Comment les écoles de l enseignement secondaire soignent-elles leur image de marque?



Documents pareils
Cahier des charges pour le tutorat d un professeur du second degré

N ROUX-PEREZ Thérèse. 1. Problématique

ENVIRONNEMENT NUMÉRIQUE D APPRENTISSAGE TIC PÉDAGOGIE APPRENTISSAGE ENA

RÉSULTAT DISCIPLINAIRE RÈGLE DE RÉUSSITE DISCIPLINAIRE Programme de formation de l école québécoise Secondaire - 1 er cycle

PACTE POUR LA RÉUSSITE ÉDUCATIVE

Les «devoirs à la maison», une question au cœur des pratiques pédagogiques

Une école adaptée à tous ses élèves

Mes parents, mon éducatrice, mon éducateur, partenaires de mon développement! Parce que chaque enfant est. unique. mfa.gouv.qc.ca

COLLÈGE D'ENSEIGNEMENT GÉNÉRAL ET PROFESSIONNEL BEAUCE-APPALACHES POLITIQUE RELATIVE À LA FORMATION GÉNÉRALE COMPLÉMENTAIRE

P R E S E N T A T I O N E T E V A L U A T I O N P R O G R A M M E D E P R E V E N T I O N «P A R L E R»

PROJET D ETABLISSEMENT

Protection des renseignements personnels, publicité ciblée et médias sociaux : Ampleur du problème : certaines observations déconcertantes

NOTORIETE DE L ECONOMIE SOCIALE SOLIDAIRE ET ATTENTES DE LA JEUNESSE

Préparer la formation

BILAN DE L EDUCATION PHYSIQUE A L ECOLE PRIMAIRE RAPPORT DE LA COMMISSION DES INSPECTEURS DU VALAIS ROMAND (CPI)

10 REPÈRES «PLUS DE MAÎTRES QUE DE CLASSES» JUIN 2013 POUR LA MISE EN ŒUVRE DU DISPOSITIF

UE5 Mise en situation professionnelle M1 et M2. Note de cadrage Master MEEF enseignement Mention second degré

PROGRAMME DE MENTORAT

Circulaire n 5051 du 04/11/2014

CFC 450 PROGRAMME DES CADRES DIRIGEANTS SYLLABUS

sentée e et soutenue publiquement pour le Doctorat de l Universitl

PRÉSENTATION GÉNÉRALE

Organisation de dispositifs pour tous les apprenants : la question de l'évaluation inclusive

Rapport : Sur mandat de Promotion Santé Suisse Avenue de la Gare 52, 1003 Lausanne

LES RÉFÉRENTIELS RELATIFS AUX ÉDUCATEURS SPÉCIALISÉS

Charte de qualité. pour l accueil des boursiers du gouvernement français

LECTURE CRITIQUE. Accompagner les enseignants et formateurs dans la conception d une formation en ligne

L ergonomie au service du développement de l enfant. Par Nicole Delvolvé Ergonome nicole.delvolve@orange.fr reussite-pour-tous.overblog.

E-Forum sur l Approche par les Compétences

Sciences de Gestion Spécialité : SYSTÈMES D INFORMATION DE GESTION

MÉTHODOLOGIE DE L ASSESSMENT CENTRE L INSTRUMENT LE PLUS ADÉQUAT POUR : DES SÉLECTIONS DE QUALITÉ DES CONSEILS DE DÉVELOPPEMENT FONDÉS

Faut-il développer la scolarisation à deux ans?

Intérêt pour les personnes Club social. 5.5 Compromis Laisser-faire. Intérêt pour la tâche. Travail équipe.

Politique d aménagement linguistique de l Ontario pour l éducation postsecondaire et la formation en langue française

MONITEUR-EDUCATEUR ANNEXE I : REFERENTIEL PROFESSIONNEL. Le moniteur-éducateur intervient dans des contextes différents :

Section 1. Qu est-ce que la réussite à l'université d un étudiant?

PERSONNEL PROFESSIONNEL DES COMMISSIONS SCOLAIRES FRANCOPHONES. Comité patronal de négociation pour les commissions scolaires francophones

Etude réalisée en partenariat avec le réseau de CMA et la CRMA de Bretagne, le syndicat Mixte MEGALIS et la Région Bretagne

Une stratégie d enseignement de la pensée critique

Projet éducatif vacances enfants et adolescents

Programme de la formation. Écrit : 72hdepréparation aux épreuves d admissibilité au CRPE

with the support of EFMET cooperation partners:

Guide d utilisation en lien avec le canevas de base du plan d intervention

NOTORIETE DE L ECONOMIE SOCIALE SOLIDAIRE ET ATTENTES DE LA JEUNESSE

Enquête publique sur les changements climatiques Compléments aux graphiques

Rapport d évaluation du master

Intervention et pratique éducative reflet et/ou révélateur des tensions entre instructions, socialisation et qualification

Questionnaire sur les nouveaux rythmes scolaires

Les dossiers de l enseignement scolaire. l Éducation nationale et la formation professionnelle en France

Nouvelle stratégie européenne d action pour la jeunesse «Investir en faveur de la jeunesse et la mobiliser»

Plates-formes de téléformation et modèles pédagogiques

Passeport pour ma réussite : Mentorat Vivez comme si vous mourrez demain. Apprenez comme si vous vivrez éternellement Gandhi

GUIDE DU BENEVOLE. Mai 2011

Intervention de M. de Lamotte, président de la section sur l école et son interdépendance avec le marché

Les Français et leur perception de l école maternelle et élémentaire avant la rentrée 2012

REGLEMENT DES ETUDES

INDUSTRIE ELECTRICIEN INSTALLATEUR MONTEUR ELECTRICIENNE INSTALLATRICE MONTEUSE SECTEUR : 2. Projet : Ecole Compétences -Entreprise

La présente note vise à expliciter de façon synthétique le contexte de lancement et le contenu du Projet ITEP coordonné et piloté par la CNSA.

LE PROGRAMME D APPRENTISSAGE ET DE LEADERSHIP DU PERSONNEL ENSEIGNANT Résumé : Rapport de recherche

LE RENOUVEAU PÉDAGOGIQUE

Table des matières. Partie I Les enjeux 1. Avant-propos Préface Introduction. Chapitre 1 Les enjeux de l expérience client 3

CONFÉRENCE DE PRESSE 4 septembre 2013 à Paris

Accord Cohésion Sociale

Les services en ligne

S organiser autrement

DEVENIR INTERVENANT CERTIFIE WELLSCAN

FORMATION : POSTURE COACH, LES METIERS D ACCOMPAGNEMENT

Les nouveaux programmes de l él. école primaire. Projet soumis à consultation

Master of Advanced Studies HUMAN CAPITAL MANAGEMENT.

Santé des étudiants et précarité : éléments de contexte

L innovation dans l entreprise numérique

Gestion Participative Territoriale :

Plan de formation 2nd degré CREER, INNOVER

Devenez expert en éducation. Une formation d excellence avec le master Métiers de l Enseignement, de l Education et de la Formation

médicale canadienne, l Institut canadien d information sur la santé, Santé Canada et le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada.

Dossier Pédagogique Mercredis du Pass Âge (11-14 ans)

Le projet éducatif et le plan de réussite. Tracer la route de la réussite. Fédération des comités de parents

Chapitre 3 Le modèle genevois d organisation du travail de maturité

GDR des CPE sous la direction de Nathalie Szoc LIVRET DE FORMATION ET DE COMPETENCE CPE

Sécurisation de l hébergement et de la maintenance du plateau collaboratif d échange (PCE) du plan Loire III

Master 2 professionnel Soin, éthique et santé Mention Philosophie

ETUDE SUR LES STAGIAIRES AYANT SUIVI UNE FORMATION DIPLOMANTE DANS LA BRANCHE DES ACTEURS DU LIEN SOCIAL ET FAMILIAL

LA RECONNAISSANCE AU TRAVAIL: DES PRATIQUES À VISAGE HUMAIN

PRÉSENTATION DU PROGRAMME. Le cœur à l école. PROGRAMME DE PRÉVENTION DE L ÉCHEC SCOLAIRE ET SOCIAL Volets préscolaire et 1 er cycle du primaire

Avant de parler de projet commun, il est important de rappeler ce qu est un projet à travers quelques indicateurs :

Rapport d évaluation du master

FORCE DE VENTE : une approche commerciale efficace

SCIENCES DE L ÉDUCATION

Bien-être et Performance Collective Des risques psychosociaux au modèle de management et au bien vivre ensemble

Le profil HES Dossier destiné aux HES. Contenu Sommaire I. Introduction II. Revendications III. Mesures à prendre par les HES IV. Prochaines Démarches

Prise de position de l initiative des villes pour la formation quant à la politique de formation. La ville fait école

Comprendre un texte fictionnel au cycle 3 : quelques remarques

Restaurant scolaire : règlement intérieur

L obligation de négocier sur la pénibilité dans les entreprises. Premiers éléments de bilan. Direction générale du travail

Résumé du projet (french) Karl Krajic Jürgen Pelikan Petra Plunger Ursula Reichenpfader

EDUCATEUR SPECIALISE ANNEXE 1 : REFERENTIEL PROFESSIONNEL

Données de catalogage avant publication (Éducation, Citoyenneté et Jeunesse Manitoba) ISBN

Master Information Communication 2ème année Spé. Intelligence Economique et Territoriale

Transcription:

Comment les écoles de l enseignement secondaire soignent-elles leur image de marque? La concurrence qui se joue entre les écoles secondaires ne se fait pas sur pied d égalité. Certaines se trouvent en position de force et attirent plus facilement une population plutôt homogène, socio économiquement et culturellement aisée, tandis que d autres disposent d une marge de manœuvre bien plus limitée et accueillent un nombre plus élevé d enfants vivant des difficultés scolaires, familiales, sociales ou économique. La répartition des élèves et hiérarchisation des écoles «La répartition des élèves, principalement déterminée par le libre choix des parents mais aussi par les processus de relégation existant entre les établissements, produit des positions hiérarchisées des écoles. ( ). Le classement hiérarchisé renvoie au concept de réputation. Celle-ci peut en effet être lue comme une hiérarchie instituée.» 1 «Lorsqu on interroge les directions sur la perception qu ils ont de la motivation du choix de l école par les familles, ils mettent généralement en exergue les trois critères suivants : 1. La réputation de l institution, 2. l atmosphère familiale et le traitement personnalisé de l élève, 3. la discipline et le respect des traditions. Les établissements d enseignement de transition mettent surtout en exergue, plus souvent que les autres, le niveau élevé des études. Les établissements de l enseignement qualifiant insistent moins sur les exigences purement académiques mais évoquent plus souvent que d autres l atmosphère familiale et le traitement personnalisé de l élève et le critère du «bon taux de placement sur le marché du travail». 2 Cette réputation est également davantage fondée sur les caractéristiques des publics fréquentant une école. Un des moyens d évaluer le niveau de réputation de l école consiste à analyser les flux d élèves. Les mieux classées sont celles dont les élèves ont tendance à rester dans l institution durant quelques années, voire durant l entièreté de leurs études. Les écoles peuvent généralement être classées selon les critères de réception d élèves issus d autres écoles : la hiérarchisation s établit entre celles qui ne reçoivent d aucune école plus d élèves qu elles n en donnent, jusqu à celles qui se trouvent dans une situation inverse. 3 1 Magali Joseph, «Les pratiques internes des établissements, reflets de leur position dans la hiérarchie scolaire (colloque de CERISI-UCL du 12 mai 2004 : «Destins d élèves et interdépendances entre écoles»). 2 Christian MAROY, L enseignement secondaire et ses enseignants, De Boeck, Pédagogies et développement, Bruxelles, 2002. 3 Magali Joseph, op.cit.

Les «logiques d action» afin de soigner sa réputation Chaque catégorie d écoles utilise une politique particulière (c est-à-dire des «logiques d action») afin de soigner sa réputation en vue de maintenir ou d élargir le nombre d élèves ou d attirer certains qui présentent certaines caractéristiques sociales ou «académiques». Trois grandes «logiques d action» peuvent être dégagées. 4 Dans les écoles favorisées : Les établissements favorisés pratiquent le plus souvent une politique de «rentier». Ils profitent de leur très bonne réputation afin de continuer à attirer un public assez homogène. Ces écoles bénéficient d une «auto-sélection» du public et attirent les élèves les plus performants. Pour ces écoles, tout le monde a le droit de bénéficier d un enseignement d excellence, à condition de travailler et de le mériter. Ce sont les élèves qui doivent s adapter au niveau, de sorte que la responsabilité de l échec incombe à l élève. Exemples de pratiques : le maintien d un niveau élevé d exigence dans les matières les plus valorisées comme le français et les mathématiques, le maintien des langues anciennes, Dans les écoles de niveau moyen : Ces établissements disposent généralement d un public plus hétérogène et veilleront à préserver la fidélité des anciens et à attirer de nouveaux parents. Ils adopteront généralement une politique «d entrepreneur». Ces écoles peuvent rechercher à préserver leur image, à éviter de devenir des écoles ghettos et à rester suffisamment attractives pour les classes moyennes. Ces établissements seront à l affût de ce qui pourrait attirer le public en ouvrant des options «à la mode» qui rencontrent une demande. Les logiques «d entrepreneur» visent à améliorer leur fonctionnement interne. L enjeu est plutôt organisationnel : il s agit de préserver un bon climat à l école. Dans l enseignement technique et professionnel, la stratégie consistera souvent à ouvrir une option dans le créneau de l école en tenant compte des contingences matérielles, du marché de l emploi, des ressources humaines disponibles dans l école et de l offre déjà existante à proximité. Exemples de pratiques : classes bilingues, options «sports-études», «sciences sociales», «art d expression», «infographie»,. 4 Christian MAROY, Ecole, régulation et marché, une comparaison de six espaces scolaires locaux en Europe, PUF, octobre 2006, p 131.

Dans les écoles défavorisées : En ce qui concerne les établissements scolaires qui accueillent un public défavorisé, la logique dominante consistera plutôt à s adapter au public accueilli. On peut déceler dans ces écoles, une résignation et/ou une action offensive. La résignation, parce que ces établissements s estiment très dépendants des logiques de répartition des élèves résultant du comportement des parents et des logiques des autres établissements. L action offensive dans le sens où ces établissements veillent à s adapter au public plus défavorisé et à instaurer un climat qui s inscrit dans une logique de réussite vis-à-vis des élèves en difficulté. Ces écoles valoriseront des principes éthiques tels que «tous les élèves ont droit à une seconde chance». Exemples de pratiques : privilégier une fonction éducative et socialisatrice plutôt que de privilégier l exigence et la progression dans des apprentissages académiques ; Les enseignants qui travaillent dans les établissements moins favorisés peuvent aussi manifester de l enthousiasme en mettant en évidence les spécificités de leur travail, comme l a fait remarqué Eric Mangez dans le cadre d une enquête menée auprès d enseignants de la région de Charleroi : «Tous les enseignants des établissements du bas de la hiérarchie affirment que tous leurs élèves ne sont pas comparables aux élèves d autres établissements. ( ) La hiérarchie des établissements n est pas nécessairement remise en cause par les enseignants. Certains le rendent légitime en qualifiant, avec une certaine fierté, leur établissement comme un établissement spécialisé dans les aspects relationnels du travail pédagogique» 5 Les enseignants conçoivent donc leur fonction de manière bien différente selon qu ils se trouvent dans une école favorisée ou une école défavorisée 6 : Etablissements dont le milieu social est élevé La réputation de l école Ces établissements bénéficient d une réputation d excellence et de préparation aux études universitaires : la quantité de travail demandée est importante et le rythme est intense. La principale vocation de La vocation de préparation à l école l université est revendiquée Etablissements dont le milieu social est défavorisé Les enseignants tirent une certaine fierté du fait de travailler dans des établissements qui accueillent un public souvent en difficulté sur le plan social. Les enseignants développent une «éthique humanitaire» : 5 Eric MANGEZ, Réformer les contenus d enseignement, PUF, Education et société, avril 2008. 6 Ce tableau comparatif a été élaboré sur la base des conclusions formulées dans le livre de Eric Mangez cité cidessus.

les enseignants Performances et épanouissement des élèves et sert de justification à une différenciation des objectifs d apprentissage entre école dès le 1 er degré. Les enseignants caractérisent surtout les élèves en termes de qualités scolaires. les enseignants se réalise avant tout sur le plan de leurs acquis cognitifs, de leur niveau d apprentissage. Les enseignants considèrent souvent que le niveau de leurs élèves n est pas suffisant. les enseignants se réalise avant tout sur le plan de leurs acquis cognitifs, de leur niveau d apprentissage. Les récits pédagogiques dominants valorisent souvent la performance et l accumulation de connaissances. venir en aide aux élèves, les soutenir, les accompagner, les réconcilier avec le monde de l école. Les enseignants caractérisent surtout les élèves en fonction de leurs qualités humaines et de leurs difficultés personnelles. les enseignants se réalise sur le plan de leurs caractéristiques psychologiques, affectives et sociales. Les élèves sont le plus souvent décrits comme des personnes qui ont eu une vie difficile, qui ont traversé des épreuves, qui portent avec eux un lourd passé. les enseignants se réalise sur le plan de leurs caractéristiques psychologiques, affectives et sociales. Les récits pédagogiques se concentrent surtout sur des notions telles que l épanouissement des élèves, leur socialisation, leur développement personnel. Langage pédagogique visible ou invisible 7 Les enseignants optent plus facilement pour le langage pédagogique de type visible (une classification nette des Les enseignants optent plus facilement pour le langage pédagogique de type invisible (une classification 7 BERNSTEIN Basil, Class and pedagogies : Visible and invisible» in A. H. Halsey, H. Lauder, P. Brown, A. Stuart Wells (eds), Education. Culture Economy and Society, Oxford, Oxford University Press Inc, 59-79.

Attitude face à la réforme et aux nouveaux programmes de cours contenus, un cadrage de la relation pédagogique fortement codifié et les critères d évaluation explicites). Le modèle visible implique la mesure des niveaux d apprentissage des élèves par rapport à un étalon commun et la coordination des enseignants entre eux à propos de la détermination et de la chronologie des apprentissages à réaliser en classe. Certains enseignants ont le sentiment de mener une forme de lutte contre les politiques éducative dont ils estiment qu elles mettent de moins en moins l accent sur les apprentissages de base. Attitude de la direction La direction exerce un contrôle davantage bureaucratique (horaire, administration) que pédagogique sur les enseignants. plus floue des savoirs, un cadrage faible de l interaction et des critères d évaluation implicites). Un modèle invisible ne se centre pas prioritairement sur la question du niveau d apprentissage, mais plutôt sur l implication et la motivation des élèves vis-àvis des activités pédagogiques. Les enseignants sont, le plus souvent, favorables à la réforme et aux nouveaux programmes de cours. La direction valorise l inscription de pratiques pédagogiques dans une dynamique de projets Les établissements d enseignement secondaire se situent donc dans une hiérarchie qui influence considérablement leur mode de fonctionnement aussi bien au niveau de l offre d enseignement, de la politique d inscription que du type de travail assuré par les enseignants. On pourrait penser que les concertations entre les écoles secondaires au niveau des zones d enseignement pourraient favoriser une meilleure mixité sociale et une distribution plus équitable des offres d enseignement. Il semblerait que les concertations locales ont pour effet de stabiliser, voire d amplifier les différences entre établissements. «La régulation par le marché reste déterminante et la régulation par une concertation locale des acteurs scolaires n intervient qu à la marge. Plus encore, on pourrait même avancer l hypothèse que le statu quo se voit conforté pour trois raisons. D une part, la logique de négociation entre acteurs et la nécessaire préservation de la confiance et de la bonne entente mutuelle entraînent des pactes de non agression qui confortent l absence de pratiques concurrentielles agressives qui pourraient, parfois, mettre à mal la position d un partenaire.

De plus, les coopérations sous forme de solidarités mais aussi sous forme de partenariats qui peuvent surgir du bon climat relationnel, se construisent à partir des positions hiérarchiques existantes des établissements. Enfin, le fait que deux conseils de zone coexistent sur le même territoire (un pour le confessionnel et l autre pour le non confessionnel) amène ceux-ci à se préoccuper de préserver ou de renforcer à chaque niveau de la hiérarchie la position concurrentielle des écoles de «leur réseau» par rapport aux autres. Bref, tout concourt à rendre la situation de hiérarchisation des établissements pratiquement inamovible.» 8 Cette hiérarchisation entre établissements scolaires avait été évoquée par les enseignants dans le cadre de la consultation qui avait été organisée en 2004 : «Si les inégalités préexistent à l école, l école les confirme et les approfondit. Ce problème, dont les enseignants du fondamental avaient déjà conscience, se démultiplie dans le secondaire. Bref, d un côté la variété des filières, des établissements et des professeurs doit permettre à chaque type d intelligence de s épanouir. De l autre, s exprime une aspiration à un système scolaire moins hiérarchisé. ( ) Il n est pas facile pour les enseignants de sortir de ce paradoxe qui résume les contradictions, voire l hypocrisie, d un système scolaire qui s est massifié sans se démocratiser, qui laisse entrevoir la réussite pour chacun tout en organisant structurellement la hiérarchisation des flux d élèves.» 9 Conclusions Les directions d écoles secondaires pensent généralement que les parents choisissent l établissement scolaire d après sa réputation. Les écoles favorisées profitent généralement d une très bonne réputation quant au niveau assez élevé des études et de la discipline qui y est instaurée. Les autres écoles, soit essaient de maintenir une certaine hétérogénéité de la population scolaire en offrant des options susceptibles d intéresser un nouveau public, soit s adaptent entièrement à un public défavorisé et deviennent des écoles «ghettos». Selon l établissement scolaire dans lequel ils exercent leur fonction, les enseignants adoptent des attitudes bien différentes à l égard des élèves qui peuvent varier entre les deux conceptions suivantes : «ce sont les élèves qui doivent s adapter au niveau» à «il faut réconcilier l élève avec l école». Dans certains établissements, on insiste sur les acquis cognitifs des élèves, tandis que dans d autres, on est plus préoccupé de leurs caractéristiques psychologiques, affectives et sociales. Les élèves se répartissent entre les établissements scolaires selon leurs niveaux. 8 Christian MAROY, Ecole, régulation et marché, une comparaison de six espaces scolaires locaux en Europe, PUF, octobre 2006, pp 349-350. 9 AGERS, La consultation des enseignants du secondaire, rapport élaboré pour la Commission de Pilotage, mai 2004.

Si, en principe, tous les enfants ont la possibilité de s inscrire dans toutes les écoles (a fortiori depuis l interdiction des listes d attentes prévue par le décret «inscriptions» qui est devenu «mixité» en 2008-2009), les élèves qui ne s adaptent pas au niveau de l école se verront orienter vers d autres établissements scolaires réputés moins difficiles et/ou qui proposent des options qui sollicitent plutôt l intelligence manuelle. Cette répartition des élèves entre les écoles s inscrit dans le cadre d une hiérarchie entre les établissements scolaires qui a toutes les chances de se maintenir, même dans le cadre de concertations et de partenariats entre les écoles. Jean-Luc van Kempen Bibliographie Eric MANGEZ, Réformer les contenus d enseignement, PUF, Education et société, avril 2008. Magali Joseph, «Les pratiques internes des établissements, reflets de leur position dans la hiérarchie scolaire (colloque de CERISI-UCL du 12 mai 2004 : «Destins d élèves et interdépendances entre écoles»). Christian MAROY, L enseignement secondaire et ses enseignants, De Boeck, Pédagogies et développement, Bruxelles, 2002. Christian MAROY, Ecole, régulation et marché, une comparaison de six espaces scolaires locaux en Europe, PUF, octobre 2006. AGERS, La consultation des enseignants du secondaire, rapport élaboré pour la Commission de Pilotage, mai 2004. BERNSTEIN Basil, Class and pedagogies : Visible and invisible» in A. H. Halsey, H. Lauder, P. Brown, A. Stuart Wells (eds), Education. Culture Economy and Society, Oxford, Oxford University Press Inc, 59-79.