La Terrasse du troc. Irène Tétaz, Paris, 2004



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La Terrasse du troc Irène Tétaz, Paris, 2004 Projet d art relationnel, botanique et urbain réalisé avec les habitants du quartier de Saint-Jean à Genève. proposé par les artistes, architecte, paysagiste et curatrice de la Terrasse du troc, Genève, 2004-2006. (version du 19.1.2006) 1

INDEX 1. Survol : le projet en 7 points pp. 3-4 2. Choix : descendre dans la rue, ici et maintenant pp. 5-6 3. Protagonistes : les vieux p. 7 4. Stratagème : la Terrasse du troc p. 8 5. Origines : les pratiques du troc p. 9 6. Fonctionnement : 6.1. L architecture du troc p. 10 6.2. Le jardin du troc pp. 11-12 6.3. Exploitation du lieu p. 13 6.4. Programmation p. 14 6.5. Organisation p. 15 6.6. Planning général p. 15 6.7. Collaborations p. 16 6.8. Projets artistiques pp. 17-21 Contact : Association des amis de la Terrasse du troc Case postale 56 1211 Genève 13 tél. 022 800 38 90 fax 022 800 38 94 info@terrassedutroc.ch www.terrassedutroc.ch 2

1. Survol : le projet en 7 points 1. QUOI De l art relationnel, botanique et urbain, qui se construit avec habitants d un quartier genevois, de toute race et âge confondus 2. OÙ Sur la couverture de la voie ferrée du quartier de Saint-Jean à Genève : au croisement entre la rue des Délices, la rue des Charmilles et la rue de Saint-Jean. 3. POURQUOI Il s agit d un nouvel espace inédit et éphémère, qui réunit trois fonctions principales : - proposer un lieu convivial et de détente avec jardin potager, serre, buvette, petite bibliothèque, chaises-longues et parasols ; - servir de plate-forme pour des rencontres entre différentes générations d habitants de Saint-Jean et les artistes ; - devenir l épicentre de créations artistiques réalisés avec la participation des habitants et centrées autour de la mémoire du quartier. La finalité de cette rencontre entre les habitants de Saint-Jean et les artistes est de réaliser ensemble des œuvres d art, et de faire traverser le public par tout le processus de création. Mais aussi de retrouver la mémoire d'un lieu, en redonnant la parole aux personnes âgées, adolescents et enfants du quartier. 4. COMMENT Les témoignages Depuis janvier 2005, le projet de la Terrasse du troc est en train de se construire avec les habitants de Saint-Jean, qui sont sollicités à laisser leur témoignage sur le quartier, qui est ensuite enregistré et répertorié. La récolte des témoignages auprès des habitants de Saint- Jean a lieu par des rencontres individuelles, des animations ponctuelles dans le quartier, mais aussi à travers une «boîte à textes» sur son site (www.terrassedutroc.ch) et sur les lieux du futur emplacement de la Terrasse du troc. Les plantes Chaque personne décidée à participer au projet a la possibilité de choisir un planton de plante potagère, odorante, médicinale ou de fleur. Une fois instruite par un jardinier, elle continue à cultiver sa nouvelle plante dans le jardin potager de la Terrasse du troc. Les participants sont d abord initiés à l art du jardinage par un jardinier, pour pouvoir ensuite devenir parfaitement autonomes. Un nouveau jardin prend forme sur la couverture de la voie ferrée de Saint-Jean. Les créations artistiques Les différents témoignages récoltés auprès de habitants de Saint-Jean sont retravaillés par les artistes sous différentes formes et avec différents médiums : installation vidéo, installation lumière, installation de textes, lectures en déambulation, et même par des créations culinaires, en revisitant des anciennes recettes de cuisine. 3

5. QUI En décembre 2004, s est constituée L Association des amis de la Terrasse du troc, composée principalement d artistes, architectes, jardiniers, restaurateurs et curateurs du quartier de Saint-Jean, dans le but de favoriser des échanges entre les générations du quartier à travers une démarche d art relationnel, botanique et urbaine. L Association des amis de la Terrasse du troc assure la conception et la réalisation du lieu, des jardins et des créations artistiques fixes sur le site. Les différentes associations, les artistes et artisans de la Coopérative du renouveau de Saint-Jean, ainsi que les habitants du quartier ont aussi la possibilité d utiliser le lieu comme une plate-forme pour présenter leurs activités. L équipe : 1. conception et direction artistique : Laura Györik Costas, curatrice 2. administration et assistante de direction : Thuy-San Dinh, administratrice 3. architecture et construction du lieu : Yvan Jaton, architecte-designer 4. responsable du site internet: Baptiste Lefebvre, technicien 5. graphisme et communication : Mathieu Christe, graphiste 5. réalisation et entretien des jardins : Gabriel Bénichou, jardinier 6. conception et gestion de la buvette : Valérie Abellon, gérante Les artistes : - Pierre-louis Chantre, écrivain, Genève. - Ulrich Fischer, cinéaste-vidéaste, Genève. - Rita Gay, comédienne, Lausanne. - Letizia et Natasha Mazzeo Aebi, plasticienne et graphiste, Genève. - Luc Peter, cinéaste-vidéaste, Genève. - Julia Sørensen, plasticienne, Genève. - Irène Tétaz, plasticienne, Paris. - Claude Thébert, comédien, Genève. - Cyril Vandenbeusch, cuisinier-plasticien, Genève. Partenaires : Privés : Fondation Braillard Architectes, Forum Saint-Jean, Les Jardins de Cocagne, La Loterie Romande, La Maison de quartier de Saint-Jean, Perceuse Productions Image, Pro Senectute Genève, Radio Cité, Sauvin & Schmidt SA, Société coopérative Migros - Genève. Ville de Genève : Bibliothèque municipale de Saint-Jean, Délégation à la Jeunesse, Département des affaires culturelles, Opération chaises longues, Service des espaces verts, Service social, Unité d action communautaire de Saint-Jean, Unité Agenda 21. Dans le cadre du «Processus de promotion communautaire de la santé et de la qualité de vie à Genève». 6. QUAND : Pendant l été 2006, du 8 Juin au 17 septembre 2006. Programme hebdomadaire en cours d élaboration. 7. COMBIEN : Budget global : Frs 200 000.- 4

2. Choix : descendre dans la rue, ici et maintenant L espace public est la vraie galerie contemporaine, le terrain où l art a le plus d avenir. Jochen Gerz, Biron, 1996 1 Un contact simple, direct et authentique entre la création artistique contemporaine et le citoyen peut prendre forme dans l univers d ici et de maintenant, là où il déambule naturellement: il faut descendre dans la rue! Depuis toujours je m intéresse aux pratiques artistiques qui impliquent un investissement de l espace urbain ou du paysage, des toutes premières expériences des années septante, aux formes plus actuelles d une «création qui prend en charge la réalité qui l entoure» 2. Dans toutes ces pratiques artistiques l art est complètement relié aux choses de tous les jours et se produit dans l instant, en relation étroite avec un lieu et ses habitants. Le processus créatif devient une sorte de laboratoire enrichi par les individus les plus divers, pour donner autant de facettes différentes au résultat final. Quoi de plus naturel et de plus immédiat que d ancrer le projet dans la réalité urbaine et quotidienne qui m est proche, et dans laquelle je vis tous les jours: la couverture de la voie ferrée du quartier de Saint-Jean/Charmilles. Croisement entre la rue de Saint Jean et la rue des Délices. 1 Jochen Gerz (1940, Berlin), vit et travaille à Paris depuis 1966. Après avoir entamé une oeuvre poétique dans les années soixante, il pratique la photographie à laquelle il intègre des textes. A partir de 1972, il réalise également des vidéos, des installations et des performances dans l espace public, tout en développant des projets d enseignement. Depuis 1980, il réalise seul ou avec Esther Shalev-Gerz, de nombreux projets dans l espace public, entre autres: Le monument contre le fascisme de Hambourg (1986), 2'146 Pierres-Monument contre le racisme à Sarrebruck (1993), Le questionnaire de Brême (1995), et le Monument vivant à Biron (1996). Ses œuvres sont des tentatives pour modifier le rapport entre l auteur et le spectateur. 2 Cfr. Paul Ardenne, Un art contextuel : création en milieu urbain, en situation, d intervention, de participation, Flammarion, Paris, 2002 5

Couverture de la voie ferrée: passage bétonné, terrain de jeu et de détente Il existe beaucoup d histoires sur la voie ferrée du quartier de Saint- Jean/Charmilles, sur lesquelles les anciens habitants peuvent mieux nous instruire. Elle a été couverte à la fin des années nonante, lors de l ouverture de la ligne de train Cornavin-Cointrin, à cause des nuisances sonores importantes, surtout pour les résidents autour de la voie. Cette nouvelle passerelle bétonnée avait aussi comme fonction de décloisonner le quartier, et permettre de relier les deux côtés de la voie. Aujourd hui cette île bétonnée, qui traverse en longueur le quartier de Saint-Jean/Charmilles, n a pas vraiment trouvé ses marques et ne fonctionne pas encore comme un véritable lieu de socialisation. La journée les enfants sillonnent le béton avec leurs vélos, tricycles, trottinettes et poussettes, ou se baignent l été dans la miraculeuse pataugeoire. La nuit, par contre, des visiteurs jeunes et moins jeunes s installent dans ce lieu, au départ calme et paisible. Ils en prennent possession et le transforment en terrain de rencontre et parfois même de bagarre, dont les tessons de bouteilles cassées qu on retrouve dès le lendemain gardent la trace. La cohabitation entre ces oiseaux de nuit et le voisinage de la couverture de la voie ferrée n est pas harmonieuse. Il ne s agit pas de résoudre ce problème, nous n en avons pas les compétences, mais de faire une proposition pour occuper le terrain autrement. L intention première de La Terrasse du troc est de créer un espace de rencontres, autour duquel puissent se tisser des liens entre différentes générations et entre différentes cultures, dont le quartier est extrêmement riche. Il s agit aussi d amener du contenu sur cette surface sous-occupée, en organisant des activités artistiques, ludiques et éducatives ouvertes à tous et gratuites. Et, au-delà des différentes animations possibles, travailler en profondeur avec le contexte existant, en interaction étroite avec les gens qui y habitent, bref faire du sens par rapport à ce lieu au cœur du quartier de Saint-Jean/Charmilles. 6

3. Protagonistes : les vieux Autant par le lifting que par le mutisme, nous promouvons aujourd hui un double effacement de l âge. Jochen Gerz, Chaors, 1998 3 Irène Tétaz, Paris, 2004 Depuis l hécatombe de la canicule de 2004, qui à fait monter les pics de mortalité en Suisse aussi 4, la société toute entière s est mise à s intéresser de près à ceux qui dans d autres civilisations, anciennement dans la nôtre, représentent le savoir à transmettre et l exemple à suivre : les vieux. Avec un million de personnes de plus de 65 ans, la Suisse compte actuellement près de 120'000 personnes qui ont besoin d assistance et de soins. Et les autres, se débrouillent-elles toutes seules? Comment vit une personne âgé dans notre ville? A-t-elle suffisamment de sous pour manger à sa faim? Arrive-t-elle encore à se soigner, à se laver, et à s habiller en toute dignité? Est-ce que ces voisins la connaissent et lui parlent? A-t-elle encore le sentiment d avoir des choses importantes à dire et à faire? La population âgée des villes est confrontée à plusieurs dangers : violence gratuite, manque d hygiène et sousalimentation, abandon et mise à l écart, sentiment d inutilité et perte de confiance en soi. C est ce dernier sentiment qui peut devenir le facteur déclencheur de tous les autres dangers. C est autour de la question à quoi puis-je encore servir? que le projet a commencé à prendre forme. Il fallait d abord un ancrage dans un lieu: le quartier de Saint-Jean/Charmilles. Puis, un public-acteur cible autour duquel et avec lequel échafauder tout le projet: la génération du 3 ème âge habitant ce quartier. L idée est de donner la voix aux personnes âgées vivant dans l ombre et qui souhaitent parler d elles, de leur passé, de leur vécu dans cette ville ou ailleurs. Les différents témoignages sont récoltés par une artiste, sous forme d enregistrements visuels et sonores. Mais encore faut-il que chaque témoin reçoive quelque chose en échange pour qu il accepte de se lancer dans l aventure 3 Cette intervention se basait sur le témoignage d une cinquantaine de femmes âgées de Chaors à propos du lien, qui existe ou pas, entre leur vérité personnelle et intime et une vérité sociale et publique (le procès de Maurice Papon). Diffusés sous forme de projections nocturnes dans la ville, affiches et publications dans la presse, ces entretiens qui évoquent le passé pour s ancrer dans le présent, abordent la question de la vérité et du devoir de transmission aux jeunes. 4 Cfr. Colloque sur les effets de la canicule organisé par Charles-Henri Rapin, professeur en gériatrie aux Hôpitaux universitaires de Genève : http://cig.unige.ch/canicule04 7

4. Stratagème : la Terrasse du troc La culture de demain sera faite de notre relation à l autre, il faut échanger avec lui. Jochen Gerz, Arles, juin 1997 Il fallait trouver un objet d échange, qui puisse rallumer chez une personne âgée le désir de communiquer, de se confronter aux autres. Pourquoi ne pas lui offrir un petit carré de terre pour y planter une plante de son choix? Un peu comme les jardins familiaux, mais dans un nouveau lieu et dans cette île bétonnée de la ville qu est la couverture de la voie ferrée du quartier de Saint-Jean/Charmilles. Chaque personne décidée à participer au projet, a la possibilité de choisir une pousse ou une graine de plante potagère, odorante, médicinale ou de fleurs. Puis, assistée par un horticulteur, la personne peut planter et cultiver son propre plantons sur le site de la Terrasse du troc. Les participants sont ainsi initiés à l art du jardinage par des professionnels, pour ensuite agir seuls et en parfaite autonomie. Chaque nouvelle plante porte le nom (et peut-être même l histoire) de son propriétaire. Voilà qu un nouveau jardin prend forme sur la couverture de la voie ferrée de Saint-Jean, où entre arbustes, bambous et plantes sporadiques, domine toujours le béton. Dans ce jardin, on apprend à prendre soin des plantes et de l autre. Pour chaque nouveau végétal, les artistes reçoivent en échange le témoignage, riche et inédit, de ces personnes. Ensuite, le témoignage sert à une nouvelle création contemporaine, dans des langages artistiques très différents, mais avec à la base toujours le même contenu : le récit d une vie. L idée est de ne pas fonctionner avec de l argent, mais d utiliser plutôt cette méthode qu on pratique plus facilement en situation de difficulté économique : le troc. Une plante en échange d un témoignage du passé, voilà l essence de la Terrasse du troc : une expérience d art relationnel, botanique et urbain. 8

5. Origines : les pratiques du troc Emmène-moi quelque chose et emporte ce que tu voudras! Federico Guzmàn, Barcelona, mai 2001 Aujourd hui le troc - la plus ancienne forme de commerce entre les hommes qui a toujours existé d une façon plus ou moins souterraine - semble s installer avec force sur plusieurs fronts de la société, de l économique à l artistique. Lorsque le capitalisme sauvage dicte sa loi, avec les conséquences les plus néfastes surtout sur les plus démunis, la politique du troc gagne du terrain et arrive même parfois, à petite échelle, à se substituer au système marchand en vigueur. C est le cas pour des usines en Russie, certaines communautés autonomes en Argentine et aux Etats-Unis, où surgissent un peu partout des clubs du troc, dont les membres sont en même temps les producteurs et les consommateurs des biens et des services. Selon les spécialistes, le troc pourrait devenir une sorte de «devise sociale» et palier ainsi le manque d argent au sein d une communauté, en le remplaçant par un «échange de savoirs et de temps», qui peut aller du travail d un architecte jusqu à la soupe d une grand-mère du quartier. L idée du troc, sorte de commentaire au rythme implacable du capitalisme et champ pour des nouvelles actions possibles, s étend aujourd hui aussi au domaine de l art contemporain. En effet, c est en découvrant l exposition Insideout : le jardin du cambalache de Federico Guzmàn 5, que j ai eu la première étincelle pour le projet. Il s agissait de la deuxième étape d un projet déjà esquissé par l artiste à Seville 6 : la terrasse de la Fondation Tapiés avait été transformée en jardin de plantes économiques, et le public pouvait emmener un objet au musée (photocopies, livres, objets-souvenirs, gadgets, jouets, porte-bonheurs, etc.), pour repartir avec un légume, un fruit, une plante aromatique ou médicinale, produits de ce nouveau jardin. C est le dialogue tissé entre l institution et la rue, la transformation d un espace muséal en véritable lieu de rencontres, et le troc entre plantes et objets emmenés par les citoyens sans aucune circulation d argent, qui m ont complètement séduite dans cette exposition et inspirée pour ce projet. 5 Projet réalisé en collaboration avec la curatrice et activiste artistique Rosa Pera, et présenté à la Fondation Tapiés de Barcelone du 11 mai au 29 juillet 2001, dans le cadre de la première édition de Trienal Barcelona Art Report, thème : «Experiencias». 6 Entre 1997 et 1999 Federico Guzman (1964) réside en Colombie, où il inaugure son Museo de la calle, première véritable collection d objets de troc et de plantes. En 2001, il développe ce concept et installe son jardin de plantes et d objets du troc dans les anciens jardins potagers du monastère de la Cartuja à Seville, Centre d art contemporain andalou, sous le titre de Matitas divinas. 9

6. Fonctionnement 6.1 L architecture du troc Dans le projet architectural proposé par Yvan Jaton, le jardin se trouve à 2/3 au sol : jardin du bas, et à 1/3 suspendu sur la passerelle posée entre les deux containers : jardin du haut. Le premier container abrite la buvettecuisine pour tous les moments culinaires et de petite restauration. Le deuxième container permet de ranger tous les objets utilisés sur la terrasse du haut et sur la terrasse du bas (chaises-longues, chaises et tables pliantes, parasols, matériel de jardinage), et possède un escalier qui permet d accéder à la terrasse du haut. Sur cette terrasse du haut se trouve la serre. Elle abrite le jardin du haut, où l on pratique la pré-culture des différentes plantes aromatiques, potagères et médicinales. Une fois prêtes ces plantes sont descendues dans le jardin du bas pour être prises en charge et soignées par les personnes devenues jardiniers/ères. Les créations artistiques, réalisées en collaboration avec les habitants de Saint-Jean, ont lieu sur la terrasse du bas, mais aussi sur la terrasse du haut, notamment les projections. Esquisse de la Terrasse du troc par Yvan Jaton, architecte-designer, 2005 Dimensions Au sol > surface totale de la terrasse : 10,5 m x 6m, total : 63m2 ; plancher de nivellation: 10,5 m x 6m, total : 63m2 ; 2 containers : 2 x 6,30m x 2, 45m x 2,45m = 60m3 Sur le toît > plancher-passerelle : 4,50 x 3m = 13,5 m2 ; serre : 10,50 x 3m = 31,5 m2 ; jardin du haut : 10,50 x 3m = 31,5 m2 10

Poids Au sol > plancher : 1'000 kg ; container avec buvette+cuisine : 2'500 kg ; container avec escalier et mobilier : 2'500 kg ; jardin du bas avec palettes, terre et plantes : 13 bacs pleins x 150 kg = 7 950 kg ; total : 7'950 kg Sur le toît > plancher-passerelle : 500 kg ; serre : 500 kg ; jardin du haut pleins : 500 kg Plateforme au sol > capacité d accueil maximale : 20 personnes x 60 kg : 1 220 kg Total à vide : 9 450 kg Total occupé : 10 670 kg 6.2 Le jardin du troc D après un concept de Maria Angelelli - Antonini, paysagiste Le critère de sélection tient compte des plantes qui peuvent pousser et se reproduire facilement dans des palettes des CFF, des pots et des bacs, et qui se développent pendant les mois d existence de la Terrasse du Troc: de juin à septembre 2006. Les plantes sont plantées en amont de l ouverture de la Terrasse du Troc (avril-mai 2006), puis transportées dans les palettes des CFF et posés directement sur la couverture des voies ferrées de Saint-Jean. Ici elles sont prises en charge par les participants de l atelier de jardinage et le jardinier de la Terrasse du troc. Une fois l expérience terminée, les différents fournisseurs récupérent les palettees CFF, les bacs, les pots, la terre et le leca pour recycler le tout et produire du compost. 6.2.1. Contenu des palettes des CFF Palette 1 Aubergines : 2 aubergines Slim Jim ; Association : geraniums, alyssum, 2 basilics. Palette 2 Carottes : 45 carottes demi longue de Chatnay, 45 carottes marché de Paris. Pas d association. Palette 3 Zucchini: 3 zucchini gold rush; Association : pétunias, lobélias, cosmos. Palette 4 Laitue : 8 ascona à semer échelonné, 8 appia à semer échelonné, rouge et verte. Pas d association. Palette 5 - Piment doux : 6 piments redskin à semer échelonné, 3 poivrons ; Association : dahlias. Palette 6 Radis : 100 unités échelonnées ; Association : lobelia et verveine. Palette 7 Fenouil : 15 plantons ; Association : campanules annuelles. Palette 8 Haricot : 10 haricots d Espagne ; Association : lobélia. Palette 9 Haricot : 10 haricots d Espagne ; Association : lobélia. Palette 10 Aromatiques : 16 ciboulette, 9 menthe, 9 thym, 6 livèche, 4 basilics. Pas d association. Palette 11 Tomates : 16 tomates cerises, charnues ; Association : lobélia blanche et alyssum. Palette 12 Aromatiques : 16 ciboulette, 9 menthe, 9 thym, 4 livèche, 6 basilics. Pas d association. Les 3 palettes de CFF restantes seront remplies avec les plantes emmenées par les participants des «ateliers jardins». Containers: HOUBLON pour recouvrir une partie de l architecture. 11

6.2.2. Planning du jardin du troc Plantation La plantation des 12 palettes des CFF a lieu dans les serres du SEVE, qui réalise les différentes palettes, les emmène sur la couverture des voies de Saint-Jean et le démonte à la fin de l événement. Dates : Avril-mai 2006 Transports a) 30 mars : transport des palettes CFF par Sauvin & Schmidt au SEVE. b) début avril : transport des légumes du Jardin de Cocagne au SEVE. c) début avril : transport des plantes aromatiques, du hublot et du matériel de jardinage de la Migros de la Praille au SEVE. d) 6 juin : transport des 15 palettes (12 pleines + 3 vides) du SEVE à la Terrasse du troc. e) 21 septembre : démontage des jardins : plantes et terre (compost) retour au SEVE ; palettes retour à Sauvin & Schmidt ; matériel de jardinage en dépôt dans les containers. 6.2.3. Activités dans le jardin du troc Atelier de jardinage: - dates: du 8 juin au 17 septembre - horaires: tous les matins, de 9h-11h - participants: personnes âgées, adolescents et enfants - suivi et encadrement: Gabriel Benichou, jardinier - prix: gratuit - troc: un témoignage de vie dans le quartier, objet ou plante - déroulement: choix d une plante des palettes et suivi sur 3 mois - condition: pré-inscription Activités parallèles : - Soin et entretien régulier des plantes - apporter des plantes ornementales ou comestibles pour le jardin du troc - apporter différents objets de la maison pouvant servir de bacs ou de pots - contrecarrer la rigidité du container depuis l extérieur, en accrochant des pots de plantes grimpantes et envahissantes. - disposer des bacs de plantes aromatiques sur les tables de travail pour les ateliers et les repas. 12

6.3 Exploitation du lieu Irène Tétaz, Paris, 2004 La Terrasse du troc fonctionne comme un lieu de détente, de rencontres et d échanges, mais aussi comme épicentre pour des créations artistiques, botaniques, culinaires, littéraires, théâtrales et vidéos. Il s organise par trois plages d activités : Matin (9h-11h) > jardinage, entretien journalier des plantes par les personnes impliquées, aidées et suivies par un jardinier. Après-midi (15h-17h) > créations artistiques contemporaines réalisées avec la participation des habitants du quartier de Saint-Jean : installations vidéo, installation lumière, art&cuisine, textes, performances et lectures. Soir (18h-23h) > événements artistiques ponctuels : projections, performances théâtre ou danse, lectures, plages musicales, colloques et forums ; tous les soirs les spectateurs pourront déguster les produits maison proposés par la buvette de la Terrasse du troc. Les activités commencent à 09h et se terminent au plus tard à 23h, pour pouvoir cohabiter harmonieusement avec le voisinage. Les activités de la Terrasse du troc ont lieu pendant 3 mois : du 8 juin au 17 septembre 2006. Irène Tétaz, Paris, 2004 13

6.4 Programmation Comme la plante qui traverse plusieurs étapes avant son épanouissement final, la Terrasse du troc présente différents chapitres dans le temps. L échange végétal de départ produit des légumes, des fruits ou des fleurs, qui peuvent être transformés en plats et dégustés sur les lieux entre tous les participants. Mais avant tout, le témoignage laissé par la personne en échange d une plante, devient pour les artistes la matière première d une nouvelle recherche, inédite et étroitement liée à ce contexte. Créations artistiques (avant-programme) : 1. Installation vidéo : «Ils aiment mieux le salé que le sucré», par Irène TETAZ (plasticienne, Paris Genève - Lausanne) avec la participation des personnes âgées de Saint-Jean. 2. Installation lumière : «Les lumières du troc» par Letizia et Natasha MAZZEO AEBI (plasticienne et graphiste, Genève) avec la participation des enfants de Saint-Jean. 3. Art&cuisine : «Les plats de Saint-Jean» par Cyril VANDENBEUSCH (cuisinier-plasticien, Genève) avec la participation des personnes âgées de Saint-Jean. 4. Installation textes et lectures : «Je me souviens à Saint-Jean» par Pierre-Louis CHANTRE (écrivain, Genève) et Julia SØRENSEN (plasticienne, Genève) avec la participation des habitants de Saint-Jean. Moments de lectures et de récolte de souvenirs avec Rita GAY & Claude THEBERT (comédiens, Lausanne et Genève). 5. Installation vidéo documentaire : «Les fenêtres du troc» par Ulrich FISCHER & Luc PETER (cinéastes-vidéastes, Genève) réalisée avec la participation des adolescents de Saint-Jean. Pour plus de détails consultez les «projets artistiques» pp. 17-21 14

6.5 Organisation 1. Conception et direction artistique : Laura Györik Costas, curatrice, Genève/Barcelone. 2. Administration et assistante de direction : Thuy-San Dinh, administratrice, Genève. 3. Architecture et construction de l infrastructure : Yvan Jaton, architectedesigner, Genève. 4. Suivi et entretien des jardins : Gabriel Benichou, jardinier, Genève. 5. Conception et gestion de la buvette: Valérie Abellon, gérante, Genève. 6. Conception et gestion site web : Baptiste Lefebvre, responsable du site web, Genève. 7. Conception et réalisations des supports de communication : Mathieu Christe, graphiste, Genève. 8. Coordination Ville de Genève: Christian Johr, directeur adjoint, Service social Ville de Genève. 6.6 Planning Septembre 2004 - décembre 2005 > pré-production: conception générale, programmation, faisabilités technique et artistique, confirmation des partenaires et des associations impliqués, recherche de fonds, enregistrement des premiers témoignages visuels et sonores. Janvier - mars 2006 > production : inscriptions pour participer aux créations : 3 ème âge, adolescents, enfants, confirmation des partenaires et du budget, engagement artistes et collaborateurs, confirmation des devis techniques et location de matériel. Avril - mai 2006 > réalisation : plantation des semis dans les palettes CFF, transformation des containers et construction de l infrastructure du lieu, réalisation du jardin de palettes CFF, mise place des créations artistiques. Juin - septembre 2006 > exploitation: ouverture de la terrasse, la buvette et la cuisine; inauguration des jardins; lancement des créations et des événements: performances théâtre, danse, lectures, plages musicales, projections, colloques et tables rondes. 15

6.7 Collaborations Les différentes partenaires cités ci-dessous ont tous été contactés pour une collaboration sous forme d encadrement du public concerné, de prestation en nature ou de contribution financière. Quartier de Saint-Jean Bibliothèque municipale de Saint-Jean: Sandrine Hassler, section jeunes Centre d action sociale et de santé de Saint-Jean/Charmilles (CASS) : Daniel Hentsch, administrateur Forum Saint-Jean: Pierre Varcher, prés.; Olowine Rogg, secrét. générale Bibliothèque de Saint-Jean/Charmilles : Sandrine Heussler, section jeunes Association pour la promotion de la Coopérative du renouveau de Saint-Jean: Maya Casserini-Bauer, présidente ; Karin Farquet, coordinatrice Bien-être et défense des habitants des immeubles Délices-Voltaire Paroisses (protestantes et catholiques) Association régionale Pugliese Marché Bio du quartier de Saint-Jean Troisème âge Unité d action communautaire de Saint-Jean : Catherina Mayenfisch et Sandrine Gilliéron, responsables. Espace Quartier Aînés et Club du Seujet : Nicole Scherly, responsable Fondation des logements pour personnes âgées ou isolées : Francis -Michel Meyrat, directeur. Foyers pour personnes âgées à Saint-Jean : Les Jardins du Rhône, Les Franchises, Les Marronniers, Les Charmilles Espace Zell : Paul Rentsch, responsable Adolescents Délégation à la jeunesse : Claudio Deuel, délégué ; Alain Mathieu, adjoint ; Céline Derivez, assistante. Maison de quartier de Saint-Jean/Charmilles : Alexandre Tranchellini, responsable adolescents. Ville de Genève Service social de la Ville de Genève: Véronique Purro, cheffe du service, Christian Johr, adjoint. Sevice des espaces verts et de l environnement : Yveline Cottu, cheffe du service ; Jean-Théodore Bieri, adjoint Unité Agenda 21 : Claudine Dayer-Fournet, déléguée à l Agenda 21 Département des affaires culturelles : Jean-Bernard Mottet, conseiller culturel/ section livres. 16

6.8 Projets artistiques 1/ «Je me souviens à Saint-Jean», installation de textes participative dans l espace urbain Conception et réalisation : Pierre-Louis Chantre, écrivain Mise en espace : Julia Sørensen, plasticienne Lectures et récolte de souvenirs : Claude Thébert et Rita Gay, comédiens Avec la collaboration des habitants du quartier de Saint-Jean, en particulier les personnes âgées et les adolescents. Pierre-Louis Chantre est journaliste et écrivain. Il a travaillé pendant huit ans à la rubrique culturelle de l Hebdo, notamment pour la chronique théâtrale, il est aujourd hui journaliste indépendant et responsable de la partie rédactionnelle de la Terrasse du troc. Julia Sørensen vient de se diplômer à l Ecole des Beaux-Arts de Genève, son travail artistique est porté sur l écriture et sur des installations de textes sur différents supports, notamment des murs ou des tissus. En tandem, Julia Sørensen et Pierre- Louis Chantre, souhaitent révéler les souvenirs de Saint-Jean, et donc l identité du quartier sous une forme artistique. Basé sur un fonctionnement participatif, «Je me souviens à Saint-Jean» propose d impliquer les habitants du quartier dans les deux phases d élaboration du projet : la récolte de souvenirs et l installation des souvenirs dans l espace urbain. 1. La récolte de souvenirs La manière la plus évidente de récolter des souvenirs consiste à parler de façon informelle avec les habitants de Saint-Jean, de leur demander de raconter le passé du quartier et leurs souvenirs personnels. Créatrice vidéo de la Terrasse du Troc, Irène Tétaz a déjà enregistré, au printemps 2005, plusieurs entretiens avec des personnes âgées du quartier. Leur témoignage forme une première matière de travail dans laquelle «Je me souviens à Saint-Jean» va puiser. La Terrasse du Troc va aussi mettre en place deux procédés de récolte. a) A partir de l automne 2005 jusqu à l automne 2006, les habitants de tous âges peuvent livrer des «Je me souviens» dans la boîte e-mail : jemesouviens@terrassedutroc.ch) ou par courrier postal. b) Pendant les trois mois d activité de la Terrasse du troc, les habitants sont invités à livrer des souvenirs une fois par semaine, dans le cadre d un cycle de lectures, données par les comédiens Claude Thébert et Rita Gay. Lecteurs réputés en Suisse romande, ces deux comédiens proposent des textes d écrivains connus ou moins connus, axés sur la mémoire et les réminiscences visuelles, olfactives, musicales ou sociales. Ils déclineront les thèmes de la disparition des petites entreprises, des mœurs d antan, de la vie 17

au quotidien, des croyances d autrefois, de la présence des mythes nationaux, de l amour à 20 ans ou à 70 ans, du sentiment que la vie passe vite. Chaque lecture sera accompagnée d un apéritif concocté par l artistecuisinier de la Terrasse du troc, Cyril Vandenbeusch, et c est dans ce cadre informel que les souvenirs du quartier, spontanément émis par les personnes présentes, seront récoltés. 2) L installation des souvenirs dans l espace urbain Julia Sørensen a imaginé différentes mises en espace des différents «Je me souviens à Saint-Jean» récoltés. D abord sur le lieu de la Terrasse du troc : les parois des containers, le plancher, la serre, et entre les palettes du jardin potager. Mais cet espace pourra aussi être débordé pour investir un périmètre plus large: une phrase sur un accoudoir bleu de l un des bancs en béton, sur l une des surfaces rectangulaires des maisonnettes bleues qui servent d entrée au parking souterrain, sur les dalles en béton qui couvrent la largeur des voies, sur le fond de la pataugeoire, les rampes d accès, les marches des escaliers, les barrières métalliques. Elaborés au fur et à mesure de l activité de la Terrasse du Troc, ils suivent la métaphore botanique pour croître comme une vigne vierge, qui grimpe lentement, semaine après semaine, le long des voies couvertes. C est à une sorte d invasion de souvenirs que les habitants vont assister, comme dans les pages d un livre géant 2/«Les Fenêtres du troc», installation vidéo documentaire Conception et réalisation : Ulrich Fischer & Luc Peter, cinéastes - vidéastes, GE. Avec la participation des adolescents du quartier. Le cinéaste-vidéaste Ulrich Fischer n est pas à sa première installation vidéo. Le réel capté par images est sa première préoccupation, certes, mais la façon de les montrer, et donc pour le public d appréhender les images d une réalité souvent très proche, l intéresse tout autant. Quand à Luc Peter, ce cinéaste-vidéaste jongle entre ses propres documentaires, qui touchent autant à la danse contemporaine, les designers, la musique (Christian Marclay) qu à des thèmes plus sociologiques (SDF à Genève), et les installations vidéo. Dans l installation vidéo «Les Fenêtres du troc», les deux cinéastesvidéastes sondent le terreau multiethnique que représente le quartier de Saint-Jean. Installés sur la paroi intérieure du container qui contient la rampe d accès vers la serre de la Terrasse du troc, 11 moniteurs vidéo s animent au gré des rencontres et des échanges que Ulrich Fischer & Luc Peter auront pu tisser avec la population du quartier, tout âge, toute condition sociale et race confondus. Les séquences s allongent ou se 18

raccourcissent, changent et varient au fil du temps et au fil des différents intervenants du quartier. Une mosaïque de narrations de vie aux couleurs, aux durées et formes les plus diversifiées se dessine entre le mois de juin et le mois de septembre 2006. Yvan Jaton, «Les fenêtres du troc» de Ulrich Fischer &Luc Peter, 2005 3/ «Les lumières du troc», installation lumière dans l espace urbain Conception et réalisation : Letizia Mazzeo et Natasha Mazzeo Aebi, plasticiennes, GE. Avec la collaboration avec les enfants du quartier de Saint-Jean. Fabriquer un moulin à vent c'est redécouvrir les jeux de toujours, les jeux des vacances en plein air. Letizia et Natasha Mazzeo Aebi, retournent aux plaisirs de l enfance, la nôtre, celle de nos parents et de nos grand parents : jouer avec les éléments de la nature, le vent et la lumière, par le biais de moulins à vent transformés en luminaires. Dès le mois de juin 2006, trente-deux moulins à vent colorés et munis d une ampoule seront réalisés par les enfants et grands-parents du quartier de Saint-Jean. Ces moulins à vent, qui ont l'air de grandes fleurs en rappel aux fleurs qui poussent dans le jardin potager de la La Terrasse du troc, seront ensuite plantés dans les bambous et illumineront le lieu. A la tombée de la nuit, trente-deux moulins à vent colorés transformées en lumières artificielles, joueront sur l'ensemble du site, invitant la population à venir y passer les chaudes soirées d'été dans une ambiance chaleureuse et conviviale 4/ «Ils aiment mieux le salé que le sucré», installation vidéo 19

Conception et réalisation : Irène Tétaz, plasticienne, Paris. Avec la participation de personnes âgées du quartier de Saint-Jean. Première étape, 2005 : «Ils aiment mieux le salé que le sucré», vidéo, 30 Entre avril et mai 2005, Irène Tétaz, arpente les rues de Saint-Jean, en étudiant minutieusement ses bâtiments, ses parcs, ses sentiers et ses habitants. Son regard distant, mais attentif à chaque détail, part à la recherche de témoignages inédits, reconstituant par bribes, et parfois par syllabes, la mémoire d un quartier. Avec beaucoup de patience et douceur, elle approche quelques personnes âgées, en grande majorité des femmes vivant seules, qui acceptent de parler devant une caméra. Les premières rencontres sont timides, discrètes. Puis, plus la caméra tourne, plus la gêne se démêle, laissant la place à quelques aveux timides ou à quelques éclats de rire. Le montage met l accent sur un rythme plutôt ralenti. Ce rythme qui change et qui met l accent sur la vitesse de nos vies, en opposition à la lenteur des vies plus âgées, pour se poser la question du enfin prendre le temps. Mais que raconter? Quels souvenirs? Qu est-ce qui est vraiment important et pour qui? Souvent la mémoire chancelle, hésitante, cherche mais tout se brouille. Sauf quelques images fortes, bien gravées dans leur mémoire et peut-être aussi dans la nôtre. Deuxième étape, 2006 : installation vidéo sur le site de la Terrasse du troc A partir de la vidéo «Ils aiment mieux le salé que le sucré», Irène Tétaz sélectionne les images qu elle retravaille pour une résultat plus plastique et qui s éloigne de la facture plus documentariste de la première vidéo. Le choix de la plasticienne est guidé par une volonté d accentuer et de retravailler des parties du corps, des objets et des formes, des couleurs et des lumières retrouvées chez ces témoins du quartier. L installation vidéo s intègre complètement dans l architecture du lieu : la serre de la Terrasse du troc. En projetant les images directement sur la serre, non seulement elles seront visibles depuis plusieurs points de vue, mais elles la recouvriront comme d une «peau» faite d images en mouvement. La nuit, l installation devient le lumignon de la Terrasse du troc. Esquisse, Irène Tétaz, 2005 20

5/ «Les plats de Saint-Jean», créations culinaires Conception et réalisation : Cyril Vandenbeusch, plasticien-cuisinier Avec la participation des habitants du quartier de Saint-Jean. On est tous obligés de manger, alors autant bien le faire! Cyril Vandenbeusch aime citer son grand-père quand il s agit de parler de nourriture. Ce jeune artiste-cuisinier, sorti des Beaux-Arts de Genève en 2004, trouve dans les aliments un médium artistique à part entière : il aime les détourner, tout en leur rendant hommage. Il joue sur leur apparence, déroute et parfois choque en montrant ce qui d habitude reste à la cuisine (les têtes de cailles, la tête et la peau d un chevreuil, l entier du poisson), tout en veillant à ce que ses plats restent bons. Pour la Terrasse du troc il souhaite créer une table sur mesure, sous l appellation de «Les Plats de Saint-Jean». L idée est de revisiter d anciennes recettes de cuisine et de retrouver le goût de certains aliments tombés en désuétude, mais qu on retrouvait autrefois dans les plats des habitants du quartier de Saint-Jean. Les assistantscuisiniers de ce restaurant inhabituel, lui servent d ailleurs de source d inspiration pour les recettes, car ils ont tous passé la soixantaine Alors que le jardin potager de la Terrasse du troc lui fournira la matière première pour ces plats exclusifs et artistiques. Cyril Vandenbeusch, artiste-cuisinier, Genève Note : Ce document est confidentiel. Les concepts, esquisses et images décrits dans ce document sont la propriété des artistes, architecte, paysagiste et curatrice de la Terrasse du troc, Genève, 2004-2006. 21