Automne 2013 À propos du Programme d évaluation international des compétences des adultes, le PEICA Par Giselle Boisvert, conseillère pédagogique, Commission scolaire de Montréal Les données de la troisième enquête internationale menée par l'organisation de coopération et de développement (OCDE) pour évaluer les compétences des adultes sont depuis peu disponibles. À l instar des autres enquêtes, le Programme d évaluation international des compétences des adultes 2013 (PEICA) a été mené dans les pays membres de l OCDE pour prendre la mesure des compétences reliées à l alphabétisme et, par le fait même, comprendre et évaluer l efficacité des systèmes et programmes d éducation. Ces enquêtes internationales visent à aider les gouvernements des pays participants dans l élaboration de politiques et programmes en éducation en ce qui a trait au développement des compétences chez les adultes. Le PEICA s est déroulé dans 24 pays. Le Canada a été un participant très actif avec un échantillon d environ 27 000 personnes, dont 5 000 personnes pour le Québec. La première enquête, l Enquête internationale sur l alphabétisation des adultes (EIAA) a créé une onde de choc en 1995. Elle mettait à jour qu une grande partie de la population adulte dans les pays développés éprouvait des difficultés importantes avec l écrit, et ce, malgré un taux de scolarisation de quasi 100 %. En 2003, la deuxième enquête, «Enquête international sur l alphabétisation et les compétences des adultes» (EIACA) confirmait les mêmes résultats. Elle fournissait en même temps une quantité importante de données sur les déterminants des résultats et sur ce qu il importe de considérer comme des compétences importantes en fonction de l évolution des besoins de la société. Le PEICA se base sur les données des précédentes et sur une analyse des besoins actuels pour définir sa recherche. L analyse des deux autres enquêtes a mis en lumière le fait qu elles n apportaient pas d information détaillée sur les personnes situées dans les bas niveaux. On ne faisait que constater que les personnes se retrouvaient au niveau 1 ou 2 lorsqu elles ne répondaient qu à très peu de questions. Or, comme on veut aider les pays à élaborer des programmes et des mesures pour vraiment aider les personnes à évoluer, on a jugé utile de situer les personnes des bas niveaux dans leur évolution quant à ces habiletés de base en lecture. Automne 2013 1
LES DIFFÉRENCES APPORTÉES AU PEICA Dans les années 1990 et 2000, l OCDE est partie d une analyse des compétences. Il y avait à cette époque un grand intérêt pour ce qu on a appelé les compétences génériques, ou les compétences qui peuvent être réinvesties dans la vie et dans le travail après la fin d une formation. On visait un large éventail de ces compétences. Ainsi, la littératie faisait l objet de deux échelles de mesure séparées pour la compréhension de textes suivis et la compréhension de textes schématiques. Deux autres échelles mesuraient la numératie et la résolution de problèmes. Pour la présente enquête, la littératie regroupe la compétence à lire les deux types de textes et la numératie a fait l objet d une définition plus resserrée. La résolution de problèmes est rattachée à l utilisation de l information et des communications (TIC). Une bonne partie de l évaluation se fait directement au moyen d un ordinateur puisqu on mesure la capacité à utiliser ces outils. Le principal intérêt des pays participants est de mesurer l impact de la littératie sur la vie personnelle et sociale. Le PEICA a donc accordé une plus grande importance au questionnaire de contexte pour établir des liens entre la progression de la littératie et l emploi, le revenu, la santé, la participation citoyenne et la participation à d autres activités de formation. Cette dimension de contexte prend plus de place que dans les enquêtes précédentes pour outiller les pays dans la mise en place de mesures ciblant différentes dimensions de la vie en société où l écrit est utilisé. Une autre différence importante est que le PEICA a développé un outil supplémentaire pour expliquer avec plus de détails les compétences en lecture des personnes qui se situent aux bas échelons. Les enquêtes précédentes offraient peu d explications sur ces dernières outre le fait qu elles ne répondaient qu à très peu de questions. Cet outil porte sur les bases de la lecture et on y dirige les personnes à partir d un test de triage préalable à la passation des autres outils. UNE NOUVELLE DÉFINITION DE LA LITTÉRATIE Depuis le début des enquêtes internationales, on voulait éviter de présenter la littératie comme une habileté que l on possède ou pas : lettré ou analphabète? Cependant, il a été difficile d éviter la perception du niveau 3 comme le seuil de l alphabétisation. Le PEICA change cette perception en mettant de l avant une définition de la littératie comme un continuum qui se développe autant sur le plan personnel que social en fonction des besoins de la société. Le PEICA redéfinit donc la littératie comme : «l intérêt, l attitude et la capacité des individus à utiliser les outils socioculturels incluant les technologies d information et de communication pour accéder, gérer, intégrer et évaluer l information, pour construire des nouveaux savoirs et pour communiquer avec les autres afin de participer de façon efficace à la vie en société» Il s agit donc de mesurer «littératie à l âge de l information». Automne 2013 2
On parle de l intérêt et de l attitude pour souligner le fait que la capacité seule ne suffit pas pour que la littératie se développe. Cet aspect est mesuré par le questionnaire de contexte puisqu on associe la quantité et la variété d expériences avec l écrit et le développement de la littératie. Plus on est lettré, plus on interagit avec l écrit mais également plus on interagit avec l écrit, plus la littératie se développe. On parle d utiliser des outils socioculturels incluant les TIC pour mettre l accent sur l utilisation de la littératie dans différents contextes. Cette dimension est mesurée directement par le questionnaire qui demande l utilisation d outils informatiques pour résoudre des problèmes de la vie de tous les jours ou reliés au monde du travail, plutôt que sur un ensemble donné d habiletés spécifiques aux technologies elles-mêmes. La liste de verbes rattachés à l information (accéder, gérer, intégrer et évaluer) met l accent sur les actions que la littératie permet sur l information et le savoir. On mesure cette dimension au moyen de tâches ou la lecture incluant des données numériques permettent de résoudre des problèmes de la vie quotidienne. On retrouve ainsi trois dimensions de la littératie dans l évaluation du PEICA : la lecture, la numératie, et la capacité de résoudre des problèmes dans un environnement de technologies de la communication. Une partie des questions des deux premières dimensions sont répondues à l ordinateur ainsi que la totalité de la troisième dimension LA LITTÉRATIE EN TROIS DIMENSIONS : LA LECTURE, LA NUMÉRATIE ET LA RÉSOLUTION DE PROBLÈMES 1) La lecture La lecture est le moyen privilégié de mesurer toutes les dimensions de la littératie. On ne mesure donc pas des habiletés de lecture en soi, mais leur utilisation dans différents domaines de vie et pour résoudre différents problèmes. Le cadre de référence de la littératie précise les composantes de cette compétence et les caractéristiques des textes et des tâches prises en compte dans le questionnaire. Chaque aspect ne génère pas une question ou une tâche spécifique, mais l ensemble de l outil doit permettre de toucher à toutes les dimensions. Automne 2013 3
Le tableau suivant présente les différentes caractéristiques de la lecture. TEXTES DESCRIPTION EXEMPLES Suivi types : description, narration, explication, argumentation, consignes, liste pour mémoire articles livre, manuel page web Non suivi matrices : listes et tableaux liste de tâches, boîte de courriel, formulaires, horaires, tableaux à double entrée graphiques localisation tableaux avec entrées Mixte (suivi et non suivi) à bandes, pointes de tartes cartes et plans tableau où il faut ajouter des données, formulaires carte avec légende article incluant des graphiques brochure avec texte et tableau (horaire) Digitaux hypertexte interactif pages web CONTEXTES TÂCHE DIFFICULTÉ 1. Vie quotidienne 2. Travail 3. Société 4. Apprentissage 1. Identifier / repérer 2. Interpréter problème / solution cause / effet catégorie / exemple comparaison / contraste partie / tout 3. Évaluer juger de la pertinence / crédibilité / véracité intention de l auteur 1. Transparence de l information 2. Complexité a. syntaxique b. sémantique c. information superflue d. information préalable nécessaire LES HABILETÉS DE BASE EN LECTURE Un nouvel outil de mesure vise à évaluer ces habiletés de base, celles qui doivent être maîtrisées pour pouvoir apprendre au moyen de la lecture. Le PEICA les identifie comme : la reconnaissance de mots et le vocabulaire écrit, la lecture de phrase et la compréhension d un passage. Automne 2013 4
La reconnaissance de mots au moyen des correspondances graphème phonèmes ou par automatisme pour les mots fréquents n a pas été incluse dans l évaluation de l outil international parce que cette habileté est trop relié à chaque langue, à son alphabet, à son orthographe et à l utilisation des mots écrits. Le vocabulaire écrit Le PEICA vérifiait la compréhension du vocabulaire de la vie de tous les jours qui peut être le même d un pays à l autre puisqu on vise un outil international. Les tâches portent sur la signification de mots écrits mais les processus d identification de mots sont nécessaires pour lire ces mots. Les tâches consistent à associer des mots à des illustrations. On choisit des mots représentant des objets présents dans toutes les cultures : chaise, livre, chat plutôt que raton-laveur ou magnétoscope La lecture de la phrase La compréhension de la phrase est reconnue comme une étape dans la maîtrise des habiletés de base en lecture. Le PEICA veut mesurer la maîtrise de la grammaire et de la syntaxe de l écrit. La tâche est de juger si la phrase lue a du sens en fonction de connaissances de la vie de tous les jours ou de connaissances sur la logique en lien avec la structure de la phrase. La fluidité et la compréhension La fluidité et la compréhension de court passage constitue l étape la plus avancée dans la construction des habiletés de base. On a choisi de mesurer ces dimensions au moyen de lecture silencieuse en prenant pour acquis qu une faible fluidité ralentirait le travail et entrainerait ainsi une baisse de compréhension. De plus, pour des raisons de comparaisons internationales, on ne mesurera pas la vitesse de lecture, mais le temps moyen pour compléter les tâches. Les tâches consistent à compléter de courts paragraphes en choisissant un mot parmi deux. On précise que les leurres sont faux de façon évidente, soit grammaticalement ou sémantiquement. 2) La numératie On définit la numératie, à partir du contenu mathématique. Un comité d experts en numératie a identifié quatre domaines : les nombres, les mesures, les rapports et la statistique. Les tâches se divisent en : simple identification qui consiste à lire des données; utilisation, soit mettre en relation et effectuer des opérations; jugement qui demande une mise en relation de relations. Automne 2013 5
CONTENU MATHÉMATIQUE TÂCHES EXEMPLE Quantité et nombres 1. Identifier / localiser / accéder 2. Utiliser : Formes et dimensions (géométrie / mesure) Relations et rapports Statistiques ordonner, compter, estimer, calculer 3. Interpréter / évaluer : mesurer, modéliser Lire la température sur un thermomètre Lire une quantité en grammes sur une étiquette (tableau de valeurs alimentaires) Estimer une distance sur une carte à partir d une échelle Comparer des nombres associés avec des mois (tableau de revenu par mois) Comparer des quantités sur un graphique CONTEXTES 1. Vie quotidienne 2. Travail 3. Société 4. Apprentissage 3) La résolution de problèmes On définit un problème comme une tâche qu on ne peut pas accomplir de façon mécanique ou en appliquant une procédure toute faite. Le problème fait référence à une situation qui n est pas explicitement définie, il faut donc d abord le définir pour le résoudre. Il faut aussi utiliser une variété de connaissances et de procédures, il faut se faire un plan, préciser des objectifs, pour arriver à le résoudre. Les problèmes du PEICA sont élaborés dans les mêmes contextes que les autres dimensions de l évaluation : la vie quotidienne, l emploi et la vie sociale. LE PROGRAMME D ÉVALUATION INTERNATIONALE DES COMPÉTENCES DES ADULTES ET LE CDEACF Le Centre de documentation sur l éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF) a préparé un dossier complet sur le Programme d évaluation international des compétences des adultes. Le CDEACF en a même produit une affiche synthèse. Pour consulter le dossier ou commander une affiche, cliquez ici. Automne 2013 6