LES IVG en Martinique



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Observatoire de la Santé de la Martinique Centre commercial de Bellevue Immeuble Corniche 2 3 ème étage 97200 Fort de France Tél. : 05 96 61 04 82 - Fax : 05 96 61 28 20 Directeur de Publication : Frantz Ventura Rédaction : V. Boudan, S. Merle ISSN : 1146-0830 LE BULLETIN DE L OBSERVATOIRE DE LA SANTE DE LA MARTINIQUE LES IVG en Martinique Cadre législatif La loi du 17 janvier 1975 a autorisé sous certaines conditions la pratique de l Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en France pour une durée de 5 ans. Cette loi est devenue définitive avec la loi du 31 décembre 1979. Afin de mieux répondre aux attentes des femmes, la loi a été remplacée par la loi du 4 juillet 2001. Toute femme en situation de détresse est donc autorisée à demander une IVG à un médecin. Cette demande doit être confirmée après un entretien social et un délai de réflexion d une semaine qui peut être réduit en cas d urgence. Le nouveau texte de loi prévoit que la prise en charge s effectue avant la fin de la 14 ième semaine d aménorrhée, soit un allongement de deux semaines par rapport à la loi du 31 décembre 1979. Jusqu à 12 SA, l acte peut avoir lieu soit dans un établissement de soin ayant un service de gynécologie obstétrique, soit en convention avec un établissement disposant d un plateau technique permettant la prise en charge de l ensemble des complications de l IVG. A partir de 12 SA, l IVG doit avoir lieu dans une structure disposant d un plateau technique chirurgical. Les mineures doivent obtenir une attestation de consultation préalable délivrée par un organisme habilité. Avec la nouvelle loi, elles ne sont plus obligées d avoir une attestation parentale, mais elles doivent être accompagnées dans leur démarche par une personne majeure de leur choix. Par ailleurs, la loi accepte sans limite de terme de gestation, la pratique d une Interruption Thérapeutique de Grossesse (ITG) après accord de deux médecins et d une tierce personne qualifiée tenue au secret professionnel, si la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme. S il s agit de la santé de l enfant, une équipe d un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal décide de l ITG ou non. A cette équipe peut être associé un médecin désigné par la femme. Enfin la loi prévoit que toute IVG fera l objet d une déclaration anonyme établie par le médecin et adressée par l établissement au médecin inspecteur régional de la santé. Il s agit du Bulletin d Interruption Volontaire de Grossesse (BIVG). Il contient des informations socioprofessionnelles sur les patientes et des informations propres à l IVG et aux grossesses antérieures. Situation en Martinique En Martinique, après une faible participation du secteur privé (Clinique Pasteur), de 1981 à 1985, la totalité des IVG est réalisée dans le secteur public. La prise en charge des IVG est effectuée uniquement dans les services de gynécologieobstétrique des centres hospitaliers du Lamentin, de Trinité et de Fort-de-France (Hôpital Victor Fouche). Historiquement, le Centre Hospitalier Universitaire de Fort de France a d abord été le seul établissement agréé pour réaliser cette activité, suivi fin 1978 du Centre Hospitalier de Trinité puis du Centre Hospitalier du Lamentin en 1980. Evolution du nombre d IVG de 1990 à 2000 Entre 1990 et 2000, le nombre d IVG a augmenté de 32,9% et le nombre de naissances a diminué de 6,4%. Le nombre de femmes en âge de procréer (15-49 ans) a augmenté de 3,5% entre le recensement de 1990 et celui de 1999. Le nombre

d IVG semble se maintenir autour de 2300 depuis 1995. Il a été déterminé en prenant le maximum des données Inspection Régionale de la Santé (I.R.S.) et des données de la Statistique Annuelle des Etablissements (S.A.E.), sauf pour 2000 où seules les données de la SAE sont disponibles. En Martinique l écart entre ces deux sources n est pas significatif. La déclaration des IVG par les bulletins est satisfaisante (le taux de couverture est de 96,7% sur la période 1990-2000). En moyenne annuelle, il y a eu 1981 IVG de 1980 à 1989 et 2254 IVG de 1990 à 2000, soit une augmentation de 13,8%. En moyenne, sur les mêmes périodes, les naissances ont augmenté de 1,1%. Comparaison interrégionale Depuis 1990, le nombre d IVG pour 100 conceptions est beaucoup plus élevé en Guadeloupe que dans les deux autres DFA. En 2000, la différence est très significative (p<10-3 ) : la propension à avorter est plus forte en Guadeloupe qu en Martinique et en Guyane. Ce phénomène est confirmé par le taux d IVG. En 2000, le taux était de 43,1 en Guadeloupe, 25,5 en Martinique et 32 en Guyane. La Martinique a le plus faible taux d IVG mais c est elle aussi qui a le plus faible taux de fécondité (66,4 en Guadeloupe, 57,8 en Martinique et 123,2 en Guyane [3]). 3000 2500 2000 Evolution du nombre d'ivg entre 1990 et 2000 nb d'ivg Nombre d' IVG pour 100 conceptions aux Antilles- Guyane de 1990 à 2000 42% 39% 28% 30% 23% 23% 22% 21% 18% 1990 1995 2000 1500 1000 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 Données : Service statistique de la DSDS, [1}] et [2] Proportion d IVG pour 100 conceptions La propension à avorter correspond au risque de recourir à l avortement en cas de grossesse. On rapporte alors le nombre d IVG à un nombre de conceptions 1. Cet indicateur a augmenté en 10 ans puisqu il est passé de 23% en 1990 à 30% en 2000. Depuis 1994, il oscille entre 28% et 30%. Taux d IVG : Nombre d IVG pour 1000 femmes en âge de procréer Entre les deux derniers recensements la population martiniquaise a connu une forte évolution (+6%). Cet accroissement a concerné aussi les femmes en âge de procréer (+3,5%). Mais le nombre d IVG a progressé plus rapidement. Ainsi le taux d IVG est passé de 20,5 pour mille femmes en âge de procréer en 1990 à 25,5 en 2000. Guadeloupe Martinique Guyane Données : Service statistique de la DSDS, [1}],[2]et [3] Comparaison avec la Métropole Globalement la propension à avorter est plus basse en Métropole qu en Martinique puisque le nombre d IVG pour 100 conceptions entre 1990 et 1996 fluctue autour de 18% avec un maximum de 18,8% en 1993 2. Cependant, cet indicateur subit des variations régionales : il varie de 13,9% en Basse- Normandie à 23,9% en Corse pour l année 1996. En calculant cet indice pour l année 2000 [3], on obtient 20,1% pour la Métropole. Ce pourcentage aurait augmenté, tout en restant en deçà de celui de la Martinique. Mais pour la Métropole, le nombre de naissances étant une estimation et le nombre d IVG celui déclaré dans la Statistique Annuelle des Etablissements, ce pourcentage n est qu une estimation. Concernant le taux d IVG, la Martinique se situe au-dessus de la Métropole : 25,57 contre 13,5 en 2000. Le taux de Métropole est sous-évalué mais il reste quand même inférieur à celui de la Martinique. 1 Conceptions = naissances totales + IVG 2 Données FNORS, Score santé

ANALYSE DES BULLETINS STATISTIQUES DE JUILLET 2000 À MARS 2001 Répartition des femmes par tranches d'âge A. Méthodologie Toute IVG doit faire l objet d une déclaration anonyme transmise au Médecin Inspecteur Régional de la Santé. L analyse détaillée des informations est réalisée au niveau national, comme le prévoit la loi, par l Institut National d Etudes Démographiques (INED) en liaison avec l Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). En 2000, dans le cadre d une réflexion menée par la Commission Consultative des Naissances, la DSDS a décidé d exploiter localement les informations présentes dans ces bulletins afin de mieux connaître les caractéristiques des femmes ayant recours à l IVG. Etant donnée la période d étude, la nouvelle loi n était pas encore en vigueur. La réalisation pratique de cette enquête a été confiée à l Observatoire de la Santé de Martinique. Les bulletins ont été saisis et analysés sur le logiciel SPAD 4.5. Les tests statistiques ont été réalisés avec EPI INFO 6.04. Les bulletins ont été recueillis de juillet 2000 à mars 2001. B. Résultats 45 à 48 ans 40 à 44 ans 35 à 39 ans 30 à 34 ans 25 à 29 ans 20 à 24 ans 15 à 19 ans 13 à 14 ans 0,7% 0,8% 6,5% 15% 16% 19,1% 19,7% 22,2% 0% 5% 10% 15% 20% 25% % calculés sur la base des répondantes * Nationalité La très grande majorité des femmes est de nationalité française (96,5%). Les femmes étrangères viennent principalement de Sainte-Lucie (36,8%), d Haïti (21,1%), de la Dominique (13,2%) ou du Maroc (10,5%). * Situation matrimoniale Légalement, les célibataires prédominent avec un peu plus des trois quarts des femmes, mais dans les faits 63% déclarent vivre seules. De même, légalement 12% des femmes sont mariées mais elles sont 21% à déclarer vivre en couple. Au total, 1740 bulletins ont été analysés. Les bulletins du mois de décembre 2000 du CH du Lamentin ayant été égarés, les informations ont été obtenues pour les 60 IVG correspondantes à partir des données du PMSI 3. Renseignements relatifs à la femme * Age L âge moyen des femmes est égal à 28 ans ± 7,5 ans, avec des extrêmes allant de 13 à 48 ans. L âge n est pas mentionné sur 2,1 % des bulletins. Les mineures représentent 8% (n= 137) des IVG déclarées et parmi celles-ci 10,2% (n=14) ont moins de 15 ans (soit 0,8% des IVG totales). Les jeunes femmes sont principalement concernées : la moitié des femmes ayant recours à l IVG sont âgées de moins de 28 ans. 3 Programme de Médicalisation des Systèmes d Information Divorcée, séparée * Activité Non réponse Veuve Mariée Célibataire 0,2% Situation légale 3,5% 7,6% 12,3% 76,4% 0% 20% 40% 60% 80% Près de 35% des femmes travaillent (elles sont salariées le plus souvent), 20,2% sont au chômage, 19,4% sont étudiantes ou élèves, 15,7% sont femmes au foyer. Bien que 63% des femmes vivent seules, 56% déclarent une activité pour leur conjoint/compagnon. Ils ont un emploi pour 72% d entre eux (dont 55% sont salariés), 17% sont au chômage, 7% sont élèves ou étudiants et 1% sous les drapeaux (3% de non-réponses). * Grossesses antérieures

Pour 28% des femmes, l IVG est demandée à l occasion d une première grossesse, alors que 72% d entre elles ont déjà eu une ou plusieurs grossesses avant celle motivant l IVG. En moyenne ces dernières ont déjà eu 2,6 grossesses antérieures. Sur l ensemble des femmes ayant déjà eu une grossesse, 90% ont eu au moins une naissance vivante et un quart a donné naissance à un enfant en 1999 ou 2000. Pour 85% des mineures, l IVG est demandée à l occasion d une première grossesse alors que pour 15%, il s agit au moins de la seconde grossesse. Parmi ces jeunes filles, 60% (soit 12 sur 20) ont donné naissance à un enfant. * IVG antérieures Sur l ensemble des femmes, 30% viennent au moins pour la seconde IVG. Parmi les femmes ayant déjà eu une grossesse, ce pourcentage est de 43% (voir le tableau ci-dessous). IVG antérieures chez les femmes ayant déjà eu une grossesse IVG N % antérieures 0 693 57 1 432 36 2 77 6 3 et + 16 1 Total 1218 100 Sur l ensemble des 1740 femmes, on compte 123 femmes qui n ont pas eu de naissances vivantes et qui ont déjà subi au moins une IVG (soit 5,5%). Sur les 525 femmes ayant déjà eu une IVG, 17,3% en ont subi une en 1999 ou 2000, soit 5,2% des 1740 femmes. Parmi les femmes ayant déjà eu une grossesse, 40% des mineures ont déjà subi une IVG et 23% des 18-19 ans. La tranche d âge la plus concernée par les IVG répétitives, est celle des 30-34 ans (46%). Renseignements relatifs à l IVG Dans la mesure du possible, les femmes doivent avoir le choix de la technique (médicale ou chirurgicale), ainsi que du mode d anesthésie (locale, générale ou aucune) quand cela est possible. La technique chirurgicale repose sur la dilatation du col et l évacuation du contenu utérin par aspiration dans des conditions strictes d asepsie. Elle s effectue dans presque tous les cas sous anesthésie. La technique médicale repose sur l association d un antiprogestérone, la mifépristone et de prostaglandines. Elle s effectue dans presque tous les cas sans anesthésie. Selon la durée de gestation, plusieurs techniques sont possibles : - Jusqu à 7 SA révolues toutes les méthodes sont utilisables ; - Au-delà de la 7 ième SA, seule la technique chirurgicale est praticable. * Durée de gestation Les durées de gestation s échelonnent entre 4 SA et 12 SA. La moyenne de la durée de gestation par rapport à la date des dernières règles est de 59,5 jours, soit 8,5 SA. La moitié des IVG s effectue avant 63 jours d aménorrhée, soit avant la 10 ième semaine d aménorrhée. Un tiers des IVG se fait avant la 8 ième semaine d aménorrhée, ce qui reste précoce et permet un plus grand choix dans les techniques d IVG pour les femmes. La durée de gestation ne diffère pas significativement que la femme ait déjà eu ou non une grossesse. 25% 20% 15% 10% 5% 0% 0,2% 2,9% Durée de gestation en SA 18,3% 15% 6,3% 13% 20,1% 18,6% 5,4% 4 SA 5 SA 6 SA 7 SA 8 SA 9 SA 10 SA 11 SA 12 SA % calculés sur les répondants, taux de non-réponses : 0,6% * Techniques employées L utilisation de la méthode chirurgicale prédomine sur la méthode médicale avec 64,9% des IVG. Presque toutes les IVG effectuées avant 8 SA se font à l aide de la méthode médicale (94,3%) et presque toutes les IVG effectuées à partir de la 8 ième SA se font à l aide de la technique chirurgicale (99%). Les établissements ne semblent pas opter pour une méthode systématique, mais ils adaptent la méthode à employer selon la durée de gestation, comme cela est préconisé dans le rapport de l ANAES [5]. Les principales méthodes utilisées (% des répondantes)

Mifépristone seule ou associée 35,1% Aspiration seule ou associée 33,4% Aspiration, dilatation seule ou associée 21,3% Aspiration, curette, seule ou associée 8,5% Autres 1,7% * Anesthésie Le taux de non-réponse est de 7,7%, dont 72,4% correspondent à des IVG réalisées avec la mifépristone, donc certainement sans anesthésie. Sur l ensemble des réponses, les IVG sont effectuées plus fréquemment sous anesthésie générale (46%), un peu moins d un tiers sans anesthésie (31,1%), 22,5% sous anesthésie locale et 0,4% sous anesthésie profonde. L anesthésie générale et l anesthésie locale s emploient dans presque tous les cas lors d une méthode utilisant l aspiration (respectivement 98,7% et 98,6%). Enfin, les IVG réalisées sans anesthésie sont toutes celles utilisant la mifépristone. * Hospitalisation Pour 26,6% des femmes on ne sait pas s il y a eu une hospitalisation. Cependant, dans 76,2% de ces non-réponses, il s agit d IVG par mifépristone qui ne nécessitent pas d hospitalisation. Sur l ensemble des répondantes à cette question, 15% n ont pas été hospitalisées, 23,2% l ont été entre 3 et 12 heures, 5,5% entre 12 et 24 heures, et 56,3% au moins 24 heures. Aucune complication per-opératoire n a été relevée. Afin d avoir une idée des profils des femmes venant pour une IVG, une typologie de ces femmes a été réalisée. On distingue 3 classes parmi les femmes enquêtées : les classes 1 et 2 qui forment un premier groupe et la classe 3 qui forme à elle seule le second groupe. Classe 1 : IVG tardives, multiples, situations précaires Cette classe compte 787 femmes soit 45% de l ensemble des bulletins analysés. La moyenne d âge est de 30,5 ans (écart-type=6,5). Elle est significativement supérieure à la moyenne générale (28 ans). De même, la durée moyenne de gestation est de 68,1 jours d aménorrhée (ET=8,7). Elle est aussi significativement supérieure à la moyenne générale (59,5 jours d aménorrhée), 98% des femmes qui composent cette classe sont âgées de 20 ans et plus et 97% attendent la 8 ième SA pour avorter. Cette classe se caractérise essentiellement par la technique d IVG utilisée (chirurgicale) et l existence de grossesses antérieures. Il s ensuit une durée de gestation au moins égale à 8 SA et l emploi d une anesthésie (générale ou locale). Presque toutes les femmes de cette classe ont eu une grossesse avant celle-ci (97%). On note que 96% viennent pour au moins leur seconde IVG et que 62% ont au moins deux enfants. On observe qu une majorité des femmes au foyer (70%) et que près de la moitié des femmes déclarant un conjoint/compagnon (48%) sont dans cette classe. On retrouve dans cette classe 59% des compagnons/conjoints au chômage. 68% (N=1183) âge moyen=27 ans, IVG chirurgicale 32% (N=557) âge moyen=29,9 ans IVG médicale CLASSE 3 CLASSE 1 45% (N=787) âge moyen= 30,5 ans femmes ayant eu une grossesse 23% (N=396) âge moyen= 20,2 ans femmes n ayant pas eu de grossesse CLASSE 2 C. Discussion Classification Classe 2 : Les adolescentes et les jeunes femmes Cette classe compte 396 femmes, soit 23% de l ensemble des bulletins analysés. La moyenne d âge est de 20,2 ans (ET=5,3). Elle est significativement inférieure à la moyenne générale

(28 ans). De même, la durée moyenne de gestation est de 66 jours d aménorrhée. Elle est significativement supérieure à la moyenne générale (59,5 j), 90% des femmes âgées de moins de 20 ans composent cette classe et 84% des femmes de cette classe attendent la 8 ième SA pour avorter. La principale caractéristique de cette classe est d être composée à 91% par des femmes n ayant jamais eu de grossesse. On note aussi que 81% des élèves/étudiantes sont dans cette classe. Comme dans la classe précédente, la majorité des IVG sont réalisées à l aide de la technique chirurgicale (87%) et sous anesthésie générale (72%). On retrouve une proportion élevée d IVG effectuées à partir de la 8 ième SA. 43% déclarent avoir un compagnon/conjoint, dont 39% sont des étudiants/élèves. Classe 3 : Les grossesses accidentelles Cette classe compte 557 femmes soit 32% de l ensemble des bulletins analysés. La moyenne d âge est de 29,9 ans (ET=6,3). Elle est significativement supérieure à la moyenne générale (28 ans). De même, la durée moyenne de gestation est de 43 jours d aménorrhée. Elle est significativement inférieure à la moyenne générale (59,5 j), 98% des femmes de cette classe avortent avant la 8 ième SA et sont âgées d au moins 20 ans. Cette classe se caractérise par la méthode d IVG employée : la mifépristone pour 99% des femmes de la classe. La durée de gestation se retrouve réduite et l emploi de l anesthésie est quasiment inexistant (2%). Plus de la moitié des femmes travaillent (54%) et ont un conjoint/compagnon (61%) dont 62% sont salariés. Dans 80% des cas, l IVG intervient à partir de la 2 nde grossesse et 33% des femmes ont déjà deux enfants. Comparaison avec les résultats de 1992 [6] La répartition des IVG selon les établissements a varié depuis 1992 : le CH du Lamentin a réalisé plus d IVG en 2000-2001 qu en 1992 (37,9% contre 25,6%, p<10-3 ) et le CH de Trinité moins d IVG en 2000-2001 qu en 1992 (29,9% contre 13,4%, p<10-3 ). Il n existe pas de différence significative pour le CH Victor Fouche (anciennement Maternité de Redoute). années : proportionnellement, on observe moins de femmes de moins de 30 ans en 2000-2001 qu en 1992 (p<10-3 ). Cependant, on observe plus de mineures maintenant qu en 1992 : 8% contre 5% (p<10-3 ) 4. La progression du pourcentage d IVG chez les mineures apparaît à partir du deuxième semestre 2000. En effet pour le premier semestre 2000 la proportion de mineures est de 3,7% alors qu elle monte à 7,5% pour le deuxième semestre 2000 et à 9,1% pour le premier trimestre 2001. La pratique des IVG chez les mineures repose peut-être sur des variations saisonnières. Il est donc nécessaire de surveiller cet indicateur pour savoir si la proportion des IVG chez les mineures reste stable ou augmente vraiment. Répartition par tranches d âges (en %) 13-19 ans 12,5% 15,9% 20-29 ans 52,5% 41,9% 30-39 ans 30,1% 35,1% 40-49 ans 4,9% 7,2% * Nationalité En 1992, on observait 1,7% de femmes étrangères contre 3,5% en 2000-2001. Bien que ces femmes soient peu nombreuses pour ces deux périodes d enquête, la différence est statistiquement significative (p<10-3 ). * Situation de fait On n observe pas de différence statistiquement significative entre la proportion de femmes vivant seules et celle vivant en couple entre ces deux années d enquête. Cependant, le nombre de nonréponses à cette question ne permet pas de conclure de façon satisfaisante. Répartition selon la situation de fait En couple 28% 25,5% Seule 72% 74,5% * Situation professionnelle La répartition des femmes selon leur situation professionnelle ne varie pas significativement entre les deux périodes. Cependant on observe plus de femmes au foyer en 2000-2001 qu en 1992 et la catégorie «autre» est deux fois moins importante lors de l enquête actuelle. * Age L âge moyen des femmes de 1992 est inférieur à celui des femmes de 2000-2001 (26,9 ans contre 28 ans, p<10-3 ). La répartition par tranches d âge de dix ans, varie significativement entre ces deux 4 La proportion des mineures en 2000 était de 5,5% sur l année entière, et cette fois on n observe pas de différen-ce significative entre 1992 et 2000

Répartion selon la situation professionnelle 1992 38% 2000-2001 38% 21% 22% 18% 17% Emploi Chômage Etudiante, élève * Grossesses antérieures 21% 17% Au foyer 6% 3% Autre En 1992, 32% des femmes venaient alors qu il s agissait de leur première grossesse contre 28% en 2000-2001 (p<10-2 ). Parmi les femmes ayant eu au moins une grossesse, on observe plus de grossesses antérieures en 2000-2001 qu en 1992 (2,6 contre 2,4, p<10-3 ). Parmi les femmes ayant eu au moins une grossesse, on observe en moyenne plus d IVG répétitives en 2000-2001 qu en 1992. Parmi les femmes ayant eu une grossesse, on observe une différence entre 1992 et 2000-2001 dans la répartition du nombre d IVG antérieures : on observait moitié moins de femmes venant pour effectuer au moins leur seconde IVG en 1992 qu en 2000/2001 (4% contre 8%, p<10-3 ). Répartition des IVG antérieures selon l année (en %) chez les femmes ayant déjà eu une grossesse 68% 28% 3% 0 1 2 3 et + 57% 35% 6% 1% 2% En comparant la proportion de femmes multirécidivistes (venant pour au moins leur 3 ième IVG) parmi l ensemble des femmes, on observe une augmentation significative par rapport à 1992 : 5,3% contre 2,5% (p<10-3 ). * Durée de gestation que maintenant ce pourcentage est de 42%. L utilisation de l anesthésie locale reste sensiblement la même en proportion et l anesthésie En moyenne, la durée de gestation est plus courte maintenant qu en 1992 : elle est de 59 jours d aménorrhée en 2000-2001 contre 65 jours d aménorrhée en 1992 (p<10-3 ). Les IVG précoces sont aussi plus fréquentes qu en 1992 : 15% des IVG avaient lieu avant la 8 ième SA en 1992 contre 37% en 2000-2001. Par contre, les IVG au-delà de la 9 ième SA restent encore trop nombreuses puisque leur proportion n a pas diminué entre les deux périodes d enquête. Répartition de la durée de gestation en fonction de l année 15% 37% 41% 44% 19% 44% 3-7 SA 8-9 SA 10-12 SA * Techniques d IVG Les IVG sont plus précoces en 2000-2001 qu en 1992, d où une différence au niveau des méthodes utilisées : on note une nette augmentation de l utilisation de la mifépristone (7% des IVG en 1992 contre 35% en 2000-2001) et une augmentation des IVG faites par aspiration seule ou dilatation et aspiration. Les méthodes associant aspiration et curetage sont nettement moins utilisées en 2000-2001 qu en 1992. Répartition des techniques d IVG en fonction de l année 1992 2000-2001 *Aspiration seule 24% 33% *Aspiration, curetage 44% 10% *Aspiration, dilatation 11% 21% *Aspiration, dilatation, curetage 13% <1% *Mifépristone 7% 35% Curetage, dilatation <1% 0% Curetage seul <1% <1% * différence statistiquement significative entre les deux périodes avec au moins p<10-3 * Anesthésie Les types d anesthésie ont aussi varié puisque les techniques utilisées ont évolué. En 1992, 70% des IVG s effectuaient sous anesthésie générale alors profonde qui n était pas utilisée en 1992 reste rarement utilisée en 2000-2001. La baisse de l utilisation de l anesthésie générale s est faite au

profit des IVG sans anesthésie par utilisation plus large de la mifépristone: 1% en 1992 contre 35,1% en 2000-2001 (p<10-3 ). Répartition des anesthésies selon l année (en %) Générale 70%* 42%* Locale 21% 21% Profonde 0% <1% Aucune 1%* 29%* NR 8% 8% * différence statistiquement significative entre les deux périodes avec au moins p<10-3 L e nombre d IVG reste préoccupant en Martinique. Il a augmenté entre 1990 et 2000 alors que le nombre de naissances a diminué. Le nombre de femmes en âge de procréer a légèrement augmenté mais pas suffisamment pour diminuer le taux d IVG. La comparaison des bulletins d IVG de 1992 et de 2000/2001 montre que les femmes «multirécidivistes» sont en augmentation. De même, la proportion des IVG chez les mineures tend à augmenter. On observe une diminution de la durée moyenne de gestation entre les deux analyses. L utilisation de la mifépristone est donc plus largement répandue ce qui entraîne une baisse du nombre d IVG réalisées sous anesthésie générale ou locale. Bien que la durée moyenne de gestation ait diminué, il reste toujours autant d IVG (44%) effectuées entre 10 et 12 SA. La typologie a permis d établir trois profils pour les femmes enquêtées. On distingue tout d abord deux groupes principaux : les femmes dont l IVG a été pratiquée avec une technique chirurgicale et les femmes dont l IVG a été réalisée avec la mifépristone. Ces dernières sont plutôt des femmes averties pour lesquelles cette grossesse est accidentelle. L autre groupe se divise en deux classes très différentes sur lesquelles on devrait concentrer l essentiel des efforts de prévention : les femmes ayant des enfants et en situation précaire, les jeunes filles encore élèves ou étudiantes. Au terme de cette étude il paraît nécessaire de poursuivre le suivi quantitatif des IVG en Martinique en retournant régulièrement aux professionnels concernés les informations provenant des bulletins statistiques anonymes. Mais il serait aussi important de mener des études qualitatives pour mieux comprendre ce qui conduit certaines femmes à ne pas (ou mal) utiliser la contraception et à recourir fréquemment à l IVG. BIBLIOGRAPHIE 1. BAZELY P. Recours fréquent à l IVG. N 5 INFO SANTE, Direction Interrégionale de la Sécurité Sociale. Octobre 1996. 2. BOUDAN V. L IVG demeure une pratique fréquente. N 7 INFO SANTE, Direction Interrégionale de la Sécurité Sociale. Novembre 2000 3. Les départements d outre-mer. STATISS DOM 2002, Directions Régionales des Affaires Sanitaires et Sociales. DREES 2002. 4. NISAND I. L IVG en France. Rapport, Ministère de l emploi et de la solidarité. Février 1999 5. Prise en charge de l interruption volontaire de grossesse jusqu à 14 semaines- Rapport, Agence Nationale d Accréditation et d Evaluation en Santé. Mars 2001 6. MERLE S. Les interruptions volontaires de grossesse à la Martinique. Rapport, Observatoire de la Santé de la Martinique. Décembre 1993.