9 Une sécurité alimentaire inégalement assurée À l échelle de la planète (6,7 milliards d habitants), l alimentation a progressé en quantité en même temps qu augmentait la production agricole. Si la faim a reculé et si les famines ont presque disparu, 854 millions de personnes demeurent sous-alimentées. Est-il possible de faire en sorte que tous les pays puissent disposer de quantités suffisantes et équilibrées de nourriture pour satisfaire correctement les besoins de leur population? La famille Lemoine et sa consommation alimentaire hebdomadaire > Cette famille de classe moyenne vit à Montreuil, dans la banlieue parisienne. Elle a réuni autour d elle les produits qu elle va consommer durant la semaine. Son cadre de vie est un témoignage de ses disponibilités monétaires et de son niveau social. 76
Thème 1 Nourrir les hommes La famille Aboulakar et sa consommation alimentaire hebdomadaire > Cette famille vit dans un camp de réfugiés au Darfour (Soudan). Elle a été chassée de son exploitation agricole par les troubles politiques et les combats qui agitent cette région. Les sacs de céréales dont elle dispose proviennent de l aide alimentaire. Pour découvrir Quel est le cadre de vie respectif de chacune de ces familles? Quelle est la composition de chacune d entre elles? Comparez leur nourriture hebdomadaire (quantité, nature des aliments et des boissons). Qu en concluez-vous quant à leur ration alimentaire respective? 77
9. Une sécurité alimentaire inégalement assurée Cours L évolution des disponibilités alimentaires Base 100 en 1960 230 Récolte du riz à Bali (Indonésie) 220 210 200 Production agricole globale 190 180 170 160 150 140 130 120 110 Répartition de la production agricole par habitant Grâce à l emploi de semences à hauts rendements, d engrais, de pesticides et grâce à l usage de l irrigation, on a pu passer à deux, voire trois récoltes de riz par an. 100 1960 1970 1980 1990 2000 Estimations Dans les années 1960, 57 % de la population mondiale avait une ration alimentaire inférieure à 2 200 c/j. Actuellement, 61 % de la population a une ration de plus de 2 700 c/j. Asie dont Chine Inde Production, importations, exportations de céréales Production (millions t) 912 386 199,9 Importations (millions t) 117,4 11,4 3,1 Exportations (millions t) 42,1 5,4 4,5 Afrique 135 55,5 6,7 Amérique du Sud dont Brésil Argentine 125,4 65 40,1 22,1 8,3 0 31,9 7,3 22,6 Amérique centrale 37,8 250,7 Amérique du Nord 450,9 8,2 103,8 Océanie 38,2 1,1 18,5 Europe dont Russie UE 425,2 76,3 285 17,1 1,8 11,8 42,8 Nombre de personnes sous-alimentées en millions 212 206 210 200 190 180 170 162 160 150 150 140 130 120 110 100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 Asie/Pacifique Inde Chine Afrique subsaharienne Proche-Orient AFN* 12,2 19,5 Bien nourris, mal nourris Am. latine Caraïbes Pays en transition** Pays industrialisés * Afrique du Nord ** Anciennes républiques soviétiques et États du pacte de Varsovie 38 Rations normale minimum vital survie moyenne mondiale moyenne des pays industrialisés 52 25 Calories/ jour env. 2 500 2 350 1 500 2 700 3 300 9 78
Thème 4 1 Nourrir les hommes Défrichements en Amazonie Des progrès partout depuis 1960 Des disponibilités alimentaires multipliées et diversifiées. La production agricole mondiale augmente, l agriculture restant l occupation de 46 % de la population active mondiale. Une amélioration de l apport calorifique quotidien. Chaque individu dispose aujourd hui d une moyenne de 2 700 calories par jour contre 2 300 au début des années 1960. Les famines ont actuellement principalement des causes politiques (ex. : Corée du Nord, Darfour). Des progrès dus à de multiples facteurs 38 % des terres sont encore inutilisées par les cultures et l élevage dans les régions équatoriales et tropicales (montagnes, forêts, déserts). L intensification de la production agricole. Ainsi, les révolutions agricoles (révolution verte en Asie) contribuent à augmenter les rendements et la productivité. Cependant, souvent, comme en Afrique, les méthodes traditionnelles persistent. L augmentation des surfaces cultivées. Les défrichements se multiplient, en particulier dans le monde tropical, mais ils compensent juste la perte de terres par l érosion ou par la progression urbaine. La multiplication des échanges. Les flux céréaliers et autres s organisent à partir des greniers de la planète vers les pays où la production ne suffit pas pour nourrir la population. S y ajoutent les flux de l aide alimentaire (ONU) dont bénéficient environ 73 millions de personnes. Questions (Doc 1) Comment évolue la production agricole par habitant entre 1960 et 2000? Et la production agricole totale? (Doc 1) Comment pouvez-vous expliquer la différence de rythme d évolution de ces deux courbes? (Doc 2) Pourquoi peut-on dire que le travail dans cette rizière se situe entre tradition et modernité? (Doc 1, 2 et 3) En quoi les doc 2 et 3 permettent-ils d expliquer la courbe figurée en rouge sur le doc 1? (Doc 4) Quelles parties du monde (continents et États) peuvent être considérées comme les greniers de la planète? (Doc 4) Mettez en relation production et importations : dans quelle partie du monde la production est-elle largement excédentaire par rapport aux besoins de la population? Que fait-on de ces excédents? (Doc 4) Dans quelle partie du monde la production estelle nettement insuffisante? (Doc 4 et 5) Dans quelle partie du monde les personnes sous-alimentées sont-elles les plus nombreuses? Comment pouvez-vous expliquer cela? Des inégalités persistantes À chaque partie du monde, sa nourriture. Celle-ci dépend des productions (riz en Asie, blé en Europe) et des niveaux de vie. La consommation de viande est ainsi réservée aux pays riches. Encore 854 millions d humains sous-nutris. 12 % de la population mondiale est sous-alimentée, mais 2 milliards de personnes sont mal-nutries. Les pays pauvres particulièrement affectés. Les sous-nutris et les mal-nutris sont souvent des agriculteurs vivant dans des pays pauvres. L insécurité alimentaire, liée à la pauvreté, est accentuée par les accidents climatiques, les guerres, la corruption. Repères Malnutrition : déséquilibre de la ration alimentaire en qualité et/ou en quantité (on parle alors de sous-nutrition) qui empêche l individu de tirer parti de ses potentialités physiques ou intellectuelles. Productivité : quantité obtenue par unité de temps, de travail ou par individu. Révolution agricole : passage d un mode de production traditionnel à un mode de production moderne grâce à l emploi de nouvelles techniques. Sécurité alimentaire : fait d assurer à tout individu une nourriture saine, suffisante et équilibrée. 79
9. Une sécurité alimentaire inégalement assurée Situation 1 Une révolution agricole en Inde pour nourrir 1,2 milliard d Indiens Dans les années 1960, l Inde ne parvenait pas à nourrir sa population. Aujourd hui, alors que 60 % des Indiens vivent de l agriculture qui représente 19 % du PNB, l Inde exporte couramment du riz, parfois du blé. L Inde est-elle devenue pour autant une nouvelle puissance agricole et parvient-elle à assurer une alimentation correcte à toute sa population? Une révolution agricole : la révolution verte* 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2006 Population totale (en millions) 350 450 550 700 850 1 000 1 122 Population agricole (en %) 70 69 67 66 63 60 60 Surfaces irriguées (en millions d hectares) 22,6 28 38 54 64 Engrais (en milliers t) 62 288 2 180 5 516 8 800 Production de riz (en millions t) 23,5 34,6 42,6 54 70 124,4 129 Production de blé (en millions t) 6,4 11 24 33 46 72 72 * La révolution verte s appuie aussi sur la sélection des semences (variétés à hauts rendements), l utilisation des pesticides, sur la mise en place de prix minimaux pour la plupart des produits agricoles et un système de distribution à bas coût des produits agricoles de première nécessité. Le coût de la révolution verte Le succès agricole de l Inde doit être relativisé car son coût est considérable. Coût environnemental : l agriculture intensive nécessitée par la révolution verte a lourdement pollué les nappes phréatiques et les terres dans les régions concernées, le Pendjab notamment. Coût social : si l Inde a banni le spectre des famines, elle n a pu éliminer la malnutrition chronique liée à la pauvreté* et les inégalités se sont accrues entre les paysans qui avaient les moyens de s engager dans la révolution verte et les autres, entre les régions avancées et les bimaru states («États malades» en hindi) tels le Bihar ou le Madhya Pradesh. Coût financier enfin : l investissement massif dans la révolution verte a été remis en question depuis la libéralisation de l économie amorcée en 1991 pour tenter de régler le problème de la dette. [ ] L ouverture des frontières du pays a entraîné la baisse des prix agricoles et des subventions étatiques [ruinant] bon nombre de paysans, désormais trop endettés pour poursuivre leur activité. Images économiques, Armand Colin, 2005. * La ration alimentaire en Inde est d environ 2 100 c/j/ personne (minimum vital : 2 350 c/j). 212 millions d Indiens sont sous-alimentés, soit 21 % de la population indienne. 80 Un «bimaru state» : Barhet, en Inde.
Thème 1 Nourrir les hommes Une mauvaise situation nutritionnelle DHAL (sauce aux lentilles) LÉGUMES Une révolution doublement verte Le repas scolaire [fut] véritablement rendu obligatoire par le jugement de la Cour suprême en 2001. Les premiers résultats semblent être très prometteurs : une augmentation de 15 % des élèves inscrits à l école, en particulier des filles, et une amélioration de la nutrition des élèves les plus pauvres, auxquels est ainsi garanti le repas du midi. Les préjugés de caste et de classe peuvent aussi être réduits par cette commensalité*. Certains observateurs prévoient même une baisse, à terme, de la fécondité, étant donné que la scolarisation empêche de considérer les enfants comme une source de revenus (ils ne peuvent plus travailler) et que cette meilleure alimentation réduira la mortalité juvénile**. F. Landy, Un milliard à nourrir, Belin, 2006. * Fait pour une personne de manger à la même table qu une autre. ** Ce programme s ajoute à bien d autres qui visent tous à améliorer la sécurité alimentaire. CHAPATI (galettes de blé) Les Indiens consomment en moyenne 5 kg de viande par personne et par an contre 124 kg pour les Américains. Une consommation plus importante de viande reviendrait à consacrer davantage de céréales à la nourriture du bétail. Questions Guide de lecture L Inde, confrontée à des difficultés alimentaires chroniques, cherche depuis 50 ans à améliorer sa situation agricole. Des défis alimentaires à relever Pour faire face à une croissance démographique importante, l Inde doit augmenter sa production agricole ou bien importer toujours plus de céréales. Le choix de la révolution verte Grâce à une politique agricole audacieuse, l Inde réussit à vaincre le spectre de la famine et à devenir exportatrice de céréales. Des efforts à renouveler La révolution verte assure difficilement une nourriture suffisante et équilibrée aux 20 millions d Indiens supplémentaires annuellement. De plus, elle a un coût environnemental, social et financier considérable. (Doc 1) Par combien a été multipliée la population depuis 1950? La production de riz? de blé? Qu en concluez-vous? (Doc 1) À quoi est due l augmentation de la production céréalière? (Doc 2) Quelles sont les limites de la révolution verte? (Doc 2 et 3) Pourquoi peut-on dire qu une partie de la population indienne est encore aujourd hui sous-nutrie? Malnutrie? (Doc 2 et 4) Quelles sont les causes des problèmes alimentaires en Inde? (Doc 4 et 2) Quels peuvent être les objectifs de la «révolution doublement verte»? Montrez que la révolution verte a contribué à améliorer la situation alimentaire de l Inde, mais que cette situation reste aujourd hui encore très précaire. 81
9. Une sécurité alimentaire inégalement assurée Situation 2 Une Afrique subsaharienne aux greniers vides On oppose souvent une Asie du Sud-Est aux greniers pleins à une Afrique subsaharienne aux greniers vides, ce qui traduit la situation alimentaire parfois catastrophique de cette partie du monde où 206 millions de personnes sont sous-alimentées. Quels sont les aspects de cette crise alimentaire? Comment l Afrique subsaharienne, dans ces conditions, parvient-elle à se nourrir? Océan Atlantique La crise alimentaire en Afrique en 2008 L agriculture traditionnelle en Éthiopie Mer Méditerranée Océan Atlantique Océan Indien 1 000 km Ces pays ont besoin d une aide alimentaire d urgence. Celle-ci peut provenir du Programme alimentaire mondial (PAM) ou de différentes ONG. Cette agriculture extensive est caractérisée par la faiblesse des techniques (absence de motorisation, d engrais ). L agriculture de plantation bénéficiant des investissements européens et autres a été privilégiée par rapport à l agriculture de subsistance. Il faut 40 jours pour labourer un hectare avec une houe, 4 jours avec une charrue attelée et 4 heures avec un tracteur! 82
Thème 1 Nourrir les hommes Le recours à l aide alimentaire en Somalie, 2007 L aide internationale s ajoute à des achats importants de denrées alimentaires, en particulier de céréales, surtout aux États-Unis et à l Union européenne. Des progrès cependant C est une savane uniformément sèche qui encerclait, il y 20 ans, les villages de la région de Niono au Mali. Vertes et irriguées, les étendues de riz ont depuis changé la vie. Aux paysans, elles ont apporté des revenus réguliers L alimentation s est diversifiée avec des légumes et de la viande. Avec une épargne nouvelle, les investissements se diffusent : des semences sélectionnées, des attelages À l autre extrémité du Sahel, les petites Tchadiennes voient leurs frères partir. Pendant la saison sèche, ils quittent Haraze Djombo pour mener les bêtes vers le sud à la recherche de pâturages. Depuis quelques années, ces déplacements sont moins ardus : les couloirs de transhumance sont balisés, évitant les conflits avec les sédentaires ; les mares et les puits (souvent financés par l aide internationale) sont plus nombreux ; les troupeaux peuvent se disperser et dégradent moins les savanes En trois décennies, beaucoup de choses ont changé en bien en Afrique, sommée d absorber une forte croissance démographique (2,6 % par an) et le choc de sa connexion aux marchés mondiaux. J.-M. Severino, Le Monde, 20 janvier 2004. Guide de lecture Questions L Afrique subsaharienne a une situation alimentaire fragile. En 2008, cette situation se détériore de nouveau. 2008 : la crise alimentaire. Aux ressources agricoles souvent insuffisantes, s ajoutent des facteurs de crise exceptionnels. La dépendance accrue. L Afrique est ainsi, pour sa nourriture, de plus en plus dépendante de l extérieur. Une crise durable? Souvent, actuellement, des espaces entiers se transforment, laissant apparaître une agriculture moderne qui permettra peut-être à l Afrique subsaharienne de rattraper son retard en matière alimentaire. (Doc 1 et 2) L Afrique subsaharienne vous semble-t-elle capable de subvenir régulièrement et durablement à ses besoins alimentaires? Pourquoi? (Doc 2) Quelles différences établissez-vous entre l agriculture africaine et celle d Asie du Sud? (Doc 3) Comment l Afrique subsaharienne parvient-elle à se nourrir? (Doc 3 et 4) Pourquoi des progrès agricoles semblent-ils urgents à réaliser? (Doc 4) Quelles sont les nouveautés agricoles au plan des méthodes? De la production? Pourquoi parle-t-on d une Afrique aux «greniers vides»? Quelles sont les conséquences de cette situation? 83
9. Une sécurité alimentaire inégalement assurée Apprendre autrement Les hommes 6,7 milliards d êtres humains à nourrir 45 % de la population mondiale occupée dans l agriculture 2 milliards de personnes mal nourries 854 millions de sous-alimentées 17 % de la population des pays en développement sousalimentés. Pas de déficit alimentaire mondial mais des déficits régionaux La production alimentaire Production alimentaire suffisante pour nourrir la population mondiale 1,5 milliard d hectares cultivés Chaque individu dispose de 0,25 hectare pour vivre Gros producteurs de céréales : Asie (surtout Chine et Inde) Amérique du Nord (surtout États-Unis) Europe (surtout Union européenne) Gros importateurs de céréales : Asie Afrique LE NORD LE SUD SÉCURITÉ ALIMENTAIRE 6,7 MILLIARDS D'ÊTRES HUMAINS À NOURRIR LES ACTEURS 84
Un regard sur Se nourrir en France à travers les époques Famille de paysans, Louis Le Nain, 1642 Menu de dîner de réception (6 à 8 couverts) pour octobre, fin XIX e siècle Soupe haricots et oreilles de porc Petites truites bouillies Pommes de terre Rosbif à l anglaise, légumes Sauce raifort à la crème Pain de lièvre froid Oie farcie aux marrons Salade de légumes Pommes émincées aux raisins Dessert, confiture U. Dubois, Nouvelle Cuisine bourgeoise, P. Bernardin libraire-éditeur, 24 e édition. Jeunes déjeunant d un burger, XXI e siècle Questions Quelles époques sont concernées par chacun de ces documents? Quelles sont les catégories sociales représentées? Quelle est dans chacun des cas la composition du repas? Comment a évolué quantitativement et qualitativement la nourriture? Ces trois types de population vous semblent-elles correctement nourries? Justifiez votre réponse. 85