RAPPORT D ÉTUDE Date 30/07/2008 DRS-08-71082-09108B



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RAPPORT D ÉTUDE Date 30/07/2008 DRS-08-71082-09108B Programme ANR 2005 Capture et Stockage du CO2 - Géocarbone Monitoring Convention ANR-05-CO2-008-05 Synthèse des travaux de l INERIS 2006-2008 sur le thème : Monitoring géochimique en phase gazeuse à la surface et dans la couverture intermédiaire des sites de stockage.

Programme ANR 2005 Capture et Stockage du CO 2 Géocarbone Monitoring. Convention ANR-05-CO2-008-05 Synthèse des travaux de l INERIS 2006-2008 sur le thème : Monitoring géochimique en phase gazeuse à la surface et dans la couverture intermédiaire des sites de stockage. Direction des Risques du Sol et du Sous-sol Agence Nationale de la Recherche Personne ayant participé à l étude : Zbigniew POKRYSZKA, Référent Technique Emission et Transfert Souterrain de Gaz à la Direction des Risques du Sol et du Sous-sol Arnaud CHARMOILLE, Ingénieur à l unité Eaux Souterraines et Emissions de Gaz de la Direction des Risques du Sol et du Sous-sol Gaëtan BENTIVEGNA, technicien supérieur à l unité Eaux Souterraines et Emissions de Gaz de la Direction des Risques du Sol et du Sous-sol Page 1 sur 55

PREAMBULE Le présent rapport a été établi sur la base des informations fournies à l'ineris, des données (scientifiques ou techniques) disponibles et objectives et de la réglementation en vigueur. La responsabilité de l'ineris ne pourra être engagée si les informations qui lui ont été communiquées sont incomplètes ou erronées. Les avis, recommandations, préconisations ou équivalent qui seraient portés par l'ineris dans le cadre des prestations qui lui sont confiées, peuvent aider à la prise de décision. Etant donné la mission qui incombe à l'ineris de par son décret de création, l'ineris n'intervient pas dans la prise de décision proprement dite. La responsabilité de l'ineris ne peut donc se substituer à celle du décideur. Le destinataire utilisera les résultats inclus dans le présent rapport intégralement ou sinon de manière objective. Son utilisation sous forme d'extraits ou de notes de synthèse sera faite sous la seule et entière responsabilité du destinataire. Il en est de même pour toute modification qui y serait apportée. L'INERIS dégage toute responsabilité pour chaque utilisation du rapport en dehors de la destination de la prestation. NOM Qualité Zbigniew POKRYSZKA Référent Technique Emission et Transfert Souterrain de Gaz à la Direction des Risques du Sol et du Sous-sol Rédaction Vérification Approbation Arnaud CHARMOILLE Ingénieur à l unité Eaux Souterraines et Emissions de Gaz de la Direction des Risques du Sol et du Sous-sol Philippe GOMBERT Responsable de l unité Eaux Souterraines et Emissions de Gaz à la Direction des Risques du Sol et du Sous-sol Christophe DIDIER Directeur Adjoint des Risques du Sol et du Sous-sol Visa Page 2 sur 55

TABLE DES MATIÈRES RESUME... 5 1. CONTEXTE... 7 2. DETECTION DES FUITES DANS LA COUVERTURE INTERMEDIAIRE PAR LES MESURES GAZEUSES DANS LES FORAGES PROFONDS... 9 2.1 Objectif... 9 2.2 Principe et conception du système... 9 2.3 Construction d un prototype et essais en laboratoire... 11 2.4 Essais in situ sur un forage de 200 m de profondeur... 11 2.4.1 Instrumentation in situ... 11 2.4.2 Simulation et de détection des fuites de CO 2... 12 2.5 Essai de prélèvement à longue distance... 13 2.6 Bilan... 17 3. DEVELOPPEMENT DE MOYENS DE DETECTION ET DE MESURE DIRECTE DU FLUX DE CO 2 A L INTERFACE SOL/ATMOSPHERE... 19 3.1 Principe de la mesure du flux gazeux à la surface du sol... 19 3.2 Développements antérieurs relatifs à la mesure du flux de CO 2... 21 3.3 Essais et validation de la méthode pour la mesure de faible flux de CO 2... 22 3.4 Bilan... 26 4. TESTS DE LA MESURE DU FLUX DE CO 2 SUR SITES ANALOGUES NATURELS ET EVALUATION DES FUITES EN SURFACE... 27 4.1 Contexte et objectifs... 27 4.2 Site volcano-sédimentaire de Sainte-Marguerite... 28 4.2.1 Contexte géographique, géologique et particularités hydrogéologiques.. 28 4.2.2 Mesures de flux de CO 2 à l interface sol/atmosphère.... 32 4.2.2.1 Protocole expérimental... 32 4.2.2.2 Campagne de septembre 2006... 33 4.2.2.3 Campagne de septembre 2007... 35 4.2.2.4 Bilan des mesures du flux de CO 2... 36 4.2.2.4.1 Niveau global et structure spatiale des émissions... 36 4.2.2.4.2 Evolution temporelle à court terme du flux de CO 2... 37 4.2.2.4.3 Variation du flux global entre 2006 et 2007... 37 Page 3 sur 55

4.2.3 Optimisation de la stratégie d échantillonnage... 38 4.3 Gisement de CO 2 de Montmiral... 41 4.3.1 Contexte géographique et géologique... 41 4.3.2 Résultats et discussion... 42 4.3.2.1 Influence de la présence du puits d exploitation du gisement de CO 2 43 4.3.2.2 Caractérisation des émissions de CO 2 sur le site... 43 4.3.2.3 Conclusion des mesures sur le site de Montmiral... 44 4.4 Bilan de la validation de la méthode dans les conditions in situ... 45 4.4.1 Caractéristiques opérationnelles... 45 4.4.2 Répétabilité des mesures... 45 4.4.3 Bilan... 46 5. INTEGRATION DES METHODES DEVELOPPEES DANS LA STRATEGIE DE SURVEILLANCE DES SITES... 49 6. CONCLUSIONS... 51 7. BIBLIOGRAPHIE... 53 8. LISTE DES ANNEXES... 55 Page 4 sur 55

RESUME Une partie importante des travaux réalisés par l INERIS, dans le cadre du programme ANR GéoCarbone-Monitoring a porté sur des méthodes de suivi géochimique en phase gazeuse à la surface et dans la couverture intermédiaire des sites de stockage géologique du CO 2. Le travail a été ciblé sur deux approches particulières, souvent préconisées comme incontournables dans la surveillance des futurs sites de stockage : - une détection précoce (préalerte), au moyen de prélèvement et analyse de gaz au fond de forages de contrôle débouchant dans la couverture intermédiaire ; - la détection et la quantification du flux gazeux de CO 2 émanant du sol vers l atmosphère. Ces deux approches ont été successivement développées en laboratoire et ensuite appliquées et testées in situ dans les conditions réelles, les plus proches possible de celles de futurs sites de stockage. Elles présentent l avantage d assurer une mesure directe et de fournir les informations en temps réel sur la présence éventuelle ou au contraire sur l absence de fuite du CO 2 Les essais réalisés sur un forage de 200 m de profondeur ont montré que la détection des fuites de CO 2, traversant les couches de couverture intermédiaire, était possible par un prélèvement et une analyse en continu du gaz s accumulant en fond de forage. De bons résultats ont été, notamment, obtenus dans le cas de détection de petites bouffées de gaz arrivant en fond de sondage et pouvant constituer le signe précurseur d une fuite plus importante. De même, un prélèvement et un transit de gaz à longue distance ont pu être réalisés jusqu à 1000 m du point de prélèvement sans provoquer de déformation ni de dilution importantes du signal gazeux initial et ce même pour les fuites de faible ampleur. Ces résultats permettent d envisager à terme la mise en place d un système de détection et de suivi de fuites relativement simple à travers les horizons géologiques intermédiaires. Ce dispositif sera composé, pour une partie importante, par des capteurs de CO 2 industriels classiques disponibles dans le commerce. La mesure directe du flux gazeux émanant du sol est l une des méthodes les plus efficaces de contrôle et de suivi d un site de stockage. La méthode de chambre à accumulation de l INERIS, a été améliorée pour la mesure de faibles flux de CO 2. Elle permet, maintenant, de réaliser les mesures dans une large gamme de flux de CO 2 allant du domaine des émissions très faibles de 0,1 à 0,2 cm 3.min -1.m -2 jusqu à un niveau de flux extrêmement fort, de 3000 cm 3.min -1.m -2 environ. Ses caractéristiques métrologiques et opérationnelles ont été vérifiées et validées par les essais en laboratoire, sur un banc d essais, mais aussi par les mesures sur le terrain dans les conditions réelles de sites naturellement émissifs de CO 2 (sites analogues de Montmiral et de Ste Marguerite). Ces essais ont montré une pleine maturité technique de la méthode pour une application pratique à la détection et au suivi des émissions de CO 2 et de méthane à la surface du sol. Les mesures sur les sites analogues ont aussi permis de tester un certain nombre de scénarios d échantillonnage, en vu de caractériser le flux gazeux sur des superficies importantes comparables avec la surface de futurs sites de stockage du CO 2. Les deux méthodes expérimentées sont désormais opérationnelles et disponibles pour être intégrées dans la stratégie de surveillance de futurs sites de stockage. Elles peuvent en effet être utilisée dans toutes les étapes de la vie d un site de stockage ; la reconnaissance du site, l établissement de l état initial, l injection, la phase post-injection et le suivi résiduel après abandon. Page 5 sur 55

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1. CONTEXTE Les développements et résultats présentés sont, pour la plus grande part, issus des travaux effectués au sein du programme ANR CO 2 Géocarbone-Monitoring. Ce projet a été accepté et financé dans le cadre de l appel à projets 2005 Capture et Stockage du CO 2. Il a été réalisé dans la période décembre 2005 - juin 2008 et a réuni sept organismes partenaires : le BRGM, Gaz de France, l IFP, l INERIS, l INPL, Schlumberger et Total. Le projet Géocarbone-Monitoring est la continuation d une partie du programme de recherche PICOREF pour le dimensionnement d un pilote de stockage de CO 2 dans le Bassin Parisien. Son but principal était de développer, d évaluer et de tester les différentes méthodes de monitoring géophysique et géochimique des futurs sites de stockage qui pourraient être implantés dans ce contexte géologique spécifique (Fabriol et al., 2007). Les cibles préidentifiées pour la mise en œuvre d un site pilote de stockage sont : soit des réservoirs d hydrocarbures déplétés dans les formations carbonatées du Dogger (à des profondeurs allant de 1500 à 1800 m), soit des aquifères profonds dans le Dogger ou dans les formations argilo-gréseuses du Trias (profondeurs de 2000 à 2500 m). Les objectifs généraux du projet Géocarbone-Monitoring étaient : de répondre aux besoins techniques et scientifiques du contrôle de la sécurité des installations ; d'apporter des solutions pratiques pour pouvoir établir un bilan de matière, c est à dire le rapport entre le CO 2 effectivement stocké et celui susceptible d être réémis dans l atmosphère sous forme de fuites. Le programme de travail a été divisé en volets et sous-volets suivants : Volet 1 - Élaboration d une méthodologie intégrée de surveillance et de monitoring : 1.1 État de l art (général et spécifique au site Bassin parisien), 1.2 Inventaire des verrous et des manques de connaissance, 1.3 Rédaction d un guide de bonne pratique (alimenté par les volets 2 et 3). Volet 2 - Développement de méthodes adaptées : 2.1 Suivi de la migration du CO 2 (sismique 4 D et méthodes électriques et électromagnétiques, suivi microsismique) ; 2.2 Détection des fuites dans la couverture et les aquifères intermédiaires (développement de capteurs et de préleveurs de fonds spécifiques) ; 2.3 Détection de fuites en surface et proche surface (détection directe du CO 2 atmosphérique et de gaz dans les sols ; évaluation et quantification des fuites en surface). Volet 3 - Tests sur des cas réels ou des analogues naturels : 3.1 Cas réels : stockages saisonniers de gaz (suivi des déformations en surface par interférométrie satellitaire, test de microgravimétrie) ; sites d injection de CO 2 (traçages à K12B, interprétation des données de sismique 4 D et microsismiques acquises à Weyburn, Canada) ; 3.2 Réservoir naturel de CO 2 de Montmiral (Drôme) : analyses des fluides en forage et mesures en surface (gaz dans l atmosphère et les sols) ; 3.3 Site volcano-sédimentaire en Limagne à Sainte-Marguerite (Puy-de-Dôme) : fluides en forage et mesures en surface Page 7 sur 55

(gaz dans l atmosphère et les sols, microbiologie, hyperspectrale aéroportée etc). Volet 4 - Interaction avec les autres projets en cours, en particulier avec GéoCarbone-PICOREF pour la définition des spécificités propres au Bassin Parisien et avec GéoCarbone-Intégrité pour préciser les paramètres à surveiller. Une partie importante des travaux réalisés par l INERIS dans le cadre de ce programme a porté sur des méthodes de suivi géochimique en phase gazeuse à la surface et dans la couverture intermédiaire des sites de stockage géologique du CO 2. La mise au point et la formalisation des approches pour le suivi géochimique de gaz est essentielle pour l évaluation du fonctionnement et de l intégrité des futurs sites de stockage. Ces méthodes doivent en effet permettre une caractérisation fiable de l état initial du site et ensuite une détection efficace des fuites éventuelles de CO 2 vers la surface. Après la mise en évidence d éventuelles fuites, les méthodes de monitoring doivent aussi assurer l évaluation de leur ampleur et de leur étendue spatiale. Cette information est indispensable pour décider et entreprendre des actions réparatrices ou protectrices adaptées à la situation. Les travaux de l INERIS ont été ciblés sur deux approches particulières, souvent préconisées comme incontournables dans la surveillance des futurs sites de stockage : - une détection précoce (préalerte), au moyen de prélèvements et analyses de gaz au fond des forages de contrôle débouchant dans la couverture intermédiaire ; - la détection et la quantification du flux gazeux de CO 2 émanant du sol vers l atmosphère. Les deux approches ont été successivement développées en laboratoire et ensuite appliquées et testées in situ dans les conditions réelles, les plus proches possibles de celles de futurs sites de stockage. Le présent rapport constitue une synthèse de l ensemble des travaux réalisés par l INERIS concernant le domaine du monitoring géochimique en phase gazeuse. Ces travaux restent principalement en relation avec les sous-volets suivants du programme : Détection des fuites dans la couverture et les aquifères, avec comme sujet développé : la méthodologie de prélèvements en conditions de fond. Ce sujet est développé dans le chapitre 2. Détection de fuites en surface et proche surface, avec deux sujets traités : - développement de moyens de détection et de mesure directe du flux de CO 2 à l interface sol/atmosphère, présenté dans le chapitre 3 ; - évaluation et quantification des fuites en surface à partir des mesures ponctuelles (interpolation, flux global), développé dans le chapitre 4.2.3. Essais des méthodes de mesure directe du flux de CO 2 sur les sites. Les résultats de ces essais sur les sites analogues naturels sont présentés dans le chapitre 4. Page 8 sur 55

2. DETECTION DES FUITES DANS LA COUVERTURE INTERMEDIAIRE PAR LES MESURES GAZEUSES DANS LES FORAGES PROFONDS 2.1 OBJECTIF Un des moyens de détecter et éventuellement prévenir les fuites du CO2 du site de stockage avant qu elles n atteignent la surface est le monitoring en profondeur dans des couvertures intermédiaires. Les techniques de surveillance des couvertures intermédiaires nécessitent le recours à des puits, permettant la collecte d échantillons gazeux ou la descente d instruments pour la réalisation d analyses directement au fond. Bien que déjà utilisées dans l industrie pétrolière, gazière ou encore minière, ces techniques nécessitent encore un travail important d adaptation et de développement pour le contexte particulier des sites de stockage géologique du CO2. Le travail entrepris par l INERIS dans le cadre du sous-volet «Méthodologie de prélèvements en conditions de fond» visait à développer un équipement technique permettant d assurer une instrumentation fiable, durable et suffisamment sensible des forages de contrôle non-ennoyés, profonds de quelques centaines de mètres. L objectif est de disposer de moyens techniques permettant de surveiller la composition gazeuse dans ces couches de couverture à une profondeur et avec une sensibilité suffisantes pour avertir l exploitant sur la présence d une fuite de gaz, sans devoir attendre sa manifestation en surface. Le cas échéant, la préalerte ainsi générée peut permettre à l exploitant d avoir plus de temps pour préparer et mettre en œuvre des actions curatives ou protectrices adéquates. 2.2 PRINCIPE ET CONCEPTION DU SYSTEME L instrumentation développé est destinée à prélever et à analyser en continu les composants gazeux principaux pouvant se classiquement présenter dans le milieu géologique profond. Il s agissait notamment du CO 2 pouvant se présenter en faible quantité relative dans les couvertures intermédiaires comme un signe précurseur d une fuite plus ou moins importante depuis le gîte de stockage vers la surface. L expérience acquise par l INERIS dans le cadre des mesures gazeuses réalisées dans les mines en exploitation et dans les mines arrêtées a permis de favoriser l option d'un prélèvement gazeux au fond du forage avec une pompe fonctionnant en continu et d'une analyse gazeuse à la surface au moyen d une station de mesure spécifique (Besnard et Pokryszka, 2005). Cette option présente plusieurs avantages : elle est peu tributaire du diamètre et de l encombrement du forage ; elle permet d éviter les difficultés d installation des capteurs de gaz dans l espace très restreint du tubage des forages ; l exposition des capteurs, qui constituent la partie la plus vulnérable du système, aux conditions souvent agressives du sous-sol est très limitée ; Page 9 sur 55

la constitution, l entretien et les modifications du dispositif de mesure et d acquisition des données sont facilitées. Un schéma de principe de la solution retenue pour la suite de ce travail est présenté sur la figure 1. Capteurs O 2 CO 2 CH 4 Télétransmission de données Radon Gaz traceur... pompe Acquisition et stockage de données Lignes de prélèvement et de réinjection de gaz Forage 100 à 1000 m Figure 1 : Prélèvement et analyse de gaz au fond des forages débouchant dans les couvertures intermédiaires. Schéma de principe Un certain nombre de difficultés et d inconnues devant être levées a été mis en évidence dans la phase de la conception du système. Il s agit notamment : - du problème de prélèvement de gaz à de longues distances. Ceci induit des pertes de charge importantes et la nécessité de trouver un dispositif de pompage adéquat pour transférer le gaz ; - du choix des capteurs suffisamment fiables et durables ; - de l adaptation de la sensibilité de ces capteurs afin de trouver un bon compromis entre un seuil de détection suffisamment bas, pour détecter de faibles fuites, et une plage de mesures suffisamment large pour éviter une saturation rapide des capteurs, dans le cas d une fuite plus importante ; - des problèmes liés à l humidité importante de l atmosphère des forages qui induit des phénomènes de condensation, conduit à un mauvais fonctionnement des capteurs et provoque des pertes de charge complémentaires dans les lignes de prélèvement. La résolution de ces problèmes fait partie des travaux réalisés lors du développement du système concerné. Page 10 sur 55

2.3 CONSTRUCTION D UN PROTOTYPE ET ESSAIS EN LABORATOIRE Dans un premier temps un prototype a été conçu et testé dans les conditions de laboratoire. Tout d abord, une revue de capteurs industriels de CO 2 disponibles sur le marché a été effectuée. Les essais préalables réalisés ont permis d identifier et de retenir pour la suite du développement deux constructions répondant, a priori, le mieux aux exigences requises. Il s agit : d un analyseur spécifique avec un seuil de détection très bas de l ordre de 1 ppm mais avec une échelle de mesure limitée à 2%. Il est appelé par la suite capteur 1. et d un capteur industriel ayant une résolution théorique moyenne de 0.01 % (100 ppm) mais offrant une grande étendue de l échelle de mesure (0 à 20 %). Il est appelé par la suite capteur 2. En parallèle, un système de prélèvement basé sur des tubes flexibles et sur une pompe à membrane a été conçu et testé. Ce système, destiné à la phase expérimentale, est relativement simple, mais permet d opérer à des profondeurs significatives atteignant 200 m ou plus. Des essais réalisés dans les conditions de laboratoire, ont en effet, montré que le prélèvement gazeux pourra être effectué sur plusieurs centaines de mètres avec un débit de gaz suffisant pour alimenter un ensemble classique de capteurs gazeux (O 2, CO 2, hydrocarbures gazeux ). Suite aux essais effectués en laboratoire, il importait de vérifier le fonctionnement de l ensemble du dispositif dans les conditions réelles, in situ. 2.4 ESSAIS IN SITU SUR UN FORAGE DE 200 M DE PROFONDEUR 2.4.1 INSTRUMENTATION IN SITU En 2006, des visites ont été effectuées sur les deux sites naturels analogues de Sainte-Marguerite (63) et de Montmiral (26) choisis comme les sites expérimentaux du programme Géocarbone Monitoring (cf. chapitre 4). Ces visites nous ont permis de constater l absence sur ces deux sites de sondages profonds permettant de réaliser les essais envisagés pour le système développé. Par conséquent, il est apparu indispensable de trouver une solution alternative afin de réaliser les essais in situ. In fine, un autre site a été identifié, sur lequel les expérimentations pouvaient être envisagées. Il s agit d une mine de sel à Cerville-Buissancourt, où le gisement est exploité par dissolution depuis la surface. Afin d'étudier le comportement à long terme et de surveiller des cavités créées lors de cette l exploitation par dissolution, une expérimentation spécifique est entreprise dans le cadre du GISOS (Groupement d'intérêt Scientifique sur l'impact et la Sécurité des Ouvrages Souterrains) et avec la participation de ses partenaires (INERIS, BRGM, INPL et ENSMP). Sur ce site, il a été possible de profiter une autorisation donnée par l exploitant pour accéder à un forage profond (~200 m) débouchant sur une couche de sel. Le forage est cimenté et tubé jusqu'à un peu plus de 185 m de profondeur et reste sec. Page 11 sur 55

Pour les besoins de l étude GISOS, l INERIS a déjà installé en 2005 sur le sondage un dispositif réduit qui permet de mesurer certaines caractéristiques de l'atmosphère à l intérieur du sondage, notamment les teneurs en méthane et en oxygène. Ces mesures ont montré que l atmosphère du sondage était très peu modifiée et correspondait approximativement à la composition de l air atmosphérique. La reprise d exploitation et des activités de dissolution de ce forage n était pas envisagée par l exploitant avant deuxième semestre 2007. Ceci a donc laissé le temps à la réalisation d un certain nombre d expérimentations destinées à vérifier, dans les conditions réelles, le fonctionnement du dispositif développé. Le dispositif mis en place dans le cadre du programme ANR GéoCarbone- Monitoring permet de mesurer en continu les caractéristiques de l'atmosphère au fond de ce forage. Il est composé d une ligne de prélèvement de gaz au fond, d une ligne permettant une réinjection éventuelle dans le sondage du gaz prélevé, d une station d analyse de gaz pouvant accueillir les capteurs testés ainsi que d'un système d acquisition et de stockage des données mesurées (cf. figure 2). Les capteurs mis en place étaient ceux retenus pour la mesure de CO 2 dans la phase d essais en laboratoire, complétés par un capteur d oxygène permettant de contrôler l évolution générale de l atmosphère du sondage. O 2 0-25% capteurs CO 2 CO 2 rés 0,1% rés 1ppm Acquisition et stockage de données pompe Lignes de prélèvement et de réinjection Vannes 200 m Sondage Schéma de l instrumentation Tête du sondage instrumenté Figure 2 : Système mise en place pour les essais de simulation et de détection des fuites de CO 2 par les couvertures intermédiaires 2.4.2 SIMULATION ET DE DETECTION DES FUITES DE CO 2 Des simulations de situations pouvant se produire lors du suivi des sites réels de stockage du CO 2 ont été réalisées à deux reprises en 2006 et en 2007. Elles ont consisté à simuler artificiellement, par une injection contrôlée de CO 2 dans le sondage, une fuite de gaz traversant les couches de couverture et diffusant vers l espace du forage. Le rôle du dispositif de prélèvement et de mesure mis en place était de détecter et de suivre la diffusion de cette «fuite» dans l atmosphère du sondage. Page 12 sur 55

Les essais ont confirmé que l installation mise en œuvre permet de détecter et de mesurer des fuites de gaz arrivant vers un sondage profond avec une durée d émission et un débit très variables. Les deux capteurs de CO 2 testés ont très bien fonctionné in situ et ont bien montré leur utilité : de fortes fuites à des concentrations de CO 2 élevées ont pu être détectées efficacement par les deux capteurs, mais elles ont provoqué une saturation assez rapide du capteur le plus sensible (capteur 1). C est le capteur 2, moins précis mais d une étendue de mesure plus large qui a alors pris le relais pour suivre l évolution de la fuite ; de faibles fuites, très courtes ou à faible concentration ont été bien évidement mieux détectées et suivi par le capteur 1. Le doublement de l analyse de CO 2 avec des seuils détection et des étendues de mesure différentes a donc permis de mieux détecter et de suivre les différents cas de fuite pouvant se produire potentiellement. On remarquera qu il a été notamment possible de détecter des émissions extrêmement faibles le l ordre de quelques cm 3 /min. La figure 3 montre, à titre d exemple, la réponse du système à une fuite moyenne de 1 litre/ minute durant une minute (volume total de fuite de 1 litre) et à une très faible fuite de CO 2 de 1 cm 3 /min durant 3 minutes (volume total de fuite de 3 cm 3 ). a) CO2 (ppm) 10000 9000 8000 7000 6000 5000 4000 3000 2000 1000 0 Injection de 1000 cm 3 CO 2 sur 1 min Injection Capteur 1 - résolution 1 ppm Capteur 2 - résolution 0,01% 11:00 11:30 12:00 12:30 13:00 13:30 14:00 Heure b) CO2 (ppm) 1600 1400 1200 1000 800 600 400 200 0 Injection de 3 cm 3 CO 2 sur 3 min Injection Capteur 1 - résolution 1 ppm Capteur 2 - résolution 0,01% 09:30 10:00 10:30 11:00 11:30 Heure Figure 3 : Exemple de simulation et de détection de fuites dans un forage profond : a) une fuite moyenne de 1 litre de CO 2 sur 1 minute, b) une fuite très faible de 3 cm 3 de CO 2 sur 3 minutes. 2.5 ESSAI DE PRELEVEMENT A LONGUE DISTANCE Des essais effectués en laboratoire ont montré que le système de prélèvement conçu et mis en œuvre permet de réaliser les transferts de gaz avec un débit suffisant sur une distance de quelques centaines de mètres. Le bon fonctionnement de ce système à été confirmé lors des expérimentations in situ sur un sondage vertical de 200 m de profondeur. Page 13 sur 55

Une des interrogations identifiées dans cette phase était la faisabilité (et les modalités pratiques) d un prélèvement à des distances (profondeurs) plus grandes de l ordre de 1000 m, c est à dire à des profondeurs s'approchant davantage de celles des couches de couverture directe des futurs sites de stockage. En dehors du problème de la résistance aéraulique bien plus grande des lignes de prélèvement nécessitant l adaptation des moyens de pompage, un transit de gaz à des longues distances peut aussi conduire à une évolution de sa composition suite à une dilution et à une homogénéisation de la composition du mélange gazeux le long du parcours depuis le point de prélèvement jusqu à la station d analyse. Une bouffée de gaz arrivant au fond d un forage de contrôle constituant le signal précurseur d une fuite de CO 2 pourrait dans ce cas d être progressivement étalée et diluée pour devenir à terme indétectable une fois arrivée au niveau des capteurs (cf figure 4). Les éléments principaux influençant le transit de gaz sont dans ce cas le diamètre et la rugosité interne des lignes de prélèvement, la vitesse du transit (liée à la section de la ligne de prélèvement et au débit de la pompe) ainsi que les caractéristiques initiales du signal gazeux, représentées notamment par la concentration en gaz et la durée du signal. Concentration en CO 2 Signal dilué au-dessous du seuil de détection Sens du transit d'échantillon de gaz Seuil de détection Signal partiellement dilué Signal initial Concentration en CO 2 Analyse t Distance entre le point de prélèvement et le point d'analyse Prélèvement Figure 4 : Atténuation possible du signal gazeux généré par un fuite de CO 2 lors du prélèvement et du transit de gaz à longue distance du fond d un forage profond. Une approche analytique simplifiée a permis, tout d abord, d évaluer approximativement les caractéristiques des équipements permettant d arriver à un transit gazeux peu perturbé (notamment les caractéristiques aérauliques de la pompe et de la ligne de prélèvement). Le moyen le plus rapide et direct pour vérifier les simulations analytiques était de réaliser des essais spécifiques dans les conditions réelles. En l absence de disponibilité d un forage vertical très profond, une opportunité d expérimentation des principes de prélèvement gazeux à longue distance et dans les conditions plus proches de celles réelles s est présentée dans le cadre d une étude réalisée par l INERIS pour le compte du Ministère de l Industrie et des Finances, dans une mine arrêtée dans le bassin ferrifère lorrain. Cette étude vise à surveiller les vides miniers dont l atmosphère est susceptible de s appauvrir en Page 14 sur 55

oxygène et de s enrichir en CO 2, suite à un certain nombre de réactions géochimiques déclenchées ou amplifiées par l ennoyage du site. Une partie des travaux miniers souterrains, propice à la réalisation de l expérimentation, a été identifiée (galerie d Algrange) dans laquelle il est apparu possible d installer une ligne de prélèvement sub-horizontale d une longueur d un kilomètre reliant des vides post-miniers et un orifice débouchant à la surface. Une station associée d analyse de gaz et d acquisition de données, similaire à celle utilisé sur le site de Cerville, a été également construite, installée au jour et reliée à la ligne de prélèvement. Le schéma de l ensemble du dispositif mis en place est présenté sur la figure 5. Galerie d Algrange Pompe ~2 l/min Flexible de prélèvement φ 5 mm Tube φ 100 mm Station de mesure 1000 m Débit contrôlé de CO 2 Figure 5 : Système expérimental pour étudier le prélèvement et le transit de gaz à longue distance Il permet la réalisation de différentes expérimentations spécifiques concernant notamment : le fonctionnement du dispositif et les modalités du prélèvement depuis les vides miniers et la surface, sur les longues distances allant de plusieurs centaines de mètres jusqu à 1 km ; le mode et le temps de transit de gaz en fonction du débit de prélèvement ; l évolution éventuelle de la composition gazeuse lors du transfert à longues distances. Après avoir réalisé les premiers essais de mise au point, une campagne principale d expérimentation a été entreprise sur ce site en avril 2007. Elle a consisté à simuler artificiellement de faibles fuites fuite de CO 2 par une injection contrôlée de ce gaz dans l atmosphère de la galerie au bout de la ligne de prélèvement et à observer les caractéristiques d arrivée de ce gaz à la station d analyse via la ligne de prélèvement. Comme dans le cas des essais sur le sondage profond, deux capteurs de caractéristiques différentes ont été essayés : un capteur industriel ayant une résolution théorique de 0.01 % (100 ppm) et, en parallèle, un analyseur spécifique avec un seuil de détection de l ordre de 1 ppm. Page 15 sur 55

Ces essais ont montré qu il est possible de réaliser un transfert de gaz sur une distance de 1000 m avec un débit suffisant pour alimenter un ensemble classique de capteurs gazeux (O 2, CO 2, hydrocarbures totaux ). Dans le même temps, le transit d une bouffée (fuite) de CO 2 par le circuit de prélèvement et d analyse peut se faire avec un temps de réponse relativement court (15 à 30 min) et sans dilution excessive. La figure 6 montre un exemple de réponse du système à une très faible fuite de CO 2 pur de 1 cm 3 /min durant 10 minutes (volume du CO 2 injecté de 10 cm 3 ). 6 Capteur 2 : CO 2 résolution 0,1 % et capteur O 2 22 5 21 4 20 CO2(%) 3 2 Injection debut : CO2 100%, 1cm3/min Injection fin CO2 O2 19 18 O2(%) 1 17 0 14:00 14:10 14:20 14:30 14:40 14:50 15:00 15:10 15:20 15:30 16 25000 Capteur 1 : CO 2 résolution 1 ppm CO2 (ppm) 20000 15000 10000 injection de 10 cm 3 de CO 2 pur sur 10 min 5000 0 14:00 14:10 14:20 14:30 14:40 14:50 15:00 15:10 15:20 15:30 Figure 6 : Exemple de détection d une faible fuite de CO 2 avec le transit de gaz prélevé sur 1000 m Le système développé a aussi permis un transfert et une analyse de mélanges gazeux injectés en quantité très faible et très peu chargés en CO 2. La figure 7 montre un exemple de transit et de détection de faibles fuites ponctuelles d azote (débit de 1 cm 3 /min) chargées d une très faible quantité du CO 2 (980 ppm). Le volume total de CO 2 injecté était inférieur à 10 mm 3. Page 16 sur 55

CO2 (%) 1 0,9 0,8 0,7 0,6 0,5 0,4 0,3 0,2 0,1 0 Capteur 2 : CO 2 résolution 0,1 % et capteur O 2 Injection 1: 890 ppm CO2-1cm3/min - debut Injection 1 - fin Injection 2 : 890 ppm CO2-0,5cm3/min - debut Injection 2 - fin CO2 O2 08:40 08:50 09:00 09:10 09:20 09:30 09:40 09:50 10:00 10:10 10:20 10:30 21,8 21,6 21,4 21,2 21 20,8 20,6 20,4 20,2 20 19,8 O2 (%) CO2 (ppm) 900 800 700 600 500 400 300 200 100 0 Injection sur 10 min. ~9 mm 3 de CO 2 à 890 ppm dans azote Capteur 1 : CO 2 résolution 1 ppm Injection sur 1 min. ~0,5 mm 3 de CO 2 à 890 ppm dans azote 08:40 08:50 09:00 09:10 09:20 09:30 09:40 09:50 10:00 10:10 10:20 10:30 Figure 7 : Exemple de transit et de détection de très faibles fuites gazeuses très peu chargées en CO 2. Volume total de CO 2 dans la fuite inférieur à 10 mm 3. 2.6 BILAN Les dispositifs développés et les expérimentations in situ, réalisées en s approchant le plus possible des conditions réelles, ont montré que la détection des fuites de CO 2 traversant les couches de couverture intermédiaires est réalisable par un prélèvement et une analyse de gaz s accumulant dans les forages de contrôle profonds. De bons résultats ont été notamment obtenus dans le cas de détection de petites bouffées de gaz arrivant au fond de sondage pouvant constituer le signe précurseur d une fuite plus importante. De même, un transit de gaz à longue distance a pu être fait jusqu à 1000 m depuis le point de prélèvement sans provoquer une déformation et une dilution importantes du signal gazeux, même pour les fuites de faible ampleur (volume de CO 2 inférieur à 1 cm 3 ). Ces résultats permettent d envisager un système de détection et de suivi de fuites à travers des couvertures intermédiaires relativement simple basé, pour une partie importante, sur des capteurs de gaz industriels classiques. Page 17 sur 55

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3. DEVELOPPEMENT DE MOYENS DE DETECTION ET DE MESURE DIRECTE DU FLUX DE CO 2 A L INTERFACE SOL/ATMOSPHERE La mesure directe du flux gazeux émanant du sol est l une des méthodes les plus efficaces de contrôle et de suivi d un site de stockage. Cependant, elle représente un problème complexe d un point de vue technique et métrologique. Une des difficultés majeures est de disposer d un dispositif de mesure, d'une part, peu invasif, simple et facile à utiliser in situ et, d'autre part, respectant un certain nombre d exigences en terme de sensibilité et de fiabilité métrologique. Travaillant depuis plusieurs années sur des problèmes liés aux émissions de gaz, l'ineris a conçu et mis au point une méthode opérationnelle permettant de mesurer le flux gazeux à la surface du sol. Il s agit de la méthode de mesure par chambre à accumulation et à recirculation externe. Cette méthode est utilisée dans la pratique depuis plusieurs années dans le contexte de décharges, sols pollués et de mines fermées, pour mesurer le flux d'hydrocarbures gazeux (Pokryszka et Tauziède, 2000) et de certains polluants organiques volatils (Rouil et al., 2000). Le savoir-faire correspondant au concept et à la mise en œuvre de cette méthode est protégé par un brevet français et par un brevet européen d invention sous l'intitulé «Mesure de flux surfacique de gaz». Cette méthode peut être très utile dans le contexte du stockage géologique du CO 2, car elle permet de réaliser une mesure ponctuelle et très rapide de flux de gaz à la surface du sol. Cependant, du fait de l'insuffisance de la résolution analytique et du manque de fiabilité métrologique des appareils de mesure portables ou portatifs disponibles jusqu'à présent, la méthode n'était pas pleinement opérationnelle pour la mesure in situ de faibles flux de dioxyde de carbone. L adaptation de la chambre à accumulation de l INERIS pour détecter et quantifier de faibles flux gazeux de CO 2 a été faite dans le cadre du programme ANR GéoCarbone Monitoring en intégrant dans le système un analyseur portable d une bonne résolution. 3.1 PRINCIPE DE LA MESURE DU FLUX GAZEUX A LA SURFACE DU SOL L approche mise au point par l INERIS, appelée «méthode par chambre à accumulation et à recirculation externe», peut être classée comme une technique intermédiaire entre le principe statique et le principe dynamique. La méthode consiste à couvrir au moyen d une enceinte (chambre) une certaine surface de sol (dans le cas présent 0,25 m 2 ) d'une manière quasi hermétique sans modifier significativement le milieu. Cette opération crée un «effet d accumulation» qui constitue le mécanisme de base permettant de réaliser une mesure du flux local de gaz (en l occurrence, du CO 2 ). En effet, les gaz émis par la surface recouverte s'accumulent dans l atmosphère confinée de la chambre constituée initialement par de l air quasi exempt ou peu chargé en gaz à mesurer (CO 2 dans le cas présent). Page 19 sur 55

On observe alors une croissance progressive de la teneur moyenne en gaz à l intérieur de la chambre. Dans une première période, cette croissance est pratiquement proportionnelle au temps d accumulation et peut être assimilée à une fonction linéaire de la teneur en fonction du temps. Dans la méthode de l INERIS, c est cette partie du phénomène qui est observée et traitée pour en déduire le flux local de gaz. Pour ce faire, un système permet de prélever en continu une certaine quantité du mélange gazeux à l intérieur de la chambre. Le gaz prélevé est véhiculé par une conduite vers un analyseur et ensuite réinjecté dans la chambre, créant ainsi une recirculation des gaz. Le suivi de la vitesse d'enrichissement du mélange recirculé permet de déduire le flux local de gaz au point considéré. Un schéma de principe de la méthode est présenté sur la figure 8. Teneur en gaz Pompe Chambre d'accumulation Analyseur temps Sol Gaz Brevet d inventions F96 05996 et EP 0 807 822 B1 Flux de gaz 0.01-4000 cm 3.min -1.m 2 Figure 8 : Chambre à accumulation et à recirculation externe de l INERIS. Principe de la méthode. Afin de pouvoir réaliser une mesure correcte, il faut obtenir la partie linéaire du phénomène d accumulation sur une durée suffisante et avec une qualité et une régularité satisfaisantes. Ces caractéristiques dépendent de plusieurs éléments, dont les plus importants sont : l intensité du flux gazeux, le volume de la chambre et sa géométrie, l étanchéité de la chambre et de son contact avec le sol, la répartition des teneurs en gaz accumulé à l intérieur de la chambre et les caractéristiques du système d analyse de gaz. L ensemble de ces éléments a été étudié et optimisé dans la phase de conception et de validation de la méthode sur un banc d essai. Les essais de validation ont aussi montré que les écarts entre le flux mesuré et celui réellement émis peuvent être très significatifs. En effet, les échanges gazeux à l interface sol-air sont le plus souvent des phénomènes de faible intensité, très fragiles et très faciles à perturber. De très nombreux essais comparatifs entre le flux émis et celui mesuré ont été effectués, en examinant plusieurs configurations. En particulier, différents flux de gaz et sols de perméabilités différentes ont permis de déterminer les facteurs correctifs afin de compenser la perturbation provoquée par le dispositif de mesure sur le flux gazeux à mesurer. Page 20 sur 55

Il est aussi à noter que la validité métrologique de la mesure du flux de gaz a été vérifiée et confirmée (pour le cas du méthane) dans le cadre d un programme d'inter-comparaison des différentes méthodes, réalisé sous la direction de l'agence De l'environnement et de la Maîtrise de l'énergie (ADEME) sur un banc d essai et sur un site réel (Savanne et al., 1997). 3.2 DEVELOPPEMENTS ANTERIEURS RELATIFS A LA MESURE DU FLUX DE CO 2 En parallèle avec le développement, dans les années 1990, de la mesure du flux de méthane, un certain nombre d essais a été réalisé pour adapter la méthode au flux de CO 2. Cependant, ils n ont pas abouti à une solution opérationnelle, le principal obstacle étant la difficulté de trouver un analyseur fiable, compact, transportable sur le terrain et présentant en parallèle les qualités métrologiques exigées : il doit être d une part compatible avec les principes de fonctionnement de la chambre et d autre part présenter une résolution et une dynamique de réponse suffisamment bonnes pour répondre correctement en présence d un fond significatif de CO 2 atmosphérique (environ 400 ppm voire bien plus sur des sites fortement émetteurs). Une étude plus poussée a été réalisée entre 2003 et 2004 dans le cadre d un programme financé sur fonds propres de l INERIS, avec un appui du GISOS. Elle a permis in fine de démontrer la faisabilité d une mesure directe et opérationnelle du flux de CO 2 à la surface du sol. En effet, après avoir essayé différents analyseurs disponibles sur le marché, deux solutions techniques partiellement satisfaisantes, basées sur une détection IR, ont été trouvées : un appareil, Unor 710, caractérisé par une très bonne résolution (1 ppm), une bonne précision et une large gamme de mesure, mais difficile à utiliser in situ car nécessitant le transport dans un véhicule et une alimentation en 230 V ; un autre appareil, Dräger Multiwarn, très compact et portable mais donnant une résolution moins bonne (l ordre de 100 ppm). Par conséquent, il ne permet pas de mesurer des flux faibles inférieurs à 8 cm 3.min -1.m -2 et ne donne pas une bonne précision pour les flux moyens. Malgré ces inconvénients et limites, les mesures du flux de CO 2 sont devenues possibles. Les calages métrologiques en laboratoire sur un banc d essai émettant un flux contrôlé ont montré une assez bonne corrélation entre les flux réellement émis et le flux déduit à partir des mesures (voir figure 9). Page 21 sur 55

Mesure du flux de CO2 a) b) Mesure du flux de CO2 Chambre à accumulation et analyseurs : 1000 Chambre à accumulation et analyseurs : 20 Multiwarn II - résolution 100 pppm Multiwarn II - résolution 100 pppm Unor 710- résolution 1 ppm 900 Unor 710- résolution 1 ppm 18 Flux mesuré (cm 3 min/m 2 ) 16 14 12 10 8 6 Multiwarn II Unor 710 flux mesuré = réel flux réel +/- 10% Flux mesuré (cm 3 min/m 2 ) 800 700 600 500 400 300 Multiwarn II Unor 710 flux mesuré = réel flux réel +/- 10% 4 2 0 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 Flux réel (cm 3 /min/m 2 ) 200 100 0 0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 Flux réel (cm 3 /min/m 2 ) Figure 9 : Essai de faisabilité de la mesure du flux de CO 2 avec les analyseurs provisoires. Corrélation entre le flux émis et le flux mesuré : a) flux faibles, b) l ensemble des mesures. En parallèle, une série d essais réalisée sur le terrain a permis de vérifier le fonctionnement pratique des nouveaux montages. Les mesures ont été faites dans le contexte d une émission du CO 2 d origine minière ou biogénique à la surface du sol (Pokryszka, 2006). Elles ont donné globalement de bons résultats mais ont confirmé, en parallèle, les faiblesses techniques ou métrologiques, précédemment évoquées, des deux solutions techniques développées. Par conséquent, la conception d un dispositif entièrement portable et assurant de bonnes précision et résolution dans le domaine des faibles flux, le plus pertinent pour le suivi des sites de stockage de CO 2, restait donc à faire. 3.3 ESSAIS ET VALIDATION DE LA METHODE POUR LA MESURE DE FAIBLE FLUX DE CO 2 Une amélioration et une nouvelle mise au point de la méthode pour détecter et quantifier de faibles flux gazeux de CO 2 ont pu être faites dans le cadre du programme ANR Géocarbone-Monitoring. Elles sont devenues possibles, grâce à un progrès technologique notable réalisé ces dernières années dans le développement des capteurs de CO 2 de bonne résolution (ordre de 1 ppm) et très compacts. Après un certain nombre d essais, l analyseur choisi in fine et intégré au dispositif de mesure est le Licor 820 basé sur une détection IR. Il assure une résolution de 1 ppm et une étendue de l échelle jusqu à 2000 ppm ou 20 000 ppm selon le capteur (interchangeable) choisi. Grâce à sa taille très limitée, l analyseur a pu être installé sur la chambre elle-même. L ensemble constitue un dispositif transportable par une personne et aisément utilisable sur le terrain (cf. photo en figure 10). Page 22 sur 55

Figure 10 : Dispositif de mesure du flux de CO 2 à l interface sol/atmosphère. Chambre à accumulation de l INERIS couplée avec un analyseur portable de terrain travaillant avec une résolution de 1 ppm. Des essais de validation métrologique ont été effectués sur un banc d essai permettant de simuler un flux de CO 2 contrôlé émanant du sol. Ils ont montré un très bon fonctionnement du dispositif avec une possibilité de réaliser les mesures dans une large gamme de flux de CO 2 allant du domaine des émissions extrêmement fortes de 3000 cm 3.min -1.m -2 environ jusqu à un niveau de flux très faible. Le seuil inférieur de mesure est en effet très bas de 0,1 à 0,2 cm 3.min -1.m -2, soit une valeur largement inférieure au niveau habituel d émission d origine biogénique observé dans les conditions climatiques européennes ou similaires (Raich et Schlesinger, 1992 ; von Arnold et al., 2005). Le dispositif permet aussi de détecter un flux (ou son évolution) encore plus faible, de l ordre de 0,03 cm 3.min -1.m -2, avec cependant une incertitude plus importante. Ces essais ont également montré une très bonne linéarité générale de la réponse «flux mesuré-flux réel» dans l ensemble du domaine de mesure assuré par le dispositif, ce qui permet de l utiliser dans le cas des émissions très hétérogènes (cf. figure 11). Page 23 sur 55

a) Mesure du flux de CO 2 - banc d'essai b) Mesure du flux de CO 2 - banc d'essai 80 3000 Chambre à accumulation de l'ineris Chambre à accumulation de l'ineris Flux mesuré (cm 3 /min/m 2 ) 70 60 50 40 30 mesures flux mesuré = réel flux réel +/-10 % Flux mesuré (cm 3 /min/m 2 ) 2500 2000 1500 1000 mesures flux mesuré = réel flux réel +/-10 % 20 10 500 0 0 10 20 30 40 50 60 70 80 Flux réel (cm 3 /min/m 2 ) 0 0 500 1000 1500 2000 2500 3000 Flux réel (cm 3 /min/m 2 ) Figure 11 : Validation du nouveau développement pour la mesure du flux de CO 2 sur un banc d essai. Comparaison entre le flux émis et le flux mesuré : a) flux faibles et moyens, b) l ensemble des mesures. Les écarts entre le flux réel et le flux mesuré observés sur le banc d essais, dans le domaine des flux les plus couramment rencontrés sur le terrain (0 à 500 cm 3.min -1.m -2 ), sont présentés sur la figure 12. Ils sont établis à partir de plusieurs séries de mesures réalisées pour différents niveaux du flux à raison de plusieurs mesures par série. On peut constater que ces écarts son globalement faibles, car leurs valeurs moyennes pour les différentes séries ne dépassent pas ± 5%. Pour les flux inférieurs à 150 cm 3.min -1.m -2, ces écarts sont répartis de manière aléatoire et assez symétrique autour de l écart nul, ce qui indique que le dispositif ne présente pas une tendance à sous-estimer ou à sur-estimer les valeurs mesurées. Une légère sous-estimation systématique de la mesure ne dépassant pas en moyenne 5 % a été observée pour les flux de 200 cm 3.min -1.m -2 ou supérieurs. Page 24 sur 55

20 15 Validation de la mesure flux CO 2 sur le banc d'essais Ecarts relatfs et répétabilité de mesures écarts des mesures ponctuelles écarts moyens des séries de mesures +/- 10 % 10 Ecart relatif (%) 5 0-5 -10-15 -20 0 100 200 300 400 Flux réel (cm 3 /min/m 2 ) Figure 12 : Répétabilité des mesures et écarts constatés sur le banc d essais. On note aussi que la dispersion des mesures individuelles autour de la valeur de chaque série est limitée et ne dépasse pas 7 % du flux réellement émis. Ceci montre une bonne répétabilité des mesures, largement suffisante dans les conditions des sites réels. L ensemble de ces essais a été effectué dans une atmosphère calme, sans mouvement d air (vent) significatif. L influence du vent sur les mesures a été étudiée dans la phase de conception de la méthode et lors de sa validation pour la mesure du flux de méthane (Pokryszka et Jodart, 1994). Pour un vent atteignant 4,5 m.s -1, cette influence se traduit par une dispersion de mesures plus importante, mais tout à fait acceptable en pratique. En effet, les écarts relatifs complémentaires dus au vent étaient au maximum de 8 %. L influence du vent est liée aux principes généraux de fonctionnement d une chambre à accumulation et dépend très peu de la nature du gaz mesuré. L intégration du nouvel analyseur de CO 2 au dispositif existant n affecte nullement la construction et le mode de fonctionnement de la chambre elle-même. Les tests réalisés précédemment peuvent donc être globalement transposés à la mesure du flux de CO 2. Cet aspect pourra être encore vérifié en détail par des essais spécifiques lors de futurs affinements ou modifications de la méthode. Cependant les essais de mesure du flux de CO 2 sur les sites réels ont déjà montré un comportement normal de la méthode en présence de vent modéré (cf. chapitre 2.3). Page 25 sur 55

3.4 BILAN Les développements et les essais effectués ont permis de perfectionner la méthode de l INERIS de mesure du flux de CO 2 à l interface sol/air. Une amélioration sensible a été apportée à la mesure des flux faibles et très faibles, grâce à la mise en œuvre d un nouveau capteur de très bonne résolution. L intégration de ce capteur a également rendu le dispositif de mesure réellement portable lui conférant une mise en œuvre rapide et aisée. Le temps nécessaire à une mesure unitaire (hors installation du dispositif) n excède pas 5 minutes permettant ainsi de réaliser un nombre important de mesures en un temps réduit. La phase de validation en laboratoire sur un banc d essais a donné de très bons résultats et nous a autorisés à passer à l étape suivante, consistant à tester et à valider la méthode in situ.. Page 26 sur 55

4. TESTS DE LA MESURE DU FLUX DE CO 2 SUR SITES ANALOGUES NATURELS ET EVALUATION DES FUITES EN SURFACE 4.1 CONTEXTE ET OBJECTIFS Dans le cadre du programme ANR Géocarbone monitoring, diverses méthodes de surveillance des futurs sites de stockage du CO 2 ont été développées et testées, par les participants au projet, sur deux sites considérés comme des analogues naturels des futurs sites de stockage du CO 2. Le présent chapitre va présenter les résultats obtenus sur le site volcanosédimentaire de Sainte-Marguerite dans le département du Puy-de-Dôme et l accumulation naturelle de CO 2 de Montmiral dans la Drôme. Selon les données antérieures disponibles, les deux sites présenteraient des caractéristiques d émission très différentes. Sur le site volcano-sédimentaire de Sainte Marguerite, les émanations gazeuses en provenance du sous-sol sont, a priori, omniprésentes et présenteraient, selon les mesures des teneurs dans le sol effectuées dans le passé, une forte hétérogénéité spatiale. Concernent le site de Montmiral, la source (gisement) du CO 2 est située à une profondeur de plus de 2000 m. La présence de fuites importantes en surface était de ce fait peu probable. Cependant, l existence d une certaine migration de gaz par les nombreuses failles subverticales traversant la couverture des couches productives était a priori possible. La caractérisation des émissions de CO 2 à l échelle de ces deux sites constitue donc un exercice adapté à la validation des méthodes du suivi géochimique en phase gazeuse. Les investigations géochimiques ont été menées durant deux campagnes de terrain en septembre 2006 et 2007 sur le site de Sainte-Marguerite et en juin 2006 et avril 2007 sur le site de Montmiral. Ces campagnes de terrain ont impliqué des équipes de l INERIS, de l IFP, du BRGM et de l INPL. Chaque organisme a mis en œuvre des techniques de monitoring différentes afin d évaluer et caractériser les émanations naturelles de CO 2 de chaque site. L objectif était de réaliser une intercomparaison des différents systèmes de mesure et de tester leur complémentarité pour un déploiement futur sur les sites de stockage. Durant les campagnes de mesure in-situ, l INERIS a principalement mis en œuvre sa méthodologie de mesure de flux surfacique de gaz. Les objectifs principaux des expérimentations in situ ont été : de tester les méthodes de détection et de mesure du flux gazeux en surface dans des conditions réelles d émissions très variées ; d expérimenter la stratégie d échantillonnage par des mesures ponctuelles réparties à la surface des sites, dans le but d évaluer le flux global et sa structure spatiale ; de fournir les données nécessaires pour analyser les méthodes d interpolation et d intégration des mesures ponctuelles. Page 27 sur 55

4.2 SITE VOLCANO-SEDIMENTAIRE DE SAINTE-MARGUERITE Après une description du contexte géologique et hydrogéologique du site de Sainte-Marguerite, nous présenterons les résultats obtenus durant les deux campagnes de mesures de flux réalisées sur le site. Viendra ensuite une interprétation des résultats obtenus en termes de mécanismes de migration et de caractérisation des émissions de CO 2 à l échelle locale. Enfin, nous testerons la méthode mise en œuvre d un point de vue méthodologique afin d optimiser la stratégie d échantillonnage. 4.2.1 CONTEXTE GEOGRAPHIQUE, GEOLOGIQUE ET PARTICULARITES HYDROGEOLOGIQUES La zone d étude se situe dans le département du Puy de Dôme, à 20 kilomètres au sud-est de Clermont-Ferrand sur la commune de Sainte-Maurice à proximité du hameau de Sainte-Marguerite (cf. figure 13). Sainte Marguerite Figure 13 : Contexte géographique et géologique du site de Sainte Marguerite (d après Rihs et al., 2000). La zone couverte par les expérimentations menées dans le cadre du projet ANR Géocarbone Monitoring se localise en rive droite de l Allier, en lieu et place d un ancien site thermal aujourd hui abandonné. La zone géographique investiguée peut être délimitée de la manière suivante. La limite ouest est constituée par l Allier, la limite est par la route départementale n 1 (figure 14). La limite nord de la zone d étude se situe au niveau du resserrement topographique qui induit un rapprochement de la route et de l Allier quant à la limite sud, elle est définie par l entrée de l ancien site hydrothermal. Page 28 sur 55

Limite de la zone investiguée Figure 14 : Localisation du secteur étudié (Carte IGN site http://www.geoportail.fr/). Du point de vue du contexte géologique régional, le site analogue naturel de Sainte-Marguerite se situe au sud du bassin sédimentaire de la Limagne, dans la partie septentrionale du horst granitique de Sainte-Yvoine (figure 15) qui interrompt de manière ponctuelle les dépôts sédimentaires paléogène de la plaine de la Limagne. Ce horst est limité par deux accidents tectoniques : un premier situé à l est de direction nord-sud et un second de direction NW-SE sur sa bordure ouest. A la latitude du site de Sainte-Marguerite, le socle granitique est recouvert par une faible épaisseur (d ordre décamétrique) de sédiments oligocènes (calcaires-dolomitiques) et d alluvions anciennes et actuelles déposées par l Allier. Dans le détail, la coupe ouest-est présentée figure 16 décrit la structuration supposée des formations recouvrant le socle granitique. On observe trois âges différents de terrasses étagées (notées a, b, c sur la coupe du plus ancien au plus récent). La terrasse alluviale la plus récente est discordante sur le granit sousjacent et le niveau d arkose qui les surmontent. Les terrasses alluviales d âge moyen et ancien, comme noté sur la coupe (Figure 16), recouvrent l arkose et sont elles même surmontées par des dépôts de colluvions. La structure géologique ainsi décrite est la conséquence de phénomènes sédimentaires et érosifs récents. Le talus marquant la bordure des colluvions est particulièrement bien visible sur le terrain et borde vers l est l ancienne usine d embouteillage. La route départementale qui longe le site et marque la limite de nos investigations a, quant à elle, été construite sur les calcaires et dolomies de l Oligocène. Les données géologiques recueillies dans la littérature nous permettent donc de souligner que dans la partie basse du site, le socle granitique est uniquement recouvert par les alluvions récentes de l Allier. Dans la moitié est du secteur prospecté, le granit est surmonté par un empilement d arkose, de terrasses alluviales anciennes et de colluvions. Ces données auront une importance dans la suite de ce rapport en termes d interprétation des flux de CO 2 mesurés. Page 29 sur 55

Figure 15 : Situation géologique du site de Sainte-Marguerite (d après Michon, 2000). Figure 16 : Coupe du secteur du site expérimental de Sainte-Marguerite (d après Bourgeois et Mercie-Batard, 1982). Le contexte hydrogéologique quant à lui se singularise par la présence d émergences de type volcano-sédimentaires fortement minéralisées, jusqu à 7.2 g.l -1 d après les mesures réalisées par Bourgeois et Mercier-Batard, 1981. Le faciès chimique de ces sources est de type bicarbonaté sodique et calcique. L eau des différents exutoires est accompagnée de CO 2, sous forme dissoute ou gazeuse (Baubron et al., 1992). Ces émanations naturelles de CO 2 s expliquent par le contexte géologique régional fortement marqué par le volcanisme et la proximité du socle granitique lié, dans le cas des sources de Sainte-Marguerite, à la présence du horst de Saint-Yvoine. Page 30 sur 55

Deux familles de sources peuvent être différenciées. Une première famille de sources d origine profonde, fortement chargée en CO 2 et minéraux dissouts, et une seconde famille qui est un mélange de l eau des sources de la famille précédente avec des eaux ayant une composante superficielle. Ces sources sont donc moins minéralisées et ont une teneur en CO 2 moins élevée. Actuellement l eau de Sainte-Marguerite est embouteillée dans une usine se situant à quelques centaines de mètres du site expérimental. Figure 17 : Mécanisme de production du CO 2 sur le site de Sainte-Marguerite (d après Rihs et al., 2000). Plusieurs manifestions visibles en surface témoignent du caractère fortement émissif en CO 2 de la zone étudiée. En effet, mis à part les dégazages observables au niveau des différentes émergences, des phénomènes de «bullages» (mofettes subaquatiques) sont observables en rive droite de l Allier ainsi que dans des eaux stagnantes à une vingtaine de mètre au nord de l ancienne usine (Photo 1). Le geyser du Brissac (Photo 2) est également une manifestation spectaculaire des émissions de CO 2 importantes existant sur le site de Sainte-Marguerite. Page 31 sur 55

Photo 1 : Bulles de gaz dans une flaque. Photo 2 : Geyser du Brissac. 4.2.2 MESURES DE FLUX DE CO2 A L INTERFACE SOL/ATMOSPHERE. 4.2.2.1 PROTOCOLE EXPERIMENTAL Les mesures de flux sur le site de Sainte-Marguerite ont été réalisées à deux reprises en septembre 2006 et en septembre 2007. La stratégie d échantillonnage Page 32 sur 55

a été de type systématique avec un resserrement de la maille de mesure lorsque des flux importants étaient détectés. Ce protocole de mesure a été appliqué quand les caractéristiques topographiques et la densité de végétation le permettaient. La structure de l échantillonnage des deux campagnes est présentée sur la figure 18. La localisation des différents points de mesure est représentée sur la figure 18a pour la campagne 2006 (160 mesures) et sur la figure 18b pour la campagne 2007 (150 mesures). L ensemble de la surface investiguée représente une surface d environ 55 000 m 2. Un certain nombre de bâtiments les plus importants est représenté sur ces cartes. Ils seront utilisés à plusieurs reprises au cours de l analyse et l interprétation des résultats. Le mode opératoire consiste pour la personne réalisant les mesures à déplacer le dispositif de mesure de flux surfacique d un point de mesure à l autre. Chaque mesure dure une quinzaine de minutes, incluant déplacements et installation du dispositif. La durée des mesures réalisées pour chaque campagne est d environ 4 jours. (a) (b) Figure 18 : Localisation des points (a) campagne de 2006 (b) campagne de 2007. Il est à noter que ces mesures, relativement denses (plus de 30 mesures/ha), ont été réalisées selon un plan pouvant être assimilé à l établissement d un état initial à la surface d un site de stockage. 4.2.2.2 CAMPAGNE DE SEPTEMBRE 2006 La figure 19 représente les différentes mesures de flux réalisées en septembre 2006 sur le site de Sainte-Marguerite. Les valeurs mesurées s échelonnent de 1,6 à 294 cm 3.min -1.m 2. La valeur moyenne du flux obtenue à partir de l ensemble des mesures est d environ 35 cm 3.min -1.m -2. Afin d évaluer le flux global de CO 2 sur la zone investiguée, nous avons spatialisé les mesures par krigeage. L interpolation Page 33 sur 55

géographique représentée figure 20 met en évidence la présence de deux zones fortement émissives. Figure 19 : Localisation des mesures réalisées en septembre 2006 et intensité ponctuelle du flux observé. Anomalie n 2 Flux de CO 2 cm 3.min -1.m -2 Anomalie n 1 Figure 20 : Spatialisation par krigeage du flux de CO 2 observé en 2006 sur le site expérimental de Sainte Marguerite. Page 34 sur 55

La première anomalie se situe au nord de l ancien hôtel de l établissement thermal ; elle s étend selon une direction nord-sud et montre les valeurs les plus élevées dans sa partie sud. La seconde se situe dans la partie est du terrain prospecté. Elle est moins marquée et se caractérise par un des valeurs de flux élevées mais plus dispersées que dans l anomalie fortement émissive n 1. Les valeurs de flux importantes ont un caractère erratique et l augmentation spatiale du flux est moins homogène que précédemment. L intégration de la surface de flux présenté figure 20 nous a permis d évaluer le débit global de CO 2 de la zone prospectée. Ce débit est important, car il atteint 1,6 m 3.min -1 (Pokryszka et al., 2007). 4.2.2.3 CAMPAGNE DE SEPTEMBRE 2007 Les flux mesurés en 2007 sont plus importants que ceux de l année 2006. La gamme des flux mesurés s étale de 1,2 à environ 2800 cm 3.min -1.m 2. Les mesures réalisées en 2007 sont présentées figure 21. L anomalie n 1 fortement émissive au nord de l ancien hôtel détectée en 2006 est toujours présente. Dans ce secteur les flux maximaux mesurés atteignent 200 cm 3.min -1.m -2. Le résultat le plus marquant concerne l anomalie n 2 : elle est toujours présente en 2007 mais est beaucoup plus marquée qu en 2006. Les flux mesurés y atteignent 2800 cm 3.min -1.m 2. Les terrains concernés par ces flux importants sont spatialement plus étendus qu en 2006. Les caractéristiques d émission de cette zone se rapprochent de l anomalie n 1 avec des maxi ma plus élevés. Le débit global de CO 2 sur la zone prospectée est très important, car estimé à 3 m 3.min -1. Il est presque 2 fois plus élevé que celui observé en 2006. Figure 21 : Localisation des mesures réalisées en septembre 2007 et intensité ponctuelle du flux observé. Page 35 sur 55

4.2.2.4 BILAN DES MESURES DU FLUX DE CO 2 4.2.2.4.1 NIVEAU GLOBAL ET STRUCTURE SPATIALE DES EMISSIONS Les mesures réalisées sur le site analogue de Sainte-Marguerite ont révélé la présence de fuites importantes de CO 2 en surface avec des flux parfois très élevés de l ordre de 3000 cm 3.min -1.m -2. La valeur moyenne du flux obtenu à partir de l ensemble des mesures s élève à environ 35 cm 3.min -1.m -2 en 2006 et à 130 cm 3.min -1.m -2 en 2007. Pour chacune des campagnes, les flux mesurés dépassent de plusieurs ordres de grandeurs le niveau habituel d émission naturelle d origine biologique. En effet, en Europe, le flux maximal de CO 2 d origine biologique du sol, observé en prairie ou en forêt, ne dépasse pas quelques cm 3.min -1.m -2 (Jones et al., 2005, von Arnold et al., 2005). Les flux de CO 2 que nous avons mesurés ont donc clairement une origine géologique et sont liés aux échanges géosphère-atmosphère. Les anomalies de flux détectées doivent donc correspondre à des zones privilégiées d échanges facilités par la perméabilité et les caractéristiques géologiques du milieu. La structuration spatiale du flux ainsi mise en évidence (Figure 20) se rapproche des anomalies décrites par Baubron et al. (1992) à partir de mesures de concentration en gaz du sol (CO 2, Rn, He). Les études précédemment réalisées à Sainte-Marguerite, notamment les études hydrogéologiques commandées par les thermes ou par l usine d embouteillage, peuvent nous aider à interpréter la structure spatiale du flux. Si l on s intéresse à l anomalie fortement émissive n 1, elle se situe à proximité immédiate de l Allier, dans une zone ou les alluvions recouvrent directement le socle granitique. Cette zone a une orientation globalement nord-sud qui se rapproche d une des directions de fracturation régionale. Ceci est cohérent avec l alignement de l anomalie n 1 avec les sources cap tées au nord de l hôtel ainsi que le geyser du forage de Brissac. Cette direction est également celle des discontinuités qui limitent le graben de Saint-Yvoine. Concernant l anomalie n 2, cette zone fortement émi ssive, et particulièrement active en 2007, correspond à la limite des colluvions (Figure 16) et à l intersection de deux failles mises en évidence par Baubron et al., en 1981 : une première faille orientée nord-sud (anomalie n 1) et une seconde app artenant à une famille de direction est-ouest. Ceci peut expliquer les flux importants mesurés au niveau de l anomalie n 2. Ces flux peuvent également être lié s à la présence du contact entre les alluvions récentes et l arkose, cette discontinuité lithologique constituant une zone de perméabilité forte qui autorise la migration du CO 2 depuis le socle vers la surface. Pour généraliser, la répartition spatiale du flux, mise en évidence lors des deux campagnes de mesures réalisées par l INERIS, est structurée par la fracturation du socle granitique (fracturation régionale) à laquelle viennent se surimposer les différentes zones à perméabilité variable des horizons géologiques superficiels (variations lithologiques locales ou anthropiques). Page 36 sur 55

4.2.2.4.2 EVOLUTION TEMPORELLE A COURT TERME DU FLUX DE CO 2 Les travaux réalisés sur le site analogue de Sainte-Marguerite ont également été l occasion de vérifier l évolution temporelle du flux de CO 2 sur quelques points particuliers situés au centre de la zone explorée. Tableau 1 : Mesures réalisées à Sainte-Marguerite sue 3 points tout au long de la campagne 2007. Ces mesures, présentées dans le tableau 1, ont été réalisées sur 4 jours durant la campagne 2007, à un rythme de 1 à 2 mesures par jour. On note que, pour chaque point, les flux mesurés ont gardé le même ordre de grandeur. Cependant, les variations de flux d un jour à l autre peuvent être assez sensibles, de 10 à 20 % en valeur relative. Ces évolutions significatives du flux de CO 2, au rythme journalier, peuvent être liées aux caractéristiques d émission du site étudié. Elles montrent cependant l importance d une reconnaissance exhaustive de l état initial d un site donné. Il apparaît notamment primordial de comprendre les mécanismes de transfert gazeux pouvant être très différents d un site à l autre. 4.2.2.4.3 VARIATION DU FLUX GLOBAL ENTRE 2006 ET 2007 La soustraction du flux calculé en 2006 à celui calculé en 2007 est présentée en figure 22. Elle montre une augmentation très sensible de l émission de CO 2 entre 2006 et 2007.Il apparaît que l augmentation de flux la plus importante est intervenue dans la zone n 2. Flux de CO 2 cm 3.min -1.m -2 Figure 22 : Spatialisation de l augmentation des flux de CO 2 entre 2006 et 2007. Page 37 sur 55

Plusieurs hypothèses peuvent être émises pour expliquer une telle augmentation d une année sur l autre : une modification des processus de production du CO 2 ; une modification de la structure d écoulement de l eau et du gaz dans des horizons géologiques proches de la surface. Nous avons notamment remarqué qu un nouveau point de captage avait été mis en place par l usine d embouteillage entre les deux campagnes de mesure. Les modifications hydrogéologiques induites par la présence d un forage peuvent être à l origine de l augmentation de flux mesurée, par la mise en communication de zones perméables à l origine non-connectées ou par l augmentation de la perméabilité d une formation ; un impact hydro-climatique sur les horizons de sub-surface ; en effet la teneur en eau du sol peut avoir une influence sur sa capacité à laisser s écouler le gaz. Plus le sol sera humide plus il sera imperméable au gaz et inversement. Il est cependant à noter que les mesures réalisées par l INERIS dans le cadre de l ANR Géocarbone Monitoring n ont pas pour finalité de déterminer la pertinence de l une ou de l autre des hypothèses émises ci-dessus. Les mesures gazeuses, complémentaires de la mesure du flux, réalisées par les autres partenaires du projet ANR Géocarbone Monitoring permettront, peut-être, de déterminer plus clairement quel mécanisme permet d expliquer cette variation de flux mesurée entre 2006 et 2007 sur la zone fortement émissive n 2. Notre objectif était de démontrer l adaptabilité de la mesure de flux surfacique à la surveillance, en surface, des sites de stockage du CO 2. Les mesures réalisées sur le site analogue de Sainte-Marguerite ont montré en effet l efficacité de la méthode pour évaluer le flux de CO 2 et ces variations dans le temps et l espace. Ces mesures ont confirmé aussi une pleine aptitude de la méthode à quantifier des flux extrêmement hétérogènes variant dans une fourchette de 0,1 à plus de 1000 cm 3 min -1 m -2. 4.2.3 OPTIMISATION DE LA STRATEGIE D ECHANTILLONNAGE L objectif de ce travail est le développement méthodologique et l optimisation des méthodes concernant l évaluation et la quantification des fuites en surface des futurs sites de stockage à partir de données ponctuelles fournies par les systèmes de mesure mis en œuvre. Le travail a consisté en priorité à fournir les premiers éléments de décision nécessaires au choix spacio-temporel des mesures ponctuelles du flux de CO 2 à la surface d un site de stockage, afin d assurer une surveillance optimale du site, en terme de nombre de points de surveillance et de quantité de mesures. La démarche a porté sur une analyse des différentes stratégies d échantillonnage pouvant être reconstituées à partir de l ensemble des mesures effectuées en 2006 et en 2007 sur le site de Sainte Marguerite. Ces mesures très denses (plus de 30 mesures/ha) et réalisées selon un plan régulier stratifié peuvent être en effet assimilées à l établissement d un état initial à la surface d un site de stockage. Dans la démarche appliquée, l ensemble, puis une partie choisie des mesures effectuées, ont été prises en compte afin de vérifier l influence du nombre et de la Page 38 sur 55

répartition spatiale des points de mesure, les résultats de l interpolation et l évaluation du flux global de la surface étudiée. Un exemple des simulations réalisées afin de tester la stratégie d échantillonnage et de vérifier la qualité de l évaluation globale du flux en fonction du nombre de mesures par unité de surface est présenté ci-après. Il est basé sur le traitement d une population de 150 mesures réalisées en septembre 2006. A partir de l ensemble des données, 3 séries de 10 échantillons, contenant chacune de 10% à 100% des mesures disponibles ont été constituées. Chaque échantillon a été constitué par tirage aléatoire, selon le principe présenté sur la figure 23. Figure 23 : Principe de constitution des trois séries de dix échantillons. Pour chaque échantillon appartenant à l une des 3 séries ainsi constituées, une évaluation du flux global de CO 2 a été faite et une cartographie de la structure spatiale du flux a été réalisée. Le graphique présenté sur la figure 24 représente l évolution de l écart absolu obtenu dans l évaluation du flux global de CO 2 sur le site de Sainte-Marguerite, en fonction du pourcentage de données utilisées dans le calcul (Charmoille et al., 2008). La référence correspond au flux global obtenu avec 100 % des mesures disponibles. Page 39 sur 55

Figure 24 : Evolution de l écart sur l estimation du flux global en fonction du nombre de mesures ponctuelles utilisées. Il apparaît que, jusqu à une utilisation de 70 % des mesures disponibles, les écarts sont faibles, quelle que soit la série de mesures analysée. En effet, les écart observés sur le flux global atteignent au maximum 15 %. De même, la structure spatiale du flux obtenu est concordante avec celle obtenu avec 100 % des données. Au contraire, pour une utilisation de moins de 70 % des données, suivant le tirage aléatoire réalisé et par la même la série d échantillons considérée, les écarts deviennent bien plus importants. Par exemple, l erreur par rapport à l estimation du flux avec l ensemble des données peut atteindre 40 % pour une utilisation de 50 % des mesures disponibles. L ensemble des résultats obtenus a montré que les caractéristiques d émission du site de Sainte-Marguerite autorisent une réduction de 30 % du nombre de mesures prévues initialement et réalisées sur le terrain (environ 30 mesures/ha). Cette diminution de la densité d échantillonnage se ferait sans perte significative de la qualité d information concernant la localisation spatiale des zones les plus émettrices et la quantification du flux global de CO 2 émis. Une réduction du nombre des mesures de 50 % (environ 15 mesures/ha) permet encore d apprécier globalement la répartition spatiale de l émission du CO 2. La perte d information était cependant trop importante, car certaines zones émissives n ont plus été identifiées (cf. figure 25). Le même plan d échantillonnage que celui utilisé en 2006 a été mis en œuvre lors de la campagne en 2007. Cette stratégie a montré qu elle permettait une bonne évaluation du flux et également la détection de variation de flux d une année sur l autre, variations que l on peut assimiler à un évènement de fuite sur les futurs sites de stockage du CO 2. Page 40 sur 55

Flux en cm 3 /min/m 2 100 % des donnés 50 % des donnés Figure 25 : Cartographie du flux de CO 2 sur le site de Sainte-Marguerite en 2006. a) cartographie obtenue à partir de l ensemble des 150 mesures. b) exemple de cartographie issue de 75 mesures choisies aléatoirement. L ensemble des résultats obtenus sur le site de Sainte-Marguerite donnent des premières indications concernant la stratégie d échantillonnage pour la mesure directe du flux de CO 2 à la surface des sites de stockage. Ils montrent cependant que la définition de cette stratégie nécessite une adaptation au contexte local d un site donné. Le travail d amélioration et d optimisation de la stratégie d échantillonnage est à poursuivre en développant une approche géostatistique plus fine. L objectif à terme est d arriver, lors du développement du plan de surveillance d un site, à définir un nombre de mesures par unité de surface minimale qui seront à réaliser pour obtenir une surveillance correcte d un stockage. Ce ratio sera propre à chaque site et dépendant de sa géologie, ainsi que des caractéristiques géochimiques, géographiques et climatologiques, etc. 4.3 GISEMENT DE CO 2 DE MONTMIRAL 4.3.1 CONTEXTE GEOGRAPHIQUE ET GEOLOGIQUE Le village de Montmiral se situe dans la Drôme, à 70 km au SE de Lyon et 30 km au NE de Valence. Le gisement naturel de CO 2 de Montmiral est situé dans le sillon rhodanien. Le réservoir de CO 2 en lui-même est localisé dans les horizons sédimentaires du Rhétien jusqu à l Hettangien. La couverture imperméable du réservoir est constituée par les terrains du Lias. Viennent ensuite les terrains du Jurassique moyen et supérieur puis les terrains d âge crétacé. Ces derniers sont recouverts par les terrains oligocène et miocène discordants (figure 26). Page 41 sur 55

Figure 26 : Coupe géologique réalisée à la latitude du forage VMO2 (BRGM, 2006). Les expérimentations réalisées dans le cadre du programme ANR Géocarbone Monitoring ont pris place dans la zone de captage de ce réservoir de CO2 au niveau du forage VMO2 exploité par Air Liquide. A l origine ce forage était destiné à explorer les réserves en hydrocarbures des terrains mésozoïques se situant sous l important recouvrement tertiaire. Il a finalement révélé la présence, à une profondeur comprise entre 2400 et 2500 mètres, d une réserve de CO2 (figure 26). 4.3.2 RESULTATS ET DISCUSSION Les expérimentations ont pris place à proximité de la zone de captage (forage VMO2). L INERIS a réalisé plusieurs séries de mesures du flux de CO2 émanant du sol afin de vérifier la présence de fuites éventuelles en surface. La réalisation de ces mesures a été répartie sur deux campagnes en juin 2006 et avril 2007 : autour du puits d exploitation : plus de 90 mesures dans un rayon de 40 m répétées en 2006 et 2007 ; à proximité de l usine mais en dehors du site de captage d Air Liquide : environ 20 mesures réalisées en 2006 ; dans l enceinte de l usine d Air-Liquide et notamment dans le secteur choisi par l INPL et le BRGM pour implanter leurs dispositifs de mesure de gaz du sol : environ 70 mesures réalisées en 2007. Les mesures réalisées autour du puits d exploitation et dans l enceinte de l usine sont présentées dans les annexes 1, 2, 3 et 4. Un certain nombre de mesures du flux a également été effectué sur certains profils explorés par le BRGM dans un périmètre de quelques kilomètres autour du site : 41 mesures réalisées en 2006 et 40 mesures réalisées en 2007. Page 42 sur 55

La plupart de ces 350 environ mesures effectuées sur et autour du site a montré la présence de flux significatifs de CO 2 en surface avec des flux parfois élevés, jusqu à 20 cm 3.min -1.m -2, pour la zone du puits et jusqu à 50 cm 3 min -1 m -2 au voisinage du site. Ces valeurs dépassent clairement le niveau habituel de l émission naturelle d origine biologique de quelques cm 3 min -1 m -2 déjà évoqué concernant le site analogue de Sainte-Marguerite. 4.3.2.1 INFLUENCE DE LA PRESENCE DU PUITS D EXPLOITATION DU GISEMENT DE CO 2 L ensemble des mesures réalisées directement autour du puits d exploitation et dans l enceinte de l usine d Air-Liquide a permis de révéler la présence de flux significatif de CO 2 émanant du sol. Dans une partie importante des points de mesure, le flux dépasse le niveau habituel de l émission naturelle d origine biologique. Les mesures réalisées à différentes distances du puits ont permis de montrer que ces émissions de CO 2 semblaient indépendantes du sondage d exploitation du gisement profond et des fuites éventuelles de ce sondage (figure 27). 60 Site analogue naturel de Montmiral. Flux de CO 2 émanant du sol Flux (cm 3 /min/m 2 ) 50 40 30 20 zone du sondage - fissures dans la dalle zone du sondage - en dehors de la dalle au nord du sondage au sud du sondage à l'est du sondage fond naturel (niveau max. habituel) 10 0 1 10 100 1000 Distance du sondage (m) Figure 27 : Mesurs sur le site de Montmiral en 2006. Flux de CO 2 en fonction de la distance au sondage d exploitation du gisement profond de CO 2. En effet, lorsque l on s éloigne du forage, les flux ont tendance à augmenter pour atteindre, au-delà d une centaine de mètres, une valeur de 50 cm 3.min -1.m -2, lors de la campagne de 2006 (figure 27) et une valeur de 20 cm 3.min -1.m -2, lors de la campagne de 2007. 4.3.2.2 CARACTERISATION DES EMISSIONS DE CO 2 SUR LE SITE Une analyse de l ensemble des 350 mesures de flux réalisées ne permet pas dégager de structure spatiale particulière du flux de CO 2 dans la zone étudiée. Les Page 43 sur 55

flux mesurés sont en moyenne supérieurs au niveau habituel du flux de CO 2 d origine biogénique. Cependant, la répartition des points émissifs semble aléatoire et aucune structuration spatiale du flux, liée par exemple à la présence d une discontinuité géologique, n a pu être mise en évidence. La figure 28 illustre cette caractéristique du site de Montmiral. Les trois transects est-ouest présentés ci-dessous réalisés à trois latitudes différentes au nord et au sud du forage VMO2 ne montrent pas d anomalies pouvant révéler la présence d une fuite particulière au niveau, par exemple, d un système de failles. Flux CO 2 (cm 3 /min/m 2 ) 25 20 15 10 5 MT1 MT3 MT4 Forage Carbox 0 817000 818000 819000 820000 821000 822000 823000 824000 825000 826000 X (m) Figure 28 : Superposition de trois transects de mesures de flux réalisés à trois longitudes différentes dans le secteur du forage VMO2. Le flux est réparti spatialement de manière diffuse avec une distribution du flux plutôt constante sur l ensemble du territoire. En 2007, il était situé entre 2 cm 3.min -1.m -2 et 20 cm 3.min -1.m -2, pour les mesures réalisées à l échelle kilométrique autour du site. Cependant ce flux ne peut être considéré comme étant intégralement d origine biologique une composante géologique est probablement indispensable pour expliquer les flux élevés mesurés sur plusieurs points. 4.3.2.3 CONCLUSION DES MESURES SUR LE SITE DE MONTMIRAL Le dispositif de mesure de flux surfacique a permis d identifier dans le secteur de Montmiral à l aplomb du réservoir de CO 2 un flux spatialement diffus et relativement élevé, ne pouvant a priori s expliquer par la seule activité biologique. Cependant, à partir des données disponibles à cette étape, il est difficile de relier ce flux anormalement élevé avec les caractéristiques géologiques locales et régionales du site. Des investigations géochimiques complémentaires se révèlent donc nécessaires pour déterminer l origine du flux anormal de CO 2 mesuré à Montmiral. Page 44 sur 55

4.4 BILAN DE LA VALIDATION DE LA METHODE DANS LES CONDITIONS IN SITU 4.4.1 CARACTERISTIQUES OPERATIONNELLES Après la phase de développement en laboratoire, les caractéristiques opérationnelles de la méthode ont été testées sur les sites analogues émettant naturellement du CO 2 : sites de Montmiral et de Sainte-Marguerite. Plusieurs centaines de mesures ponctuelles ont été faites dans le cadre des 4 campagnes d investigations entreprises en 2006 et en 2007. Ces investigations in situ ont confirmé les qualités opérationnelles de la méthode, à savoir une robustesse et une mise en œuvre très aisée. De même, du point de vue de la caractérisation du flux de CO 2, sa mise en œuvre sur les sites analogues naturels a montré que la méthodologie utilisée permettait de différencier des émissions réparties spatialement de manière plutôt homogène et diffuse (Montmiral) ainsi que des émissions très hétérogènes et plus localisées (Sainte-Marguerite). Il a été en effet possible de constater un bon fonctionnement du dispositif sur la totalité de l étendue de l échelle de mesure, depuis les flux très faibles (< 0,5 cm 3.min -1.m -2 ) à moyens sur le site de Montmiral, jusqu à des émissions extrêmement fortes (flux proche de 3000 cm 3.min -1.m -2 ) observées ponctuellement sur le site naturel de Sainte-Marguerite en 2007. 4.4.2 REPETABILITE DES MESURES Les mesures reproduites plusieurs fois sur les mêmes emplacements ont permis en parallèle d apprécier la répétabilité de la méthode dans les conditions réelles in situ. Un exemple des mesures répétées sur un point est montré sur la figure 29. CO 2 (ppm) 1800 1600 1400 1200 1000 800 600 400 200 0 Mesure du flux de CO 2 - effet d'accumulation 0 100 200 300 400 500 600 700 Temps (s) Figure 29 : Exemple des mesures du flux de CO 2 in situ répétées sur un point. Une synthèse des résultats obtenus lors des différents essais de répétabilité sur les deux sites étudiés est présentée sur la figure 30. Elle concerne la gamme des flux le plus fréquemment observée dans la pratique 0 à 50 cm 3.min -1.m -2. Il est possible de constater que, indépendamment du niveau du flux mesuré, les écarts relatifs des mesures ponctuelles par rapport à la valeur moyenne de série sont Page 45 sur 55

assez limités et n excèdent pas 11%. De même, les écarts types de différentes séries de mesure sont relativement faibles, car inférieurs à 8 % de la valeur moyenne de série. Ces résultats recoupent les caractéristiques observées dans les conditions de laboratoire et confirment que la qualité métrologique de la méthode est largement suffisante pour caractériser les émissions de CO 2 dans les conditions des sites réels. 30 écart relatif de la mesure écart type/moyenne 30 20 +/- 10 % 20 Ecart relatif de la mesure (%) 10 0-10 -20 0 10 20 30 40 50 Remarque : la dispersion des mesures observée in situ est liée à l'imprécision de la méthode, aux aléas de la mesure mais aussi à la variabilité possible du flux lui-même, 10 0-10 -20 Ecart type / moyenne (%) -30-30 Valeur moyenne du flux (cm 3 /min/m 2 ) Figure 30 : Test de répétabilité des mesures du flux de CO 2 réalisé sur les sites analogues naturels 4.4.3 BILAN Les mesures de flux surfacique réalisées sur les sites de Sainte-Marguerite et Montmiral ont permis de valider l adaptation de cette méthode au suivi des futurs sites de stockage du CO 2. Sur le site de Sainte-Marguerite, la capacité de la méthode à mettre en évidence des variations spatiales et temporelles de flux CO 2 a été démontrée. La méthode permet ainsi de détecter une émission de CO 2 localisée au niveau de failles et discontinuités lithologiques mais également de mettre en évidence une fuite de nature plus diffuse impliquant des flux plus faibles, comme le montrent les mesures en surface à l aplomb du gisement naturel de CO 2 de Montmiral. La facilité de mise en œuvre de la méthode et la rapidité de la mesure permettent une caractérisation fine des sites d investigation. Sur un terrain normalement accessible, l ensemble des opérations de mesure du flux sur un point n excède pas 10 min. Ceci a permis de réaliser un nombre important de mesures en un temps réduit sur des zones géographiquement étendues. Page 46 sur 55

Les travaux réalisés sur les sites analogues ont permis aussi de démontrer la complémentarité de la mesure de flux à l interface sol/atmosphère avec les méthodes déployées par les autres partenaires dans la surveillance des futurs sites de stockages du CO 2. Page 47 sur 55

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5. INTEGRATION DES METHODES DEVELOPPEES DANS LA STRATEGIE DE SURVEILLANCE DES SITES Les deux méthodes développées, le contrôle de gaz dans les couvertures intermédiaires et la mesure du flux de CO 2 émanant du sol, présentent l avantage d assurer une mesure directe et de fournir les informations en temps réel sur la présence éventuelle ou au contraire sur l absence de fuites du CO 2. Leur maturité technique et métrologique sont désormais suffisantes pour passer maintenant à leur intégration dans la stratégie de surveillance de futurs sites de stockage. Elles peuvent en effet être utilisées pendant les différentes étapes de la vie d un site de stockage : dans la caractérisation de l état initial du site ; dans le suivi des émissions gazeuses à la surface du site pendant et l après l injection ; dans la détection, la localisation et la détermination de l importance de(s) fuite(s) éventuelle(s) ; dans la vérification de l efficacité des moyens curatifs mis en œuvre pour maîtriser la fuite ; dans le suivi à long terme après l abandon du site. Une réflexion est à entreprendre concernant les modalités pratiques de cette intégration avec un certain nombre de questions pratiques à élucider : pour les forages de contrôle : Combien de forages, quelle position par rapport au(x) point(s) d injection? Quels niveaux de couverture à viser?... pour la mesure du flux en surface : Combien de points de mesure par unité de surface à surveiller? Combien de campagnes de mesures pour établir un état initial et sa variabilité saisonnière? Faut-il réaliser les mesures en points fixes pour le suivi dans le temps ou un échantillonnage aléatoire? Quelle fréquence des mesures selon la phase de vie du stockage?... La réponse à ces questions ne pourra probablement pas être donnée par une étude unique des cas concrets mais nécessitera sûrement la recherche d un optimum entre la qualité attendue des résultats et le coût des mesures. Par ailleurs, dans une future étape, il sera aussi intéressant d élargir les moyens d analyse aux traceurs du CO 2 injecté et éventuellement à certains gaz connexes ou encore aux gaz endogènes potentiellement dangereux pouvant être mobilisés par l injection du CO 2. Une partie de ces problèmes fera l objet des travaux de recherche du programme ANR Sentinelle initié en 2008. Page 49 sur 55

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6. CONCLUSIONS Les essais réalisés en s approchant le plus possible des conditions réelles ont montré que la détection des fuites de CO 2 traversant les couches de couverture intermédiaire est possible par un prélèvement et une analyse de gaz s accumulant dans les forages de contrôle profonds. De bons résultats ont été notamment obtenus dans le cas de détection de petites bouffées de gaz arrivant au fond de sondage pouvant constituer le signe précurseur d une fuite plus importante. De même, le transit de gaz sur une longue distance (jusqu à 1000 m depuis le point de prélèvement) a pu être testé sans provoquer ni déformation ni dilution importantes du signal gazeux, même pour les fuites de faible ampleur. Ces résultats permettent d envisager un système relativement simple de détection et de suivi de fuites à travers des couvertures intermédiaires, basé, pour une partie importante, sur les capteurs de CO 2 industriels classiques disponibles dans le commerce. Un certain nombre de problèmes techniques et méthodologiques doit encore être résolus. Il s agit notamment ; des principes techniques (construction, matériaux,...) des lignes de prélèvement durables sur de longues périodes (10 ans et plus) ; des modalités pratiques de mesure gazeuse avec une adaptation des modes de prélèvement (recirculation, sans recirculation, purge,..) et de leur alternance en fonction de la nature et du débit de fuite. La surveillance des émissions gazeuses en surface des sites de stockage et la détection des fuites éventuelles peuvent être efficacement assurées par les mesures directes du flux à l interface sol/air. La méthode de chambre à accumulation de l INERIS a été améliorée pour la mesure de faibles flux de CO 2. Ces caractéristiques métrologiques et opérationnelles ont été vérifiées et validées par les essais en laboratoire, sur un banc d essai, mais aussi par les mesures sur le terrain dans les conditions réelles de sites naturellement émissifs de CO 2. Les essais ont montré une pleine maturité technique de la méthode de mesure directe du flux gazeux pour une application pratique à la détection et au suivi des émissions de CO 2 à la surface du sol. Elle permet de réaliser un nombre important de mesures en un temps réduit sur des zones géographiquement étendues. A titre d exemple, sur un terrain normalement accessible, l ensemble des opérations de mesure du flux sur un point n excède pas 10 min. Elle est également disponible pour la mesure du flux de méthane, le gaz connexe le plus pertinent dans le cas de stockage de CO 2 dans les anciens réservoirs gaziers et post pétroliers. Une adaptation à la mesure d autres gaz peut être aussi envisagée, notamment aux gaz qui seront utilisés pour tracer le CO 2 injecté. Les très nombreuses mesures effectuées à la surface des sites analogues naturels ont aussi donné des premières indications concernant la stratégie d échantillonnage pour la mesure directe du flux gazeux à la surface des futurs sites de stockage. Ils montrent cependant que la définition de cette stratégie nécessite une adaptation au contexte local d un site donné. Le travail Page 51 sur 55

d amélioration et d optimisation de la stratégie d échantillonnage est à poursuivre. L objectif à terme est d arriver, lors de l établissement du plan de surveillance d un site donné, à définir un nombre de mesures par unité de surface minimale qui seront à réaliser pour obtenir une surveillance correcte d un stockage. Les deux méthodes expérimentées dans le cadre du programme ANR Géocarbone Monitoring, certainement encore perfectibles, sont déjà opérationnelles et disponibles pour être intégrées dans la stratégie de surveillance de futurs sites de stockage. Page 52 sur 55

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8. LISTE DES ANNEXES Repère Désignation Nombre de pages Annexe 1 Annexe 2 Annexe 3 Annexe 4 Mesures de flux réalisées en juin 2006 sur le site de Montmiral dans l environnement du forage VMO2 Différence entre les flux mesurés en juin 2006 et en avril 2007 dans l environnement du forage VMO2 Mesures de flux réalisées en avril 2007 sur le site de Montmiral dans le secteur proche du dispositif INPL Carte de l ensemble des mesures réalisées sur le site de Montmiral dans l enceinte de l usine 1 A4 1 A4 1 A4 1 A4 Page 55 sur 55

Annexe 1 : Mesures de flux réalisées en juin 2006 sur le site de Montmiral dans l environnement du forage VMO2 20 15 10 5 X (m) 0-20 -15-10 -5 0 5 10 15 20-5 -10 forage dalle limite gravillon - pelouse flux de CO2 (cm3/min/m2) < 0,05 0,05 à 0,5 0,5 à 2-15 2 à 5-20 Y (m) > 5 Z. Pokryszka 2006

Annexe 2 : Différence entre les flux mesurés en juin 2006 et en avril 2007 dans l environnement du forage VMO2 Nord

Annexe 3 : Mesures de flux réalisées en avril 2007 sur le site de Montmiral dans le secteur proche du dispositif INPL Nord

Annexe 4: Carte de l ensemble des mesures réalisées sur le site de Montmiral dans l enceinte de l usine Nord