels que les chefs en Sierra Léone et les assemblées villageoises en Inde, qui ont d importants pouvoirs administratifs au niveau communautaire. 2 Quoi: Le contenu de message relatif au plaidoyer devrait être clairement défini. Par exemple, le message va-t-il se focaliser sur les droits de l enfant, l éducation, ou les deux et comment la corrélation entre les deux sera clarifiée? Le public cible influera sur le contenu du message. Par exemple, si le message s adresse aux autorités de l éducation, il aura un lien avec l amélioration de l accès à et la qualité de l éducation pour les enfants qui ont quitté l école ou les enfants démunis, les enfants qui combinent l école et le travail, les groupes indigènes ou tribaux et d autres groupes sociaux marginalisés. Le projet ANPPCAN au Kenya par exemple a dressé une liste de questions liées aux politiques par rapport à l éducation et les opportunités relatives à la formation professionnelle qui devaient être traitées et a ensuite identifié ce que le Gouvernement peut entreprendre concrètement. Il ne s est pas contenté Les activités visant les autorités de dresser une liste de changements souhaités en termes de politiques nationales sont mieux organisées et législations, mais il a aussi contribué au débat pour conduire à ce changement offrant des solutions aux représentants politiques plutôt que de leur soumettre simplement des problèmes. dans la capitale où les parlementaires Quand: La date des activités de plaidoyer doit s insérer dans le chronogramme et les institutions du gouvernement général du projet, prenant en compte les autres activités et calendriers du public cible. Si un message de plaidoyer n intègre pas les résultats central sont habituellement basés d autres activités du projet, telle qu une enquête, cela aura évidement un impact sur le moment où le message peut être formulé et livré. De même, si des élections ou d autres évènements politiques sont programmés, il serait judicieux de planifier les activités de plaidoyer en conséquence afin qu elles ne coïncident avec ou qu on en tire pas profit. Les stratégies de plaidoyer devraient tenir compte et s alimenter de débats local ou nationaux programmés qui pourraient avoir des répercussions sur la politique, tels que les réformes sur la législation relative à l éducation. Où: La décision de mettre l accent ou non sur les autorités locales ou le gouvernement central ou les deux aura un impact sur le type d activités planifiées et le lieu. Par exemple, les activités ciblant les autorités nationales sont mieux organisées dans la capitale où les assemblées nationales et les institutions gouvernementales sont généralement situées. Les politiciens ayant un emploi du temps chargés ne sont pas susceptibles de parcourir des longues distances pour des rencontres. Pour le plaidoyer au niveau local, les meilleurs résultats sont obtenus en impliquant les politiciens et les conseillers pour les activités communautaires et en facilitant l interaction entre eux et d autres groupes d acteurs. Pourquoi : Quel est le but des activités de plaidoyer? C est une question qui doit être abordée dès les premières étapes de la planification, lors de la définition des objectifs du projet. Cette démarche permettrait de déterminer s il faut inclure le plaidoyer dans les activités, à quel niveau (local ou national), et qui doit être ciblé. Comment: Les méthodes de dissémination du message sont analysées dans les détails plus tard dans ce chapitre et devrait aider à stimuler davantage d idées et de réflexion. Les points à prendre en compte comprennent la question à savoir si et comment impliquer les différentes parties concernées dans le processus de dissémination. La participation des enfants par exemple, qu il s agisse d enfants travailleurs, d anciens enfants travailleurs ou des enfants à risque, peut avoir un impact sur le processus, attirer l attention des médias et contribuer à leur développement personnel et social. 75 Etablir un partenariat avec les organisations de plaidoyer locales ou nationales peut être efficace contre le travail des enfants
82 2 3.2 Le rôle du plaidoyer dans la création d un environnement favorable La mise en place de cadres politiques et législatifs nationaux fait partie de la création d un environnement favorable à la réduction et la prévention du travail des enfants et la promotion de l éducation. Les études sur les cadres existants devraient évaluer les aspects suivants: Le débat politique national ou local présent ou en perspective sur les politiques et législations pertinentes ; Les plans nationaux de développements existants ou en perspective, qui comprennent la réduction de la pauvreté, EPT, l action sociale, l emploi (surtout l âge minimum), la formation technique et professionnelle et l apprentissage, les travaux dangereux, la protection de l enfant, etc. ; Les programmes des agences internationales en Les dirigeants villageois peuvent devenir porte-parole pour plaider contre le cours ou planifiés, particulièrement la Banque travail des enfants et en faveur des opportunités d éducation pour les enfants Mondiale, l UNESCO et l UNICEF, mais aussi bien d autres, y compris les ONG internationales qui pourraient influer sur les plans nationaux de développement ; Les programmes IPEC/BIT passés, en cours ou en perspective, étant donné qu ils auront un impact sur le paysage politique, par exemple à travers l existence d un comité national pour le travail des enfants, les listes des travaux dangereux, la législation relative à l âge minimum, etc. ; L implication des autorités et parties politiques clés aux niveaux local et national dans les domaines touchant le travail des enfants, le développement de l enfant et l éducation ; Les initiatives locales ou nationales en cours ou en perspective, y compris les événements, débats et autres activités qui pourraient affecter les politiques et programmes liés au travail des enfants et l éducation ; Les ressources présentement allouées pour la mise en oeuvre des politiques et de la législation relative au travail des enfants et à l éducation; Nanti d une plus grande connaissance du paysage politique et législatif aux niveaux local et national et des zones d intervention cibles et des audiences, il est plus facile de développer des activités de plaidoyer appropriées. Afin que le plaidoyer soit un succès, surtout au niveau national, cela demande en engagement sans faille en termes de développement de contacts, de réseaux et de partenariat, ainsi qu en temps, efforts, ressources humaines et financières. Tenir compte de l utilisation la plus efficace des ressources et les combinaisons à faire, s il y a lieu, s inscrit dans les activités en aval et amont. Enfin, le résultat proposé devra servir l intérêt suprême des enfants bénéficiaires. 3.3 La conduite des actions de plaidoyer Le processus des 5Q décrit dans la section 3.1 donne des indications sur la conduite à tenir en cas de débats internes sur les formes d activités de sensibilisation. Ces quelques éléments qui suivent sont aussi à prendre en considération : Quels sont les points d entrée pour la politique? Les contacts et les réseaux politiques existent-ils déjà aussi bien au niveau local que national, peuvent-ils être mobilisés en faveur de l action de plaidoyer. Des responsables politiques siègent par exemple au sein des conseils d administrations de certaines organisations. 76
83 Doit-on mener l action de sensibilisation seulement au niveau local ou national ou aux deux à la fois? La mobilisation des leaders politiques au niveau local ne doit pas être considérée comme un défi ou une perte de temps au niveau national, même si chacune a ses propres défis. Il apparaît plus efficace de lancer la mobilisation au niveau local d abord, tout en visant les politiciens à l échelle nationale sur le long terme. Dans les pays où les politiques de décentralisation ont été un succès, on a juste besoin de mettre l accent sur le gouvernement local en matière de plaidoyer, car c est là que se prennent les décisions les plus importantes en matière politique. Souvent, les autorités locales deviennent si impliqués dans le projet, qu ils deviennent ses défenseurs auprès du gouvernement central. C est ainsi qu au Guatemala, le PAMI a décidé qu il pouvait bénéficier de plus d appui pour mettre en œuvre Il est utile de chercher des fonctionnaires bien placés ou ceux ayant un intérêt particulier ou une responsabilité sur la question ses politiques d enseignement public au niveau municipal. En Inde, le BAT a aussi travaillé en étroite collaboration avec les responsables et les représentants des conseils villageois (Panchayat). 2 Y a-t-il d autres voies politiques? Les pays ont des systèmes et processus politiques différents. Par exemple, les autorités aux niveaux traditionnel et communautaires sont des audiences cibles potentielles et des relais pour les messages de plaidoyer. Les activités de plaidoyer peuvent être plus formelles que d autres activités de projet puisqu elles impliquent le plus souvent des rencontres et des discussions avec des fonctionnaires du gouvernement. La sensibilisation, par contre, peut être créatrice, innovatrice et limitée seulement par l imagination. Dans un certain nombre de projets de CIRCLE, les enfants ont appuyé les efforts de plaidoyer à travers un éventail d activités, notamment le théâtre, l écriture artistique, les rassemblements de campagne et en prenant part à des discussions directes avec les politiciens. La description de quelques exemples d activités basées sur les meilleures pratiques de CIRCLE qui peuvent être répliquées et utilisées afin de stimuler les idées nouvelles. Les réunions et les séminaires Une des méthodes de plaidoyer les plus répandues, consiste à organiser des rencontres avec les autorités politiques et autres décideurs. La préparation de ces réunions suit généralement un canevas similaire : 2 c CLAP: Le plaidoyer à travers des stages ciblés La principale caractéristique de l initiative de plaidoyer du projet CLAP basé Orissa en Inde, a été la mobilisation d une équipe de stagiaires pour appuyer le projet. Ces stagiaires ont été formés dans le domaine du travail et de l éducation des enfants avant d être répartis dans des environnements divers qui comprenaient des services de l État ou des ministères où, ils ont travaillé pendant un certain temps pour appuyer, guider et informer les autorités et les politiques sur ces questions. Ainsi les autorités et les politiciens étaient ouverts aux activités de mobilisation sociale de CLAP, de même leurs participations aux discussions sur le moyen de libérer les régions où intervient le projet, du phénomène du travail des enfants et ils se sont impliqués dans un dialogue en cours avec le projet CLAP sur l amélioration de l accès à l éducation et de la qualité de l enseignement. La stratégie a été bénéfique, puisque les stagiaires étaient des volontaires qui ont apporté leur contribution au projet tout en renforçant leurs propres compétences. Elle donne la garantie que les messages de plaidoyer sont transmis de façon ciblée et personnelle et d une manière qui intègre l environnement de travail des parties prenantes et par conséquent plus facile à assimiler. Identifier les participants: Ce sont les leaders politiques locaux ou nationaux, des autorités gouvernementales, des responsables coutumiers, des conseillers municipaux ou des membres des conseils villageois. Il est aussi important de rechercher et d associer des décideurs ayant un intérêt particulier ou une responsabilité avec le sujet concerné. Il s agit par exemple des ministres en charge de l éducation ou du travail, ou des responsables politiques qui se sont publiquement exprimés en faveur des droits de l enfant ou de l éducation pour tous. La planification devra inclure l identification des membres des services étatiques compétents ou des structures telles que la Commission Nationale sur le Travail des Enfants, s il en existe une. En Inde, le CLAP a organisé une série de rencontres avec les principales figures politiques de l État d Orissa afin d établir des contacts solides avec les ministères compétents tels que ceux en charge de l Industrie et de la Loi, du Développement de la Femme et de l Enfant, du Travail ainsi qu avec le Parlement Communautaire, le Service en charge du Programme Education de Base et de l Education de la Fille. À chaque réunion, des efforts sont faits pour explorer des domaines de collaboration entre le projet CLAP intitulé «le Vrai chemin qui mène à l éducation» et en particulier la direction générale de l enseignement de base d Orissa. Au cours de ces réunions, les débats se sont focalisés sur la nécessité de relever le taux de scolarisation, avec une emphase particulière pour les jeunes filles. Au Ghana, le projet 77
84 2 CRADA, s est beaucoup intéressé aux Conseils de District vu leur importance en tant qu autorité politique locale et première agence de développement au niveau du district. Définir les buts et l ordre du jour des réunions. Savoir ce que l on veut atteindre comme but à travers les réunions, peut contribuer à la fois à identifier les participants potentiels et à mettre l accent sur les objectifs de la stratégie de plaidoyer. Le plaidoyer n est pas une fin en soi: il vise à donner l information et à exercer une pression en faveur de reformes politiques. Par exemple, en Inde, les réunions organisées par RADAR, dans la zone d intervention du projet, en collaboration avec la Commission de District pour la Santé de l Enfance, ont mis l accent sur la mise en place d un plan local pour l enfance qui prenne en compte la suppression et la prévention du travail des enfants. Préparer les réunions: Il est extrêmement important de préparer convenablement les réunions qui regroupent des autorités politiques. La préparation de ces réunions exige une recherche pour la collecte ou l élaboration des documents, des statistiques, des résumés analytiques, etc.toutes les questions relatives au projet sur le travail des enfants et leur situation scolaire, doivent pouvoir obtenir une réponse appropriée, surtout dans la zone d intervention du projet. Les documents de travail doivent clairement définir les buts de la réunion et les attentes. Les invitations pour prendre part aux réunions doivent être envoyées suffisamment à l avance (bien à l avance en ce qui concerne les autorités politiques) et suivies de contacts plus personnels. Fixer des dates et lieux de la tenue des réunions, toute chose de nature à faciliter un niveau élevé de participation et assurer une bonne utilisation des ressources. Choisir un président de séance: On peut faire efficacement avancer les stratégies de plaidoyer, en impliquant des autorités politiques de haut niveau qui militent en faveur des sujets touchant les droits de l enfant, la prévention et l élimination du travail des enfants, la promotion de l éducation. Demander à ces responsables politiques d assurer la présidence des réunions sur ces sujets, peut favoriser une participation plus large de l échiquier politique et susciter un intérêt certain pour la presse. On peut même convaincre le président de séance d accepter en devenir la porte parole pour les campagnes à mener et de représenter le projet dans d autres forums et débats politiques. Elaborer une stratégie de suivi: Les réunions politiques se tiennent à tout moment, et de nombreuses sollicitations sont faites aussi bien au niveau local que national, venant d un large éventail de groupes. Les politiques ont tendance à être plus attentifs aux messages forts, clairs transmis de manière convaincante. Le suivi est capital. Les résolutions des réunions doivent être 2 d CENDHEC: Une formation ciblée en appui au plaidoyer La formation des agents pour la sensibilisation figurait au premier plan du projet CENDHEC à Recife au Brésil. CENDHEC a ciblé deux groupes spécifiques: les enfants les jeunes et les animateurs des programmes PETI 8 à la mairie de Recife. C est ainsi qu un groupe de 20 adolescents a été formé comme agents de prévention du travail des enfants et sont devenus actifs au sein de leurs communautés en faisant de la sensibilisation et de la promotion des droits des enfants dans leur communauté. Ce groupe a, à son tour, formé d autres jeunes pour servir aussi comme agents de prévention du travail des enfants et a ainsi contribué à renforcer la durabilité par l effet multiplicateur. Les membres de ce groupe ont participé à des rencontres avec des autorités politiques, y compris avec le président du Brésil, pour attirer leur attention sur les doléances des enfants travailleurs du pays. Le programme de renforcement des capacités a mis un accent particulier sur le droit des enfants et le développement de leurs compétences personnelles et sociales afin de leur permettre de tenir leur rôle en tant qu agent de changement social. Les membres du groupe se sont aussi impliqués dans l organisation de la deuxième rencontre sur le travail domestique des enfants à la mairie de Recife, au cours de laquelle le plan municipal d éradication du travail des enfants a fait l objet de discussions et d approbation par les enfants participants. L évènement a bénéficié du soutien du programme PETI créé par le gouvernement brésilien, et les officiels ont participé aux discussions. Le plan est le résultat des premières activités de mobilisation sociale du projet CENDHEC, lesquelles avaient alors été approuvées par un Conseil Municipal sur les Droits de l Homme qui l a ainsi institué comme politique. Le but de la rencontre était de savoir comment la municipalité allait mettre le plan en pratique. Dans le cadre de la stratégie de plaidoyer, les participants se sont accordés pour publier une lettre ouverte demandant une mise en application totale du plan. La lettre a, en outre, condamné toutes les formes de travail des enfants et a lancé un appel pour un meilleur suivi du programme gouvernemental PETI afin de s assurer que les familles reçoivent des aides sociales appropriées et que le programme extrascolaire est renforcé. La rencontre et ce qui s en est suivi, furent l objet d une large couverture médiatique. Il existe environ 200 animateurs PETI, qui assistent aussi les familles des bénéficiaires. CENDHEC organisent des formations supplémentaires et met à disposition de ces autorités des documents dans le domaine du travail des enfants, et surtout le travail domestique des enfants. PETI a soutenu ce renforcement de capacités supplémentaire, qui a ouvert la voie à des possibilités d une collaboration plus étroite entre le CENDHEC et cet important programme du gouvernement. CENDHEC a suivi l allocation des budgets de la municipalité et de l Etat pour assurer que des ressources appropriées sont allouées aux zones critiques du phénomène du travail des enfants et de l éradication du travail des enfants, en même temps qu il suivait la mise en œuvre de la politique au niveau municipal. 8 PETI (Programme de Erradicaçao de Trabalho Infantil) est une initiative du gouvernement brésilien pour éradiquer les pires formes du travail des enfants tout en accroissant l accès à l école et la réduction de la pauvreté. Il est connu sous le nom de Programme Conditionné de Transfert d Argent. Ce qui signifie que les bénéficiaires reçoivent de l argent une fois qu ils se seront conformés à certaines conditions, comme aller à l école. Le programme comprend des activités après les cours visant à réduire la vulnérabilité des enfants vis-à-vis du travail des enfants. 78
85 rédigées, approuvées et diffusés à destination d un large public, de préférence à travers les médias, surtout dans les régions où le projet est implanté. La publication des comptes-rendus des réunions est une preuve tangible à partir de laquelle on peut mesurer et évaluer les progrès réalisés en matière de reforme de politique et de développement. Les stratégies de suivi peuvent prendre en compte le renforcement des capacités des parties prenantes pour leur permettre de poursuivre les activités de plaidoyer après la fin du projet, surtout qu il se peut qu il y ait un changement de personnes au niveau des élus et des autorités gouvernementales aux plans local ou national il est important de pouvoir établir des contacts avec leurs remplaçants dans le cadre des activités de plaidoyer. 2 Etablir des partenariats et des alliances: Vu le nombre de groupes d intérêt et de pression qu il y a aujourd hui dans la plupart des pays et au regard du nombre de sollicitations qu ils adressent aux autorités politiques, il est utile d identifier ceux qui poursuivent les mêmes buts. C est le cas par exemple des organisations qui oeuvrent pour un plus grand accès à l éducation dans les régions déshéritées et pour une meilleure protection des orphelins du VIH/SIDA. A un moment où le besoin pour plus de cohérence se fait sentir à tous les niveaux dans les politiques de développement et d allocation des ressources, il serait plus efficace, si les organisations pouvaient conjuguer leurs efforts. Cette approche s est avérée particulièrement efficace en Sierra Léone avec le projet RADA qui a créé Dans certains projets CIRCLE, la formation avait pour but de renforcer les capacités d un certain nombre de groupes d acteurs pour entreprendre les activités de plaidoyer une vaste alliance avec les organisations partageant les mêmes buts, les organisations de la société civile et les ministères concernés en Sierra Léone et au Libéria pour lutter contre le trafic transfrontalier des enfants. En Inde, le projet CLAP est membre de la Campagne contre le Travail des Enfants (CACL), un groupe de pression national. Dans le cadre des activités de plaidoyer du projet, CACL a apporté son appui au projet CLAP en organisant une marche dans l Etat d Orissa à l occasion de la Journée Internationale des Droits de l Homme le 10 décembre. Au cours de ce rassemblement, un protocole d accord signé par les membres du CACL a été transmis au Ministre Principal et au gouverneur de l Etat d Orissa les interpellant en faveur d une législation globale sur les droits de l enfant, de même qu une réhabilitation des enfants travailleurs. En Inde, le projet VOCRDC travaille en collaboration avec l Alliance Tamil Nadu pour les Droits Fondamentaux à l Education, l Action pour l Eradication du Travail des Enfants (CLEAN) et la Campagne contre le Trafic des Enfants (CACT). Une préparation minutieuse et une planification des réunions de plaidoyer permettront d aboutir à des résultats clairement définis, lesquels pourront faire l objet d un suivi plus efficace. Une bonne documentation et un président de séance compétent et bien informé devraient permettre aux débats de se focaliser sur une obligation de résultats et des recommandations spécifiques. Les séminaires de renforcement des capacités On ne peut faire le plaidoyer de façon efficace pour une reforme politique et législative sur la problématique du travail des enfants qu à travers des séminaires de renforcement des capacités à l attention des responsables politiques, des fonctionnaires et autres autorités locales comme les chefs coutumiers. Dans le cadre de la stratégie globale de renforcement des capacités du projet, et afin de s assurer que le plaidoyer et la sensibilisation sont bien pris en compte, des séminaires appropriés peuvent être organisés au profit d un groupe d acteurs, surtout les autorités locales qui ont en charge l application des politiques et des législations nationales au niveau communal. C est ainsi qu en Sierra Léone, le projet APEGS s est rendu compte de l importance qu il y a à travailler de façon étroite avec les structures et les organismes traditionnels qui n ont pas toujours une bonne compréhension du travail des enfants et surtout des conséquences du trafic d enfants, du mariage forcé et le VIH/SIDA. APEGS a organisé des séminaires de renforcement des capacités au profit des doyens de la chefferie traditionnelle et des autorités Il est important d impliquer les enfants dans les efforts de plaidoyer 79
86 2 afin de les aider à identifier, appréhender et poursuivre en justice les trafiquants d enfants. À travers ces séminaires, les participants se sont familiarisés avec les législations nationales de la lutte contre le trafic des êtres humains et aux lois similaires. Après ces formations, les responsables coutumiers sont devenus des alliés dans le changement des attitudes et des comportements sociaux. Dans certains projets de CIRCLE, la formation vise à responsabiliser des groupes d acteurs spécifiques pour mener les activités de plaidoyer. Parmi ces acteurs, figurent les membres des comités ou groupes locaux, tels que les conseils municipaux, les enfants, les jeunes gens qui, vu le soutien et la formation dont ils ont bénéficié, peuvent devenir de puissants agents de changement social. Le projet PAMI au Guatemala a décidé qu il pouvait être davantage impliqué dans l application de la politique d enseignement au niveau municipal et par conséquent mettre l accent sur les efforts de renforcement des capacités des services municipaux en particulier la Commission Municipale pour la Femme, l Enfance et de la Jeunesse (COMUDE). La formation était basée sur la politique nationale et le cadre juridique qui régissent les questions liées aux droits des enfants et des jeunes, surtout leurs droits à l éducation et son application au niveau de la municipalité. Le projet PAMI a formé un groupe de 30 enfants et adolescents des écoles de la ville de Panajachel pour les responsabiliser afin de les amener à participer de façon significative aux processus de plaidoyer pour le respect des droits des enfants. Le projet PAMI, en collaboration avec la COMUDE, a élaboré un plan communal pour soutenir tous les membres de la société afin qu ils jouissent de leurs droits fondamentaux. Suivant un processus de consultation et de dialogue avec les autorités municipales compétentes, le plan a été entériné par le maire et le conseil municipal et a été adopté comme politique dont le but ultime est «de restaurer les droits fondamentaux à l éducation, à la santé, aux loisirs, à la protection des enfants et des jeunes de Panajachel, à Solala et de lutter con- Les comités locaux peuvent être utiles pour assurer le suivi des activités de plaidoyer et suivre les différentes parties prenantes tre la consommation de la drogue, contre les abus sexuels et toutes formes d exploitation.» Cette politique a aussi favorisé la promotion de nombreuses autres activités qui ont été approuvées par les autorités communales et qui bénéficient de financement. L approche de PAMI met en relief l importance de mener des activités de plaidoyer à un niveau où elles peuvent avoir le plus grand effet, dans ce cas conduisant à application au niveau local des politiques et législations nationales. Le résultat de ses efforts à Panajachel, a conduit à une reconnaissance officielle d un certain nombre de programmes éducatifs comprenant des bourses pour des enfants vulnérables, la fourniture de matériels scolaires, le recrutement d enseignants supplémentaires et le don d une parcelle pour y bâtir un centre éducatif pour les enfants ouvriers. L intégration des activités du projet dans les politiques de la municipalité a eu un impact significatif sur l attitude et le comportement des autorités de la ville, des conseillers, des élus, contribuant ainsi à la durabilité du projet. À Recife, au Brésil, une expérience similaire de responsabilisation des enfants et des jeunes défenseurs a été menée par CEND- HEC dans le cadre d un projet qui a mis l accent en priorité sur le travail domestique des enfants et l application d une politique municipale ayant même objectif. (Voir encadré 2d). Plaidoyer à travers des structures institutionnelles ou de projet Un certain nombre de projets CIRCLE ont travaillé à susciter une prise de conscience chez les décideurs politiques soit par l entremise de structures mises en place par le projet tels que les comités scolaires ou communautaires de lutte contre le travail des enfants, à l instar des Comités Régionaux sur le Travail des Enfants mis en place au Kenya par ANPPCAN (voir encadré 2e), soit à travers des structures étatiques existantes telles que les services de l éducation, les inspections d enseignement et les services sociaux. Un certain nombre de démarches dans l autorisation des participants au projet ou des autres institutions ou structures pour la conduite des activités de plaidoyer: Répertorier de façon exhaustive les institutions et structures déjà existantes, soit dans les zones cibles du projet soit au niveau régional ou national, susceptibles de servir de points d entrée aux activités de plaidoyer du projet. L existence de telles structures n est pas toujours évident et cet exercice pourrait nécessiter des prospections. Par exemple, ANPPCAN s est rendu compte que l on pouvait joindre la Présidence en ciblant son réseau de base que constituent les chefs traditionnels du pays. Dans l État d Orissa en Inde, CLAP a mis en place un Groupe de Travail de Panchayat pour travailler en étroite collaboration avec les parlements villageois dans les zones d intervention du projet. Toujours en 80
87 Inde, VOCRDC a associé les présidents des panchayat dans son programme de sensibilisation. Etablir à travers des études et des enquêtes les sphères d influence politique de ces structures et institutions. Identifier les possibilités de mise en place de structures et institutions du projet en mesure d influencer les décisions politiques au niveau local et /ou national à l instar des Comités Régionaux sur le Travail des Enfants mis en place au Kenya par ANPPCAN (voir encadré 2e) et des Comités Régionaux et Communautaires de Plaidoyer contre le Travail des Enfants mis en place au Ghana par ANPPCAN. S assurer que ces structures et institutions prennent en compte tous les acteurs cruciaux du projet. L implication des fonctionnaires des services gouvernementaux appropriés tels que ceux de l éducation, des services sociaux, de l emploi, dans les efforts de plaidoyer est une manière efficace de sensibiliser le secteur public et de s assurer que les messages importants sont portés à l attention des élus politiques. Ces travailleurs savent comment fonctionne le système politique et ont accès aux mécanismes, structures et aux représentants élus en mesure d influencer les processus de prise de décision au niveau local et national. Dans certains cas, les fonctionnaires mobilisés ont réussi à amener les politiques à s intéresser au phénomène du travail et de l éducation des enfants, en influençant le débat politique au niveau national et par moments, par la mobilisation de ressources au profit de l éducation et de la protection de l enfant.. Travailler par le biais des structures institutionnelles ou de projet est avant tout une activité de sensibilisation, mais qui peut être utilisée dans un contexte de plaidoyer (voir aussi la Sensibilisation). Un certain nombre de projets de CIRCLE ont utilisé cette stratégie. En Sierra Léone, l organisation RADA a mis en place un Club de Plaidoyer sur les Droits de l Homme et le Développement dans la communauté ciblée. Ce Club a mis l accent sur la traite des enfants et a travaillé en étroite collaboration avec les autorités chargées de l application de la loi et la Cellule d Appui aux Familles en vue de mener des investigations au sujet des enfants emmenés au-delà de la frontière libérienne. Ce Club est formé de personnes choisies par les responsables de la chefferie concernée et ayant bénéficié de formation sur les questions relatives aux droits humains, au travail des enfants, et à la traite des enfants. Les membres sont délibérément choisis au sein des communautés dans l objectif de s assurer que le Club demeurera opérationnel à la fin du projet. Leur contribution à la réduction du phénomène de la traite des enfants a été reconnue par les autorités, ce qui les a encouragés à poursuivre leurs activités sur un plus long terme. Des efforts ont également été déployés pour répliquer ce modèle dans d autres régions avec la participation des chefs locaux. Des rencontres régulières sont tenues avec la communauté et les représentants de la chefferie afin de donner des informations et de procéder à des remontées d informations ANPPCAN: Plaidoyer par le biais des institutions et structures locales Les activités des projets de ANPPCAN ont considérablement tiré profit de la création de structures locales sur le travail des enfants désignées sous le nom de Comités Régionaux contre le Travail des Enfants (DCLC) (cf. également chapitre sur la Sensibilisation). Les membres de ces comités étaient entre autres constitués de fonctionnaires issus de plusieurs départements ministériels ainsi que d autres acteurs. Dans le cadre d une stratégie de plaidoyer de plus grande envergure, les DCLC de différentes zones d intervention du projet dont Nairobi le siège du gouvernement central et l assemblée nationale ont lancé une série d émissions radiophoniques appelant les leaders politiques à mettre en œuvre des reformes législatives et politiques pour protéger les enfants de la traite. Ces émissions avaient aussi pour ambition de prévenir les parents, la famille élargie et les communautés des dangers et de les mettre en garde contre des trafiquants. Le comité de Mombassa a également publié un bulletin d informations visant à susciter une prise de conscience chez les habitants de la ville de la traite des enfants pour les besoins des travaux domestiques ou pour l industrie du sexe. ANPPCAN a choisi comme cible, la Présidence entre autres, particulièrement sa structure de base que constituent les chefs traditionnels du pays. Au Kenya, les chefs sont légalement habilités à prendre des décisions au niveau de la communauté sur des questions relatives à la paix, à la prospérité et au développement. Cela signifie que les chefs pourraient prendre des décisions liées aux pratiques nuisibles et dangereuses qui affectent les enfants, telles que le travail et la traite des enfants. Suite à cette campagne, ANPPCAN a pu assurer l appui total de plusieurs chefs dans les zones d intervention du projet. Les résultats ont été de plusieurs ordres, allant de la proscription du travail des enfants dans les brasseries locales à l établissement des bureaux d aide aux enfants, d abord au sein des services provinciaux de l administration, qui prennent en charge le traitement des cas d exploitation et d abus d enfants. ANPPCAN a déclaré que son plaidoyer aux niveaux local et national avait abouti à une amélioration globale de l application des lois existantes régissant le travail et l éducation des enfants. La stratégie de plaidoyer a contraint les autorités gouvernementales et les politiques à s engager davantage dans les efforts pour soutenir les enfants travailleurs et favoriser leur accès à une éducation de qualité. Il s est agit de la création d emplois dans le domaine de la protection et du soutien aux enfants. De plus, le modèle DCLC a suscité un grand intérêt de la part de plusieurs autres organisations évoluant dans le domaine du travail des enfants, particulièrement celles intervenant dans le cadre du Programme Assorti de Délais IPEC/BIT au Kenya. Cet intérêt a davantage renforcé les liens entre les programmes similaires au niveau local. sur le suivi des passages de la frontière avec le Libéria. Le club met également en œuvre des programmes de sensibilisation pour une prise de conscience du problème de la traite des enfants au sein des communautés locales. 2 e 2 81
88 2 Les enfants et les jeunes ont beaucoup à partager, dans la mise en place de structures de projet et d institutions, pour conduire le plaidoyer contre le travail des enfants et au profit de l éducation. Par exemple CEIPA, dans le cadre de son projet à Quetzaltenango au Guatemala, a sollicité l appui du maire de la ville et d autres autorités locales pour la mise en place d une instance locale spécifique comprenant les bénéficiaires du projet. Habilitée par le Conseil Municipal pour les Enfants et les Adolescents (COMUNA) et soutenue par CEIPA et la Commission de la Famille, de la Femme et de l Enfance, cette instance avait pour but de promouvoir les droits de l enfant, d identifier les problèmes qui affectent les enfants et les adolescents au niveau local de représenter les enfants et les jeunes au sein des institutions de la ville, d exercer une pression sur ces instances et promouvoir les acquis du COMUNA au profit d autres enfants et des jeunes. Le COMUNA a mobilisé les médias et a pris part aux délibérations du conseil municipal sur l environnement, l éducation, la santé, la culture et les loisirs. À travers cette institution, les enfants et les La plupart des alliances en matière jeunes ont pu participer aux processus de prise de décision du conseil municipal et influencer les débats sur la politique publique. Il est prévu que le COMUNA continue de fonctionner à la fin du projet d éducation à travers le monde ont du CEIPA, étant donné qu il est devenu une institution reconnue et très respectée parmi les structures municipales de la ville. Les leaders des enfants et des jeunes formés pour jouer leur rôle au sein du déjà établi le lien entre le VIH/SIDA et conseil continueront à être des agents de changement social auprès de leurs pairs et au sein de leurs communautés et le plan de travail l éducation élaboré par le COMUNA servira de plateforme efficace d actions pour les nouveaux membres du conseil (les membres sont élus pour un mandat d une année). La participation des enfants a apporté une expérience nouvelle et positive à plusieurs conseillers municipaux et a permis aux adultes de voir le rôle des enfants dans la société sous un aspect proactif plutôt que passif. Intégration de la question du travail des enfants dans les initiatives nationales existantes en matière d éducation et de développement Dans plusieurs régions du monde, des fonds, des programmes et des efforts importants sont consacrés dans le but de créer un changement soutenu grâce à l élaboration de politiques et de lois appropriées. Ces reformes concernent les domaines de l éducation, de la réduction de la pauvreté et de la protection de l enfant. Étant donné que la question du travail des enfants est liée à tous ces domaines, il est donc essentiel que les questions liées au droit des enfants y soient intégrées. Ainsi, la première étape consisterait à rechercher et répertorier les programmes nationaux en faveur de l éducation et du développement tels que les programmes relatifs à l éducation et à la réduction de la pauvreté. Généralement, cela impliquera la collecte de données sur les représentants politiques impliqués dans ces programmes, l identification des structures nationales de comités qui supervisent la mise en œuvre et la recherche des planifications existantes pour la réforme des politiques et des programmes, y compris les rencontres à venir et les consultations. Un aspect important de cette démarche consistera à déterminer dans quelle mesure le projet peut contribuer au travail de ces comités nationaux, par exemple à travers des forums consultatifs ou des études. Il est essentiel de procéder à une analyse des insuffisances afin de déterminer les domaines nécessitant une intervention. Dans les pays où des programmes de grande envergure IPEC/BIT, tels que les Programmes Assortis de Délai sont en cours d exécution, un comité national sur le travail des enfants est généralement mis en place, comprenant une gamme variée d acteurs dont les organisations de la société civile, les syndicats, les ministères de tutelle et des organisations internationales telles que l UNICEF et bien d autres. Dans le domaine de l éducation, l UNESCO et la Banque Mondiale travaillent en collaboration La cartographie détaillée des institutions au niveau local peut être un point d entrée pour les activités de plaidoyer 82
89 avec plusieurs pays en vue de développer des plans nationaux pour l éducation et de mettre en œuvre l initiative EPT. La plupart de ces pays ont mis en place des comités de supervision spécifiques à chaque niveau d éducation, allant du primaire au supérieur. La Banque mondiale, le PNUD et d autres organisations apportent également un appui au développement de Cadres Stratégiques de Lutte contre la Pauvreté (CSLP). 2 Après avoir répertorié les programmes existants et identifié les différents points d entrée et les lacunes, une stratégie de plaidoyer pourrait être développée, prônant la prise en compte de la problématique du travail des enfants dans les débats et les changements relatifs aux politiques, aux ressources et aux lois. ANPPCAN au Kenya, par exemple, a organisé un séminaire interministériel et de la société civile pour débattre des voies et moyens de mettre en œuvre le cadre politique du gouvernement relatif à l éducation, à la formation et à la recherche. Ce cadre avait pour ambition d améliorer les systèmes éducatifs formels et transitoires en vue de prendre en compte les besoins des enfants exposés aux pires formes de travail des enfants. Le Ministère de l Education a fait un exposé sur les mesures du gouvernement visant à atteindre les objectifs de l EPT en termes de scolarisation, de rétention, de transition et d achèvement scolaires ; y compris la stratégie qu il mettrait en place pour poursuivre sa reforme d éducation de base gratuite. Les échanges entre les départements ministériels et les organisations de la société civile ont favorisé une meilleure compréhension de l approche du gouvernement dans les domaines relatifs au travail des enfants et 2 f CRADA: Cibler les acteurs politiques Au Ghana, le principe majeur du projet CRADA a consisté à s assurer que les efforts de plaidoyer étaient bien ciblés. Ces efforts ont mis l accent sur la Caisse d Investissement Social et la Direction de l Education du Ghana pour s assurer de l application de la législation nationale appropriée et du financement adéquat des programmes éducatifs dans la zone du projet. CRADA a également travaillé en étroite collaboration avec le Ministère de l Agriculture dans l objectif de trouver un appui financier et technique au profit des agriculteurs des communautés bénéficiaires avec pour but d améliorer la production agricole, accroître le revenu des familles, réduisant ainsi leur vulnérabilité. En outre, CRADA a réussi à convaincre les services de l État s intéressant au développement de l entreprise et une institution importante de micro-finance nationale d apporter un appui aux communautés sous forme de formation en micro-finance et compétences sur le développement des compétences et de mise en place de groupes d entraide communautaire. Le but était d accroître les niveaux des revenus des familles afin d empêcher que les enfants soient contraints de travailler. l identification des possibilités et défis pour lesquels la société civile pourrait apporter son appui. Parfois les organisations qui s intéressent à la mise en œuvre de projets sur le travail des enfants participent déjà aux processus de consultation sur les mesures à prendre initiés par l Etat dans leurs pays respectifs. Cela arrive souvent en ce qui concerne les grandes ONG ou celles spécialisées. La participation au sein de ces instances offre de grandes possibilités de conduire un plaidoyer pour un changement de politiques. Par exemple, ANPPCAN a été impliqué dans la révision d un texte de loi relatif aux enfants et a conduit un plaidoyer efficace concernant une législation sur les infractions sexuelles. Ce texte de loi concernait certaines des pires formes de travail des enfants, particulièrement l exploitation sexuelle aux fins commerciales. À travers sa participation aux activités du Réseau National sur la Traite des Personnes, ANPPCAN a pu jouer un rôle dans la relecture du projet de loi du gouvernement sur la traite des enfants. Intégration de la question du travail des enfants dans l action des coalitions et des alliances de la société civile Le besoin d une plus grande cohérence et d appui mutuel entre les organisations de la société civile dont l intervention porte sur les questions du développement national devient de plus en plus évident. Dans ce contexte, des alliances sont développées pour créer un lien entre les organisations ayant des préoccupations communes tels que l éducation, la réduction de la pauvreté, les droits de l enfant et la traite des personnes. On constate l existence de réseaux communs d organisations de la société civile dont les syndicats, constituées autour de la plateforme de l EPT ou des droits de l enfant. Par exemple, la Coalition sur les Droits et la Protection de l Enfant au Kenya. Cette coalition a constitué un Groupe de Travail sur le Travail des Enfants avec pour objectif de contribuer à orienter le plaidoyer au niveau national. ANPPCAN abrite actuellement le Groupe de Travail dont le secrétariat est installé en dehors de son Bureau. Il est important de connaître l existence de tels réseaux et d en tenir compte au moment de l élaboration des stratégies de plaidoyer pour réduire et prévenir le travail des enfants. Il est plus efficace de développer une approche intégrée de plaidoyer que de reproduire des structures, des systèmes, des programmes et des messages. Prévenir le travail des enfants à long terme équivaut à s attaquer à ses causes profondes que sont la pauvreté, les croyances et pratiques culturelles et traditionnelles et le manque d accès à une éducation de qualité. S il existe déjà des alliances pour s attaquer à certaines de ces causes (ce qui est fort probable en ce qui concerne l éducation et les droits de l enfant), une approche intégrée a donc un plus grand impact. L intégration démontre aux décideurs politiques que la problématique du travail des enfants touche plusieurs domaines du développement, et doit de ce fait être gérée de façon intégrée. Au niveau mondial, beaucoup d alliances intervenant dans le domaine de l éducation ont déjà établi le lien entre la lutte contre le VIH/SIDA et l éducation. La prochaine étape logique consiste à faire un lien similaire entre l éducation et la prévention du travail des enfants. 83
90 2 Dans certains pays comme l Inde et le Ghana, des coalitions de la société civile ont été mises en place et concentrent leurs efforts sur la question spécifique du travail des enfants. En Inde, CLAP est membre de la Campagne Contre le Travail des Enfants (CACL), et au Ghana, CRADA a mis en place la Coalition de lutte contre l exploitation des enfants travailleurs (CCEL). Les membres de la CCEL se sont unis avec des assemblées au niveau des districts dans tout le Ghana pour mener avec succès un plaidoyer auprès des «gardiens de la terre», c est-à-dire les chefs traditionnels et les reines mères, pour l attribution de terres aux projets communautaires supervisés par la CCEL et ses adhérents. Les fonds générés par l exploitation agricole des terres, de l élevage, et autres activités génératrices de revenus grâce à ce processus de plaidoyer ont été redirigés vers les communautés vulnérables afin de renforcer l appropriation du projet et garantir sa durabilité sur le long terme. En Bolivie, CEBIAE était membre d un regroupement d organisations de la société civile, d institutions du domaine de l éducation, d associations d enfants et de jeunes, de comités d écoles et de conseils de districts qui a mis en place le Réseau Interinstitutionnel sur le Travail des Enfants (RIPNA). Le but de ce réseau était d améliorer le bien-être et l éducation des enfants et adolescents de la ville de Potosí. RIPNA a, par exemple, prôné la création de centres de documentation et de loisirs pour les enfants et les jeunes des localités les plus défavorisées de la ville. Le réseau a également encouragé les autorités municipales à mettre en place un sous-comité avec pour mission d élaborer des politiques de lutte contre le travail des enfants. Suivant les conseils de CEBIAE, le sous-comité a commencé son travail par l écoute des enfants travailleurs eux-mêmes au sujet de leurs besoins et leurs attentes. RIPNA a veillé à ce que les écoles, les directeurs d école et les enseignants participent également aux discussions sur l éducation comme moyen de lutte contre le travail des enfants. RIPNA a soumis aux WHEPSA: Appui en faveur de la mise en oeuvre de la reforme législative nationale au niveau local La législation au Sénégal stipule dorénavant que tous les enfants filles comme garçons ont droit à une éducation prise en charge par l État pendant au moins dix ans. Pendant les premières étapes de son effort en vue d encourager les filles à aller à l école, WHEPSA a rencontré quelques résistances de la part de certains responsables de l éducation rurale dans les zones du projet. La stratégie de WHEPSA a consisté d abord à se focaliser sur les croyances et attitudes culturelles et traditionnelles au sein des communautés locales. Les autorités locales en charge de l éducation dans les zones du projet ont facilité les rencontres avec les responsables communautaires et scolaires. WHEPSA a organisé une rencontre avec le Directeur Régional de l Enseignement qui a réaffirmé le caractère légal de l initiative en faveur de la scolarisation et a salué l appui de l organisation. Au cours d une rencontre régionale des directeurs départementaux de l enseignement, il a été décidé de collaborer pleinement avec WHEPSA et de lui accorder toute la reconnaissance officielle nécessaire dont elle a besoin. Les difficultés rencontrées étaient, entre autres, l absence d actes de naissance pour certaines filles et l inscription de certaines filles beaucoup plus âgées que leurs camarades de classe, toutes choses que les écoles refusaient au départ. WHEPSA a également trouvé que le projet a servi de mécanisme de suivi des actions des directeurs de l enseignement et de ceux des écoles pour s assurer que la loi a été respectée et que les droits des filles à l éducation sont garantis. autorités du district en charge de l éducation, la proposition de reforme du programme scolaire des écoles du soir élaborée par CEBIAE. La reforme du programme était destinée à adapter les besoins des enfants travailleurs qui fréquentaient ces écoles (cf. aussi chapitre sur l Education). 2 g Les groupements féminins En Inde ASHA a, dans le cadre de son projet, travaillé en étroite collaboration avec des groupements villageois connus sous le nom de nari sangh et leurs fédérations de district, les parlements des femmes. Le renforcement du pouvoir en cours de ces groupements a abouti à un plus grand succès des femmes candidates aux élections de l assemblée villageoise (panchayat). Cette performance les a ensuite placées dans une position favorable pour mener le plaidoyer pour la réduction et la prévention du travail des enfants grâce à un plus grand nombre de meilleures opportunités d éducation offertes à tous les enfants ; et a contribué à la pérennité de ces efforts à long terme. En Inde, BAT a également mis en place des groupements de femmes et L organisation de réunions régulières avec les acteurs principaux est une des multiples stratégies pour plaider contre le travail des enfants 84
91 de jeunes et les a formés à mobiliser les communautés autour des questions du travail et de l éducation des enfants, à mieux faire prendre conscience aux panchayats ces défis sociaux dans leurs communautés et à identifier les mécanismes gouvernementaux qui pourraient être exploités pour venir en appui aux enfants vulnérables à risque et à leurs familles. Travailler avec les administrations locales pour la mise en œuvre des politiques nationales L application des lois existantes constitue l un des défis auxquels font face certains pays et ce, dans un domaine où le plaidoyer local peut venir en appui au développement. En Inde, l organisation CLAP a constaté l existence d un grand écart entre l élaboration des politiques et leur application sur le terrain dans l Etat d Orissa. Elle a également identifié des lacunes dans la législation existante et des problèmes et défis qui persistent dans son application. 2 Le fait de connaître les politiques et la législation existantes ainsi que leurs plans de reforme au niveau national et comment ils affecteront le niveau local, permettra d identifier des points d entrée pour atteindre et apporter un appui aux administrations locales. Il se peut que les services de l administration locale aient rencontré des difficultés dans la mise en oeuvre des réformes et sont, soit incertains quant à la manière d y procéder, soit en manque de ressources. Par exemple, le gouvernement Kenyan a procédé à la réforme de sa législation pour satisfaire aux conditions de l EPT qui veut que tous les enfants aient accès à une éducation de base gratuite. L impact au niveau local a été que plusieurs écoles ont été submergées par de nouvelles inscriptions et n étaient plus en mesure de faire face à l augmentation des effectifs au point que la qualité de l enseignement commençait à en pâtir. De même, le gouvernement sénégalais a reformé la Le plaidoyer un est processus continu, parfois avec des loi relative à l éducation pour répondre aux exigences de l EPT qui prône un égal accès aux opportunités d éducation pour les filles. Cependant, les administrations locales ont éprouvé des difficultés à mettre en œuvre la législation amendée, dû en partie aux attitudes sociales très enracinées dans certaines communautés vis-à-vis de la scolarisation des filles. impacts limités à court terme Le plaidoyer au niveau de l administration locale constitue un moyen efficace pour résoudre de tels problèmes. WHEPSA, au Sénégal, a lancé une campagne pour promouvoir l éducation des filles et a sollicité l appui des autorités locales. Après une certaine résistance au début, ces autorités ont pleinement coopéré dans le cadre de la campagne et se sont félicités de l appui supplémentaire qu elles ont reçu pour la réalisation de l objectif du gouvernement central, celui d encourager davantage de filles à aller à l école (voir encadré 3g). Comme conséquence de l appui des projets à la mise en oeuvre locale de la législation nationale, les autorités locales et scolaires ont fini par reconnaître et valoriser la contribution des organisations de la société civile. Aussi, les autorités sontelles plus susceptibles d envisager une collaboration avec ces organisations dans d autres domaines d interventions. De même, l implication des communautés, des familles, des parents et des enfants dans les campagnes de plaidoyer peut améliorer leur compréhension quant à l exercice de leurs droits fondamentaux et les habiliter à réagir par rapport à d autres questions connexes en matière de justice sociale. CLAP, en Inde, a mis l accent sur la nécessité d établir une confiance et un respect mutuels entre les acteurs au niveau des activités du projet. Le niveau de collaboration établi avec les autorités gouvernementales à Orissa était tel que le CLAP a été désigné comme responsable officielle du suivi du Projet National de Lutte contre le Travail des Enfants dans les écoles de la zone d intervention du projet (NCLP). Ainsi, CLAP a pu, en collaboration avec l inspection, réaliser le suivi des problèmes identifiés dans des écoles spécifiques et obtenir les solutions appropriées de la part des autorités gouvernementales. Les comités de lutte contre le travail des enfants peuvent renforcer les efforts de plaidoyer en établissant le dialogue avec le gouvernement local ou national 85
92 2 CRADA, au Ghana, a œuvré en étroite collaboration avec les instances étatiques locales à la promotion de la mise en œuvre de la législation régissant les secteurs de l éducation et de la protection sociale. Les efforts de plaidoyer faits par CRADA et les autres organisations ont conduit à la mise en place, par l Etat, d un «fonds de soutien» que les assemblées au niveau des districts peuvent utiliser pour payer les frais de scolarité et approvisionner les librairies scolaires en livres. En outre, CRADA a fait un plaidoyer auprès des assemblées de district, notamment les départements en charge du bien-être social, pour une mise en œuvre globale de la Loi sur l Enfance, y compris l allocation de fonds suffisants pour la protection du bien-être et la promotion des droits de l enfant tels que prévus par la Loi. D autres efforts comprennent la mise en place d un fonds de réinsertion et d intégration sociale des enfants vulnérables, pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ce fonds a bénéficié des contributions du Fonds Commun des Assemblées de District de la zone du projet ainsi que du Fond Commun des Elus Parlementaires (voir encadré 2f). CRADA a mené une campagne active de plaidoyer visant à collaborer avec les institutions nationales dans la mise en œuvre des politiques et de la législation nationales. Par exemple, il a développé une solide relation de travail avec la Cellule des Femmes et Jeunes du service de la police pour l aider à poursuivre en justice les parents ou les tuteurs qui exploitent constamment les enfants à leur charge. les enfants sont de puissants défenseurs de la fin du travail des enfants En Sierra Léone, RADA a fait recours à la Loi 2005 sur la Lutte contre la Traite des Etres Humains comme élément fondamental de ses activités de lutte contre la Traite des Enfants en provenance du Libéria. Les dispositions de la Loi ont été élargies à des activités diverses, y compris l élaboration d outils et de programmes de formation en vue d assurer l information et la mobilisation des acteurs communautaires. De plus, des règles générales ont été adoptées au niveau des chefferies locales à travers lesquelles les membres de la communauté ont été encouragés à signaler tout comportement généralement observé dans les cas de la traite des enfants, tels que la présence d étrangers au sein de la communauté ou la sortie d enfants hors de la communauté, et à garder un œil vigilant sur les enfants à la charge des familles d accueil. Le non-respect de ces règles peut conduire au paiement de lourdes amendes. Sensibilisation et plaidoyer L intégration des activités de sensibilisation dans une stratégie globale de plaidoyer est indispensable à l avènement d un changement politique et social pérenne. Des organisations comme CENDHEC au Brésil ont cherché à influencer l environnement de la politique gouvernementale à travers une stratégie de communication ciblée. Dans le chapitre sur la sensibilisation, les activités ciblant les acteurs politiques à travers un ensemble de méthodes sont décrites de façon plus détaillée (voir Sensibilisation). 3.4 Suivi et contrôle En vue de mesurer le degré de succès des efforts de plaidoyer déployés pour convaincre les organisations politiques et les gouvernements à entreprendre une reforme politique et législative et de s assurer de la mise en oeuvre de politiques et législations appropriées, des indicateurs doivent être établis au cours de la phase initiale de planification pour que le progrès puisse être mesuré en conséquence. Dans le cadre de son projet au Brésil, CENDHEC a suivi le montant des fonds publics alloués aux budgets municipaux pour la protection des droits des enfants, y compris la prévention et l éradication du travail des enfants, et à l éducation. Les dépenses publiques constituent un important indicateur de la priorité qu accordent les autorités locales et centrales à une question particulière. L intégration du plaidoyer comme composante de l élaboration de projet nécessite donc le suivi, le contrôle et l existence de capacités, réseaux et ressources nécessaires pour faire face à cette responsabilité. 4. Durabilité Le plaidoyer est un processus continu, parfois avec un impact limité à court terme. Il est durable pourvu qu il existe une volonté, une détermination et une persistance de la part des organisations à la mise en oeuvre pour le faire avancer et que 86
93 de ressources suffisantes soient mobilisées pour l accompagner. Les points suivants visent le renforcement de la durabilité des efforts de plaidoyer: Appropriation: Dès les toutes premières étapes du montage du projet, il est important d impliquer les acteurs, notamment les communautés cibles, dans les efforts de plaidoyer. Cela peut constituer un défi à relever dans la mesure où le plaidoyer peut être un processus plus complexe qui nécessite des compétences et des capacités appropriées. Cependant, les communautés sont bien placées pour cibler les politiciens, les organisations politiques, les autorités traditionnelles ainsi que les autorités locales compétents à travers des activités de plaidoyer pour une réforme politique et législative ou la mise en œuvre de la politique et de la législation existantes. 2 Renforcement des capacités: Le plaidoyer requiert un certain niveau de compétences et de compréhension. Il est possible que l impact éventuel d une stratégie de plaidoyer ne soit perçu qu à la fin du projet, ce qui pourrait signifier que les acteurs seront chargés de faire le suivi. Les compétences fondamentales englobent la compréhension de l environnement politique, la manière dont les politiques sont mises en œuvre à travers une reforme législative appropriée, et la manière dont la mise en œuvre doit être suivie. Les compétences et les connaissances transférées aux acteurs de par les activités du projet seront éventuellement utilisées pour aborder d autres domaines d injustice sociale et pour défendre les droits fondamentaux. Il n est pas toujours nécessaire que le plaidoyer soit une campagne d envergure nationale, et les organisations devraient travailler avec leurs moyens et capacités et se fixer des objectifs atteignables Sensibilisation: La sensibilisation est un moyen de susciter un engagement total de la part des politiciens, des décideurs, des responsables publics, des élus, des autorités traditionnelles, et de toutes les autres personnes ciblées par les activités de plaidoyer, en faveur des questions concernées. Elle consiste également à informer les communautés, les familles, et les enfants concernés de ce qu ils peuvent faire pour recevoir l appui et les services auxquels ils ont droit. Implication des enfants et des jeunes: En tant qu acteurs et bénéficiaires, les enfants et les jeunes ont un rôle crucial à jouer dans la promotion des activités de plaidoyer. Des efforts doivent être faits pour favoriser l appropriation du projet et pour définir leur place au sein des communautés en tant que futurs dirigeants et parents. Ils doivent également bénéficier d un renforcement de leurs capacités afin qu ils puissent continuer à soutenir le plaidoyer à long terme. Implication des groupements féminins: À l instar des enfants et des jeunes, l implication des femmes dans le plaidoyer renforcera la durabilité des acquis du projet, comme ce fut le cas avec les projets ASHA et BAT en Inde. Les femmes au niveau des communautés sont le plus souvent les mères des enfants qui travaillent ou elles sont liées à eux d une manière ou d une autre. Comme elles se préoccupent de la santé, du bien-être et de l avenir de leurs enfants et souhaitent le meilleur pour eux, elles continueront à soutenir les activités au-delà de la durée du projet. Impliquer les enfants dans les manifestations leur donne un sentiment d appartenance et de fierté 87
94 2 Mise en place de structures institutionnelles: Le plaidoyer peut être soutenu en aidant les communautés à mettre en place davantage de structures permanentes, telles que les comités sur le travail des enfants, les associations féminines d entraide qui peuvent continuer à intervenir en qualité d instances efficaces de plaidoyer. Les processus d appropriation et de renforcement des capacités doivent conduire à la mise en place de telles structures qui peuvent devenir des partenaires de dialogue avec les autorités locales et nationales. Les Comités Régionaux sur le Travail des Enfants mis en place dans le cadre du projet ANPPCAN au Kenya par exemple, continuent à appuyer les efforts en cours pour l élimination du travail des enfants, toute chose qui implique plusieurs acteurs. Etablissement et renforcement de partenariats: La communication et les rencontres régulières avec les différents ministères, les autorités en charge de l éducation, ainsi que les politiciens doivent faire partie de l amélioration et le renforcement des relations et de l instauration d un climat de confiance entre les acteurs et les représentants gouvernementaux et politiques. Les projets doivent faciliter cela dans la mesure du possible et les communautés peuvent être assistées en vue d explorer la possibilité d établir d autres partenariats, par exemple avec les organisations de la société civile, les médias, ou autres institutions à base commu- Le plaidoyer peut être soutenu en aidant les communautés à mettre en place nautaire. Par exemple, l alliance «Appel Mondial contre le Travail des Enfants établie par CRADA au Ghana a joué un rôle crucial dans l effort de plaidoyer, ce qui a conduit à l élaboration d arrêtés, de politiques ainsi qu à la prise de résolutions pour lutter contre le travail des enfants. Les parte- davantage de structures permanentes nariats contribuent également à l intégration des questions relatives au travail et à l éducation des enfants dans les programmes politiques aux niveaux local et national. Mobilisation des médias: Les relations avec les médias peuvent être soutenues à long terme à travers le renforcement des capacités des acteurs et des institutions communautaires pour leur permettre d établir leurs propres relations et communiquer efficacement avec les médias. Mobilisation des ressources: Étant donné que les politiciens, les élus, les leaders traditionnels et les autorités publiques viennent et s en vont au fil du temps, la capacité de mener un plaidoyer doit prendre racine au sein des communautés pour s assurer qu elles peuvent insister sur leurs droits fondamentaux tels que prescrits par la politique et la législation nationales. L identification de sources potentielles de financement, telle que l administration locale, doit se poursuivre. En plus, il serait nécessaire de convaincre la communauté de l importance de soutenir les efforts de plaidoyer et de mobiliser ses propres ressources à cette fin. 5. Défis Le plaidoyer est probablement un des domaines d activités les plus difficiles en matière de projet sur le travail et l éducation des enfants. Il peut être long, ardu, et éventuellement coûteux. Environnement politique: Des connaissances détaillées sur le paysage politique national et local seront cruciales dans la formulation et le ciblage des messages de plaidoyer ainsi que leur suivi. Certaines organisations ont souligné l importance d un environnement politique favorable pour mener certaines activités. Par exemple, CEIPA au Guatemala a noté que la réussite du conseil des enfants de la ville, COMUNA, était largement due à l appui du maire et du conseil municipal. Attitudes et engagement: Pour que le plaidoyer soit une réussite, il faut un engagement à long terme de la part des acteurs locaux. Il faut consacrer du temps pour aider les communautés à comprendre ce que l on entend par plaidoyer, ses buts et objectifs, et comment soutenir le processus. Dans certaines communautés, il se peut qu il y ait un certain niveau de désenchantement quant à l utilité des processus politiques et des politiciens. Il se peut qu il y ait le sentiment que le plaidoyer ne serait qu une perte de temps, d efforts et de ressources. CRADA, au Ghana, a souligné que souvent les groupes les plus durs à convaincre de la nécessité du plaidoyer sont ceux-là mêmes qui gagneraient le plus de son succès, notamment les bénéficiaires. 88
95 Capacités locales: Les organisations doivent être honnêtes envers elles-mêmes et avec les acteurs en ce qui concerne le défi d accepter une campagne de plaidoyer. Dans certains cas, il se peut que l organisation ne possède pas encore les ressources, les capacités et les réseaux nécessaires pour promouvoir une telle campagne, notamment au niveau national. Cela n empêche pas le développement d une stratégie de plaidoyer à court et à moyen terme, étant donné que c est la voie à emprunter pour acquérir de l expérience et renforcer les capacités. Tout doit être mis en œuvre pour inclure le plaidoyer dans la stratégie initiale du projet, même si cela se limite au ciblage des autorités locales ou communautaires et leur implication dans les activités du projet et la sensibilisation. Le plaidoyer ne doit pas être nécessairement une campagne d envergure nationale, et les organisations doivent travailler selon leurs moyens et leurs capacités en se fixant des objectifs réalisables 2 Contrôle et suivi: Le contrôle et le suivi doivent faire partie de la conception de la stratégie de plaidoyer, et être prises en compte dans le renforcement des capacités et la mobilisation des ressources. Étant donné que le plaidoyer peut être un long processus, il est probable qu un suivi soit nécessaire à la fin du projet. Il important de faire en sorte que les capacités requises soient réunies dans la communauté afin que le plaidoyer soit effectif. Autres chapitres importants La sensibilisation, p. 47 Les jeunes sont sensibilisées pour le plaidoyer 89
96 3 C h a p i t r e t r o i s Éducation 1. Introduction L éducation est universellement reconnue comme intervention fondamentale de la lutte contre le travail des enfants. Par conséquent, les efforts pour réduire et empêcher le travail des enfants doivent prendre en considération tous les aspects de l éducation, du système scolaire public et des programmes non formels et transitoires au développement de programmes, la fourniture de matériels et d équipements, la formation initiale et continue des enseignants et les activités parascolaires. Les approches de l éducation non formelle sont particulièrement importantes puisqu elles peuvent être ajustées ou adaptées aux besoins, aux attentes, et aux capacités des enfants travailleurs, à risque, et vulnérables. Néanmoins, l éducation devrait demeurer sous la responsabilité des Etats et, si l on veut atteindre les objectifs Les enfants travailleurs ne sont soit jamais allés à l école, ou ont abandonné, ou essaient de combiner l école avec le travail de l initiative de l EPT (Education Pour Tous) et des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement), il faut faire en sorte que des liens plus étroits existent entre les systèmes formels et non formels pour s assurer que tous les enfants puissent jouir de leur droit fondamental à une éducation gratuite et de qualité. Compte tenu du but commun à tous les projets CIRCLE de réduire et d empêcher le travail des enfants à travers l éducation, ce chapitre examine, dans le secteur de l éducation, les domaines d intervention qui se sont révélés efficaces pour permettre aux enfants travailleurs et à risque de retourner à l éducation à temps plein et de bénéficier des mêmes chances d enseignement que leurs camarades. Un accent fort est mis sur l éducation non formelle, au regard de sa pertinence spécifique dans le cas du travail des enfants, et sur les manières de la lier aux systèmes formels d enseignement public. Elle met aussi en lumière d autres questions qui ont émergé pendant l exécution des projets CIRCLE, entre autres la nécessité pressante de renforcer les capacités des enseignants et d autres dans le secteur de l éducation, l importance d adapter et de développer des programmes d étude, et le développement d autres services et systèmes appropriés. L éducation non formelle est une intervention efficace dans les projets de travail des enfants et a été appliquée largement, en particulier dans les pays où l accès à l enseignement formel de qualité peut être limité, Avec les programmes d éducation non formelle, les enfants plus ages peuvent travailler et étudier, au lieu de devoir sacrifier l un ou l autre 90
97 Les partenaires de CIRCLE ayant identifié des meilleures pratiques dans le domaine de l éducation Afrique Asie Amérique Latine ADAA, Ethiopie NDS, Bengladesh CEBIAE, Bolivie CRADA, Ghana HCC, Cambodge OBISPO, Bolivie EPAG, Ghana Wathnakpheap, Cambodge PROCESO, Bolivie PACF, Ghana Arunodhaya, Inde Casa Renacer, Brésil DUPOTO, Kenya ASHA, Inde Sociedade 1 de Maio, Brésil YONECO, Malawi Deepalaya, Inde JUCONI, Equateur AID, Mali RADAR, Inde CEIPA, Guatemala ENDA, Mali VOCRDC, Inde Dos Generaciones, Nicaragua RAC, Mali Aasaman, Népal CIRD, Paraguay DARNA, Maroc CWISH, Népal SUMANDO, Paraguay ASDES, Sénégal Watch, Nepal ISAT, Pérou Xam Defaru, Sénégal CCF, Pakistan WHEPSA, Sénégal Actuator, Philippines CCB, Sierra Léone Kaugmaon, Philippines RADA, Sierra Léone KKPC, Philippines CLASSE, Afrique de l Ouest HOPE, Philippines Lingap, Philippines QK, Philippines SCM, Philippines CSAGA, Vietnam 3 par exemple, dans les régions rurales et éloignées ou dans les zones urbaines défavorisées. Les enfants travailleurs n ont soit jamais été à l école, soit ont abandonné, soit tentent de combiner l école et le travail. Comme noté dans les chapitres introductifs, cela est du principalement à la pauvreté, à l exclusion sociale au manque d accès à une éducation publique gratuite et de bonne qualité. Les OMD et l initiative de l EPT ont créé une plateforme globale forte à partir de laquelle promouvoir l éducation primaire universelle, mais il faudra du temps pour atteindre ce but et améliorer la qualité de l éducation primaire, afin qu elle réponde aux besoins et aux attentes de différents groupes d apprenants. En attendant, des solutions alternatives doivent être mises en place pour s assurer que les enfants déjà défavorisés ne restent pas encore plus à la traîne, dans leur éducation et leur épanouissement. Ces solutions alternatives sont habituellement non formelles par nature, se mettent en place en dehors du système d enseignement formel avec l avantage qu elles concernent habituellement un nombre restreint d enfants et les éducateurs mettent les apprenants au coeur du processus d éducation. Certains gouvernements ont intégré les approches d éducation non formelle aux systèmes d éducation nationale, en reconnaissance des défis auxquels fait face le système formel et de la nécessité d offrir un appui additionnel aux enfants non scolarisés ou vulnérables. Cependant, la coexistence des programmes d éducation formelle et non formelle peut être complexe et peut entraîner des difficultés entre les acteurs. Le but n est pas d établir des systèmes parallèles qui peuvent se concurrencer ou de créer un système à deux niveaux, dans lequel l éducation non formelle serait considérée comme un système inférieur pour enfants défavorisés. Une approche efficace est de promouvoir ces programmes en tant que composantes d une stratégie «transitoire» pour s assurer que (d anciens) enfants travailleurs et à risque soient intégrés aussi rapidement que possible dans les systèmes formels et au moment approprié de leur développement scolaire et intellectuel. L expérience des partenaires de CIRCLE démontre que l éducation non formelle ou transitoire peut être très efficace dans la réhabilitation des anciens enfants travailleurs. Ces programmes offrent l éducation aux enfants qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas à l école ou ne peuvent pas aller à l école. Ils développent l alphabétisation ou l aptitude au calcul, dispensent d autres formes de cours de rattrapage et aident également les enfants à rattraper leurs camarades dans les écoles publiques afin de faciliter leur entrée dans le système formel au moment approprié. 91
98 3 2. Les expériences de CIRCLE en matière d éducation Beaucoup de projets CIRCLE ont utilisé des approches d apprentissage accéléré ou d éducation transitoire. Certains ont fourni un appui additionnel aux structures existantes d enseignement formel, telles que les écoles communautaires. Malgré une similitude d approches, chaque projet a développé des caractéristiques uniques basées sur l emplacement, les profils des bénéficiaires et l accessibilité des écoles et établissements formels de la zone. Un certain nombre de projets énumérés dans le tableau des meilleures pratiques de CIRCLE ont créé des établissements d éducation non formelle (ENF) pour dispenser des cours de rattrapage aux bénéficiaires. Dans certains cas, cela nécessitait la construction de complexes scolaires et dans d autres cas, la rénovation de complexes existants. Parfois, des programmes ont été enseignés dans des établissements qui étaient disponibles dans la communauté. En Ethiopie ADAA a installé dans la région de Siraro huit centres pour enfants travailleurs qui ne peuvent pas aller à l école et, à la fin de la session, les bénéficiaires ont pu entrer en quatrième année de l enseignement formel (voir encadré 3a). CCF au Pakistan a créé des centres d ENF dans cinq villages de la province de Shekhupura, avec l appui de la communauté pour identifier les emplacements appropriés. Les centres offraient des cours d alphabétisation, la formation professionnelle, ainsi que des équipements et des activités de loisirs pour les 200 bénéficiaires (les enfants travailleurs ou les enfants à risque). Arunodhaya en Inde a fondé dix écoles pour enfants travailleurs à Chennai, ainsi que dix centres d apprentissage dirigés (GLC) pour dispenser des cours de rattrapage aux enfants ayant des difficultés d apprentissage et lutter contre la déperdition. Deepalaya en Inde a construit deux centres d ENF sur les lieux de travail des bénéficiaires, dans les marchés de fruits et de légumes. En outre, des points de contact ont été installés près des centres pour inciter les enfants travailleurs à participer aux activités comme le chant et les jeux. Après s être familiarisé avec les enfants, le personnel a pu leur parler et parler à leurs parents de la possibilité de rejoindre les cours proposés par les centres. Au Népal, Aasaman a établi des Centres de mise à niveau pour enfants défavorisés, en particulier des communautés Dalit (caste inférieure). Ces cours ont reçu l appui des comités de développement villageois (VDC), qui ont mis leurs complexes de formation à la disposition de Aasaman. Les cours avaient été conçus pour servir de «passerelle» vers le système d école étatique pour des enfants qui étaient non instruits et en grande partie illettrés. Le projet ENDA au Mali a soutenu cinq écoles communautaires et a créé dix centres d alphabétisation fonctionnelle dans un milieu rural où beaucoup d enfants travaillaient dans les champs de riz. L objectif était de fournir des cours de base en lecture et en calcul à des enfants qui, pour la plupart, n avaient jamais été à l école ; le but étant de faciliter leur transition vers les établissements d enseignement formel. Le fait que les adultes aient également tiré profit des activités d alphabétisation était une importante valeur ajoutée au 3 a ADAA: Autonomisation de la Communauté pour la durabilité à long terme Le projet de deux ans de ADAA en Ethiopie a connu un succès singulier dans la création d un modèle d éducation qui a retenu l attention aussi bien de l Etat que des bailleurs. Le but était de fournir un appui éducatif aux enfants, et en particulier aux filles, qui ne pouvaient pas fréquenter les établissements formels de la région de Siraro à cause de leurs charges de travail. Les enfants, dans cette région, vont chercher de l eau et du bois de chauffe à une certaine distance de leurs maisons, s occupent du bétail et accomplissent des taches domestiques. En outre, les filles sont exposées au mariage précoce, à la menace d enlèvement, et aux pratiques traditionnelles nuisibles, notamment les mutilations génitales féminines. ADAA voulait construire cinq centres d éducation non formelle pour offrir un programme alternatif d éducation. Cela impliquait de travailler étroitement avec les bureaux d éducation de la zone et d impliquer les communautés locales dans le fonctionnement et la gestion des centres. Toutefois, la réaction de la communauté au projet a eu comme résultat la construction de trois centres additionnels grâce à des apports en nature sous forme de lopins de terre, de main-d oeuvre, de matériaux locaux et d infrastructures existantes. Soutenu par les bureaux d éducation de la zone, ADAA a formé dix éducateurs en programme d étude et approche et a apporté l assistance didactique et le matériel pédagogique appropriés à chaque centre. À la fin du projet, il y avait 21 éducateurs dans 8 centres, dont 6 ont été financés par le projet CIRCLE et le reste par l Etat. La participation de la Communauté a été un pilier important du projet. En plus de l aide à la construction des centres, les communautés ont contribué au suivi des bénéficiaires et ont participé aux discussions sur l éducation et les questions relatives au travail des enfants. Les bureaux d éducation de l Etat, au niveau du district et de la zone, ont assuré la supervision et le suivi des centres et ont maintenu des normes opérationnelles appropriées pendant et après le projet. Quand les programmes des centres prirent fin, les enfants ont pu être transférés en 4ème année des écoles formelles. Ainsi, à la fin du projet, plus de enfants avaient été inscrits dans les centres. En outre, le projet a attiré sur lui un vif intérêt de la part d autres bailleurs et au total 54 centres ont été par la suite construits, dont 36 ont été remis au gouvernement. Un fait particulièrement reparqué a été l impact sur l éducation des filles dans les communautés cibles. ADAA a travaillé étroitement avec les établissements culturels et traditionnels pour encourager les communautés à envoyer leurs filles à l école et à mettre l accent sur leur bien-être. En améliorant les opportunités d éducation pour les filles et en sensibilisant les communautés, les problèmes sociaux et culturels des filles et les pratiques traditionnelles néfastes ont diminué de façon drastique. 92
99 sein de la communauté. Dès le début, ENDA a fait participer les communautés et a établi de fortes relations de travail avec les principaux groupes, y compris des comités de gestion d école, pour assurer le fonctionnement des centres sur le long terme. Le projet Xam Defaru au Sénégal a rénové des salles de classe afin de les transformer en écoles communautaires pour des enfants n ayant pas pu accéder à l école formelle. Le but était d aider les enfants à passer leur examen d école primaire et pouvoir entrer dans le système scolaire formel, que ce soit une école secondaire locale, un centre de formation professionnelle régional, ou une école d horticulture. Au Cambodge, HCC a dispensé des cours d alphabétisation non formelle et de rattrapage dans son propre centre pour aider des enfants déjà à l école formelle à améliorer leurs résultats scolaires. Une approche similaire avait été adoptée par le projet Lingap aux Philippines, dont le but était de soutenir les enfants employés domestiques dans la ville de Quezon. Lingap a octroyé des bourses aux enfants pour compenser les dépenses liées à école, comme les frais d études, les tenues, les manuels scolaires, les cahiers, et le transport. Lingap a également aidé les enfants du système d ENF en leur donnant des opportunités d homologation et d équivalence éducatives avec le système formel. Plusieurs projets aux Philippines, y compris Lingap, SCM, et QK, ont utilisé le programme d ENF du gouvernement, le Système d Apprentissage Alternatif (ALS). Ils ont travaillé en étroite collaboration avec le département de l éducation, en employant les matériels existants et ont bénéficié des programmes de formation du gouvernement, ou recruté des animateurs spécialisés en ALS. Un des obstacles à l éducation pour les enfants travailleurs est Le projet ASHA en Inde a établi des liens étroits avec les écoles formelles de la zone cible dans l État d Orissa, grâce auxquels les bénéficiaires du projet ont participé à celui de l accès des cours dans ces écoles deux ou trois fois par semaine. Le but de cet arrangement était de familiariser les enfants avec l environnement scolaire et de faciliter leur transfert éventuel du système non formel au système formel. Le projet organisait des camps qui offraient une gamme variée d activités, scolaires et non scolaires, aux enfants des villages cibles, et avait créé des clubs d enfants dans les écoles. 3 Le projet CLASSE en Afrique occidentale a rénové et renforcé les établissements scolaires existants au niveau des communautés et organisé des formations pour les enseignants et l élaboration de programmes scolaires. Le programme a également dispensé une formation en activités génératrices de revenus pour compenser les pertes de revenus des familles, et enfin une formation professionnelle pour renforcer les capacités agricoles. Une approche particulièrement innovatrice a aidé les enfants de la rue qui avaient quitté leurs campagnes pour la ville de Tanger au Maroc en leur dispensant une formation en agriculture. Le projet, exécuté par DARNA, consistait à construire une ferme de formation sur un lopin de terre donné par l Etat juste en dehors de la ville de Tanger. La ferme comprenait des habitations, des salles de classe, des jardins couverts et ouverts, des étables pour chèvres et bovins, une bassecour, des clapiers, un étang pour canards, un cours de jeu, et une petite salle d exposition pour la vente des produits de la ferme. Les bénéficiaires recevaient une éducation de base, en particulier l alphabétisation, une formation en compétences agricoles allant de la production à la vente, et en réhabilitation psychosociale. Le projet PROCESO à Santa Cruz, en Bolivie, a développé un jeu d ordinateur pour améliorer l éducation ainsi que le développement personnel et social des enfants travailleurs en vue de leur Un environnement joyeux et encourageant peut aider à convaincre les enfants et les parents à garder leurs enfants à l école 93
100 3 donner plus de chances de trouver un emploi. Il a commencé avec une évaluation des besoins pour analyser les lacunes et les faiblesses dans l éducation des enfants travailleurs. Il impliquait également les enfants dans chaque aspect du projet, y compris la recherche, la planification et la conception du jeu d ordinateur interactif, en particulier le graphique et l animation. Le jeu a amélioré le niveau de connaissance en Espagnol et en mathématiques des enfants et offert aux utilisateurs la possibilité de développer leurs propres questions, et de répondre à celles incluses dans le programme. L un des obstacles à l éducation des enfants travailleurs est celui de l accessibilité. SUMANDO au Paraguay et CEIPA au Guatemala ont cherché des moyens pour emmener l enseignement vers les bénéficiaires, et non l inverse. SUMANDO a développé un programme d apprentissage à distance appelé SEADS (Sistema de Educación Abierta y à Disatancia Sumando). Ciblant les enfants travailleurs âgés de 15 ans et plus, le programme comprenait une combinaison de cours, de groupes d étude et de travail à domicile. Ainsi, le système a produit la flexibilité dont ont besoin les jeunes travailleurs pour combiner le travail, l éducation et la socialisation. Le programme a été agréé par le ministère de l éducation. CEIPA apportait des services d éducation aux enfants travaillant dans les rues, spécifiquement les marchands ambulants. Les éducateurs partaient dans les rues pour rencontrer et enseigner les bénéficiaires, en dispensant l éducation de base en lecture et en calcul et en informant les enfants sur leurs droits fondamentaux. Cela était important pour les enfants travailleurs qui, autrement, n auraient pas pu aller à l école et faire face à des difficultés pour abandonner le travail afin de pouvoir suivre ailleurs des cours d éducation non formelle. Le programme a aidé les enfants et leurs parents à mieux comprendre l importance de l éducation et, potentiellement, à accéder aux programmes d enseignement formel à l avenir. CEIPA dispensait également des cours particuliers en dehors des heures de classes aux bénéficiaires du projet qui fréquentaient l école formelle parallèlement à leur travail. L objectif était d apporter un appui additionnel à des enfants dont le progrès scolaire était entravé par le fait de combiner l école et le travail. Les programmes d enseignement ne se focalisent pas toujours sur les seules matières scolaires, mais peuvent inclure les matières non scolaires, telles que les loisirs, les sports, le théâtre, et les arts visuels et la littérature. Dans son projet dans la banlieue pauvre de Novos Alagados de Salvador au Brésil, Sociedade 1 de Maio a créé un club d enfants, Cluberê, pour exposer les enfants à une grande variété d expériences, notamment l art, le théâtre, les médias, les jeux et l écriture créatrice. L objectif était de donner aux enfants l occasion d apprendre et de se développer personnellement et socialement. Grâce au club, les enfants ont pu parler de leurs espoirs, rêves, craintes et de la violence domestique dans leurs familles et du niveau élevé de violence et de crime dans les rues. De même, le projet CIRD au Paraguay a travaillé avec des centres communautaires pour dispenser des activités scolaires et de loisirs additionnels à (d anciens) enfants travailleurs de la rue afin de les occuper après l école, y compris pendant les périodes de vacances. Ces activités ont aidé les enfants et les parents à comprendre l importance des compétences sociales et à réaliser que les enfants pouvaient être correctement occupés pendant leur temps libre, sans avoir à recourir au travail de la rue. Les activités éducatives ont également aidé les enfants à effectuer la transition vers l école formelle et à se rattraper académiquement par rapport à leurs pairs. Pour compenser le fardeau financier des enfants allant à l école plutôt que de contribuer au revenu de la famille, le projet a fourni aux enfants des uniformes, des fournitures et des sacs d école. Dans le projet Deepalaya en Inde, le personnel était formé dans les méthodes pédagogiques répondant aux besoins des élèves et focalisées sur l utilisation des loisirs et des arts. L engament et la mobilisation des communautés Comme dans le cas de nombreuses approches de développement communautaire, la réussite réside dans la capacité des projets à engager et à faire participer la communauté. Cela peut être particulièrement difficile dans le domaine de l éducation et dans les communautés qui sont soit privées d accès aux écoles, soit remettent en cause l utilité de l éducation. Tous les projets CIRCLE énumérés dans le tableau ont consacré énormément de temps et d efforts à discuter des questions préoccupant les communautés cibles en leur faisant comprendre l importance de l éducation et les dangers du travail 94 Les opportunités doivent être explorées pour l identification d autres prestataires de services pour soutenir l éducation
101 des enfants et en les faisant participer à tous les aspects du projet, y compris la construction des centres et l assistance apportée dans leur gestion et fonctionnement. En outre, un certain nombre de projets ont organisé des campagnes d inscription à l école à l échelle communautaire, y compris en prenant contact avec les enfants en situation d abandon. Dans certains cas, par exemple le projet VOCRDC en Inde, ces campagnes ont été menées par les enfants eux-mêmes, en collaboration avec le bureau d éducation de la zone, les écoles, et les groupes communautaires de femmes. 3 L une des forces principales d une approche non formelle d éducation réside dans sa capacité à être flexible. Ceci est crucial quand on enseigne des enfants qui ne partagent pas les mêmes attentes que leurs pairs à l école formelle ou qui ne peuvent pas aller à l école Tous les efforts doivent être entrepris pour créer un environnement favorable pour les pendant les heures normales de cours pour enfants travailleurs ou à risque différentes raisons, par exemple parce qu ils travaillent aux champs pendant la saison des récoltes ou pendant la période des semences. Les organisations travaillent étroitement avec les bénéficiaires pour établir la meilleure manière d adapter le programme d études à leurs besoins et attentes. Par exemple, le CFF au Pakistan a conçu un programme qui s adapte à la disponibilité des élèves et non le contraire. De même, DARNA a pris contact avec des enfants de la rue de Tanger pour s informer davantage sur leurs origines et leurs idéaux dans la vie avant de décider d installer une ferme de formation. CEIPA au Guatemala s est rendu compte que la seule manière pour que les marchands ambulants reçoivent une formation, aussi limitée soit-elle, était d envoyer des enseignants dans la rue. L éducation non formelle facilite également une plus grande participation et une plus grande implication de l élève. C est souvent une nouvelle expérience pour les enfants et une de celles qui leur permettent de surmonter leur résistance à l éducation. Dans le projet DARNA, par exemple, les bénéficiaires sont traités avec respect et ont la liberté de venir et d aller comme ils le veulent, et en retour ils aident à l entretien, au maintien et à la réparation de la ferme. Quand ils travaillaient dans la rue, ils étaient traités avec irrespect et dédain par la plupart des gens et ils réagissaient en conséquence. À la ferme, ils apprennent à respecter autrui, les biens matériels et la propriété. Chaque enfant signe un contrat avec DARNA, qui décrit les responsabilités de l organisation envers l enfant mais également celles de l enfant envers la ferme. Les enfants travailleurs et les enfants à risque ont des besoins d apprentissage et des capacités différents des autres groupes d apprenants Un certain nombre de projets concernaient des matières comme les compétences de vie, le théâtre, l art, la santé, et l hygiène dans le programme pour permettre aux bénéficiaires d avoir une bonne éducation qui continuera à leur être utile à l avenir. Le projet Sociedade 1 de de Maio au Brésil a permis aux enfants à risque l accès à un éventail d activités sur les arts, les loisirs et d autres activités participatives, tout en soulignant constamment l importance du progrès à l école. En faisant de la fréquentation régulière de l école un critère d accès aux activités que les enfants appréciaient particulièrement, l organisation a pu les motiver à réaliser leur potentiel scolaire. Les projets de lutte contre le travail des enfants qui utilisent l éducation comme solution alternative pour les enfants travailleurs et leurs familles doivent, par conséquent, accorder une plus grande attention à la conception de l intervention et à la façon dont elle peut répondre de la manière la plus efficace possible, aux besoins des bénéficiaires. Les enfants travailleurs et les enfants à risque ont souvent des besoins et des capacités d apprentissage différents de ceux des autres groupes d élèves, et ces besoins ne peuvent pas toujours être satisfaits dans les systèmes d enseignement formel. Ils peuvent se trouver dans des zones où il y a peu ou pas d accès aux écoles formelles ou dans des situations où aller à l école est difficile, sinon impossible. Les sections suivantes de ce chapitre donnent des conseils sur le choix relatif à la décision d une stratégie d éducation appropriée par rapport à un groupe particulier de bénéficiaires, son installation et sa mise en oeuvre. 95
102 3 3. Conception des approches éducatives Les projets CIRCLE qui ont réussi à utiliser des programmes d éducation comme interventions ont pris le temps de consulter les bénéficiaires et d analyser avant tout la raison pour laquelle les enfants ne sont pas à l école. Il est possible que les obstacles à l éducation des enfants se trouvent au sein de la communauté elle-même, par exemple dans les attitudes des parents et d autres adultes qui, euxmêmes, ont pu être privés d éducation et qui peuvent ne pas reconnaître sa valeur. Par conséquent, les interventions doivent comprendre les activités de sensibilisation qui aideront à changer les attitudes et les mentalités des adultes (voir sensibilisation). 3.1 Définir le(s) but(s) des interventions éducatives Les interventions éducatives doivent chercher à répondre à deux défis de l éducation auxquels tous les pays sont confrontés: l accessibilité et la qualité. En termes d accessibilité, les interventions porteront sur les prestation de services éducatifs là ces services n existent pas, ou là où ils ne sont pas accessibles aux bénéficiaires. La qualité, de son côté, est un concept large qui comprend un éventail de défis inhérents à l éducation, y compris les cours de rattrapage, la formation accélérée, l éducation holistique, la discrimination, la formation des enseignants, le développement de programmes, l exclusion ainsi que la formation professionnelle et pré-professionnelle. Il faut analyser la raison pour laquelle l éducation serait nécessaire ou utile et ce qui pourrait être atteint à travers une stratégie d éducation. À cet effet, le projet de AID au Mali a développé un outil de diagnostic pour montrer une image claire et détaillée de l état de l éducation dans les communautés cibles, notamment le nombre d établissements disponibles et leur état physique, le nombre et le niveau des étudiants et des enseignants, l existence et l adhésion aux structures de gestion de l école et leurs ressources. 3 b Sumando: L importance de l apprentissage à distance pour les enfants travailleurs En étudiant les besoins et les attentes des jeunes travailleurs au Paraguay, Sumando a identifié le défi auquel étaient confrontés les adolescents travailleurs domestiques à fréquenter l école de manière régulière et a tenté de résoudre ce problème en développant un programme d apprentissage à distance intitulé SEADS (Sistema de Educación Abierta y a Distancia Sumando). Ce programme transitoire d éducation pour les enfants travailleurs âgés de 15 ans ou plus (15 ans est l âge minimum autorisé pour obtenir la certification dans le cadre de ce programme) exige de l étudiant le suivi physique des cours une fois par semaine, ainsi que les groupes d étude et le travail à la maison en utilisant le matériel audiovisuel qui permet d évaluer l étudiant à la fin. Le système signifiait que les travailleurs domestiques pouvaient continuer à travailler et avoir une vie sociale tout en consolidant leur éducation. Les modules d études comprennent les mathématiques, la grammaire, l histoire, la géographie, et d autres matières d enseignement standard. Le programme global impliquait des consultations avec les travailleurs domestiques, leurs employeurs, et les établissements éducatifs pour s assurer qu il était complet et permettrait aux étudiants de trouver de meilleurs emplois. Il facilitait également leur réintégration dans le système scolaire formel. Le programme est très flexible, les étudiants fixant leur propre emploi du temps sur la base des réalités de leurs vies de travailleurs et de leurs capacités scolaires. Son développement a été bien accueilli par le Ministère de l Education, qui l a pleinement accrédité, et a contribué au développement de la politique d éducation nationale. Les projets CIRCLE figurant dans ce chapitre ont axé leurs actions sur une gamme d interventions allant de la l offre d un service d éducation là où il n en existait pas avant, à l aide aux enfants ayant abandonné l école, afin qu ils puissent rattraper leurs camarades de l école formelle en vue d une re-intégration dans le système scolaire public le plus tôt possible. Résoudre la question de l accès à l éducation Manque d établissements scolaires et autres barrières à l éducation Parfois, les enfants ne vont pas à l école tout simplement parce qu il n en existe pas dans la communauté, ou parce que celle qui existe est trop éloignée ou se trouve dans une zone trop dangereuse pour que les enfants à bas âge ou les filles puissent y accéder. Il est donc important, lors de la recherche initiale, de chercher à savoir quels services d éducation sont déjà disponibles au sein de la communauté, y compris les établissements préscolaires, primaires, secondaires, les centres de formation professionnelle, et les établissements d éducation privés ou publics. Par exemple, ADAA en Ethiopie a choisi les bénéficiaires cibles du projet sur la base du manque d écoles dans leur voisinage immédiat, ainsi que sur la base du fait que plusieurs enfants ne pouvaient pas aller à l école en raison des charges excessives de travail. La conception du projet comportait, de ce fait, la construction de centres d éducation non formelle avec l appui de la communauté et du département local de l éducation (voir encadré 3a). D autres projets CIRCLE ont, soit construit des centres, soit rénové et adapté les structures existantes pour assurer aux anciens enfants travailleurs un plus grand accès à l éducation. Dans le cas de SUMANDO au Paraguay, le problème de l accès physique a été résolu par la mise en place d un programme d apprentissage à distance. 96
103 Les questions suivantes devraient être considérées quand on examine le problème de l accessibilité: Quels établissements ou services éducatifs, formels et non formels sont disponibles dans la communauté et à quels niveaux, par exemple préscolaires, primaires, secondaires, professionnels ou techniques? Quels établissements ou services éducatifs sont disponibles dans les communautés voisines qui seraient accessibles aux bénéficiaires à pied ou à l aide d un moyen de transport? Dans quelle mesure les jeunes enfants ou les filles ne peuvent pas bénéficier de ces établissements ou services éducatifs pour des raisons de sécurité, de culture, de tradition, de religion ou d autres obstacles sociaux, perçus comme tels ou réels? La question de la barrière des coûts à l éducation affecte particulièrement les familles pauvres 3 S il y a clairement des problèmes identifiables concernant l accessibilité, comment ceux-ci peuvent-ils être résolus de la manière la plus efficace? Dans le cas de l éducation non formelle, est-il préférable de construire de nouveaux établissements ou existe-t-il des structures ou des salles qui peuvent être rénovées et adaptées en conséquence? Dans de tels cas, il est essentiel de discuter de ces options avec les membres de la Communauté, les autorités locales, en particulier les autorités de l éducation, les bénéficiaires eux-mêmes, et d autres enfants de la communauté. Par exemple, la communauté a sérieusement appuyé le projet ADAA en Ethiopie en fournissant des lopins de terre, des matériaux et de la main d œuvre pour construire les centres d ENF, au point que trois centres additionnels ont pu être construits à leurs frais. Dans d autres situations, l Etat et les autorités locales peuvent être disposés à appuyer de diverses manières, par exemple en mettant un professeur qualifié à la disposition d un nouveau centre ou en construisant de nouvelles salles de classe. Les acteurs du secteur privé ont été également approchés pendant les activités de mobilisation de ressources et se sont montrés disposés à financer les frais d éducation, y compris la construction et le développement des écoles. La question de l accessibilité peut-elle être résolue en emmenant l éducation aux bénéficiaires plutôt que d amener les bénéficiaires à l éducation? Par exemple, CEIPA au Guatemala a vu que la seule manière pour les marchands ambulants de recevoir une certaine forme d éducation était d amener les éducateurs sur leurs lieux de travail pour leur donner des cours dans leur propre environnement. Un aspect important de l accessibilité affectant les filles en particulier est celui de la disponibilité des installations sanitaires appropriées sur les lieux d éducation. Là où celles-ci manquent, les filles peuvent abandonner l école, particulièrement quand elles atteignent la puberté. Les écoles et les centres d éducation doivent fournir les infrastructures nécessaires pour les filles. La disponibilité de l eau potable à l école est également essentielle pour tous les enfants. Ce qui est primordial quand on aborde la question de l accessibilité est la facilité de l accès. Les bénéficiaires devraient pouvoir accéder aux centres d éducation et/ou aux écoles facilement et sans risque. Dans le projet CIRD au Paraguay, les parents des bénéficiaires ont cessé d envoyer leurs enfants au centre d éducation et de loisirs en expliquant qu ils ne pouvaient pas payer les frais d autobus. Le personnel du service social du projet a donc rendu visite au bureau des transports en commun et a négocié le transport public gratuit pour les bénéficiaires pour leur transport au centre d éducation. Cet exemple met l accent sur l importance d identifier les emplacements des activités de projet en consultation avec les bénéficiaires et leurs parents pour s assurer qu ils sont appropriés et acceptables. Dans le cas des enfants des régions rurales et éloignées, le problème de l accès à l éducation peut demander des efforts particuliers. DU- POTO au Kenya a augmenté le nombre d inscriptions scolaires des enfants des tribus nomades, en particulier celles des filles, en soutenant des internats dans la zone du projet. Il a fourni des lits, des matelas, et des ustensiles 97 L alphabétisation et les compétences en mathématiques sont des matières importantes que les enfants doivent apprendre
104 3 de cuisine aux écoles, aussi bien que des panneaux solaires pour l électricité. Les parents étaient étroitement impliqués dans les activités de l école, à travers un forum trimestriel lors duquel ils observaient le progrès de leurs enfants et participaient aux prises de décision. Les internats peuvent jouer un rôle critique dans la prévention du travail des enfants dans les régions éloignées, où il y a peu d écoles. Toutefois, l entretien des infrastructures et des services, au-delà de la vie du projet, doit être assuré par les autorités de l éducation. Le coût de l éducation peut être un obstacle à l éducation de certains enfants. Par exemple, dans certains pays et régions, les parents sont obligés de payer une contribution à l éducation de leurs enfants sous forme de frais scolaires, même si ces derniers sont souvent illégaux. En outre, il y a les frais indirects On peut se servir des enfants, des pairs éducateurs et des communautés locales pour comme l achat de tenues, de livres, de fournitures, d équipements, de transport, ou même l identification d autres bénéficiaires l achat de nourriture pendant que les enfants sont à l école. La question des barrières des frais d éducation affecte les familles pauvres en particulier et, dans certains cas extrêmes, les enfants travaillent afin de couvrir leurs frais d éducation. Il est important d impliquer les partenaires, y compris les parents, les enseignants et les autorités de l éducation dans l identification des moyens pour surmonter ces barrières. Ceux-ci peuvent consister à persuader les autorités de l éducation de renoncer aux frais scolaires dans certains cas ou de permettre le paiement des frais et d autres dépenses en versements partiels. Certains projets CIRCLE ont introduit des activités génératrices de revenu dans des communautés cibles pour permettre à des familles d améliorer leurs revenus et de couvrir les frais d éducation dans le long terme. Dans d autres cas, les fonds du projet étaient utilisés pour acheter des uniformes, des sacs, des livres et des fournitures. Cependant, il reste préférable d aider les communautés et les familles bénéficiaires à trouver des moyens pour couvrir les frais d éducation et cela de façon durable, même après la fin des projets. Enregistrement légal des établissements d éducation En créant des établissements scolaires pour les communautés bénéficiaires, les règlements locaux et nationaux et les lois régissant la création de la valeur d inscrire les enfants à de nouveaux établissements éducatifs doivent être pris en considération. Par exemple, dans le cadre du projet CLASSE en Afrique occidentale, des écoles ont été construites dans les communautés cibles. Cependant, si ces l école à long terme écoles avaient été considérées comme «privées», cela aurait signifié que les élèves et les familles devraient payer pour l inscription et les frais d instruction ainsi que les salaires des enseignants. Même si les projets peuvent avoir des ressources pour couvrir de tels frais, l organisme d exécution doit planifier ce qui arrivera après la fin du projet quand ces ressources ne seront plus disponibles. En clair, les communautés à faible revenu ne pourront pas se permettre de tels frais, ce qui aura probablement comme conséquence que l école deviendra inaccessible aux bénéficiaires. Par conséquent, les écoles du projet CLASSE en Côte d Ivoire sont enregistrées comme écoles primaires publiques, et le ministère de l éducation a accepté de les enregistrer dans le système national et d aider à fournir le matériel pour le programme, les équipements et les enseignants. Les Groupes de bénéficiaires et leurs besoins Les organisations doivent penser sérieusement à ceux qui tireront profit des services, aussi bien directement qu indirectement 9. Par exemple, ADAA en Ethiopie a identifié les communautés désavantagées où il n existait aucune infrastructure et s est attelé à fournir l éducation à tous les enfants travailleurs ne fréquentant pas l école. DARNA au Maroc a ciblé les enfants de rue de la ville de Tanger, originaires des secteurs ruraux et qui s intéressaient au travail agricole. Une fois que les groupes de bénéficiaires ont été identifiés, l analyse des raisons pour lesquelles ils ne sont pas à l école doit être effectuée et un projet doit être conçu pour aborder ces raisons. Par exemple, les systèmes d éducation non formelle peuvent 98 EPAG a pu convaincre les parents 9 L USDOL définit «les bénéficiaires directs» comme des enfants et des jeunes qui, à la suite d un projet financé par USDOL, sont retirés ou empêchés d exercer un travail d exploitation et bénéficient directement d un service d éducation qui aboutit à leur inscription à l école. «Les bénéficiaires indirects» sont définis comme des individus qui ne reçoivent pas un service d éducation direct fourni par le projet mais qui en bénéficient par suite d une activité du projet.
105 3 c Arunodhaya: Les écoles pour enfants travailleurs renforcent les avantages d une approche holistique Le projet Arunodhaya visait à donner aux enfants travailleurs de Chennai, au sud de l Inde, un programme d éducation dispensé dans des écoles spécialement conçues pour les enfants travailleurs, pour les aider à être transférés au système scolaire formel. Dix écoles ont été créées pour prendre en charge les enfants travailleurs qui n avaient jamais été à l école ou qui avaient abandonné. Les enseignants ont travaillé avec un programme régulier comprenant les sujets standards, comme l anglais, le Tamil, les sciences, les mathématiques et les études sociales, en plus d un large éventail d activités parascolaires qui permettaient aux bénéficiaires de faire l expérience d événements de l enfance tels que le pique-nique, les visites de zoo, la participation à des projections de film, la participation aux activités culturelles telles que les célébrations de la journée de l indépendance, et ainsi de suite. Ces activités avaient pour but de rendre les classes plus attrayantes, en même temps que d autres stimulants tels que les examens médicaux gratuits et le repas de midi. Tout enfant ne participant pas aux cours recevait une visite à domicile, et tous les efforts étaient déployés pour encourager les enfants à retourner à l école et à convaincre les parents de l importance de la fréquentation scolaire régulière. Il y avait des cours sur l hygiène corporelle et l éducation sanitaire, ce qui eut comme conséquence une amélioration notable de l apparence des enfants. Les parents également ont fait des commentaires sur l amélioration du comportement des enfants à domicile. Pendant la saison des pluies, un certain nombre d enfants ont contracté le choléra ou d autres maladies liées à l eau. Ainsi, un programme de sensibilisation a été organisé, en plus du traitement des enfants, pour empêcher le retour et la propagation de ces maladies. L administration de l école a également installé un système d épargne pour aider à couvrir des coûts comme les tenues et les livres. Des réunions d information étaient tenues à l intention des parents et traitaient des défis sociaux tels que l enregistrement des naissances, l avortement, les droits des enfants, et la participation de l enfant. Bien que les écoles fussent destinées principalement aux enfants travailleurs, d autres enfants participaient à certaines activités organisées à travers des groupes d auto assistance et les forums des enfants et des jeunes. A cause des activités, les nouvelles familles arrivant dans la communauté étaient approchées par les parents et encouragées à envoyer leurs enfants à l école. L objectif principal des écoles était de soutenir le transfert des enfants travailleurs vers le système d enseignement formel, et chaque fois qu un nouveau groupe d enfants de l école des enfants travailleurs était inscrit à l école formelle, la communauté célébrait l événement en grande pompe, en donnant aux enfants des montres-bracelets comme cadeau. Le temps que les enfants passaient dans les classes dépendait de leurs capacités scolaires individuelles et du temps qu il leur fallait pour atteindre un niveau scolaire approprié afin d être transférés à l école formelle. En une année, 351 enfants sont passés par l école des enfants travailleurs pour faire leur entrée dans les écoles formelles. être efficaces pour résoudre la question du défi de l abandon scolaire. Les enfants abandonnent l école pour des raisons spécifiques, et si celles-ci ne sont pas cernées, il sera difficile de réaliser leur retour dans les salles de classe. D ailleurs, ils ont peut-être abandonné l école depuis longtemps et peuvent donc être inquiets d être en retard sur leurs camarades, sur le plan académique. Echanger avec ces enfants et leurs parents sur la raison pour laquelle ils ont quitté l école ou pourquoi ils n ont jamais été à l école, aidera à concevoir des interventions qui donneront aux enfants la confiance de retourner en classe et d améliorer leur amour propre, leurs convictions en leurs capacités. C est pourquoi les programmes scolaires non formels comprennent souvent les compétences de vie et d autres compétences non académiques comme approche holistique visant à favoriser le développement général de l enfant. C est un défi pour les systèmes d éducation non formels d intégrer des matières comme les compétences de vie dans leurs programmes réguliers, bien que quelques systèmes scolaires commencent maintenant à le faire. Sensibiliser les parents sur les risques du travail des enfants et sur les avantages de l éducation et les impliquer dans les discussions sur ces questions (en particulier dans les situations où le travail des enfants peut être vital au revenu d une famille), exigent de la sensibilité et une bonne compréhension des réalités de leurs vies. EPAG au Ghana a mis en oeuvre son projet dans une zone agricole défavorisée où le travail des enfants contribuait à la survie de la famille. Toutefois, grâce à une sensibilisation et à l introduction d activités génératrices de revenus, EPAG pouvait convaincre les parents de l importance à long terme d envoyer leurs enfants à l école. Le dialogue constructif et participatif prend du temps, et le progrès peut être lent, mais le résultat final a plus de chance d être durable. S il est vrai qu il est important de mettre l accent sur les bénéficiaires directs du point de vue des objectifs immédiats, il faut aussi considérer comment les activités peuvent avoir un impact sur les enfants qui ne sont pas directement impliqués, y compris des frères et sœurs et les camarades. D autres enfants de la communauté seront inévitablement affectés par le changement des bénéficiaires directs et cela peut influencer leurs propres mentalités et attitudes envers l éducation et ces enfants pourraient également tirer profit du projet à l avenir. Par exemple, d autres communautés ont été si impressionnées par les centres de cours de mise à niveau d Aasaman au Népal qu elles ont commencé à demander des programmes semblables pour leurs propres enfants. Au bout du compte, tous les enfants doivent bénéficier des opportunités d éducation. Cependant, étant donné les limites des ressources humaines et financières, un des buts pourrait être de créer des modèles pouvant être facilement reproduits et élargis pour atteindre un plus grand nombre d enfants à l avenir. Dans certains projets, tels qu OBISPO en Bolivie, les activités éducatives n étaient pas limitées qu aux enfants. Très souvent, si les enfants ne vont pas à l école, c est parce que leurs propres parents ne sont pas allés à l école et sont méfiants envers le système éducatif et les autorités. Dans de tels cas, il serait utile de consulter les parents sur leurs propres besoins 99 3
106 3 et attentes, en particulier en ce qui concerne les services éducatifs pour adultes pouvant les intéresser. Si les parents voient l impact positif de l éducation sur leurs enfants, cela peut stimuler chez eux le désir de retourner à l école et d améliorer leurs propres capacités scolaires. Dans certaines situations, cela peut faire la différence entre être analphabète et savoir lire et écrire, ce qui peut être un facteur d émancipation et de changement dans la vie des adultes. Dans le cas d OBISPO, les mères ont appris à lire et à écrire, aussi bien en espagnol que dans leur langue maternelle, le Quechua. Le programme d éducation était basé sur les matériels audiovisuels et a motivé les mères non seulement pour leur propre avantage, mais aussi pour aider leurs enfants à faire leurs devoirs à domicile. Le processus a été approprié par les enfants et leurs mamans, ce qui a renforcé l engagement des deux groupes. Aborder la question de la qualité de l éducation Attitudes parentales La décision d envoyer les enfants à l école est souvent prise par les parents, qui peuvent eux-mêmes être issus d une tradition d enfants travaillant à un âge précoce. Les filles peuvent être gardées à la maison pour exécuter des tâches domestiques. Dans de tels cas, il est important d impliquer les parents dans les activités relatives à l éducation de leurs enfants, que ce soit par la construction ou la rénovation des établissements, ou la planification, l administration, le suivi, ou le soutien aux programmes d éducation de la communauté. Travailler étroitement avec les parents peut, de manière significative, influencer leurs attitudes envers l éducation et assurer ainsi une plus grande durabilité au programme. Les enfants peuvent être plus motivés à aller à l école si les parents s intéressent beaucoup à leur éducation et participent aux activités scolaires. Apprentissage accéléré et cours de rattrapage Les enfants peuvent avoir abandonné l école à cause d une incapacité à suivre leurs pairs en classe. Ils peuvent avoir des difficultés d apprentissage ou même des incapacités physiques ou mentales qui n ont pas été identifiées ou traitées par le système d enseignement formel. Un programme d ENF permet de mettre un plus grand accent sur les élèves pris individuellement et de les accompagner selon leurs propres rythmes et capacités. Il peut également fonctionner plus rapidement par le biais d un programme d études et accélérer le processus d apprentissage. Cela est utile quand on aide les (anciens) enfants travailleurs à atteindre le niveau scolaire de leurs pairs dans le système formel pour finalement les transférer aux écoles publiques. Il est important d établir des liens entre les programmes d éducation non formelle et formelle dès que possible Dans son projet aux Philippines, KKPC a mis en place un centre de ressource d éducation et de soutien avec des ordinateurs et une bibliothèque de référence, où les enfants pouvaient aller après l école pour des cours supplémentaires et pour achever les devoirs à la maison. Le centre motivait les enfants à poursuivre leurs études et à utiliser leur temps libre de façon productive. Éducation transitoire ou de mise à niveau Beaucoup de projets visaient à aider les enfants défavorisés, comme les (anciens) enfants travailleurs, en créant une «passerelle» entre le programme d éducation non formel et le système scolaire formel. Ceux-ci comprenaient les Centres de Cours pour la mise à niveau mis en place par Aasaman au Népal. Le projet ENDA au Mali a organisé un programme pour les enfants âgés de 9 à 18 ans qui combinaient un programme d alphabétisation fonctionnelle appelé «néo-alphabétisation» l aide aux parents aux champs. Après cinq mois, les enfants ont commencé une deuxième phase du programme appelé «post-alphabétisation» au cours de laquelle ils iraient, à l idéal, à l école en plein temps. Cette approche a permis une transition progressive du travail à l école et de l école au travail, facilitant le processus de changement. Il est important d établir des liens entre les programmes d enseignement non formel et formel le plus tôt possible dans le projet afin de soutenir les enfants dans leur transition vers l école formelle. Le projet WATCH en Inde a graduellement introduit des manuels Les communautés et les familles peuvent être impliquées dans les programmes d éducation pour créer un sens d appropriation pour la durabilité des programmes 100
107 d éducation publique dans son programme d ENF afin que les enfants sachent ce à quoi ils doivent s attendre quand ils vont passer au système formel. En outre, les enseignants dans les écoles formelles recevaient des copies du matériel d éducation employé dans le programme d éducation non formelle pour les familiariser avec ce que les enfants avaient appris. Une fois que les programmes d ENF avaient fini leurs activités, ils remettaient leur matériel et équipements didactiques, tels que les tableaux, tables -bancs, les marqueurs, les cahiers d écriture, et toute autre fourniture de bureau aux écoles publiques partenaires. Une telle collaboration étroite a eu lieu dans d autres projets CIRCLE, comme ASHA en Inde, où les enseignants des écoles publiques ont aidé le personnel bénévole du projet à surveiller les examens annuels d entrée dans les écoles publiques. Les programmes d éducation pour les anciens enfants travailleurs devraient inclurent des séances de rattrapage et formation en compétences psychosociales 3 Avoir un impact sur les attitudes et les conditions de travail des enseignants Dans certains pays en voie de développement, le manque de financement ainsi que les politiques et pratiques dépassées en cours dans le système d enseignement non formel peuvent signifier que les enseignants et les administrateurs d école ne sont pas bien formés. Ils peuvent être amenés à s occuper d un grand nombre d élèves, ce qui leur laisse peu de temps à consacrer aux élèves à l apprentissage lent ou ayant des problèmes d apprentissage. Ceci est particulièrement vrai à la lumière de la campagne pour accroître les taux d inscription afin d être en conformité avec les objectifs de l initiative EPT et des OMD. Les enseignants eux-mêmes peuvent être influencés par les préjugés des personnes autour d eux, qui peuvent établir une discrimination contre certaines classes, castes, tribus ou populations indigènes. Ils peuvent accuser de grands retards dans le paiement de leurs salaires, en raison d une dégradation de l administration scolaire. Les conditions de travail et le manque de ressources sont tels, que les enseignants peuvent ne pas avoir le temps ou la patience de chercher à savoir pourquoi certains enfants sont irréguliers à l école, pourquoi ils ont des difficultés à se concentrer en classe, ne font pas les devoirs à la maison, ou sont perturbateurs. Pourtant, ce sont là les caractéristiques que l on trouve souvent chez les enfants qui combinent le travail et l école et qui peuvent avoir comme conséquence que ces enfants soient indexés comme des enfants à «problèmes». L éducation non formelle peut travailler beaucoup plus étroitement avec l élève pris individuellement, répondant à ces faiblesse ou ces difficultés et renforçant son amour-propre. Les enseignants reçoivent une formation en approches centrées sur l élève, enseignement de rattrapage, et compétences psychosociales de base et sont mieux informés sur des questions comme le travail des enfants. En outre, dans les programmes d ENF, des efforts sont faits pour limiter le nombre d élèves dans les salles de classes et pour encourager une plus grande participation de l enfant ou de sa famille au processus d éducation et dans la salle de classe. A long terme, il est essentiel que les systèmes d enseignement formel intègrent ces approches, en particulier en ce qui concerne l amélioration de la formation des enseignants. De façon réaliste, les implications en matière de ressource et de politique font que cela prendra probablement beaucoup de temps. Une manière pour les projets de contribuer à ce processus est d inviter les enseignants des écoles formelles à participer aux activités de formation pour les enseignants des programmes d ENF. En mettant l accent sur l amélioration des conditions de travail, y compris les salaires et la formation professionnelle, le projet ENDA au Mali a pu convaincre les enseignants à rester dans leur profession et à redécouvrir leur vocation. Les enseignants avaient été démoralisés par leurs mauvaises conditions de travail. Les communautés ont contribué à leurs salaires et autres dépenses liées à l école par des activités génératrices de revenus. De cette façon, les écoles sont devenues une partie intégrale de la communauté. Il convient de noter que l offre de services psychosociaux aux bénéficiaires, aussi essentielle qu elle soit pour le processus global d éducation, peut être coûteuse et difficile, et une attention doit être accordée à la durabilité d un tel service dans le long terme. CRADA au Ghana a offert des services de conseils, de médiation et de plaidoyer aux enfants mendiants dans le cadre d un processus d évaluation de l éducation visant à établir le niveau auquel placer les enfants dans le système d éducation. Ces services ont continué pendant un certain temps après le placement et ont soutenu l intégration des enfants à l école et dans leurs propres familles. 101
108 3 Les programmes d études flexibles et holistiques et la formation professionnelle Certaines approches d éducation, en particulier les approches non formelles, peuvent adapter les programmes d études existants pour répondre de façon appropriée aux besoins et attentes du groupe de bénéficiaires et établir un calendrier plus flexible. Cela est important dans les situations où les enfants essayent de combiner l école et le travail et ne peuvent pas aller à l école pendant les heures normales (par exemple les enfants dont le travail est affecté par les cycles de récoltes et de semences). Bien que la combinaison de l école et du travail ne soit pas idéale, elle peut être la seule solution pour s assurer qu un enfant poursuive au moins une certaine forme d éducation. Les groupes communautaires peuvent renforcer les engagements envers l éducation Dans certaines situations, comme le projet DARNA au Maroc et le projet CLASSE en pour tous leurs enfants Afrique de l Ouest, la formation professionnelle est intégrée au programme d éducation pour garantir que, non seulement les enfants reçoivent une éducation de base, mais aussi qu ils ont les qualifications monnayables qui les aideront à trouver un emploi décent. L introduction de la formation professionnelle peut souvent convaincre les parents de la nécessité de permettre à leurs enfants d assister au programme d éducation (voir l éducation professionnelle). Dans le cas de CLASSE, les approches d éducation non formelle et professionnelle étaient combinées pour donner des qualifications monnayables appropriées aux bénéficiaires, y compris dans l agriculture, qui joue un rôle significatif dans leur vie. Développement et réforme du programme d études Le programme d études peut souvent être un facteur déterminant de la déperdition scolaire ou de la non scolarisation des enfants. Toutefois, la réforme des programmes d études est un défi majeur, étant donné que le secteur de l éducation est souvent axé sur l enseignement destiné aux masses, par opposition à une approche plus holistique, flexible, et centrée sur l élève surtout pour des enfants ayant des besoins et attentes éducatifs spécifiques, comme les enfants travailleurs. Néanmoins, c est un élément principal du système éducatif qui doit être abordé par la consultation et le dialogue avec toutes les parties prenantes intéressées, y compris les enseignants, les directeurs, les ministères de l éducation, les autorités d éducation, les parents, et les enfants. En Bolivie, CEBIAE a développé un programme d études en collaboration avec des enseignants dans les écoles du soir fréquentées par beaucoup d enfants travailleurs. Le programme d études était basé sur les réalités des enfants travailleurs et les ateliers étaient axés sur des méthodes pédagogiques appropriées. Les enfants travailleurs, d autres enfants et jeunes gens ont également participé aux séances d ateliers pour faciliter les échanges avec les enseignants et pour que le programme d études reflète les besoins spécifiques de ces enfants. La proposition a été soumise aux autorités de l éducation de la région par le réseau RIPNA (voir plaidoyer) pour l étendre, au-delà des zones du projet, à toutes les écoles du soir. Dans le projet OBISPO à Kara Kara en Bolivie, des efforts ont été faits pour aider les enfants et toute la communauté à comprendre l importance de la protection et de la conservation de l environnement. Cela était d autant plus important que les bénéficiaires travaillaient comme récupérateurs dans les décharges publiques et Kara Kara est contaminée par les déchets. Un nouveau volet du programme d études, intitulé «programme d éducation environnementale» a été développé pour établir un lien entre les expériences de vie des enfants et l école et son environnement. Il comprenait la santé et les effets de la pollution et sensibilisait les enfants et leurs parents sur les risques de la contamination par les déchets et le mal que cela peut causer aux enfants. Le programme d études aidait également la communauté à identifier des solutions, par exemple, par le reboisement, une idée qui a retenu l attention des enfants. Le programme d études, qui comportait le traitement médical pour les enfants bénéficiaires, a été fourni par deux étudiants de l université catholique bolivienne dans la langue maternelle locale, le Quechua. Dans son projet au sein de la communauté minière de Huanca au Pérou, ISAT a développé une série de modules de soutien éducatif couvrant diverses questions d importance dans la vie quotidienne des membres de la communauté. Il s agissait des dangers et des effets de l exploitation minière sur la santé des enfants, du travail et des droits des enfants, et enfin des compétences sociales de la vie. Les modules ont été soumis aux enseignants pour leur validation et ont été adaptés aux différents niveaux scolaires. Des enseignants ont été formés dans l utilisation des modules, et d autres parties prenantes, y compris des 102
109 représentants des autorités locales, ont été invitées aux ateliers. Les activités étaient basées sur le concept «de l apprentissage pratique» qui convenait aux capacités d apprentissage des enfants. Pour les catégories plus jeunes, beaucoup d activités utilisaient des jeux et des chansons. Les modules ont été officiellement approuvés par le ministère de l éducation et incorporés dans les programmes scolaires. 3 Dans le projet Deepalaya en Inde, le programme participatif et interactif comprenait l utilisation de cartes de supports visuels, de marionnettes, et d autres méthodologies basées sur le théâtre, des cours de lecture animés, une importante utilisation de matériels audiovisuels, des jeux pour les mathématiques, et des programmes d enseignement et d apprentissage informatisés. En outre, les enseignants ont filmé les enfants en classe et ont rejoué les vidéos afin d aider les enfants à observer leur comportement et à en tirer tous les enseignements. Programmes extrascolaires Les enfants sont plus susceptibles de commencer à travailler pendant les périodes de fermeture des écoles. Dans certains pays, les enfants peuvent aller à l école seulement pendant plusieurs heures dans la journée, soit le matin soit l après-midi, ce qui laisse beaucoup de temps libre pendant lequel ils peuvent se laisser convaincre de travailler soit par leurs parents, leurs pairs, soit par d autres personnes de leur entourage. Les programmes parascolaires donnent aux enfants un éventail d activités de loisirs, d éducation, de sport, de culture, de traditions, et d activités sociales qui, non seulement les occuperont, mais aussi amélioreront leur développement personnel et social, les garderont en sécurité, et amélioreront potentiellement leur santé et leur bien-être. Le Sociedade 1 de Maio a créé un club d enfants, Cluberê, dans la banlieue de Novos Alagados au Salvador, car des recherches avaient montré que lorsqu ils n étaient pas à l école, les enfants travaillaient ou participaient à des activités dangereuses ou illégales. Le club a sensibilisé sur les dangers du travail des enfants et l importance de l éducation et a renforcé l amour-propre des enfants et leur sens de la responsabilité. Les activités comprenaient la danse traditionnelle, le théâtre, l art, et les jeux, aussi bien que des cours particuliers. Un programme semblable a été mis en oeuvre par CIRD au Paraguay, à travers ses centres d éducation et de loisirs. Les activités parascolaires peuvent également fournir aux enfants défavorisés des occasions d apprécier des expériences qui leur sont normalement inaccessibles. OBISPO en Bolivie a amené les bénéficiaires du projet Kara Kara dans un centre spécial d éducation, de science, et de culture dans la ville pour leur montrer un autre aspect de la ville, différent des décharges publiques et des déchets. Les enfants ont participé à une activité d un club de lecture pour enfants, qui consistait à lire avec les enfants du même âge, mais d origines différentes. L expérience a augmenté de manière significative leur intérêt pour la lecture et l écriture et les a incités à créer leur propre club de lecture dans la cour de leur école. Les clubs scolaires d enfants ont également figuré bien en vue dans un certain nombre de projets, y compris CARD en Sierra Léone. Ces clubs ont organisé des activités, y compris les activités de loisirs et de sport, et étaient responsables de la sensibilisation des populations de l école et de la communauté sur des questions comme le travail et le trafic des enfants. Les activités comprenaient l organisation de marche pendant des journées spéciales, comme la Journée de l Enfant Africain et la Journée Mondiale de Lutte contre le Travail des Enfants. 103 Apprentissage à distance Bien que le projet SUMANDO fut le seul au Paraguay à se focaliser sur la mise en oeuvre d un programme d apprentissage à distance pour les enfants travailleurs, il est utile de considérer cela comme une méthodologie visant ã aborder les problèmes auxquels les enfants travailleurs sont confrontés dans la recherche de l équilibre entre le travail, la socialisation et l éducation. Le programme fournit les mêmes avantages que l éducation transitoire ou de mise à niveau car il amène les bénéficiaires jusqu à un niveau scolaire d où ils peuvent être transférés dans le système d enseignement formel. Les Partenaires CIRCLE ont conçu des manières innovantes pour dispenser l éducation aux communautés
110 3 3.2 Créer un environnement propice à l éducation Les organisations doivent mettre en commun différents éléments pour faire en sorte que le programme soit aussi efficace que possible, et puisse être potentiellement durable à long terme. Le soutien communautaire Selon le contexte, la mobilisation de l appui de la communauté pour les activités d éducation peut être difficile, mais cet appui est essentiel pour le succès de l intervention, en particulier la durabilité de ses résultats. Le programme ne doit pas être unilatéralement imposé, mais doit se mettre en place à travers l appropriation et le soutien des acteurs. Au Mali, ENDA a rencontré une résistance considérable dans une communauté qui avait de fortes croyances religieuses et des pratiques traditionnelles. Il a fallu un certain nombre de réunions avec les dirigeants communautaires et religieux et les parents pour que le projet puisse être lancé dans ce village. C est seulement en travaillant en étroite collaboration avec les différents acteurs de la communauté, y compris les enfants, que les organisations comprendront l environnement et le contexte locaux et seront capables de concevoir une bonne intervention dans le domaine de l éducation. ASHA en Inde a mis l accent sur l implication des femmes et des groupements féminins organisés dans les activités du projet, en reconnaissance de l impact que les femmes peuvent avoir sur les programmes s adressant aux enfants. Tous les efforts devraient être Infrastructure Des enquêtes préliminaires sur des communautés cibles devraient permettre de dresser une cartographie des services et établissements d enseignement déjà disponibles ou prévus. Cela est important pour entrepris pour aligner la stratégie plusieurs raisons. Premièrement, elle montre si les opportunités d éducation sont déjà disponibles pour les enfants ou si le problème du projet et les activités avec les est surtout celui de l accès, ce qui peut être résolu par la sensibilisation, le plaidoyer et le renforcement des capacités. Deuxièmement, sachant ce qui est déjà disponible, les organisations peuvent travailler avec programmes du gouvernement si un d autres prestataires de services d éducation pour veiller à ce que leurs programmes soient complémentaires et reliés entre eux. Par exemple, si cadre positif existe des écoles primaires et secondaires existent dans la communauté, alors il serait logique d appuyer les enfants ayant abandonné l école, par le biais de passerelles ou de programmes de transition, pour leur permettre d entrer dans les écoles formelles à un niveau approprié. En troisième lieu, il aidera les organisations à décider s il convient de construire de nouveaux complexes scolaires, rénover des bâtiments existants, ou louer des salles de classe dans un bâtiment existant afin de dispenser les cours. Il est également utile de savoir s il existe des plans pour construire ou rénover des écoles existantes dans la communauté et de voir que le programme d éducation du projet est lié à d autres initiatives futures afin que les interventions ne soient pas isolées des services et établissements éducatifs existant dans la communauté, mais soient plutôt intégrées et cohérentes, et qu elles renforcent davantage l engagement de la communauté. Par exemple, dans le projet ADAA en Éthiopie, l une des communautés a construit une nouvelle route reliant un centre d éducation non formelle à l école publique, pour soutenir les contacts entre les programmes et renforcer l intégration. Appui des administrations locales et nationales et cadres politiques Il est également impératif de prendre contact avec les départements de l éducation local, régional et central afin de discuter des buts et objectifs d un programme de formation planifié et d explorer les domaines de soutiens mutuels, en particulier avec les écoles locales. Il est vital pour le succès des programmes d éducation transitoire ou de mise à niveau, que les bénéficiaires soient en mesure de passer sans problème aux systèmes scolaires formels, et que leurs résultats soient reconnus à un même niveau que les tests et examens de l école publique. Par exemple, le Ministère de l éducation du Paraguay a accordé un agrément complet au programme d enseignement à distance de SUMANDO. En outre, il est possible que les autorités de l enseignement soutiennent certains aspects du programme, notamment par le biais de la formation des enseignants, le suivi, la reconnaissance officielle, et la fourniture de matériels pédagogiques 104 La mise à disposition de fournitures scolaires peut aider à réduire les coûts de fréquentation de l école
111 et didactiques. Les autorités de l éducation ont la responsabilité de garantir que les établissements et services d enseignement réalisés par le projet sont bien intégrés et cohérents. Le projet CLASSE en Afrique de l Ouest a organisé une série de réunions, de tables rondes et d ateliers avec les acteurs de l enseignement public, y compris les ministres de l éducation du Mali et de la Côte d Ivoire ainsi que d autres fonctionnaires. Ces activités ont conduit à une forte coopération des ministères avec les activités du projet, y compris le renforcement des systèmes nationaux d éducation, la formation des enseignants, l inscription de nouvelles institutions, et la fourniture de programmes scolaires et d autres matériels de soutien. 3 Tous les efforts doivent être déployés pour aligner la stratégie et les activités du projet sur les programmes gouvernementaux si un cadre positif existe. Ceci va générer le soutien de la part des autorités, y compris les possibilités de soutien financier. Au Mali, quand l Etat a lancé son Programme décennal de l éducation et du développement culturel, ENDA a conçu son projet pour l intégrer dans ce vaste programme national, recueillant un fort soutien des autorités de l éducation. Soutien des autorités scolaires et des enseignants Dans les cas où il existe des écoles publiques, que ce soit dans la communauté ou dans les communautés voisines, il est important d établir une bonne communication et des liens étroits avec celles-là. Cela implique la prise de contact avec les écoles le plus tôt possible et l organisation de consultations et d ateliers afin de fournir des renseignements détaillés sur le programme et de recueillir les apports et les directives des directeurs d école et des enseignants. Ils seront prêts à accepter le programme s ils sont consultés et impliqués. Parfois, il peut y avoir une résistance à ces programmes, en particulier dans des situations où elles sont considérées comme concurrentes des écoles pour l inscription ou où elles érodent la valeur de l enseignement public. Par conséquent, il est essentiel d établir des relations positives et constructives avec les professionnels de l éducation pour les rassurer que le but n est pas de créer des systèmes parallèles, mais complémentaires. Cela aidera les bénéficiaires quand ils passeront d un programme non formel au système formel, étant donné que les enseignants seront mieux familiarisés avec le programme et auront plus de compréhension des questions concernant ces enfants. Ils peuvent également être disposés à suivre les progrès de ces enfants dans le système formel et rendre compte de leurs difficultés afin qu elles puissent être soumises à des mesures correctives. Il est également sage d impliquer les directeurs d écoles, les enseignants et leurs syndicats dans les aspects pertinents du programme d éducation, par exemple, le suivi, la formation des enseignants, les examens, l élaboration de programmes, et l administration. Au Guatemala, le CEIPA a établi des contacts étroits avec les enseignants afin d encourager des échanges réguliers sur les progrès des bénéficiaires et de fournir aux enseignants une formation complémentaire sur les méthodes d enseignement appropriées pour ces enfants. Appui des employeurs Les organisations dont les projets ciblent les enfants qui continuent à travailler tout en poursuivant leurs études, devraient approcher les employeurs pour discuter de l importance de l éducation pour l épanouissement personnel et social de leurs jeunes employés et solliciter leur soutien afin de permettre à ces enfants d accéder aux possibilités d éducation. Par exemple, le projet SUMANDO au Paraguay ciblait les adolescents travailleurs domestiques, contactait directement les familles qui les utilisaient pour leur demande de donner aux adolescents le temps nécessaire pour la réalisation des modules d enseignement à distance et pour participer aux cours et groupes d études hebdomadaires. Dans ce cas particulier, tous les employeurs contactés ont accepté de laisser les bénéficiaires étudier à la maison pendant plusieurs heures par jour. Dans d autres cas, les groupes d employeurs ont fourni des ressources pour construire des salles de classe, développer des écoles, et acheter des matériels et des équipements scolaires. Xam Defaru: Faire retourner les enfants à l école Dans le village de Peykouk de la région de Thiès au Sénégal, la mendicité est un moyen de survie pour les familles pauvres et a un impact négatif sur l éducation des enfants dans la région. Les taux de scolarisation étaient de moins de 40 %, car de nombreux enfants ont été retirés de l école par leur famille pour qu ils les accompagnent dans leur activité de mendiants afin d attirer la sympathie des donneurs d aumône. Selon l Inspection de l Éducation, non seulement très peu d enfants vont à l école dans la région, mais aussi plus de 70 % abandonnent après seulement quatre ans. Dans le village, les parents voyaient peu d intérêt à laisser leurs enfants étudier. Le partenaire de CIRCLE Xam Defaru a donc conçu un projet pour cibler 100 enfants qui avaient abandonné l école et risquaient de se livrer à la mendicité. Le projet a rénové deux salles de classe dans le village et a engagé deux enseignants pour travailler avec les enfants et les préparer aux examens nationaux de sixième année. Dans la mise sur pied du programme, Xam Defaru a travaillé en étroite collaboration avec les parents, les autorités de l éducation, et les hommes politiques locaux, en sensibilisant sur l importance de l éducation et les dangers de laisser les enfants mendier dans les rues. Les bénéficiaires ont suivi neuf mois de cours intensifs qui leur ont permis de passer dans le système éducatif formel. En conséquence, il y a eu un changement majeur dans l attitude des villageois et de leurs enfants envers l éducation. En outre, une campagne de sensibilisation connexe a été organisée pour s assurer que tous les enfants avaient de bons certificats de naissance. Cela était particulièrement important car, sans papiers d identité, les enfants ne pouvaient pas aller à l école. Comme conséquence directe du travail de Xam Defaru sur le terrain, les tribunaux locaux qui s occupent de l enregistrement des naissances ont décidé de lancer des campagnes de déclaration de naissance dans les villages voisins d
112 3 Liens avec les questions socio-économiques ou connexes Les organisations devront étudier soigneusement la communauté pour connaître les autres problèmes socio-économiques et les problèmes connexes pouvant être des sujets de préoccupation et savoir si le programme d éducation pourrait les inclure d une façon ou d une autre dans son curriculum. Par exemple, en Éthiopie, ADAA a lié son programme d éducation à la réduction et à la prévention du VIH/SIDA et des pratiques traditionnelles qui nuisent à l éducation et à la santé des filles. En intégrant des questions connexes qui touchent non seulement les enfants, mais aussi les adultes, le programme peut attirer une plus large base de soutien tout en veillant à ce qu un programme d études holistique soit développé. En informant divers acteurs et en les mobilisant autour du programme d éducation, les organisations devraient envisager de rechercher d autres financements au-delà des fonds du projet Accessibilité Les interventions qui visent à emmener ou ramener les enfants dans un environnement d enseignement doivent faire en sorte qu ils puissent participer comme il faut et que leurs besoins et droits soient respectés. Pour atteindre cela, les programmes doivent être physiquement et intellectuellement accessibles au groupe bénéficiaire et à d autres enfants à risque, qui peuvent être impliqués ultérieurement. Il s agit là d un élément important d un environnement favorable. L environnement physique du programme doit faire en sorte que les bénéficiaires se sentent bienvenus, confortables, détendus, confiants et en sécurité. L éducation non formelle, en particulier, met l accent sur l apprenant, et la participation d une personne aux activités sera considérablement affectée par l environnement physique dans lequel il ou elle apprend. En outre, le programme doit être dispensé par un personnel bien formé, motivé, et compréhensif. Il est également important que les programmes d éducation fassent preuve de souplesse afin de tenir compte des situations locales, ce qui, par exemple, peut avoir une incidence sur le moment où les bénéficiaires sont disponibles pour les classes: si ils ou elles doivent aller chercher de l eau ou du bois de chauffage pour la maison avant d aller à l école, cela devrait être intégré dans l emploi du temps. Dans des cas extrêmes, comme ceux rencontrés par CEIPA au Guatemala, le problème d accessibilité peut être réglé en organisant les activités du programme là où les enfants travailleurs se trouvent, en l occurrence dans la rue. Cependant, ceci n est pas idéal et tous les efforts doivent être faits pour améliorer l environnement de l apprentissage des (anciens) enfants travailleurs et des enfants à risque. La question de l accessibilité ne s applique pas seulement aux aspects physiques de l éducation, mais aussi à la qualité, par exemple les barrières linguistiques. Dans certains pays, les peuples autochtones et tribaux peuvent être dans une position désavantageuse par le fait que les programmes et matériels scolaires n existent que dans les langues nationales officielles. Dans le projet OBISPO en Bolivie, les activités d enseignement étaient menées dans la langue locale, le Quechua, ce qui a aussi facilité l implication des parents. Les finances En informant un large éventail d acteurs et en les mobilisant autour du programme d éducation, les organisations devraient envisager de solliciter un soutien financier au-delà des fonds du projet. Par exemple, ADAA en Éthiopie a pu accroître le nombre prévu de Centres d ENF de 60 % sans frais supplémentaires pour le projet en mobilisant le soutien de la communauté. Cela nécessite d approcher différents acteurs, y compris les employeurs, pour étudier les possibilités d appui financier ou en nature pour compenser certains coûts et mettre en route une stratégie durable. Les départements de l éducation peuvent être disposés à organiser des sessions de formation des enseignants sur des aspects du programme d enseignement ou sur le suivi des classes. Les entreprises peuvent être disposées à payer ou à mettre gratuitement à disposition des bâtiments ou encore du matériel pédagogique. Les gouvernements locaux peuvent être disposés à fournir des terrains ou des édifices étatiques peu ou pas utilisés pour la création de centres d éducation et 106 Les centres d ENF offrent un plus grand accès aux enfants travailleurs ou à risque
113 de récréation. De telles ressources permettent le transfert des fonds du projet vers d autres domaines, comme les activités de récréation ou les équipements pour la formation professionnelle. Une autre considération financière concerne le personnel du projet. Dans certains cas, les bénévoles donnent leur temps pour aider et soutenir les bénéficiaires, tandis que dans d autres, les animateurs et les enseignants de l éducation non formelle sont payés. Cela a un impact sur la durabilité, c est-à-dire sur la façon dont les salaires seront payés une fois que le projet aura pris fin. Dans le cas de l ADAA en Éthiopie, le gouvernement a repris la gestion des centres. Ailleurs, pour le CCF au Pakistan, un Fonds Villageois pour l Éducation a été créé et a mobilisé les ressources dans les communautés concernées pour payer les frais de fonctionnement, y compris les salaires des enseignants, une fois le projet terminé Travailler avec les programmes d éducation publique non formelle actuels Certains pays ont reconnu le rôle de l éducation non formelle dans un système global d éducation, en particulier dans l offre d un système éducatif plus accessible, plus souple et plus approprié aux enfants vulnérables, y compris les (anciens) enfants travailleurs. Dans les cas où il existe déjà un programme d enseignement public non formel, les organisations devraient faire en sorte qu elles s intègrent au programme de l enseignement public autant que possible, en particulier si le matériel didactique peut être offert par les départements de l éducation nationale et locale. L accès à ces infrastructures peut réduire le temps requis pour le lancement des programmes et pour réaliser des économies sur les ressources humaines et financières. Des consultations devraient être organisées avec les autorités compétentes de l éducation pour discuter du projet, de ses objectifs, de son contenu, pour explorer les synergies afin de partager les informations et les ressources, et aussi pour renforcer sa durabilité. La coopération avec les programmes publics peut aider les organisations à comprendre comment fonctionne le programme gouvernemental, son contenu, la méthodologie pédagogique, et le système de reconnaissance officielle. Des visites peuvent être organisées dans les écoles et les centres où le programme est mis en oeuvre et pour discuter avec les directeurs, les enseignants, et les enfants sur le système. Les matériaux existants peuvent être évalués pour leur pertinence par rapport au programme non formel prévu et pour voir ce qui doit être adapté le cas échéant. Il vaut mieux consacrer du temps aux discussions avec les responsables gouvernementaux sur les différentes voies par lesquelles le programme d ENF de l Etat pourrait appuyer le projet et peut-être récupérer certains de ces résultats sur le long terme. Il est possible, comme ce fut le cas avec Lingap aux Philippines, de négocier, gratuitement ou à prix réduit, une participation des programmes de formation des enseignants aux programmes publics non formels. L existence d un programme étatique peut signifier également qu il y a déjà, sur le marché du travail, des enseignants expérimentés qui pourraient être embauchés. Un problème dans le travail avec les programmes publics d éducation non formelle est que ces derniers peuvent ne pas avoir autant de ressources que le système d éducation formelle. Aux Philippines, ALS, un programme étatique qui motive les enfants à retourner à l école formelle et encourage la participation des parents, a été largement utilisé dans les projets Lingap, QK, et SCM. Dans le cas de SCM, le système a été utilisé pour créer trois niveaux d enseignement au profit des bénéficiaires: l enseignement de base, l enseignement primaire et l enseignement secondaire. Les matériels ont été adaptés sur la base de ceux du Ministère de l Éducation, et les classes de base cherchaient à doter les 3 e QK: Soutien à l apprentissage alternatif pour les enfants travailleurs Le projet QK fait un large usage du programme ALS aux Philippines, en soumettant à un programme de formation 28 directeurs d enseignement à base communautaire de ALS. Ces directeurs venaient des communautés dans lesquelles ils devaient travailler à l avenir et étaient formés dans un large éventail de services, notamment l aide psychosociale, le suivi et la mobilisation des ressources locales. En préparant la mise en œuvre des groupes ALS, le QK a organisé dans chaque communauté des ateliers de planification de la protection de l enfance, au cours desquels les enfants ont parlé aux adultes de leurs désirs et aspirations et ainsi, ont pu contribuer à la conception du programme. Le gouvernement local a financé les matériels d apprentissage et le ministère de l Éducation a fourni les modules de ALS. Les écoles et enseignants locaux ont aussi offert de leur temps pour aider dans l enseignement et le suivi. Dans le cadre du projet, les autorités municipales ont également renforcé les conseils à base communautaire pour la protection de l enfance et ont élargi leur adhésion à d autres organisations à base communautaire, en particulier les organisations de femmes et de parents. Des programmes d enseignement ont été organisés pour les parents, en particulier les mères, sur la citoyenneté active et le rôle des parents dans l éducation des enfants. La participation des parents a été encore renforcée par la mise en place de l Association des Parents de ALS, qui comptait également des projets de micro finance parmi l éventail de leurs activités et services pour la communauté. Ainsi, à travers la formation professionnelle et l aide au développement des moyens de subsistance, les parents ont reçu de l aide pour renforcer les revenus familiaux. Le projet a également mis au point et intégré des modules sur les compétences dans le domaine de la recherche d emploi afin d aider les bénéficiaires à lancer leur propre entreprise à l avenir ou à trouver un meilleur emploi. 107
114 3 enfants de compétences en alphabétisation fonctionnelle, en calcul, en apprentissage par soi et en compétences de vie pour les préparer à l examen d équivalence qui doit faciliter leur transition vers le système éducatif formel. Le SCM a constaté que les enfants au niveau élémentaire avaient besoin de beaucoup de suivi et de contrôle pendant qu ils s adaptaient au programme. 3.4 Mise en place de systèmes de suivi, d administration et de gestion Etablir un système d administration et de gestion est une partie importante d un programme complet d éducation. Pour la plupart des projets, ces systèmes sont destinés au suivi des progrès et à assurer des interventions rapides, en cas de besoin. Les établissements d éducation non formelle fonctionnent de la même manière que les écoles formelles, ainsi les systèmes d administration et de gestion peuvent suivre les mêmes dispositions. Pendant la planification et la conception du projet, il est utile de visiter d autres écoles et Centres d ENF pour voir quels systèmes sont en place, comment ils fonctionnement et comment ils interagissent avec l école et la communauté. Les organisations de mise en œuvre doivent coordonner tout le suivi des activités par les différentes parties prenantes afin qu elles ne chevauchent pas, qu il n y ait pas de double emploi ou que d importantes activités pédagogiques du programme d éducation ne soient pas bouleversées. En outre, les organismes de mise en œuvre doivent conduire leur propre évaluation des enseignants (qu ils soient bénévoles ou salariés), des animateurs, des coordinateurs et d autres membres du personnel, aussi bien que des autres éléments du programme, y compris les structures physiques, la qualité et l accès à l éducation, les relations avec les acteurs et la communication. 108 Dans la plupart des cas, les projets CIRCLE ont aidé les bénéficiaires à atteindre des niveaux académiques requis pour transférer vers les écoles formelles auprès de leurs pairs Les structures du comité de gestion tant donné que les programmes d éducation non formelle sont axés sur l apprenant et cherchent à impliquer la communauté, une méthode efficace de traiter les questions de gestion et d administration est de mettre en place un comité pour travailler avec le directeur et les enseignants. Par exemple, ADAA en Éthiopie a créé une structure de comité à deux niveaux. Le rôle administratif global et la responsabilité pour le suivi des activités de tous les centres étaient assumés par un Comité de gestion du Centre, dont les membres étaient choisis au sein de la communauté. Le Comité de gestion du Centre entretenait également le réseau existant dans chaque communauté entre les centres, la communauté, ADAA, et le bureau de l éducation de la région et travaillait en étroite collaboration avec les centres pour le suivi régulier des activités. En outre, les comités de gestion des écoles ont été nommés sur la base d un ensemble de critères établis conjointement par ADAA et le bureau de l éducation de la région. Ces comités se focalisaient sur les questions et préoccupations pertinentes dans chaque centre. Un élément essentiel était la participation et l appui du bureau de l éducation de la région. Étant donné que les centres travaillent sur la base du programme d ENF de l Etat lui-même, il incombait au bureau de vérifier qu il était correctement mis en œuvre. Il apportait un appui professionnel et technique aux directeurs du centre et un enseignant était affecté par le bureau pour aider à convertir les centres en écoles formelles à leur remise aux autorités de l éducation. Renforcement de la participation de la communauté Dans le même ordre d idée, des structures administratives étaient mises en place dans chaque projet, comprenant à chaque fois des parents et des responsables communautaires dans le but principal de renforcer un sentiment d appropriation et d étayer la durabilité. Par exemple, le CCF au Pakistan a encouragé la création de comités d éducation villageois et de comités d éducation familiaux qui, non seulement, fournissaient un appui aux Il est important de s assurer que les enseignants ou les facilitateurs disposent des compétences et des matériels pour nécessaires pour un programme d éducation réussi
115 enseignants dans la gestion des centres et veillaient à ce que leurs enfants participent, mais également mobilisaient des fonds pour soutenir les centres de formation après la fin du projet. Un Fonds d Education Villageois a été créé pour recueillir les contributions des différentes communautés, qui furent utilisées pour soutenir les centres dans le long terme. La responsabilité de ces comités était donc bien plus grande que la gestion quotidienne des centres d éducation, et comprenait la sensibilisation et le plaidoyer. Certains projets ont mobilisé les femmes et les groupements de femmes afin qu ils s impliquent dans le fonctionnement quotidien des programmes, y compris le suivi de la fréquentation des enfants, l action en qualité de responsable de classe, l offre de repas à l école, et l entretien des salles de classe. ASHA en Inde a organisé, avec les mères des enfants travailleurs ou à risque et les groupements de femmes locaux, nari sanghs, des débats sur le travail des enfants et l éducation en vue de s assurer de leur soutien et de leur collaboration, y compris à travers des activités de plaidoyer auprès des autorités locales. 3 Liens avec les administrations locales Dans la plupart des cas, les projets CIRCLE aidaient les bénéficiaires à atteindre le niveau scolaire requis pour être transférés dans les écoles formelles aux côtés de leurs camarades. Dans cette optique, les départements d enseignement doivent obtenir des informations détaillées sur le programme et les étapes nécessaires pour la reconnaissance des résultats scolaires des enfants dans le projet et Les enseignants et les facilitateurs doivent créer un l équivalence avec les qualifications formelles. Les départements de environnement favorable pour encourager l apprentissage et l éducation pourraient aider à établir des liens structurels avec les écoles formelles, les directeurs d école, et les enseignants et à faire le le développement individuel suivi des centres d éducation, des programmes scolaires et de la formation des enseignants. Les responsables de l éducation peuvent aussi être inclus dans les comités de gestion de programme afin d institutionnaliser le lien avec le gouvernement local. Suivi régulier et constant des bénéficiaires Dans les projets Arunodhaya en Inde, Aasaman au Népal, et CCF au Pakistan, des registres stricts de fréquentation sont maintenus, et si un enfant manque les cours régulièrement, une visite à domicile est effectuée afin de vérifier la cause de l absence et d encourager l enfant à retourner à l école. Le suivi régulier des résultats et des comportements des bénéficiaires permet d anticiper les cas de déperdition scolaires et d offrir des cours de rattrapage et des encouragements en cas de besoin. Les membres de la communauté et les groupements communautaires, comme les groupements de femmes, sont le plus souvent des agents de suivi efficaces, car ils bénéficient du respect et de la confiance de la communauté. Le projet RADA en Sierra Léone était axé sur le problème de la traite des enfants et a inscrit cette question dans les programmes de formation des enseignants, vue l influence particulière de ces derniers sur ces communautés. Les enseignants ont joué un rôle crucial de catalyseurs du changement social à travers les programmes de sensibilisation et de formation. Ils ont réalisé que leur ignorance avait tout simplement permis au trafic d enfants de se développer de manière incontrôlée, et ont exprimé leur ferme appui à leur nouveau rôle dans la société. Suivi régulier des programmes et institutions scolaires Les autorités éducatives locales peuvent être disposées à effectuer un suivi régulier des activités du projet dans le cadre de la surveillance de routine des écoles, en se concentrant sur les aspects techniques et pédagogiques du programme. Les autorités communales peuvent également être disposées à effectuer des visites de suivi pour vérifier les activités régulières. Les structures du comité d éducation devraient suivre les activités et les étudiants quotidiennement afin de permettre la prise de mesures en temps opportun, en cas de défis. Suivi complémentaire Quand on analyse l impact à long terme des programmes d éducation, il est important de suivre les bénéficiaires au fur et à mesure qu ils progressent dans le système d éducation formelle, la formation professionnelle, et éventuellement dans leur carrière professionnelle. Pendant une certaine période, après le transfert au système éducatif public, des contacts doivent être maintenus avec les bénéficiaires et leurs familles afin de voir comment ils s en sortent. Il y a une grande différence entre l environnement des salles de classe d un programme d éducation non formelle et une école formelle, il est donc indispensable de surveiller la façon dont les enfants font face aux changements et s ils abandonnent l école ou maintiennent le cap jusqu à l obtention de leur diplôme. 109
116 3 3.5 Identification des étudiants et des enseignants Deux groupes doivent être identifiés dans les premières phases de développement du projet: les bénéficiaires (les élèves) qui en profiteront et les enseignants qui vont dispenser le programme. Identification des élèves/ Les projets CIRCLE ciblaient les enfants travailleurs et les enfants à risque ; les bénéficiaires de leurs programmes d enseignement ont porté sur d anciens enfants travailleurs ou sur des enfants combinant l école et le travail. Par exemple, Lingap aux Philippines ciblait les enfants travailleurs domestiques à Quezon City, dont certains ont continué à travailler tout en allant à l école. Contrairement à d autres projets CIRCLE, toutefois, Lingap n a pas mis sur pied son propre programme d éducation, mais appuya plutôt les bénéficiaires qui fréquentaient des écoles publiques ou des Centres étatiques d ENF. La technologie étant indispensable au monde d aujourd hui, les enfants devraient apprendre les connaissances de base en informatique Identification des enseignants Les enseignants travaillant dans les programmes d éducation de CIRCLE n étaient généralement pas des professionnels et avaient donc besoin d une formation (voir la section 3.6) afin de pouvoir exercer leurs fonctions. Dans certains cas, les enseignants étaient tirés des groupes de bénévoles. Par exemple, ASHA en Inde avait choisi, dans le cadre du projet, des jeunes issus des communautés pour devenir «des bénévoles de l éducation». L objectif était de préparer les enfants travailleurs à passer les examens d entrée dans les écoles formelles. Dans les situations où il y a des classes surchargées ou même l enseignement à plusieurs niveaux, toutes choses qui affectent la qualité de l éducation, les responsables des salles de classe peuvent alléger certaines charges de l enseignant. En général, les enseignants ont besoin de beaucoup de patience et de compréhension quand ils s occupent des enfants travailleurs et des enfants à risque. Les enfants n ont peut-être jamais été à l école et peuvent avoir une aversion pour l apprentissage, l autorité et les institutions. Ils peuvent avoir été victimes d abus ou de traumatisme. Ils ont peut-être des incapacités d apprentissage, en particulier des troubles de l attention. De même, leurs familles et d autres adultes dans la communauté peuvent être ambivalents envers l éducation et son importance. Par conséquent, de bonnes aptitudes en communication sont essentielles pour établir des relations, d autant que l enseignant devra souvent plus faire office de conseiller que d enseignant. Dans le cas de ADAA en Éthiopie, des animateurs de centres d éducation ont été choisis dans les communautés locales. Ce format peut accélérer le processus de familiarisation entre l enseignant et l élève, car il se pourrait qu ils se connaissent déjà, et l enseignant aura une bonne compréhension du passé de l enfant. Deepalaya, en Inde, a également cherché à former les éducateurs communautaires principalement dans les compétences en gestion de salle de classe, en planification de l éducation et en gestion des données pour le suivi. Le programme de formation couvrait également les qualités de base d un enseignant en tant que modèle et le rôle de l enseignant dans la salle de classe et dans la communauté. L identification des enseignants appropriés dépend, du statut de bénévole ou de salarié de ces personnes. Ceci peut avoir un impact sur ce qu il est réaliste d attendre des enseignants. On peut demander plus à des salariés qu à des bénévoles, qui peuvent aussi avoir un travail rémunéré ailleurs, et qui offrent le peu de temps dont ils disposent. Il est important d établir un profil de la personne requise pour dispenser le programme d éducation et pour établir les critères de sélection. Ces critères peuvent être définis avec l aide des membres de la communauté, des parents, des enfants, et d autres parties prenantes, comme les autorités scolaires locales, les directeurs d écoles, et les enseignants des écoles formelles. DARNA au Maroc a souligné la nécessité d avoir de vastes réserves de bonne volonté d autant que les enseignants devaient pouvoir supporter les enfants de la rue venant de milieux particulièrement difficiles. Les enseignants doivent assurer une présence stable et quotidienne dans un environnement structuré et doivent être capables d offrir une large gamme d activités visant à maintenir l intérêt des enfants, y compris le sport et les activités artistiques, tout en faisant en sorte qu ils s améliorent dans les disciplines de base comme la lecture, l écriture et les mathématiques. 110
117 Compte tenu de l accent mis sur la santé, OBISPO en Bolivie a demandé à des étudiants en médecine et au personnel médical d un hôpital local de donner aux enfants et à leurs parents des cours dans le domaine de la santé et de l hygiène. Deepalaya en Inde a également travaillé avec les universités locales pour engager les étudiants en sciences sociales qui devaient participer à des stages dans le cadre de leurs études. Deepalaya a fourni une formation aux bénévoles, qui par la suite sont devenus des ambassadeurs efficaces pour la réduction et la prévention du travail des enfants. Des bénévoles ont également aidé à mettre au point du matériel didactique pour les enseignants et ont collecté des fonds pour les centres grâce à leurs propres activités Formation pour les enseignants et les animateurs Dans le cadre de la conception d un système de suivi, il est nécessaire de réfléchir sur les outils que les moniteurs exigeront. Le rôle de l enseignant est essentiel pour les programmes d enseignement présentés ici, et il est important que des programmes complets de renforcement des capacités avant et pendant la prise de fonction soient mis en place. Ces programmes placent les enfants au cœur du processus d apprentissage et sont conçus autour de leurs besoins et de leurs attentes. Inévitablement, cela responsabilisera les enseignants et le personnel de gestion des centres d éducation qui devrait recevoir une formation appropriée pour s acquitter de ses tâches efficacement. Dans Le rôle de l enseignant est multidimensionnel, et cela a un impact les projets CIRCLE, la formation des enseignants se déroulait principalement dans la phase préparatoire du projet, mais certains projets comprenaient également la formation continue pour renforcer les capacités des enseignants car ils se sont habitués à leur environnement, ont appris à mieux connaître les bénéficiaires, et sont devenus plus familiers avec le contenu, les buts et objectifs du programme. sur la conception du programme de formation Le statut des enseignants, c est-à-dire s ils sont bénévoles ou salariés, aura également un impact sur les investissements en formation qu il est raisonnable d entreprendre et sur la durabilité de l initiative. Par exemple, il est important de savoir si les bénévoles continueront à offrir leurs services à la communauté, une fois que le projet aura pris fin. Le bénévolat peut conduire à l amélioration des qualifications professionnelles, ce qui peut avoir comme résultat que ces personnes portent leurs compétences ailleurs où ils auront un salaire. Par conséquent, les organisations devraient s efforcer de choisir des bénévoles qui continueront à être utiles à la communauté. En effet, les bénévoles bien formés peuvent aussi devenir des formateurs d autres personnes dans la communauté. Les enseignants rémunérés qui auront inévitablement de plus grandes responsabilités doivent avoir les compétences et les capacités pour assurer la réussite du programme. Les programmes de formation doivent être adaptés en conséquence et les ressources de formation disponibles investies. Les programmes de formation des formateurs sont souvent efficaces dans la création d un effet démultiplicateur, augmentant ainsi le retour sur investissement dans la formation. Là où il existe un programme d éducation publique non formelle, il est parfois possible, comme cela était le cas dans plusieurs projets aux Philippines, de recevoir l appui de l Etat pour former les enseignants et pour obtenir les documents et équipements de formation appropriés. Des réunions doivent avoir lieu avec les autorités éducatives appropriées pour étudier ces possibilités et négocier un appui à la formation, soit à titre gratuit, soit à un coût réduit. En tout cas, des contacts doivent être pris avec les autorités de l éducation responsables de la formation des enseignants pour discuter des plans de renforcement des capacités dans le Il est important d établir des rapports étroits avec les écoles locales au sein de la communauté pour la durabilité des programmes d éducation 111
118 3 cadre du projet. Cela est particulièrement important dans les cas où les enseignants des écoles publiques doivent être impliqués dans les programmes de formation car cela est susceptible d affecter leur présence dans la salle de classe, surtout si les ateliers sont un service interne et se tiennent pendant les heures de classe. Avec l appui des autorités éducatives, des enseignants et de la communauté, il peut être possible d organiser des formations pendant les jours d école, ou pendant le week-end ou les périodes de vacances. Il faut consulter tous les acteurs, en particulier les enseignants et les autorités scolaires, faire des demandes officielles, fournir des détails sur le format et le contenu de la formation, et veiller à ce que ceux-ci soient pris en compte. Il est possible qu il y ait un appui important de la part des autorités et des enseignants, ce qui peut conduire à des éléments de valeur ajoutée, comme les lieux de formation et la mise à disposition ou l implication d autres enseignants. Les autorités scolaires pourraient exprimer de l intérêt si elles connaissent mieux le projet et si elles y sont engagées. Elles peuvent également proposer d aider à développer le matériel de formation et à envisager l élaboration de programmes et de réforme pertinents. Cependant, tous ces résultats potentiels dépendent de l établissement de relations positives et constructives avec les acteurs et la consultation à un stade précoce de l élaboration du projet et de sa mise en œuvre. Il est également important d offrir aux autorités scolaires et aux enseignants l occasion de participer à la phase d élaboration et à la planification du projet. Par exemple, dans le cadre du projet CLASSE en Afrique de l Ouest, Winrock International et le Ministère de l Education ont organisé un atelier commun de renforcement des capacités en Côte d Ivoire pour former les enseignants aux méthodologies, techniques et contenus de l éducation non formelle. Des réunions régulières et une bonne communication entre les enseignants, les organes d exécution et d autres parties prenantes étaient souvent cruciales pour la coordination et la gestion des projets. Par exemple, Deepalaya en Inde organisait chaque lundi des réunions avec les enseignants dans les Centres d ENF pour passer en revue les activités, les dossiers de fréquentation, les résultats scolaires des enfants, et d autres questions connexes. Éléments du programme de formation Le rôle de l enseignant est multiple, et cela a une incidence sur la conception du programme de formation. Un élément important du processus de formation est d aider les enseignants à comprendre leurs responsabilités dans la lutte contre le phénomène du travail des enfants et sa prévention par l éducation. Le projet Casa Renacer au Brésil a travaillé en étroite collaboration avec les enseignants dans les zones du projet pour les aider à comprendre leur rôle dans la promotion des droits des enfants, y compris par la dénonciation des cas d abus contre des enfants, comme l exige la loi brésilienne. Le programme de la formation comprenait la sensibilisation sur les abus des enfants et l exploitation sexuelle commerciale ainsi que l identification des situations de violence sexuelle ou d autres abus et la façon d en rendre compte aux autorités. Obtenir l appui des professeurs dans ces domaines était un défi pour Casa Renacer et nécessitait des discussions délicates et de la sensibilisation. Par exemple, il était important, lors des réunions avec les enseignants, de leur permettre d avoir l espace et le temps d exprimer leur frustration envers l école et les administrations scolaires. En faisant preuve de souplesse et en discutant des solutions possibles à leurs problèmes, Casa Renacer a pu gagner leur confiance. Les différents rôles que peuvent jouer les enseignants sont: Rôle pédagogique: Les personnes choisies auront à enseigner un programme qui, soit existe déjà, y compris dans les pays où un programme f ASHA: La formation des enseignants des écoles formelles et non formelles ASHA en Inde a procédé à des séries de formations en commun pour les enseignants des écoles publiques et les bénévoles des Centres d Education non formelle du projet. Le contenu de la formation était axé sur les méthodologies d enseignement dans l appui des (anciens) enfants travailleurs, ce qui exigeait une compréhension des causes et conséquences du travail des enfants et des besoins et attentes des enfants travailleurs ou à risque, ainsi que les défis d apprentissage auxquels ils sont confrontés. Les participants recevaient également des formations dans le cadre de la gestion des écoles et des classes, la tenue des registres et le suivi. En réunissant les enseignants des écoles publiques et des centres d ENF dans le cadre d une formation conjointe, le projet réussi à encourager des relations plus étroites et la compréhension, ce qui, à terme, étaient utiles aux enfants quand ils passaient du programme non formel aux écoles publiques. Les enseignants des écoles publiques étaient donc au courant du programme et étaient mieux préparés à accueillir les nouveaux élèves et à comprendre leur situation et leurs milieux. En conséquence, les enfants se sentaient à l aise et heureux dans les écoles publiques et étaient moins susceptibles d abandonner l école et de retourner au travail. Grâce aux relations établies au cours de la formation conjointe, les enseignants des écoles publiques ont offert leur soutien pour d autres activités du projet, tels que les camps d éducation, la caravane de l éducation, et la foire des enfants. Des échanges étaient également organisés entre les écoles publiques et non formelles, pendant lesquels les élèves pouvaient aller à l école publique deux jours par semaine dans le but de préparer leur transfert définitif. En outre, pour leur développement professionnel, des bénévoles de l éducation étaient invités à assister aux cours dans les classes des écoles afin de les initier à l éducation formelle.
119 d éducation non formelle publique est en place, soit a besoin d être développé ou adapté à partir d autres projets de même nature. Dans certains projets, les enseignants ont peut-être également besoin d être formés dans des sujets non académiques, comme les compétences de vie, les jeux, les sports, les méthodologies basées sur l art. Par exemple, CSAGA au Vietnam a dirigé des programmes de formation sur la participation des enfants, les valeurs de la vie et les compétences de vie. Certains enseignants peuvent aussi être obligés de donner une formation professionnelle de base. Les techniques d enseignement adaptées aux besoins des enfants peuvent être très difficiles à assimiler pour les enseignants, en particulier ceux déjà formés aux méthodes traditionnelles. Il faut du temps et une planification délicate pour que tous les enseignants soient formés à ces techniques, et il faut une formation aussi bien avant qu après la prise de fonction afin d assurer un soutien de suivi. Par exemple, Aasaman au Népal a tenu des ateliers de perfectionnement sur ses programmes de mise à niveau afin de permettre aux enseignants formés de raconter leurs expériences sur les défis et difficultés auxquels ils sont confrontés dans la salle de classe. Le but était d identifier des solutions et de nouveaux domaines de formation. Certains partenaires d exécution ont estimé qu il était utile d organiser, pour les enseignants, des visites à d autres projets où des méthodologies d enseignement adaptés aux besoins des enfants étaient utilisés pour leur permettre d observer comment celles-ci sont utilisées dans la classe, ce que les enseignants font et comment les enfants réagissent. 3 Il est important d impliquer les Aide psychosociale et bien être des élèves: Ces rôles sont particulièrement importants pour les enseignants dans le cas des enfants qui ont été retirés des pires formes du travail des enfants. Les méthodologies pour la création d un environnement favorable à autorités éducatives et les écoles l enfant et la promotion de la participation de l enfant, nécessitent une formation spécifique, y compris dans le domaine de l hygiène sanitaire locales formelles dès le début des et corporelle. Une partie des activités d aide aux élèves d un enseignant peut également inclure la prise de contacts avec les parents pour les aider à comprendre leurs rôles et responsabilités, y compris leurs relations entretiens avec leurs enfants. Par exemple, dans le projet OBISPO en Bolivie, les enseignants ont aidé les mères à comprendre l importance de montrer de l affection envers leurs enfants pour qu ils se sentent aimés et protégés. Célébrer les anniversaires des enfants est une de ces preuves d affection. L encadrement et le soutien individuel: Considérés comme des modèles pour les enfants, les enseignants peuvent avoir une grande influence sur leurs élèves. Dans le programme WHEPSA au Sénégal, les enseignants sont impliqués dans tous les aspects du projet : de l identification des filles qui ne fréquentaient pas l école, à l organisation de rencontres avec les parents et les filles pour offrir un soutien. Ce soutien supplémentaire et l encadrement étaient généralement offerts en dehors des heures de cours, et les enseignants concernés étaient souvent des femmes. Les enseignants se sont portés volontaires pour des réunions extrascolaires, le soutien pour les cours de rattrapage, et l encadrement pour encourager les filles à retourner à l école et à y rester. Donc, le succès de cette approche reposait en grande partie sur la motivation personnelle et l engagement des enseignants impliqués. Mobilisation sociale communautaire: La communauté et les familles des bénéficiaires doivent être étroitement impliqués dans le programme d enseignement pour assurer leur appropriation et soutien à long terme. Les enseignants ont donc un rôle important à jouer pour impliquer les parents par tous les moyens possibles. Relations professionnelles avec les principaux partenaires: Les enseignants des programmes d éducation non formelle doivent encourager des relations positives et constructives avec d autres intervenants, notamment les autorités de l éducation, les écoles formelles, les directeurs d établissements, et d autres enseignants de la région. Cela nécessite de bonnes relations et de bonnes compétences en matière de communication. Plusieurs partenaires d exécution de CIRCLE ont étendu leurs programmes de formation, en particulier ceux qui ont Les programmes éducatifs peuvent aider les enfants à développer de bonnes compétences sociales et augmenter leur confiance en soi 113
120 3 trait aux méthodologies adaptées aux besoins des enfants, pour inclure les enseignants des écoles publiques dans la zone du projet. De cette façon, les écoles formelles ont également bénéficié et de la formation continue et de la formation avant la prise de fonction. Elles étaient donc mieux placées pour soutenir les enfants vulnérables, en particulier les anciens enfants travailleurs transférés dans leurs écoles. Responsabilités administratives et de gestion: Dans de nombreux projets, les enseignants partagent au quotidien les responsabilités administratives et de gestion des centres d éducation. Eléments additionnels: Certains projets ciblent des domaines très spécifiques du travail des enfants et de l exploitation, ce qui nécessiterait une formation plus spécifique, ou en profondeur, des enseignants. Par exemple, RADA en Sierra Léone a formé les enseignants des écoles communautaires locales sur les dangers du trafic des enfants, pour leur permettre de le reconnaître, de suivre la question dans leurs écoles et d aider leurs élèves à en comprendre les dangers. Le projet Sociedade de Maio 1 au Brésil a formé les enseignants dans les techniques de «psychodrame» et de «thérapie de l art» pour provoquer des changements positifs d attitude et de comportement chez les élèves et pour aider les enfants à maîtriser leurs émotions à travers l expression, la réflexion et l écoute. Des techniques similaires étaient utilisées par le projet Casa Renacer, également au Brésil, qui a travaillé avec des enfants venant de milieux sociaux particulièrement difficiles et comportant d importants niveaux de violence domestique et sociale, de toxicomanie et d exploitation sexuelle commerciale. Choix des formateurs Il est clair donc, qu il faut consacrer un peu de temps à discuter avec les acteurs des rôles, responsabilités et profils des enseignants et à concevoir un programme de formation approprié pour soutenir les activités. Une grande considération doit également être accordée à la capacité de conception du programme de formation de l organisation d exécution, si elle nécessite un appui extérieur et son coût. Il est utile d impliquer les autorités éducatives locales et les écoles formelles locales dès la phase initiale des discussions. Par exemple, l existence d un programme d éducation publique non formelle en Éthiopie signifiait que le Bureau de l éducation du district pouvait aider ADAA dans le domaine de la formation. Il existe également un programme d enseignement public non formel aux Philippines et Lingap a réussi à envoyer ses bénévoles aux programmes de formation organisés par le Bureau de l éducation non formelle. Cela consistait notamment à participer à un programme de formation sur ALS, à aider Lingap dans la mise en œuvre de son projet. À la suite de discussions avec le Département de l éducation, les programmes de formation ont été assurés, gratuitement pour le projet. 3 g Lingap: assistance éducative pour les enfants travailleurs domestiques Le projet Lingap aux Philippines est un peu différent des autres projets CIRCLE qui offrent un enseignement non formel en ce sens que, au lieu d avoir son propre programme, il a appuyé les enfants travailleurs domestiques alors qu ils fréquentaient des écoles publiques formelles ou non formelles. Une des raisons de cette approche était la difficulté à identifier les enfants travailleurs domestiques en raison de la nature cachée de cette activité. Ils ont donc formé le personnel scolaire et les enseignants dans les communautés visées de Quezon City pour identifier les enfants travailleurs et les proposer pour le soutien. Une fois que les premiers enfants ont été identifiés et ont commencé à recevoir de l aide, ces derniers ont, à leur tour, pu désigner les enfants qu ils savaient être dans le service domestique. Lingap prenait en charge les frais des bénéficiaires, comme les frais d inscription, de transport, de matériels et d uniformes. La plupart des enfants venaient de la province et ne pouvaient pas compter sur les contributions de leurs familles, ni de leurs employeurs. D autres formes de soutien comprenaient l établissement de groupes de soins et d intérêts, au sein desquels les bénéficiaires pouvaient communiquer et se fréquenter, prendre part à des activités sportives, artisanales, théâtrales, artistiques, partager des expériences de vie et améliorer des compétences en matière de communication. Grâce à leur participation, les bénéficiaires sont devenus membres de l association des enfants de Lingap, qui comprenait d autres enfants à risque de la communauté. Des groupes de bénévoles de la communauté ont également été mis en place pour aider les groupes de soin, donner des conseils et surveiller les enfants travailleurs domestiques, notamment par la mise en œuvre d un programme de compétences de vie. Lingap a créé des contacts avec les autorités locales afin de faire pression pour l inscription généralisée des enfants travailleurs domestiques dans la région, veillant ainsi à ce qu ils puissent être correctement protégés et qu ils aient accès aux services appropriés. Cela a été jugé particulièrement important compte tenu de l augmentation de la traite des enfants issus des provinces et en quête de travail domestique dans les centres urbains. Les bénéficiaires sont sortis du programme très autonomes et confiants en eux-mêmes et partageaient l espoir universel de pouvoir aider leurs familles à s extraire de la pauvreté par l amélioration de leurs propres niveaux d éducation. Dans certains cas, la formation était dispensée par le partenaire d exécution lui-même. Toutefois, d autres organisations peuvent avoir mené des programmes d éducation dans le domaine ou dans le pays, et elles pourraient être disposées 114
121 à partager leur expérience et leur expertise. Cela permettra d économiser sur le temps et le coût de développement d un nouveau programme de formation et d éviter les doubles emplois. Par exemple, HCC au Cambodge, a pu inscrire un enseignant dans un programme de formation en aide psychosociale avec l organisation CamboKID. L enseignant a ensuite partagé la formation avec d autres membres du personnel dans le centre d éducation du HCC, multipliant ainsi son impact. Dans le projet RADA en Sierra Léone, les groupes d enseignants de la communauté ont suivi une formation de trois jours au terme de laquelle ils étaient censés transmettre leur expérience à leurs collègues dans les écoles. Des aspects du programme de formation ont également été intégrés dans les programmes scolaires des communautés cibles. Les camps d éducation peuvent améliorer le développement personnel Aux Philippines, HOPE a eu recours à un consultant et social des enfants externe expérimenté dans les méthodes d enseignement alternatives pour former des enseignants et les surveiller dans la salle de classe. Les sujets ont notamment porté sur les droits des enfants, le travail des enfants, les compétences en matière d assistance, interpersonnelles et de communication. À la suite des ateliers, le consultant s est rendu dans les salles de classe pour voir comment les enseignants appliquaient ce qu ils avaient appris et pour offrir un soutien supplémentaire. Les programmes de renforcement des capacités de HOPE étaient très intensifs, comportant des sessions en tête-à-tête entre les enseignants et le consultant. Les enseignants n étaient pas uniquement évalués en fonction de leurs interactions avec les enfants, mais aussi avec les parents, et le consultant observait également les enseignants durant les réunions parents- enseignants. Les directeurs d école ont été invités à suivre les commentaires du consultant aux enseignants afin d améliorer leurs propres compétences en matière de gestion et de communication. 3 Eléments supplémentaires de formation L expérience de CIRCLE souligne l importance de la communication et des échanges entre les enseignants pour l approfondissement des connaissances et de la compréhension, et pour les aider à partager les défis de leur travail quotidien. Ces échanges renforçaient leur confiance, l estime de soi et le développement personnel et professionnel. ADAA en Éthiopie a fourni à ses enseignants des opportunités de formation continue, y compris des visites dans les centres d enseignement pour faciliter l échange d expériences. Aasaman au Népal a organisé pendant cinq jours des cours de recyclage au cours desquels les enseignants pouvaient partager les expériences et les défis, notamment en matière de techniques d enseignement pour favoriser les classes adaptées aux besoins des enfants. Il y a lieu d examiner la possibilité d accroître les capacités des enseignants dans les écoles formelles où l on peut trouver les enfants travailleurs ou à risque. Les enseignants pourraient être heureux d avoir l occasion de recevoir une formation dans les méthodes plus adaptées à l apprentissage créatif et participatif, qui sont rarement traités dans leur propre formation officielle. Le CEIPA au Guatemala, a, par exemple, organisé une formation continue sur cette question pour les enseignants dans les écoles locales. 3.7 Matériels d enseignement et d apprentissage Des efforts doivent être déployés pour évaluer ce dont les enseignants et les élèves auront besoin en termes de matériels et d équipements pédagogiques et pour veiller à ce qu ils soient en place avant le démarrage du programme. L évaluation doit être liée au programme d études, ainsi qu aux sujets non académiques, comme les compétences de vie, l éducation sanitaire, les arts et la culture, les activités récréatives et sportives. Dans les cas où les autorités éducatives apportent un appui conséquent et où un programme d éducation publique non formelle existe, les organisations devraient collaborer étroitement avec les autorités pour prendre connaissance des documents nécessaires dans le cadre du programme public, des listes des livres et des documents nécessaires qui existent déjà le plus souvent. Les enseignants auront besoin d un éventail de matériel de soutien, y compris des directives sur les techniques adaptées aux enfants, la promotion de la participation des enfants, les techniques d aide psychosociale, les mesures à prendre pour les renvois, les fiches de suivi, les dossiers des élèves. Dans la mesure du possible, des aides pédagogiques devraient être 115
122 3 3 h DARNA: Innovation dans la salle de classe Le projet DARNA à Tanger, au Maroc, visait à aider les enfants des zones rurales, qui ont échoué dans les rues de la ville, en leur offrant un environnement sûr dans lequel ils pourraient profiter d un enseignement de base et acquérir des compétences. Cet environnement sûr est une ferme où les bénéficiaires reçoivent des cours d alphabétisation et de calcul et apprennent des compétences agricoles spécifiques. Les enfants de la rue sont un groupe difficile, vu le caractère rigoureux de leur vie et les abus physiques, mentaux, émotionnels qu ils subissent. DARNA s est rendu compte que ses principaux défis seraient de stimuler l intérêt des enfants et de veiller à ce qu ils acquièrent les compétences de base. Ainsi, plutôt que d établir un ensemble de programmes pour différentes catégories de sujets, DARNA donna à chaque classe un thème différent chaque mois et a fondé sa démarche pédagogique sur ce thème. Par exemple, pendant un mois, les cours d alphabétisation sont axés sur l environnement qui était utilisé pour aider les enfants à se préparer afin de marquer la Journée mondiale de l Environnement. Parmi les autres thèmes figurent le développement rural, l éducation civique et sanitaire et l immigration clandestine. Les thèmes étaient choisis en fonction de leur pertinence dans la vie des bénéficiaires. Par exemple, 80 % d entre eux avaient vécu des situations d immigration clandestine. Les classes utilisaient ensuite ces thèmes pour enseigner la lecture, l écriture et les mathématiques. Les enseignants ont trouvé que l utilisation de thèmes liés à la vie des enfants faisait que les bénéficiaires étaient avides d apprendre plus, pour enrichir leur vocabulaire et leur compréhension, et pour discuter de ces questions en détail. Les enfants recevaient des cours de rattrapage pour les aider dans la lecture, l écriture et les mathématiques de base. Les mathématiques comprenaient des compétences de base, comme apprendre à lire l heure. Les enfants aidaient aussi à la ferme et participaient à des ateliers sur la plantation, la culture et la récolte de nourriture pour les animaux de la ferme ; l élevage de volaille et la production d œufs ainsi que la remise en état des terres pour usage agricole. DARNA se concentrait sur toute la chaîne de production pour que les enfants qui s intéressent à l élevage des chèvres n apprennent pas seulement à nourrir et à s occuper des animaux, mais aussi apprennent comment ils se reproduisent, comment les traire et comment produire et vendre leur fromage. Tout apprentissage, qu il soit scolaire ou professionnel, se fonde sur des méthodologies pratiques et participatives et est enraciné dans la vie quotidienne. Par exemple, les cours d alphabétisation ne concernent pas seulement l apprentissage de l alphabet, mais aussi l aptitude de l enfant à s exprimer sur des questions qui le/la préoccupent. Pendant une période de temps, ils apprennent aussi à lire et à écrire sur ces sujets. L organisation utilise les classes d alphabétisation pour mieux sensibiliser sur un large éventail de questions et trouve que cette méthode est particulièrement efficace, car des enfants qui n avaient pas la patience de s asseoir sur les bancs de classe à l école ont appris à lire et à écrire au bout de quelques mois. Le projet DARNA est un bon exemple d organisation qui a passé beaucoup de temps à étudier les bénéficiaires, leurs besoins, leurs attentes et capacités, puis à concevoir un programme pour les combler efficacement. En particulier, DARNA s est concentré sur la façon dont ces enfants apprennent, ce qui est différent de la façon d apprendre des autres groupes. Les (anciens) enfants travailleurs et les enfants à risque venant de groupes marginalisés ou exclus, apprennent beaucoup plus efficacement par le biais d activités participatives et «d apprentissage par l action» et par le biais de questions d intérêt direct pour leur vie. fournies, y compris les tableaux noirs ou blancs, des tableaux à feuilles et des marqueurs. En outre, une attention doit être accordée à l équipement et au mobilier scolaires nécessaires. L achat de matériels dépendra des ressources disponibles. La participation d autres acteurs dans l approvisionnement des matériaux peut être recherchée en vue de maintenir les coûts au minimum. Aux Philippines, Lingap, QK, et ACM ont reçu un important soutien du Ministère de l Éducation, et Lingap est devenu un prestataire accrédité de ALS. Il était également en mesure d équiper ses propres centres ALS en ordinateurs. Dans le cas de ADAA en Éthiopie, le mobilier était fabriqué à partir de matériaux fournis localement. C est là une nouvelle occasion d associer la communauté de manière très pratique afin que ses enfants profitent autant que possible de son expérience éducative. D autres prestataires de services dans la collectivité peuvent être sollicités. Par exemple, PROCESO en Bolivie a travaillé en étroite collaboration avec une autre ONG locale, Casa Mitaí, qui fournissait de la nourriture et des services éducatifs aux enfants travailleurs dans la communauté, disposait d ordinateurs dans ses bureaux. Ces ordinateurs ont été mis à la disposition de PROCESO qui en avait besoin pour l utilisation de son outil d éducation interactif pour les enfants travailleurs. En examinant la manière d atteindre les enfants travailleurs et leurs parents, en particulier ceux qui sont analphabètes, RAC au Mali a utilisé la bande dessinée. Les bandes dessinées étaient conçues par les enfants eux-mêmes et se sont révélées être un instrument de sensibilisation particulièrement puissant dans les communautés, et une méthode efficace pour soutenir les activités d alphabétisation. 116
123 Les camps d éducation L organisation d activités éducatives et parascolaires pendant les périodes de vacances ou les week-ends peut être une bonne stratégie dans les situations où les enfants passent habituellement le temps en dehors de l école pour travailler. Dans son projet en Inde, ASHA organisait des camps d éducation pour faciliter les contacts entre les différents groupes cibles et sensibiliser sur le travail des enfants et ses dangers et sur l importance de l éducation et des droits des enfants. Certains de ces camps étaient résidentiels. Les activités couvraient un large éventail de sujets liés ou non à l école, comme le théâtre, les jeux de rôle, l écriture créative, l art, le chant, la danse, les sports et les jeux. Les enfants participant à ces camps organisaient des marches sur les droits et le travail des enfants, mettant ainsi à profit les connaissances et compétences nouvellement acquises pour la sensibilisation au sein de leurs communautés sur ces questions. 3 En outre, ASHA initiait les participants au concept de clubs scolaires pour enfants et les aidait à mettre en place de tels clubs dans chacune des communautés cibles. Les clubs ont continué à fournir des activités parascolaires pendant l année scolaire, tout en facilitant un système de suivi par les pairs afin de réduire l abandon scolaire. Quand d autres enfants travailleurs ont vu l effet de la scolarisation sur leurs camarades, ils se sont montrés plus intéressés à poursuivre eux-mêmes leurs études, ainsi l incidence du travail des enfants dans la région a diminué progressivement. 3.8 L apprentissage à distance dans l éducation alternative L expérience de SUMANDO au Paraguay souligne le potentiel de l enseignement à distance pour aider les enfants travailleurs et à risque à acquérir une certaine forme d éducation. L apprentissage à distance est souvent utilisé dans des situations où l accès à l éducation est un défi majeur. Grâce à ses recherches, SUMANDO a constaté que des groupes d adolescents travailleurs domestiques n étaient pas en mesure de fréquenter l école sur une base régulière, en raison de leurs horaires de travail. En travaillant en étroite collaboration avec les parties prenantes concernées, y compris les enfants eux-mêmes, leurs employeurs et le ministère de l Éducation, l organisation est parvenu à élaborer un programme d enseignement à distance qui combinait les cours en groupe, mais était principalement axé sur des modules d auto apprentissage par des moyens audiovisuels. Cet apprentissage, les élèves pouvaient le faire à domicile. Le programme est pleinement agréé par le Ministère de l éducation et visait à aider les adolescents travailleurs à mettre à jour leur niveau scolaire assez suffisamment pour entrer dans l enseignement formel. Il permet aux élèves d établir leur propre calendrier en fonction de leur horaire de travail et des activités sociales. La méthodologie vise à aider les bénéficiaires à enseigner comment apprendre, à enseigner à faire et apprendre à partager - en d autres termes, à apprendre par eux-mêmes en remplissant les modules à la maison. Les devoirs à domicile étaient examinés par les enseignants de SUMANDO et le soutien était étendu à chaque élève quand il le fallait. La nature même du programme aidait les enfants à acquérir de précieuses compétences de vie comme la persévérance, la responsabilité, l autodiscipline, et la planification. Ils étaient tout à fait responsables de compléter les modules et passer en revue leur travail une fois par semaine avec les enseignants. Les questions à prendre en compte dans l élaboration et la gestion des systèmes d enseignement à distance sont: L homologation est essentielle. Si le programme n est pas reconnu par les autorités de l éducation, le passage à l éducation formelle peut poser problème. Par conséquent, des contacts doivent être pris avec les autorités de l éducation pour discuter des tests ou des examens à la fin des programmes, afin que les bénéficiaires disposent de la certification appropriée pour intégrer les établissements officiels, s ils le souhaitent. L apprentissage à distance exige un suivi régulier. Cela comporte l organisation d activités où la présence physique est nécessaire, comme des leçons communes et des groupes d étude et la supervision du travail des élèves, à mesure qu ils progressent dans les modules. Les épreuves doivent être notées et des évaluations régulières faites. Des cours de rattrapage doivent être organisés pour toute personne ayant des problèmes par rapport à certains aspects du programme. On peut atteindre une éducation de qualité en formant les enseignants sur une variété de sujets 117
124 3 Le mode d enseignement est une considération importante. S il doit être basé sur les ordinateurs, des investissements en matériels informatiques, en logiciels et, éventuellement, une connexion Internet seront nécessaires. Cela pourrait être réalisable dans le cadre du projet, mais il faudrait également penser à la durabilité. Si l enseignement doit se faire par correspondance, alors les bénéficiaires auront besoin d enveloppes, de timbres-poste et ainsi de suite. Si l enseignement doit se faire lors des rencontres hebdomadaires, alors celles-ci doivent être pérennes et gérées de façon appropriée. Dans certains cas, des programmes d enseignement à distance peuvent être dispensés par la radio ou la télévision, bien qu il existe des enfants travailleurs qui n ont accès ni à l un ni à l autre. Un réseau de soutien ou service d assistance téléphonique doit être mis en place pour aider les bénéficiaires qui ont des difficultés à suivre le programme. Par exemple, si un employeur refuse de permettre à un travailleur de disposer du temps d étude nécessaire, une procédure devrait être conçue pour rencontrer et discuter de la question avec l employeur. L apprentissage à distance, à l instar d autres programmes d éducation, devrait être accompagné d activités de sensibilisation afin d informer les différentes parties prenantes et encourager le partenariat. 3.9 Autres éléments des programmes d éducation Les programmes d éducation non formelle ne visent pas seulement à fournir l alphabétisation fonctionnelle et l aptitude au calcul, bien que ces derniers soient des éléments essentiels de mise à niveau ou de transition pour préparer les enfants à l enseignement formel. L enseignement non formel, plus holistique par nature et généralement plus innovateur que l enseignement formel, vise à stimuler et à maintenir l intérêt des élèves, ce qui requiert de la souplesse et beaucoup d imagination. Dans les projets CIRCLE, les thèmes abordés dans les programmes d enseignement classique concernaient généralement les langues (l alphabétisation), les sciences, les mathématiques (calcul), la géographie, l histoire, les études sociales, l éducation civique, l éducation à la santé, et les connaissances générales. La plupart des projets n en sont pas moins créatifs, dans leur façon d aborder ces sujets pour les rendre plus intéressants au profit des enfants. Arunodhaya en Inde organisait des excursions dans des parcs, des musées, des jardins zoologiques pour les cours de dessin et de peinture. L enseignement des technologies de l information peut être une partie intéressante des programmes Les projets devraient songer à incorporer les questions socioéconomiques d éducation, comme dans le projet PROCESO en importantes pour la communauté pour rendre les programmes d éducation plus efficaces Bolivie. Toutefois, il y a des implications structurelles et de coûts qui peuvent entraver ou limiter son efficacité dans la mesure où les ordinateurs peuvent être coûteux et ont besoin d électricité pour fonctionner, et de sécurité pour les protéger. Le personnel enseignant a besoin de compétences spécifiques pour donner les cours. La promotion d une bonne nutrition, de la santé et de l hygiène Un certain nombre de projets mettent l accent sur la nutrition, la santé, l hygiène pour fournir aux bénéficiaires des compétences de vies additionnelles et promouvoir leur développement sain. Les capacités intellectuelles des enfants sont directement affectées par leur santé, et s ils vont à l école alors qu ils ont faim, cela aura un impact négatif sur leur apprentissage. Certains projets, comme CIRD au Paraguay, prévoyaient la fourniture de repas scolaires sains pour leur faire profiter pleinement des leçons. CIRD a également intégré la campagne gouvernementale de lait, selon laquelle les écoliers recevaient un verre de lait chaque jour pour améliorer leur santé. Étant donné que certains des bénéficiaires avaient une mauvaise santé, CIRD a également mené des évaluations nutritionnelles pour examiner les enfants qui étaient à risque de malnutrition ou de sous-alimentation afin de pouvoir y réagir en conséquence. Certains projets, comme CIRD, ont intégré des volets de culture pour deux raisons: veiller à ce que les bénéficiaires mangent des légumes frais, des fruits et d autres cultures vivrières; permettre aux bénéficiaires d apprendre le jardinage et des compétences en agriculture : de la préparation de la terre jusqu à la récolte. 118
125 CIRD a reçu un lopin de terre de l église locale pour l utiliser comme jardin, qui était tenu par des religieuses locales, des enseignants et les bénéficiaires. Dans d autres cas, les terres peuvent être fournies par les communautés locales, l Etat ou des particuliers et peuvent être entretenues par les enfants et leurs familles, afin que la récolte profite à la communauté tout entière. La collaboration étroite Le projet CIRD comportait également un volet sur l hygiène corporelle, notamment le bain régulier, le lavage des cheveux et les soins dentaires. Après une résistance initiale, les enfants bénéficiaires ont fini par comprendre l importance d une bonne santé et avec les parents est une de l hygiène, ainsi l incidence des maladies, des puces et des parasites a chuté sensiblement. Après un certain temps, les enfants eux-mêmes encourageaient les nouveaux arrivants au centre de loisirs et d éducation à prendre soin de leur santé et de leur composante vitale hygiène corporelle, démontrant ainsi qu ils avaient parfaitement assimilé les leçons. CIRD a également pu négocier des examens médicaux et dentaires gratuits ainsi que l accès à d autres services, comme la coupe de cheveux. La confiance et l estime de soi chez les bénéficiaires ont reçu une forte impulsion grâce à l amélioration de leur apparence, leur santé, et le sentiment de bien-être, ce qui a également contribué à l amélioration des résultats scolaires. De même, Deepalaya en Inde, avait intégré l hygiène corporelle dans ses activités en salle de classe. En conséquence, les élèves ont également commencé à tenir leurs classes propres et rangées. Deepalaya organisait des camps de santé, qui fournissaient des services de santé et des médicaments de base. Les bénéficiaires faisaient des campagnes pour la propreté, au cours desquelles ils marchaient dans les communautés avec des pancartes et tenaient des slogans pour promouvoir les bonnes pratiques d hygiène. 3 Plusieurs projets, notamment CLASSE en Afrique de l Ouest, ont élargi le volet d éducation sanitaire pour y inclure la prévention du VIH/SIDA et les maladies sexuellement transmissibles. Le projet RAC au Mali a fourni des trousses médicales à des écoles dans les zones du projet pour s assurer que les enfants recevaient les premiers soins et le traitement médical rapide, en particulier pendant la saison des pluies, lorsque le paludisme est très répandu. Les loisirs et les arts Comme déjà mentionné, les capacités d apprentissage des (anciens) enfants travailleurs et des enfants à risque sont souvent différentes de celles des autres enfants scolarisés et ils sont généralement peu habitués à un milieu scolaire régulier. Cela peut créer des défis importants pour les systèmes d éducation formelle, qui sont conçus pour la majorité, et sont relativement peu flexibles et mal adaptés aux enfants ayant des besoins spécifiques ou des aptitudes différentes. L expérience montre que les (anciens) enfants travailleurs ou les enfants à risque répondent plus favorablement aux méthodes pédagogiques qui intègrent des activités interactives, participatives et novatrices, comme les jeux, le théâtre, le dessin et la peinture, (l écriture créative), la musique, le chant et la danse. Ces méthodes sont souvent utilisées dans des cadres d ENF puisqu elles aident les enfants à apprendre dans un cadre pas menaçant et qui ne porte pas de jugement. Les enfants peuvent apprendre à leur propre rythme et font des avancées courtes, progressives et réalisables. Le théâtre, en particulier, peut renforcer l observation, l imagination et la concentration et stimuler la confiance en soi et l amour propre des enfants. Dans son projet en Sierra Léone, APEGS a créé dans les écoles primaires et secondaires de l une des communautés cibles, des groupes d alphabétisation et de débats au sein desquels les enfants peuvent discuter et échanger des idées sur le travail et la traite des enfants. Dans le projet Deepalaya en Inde, le personnel a été envoyé sur place pour observer une méthode d enseignement appelée «apprentissage joyeux», la Bodh Shiksha Samiti, et a utilisé ces expériences pour rendre leurs propres leçons plus intéressantes et interactives. Des marionnettes et des cartes à support visuel étaient utilisées dans la narration des contes et dans les jeux. Les poèmes aidaient à développer les compétences en calcul. Les programmes d enseignement basés sur l ordinateur étaient également utilisés à bon escient. À certaines occasions, les activités en classe étaient également enregistrées sur vidéo et diffusées à la télévision pour les enfants, renforçant des aspects de la leçon tout en permettant aux enfants de se voir à la télévision. Il est essentiel de s assurer que l infrastructure en place à l école est suffisante, comme les tables et autres infrastructures pour encourager le maintien des enfants 119
126 3 Aucun effort n a été ménagé par les enseignants pour rendre l expérience d apprentissage amusante pour les enfants, pour réveiller leur intérêt dans l enseignement, et en faire quelque chose qu ils attendent tous les jours avec intérêt. Les organisations ont également constaté que le fait de donner aux enfants la possibilité de jouer les uns avec les autres, en particulier à travers des jeux organisés, les aidait à tisser des liens étroits, ce qui renforce également leurs résultats scolaires, étant donné qu ils s aident mutuellement dans la salle de classe. Toutefois, il est essentiel de discuter des méthodes d apprentissage interactives avec les parents et la communauté, car ces derniers peuvent parfois se méfier de ces approches qui ne sont pas conformes aux formes traditionnelles d enseignement qu ils connaissent et comprennent. Grâce à un processus consultatif, les parents et les membres de la communauté peuvent arriver à comprendre les avantages de ces méthodologies. Le curriculum doit être adéquat et captiver l attention des anciens enfants travailleurs et ceux à risque 4. La durabilité On ne mettra jamais assez l accent sur le rôle de l éducation dans la réduction et la prévention du travail des enfants et pour l offre d une alternative au travail pour les enfants marginalisés, défavorisés, ainsi que pour ceux qui sont en abandon scolaire. Son inclusion dans les OMD et en tant que centre d intérêt de l initiative EPT l a renforcée comme élément fondamental du développement humain. Les enfants qui ont été privés d une éducation pour quelque raison que ce soit répondent avec enthousiasme quand on leur donne la possibilité d aller ou de retourner à l école ou dans un autre milieu éducatif. Si ces opportunités devaient être de courte durée et finissaient sans possibilité de poursuite, cela serait dévastateur pour ces enfants, leurs familles et leurs communautés et pourrait détruire le reste de confiance qu ils ont dans la société. Ils pourraient même finir par travailler dans des situations pires qu auparavant. Ainsi, les organismes doivent agir de façon responsable dans la planification et la conception des interventions d enseignement, et s il y a peu de chances, pour une raison quelconque, qu ils soient viables dans la communauté cible, il serait préférable d envisager d autres communautés où le potentiel de durabilité est plus grand. Le principe d un enseignement de qualité, accessible gratuitement pour tous les enfants, sous-tend l effort global visant à mettre fin au travail des enfants. Tout projet doit s efforcer d influencer les attitudes envers l éducation, attirant l attention des parents sur les dangers d une entrée précoce dans le monde du travail et l importance de l éducation pour l avenir de leurs enfants. Changer les attitudes envers l éducation veut dire que ces programmes sont ancrés dans les communautés et acceptés par les autorités et établissements scolaires. Une vision d avenir pour l intervention en matière d enseignement devrait être définie, en collaboration avec les diverses parties prenantes, dans le cadre de l élaboration initiale du projet, y compris en examinant la façon de maintenir les structures et activités éducatives dans une communauté donnée et de faire en sorte que les acquis du projet soient durables et renforcés. Cela dit, il est également important de définir les projets dans le contexte plus large du développement de l éducation nationale. Les programmes d éducation non formelle ne doivent pas être vus comme une alternative à long terme à l éducation formelle, puisque tous les enfants doivent avoir accès à une bonne qualité d enseignement public. Les programmes non formels doivent être vus comme complémentaires, donnant aux enfants la possibilité de passer au système scolaire public quand ils sont préparés et équipés pour cela. Les points suivants doivent être pris en compte quant à la durabilité de l intervention dans le domaine de l éducation: L appropriation: Dès le début du projet, il est important de stimuler l intérêt et le soutien des acteurs pour le programme d éducation. La communauté, en particulier ceux qui sont directement concernés, tels que les enfants et leurs parents, doivent être encouragés à formuler leurs propres idées quant à la façon de maintenir les résultats à long terme. Dans le projet ASHA en Inde, la création de clubs pour enfants et de parlements des enfants a renforcé l appropriation. Travailler en étroite collaboration avec les parents est un volet essentiel de la durabilité. Deepalaya en Inde, par exemple, a trouvé qu il était extrêmement difficile de convaincre les parents de la nécessité de maintenir les enfants à l école pendant la saison des récoltes ou quand il y avait des possibilités d améliorer le revenu familial. Par conséquent, les enfants abandonnaient l école pour retourner au travail, souvent même tout juste avant les examens. La participation des enfants à tous les aspects d un projet renforce également l appropriation. Dans un centre d alphabétisation du projet ENDA au Mali, le maître et les enfants ont mis en place un système basé sur les structures 120
127 sociales traditionnelles du village, qui comportaient l élection d un chef et des conseillers, tandis que d autres avaient des rôles comme la comptabilité et l organisation d événements. Les enfants ont créé un petit jardin et les produits étaient vendus à la communauté, créant ainsi un plan d épargne, dont les bénéfices étaient utilisés pour les frais de scolarité. Ils ont également défini leur propre code de conduite afin de s assurer que leur éducation était aussi bénéfique que possible, y compris une fréquentation scolaire régulière, dans le respect de l enseignant et des autres élèves, tout en évitant le retard. Le partenariat avec les autorités locales et nationales: L un des obstacles potentiels à la durabilité est le manque de reconnaissance du programme par les autorités de l éducation, que ce soit au niveau local ou national. L une des premières étapes dans la planification d un projet est d organiser des réunions avec les départements de l éducation pour expliquer les buts, les objectifs et le contexte du projet et solliciter leurs conseils, leur soutien et leur implication. Ceci est surtout important dans les pays où l Etat dispose d un programme d éducation non formelle. Il sera nécessaire d expliquer pourquoi un groupe particulier est visé et ce que le programme veut atteindre. Il convient aussi de mentionner les liens institutionnels avec les écoles existantes dans la zone, le rôle de suivi des autorités de l éducation, la formation des enseignants et des programmes d appui, en particulier l existence ou non d un système d éducation publique non formelle. Le programme de formation doit inclure les matières fondamentales que l on retrouve également dans les programmes officiels. Il est indispensable de préciser que l objectif est soit de fournir une éducation là où il n en existe pas, ou n est pas accessible aux bénéficiaires, soit de compléter des systèmes formels à travers un enseignement de transition ou de mise à niveau, y compris l apprentissage à distance. Si des relations constructives avec les autorités de l éducation sont mises en place, il est possible qu elles envisagent d appuyer le programme financièrement et administrativement au-delà de la durée de vie du projet, y compris en reproduisant le modèle ailleurs. Par exemple, le département local de l éducation à Santa Cruz, en Bolivie, a montré un vif intérêt pour le financement de PROCESO afin qu il puisse poursuivre le développement de son logiciel pour les enfants vulnérables et y inclure d autres sujets. Le partenariat avec les établissements d enseignement formel: Développer des relations constructives avec les directeurs d école et des enseignants de la communauté ou des communautés voisines a des avantages. Si les écoles formelles locales voient l importance du programme pour aider les enfants non scolarisés ou défavorisés et accélérer leur apprentissage afin qu ils puissent transférer dans leurs établissements, ils verront plus favorablement le programme et soutiendront, peut-être, le maintien du programme d éducation après la fin du projet. Des partenaires d origine diverse et variée: Réunir autant de partenaires et d acteurs que possible pour soutenir le projet peut renforcer la durabilité. Par exemple, le RAC au Mali a mobilisé le soutien des autorités de l éducation, des responsables de comités de gestion scolaire, des compagnies minières locales et du BIT, en vue 3 i Sociedade 1 de Maio: Encourager l excellence académique grâce à l autonomisation Tous les efforts sont déployés pour garder les enfants loin de la violence, de la criminalité et d autres dangers qui les guettent dans les rues de la banlieue Novos Alagados de la ville de Salvador au Brésil. En collaboration avec les parents et les enfants de cette communauté, Sociedade 1 de Maio a créé un club d enfants, Cluberê, afin de fournir un large éventail d activités extrascolaires assurant que les enfants ne restent pas dans la rue quand ils ne vont pas à l école, même pendant les périodes de vacances. Le club encourage les enfants à devenir des dirigeant, à s informer sur leur communauté et à promouvoir leur propre culture. Les éducateurs sont tous du milieu et les parents sont également invités à participer et à soutenir l éducation de leurs enfants. Un critère de participation aux activités du club est la fréquentation régulière. L organisation a mis en place une initiative intitulée Elèves de classe A avec le directeur de l école locale, ce qui motive les membres du club à réaliser de bons résultats dans les matières scolaires. Les activités au sein du club sont décidées par une assemblée et comprennent le théâtre, le chant, la danse, le sport, les loisirs et un cours supplémentaire pour ceux qui ont besoin de ce soutien. En plus du fait d établir des liens étroits avec les écoles locales, Sociedade 1 de Maio a bâti une alliance étroite avec les services de santé locaux. Cela a joué un rôle déterminant dans l organisation de discussions avec les bénéficiaires sur les infections sexuellement transmissibles et des sujets connexes. La réaction de la communauté à Cluberê a été très positive. Cela a permis à des parents de voir à quel point leurs enfants sont talentueux et à quel point leur éducation est importante. Beaucoup ont souligné que leurs enfants venaient volontiers au club pour prendre part à ses activités. Le directeur d une école locale a déclaré qu il pouvait toujours dire quels enfants venaient au club, tout juste en fonction de leur comportement et de leurs résultats scolaires. Afin de limiter la violence domestique, qui est un problème majeur dans la communauté, Cluberê a également mis en place un groupe de femmes pour discuter de la question et participer à des activités visant à augmenter leur confiance en soi. Des discussions sont souvent organisées entre les mères et les enfants membres du club et, en conséquence, les mères sont de plus en plus engagées dans l éducation de leurs enfants. Le programme met également l accent sur l écoute des enfants et les aide à s exprimer, engageant leur intérêt pour les questions d ordre social qui les captivent, favorisant la résolution des conflits, renforçant leur sens moral et les valeurs et les aidant à apprendre comment faire des recherches sur lesdites questions
128 3 d assurer la continuité de l emploi des enseignants embauchés dans le cadre du projet, la construction de nouvelles salles de classe, et l ameublement des salles de classe dans les écoles communautaires dans chaque emplacement des projets. Normalisation et agrément: Pour l enseignement de transition ou de mise à niveau, y compris l apprentissage à distance, les organisations devraient chercher la reconnaissance et l agrément de la part des autorités afin que le transfert des enfants dans l éducation formelle puisse se faire à un niveau d étude approprié. Finances: L un des principaux obstacles à l éducation pour les groupes défavorisés et marginalisés concerne les coûts, directs et indirects. Même si les bénéficiaires n encourent pas de coûts quand ils participent au programme d éducation, une fois qu ils sont transférés dans le système formel ou si le projet prend fin, alors la question de coût peut redevenir un facteur dans la continuité de leurs études. Des systèmes devront donc être mis en place soit pour L un des obstacles potentiels à la encourager les familles à couvrir les frais scolaires de leurs enfants sur le long terme, soit pour établir des plans d épargne ou de revenus durabilité est le manque de complémentaires pour les aider à faire face à ces coûts. Dans certains cas, le problème des frais scolaires devra être discuté avec les autorités de l enseignement et les écoles formelles pour négocier leur réduction reconnaissance du programme par ou pour une suspension complète. Développement structurel et professionnel: Les programmes d enseignement peuvent impliquer la construction ou la rénovation des centres, des écoles communautaires, ou d autres soit au niveau local ou national établissements nécessaires à la réalisation du projet. En outre, les enseignants et les animateurs reçoivent une formation professionnelle dans une vaste gamme de compétences pédagogiques, en assistance psychosociale et en gestion, conduisant à une augmentation de la capacité de la communauté. Une fois que ces structures, systèmes et capacités sont en place, il est moins difficile de trouver les moyens d en assurer la pérennité, étant donné que le plus grand investissement initial aura été couvert par le projet. En particulier, si les populations locales ont bénéficié du renforcement des capacités, il est probable qu ils vont rester dans la communauté et continueront à offrir leurs services aux enfants. L élargissement des services d enseignement: Afin de maintenir les structures et les capacités professionnelles, des efforts peuvent être déployés pour élargir la couverture des services éducatifs et inclure par exemple, l éducation des adultes et la formation professionnelle, afin d en faire bénéficier d autres groupes de la communauté. La possibilité de commercialiser le programme ou d accéder au financement public ou privé pour le développement communautaire peut être explorée avec la communauté et les parties prenantes. Renforcer les capacités d apprentissage: Afin d atteindre des résultats durables d apprentissage, des évaluations doivent être faites sur la santé et la nutrition des bénéficiaires pris individuellement. Les enfants qui vont à l école tandis qu ils ont faim ne seront pas en mesure d apprendre efficacement. Les programmes d enseignement devraient englober l ensemble des besoins des élèves, aussi bien physiques qu intellectuels, qui ont un impact sur l apprentissage. Il est également possible, comme c était le cas de CEIPA au Guatemala, que les organisations soient en mesure de soutenir les activités du projet avec leurs propres capacités de financement. 5. Les défis L éducation non formelle est devenue un complément essentiel des systèmes d éducation formelle qui assure que ceux qui sont marginalisés, exclus ou qui y accèdent difficilement puissent bénéficier d une formation, en particulier celle qui facilitera leur entrée dans les écoles publiques formelles. Mais cette relation n est pas sans difficultés et limites, notamment la crainte que cela puisse aboutir à la création d un double système d enseignement, renforçant le fossé entre les «nantis» et les «démunis». Il y a un défi supplémentaire en ce sens que l amélioration de l accès et de la qualité de l enseignement sur les sites du projet augmentent le nombre d élèves dans les systèmes éducatifs existants. Au bout du compte, l objectif devrait être d améliorer l éducation au point que tous les enfants puissent en tirer profit, en particulier ceux qui ont quitté l école ou qui en ont été privés pour diverses raisons, y compris celle du travail des enfants. Toutefois, la capacité des écoles existantes d accueillir un nombre croissant d élèves doit être évaluée. Par exemple, Aasaman au Népal a estimé que ses campagnes de scolarisation 122 les autorités de l éducation, que ce
129 et d enregistrement des naissances ont entraîné une augmentation massive du nombre d enfants à l école, ce qui est une évolution positive en termes de réalisation de l objectif du projet. Mais cela avait un effet négatif sur la qualité de l éducation, car les enseignants avaient du mal à faire face aux effectifs pléthoriques des classes et aux aptitudes variées des élèves. Manifestement, il devrait y avoir une collaboration étroite avec les autorités locales de l éducation pour faire face à l impact potentiel de l inscription d un grand nombre d enfants et veiller à ce qu il y ait l infrastructure scolaire et les ressources humaines nécessaires pour résorber cette augmentation. Comme palliatif, Aasaman a formé des enseignants bénévoles et a encouragé les communautés à faire de même afin que les écoles aient un nombre suffisant d assistants de classes pour faire face au nombre croissant d élèves. 3 Il s agit là d un grand défi qui se pose à l initiative EPT et à la réalisation des OMD sur l éducation primaire universelle, mais il ne doit pas être ignoré, et des efforts doivent être déployés pour informer et mobiliser les autorités compétentes de l éducation pour veiller à ce que la qualité soit maintenue. Si celle-ci est compromise, cela peut contribuer à augmenter les taux d abandon scolaire et à rendre les enfants encore vulnérables aux pires formes du travail. Certains défis communs sont: La résistance de la collectivité: Certaines communautés peuvent considérer l éducation comme une «perte de temps» pour les familles pauvres qui ont besoin de tous leurs membres afin de contribuer au revenu familial. La résistance peut provenir de facteurs culturels ou religieux. En outre, les employeurs peuvent être réticents à donner aux bénéficiaires le temps nécessaire à la participation à un programme d éducation. Il est nécessaire d être sensible à ces comportements et prêt à passer du temps avec les communautés et/ou les employeurs pour examiner et régler ces problèmes. Manque de locaux, de matériaux et d équipements: Mettre en place et exécuter un programme d éducation peut être très coûteux. Ça n a aucun sens d avoir un bâtiment s il n y a pas de tables ou de chaises, pas de matériel de salle de classe, ou pas de livres ou d outils pour écrire. Il est important que les locaux soient facilement accessibles pour les bénéficiaires. Ce défi est important pour les programmes d enseignement à distance si du matériel comme les équipements informatiques sont exigés. La résistance des autorités éducatives et des institutions, des directeurs d établissements et des enseignants : S il y a une réticence des autorités à reconnaître formellement le programme, cela pourrait compromettre son succès dans le transfert des bénéficiaires vers le système formel. La transition d un système non formel vers un système formel: La transition vers le système d éducation formelle peut être une expérience difficile pour certains enfants. Il est vital que les bénéficiaires soient préparés pour la transition afin qu ils n abandonnent pas l école après le changement. Certaines organisations cherchent à surmonter le défi par une introduction progressive des bénéficiaires à l école formelle en s organisant avec les directeurs et les enseignants pour qu ils puissent passer un ou deux jours par semaine à l école formelle afin de s habituer au nouvel environnement. La fourniture de services additionnels de soutien éducatif et de cours de rattrapage: L aide psychosociale, les évaluations éducatives, la médiation, et d autres services d appui peuvent jouer un rôle important dans l intégration des enfants dans le système éducatif. En outre, l offre de cours de rattrapage, notamment pour L éducation est un droit fondamentale à tous les âges en grandissant 123
130 3 soutenir les enfants ayant des troubles d apprentissage, augmente considérablement la possibilité que les enfants restent à l école. Cependant, ces services sont relativement coûteux et limités dans les systèmes éducatifs de nombreux pays. Les organisations peuvent coordonner avec les structures socio sanitaires étatiques compétentes pour assurer que les services de soutien sont disponibles, surtout pour ceux qui en ont le plus besoin. Le manque de services de soutien sur le long terme peut avoir une incidence sur l inscription et le taux d abandon. L enseignement avec différents niveaux dans la même classe: En raison de la petite taille des centres d éducation non formelle et du grand nombre d enfants avec des aptitudes scolaires très variées, il y a souvent des situations où un enseignant doit enseigner simultanément des enfants ayant des niveaux scolaires différents. Cela constitue un lourd fardeau pour le personnel enseignant, et peut ne pas être durable. Les mécanismes de suivi: En évaluant l impact réel d un programme d éducation sur la vie des bénéficiaires, les progrès de leurs carrières scolaires doivent être suivis, en particulier quand ils passent d un système non formel à un système formel. Le suivi peut être limité dans l avenir, en fonction de la durée du projet et de la capacité de l organisation de mise en œuvre de le maintenir. La question de la durée d un projet peut également avoir un impact sur la capacité du programme à transférer les bénéficiaires d un système non formel à un système formel, car il faut du temps pour amener les enfants à un niveau où ils peuvent passer au système formel. La pertinence de l enseignement non formel pour l éducation formelle et l élaboration des programmes: Un programme d éducation non formelle, en particulier celle de nature transitoire ou de mise à niveau, doit prendre en compte les exigences académiques du système éducatif formel. Il peut être possible d utiliser le programme de l éducation publique, mais dans de nombreux pays, il peut être nécessaire de ne compter que sur le soutien des autorités locales en charge de l éducation, des écoles locales et des enseignants ou d autres organisations qui ont eu recours à l ENF. Le programme doit faciliter la transition entre les systèmes non formel et formel, tout en répondant aux besoins additionnels d apprentissage et aux attentes des bénéficiaires. Les défis en matière de ressource : Certaines activités liées à l éducation sont très exigeantes en termes de ressources financières et humaines, qui peuvent être difficiles à maintenir. Par exemple, l établissement d un nouveau centre d éducation non formelle ou la fourniture d un programme de repas scolaires exige un appui financier. Faire face à ce défi peut exiger la mise en place d un plan de mobilisation de ressources. Le secteur privé est une source potentielle de soutien. Par exemple, dans le projet RAC au Mali, les communautés ont reçu une réponse favorable de la Société des Mines d Or de Tabakoto lorsqu elles l ont approchée pour discuter du financement du développement dans les zones près des mines. Dans d autres cas, les gouvernements locaux et les départements de l éducation ont fourni du matériel scolaire, des matériaux et des bâtiments. Autres chapitres importants Sensibilisation p. 47 Plaidoyer p. 72 Formation Professionnelle et à l Apprentissage p. 125 Education des pairs p. 156 Suivi du Travail des Enfants p. 168 L engagement des leaders de la communauté est une inspiration pour les autres 124
131 C h a p i t r e q u a t r e 4 Formation professionnelle et formation par apprentissage 1. Introduction La formation professionnelle est une composante essentielle des stratégies de réduction et de prévention du travail des enfants. Beaucoup d enfants abandonnent l école car ils ne voient pas la pertinence de l éducation dans leurs vies. Dans de nombreux cas, la décision de ne pas envoyer un enfant à l école est prise par les parents, qui aimeraient plutôt voir leur enfant aller au travail car ils ne perçoivent pas comment apprendre à lire, écrire et calculer peut aider à apporter le pain sur la table. Afin d influencer les décisions des enfants à risque et de leurs parents, l éducation devrait avoir un but tangible surtout en termes d amélioration des perspectives d emploi. Dans de telles circonstances et là où les enfants d un âge plus avancé sont concernés, l accent doit être mis sur la transition entre l école et le travail, soit à travers la formation professionnelle ou des programmes de compétences de vie. Les compétences transmises à travers de tels programmes devraient préparer les jeunes à un emploi rémunéré. Ces compétences peuvent être enseignées à travers le système d éducation formel, par exemple les institutions de formation professionnelle, et des programmes de formation non formels. 2. Expériences de CIRCLE dans les domaines de la formation professionnelle et de la formation par apprentissage Plusieurs projets CIRCLE ont combiné la formation professionnelle et la formation par apprentissage avec des éléments de l éducation de base, tels que l alphabétisation et le calcul. Lorsque cela s est avéré pertinent, les partenaires d exécution ont offert des formations supplémentaires sur la mise en place et la gestion d une petite entreprise, y compris la comptabilité de base, l accès au micro-crédit et à d autres modalités de financement, et la vente. La plupart des compétences ont été enseignées sur la base des analyses du marché local de l emploi. Dans certains cas, les partenaires ont aussi fourni aux bénéficiaires des trousseaux d installation en vue de faciliter leur entrée sur le marché du travail. Les employeurs du secteur informel et en milieu rural ne sont pas toujours en mesure de fournir aux travailleurs les outils du corps de métier et les chances de ces travailleurs d être employés peuvent être plus grandes s ils peuvent eux-mêmes apporter leurs propres outils. Les programmes de formation professionnelle peuvent éviter aux enfants de se retrouver dans des situations de travail en assurant que les apprenants maîtrisent les compétences de vie et bénéficient de cours d alphabétisation qui incluent une formation sur la santé, la protection et leurs droits. Certains programmes offrent aussi des formations sur les compétences de vie afin de promouvoir l épanouissement personnel et social des bénéficiaires. Les activités extrascolaires aident les enfants à se sentir comme des individus à part entière 125
132 4 Partenaires CIRCLE ayant identifié des meilleures pratiques dans le domaine de la formation professionnelle et de la formation par apprentissage Afrique Asie Amérique Latine ANPPCAN, Kenya NDS, Bangladesh PAMI, Guatemala AID, Mali HCC, Cambodge Dos Generaciones, Nicaragua AJA, Mali Wathnakpheap, Cambodge RAC, Mali WDA, Cambodge DARNA Maroc APEGS, Sierra Léone CARD, Sierra Léone CCB, Sierra Léone CLASSE, Afrique de l Ouest CARD en Sierra Léone a ciblé les enfants à risque au sein de communautés locales, dont les jeunes mères déscolarisées, pour leur offrir une éducation de base et une formation professionnelle. La mise en œuvre du programme a été assurée par un centre de formation communautaire avec du personnel recruté localement afin d assurer le fonctionnement continu du centre à long terme. Le personnel a reçu une formation pédagogique sur un ensemble de sujets et domaines de compétences de base. En plus de combiner alphabétisation fonctionnelle et développement de compétences, le programme offrait aux jeunes mères un service de crèche pour les enfants et des cours de planification familial. Le service de garde d enfants était pris en compte pour permettre aux jeunes mères d y participer pleinement ; la question sensible des familles d accueil a également été introduite en tant que structure de soutien permettant aux jeunes mères de progresser dans la formation, d obtenir un emploi décent et d être en mesure de s occuper elles-mêmes de leurs enfants. Une caractéristique commune à la plupart des projets CIRCLE dispensant une formation sur l alphabétisation et une formation professionnelle est qu ils s assurent que le programme de formation offre des compétences demandées sur le marché local du travail. Une fois la formation professionnelle achevée, les enfants vulnérables et les (anciens) enfants doivent avoir accès à un emploi décent. Ceci requiert la conduite d une étude de marché locale pour calibrer la formation. Au Cambodge WDA a travaillé avec de grands groupes d acteurs pour élaborer des programmes de formation adéquats. Dans le projet CCB en Sierra Léone, les entreprises locales ont offert des formations qualifiantes dans les domaines de la construction, de l ingénierie, de l ingénierie électrique et de l électronique. CCB a été méticuleux dans la sélection des services de formation : les sociétés étaient choisies selon leur degré de conformité avec les exigences en matières de santé et de sécurité, des heures de travail raisonnables et le programme de formation proposé. CCB a mené des enquêtes auprès des employés et des voisins sur chaque lieu de travail. Suite à la sélection des prestataires de services, CCB a eu des interviews avec chacun des apprenants pour les assister dans le choix d un métier qui répondait le mieux à leurs intérêts et capacités. Ils ont pu passer une période d essai dans les ateliers afin d avoir une idée du métier et de l environnement avant de faire un choix final. APEGS en Sierra Léone a mis l accent sur le renforcement des compétences pour améliorer la productivité agricole. A cet effet, les apprenants ont reçu les outils et semences appropriés pour cultiver une variété d espèces. Une banque de céréales a été créée dès la récolte pour assurer la durabilité. En plus de la science de l agriculture, l économie domestique a également été enseignée comme une étape importante vers l autosuffisance a Wathnakpheap: Une approche holistique à l acquisition des compétences Le projet Wathnakpheap au Cambodge a ciblé des enfants et jeunes à risque de travail et de trafic dans une zone rurale près de la frontière avec la Thaïlande. L objectif principal était de réduire la vulnérabilité des enfants à ces dangers à travers l éducation et la formation en compétences. Le projet a établi un programme de formation professionnel basé sur le marché de l emploi, la demande au sein des communautés ciblées et sur la disponibilité des ressources locales, telles que le bambou et le rotin. Pour rendre les cours plus accessibles, les enfants ont eu la possibilité de suivre leur formation soit dans leur communauté, pour les activités comme la confection de meuble en bambou ou en rotin, dans des centres de formation où des formateurs qualifiés dispensaient six mois de cours sur des compétences bien données, ou dans les ateliers d entreprises locales. En plus d enseigner des compétences vendables, le programme a offert des formations sur des sujets clés tels que l alphabétisation fonctionnelle, les compétences de vie, les techniques de gestion, le droit des enfants et les soins de santé primaires. Les enfants ont exposé leurs produits lors de foires, ce qui a aidé à élaborer de nouveaux modèles, à identifier de nouveaux marchés, à connaître davantage la nature de la concurrence et à avoir un contact direct avec des clients potentiels. La plupart des produits exposés ont été vendus ou commandés, ce qui les a mis en confiance et renforcé la compréhension de la conduite des affaires.
133 Les activités de formation qualifiante étaient accompagnées d un programme d éducation de base pour assurer que les apprenants reçoivent une éducation complète. La formation dans le domaine de l agriculture s est trouvée être la compétence la plus adéquate demandée par les bénéficiaires du programme de formation professionnelle de CLASSE au Mali et en Côte-d Ivoire. La formation a mis l accent sur les plantations de cacao, le secteur d emploi principal dans les zones ciblées, et sur la production d autres cultures et légumes. Un grand jardin potager a été aménagé près d une école dans l une des communautés d intervention en Côte d Ivoire. Le jardin servait de cadre de formation pour les enfants pour l acquisition de compétences agricoles, pendant que les produits approvisionnaient la cantine de l école. Lier les compétences à la demande du marché 4 AID-Mali a soutenu le projet CLASSE en renforçant les opportunités pour les jeunes apprenants dans le choix de leur futur emploi. Les garçons d un âge avancé apprenaient dans les secteurs d entreprise tels que la menuiserie, la mécanique moto et le jardinage. Les filles s adonnaient essentiellement à la couture et la teinture. Un centre de formation a permis aux apprenants de AID-Mali de participer à des cours de coupe et couture pour moins d un tiers du prix pratiqué. Les filles étaient assidues et poussaient constamment les enseignants à leur offrir plus de temps de formation. local, est un aspect ; il y a plusieurs autres facteurs communs en ce qui concerne des programmes de formation professionnelle et ã l apprentissage efficaces pour les enfants à risque En plus du lien avec le marché local de l emploi, il existe plusieurs autres points communs aux programmes efficaces de formations professionnelles et qualifiantes pour les enfants à risque. Wathnakpheap au Cambodge s est penché sur l utilisation maximale des ressources locales disponibles pour son programme de formation professionnelle. Les communautés ont été encouragées à cultiver le bambou pour soutenir la fabrication de meuble en bambou. De plus, la formation a été conçue pour s adapter à la situation de chaque apprenant en offrant un programme de formation dans différents environnements, y compris au sein des communautés, dans les centres de formations ou les ateliers privés avec les artisans locaux. Le suivi incluait le soutien aux apprenants soit dans la mise en place de leur structure ou la recherche d emploi. La création de micro-entreprises était un autre élément clé du projet de Dos Generaciones au Nicaragua. HCC au Cambodge a renforcé le lien entre éducation de base et formation qualifiante, étant donné que les enfants qui ont bénéficié le plus des formations étaient ceux qui étaient lettrés et qui avaient une base d éducation plus solide. Tout comme Wathnakpheap, HCC a ciblé les enfants à risque de travail et de trafic en leur dispensant une éducation formelle et non formelle et qualifiante. Le lieu principal de la formation était le centre d accueil spécial de l organisation, et les compétences requises étaient identifiées sur la base des analyses du marché local de l emploi. Au-delà des compétences de vie, HCC a intégré d autres aspects importants pour assister les apprenants à démarrer leur nouvelle vie, y compris la gestion des affaires, la cuisine et les connaissances de base en agriculture. Une approche similaire a été utilisée par Dos Generaciones au Nicaragua, où la demande en formation qualifiante est venue des familles elles-mêmes. La plupart d entres elles étaient dirigées par des mères célibataires, qui ont reconnu qu il était important que leurs enfants quittent l école avec des connaissances qui leur permettraient d accéder à de meilleurs emplois à l avenir, y compris les connaissances en informatique. Le projet PAMI au Guatemala a aussi lié éducation de base et formation professionnelle. DARNA au Maroc a associé formation en techniques agricoles, alphabétisation fonctionnelle et compétences de la vie (voir encadré 4f). 127 Les dirigeants communautaires peuvent aider à la formation des élèves et les aider à trouver des emplois bénéfiques
134 4 AJA au Mali a trouvé que lorsque l éducation de base (en particulier l alphabétisation fonctionnelle et le calcul) était combinée avec une formation qualifiante dans les centres d apprentissage impliqués dans le projet, les apprenants étaient plus capables de s approprier les aspects techniques de leur formation, de comprendre l importance de la santé et de la sécurité, et d appliquer ces principes dans la pratique. De plus, les bénéficiaires ont reçu des tenues de travail appropriées et un équipement de protection. Dans son projet au Mali, RAC s est attaqué aux défis culturels majeurs du système «d apprentissage» traditionnel dans la région. Les parents soutiennent ces programmes d apprentissage car ils souhaitent que leurs enfants apprennent un métier utile. Néanmoins, ces stages d apprentissage plutôt courant dans le secteur informel dans les ateliers des artisans et hommes de métiers, sont souvent exercés dans des conditions qui peuvent être considérées comme des situations de travail des enfants, bien qu il ne s agisse pas nécessairement des pires formes de travail. Du fait de l accès limité à l éducation ou de l attitude négative des parents envers l éducation, un grand nombre d apprentis n ont jamais été à l école ou ont abandonné. Prenant ces facteurs en compte, le projet a introduit le système de formation «duale», qui incluait l éducation de base. Le processus a requis une intense campagne de sensibilisation pour faire comprendre aux parents et aux employeurs l importance de l éducation, particulièrement l alphabétisation, et réduire le temps de travail des apprentis ce qui a facilité leur participation aux programmes de transition de base et d éducation formelle. La mise à disposition de trousseau de démarrage correspondant à leur compétences les aide à démarrer leur propre entreprise 3. Elaborer un programme de formation professionnelle et de formation par apprentissage Beaucoup de familles pauvres voient l éducation en termes d appui à long terme à la famille. Si les enfants peuvent achever leur cycle éducatif et émerger avec un ensemble de compétences qui peuvent faciliter leur accès à un travail décent dans des conditions de travail améliorées, ceci rendra le programme plus attrayant pour les parents, qui sont les décideurs principaux au sein des familles. Néanmoins, les compétences techniques, bien que requises pour un emploi, ne sont pas suffisantes en elles-mêmes. Elles devraient être accompagnées par l éducation de base, l alphabétisation et le calcul, aussi bien que par les compétences vitales de la vie qui les prépareraient davantage à une vie d adulte. Définir le(s) but(s) d un programme de formation professionnelle et de formation par apprentissage La première étape dans l élaboration d un programme d éducation professionnelle et de formation sur les compétences est de faire une évaluation exhaustive des besoins et attentes dans les communautés ciblées, en consultant toutes les parties prenantes. Cette évaluation des besoins peut aider à déterminer l opportunité d un tel programme, ainsi que sa pérennisation à la fin du projet. Il est probable que cela fasse partie d une évaluation plus générale des besoins. Tout comme l éducation en général, les questions connexes d accès et de qualité sont cruciales pour l élaboration d un programme de formation professionnel et d acquisition de compétences. Globalement, l essentiel de l accent mis sur l éducation porte sur l offre en éducation primaire universelle telle qu inscrite dans les OMD et l initiative EPT. Ceci a obligé plusieurs gouvernements à mettre l accent sur le développement des infrastructures et à concentrer leurs ressources sur cet objectif ; ce qui a affecté le niveau d investissement dans l éducation et la formation technique et professionnelle (EFTP), affectant la disponibilité de tels programmes et, lorsqu ils existent, la qualité de l enseignement, l équipement, les ateliers, les curricula et la pertinence des compétences à offrir. En général, la formation professionnelle et l acquisition de compétences interviennent de la manière suivante : à travers des institutions gouvernementales, centrales, régionales ou locales, qui suivent le programme gouvernemental pour des métiers précis, habituellement enseigné par des formateurs de l Etat et délivrant à l apprenant qui réussit une attestation reconnue nationalement; à travers des institutions privées souvent dénommées approche «basée sur le centre» qui utilisent ou pas le programme 128
135 gouvernemental, suivant la disponibilité et la pertinence, et qui emploient des formateurs pour des corps de métiers particuliers sur des périodes spécifiques selon la demande. Dans ce cas et celui qui précède, la formation est dispensée dans un centre par des formateurs spécialisés. Elle peut allier pratique et théorie, et l apprenant peut passer un certain temps dans un environnement de travail pour mettre en pratique les compétences enseignées. 4 à travers les entreprises privées dans les secteurs formels et informels par une approche pratique, où les apprenants sont formés dans un environnement de travail. Souvent, ceci prend la forme d un «apprentissage» dans lequel l apprenant apprend les compétences techniques appropriées en travaillant directement avec des adultes expérimentés ; Les intérêts, âge et genre d un enfant doivent être pris en compte lors de la à travers un cadre communautaire souvent de sélection des apprenants pour les différents corps de métiers nature informelle, tel que les maisons privées, un centre ou une école communautaire. La formation ne suit pas généralement un programme ou format établi et est hautement flexible pour répondre aux besoins de apprenants. Les formations sur les compétences peuvent être une combinaison de ce qui précède. L évaluation des besoins dans la communauté ciblée déterminera le choix du prestataire de service. Un autre élément d élaboration de projet à prendre en compte assez tôt est de savoir si l offre en matière de formation professionnelle et d acquisition de compétences sera l activité principale ou si elle sera une sous composante d une stratégie d éducation intégrée au sein de la communauté. Cette décision affectera la manière dont la formation est dispensée et si elle est directement liée à d autres formes d éducation. Elle affectera également la stratégie de travail si la formation est dispensée dans le cadre d une infrastructure éducative existante ou si une nouvelle institution doit être créée. Accès à la formation professionnelle et à l acquisition des compétences La disponibilité des institutions professionnelle et de formation étatique est souvent limitée aux centres urbains principaux et surtout pour les enfants qui ont obtenus les qualifications adéquates dans un système d éducation formel, par exemple, l achèvement de l éducation primaire. L accès à de telles institutions en zones rurales et reculées est souvent rare ou inexistant. Ainsi, une organisation qui souhaite inclure la formation professionnelle et l acquisition de compétences dans son programme devra répertorier les institutions professionnelles et de formation étatiques ou privées existant déjà dans la communauté ou ses environs. Au même moment, elle devrait identifier les lieux pour faciliter la formation, tels que les écoles et centres communautaires. HCC au Cambodge a utilisé ses propres locaux comme lieu de formation. En l absence d un cadre approprié, un lieu devrait être construit ou rénové. Ces choix peuvent avoir des implications financières pour le projet. Les questions suivantes devraient être prise en compte en termes d accessibilité: Quels institutions ou services, formels ou non formels, sont déjà disponibles au sein de la communauté? Quels institutions ou services sont disponibles dans les communautés voisines qui pourraient être accessibles aux bénéficiaires soit à pied ou par un service de transport? Si de telles institutions existent, ont-elles les capacités d absorber les bénéficiaires et les activités du projet? Le curriculum et les cours proposés sont-ils appropriés pour le groupe de bénéficiaires? Sera-t-il nécessaire de signer des accords avec les institutions et de faire des contributions financières ou autre? Dans quelle mesure les filles n arrivent-elles pas à bénéficier de ces programmes ou services pour des questions de sécurité ou de culture, de tradition, de religion ou autres obstacles sociaux perçus ou réels? Si il y a déjà des problèmes clairement identifiables en ce qui concerne l accessibilité, comment peut-on faire face à la plupart de ces problèmes? Par exemple, existe-il des structures adéquates ou des salles qui peuvent être adaptées ou rénovées? Ces options, devraient être discutées avec les membres de la communauté, les autorités locales en charge de l éducation et de l emploi, les bénéficiaires et autres jeunes de la communauté. Dans le cas de CARD en Sierra Léone, le projet était situé près d un lycée catholique, et la paroisse a fait don d un ancien dortoir rénové et utilisé comme centre de formation et de garderie 129
136 4 pour les jeunes mères participants au programme. Les autorités locales seront-elles prêtes à soutenir, par exemple en mettant à disposition des enseignants formés, par la construction de nouvelle classes, ou en fournissant les équipements techniques pour les besoins de la formation? Quel rôle le secteur privé pourrait-il jouer dans la mise en œuvre de la formation peut-être à travers l apprentissage? Les employeurs du secteur privé, particulièrement ceux basés dans la communauté proche du lieu de résidence des bénéficiaires, devraient être consultés et si possible impliqués dans l élaboration des programmes de formation à base communautaire. La facilité de l accès est un aspect de l accessibilité: les bénéficiaires du projet doivent pouvoir se rendre au centre de formation et/ou à atelier sans problème et en toute sécurité. De plus, des infrastructures sanitaires adéquates doivent être en place sur le lieu de formation ou dans les ateliers privés particulièrement pour les filles. Si non, les filles peuvent abandonner le programme, surtout celles qui ont atteint l âge de la puberté. Au-delà de l accès, il y a de nombreux obstacles à la formation professionnelle et l acquisition de compétences, y A présent, les systèmes formels d EFTP dans compris les barrières culturelles ou traditionnelles à la participation des filles ou de certains groupes sociaux, tels que les enfants indigènes ou des tribus. Les apprenants peuvent un certain nombre de pays sont largement avoir à payer des frais pour les cours, les outils, l utilisation de l équipement et pour les examens. Aussi, il peut y avoir des coûts indirects, tels que l achat de tenues appropriées, inadéquats, certaines compétences des équipements sanitaires et de sécurité, de livres et de fournitures, et peut-être le transport aller-retour de l institution. proposées sont obsolètes et l accès y est limité De telles barrières bien évidemment affectent les familles pauvres en particulier, mettant la formation professionnelle et l acquisition des compétences au-delà de leur moyen. Dans de telles circonstances, les familles pourraient identifier des artisans ou commerçants prêts à prendre des enfants comme apprentis. Ces apprentissages informels sont souvent de l exploitation et peuvent être caractérisés comme des pires formes de travail. Dans le pires des cas, les apprentis sont abusés, mettent des années à apprendre toutes compétences utiles, sont rémunérés très peu ou pas du tout, et ne profitent pas des programmes d éducation de base. Les acteurs devraient être impliqués dans l identification des voies pour surmonter ces barrières. Les solutions peuvent inclure la persuasion des autorités de renoncer aux frais dans certains cas ou de permettre que les frais et coûts soient payés par tranche. Il serait encore mieux d aider les communautés et les familles à mettre en place des structures de mobilisation ou des plans d épargne qui les aideraient à faire face aux coûts de la formation professionnelle et de l apprentissage à la fin du projet. Ceci est un aspect particulier qui constitue un défi du fait que l acquisition de compétences peut requérir un investissement significatif en plus d être une intervention relativement coûteuse La qualité de la formation professionnelle et à l apprentissage Les systèmes EFTP actuels dans de nombreux pays sont fortement inadaptés, certaines des compétences offertes sont obsolètes, et leur accès est limité. Il y a un besoin urgent de financement et de mise à jour des curricula, des compétences enseignées et de mise à niveau des infrastructures institutionnelles, y compris l équipement. Le monde du travail a changé de façon significative au cours des 20 dernières années et continue d évoluer rapidement. Le secteur informel, en particulier, a le plus fort potentiel de croissance en terme d emploi dans un grand nombre de pays à travers le monde. Les Ministères de l emploi et de l éducation doivent travailler ensemble pour identifier les types de compétences requises dans ce nouvel environnement et pour leur adapter les programmes La formation dispensée devrait être favorable à la demande de la communauté locale 130
137 de formation. Un plus grand nombre d instituts de formation est nécessaire, particulièrement en milieu rural et dans les zones éloignées, avec un nombre adéquat de personnel enseignant. Les institutions d EFTP devraient aussi collaborer avec les employeurs, y compris le secteur informel, pour établir des systèmes d apprentissage efficaces et augmenter le nombre de prestataires reconnus. Il faudra du temps et un investissement pour résoudre ces problèmes, tout en mettant l accent entre temps sur le besoin d établir des stratégies à court et moyen termes visant à offrir aux (anciens) enfants travailleurs et ceux à risque un programme de formation et un apprentissage non formels. 4 Quelques aspects relatifs à la qualité à prendre en compte dans l élaboration des programmes : L ensemble des cours techniques dispensés devraient se rapporter au marché local du travail afin de s assurer que les apprenants ont accès à un employeur et qu ils puissent s auto-employer dès leur sortie. Les formateurs devraient être sensibilisés sur les causes et conséquences du travail des enfants et sur les réalités, besoins, attentes et capacités des apprenants. Ils devraient également être formés en techniques pédagogiques, surtout s ils ne sont pas formateurs qualifiés, et être sensibles aux défis de l apprentissage des (anciens) enfants travailleurs et ceux à risque. Les programmes de formation incluent l éducation de base et apprennent à compter sur eux-mêmes couvrent plusieurs sujets directement en lien avec le bien-être et le développement holistique des apprenants, y compris l alphabétisation et le calcul, le développement et la gestion des affaires, et les compétences de la vie. Les activités hors programmes, y compris les activités récréatives, sportives, culturelles, traditionnelles et sociales, devraient être intégrées dans les programmes de formation par apprentissage. Les apprenants devraient se familiariser avec une série de compétences pour évaluer laquelle d entres elles est la mieux adaptée à leurs capacités, intérêts, besoins et attentes. Les filles devraient être encouragées à participer à des filières traditionnellement dominées par les garçons si elles le désirent (et vice-versa). La formation devrait être flexible pour intégrer la situation de chaque apprenant ; elle devrait être mise en œuvre à travers diverses approches prenant en compte la situation de chaque apprenant, y compris dans les centres, au sein des communautés ou des programmes d apprentissages. Les programmes peuvent être une combinaison de toutes ces approches, si approprié. Les activités de sensibilisation devraient précéder les programmes et cibler les enfants, leurs familles, les membres de la communauté et, en particulier, les employés qui font usage du travail des enfants. L objectif est de renforcer la contribution de l éducation et des programmes de formation techniques aux entreprises et au développement de la communauté. Dans certains cas, les employeurs ignorent tout simplement la législation sur l âge minimum d admission à l emploi, les dispositions sanitaires et de sécurité, et les conditions de travail. Les efforts de sensibilisation devraient inclure ces domaines techniques. Les apprenants doivent recevoir les outils appropriés à utiliser pendant et après. A travers la formation professionnelle les apprenants Des efforts doivent être faits pour établir des associations ou groupes de formateurs, y compris des associations post-formation, ayant des liens avec des syndicats appropriés, des organisations professionnelles ou sociales. Les apprenants doivent comprendre le rôle des groupes d intérêt dans la défense des droits fondamentaux et des conditions de travail. Les groupes tels que les unions ont des mécanismes de soutien pour assister leurs membres, et ces groupes d intérêts peuvent informer les jeunes apprenants des différents types de soutiens qui leur sont disponibles, tels que le micro-crédit, les subventions à la création d entreprises, etc. Les acteurs du secteur privé, y compris le secteur informel, doivent êtres impliqués dans l élaboration et la mise en œuvre des programmes de formations techniques pour en assurer la qualité et la pertinence. Ces acteurs doivent agir comme des mentors et employeurs potentiels. Si possible, les programmes d apprentissage doivent être élaborés avec des partenaires du secteur privé. 131
138 4 Une collaboration étroite doit être établie avec les institutions de micro-finance et de crédit pour faciliter le soutien aux apprenants intéressés par les possibilités d auto-emploi à la fin de leur formation. Les programmes de formation doivent aller au-delà du groupe cible, si possible, pour inclure dans les groupes à risque les adultes au sein de la communauté qui devraient bénéficier de formation sur les compétences pour augmenter les opportunités d emploi et de revenu. Il est important d inclure un élément de suivi et de contrôle dans un programme de formation par apprentissage pour s assurer que les apprenants reçoivent le soutien approprié dans leurs nouveaux emplois et pour la création de leurs entreprises, et qu ils ne se retrouvent pas dans des situations de travail des enfants après le programme. Ceci implique une étroite collaboration avec les employeurs, parents, services sociaux, inspections et département du travail. Les instructeurs doivent être capables d internaliser et respecter les principes de base du droit des enfants Formation Pré-professionnelle Dans le cadre d une stratégie de transition de l éducation vers un travail décent, il est utile de considérer l intégration d une composante «formation pré-professionnelle» dans les activités du projet. Ceci constitue une période introductive à la formation professionnelle et à l apprentissage complète, au cours de laquelle les bénéficiaires et autres enfants à risque participent à des ateliers de courte durée sur une gamme de compétences pour différents corps de métiers. Ces ateliers introductifs permettent aux enfants «d essayer» les métiers qui ont été identifiés suite à une analyse de marché et, sous la direction et soutien des conseillers et employeurs du secteur, de choisir l ensemble de compétences qui sied le mieux à leurs besoins, capacités, aptitudes académiques et aspirations. Par exemple, CARD en Sierra Léone a offert aux enfants des cours théoriques de base sur chacun des quatre métiers enseignés au centre de formation et leur a donné des conseils pour les aider à en choisir un. La formation pré-professionnelle peut aussi être intégrée dans les programmes d éducation primaire et secondaire pour aider les jeunes enfants à décider de ce qu ils voudraient faire plus tard dans leur carrière professionnelle. Ainsi les enfants ont un aperçu sur ce qu il aiment et les intéresse. Ceci les aidera à choisir le programme de formation approprié au moment venu, et peut également aider les centres de formation, institutions et employeurs à planifier à l avance les cours et programmes d apprentissage. 3.1 Création d un environnement favorable à la formation professionnelle et à la formation par apprentissage Un élément significatif pour la création d un environnement favorable à la formation professionnelle et la formation par l apprentissage est l implication et le soutien du plus grand nombre d acteurs possible et l établissement de partenariats effectifs. Par exemple, CLASSE en Côte d Ivoire et au Mali a travaillé avec un ensemble d ONG expérimentées dans divers domaines, y compris les formateurs, les départements gouvernementaux, la communauté des bailleurs et l IPEC/BIT et, dans le cas de la Côte d Ivoire, l industrie privée. Ce processus a pris un temps considérable au départ du projet mais il est ultimement devenu la marque de CLASSE. Après la sélection des communautés cibles et la définition du but des interventions de toute formation professionnelle et de formation par apprentissage, les organisations auront besoin de prendre en compte les facteurs suivants : Soutien Communautaire Comme pour tout projet de cette nature, il est vital d informer et d impliquer les parties prenantes potentielles au sein de la communauté dans son élaboration et sa mise b AJA: Lier formation non formelle et formation par apprentissage à un processus de reconnaissance de diplôme Les apprentis participants au programme de formation par apprentissage de AJA au Mali ont atteint un niveau de technicité qui leur a permis de se présenter à l examen national pour la formation à deux (ANPE). C est un programme financé par l Etat qui associe éducation de base et formation professionnelle. A la suite de ces examens, certains bénéficiaires ont pu s inscrire à des programmes étatiques à plein temps dans les centres d éducation La réalisation d un tel niveau de compétence a eu un effet significatif sur l attitude des employeurs vis-à-vis de ces apprentis de façon générale. Là où cela était possible, le programme a également aidé les apprentis à obtenir des jugements supplétifs pour leur permettre d accéder à des instituts de formation formels.
139 en œuvre. Ceci nécessitera de la sensibilisation au cours de l évaluation des activités de formations professionnelle et par apprentissage, des besoins et de la demande des bénéficiaires, leurs familles, du marché du travail et de la communauté en générale. La collaboration étroite avec les acteurs communautaires, y compris les enfants, donne un bon aperçu du contexte et renforce de développement des interventions en matière de formation. 4 Infrastructure Les enquêtes préparatoires dans les communautés ciblées devraient permettre de répertorier les institutions et/ou programmes déjà disponibles ou ceux qui sont prévus à court terme. Ceci est important à plusieurs titres. Premièrement, elles donnent une idée des formations déjà disponibles pour les enfants dans la communauté et si le problème est uniquement un problème d accès. Si l accès s avère être un problème, alors la sensibilisation, le plaidoyer et le renforcement 133 Si le taux de chômage est élevé et les opportunités rares, le programme devra faire face à cela à travers une approche de placement en entreprise post formation des capacités peuvent être nécessaires. Deuxièmement, s il existe d autres prestataires de services, cela veut dire que les organisations peuvent travailler avec elles pour s assurer que leurs programmes sont complémentaires et reliés entres eux. Par exemple, s il existe déjà un institut de formation professionnelle formel, il serait important d avoir des information sur les programmes de formation qu il offre, si l institut est accessible au groupe cible, et si il serait possible de mettre en œuvre des programmes d activités à travers cet institut. Ceci engendrerait des discussions avec la direction de l institution et le corps enseignant pour évaluer les exigences du marché du travail local et ajouter potentiellement d autres compétences sur la gamme offerte, pour assurer une capacité et un équipement convenables, et pour inclure l éducation de base et les compétences de vie parmi les cours à élaborer. Troisièmement, la connaissance des institutions déjà existantes peut aider dans la prise de décision quant au besoin de construire des infrastructures, rénover les bâtiments, ou louer des classes. Analyse du marché local de l emploi L analyse de la situation actuelle et les perspectives locales d emploi et d auto-emploi donnera un aperçu sur les compétences demandées et les opportunités en matière de post-formation disponibles pour les bénéficiaires. Si le chômage est à la hausse et les opportunités rares, le programme devra répondre à travers une approche de placement après la formation. (Voir Section 3). Programmes d apprentissage Les programmes d apprentissage existants doivent faire partie de l exercice d identification des institutions ; une évaluation doit être faite pour analyser leur efficacité, les conditions de travail, la santé et la sécurité, l âge et le sexe des apprentis, l offre en éducation de base, le niveau de la formation pratique, le suivi et le diplôme. Les apprentis peuvent également travailler dans des secteurs traditionnels ou informels qui sont moins visibles que le secteur formel. L évaluation doit inclure des discussions avec les apprentis et les parents afin de cerner leurs attentes et de savoir dans quelle mesure celles-ci sont satisfaites. Les discussions avec les employeurs potentiels doivent être conduites de manière intelligente et dans un esprit de collaboration constructif pour éviter de compromettre la disponibilité du futur programme d apprentissage. Âge L âge des bénéficiaires du projet est un facteur important dans le processus de sélection. Normalement la formation professionnelle et la formation par apprentissage sont applicables aux enfants d un âge avancé, au-delà de l âge scolaire primaire et approchant l âge légal d admission au travail. Les enfants en dessous de ce groupe d âge doivent être pris en compte par les programmes d intervention d éducation primaire. Les enfants plus âgés ou les enfants dans des situations particulièrement vulnérables sont mieux indiqués pour la formation par apprentissage combiné avec l éducation de base. Ils peuvent préférer cette option au retour dans l environnement scolaire. Une formation appropriée pour une variété de compétences rend les enfants autonomes et l aide à devenir plus confiant en leurs capacités
140 4 Des critères de sélection clairs pour les apprenants, y compris leur âge et les nivaux de vulnérabilité, devraient être déterminés en collaboration avec les communautés et les parties prenantes. Genre Avec l évolution du monde du travail, ce n est plus les filles qui font «la coiffure» et «la broderie» ou les garçons «la mécanique» et «la menuiserie». Il serait judicieux d introduire les changements avec soin en consultation avec les parties prenantes, et prendre en compte leurs besoins en termes de soutiens et conseils. Soutien des responsables de la formation et des écoles et enseignants La formation professionnelle permet aux participants de fournir à leur famille Si les institutions d éducation formelle et non formelle existent dans la communauté ou dans les des revenus plus importants et de travailler dans un environnement sain communautés voisines, il est important d établir des liens étroits avec elles afin de consolider les liens entre formation par apprentissage et éducation de base, y compris la possibilité de mettre en place des expériences pré-professionnelles pour les enfants plus jeunes. Soutien des employeurs Les employeurs, dans le secteur formel ou informel, sont des acteurs importants des programmes de formation professionnelle et par apprentissage ; ils devraient être consultés sur les questions d emploi des enfants, les conditions de travail, les apprentissages. Ils peuvent donner un avis sur les compétences demandées par les employés. Il est important d avoir accès à un emploi décent, y compris dans le cas de l auto-emploi, dès que possible ã la fin de leur formation. A cet égard, le soutien des employeurs locaux est capital, particulièrement si l apprentissage fait parti de la stratégie du programme. L implication des employeurs, y compris dans le suivi du programme et la coordination, renforce leurs responsabilités sociales et devrait renforcer d avantage la durabilité. Etant donné la croissance de l emploi dans le secteur informel, il serait important d inclure les employeurs dans ce secteur dans le cadre de l approche communautaire d ensemble et de promouvoir le concept du travail décent. Finance Les acteurs du secteur privé peuvent être intéressés par le développement de compétences dans des corps de métiers directement liés à leurs secteurs et peuvent être enclins à financer la formation. Les contributions en nature dans la forme de placements ou l offre de formation dans les ateliers des employeurs sont également possible et renforcent d avantage les liens avec les employeurs potentiels. Les employeurs peuvent également former des formateurs dans les compétences dont ils ont particulièrement besoin ou payer pour ou offrir des matériaux de construction aux centres de formation, des équipements ou du matériel didactique. Les autorités locales peuvent donner leur accord pour la mise à disposition de terrain ou de bâtiments gouvernementaux inutilisés/sous-utilisés pour l établissement de centres de formations professionnelle et par apprentissage. Toutes ces contributions dégrèvent les coûts du projet et permettent de rediriger ces fonds ailleurs. Accessibilité Le programme doit être physiquement et techniquement accessible au groupe bénéficiaire et autres enfants à risque qui peuvent être impliqués par la suite. L environnement physique doit faire en sorte que les bénéficiaires se sentent bienvenus, confortables, relaxes, confiants et en sécurité, et le programme doit être livré par un personnel bien formé, motivé et attentionné. Si les apprenants ont à effectuer un c APEGS: Les compétences de vie à travers l éducation à l économie domestique Le projet APEGS en Sierra Léone a mis en place un Centre d Economie Domestique au sein d une école primaire locale établie dans le cadre de la stratégie de formation par apprentissage. Le but était de lier l économie domestique aux cultures agricoles pouvant être exploitées localement. Ceci a été fait à travers l aménagement de plusieurs potagers dans la communauté. Les enfants ont appris à préparer les sols, les plants et comment semer, récolter et effectuer la rotation de cultures. Une banque de semence a été créée pour soutenir les prochains semis et récoltes. Le Centre d Economie Domestique était complètement équipé et les enfants ont appris plusieurs aspects de la gestion du ménage, la préparation des aliments, la conservation et la cuisine, la santé et l hygiène. Le but était d enseigner aux enfants l autosuffisance et de les préparer à la vie adulte. Le succès du centre fut tel que d autres écoles primaires de la zone demandèrent à en faire partie. Certains des enfants parcouraient des distances fort considérables pour participer à la formation mais étaient toujours ponctuels et ne manquaient jamais les cours. APEGS a conclu que la combinaison de la formation par apprentissage, de l éducation de base et des compétences de vie a augmenté la fréquentation scolaire et réduit le taux d abandon.
141 déplacement pour se rendre au centre de formation, un hébergement devrait être prévu non loin de là. Par exemple, dans le cas du projet CARD en Sierra Léone, les enfants qui ne résidaient pas dans la communauté ont été placés dans des familles d accueil. Les programmes de formation doivent être flexibles afin d intégrer les situations locales qui affectent la disponibilité des bénéficiaires à certains moment de la journée ou de la semaine. La question de l accessibilité prend en compte, par exemple, les barrières de langues qui peuvent affecter les enfants indigènes ou issus de tribus. 4 Curricula de formation L élaboration du format et du contenu d un programme d éducation professionnelle et par apprentissage requiert la collaboration des départements locaux et centraux de l éducation et de l emploi, premièrement pour savoir si un programme formel de formation existe déjà et si des métiers et des compétences pour ce programme; et pour évaluer leur pertinence et valeur au regard du programme de formation en cours d élaboration. Les curricula pour les (anciens) enfants travailleurs ou à risque doivent être conçus spécifiquement pour prendre en compte le groupe cible et le niveau de leur développement personnel, social et académique. Les programmes doivent inclure l éducation de base et les compétences de vie et la transmission non seulement des compétences mais aussi la préparation des bénéficiaires pour la vie. 3.2 Analyse du marché local de l emploi Une étape importante dans la conception d un programme d éducation et de formation professionnelle est de travailler avec la communauté et les employeurs locaux pour identifier les métiers et compétences à inclure dans le programme. Les employeurs locaux sont ceux-là mêmes qui fourniront immédiatement aux bénéficiaires un emploi après leur formation ou des opportunités d auto-emploi. L enquête devrait impliquer les services gouvernementaux locaux appropriés, tels que les départements du travail, le En fonction de la taille et la flexibilité du marché local du travail, les organismes d exécution peuvent décider de sous-traiter l enquête commerce, l emploi, l éducation, et cela et l analyse avec une société ou organisation, ou peut-être avec un département d un collège ou université au niveau local. Essentiellement, l enquête doit couvrir les communautés dans l environnement est le cas une structure en charge du immédiat et autour, évaluer les possibilités d emploi dans un future proche et les compétences, l éducation, les âges, le genre et autres secteur informel caractéristiques recherchées par les employeurs dans les secteurs formel et informel. L enquête doit également présenter l information de base sur le projet et solliciter le soutien des employeurs en termes de perspectives d emplois pour les bénéficiaires du programme et autres enfants à risque. Ceci peut être en prélude à une rencontre de sensibilisation avec les employeurs sur l ensemble du projet. L enquête doit aussi chercher à savoir si de nouvelles entreprises sont en cours de création dans un futur proche. D autres secteurs à couvrir incluent les programmes d apprentissage disponibles et leurs contenus, y compris les profiles requis pour les apprentis, les conditions de travail, le contenu de la formation et la durée de la période d apprentissage. L enquête doit impliquer les services étatiques concernés, tels que les départements du travail, du commerce, de l emploi, de l éducation et, s il existe, une structure en charge du secteur informel. Dans certains pays, tel que le Kenya, un département particulier du gouvernement a été mis en place pour ce secteur. Il est nécessaire d obtenir des informations sur l existence d institutions EFTP privées et étatiques dans la communauté et ses environs, leurs statut et leurs conditions actuelles, les cours offerts, le taux de réussite, le taux de placement en situation d emploi, le soutien après formation, etc. L enquête est aussi l occasion de faire la promotion du projet auprès des responsables 135 Enseigner aux enfants certaines compétences de vie leur permet de construire des relations sociales avec leurs pairs
142 4 gouvernementaux au niveau local et de rechercher leur soutien et leur intérêt. Le département local du commerce et de l entreprise pourrait détenir des informations sur les opportunités d affaires locales et sur les nouvelles entreprises en cours. D autres informations à rechercher portent sur l implication de l autorité locale dans les plans de formation par apprentissage, le statut des inspections de travail, et l importance du suivi des conditions de travail, l âge minimum d admission à l emploi, et autres législations sur l emploi. L enquête doit porter sur la disponibilité du soutien gouvernemental à l auto-emploi, les micro-entreprises et la micro-finance. Un des secteurs à analyser est sans doute celui des institutions de soutien aux grandes industries ou aux activités du secteur public dans la zone. Par exemple, les grandes industries exigent souvent que des sociétés plus petites leur fournissent des produits et services ou prennent en L acquisition de compétences doit aborder les questions des connaissance,s attitudes, charge les services de finition. Les services du et pratiques d une manière qui sied aux enfants secteur public nécessitent souvent des services et produits externes, tels que les fournitures de bureau, la maintenance et le nettoyage. Toutes ces activités de soutien créent des opportunités d affaires et d emplois, dont certains demeurent encore inexplorés. Ainsi, tout en regardant ce qui existe déjà, l enquête devrait revoir les opportunités qui peuvent être créées. Ceci est particulièrement utile pour la création d activités d auto-emploi ou de micro-entreprise. L enquête doit également chercher à identifier la présence et l activisme des syndicats d employés et autres organisations de travailleurs ou de professionnels et les impliquer dans l analyse du marché du travail. Ces organisations ont une perspective différente de celle des employeurs et de l autorité locale et pourraient donner une image équilibrée du marché de l emploi. Il est également utile d engager de telles organisations sur la question du travail des enfants et de les impliquer dans les activités de projet. Par exemple les syndicats d employés peuvent former les apprenants sur les conditions de travail et les droits du travailleur et sur comment se protéger. Il peut s avérer intéressant pour les syndicats de travailleurs et les associations professionnelles de s impliquer, dans la mesure où les apprenants peuvent souhaiter les rejoindre une fois qu ils intègrent le marché du travail. Les chambres de commerce locales, les associations d employeurs, et associations professionnelles constituent d autres cibles potentielles de l enquête. L analyse des résultats de l enquête doit servir de base aux discussions avec les communautés et autres parties prenantes pour l élaboration du projet, y compris la sélection des métiers et des différentes compétences. L analyse pourrait être intéressante pour les acteurs, y compris les employeurs, l autorité locale, les chambres de commerces, les instituts de formation, les écoles, les associations communautaires, les syndicats et les associations professionnelles. Elle peut aussi servir de base à une campagne de sensibilisation ciblant les acteurs concernés. Pour que les compétences puissent s adapter au changement, les enquêtes du marché de l emploi doivent être conduites de manière régulière, par exemple une fois tous les deux ans. La responsabilité des enquêtes doit être partagée entre les acteurs, particulièrement l autorité locale et les employeurs, puisqu ils en bénéficient le plus. Le coût ne sera pas aussi élevé que celui de l enquête initiale du projet étant donné que les investissements de départ sont toujours plus élevés. Une fois que le format, le contenu et le processus ont été établis, les coûts devraient décroître proportionnellement et, si l enquête est conduite régulièrement, ils pourraient devenir minimaux car les répondants remplissent les questionnaires seulement si des changements surviennent. La plus grande tâche serait d identifier les nouveaux développements dans l environnement du travail. 3.3 Identification des bénéficiaires Les projets seront limités dans le choix des bénéficiaires par les fonds disponibles et le temps de mise en œuvre. L objectif principal est d atteindre les enfants qui sont le plus dans le besoin, particulièrement ceux qui doivent être retirés dès que possible des pires formes de travail. CARD en Sierra Léone a défini des critères et a pris soin de sélectionner les bénéficiaires équitablement dans les communautés cibles avec l aide des autorités civiles locales et du Comité pour le Bien-être des Enfants. 136
143 L âge et le genre sont également des facteurs à prendre en compte dans l identification des bénéficiaires. Dans les projets CIRCLE, certains bénéficiaires étaient en âge d aller à l école (entre 9 et 12 ans), mais dans d autres cas, particulièrement dans les projets portant sur l apprentissages ou une combinaison d activités autour du centre et de placement en emploi, les enfants étaient plus âgés (entre 15 et 18 ans, donc au-delà de l âge minimum d admission à l emploi dans les pays concernés. A la lumière de la Convention de l OIT No. 182, beaucoup de projets de lutte contre le travail des enfants mettent l accent sur les enfants plus jeunes étant donné qu ils font partis des groupes les plus vulnérables. Les besoins et les attentes des enfants plus âgés, soit entre 13 et 18 ans, sont quelque part différents. Le défi avec les enfants plus âgés est de faire le lien avec la forme d éducation et de formation appropriée pour leur âge et leur développement. Il peut être difficile pour un enfant plus âgé ayant dépassé l âge minimum d admission au Les discriminations sont généralement travail de retourner dans une classe d école primaire ; cet enfant pourrait donc bénéficier d un programme qui combine éducation de base et acquisition de compétences. Si une organisation examine la possibilité d une stratégie d éducation à options multiples, faites contre les filles en matière elle pourrait associer les différents niveaux et formes d éducation d éducation, d acquisition de compétences aux différents groupes d âge pour une structure mieux équilibrée. Avec les enfants plus jeunes, il y a la possibilité de concevoir des programmes d éducation «pré-professionnels» à travers lesquels et d opportunités d emploi ; ainsi assurer ils se familiarisent avec une vaste gamme de compétences de bases et de corps de métiers. Cela permettra d évaluer leurs aptitudes leurs inclusion les aide à surmonter de et leurs prédispositions pour des secteurs particuliers d emploi, aidant du même coup les enfants à se décider sur ce qu ils souhaiteraient faire après leurs études et à concevoir des programmes de telles discriminations formation pour soutenir leur choix de carrière. 4 L équilibre genre est désirable chaque fois que possible. Les filles sont généralement victimes de discrimination au niveau de l éducation, des programmes de formation et des opportunités d emploi ; assurer leur inclusion peut aider à surmonter de telles discriminations. Le marché de l emploi et les programmes ultérieurs doivent prendre en compte les besoins des filles et des garçons et si possible, chercher à remettre en cause les attitudes traditionnelles en termes de choix de l emploi pour les filles. Il est aussi fait appel à plus de discernement pour les besoins spécifiques des filles dans la mise en place de centres de formation ou programmes d apprentissage ; par exemple, en installant des structures sanitaires appropriées. CARD en Sierra Léone voulait offrir des opportunités de formation aux filles qui avaient été sexuellement agressées lors de la guerre civile et qui avaient accouché par la suite. Pour s assurer que les filles participent pleinement, une garde des enfants a été instaurée pendant que les mères étaient en classe. L identification et la sélection des bénéficiaires doivent se faire à travers une série de consultation et de dialogue avec tous les acteurs de la communauté. La communauté peut aider à identifier les enfants et familles les plus nécessiteux. Par exemple, le projet WDA au Cambodge a mis en place des Groupes de Surveillance Communautaires et des Equipes d Enfants Actifs au niveau Communautaire dans un effort à double sens d identifier les enfants à risque d abandon ou souffrant d une situation particulière et d obtenir des informations sur les familles vulnérables avec des enfants travailleurs. 3.4 Mise en place d un système de suivi et de coordination Des systèmes de suivi et de coordination doivent être mis en place pour suivre le progrès, entreprendre des tâches administratives telles que la rédaction de rapports, impliquer les communautés et autres acteurs, et assurer que les interventions se déroulent à temps (voir la Section 3.4 Education). En particulier, l accent doit être mis sur les activités de renforcement des capacités pour les membres de la communauté et autres acteurs qui pourraient assumer des responsabilités en matière Les activités extrascolaires améliorent les compétences dont les jeunes ont besoin pour créer des liens avec d autres 137
144 4 de suivi. Wathnakpheap au Cambodge, par exemple, a développé un outil communautaire de suivi, et les leaders communautaires ont été formés pour sa mise œuvre. Coordination de programme et structure de suivi La structure de coordination doit comprendre les représentants des acteurs principaux, y compris les parents, les enfants, les employeurs, les leaders communautaires et autres instituts de formation au niveau local, les départements de l éducation et de l emploi au niveau local et autres autorités concernées, les directeurs d école et les enseignants. Les objectifs principaux de ces structures sont de renforcer la participation communautaire, d accroître le sens d appropriation du projet et de promouvoir la durabilité. Ces personnes et structures doivent être impliquées dans tous les aspects du programme, y compris l enquête sur le marché de l emploi local, l identification des Un suivi constant et régulier est essentiel sur les lieux de travail, de formation corps de métiers et des compétences à enseigner, et à domicile l établissement des critères pour la sélection des bénéficiaires et prestataires de formation, l élaboration de plan pour la construction ou la rénovation de centre de formation, l obtention d équipement de formation et autres matériels, le choix des curricula, l identification et la mise en place d un programme approprié de formation des enseignants, et l aide à la mobilisation de ressources locales, à la sensibilisation, au plaidoyer, à la gestion quotidienne et au suivi des apprenants à la fin de leurs cours. Rapports avec l autorité locale Des alliances constructives avec les départements locaux du travail, de l emploi et de l éducation doivent être forgées dès le début du programme, pour les informer du contenu du projet, ses buts et ses objectifs et pour discuter des questions pertinentes de gestion et d administration, telles que la reconnaissance et l équivalence des qualifications (voir Section 3.1). Les départements locaux pourraient aider à établir des liens structurels avec les programmes formels et avec les écoles locales dans le suivi des centres de formation, la conception de curricula et la formation des enseignants pour s assurer que les normes sont respectées. L implication des responsables des départements du travail et de l éducation au niveau local dans le comité de gestion pourrait contribuer de façon significative à la formalisation de la collaboration avec l autorité locale. Les partenariats avec les autorités aideraient à sauvegarder le programme à long terme et ils pourraient envisager la prise en main des centres à la fin du programme. Un des objectifs les plus importants du suivi est d assurer que les bénéficiaires ne soient pas sujet d exploitation et d abus sur leur nouveau lieu de travail Activités de suivi Un suivi régulier et systématique des bénéficiaires pour s assurer de leur assiduité aux sessions de formation et activités de placement en situation d emploi et ou d apprentissage est essentiel (voir aussi Section 3.3 Education). Si les apprenants s absentent aux cours régulièrement, les visites à domicile doivent être programmées pour parler aux parents et à l enfant concerné et connaître la cause de son absence et encourager un retour aux activités de formation. Les projets font également le suivi pour s assurer que les bénéficiaires sont bien traités au cours de la formation ou de l apprentissage par exemple, qu ils ne sont pas sujets à des abus physiques ou verbaux, considérés comme de la main d œuvre bon marché et n apprennent pas vraiment de nouvelles compétences ou travaillent dans un environnement dangereux ou dans des conditions inappropriées Quelque temps après l achèvement du programme d acquisition de compétences ou d apprentissage, le contact doit être maintenu avec les bénéficiaires et leurs familles pour évaluer leurs compétences professionnelles, leur niveau d intégration et leur capacité à s adapter à leur nouvel environnement de travail. Un des buts les plus importants du suivi après formation est de s assurer que les bénéficiaires ne deviennent pas sujets d exploitation et d abus dans leur nouvel emploi. L objectif de la formation, après tout, est soit d aider les enfants à sortir des situations de travail ou de les empêcher d y enter. Les organes d exécution doivent coordonner toutes les activités de suivi des différents acteurs afin de s assurer qu elles ne chevauchent pas ou qu il n y a pas duplication d efforts. Elles doivent également conduire leurs propres évaluations de suivi des instructeurs et des formateurs, aussi bien que les différents éléments du programme, y compris les infrastructures physiques des centres de 138
145 formation, la qualité et l accessibilité de la formation, les relations avec les parties prenantes et la communication. Des registres doivent êtres tenus sur les accidents de travail, en notant l heure et jour de l accident et tous les détails y afférents. Ceci est particulièrement important pour les questions de santé et de sécurité au travail pour renforcer la prévention à l avenir. Groupe d entraide communautaire Une partie du processus de mobilisation communautaire pourrait concerner l aide aux familles des apprenants pour mettre en place des groupes d entraide afin d offrir diverses formes de soutien à leurs enfants et à eux-mêmes. Ces groupes peuvent être une source de motivation en faisant en sorte que les bénéficiaires suivent les cours de formation avec assiduité et qu ils donnent le meilleur d eux-mêmes. Cela peut prendre la forme d une assistance aux enfants ou familles particulièrement dans le besoin ou d une offre d encouragement lorsque l engagement en faveur du programme faiblit. Ces groupes d entraide peuvent également voir comment ces formations par apprentissage peuvent être bénéfiques pour les adultes qui dirigent des activités génératrices de revenu ou pour mettre en place des entreprises familiales. Ces opportunités pourraient augmenter le revenu des familles défavorisées et pauvres, conduisant à des gains accrus et ainsi à réduire le besoin de recourir au travail des enfants Méthodes de formation La méthode de formation la plus efficace dépendra des besoins des bénéficiaires. Les possibilités sont entre autres: La sous-traitance auprès d institutions de formation formelle et non formelle pour livrer la formation et/ou les programmes au sein de la communauté ou des communautés voisines, y compris à travers des bourses. Bien que cela ne soit pas commun au nombre des meilleures pratiques examinées dans ce chapitre, cette approche est applicable dans des situations où un certain nombre d infrastructures d EFTP d Etat existent et se développent. Par exemple, AJA et AID au Mali se sont reposés sur des centres de formation déjà existants. Un de ces centres avait été mis en place à travers un projet IPEC/BIT antérieur, mais avait souffert à la fin du projet. AJA a soutenu sa rénovation et sa restructuration, y compris la mise à disposition d équipement de protection et de matériel de formation, et à mis l accent sur l éducation de base afin que les apprenants puissent lire et écrire. Dans le projet AID, un centre de formation en coupe et couture au niveau local a accepté de prendre les apprenants pour un coût deux fois moins cher que le coût normal. Dos Generaciones au Nicaragua a offert des bourses aux bénéficiaires pour qu ils participent aux cou`rs de formation technique dans un centre de formation professionnelle. Etablir une approche autour d un centre, en construisant un centre multifonctionnel ou en rénovant des bâtiments existants pour accommoder le programme de formation. Par exemple, CARD en Sierra Léone a bénéficié d un bâtiment de l église locale, qu il a pu convertir en quatre ateliers de formation, avec une cantine et une cuisine. Des abris temporaires supplémentaires ont été construits à coté pour des infrastructures sanitaires, y compris les douches et une garderie. Une grille a été érigée autour du bâtiment en utilisant les matériaux disponibles localement et des gardiens ont été recrutés pour renforcer la sécurité, ce qui était important étant donné le nombre de filles participant au programme. DARNA au Maroc, pendant ce temps, a érigé une ferme sur une terre octroyée par le gouvernement en dehors de Tanger. La ferme a été construite avec des étables, des écuries, des granges, de l eau et des zones de pâturage pour soutenir le bétail et la volaille de la ferme, également des logements et aires de formations pour les enfants. Livrer la formation à travers les structures non formelles au sein de la communauté, y compris les écoles, les domiciles et terrains privés. Par exemple PAMI au Guatemala a intégré les ateliers de formation dans la stratégie d éducation globale, et les ateliers ont été organisés en complément à l éducation des enfants. Des enseignants du privé ont été recrutés pour donner des formations en informatique, couture, en art et artisanat. Mettre en place des plans de formation par apprentissage avec des employeurs locaux dans les secteurs formels et non formels. Par exemple CCB en Sierra Léone a soigneusement mené un processus de sélection de centaines d entreprises dans la zone cible pour sélectionner celles qui pouvaient offrir une formation pratique aux bénéficiaires (voir encadré 4d). Une panacée ou certains éléments de tout ce qui précède. CCB: Mettre les bénéficiaires en rapport avec les prestataires de services Le projet CCB en Sierra Léone ciblait les enfants mendiants de la rue. Ces enfants ont été inscrits dans un programme spécial, qui comprenait l alphabétisation (lecture et calcul), le soutien psychologique, un soutien d urgence et une aide sociale, y compris l habillement et les services de santé. Les cours d éducation de base ont été conçus pour fournir un cadre préparatoire majeur pour la composante de formation par apprentissage qui a suivi, incluant les métiers communautaires. CCB a également couvert et offert le matériel de formation, y compris les outils de travail de base. CCB a identifié des entreprises au sein de la communauté dans divers métiers. Les critères de sélection comprenaient les mesures sanitaires et de sécurité adéquates, la durée des heures de travail et le contenu du programme de formation. CCB a également discuté avec les employeurs et les voisins pour créer une image complète de chaque lieu de travail. Suite à la sélection, les apprenants ont travaillé quelques jours dans chaque atelier retenu pour décider du corps de métiers qui leur conviendrait le mieux d
146 4 Le déroulement de la formation doit dépendre du résultat de l analyse des besoins initiaux, qui devraient mettre l accent non seulement sur le marché de l emploi, mais aussi sur les besoins et les attentes du groupe bénéficiaire, des parents, des autres enfants à risque, des employeurs, des départements gouvernementaux locaux concernés, et de la communauté en général (voir Section 3.2). L intégration d une approche basée sur le centre de formation avec des placements en situation d emploi pratiques auprès des employeurs locaux, est particulièrement efficace étant donné qu elle permet aux participants d assimiler les aspects techniques des nouvelles compétences pour ensuite les appliquer dans un environnement de travail. Le projet CARD en Sierra Léone a mis en place un curriculum combinant 80 pourcent de théorie et 20 pourcent de pratique. Au cours des phases qui ont suivis, le ratio fut porté à 30 pourcent pour le travail pratique. Une approche basée sur le centre de formation permet- La formation professionnelle permet aux participants de subvenir à leurs propres besoins et ceux de leur famille tra d enseigner d autres aspects du programme de formation, tels que l éducation de base, les compétences de vie, et des sujets en rapport avec leur travail tels que la comptabilité, le marketing et la vente qui sont d une valeur particulière pour ceux qui sont intéressés par l auto-emploi. Comme pour toutes les approches en matière d éducation, les enfants bénéficient le plus des programmes de formation dans des situations où le ratio élève-enseignant est faible. Le même principe s applique aux placements en situation d emploi et en stage d apprentissage, car le fait d avoir un faible nombre d apprenants sur un lieu de travail permet à chacun des apprenants de bénéficier de situations adéquates pour s exercer avec des outils et équipement, et recevoir une attention spécifique de l instructeur ou employeur, et pour maîtriser les compétences nécessaires. Centres de formation préexistants et institutions EFTP Une des raisons pour lesquelles les partenaires CIRCLE n ont pas choisi de dispenser la formation par le biais d institutions de formation existantes formelles ou non formelles est que là où elles existent, elles sont souvent limitées en nombre, en envergure et en capacité. Les systèmes EFTP gouvernementaux ont souffert du manque d investissement et d équipement, de curricula, avec des méthodes de formation obsolètes ou inappropriés. Dans certains pays, les petites institutions privées de formation non formelle existent, souvent mises en place et gérées par des ONG. Néanmoins, dans la majorité des cas les enfants marginalisés et socialement exclus, y compris les enfants travailleurs, sont confrontés à de nombreux obstacles pour accéder à ces institutions. Parmi les raisons l on peut citer: Les cours sont généralement payant, même pour les institutions étatiques, et les familles pauvres ne peuvent se le permettre. Ils ne sont pas répartis sur l ensembe du territoire, donc ils sont inaccessible à la fois physiquement et financièrement pour les familles pauvres qui n ont pas les moyens pour le transport et l hébergement. Le choix de cours dispensés peut être limité à cause des coûts d investissement élevés pour l équipement et le personnel enseignant, et donc peut ne pas correspondre aux corps de métiers appropriés. L équipement et le curricula peuvent être obsolètes et inappropriés aux types et formes d emplois disponibles sur le marché du travail. Certaines institutions ont un minimum d exigences pour le niveau d éducation, ce qui exclut les enfants qui n ont jamais été à l école ou déscolarisé. Certaines institutions s attendent à ce que les apprenants fournissent leurs propres outils, équipement de protection et habillement ; ce qui, de nouveau exclut les familles pauvres sans moyens. De plus en plus, il y a une prise de conscience quant au potentiel des systèmes EFTP du système éducatif à contribuer à la compétitivité et à la productivité nationales et à assurer un flux régulier de travailleurs qualifiés sur le marché national du travail. Néanmoins, il faudra du temps pour que les bénéfices de cet investissement atteignent les groupes les plus marginalisés 140
147 de la société. Là où cela est faisable, des efforts doivent être entrepris pour prendre en compte les institutions existantes et les inclure dans les discussions avec les parties prenantes. La collaboration avec les institutions pourrait aider à soutenir les efforts du gouvernement tendant à renforcer les systèmes EFTP nationaux, et représenterait une importante contribution du projet aux programmes de développement nationaux. 4 Le projet peut aider à compenser les frais et les coûts institutionnels connexes au cours de sa durée, mais il faut prendre en compte les enfants défavorisés qui ont besoin d accéder à des formations qualifiantes à la fin du projet. Ainsi, les organes d exécution et les acteurs communautaires, y compris les institutions elles-mêmes, auront besoin d examiner les moyens d assurer l accessibilité continue des cours de formation aux familles pauvres. Si elles décident d utiliser les institutions existantes comme prestataires de service de la formation, les organes d exécution doivent revoir leurs infrastructures, équipement, curricula et capacités pour évaluer le type de soutien ; si c est le cas, il serait nécessaire de les améliorer et de les développer. Les discussions doivent également porter sur les coûts y afférents, la mise à disposition d outils et d équipement, et la capacité de l institution à dispenser toute formation et programme d éducation supplémentaires pour les bénéficiaires, tels que l alphabétisation et les compétences de la vie ou si ces cours seront assurés à extérieur ou en ayant recours à des enseignants et éducateurs sous contrats. La formation dans certains corps de métiers demande plus d investissement que d autres en équipements, matériels et machines La formation conçue autour du centre Bien que la formation conçue autour du centre soit un moyen hautement efficace, une attention particulière doit être accordée à la question de la durabilité, étant donné que la mise en place des centres peut être un investissement coûteux. Un investissement initial peut s avérer nécessaire en termes de construction et de rénovation, d équipement, de salaires des enseignants et de personnel de soutien, d entretien, et ainsi de suite. Ainsi, l organe d exécution et la communauté doit examiner la possibilité d assurer le fonctionnement continu du centre une fois le projet fini. Une fois la décision prise avec les acteurs en vue de la création d un nouveau centre de formation, le processus de consultation avec la communauté doit continuer pour d étudier l endroit où le centre sera localisé et si un nouveau bâtiment est nécessaire ou si un bâtiment existant peut être rénové ou adapté. Le coût de la construction ou de la rénovation et les sources potentielles de financement additionnels ou externes ou schémas économiques ne sont pas les préoccupations majeures à examiner avec les parties prenantes. Par exemple, un terrain peut-il être fourni par la communauté ou est-ce qu un bâtiment existant peut être donné gratuitement ou loué, comme ce fut le cas dans le projet CCB en Sierra Léone? Les employeurs et l autorité locale sont-ils disposés à contribuer financièrement à l aménagement d un tel centre, si il répond aux besoins du marché du travail local et d éducation. La formation dans certains corps de métiers requiert plus d investissement que d autres en termes d équipement, de matériels et de consommables. Par exemple, l ingénierie mécanique et la menuiserie utilisent des matières premières et une gamme variée d outils, de machine et de pièces détachées qui peuvent être difficiles ou chers à trouver, installer, opérer et maintenir. La maintenance et la réparation d équipement de formation doivent être budgétisées, vu que les centres de formation doivent être en mesure de maintenir les équipements en état de fonctionnement pour les cours à venir. Si l électricité ou le carburant sont nécessaires, des coûts supplémentaires doivent également être inclus dans le budget de fonctionnement. Nonobstant le coût, toust doit être fait pour dispenser une formation dans les corps de métiers identifiés dans l analyse du marché de l emploi et, si nécessaire, les efforts de mobilisation locale devraient mettre l accent sur la fourniture d outils, d équipement et de matériels, ainsi que sur la couverture des coûts de fonctionnement et de maintenance. 141 La formation professionnelle peut être liée à un secteur pour des emplois plus bénéfiques
148 4 Une stratégie de retrait devrait être intégrée dans le processus de conception. La communauté, les employeurs et les autorités gouvernementales devraient être impliqués dans les décisions sur le fonctionnement du centre après le projet. Au cas où la demande en formation qualifiante s avérerait insuffisante dans le voisinage, il peut être possible soit de transformer le centre en une institution privée, en faisant payer les élèves, soit de négocier un transfert de propriété avec l autorité centrale ou locale. Un des avantages de l approche de formation conçue autour du centre réside dans sa capacité à répondre aux besoins d autres apprenants potentiels, y compris les enfants à risque et les adultes au sein de la communauté. Il est probable que les adultes au sein de la communauté puissent bénéficier de la formation qualifiante, aussi bien que des cours d alphabétisation et de calculs de base. Elargir la portée du centre peut renforcer les capacités des familles à risque à accroître leur potentiel à générer un revenu et à ne pas dépendre du revenu de leurs enfants. De cette manière, des communautés entières apprécieront les avantages socio-économiques de l éducation et la formation par apprentissage. Les centres de formations peuvent également servir de bâtiment multifonctionnel capable de répondre à tous les besoins de la communauté. Le coût le plus important dans la mise en place d un centre est la construction et/ou la rénovation et son équipement. Ainsi il est économique et logique d examiner la possibilité de l utiliser à d autres fins qui bénéficient à la communauté, telle qu une librairie communautaire, des cuisines communales, des salles de récréation, des salles de réunions, de clinique médicale, salles d assistance sociale, salle de cours de rattrapage et autres services sociaux. Un centre de formation qui sert plus d un but renforce l attrait du programme au sein de la communauté et renforce considérablement son potentiel de durabilité. Les autorités locales et les employeurs peuvent également s intéresser à soutenir la structure et à contribuer à son maintien sur le long terme ou à soutenir d autres efforts de mobilisation de ressources. 4 e HCC: Intégrer la formation qualifiante aux programmes de centre d hébergement organisationnel HCC au Cambodge tient un centre d hébergement spécial pour les filles victimes de trafic. HCC a intégré une formation qualifiante spécifique dans le programme d éducation existant dans leur centre. Le programme a mis en exergue les avantages de l éducation de base pour les candidates à la formation qualifiante. Il s est révélé que les filles qui avaient un faible niveau d alphabétisation n ont pas plus réussi lors de la formation que celles ayant un niveau d éducation de base plus élevé. A la fin de leur cours d alphabétisation et de leur formation, elles ont été réintégrées dans leur communauté là où cela était possible. HCC a également offert une formation en gestion et création d entreprise pour aider celles qui étaient intéressées à mettre en place leur propre entreprise. De plus, les filles ont reçu une formation sur les compétences de vie et une formation en cuisine, en agriculture de base et autres compétences afin de les aider à démarrer une nouvelle vie dans leur communauté. HCC a mis en place un service de soutien post-formation complet et efficace pour assister les bénéficiaires à trouver de l emploi et faciliter leur réinsertion sociale. Placement en situation d emploi Il est communément admis que pour être efficace, une approche de formation doit associer formations théorique et pratique, expérience de travail acquise à travers les placements. Ceci peut faire partie d une approche de formation basée sur le centre combinant l enseignement avec les activités de type apprentissage. Comme pour les apprentissages (voir ci-dessous), un processus doit être mis en place pour identifier et sélectionner les employeurs prêts à offrir une expérience de travail aux apprenants. Ces placements peuvent être organisés de différentes manières pour intégrer les besoins et les attentes des apprenants, de l employeur et de la formation dans son ensemble. Par exemple, un jour ou plusieurs demi-journée de la semaine peuvent être consacrés à des placements en situation d emploi et le reste du temps au centre de formation. Ou un cours de trois mois au centre suivi d un mois d expérience de travail. La structure éventuelle et le programme du placement en situation d emploi ressortent des discussions avec les employeurs, parents, personnel enseignants et apprenants. Schémas d apprentissage Les programmes d apprentissage se basent sur les principes d «apprentissage par le faire-faire» et sont utilisés à travers le monde pour assister les jeunes en situation d apprentissage. Dans la plupart des cas, les stages d apprentissages sont utiles pour l apprenant et l employeur. Les employeurs bénéficient du travail supplémentaire et habituellement indemnisent les apprenants avec un salaire en dessous de celui des travailleurs qualifiés, mais avec un accent particulier sur le transfert d expertises en vue de permettre aux apprenants de progresser dans le métier, de se développer professionnellement et de gagner un potentiel de revenus plus importants. Dans certains cas, l apprenant peut rester avec l employeur à la fin de la formation. Dans d autres, l apprenant peut se faire embaucher par un autre employeur dans le même métier ou un métier similaire ou créer une entreprise. Très souvent, les schémas sont établis avec les petites entreprises locales, ce qui signifie qu elles sont toutes intégrées dans l économie locale, et les apprenants ont une plus forte chance d être employés ou de s auto-employer à la fin de la formation. Cela veut également dire que les ateliers de formation sont proches du lieu de résidence des apprenants, ce qui leur évite les déplacements et autres coûts connexes, les machines nécessaires, l équipement, les outils de travail et de formation étant fournis par l employeur. L apprentissage peut être une stratégie très rentable pour la formation car dans de nombreux cas, l employeur peut être persuadé de prendre en charge la plupart, sinon tous les coûts, 142
149 qui sont dans tous les cas très limités. Dans certains cas, les employeurs peuvent demander des frais aux apprenants. Ceci est typique des programmes d apprentissage traditionnels dans les petites entreprises. Les organes d exécution, en collaboration avec les structures de coordination communautaire, devraient engager des discussions avec les employeurs sur les frais et voir si ceux-ci peuvent être abandonnés au profit des bénéficiaires du projet. Sinon, les projets pourraient avoir besoin de budgétiser des frais à payer. Des efforts peuvent être faits pour convaincre les employeurs de l importance de leur contribution à l aide aux enfants vulnérables. Des dispositions pourraient êtres prises pour offrir un traitement particulier ou couvrir les frais de bases, tels que la nourriture et l habillement. Dans certains cas, les employeurs peuvent être prêts à offrir un déjeuner et l habillement et les outils. Toutes ces questions devraient être discutées lors des premières étapes de mise en œuvre du programme d apprentissage. 4 Au démarrage, l enfant devrait être sélectionné pour le programme d apprentissage qui lui sied le mieux, et ce processus devrait constituer une partie intégrante du profilage des bénéficiaires et des employeurs au début de la conception de projet. Comme dans le cas de CCB en Sierra Léone, ceux qui offrent un programme d apprentissage devraient être sélectionnés sur la base de critères, à savoir la crédibilité, la réputation professionnelle, le lieu, la santé et les mesures sécuritaires, les conditions de travail appropriées, la disponibilité d outils de travail appropriés et des équipements, les capacités de formation, l engagement envers les buts et objectifs du projet, et le coût de l apprentissage. Des accords écrits avec les employeurs sélectionnés et éventuellement entre l apprenti et l employeur peuvent être établis. Par exemple, Wathnakpheap au Cambodge a conclu des contrats directement avec les instructeurs sélectionnés pour assurer les services de formation. Le conseil en matière de formation professionnelle devrait être fourni pour placer les candidats dans les programmes, puisqu il est important d obtenir le choix qui convient dès de départ car il peut être difficile de changer une fois la formation commencée. Les enfants et les parents auront besoin de soutien dans la détermination de leurs choix. Ce processus devrait aussi aider à surmonter les stéréotypes de genre dans la sélection des compétences, particulièrement pour les filles. Il est attendu des employeurs qu ils forment les apprenants dans les compétences spécifiques seulement. Les sujets tels que les compétences en affaire, l éducation de base, les compétences de vie et l éducation en matière de santé, doivent être couverts par d autres prestataires de services (par exemple, les écoles, les conseillers et les éducateurs). Néanmoins, les apprentis peuvent aussi apprendre énormément sur la manière dont l entreprise est établie, fonctionne, et est dirigée en observant les employeurs et en s impliquant dans ces activités. La planification doit inclure les discussions avec les employeurs au sujet de l éducation et la formation supplémentaire (le format, le contenu, et l offre) et un accord conclu sur le moment où ceux-ci devraient intervenir afin de limiter les perturbations du programme de formation et du programme de travail de l employeur. Par exemple, il peut être possible d organiser un programme d éducation supplémentaire en un lieu précis pour un ou deux jours par semaine. Il faudrait faire attention à ne pas surcharger les apprentis. Un équilibre sain entre le travail et la vie quotidienne doit être établi afin que les apprentis puissent jouir des aspects normaux de l enfance, tels que la récréation et le temps avec les amis et la famille. Une attention similaire devrait être accordée à l offre de services sociaux de soutien pour les apprentis, puisqu il n est pas raisonnable de s attendre à ce que les employeurs les fournissent. Ces services devraient être initialement fournis par le projet, mais la manière dont ils seront soutenus sur le long terme demeure un problème à aborder lors des discussions avec les communautés. Ces services de soutien pourraient inclure les repas, les subventions, les conseils, le transport, la santé, les activités récréatives et le sport. Un des résultats positifs d un programme d apprentissage réussi est que les employeurs se familiarisent avec le concept et peuvent être emmenés à l embrasser. Les employeurs qui ont connu des expériences positives peuvent devenir des défenseurs efficaces et peuvent aider à la mobilisation d autres employeurs potentiels prêts à prendre des apprentis à l avenir. Ceci est capital pour les questions de durabilité. Contenu de la formation et calendriers Le contenu du programme de formation par apprentissage dépendra du type d industrie Les employeurs peuvent soutenir des enfants plus âgés en tant qu apprentis pour l amélioration de leurs compétences 143
150 4 ou d entreprise impliqué, mais cela doit être aussi détaillé que possible. Les employeurs ont noté l importance pour les apprentis d être tenus au courant des différents corps de métiers, y compris le nom des outils et machines, pièces détachées, description des compétences et procédés, programmation et autres. A cet égard, les apprentis doivent être capables de lire, écrire et effectuer des calculs de base, surtout s il y a des guides et manuels à lire et à assimiler et, par exemple, si les machines doivent être réparées. La formation peut être verbale et observationnelle, et l apprenant réplique ce qui lui a été dit ou ce qu il a observé. L approche d ensemble est d apprendre en agissant et de raffiner les compétences à travers la pratique et la répétition. La durée des cours de formation et d apprentissage dépendra du module de formation et de la compétence à enseigner. De plus, elle dépendra du format de la formation, par exemple, si elle se déroule dans un centre ou se fait sous la forme de combinaison de théorie et de pratique à travers les placements en entreprise. Certains métiers nécessitent un temps considérable pour que les apprentis deviennent assez compétents et expérimentés pour être considérés comme des travailleurs qualifiés, particulièrement s ils créent leur propre entreprise. Malheureusement, la longueur de certains programmes de formation peut être dictée par la durée du projet. Dans les corps de métiers plus complexes, tels que la mécanique, la construction, ou la programmation informatique cela peut prendre des années plutôt que des mois pour atteindre un niveau adéquat. On peut prendre l avis des employeurs, des institutions de formation, et des départements locaux concernés sur la durée des différents modules de formations. A travers le suivi, un œil devrait être gardé sur les apprenants individuellement et leurs capacités à finir le programme de formation dans le temps imparti. Si à la fin du cours ou de l apprentissage les apprenants n ont pas maîtrisé les compétences nécessaires, des dispositions doivent être prises avec les formateurs pour dispenser des cours supplémentaires ou de rattrapage jusqu à ce que les apprenants atteignent un niveau satisfaisant. Tout comme avec l éducation, les enfants ont différentes capacités et aptitudes, et cela doit être pris en compte dans la conception des programmes de formation individuels. Les questions de santé et de sécurité Les centres de formations, les instructeurs et les employeurs d apprentis devront tenir des dossiers détaillés sur les accidents de travail impliquant les apprenants. Ces dossiers peuvent aider à examiner régulièrement les pratiques en matière de santé et de protection pour s assurer de l existence de normes les plus hautes possibles. Ce processus peut contribuer à l établissement de pratiques de travail plus sures et aider les apprenants à comprendre l importance de la santé, de l équipement de protection et de l habillement. De plus, les organes d exécution, en étroite collaboration avec les acteurs communautaires, les départements de santé au niveau local et les cliniques devraient s assurer que les plans de sécurité et de santé sont en place avant le démarrage de la formation. Les actions qui devraient être prises en cas d accident ou d urgence devraient être prises en compte dans le renforcement de la formation avant l entrée en service des formateurs et du personnel de soutien et être intégrées au volet santé et protection professionnelle du programme de formation. Cela pourrait nécessiter la souscription à un contrat d assurance maladie et accident pour couvrir tous frais liés aux bénéficiaires ou à leurs familles. Les parties prenantes devraient être mises au courant de l importance de maintenir les assurances de santé et sociale et examiner comment cela pourrait être traité à la fin du projet. Gagner un revenu pendant l apprentissage Pendant que les enfants acquièrent de nouvelles connaissances soit dans les centres ou sur leur lieu de travail ou d apprentissage, ils font inévitablement un travail productif qui peut soit aboutir à un produit manufacturé soit à prestation d un service ou à une réparation, la mécanique auto, par exemple. Pour cela, ils devraient avoir droit à une rémunération, fut-elle nominale f DARNA: Lier les compétences à la création de revenue Avec le soutien du gouvernement, DARNA au Maroc a créé une ferme de formation spéciale pour prendre en charge les enfants de la rue de Tanger. La plupart de ces enfants venaient du milieu rural et avaient migrés à Tanger dans l espoir de trouver du travail et une vie meilleure. A cause du passé des bénéficiaires, DARNA a conçu un programme éducation autour du centre pour exploiter leurs connaissances et compréhension en fournissant des formations en agriculture. En plus, des cours d alphabétisation et sur les compétences de vie étaient également offerts. DARNA s est assuré que les bénéficiaires étaient formés sur tous les aspects de l agriculture et les techniques culturales, partant de la compréhension du processus d un point de vue théorique à planter, gérer les cultures, récolter et transformer le produit pour nourrir les animaux sur la ferme, vendre ou manger. De même, on leur a enseigné tous les aspects de gestion du bétail, aussi bien que la technique d augmentation de la production laitière chez les chèvres, comment faire du fromage et le transformer pour la vente. Les enfants ont construit des enclos pour les animaux à l intérieur et autour de la ferme. La ferme approvisionne aussi la boutique et le restaurant tenus par les membres de DARNA à Tanger ainsi la maison des jeunes en fromage, d où ils reçoivent le pain fabriqué en retour par la maison des jeunes. DARNA associe l alphabétisation à d autres activités d éducation de base avec les activités de la ferme afin que les enfants apprennent plus efficacement. Les bénéficiaires sont traités avec respect et sont encouragés à considérer la ferme comme la leur afin qu ils aient un intérêt directe dans les activités, l entretien et la réussite. En retour, ils ont un hébergement, de la nourriture, un travail, une éducation et une formation. La ferme s autofinance et est devenue autosuffisante et l argent de la vente des produits agricoles est réinvesti dans l entretien, les coûts de fonctionnement, les activités éducatives et récréatives.
151 Ceci peut accroître la confiance des enfants en euxmêmes et l estime de soi et renforcer la participation à leur propre programme de formation. Par exemple, les apprenants impliqués dans le projet Wathnakpheap au Cambodge ont pu exposer et vendre leur artisanat lors d une foire. La pratique «de gagner un revenu au cours de l apprentissage» doit être encouragée dans les programmes de formation et d apprentissage. Elle aide aussi à la mobilisation de ressources, y compris les coûts de financement et de gestion du centre de formation. 4 Les centres de formation et les employeurs devraient examiner comment utiliser cette partie du processus d apprentissage pour générer un effet plus grand. Par La formation professionnelle permet aux participants d identifier et d apprendre exemple, les apprenants devraient-ils être récompensés pour les ventes et services? Ils peuvent aussi ap- des compétences vendables prendre comment l argent gagné de la vente peut être utilisé pour développer davantage l entreprise. En d autres termes, le processus de «gagner un revenu au cours de l apprentissage» inclut la formation en affaire et en entreprenariat, ce qui est particulièrement utile pour les apprenants intéressés par l auto-emploi. Compétences liées à l auto- emploi et aux micro-entreprises Les aptitudes en affaire et d entreprenariat sont un important sujet en matière de formation professionnelle, particulièrement pour les apprenants souhaitant mettre en place leur propre petite entreprise. Certains des sujets qu ils devront couvrir sont : la nature et le fonctionnement du marché des affaires ; les coûts des matières premières, de production et de finition le calcul des ventes et les coûts des ventes le concept et la nature du profit et sa contribution au développement des affaires ; la dépréciation et le besoin de maintenir et d investir dans de nouveaux équipements et machines ; comptabilité, bilan comptable et impôts ; compte bancaire et crédit ; micro-finance et prêt ; réseautage en affaire, marketing, et ventes ; négociation de prix lors des ventes et des achats ; prospection de clients et de fournisseurs Les apprenants doivent être informés des opportunités de micro-crédit et autres facilités de prêt disponibles. Ils ont besoin de comprendre le coût et l implication de l auto-emploi et la nécessité de respecter les échéances du prêt. Ils auront besoin de beaucoup de conseils et de soutien, dans la mesure du possible, de la part de la communauté, de la structure de coordination et de suivi, des autres employeurs, des département locaux et des organes d exécution dans les premières phases de la mise en place de leur entreprise. La mise en place d une entreprise prend du temps, des efforts, de l investissement ; le suivi et le soutien devraient servir à soutenir les jeunes apprenants dans ce processus. Conseils en matière de carrière, de formation professionnelle et le placement en entreprise après formation Un programme de formation professionnelle et par apprentissage devrait être accompagné de conseils adéquats. L objectif est d assister les bénéficiaires avant, pendant et après leur formation. Les enfants n auront pas une impression positive du monde du travail étant donné que beaucoup d entres eux auront été sujets à diverses formes d exploitation et d abus, et peut-être de pires formes de travail, telles que l exploitation sexuelle à des fins économiques, l engagement dans l armée, comme ce fut le cas en Sierra Léone, et la servitude domestique. Pour eux, le monde du travail est dangereux, c est un endroit effrayant, et tous ceux qui sont impliqués dans leur réhabilitation ont un rôle a jouer en les aidant à surmonter leurs expériences traumatisantes passées et à leur faire connaître des expériences plus positives du monde du travail, en exécutant des tâches et en apprenant des compétences qui sont productives, intéressantes et qui ont du sens. Le programme devrait alors inclure des conseils sur le choix de carrière et sur la formation professionnelle comme service de soutien pour les bénéficiaires, pour les autres enfants à risque, et pour les adultes qui pourraient bénéficier des activités de formation. Une des fonctions de ce service devrait être l assistance aux apprenants dans la recherche d emploi après les cours et l aide à ceux qui sont intéressés par l auto-emploi à mettre en place leur entreprise et accéder à des marchés et services appropriés, tels que le micro-crédit. Il est fort possible que les départements, les autorités locales, les employeurs et les services d éducation puissent aider à l établissement d un service en matière de conseils et de placement en entreprise. De plus, s il existe des institutions de 145
152 4 formation au sein de la communauté, il se peut qu elles aient déjà de tels services de soutien en place, qui pourraient être étendus aux bénéficiaires du projet. Si possible, des conseillers professionnels et des spécialistes de placement en entreprise devraient être recrutés. A défaut, si les finances ne le permettent pas, un service pourrait être établi par la structure de coordination, y compris les employeurs, le personnel enseignant, et les départements locaux de l emploi et de l éducation. Pour commencer, il s agira de conseiller sur les corps de métiers et l ensemble de compétences qui s adaptent le plus aux besoins, aspirations, aptitudes et capacités académiques des apprenants. Ensuite, au cours de la formation, le service devrait offrir un soutien continu, par exemple si un apprenant est mécontent de son métier ou programme de formation et souhaite changer. Un soutien additionnel et de rattrapage doit être apporté lorsque nécessaire. Enfin, il devrait servir à mettre les enfants en rapport avec les opportunités d emploi ou d auto-emploi disponibles et à suivre ces placements durant une certaine période pour s assurer que les bénéficiaires s installent bien, ne sont pas sujets aux abus ou à l exploitation, et que leurs besoins et leurs attentes sont satisfaits. L on pourrait aussi s assurer que les bénéficiaires continuent à recevoir d autres services de La formation professionnelle peut aider à générer un revenu à soutien appropriés, y compris le soutien social. Les conseils en matière de carrière professionnelle et de placement peuvent considérablement dynamiser le processus de transition travers l utilisation des ressources locales de la formation vers l emploi pour les bénéficiaires et les autres enfants à risque et s assurer qu il soit aussi positif, constructif et efficace que possible. 3.6 Renforcement des capacités des instructeurs et employeurs Les besoins en renforcement de capacités dépendront de la formation choisie. Dans le cas de l établissement d un nouveau centre de formation, comme dans la majorité des projets étudiés sous ce chapitre, les organisations auront besoin de recourir à l analyse du marché local pour évaluer les exigences en personnel technique. Il est vital d impliquer les représentants des employeurs locaux dans les discussions afin qu ils aident à ébaucher les grandes lignes des rôles et responsabilités du personnel enseignant, ainsi que le contenu du curriculum (voir Section 3.3). Initialement, les institutions existantes ou les départements au niveau gouvernemental, central ou local devraient être consultés pour évaluer les curricula de formation déjà en place pour les corps de métiers identifiés et le contenu des programmes de formation des formateurs pour ces métiers. Si possible, les discussions devraient être organisées avec ces acteurs afin de savoir s ils seront capables de soutenir les besoins en renforcement de capacités du nouveau corps enseignant. Ceci pourrait être une contribution en nature et conduire à d autres économies sur les fonds du projet. Il est aussi possible que ces acteurs, y compris les employeurs, soient en mesure d identifier le personnel enseignant potentiel ou de seconder un membre de leur propre personnel à cet effet. Des critères pourraient être établis pour le recrutement du personnel enseignant, y compris les détails des connaissances techniques des compétences à enseigner, mais aussi un degré élevé de motivation, de sensibilité et d engagement. Un comité de sélection pourrait être mis en place, comprenant les employeurs là où cela est possible, puisqu ils auraient une meilleure compréhension des aspects techniques de la formation. Au cours du processus de sélection, de l annonce d emploi aux interviews, les candidats devraient être informés de la nature du projet et du profil du groupe bénéficiaire. Les candidats heureux devraient s attendre à être plus que des enseignants pour les enfants. Ils doivent agir comme mentors et conseillers et être sensibles aux besoins et situations particuliers des enfants. Un équilibre genre devrait être observé dans le recrutement des enseignants, particulièrement dans les communautés où les femmes enseignantes sont demandées pour l enseignement des filles et où ces enseignants peuvent devenir de puissants modèles pour les élèves. Lorsque cela est possible, des efforts doivent être entrepris pour recruter des enseignants localement afin que les compétences demeurent au sein de la communauté à la fin du projet. Ceci est particulièrement important pour les projets impliquant des populations indigènes ou des tribus. Pour plus d information sur le contenu du programme de formation de l enseignant, voir le chapitre sur l Education et particulièrement la Section 2.6 sur la formation des enseignants et facilitateurs. 146
153 Quelques éléments additionnels et priorités sont à prendre en compte dans la formation professionnelle et la formation par apprentissage: Le rôle pédagogique: Un des défis du recrutement d instructeurs pour la formation par apprentissage est qu ils peuvent ne pas avoir le niveau requis pour la formation pédagogique. Il est possible qu ils soient des employeurs ou des individus qualifiés dans un métier particulier mais sans parcours dans l enseignement. Les compétences dans les domaines requis constituent seulement une partie du rôle d enseignement. L autre partie est de savoir comment transmettre cette connaissance de manière effective. Ainsi les programmes de formations de renforcement de capacités dotent les instructeurs de compétences pédagogiques et devraient inclure la formation avant et la formation continue pour s assurer qu un soutien est fourni continuellement au cours du programme. Il est essentiel que les enfants Santé et Sécurité au travail : Cette composante d un travail sécurisé est souvent négligée. Il est essentiel que les enfants, qui sont plus vulnérables que les adultes, soient bien qui sont plus vulnérables que les informés des risques et dangers associés au métier qu ils apprennent. Ils doivent savoir comment prendre des précautions et quels vêtements de protection, équipement et matériel sont nécessaires et disponibles. adultes, soient bien informés des Les enseignants devraient se familiariser avec les dispositions légales de sécurité et de santé au travail, et toute information sur les exigences risques et dangers associés au légales, y compris les manuels et autres matériels. Les inspections du travail doivent être impliquées si possible. De tels contacts peuvent être facilités par les départements en charge du travail et de l emploi métier qu ils apprennent au niveau local. Ce volet particulier de la formation constitue aussi un point d entrée effectif permettant aux organisations d introduire des questions supplémentaires en rapport avec la santé, telles que l hygiène corporelle, la nutrition, l éducation sexuelle, le VIH/SIDA, le bien-être et la santé infantile.. 4 Conditions de travail et droits : Le programme devrait couvrir la nature, les causes et les conséquences du travail des enfants. Les participants devraient être informés de la législation en cours, ce qui est acceptable ou ne l est pas, et comment défendre leurs droits. Ainsi, les apprenants apprennent ce qui est acceptable sur le lieu de travail et comment informer et protéger leurs pairs. Les syndicats ou autres structures professionnelles peuvent aider à transmettre cette connaissance. Les participants seront ainsi familiarisés avec le rôle vital que ces structures jouent dans le monde du travail et dans la protection des droits des travailleurs. Les compétences professionnelles : Dès le démarrage du projet, le personnel recruté pour le programme doit être mis au courant de la nature du projet, de sa durée et des dispositions prises pour la durabilité du programme de formation. Une partie de cette capacité relève du personnel enseignant ; une attention doit être alors accordée à la durabilité du centre de formation et au maintien d un personnel enseignant sur place. Le centre a besoin d autres types de personnel en dehors du personnel enseignant, y compris pour la sécurité, l administration et la maintenance. Les centres de formation ont des équipements, matériels et appareils coûteux pour dispenser les cours et pour la gestion quotidienne, tels que des cuisines complètement équipées, des cantines, des salles informatiques. Pour cette raison, CARD en Sierra Léone a recruté des gardiens pour veiller à la sécurité du centre de formation et pour assurer celle des apprenants et du personnel enseignant. Éducation de base et compétences de vie L éducation de base et les compétences de vie sont essentielles pour préparer les enfants à la vie d adulte et au monde du travail. Les bénéficiaires peuvent Les environnements de formation doivent être conformes avec les normes de protections standard pour les enfants en termes de sécurité, de santé et d hygiène, et d heures de travail 147
154 4 n avoir jamais été à l école ou l avoir abandonné au cours des premières années. Le manque d éducation de base destinerait ces enfants aux travaux à faible qualification et les entraînerait vers le bas dans le cycle de la pauvreté. Ainsi, les bénéficiaires devraient également recevoir une éducation de base et une formation sur les compétences de vie en plus de leur formation professionnelle normale. Etant donné que ces cours supplémentaires ne nécessitent pas forcément le recrutement d enseignants, des rencontres devraient être organisées avec les écoles locales et les programmes d éducation non formelle pour voir si elles peuvent dispenser des cours spéciaux soit dans le centre de formation ou à l école ou l institut d éducation. Les cours ne devraient pas être une expérience humiliante pour les apprenants, et ceci pourrait nécessiter Les enfants qui ont une formation pour une compétence particulière peuvent l organisation de cours séparés pour les apprenants selon leurs capacités académiques. En servir de formateurs à leurs pairs impliquant les écoles et enseignants au niveau local dans l offre de l éducation de base, il serait possible de le négocier à un coût réduit ou gratuitement. Si les directeurs d école et les enseignants sont déjà dans le comité de coordination du projet, une telle possibilité serait plus facile à aborder. Sinon, les volontaires communautaires, tels que les parents ou les leaders communautaires, peuvent être sollicités ou les enseignants contractés à un coût réduit pour donner des cours en dehors des heures d écoles. Le domaine des compétences de vie est étroitement lié à celui de la santé et de la sécurité au travail ainsi qu aux conditions et droits. Ces sujets pourraient être utilisés comme points d entrée pour ce secteur de formation. Les compétences de vie incluent une gamme variée de sujets, y compris la santé et l éducation civique, l hygiène corporelle, les rôles et responsabilités sociales, l assurance, la connaissance des droits et le soutien social. Dans certains projets CIRCLE, les apprenants ont appris des compétences de base en cuisine pour améliorer leur indépendance et leur capacité à s occuper d eux-mêmes après avoir quitté leur domicile. Il est peu probable (mais pas impossible) que les instructeurs experts en compétences de vie soient en mesure de dispenser ces cours, ainsi il est mieux d identifier des enseignants, des éducateurs, des conseillers et des agents de santé qui pourraient aider. Il serait plus intéressant d impliquer autant d individus de la communauté que possible, car cela renforce l appropriation locale et peut renforcer la durabilité. Travailler avec des institutions et des programmes formels et non formels Une fois que les programmes de formation dans les communes ciblés sont identifiés et que des liens étroits sont établis entre eux, une décision devra être prise s il faut leur sous-traiter le programme de formation ou utiliser leur personnel existant ou établir un nouveau programme avec son propre personnel enseignant. Il y a un certain nombre de question à prendre en compte dans ce scénario : Les institutions de formation ou programmes existants ont-ils la capacité de ou un intérêt à mettre en oeuvre le programme de formation désiré? Les institutions seraient-elles capables de dispenser les programmes de formation identifiés par l analyse du marché local et pourraient-elles inclure des compétences supplémentaires si nécessaires? Les institutions seraient-elles accessibles aux bénéficiaires, non seulement en termes de localisation physique mais aussi en termes de formation et d environnement pédagogique? La direction institutionnelle et le personnel enseignant seraient-ils en mesure de s adapter aux besoins et attentes spécifiques ou préparés à apprendre et adapter leur approches et méthodologies d enseignement et de formation? Le curriculum de l institution pourrait-il être adapté et modifié pour intégrer les besoins, attentes et exigences spécifiques des bénéficiaires? 148
155 Les institutions disposeraient-elles de l équipement approprié pour la gamme de compétences requises et les mécanismes de placements, de suivi et de contrôle afin d apporter un soutien post-formation aux diplômés? Si l institut ou le programme est non formel, en d autres termes en dehors du système EFTP, possède-t-il les compétences pour mettre en œuvre et suivre le programme de formation et est-il complètement reconnu par l état et par les employeurs? 4 Une fois ces questions prises en compte, il sera possible de prendre des décisions informées sur la nécessité de sous-traiter la formation ou de poursuivre le développement d un nouveau programme de formation. Il est important, néanmoins, de faire remarquer à la direction et au personnel enseignant les défis particuliers associés lorsqu il s agit de répondre aux besoins et attentes du groupe bénéficiaire. Si la mise en œuvre du programme de formation est sous-traitée à une institution existante avec d autres acteurs, une structure de coordination composée de membre de l institut de formation avec d autres acteurs, tels que l organe d exécution, les parents, les employés et les dirigeants communautaires. Les discussions avec l institut de formation devraient porter sur le niveau et la nature du renforcement de compétences du personnel enseignant. Si des compétences supplémentaires sont nécessaires, l institution et l organe d exécution auront besoin d évaluer s ils doivent recruter de nouveaux formateurs ou si le personnel existant peut prendre de nouvelles responsabilités après une autre formation. Ceci nécessitera un réexamen de l équipement de formation disponible et les rapports avec les employeurs locaux. La question clé en travaillant avec les institutions existantes est de s assurer que les méthodes pédagogiques sont sensibles et peuvent être adaptées aux besoins et attentes des bénéficiaires, dont les capacités d apprentissage et défis peuvent être différents de ceux des autres apprenants. Les ateliers devront être organisés pour le personnel enseignant afin de les familiariser avec les causes et conséquences du travail des enfants, la situation et l historique des bénéficiaires, leurs difficultés d apprentissage probables, et le contenu du projet de lutte contre le travail des enfants. Ils pourraient avoir besoin de formation supplémentaire sur les techniques de formation centrée sur l apprenant et conviviales pour l enfant, aussi bien que sur les conseils de base et consultations pour les bénéficiaires ayant besoin de soutien additionnel. Ceci peut nécessiter de forger les liens plus étroits avec les services sociaux et de santé. Le personnel enseignant aura besoin de formation supplémentaire dans le suivi et le contrôle. Schémas d apprentissage Malheureusement, les programmes d apprentissage dans certains pays, surtout dans le secteur informel ou des métiers de l artisanat traditionnel, peuvent devenir abusifs et exploitants. Les apprentis pourraient être obligés de travailler de longues heures, ne pas bénéficier de formation adéquate, être réduit à faire des courses et des petits boulots, être insuffisamment payés ou pas du tout, et passer plusieurs années avant de terminer leur formation. Ignorant de ces conditions dans les quelles leurs enfants travaillent ou croyant que cette pratique est la norme, les parents peuvent être induits en erreur en pensant que leurs enfants acquièrent un métier pour les soutenir à l avenir. C est donc une bonne idée de sensibiliser les employeurs et les parents sur ce que sont l exploitation et le travail des enfants et de souligner qu une législation existe sur l emploi, particulièrement sur l âge minimum et la santé et la sécurité. Ceci tracera le cadre pour des stages d apprentissages utiles et structurés qui prennent en compte les besoins et attentes des enfants et leurs familles, tout en contribuant à l entreprise, au marché du travail et au développement communautaire. Les prestataires de formation sélectionnés pourraient aussi avoir besoin d un programme de renforcement de compétence similaire dans son contenu et sa structure à ceux décrits dans les sections précédentes sur les formations axées sur les centres et institutions existantes. Les acteurs, y compris les employeurs, devraient être impliqués dans l identification et la sélection des prestataires de stages de formation. Les employeurs devraient être identifiés à travers l analyse du marché de l emploi local et selon les compétences demandées. Pour être éligible, les prestataires devraient remplir des critères de bases (comme indiqué plus haut sur les Différentes formes de dispense de la formation), tels qu un environnement de travail convenable, les conditions de travail, la sûreté et la sécurité, la disponibilité d équipement sûrs et Les formateurs doivent s assurer que les enfants ne soient pas exploités au cours de la formation ou de l apprentissage 149
156 4 de matériels et vêtements de protection, l engagement envers les objectifs du projet, la volonté d offrir un soutien constant aux apprentis après leur stage d apprentissage, et le désir de contribuer au développement de la communauté. Les prestataires peuvent avoir besoin de renforcement de capacités en matière de pédagogie, de mentoring et des conseils, car ils peuvent ne pas connaître ou avoir l expérience de ces domaines. Ils auront besoin d être informés des buts et objectifs du projet et des détails du profil du groupe bénéficiaire. Ils devraient être informés et formés en santé et sur les directives sécuritaires pour leur métier et être informés des conditions de travail appropriées pour l âge de leurs apprentis. Ils devraient également être formés sur les systèmes de suivi et de contrôle afin qu une communication régulière soit établie avec l organe d exécution, le groupe de coordination du projet, et les parents. Ainsi, les bonnes pratiques en matières d emploi sont pleinement assimilées par les entreprises locales. Les prestataires de services devraient être encouragés à promouvoir ces pratiques parmi leurs collègues employeurs pour assurer une large diffusion de connaissances avec l espoir d initier un processus de changement des attitudes et comportements envers les jeunes travailleurs. 3.7 Prendre en compte les besoins supplémentaires et les attentes des bénéficiaires Les trousseaux d installation pour les apprenants Le manque d outils appropriés peut compromettre un programme de formation professionnelle et d apprentissage, particulièrement pour les métiers du secteur informel ou dans les zones de pauvreté aigue. Dans certains pays, instituts de formation et métiers, les apprenants ou nouveaux employés sont tenus de fournir leurs propres outils et leur incapacité à le faire peut affecter leur acceptation au cours ou à un emploi. Pour les (anciens) enfants travailleurs, les enfants à risque et autres enfants issus de milieux pauvres, cela peut encore être un obstacle à la formation ou un travail décent. Une fois que le processus de conseil d orientation de carrière prend fin et que les bénéficiaires savent quel métier ils vont poursuivre, les outils et autres matériels devraient être fournis pour leur donner le coup de pouce dont ils ont besoin dans leur formation, que ce soit dans un centre ou un stage d apprentissage. Les employeurs eux-mêmes, les quincailleries locales et autres détaillants, les services étatiques concernés ou autres acteurs communautaires pourraient subventionner l achat du trousseau d installation ou même les donner gratuitement. Si plus tard les bénéficiaires choisissent l auto-emploi, ces trousseaux seraient une aide significative dans création d une nouvelle entreprise Les trousseaux d installation devraient être adaptés à chaque métier identifié à travers l analyse du marché local de l emploi, par exemple les trousseaux et machines pour la couture et autres métiers de l habillement. Les matériels exacts requis pourraient être recommandés par les employeurs dans les corps de métiers concernés. AJA au Mali et CARD en Sierra Léone ont fourni aux apprentis du matériel de protection, l équipement et l habillement pour leur permettre de poursuivre leur formation en santé et sécurité. CARD a également fourni des trousseaux et délivré des certificats de formation à la fin du programme (voir encadré 4g). Services de soutien additionnels En établissant le profil des bénéficiaires, les organes d exécution devraient chercher à identifier leurs besoins principaux et les défis de la vie, y compris ceux en dehors de leur vie académique et professionnel. Ceci aidera à mettre le doigt sur les obstacles potentiels à l accès aux opportunités de formation et aux services de soutien additionnels dont ils pourraient avoir besoin. Par exemple, les enfants ayant souffert de traumatisme physiques, mentaux, ou émotionnels sévères pourraient avoir besoin de conseils psychosociaux dans le cadre de leur réhabilitation de façon générale et de leur réinsertion sociale. Le projet CARD en Sierra Léone a été conçu pour soutenir des enfants qui avaient souffert de diverses formes d exploitation et d abus au cours de la guerre, y compris les anciens enfants soldats et les filles qui avaient été violées, dont certaines avaient par la suite donné naissance. Avoir des enfants à un si jeune âge a entravé l accès de ces filles à diverses opportunités g CARD: Des trousseaux d installation de haute qualité pour les apprenants Le projet CARD en Sierra Léone a donné de l éducation et de la formation aux enfants qui avaient soufferts significativement au cours de la longue guerre civile, y compris les enfants soldats et les filles qui avaient été victimes d abus sexuel. Plusieurs filles avaient donné naissance par la suite et nécessitaient un soutien pour s occuper convenablement de leurs bébés. Suite aux activités d éducation et de formation, CARD a octroyé aux diplômés un trousseau d installation de haute qualité, dont le contenu variait selon le métier choisi. Les dirigeants communautaires et traditionnels étaient fortement impressionnés par le contenu et la variété des outils et ont appelé les diplômés à les utiliser judicieusement, particulièrement dans la mise en place de micro-entreprises, et l offre de formation additionnelle aux enfants vulnérables qui n ont pas eu la chance d être inclus dans les activités du projet. Un soutien a été accordé aux bénéficiaires par le Comité de Bien-Être des Enfants du projet qui a continué à suivre les enfants à la fin du projet. Dans au moins un cas, les apprentis se sont mis ensemble pour créer leur propre entreprise dans la communauté locale.
157 d éducation et de formation, ce qui aurait pu affecter l avenir de leurs enfants. Un centre de garde d enfant a été ainsi mis en place près du centre de formation, et pour les jeunes mères des ateliers ont été organisés sur la garde d enfants, la santé et le bien-être, le contrôle des naissances, les maladies sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA. D autres ateliers ont mis l accent sur l éducation civique et le conseil social non seulement pour aider les apprenants mais aussi les autres membres de la communauté à prendre conscience de leur rôle et contribution essentiels au développement social de la Sierra Léone de l après conflit, particulièrement en ce qui concerne la réintégration sociale des jeunes impliqués dans le conflit et traumatisés par leurs expériences Durabilité Si les opportunités ne tiennent pas la route à la fin du projet, l impact pourrait être dévastateur pour les communautés, et les enfants pourraient se retrouver à travailler dans des situations pires qu auparavant. Ainsi, les organisations doivent agir de façon responsable en planifiant les interventions de formations Un des avantages des programmes de formation professionnelle et par apprentissage est qu ils répondent directement aux attitudes négatives du programme envers l éducation. Convaincre les parents et les enfants des avantages de ces programmes est moins difficile puisque les curricula sont directement liés à la vie des (anciens) enfants travailleurs ou enfants à risque et offrent des compétences vendables qui peuvent aider à accéder à un travail décent et de meilleures conditions de travail. La vraie mesure du succès d un programme de formation réside dans les résultats post-formation et dans la capacité des apprenants à trouver et à garder un emploi ou à mettre en place une entreprise. L emploi décent, qu il soit rémunéré ou en auto-emploi, est le principal intérêt du programme de formation, et c est contre cet objectif que le succès se mesurera. Ceci souligne l importance du suivi post-formation, du contrôle et du soutien. Dès le démarrage du programme, une coordination effective avec les établissements appropriés, formels et non formels, doit être établie pour assurer des opportunités d emplois décents aux diplômés du programme de formation. Néanmoins, l option pour les apprenants d aller vers d autres programmes d éducation doit restée ouverte si cette possibilité existe. Un aspect du processus de maintien des structures de formation professionnelle et des activités de formation au-delà de la vie du projet implique la mise en place du programme dans le contexte le plus large du développement des EFTP d Etat. Si les gouvernements investissent dans l amélioration de l infrastructure de formation, y compris la construction de nouvelles institutions et la rénovation des anciennes, la refonte des curricula, par l intégration de nouveaux métiers et gammes de compétences, renforcent les liens avec le système éducatif, et établissent des programmes particuliers pour les jeunes défavorisés, il est tout aussi important d établir des alliances et des partenariats conséquents. Par exemple, les autorités locales pourraient envisager de prendre en charge la gestion de la structure de formation. Les points suivants devraient être gardés à l esprit en ce qui concerne la durabilité : Les autorités gouvernementales locales peuvent jouer un rôle dans la structure de coordination et de suivi La durabilité: Les consultations et le travail avec tous les acteurs au sein de la communauté et au-delà, individuellement et collectivement, suscitera un intérêt et un soutien pour le programme et créera un sens d appropriation. De plus, les efforts devraient être entrepris pour identifier des mentors de la formation sur les compétences au sein de la communauté. Par exemple, les parents des bénéficiaires formés dans les métiers sélectionnés pourraient jouer un rôle plus participatif en donnant des conseils et un soutien aux apprenants. Partenariat avec les autorités locales et nationales : Les partenariats avec les instituts de formation de l Etat pourraient faciliter la transition des bénéficiaires du non formel vers les institutions de formation professionnelle 151 Offrir une chance aux enfants pour mettre en application leurs leçons aide à renforcer leurs compétences
158 4 et d apprentissage de l Etat. Les autorités gouvernementales au niveau local peuvent jouer un rôle auprès des structures de coordination et de suivi, ce qui pourrait déboucher sur des soutiens financiers et administratifs et sur le transfert du centre de formation et sa transformation en une institution étatique à la fin du projet. Partenariat avec les institutions de formation professionnelle et à l apprentissage : Là où elles existent, les institutions de formations professionnelle et par apprentissage ont potentiellement une double fonction. Premièrement, le programme de formation peut leur être sous-traité et deuxièmement, ils peuvent offrir un soutien en renforcement de compétence, élaboration et réforme de curricula, mise à disposition de lieux de formation, et en développement de liens avec les employeurs et autorités locales. Il est important, alors, d établir et de susciter des relations constructives avec ces institutions en sollicitant leur conseil, soutien et suivi. Si ces institutions se rendent compte de la valeur du programme en aidant les enfants défavorisés à travers des formations spécialisées, ils agiront potentiellement en tant que défenseurs sérieux pour maintenir le programme à la fin du projet. Partenariat élargi: En rassemblant le plus grand nombre de partenaires et d acteurs possible pour soutenir les résultats du projet, les organisations peuvent renforcer la durabilité à long terme. Standardisation et reconnaissance des formations de qualification : Les départements locaux du gouvernement et les institutions formelles devraient être approchés au sujet de la reconnaissance des qualifications obtenues dans les centres de formations des projets ou d apprentissage. Si les qualifications ne sont pas standardisées, cela pourrait affecter la durabilité du programme. Finance : Un obstacle majeur à toute forme d éducation pour les groupes marginalisés et défavorisés est celui du coût, direct et indirect. Considérons ce qui peut être fait en termes de sensibilisation, de plaidoyer, de renforcement des capacités et de mobilisation de ressources pour soutenir la poursuite du programme d activités. Si la formation professionnelle et les coûts de formation à l apprentissage deviennent une charge pour une famille, cela pourrait affecter la poursuite du programme par l apprenant. Développement structurel et professionnel : Un certain nombre de programme d éducation professionnelle et d apprentissage de CIRCLE a compris la construction ou la rénovation de centres de formation. Idéalement, la communauté se chargerait des travaux de construction elle-même, renforçant davantage le sens de l appropriation. Les enseignants et facilitateurs reçoivent une formation professionnelle dans divers domaines de compétences pédagogiques, conseils, et gestion conduisant à une amélioration des compétences au sein de la communauté. Une fois que ces structures, systèmes et capacités sont en place, le défi d identification des moyens de les soutenir est moins important à long terme, puisque les coûts initiaux auront été couverts par le projet. En particulier, si les membres de la communauté ont tiré profit du renforcement de compétence, il est probable qu ils demeurent dans la communauté et leurs services continueront de servir des enfants. Expansion des services de formation : Afin de soutenir les structures et les capacités professionnelles d instructeurs compétents, des efforts pourraient être faits pour élargir la couverture des services de formation à d autres groupes au sein de la communauté, y compris à travers l éducation des adultes et leur formation à l apprentissage. La possibilité de commercialisation du programme en transformant le centre de formation en une institution privée ou en cherchant des financements publics ou privés pour le développement de la communauté pourrait être explorée avec la communauté et les acteurs h CLASSE: Aborder la migration rurale à travers l éducation et la formation par apprentissage Le travail des enfants a été une question épineuse dans les plantations en Côte d Ivoire pendant plusieurs années, due en partie à la migration rurale interne et des pays voisins. Le projet CLASSE avait pour but d aborder le problème à travers une stratégie soutenue d amélioration et de renforcement des systèmes agricoles en travaillant étroitement avec les groupes de femmes, renforçant les opportunités d éducation pour les filles, en prévenant la traite, et en établissant des alternatives communautaires d éducation dans les zones vulnérables avec un risque élevé de travail des enfants et de migration. Les enfants étaient vulnérables à la traite et à la migration du fait du manque d éducation et d opportunités d emploi au niveau local. Les recherches ont indiqué que s il existait des alternatives d éducation abordables, les enfants resteraient non seulement dans leurs villages mais aussi resteraient pour l agriculture et développeraient des compétences vendables. L approche a combiné formation professionnelle, alphabétisation et compétences de vie. La composante des compétences agricoles visait à améliorer la productivité qui bénéficierait ultimement à des familles et des communautés entières. La formation professionnelle dans d autres corps de métiers a également été offerte aux bénéficiaires au Mali, mais la connaissance agricole et l expertise se sont avérées particulièrement durables. En Côte d Ivoire, l accent était uniquement mis sur la formation agricole, et par la suite a reçu le soutien du secteur privé pour améliorer les conditions de vie dans les communautés.
159 Investir dans les apprenants en tant que mentors et instructeurs : Il pourrait être envisageable pour les apprenants diplômés de mettre à niveau leurs compétences pour devenir eux mêmes des instructeurs qualifiés ou des conseillers, utilisant ainsi leurs compétences nouvellement acquises pour qu elles bénéficient aux générations futures et contribuer à la réduction et à la prévention du travail des enfants Défis Les interventions portant sur la formation professionnelle et la formation par apprentissage ne sont pas sans défis et limitations, il en est de même pour le coût de leur mise en place et leur maintien. De telles interventions peuvent être coûteuses dans les phases initiales, mais l investissement est vital pour le succès. Les systèmes EFTP étatiques ont souffert dans plusieurs pays du manque d investissement et d attention des plans de développement généraux de l éducation. Une partie de ce problème pourrait être dû au fait que les EFTP sont souvent sous la responsabilité du Ministère de l Emploi, alors qu il comporte clairement une composante éducation. Une collaboration intersectorielle, plus étroite et plus effective, entre les ministères de l emploi et celui de l éducation est nécessaire pour renforcer ce secteur, qui est un aspect vital de l amélioration de la qualité des systèmes d éducation et leurs capacités à mettre davantage l accent sur les besoins, attentes et aspirations des apprenants, particulièrement les (anciens) enfants travailleurs et les enfants à risque. L éducation professionnelle, la formation pré-professionnelle et la formation par apprentissage ont été identifiées par l UNESCO, le Groupe de Travail Global sur le Travail des Enfants et l Education et d autres agences internationales comme pouvant influencer les attitudes envers l éducation et persuader les parents et les enfants de l importance de l éducation par la différence qu elle créée dans leur vie. Ainsi, les organisations qui mettent en place des programmes de formation professionnelle et des activités de formation par apprentissage devraient prendre contact avec les départements locaux et centraux du travail et de l éducation pour explorer comment ils pourraient trouver leur place dans les efforts nationaux et locaux pour renforcer ce secteur de l éducation. Certains de ces défis sont: Le manque de structures, matériels et équipement: Sauf si les organisations ont assez de fonds ou de soutien de la communauté et des ressources extérieures, trouver et financer des locaux, des matériels, des équipements et du personnel peut être problématique. Des efforts concertés devraient être entrepris pour mobiliser les fonds nécessaires de diverses sources de financement, y compris les départements gouvernementaux et les employeurs. Les compétences appropriées liées au marché local de l emploi : Idéalement, les compétences enseignées conduiront à l obtention d un emploi profitable ou à l auto-emploi, mais cela peut constituer un défi dans un environnement où le taux de chômage est élevé où il y a un marché du travail restreint. Dans les cas où l agriculture est une activité économique majeure, les activités de formation par apprentissage devraient être dirigées vers ce secteur. Par exemple, le projet CLASSE au Mali et en Côte d Ivoire a inclus des programmes de formation aux techniques agricoles pour améliorer la productivité et assurer de meilleurs revenus pour les familles et les communautés pour faire face au travail des enfants. L agriculture nécessite peu en termes de coûts de démarrage ou pour que les apprenants mettent en pratique leurs nouvelles compétences. La formation agricole a aussi La formation professionnelle prend en compte l éducation de base tells que l alphabétisation et le calcul 153
160 4 été un facteur multiplicateur puissant, car les apprenants peuvent transmettre ces compétences à leurs frères et sœurs, parents et pairs. L agriculture fait partie de la tradition de la communauté et de son mode de vie ; elle peut impliquer l utilisation des matériels disponibles localement. Comme cela a été le cas pour le projet CLASSE (voir encadré 4h), les programmes de formation agricole et orientés vers le milieu rural peuvent aussi être un volet d une stratégie pour lutter contre la migration rurale en dissuadant les enfants de quitter leur communauté au profit des centres urbains où ils deviennent vulnérables aux situations de travail des enfants et d exploitation. Conseil d orientation en matière de formation professionnelle et pré-professionnelle: Pour éviter les difficultés qui surviennent après le démarrage des activités de formation, les bénéficiaires devraient recevoir des conseils d orientation professionnelle auparavant, si possible sous forme de formation pré-professionnelle qui donnent aux bénéficiaires l opportunité d expérimenter différents métiers en tant que partie intégrante de l évaluation. Ainsi, les enfants participent à la prise de décision sur les compétences et les corps de métiers qui leur conviennent le mieux et se sentent en confiance avec ce qu ils ont décidé de poursuivre. Surcharge dans les cours de formation : Il faudrait veiller à ce que la taille des cours de formation ne devienne pas trop grande, et ne pas permettre que trop d apprenants travaillent dans un atelier particulier. Les chiffres pourraient se baser sur le marché local de l emploi et devraient éviter de créer trop de compétition entre des corps de métiers particuliers, surtout si les opportunités d emplois ou d autoemploi sont limitées (bien que des efforts devraient être faits pour satisfaire les aspirations des apprenants individuels). De plus, la qualité des formations requiert que le ratio apprenant/ enseignant soit le plus bas possible. Il existe une grande différence entre être bon dans un métier particulier et être capable de l enseigner Sensibiliser les institutions étatiques sur le profil des bénéficiaires: Si le programme de formation est mis en œuvre par une structure d Etat, les formateurs et la direction devraient être sensibilisés sur le profil des bénéficiaires et leur histoire afin que les apprenants, dont certains sont illettrés, ne soient pas submergés par le processus de formation et peut-être n abandonnent. Capacités pédagogiques limitées de certains formateurs potentiels: Il existe une grande différence entre être bon dans un métier particulier et être capable de l enseigner à d autres. La sélection des instructeurs doit prendre en compte leur capacité à apprendre à enseigner. Leurs capacités doivent être renforcées en vue d améliorer leurs compétences pédagogique et communicationnelle. Ils devront être sensibles aux profils des bénéficiaires et être prêts à apporter un soutien moral, émotionnel et psychologique appuyé. Résistance des autorités gouvernementales centrales et locales, des institutions étatiques et de leurs directeurs et enseignants : Le soutien de ces acteurs est vital pour le succès du projet. Si il y a résistance à accepter, reconnaître et soutenir le programme, ceci pourrait mettre en péril son succès, la reconnaissance des qualifications obtenues et sa durabilité. Mise à disposition de soutien social, d éducation professionnelle supplémentaire : La formation professionnelle et la formation par apprentissage ne sont pas suffisantes en elles mêmes pour réduire et prévenir le travail des enfants. Ces interventions devraient être accompagnées par l éducation de base, les compétences de vie, l éducation civique et sociale, le conseil d orientation professionnelle, la santé et la sécurité, le conseil psychosocial, et ainsi de suite. Ces services d éducation et de soutien devraient être fournis avant, pendant et après les activités de formation dans la mesure du possible, sinon les résultats pourraient ne pas être efficaces ou durables, et des abandons peuvent survenir. Néanmoins, ces services sont coûteux et peuvent être difficiles d accès. Il serait important de travailler étroitement avec les autorités gouvernementales concernées et autres prestataires de services pour s assurer que ces systèmes de soutiens essentiels sont disponibles pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Exploitation des apprenants: L objectif de ces programmes est de mettre une fin à l exploitation du travail des enfants et aux autres formes d abus des enfants. Ainsi, les organisations doivent s assurer qu un système de suivi efficace est mis en place, de préférence en milieu communautaire, empêchant les employeurs de tirer profit d une main d œuvre bon marché sous la forme d apprentissage. Un des moyens d aborder ce défi est d assurer qu un contrat écrit soit signé entre l apprenti et 154
161 l employeur. Le plus grand défi sera de veiller à ce que les systèmes demeurent en place à la fin projet pour s assurer que les normes ne baissent en conséquence et que l exploitation ne gagne à nouveau du terrain dans les activités de formation. Mécanisme de suivi : L impact du projet peut être limité par la durée du projet, la capacité des organismes d exécution, la volonté et l engagement des acteurs à soutenir les activités. Si le projet est trop court, cela peut aussi avoir un impact sur sa capacité à former les bénéficiaires, puisque dans certains corps de métiers et compétences l atteinte d un certain niveau de compétences adéquat prend du temps. 4 Lier les curricula des centres de formations du projet aux curricula gouvernementaux : Il pourrait être possible d utiliser les curricula gouvernementaux s ils sont disponibles ou de les adapter aux besoins du programme. Le défi est d assurer la reconnaissance des qualifications des apprenants par l employeur et l autorité locale et que ces qualifications soient transférables à travers le pays. Autres chapitre importants Sensibilisation, p. 47 Plaidoyer, p. 72 Education par les pairs, p. 156 Suivi du travail des enfants, p. 168 Les apprenants acquièrent des compétences vendables et l entreprenariat pour démarrer leurs propres affaires 155
162 5 C h a p i t r e c i n q L Education par les Pairs 1. Introduction L éducation par les pairs est l éducation des enfants, jeunes ou adultes par d autres personnes de même âge, partageant la même histoire, la même culture, ou ayant le même statut social, y compris les personnes venant de groupes sociaux défavorisés. L approche peut prendre des formes variées, mais dans beaucoup de cas, elle entraîne l apport d appui académique, le renforcement des compétences en communication et interpersonnelles, ou le conseil. Dans d autres cas, elle peut impliquer la sensibilisation ou le plaidoyer. L approche part de l hypothèse que les gens, en particulier les jeunes, sont plus susceptibles d écouter et de réagir à la sensibilisation si elle était menée par leurs pairs. L éducation par les pairs consiste à autonomiser les enfants ou les jeunes afin qu ils jouent un rôle actif dans la lutte contre le travail des enfants Dans le cas de CIRCLE, l éducation par les pairs consistait à responsabiliser les enfants ou jeunes afin qu ils jouent un rôle actif dans la lutte contre le travail des enfants. La pair éducation renforce les capacités des participants à agir et à faire partie des solutions de développement communautaire, plutôt que d être passifs, soumis et dans la position du receveur où ils se trouvent souvent. Les enfants et les jeunes ont des ressources, le dynamisme et la créativité, et plus que tout, ils savent instinctivement comment parler à d autres enfants plus jeunes, vulnérables. Ils parlent le même langage et sont capables de bâtir des rapports de confiance forts avec leurs pairs. Avec l appui de la communauté et les informations et la formation qu il faut, les pairs éducateurs peuvent être de puissants alliés dans les efforts de prévention, de réduction et d élimination du travail des enfants. 2. L expérience de CIRCLE en matière d éducation des pairs Les partenaires de CIRCLE ont appliqué des approches enfant à- enfant, jeune à enfant et jeune à jeune dans un certain nombre de contextes. Des exemples saillants sont présentés dans le tableau, parmi lesquels certains sont décrits en détail dans le texte. Chaque organisation a rapporté que, dans les cas où elle a été utilisée, la pair éducation a eu un impact positif sur le projet dans son ensemble. Partant de leurs propres expériences, les enfants et les jeunes, en particulier ceux qui ont été victimes du travail des enfants, ont envoyé des messages convaincants sur les risques du travail des enfants et les avantages de l éducation. L identification d un groupe de pairs éducateurs approprié est d importance critique, tout comme la conception de programmes de formation adaptés aux capacités des pairs éducateurs et aux objectifs du projet. Le genre et la tranche d âge du groupe cible doivent aussi être pris en compte dans le choix des pairs éducateurs. Les pairs éducateurs peuvent sensibiliser de manière à ce que d autres enfants comprennent facilement 156
163 Les partenaires de CIRCLE ayant identifié des meilleures pratiques dans des meilleures pratiques en matière d éducation par les pairs Afrique Asie Amérique Latine AMWIK, Kenya WDA, Cambodge CENDHEC, Brésil DUPOTO, Kenya ASHA, Inde CEIPA, Guatemala ADAP, Mali BAT, Inde PAMI, Guatemala RADA, Sierra Léone CWIN, Népal Dos Generaciones, Nicaragua CSAGA, Viêtnam SUMANDO, Paraguay AMF, Pérou ISAT, Pérou 5 Dans le cas du projet AMF au Pérou, un groupe d enfants anciens travailleurs domestiques a été identifié et formé en leadership. Ces enfants sont devenus des modèles influents dans leurs communautés. Concernant le projet WDA au Cambodge, des pairs éducateurs ont été identifiés dans les classes de six écoles cibles et répartis en Equipes d Enfants Actives (EEA), avec trois volontaires par équipe. Le projet CENDHEC au Brésil a formé un groupe de 20 adolescents à être des agents de prévention du travail des enfants chargés de sensibiliser et de promouvoir les droits des enfants dans leurs communautés. Partant de sa propre formation et de sa propre expérience, le groupe a réussi à former d autres enfants comme agents de prévention, renforçant du coup la durabilité et multipliant l impact positif de cette stratégie. Les Fora sur les Droits de l Enfant du projet CWIN au Népal utilisent les enfants défenseurs pour faire de la sensibilisation sur les dangers du travail des enfants et leur entrée prématurée sur le marché du travail et sur les avantages de l éducation et des autres activités de l enfance. Entre autres activités, ils font le suivi de la mise en œuvre et du programme de bourses d étude. Pour ce faire, ils gardent un œil sur les enfants bénéficiant de la bourse et sur leurs progrès et utilisent tous les moyens nécessaires pour les maintenir à l école, surtout ceux qui sont confrontés au risque d abandon. Les pairs éducateurs agissent comme un système d alerte précoce, sollicitant, le cas échéant, l appui d autres membres de la communauté, tels que les enseignants et les parents. Dans le projet CEIPA au Guatemala, un organe municipal spécial, appelé Conseil Municipal pour les Enfants et Adolescents (COMUNA) a été mis en place pour les enfants et les jeunes dans les communautés cibles. La structure et la fonction de ce conseil sont décrites en détail dans le chapitre sur le Plaidoyer (voir p. 72). Le but du Conseil était de défendre et de promouvoir les droits des enfants et des jeunes, d identifier les préoccupations de ces groupes sociaux et d essayer de leur apporter des réponses, et de manière générale, d être la voix des enfants et des jeunes au sein des structures municipales. Les membres du projet étaient élus et le conseil a continué à fonctionner après la fin du projet. Une approche similaire a été adoptée par le PAMI, un autre projet au Guatemala, dans lequel un Comité pour les Femmes, les Enfants et le Jeunes (COMUDE) a été mis en place dans la communauté cible (voir Plaidoyer, p. 72). Les clubs d enfants du projet ASHA et les parlements d enfants (bal panchayats) du projet BAT, tous deux en Inde, ont aidé les enfants dans les villages cibles à mieux comprendre les causes et les conséquences du travail des enfants et l importance de l éducation et les ont encouragés à veiller les uns sur les autres. Les anciens enfants travailleurs qui ont abandonné leur emploi pour l école sont devenus des modèles pour les autres enfants au sein la communauté a ADAP: Les pairs éducateurs et la prévention du trafic Le projet ADAP au Mali a établi un petit réseau de pairs éducateurs ou «relais sociaux» dans les villages qu il couvrait. Comme le projet était focalisé sur le trafic des enfants qui affectait dans la même proportion les filles et les garçons dans la région de Koutiala, ADAP a retenu une fille et un garçon par village pour leur faire suivre des ateliers de formation sur des questions connexes telles que les causes et conséquences du travail des enfants, la santé sexuelle et de la reproduction, les droits et responsabilités des enfants, les risques liés au trafic et comment les éviter, et les avantages de l éducation. Une partie de la formation et du suivi avait trait à l éducation des pairs éducateurs sur le remplissage de formulaire afin d y consigner leurs différentes activités. En plus de l interaction avec les autres enfants de leur village, les pairs éducateurs cherchaient à mobiliser les parents et les enfants qui ne fréquentaient pas l école. ADAP s est rendu compte que 32 relais sociaux parvenaient à toucher près de 2500 personnes dans la communauté. Cela a pu se faire avec un minimum de formation mais beaucoup d appui et d encouragement. Grâce aux efforts de ces mobilisateurs sociaux, le taux d inscription à l école a augmenté. Les enseignants interrogés sur l impact du projet ont relevé que les enfants avaient un plus grand intérêt pour leurs études, que leur comportement s était amélioré, et que les parents étaient plus impliqués dans les activités et la gestion de l école.
164 5 Dans le projet ASHA, les clubs d enfants disposaient de matériel pour offrir des activités académiques et non académiques à tous les enfants et ont mobilisé les ressources pour continuer à financer leurs activités sur le long terme. BAT utilisait un concept de «village convivial pour les enfants», dont le but était de protéger les intérêts et le bienêtre des enfants du village et d assurer leur participation à tous les aspects de la vie du village (voir encadré 5d). A cette fin, BAT a créé des assemblées d enfants, qui jouaient un rôle de plaidoyer dans le processus de prise de décision au niveau village, y compris les décisions ayant trait à l allocation des ressources. Le projet a aussi formé des groupes de jeunes activistes pour faire de la sensibilisation sur les risques inhérents au travail des enfants et les avantages de l éducation. Des clubs d enfants basés dans les écoles ont été aussi formés dans le cadre du projet RADA en Sierra Léone pour mener des campagnes de sensibilisation dans les communautés cibles ou avoisinantes, en particulier auprès des enfants à l école. L éducation par les pairs peut avoir des influences positives durables Dans le projet AMWIK au Kenya, des émissions radios ont été utilisées pour sensibiliser divers groupes communautaires, y compris les enfants. Les émissions ciblaient des groupes d âge différents, dont les clubs scolaires de droits de l enfant, et des facilitateurs étaient formés parmi les pairs pour diriger les séances de discussion de groupe pendant les émissions radiophoniques dans le but d approfondir la compréhension et d aider à changer les attitudes et les comportements profondément enracinés en matière de travail des enfants et d éducation (voir encadré 5d). 5 b ISAT: Travailler avec les groupes de jeunes existants au Pérou En , ISAT a mis en oeuvre un projet dans la communauté minière de Huanca dans la région d Ayacucho au Pérou qui responsabilisait les adolescents dans la communauté afin qu ils sensibilisent leurs pairs sur les dangers de l entrée prématurée sur le marché du travail et les avantages de l éducation. Le projet a pu s appuyer sur un groupe de jeunes responsables qui existait déjà dans la communauté minière pour avoir été créé dans le cadre d un projet précédent sur l éducation environnementale. Les membres du groupe ont élargi leur champ d activités et de responsabilités pour inclure la promotion des droits de l enfant et l importance de l éducation et du suivi des bénéficiaires du projet. Le personnel du projet a conçu et conduit des formations complémentaires pour les pairs éducateurs, focalisées spécifiquement sur le travail des enfants dans la communauté minière et sur l éducation. Les jeunes étaient chargés de la sensibilisation sur un éventail de sujets liés à l environnement, au travail des enfants, aux droits des enfants, à la communication et à la conduite d activités de sensibilisation des jeunes dans la communauté. Dans le suivi des bénéficiaires, ils ont aussi pu dans leur rôle servir de modèle. ISAT a estimé que l approche des pairs éducateurs a été une des causes principales du succès du projet. Par ailleurs, la préexistence de groupes de jeunes signifiait que les résultats du projet avaient plus de chances d être durables. 158 Dans le cas de CSAGA au Viêtnam, les pairs éducateurs étaient impliqués dans l enseignement des compétences de vie aux enfants de la rue, y compris les compétences ayant trait aux façons d étudier avec efficacité (Voir encadré 5e). Ce qui fait la particularité de ce projet, c est que les pairs éducateurs étaient des étudiants et qu ils n étaient pas issus de la communauté cible. Pour les étudiants comme pour tous les groupes de pairs éducateurs, leur implication était une expérience à double sens: elle était bénéfique pour le groupe cible et enrichissante pour les pairs éducateurs qu ils étaient. Dans d autres projets, tels que le projet SUMANDO au Paraguay, les pairs éducateurs ont servi de modèles pour motiver les jeunes enfants à établir des objectifs académiques plus ambitieux. Il s agit là d un moyen particulièrement efficace d aider les enfants employés domestiques à se rendre compte que leur situation peut changer et s améliorer à travers l éducation. Le projet SUMANDO est une initiative d apprentissage à distance qui requiert une grande dose d auto motivation. Les bénéficiaires qui ont pu terminer ont fait part de leur intérêt à aider d autres enfants employés domestiques à avoir accès et à tirer profit du programme. Les plus performants du programme d apprentissage à distance ont participé aux «cercles d apprentissage» qui leur ont permis d apporter soutien et encouragement aux nouveaux participants, renforçant par la même occasion leur propre épanouissement et facilitant la socialisation avec d autres enfants dans la même situation. L aspect socialisation est important lorsqu on travaille avec les enfants employés domestiques, qui se trouvent souvent isolés et privés de contact avec leurs pairs. (Voir page 117).
165 3. Conception d une approche pair à pair CIRCLE a identifié des éléments stratégiques comme partie intégrante de l approche de l éducation par les pairs et qui devraient être considérés dans le processus d élaboration de projet. Les points ci-dessous ne suivent pas nécessairement un ordre de priorité, tout comme ils ne sont pas nécessaires dans tous les cas. Ils sont utiles pour la prise de décision et l orientation du processus de conception Création d un environnement favorable pour l éducation par les pairs Le concept pair à pair doit être adapté à l environnement dans lequel le projet évolue et aux caractéristiques des bénéficiaires du projet. Pour ce faire, les organisations doivent d abord chercher à connaître les besoins et les aspirations des bénéficiaires et à faire une cartographie des possibilités et des limites de leur environnement. L approche du projet doit être développée en concertation avec les principaux acteurs, y compris les groupes nommés comme pairs éducateurs. Il est important que tous ceux qui sont concernés soutiennent le concept et s approprient du projet Les points à prendre en compte dans la création d un environnement favorable sont: L appui de la communauté: Le concept pair à pair peut ne pas être bien compris par la communauté concernée. Par conséquent, dès l abord, des concertations doivent être organisées avec les responsables communautaires et religieux, le personnel scolaire et les enseignants, les parents, les enfants, et d autres groupes pertinents, en particulier les groupements de femmes et de jeunes, pour expliquer le concept et recueillir leurs apports. Il est important que toutes les parties concernées supportent le concept et s approprient le projet. Par exemple, la création du conseil des enfants et jeunes dans le cadre du projet CEIPA a été facilitée par l appui du maire et de l administration de la localité et leur attitude positive et constructive par rapport à une participation significative des enfants. Structures: Avant de créer de nouvelles structures pour appuyer le processus pair à pair, il importe d avoir une idée des groupes ou associations déjà existants dans la communauté. Si de tels groupes sont en place, s appuyer sur eux ou les adapter aux besoins du projet peut être une stratégie plus efficace que la création de nouveaux groupes, à condition qu ils soient bien organisés et qu ils répondent aux besoins du groupe cible. Ils peuvent aussi renforcer la durabilité du projet. Il est aussi possible de créer une nouvelle structure à l intérieur d une structure existante, par exemple un club de droits de l enfant dans une école, comme ce fut le cas pour le projet AMWIK au Kenya (voir encadré 3c). Chronogramme: Le chronogramme des activités sera influencé par la situation géographique du projet et les autres contraintes du calendrier des enfants et des jeunes. Certaines contraintes peuvent affecter la disponibilité des pairs éducateurs pour leur participation aux activités du projet, comme par exemple, dans les situations où ils pourraient être sollicités pour les récoltes, ou les situations d examens qu ils doivent préparer et passer. Dans l évaluation de l intérêt et de la motivation des pairs éducateurs potentiels pour le projet, le temps qu ils peuvent réellement consacrer aux activités est une donne importante. Si un groupe donné ne peut pas garantir qu il sera disponible, d autres options doivent être envisagées c AMWIK: Groupes d écoute des enfants Une composante fondamentale du programme de sensibilisation de AMWIK au Kenya est la diffusion d émissions radiophoniques préenregistrées sur le travail des enfants et l éducation (voir Sensibilisation, p. 47). Certaines émissions ont été conçues pour les adultes et d autres pour les enfants. AMWIK forme aussi des facilitateurs dans la communauté, y compris les membres des clubs de droits de l enfant dans les écoles, pour diriger des causeries débats après les émissions. Un des résultats des séances d écoute a été l augmentation du nombre des membres des clubs de droits de l enfant. A la lumière de cette réalité, AMWIK a senti qu il était important de travailler avec les structures pour les enfants existantes plutôt que d en créer de nouvelles. Cette approche a permis de faire des économies de temps et d efforts et a aussi donné aux enfants le sentiment que le projet leur appartenait et qu ils en étaient responsables. Les séances d écoute avaient pour but de responsabiliser les enfants à tendre la main aux enfants à risque et d être en mesure de se protéger et défendre leurs droits et leurs intérêts. Le processus de responsabilisation est important dans une perspective de long terme, car les leçons apprises accompagneront les enfants jusqu à l âge adulte et à celui auquel ils auront leurs propres enfants. AMWIK a pu constater que beaucoup d enfants appartenant aux clubs d enfants étaient vulnérables ou marginalisés d une façon ou d une autre et a mis l accent sur l orientation de leurs discussions et a apporté un appui considérable pour s assurer que les messages de plaidoyer étaient appropriés et ciblés. Favoriser l appropriation du projet prend du temps et doit commencer dès le début par l adoption d approches participatives visant à vaincre la perception que les activités du projet sont imposées par une organisation étrangère.
166 5 Finance: Il est possible dans certaines situations ou dans certaines zones, que les pairs éducateurs se sentent moins responsables vis-à-vis de leur travail s ils ne sont pas payés en retour. Cela dépendra du niveau de cohésion au sein de la communauté et aussi des politiques appliquées par les autres projets. Si les gens sont habitués à se faire payer pour leurs services, il peut être difficile de trouver et de motiver des bénévoles non payés. Par conséquent, une motivation financière pourrait être nécessaire pour persuader les pairs éducateurs à s investir dans le projet. Le choix de suivre ou non cette voie dépendra des buts et objectifs du projet et doit prendre en compte les besoins et les attentes des groupes de pairs éducateurs potentiels. 3.2 Identification du groupe des pairs éducateurs Les organisations doivent chercher à savoir s il vaut mieux travailler avec les pairs éducateurs au sein ou à l extérieur de la communauté. Les capacités d un étudiant d université seront différentes de celles de quelqu un qui n a pas le même niveau d éducation. Toutefois, si le groupe cible est un groupe d anciens enfants travailleurs, celui qui n a pas le niveau universitaire pourrait être à même de mieux interagir avec le groupe cible et ainsi avoir plus d influence sur eux. 5 d BAT: Jeunes activistes plaidant pour des villages conviviaux pour les enfants Le projet BAT en Inde se focalise surtout sur la création de villages conviviaux pour les enfants dans les zones cibles. L approche a été utilisée par d autres organisations en Inde avec des résultats appréciables et fait la promotion d une participation significative des enfants à tous les niveaux de la société et de la vie communautaire, y compris la prise de décision politique, à travers les parlements d enfants (Voir Sensibilisation, p. 47). Le succès de l approche repose sur l implication et l appui de la communauté. Conscient de cette réalité, BAT a encouragé la formation des groupes de jeunes, de femmes, et d enseignants pour soutenir l initiative. La simple reconnaissance de leurs rôles et de leurs responsabilités a été un facteur de motivation énorme pour les jeunes. Après avoir joué un rôle plus passif dans la société, ils ont été responsabilisés pour qu ils puissent devenir des membres actifs de leurs communautés. Les problèmes de travail des enfants et d éducation sont connus des jeunes bénévoles qui ont transmis cette connaissance à leurs pairs plus jeunes et à la communauté de façon plus générale. Les jeunes activistes ont aussi appuyé la création de Centres d Informations et de Ressources (voir Collecte de données, p. 72). L intention n est pas de dire que certains groupes sociaux produisent de meilleurs pairs éducateurs que d autres, mais plutôt qu en fonction des résultats attendus, certains groupes peuvent plus facilement être efficaces que d autres dans la réalisation des objectifs du projet. Parmi les critères à prendre en compte dans le choix d un groupe de pairs éducateurs nous avons: Le genre: La composition genre du groupe de pairs éducateurs est d une importance capitale. Si le projet met l accent sur les formes de travail des enfants qui touchent principalement les garçons ou principalement les filles, il est compréhensible que les pairs éducateurs soient du même genre pour faciliter le contact avec le groupe cible. Dans d autres cas, il pourrait s avérer important d assurer l équilibre des genres. Dans tous les cas, les pairs éducateurs devront être formés en sensibilisation genre et en compétences connexes. Age: Dans la notion d éducation par les pairs, il est entendu de façon implicite que le groupe de pairs éducateurs soit du même âge et partage le même passé que le groupe cible. Cela ne veut pas dire qu on ne peut pas faire travailler des étudiants avec les enfants à bas âge. Il pourrait être difficile pour les enfants à bas âge d être des pairs éducateurs pour les autres enfants, mais dans certaines situations, cela peut être aussi une option viable. Aptitude personnelle et motivation: La pair éducation est d une certaine façon une vocation et certains individus sont plus aptes à le faire que Les pairs éducateurs peuvent parfois créer des groupes de théâtre pour véhiculer les messages de prévention contre le travail des enfants 160
167 d autres. Elle est directement liée à la motivation personnelle. Les pairs éducateurs potentiels cherchent-ils à rendre un service à la communauté, à améliorer leurs compétences ou s attendent-ils à une rémunération? La question de la rémunération est d importance relativement à la durabilité car elle aura nécessairement un impact sur la continuité des services après l épuisement des fonds du projet. Dans certains projets, les enfants qui ont bénéficié des activités sont disposés à transmettre leurs connaissances et leurs expériences à d autres et deviennent euxmêmes des pairs éducateurs. 5 Compétences requises: Cet élément dépendra des objectifs du projet et de ce que doivent être les rôles et responsabilités des pairs éducateurs. Certaines questions pertinentes doivent être posées: les pairs éducateurs seront-ils impliqués dans la sensibilisation, le plaidoyer, l enseignement, ou dans les trois activités à la fois? Doivent-ils être capables de parler à partir de leur expérience? Les compétences nécessaires seront-elles transférées aux pairs éducateurs à travers la formation? (Voir aussi la Section 3.3). 5 e Il est important de prendre le genre en compte dans le choix des groupes pour les former en tant que pairs éducateurs CSAGA: Eduquer les enfants non scolarisés au Viêtnam Au Viêtnam, CSAGA a entrepris d améliorer les opportunités d éducation pour les enfants de la rue non scolarisés vivant et travaillant dans les bidonvilles de Hanoi, en utilisant une équipe d étudiants comme pairs éducateurs. Au cours de la phase initiale du programme, les volontaires ont reçu une formation dans les domaines suivants: renforcement de la participation des enfants, en particulier aux cours, et appui leur permettant d étudier plus efficacement; l éducation des enfants sur les «valeurs de la vie», telles que la prise de conscience, la santé sexuelle et de la reproduction, le respect, la coopération, l amour, le bonheur et la paix; l amélioration des compétences de vie des enfants afin de leur permettre de faire face aux réalités quotidiennes et de développer leurs capacités de se protéger contre les conditions de travail dangereuses. Certains sujets de formation n étaient pas essentiels pour les résultats du projet mais ont paru importants pour l épanouissement général des bénéficiaires. Par exemple, la santé sexuelle et de la reproduction des adolescents n avait pas été identifiée comme domaine de formation, mais constitue un aspect vital de la vie des enfants de la rue car ils sont exposés à toute sorte d abus, y compris les abus sexuels. Les volontaires ont reçu une formation dans des domaines tels que l écoute active, l expression positive, l acceptation des opinions des autres, la négociation et la résolution de conflits, la collaboration, l identification de valeurs, l autoévaluation, la réflexion responsable, la prise de décision, et l élaboration de plans personnels. Les volontaires ont trouvé la formation très utile pour le travail avec les enfants de la rue, dont les valeurs sont si différentes des normes sociales, dont les capacités d apprentissage avaient été diminuées, et qui avaient une disposition pour les comportements anti-sociaux. La formation a aussi aidé à résoudre les conflits au sein du groupe et entre certains enfants. Les volontaires ont découvert par la suite que les enfants étaient plus susceptibles d aller à l école et de travailler efficacement si l on réduisait les perturbations et s ils étaient plus activement impliqués dans le processus d apprentissage. Cela devint leur stratégie principale pour attirer et retenir les enfants en classe. La formation a aussi aidé les volontaires à mieux comprendre le passé et l environnement des jeunes dont ils avaient la charge et ainsi à concevoir des stratégies appropriées pour surmonter certains obstacles au renforcement des rapports de confiance. Par exemple, les enfants de la rue ont très peu d opportunités de s amuser et de participer aux activités récréatives sociales. Les étudiants, en collaboration avec CSAGA, ont organisé un petit festival dans un parc local pour célébrer la Journée Mondiale de l Enfance. La Journée comprenait des activités en plein air et des jeux au cours desquels les enfants ont pu mettre de côté leurs problèmes personnels et devenir simplement des enfants. Cela a eu deux résultats positifs: Les enfants étaient à l aise et se sont sentis assez en confiance pour parler ouvertement avec leurs éducateurs de leurs familles et de leur vie au travail, donnant l aperçu indispensable pour déterminer le soutien qu il leur fallait. Elle a permis aux enfants de redécouvrir les joies de l enfance et de voir un autre visage de la vie que les corvées et les difficultés de la vie dans la rue. Cela leur a donné une vue rapide des possibilités autres que le travail dans leur vie. A une autre occasion, les volontaires ont organisé une sortie au cinéma, car ils voulaient leur donner la chance d être avec d autres enfants et d expérimenter et d exprimer de près certaines valeurs qu ils avaient discutées dans leurs cours, telles que le respect et la coopération. La sortie a renforcé d avantage les liens étroits entre les volontaires et les enfants dont ils avaient la charge. Cependant, une des difficultés rencontrées par les étudiants a été le besoin d assumer le poids de leur propres études et examens à la fin de leur année d étude à l université, ce qui a eu un impact sur le temps et l attention qu ils pouvaient consacrer au projet. Une solution a été trouvée grâce à la collaboration étroite qui existait avec le partenaire de terrain pour les calendriers d études, mais cela a fait que des cours étaient souvent reportés, ce qui n était pas une situation idéale du point de vue du groupe cible. Il importe de noter que l approche pair à pair a été appliquée au Viêtnam, pays où le gouvernement exerce beaucoup de contrôle et d autorité et où ce genre d approche serait contraire aux approches éducatives traditionnelles. 161
168 5 La disponibilité: Lorsque vient le moment d approcher les pairs éducateurs potentiels, il est crucial de demander combien de temps ils peuvent consacrer au projet. Cela peut varier en fonction de la saison, du jour de la semaine, ou du moment de la journée. Par exemple, s il s agit d étudiants, il est probable qu ils ne pourront pas travailler sur les activités du projet pendant la période des examens. La disponibilité des pairs éducateurs doit être un facteur pour tous les aspects de la préparation, de la mise en oeuvre et du suivi du projet. Historique: L appartenance ou la non appartenance à la communauté des pairs éducateurs et leur familiarité avec ou leur connaissance du groupe des bénéficiaires doivent être prises en compte. Lorsque les pairs éducateurs sont de la même communauté et partagent le même passé, les enfants les acceptent plus facilement et sans réserve, et l impact du projet a plus de chance d être durable. Dans certains projets, par exemple le projet CENDHEC au Brésil, les pairs éducateurs Pour la durabilité, il est important d assurer que les pairs éducateurs se sentent valorisés et importants pour la communauté ou les responsables du suivi ont formé d anciens enfants employés domestiques à être des agents de prévention du travail des enfants. Ces enfants avaient des connaissances et une expérience de premier ordre du groupe cible, car ils avaient travaillé dans le même domaine auparavant. Toutefois, si les compétences et les capacités nécessaires ne se trouvent pas ou ne peuvent pas être transférées au sein de la communauté, ou si un genre de collaboration spécifique est requis, prendre des pairs éducateurs en dehors de la communauté peut s avérer plus rentable. Dans certains projets, tels que ceux qui travaillent avec les enfants de la rue des centres urbains, il peut ne pas y avoir de communauté facilement définie avec une structure sociale claire, si bien que travailler avec des pairs éducateurs venant d ailleurs peut être la seule option viable. Groupes existants: Le travail avec des structures et groupes existants peut faire gagner du temps, de l effort et des ressources. Ces groupes et structures doivent être identifiés au cours des missions et des enquêtes dans les communautés cibles. Certaines communautés et écoles travaillent sur différents types de groupes d enfants, y compris les clubs sociaux, de divertissement et de sport. Si ils existent déjà, il sera logique de voir s ils peuvent intégrer la question du travail des enfants et, dans ce cas, identifier les programmes de formation et de renforcement des capacités pour faciliter leur intégration. 3.3 Création de structures et groupes appropriés Dans certains cas, il pourrait être nécessaire de créer des groupes de pairs soit parce qu ils n existent pas du tout, soit parce que les groupes existants ne sont pas adaptés. Ces groupes sont très souvent créés sous forme de clubs d enfants à base communautaire ou scolaire ou de travail des enfants. Dans beaucoup de cas, tels que le cas du projet ASHA en Inde, les clubs jouent un rôle à buts multiples en: offrant un cadre sûr et de suivi dans lequel les enfants peuvent interagir, jouer ou apprendre; encourageant les enfants à veiller les uns sur les autres dans la vie et à être conscients des mesures à prendre dans les situations de menace pour eux-mêmes ou pour leurs pairs; renforçant l épanouissement social et personnel des enfants à travers des jeux interactifs et des activités d apprentissage extrascolaire, d éducation de rattrapage, et d autres compétences de vie; encourageant les enfants à devenir des modèles pour leurs pairs plus jeunes, surtout ceux confrontés au risque de travail des enfants; encourageant la création d activités génératrices de revenus adaptées à leur âge ou de plans d épargne et en aidant les enfants à comprendre comment mobiliser les ressources et gérer leurs propres structures financièrement et administrativement afin de devenir autosuffisants ; renforçant un sentiment d identité, de citoyenneté, et de responsabilité communautaire chez les enfants, renforçant ainsi les efforts de prévention du travail des enfants à long terme. 162
169 Une participation significative des enfants sous-tend toutes activités de pair éducation, qu il s agisse de la formation des pairs éducateurs ou de la création des structures au sein desquelles les pairs éducateurs apprennent à veiller les uns sur les autres dans la vie. Il est vital que les activités de projets ayant pour objectif l épanouissement des enfants incluent les enfants dans le processus de conception, de mise en oeuvre et de suivi. Les enfants doivent être consultés sur ce que ces structures doivent faire, les endroits où elles doivent être situées, les équipements dont elles auront besoin, et sur leur gestion financière et administrative. Au bout du Etablir les liens entre les pairs compte, ils doivent bénéficier de formations appropriées (Voir Section 3.4) pour devenir responsables du maintien et de la durabilité de ces structures à l avenir. Les clubs d enfants du village du projet ASHA étaient gérés par les éducateurs et les structures enfants de la communauté, y compris les bénéficiaires directs, et recevaient des soutiens académiques et non académiques pour leurs activités. Les enfants faisaient aussi une petite contribution financière au club tous les mois (1 existantes dans la communauté roupie Indienne à peu près 0,03$) pour l établissement d un fonds opérationnel d appui aux cours préparatoires et aux activités extrascolaires (Voir peut accroître la durabilité Sensibilisation, p. 47). 5 Certains projets ont établi des structures de nature plus formelle et politique pour les enfants, tels que CEIPA au Guatemala et BAT en Inde (voir Sensibilisation, p.47). Dans le cas du Guatemala, cela a nécessité la création d un comité municipal pour les enfants et jeunes, COMUNA, qui menait ses affaires de la même façon que les autres comités municipaux et pour lesquels des élections étaient organisées parmi les populations de jeunes et d enfants du village. Ces groupes, quelle que soit la forme qu ils peuvent éventuellement prendre, peuvent avoir un impact significatif sur la vie des enfants, en particulier les enfants vulnérables qui n ont probablement jamais connu ces activités auparavant. Ils encouragent l interaction sociale des enfants, ce qui est crucial pour leur épanouissement, et ils leur offrent un espace de jeu et d apprentissage sûr. Même si leur fonction première, celle qui consiste à offrir des activités éducatives et sociales aux (anciens) enfants travailleurs, est précise au début du projet, avec l appui des enfants et d autres groupes communautaires tels que les groupements féminins, ils sont graduellement absorbés par la vie scolaire ou communautaire et augmentent le nombre de leurs membres et de leurs activités. Avec un effort sensible et l attention qu il faut, leur potentiel de durabilité est significatif. 3.4 Formation des pairs éducateurs La formation et le renforcement de capacités des pairs éducateurs leur donnent non seulement la connaissance requise et les compétences pour entreprendre les activités du projet, mais aussi renforcent leur confiance, leur estime et respect de soi et les aident à mieux comprendre leurs droits et responsabilités dans la société. Avec une formation adaptée, les pairs éducateurs peuvent devenir de puissants défenseurs de l élimination du travail des enfants et de l éducation pour tous. Le travail avec des groupes d enfants existants peut alléger le fardeau du renforcement des capacités car des niveaux raisonnables de capacités peuvent exister à partir desquels bâtir un programme de formation plus ciblé et efficient. Par exemple, les clubs d enfants scolaires au Kenya soutenaient déjà les enfants orphelins du VIH/SIDA, qui étaient obligés de travailler pour survivre. L intégration de la sensibilisation sur le travail des enfants dans leurs activités et dans leurs responsabilités a été du coup relativement directe. La recherche et le développement d un programme de formation et de renforcement de capacités requièrent: L évaluation de la capacité, de la motivation et de l engagement: Cela implique l évaluation de capacités existantes du groupe de pairs éducateurs potentiels et l identification des compétences, du contenu du programme, du niveau de formation nécessaire pour permettre au groupe de devenir des f CENDHEC: Les enfants travailleurs comme agents du changement social Dans son projet à Récife au Brésil, CENDHEC a formé un groupe de 20 jeunes moniteurs pour aider à coordonner, gérer et mettre en oeuvre les activités du projet, dont l organisation d une Conférence Municipale sur les Enfants Employés Domestiques (Voir Plaidoyer, p. 72). Les moniteurs se sont comportés comme des agents de prévention du travail des enfants, en travaillant avec les communautés pour sensibiliser sur les dangers du travail domestique et le préjudice causé aux enfants et aussi en faisant la promotion des droit des enfants en général. Les moniteurs ont reçu une formation de formateurs pour multiplier l effet du renforcement des capacités. L implication des jeunes dans tous les aspects de la gestion et de la mise en œuvre du projet et dans la prise de décision a eu un impact significatif sur leur épanouissement personnel et social et a contribué de manière significative à la durabilité à long terme des résultats. Les jeunes moniteurs ont joué aussi un rôle dans la formation d autres moniteurs issus de la communauté. CENDHEC a identifié à peu près cinquante anciens enfants employés domestiques pour la formation. La demande pour les places était telle que les candidats étaient sélectionnés sur la base d une lettre de motivation. Les parties prenantes ont été impressionnées par les qualités de dirigeants des moniteurs, leur connaissance des problèmes liés au travail des enfants et aux droits des enfants, leurs compétences en communication et en formation, et leur engagement à changer la vie des enfants vulnérables. Certains moniteurs ont indiqué qu ils voulaient être formés pour devenir des travailleurs sociaux afin de pouvoir continuer à travailler dans ce domaine.
170 5 pairs éducateurs efficaces. Lorsqu on travaille avec des groupes d enfants et de jeunes existants, la formation doit s appuyer sur les aptitudes et les compétences que ces groupes ont déjà acquises. De plus, il est important d évaluer la volonté et l engagement des pairs éducateurs potentiels à remplir leurs rôles et responsabilités. Les candidats les plus efficaces seront les plus motivés à provoquer le changement et à aider les autres enfants dans leurs communautés. Il serait utile d identifier une méthodologie efficace pour évaluer cet engagement, par exemple à travers des entrevues. CENDHEC au Brésil a reçu une demande de participation à leur programme de formation des agents de prévention du travail des enfants si énorme qu il a fallu établir un processus d acceptation des candidatures (voir encadré 5f). Fixation des objectifs: Le type et le niveau de formation dépendront des résultats qu elle compte atteindre. Parmi les objectifs de la formation il peut y avoir : L amélioration des compétences, telles que l éducation, la responsabilisation, le conseil, le plaidoyer, et la communication. Selon l intérêt du projet, les pairs éducateurs peuvent être obligés d apporter un soutien psychosocial au groupe cible ou d engager un dialogue avec les acteurs importants tels que les responsables politiques et les représentants du gouvernement. La transmission d informations, telles que celles sur les causes et les conséquences du travail des enfants et les avantages de l éducation. Si les pairs éducateurs ont été eux-mêmes des enfants travailleurs par le passé, la compréhension des raisons qui les ont amené dans une situation d exploitation les aidera à faire passer le message à d autres enfants et à les persuader à ne pas céder à des pressions semblables. Les pairs éducateurs ont aussi besoin d informations sur les alternatives existantes au travail des enfants et sur comment les enfants peuvent, par exemple, avoir accès aux services d éducation et de santé. Dans le cas du projet RADA en Sierra Léone, les membres des clubs d enfants connaissaient le problème du trafic des enfants qui prévalait dans la zone. Choix de la forme et du style: Les programmes de formation doivent prendre en compte les capacités et les caractéristiques individuelles et de groupe. Par exemple: Les sessions théoriques et pratiques. Selon l intérêt du projet et le niveau d éducation des pairs éducateurs, la formation doit trouver un équilibre entre la théorie et la pratique. Les sessions pratiques sont plus efficaces pour inculquer certaines connaissances que les sessions théoriques. Ateliers séparés et conjoints:. Lorsqu on travaille avec des groupes communautaires divers, tels que les associations de parents d élèves ou de développement communautaire, il est utile d envisager l organisation d ateliers de formation conjoints dans le but d encourager une collaboration étroite et le soutien entre toutes les parties prenantes. Les ateliers séparés peuvent être plus utiles s ils se focalisent sur les exigences de chaque groupe ou sur le travail dans des cadres culturels ou autres spécifiques. Ateliers interactifs. Les méthodes d enseignement participatives produisent de meilleurs résultats que les méthodes plus traditionnelles et peuvent préparer les pairs éducateurs à travailler avec leur groupe cible. Durée Les programmes de renforcement de capacités doivent être suffisamment longs pour permettre aux stagiaires d assimiler ce qu ils ont appris. Certaines compétences sont mieux assimilées grâce à la pratique. La formation doit donc comprendre des sessions pratiques avec le groupe cible. Les enfants trouvent le fait d apprendre de leurs pairs très utile pour leur développement 164
171 Développement du contenu: La formation doit comprendre: des informations sur les questions liées aux points sur lesquels se focalise le projet, comme les dangers et causes du travail ou du trafic d enfants, les droits et responsabilités des enfants, l importance de l école et de l éducation, la santé sexuelle et de reproduction, le VIH/SIDA. les compétences pédagogiques et pair à pair ou enfant à enfant ; les compétences psychosociales visant à influencer la base des valeurs des enfants travailleurs ou à risque, y compris l égalité genre et l estime de soi; les compétences en matière de plaidoyer, communication et média si possible; les méthodologies basées sur l art ; la planification, l enregistrement et le suivi des compétences, au besoin pour atteindre les objectifs du projet. Exploration d autres sources de soutien potentielles: De tierces parties peuvent être contactées pour soutenir les activités de renforcement de capacités, comme par exemple les groupements du secteur privé, les responsables de l éducation, les départements de l administration locale, les groupements communautaires, les écoles, et les universités. Cela pourrait augmenter le nombre des acteurs du projet et éclater les coûts. Par exemple, un institut de formation peut vouloir offrir des cours gratuits, ce qui libèrerait des ressources utilisées ailleurs dans le projet. 5 g CWIN: Formation en plaidoyer enfant à enfant au Népal Le projet CWIN au Népal a réalisé un programme spécial de formation en plaidoyer enfant à enfant pour 239 enfants. La plupart des participants étaient déjà impliqués dans des groupes d enfants spéciaux, connus sous le nom de Forums des Droits de l Enfant, mis en place dans le cadre du projet. Le programme de formation a été conçu avec en vue la transmission de compétences en communication et interpersonnelles pour aider les enfants défenseurs à persuader leurs pairs de quitter le travail pour retourner à l école. L approche adoptée par les enfants défenseurs comprenait les techniques de théâtre de rue, à travers lesquelles ils développaient des pièces de théâtre basées sur les réalités de la vie des enfants travailleurs et les avantages de l éducation. Ces pièces étaient présentées sur la plupart des sites du projet et dans les écoles, ce qui a permis d atteindre des milliers d enfants et d adultes, de faire prendre conscience et de faire passer des messages aux enfants à risque et aux enfants travailleurs et ceux qui fréquentent l école. Les pièces de théâtre ont été particulièrement appréciées par les autres enfants et ont été une méthode efficace pour sensibiliser les enfants défavorisés. 5 Le suivi et le contrôle: La communication et les rencontres régulières avec les pairs éducateurs permettent de faire face avec promptitude et efficacité aux problèmes qui surviennent et d évaluer les besoins de formation. Ceux-ci peuvent comprendre les ateliers internes de formation pour maintenir et renforcer les niveaux de capacité pendant la mise en œuvre du projet. 4. Durabilité Les approches de l éducation par les pairs sont confrontées à un risque plus élevé que d autres au terme du projet car elles sont plus dépendantes du maintien en groupe des participants et de leur motivation. Il est possible qu un groupe de pairs éducateurs ait des liens plus étroits pendant la mise en œuvre du projet, en raison surtout du fait que le projet lui-même joue le rôle de locomotive qui conduit et maintient ensemble tous les éléments. Ces éléments peuvent avoir besoin de temps pour mûrir au point de continuer à exister, dans une forme ou une autre, après le retrait du financement et de la coordination. Dans le cadre de la conception du projet et pour des raisons de durabilité, une vision à long terme doit être développée par rapport aux groupes de pairs éducateurs, avec un accent particulier sur la manière dont leurs capacités et compétences nouvellement acquises pourraient servir au mieux la communauté et les enfants vulnérables à l avenir. Certaines voies pour rendre durable l éducation par les pairs sont:: Encourager les pairs éducateurs à renforcer leurs compétences et à devenir des maîtres qualifiés, des travailleurs sociaux, ou des conseillers. Ainsi, les pairs éducateurs peuvent devenir des défenseurs à vie de l élimination et de la prévention du travail des enfants. La création de groupes d enfants et de jeunes enracinés dans les structures communautaires, locales, et municipales. Celles-ci ont plus de chance d exister au delà de la vie du projet, à condition qu elles soient fortement appuyées par les autorités compétentes, comme ce fut le cas des COMUNA du projet CEIPA au Guatemala. Les parties prenantes pourraient être obligées d identifier des possibilités d emploi pour les pairs éducateurs afin qu ils puissent 165
172 5 continuer à servir l intérêt supérieur des enfants, en particulier les enfants à risque. Une autre option pourrait consister à établir des accords de partenariat formels avec les institutions de formation intéressées, telles que les universités, dans le but d assurer l épanouissement continu des pairs éducateurs. Lier l éducation par les pairs à des structures existantes ou nouvellement créées dans la communauté augmente la durabilité. Parmi ces structures se trouvent les écoles, les associations de parents et d enseignants, et les clubs d enfants et de jeunes, tels que les clubs sportifs, de Pionniers, et des Filles Guides. Le contrôle des coûts pour augmenter les chances de survie des activités au terme du projet. Plus le coût opérationnel d un groupe de pairs éducateurs est élevé, plus le besoin de chercher des financements additionnels est grand et plus sa durabilité est difficile. L éducation par les pairs aide a renforcer des compétences qui ne peuvent être enseignées dans une salle de classe On ne peut pas empêcher les jeunes d évoluer dans la vie. Ils grandissent, reçoivent des formations pour exercer d autres professions, quittent la communauté, et bâtissent leur propre vie. Ainsi donc, l éducation par les pairs est un processus dynamique et organique qui doit se développer au point de se perpétuer d elle même. Au fur et à mesure que les enfants grandissent, ils doivent être encouragés à suivre les pas de ceux qui leur ont servi de modèle pour devenir eux-mêmes des modèles pour les générations à venir. Le vrai sens de la durabilité réside en cela dans un processus de l éducation par les pairs. Inculquer un sens de la responsabilité et d appropriation du projet aux enfants et jeunes développer une culture du «nous» est vital, et tout doit être fait pour cela dès le début du projet à travers des approches interactives et participatives qui assurent une participation significative de ce groupe social. 5. Défis Bien qu efficace en tant que stratégie, l éducation par les pairs seule ne peut pas répondre aux questions complexes et sensibles auxquelles sont confrontés les enfants travailleurs ou à risque. Après tout, les pairs éducateurs sont des enfants et des jeunes, et ils peuvent manquer d expérience dans la vie, d éducation et de compétences professionnelles, et peuvent manquer de maturité dans des situations difficiles. Ils peuvent être bien intentionnés et travailleurs, mais certains problèmes auxquels sont confrontés les enfants défavorisés sont extrêmement difficiles à résoudre et peuvent entraîner des réactions physiques et émotionnelles extrêmes. Ainsi donc, l éducation par les pairs a ses limites et ses difficultés: L éducation par les pairs ne peut pas à elle seule résoudre les problèmes complexes et sensibles auxquels sont confrontés les enfants travailleurs ou à risque Les pairs éducateurs ne sont pas des psychologues, des psychiatres, des conseillers, des maîtres, des travailleurs sociaux, des infirmiers ou des médecins de formation. Ils peuvent recevoir une formation de base dans ces domaines et assurer des services à la mesure de leurs capacités, mais ils ne peuvent pas se substituer aux professionnels. Dans la plupart des cas, le travail qu ils font avec le groupe cible est phénoménal et peut aider les enfants de plusieurs façons, par exemple il peut les encourager à retourner à l école ou dans leurs familles, les aider à se retirer du travail, et à renforcer leur estime de soi et leur respect de soi. Mais: - ils ont besoin de beaucoup d appui eux-mêmes et doivent être formés sur les mesures à prendre dans les situations où ils n ont pas la réponse ou qui dépassent leurs compétences; - ils doivent avoir accès à un système de référence et être formés à ce qui doit être fait en situation d urgence. Parce qu ils encouragent les enfants défavorisés à parler de leurs situations personnelles ou des traumatismes qu ils ont pu subir, les réactions peuvent être fortes, et l aide professionnelle doit être prête à voler à leur secours. Autrement, le résultat peut être préjudiciable à la fois pour l enfant et le pair éducateur. 166
173 - Maintenir le niveau d effort requis des pairs éducateurs ou défenseurs de l approche enfant à enfant peut être difficile pour les jeunes dans leurs tentatives de trouver l équilibre entre leur travail de pairs éducateurs et leurs responsabilités familiales et scolaires, leurs loisirs, et les autres opportunités d épanouissement. - Dans certaines cultures, on considère qu il est socialement inacceptable que les enfants s adressent aux adultes. Dans de tels cas, les pairs éducateurs peuvent être obligés de travailler auprès des adultes pour avoir accès aux générations plus âgées. 5 - Il faut de la prudence avant de considérer l éducation par les pairs comme option si les chances de sa durabilité à plus long terme sont minimes. Il est vital que les jeunes n éprouvent pas un sentiment «d abandon» à l égard du projet car cela peut renforcer une attitude négative vis-à-vis des autorités et des institutions et compromettre les tentatives futures de responsabilisation des groupes de jeunes. Pour éviter cela, une stratégie de sortie appropriée doit être élaborée. - Comme indiqué dans la section sur la durabilité, il est important qu un sens d appropriation soit établi aussi rapidement et aussi efficacement que possible au sein du groupe des pairs éducateurs. Cependant, l appropriation peut prendre du temps, beaucoup d efforts et de travail à se réaliser et il ne «survient juste» pas aussi naturellement pendant le projet. Elle doit être inculquée et entretenue à travers des activités participatives et interactives impliquant les enfants et les jeunes. Autres chapitres importants Education, p. 90 Suivi du travail des enfants, p.168 Il est important que les enfants puissent établir des relations avec d autres enfants 167
174 6 C h a p i t r e s i x Le Suivi du Travail des Enfants 1. Introduction La définition et l objectif global du Suivi du Travail des Enfants (STE) 10 est de veiller à ce que, suite à une observation directe, régulière et répétée, les enfants soient à l abri de l exploitation et des travaux dangereux. Le Suivi du Travail des Enfants est définit comme un processus actif qui assure que de qu un tel suivi est mis en place et est coordonné de manière convenable. Il s agit d un concept large et dynamique qui recouvre les maisons, les écoles, les communautés et les lieux de travail - en fait, tout environnement dans lequel les enfants sont susceptibles d être présents. Le STE permet aux organisations de se tenir informées au sujet des bénéficiaires, de mesurer l impact de leurs interventions et d apporter des modifications en conséquence. Un système de STE peut être informel et souple ou être très structuré et institutionnalisé ou un processus hautement structuré et institutionnalisé avec des buts, objectifs précis, des ressources et un contenu. Par exemple, il peut concerner les écoles, les programmes d éducation non formelle, les enseignants et les inspecteurs de l enseignement soit à travers le suivi régulier des classes pour avoir une idée des enfants qui sont absents de façon régulière ou en mesurant les résultats scolaires. Il peut également toucher la communauté dans son ensemble, comme les parents, les pairs et autres membres de la communauté. Dans certains cas, le STE peut être le point focal d un projet et la mise en place d un système efficace, son objectif principal. Néanmoins, il est souvent un élément parmi tant d autres et peut prendre différentes formes. 2. Les expériences de CIRCLE avec le STE CIRCLE a demandé aux partenaires de s engager dans le STE lors de la planification, la conception, la mise en oeuvre et le suivi de leurs interventions. Beaucoup ont développé des approches réussies, ce qui explique le grand nombre d organisations énumérées dans le tableau. L une des réalisations les plus importantes de nombreux projets CIRCLE a été de trouver des moyens de maintenir l impact au-delà de la durée de vie du projet. En termes de STE, cela voulait dire de faire en sorte que le processus soit participatif et partagé parmi le plus grand nombre de parties prenantes possible dans la communauté. Un bon exemple de la participation de la communauté a été la création de groupes de surveillance dans le projet AMF au Pérou (voir encadré 6a). Une structure similaire a été créée dans le projet OBISPO en Bolivie, sous la forme d un club des mères pour appuyer l école afin que tous les enfants assistent aux cours tout au long de l année scolaire a AMF: Groupes de surveillance des mères Le projet AMF au Pérou a formé des groupes de parents, surtout des mères, pour garder un œil sur les enfants bénéficiaires et veiller à ce qu ils aillent à l école, plutôt que d aller travailler. Tandis que L AMF leur avait offert la formation, ce sont les parents eux-mêmes qui se sont organisés en groupes formels avec différents rôles et responsabilités. Les mères ont signalé que le fait de faire partie d un groupe de surveillance a augmenté leur intérêt et leur implication dans l éducation de leurs enfants, ce qui, à son tour, a eu un effet bénéfique sur les résultats scolaires de leurs enfants et leur motivation à l école. Les mères se sont senties également mieux informées sur des questions telles que le travail des enfants, les abus sexuels dont sont victimes les enfants et la violence domestique. Encourager les groupes à travailler ensemble grâce à l auto-motivation peut être difficile. L AMF était en mesure de le faire en informant les parents de l importance et de la pertinence de l éducation, en renforçant la sensibilisation et la compréhension sur le travail des enfants et en les impliquant directement dans le projet. À la fin du projet, leur engagement était tel qu ils ont, depuis, continué à plaider contre le travail des enfants et pour une plus grande scolarisation. Les parents ont également beaucoup appris sur d autres questions se rapportant à leur vie quotidienne, comme la nutrition, l hygiène personnelle, l abus et la violence domestique. Les groupes de surveillance ont aidé à l inscription des enfants à l école et à l achat de matériel et de tenues scolaires. Ils ont agi comme des agents de changement social au sein de la communauté, en alertant d autres parents sur les dangers du travail des enfants et en leur inculquant un plus grand engagement dans l éducation de leurs enfants. Les groupes de surveillance se sont avérés être une méthode efficace pour impliquer les parents directement dans les activités du projet et susciter un plus grand sentiment d appropriation et de responsabilité. Le résultat final a été le développement et le renforcement les capacités locales, ainsi que la contribution à la durabilité des résultats du projet. 10 Selon les directives du BIT, USDOL définit le STE comme une observation directe régulière et répétée pour identifier les enfants travailleurs et pour déterminer les risques auxquels ils sont exposés; référer ces enfants aux services appropriés; la vérification de leur retrait du travail, et effectuer leur suivi après pour se rassurer qu ils ont pu obtenir des alternatives satisfaisantes. Un système de suivi du travail des enfants (SSTE) est l identification, le transfert, la protection et la prévention du travail exploitant les enfants par le biais la mise en place d un processus multisectoriel coordonné de suivi et de transfert qui vise à prendre en compte tous les enfants vivant dans une aire géographique donnée, et pas uniquement ceux qui sont les bénéficiaires direct d un projet.
175 Les partenaires de CIRCLE ayant identifié une meilleure pratique dans le domaine du Suivi du Travail des Enfants Afrique Asie Amérique Latine PACF, Ghana WDA, Cambodge OBISPO, Bolivie ANPPCAN, Kenya Wathnakpheap, Cambodge JUCONI, Ecuador DUPOTO, Kenya Arunodhaya, Inde CEIPA, Guatemala ADAP, Mali ASHA, Inde Dos Generaciones, Nicaragua AID-Mali, Mali Deepalaya, Inde AMF, Pérou ENDA, Mali VOCRDC, Inde RAC, Mali Kaugmaon, Philippines WHEPSA, Sénégal KKPC, Philippines CARD, Sierra Léone LVF, Philippines CCB, Sierra Léone SCM, Philippines RADA-SL, Sierra Léone 6 Presque tous les systèmes de STE mis au point par les projets CIRCLE concernaient un ensemble d acteurs. Le Centre Arunodhaya pour les enfants de la rue et les enfants travailleurs, qui opère dans les quartiers pauvres du sud de l Inde, a créé des comités de STE composés d agents de police, de juristes, d enfants, de jeunes, d enseignants et de membres de groupes de femmes dans le cadre de son projet dans le nord de Chennai (voir encadré 6b). CCB, qui a travaillé avec les enfants mendiants dans deux grandes villes de Sierra Léone, a fait lui-même une partie du suivi, mais a aussi mis sur pied et formé des comités spéciaux composés de fonctionnaires des collectivités locales, de membres de la communauté, d enfants, de mendiants adultes. Les responsabilités étaient partagées entre le personnel du CCB, qui faisait des visites impromptues dans les écoles et les maisons, et les membres du comité, qui effectuaient quotidiennement des contrôles sur la fréquentation scolaire. En outre, les membres du comité surveillaient les arrêts de bus dans les environs pour s assurer que les enfants ne vont pas en ville pour mendier. Le projet ASHA a également mis en place des comités de STE dans les villages ciblés en Inde, comités qui comprenaient des bénévoles de l éducation, des parents et des membres de groupes d entraide de femmes. Les comités suivaient l inscription des enfants, la fréquentation et le maintien à l école. Ils ont également suivi la fréquentation des enseignants présents, car l absentéisme des enseignants peut être un facteur contribuant à l absence des enfants à l école. Presque tous les systèmes de STE mis en place dans les projets CIRCLE comprenaient le suivi de la fréquentation et des résultats scolaires. Cela avait deux objectifs élémentaires, mais primordiaux : il permettait au projet de mesurer son impact et, si nécessaire, d adapter son approche, et il agissait également comme système d alerte précoce. Le CCB en Sierra Léone, par exemple, avait remarqué que la fréquentation scolaire irrégulière et la détérioration des résultats scolaires sont des signes que les enfants travaillaient également et donc risquaient d abandonner le système scolaire. Le suivi tenait compte des interventions impromptues pour encourager les enfants à retourner à l école. Parfois, le simple fait d assurer un suivi peut avoir un effet bénéfique, car les enfants remarquent que quelqu un s intéresse à leur bien-être. KKPC aux Philippines a mis en place un système de surveillance complet impliquant toutes les parties prenantes à Quezon City et a établi des liens de communication efficaces avec tous ceux qui sont en interaction avec les enfants bénéficiaires, y compris les enfants eux-mêmes (voir encadré 6c). Certaines organisations ont fait le suivi du lieu de travail pour vérifier les conditions et les horaires de travail, ou pour vérifier que les enfants n y sont pas du tout employés. RADA en Sierra Léone a créé Le suivi du travail des enfants peut mobiliser la communauté dans son ensemble, c est-à-dire les parents, les pairs et autres membres de la communauté, pour aider à la réduction et la prévention du travail des enfants 169
176 6 un Groupe de Travail pour le «Retrait» afin de suivre les activités de traite des enfants à travers le passage des frontières avec le Libéria, dans les communautés visées. Le groupe de travail comprenait des employés du secteur des transports et des chefs locaux. Il est également important de surveiller la santé physique et le bien-être psychologique des enfants qui ont subi un traumatisme à cause de l exploitation, de la violence familiale, des conflits ou des abus sexuels. JUCONI, qui ciblait les enfants travailleurs de la rue en Équateur, a formé son personnel, des parents, des frères et sœurs, des enseignants, et des directeurs d école pour suivre les progrès des enfants, y compris leur développement cognitif, affectif et social. Ils ont élaboré des plans d actions mensuels basés sur les résultats du suivi, de sorte que des ajustements puissent être apportés tout au long du programme. D autres organisations ont suivi la situation dans des lieux spécifiques ou des branches de production, en réalisant des enquêtes détaillées et en utilisant les résultats pour la sensibilisation et le changement d attitudes envers l éducation et le travail des enfants. VOCRDC a fait une enquête sur les enfants travaillant dans des carrières ou des secteurs connexes dans 87 villages du district de Madurai dans le Tamil Nadu, en Inde. Il a révélé que seulement 20 % des enfants allaient à l école. En utilisant l enquête comme plateforme, il a conçu une campagne de sensibilisation sur les bienfaits de l éducation. 3. La conception d un système de STE L expérience acquise par le biais des projets CIRCLE a montré que non seulement, le suivi aide à se tenir informé de la situation des bénéficiaires, de leur comportement et de leurs résultats dans différents domaines, notamment l éducation, mais il renforce également les efforts visant à maintenir les résultats du projet sur le long terme. Correctement conçus et mis en oeuvre, les systèmes de STE peuvent réunir un large éventail d intervenants de la collectivité pour travailler étroitement ensemble, en gardant un oeil sur les enfants et ce qu ils font dans des milieux différents et en faisant en sorte que les interventions précoces puissent être effectuées lorsque cela est nécessaire. Il s agit d un modèle relatif à la façon dont la société devrait fonctionner en général, en faisant attention au bien-être des uns des autres, en particulier aux groupes les plus jeunes et les plus vulnérables. En faisant en sorte qu autant de parties prenantes que possible participent, un système de STE peut unir les communautés et créer une plate-forme durable pour le développement future. 6 b Arunodhaya: les comités de STE Le Centre Arunodhaya pour les enfants de la rue et les enfants travailleurs, a mis en œuvre un projet à Chennai, en Inde, pour développer des alternatives pour l éducation des enfants travailleurs afin de les inciter à poursuivre leurs études. Le projet a créé des écoles spéciales et des groupes d entraide pour les femmes afin de soutenir les initiatives d épargne pour le paiement des frais scolaires. Un élément clé du projet a été la création de comités de STE à base communautaire. Des ateliers spéciaux ont été organisés pour les différents membres de la communauté, y compris des enfants, des jeunes, des femmes, et des enseignants, pour discuter des objectifs et des activités de ces comités et pour formuler un plan d action. Les comités STE ont été créés sur la base d un processus formel, en encourageant un engagement fort de toutes les parties impliquées, notamment la police, les professionnels de santé, les parents, les avocats, les employeurs, les centres de garde d enfants, et les leaders communautaires. Chaque membre a publiquement prêté serment de travailler à l élimination du travail des enfants et à la promotion du droit de tous les enfants à l éducation. L objectif global était de «créer dans la communauté un environnement favorisant une situation où tous les enfants de moins de 14 ans iraient à l école. Les comités ont été très actifs dans leurs communautés respectives, collectant l information sur le travail des enfants, engageant, si nécessaire, des actions en justice contre les employeurs, informant les parents et les employeurs, menant des actions de sensibilisation dans la communauté, et soutenant la scolarisation. La participation et l engagement de cet échantillon si varié de membres de la communauté sont les forces majeures des comités ; ce qui leur a permis de continuer à fonctionner après la fin du projet. En conséquence, il y a maintenant, dans les communautés concernées beaucoup plus de connaissances sur les dangers du travail des enfants et sur les bienfaits de l éducation, et un grand nombre de parties prenantes sont conscientes de la nécessité de faire le suivi de la situation et d intervenir si nécessaire. 3.1 Créer un environnement favorable au STE Les points à considérer dans la création d un environnement favorable au STE sont: Le soutien communautaire: Comme première étape, des forums de discussion devraient être organisés avec autant d intervenants que possible, en mettant l accent sur les groupes identifiés comme étant potentiellement capables de faire le suivi. Il est important qu ils comprennent ce que le STE signifie, comment il sera réalisé, et ce qui sera attendu d eux. Ces discussions initiales entraîneront un soutien vital pour le système et contribueront à l appropriation du projet par la communauté. Une question à souligner à ce stade précoce est que le succès d un système de STE dépend d une étroite coopération entre les groupes de suivi. Dans le projet ASHA en Inde, les groupes d entraide de femmes ont joué un rôle important en facilitant des contacts avec les parents, en identifiant les enfants travailleurs, et en mettant des bénévoles à disposition pour travailler comme éducateurs 170
177 dans l enseignement non formel. Dans le projet RADA en Sierra Léone, qui a porté sur la traite des enfants à travers la frontière libérienne, la participation des travailleurs dans le secteur des transports était cruciale. Structures: Il faut vérifier s il existe déjà des processus communautaires, scolaires, ou de suivi du travail des enfants qui peuvent être adaptés aux besoins du projet. Par exemple, il peut y avoir une véritable inspection scolaire opérant dans le département local de l éducation ou dans les services sociaux ou de protection de l enfant, ou alors il peut y avoir une association de parents-enseignants dans l école locale, qui surveille les scolarisations et les abandons. Les registres scolaires, mettant en évidence les absences, constituent un mécanisme efficace pour surveiller les enfants. Souvent, les communautés effectuent des activités de suivi sans même s en rendre compte et celles-ci peuvent être identifiées par la discussion. Au Mali, ENDA a intégré ses écoles communautaires dans le système de suivi de l école publique et engagé le soutien des associations locales de parents-enseignants et des comités de gestion scolaires. 6 Si l objectif est de travailler avec les enfants Les Finances: Des recherches doivent être menées pour savoir s il est possible de puiser dans d autres sources de financement, y compris aux niveaux local et national. Par exemple, la communauté est les plus vulnérables dans une communauté peut-être en mesure de contribuer aux activités du projet financièrement, en nature ou par l intermédiaire de volontaires, particulière, une sorte d évaluation de la en particulier en ce qui concerne le suivi. Les parents, les frères et sœurs, et les jeunes sont souvent prêts à jouer un rôle dans vulnérabilité doit être conduite le suivi des enfants à risque et à faire en sorte qu ils aillent à l école et restent en dehors des lieux de travail dangereux. Souvent, ils le font de toute façon et il s agit davantage de formaliser la procédure. Certains projets communautaires qui ciblaient les enfants vulnérables issus de familles pauvres ont mis en place des activités génératrices de revenus ou de systèmes de micro-crédit pour aider les parents à réunir les fonds afin de couvrir les coûts liés à l école, en particulier les manuels et les tenues scolaires. Les fonds peuvent également être accessibles à travers des sources gouvernementales centralisées ou locales. Par exemple, le SMC aux Philippines a pu puiser dans les ressources du ministère de l Éducation pour concevoir un programme de formation pour les enseignants sur la protection de l enfance et pour mettre en place des systèmes de protection des enfants dans les écoles. 3.2 Définition de l objectif du STE Les objectifs de tout processus de suivi doivent être clairement définis dès le début et les rôles de chaque groupe doivent être spécifiés. Les six questions aident beaucoup dans ce processus. Qui: Cette question a deux aspects: qui doit être suivi et qui fera le suivi? Les critères de sélection des bénéficiaires peuvent être établis sur la base des conventions de l OIT sur l âge minimum d admission a emploi ou sur les pires formes de travail des enfants. Si l objectif est de travailler avec les enfants les plus vulnérables dans une communauté particulière, une certaine forme d évaluation de la vulnérabilité doit être effectuée. Dans le projet RADA en Sierra Léone, cela fut fait en interrogeant les enfants individuellement pour connaître leur passé. Dans le projet VOCRDC en Inde, les enfants étaient identifiés grâce à une enquête détaillée menée dans les communautés cibles. Au sein de la communauté, les groupes pouvant potentiellement être de bons agents de suivi, vont des parents, frères et soeurs aux enseignants, des inspecteurs d écoles aux fonctionnaires de gouvernement local, les employeurs et la police locale. La question de savoir qui est mieux placé pour mener à bien la tâche dépendra des bénéficiaires, de l environnement (maison, école, milieu social, et éventuellement le lieu de travail) et, bien sûr, de ce qui fait l objet de suivi. (Plus de détails sur les agents potentiels de suivi dans la section 3.3.) 171 Les agents de suivi du travail des enfants sont généralement issus de la communauté et ont accès même aux enfants travailleurs les plus cachés et temporaires
178 6 Quoi: Les surveillants observent le comportement, les résultats, ou les activités des bénéficiaires du projet, et des Le suivi est un outil efficace pour mesure autres enfants à risque. Des personnes indiquées peuvent surveiller le comportement dans un cadre donné. la performance au regard des indicateurs, Par exemple, les enseignants surveillent les résultats des enfants à l école et suivent la fréquentation et le progrès pour observer le comportement, les attitudes scolaire. Les frères et soeurs et les parents sont en mesure de surveiller le comportement des enfants et leurs activités à la maison ou pendant les jeux. Les groupes de et la performance personnelle et pour évaluer jeunes ou les pairs éducateurs observent le comportement des enfants, leurs résultats et leurs activités dans le progrès. une variété de situations sociales et scolaires. La police veille sur les enfants dans la communauté au sens large, et dans la rue afin de s assurer qu ils ne se créent pas de problèmes ou qu ils ne reviennent pas sur des lieux de travail dangereux. Il est important de trouver un équilibre approprié des processus de suivi au sein d un projet. Le fait d avoir trop d agents de suivi dans trop de situations peut être difficile à gérer, ce qui rend le projet administrativement trop lourd, et peut produire l effet inverse. Par ailleurs, trop peu de suivi peut signifier que trop peu d information est recueillie sur les bénéficiaires et sur l état d avancement du projet. Quand: Quand est-ce que les agents de suivi doivent mener des activités de suivi (dans le courant de la journée, de la semaine, ou du mois, ou même en fonction de la saison, si les enfants et leurs familles sont occupés par les activités saisonnières comme la récolte)? Le fait d élaborer, en concertation avec les agents de suivi, un calendrier qui indique de façon exhaustive la période à laquelle doivent se faire la collecte, la saisie et le rapport d information et le moment où auront lieu les réunions, les aidera à s organiser et à organiser leurs activités. 6 c KKPC: Un rigoureux système de suivi renforce l amour propre Une caractéristique du projet KKPC aux Philippines était le niveau rigoureux dans le suivi, depuis l identification des bénéficiaires jusqu à leurs résultats scolaires. Le suivi méticuleux comprenait la vérification des actes de naissance des bénéficiaires potentiels. Un dossier personnel était constitué pour chaque enfant, couvrant des domaines comme les conditions familiales ainsi que les situations scolaires et de travail. Des évaluations étaient faites sur les niveaux intellectuels des enfants sur la base des rapports scolaires, y compris les matières dans lesquelles un soutien scolaire supplémentaire était jugé nécessaire. Le personnel du KKPC établissait une étroite collaboration avec les enseignants et les directeurs d école en expliquant le contexte du projet, de sorte que plus d attention soit accordée aux résultats scolaires et au comportement des bénéficiaires. Des rapports scolaires réguliers étaient établis sur chaque enfant, et les dossiers mis à jour en conséquence. Des réunions mensuelles étaient organisées pour examiner les rapports et les zones à problèmes. Un suivi additionnel était effectué par les parents et des jeunes bénévoles, qui suivaient les enfants, leur donnaient tout le soutien nécessaire afin de s assurer qu ils terminent l année scolaire et les protégeaient pour qu ils ne retombent pas dans des situations de travail dangereux. Faisant partie de l assistance éducative, des leçons particulières quotidiennes, fournies par trois Centres d Education non formelle, étaient données aux enfants dans des matières dans lesquelles ils avaient des difficultés. En plus de bénéficier d une assistance d agents de suivi externes, les enfants se surveillaient également les uns les autres et les absences étaient signalées, afin que des mesures immédiates puissent être prises. Le suivi concernait le plus petit des détails, y compris ce que les enfants mangeaient à la maison et ce qu ils emportaient à l école comme goûter pendant leurs pauses. Les parents se sont engagés à faire en sorte que leurs enfants soient correctement nourris avant d aller à l école pour les aider à la concentration. Les résultats parlent d eux-mêmes, et chaque enfant dans le cadre du projet passa en classe supérieure l année suivante. Plus de la moitié des enfants étaient au-dessus de la moyenne de la classe dans les principales matières, comme les mathématiques, les sciences et l anglais. Le fait que des gens se souciaient de leur succès en classe constituait un facteur de motivation pour les enfants. L implication des parents, la sensibilisation aux problèmes du travail des enfants et les bienfaits de l éducation ont également porté fruits: certains ont déclaré qu ils feraient tout pour continuer à envoyer leurs enfants à l école à la fin du projet. Ils seront soutenus dans leurs efforts par les bénéfices d un projet générateur de revenus sur la gestion des déchets et du recyclage, projet mis en place dans la communauté. Le KKPC a constaté que son vaste système de suivi a établi de solides liens durables entre les membres du personnel, les bénévoles, les enseignants, les parents, les directeurs d établissement et les enfants. À long terme, ces liens seront essentiels à l élaboration de futurs projets communautaires. 172
179 Où: Si l agent de suivi est un enseignant, l emplacement sera probablement la salle de classe, s il est un parent ou un proche parent, ce sera la maison ou les endroits où les enfants jouent ou se fréquentent ; s il s agit d un employeur, l emplacement sera probablement le lieu de travail. 6 Pourquoi: Toutes les autres questions dépendent de la réponse à celle-là. Le but ultime du STE est de veiller à ce que les enfants aillent à l école et non au travail. Le suivi est un outil efficace pour mesurer les résultats par rapport aux indicateurs, pour observer les comportements, les attitudes et la performance personnelle, et pour évaluer le progrès. Il assure la responsabilisation de l agence d exécution et produit les rapports exigés par les bailleurs de fonds. Il peut renforcer la participation de la communauté et l appropriation du processus de prévention du travail des enfants, et donc contribuer à la pérennité du projet. Les informations recueillies au cours du suivi peuvent être vitales pour la réussite du projet, elles doivent être identifiées au moment de sa conception, comme la publication de la présente meilleure pratique, qui part des résultats du suivi des projets CIRCLE. Comment: Comment mener les différents processus de suivi, les mettre en place, et enregistrer, analyser et suivre les informations obtenues sont des aspects fondamentaux d un système de STE et ils doivent être bien définis dès le départ. Il est possible, toutefois, que certains processus évoluent lors de l exécution des activités du projet, parfois de manière inattendue. Le STE peut être formel ou informel. Certains projets mettent en place un comité de STE, qui peut être une équipe multidisciplinaire composée de principaux agents de suivi, y compris des enseignants, des parents, des jeunes, des policiers, des fonctionnaires de l assistance sociale, et d autres membres de la communauté. Ces comités peuvent être liés à l école et fonctionner en son sein et peuvent s appuyer sur des structures existantes (voir la section 3.1, page 170). Dans certains cas, comme le projet Arunodhaya, de nouveaux membres du comité prêtent un serment de dévouement pour lutter contre le travail des enfants. Ces comités peuvent assurer un large éventail de fonctions pendant la durée de vie du projet et au-delà. On peut notamment citer la collecte de renseignements sur le travail des enfants dans la zone, des discussions avec les enfants travailleurs au sujet de leur situation et des encouragements à aller à l école, des visites au domicile de ces enfants pour parler aux parents des dangers du travail des enfants et de l importance de l éducation, l appui à l inscription dans les écoles ou les programmes d éducation non formelle, l engagement, si nécessaire, des actions en justice pour retirer les enfants des lieux de travail dangereux et pour les protéger, les contacts avec les employeurs pour les encourager à ne pas employer les enfants et plutôt, essayer de persuader les enfants qui viennent à eux d aller à l école, l organisation de discussions avec les autorités locales compétentes, la police, et d autres parties prenantes et la sensibilisation du grand public à la problématique du travail des enfants ainsi que l importance de l école. Les systèmes de suivi informels peuvent prendre diverses formes. La question du «comment» est traitée plus en détail dans la suite de ce chapitre (voir p. 178). 3.3 Identification des agents chargés du suivi L identification des agents potentiels chargés du suivi, que ce soit des individus ou des groupes, fait partie de la réponse à la question «qui». Celui qui fait le suivi dépend dans une large mesure du contexte du projet, de l environnement, des objectifs et du profil du groupe bénéficiaire. Par ailleurs, le choix des d RADA: Le rôle des travailleurs dans le suivi Dans le cadre de son projet visant à réduire et à prévenir la traite des enfants à la frontière entre la Sierra Léone et le Libéria, RADA a créé un Groupe de Travail de Retrait avec la participation d environ 30 travailleurs du secteur des transports locaux, tels que les loueurs de bateaux, les cyclistes, les chauffeurs de camion et autres, ainsi que les chefs de la communauté locale. Les membres étaient choisis sur la base de leur engagement à lutter contre la traite des enfants. Les agents de suivi ont axé leurs activités sur les postes frontaliers où il n y avait pas de gardesfrontières (c est-à-dire des points de passage illégaux, où la plupart de l activité de traite avait lieu), interceptant les voyageurs qui avaient des enfants ou des jeunes en leur compagnie pour vérifier s il s agissait de traite. Une ligne de communication a été créée dans le cadre du projet, selon laquelle le groupe de travail rendait compte au Club de lutte contre la traite des enfants (voir La sensibilisation, page 47), qui, à son tour, rendait compte au Club de plaidoyer sur les droits de l Homme et la traite (voir Le plaidoyer, page 72), qui était en contact permanent avec les autorités locales de police pour que ces dernières prennent des mesures contre les trafiquants et que les enfants affectés fussent rapatriés en sécurité. Compte tenu de la sensibilité du sujet, les agents de suivi étaient formés aux techniques d entretien tant des adultes que des enfants. Les entretiens avec les enfants étaient menés pour vérifier la véracité de ce que les adultes affirmaient, et elles se faisaient dans un cadre non contraignant, impliquant au moins deux agents de suivi. Les résultats de ces entretiens ont été ensuite transmis aux autorités compétentes afin qu elles prennent des mesures adéquates. RADA a noté une réduction dans l intensité de la traite et aussi dans le nombre d enfants venant du Liberia comme enfants adoptifs, une forme particulièrement insidieuse de la traite. Toutefois, étant donné que ces interventions comptent surtout sur l engagement des bénévoles, il y a des inquiétudes quant à sa durabilité. De ce fait les encouragements sont les bienvenus.
180 6 agents de suivi dépendra de l ampleur et de l intensité du système de STE que le projet vise à mettre en place. En d autres termes, jusqu où le système sera formel ou informel ou si le suivi se fera au sein ou en dehors de la communauté. En général, les projets CIRCLE ont constaté que le suivi à base communautaire et/ou scolaire a un impact positif sur la maîtrise et la viabilité du projet. Les organisations ont mis en place des systèmes de suivi composés d une combinaison de groupes communautaires, notamment les pairs, les enseignants, les parents, les femmes des groupes communautaires, les fonctionnaires de l administration locale, la police et les employeurs. L organisme d exécution peut être impliqué dans les processus plus techniques de suivi. Le processus même d identification des agents de suivi soulève des questions sur la conception de projet. Étant donné que le suivi est un élément essentiel des projets traitant des questions du travail des enfants, il est important d identifier les personnes qui sont potentiellement capables de le faire dès la phase de préparation, et de les contacter pour discuter de leur intérêt et de leur volonté de participer. D autres personnes peuvent apparaître pendant l exécution du projet et pourraient être beaucoup plus efficaces dans le suivi que celles qui ont initialement été identifiées, mais cela ne peut pas être anticipé. Une interview devrait être aussi informelle et non agressive que possible et conduite dans un environnement connu des enfants et dans lequel ils se sentent en sécurité et confortable Il y a certaines données à garder à l esprit lors de l identification des agents convenables pour le suivi: L environnement: Un point de départ constructif dans le processus d identification des potentiels agents de suivi est d étudier de près, au stade de la conception, l environnement global dans lequel le projet doit se dérouler. Il est important de considérer l environnement au sein du contexte, par exemple: les maisons et les lieux de rencontre et de jeu des bénéficiaires; leur milieu d enseignement, qu il s agisse d une école ou d un centre d éducation non formelle, et l ensemble de la communauté, qui englobe l ensemble de ces micro environnements. Selon le groupe de bénéficiaires, ces environnements peuvent être très différents. Par exemple, l environnement des enfants de la rue dans les grands centres urbains sera très diffèrent de celui de leurs pairs en milieu rural. Après avoir identifié ces différents environnements, il sera possible d identifier et d organiser des rencontres avec les personnes et les groupes avec lesquels les bénéficiaires sont en contact ou sont susceptibles d entrer en contact. Le projet SCM aux Philippines a porté sur le travail domestique des enfants, une forme particulièrement difficile des pires formes du travail des enfants. Il a étudié très attentivement l environnement de ces travailleurs et a analysé la meilleure manière de les atteindre et de fournir des services appropriés. Cette organisation a utilisé une approche multisectorielle pour suivre les bénéficiaires et identifier les organisations existantes, les institutions, et les autorités qui pourraient apporter un soutien supplémentaire, par exemple, les agents locaux chargés de genre et de développement qui sont en contact avec les enfants et les employeurs (voir l encadré 6f). Entretien: L interview des futurs bénéficiaires peut aider à identifier les agents potentiels de suivi. Ces entretiens peuvent être menés en tête-à-tête ou en petits groupes selon la façon dont les enfants répondent au processus d entretien. Un entretien doit être aussi informel et non contraignant que possible et mené dans un cadre connu de l enfant et où il se sent en sécurité et dans le confort. Il peut être utile de réaliser l entretien avec l enfant par le biais de quelqu un qu il connaît et en qui il fait confiance, par exemple un jeune de la communauté. L objectif devrait être de mieux comprendre la vie quotidienne de l enfant et la nature de leurs différentes interactions sociales, y compris les personnes et groupes avec lesquels les enfants entrent en contact. RADA, en Sierra Léone, organisait des entretiens en tête-à-tête avec les bénéficiaires pour parler de leur passé, pour avoir ainsi une idée des gens avec lesquels ils communiquent, sur une base quotidienne. Les Lorsque les enfants savent que les adultes s intéressent à leur sécurité et leur bien-être ils se sentent en confiance pour faire le plaidoyer pour leur propre compte 174
181 employés de transport étaient fréquemment mentionnés. Ainsi le projet les a approchés pour devenir membres du Groupe de Travail pour le Retrait. En outre, RADA donnait une formation spéciale aux membres du Groupe de Travail pour leur apprendre à interroger les adultes et les enfants impliqués dans des activités douteuses de trafic afin d éviter de traumatiser davantage les enfants et de veiller à ce que les agents de suivi n abusent pas de leur position (voir l encadré 6d). 6 Le genre: Le genre pourrait être un facteur dans l identification des agents de suivi, en particulier dans les situations où la majeure partie ou la totalité des bénéficiaires sont des filles, ou en fonction de la culture locale. Avoir des agents de suivi du même sexe peut faciliter le contact et le suivi des bénéficiaires. Les mères peuvent faire de bons agents de suivi, étant donné qu elles sont susceptibles d être plus présentes et impliquées dans la vie de leurs enfants que les autres adultes. Dans l établissement de relations de confiance, le genre peut être un élément. Toutefois, il n a pas besoin d être une préoccupation primordiale à moins qu il ne s agisse du suivi de filles en particulier, comme dans le cas du projet WHEPSA au Sénégal, qui s est employé à aider les communautés à comprendre l importance du maintien des filles à l école et à suivre leurs progrès scolaires. L âge : Le suivi du travail des enfants peut être institutionnalisé pour. À l instar des enseignants, les pairs éducateurs peuvent jouer protéger les enfants contre le travail dans les industries un rôle important pour observer et rendre compte des comportements, des attitudes et des résultats scolaires des bénéficiaires. Les enfants peuvent s ouvrir à leurs pairs plus facilement qu à un enseignant adulte. En conséquence, les pairs éducateurs peuvent avoir accès à des renseignements personnels importants qui pourraient servir d alerte précoce au travail des enfants. Ils peuvent également obtenir des informations pouvant être utiles à l évaluation de l état d avancement ou du succès d un projet. Le projet KKPC aux Philippines et le projet PACF au Ghana consistaient tous les deux à mobiliser les enfants pour veiller sur les bénéficiaires du projet. Le PACF a mis en place des clubs scolaires pour enfants afin d agir comme groupe de surveillance et permettre aux enfants de se protéger eux-mêmes, tout en protégeant leurs pairs ainsi que leurs frères et sœurs. Certains agents de suivi peuvent agir La motivation et l engagement : Tout le monde n est pas intéressé à devenir agent de suivi. C est pourquoi des discussions doivent avoir lieu avec les agents potentiels de d abord comme précurseur dans le suivi lors des phases de préparation et de planification afin de mesurer leur degré de motivation et d engagement. Ce n est pas la peine d investir du temps et de la formation dans les agents de suivi qui système d alerte pour conseiller l organe ne seront pas performants au cours du projet. Arunodhaya en Inde s est investi en temps dans des discussions avec d éventuels agents d exécution lorsque les bénéficiaires de suivi et a découvert que certains employeurs étaient eux-mêmes des anciens enfants travailleurs. Se rappelant leurs propres expériences, ces employeurs ont embrassé les objectifs du projet et ont ap- sont absents de l école ou vont au travail pelé les parents à ne pas envoyer leurs enfants travailler, mais plutôt de faire en sorte qu ils reçoivent une bonne éducation et soient en mesure de défendre leurs droits. Ils ont également déclaré qu ils n allaient pas employer d enfants dans leurs entreprises. RADA en Sierra Léone a noté pour sa part que la question de l engagement affecte la viabilité des groupes de bénévoles, comme le Groupe de Travail pour le Retrait (voir encadré 6d). Compétences requises: Les compétences que les agents de suivi doivent avoir dépendent en grande partie de leurs rôles et responsabilités. Certains agents de suivi agiront avant tout, comme système d alerte précoce, pour conseiller l organisme d exécution lorsque les bénéficiaires sont absents de l école ou sont appelés à travailler. Dans d autres cas, en particulier pour les membres des comités formels de STE, les agents de suivi peuvent être appelés à coordonner leurs activités avec d autres et à préparer des rapports détaillés sur les bénéficiaires, lesquels rapports seront utilisés pour mesurer la réussite du projet. Dans le projet ANPPCAN au Kenya, par exemple, le suivi a été principalement mené par les comités locaux scolaires. Les enseignants, les membres du conseil d administration de l école, et d autres membres du personnel ont été formés pour repérer les enfants à risque et 175
182 6 suivre les bénéficiaires. Dans le but de concevoir des activités de formation appropriées, les organismes de mise en œuvre doivent évaluer les compétences requises des agents de suivi. Par exemple, auront-ils besoin d évaluer les niveaux d éducation des enfants ou leur comportement psychosocial? Quelles sont les compétences d aide psychosociale dont ils ont besoin pour travailler avec les enfants traumatisés? En tout cas, au minimum, tous les agents de suivi doivent participer aux ateliers de sensibilisation afin de leur fournir des informations et des compétences de base. La question de la formation et de la sensibilisation est traitée plus en détail dans la section 3.4. Plusieurs projets de lutte contre le travail des La disponibilité: Il est important de connaître le temps que les agents de suivi peuvent consacrer aux activités du projet. Cela a enfants portent en eux un volet éducation actif, qui un impact sur la conception du système de STE, étant donné que les activités devront être adaptées au temps donne accès à une gamme variée d agents de disponible. Strictement parlant, le suivi peut consister simplement au fait qu un enseignant garde un oeil sur les enfants à risque dans la salle de classe, ou un suivi potentiel, que ce soit dans un contexte d école proche parent veille à ce qu un frère ou une soeur aille à l école et non pas au travail. L acte d observation est formel ou une centre d éducation non formelle inhérent au comportement humain de tous les jours, et à ce niveau, il n a pas besoin d être pesant. Le suivi peut aussi impliquer un processus structuré et détaillé d observation, de compte-rendu, d analyse et de suivi plus exigeant et demandant plus de temps. Par conséquent, les systèmes doivent être conçus pour satisfaire les capacités des agents de suivi. S il s agit de la mise en place de structures de suivi plus formelles, il faut voir quelles structures ou organes existent déjà dans la collectivité et qui peuvent être adaptés pour incorporer les activités du STE. Il est possible que l engagement de la communauté au projet sera tel que les gens seront prêts à réserver du temps pour cela, mais il ne faut pas abuser de cette bonne volonté. Voici, ci-dessous, une liste loin d être exhaustive des agents potentiels de suivi. Le choix final dépendra du pays, de la communauté, du groupe bénéficiaire, et des buts et objectifs spécifiques du projet. Les parents et les frères et sœurs: Si les bénéficiaires vivent avec leurs familles, un domaine prioritaire pour l observation sera la maison. Certains projets organisent les mères dans un groupe de contrôle. D autres encouragent les frères et sœurs à garder un oeil sur leurs frères et soeurs. Certains projets mettent l accent sur le renforcement des compétences parentales, car elles sont un facteur déterminant l attitude et le comportement des enfants. Les groupes sociaux et les pairs: Les enfants communiquent avec d autres enfants, qui peuvent agir comme des observateurs efficaces de leurs amis et pairs. Les groupes sociaux peuvent être particulièrement importants dans le suivi des enfants de la rue, qui ont tendance à s organiser en groupes unis pour veiller les uns sur les autres, de jour comme de nuit. Les groupes communautaires: Il pourrait s agir de groupes de femmes pour l auto-assistance, comme dans le projet ASHA en Inde. Les enseignants, les éducateurs, les assistants et les directeurs: Beaucoup de projets de travail des enfants comprennent un volet d éducation active, ce qui ouvre un éventail potentiel d observateurs, que ce soit dans un cadre d éducation formelle ou dans un centre d éducation non formelle. Les pairs éducateurs: Certains projets offrent des activités d éducation par le biais d un réseau de pairs éducateurs, et ceux-ci peuvent être particulièrement utiles pour l obtention d informations sur les bénéficiaires, le suivi de leurs activités, et l obtention de réactions. 176 Souvent les enfants travailleurs doivent habiter pr ès de leur lieu de travai
183 Les associations de parents/enseignants ou de parents : Beaucoup d écoles ont une association de parents et d enseignants, de parents et d élèves, ou tout simplement de parents qui peuvent fournir la base pour la création d un comité de STE. Les parents surveillent les enfants à la maison et les enseignants les surveillent à l école, ce qui couvre déjà une grande partie de la journée d un enfant. 6 Les clubs d enfants et de jeunes: Afin d organiser le temps libre des enfants et de pourvoir à des activités extrascolaires constructives, de nombreuses communautés mettent en place des clubs pour enfants et jeunes, parfois dans le cadre de l école. Ces clubs sont généralement bien fréquentés par les enfants dans la communauté, et les gens qui les animent sont des personnes dévouées qui pourraient faire des agents de suivi efficaces. Les agents de suivi du travail des enfants doivent atteindre les enfants travailleurs dans les conditions les plus difficiles Les clubs de sport et de loisirs: Les enfants ont beaucoup d énergie physique et mentale, qui peut être canalisée vers le sport ou d autres activités récréatives organisées, comme la danse et le chant. Ces clubs, à base communautaire, peuvent être des forums efficaces pour le suivi des enfants et pour faire passer des messages directs et indirects sur les dangers du travail des enfants et de même sur les bienfaits de l éducation. Les employeurs: Les employeurs peuvent surveiller leurs lieux de travail pour s assurer que les enfants au-dessous de l âge minimum d emploi n y travaillent pas. La police: La police joue souvent un rôle de premier plan dans les communautés, en particulier dans les petites collectivités, où la plupart des gens connaissent les agents de police locaux. Dans les grandes zones urbaines, la police peut faire attention aux enfants vulnérables, comme les enfants des rues, et suivre leurs déplacements et leurs activités. Ils sont également responsables de soustraire les enfants des travaux dangereux et assurer leur protection. Les services sociaux : Les travailleurs sociaux et communautaires communiquent souvent avec les groupes sociaux vulnérables et peuvent surveiller les situations internes ainsi que le comportement et les activités des enfants et de leurs familles. Les inspecteurs d école: Les inspections d école sont inefficaces ou presque inexistantes dans certains pays. Toutefois, là où elles sont actives, elles peuvent jouer un rôle clé dans le suivi des résultats scolaires, de l absentéisme et de l abandon scolaire. Les groupes confessionnels ou religieux: En fonction du contexte culturel, la religion peut jouer un rôle central dans la vie communautaire. Dans de tels cas, les enfants peuvent participer à des offices religieux, comme la prière ou le culte. Les groupes confessionnels peuvent garder un oeil sur les enfants vulnérables et faire passer les messages sur les dangers du travail des enfants et les bienfaits de l éducation. Cela peut être particulièrement utile dans les cas des formes cachées de travail des enfants, comme le travail domestique impliquant principalement des filles. Participer à des activités religieuses peut être l une des rares occasions où certains enfants travailleurs sont autorisés à sortir de la maison et est une occasion de les rencontrer, de parler avec eux et de suivre leurs situations. Les rassemblements religieux peuvent également offrir des occasions de mobiliser les parents, les familles ainsi que les communautés et exécuter des activités de sensibilisation. Dans le cadre des projets CIRCLE et ceux financés par le gouvernement des Etats-Unis, des activités strictement religieuses ne sont pas financées ; cependant, les groupes confessionnels sont encouragés à participer dans la prévention du travail des enfants et peuvent être efficaces pour influencer un changement positif. Les commerçants: Les commerçants locaux, en particulier ceux dont les boutiques sont fréquentées par les enfants pour faire les achats de la famille et pour eux-mêmes, peuvent fournir une source inattendue d un contrôle efficace. Ils peuvent également connaître les enfants de la rue dans leur secteur et être en mesure de parler avec eux. En outre, les enfants domestiques font généralement des emplettes 177
184 6 pour leurs employeurs et, bien sensibilisés, les commerçants peuvent identifier ces enfants travailleurs et surveiller leurs activités, peut-être même servir de premier point de contact avec eux. Les travailleurs: Dans le cas de la traite des enfants, il a été constaté que les travailleurs locaux dans le secteur des transports étaient fréquemment en contact soit avec les trafiquants, soit avec les enfants victimes de traite, le plus souvent sans se rendre compte de ce qui se passait. En sensibilisant les travailleurs à ces questions et en attirant leur attention sur les signes à surveiller, il est possible de les faire participer aux activités de suivi. Plusieurs projets de lutte contre le travail des enfants portent en eux un volet éducation actif, qui donne accès à une gamme variée d agents de suivi potentiel, que ce soit dans un contexte d école formel ou une centre d éducation non formelle 3.4 La formation Après avoir identifié les agents de suivi et obtenu leur engagement, la prochaine étape consiste à examiner le renforcement de capacités qui leur sera nécessaire pour mener leurs activités de manière efficace. Ci-dessous, les étapes à suivre dans l organisation de la formation des agents de suivi: Déterminer les tâches et responsabilités: Pendant la phase de planification et de préparation du projet, il faut établir une liste de tâches et de responsabilités de chaque agent ou de chaque groupe d agents de suivi sur la base de ce qui a besoin d être suivi et par qui, ainsi que l objectif du suivi (voir la section 3.2).. Évaluer les capacités: Il faut évaluer les capacités des agents de suivi et des compétences dont ils auront besoin pour remplir leur rôle efficacement. Cela permettra d élaborer le contenu d un programme de formation et de documentation qui doit être développée, en s appuyant, si possible, sur les compétences existantes, les outils et les structures. Etablir les objectifs: Il peut s agir: D améliorer les compétences, telles que les techniques d observation, de suivi, de compte rendu, de communication, de plaidoyer et de conseil. Fournir l information et sensibiliser le public, par exemple sur les causes et les conséquences du travail des enfants, l importance de l éducation et des résultats scolaires, l importance des systèmes de suivi de la communauté et de l école, la participation des enfants, l éducation responsable des enfants, les opportunités d éducation et de formation, les services de santé, et les normes juridiques. Choisir la forme et le style: Les programmes de formation doivent avoir un équilibre dans leurs méthodes et structures et prendre en compte différents modes d apprentissage et de besoins de projet. Les sessions théoriques et pratiques. La formation doit trouver un équilibre entre les sessions théoriques et pratiques qui permettent aux participants d expérimenter de nouvelles compétences. Des ateliers séparés et conjoints. Si le projet doit inclure des groupes de suivi à base communautaire, par exemple les associations de parents-enseignants, les forums de femmes et des mères, les clubs de jeunes ou clubs scolaires, il pourrait être intéressant et plus viable financièrement, d organiser des ateliers de formation conjoints pour encourager une collaboration plus étroite et un soutien mutuel. Si les rôles et les responsabilités des groupes de suivi sont similaires, ils peuvent être formés ensemble. Des séances séparées peuvent être nécessaires pour certains groupes, par exemple un comité de STE plus formel ou des services d assistance pour enfants, ou quand on met l accent sur certaines exigences spécifiques, ou dans certains environnements. Le calendrier. Les programmes de renforcement de capacités doivent être d une durée suffisante pour permettre aux stagiaires d assimiler la formation et de faire la pratique. Il est également important d organiser la formation à un moment et dans un endroit qui conviennent mieux au maximum de personnes possible. 178
185 Note importante Quand on donne une formation dans le domaine de l aide psychosociale et des activités similaires, il est essentiel d avoir l appui de professionnels qualifiés et de fixer des limites claires pour les agents de suivi en termes de ce qu ils devraient et ne devraient pas tenter de faire. Les questions de santé mentale et émotionnelle sont lourdes de danger lorsqu elles sont traitées par des personnes non qualifiées, même si c est avec une très bonne volonté. En outre, un simple système de référence devrait être établi et toutes les personnes impliquées doivent prendre conscience de la nécessité de la sensibilité dans le traitement de ces questions. Un code de bonnes pratiques devrait également être mis au point pour s assurer que tous les agents de suivi souscrivent aux mêmes normes morales et éthiques. 6 La formation professionnelle intégrée. Le suivi est souvent assumé par des professionnels de la communauté, tels que les enseignants et les travailleurs sociaux et de santé. Dans de tels cas, il serait avantageux d intégrer la formation de suivi dans les processus continus de développement professionnel, comme la formation continue des enseignants. Le STE est une responsabilité supplémentaire pour les enseignants, et ils pourraient être plus réceptifs à assumer cette tâche si elle est considérée comme une composante de la formation professionnelle, peut-être même améliorant formellement les qualifications professionnelles. Cela devra faire l objet de consultations directes avec l organisme de certification et de formation professionnelle des enseignants, les organisations nationales des enseignants, et peut-être le département ou ministère de l Éducation. Il devrait également faire l objet de consultations directes avec les directeurs des écoles qui bénéficieront du projet. Les consultations sont moins coûteuses, mais indiquent que l organisme de mise en œuvre respecte les opinions de toutes les parties prenantes et renforce l appropriation du projet. Une approche respectueuse est également plus susceptible d apporter une réponse positive. Rechercher des programmes existants: Il est absurde de réinventer la roue. Des programmes de formation gouvernementaux ou privés existent peut-être déjà et qui sont bien adaptés ou pourraient être adaptés aux objectifs du projet. Le projet LVF aux Philippines, par exemple, était capable d adapter un programme gouvernemental existant sur la parenté responsable (voir encadré 6e). Puiser dans les programmes existants permet d éviter certains des coûts et des efforts impliqués dans le développement de nouveaux contenus de formation et renforce par là le potentiel de soutien et d intérêt pour le projet de la part de ceux qui ont donné la formation. Les besoins de formation peuvent être similaires à ceux d autres organisations communautaires, nationales, ou enfin des organismes internationaux ou de l ONU, et la liaison avec celles-ci devrait également être explorée. Ceci est un excellent moyen de partager des idées et d offrir un soutien mutuel, ainsi que de renforcer les réseaux nationaux et internationaux. Le développement du contenu: Le contenu de la formation peut varier considérablement suivant la personne qui fait le suivi et ce qui est exigé d elle. Transmettre les compétences nécessaires peut impliquer une formation unique ou une série d ateliers et peut inclure un suivi ou une formation continue pendant la durée du projet. En fait, c est une bonne idée de répertorier les compétences existantes dans la communauté. Divers professionnels et d autres personnes dotées des compétences requises pourraient être approchés pour voir s ils seraient prêts, soit pour aider aux activités du projet en tant que bénévoles ou à en former d autres. Les connaissances et les compétences qui seraient utiles dans l exécution du STE sont: La connaissance des dangers, des causes et des conséquences du travail des enfants, les droits et responsabilités des enfants, l importance de l école et de l éducation, la protection de l enfant, la participation des enfants, etc; La connaissance de l éventail des parties prenantes qui pourraient être impliquées dans un système de STE et la façon de coordonner et de communiquer avec elles; e LVF: Travailler en étroite collaboration avec les parents LVF aux Philippines était convaincu de l importance du travail avec les parents pour soustraire les enfants des travaux nocifs et pour les aider à retourner à l école. L approche devait être interactive, constructive et réaliste pour les familles pauvres. En outre, elle devait avoir une composante d éducation intégrée et durable. Grâce à l expérience acquise dans le travail avec les familles par le biais de son Programme de Formation du Dimanche des Parents, LVF a modifié un programme gouvernemental existant pour les parents, appelé «Séminaire pour l Efficacité des Parents» pour y intégrer les valeurs et les compétences qui permettraient aux parents d être des défenseurs actifs de l éducation et de la prévention du travail des enfants dans leurs propres familles et communautés. LVF a mené une enquête pour évaluer les connaissances, les opinions et les besoins des parents. Certains des plus pressants concernaient les connaissances et les compétences dans l éducation des enfants, dans la gestion du comportement des enfants, et le renforcement des relations familiales, en particulier entre les époux. Un programme de formation participative sur l efficacité des parents a été conçu et livré dans le but d aider les parents à évaluer les besoins et les droits de leurs enfants et d améliorer leurs capacités parentales de soutien à l éducation et à la protection de leurs enfants. Après trois sessions de formation, 20 parents bénévoles ont émergé comme principaux défenseurs et formateurs envers d autres parents dans leurs communautés locales. Ces volontaires continuent à aider dans la conduite des enquêtes de sensibilisation du public au sein de leurs quartiers, agissant en tant que conseillers auprès d autres parents, faisant le suivi des résultats scolaires des enfants travailleurs inscrits dans le projet, et le suivi des enfants à risque d abandon ou de nonfréquentation scolaire. Ces parents sont désormais essentiels pour le système d alerte précoce du projet.
186 6 Des compétences administratives et analytiques pour faire face efficacement au suivi et à l observation, y compris enregistrer, analyser et véhiculer les informations recueillies; Des compétences pédagogiques et psychologiques pour influencer les valeurs des enfants travailleurs ou des enfants à risque, en particulier si l interaction avec les bénéficiaires est nécessaire; Des compétences dans l identification des enfants à risque dans des cadres différents et prendre des mesures pour les protéger et les soutenir, soit dans la salle de classe, à travers des interventions sanitaires, ou la protection sociale (valable pour les enseignants formés ainsi que les professionnels de la santé et de la protection sociale); Des compétences en matière de suivi et de communication avec les enfants à risque et avec leurs parents ou tuteurs et dans l orientation des enfants à l enseignement de soutien et d autres services pertinents (valable pour les enseignants, les directeurs d école et les administrateurs); Des compétences en matière de leadership, d assistance psychosociale, de plaidoyer, et de communication pour appuyer la sensibilisation et le plaidoyer; Une meilleure compréhension du rôle et de la capacité des parents à promouvoir les liens familiaux et la communication à la maison, non seulement entre les parents et les enfants, mais aussi entre les adultes à la maison (valable pour les parents et les tuteurs); L organisation et la gestion des réunions, la collecte et la gestion des connaissances, le travail avec les services publics, la résolution des conflits, etc (valable pour ceux qui travaillent dans les comités plus grands et plus formels de STE); La formation juridique dans la législation appropriée et les mesures à prendre pour rapporter les activités illégales et pour appuyer la police et d éventuelles affaires judiciaires (valable pour ceux qui sont appelés à faire le suivi des activités illégales impliquant des enfants, telles que le traite, l exploitation sexuelle commerciale, le recrutement des enfants comme soldats, ou le commerce de la drogue). Les codes de pratiques et d éthique: Il existe des formes de suivi où il faut veiller à garantir que les agents de suivi n abusent pas de leurs positions, ni ne dépassent leur autorité. Il est recommandé que des évaluations d attitudes et de comportements soient incluses dans le processus de sélection des agents de suivi pour les zones sensibles. Des codes de pratiques et un ensemble de normes éthiques peuvent être développés avec les agents de suivi afin de guider leur travail, surtout lorsqu il s agit d enfants et d adultes vulnérables. Par exemple, les membres du Groupe de Travail pour le Retrait et d autres groupes communautaires de bénévoles dans le projet RADA en Sierra Léone étaient censés intercepter les voyageurs franchissant illégalement la frontière entre la Sierra Léone et le Libéria. Les résultats de leurs entretiens ont été portés à l attention des autorités pour qu elles prennent des mesures. Toutefois, au cours de ce processus d entretien avec les adultes et les enfants, certains moments auraient pu être traumatisants pour toutes les parties concernées. L on devait prendre soin de s assurer que les agents eux-mêmes n outrepassent pas leur autorité civile. Cela exige une sélection rigoureuse des membres du groupe, une formation sensible et détaillée dans les techniques d entretien et d orientation, ainsi que le respect des droits humains fondamentaux. Les enfants peuvent faire d excellents agents de suivi car ils ont accès même aux enfants les plus ruraux 180
187 6 f SCM: L impact des systèmes multisectoriels de suivi Le projet SCM aux Philippines a travaillé avec des enfants dans le travail domestique et d exploitation sexuelle commerciale et a aidé à mettre en place des systèmes de soutien pour eux. Ce qui a conduit, dans certains cas, à leur retour dans leurs familles. Approcher le gouvernement local comme un partenaire potentiel dans la mise en œuvre du projet a été une expérience nouvelle pour le SMC, mais qui, rapidement, s est avérée mutuellement bénéfique. Les élus locaux ont reconnu que le projet permettrait de renforcer leur propre campagne «Retour à l école» destinée à faciliter le retour dans l éducation formelle des enfants et des jeunes ayant abandonné l école et de suivre leurs progrès. Les administrations locales ont également joué un rôle dans l identification des enfants pour les orientations. Cette campagne a été mise en œuvre par des agents locaux spécialistes en genre et développement, qui sont essentiellement responsables des questions concernant les enfants, la protection des enfants, des femmes et des familles. Dès le début donc, le SMC a reconnu l importance stratégique de l établissement de partenariats étroits avec ces fonctionnaires et de faire en sorte que la préoccupation pour le bien-être des enfants travailleurs domestiques soit intégrée dans les programmes et les services au niveau de la communauté en utilisant les ressources du gouvernement local. 6 Le SMC a rencontré les familles pour souligner l importance de l éducation et mettre en évidence les conditions dangereuses et d exploitation dans lesquelles leurs enfants travaillent. Dans certains cas, cela a conduit au retour des enfants dans leur famille, et les parents se sont ensuite engagés à soutenir l éducation de leurs enfants. Le suivi était une composante clé du projet du SCM, et les écoles ont été reconnues comme des zones vitales pour le suivi. Des relations étroites étaient établies entre les services sociaux et les écoles pour renforcer les systèmes de suivi et d échange d informations sur les bénéficiaires et leurs familles. Des réunions régulières étaient également organisées entre le SMC et les administrateurs scolaires afin de discuter des progrès des enfants travailleurs domestiques et planifier les mesures à prendre dans chaque cas particulier, mesures devant être dans le meilleur intérêt de l enfant. Pour appuyer les activités de suivi dans les écoles et encourager les enseignants à s y intéresser, le SMC a organisé des réunions dans les écoles où les bénéficiaires étaient inscrits pour discuter du projet. Ces échanges ont également porté sur les besoins de formation additionnels des enseignants et la manière d adapter les mécanismes de suivi existants pour soutenir les bénéficiaires le plus efficacement possible. Un programme de formation a été conçu et mis en œuvre en collaboration avec le ministère de l Éducation, qui a donné ordre aux enseignants d y participer. De ces activités a émergé une proposition de la part des enseignants pour mettre en place des «Equipes d Action rapide» dans les écoles. Ce réseau d équipes s est concentré sur la localisation et le suivi des enfants bénéficiaires, l élaboration de campagnes de sensibilisation sur le travail des enfants, et la mobilisation des ressources. Des systèmes de référence ont également été mis en place avec les services sociaux, les établissements de santé publique, et les organisations ayant de l expérience dans le traitement de ces questions. Un système de suivi a été créé en collaboration avec les services sociaux, selon lequel les familles bénéficiaires étaient organisées en groupes de soutien. Les parents se félicitent de l occasion de discuter des questions d intérêt commun entre eux et ont commencé à apprécier l expérience de partager les problèmes et définir des objectifs réalisables pour aborder leurs problèmes les plus urgents. Il a également préparé la voie pour monter des campagnes de sensibilisation contre le travail domestique des enfants au sein des communautés concernées. Les groupes de soutien locaux étaient en contact étroit avec les agents responsables des questions de genre et de développement. Le SMC a mis en place deux bases de données de suivi. L une comportait les profils personnels de chaque enfant bénéficiaire, l autre, les données sur chaque famille, y compris ses conditions de vie, les installations sanitaires, le statut économique et de santé, l éducation, la présence de violence familiale, et l absence de documents relatifs à la naissance, au mariage, etc. L un des principaux atouts du projet SCM a été la manière efficace dont il a construit des liens entre les systèmes de suivi aux niveaux de l administration locale, de la collectivité et des écoles. Cela a aidé à convaincre les enseignants que leurs responsabilités ne seraient pas continuellement élargies pour y inclure la protection sociale de leurs élèves. La création des Equipes d Action Rapide, avec des systèmes d orientation vers les services sociaux et publics appropriés, signifiait que la charge de la responsabilité était partagée entre un large éventail d acteurs, tous concentrés sur le bien-être de l enfant. Les enseignants se sont sentis rassurés de ne pas travailler dans l isolement, et le suivi intégré garantissait une utilisation optimale des services et des ressources. Cette approche multisectorielle a également aidé les enfants à se rendre compte que toutes ces personnes et institutions étaient là pour leur bien-être et s intéressaient à eux. Le SMC a constaté que la réduction du travail des enfants était plus effective lorsque les parents, la communauté, et les institutions locales et publiques sont impliqués dans le programme de travail dans l environnement direct de l enfant. Il a également découvert que le suivi des enfants devrait commencer par une définition claire des zones à surveiller, en particulier en ce qui concerne leurs résultats scolaires, ainsi que d autres facteurs qui pourraient avoir une influence sur leur maintien à l école. Une fois que ces zones sont identifiées, les outils, les activités, les responsabilités, les calendriers, les rapports peuvent être discutés, conçus et mis en place. Les enfants soutenus dans le cadre du projet étaient en mesure de surveiller leurs pairs et devenaient efficaces dans le traitement de leurs propres problèmes et soucis. 181
188 6 3.5 Composantes opérationnelles du suivi S il est vrai que les systèmes de STE varient considérablement selon les pays et les projets, il en existe qui sont communs à la plupart des systèmes. Dans tous les cas, les responsabilités de suivi ont besoin d être établies et les formats de rapport conçus en collaboration étroite avec ceux qui vont exécuter les activités. Le suivi en tant qu activité indépendante ou liée à une autre activité Il n est pas nécessaire que le suivi soit une activité indépendante. Très souvent, les enfants bénéficiaires sont suivis dans le cadre d une autre activité du projet. Cela peut simplifier le processus et le rendre moins lourd pour les agents de suivi et pour le projet dans son ensemble. Par exemple, les enfants peuvent être facilement surveillés quand ils vont à l école, assistent à des cours de rattrapage ou participent à des activités parascolaires comme le sport, le théâtre, ou les clubs de jeunes. Pour les parents et les frères et sœurs, le suivi des plus jeunes membres de la famille est un processus naturel continu. Les parties prenantes ont besoin de comprendre ce qu on entend par suivi et être en mesure de parfaire leurs compétences en matière d observation des bénéficiaires et de compte-rendu de ce qu ils trouvent. Par conséquent, la formation et la sensibilisation sont cruciales. Analyser les différentes activités et les interactions sociales des bénéficiaires du projet permettra l identification des domaines où le suivi peut être intégré avec un minimum d effort et de coût. Il y aura aussi des cas où le suivi devra être inclus dans le montage du projet comme une activité spécifique réservée et ces cas doivent être définis dès le début. Méthodes de suivi Il existe un éventail d options de suivi, notamment: Les entretiens: Il s agit notamment d interroger les bénéficiaires afin d évaluer leurs besoins et leurs attentes et interroger les familles et d autres personnes qui communiquent avec eux. Cette activité exige des compétences particulières et devrait être menée avec tact, éventuellement avec le soutien de professionnels qualifiés. Visites à domicile: Celles-ci sont efficaces dans la définition d un profil complet de l enfant bénéficiaire, de son milieu socio-économique, des relations familiales, d expérience de traumatisme ou d abus, etc. Elles sont également nécessaires quand un enfant est absent de l école ou si d autres comportements d alerte précoce sont démontrés. Les visites à domicile exigent également une approche sensible et devraient impliquer des gens ayant une formation appropriée et/ou des professionnels. Dans certains projets, des groupes de parents ont été créés pour mener des activités de plaidoyer et de sensibilisation afin de promouvoir le bien-être et l éducation de l enfance et renforcer les compétences parentales au sein de la communauté. Dans certains cas, il a été constaté que les visites à domicile ont aidé à mieux comprendre les enfants qui sont les plus à risque et la façon de les aider. Cette méthode est particulièrement utile pour le suivi du travail domestique des enfants, et pour soulever des questions tels que les droits de l enfant, l éducation, la violence physique et les abus sexuels dans les foyers où les L implication de membres importants et engagés de la communauté pour suivre les enfants accroît les succès du projet 182
189 enfants travaillent. Les employeurs peuvent réagir favorablement à ces visites, entraînant ainsi une amélioration de la situation des employés de maison. Le suivi des enfants employés domestiques est spécialement difficile, et ces visites donnent d importantes idées sur la question et les solutions possibles. Les visites à domicile aident à gagner la confiance des familles impliquées, ce qui est important dans tout processus de suivi et est d une valeur inestimable pour une viabilité à long terme. 6 L observation: Il s agit d une simple technique de suivi qui peut être appliquée par tout individu ou groupe, par exemple, des frères et soeurs, des jeunes, ou des membres de la communauté. Ils peuvent affiner leurs compétences d observation et apprendre comment identifier les signes d alerte précoce chez les enfants à risque, par exemple l absence à l école. Il est important, cependant, que les agents de suivi sachent ce qu ils doivent faire avec les informations et les mesures qu ils doivent prendre. Le suivi de la fréquentation et des résultats scolaires: Les enseignants qui se sont familiarisés avec la question du travail des enfants et de son lien avec les mauvais résultats scolaires sont en première ligne des agents de suivi. Grâce à un contact régulier entre les enseignants, l agence d exécution, les familles et d autres parties prenantes, les problèmes peuvent être traités dès leurs premiers signes d apparition. 6 g L observation à base scolaire: Cette règle s applique aussi bien aux cadres d éducation formelle que non formelle et concerne généralement les associations de parents-enseignants, les pairs éducateurs, les associations de parents et d élèves, les associations d étudiants et/ou les conseils de gestion scolaires. Elle implique une communication rapide et efficace entre les enseignants, les administrations scolaires, les parents et les élèves. Les activités extrascolaires et communautaires: Il s agit de sport organisé, de théâtre, ou des clubs de jeunes. Les clubs d enfants sont généralement mis en place au sein d une école et permettent aux participants d identifier les signes précurseurs du travail d enfant, du risque d abandon, ou du risque d être victime de la traite des enfants. Une formation et la sensibilisation devraient être données à ceux qui font fonctionner de telles activités pour qu ils sachent qui et ce qu ils doivent observer ainsi que ce qu il faut faire en cas d absence à l école ou de comportement inapproprié. Le suivi des lieux de travail: Les enfants travaillent parce que quelqu un est prêt à les employer. Il est important d associer les employeurs aux activités de suivi, et en particulier dans les inspections des lieux de travail pour s assurer que des enfants n y travaillent pas. S il s avère tout de même que c est le cas, alors des mesures peuvent être prises pour se rendre dans leurs familles et discuter de leur retour à l école. Dans certains projets, les enfants bénéficiaires peuvent continuer à travailler et à aller également à l école. Dans ce cas, le suivi des lieux de travail implique également la vérification des conditions de travail ou de salaires et de veiller à ce que les enfants employés bénéficient de la scolarité, du temps de loisir, et du temps à passer avec leurs familles. Cependant, dans les pires formes du travail des enfants, les enfants doivent être signalés aux autorités appropriées, retirés et l employeur doit être dénoncé. 183 ANPPCAN: Réseau sécuritaire pour les enfants à risque ANPPCAN a mis en place une structure formelle de comités de STE à différents niveaux, depuis le niveau district jusqu au niveau de l école dans les trois districts de Mombasa, au Kenya. Au niveau supérieur, ANPPCAN a créé des Comités Régionaux du Travail des Enfants des (DCLC), au dessous desquels se trouvaient les comités de la circonscription, les comités communautaires, les comités à base scolaire, et un grand nombre de services d assistance. Aux niveaux scolaire et local, des enseignants, des membres du conseil de gestion scolaire, et d autres membres du personnel ont été formés à l identification et au suivi des bénéficiaires. La DCLC avait la responsabilité globale du suivi des cas signalés par les comités de circonscription dans leur quartier et de relier les bénéficiaires avec d autres systèmes de soutien. Le système formait un vaste réseau de sécurité autour des enfants bénéficiaires au-delà des portes de l école. Les comités locaux ou communautaires comprenaient des membres des comités issus de la population locale, qui surveillaient les activités des enfants en dehors de l école. Ces commissions étaient habilitées à traiter ou à renvoyer les cas signalés de traite ou de travail dangereux des enfants, y compris à prendre des mesures contre les institutions et les individus impliqués. Les structures du STE communiquent les unes avec les autres à tous les niveaux pour s assurer que les informations sont échangées rapidement et que les mesures appropriées sont prises. Un comité peut décider qu une affaire en examen soit renvoyée à un autre échelon du comité pour action, en fonction de ce qui est nécessaire. Les services d assistance pour les enfants ou points focaux étaient généralement des fonctionnaires de l administration provinciale et étaient basés au niveau communautaire. Ils surveillaient les enfants à risque ou ceux ayant été retirés du travail. Les services d assistance recevaient également des rapports sur la traite des enfants, le travail domestique des enfants, l exploitation sexuelle commerciale, afin de faire suivre et de prendre des mesures appropriées.
190 6 La confidentialité des données Le suivi peut entraîner la collecte d informations confidentielles sur les bénéficiaires et leurs familles et amis, en particulier lors des visites à domicile et des entretiens. Un ensemble de principes ou un code de conduite régissant la collecte, la mise en mémoire et le partage de toute information confidentielle doit être établi et convenu par l ensemble des parties prenantes. Un soin particulier doit être pris dans l établissement d un système de suivi des pairs pour qu il ne soit pas perçu par les bénéficiaires comme un abus de confiance, conduisant à la rupture des relations interpersonnelles et des liens d amitié et déstabilisant l harmonie scolaire ou communautaire. Cela demande de sensibles discussions avec les enfants concernés et d écouter ce qu ils ont à dire. Cela veut dire aussi donner l exemple de s occuper de ses pairs et les amis ainsi que de veiller à leur bien-être. L objectif est de mettre en place des systèmes durables de suivi dans la communauté, systèmes qui peuvent être intégrés dans la vie de la communauté au lieu de la saper par inadvertance. La collecte des données Encourager les communautés à être ouvertes et honnêtes sur les questions relatives aux enfants, y compris le travail des enfants, exige de bâtir la confiance. La plupart de l information concernant ces questions est personnelle et, les collectées et gérées de façon inappropriée, peut causer plus de tort que de bien. Une façon de garantir l appropriation et l appui de la communauté est de faire participer ses membres directement dans le processus dès le début. Ceci pourrait consister à recruter des bénévoles fiables et dévoués pour réaliser des interviews dans leurs propres quartiers. Les gens sont plus susceptibles de répondre ouvertement aux voisins, amis, ou connaissances, qu ils connaissent et en qui ils font confiance. De tels bénévoles savent généralement quand et comment aborder les gens dans la communauté. Il est important de ne pas mettre en place des comités et des systèmes de suivi qui ne peuvent pas être soutenus de façon réaliste au-delà de la vie du projet Dans un projet de Dos Generaciones au Nicaragua, les données contribuèrent à l enquête nationale sur le travail des enfants. En outre, l organisation a été invitée à participer à des réunions avec le ministère de l Éducation et le Forum national de l éducation et a été consultée dans l élaboration d un projet pilote national sur les alternatives éducatives pour les anciens enfants travailleurs. La collecte des données n est ni cruciale, ni possible dans certaines circonstances. Il est important de reconnaître les difficultés de l obtention de certains types de données et le potentiel des ramifications juridiques de la collecte, du maintien et de l utilisation de renseignements confidentiels. Dans tous les cas, il est nécessaire de respecter la vie privée et les droits humains et légaux des personnes et des familles. Cela exige de la sensibilité et de la diplomatie, et l appui d experts appropriés, tels que des psychiatres et des psychologues, ainsi que l implication des services de protection sociale et de protection de l enfance. Un suivi efficace et constant du travail des enfants démontre aux enfants qu ils sont importants et que les autres se soucient de leur santé et de leur futur 184
191 Les réunions et les rapports Le suivi signifie qu une observation est en train d être faite et que des informations sont recueillies et enregistrées. Pour réaliser cela de façon efficace, des réunions régulières doivent être organisées avec les agents de suivi et leurs capacités en matière de collecte, d analyse et de transmission de l information doit être renforcée. Ceci est particulièrement pertinent pour les structures des comités formels. Les projets dans lesquels les organismes de mise en œuvre sont étroitement en contact avec les écoles et les enseignants exigent souvent que des informations soient recueillies sur la fréquentation scolaire, les résultats scolaires, les devoirs, et les habitudes alimentaires. Ces informations sont Il est essentiel de former sérieusement les agents de suivi pour assurer la qualité et l efficacité généralement stockées dans des fichiers sur chaque bénéficiaire et discu- du programme tées lors de réunions régulières entre l organisme de mise en oeuvre et les enseignants, ce qui permet d identifier les problèmes et de les résoudre à un stade précoce. 6 Orientations et mesures correctives Les processus d orientation et de redressement doivent être intégrés dans la conception du projet, en consultation avec les services d éducation, de santé, de la protection sociale et les services juridiques, ainsi qu avec la police et les agences de protection de l enfance. Les besoins et attentes des bénéficiaires Les besoins, les préoccupations et les attentes des bénéficiaires du projet doivent être évalués au début du projet par le biais d enquêtes et/ou des interviews en tête-à-tête. L information recueillie doit être mise à jour tout au long du projet par le biais de consultations régulières avec les bénéficiaires. Cela permettra d assurer une véritable participation des enfants dans le projet et aider à suivre dans quelle mesure leurs besoins et leurs attentes sont satisfaits. Les indicateurs Le progrès et le succès des activités de suivi doivent être mesurés à l aune d indicateurs clairement définis. Définir ces indicateurs dès le départ facilitera le suivi et l élaboration des rapports. Les indicateurs peuvent comporter, par exemple, le nombre de bénéficiaires qui ont réussi leur année scolaire et qui passent à la prochaine étape de leur éducation, le nombre d enfants ayant réussi à passer de l enseignement non formel à l enseignement formel, le nombre d enfants travailleurs retirés des travaux dangereux et inscrits à l école, ou, de façon moins positive, le nombre d enfants ayant abandonné l école et repris le travail. Les comités de STE Les comités formels de STE peuvent être établis à différents niveaux, allant des comités scolaire jusqu aux groupes d une ville et des structures régionales (voir encadré 6b). La composition et les fonctions d un comité dépendent de son niveau. Par exemple, un comité à base scolaire comprend généralement des enseignants, des directeurs, des administrateurs scolaires, des parents et des élèves et suivra toutes les activités des bénéficiaires dans le milieu scolaire. Les structures à base communautaire peuvent comporter un mélange de chefs communautaires et religieux, la police, les autorités locales, les services sociaux et de santé, les parents, les employeurs, les jeunes et les enfants et sont conçues pour surveiller les bénéficiaires en dehors du milieu scolaire, comme à la maison, sur le lieu de travail, lors d activités parascolaires ou dans des situations sociales. Les comités, à un niveau plus élevé, agiraient en capacité de superviseurs pour s assurer que les bénéficiaires sont orientés vers les services appropriés et qu il y a une suite logique. Les données recueillies au niveau local pourraient également être utilisées au niveau régional pour alimenter un processus de collecte des données nationales et, éventuellement, un programme national de travail des enfants. 185
192 6 La décision quant aux structures formelles devant être créées dépendra de divers éléments, notamment le coût, les infrastructures de communications, les services de soutien et de rattrapage existants, la taille du projet et le nombre de bénéficiaires, ainsi que l existence de structures à base communautaire. Il est important de ne pas mettre en place des comités et des systèmes de suivi qui ne peuvent pas exister au-delà de la durée de vie du projet. Là où cela est possible, il faut bâtir sur des structures existantes, comme les associations de parents-enseignants, les comités de protection de l enfance, et les associations d étudiants, afin d assurer la durabilité du projet. Dans le projet ASHA en Inde, les groupes d auto assistance des femmes ont joué un rôle important de suivi. Une structure de suivi à trois niveaux a été créée impliquant les groupes de femmes au niveau communautaire, la fédération des femmes au niveau «grappes» (ou une grappe était composé d un groupe de villages ciblés), et, enfin, le parlement des femmes faisait la supervision au niveau du projet. Le suivi par les pairs Le suivi par les pairs éducateurs peut être très efficace. Le lien établi entre les pairs éducateurs et les bénéficiaires permet souvent de rassembler des informations plus détaillées sur les activités et les origines des enfants travailleurs, plus facilement que si elles devaient être recueillies par les systèmes de suivi institutionnels. Cette information est vitale pour le processus de suivi, à la fois parce qu elle veille à ce que l organisme puisse suivre les mouvements et les activités des bénéficiaires, et en plus parce qu elle permet aux enseignants de suivre les progrès en coopération avec les enfants en classe. La plupart des projets CIRCLE utilisant des approches de pair à pair comptaient, dans une certaine mesure, sur ces informations à des fins de suivi (voir l éducation par les pairs, p 156). Dans le projet PACF au Ghana, un club contre la traite des enfants La quantité de données à collecter au a été créé en collaboration avec CIRCLE et le projet BIT-IPEC- LUTRENA sur la traite des enfants en Afrique de l Ouest. Le club agissait comme un chien de garde en protégeant ses membres et ses sujet des bénéficiaires dépendra de pairs contre des activités de traite. Un forum regroupant l ensemble des 150 membres a été organisé afin de discuter des activités et aussi l objectif du projet de s informer sur la situation juridique relative à la loi sur la traite au Ghana. Des documents ont été remis aux enfants en vue d appuyer leurs activités d éducation et de suivi par les pairs. Avant de mettre en place un système de suivi par les pairs, il faut réunir les points de vue des pairs éducateurs et mesurer leur volonté d y être associés. Il est possible que certains préfèrent ne pas divulguer les secrets de leurs jeunes protégés, et leur désir de discrétion doit être respecté (voir la section sur la confidentialité des données, p 184). Fréquence et calendrier du suivi La fréquence et le calendrier des activités de suivi devraient être discutés avec les parties prenantes et les agents de suivi, en tenant compte des exigences des bailleurs de fonds, en ce qui concerne les rapports et les évaluations. Il existe beaucoup de problèmes qui peuvent avoir une incidence sur la fréquence, y compris les activités et les horaires de travail des bénéficiaires, en particulier ceux qui font les travaux saisonniers ou de nuit. Comme déjà mentionné, certaines formes de suivi, comme la fréquentation scolaire, peuvent se faire tous les jours et être intégrés dans le processus de suivi régulier de l institution ou de l organisme concerné. La formation des dirigeants locaux permet à la communauté de partager le sens de la responsabilité et de l appartenance envers le programme 186
193 Un calendrier qui convient aux agents de suivi et qui prend en compte la nécessité de suivre de près les bénéficiaires peut être élaboré. S il se passe trop de temps entre les activités de suivi, il peut être difficile de savoir ce que les bénéficiaires ont fait durant cette période et s ils ont travaillé au cours de cette période, cette information fera défaut. Il faut s assurer que les activités de suivi sont liées, à l école comme au sein de la communauté, et que le suivi et l enregistrement des données soient intégrés dans les responsabilités et les activités ordinaires des agents de suivi, de sorte qu ils deviennent presque une seconde nature pour eux. 6 Un calendrier de réunions régulières et de soumission des rapports de suivi doit également être établi et convenu par les parties prenantes. Dans la plupart des projets CIRCLE, les réunions étaient organisées une ou deux fois par mois. La formation pour le suivi du travail des enfants doit être répétée afin que les agents de suivi apprennent de nouvelles compétences et améliorent leur travail Suivi des sites Les activités des enfants pendant la semaine et les endroits qu ils fréquentent fourniront des indices sur le lieu et le moment de faire le suivi. Dans la plupart des cas, l idéal en ce qui concerne le lieu sera soit l école, soit la maison, soit les zones où l interaction sociale, comme les activités extrascolaires, le sport et les loisirs se déroulent. Les projets ciblant les enfants de la rue doivent, par exemple, doivent nécessairement suivre les enfants dans la rue, là où ils vivent et travaillent. De même, les projets contre la traite doivent se concentrer sur les endroits connus où les enfants sont victimes de la traite, comme les passages frontaliers. En étudiant le groupe bénéficiaire de très près sur une certaine période, il est possible de devenir très créatif dans le choix des sites de suivi. Par exemple, un projet a découvert que les enfants prenaient le bus pour aller mendier en ville et a ainsi inclus les arrêts de bus dans la liste des sites de suivi. Un autre projet, concernant les communautés d éleveurs au Kenya, a appris qu une zone où le projet intervient avait été durement touchée par la sécheresse et qu il y avait d importants mouvements de bétail dans et hors de la zone, à la recherche de meilleurs pâturages. L organisme qui gérait le projet s est rendu dans la région et a suivi les déplacements des familles et des enfants bénéficiaires. Cela a permis d évaluer la probabilité que ces enfants retournent à l école quand elle sera ouverte à nouveau. L information obtenue était critique dans l élaboration de stratégies d éducation pour les enfants des communautés d éleveurs Le suivi des agents de suivi Les agents de suivi ont besoin eux-mêmes d être suivis. Cela a un triple objectif: Il permet aux agents de suivi de faire la restitution sur toute assistance technique nécessaire et de recevoir des encouragements et du soutien. Cela peut contribuer au développement de thèmes de formation appropriés et d une formation continue pour répondre aux questions soulevées par les agents de suivi. Il permet à l organisme d exécution de vérifier la qualité des données et de procéder à des contrôles de sécurité sur l intégrité des activités de suivi. Les activités de suivi doivent être moralement et éthiquement saines, et l organisme d exécution pourrait être obligé de défendre ses méthodes à l occasion. Des garde-fous peuvent être intégrés dans le système en définissant différents niveaux de suivi et en veillant à ce que, dans la structure hiérarchique, un mécanisme de contrôle de qualité soit inclus et que les données soient vérifiables. Ce sera important pour satisfaire les exigences des bailleurs de fonds et pour répondre aux demandes externes sur le processus de suivi. Le suivi des agents de suivi permet à ce que ces derniers ne puissent pas outrepasser les rôles qui leur sont attribués. Involontairement, les agents de suivi peuvent causer du tort aux bénéficiaires ou à leurs familles en essayant de fournir un niveau de soutien psychologique ou psychiatrique pour lesquels ils ne sont pas qualifiés. Des systèmes d orientation adéquats doivent être mis en place et bien compris par tous, et des lignes d assistances doivent être accessibles et mises en place si nécessaire. 187
194 6 3.6 Les outils de suivi En tant que partie intégrante du system de suivi, une réflexion doit être menée sur les outils dont auront besoin les agents chargés du suivi. Des formulaires standard et des procédures d enregistrement peuvent être développés avec les groupes de suivi afin de faciliter leur travail de collecte d information sur les déplacements des bénéficiaires, leurs activités, leurs comportements et leurs performances au regard des indicateurs du projet et recommander des actions de suivi, comme les orientations, les conseils, un soutien scolaire ou le rattrapage. Des instructions sur la façon de remplir ces formulaires et d enregistrer, analyser et suivre les données peuvent alors être inclus dans les programmes de renforcement des capacités. La quantité de données à recueillir sur les bénéficiaires dépendra des objectifs du projet. Il n y a pas d intérêt à collecter des données pour le plaisir de le faire. Les modèles de formulaires doivent être simples et relativement rapides et faciles à remplir. Cela encouragera les agents de suivi à les utiliser. Les bénévoles ou les enseignants, déjà surchargés par de nombreuses responsabilités administratives, peuvent être réticents à remplir des formulaires longs et compliqués. Une liste de quelques exemples venant de projets CIRCLE, des types de données recueillies et des outils utilisés, figure ci-dessous: KKPC, Philippines: Des données personnelles très détaillées ont été collectées en ce qui concerne chaque bénéficiaire, (y compris l existence ou non d un certificat de naissance), et consignées dans un dossier mis à jour tout au long du projet. KKPC a développé un «formulaire d information complet de profil d enfants» pour recueillir ces données et s assurer que les enfants les plus à risque ont été retenus comme bénéficiaires (voir encadré 6c). PACF, Ghana: Une base de données a été créée pour consigner les informations recueillies sur les bénéficiaires, y compris les photos d identité. PACF comptait en grande partie sur les registres scolaires et les dossiers des services de l éducation du Ghana. ASHA, Inde: Un système de suivi a été conçu contenant des informations exhaustives sur chaque bénéficiaire, et notamment: le numéro de référence, le sexe et l âge, la communauté et le village; le type et le lieu du travail dans lequel ils étaient impliqués, s ils ont été retirés du travail ou empêchés d entrer dans le monde du travail; les antécédents socio-économiques et l état de santé; le programme d éducation dans lequel il ou elle a été placé, le niveau d instruction, la date d inscription, les détails relatifs à la rétention scolaire, et la classe achevée ainsi que les allocations reçues. Le système a également pris acte des talents et compétences non scolaires, comme le chant, la danse, les débats, le dessin, les sports et les jeux. Les activités qui affectent les attitudes et comportements fondamentaux des familles, et particulièrement des parents, peuvent contribuer à soutenir les résultats du projet SCM, Philippines: Un profil de la famille a été élaboré demandant le suivi des conditions de vie, les installations sanitaires, la situation économique, l état de santé, l éducation, l existence de violence domestique, et l existence de documents juridiques tels que les certificats de naissance et de mariage. Entre autres, ces données ont permis de savoir ce qui poussait les enfants vers les emplois domestiques. En outre, un mécanisme spécial connu sous le nom de «Groupe d Action Rapides» a été mis en place dans chaque école. Ces équipes de personnes bien formées ont été mises en place en cas de violence envers les enfants afin de réagir rapidement, de façon discrète et confidentielle (voir encadré 6f). JUCONI, Equateur: Un tableur complet a été mis au point pour déterminer les besoins et le profil de chaque enfant bénéficiaire, notamment s il ou elle risquait de retourner au travail, le statut psychosocial, l existence de violence familiale, etc. Le projet était axé sur les besoins psychosociaux et éducatifs des enfants, et les visites à domicile étaient effectuées par un éducateur formé et un thérapeute. Celles-ci étaient considérées comme un pont pour unir parents et enfants. À la suite du projet, les parents étaient très impliqués dans l éducation de leurs enfants, et les résultats scolaires des enfants se sont améliorés. 188
195 VOCRDC, Inde: Un questionnaire a été élaboré afin d évaluer le nombre d enfants travailleurs dans la zone cible et leur fréquentation scolaire. Il a été conçu et exécuté en étroite collaboration avec les comités d éducation villageois, les directeurs d école, et les enseignants. Le sondage a surveillé les activités des enfants travaillant dans des secteurs informels non réglementés, en particulier dans les carrières. Sur la base des résultats de l enquête, une campagne communautaire d inscription scolaire a été organisée, ainsi que la distribution gratuite de tenues et de manuels scolaires. 6 WDA, Cambodge: Ce projet a concerné des enfants bénéficiaires participant à un programme de formation professionnelle qualifiante. Des formulaires de suivi étaient développés pour les employeurs (les propriétaires de magasins) afin de faire le suivi sur la présence des bénéficiaires. 4. Durabilité Un défi du STE est de veiller à ce que le système soit intégré dans la communauté au cours du projet afin qu il puisse continuer à fonctionner après la fin du projet. Quelques moyens pour atteindre ce but sont: L appropriation: La communauté et les groupes de suivi doivent être impliqués dans la conception du système de suivi pour qu ils s intéressent personnellement au succès et à son fonctionnement à long terme. Pour ce faire, les parties prenantes doivent voir d eux-mêmes l impact positif du suivi sur les bénéficiaires et la communauté. Reconnaissance: L appropriation est encore renforcée par la reconnaissance du travail des agents de suivi par les différentes parties prenantes, en particulier la communauté. Pour cela, la communauté doit être pleinement informée de ce en quoi consiste les activités de suivi en cours. La reconnaissance des efforts des agents de suivi contribuera de manière significative à leur volonté de poursuivre leur action dans le long terme. Activités génératrices de revenus : Si le suivi est lié à l amélioration des revenus, il a plus de chances d être durable et les enfants sont susceptibles d être tenus en dehors du lieu de travail. Le maintien de ces systèmes est dans l intérêt de la famille pour atténuer la pauvreté et améliorer les conditions socio-économiques. Il peut également encourager la participation volontaire dans les comités et des encouragements pour continuer. Encourager les communautés avoisinantes à collaborer et partager leur technique résultera en un plus grand succès dans le suivi des enfants à risque 189
196 6 Impliquer les jeunes: Impliquer les jeunes dans le suivi peut soutenir l impact à long terme d un projet. Les jeunes peuvent ainsi faire partie d une vision dynamique de l avenir de leur communauté, renforcée par la formation qu ils ont reçue à travers le projet et leurs activités de suivi. Renforcement de compétences professionnelles: Certains agents de suivi pourraient être capables d améliorer davantage leurs compétences et de devenir des travailleurs qualifiés pouvant accéder à de meilleures opportunités d emploi. Ce qui conduirait potentiellement à des revenus plus élevés. Cela pourrait aussi accroître le revenu disponible dans les familles défavorisées et avoir un impact sur l accès des enfants à risque, à l éducation et aux possibilités de formation. De cette façon, les agents de suivi à base scolaire et communautaire pourraient devenir des défenseurs à vie de l élimination et de la prévention du travail des enfants. Renforcement de structures existantes: L intégration du suivi dans les structures et processus existants au sein d une école et d une communauté peut conduire à sa poursuite au-delà de la durée de vie du projet. Cela est particulièrement important là où les systèmes de suivi impliquent les départements du secteur public et les fonctionnaires. Impliquer les fonctionnaires peut aider à identifier les sources de financement étatiques pouvant être utilisés pour soutenir des activités ou même soutenir le projet, en permanence. Dans certains projets, les systèmes de STE ont été repris par le gouvernement et/ou par des départements du secteur public et intégrés dans les activités du secteur public, comme cela s est produit avec le projet VOCRDC en Inde, qui était lié au programme EPT de l Etat. Implication des professionnels qualifiés: Mobiliser les professionnels de la santé, des psychiatres, des psychologues, des entrepreneurs, des directeurs d école et des agents de police dans les activités de suivi peut conduire à une prise en charge des questions d éducation et du travail des enfants à un haut niveau professionnel et technique, et faire en sorte qu une équipe hautement qualifiée de défenseurs soit créée pour que ces questions soient traitées sur le long terme. Le changement d attitude et de comportement: Les activités affectant le comportement et les attitudes fondamentales des familles, et en particulier des parents, peut contribuer à des résultats durables du projet. Les visites à domicile et l implication en tant qu agent de suivi obligent inévitablement les parents à s intéresser de plus près à leurs propres attitudes et comportements, en particulier en ce qui concerne le fait que leurs enfants travaillent ou la façon dont ils considèrent l éducation. Ces éléments peuvent même les forcer à examiner si certains comportements, comme la violence domestique et les autres formes d abus des enfants ou des pratiques sociales et culturelles nuisibles, sont erronés et doivent donc cesser. La formation et la sensibilisation, mettant l accent sur l éducation responsable des enfants, ont un effet durable sur les familles. Les parents deviennent les promoteurs du changement et cela a inévitablement un impact sur les attitudes et comportements de leurs propres enfants, et jettera les bases d un changement durable entre les générations. Cependant, provoquer une telle réaction demande une pression sur les parents et les encouragera à prendre en main le projet et le processus de suivi. Fournir du matériel ou aider les communautés à créer leur propre matériel pour suivre les enfants aide à rendre le projet plus durable 190
197 Les facteurs de coûts: La prudence est recommandée dans la mise en place de systèmes de STE qui dépendent beaucoup des ressources financières extérieures. Maintenir les coûts à un niveau minimum augmente les chances que les activités seront poursuivies après la fin du projet Les défis Ce chapitre donne une indication sur le niveau de diversification et complexité des systèmes de STE. Chaque processus de suivi a ses propres limites et défis. Les défis à prendre en considération à l égard des STE sont: Le poids de la responsabilité des enseignants: Le suivi scolaire repose largement sur la bonne volonté et le soutien des enseignants et du personnel administratif. Dans de nombreuses régions du monde, les enseignants sont dans de mauvaises conditions de travail et reçoivent de bas salaires, ce qui peut les obliger à assumer un surcroît de travail en dehors de l enseignement afin de joindre les deux bouts. En outre, les enseignants peuvent avoir des responsabilités administratives les obligeant à faire plusieurs heures de travail en dehors de l enseignement. Dans de tels cas, ils peuvent ne pas voir d un bon œil l augmentation de leur charge de travail avec des activités de suivi. Une façon de contrecarrer cet état de fait est de les impliquer dès le départ dans les discussions sur tout système de suivi scolaire. En leur faisant appel non pas seulement comme des enseignants, mais aussi comme des parents, des membres de la communauté, des leaders, des professionnels responsables du développement de l éducation de l enfant, on facilitera leur adhésion au projet. Le renforcement du caractère multisectoriel d un système de STE peut aider les enseignants à comprendre qu ils ne seront pas seuls à assumer les responsabilités de suivi. La sensibilisation des enseignants: Les mauvaises conditions de travail, les lourdes charges de travail, y compris la taille des classes et les questions d ordre disciplinaire inhérentes et un manque de compréhension, de sensibilisation, et même de formation professionnelle peuvent provoquer chez les enseignants une vision négative sur ce qu on appelle «les enfants difficiles». Ces enfants sont souvent les bénéficiaires des projets, et leurs comportements difficiles découlent généralement du travail des enfants et des problèmes familiaux. À travers une formation appropriée et l apport d informations sur les droits des enfants, le travail des enfants, la violence familiale, et d autres questions connexes, les enseignants comprennent mieux les problèmes de ces enfants et, en général, deviennent plus réceptifs aux efforts visant à les appuyer et à les aider, notamment en surveillant leur fréquentation scolaire, leurs résultats, leurs comportements et attitudes. Les aspects multidimensionnels du suivi: Le suivi devrait être multidimensionnel pour assurer le pont entre les milieux dans lesquels les enfants bénéficiaires interagissent. Cela signifie qu il devrait y avoir un lien entre la maison, l école, la communauté, le lieu de travail, et d autres endroits. L absence de tels liens est susceptible de nuire aux capacités de suivi et peut handicapé la qualité des données et tout le système lui-même. L établissement et le maintien de ces liens, quant à eux, exigent une coordination efficace et une bonne communication de la part de l organisme d exécution et des groupes de suivi. La sensibilisation de la communauté: Comme pour les enseignants, la communauté a besoin d être informée des buts et objectifs du projet et sa contribution potentielle au développement futur de ladite communauté. Les activités de suivi au sein de la communauté s appuieront sur les efforts bénévoles des différentes parties prenantes. Il est donc indispensable d assurer la participation et l appropriation autant que possible, de la plus large section transversale de la communauté. Cela nécessitera une sensibilisation et une formation appropriées et à bon escient au profit de ceux qui se présentent pour appuyer le processus de suivi. Le développement des liens de confiance: Etant donné la nature du STE et le besoin de systèmes efficaces pour recueillir des données à caractère personnel et confidentiel, il est important pour les organisations de mise en œuvre et les agents bénévoles de suivi d avoir la confiance des bénéficiaires et de leurs familles. Cela est particulièrement difficile dans les situations où la violence domestique est un problème et où les enfants travaillent dans les pires conditions, comme l exploitation sexuelle 191 Le suivi scolaire repose largement sur la bonne volonté et le soutien des enseignants et du personnel administratif
198 6 commerciale. Etablir cette confiance peut être un processus lent nécessitant de la patience, de la sensibilité, de la compréhension et, souvent, l appui de professionnels compétents, comme des conseillers ou des psychiatres. La sélection des agents de suivi: Une attention particulière doit être accordée à la sélection des agents de suivi pour qu ils puissent réussir dans leur travail et qu ils respectent les normes sociales de la communauté, les hiérarchies et les traditions. Par exemple, il peut ne pas être acceptable pour les jeunes de poser à leurs aînés des questions de nature confidentielle. Dans de tels cas, demander l appui des bénévoles plus âgés comme agents de suivi peut être plus approprié. Le respect des limites professionnelles: Dans certains cas, des bénévoles peuvent penser que leur travail est utile et nécessaire, et se sentir valorisés dans la contribution qu ils apportent tant que le projet est en cours. Cependant, cela pourrait changer une fois que le projet prend fin. Pour cette raison, il est indispensable de mobiliser la participation et l appropriation de la communauté afin de favoriser la durabilité. Autres chapitres importants Education par les Pairs p.156 La collecte de Données p. 193 Le suivi des enfants est important à l école aussi bien que dans les autres lieux fréquentés par les enfants 192
199 C h a p i t r e s e p t 7 Collecte de données 1. Introduction La collecte de données est un processus important de l élaboration de projet et vital pour ce qui est des efforts de prévention du travail des enfants ou de promotion de l éducation. L obtention d informations exactes, détaillées sur les enfants travaillant dans divers secteurs dans les différents pays du monde est un défi majeur, surtout que dans la majorité des cas, le travail est illégal. De plus, beaucoup d enfants travaillent dans le secteur non formel qui ne fait l objet d aucun suivi de la part de la grande majorité des gouvernements et échappe à tous contrôles rigoureux des autorités. Les enfants travaillent aussi de façons clandestines et illicites, comme par exemple les enfants travailleurs domestique qui peinent derrière les portes closes de domiciles privés ou ceux qui sont exploités dans l industrie sexuelle ou le trafic de drogue. Ce n est pas chose simple que de réunir des données sur les enfants piégés dans ces activités clandestines. C est aussi un défi d avoir des données sur les enfants travaillant dans le secteur agricole, le secteur qui emploie la plupart des enfants travailleurs, car les lieux de travail dans ce secteur ont tendance à être éloignés et difficiles d accès. Les agences de l ONU telles que l IPEC/ BIT ont reconnu les difficultés à obtenir des données fiables sur certaines formes de travail des enfants dans certains pays, en particulier les pires formes de travail des enfants. Par conséquent, les organisations peuvent faire des contributions valables à travers la collecte de données. En raison de la forte corrélation entre le fait que les enfants travaillent et ne fréquentent pas l école, la collecte de données doit aussi prendre en compte l éducation, avec un accent sur l accès et la qualité, et sur les raisons pour lesquelles les enfants ne fréquentent pas l école ou l abandonnent. Il est particulièrement important d avoir une plus grande quantité de données sur la façon dont les enfants apprennent le plus efficacement afin de développer des curricula au contenu approprié et des méthodes pédagogiques appropriées pour les soutenir en classe. Les facteurs de l incidence du travail des enfants peuvent concerner les croyances, attitudes et comportements culturels et traditionnels. Ainsi, des informations détaillées sur les attitudes et comportements sociaux sont utiles pour comprendre les causes profondes du travail des enfants. La détermination des attitudes existantes vis-à-vis du travail des enfants est elle aussi un indicateur utile à partir duquel l impact du projet peut être mesuré (voir Sensibilisation). De même, la collecte de données peut se focaliser sur d autres facteurs qui sont connus pour leur contribution au travail des enfants, parmi lesquels la pauvreté, l exclusion sociale, et l accès des pauvres aux services publics. 193 Le présent chapitre décrit certaines expériences de recherche des projets de CIRCLE et les différentes étapes de la collecte, de l analyse, de la distribution et du stockage des données. Les enseignants doivent être impliqués dans les activités de collecte de données étant donné qu ils peuvent effectuer le suivi et donner des informations sur leurs élèves
200 7 Les partenaires de CIRCLE ayant identifiés des meilleures pratiques en matière de collecte de données Afrique Asie Amérique Latine CRADA, Ghana CSID, Bangladesh PROCESO, Bolivie PACF, Ghana BAT, Inde Dos Generaciones, Nicaragua AMWIK, Kenya CAC, Népal CIRD, Paraguay ANPPCAN, Kenya RAC, Mali RADA-SL, Sierra Léone CLASSE, Afrique de l Ouest 2. Les expériences de CIRCLE en matière de collecte de données Les données peuvent être utiles dans divers domaines de l activité du projet, par exemple, elles peuvent aider à identifier les enfants que le projet doit cibler comme ses bénéficiaires ; à faire le suivi des activités des bénéficiaires et de leurs familles ; à recueillir des informations pour les activités de sensibilisation et leur impact sur les attitudes et les comportements ; ou à établir des indicateurs pour mesurer l impact du projet dans son ensemble. Les partenaires d exécution de CIRCLE ont recueilli des données pour ces raisons, prises une à une ou de façon combinée. Les méthodologies utilisées dépendent en grande partie de l objectif et des possibilités ou contraintes de la situation sur le terrain. Au Kenya, ANPPCAN a mis en place des comités de travail des enfants à divers niveaux institutionnels et a facilité l initiative d un des comités en matière de collecte de données sur les abus sexuels dont sont victimes les enfants dans la zone d intervention du projet. Les membres du comité ont organisé des discussions de groupe témoin et des entretiens individuels avec 300 individus de la Division Embakasi de Nairobi. Pendant que la collecte de données elle-même servait d exercice de sensibilisation sur l exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales et sur le travail des enfants, les résultats ont été utilisés comme source d information pour la conception de projet y compris les interventions les plus appropriées. En Inde, BAT a mis en place des Centres d Information et de Ressources avec l appui des groupements de jeunes qui étaient aussi impliqués dans d autres activités du projet. Les centres ont été conçus en vue d apporter des informations sur les enfants dans chaque village, sur les plans gouvernementaux de développement disponibles pour les communautés, et sur la prévalence du travail des enfants. La mise en place de centres directement dans chaque village cible a permis d assurer la disponibilité de données plus fiables et complètes que celles fournies par le gouvernement. Au Bangladesh, CSID a recueilli des données pour suivre la marche du projet avec l aide des enfants et parents bénéficiaires qui étaient impliqués dans toutes les étapes, de la planification du processus à l analyse des données. Les membres du personnel du CSID étaient eux-mêmes surpris par le succès de l implication des enfants. Non seulement ils ont pu faire une contribution importante au processus, mais la participation des enfants et de leurs parents les a grandement aidé aussi à avoir un sentiment d appartenance au projet. CIRD au Paraguay a recueilli des données sur les différentes réalisations du projet et sur les leçons apprises au cours du processus de mise en œuvre. Les données ont été recueillies par un travailleur social, qui a coordonné la communication et les activités entre les différentes parties prenantes et les bénéficiaires, y compris les enfants, les parents, les enseignants, et le personnel de CIRD. Les analyses ont été partagées avec les enseignants, les travailleurs sociaux, et le personnel. L analyse des données a aussi permis d avoir un aperçu plus vaste de la mise en oeuvre et des réalisations du projet. Au Nicaragua, Dos Generaciones a mené une enquête en collaboration avec les membres de la communauté en vue d établir une cartographie des défis en matière d éducation et de travail des enfants dans la zone ciblée. L équipe d enquête a été sélectionnée sur la base de la fidélité et de l engagement de ses membres à travailler pour leur communauté. Des entretiens ont été menés dans le voisinage propre de chaque enquêteur de l équipe, et l approche personnelle a considérablement renforcé le niveau et la nature détaillée des réponses. L établissement d un bureau d assistance peut être utile pour a mise à jour des bases de données 194
201 AMWIK au Kenya et RADA en Sierra Léone ont mené des enquêtes avant et après l intervention, à la fois pour assurer une source d information aux deux projets et pour mesurer leur impact sur les attitudes et les comportements. RADA s est servi des données dans la planification du projet, pour sélectionner les bénéficiaires, et pour mener des activités de sensibilisation (voir encadré 7a). AMWIK a aidé à éveiller les consciences grâce à des émissions radios enregistrées qui ont fait l objet de discussions de la part des groupements communautaires et des clubs de droits de l enfant (voir Sensibilisation). Les deux projets ont recruté chacun un consultant et un groupe d étudiants pour mener des enquêtes de Connaissance, d Attitudes et de Pratiques (CAP) dans les deux districts où ils intervenaient. Les consultants ont utilisé une combinaison d entretiens de groupe et individuel pour permettre aux informateurs de divulguer des informations privées et de faire des observations d ordre général. Les données obtenues ont été reproduites dans des rapports et partagées avec les parties prenantes. Pendant ce temps, les informations ont servi à composer les émissions radios, en collaboration avec les experts et les personnes issues des communautés. 7 En Bolivie, PROCESO a cherché à déterminer les lacunes en matière d éducation des bénéficiaires et leurs besoins en termes de contenu, de méthodes et de pédagogie. Pour obtenir ces informations, ils ont effectué des tests auprès de 170 enfants travailleurs et interrogé 18 autres. Les résultats leur ont permis d élaborer des curricula sur mesure pour le groupe cible. Au Ghana, CRADA a fait une étude de base pendant les deux premiers mois du projet pour évaluer l incidence du travail des enfants dans la zone du projet, identifier les groupes cibles, et produire des informations à partir desquelles un système d évaluation devait être mis en place. Après le lancement du projet, l organisation a élargi la base de données par l ajout d informations pertinentes sur le suivi. Les données recueillies ont été examinées au cours des rencontres mensuelles du personnel et des rencontres trimestrielles avec la communauté, les représentants du gouvernement au du district, les pairs moniteurs, et la police locale. CAC a conduit une évaluation de base de 400 enfants déscolarisés au Népal. Parmi les données se trouvaient l âge, le sexe, et l origine ethnique des enfants et leur statut social et économique. CAC a utilisé les résultats obtenus pour développer des critères de sélection des bénéficiaires du projet. L exercice leur a permis d apporter une assistance à ceux qui en ont le plus besoin. De même, PACF au Ghana s est appuyé sur les données d une étude de base pour vérifier le passé de 163 enfants déscolarisés. Les données de l étude de base ont été recueillies parfois à travers une approche novatrice. Par exemple, une campagne de sensibilisation a été lancée pour informer la communauté sur le processus de collecte de données et d encourager une vaste participation. Par ailleurs, il a été demandé aux écoliers de fournir des informations sur leurs frères et sœurs et leurs pairs qui ne fréquentaient pas l école. Sur les 163 enfants éventuellement recensés comme n étant pas à l école, 40 furent retenus comme ayant le plus besoin d attention et de soutien immédiats. Les données sur les enfants, y compris leurs photos pour faciliter leur identification, ont été stockées dans une base de données qui fut plus tard utilisée aussi pour suivre leur rétention à l école. PACF a gardé les données sur les 123 enfants que le projet n a pas pu soutenir et s en est servi pour demander des fonds additionnels. Le projet CLASSE en Afrique de l Ouest a mené une étude de base pour assurer que des données fiables étaient disponibles pour appuyer l amélioration des systèmes locaux d éducation dans les zones ciblées a RADA-SL: Recherche dans les communautés éloignées Le projet RADA en Sierra Léone s est focalisé sur la Section isolée de Kemokai, située non loin du Pont du Fleuve Mano qui sert de passerelle entre le pays et le Libéria. Avant de mettre en place le projet, l organisation se doutait que le trafic d enfants et le traumatisme causé par la guerre étaient des questions importantes dans une zone qui se remettait de 11 ans de guerre civile. Néanmoins, elle a demandé des informations détaillées sur la situation sur le terrain pour s assurer que les besoins les plus pressants des enfants et de la communauté seront pris en charge pendant la mise en œuvre du projet. RADA a mené une enquête auprès de 200 personnes venant de 11 villages. Des entretiens ont été menés auprès des femmes, des enfants, des hommes, des officiers de la Police, des représentants du gouvernement, et des chefs. Les questions ont porté sur la composition et la croissance des ménages, l éducation, et l alphabétisation, et sur diverses questions liées aux droits de l enfant, au travail des enfants, et au trafic d enfants. On a pu découvrir que beaucoup d enfants n étaient pas à l école parce que très peu d écoles ont survécu à la guerre. Un pourcentage élevé d enfants travaillaient dans la contrebande frontalière et dans l industrie du sexe, et le trafic des enfants était un phénomène courrant. Les causes de ces phénomènes ont été attribuées à la dislocation sociale et économique provoquée par la guerre et le niveau élevé d ignorance. Les données ont été validées à travers des discussions de groupe témoin, et une liste de priorités à affronter a été établie en collaboration avec les communautés. Pendant tout le projet, les données ont été utilisées dans diverses activités de sensibilisation. Vers la fin du projet, RADA a mené des recherches pour mesurer l impact des activités. Une enquête a été menée dans les 11 villages qui avaient été sélectionnés pour la première étude et un village de contrôle qui ne faisait pas partie du projet. Par ailleurs, des entrevues ont été organisées avec les leaders d opinion dans la zone du projet ; des discussions de groupes témoins ont été organisées avec les parties prenantes ; et des études de cas ont été menées sur des enfants qui avaient connu les pires formes du travail des enfants. Les résultats ont été publiés dans un rapport qui fut partagé avec toutes les parties prenantes
202 7 3. Conception d une approche de collecte de données La collecte de données est vitale pour avoir une compréhension détaillée de la situation locale et des caractéristiques des groupes de bénéficiaires et d acteurs et avoir ainsi une source d information pour la conception des interventions du projet. La collecte de données efficace à des périodes différentes de la vie du projet renforcera les efforts visant à pérenniser les résultats à plus long terme, car elle permet de savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas. L implication d un large éventail d acteurs dans la collecte de données peut créer un fort sentiment d appropriation du projet et leur fait prendre conscience. Les quatre étapes ci-dessous sont nécessaires dans la conception d un plan de collecte de données pour s assurer que le processus et les systèmes de mesure sont efficaces. Ces étapes correspondent aux trois phases principales de la collecte de données (avant, pendant, et après le projet) : Avant la collecte de données 1. Définir clairement les buts et objectifs de la collecte de données. 2. Etablir des définitions et méthodologies opérationnelles pour la collecte de données. 3. Assurer la (et les mesures) nature répétable de collecte de données, reproductible, exacte et stable de la collecte de données. Pendant la collecte des données 4. Qualité et sensibilité de la collecte de données. Tout en gardant à l esprit le format, le chronogramme, les ressources et la capacité de certains projets, il pourrait ne pas être nécessaire, ou même utile, de mener de longues des activités de recherche, coûteuses, et techniquement détaillées. Certains projets peuvent avoir une durée de six mois et malgré tout avoir besoin d informations sur la zone d intervention et les groupes de bénéficiaires. Si les données sont collectées, elles devraient toujours avoir le souci avec la technique de collecte de données et choisir les meilleures méthodes répondant au mieux à la question posées en fonction du temps et des contraintes de ressources. Il est important d utiliser des techniques d échantillonnage adéquates. Ce qui importe est qu un plan clair soit établi, avec des buts et objectifs atteignables, que les organisations soient transparentes et éthiques dans leur approche, et que le processus soit aussi efficace et représentatif que possible. Au bout du compte, toutes les activités du projet doivent être respectueuses de la culture et des populations et avoir pour but de servir l intérêt supérieur. Dans le cas du projet BAT en Inde par exemple, des méthodes conventionnelles et non conventionnelles ont été utilisées pour recueillir et vérifier les données, parmi lesquelles les enquêtes de ménage, les discussions de groupes témoins, et une simple observation de la vie communautaire et des activités. 3.1 Créer un environnement favorable à la collecte de données Une étape préliminaire consisterait à identifier et à tracer les grandes lignes des recherches menées par d autres soit dans la même zone géographique, sur les mêmes groupes cibles, soit sur des sujets similaires. Il est possible aussi que d autres organisations, y compris les organes gouvernementaux au niveau national ou local comme les bureaux de statistiques, les ONG internationales, et les agences de l ONU, en particulier l IPEC/BIT ou l UNESCO, aient un intérêt pour les résultats de toutes recherches entreprises dans le contexte du projet. Si tel est le cas, il est possible de mobiliser d autres ressources, pas uniquement financières, ou de créer des partenariats. 3.2 Définition du but de la collecte de données La première étape consiste à définir clairement les buts et objectifs de la collecte de données. Comme indiqué ci-dessus, la collecte de données peut servir soit à constituer une source d information pour le projet, soit à mesurer son impact, ou les deux. Le processus peut aussi contribuer à une 196 La tenue de réunions communautaires peut être une des approches pour obtenir des informations
203 implication accrue de la communauté. Une définition claire de(s) objectif(s) est nécessaire pour le choix de la méthodologie et l utilisation des données obtenues. Un bon plan de collecte des données doit comprendre : une description brève du projet; les données spécifiques demandées; le rationnel derrière la collecte des données; l aperçu que les données pourraient apporter au projet et comment cela pourrait aider à faire face à la situation; ce qui sera fait des données une fois leur collecte terminée. 3.3 Choix d une méthodologie de collecte de données et conduite de l activité Maintenant que le but de la collecte de données est établi, les deuxième, troisième et quatrième phases peuvent être poursuivies en établissant des définitions et une méthodologie opérationnelles pour le plan de collecte de données ; assurer l exactitude et la stabilité de la collecte des données ; et procéder à la collecte des données. Ici aussi, les les 5Q entrent en jeu : Qui: Qui sont les sujets de l étude ou de l enquête et qui mènera la collecte physique des données? En tenant compte des personnes de qui mèneront ou aideront à recueillir les données, des programmes de formation seront-ils nécessaires pour cette activité? Quoi: Quelles sont les données à recueillir? 7 b CLASSE: Enquête de base pour orienter les activités du projet Le projet CLASSE cherche à améliorer les capacités en agriculture et à prévenir le travail des enfants en renforçant la pertinence de l éducation pour le secteur de la production de cacao en Afrique de l Ouest, y compris son impact sur la migration pour travailler dans les plantations de cacao. Dès le début du projet, une enquête de base fut conçue pour recueillir les données en vue : d identifier la nature et le type de travail fait par les enfants; d évaluer les risques et contraintes liés à ces activités; d évaluer le cadre socio-économique, sanitaire et éduca tif dans lequel les enfants vivent et interagissent dans les zones ciblées ; d identifier les zones où des divergences existent entre les données; d identifier les zones où des divergences existent entre les données; d analyser la politique nationale d éducation et les programmes et projets d éducation ; d analyser les différentes causes de la migration rurale ; d identifier et de catégoriser les différentes destinations des migrants et leurs conditions de vie ; d analyser l impact de la migration rurale sur la sécurité alimentaire des ménages en zone rurale ; de proposer des solutions. L étude a révélé que les groupes bénéficiaires resteraient dans leurs villages si des alternatives viables à la migration existaient, parmi lesquelles l accès à une éducation à coût abordable et le développement de compétences qui pourraient leur permettre de continuer à faire l agriculture de façon productive. 7 Quand: Quel sera le moment approprié pour mener ces activités : avant, pendant ou après le projet, ou à toutes ces phases? Où: Où aura lieu l activité? S il y a discussions de groupes témoins, quel sera le point de rencontre des groupes? Si l éducation est concernée, le lieu de collecte des données sera-t-il les écoles de la localité? Si les enfants doivent être interviewés individuellement, ces entretiens seront-ils organisés dans leurs familles, leurs lieux de travail, de recréation ou d éducation? Pourquoi: Quel est le but de la collecte de données? Pourquoi les informations recherchées sont-elles nécessaires? Comment: Comment les données doivent-elles être recueillies? Quelle méthodologie sera utilisée? Comment les données serontelles consignées? Comment seront-elles utilisées? Quelle est la taille et l envergure de l échantillon? La prise en compte des questions ci-dessus entraîne d autres questions qui peuvent ne pas paraître évidentes au départ. Par exemple, dispose-t-on d assez de ressources pour mener la collecte de données? Quelles actions pourrait-on être amené à entreprendre si les parents d une communauté donnée refusaient de répondre aux questions de l enquête? Une préparation minutieuse est nécessaire, y compris la prise en compte des actions à prendre en cas de situation ou de résultat inattendus. 197
204 7 Sélection des personnes à interroger Si la population du projet est déjà connue et limitée d un point de vue taille, une enquête de collecte de données peut concerner toutes les personnes impliquées. Cela est aussi vrai lorsque le but de l activité est de sélectionner les bénéficiaires. Toutefois, lorsque la population est importante, une forme d échantillonnage devra être utilisée. Dans les zones ou les populations sont officiellement recensées, un échantillon prélevé au hasard est facilement conçu. Dans beaucoup de zones à travers le monde, tel n est pas le cas et il faut avoir recours à des méthodes telles que l inclusion d un ménage sur dix au sein de la communauté ou quelque chose de similaire peut être utilisé. Si un groupe spécifique est ciblé au sein d une population plus importante, «l échantillonnage boule de neige» pourrait être une technique utile, à travers laquelle les personnes interrogées envoient les enquêteurs à d autres membres du même groupe. Par exemple, un enfant de la rue pourrait aider à identifier d autres enfants de la rue qui pourraient être interviewés. Lorsque le but de l enquête est de mesurer l impact, le groupe cible et peut-être quelques étrangers servant de groupe de contrôle doivent faire partie des personnes interrogées. Parmi les autres considérations, nous avons le choix des personnes à interroger dans un ménage, et s il faut interroger ces personnes séparément ou collectivement. Par exemple, un seul membre de la famille peut-il parler au nom de toute la famille, ou devrait-on faire une comparaison entre les différents membres de la famille? Que faire si l homme à la tête de la famille se sentait insulté de ne pas être associé à la recherche, alors que pour les chercheurs, Lorsqu une enquête est conduite pour mesurer c est la femme qui détient les informations les plus utiles? Les enfants doivent-ils être interrogés en l impact, les répondants devraient inclure le groupe présence d un adulte ou d un parent? Ces questions et d autres questions similaires doivent être prises cible et peut être quelques personnes extérieures en compte lors de la sélection des personnes à interroger, et les options doivent être évaluées en tenant pour servir de groupe témoin compte du type d informations recherchées et du temps disponible et du budget. Interviews individuelles Interroger les personnes une à une est une bonne méthode qui doit être utilisée dans les circonstances suivantes : lorsque l information est utilisée pour remonter aux personnes prises individuellement; lorsqu on recherche des points de vue libres de l influence des autres ; lorsqu un certain degré de confidentialité est requis. Dans la mesure du possible, un cadre doit être créé dans lequel la vie privée des personnes interrogées peut être protégée. Cela n est pas toujours chose aisée, surtout si l interview se déroule au domicile de la personne enquêtée. Cela peut permettre d expliquer à d autres membres de la famille l importance de parler à chaque personne séparément, ou de venir à un moment où la personne peut être seule dans la maison. De façon alternative, la personne peut être invitée à se rendre auprès de l enquêteur dans un endroit éloigné. Parfois, rien de tout cela n est possible et l enquêteur n a d autre choix que de travailler en présence d autres personnes. L enquêteur doit être conscient que cela est de nature à compromettre les résultats et noter les circonstances dans lesquelles l entretien se déroule pour aider à préparer le rapport d analyse. Questionnaires et élaboration des questions de l entretien Les enquêtes et études de base menées par plusieurs partenaires d exécution de CIRCLE a impliqué la collecte de données à partir de questionnaires. Les méthodes connues d élaboration de questionnaires ou d interviews incluent les questions Les dirigeants villageois peuvent aider à fournir des informations capitales sur leur communauté 198
205 ouvertes, semi ouvertes ou fermées. Les deux dernières ont l avantage de produire des données quantifiables qui permettent des comparaisons simples. Cela est particulièrement utile lorsqu on interroge un grand nombre de personnes et lorsque l enquête est menée par plus d une personne. Toutefois, l élaboration de questionnaires avec des questions fermées est faisable seulement lorsque les réponses possibles sont connues d avance. Cela rend la méthode convenable pour la collecte de données démographiques mais moins convenable lorsqu il s agit de décrire une situation de travail des enfants. Les questions ouvertes ou semi ouvertes offrent plus de liberté aux répondants pour s exprimer avec leurs propres mots. Moins l enquêteur connaît la question concernée, plus cette liberté devient importante. Un bon enquêteur peut choisir de ne pas suivre Les communautés peuvent impliquer les parents dans le processus de collecte de données ce qui l ordre des questions ou sujets sur la liste, peut les aider à avoir un sentiment d attachement au projet et au bien-être de leur enfants mais plutôt de laisser autant que possible la direction des débats à la personne interrogée. La forme la plus ouverte d interrogation, et souvent la plus intéressante, consiste à capturer les histoires de vie. L inconvénient évident de ces méthodes plus ouvertes est la difficulté au niveau de l analyse et de la comparaison des données. Les données qualitatives requièrent beaucoup plus de temps et de compétence de la part de l enquêteur pour plus d agrégation et d analyse. Souvent, les enquêtes contiennent des questions ouvertes et fermées afin d avoir l avantage de données quantifiables aussi bien que des données qualitatives plus intéressantes. 7 Discussions de groupe témoin Des interviews de groupe peuvent être utilisées séparément ou en combinaison avec les interviews individuelles. Elles sont particulièrement utiles dans les situations où le temps est limité, lorsque l enquêteur souhaite observer les interactions entre les gens, ou lorsqu il y est en quête de débat. Lorsque l interview de groupe est utilisée en combinaison avec les interviews individuelles, des comparaisons intéressantes peuvent surgir. Par exemple, au cours des discussions de groupe témoin dans son projet au Kenya, AMWIK avait été informé que le travail des enfants était un phénomène très rare dans la zone, mais les enfants en provenance de ces mêmes communautés, lors des interviews individuelles, ont cité beaucoup de cas de travail des enfants qui leurs étaient familiers. La composition du groupe requiert aussi de l attention. Par exemple, dans beaucoup de sociétés les femmes ne parlent pas en présence des hommes, et les enfants doivent se tenir tranquille en compagnie des adultes. Cependant, dans les zones où les gens ont été impliqués dans la sensibilisation et le plaidoyer pendant un certain temps, ils ont pu apprendre à dépasser ce genre de traditions et d attitudes. A l évidence, la dynamique de groupe doit faire l objet d une attention particulière pour être sûr que les données réunies sont aussi fiables que possibles. De même, le succès des activités de groupe mixtes peut très souvent dépendre non seulement du contexte, mais aussi du sujet de la recherche. Les sujets tabous ou ceux qui portent en eux un sentiment de honte ou de déshonneur, tels que l exploitation sexuelle, le trafic, la violence conjugale, et les autres formes de maltraitance, sont généralement plus faciles à débattre au sein de groupes de même sexe ou de même âge. Autres formes de collecte de données Comme l a démontré l expérience de PROCESO en Bolivie, la collecte de données ne doit pas se limiter aux enquêtes et entretiens, mais peut inclure les tests académiques visant à établir le niveau éducatif des enfants, les disparités au niveau de leurs capacités académiques, et leurs besoins et attentes en termes de contenu et de méthodes d apprentissage. L expertise et l expérience des spécialistes en éducation est nécessaire dans la conception de ce genre de tests (Voir aussi Le Suivi du travail des enfants). Utilisation d un groupe de contrôle Strictement parlant, l impact peut être mesuré seulement si les données sont vérifiées par opposition à un groupe de contrôle, à la fois au début et à la fin du projet. Après tout, sans groupe de contrôle, il n est pas possible d affirmer avec certitude que la situation à la fin du projet peut être attribuée à l intervention du projet ou à d autres facteurs. Toutefois, dans le contexte de beaucoup de projets sur le travail des enfants, l utilisation de groupes de contrôle pourrait être déconseillée 199
206 7 puisqu il serait demandé aux gens de parler de leurs problèmes sans offrir la moindre opportunité de recevoir de l assistance. Une exception faisable et acceptable est la comparaison des dossiers scolaires pour les taux d inscription et de rétention et les résultats obtenus en classe. Une autre option consisterait à inclure le groupe de contrôle dans l assistance après la mesure de l impact. Cependant, cela pourrait requérir un financement régulier et une planification à long terme par les organes d exécution. 3.4 Identification des collecteurs de données L expérience des projets CIRCLE a démontré que les données peuvent Pour mesurer l impact, il peut être être recueillies par le personnel des organes d exécution eux-mêmes, les parties prenantes au projet, ou les consultants professionnels. Par exemple, dans le projet CIRD au Paraguay, la collecte des données a utile d impliquer une personne été menée par un travailleur social à qui on a confié la responsabilité d interagir avec les différentes parties prenantes au projet, y compris les extérieure à l organisation qui a un enseignants, les parents, et les enfants (voir encadré 7.c). Il y a plusieurs avantages à utiliser des consultants pour faire la collecte des données, point de vue neutre et avec qui les car en plus d être des professionnels dans leurs domaines, ils sont aussi des acteurs impartiaux et jouisse d un certain degré d anonymat. Pour mesurer l impact, il pourrait s avérer utile d impliquer une personne gens peuvent parler librement externe à l organisation, qui a un point de vue impartial et à qui les gens sont disposés à parler librement. De même, lorsque des informations sensibles sont demandées, il pourrait être plus facile pour les personnes interrogées de parler à un parfait inconnu qu ils sont sûrs de ne plus jamais rencontrer à l avenir. A l inverse, il est possible que des informations sensibles apparaissent seulement après l établissement de rapports de confiance comme cela arrive souvent entre les organes d exécution et les parties prenantes au projet. Par exemple, les bénéficiaires du projet RADA en Sierra Léone ont souffert de traumatismes provoqués par la guerre et les abus sexuels et n acceptaient de parler qu au personnel de terrain de leurs expériences et cela, après des semaines, et parfois des mois de séances de conseil. Les expériences de CSID au Bengladesh démontrent que la collecte de données par les parties prenantes peut produire des résultats inattendus, comme ce fut le cas pour les membres du personnel qui ont été surpris par le niveau d engagement des enfants bénéficiaires des activités. Dans la foulée, ANPPCAN au Kenya a prouvé que l exercice dans sa totalité peut être initiée par les parties prenantes. Bien que dans de tels 7 c CIRD: Tirer les leçons de la collecte de données pour améliorer la mise en oeuvre Au Paraguay, CIRD a mis en place des activités de suivi au niveau du projet pour fournir des données sur: la progression des enfants bénéficiaires dans les domaines académiques et émotionnels; la participation des parents aux activités du projet; les résultats des activités d hygiène et de nutrition (sur lesquelles le projet mettait l accent); et les méthodologies pédagogiques en classe. Les données ont été recueillies par un travailleur social qui était responsable de la communication et de l interaction avec toutes les parties prenantes. Cela comprenait des visités régulières dans les écoles fréquentées par les enfants bénéficiaires pour avoir des entretiens individuels avec leurs maîtres et aussi dans les familles pour des échanges réguliers avec les parents sur les progrès en matière d éducation de leurs enfants et leur propre participation aux activités du projets. En plus de ces consultations régulières sur les progrès réalisés par les bénéficiaires et leurs problèmes, le travailleur social a aussi conduit des tests d évaluation académiques mensuels pour chaque enfant et maintenu un profile détaillé pouvant être évalué à tous moments. Ces évaluations ont permis d identifier et de répondre aux défis au moment opportun et que les résultats positifs soient renforcés. 200 cas la confidentialité des données doit être gérée avec soin, ce genre de participation des parties prenantes renforce de façon sûre leur sentiment d appartenance au projet et leur compréhension des problèmes soulevés. Des observations similaires ont été remarquées au niveau du projet BAT en Inde, dans lequel des groupes de jeunes étaient chargés de la collecte des données, y compris la visite des ménages pour vérifier les données, en particulier celles ayant trait aux enfants déscolarisés. BAT a trouvé qu en impliquant divers groupes d acteurs dans la collecte de données, y compris les groupements de jeunes et de femmes et les enseignants, il était possible de comparer les informations sur certains enfants et d évaluer leurs niveaux de vulnérabilité. Ainsi, les enfants qui étaient particulièrement à risque furent rapidement identifiés et des actions appropriées ont pu être menées. Cela a été possible seulement grâce au niveau d implication des groupes d acteurs au sein de la communauté. Les données recueillies étaient d une importance critique pour le travail de conception d interventions efficaces de la part de BAT. Dos Generaciones au Nicaragua a trouvé qu aucune donnée n était disponible sur la situation du travail des enfants et de l éducation dans la zone cible, bien qu il lui a fallu des données pour concevoir les interventions du projet, y
207 compris l élaboration d une stratégie de plaidoyer. Des activistes ont donc été identifiés pour faire partie de l équipe d enquête sur la base de leur fidélité et de leur engagement à travailler au profit de la communauté. Le renforcement de capacité en matière de collecte de données et de techniques d interview leur a été offert, et leurs connaissances personnelles des familles dans leurs voisinages les ont considérablement aidé à obtenir des données pertinentes et à mettre les personnes interrogées à l aise. D autres parties prenantes, telles que les responsables communautaires, ont soutenu le processus d enquête en mettant l accent sur son importance et sur la nécessité pour tout le monde de coopérer. Des données furent recueillies sur le travail des enfants, l âge des enfants, les heures de travail, les niveaux d éducation, et la fréquentation scolaire, parmi lesquelles des informations spécifiques sur les raisons pour lesquelles L âge doit être pris en compte, ainsi que le genre, et l affiliation des les enfants travaillaient et pourquoi les taux de fréquentation scolaire étaient bas. L enquête a révélé que 3 enfants individus lorsque l on sélectionne les enquêteurs sur 10 dans la zone cible travaillaient et que 25 à 30 pourcent ne fréquentaient pas du tout l école. Par ailleurs, la moyenne d âge des enfants travailleurs se situait entre 7 et 12 ans, et 3 sur 5 étaient des filles. 7 Les personnes issues de la communauté qui deviennent des collecteurs de données doivent être acceptables pour les personnes interrogées. Cela pourrait signifier que la sélection devrait se faire sur la base d un processus consultatif pour garantir que la collecte de données est efficace. Les considérations telles que l âge et le genre sont importantes. Les consultants professionnels venant de l extérieur de la communauté peuvent intimider, surtout s ils sont instruits et viennent de la ville et se retrouvent face à une population rurale ou analphabète. 3.5 Renforcement de capacité Le travail avec les volontaires peut nécessiter l élaboration et la mise en oeuvre de programmes de formation et le suivi. Dos Generaciones au Nicaragua a tenu deux ateliers de formation pour les collecteurs de données basées dans les communautés. Les professionnels travaillent avec plus de rapidité, peuvent couvrir des espaces plus grands, et peuvent inclure un groupe de contrôle si nécessaire. Ils peuvent aussi aider à renforcer les capacités dans la communauté en transférant les compétences dans ce domaine. Toutefois, ils coûtent plus cher. Le choix de volontaire ou professionnel dépendra au bout du compte du plan de collecte de données élaboré au départ, du but de l exercice, du type de données à recueillir, et disponible. 3.6 Analyse et partage des données La cinquième phase du processus de collecte des données comprend le suivi. La collecte de données est utile seulement si ces résultats sont analysés, stockés, utilisés et, le cas échéant, partagés. L utilisation des données dépendra de la raison même pour laquelle elles ont été recueillies. Par exemple, BAT en Inde a pu utiliser rapidement et efficacement les données recueillies dans la conception des interventions du projet en faveur des groupes cibles. Les données peuvent être partagées à travers les rapports, la création d une base de données électronique, ou par d autres moyens. L accessibilité ou non du public à l information recueillie dépendra du type de données et du niveau d agrégation et de non individualité. Par principe, les données individuelles doivent être protégées, mais les analyses et les figures anonymes peuvent être rendues publics sans problème. Par exemple, bien qu il soit contraire à l éthique de divulguer les noms des enfants qui ont été victimes d abus sexuels, l utilisation des pourcentages d abus dans une zone donnée dans les supports de sensibilisation serait à la fois acceptable et utile. Même les données aussi directes que la composition des ménages peuvent être sensibles dans les zones où l ethnicité et la religion sont des questions politiques, où il y a des taux élevés de ménages disloqués, ou où la violence conjugale est une réalité. Toutes données qui peuvent être reliées aux individus doivent de fait être protégées de l accès du public. Cela impliquera normalement qu une ou plusieurs personnes soient nommées pour gérer la base de données et contrôler l accès aux données. Ce genre de précautions s applique à la base de données pendant toute son existence. Même sa destruction finale doit se faire avec soin afin que des pages contenant des informations sensibles ne se retrouvent quelque part dans un lieu public. 201
208 7 Cela dit, l idée derrière une base de données est le stockage d informations de manière à les rendre accessibles à ceux qui peuvent en tirer profit. En fonction de l audience cible et du but du maintien de la base de données, les informations peuvent être imprimées ou partagées oralement ou sous d autres formes, par exemple à travers Internet. En l absence de données d enquête nationale fiables, la recherche au niveau local sur le travail des enfants peut être utilisée par les chercheurs et les responsables politiques. Les gouvernements qui prennent au sérieux la lutte contre le travail des enfants et son suivi pourraient envisager de créer une base de données nationale sur le travail des enfants dans laquelle les organisations et les chercheurs pourraient mettre des informations pertinentes. Les organisations appartenant à des réseaux nationaux et même internationaux peuvent envisager une entreprise similaire, y compris la création d une base de données sur le web. De même, les organisations dont le but premier de collecte de données est de concevoir des stratégies de projet ou d utiliser les informations pour des activités de sensibilisation pourraient envisager le stockage des données, ou d une partie des données pour les préserver des utilisations futures ou pour les rendre accessibles à une audience plus vaste. Le processus de suivi doit donc comprendre en partie le plan de collecte des données et le contact des organisations, institutions, agences et les personnes physiques potentielles pour discuter des résultats de la collecte de données et évaluer sa valeur aux yeux des autres. Dans le projet Dos Generaciones au Nicaragua, le gouvernement a exprimé son appréciation de l enquête sur le travail des enfants et l éducation, mettant en avant sa contribution à la collecte de données nationales. L organisation a été invitée à participer à des rencontres avec le Ministère de l Education et le Forum de l Education Nationale et a été impliquée dans la conception d un projet national offrant des alternatives éducatives aux adolescents travailleurs. Cela met en exergue l impact potentiel d une bonne collecte de données et sur comment de telles activités peuvent contribuer à renforcer les efforts de plaidoyer en collaborant étroitement avec les départements de la statistique des administrations locales et nationales. De telles enquêtes peuvent fournir des données d une valeur inestimable aux structures du gouvernement chargées de l analyse statistique et de la mise à disposition d informations pour la formulation de politiques et de programmes et de reformes. 4. Durabilité La collecte de données efficace peut contribuer à la durabilité de plusieurs façons : L appropriation: En impliquant les parties prenantes au projet et les bénéficiaires dans le processus de collecte de données et son suivi, on peut renforcer le sentiment d appropriation du projet dans son ensemble et de ses résultats par la communauté. Les personnes impliquées dans la collecte ou même dans la fourniture des données se découvrent un intérêt pour le processus et pour la finalité pour laquelle est sera utilisée éventuellement. Cela est particulièrement vrai dans les situations où les données seront recueillies pour servir de source d information pour la conception et pour donner un contenu aux activités de sensibilisation, car un tel niveau de connaissance et de compréhension peut influencer et mesurer le changement d attitude et de comportement au niveau des parties prenantes et des bénéficiaires. Les besoins des bénéficiaires ciblés peuvent être mieux déterminés en conduisant des études approfondies du milieu 202
209 Implication des enfants et des jeunes: Liée à la question de l appropriation, l implication des enfants et des jeunes leur permet de partager une vision dynamique de l avenir de leur communauté, étayée par la formation qu ils reçoivent et la collecte des données. 7 Développement de compétences professionnelles: Le projet peut contribuer au développement des compétences au sein de la communauté lorsque les parties prenantes et des bénéficiaires aident à la collecte et peut-être au traitement des données, y compris leur analyse. Les volontaires pourraient mettre à niveau leurs compétences et augmenter leurs opportunités d emploi conduisant potentiellement à des revenus plus élevés. Cela pourrait améliorer le revenu disponible dans les communautés défa- Les données obtenues de la communauté doivent être analysées et partagées avec la communauté vorisées et l impact sur l accès des enfants à risque aux opportunités d éducation et de formation. Implication des professionnels: Engager des professionnels dans la collecte et l analyse des données peut entraîner la prise en charge des questions de travail des enfants et d éducation à des niveaux professionnels et techniques plus élevés et à la mobilisation d équipes de plaidoyer hautement qualifiées. Changement d attitude et de comportement: La collecte de données qui contribue au développement des activités de sensibilisation et de plaidoyer peut avoir un effet sur les attitudes et comportement fondamentaux dans les communautés ciblées et contribuer à la durabilité des résultats du projet.. 5. Défis Certaines questions, si elles ne sont pas prises en main de façon appropriée, peuvent compromettre l efficacité des résultats Alors que les données telles que les données démographiques sont sans ambiguïté, elles peuvent ne pas être Implications des ressources La collecte, le stockage et l analyse des données peuvent être un processus complexe, qui demande beaucoup de travail et peut aussi simples à obtenir des personnes être coûteux. Ce processus peut nécessiter un personnel qualifié et un équipement approprié et des locaux pour stocker et analyser les données. Cela peut avoir un impact sur les ressources hu- interrogées qu elles ne le paraissent maines et financières du projet d autant que, dans certains cas, le matériel et les compétences requises ne sont pas disponibles dans les communautés cibles. Il est donc indispensable de mener une réflexion exhaustive sur cette question pendant la phase de conception et de planification. Renforcer les liens entre les collecteurs de données et les personnes à interroger: Pour obtenir des données confidentielles, un certain niveau de connivence entre l enquêteur et les personnes à interroger est nécessaire. Pour créer un environnement favorable afin d appuyer la collecte de données, trois facteurs sont importants. Premièrement, l enquêteur doit à tout moment avoir une attitude respectueuse envers la personne interrogée. Si cette dernière sent qu elle n est pas respectée, parce que l enquêteur affiche une certaine supériorité à cause de son éducation et de sa position sociale par exemple, il est probable que l informateur se retienne de lui faire des confidences, compromettant du coup la qualité des données. Deuxièmement, l enquêteur doit essayer de créer un cadre informel et détendu et veiller à ce que la personne à interroger se sente à l aise et ne se sente menacée d aucune façon par le processus. Même des techniques aussi simples que la prise de dispositions pour que les discussions de groupe témoin se déroulent dans un milieu qui encourage la participation de tous, peuvent être utiles. Troisièmement, dans 203
210 7 la mesure du possible, l entrevue doit se faire dans la langue que la personne à interroger maîtrise le mieux, s il le faut avec l aide d un interprète. Cela aide non seulement à renforcer les liens, mais permet aussi à la personne interrogée de s exprimer sans difficulté et nuance. Renforcement de capacité: Le résultat de la collecte de données ne doit pas être compromis par le manque de préparation, y compris le manque de renforcement des compétences. De même, si le processus doit être pris en main par un groupe de professionnels venant d ailleurs, ils doivent être mis au courant des détails pour s assurer qu ils sont tout à fait au courant des questions culturelles et traditionnelles qui requièrent une attention particulière, ou même du problème de langue. Type de données: Une autre question à prendre en compte est le type de données recherchées, par exemple les faits, les attitudes ou les récits sur le comportement. Pendant que des données, telles que les données démographiques sont sans ambiguïté, elles peuvent ne pas être aussi simples à obtenir des personnes interrogées qu elles ne le paraissent. Par exemple, lorsque vous interrogez les enquêtés sur le nombre d enfants qu ils ont, la réponse doit-elle prendre en compte les enfants mort-nés ou seulement les enfants vivants? Que dire des enfants décédés? Les enfants adoptés doivent-ils être mentionnés? Et que dire de leurs propres enfants qui ont été placés dans d autres familles ou en adoption? Cela devient même plus difficile lorsqu on cherche à connaître les dates de naissance dans certaines communautés. Certaines personnes interrogées peuvent ne pas se souvenir du tout des dates. D autres se souviennent d événements qui se sont déroulés à la naissance à partir desquels on peut plus ou moins retracer la date. La date peut être très importante pour l enquêteur, mais dans certaines communautés, elle peut n avoir que très peu de signification dans leur vie de tous les jours. Lorsque vous posez des questions sur les attitudes, les enquêteurs doivent faire attention à ne pas se départir de leur neutralité. Autrement, les personnes interrogées peuvent être tentées de donner des réponses que l enquêteur aimerait entendre de leur point de vue. C est dans de tels cas que le langage et le choix des mots pour formuler les questions et les réponses sont très importants. Des différences subtiles peuvent entraîner des réponses complètement différentes. Par conséquent, s il y a lieu de traduire les questionnaires, le travail de traduction doit être fait avec soin. Avant de lancer l enquête complète, les questions doivent être testées sur le terrain dans toutes les langues. Enfin, la nature humaine est telle que les personnes interrogées peuvent présenter une image légèrement plus positive d ellesmêmes lorsqu on leur pose des questions sur leur comportement. Ainsi, les chercheurs doivent mettre en place des moyens de vérification à divers niveaux de l enquête en vue de comparer les points de vue, les faits, et récits des différentes personnes. Traumatisme: Certains projets sur le travail des enfants s attaquent à des questions très sensibles, telles que le trafic et l exploitation sexuelle. Dans de tels cas, il est vital de faire montre de prudence dans la conduite des activités de recherche, en particulier avec les enfants, et d éviter de provoquer d autres traumatismes pour des personnes ayant déjà connu la souffrance. Il est conseillé, dans la mesure du possible, d avoir un appui professionnel approprié au cours de ce genre d entrevue pour répondre à tous problèmes mentaux ou émotionnels qui pourraient surgir et pour faire en sorte que les questions et les réponses soient formulées de façon convenable. Suivi: La collecte de données, surtout lorsqu elle implique des volontaires issus de la communauté, peut créer des attentes parmi les parties prenantes. Il est important de veiller à ce que le processus de suivi de l analyse et de l utilisation des résultats, comme la conception et la mise en œuvre des activités de sensibilisation, se déroule relativement tôt par la suite et que les parties prenantes et les bénéficiaires soient impliqués dans les activités de suivi aussi. Cela renforce d avantage le sens d appropriation du projet et aide à rendre les résultats durables à plus long terme. Autres chapitres importants Sensibilisation p. 47 Suivi du Travail des Enfants p
211 Liste des ONG partenaires sous-traitantes de CIRCLE Veuillez noter que les contacts fournis ci-dessous sont les plus récents en date de décembre Certaines informations peuvent avoir changé. Pour les informations récentes, veuillez visiter le site web de CIRCLE à Pays ONG Afrique Contacts Annexe I Côte d Ivoire Ethiopie Ghana Kenya Malawi Mali Morocco Senegal Sierra Léone Winrock CLASSE African Development AID Association (ADAA) Ethiopian Muslims Relief and Development Association (EMERDA) Parent and Child Foundation (PACF) Children Research for Action & Development Agency (CRADA) Environmental Protection Association of Ghana (EPAG) African Network for the Prevention and Protection against Child Abuse and Neglect (ANPPCAN), Ghana Dupoto e Maa Olkejuado Pastoralists Development Organization African Network for the Prevention and Protection against Child Abuse and Neglect (ANPPCAN), Kenya Association of Media Women in Kenya (AMWIK) Youth Net and Counseling (YONECO) Winrock CLASSE Environnement et Développement de Tiers Monde (ENDA) Association pour le Développement Actif et Participatif (ADAP) Réseau d Appui et de Conseils aux Initiatives des Artisans du Mali (RAC) Association Malienne d Initiatives et d actions pour le Développement (AID-Mali) Association Jeunesse Actions Mali (AJA) Association DARNA la Ferme Pedagogique des Jeunes Women s Health Education and Prevention Strategies Alliances (WHEPSA ) Assocation pour la Survie et le Developpement de l Enfant au Senegal (ASDES) XAM DEFARU Rehabilitation and Development Agency (RADA) Agricultural Production Extension and General Services (APEGS) Congregation of Christian Brothers, Catholic Mission (CCB) Community Action for Rural Development (CARD) Cocody les Deux Plateaux Rue des Jardins Résidence Aziz, 1er Etage Appartement B5 (Près du restaurant Nuit de Saigon) Courriel: [email protected] P.O. Box , Oromia Zone-East Shoa, District-Siraro Tel: Courriel: [email protected] Africa Avenue, Addis Ababa 7515 Africa Avenue, Addis Ababa 7515 Tel: Courriel: [email protected] P.O. Box MP209 Mamprobi, Accra Tel: Courriel: [email protected] Starlets 91 Avenue, Opposite Central Ahamadiyya Mosque, Kumasi Tel: 233-(0) or (0) Courriel: [email protected] P.O. Box AS 32 Sawasi, Kumasi Tel: Courriel: [email protected] Ash-Town, Near Dannipharma, Kumasi Box ANT 2372 Tel: Courriel: [email protected] P. O. Box , Kajiado Tel: Courriel: [email protected] P. O. Box City Square, Nairobi Tel: Courriel: [email protected] 3rd Floor, Hughes Building, Muindi Mbingu Street, Kenyatta Avenue, Nairobi 10327, Tel: Courriel: [email protected] P.O.Box 471, Kazembe Location, Near Likangala Secondary School - Zomba, Malawi Tel: or Courriel: [email protected] Hamdallaye ACI 2000 Boulevard des Archives Nationales à 200 m de la place CAN Tel: (223) Rue 424 Ouolofobougou, BP: 3123 Bamako Tel: Courriel: [email protected] BP. 105 Koutiala, Tel/Fax: (00223) Courriel: [email protected] or [email protected] Rue 222 Porte 173 Hamdallaye Bamako BP: 1502 Tel: Courriel: [email protected] BP: 3179 Bamako Tel: Courriel: [email protected] ACI 2000 Hamdallaye, près de l immeuble ABK6, Rue 432, porte 1102 Bamako 2141 Tel: Courriel: [email protected] 9. Rue du Detroit-Marshan, Tanger Tel: (212) Courriel: [email protected] 112, Rue Marachel Joffre BP 2130 Kaolack Tel: (221) or Courriel: [email protected] No.82 Cite Elevage, Mamaelles Dakar 16492, Tel (221) / (221) Courriel: [email protected] or [email protected] Villa no 179 Quartier 10eme RIAOM, Thiès Rep du Senegal Tel: (221) or Courriel: [email protected] 201 Bo-Taiama Highway New London Bo Tel: Mobile: (076) , , Courriel: [email protected] 7 Garber Lane, Juba Hill Freetown Tel: or Courriel: [email protected] Hove Street, Spiritus House, Freetown Tel: Land Tel - 00, 232, 22, 220,177 Mobile Tel - 00, 232, 76, 602, 834 / 00,232, 76, 602, 808 Courriel: [email protected] 85 Main Sewa Road Shelmingo, P.O. Box 24, Bo Tel: Courriel: [email protected] 205
212 Annexe I Liste des ONG partenaires sous-traitantes (suite) Pays Bolivie ONG Proceso, Servicios Educativos Obispo Anaya Program Amérique Latine Contact Casilla de Correo Nº 640 Santa Cruz de la Sierra Tel: Courriel: [email protected] Valle Hermoso Zone Av. Petrolera Km 5 ½ s/n Cochabamba Cochabamba Tel/Fax: Courriel: [email protected] Centro Bolivia de Investigacion y Accion Educativas (CEBIAE) Av. 6 de Agosto, Nº 60, Potosí 1479 Tel: (591-2) , La Paz (591-2) , Potosí. Courriel: [email protected] Brésil Equateur Guatemala Nicaragua Paraguay Pérou Sociedade 1 de Maio Casa Renascer Centro Dom Helder Camara de Estudos e Acao Social (CENDHEC) Fundación Junto Con Los Niños (JUCONI) Centro Ecumenico de Integracion Pastoral (CEIPA) Grupo de Apoyo Mutuo (GAM) Programa de Apoyo para la Salud Materno Infantil y para la Salud de otros Grupos de Riesgo (PAMI) Dos Generaciones ONG Sumando Fundación Comunitaria Centro de Información y Recursos para el Desarrollo (CIRD) Instituto Salud y Trabajo (ISAT) La Asociación Mujer Familia (AMF) Rua Nova Esperança, Salvador, Bahia Tel: Courriel: [email protected] Rua Ana Néri, 345 Petrópolis, Natal, Rio Grande do Norte Postal code: Tel: (84) Courriel: [email protected] Rua Gervásio Pires, 921, Boa Vista, Recife, Pernambuco Tel: (81) / Courriel: [email protected] Av. Carlos Julio Arosemena Km 2.5, Detrás del edificio Orquifa. Guayaquil, Guayas, Casilla Postal Tel: /8095 Courriel: [email protected] Apartado Postal 367, Quetzaltenango Tel: (502) Courriel: [email protected] 8 Calle 3-11, Zona 1, ciudad de Guatemala, C.A. Tel: (502) mail: [email protected] 11ª calle zona 2, Ciudad Nueva Tel: / Courriel: [email protected] NITEL Monsenhor Lezcano 2 ½ cuadras al Sur Apartado 3262 Managua Tel: Fax: Courriel: [email protected] Av. Felix Bogado Esq. 18 de Julio, Asución Tel: Courriel: [email protected] Avda. Mariscal López Nº esquina Acá Carayá. Asunción. Tel: Courriel: [email protected] Calle Cayetano Heredia, 329, Jesus Maria, Lima 11 Courriel: [email protected] Jr. Jorge Isaac 299-URB. El Bosque Cajamarca Tel: Courriel: [email protected] 206
213 Annexe I Liste des ONG partenaires sous-traitantes (suite) Country Bangladesh NGO Manab Unnayan Kendra (MUK) Asie du Sud Contact Information Nilkuthi Road, Amjhupi Bazar, Meherpur-7100 Tel: Courriel: [email protected] Inde Népal Pakistan Centre For Services and Information on Disability (CSID) National Development Society (NDS) The Committee for Legal Aid to Poor (CLAP) Arunodhaya Center for Street and Working Children (ARUNODHAYA) Center for Rural Education and Development (CRED) Voc Rural Development Centre (VOCRDC) Deepalaya Asha Community Health and Development Society (ASHA) Bal Ashram Trust (BAT) Child Workers in Nepal Concerned Center (CWIN) Aasman Nepal (AASMAN) Community Action Centre Nepal (CAC Nepal) Backward Society Education (BASE) Women Acting Together for Change (WATCH) Children-Women In Social Service and Human Rights (CWISH) Rural Access Development and Research (RADAR) Child Care Foundation (CCF) The Development and Welfare Agency (DWAY) House # 715, Road # 10, Baitul Aman Housing Society,Adabor, Shyamoli, Dhaka Tel: Courriel: [email protected] [email protected] House # 7, Road# 2/A, Pallabi, Mirpur-11½, Dhaka 1216 Tel: , , Mobile Courriel: [email protected] 367 Marakatanagar, Sector-6, Cuttack , Orissa Tel: / Courriel: [email protected] 15 Bazaar St., Chennai , Tamilnadu Tel: Courriel: [email protected] 301Main Road, T. Vadipatty Madurai Dist. Tamilnadu. Tel: Courriel: [email protected] Katchaikatty Post, Vadipatty Taluk. Madurai, Tel: Courriel: [email protected] 46, Institutional Area, D-block, Janakpuri New Delhi, Tel/Fax Number: , , Courriel: [email protected] Kamakshya Nagar Dhenkanal Orissa Tel: Courriel: [email protected] Bal Ashram -Virat Nagar, Jaipur Rajasthan Tel: Courriel: [email protected] P.O. Box 4374 Rabibhawan, Kathmandu Tel: Courriel: [email protected] Murli Chowk, Ward No. 4, Janakpurdham, Dhanusha Tel: Courriel: [email protected] G.P.O.Box 8324,Bansbari, Kathmandu Tel: Courriel: cac_nepal@cac_nepal.wlink.com.np or [email protected] Tulsipur, Dang Tel: Courriel: [email protected] or [email protected] 572/45 Ram Mandir Marga, Dhobi Khola, Battis Putali GPO Box 1132, Kathmanu Tel/Fax: / Courriel: [email protected] P.O.Box 21433, Chabahi,l Kathmandu Tel/Fax: Courriel: [email protected] Tribhuvan Nagar Ghorahi, Dang GPO Box 19025, Kathmandu Tel/fax: Courriel: [email protected] 63-B, Jahangir Road, St. John S Park Lahore Cantt, Punjab Tel: Courriel: [email protected] Bannu Township, Pakistan Courriel: [email protected] or [email protected] 207
214 Annexe I Liste des ONG partenaires sous-traitantes (suite) Pays Cambodge Philippines ONG Women Development Association (WDA) Health Care Center for Children (HCC) Wathnakpheap The Laura Vicuna Foundation (LAURA) Asie du Sud Est Contact No 69 D0+1, Street 97, Group 31, Village 5, Sangkat Phsa Deum Thkov, Khan Chamcar Mon Phnom Penh Tel: (855-12) / (855-23) Courriel: [email protected] #35A St. 376 Sangkat Boengkengkang 3, Khan Chamkar Morn Phnom Penh Tel: / Courriel: [email protected] # 3 St. 323 Boeung Kak 2, Tuol Kork Phnom Penh Tel: / Courriel: [email protected] or [email protected] 3500 V. Mapa Ext., Santa Mesa 1016, Manila Tel: (632) Courriel: [email protected] Vietnam Kapatiran-Komunidad People s Coalition (KKPC) KAUGMAON Center for Children s Concerns Foundation, Inc. Share A Child Movement, Inc. (SCM) ACTUATOR for Socio Economic Progress, Inc Lingap Pangkabataan H.O.P.E. Volunteers Foundation, Inc (HOPE) Quidan-Kaisahan of Negros Occidental (QK) Center for Studies & Applied Sciences in Gender, Family, Women & Adolescents (CSAGA) Galilan, ROTC Hunters, Tatalon Quezon City Tel: (632) Courriel: [email protected] #59 Vinzon-Cervante Street,Barrio Obrero Davao City, Tel:(082) ,:(082) Courriel: [email protected] or [email protected] 3rd Floor, FSV Bldg., 91 Rizal Avenue Cebu City Tel: (632) Courriel: [email protected] #24 Doña Carmen Ave. Don Jose Heights, Commonwealth Avenue, Quezon City Tel: (02) Courriel: [email protected] 158 Ermin Garcia St. Brgy. F. Rodriguez Cubao, Quezon City Tel: / / Courriel: [email protected] Room 301, Northpoint Building, B.S. Aquino Drive, Bacolod City, 6100 Courriel: [email protected] 2383 CL Montelibano Drive, Barangay Villamonte Bacolod City Tel:(6334) Courriel: [email protected] R*01 - B3- Thang Long International Village - Tran Dang Ninh Road, Hanoi Tel: , Courriel: [email protected] 208
215 Annexe II Membres du Comité Régional de Sélection (CRS) Les Titres et organisations datent du mois de décembre Veuillez noter que certains titres et emplois peuvent avoir changé. Nom Afrique Eric Appiah Okrah Alpha Oumar Dramé Mme. Binta Rassouloula Aw Sall Mme. Minata Ouédraogo Zanga Pape Amadou Kane Diallo Charles Tasa Tsasa Mme. Wambui Njuguna Ayalew W/ Semait Mr. Bakary Sogoba Robale Kahogi Paschal Wambiya Peter O. Koroma Edward D.A. Turay Organisation/ Titre Coordinateur National de Projet, Programme International pour l Élimination du Travail des Enfants (IPEC/BIT), Ghana Inspecteur d Education, Guinée Chargée de programme, Réseau d appui communication pour le Développement (RECODEV), Sénégal Inspection de l Enseignement Secondaire, Burkina Faso Représentant Aide et Action, Mali Consultant sur les questions de Travail des Enfants, République Démocratique du Congo Réseau Africain pour la Prévention et la Protection contre les Abus et Négligence faites aux Enfants (ANPPCAN), Kenya Réseau Africain pour la Prévention et la Protection contre les Abus et Négligence faites aux Enfants (ANPPCAN), Éthiopie Directeur Exécutif, L Avenir Enfance Sahel (AVES), Mali Conseiller au Ministère de l Éducation, Côte d Ivoire Coordinateur National du projet Education et Formation, BIT, Kenya Education, Sierra Léone Fourah Bay College, Sierra Léone Amérique Latine Ana Lúcia Kassouf Ana Vásquez Gardini Anália Ribeiro Cesar Cardenas Ramires Mercedes Cañas Pedro Américo Furtado de Oliveira Soleny Hamu Andreia Ferro Angela Teixeira Maurício Freire Pestalozzi Jose Luis Nuñez Professeur Associé, Université de São Paulo, Brésil Directeur Etudes Sociales et Publications (CESIP) et Coordinateur National pour Global March against Child Labor, Pérou Coordinateur, Institut Latino Américain pour la Promotion et la Défense des Droits Humain, (ILADH), Brésil Coordinateur National, Mi Cometa Liceo Líderes del Nuevo Milenio, Equateur Chargé du Suivi/Evaluation du Projet en faveur des enfants à risque et les jeunes, El Salvador, Guatemala, et Honduras Coordinateur National de Programme/CTA National, IPEC/BIT, Brésil Programme National de Bourse Scolaire, Ministère de l Education, Brésil Université of São Paulo, Brésil Université Fédérale de Bahia (UFBA) Brésil Centro de Defensa da Criança e do Adolescente (CEDECA), Brésil Directeur, Inti Watana, Bolivie Asie du Sud Mr. Ehsanul Hoque Mr. Priya Nath Ms. Kaneez Fatima M. Kassim Ms. Christine Hostbo Mr. Uddav Poudyal Mr. Hansa Ram Pandey Dr. Muhammad Masum Dr. Govinda Koirala Ms. Chimi Thondon Mr. Annes Jillani Mr. Mahesh Dahal Dr. Suman Subedi Chef de Projet, Terre des Hommes, Pays-Bas Development Catalyst, Inde Responsable Senior du Programme National pour l Agence Suisse de Coopération pour le Développement (SDC), Ambassade de Suisse, Pakistan Conseiller en Politiques d Éducation et de Suivi, M.S. Népal/ Danemark Chef de Projet National BIT/IPEC/DECL Projet Conjoint sur l Elimination Durable du Travail Forcé, Népal Director Adjoint, Fédération des Chambres de Commerce et d Industries (FNCCI), Népal Professeur, Département d économie, Université Jahangirnagar, Bangladesh Spécialiste en Recherche, Activités de Soutien pour les Pauvres Producteurs (SAPROS) Népal Directeur de Oakland fund for children and youth, Népal Coordinateur National, Society for the protection of rights of the child, (SPARC), Pakistan Commission Nationale pour la Formation, Jaycees du Népal, Népal Président des Femmes Professionnelles dans le Secteur de l Utilisation des Sols (WPLUS)/Pr. Assistant Institut Académique, Népal Southeast Asia Ms. Nguyen Thi Mai Oanh Ms. Junita Upadhyay Ms. Rebecca F. Catalla Ms. Emma Porio, Ph.D Ms. Jacquelyn Pinat Ms. Cecilia F. Oebanda IPEC/BIT, Vietnam Child Workers in Asia, Thailande Directeur Pays, JBJ-Crossroads to Development, Cambodge Professeur, Département de Sociologie-Anthropologie, Université Ateneo de Manille, Philippines Child Workers in Asia, Thailand Director, Visayan Forum 209
216 Annexe III Evaluation et Contribution aux Meilleures Pratiques Evaluateurs Aicha Cissé Ayalew Semait Ana Vasquez Ana Aouad Ana Maria Dionela Ana Paula Queiroz Ananya Bhattacharya-Price Angela Nunes Augustine Robinson Bamoussa Coulibaly Bastiaan Kluft Beth Lindley Binta R. Aw Sall Brehima Guindo Bréhima Traoré Brima Bockarie Caryl Garcia Cecile Oebanda Chandni Tandon Charlie Feezel Christine S. Batiles Colette Leon Corrina Klijn Daisy Año Daisy Y. Morales Damiaan Vreman David Alpher David Bell David Bloomer Elizabeth Danquah Elsa Fan Emma Porio Eric Okrah Erick Jurado Eshanul Hoque Eufrocina G. Valenzona Fatoumata Ide Fernanda Derreira Gerard Madern Hansa Ram Pandey Hortense Diallo Imelda V. Villacin Ismael Basso Jacquelyn Pinat Jawad Aslam Jeni Cobb John Trew Ma. Josefina Carrasco Jon David Settle Julianne Freire Pepeu Julie Fischer Julio S. Labayen Kaneez Fatima Kassim Karamogo Sako Karima Salah Eddine Keith Jeddere-Fisher Kelli Coughlin Schoen Kelly Ribeiro Korotoumou Konfé Liesbeth Daffé Ligia Moreira da Rocha Lorena Davalos Lotte Pelckmans Louise Krumm Malcolm Hiponia Mamadou Konaté Mamadou Togola Mamoutou Coulibaly Marc Valentin Maria Gloria Barreiro Marie Angelique Faye Marlies Bedeker Martha Saldinger Martin van Vliet Megan Sibole Mercedes Canas Michelle Salmen Minata Ouedraogo Mr. Raghunath Myrella Saadh Nadine Assémien Nana Brempong Nancy C. Nicolas Nathan Cryder Neylar Lins Nicholas Grisewood Niels Hanssens Niraj Shrestha Pablo Paldas Paola Chirino Paschal Wambiya Patricia Galvão Ferriera Paula Correa Pedro Américo Furtado de Oliveira Phoebe Omondi Prakash Awasthi Prasad Patnaik Priya Nath Rabiul Hasan Radha Koirala Rafiq Khan Ramata Hanne Diallo Ramon Balestino Rebecca Catalla Rekha Wazir Renatto Pinto Rocio Cordova Ruth Woode Sagestine Gandi Salia Kanté Salimata Marico Serenidad Lavador Shahidul Islam Shimon Prohow Solomon Apla-on Stuart Beechler Tanya Andrade Teresa Balderrama Thea Bongertman Thomas Hare Uddhav Poudyal Violet Diallo Viviane Hermida Yuka Iwatsuki Personnel du Projet ayant contribué Adriana Alvarez Ana Dionela Carol O Laughlin Debora Aranha Henry Ruiz Isabel Sanchez Jason Befus Kadiatou Cissé Abbass Milan Adhikary Nora Weiss Pratap Rai Rocio Cordova Sarah Vingoe Saskia Brand Vicki Walker Yuka Iwatsuki Edition/Recherche/ Ont contribué à la traduction Cara Hayes Marta Bazuik Moussa Fofana Neici Zeller Ximena Eduardo el Diez 210
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218 Winrock International Division Autonomisation et Engagement Civique 1621 N. Kent St., #1200 Arlington, VA USA Tele: (703) x 636 Fax: (703) CIRCLE [email protected] ISBN: CIRCLE est financé par le Département Américain du Travail dans le cadre des Accords de Coopération E-9-K et E-9-K
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