Université Catholique de Louvain Institut de Recherche en Sciences Psychologiques Unité Neurosciences, Systèmes et Cognition (NEUROCS) Centre de Santé et Développement Psychologique (CSDP) «Where is my mind?»: Effets cérébraux du binge drinking. Pierre Maurage Liège, le 30 mars 2012
Au sommaire 1 Vers une nouvelle conception des effets de l alcool. 2 Effets cérébraux du binge drinking. 3 En résumé: ce qu on sait, ce qu on ignore. 4 Que faire? Quelques pistes de réflexion.
1 Vers une nouvelle conception
La vision classique Selon la vision classique: (1) L alcool est moins dangereux que d autres drogues. (2) L alcool chez les jeunes n est pas un problème, hors effets aigus et alcoolo-dépendance. (3) Le binge drinking a toujours existé. (4) Le binge drinking n a pas d effets à long terme. Vision entretenue par l image positive de l alcool dans la société.
Vers une nouvelle conception Idée générale: Cette vision classique pourrait sous-évaluer les conséquences de l alcool. Et en particulier du binge drinking chez les jeunes.
Vers une nouvelle conception Vision classique: L alcool est moins dangereux que d autres drogues. Mais L alcool est la substance ayant le plus de conséquences néfastes pour soi et pour les autres.
Nutt et al., 2010
Vers une nouvelle conception Vision classique: L alcool chez les jeunes n est pas un problème. Mais L adolescence est la période critique pour le développement des dépendances.
Vers une nouvelle conception Le cercle de l addiction: usage abus DEVELOPPEMENT dépendance RECHUTE abstinence sevrage Deux moments clés dans la dépendance, mais un seul étudié jusqu ici
Vers une nouvelle conception Vision classique: Le binge drinking a toujours existé. Mais Cette pratique s accentue et se généralise.
Evolution du binge drinking Systématisation du phénomène Généralisation à de nouvelles populations 40-60% des 16-20 ans
Vers une nouvelle conception Vision classique: Le binge drinking n a pas d effets à long terme. Mais Le binge drinking a des effets rapides sur la mémoire et l attention.
Attention Prise de décision Mémoire Johnson et al., 2008; Scaife & Duka, 2009; Townshend & Duka, 2005
En résumé «Paradigm shift» dans l étude du binge drinking: - L alcool est la substance ayant le plus d effets néfastes. - L alcool est particulièrement dangereux chez les jeunes. - Le binge drinking est de plus en plus fréquent. - Le binge drinking a des effets cognitifs marqués. Mais quels en sont les effets cérébraux?
2 Effets cérébraux du binge drinking
Logique générale On sait que le Binge Drinking: - Est une pratique en essor, surtout chez les jeunes. - Est associé à des déficits d attention et de mémoire. - Est un mode de consommation particulièrement néfaste pour le fonctionnement cérébral (modèle animal): - cerveau en maturation - alternance alcoolisation / sevrage
Les potentiels évoqués
Amplitude (µv) = Intensité du processus Latence (ms) = Vitesse du processus
Première recherche - Présélection via questionnaire (462 étudiants de 1 ère Bac) - Sélection de 18 binge drinkers «attendus» et 18 contrôles - Pour les deux groupes: pas de consommation régulière passée, pas d autres troubles ou consommations - 2 phases d expérience en 1 ère Bac: - Début (groupes identiques) - Fin (binge vs contrôles) - Tâche cognitive simple Maurage et al., 2009
Première recherche Les résultats en potentiels évoqués montrent: - Temps 1: Pas de différences entre groupes - Temps 2: Latence retardée chez les binge drinkers Après seulement 9 mois de Binge Drinking, le fonctionnement cérébral est RALENTI par rapport à un groupe contrôle. Résultats confirmés par d autres groupes de recherche. Crego et al., 2009; 2010
Seconde recherche - Objectif: évaluer l influence respective de deux effets: - Quantité d alcool consommée - Mode de consommation d alcool - 4 groupes de 20 participants Maurage et al., 2012
15 Contrôles Buveurs Quotidiens Binge Drinkers 1 Binge Drinkers 2 10 5 3 0 Effet de quantité de consommation Effet du mode de consommation Total 30-40 20 20 0 Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche
Effet de: - Quantité consommée: B1 B2 - Mode de consommation: BQ B1 Contrôles Buveurs Quotidiens Binge Drinkers 1 Binge Drinkers 2
Deux études seulement en IRMf Sous-activation de certaines zones mais suractivation d autres. Schweinsburg et al., 2010
Maurage et al., submitted
3 En résumé: ce qu on sait, ce qu on ignore
On sait désormais que le Binge Drinking - Conduit à moyen terme à des déficits cérébraux anatomiques et fonctionnels - Ces déficits sont proportionnels à la quantité consommée et au mode de consommation - Le cerveau des Binge Drinkers : - est en souffrance neuronale - fonctionne plus lentement et moins efficacement - présente des déficits parallèles à celui des alcooliques (bien que moins marqués)
On ignore si le Binge Drinking - Conduit à des déficits irréversibles - Est lié à des déficits accentués en cas de comorbidité ou de début plus précoce - A des effets concrets dans la vie «réelle» - Conduit à l alcoolodépendance Crews et al., 2007
4 Que faire? Quelques pistes de réflexion
a. Informer sur les effets et leur prévention - Psychoéducation: A minima, que chacun connaisse les effets du Binge Drinking. - Informer sur l alcool et ses effets est utile, mais certainement pas suffisant. - L extrême majorité des gens connaissent les effets d une consommation excessive mais continuent à boire. Marmot et al., 2005
b. Questionner la survalorisation de l alcool - Lien alcool bénéfices santé (p.ex. cardiaques) - Lien alcool - valeurs positives (p.ex. sport) - Pratiques commerciales: Sponsoring, nouvelles cibles, nouveaux moments - Nécessité d informer sur ces pratiques (et d interdire la publicité pour l alcool)
La publicité pour l alcool Partout, tout le temps.
c. Réflexion sur le coût des boissons - Prix de la bière = prix d un soft alcoolisées - Tabac: hausse fréquente - Proposition: hausse réfléchie, au moins pour distinguer alcool et non alcool
Est-ce que ça marche? - Lien négatif établi entre consommation et prix - Idéal: hausse des prix + réduction de disponibilité - Mais politiquement peu vendeur Marmot et al., 2005; Pearson, 2004; Treise et al., 1999
d. Un message central Les effets positifs arrivent avant les effets négatifs Les Binge Drinkers Cherchent 1 Amusement 2 Etre plus sociable 3 Se sentir joyeux, relaxé 4 Oublier les problèmes Obtiennent Les effets positifs sont atteints à 3-4 doses, les effets négatifs n arrivent qu après. Pourquoi continuer à boire? Turrisi & Wiersma, 1999; Stolle et al., 2009
Pour conclure - Le «paradigm shift» a eu lieu dans la recherche sur le binge drinking. - Mais pas dans la vision sociétale et individuelle. - Eviter la dramatisation, mais aussi la sousestimation. - Pas un discours de prohibition, mais de connaissance du produit.
Merci pour votre attention Remerciements aux co-auteurs des études: Frédéric Joassin, Salvatore Campanella, Mauro Pesenti, Pierre Philippot, Jessica Modave, Auriane Speth. Maurage et al. (2009). Journal of Psychiatry and Neuroscience, 34(2), 111-118. Maurage et al. (2012). Clinical Neurophysiology, in press. Pierre MAURAGE pierre.maurage@uclouvain.be Université Catholique de Louvain (UCL) Faculté de Psychologie, CSDP & NEUROCS 10, place Cardinal Mercier B-1348 Louvain-la-Neuve Tél: 010/47.92.45.