UNE AFFAIRE DE CHASSE SOUS LOUIS XI



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Transcription:

f C i/t-'- (7 f t Ic UNE AFFAIRE DE CHASSE SOUS LOUIS XI Les archives du Parlement de Paris riant pas conservé la trace des inter. rogatoires auxquels fut soumis maître Olivier Le Dam, le trop célèbre barbier de Louis XI, avant d'être jugé par la cour, et, pour ses nombreux méfaits, pendu à Montfaucon le 29 mai 1484. On doit regretter Cette perte, car il est certain que l'cnquéte eût fourni des détails piquants sur les hauts faits de ce factotum du plus autoritaire de nos rois. Au moins dans une communication faite, il y a quelques années, à l'académie des sciences morales et politiques, M. Georges Picot a-t-il pu retracer les péripéties du procès criminel de maître Olivier, et il a relaté les scandaleux abus d'autorité dont ce personnage et son digne lieutenant, Daniel Baert, accablèrent les malheureux voisins de la garenne de Rouvroy, dont un caprice royal o leur avait confié la garde. Le dédain qu'ils avaient affiché pour toutes les formes de la justice, le mépris qu'ils avaient proclamé à l'égard du Parle-. /'i - ment, gardien jaloux du droit d'appel, les vouaient d'avance à de terriblesg!oihèqde représailles pour le jour où leur patron tout-puissant aurait disparu de la scène du monde. C'est ce qui arriva, et l'extrait du registre criminel du\ Parlement (Xa 49) dont nous avons transcrit le texte prouvera suffisamment que les peines infligées à Olivier, à Daniel Baert et, moins sévères, à leurs satellites, furent entièrement méritées. Peut-étre jugera-t-on aussi que la fâcheuse aventure de leur victime, maître Nicole Le François, fut suffisamment parisienne pour mériter d'ètre contée dans un recueil consacré à l'histoire de Paris et de ses environs. B. DE MANDROT. Du vendredi xvt jour de janvier IllI c 1111" et troys (y. st.), en la grant chambre, après disner. DE LA VACQtJERIE, president. Entre rnaistre Nicole Le François, procureur en la court de ceans, appellant de Guillaume l3crthault, Guillemin Foucquault, dit Montauban, François de Lisle et Colas Laye, et demandeur en cas d'excès et d'actemptas, d'une part, et lesdits Guillaume F3erthault et Guillemin Foucquault, dit Montauban, intimez et deffendeurs esdits cas et d'actemptas, d'autre part2. z. G. Picot, le Procès d'olivier Le Dam, dans Séances et travaux de l'académie des sciences morales et politiques, t. VIII, p. 489, année 1877, 2. Dés le 28 novembre 1483 (la première mention du procès d'olivier LeDairi Document M. il il il il il Ili 1111 I 11111 0000005531028

-2- J. Dudrac, pour ledit François, pour ses causes d'appel et demande en cas d'excès, dit qu'il est seigneur d'une maison, terres, vignes et autres hcritaiges situez et assis au Roole 1 par delà et oultre la garenne de Rouvroy 2, et que, dès l'an mil Illi c LXXI, il a esté et est bailly du seigneur de Clichy 3, en laquelle seigneurie, qui est de grande estandue, ledit seigneur a toute justice et juridiction haulte, moyenne et basse. Et s'extend icelle justice et seigneurie de Clichy depuis le lieu de Saint-Ouan jusques audit lieu du Roolle et aux esgoutz de Paris t, et d'autre costé au port de Nully S, et depuis Montmartre jusques à Auberviller, près Saint-Denis en France. Dit que le jour Saint-Denys 6 mil 1111' LXXVII, ledit François 1, acompaigné d'un gentilhomme, nommé Loys Dehan, partirent ee ceste ville de Paris à cheval pour aller veoir et visiter lesdites maison, est du ig de ce mois. Parlement, Reg. criminel, Xa 48, fol. 3), la cour, informations faites à la requête de M Nicole Le François sur plusieurs a excès» contre lui commis par certains individus i se disant sergents d'olivier Le Mauvais o, avait fait enfermer à la Conciergerie du Palais les nommés Berthault et Foucquault et ordonna la mise sous séquestre de leurs biens. De Lisle et Loye furent ajournés à comparoir en personne an de répondre au procureur général (Arch. nat., Reg. criminel, X2a48, fol. 7 va). Le 2 janvier 1483 ( y. st.), la cour, le procureur du roi entendu, commit deux conseillers, M Girard Séguier et Pierre de Neufbourg, à procéder à l'audition des témoins de M Nicole Le François et â les confronter avec les accusés (Ibid., fol. a8). t. Le Roule faisait partie de la terre et châtellenie de Clichy (cf. abbé Lecanu, Hist. de Clichy-la-Garenne, Paris, 1848, in-8'). s. Les derniers taillis de la forés de Rouvroy atteignaient au moyen âge les abords de Saint-Ouen (Bu!!. de la Soc, de l'hist. de Paris, discours de M. J. Lair, année 1896). 3. Ii est probable que la seigneurie de Clichy appartenait alors à un membre de la famille Aligret, peut-être à Jean Aiigret, qui fut lieutenant civil au Châtelet et le mari de Guillemette Luillier (cf. Bibi. nat., mas., Pièces ong., vol. 38, doss. Aligret). 4. L'ancien ruisseau de Ménilmontant, qui déversait ses eaux dans la Seine sous Chaillot. 5. Neuilly. 6. g octobre. 7. Monsieur maître Nicole Le François», bourgeois de Paris et procureur au Parlement, habitait non loin de l'église Saint-Séverin, dont il était l'un des paroissiens, A la date du 1 9 juin 1484, le registre criminel X2a 48 enregistre la plainteque, de concert avec M «Germain Chartellier, l'un des quatre notaires de la cour, propriétaire d'une maison en la rue de c Sacalyc U (auj. rue Zacharie), il porta contre certaines personnes, hommes et femmes de mœurs dissolues, qui troublaient du bruit de leurs noises, debats et paroles deshonnetes, cette rue, par laquelle M' Nicole et sa femme étaient Contraints de passer pour se rendre à l'église, au grand risque d'être outragés et blessés.

-3 terres, vignes et heritaiges d'icelluy de (sic) Françoys, ainsi que gens de bien ont acoustumé de faire. Et après qu'ilz furent esdite maison ou Roolle, prindrent leur chemin pour aller vers Saint-Denys en pellerinage par le grant chemin public qui est au-dessoubz dc la montaigne de Montmartre, appellé le chemin d'estriercs souhz Montmoyen I, auquel chemin trouverent et rencontrerent ung jeune enifant picard (?) è cheval qui leur demanda où ilz alloient. Lesqueiz François et gentilhomme luy respondirent qu'ilz alloient à Saint-Denys en pellerinage. Et incontinant illec survindrent lesdits Berthault, Montauban, feu François de Lisle et Colas Loye, eulx disans sergens de la garenne, portans l'enseigne du Dain 2, armez et embastonncz de espieux, espces, dagues et autres bastons, en cryanc à haulte voix audit François A mort! A mort A pié! A pié, Et, en aprouchant près d'icellui Françoys, luy presenterent lesdits Berthault et Montauban les pointes de leurs espieux. Et, congnoissant ledit François, leur demanda s'ilz se jouoient ou s'ilz fdisoient à bon escient. Lesquelz luy respondirent : «Descendez villain, descendez niaulgré en ait Dieu! s Le descendirent de dessus sa hacquenée qu'il chevaulchoit, qui valoit alors bien xxvr escus d'or et plus, luy ostérent son badelaire 5, qui avoit cousté deux escus, et aussi ses esperons, et foui- Icrent et prindrent en sa gibeciere troys pieces d'or c'est assavoir deux escus d'or du Roy à la couronne, et l'autre au soleil, avecques ung anneau d'or qui valoit deux escus. Et monta ledit I3erthault dessus ladite hacquenée et l'emmena, et l'a depuis chevauchée et eue par aucun temps en sa possession en sa maison à Nyjon-t. Et au regard desdits François de Lisle et Montauban, ilz prindrent lesdits i. Peut-être s'agit-il d'une ancienne chaussée qui de Montmartre se dirigeait vers le Mont-Valérien. Sur le plan de Paris de Gomboust (1652), on trouve encore indiquée, au carrefour des chemins conduisant de Monceaux à Montmartre et des Porcherons à Clichy, une croix dite de P s orme de Monrnoyen ). z. Par lettres en date de Chartres au mois d'octobre 1474, Louis XI avait conféré à son barbier flamand Olivier Necker, en France le Mauvais, pour lui et sa postérité l'autorisation de prendre le nom d'olivier Le Daing s. En même temps, il lui avait, «pour signe de son état de noblesse s, concédé des armoiries, dont l'abbé Lenglet, au xvtrl siècle, signale la présence sur la porte du château de Meulan. Le roi, dont on connait les rigoureuses exigences en matière de droit de chasse, avait confié à M Olivier la garde de la forêt de Rouvroy et celle du bois de Vincennes, avec la connaissance de tous les délits de chasse commis en ces garennes (z3 février 1 474) (abbé Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, éd. Bournon, t. I, p. 396). 3. Sorte de coutelas recourbé. 4. Localité depuis longtemps disparue, jadis située entre Chaillot et Passy, sur le penchant de la colline qui borde la rive droite de la Seine (cf. Lon. gnon, Œuvres complètes de François Villon, vocabulaire-index, p. 329). - 21 7 -

-4- anneau, troys pieces d'or et badelaire. Et ce voyant, icellui Franois, qui demeura tout seul avecques parties adverses, car ilz laisserent en aller ledit gentilhomme qui estoit en sa compaignie sans luy meffaire, leur dist et remonstra qu'il estoit en la terre, justice et seigneurie de Clichy, ou chemin public et royal, et qu'il n'avoit avec luy chien, oyseau, ne autre beste quelconque pour chasser et qu'il n'y pensoit point, et qu'il s'en alloit audit Saint-Denis, et, s'ilz avoient commission de ce faire et de qui, qu'ilz luy monstrassent, ou s'ilz avoient aucune informacion à l'encontre de luy; et pour ce leur dist lors et declaira par diverses fois qu'il appelloit d'eulx et de leurs dits exploitz en ladicte cour de ceans. Lesqueiz intimez et deffendeurs luy respondirent que, en despit de l'appel et de la court, ilz ne le laisseroient point, pour ce que ladicte court de Parlement tenoit prisonnier Daniel 2, leur maistre, et que, en despit de ce, il (sic) le comparroit (sic) et d'autres s'ilz les povoient tenir, et fussent les presidens d'icelle court, et qu'il se advisast bien tost de cheminer à avecques eulx, car leur entencion estoit de le mener à Meulent prisonnier 3- Et de fait le menerent à pié tout housé depuis le chemin de Montmoyen jusques au lieu etvillaige de Chailliau 4 à travers chet. Répondant à Dudrac, Poulain, défenseur de l3erthault, contestera cette déclaration et voici comment, suivant lui, les choses se seraient passées. Le Dam, qui faisait exercer toute juridiction et justice ordinaire ès garennes de Boulogne, Rueil, Rouvroy et lieux circonvoisins par ses lieutenants Daniel Baert, Pierre de Grantrue et autres, avait, à plusieurs reprises, enjoint aux gardes de la garenne de Rouvroy s sur leur vie s de n'y laisser circuler personne à pied ni à cheval ayant chien ou oiseau, de crainte d'effaroucher les bêtes sauvages. Le jour de la Sint-Denis 1477, M' Olivier expédia aux garenniers un nommé Le Bâtard, son lieutenant, qui les conduisit s ès garennes s, où ils remontrèrent Nicole Le François, c qui avoit trois chiens qui chassoient s. On verra que cette dernière allégation ne fut pas admise par la cour (X 5549, à la date du 15 janvier 1483, y. si). 2. Daniel Baert, lieutenant du Dam, qui, comme lui, prononçait des jugements sans appel «soubs umbre qu'il avoit pouvoir du roi de juger souverainement, s'était rendu odieux aux habitants de Saint-Cloud et des environs par ses rigueurs et ses scandaleuses exactions. Une de ses victimes obtint l'appui de l'évêque de Paris, qui avait à Saint-Cloud droit de haute, moyenne et basse justice. Mais l'avocat Jean Gaignon, qui vint signifier à Daniel d'avoir à respecter les droits de l'évéquc, fut par lui appréhendé au corps et jeté en prison. Sur la plainte de l'évêque, le Parlement fit délivrer le prisonnier et ordonna l'arrestation de Daniel. Mais Le Dain persuada Louis XI d'évoquer la cause par-devant un commissaire spécial, poursuivit le conseiller Bellefaye qui s'était montré particulièrement hostile à Daniel Baert, le fit suspendre de son office par le roi et mit sa maison au pillage (cf. Ordonnances des rois de France, t. XIX, p. 338, note). 3. Olivier Le Dain était capitaine du château de Meulan (Seine-et-Oise)... Chaillut. - 218 -

-5- mins et vignes sans tenir chemin ne sentier, ouquel lieu a une tour 4 plaine de immondices tant de gens que de bestes, et est tant abhominable que personne ne bestc n'y pourroit durer. En icelle le vouloient bouter et mectre prisonnier, et de fait luy ' sic ') mirent, et y fust demouré se n'eust esté ung homme de bien dudit halliau qui congnoissoit ledit François, qui remonstra ausdits intimez que ladicte tour n'estoit pas lieu convenable pour mectre prisonnier icelluy François, et aussi qu'il n'y avoit pas cause. Et luy fut ledit François pour la nuyt baillé en garde, et l'emmena avec luy en son hotte!. Et le lendemain parties adverses et feu François de Lisle vindrent par devers ledit François, ]uy dirent qu'il estoit forcé qu'il fust mené prisonnier audit Meulent et lemmenerent dés tors dudit hostel où il avoit couché, en l'hostel dudit de Liste, aussi demourant audit Chailiau. Et cependant iceulx intimez ou aucuns d'eulx sercherent par ledit villaige de Challinu aucune jument ou beste à bast pour porter et mener icelluy François prisonnier audit Meulent, mais n'en trouverent point. Et pour ce menerent icelluy François à pié tout housé hors dudit villaige de Challiau assez bing d'icelluy, faignant de le vouloir mener ainsi audit Meulent. Et quant ilz virent qu'iiz mettroyent beaucoupt à y aller et que le chemin estoit fort long, et aussi que ledit François, qui est homme ancien, ne povoit pas fort cheminer, le ramenerent de rechef audit Challiau, en l'hostel d'icelluy de Lisle. Et iltec demanderent û icelluy François s'il avoit point d'argent sur luy pour avoir à menger; lequel leur respondit que non, et qu'ils le savoient bien, et qu'ilz avoient visité sadicte gibeciere, et aucun d'iceulx intimez regarda en la gibeciere dudit François, et en icelle trouva douze sous parisis en monnoye que ilz avoient oblicz à prendre quant ilz prindrent lesdits troys cscus d'or; et les prend et envoye querir du haran frais icelluy intimé pour leur disner pour ce qu'il estoit jour de vendredi. - Dit que cependant la femme dudit François, adverte (sic) des oppressions, tors, griefz et violences susdictes, se tira pardevers le Roy lors estant en icelle ville de Paris2, parla à luy et luy remonstra au miculx qu'elle peuit icelles violences et oppressions que lesdits intimez faisoient fà} son mary, et comment il estoit homme de praticque ancien, bien famé et renommé, et qu'il ne s'estoit jamais meslé de chasse en aucune maniere. A laquelle z. Dans la lettre du don que Louis XI fit en 1474 à Philippe de Commynes de la terre et seigneurie de Chaillot, il est fait mention d' i une tour quarrée et les prisons dessous s L'hôtel de la seigneurie était accompagné d'un jardin d'environ sept arpents, qui descendait jusqu'aux fossés des égoûts de Paris, de vignes et de cerisaies (cf. Mém. de Ph. de Commynes, éd. Dupont, Notice sur Commynes, t. Ill,P. 54). z. Louis XI séjourna en eflet à Paris du 9 flu ii octobre 147' (itin. ms.). - 219 -

-6 femme le Roy respondit qu'il avoiz entendu que sondit mary avoit prins et tué ung lievre en sa garenne, et que, en en mectant par luy ung autre en vie, il vouloit qu'il fust delivré à pur et à plain. Laquelle ' responce du Roy est envoyée par escript auzdictes parties adverses par feu Pierre de Grant-Rue', lieutenant pour maistre Olivier Le Dain de ladicte garenne de Rouvroy. Mais quant icelles parties adverses voyent icelle reponse et qu'elle n'est pas bonne à leur voulenté,trouverent rnaniere de mander audit maistre Olivier que ledict François avoit chassé et qu'il avoit esté autreffois à la mort d'un lievre, et ne le falloit pas ainsi delivrer ne laisser aller, et qu'il estoit prisonnier pour payer deux cens escus. Et qui plus est, icelluy maistre Olivier, à la requeste desdits sergens, dist à la femme dudict François qu'il envoycroit ledit François à Meulent. Mais neantmoins icelluy François fut delivré en payant douze lievres en vie et deux francs audicts intimez, lesquelz dès lors il bailla, et luy cousterent plus de quarante francs, tant en achapt, sallaire de sergens, buv'eries que autres choses, et s'en vint en ceste ville de Paris à quatre heures de matin; autrement, s'il fust demouré par aucune petite espace de temps audit Challiau es mains desdits intimez, il eust esté mené à Meulenc prisonnier, car, par la persuasion et mauvaise advertance contre ledit François faicte audit maistre Olivier, le vouloit faire mener audit Meulent. Et depuis, iceuix intimez, pour cuider exiger dudit François, oultre lesdictes hacquenée, or, argent, badelaire et somme de deniers qu'ilz avoient et ont encores pardevers eulx (au moins ne luy en ont faicte ne fait faire aucune restitucion), deux ou troys cens escus, susciterent ledit maistre Olivier par le moyen dudit Daniel, son serviteur, maistre et saqualite 2 desdits intimez, qu'il ordonna ledit François estre adjourné pardevant soudit lieutenant Grant-Rue pour faire le procès dicelluy François sur la mort et chasse d'un lievre. Après lesquelles choses, aucuns desdicts intimez vindrent au greffe de la court de ceans et adjournerent icelluy François à certain jour à comparoir en personne pardevarit le lieutenant dudict maistre Olivier, au lieu où il tiendroit sa juridicion, car aucunes fois la tenoit audit Challiau, l'autre fois à Boulongne, à Saint- Cloust et ailleurs où bon luy sembloit. Et pareillement adjournerent rnaistre Martin Bellefaye, conseiller en ladicte court s, maistre Hugues i. Pierre de Grandrue, écu yer, seigneur d'ernouville, lieutenant à Meulan de M' Olivier Le Dam, valet de chambre ordinaire du roi et capitaine dudit lieu (Bib]. nat., mas., Pièces Ong., vol. 1393, dosa. Grandrue). 2, Sic pour satellite. 3. Martin ltellefaye, seigneur de Ferrières en Brie, avocat au Châtelet (1454), lieutenant criminel du prévôt de Paris (1460), conseiller lai au Parlement (1462), mort en 1502 (cf. Longnon, Œuvres de François Villon, P, 104 et 283). - 220 -

-7- Ailigret, greffier criminel d'icelle court, maistre Estienne Ansse4, procureur en ladite court, le procureur du Roy ou Chastellet, mastre Laurens le Riant, et plusieurs autres gens de bien à comparoir en personne avec ledit François. Et, au jour assigné, iceliuy François compare en personne par-devant ledit Grant-Rue, lieutenant dudict maistre Olivier, audict Challiau, en Postel dudict de Lisle, et illec, en la presence et au pourchaz desdicts intimez, est interrogué par serement s'il fut oncques à prinse ou mort de lievre prins en ladicte garenne de Rouvroy ou à l'entour d'icelie, et s'il sceut oncques que aucun 1ie'.re y fut prins et par qui. A quoy respondit icelluy François que non. Et, en ce disant, luy est remonstré par aucun desdicts intimez, c'est assavoir par lesdicts Berthault et Montauban et de Lisle, qu'il gardast bien qu'il diroit et qu'il advisast à luy, et que on savoit bien le contraire. Et lors iceiluy François, soy rcnienhrant de cc que ledict seigneur de Clichy, par le moyen de certaines lectres royaulx, voulut mectre sus et relever ses fourches et eschelles patibulaires qui estoient cheutes, et mena lesdits Bellefaye, François, Arisse et autres audict Clichy pour veoir par icclluy de Bellefaye executer lesdictcs lectres royaulx, et desquelles icelluy François, comme procureur dudit seigneur de Clich y et son officier, requeroit l'execucion. Et pour ce respond ledict François qui (sic) estoit vray que luy, estant en la compagnie desdicts Bellefaye, Ansse, seigneur de Clichy, et autres pour la cause susdicte en l'ostel dudict seignéur de Clichy, fut baillé et donné ung lievre mort audict de Bellefayc pur ledit Colas Loyc, l'un desdits garenniers, mais qu'il [qui] i'avoit prins ou tué ne en quel lieu il n'en savoit riens et n'y avoit esté prescrit à la prinse et mort d'icelluy ne d'autre en quelque maniere que ce fust. Laquelle reponse oye par ledit Grant-Rue, lieutenant, iuy sembla que ce n'estoit que folie [et] deiivra dès lors lcd- Iuy François. Or, depuis, ledict Daniel, ou contempt de ce et à l'instigacion desdits intimez et autrement, indeuement, sans cause ne raison, de sa voulenté, condempna ledit Français, pour raison dudict lievre ainsi donné audict de Bellefaye, en vingt livres parisis d'amende et en douze autres lievres en vie; et pareillement en semblable somme de xx livres, dont à prcscnt n'est question, furent condempnez lesdits Bellefoye, Alligret, Ansse et autres. Après laquelle sentence, iceulï intimez par diverses fois se sont transportez en l'ostel dudit François en ceste ville de Paris, en luy faisant commandement de bailler et apporter en vie lesdicts douze lievres, et, quant ilz estoient venus, buvoient, mangeoient et disnoient aux despens dudict François; et, quant ils avoient bien beu, mangé et disné, ilz visitoient lesdits lievres que ledit François leur vouloit bailler, et i. Ou Hansse. - 221 -

-8- disoient les aucuns que lesdits lievres estoient laehes 4, qu'ilz cstoient de clapier 2, les autres qu'ilz ne valloient riens, et autres parolles derisoires et de moquerie; après la visitcion desquelz lievres falloit bailler à chacun d'eulx pour chacune visitacion et à leur greffier cinq ou six onzains. Et tellement despendireneiceulx intimez à boire et manger en visitant lesdits lievres, que chacun desdicts douze lievres cousta audit Franois XL sous parisis et plus, sans comprendre les fraiz des autres douze lievres. - Dit que Dieu Porchet et Berthelemy Bouy l'interroguerent, et pour ledict interrogatoire exigerent de luy, et mesmement ledit Bouy, deux escus d'or et six onzains, et si exigerent lesdicts sergens deux escus d'or. - Dit que lesdits, et mesmement lesdits Montauban et Berthault cy-presens en personne, sont de trés mauvaiz gouvernement et mal renommez et ont fait de grandes torcions, exactions et pilleries au moyen de ladicte garenne, que ledict François baillera par declaration à la court; combien qu'elle ne s'extende oultre ledit lieu du Roolle, l'ont toutesfoiz estandue jusques à la riviere de Seine et oultre ladicte montaigne de Montmartre et jusques à Saint-Denys, et n'estoit aucun, de quelque estat qu'il fust, qui osast mener ung petit chien ne porter oyseau entre lesdictes limites ne par les chemins publicques et royaulx estans en icelles. - Dit que, à cause de sondict office de procureur, il estoit et est en la sauvegarde du Roy et de ladicte court, et aussi comme bailly de ladicte terre de Clichy, en laquelle il estoit, et aussi bourgois et habitant de ceste ville de Paris, et par ce n'estoit loisible ausdits intimez de luy meffaire ne mesdire en aucune maniere, et aussi que ladicte prinse fut faicte ou chemin publicque de Montmoyen de leur auctorité privée et mauvaise voulenté, sans auctorité de justice, et aussi en la terre, justice et seigneurie dudict Clichy, dont ledict François estoit officier et avoit la garde dicelle justice, et pour ce icelluy François desd. prinse, excés, voyes de fait, roberies, condemnaàions et choses susdictes combien qu'il en eust dés lors appellé et fait diligence à luy possible de relever sondict appel, neantmoins, pour l'auctorité et accès que ledict Olivier et Daniel avoient à l'entour de la personne du feu Roy, ne l'avoit peu obtenir incontinent après iceuix faiz, et à ceste cause pardevant notaires et personnes publicques il recita son appel et appella de rechef, en protestant de le povoir relever toutes et quantes foiz qu'il auroit opportunité. Et depuis l'avoit obtenu après que Mons. le chancelier de Rochefort fut pourveu dudict office 3, et, par ordonnance de la court, a fait faire i. De faible complexion. 2. Autrement dit que c'étaient des lapins et non des lièvres. 3. iz mai 1483 (cf. Anselme, Hist. généal. des grands officiers, t. VI, P. 414). 222 -

-9- informacion sur ce que dit est, laquelle veue par ladicte court, a cstd ordonné iceuix Montauban et Berthault estre prins et emmenez prisonniers es prisons de la Conciergerie du Palais, où il sont encores de prescrit. Si conc1ud, etc., etc. i. Il a paru inutile de transcrire la suite, mais en voici la substance. En terminant, l'avocat de maître Nicole demanda que les intimés fussent condamnés à faire amende honorable et â confesser leur méfait ( en la cour de ceans P puis ès deux principaux carrefours de la ville de Paris, tête et pieds nus, en chemise, portant à La main une torche allumée du poids de quatre livres. Le François réclamait à ses adversaires la restitution de sa haquenée ou les 26 écus d'or auxquels il l'estimait à l'époque où elle lui fut dérobée, plus les 3 écus d'or, l'anneau d'or de z écus et les sa sous de monnaie pris en sa gibecière, son s badelaire s, ou à défaut s écus, s francs et s écus qu'il avait payés pour obtenir sa liberté, le remboursement de tout ce que lui avaient coûté Les fameuses visites aux lièvres, enfin ioo liv. par. de dommages-intérêts. Aui excuses présentées au nom des intimés, qui firent plaider leur irresponsabilité ou leur innocence, l'avocat de M' Nicole rétorqua vivement que ce n'était que mensonges (X2a 49, à la date du 16 janvier 1483, V. st.). Le 7 février suivant (même registre, à la date), la cour rendit un arrêt par lequel, considérant que l'exploit de Berthault et de ses complices était s torcionnaire, inique et abusif s, elle les condamna à des dommages-intérêts fixés à 15 écus d'or au maximum et à faire amende honorable «en disant que faussement, mauvaisement et à tort, en abusant de leurs offices, ils avaient arrêté Le François s en chemin public, non chassant aucunement,, ce dont ils se repentaient et requéraient pardon et merci au roi et â M' Nicole. Ils s'exécutèrent le ta février et, le ig du même mois, par-devant M' Girard Séguier, conseiller à ce commis, Le François affirma que sa défunte haquenée, qu'olivier Le Dain avait fait disparaître, valait bien 15 écus d'or, et il donna reçu de cette somme au greffier criminel, comme l'atteste sa signature apposée au registre. Les comparses s'en tirèrent donc û meilleur compte que leur chef d'emploi, car Daniel Baert fut pendu trois semaines après Olivier Le Dam, le sa juin 1484 (Procès-verbal de l'exécution, Registre criminel du Parlement, X2a 48, à la date). Extrait du Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'ile-de-france, tome XXXIII (xgofi). Nogent-le-Rotrou, imprimerie DAUPELEY-GOUVERNEUR.