Grand-mère la première fois



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Transcription:

Grand-mère la première fois «Entre indulgence, prévenance et tolérance», comment se prépare-t-on à devenir grand-mère, aujourd hui, en France? ÉTUDE RÉALISÉE POUR LA FÊTE DES GRAND MÈRES 2007 ERIC DONFU Sociologue Président de DRS Dialogues et Relations Sociales Paris, décembre 2006 ATELIER D ETUDES SUR LES TRANSFORMATIONS DE LA SOCIETE CONTEMPORAINE Contacts Presse : Event International Tel : 01 45 03 21 26 Caroline Pons cpons@eventinternational.com Claire Genin cgenin@eventinternational.com

«On ne naît pas grand-mère, on le devient.» Récit. «L'arrivée d'un petit-fils provoque de gros chamboulements, surtout le premier. Il faudra entre une semaine et soixante ans à ma mère pour s'y faire. Moi, pas si folle, j'ai laissé mon frère faire le premier.» Témoignage sur le net. 2

«Grand-mère la première fois» Étude sociologique Fête des Grand mères 2007 Communiqué de presse p. 4 L étude Pourquoi ce thème «Grand-mère la première fois»? p. 6 Styles de nouvelles grands-mères p. 20 Prospective Que seront les futures grands-mères? p. 24 L importance nouvelle de l amour entre générations p. 28 Annexes Exemples de témoignages et de récits p. 30 Comment annoncer la nouvelle à ses parents Quand ça se passe mal avec la belle-mère L art de la garde par la grand-mère 10 récits d entretiens avec des nouvelles grands-mères et leurs filles Méthodologie p. 54 Questionnaires p. 55 3

Communiqué de presse Grand-mère la première fois : entre tolérance, prévenance et vigilance Qui sont les nouvelles grands-mères? Chaque minute, en France, naît une nouvelle grand-mère. Nous les avons étudiées lors d une enquête exclusive réalisée en novembre 2006 par DRS, Dialogues et Relations Sociales, à l occasion de la Fête des Grand mères 2007. Agée de 50,6 ans en moyenne, pluriactive, elle peut espérer vivre ses quarante prochaines années avec ce premier petit enfant, source d une nouvelle identité, d un nouvel équilibre. La grandmère d aujourd hui ne ressemble pas à la mère grand d antan. 30 années d espérance de vie gagnées au cours du 20 ème siècle lui font le cadeau d une nouvelle jeunesse après 50 ans. Proche de ses enfants, elle aimerait recréer une lignée féminine complice avec sa fille, devenue mère. Plus de tolérance Quel changement! Hier, on devenait grand-mère en élevant directement ses petitsenfants, ou en étant simplement une figure distante et passive. Au nom de principes hérités de ses propres parents, on rompait les ponts avec ses enfants lorsqu ils étaient parents non mariés ou «mal» mariés. Aujourd hui, avec la maîtrise de la maternité, les enfants n ont jamais été autant désirés. Ce sont eux qui structurent la famille. Sans rôle prédéfini à l avance, la grand-mère est placée au cœur du foyer. A elle de trouver son style, d accepter de se faire enrôler par de jeunes parents débordés par des problèmes matériels, d argent, de logement ou de garde. Nous sommes passés de la grand-mère bibelot à la grand-mère qui se jette à l eau! Plus de prévenance Trop petit pour être gardé, l enfant reste avec ses parents. Mais dès que maman retravaille, mamie entre en scène. Qu elle soit une grand-mère pompier, fée senior, mère-adjointe, cheftaine ou grand-mère émérite, sa garde sera autant surveillance que bienveillance. Même les parents qui n en ont pas besoin confient le jeune enfant à la grand-mère. 82% des grands-mères ayant des petits-enfants de moins de 6 ans pratiquent la garde occasionnelle et on évalue à 300 000 le nombre d enfants de moins de 3 ans gardés par leurs grands-parents*. Entre proche et trop proche, à elle de trouver la bonne distance avec ses enfants et petits-enfants. 4

Plus de vigilance Que l annonce choc de la naissance du petit-enfant survienne trop tôt ou trop tard pour la grand-mère, c est une potion magique. Active professionnellement, elle consacre ses RTT à son petit-enfant, accélère même parfois son départ en retraite. Retrouvant ses réflexes de mère, elle compense le temps qui lui a manqué avec ses enfants et se découvre mamie gâteau prête à une guerre des casseroles. Plus les structures familiales se fragilisent, plus les grands-mères sont un lien indispensable. Elles ouvrent le jeune couple sur l extérieur, n hésitent pas à le contredire, et se préparent, demain, à intervenir et être proche de ses petits-enfants devenus adolescents s ils perdent le contact avec leurs parents. Entre tolérance, prévenance et vigilance, c est bien un formidable Mamie Boom qui s annonce! * Source : DRS 2003 5

Pourquoi ce thème «Grand-mère la première fois»? Devenir grand-mère pour la première fois ça a toujours été une grande joie et un bonheur. C est un moment intense de rapprochement et de lien familial, un marqueur de vie. Mais c est aujourd hui plus que cela. Hier, la grand-mère pouvait être passive, attendant de recevoir et de gâter ses petitsenfants, distribuant des bisous et adressant des cartes et des petits cadeaux pour les anniversaires. Aujourd hui, alors qu elle est plus autonome, et jeune mentalement et physiquement, quel que soit son âge, on lui demande de plus en plus un engagement. Mais un engagement qui ne procède pas seulement de son propre choix et ne se limite pas aux activités ludiques. Non, il s agit plutôt d un enrôlement, qui signifie que la grand-mère va avoir un rôle à tenir. C est un rôle important qui va se construire sur mesure, en fonction de la personnalité de la grand-mère, de sa proximité avec ses enfants, et des circonstances. Il s agit d entrer dans une nouvelle relation avec ses enfants, de construire patiemment une relation avec un tout-petit, se découvrir une nouvelle identité, se façonner un rôle de grand-mère sur mesure, à la bonne distance. C est ce que nous avons exploré en interrogeant depuis quatre années - et particulièrement depuis quelques mois pour cette enquête - des grands-mères, mais aussi leurs enfants, pour comprendre ce qui avait changé dans le désir, l art et la manière d être une nouvelle grand-mère, en France, en 2007. Il en ressort un fait principal : l entrée dans la grand-maternité a bien changé en quelques générations, et ce changement se poursuit, s accélère et va s accélérer encore. Dans quel sens? Dans celui d une plus grande indulgence morale, d une réelle tolérance de la grand-mère vis-à-vis des conditions et du contexte de la naissance d un enfant, qui arrive de plus en plus souvent hors mariage, tardivement ou d une union mixte. C est l enfant qui structure désormais la famille, plus que le couple. On observe aussi un changement dans le sens d une plus grande implication concrète de la grand-mère, d un véritable enrôlement, mais à géométrie variable, et qui va se traduire dans une variété de styles. Pour la jeune grand-mère, l arrivée de l enfant sera vécue différemment selon son âge et ses dispositions, selon le moment et les circonstances de sa venue. Elle peut se sentir prête à être grand-mère, ne pas se considérer encore comme telle ou bien craindre de ne pas être à la hauteur de ce rôle, tel qu il se définit aujourd hui. Nous allons suivre, avec les femmes qui nous ont raconté leur expérience, le chemin qui les conduit de mère à grand-mère, leur fait parfois directement franchir l étape de la jeunesse prolongée à celle de la vieillesse. En même temps, l arrivée du premier petit-enfant la rajeunit en la ramenant trente ans en arrière et elle ne peut pas s empêcher de le revivre comme si c était elle-même qui le portait. 6

Ce chemin réserve une succession de chocs et d émotions à la grand-mère, d abord celui de l annonce, puis l attente pendant la grossesse de sa fille ou de sa belle-fille, (deux épreuves bien différentes), l annonce du sexe de l enfant, le choix du prénom, et enfin la naissance. Coup de vieux, trac, inquiétude, voire angoisse, se mêlent à la joie et à la merveilleuse découverte de la plénitude de la grand-maternité, expérience radicalement neuve par rapport à la maternité. Le choc de l annonce Nous avons rencontré de très grandes variétés de situations et de témoignages. Mais ils ont un point commun : la puissance de l ébranlement que provoque l annonce de la future grand-maternité. Jaqueline le décrit ainsi : «Je me suis retournée vers ma fille, bouleversée, les yeux remplis de larmes. Je l ai serrée contre moi de toutes mes forces, en lui demandant si c était bien vrai. Je voulais lui donner ma force et mon amour, et en même temps dire au revoir à la petitefille qu elle était que je ne reverrais plus jamais. Et puis, j ouvre une bonne bouteille avec le futur papa, j appelle les tontons et les tatas, je sonne la terre entière, en souriant aux anges et en frémissant d impatience. Ça y est! je suis grand-mère! Le petit qui s annonce est déjà la plus belle merveille du monde!» Mireille se souvient d avoir été très angoissée à l annonce de la grossesse : «l arrivée d un enfant m angoissait, je me demandais comment elle allait faire, l élever, j avais pas vraiment confiance, ça suppose un tas de choses, d avoir un appartement, un emploi régulier, pas avoir d accidents de la vie, pleins de trucs générateurs d angoisse ou d anxiété.» Certaines accusent un coup de vieux, d autres avouent leur trac ou la peur de décevoir. Les enfants pressentent ce «mamie blues» et entourent déjà l annonce de la grossesse de précautions. Celles-ci sont parfois très créatives. Ainsi, ils jouent à faire découvrir l événement en donnant des indices mais il arrive que la future grandmère ne voit rien Ils mesurent toute la force de cette annonce et l importance de la réaction de la grand-mère, et ils n oublient pas leurs ratés Les jeunes parents se renseignent et comparent leurs expériences. Ainsi ce dialogue sur un forum Internet : «À priori ma femme est enceinte (test ok ). Reste le test sanguin pour être sur sur. Nous rentrons à Noël dans nos familles et aimerions l'annoncer de façon originale style un cadeau avec dedans un paquet de café Grand Mère ou autre.» Une autre confie : «Un petit chausson bleu et un petit chausson rose, avec un gros point d'interrogation sur l'un, et une étiquette : réponse dans X nombre de mois avant la date prévue de la naissance du petit ange sur l'autre.» Un futur père a annoncé la nouvelle de la façon suivante : «Ma mère et ma soeur habitent à 500 km de chez moi. Nous sommes arrivés un vendredi soir et nous avions apporté : un bouquet de roses pour ma sœur, un chou pour ma mère, un paquet de 7

café Grand Mère, une sucette rose, une sucette bleue et nous avons "parsemé" nos indices...» Le coup de vieux Devenir grand-mère pour la première fois porte toujours un coup de vieux, même si toutes ne l expriment pas, s il est plus ou moins ressenti ou s il est atténué après un certain âge, quand toutes les amies ont déjà connu ce passage. Devenir grand-mère pour la première fois, c est grimper d un degré dans l échelle des générations, devenir une aïeule aux yeux des autres, c est nécessairement vieillir socialement, quelles que soient l apparence et la forme physique que l on ait. Les réactions sont néanmoins différentes selon l âge. Avant 65 ans, et plus encore à 50 ans, on s étonne souvent d être grand-mère parce que l on est au zénith de sa vie personnelle, professionnelle et sociale et que, au cours de sa maturité, on ne s est jamais sentie aussi bien, aussi en forme, aussi jeune. Comme le raconte Marianne, 54 ans : «A l annonce de la grossesse de ma fille, il y a trois ans, j ai blêmi. Depuis le départ des enfants de la maison, j avais réussi, non sans mal, à retrouver le rythme d une nouvelle vie épanouissante, un meilleur investissement dans mon travail, des amis, des voyages, un lien renouvelé et très fort avec mon mari, après avoir frôlé la séparation. Et voilà que j allais devoir reculer d une génération, être reléguée dans la case des vieux! Moi qui me pomponne plus qu avant, sors davantage, m occupe de moi comme jamais, j allais devenir Mamie Nova, avec gâteaux et râteaux au square, la bonne poire qu on sonne pour partir en week-end en amoureux. Au secours!» De même Mireille, 59 ans, a éprouvé ce sentiment lors de la naissance de sa petitefille, il y a 5 ans «J étais toujours une jeune fille, j ai pris conscience d un seul coup que la roue avait beaucoup tourné, que grand-mère, ça voulait dire pas très jeune [ ] cette naissance a été très angoissante car tu vieillis d un coup, les gens qui n ont pas d enfants ont plus de mal à franchir des étapes.» Les enfants ne font pas que vous plonger dans le monde de l enfance, ils vous communiquent un temps différent, vous permettent de mesurer et de relativiser votre propre âge. C est aussi ce qui fait la fascination de la plupart des adultes pour les enfants. Ils sont attendrissants bien sûr mais ils sont aussi l écho de nous-même, un écho qui résonne au présent et dans le futur. Voilà pourquoi les personnes qui n ont pas d enfants ont parfois plus de mal à accepter de se détacher de leur jeunesse. Pour la nouvelle grand-mère, le premier petit-enfant est donc un choc, un marqueur de vie, et aussi un coup de vieux qui, s il permet de passer une étape, doit néanmoins être vécu le mieux possible. Même si l arrivée du petit-enfant va attendrir la fibre maternelle de la jeune grand-mère, elle utilisera plus facilement l expression «le fils (ou la fille) de ma fille (ou de mon fils) plutôt que l expression mon petit-fils ou ma petite-fille». Ce coup de vieux exprimé par certaines grand-mères interrogées ne les empêche nullement d avoir des relations privilégiées avec leurs petits-enfants. Ainsi Mireille confie : «Aujourd hui, voir ma petite-fille est devenue une nécessité, c'est inscrit dans mes désirs et mon fonctionnement.» La naissance de sa petite-fille a provoqué des changements profonds chez Mireille. 8

Difficile d être décalée par rapport aux amies de son âge Au-delà de 55 ans, une femme sur deux est déjà grand-mère. Cette métamorphose n est pas sans répercussions sur l emploi du temps, sur les conversations, les priorités et même la personnalité de la jeune grand-mère. Quand les amies ne sont pas encore grands-mères, et si elles sont mères, elles découvrent ainsi les joies d un évènement qu elles vont attendre, consciemment ou non. Si la fille ou le fils ne se marie pas ou n est pas en couple, ce sera une préoccupation plus vive. Si l enfant tarde aussi. «Quand toutes les amies sont grands-mères sauf moi, c est difficile à vivre!» nous confie ainsi l une d elles. Oui, il est difficile de se sentir décalée par rapport aux amies de son âge. Pendant la grossesse Mireille n avait pas imaginé ce rôle auparavant et ça a d ailleurs engendré des conflits avec sa fille. Pendant la grossesse, Mireille était plutôt absente et elle a conscience de ne pas avoir aidé sa fille : «Quand elle était enceinte, j étais soi-disant pas assez attentive, c'est vrai mais je ne pouvais pas anticiper ce que j allais faire avec cet enfant et quand on me l a confié, au début c'était du maternage et petit à petit, y a des choses qui se sont créées, on ne naît pas mère, on ne naît pas grand-mère!!» Différences de réactions selon que l enfant naît chez la fille ou la belle-fille Passer du statut de mère à celui de grand-mère peut rendre une femme plus proche encore de sa fille. Ainsi, Catherine est encore très émue par l événement et avoue se remémorer avec nostalgie la naissance de ses propres enfants. Se retrouver quelque part dans la maternité de sa fille l a plongée dans un passé émotionnel qu elle n aurait pas retrouvé dans la paternité de son fils. Son rôle de grand-mère la rajeunit car elle compte conserver son dynamisme pour faire des tas d activités avec son petit-fils. Entre belle-mère et belle-fille, les tensions sont inévitables. C est un classique qui ne se démode pas. Même si le rapprochement entre les générations, le renforcement des lignées féminines et la nouvelle complicité entre les femmes de générations différentes peuvent tisser de nouveaux liens entre la grand-mère et sa belle-fille, un conflit est toujours prompt à survenir. À l initiative de qui? Généralement des deux, de façon implicite, dans un jeu souvent cocasse mais aussi cruel, où la jeune mère défendra son petit face aux désirs de captation de sa belle-mère, comme l exprime bien ce témoignage : «A l annonce, la réaction de ma belle-mère a été de me sauter au cou et de me dire "Merci, merci, merci, je ne te remercierai jamais assez..." J'ai bien failli lui répondre que c'était notre enfant, pas le sien...» Le lendemain : «elle a appelé et elle a directement demandé à mon ami (son fils) pour être la marraine du petit. Elle n'a même pas demandé si nous avions trouvé une marraine avant. Quel manque d'éducation! Il en est bien sûr hors de question... Du coup elle a insisté pendant au moins 10 minutes, elle en a pleuré, mais mon ami disait 9

des non fermes, et elle a été jusqu'à dire qu'il la décevait etc. Elle est gonflée! Mon dieu, 2e jour, elle est déjà envahissante, qu'est-ce que ce sera après...» ( ) «Mon ami est fils unique parce que son père a quitté sa mère très tôt, donc elle est probablement en mal d'enfant, d'ailleurs elle me dit souvent que je suis la fille qu'elle n'a pas eue, mais bon c'est pas une raison pour vouloir s'imposer comme elle l'a fait hier! Pour moi la famille c'est le papa, la maman et les enfants. Les autres personnes n'ont aucun pouvoir de décision en matière d'éducation, ils peuvent donner des conseils mais ça s'arrête là.» Mais même avec sa propre fille, les difficultés et les blessures peuvent survenir. Ainsi, cet autre témoignage recueilli sur un forum de discussion : «Je vais être grand-mère dans six mois. J étais très heureuse et j avais acheté quatre ou cinq objets utiles pour le bébé et un nounours. Ça n a pas du tout fait plaisir à ma fille Je n ai pourtant pas l intention de lui prendre son bébé. Je suis très triste. S il vous plait, dites-moi à quoi ça sert une grand-mère?» La réponse qui lui a été faite illustre bien la règle d or qui conseille de ne jamais interférer avec le rôle des parents : «Je peux comprendre que cela déplaise à ta fille, mais ne perd pas de vue quelque chose : dans la vie du futur enfant, ce sera ta fille et son ami/époux qui s'occuperont de son éducation. Ils auront dans un sens un rôle de personnes strictes, même si ils aiment leur enfant et font tout pour lui. Toi, tu n'auras pas le même rôle, au contraire, tu seras la grand-mère, la mémé, la mamie gâteau, qui lui passera tous ses caprices et qui l'amènera en vacances. Qui lui fera des frites alors que maman pense que c'est mauvais et qui lui fera faire de la peinture au détriment même de votre pauvre table en bois... Ta fille risque d'envier ton statut de grand-mère pendant encore très longtemps, mais n oublie pas que c'est souvent avec ses grands-parents qu'on a les meilleurs souvenirs!» Le trac Une naissance évoque, chez la jeune grand-mère, des sentiments et des émotions mélangés qui peuvent aussi la paralyser, en tout cas lui donner la peur d agir, la crainte de mal faire. Ce trac peut surgir à partir d une image : «Ce qui m a marquée c est de voir Romane dans les bras de ma fille. Cela m a ramenée à 27 ans en arrière, à la naissance de ma fille» nous dit cette grand-mère. Comment se confronter à soi-même, tant d années après, sous le regard de ses propres enfants? Ces interrogations suscitent la peur de ne pas être à la hauteur. Quand les nouveaux parents éduquent la nouvelle grand-mère Mais ces enfants, jeunes parents, peuvent aussi guider les premiers pas de la grandmère et d une certaine façon, éveiller et même éduquer leur mère à son nouveau rôle de grand-mère! Souvent, quand les enfants restent très liés à leurs parents, il sera plus facile pour la belle-fille ou, plus rarement, pour le beau-fils, d engager le dialogue qui conduira à délimiter et à préciser les rôles respectifs des parents et des grandsparents. Cela demandera de la prudence et de la diplomatie comme le démontre ce 10

témoignage : «Mon mari est fils unique également, élevé par une maman espagnole assez âgée, il était le petit prince A l annonce de ma grossesse, c'était presque son enfant à elle Je lui ai rappelé qu'elle était la grand-mère de l'enfant et que son rôle n'était pas de l'élever ni rien, ni rien. Je crois qu'il faut dire les choses en douceur mais les dire quand même. Je dois dire que là-dessus, je n'ai pas pu compter sur mon mari qui est incapable de dire quoi que ce soit à sa maman, alors je l'ai fait pour lui à chaque fois qu'il a fallu le faire. Et je dois dire qu'elle n'a plus jamais été envahissante!» Dans certains cas, quand la mère est intrusive, et quand la belle-fille a de la personnalité, la relation sera plus difficile, et même conflictuelle comme l exprime cet autre témoignage qui propose même un code et une stratégie de relation avec ses beaux-parents : «J'ai eu exactement le même problème ( ) bien que le futur papa ne soit fils unique. Il est le cadet de deux enfants! Sa soeur aînée (elle a 33 ans) n'a toujours pas d'enfant, elle est mariée depuis 5 ans... Alors, les futurs grands-parents attendaient depuis très longtemps un petit-fils ou une petite-fille! Quand on leur a annoncé ma grossesse, ma belle-mère m'a dit que maintenant j'étais quelqu'un d'important! Comme si avant j'étais de la m...!» ( ) «J'ai encaissé tous les délires dans le style : qu'ils allaient enfin pouvoir pouponner, qu'un enfant allait remettre de la vie dans leur maison Enfin, j'ai vraiment eu l'impression qu'ils se croyaient les parents de notre enfant! Après un cauchemar où j'accouchais et que ma belle-mère m'enlevait mon enfant, j'en ai parlé à mon ami en lui demandant d'aller parler à ses parents! Parce que après tout, c'est nous les parents, eux, seront les grands-parents de l'enfant que nous voudrons bien leur porter, de temps en temps! Mon ami est revenu un soir, après un détour chez eux, il leur a tout dit, tout déballé! Du coup, à chaque fois que ma belle -mère nous relançait sur le sujet, nous changions de sujet! Quand j'ai pu reprendre un peu de force pour l'affronter (mon beau-père ayant bien compris le rôle que l'on attendait de lui, en tant que grand-père!) j'ai engagé la conversation sur le bébé, à notre retour de vacances en amoureux! Ses parents étaient contre notre départ mais nous avons tenus bon et sommes revenus en pleine forme pour les affronter!» ( ) «J'ai dit à ma belle mère que c'était notre enfant, que le rôle qu'elle aurait auprès de lui serait celui que nous aurions décidé! Qu'elle ne serait pas la mère de cet enfant! Qu'elle pouponnerait comme une grand-mère, qu'elle ne serait pas notre nounou! Qu'elle devait se trouver d'autres occupations dans sa vie plutôt que d'envisager trop de choses avec notre fils (et oui, c'est un p'tit mec!). Tout cela a été assez dur à dire, j'étais en larmes, soutenue par mon ami qui faisait en sorte que ses parents ne me coupent pas la parole! Nous avons été volontairement durs avec eux, nous leur avons expliqué les limites de leurs rôles et à chaque dérapage, nous les rappelons!» ( ) «Pour anecdote, ma belle-mère se proposait d'assister à l'accouchement et de nous héberger pendant le temps qu'il faudrait après! (Notre appart est très bien!). Quant à la marraine, elle n'a pas osé, elle avait trop peur que je refuse de le baptiser (je ne le suis pas, moi-même!) Mais elle ne s'est pas gênée pour essayer d'influencer notre choix sur les candidats! A nouveau, nous l'avons remis en place! Et, petit à petit, elle comprend! Si si, et accouchement ou non, maintenant, elle se renseigne, 11

propose d'acheter telle ou telle chose... mais ne prend pas d'initiative sans notre accord!» ( ) «Je pense que nous "assouplirons" tout cela petit à petit, mais, pour le moment, je souffle enfin, je profite des 3 derniers mois de grossesse, je vais commencer à faire la chambre d'arthur (c'est comme cela qu'il va s'appeler!)... Ah oui, à propos, un petit conseil, ne dites pas comment vous voulez le prénommer, moi, j'ai entendu des tas d'horreurs de leur part sur notre choix et même si nous les avons remis à leur place, c'est quand même très blessant d'entendre cela! Donc, ne dites pas le "vrai" prénom choisi! Inventez si vous ne pouvez pas faire autrement, mais ne vous laissez pas faire! Plus vous attaquerez fermement, au début, avec elle, plus vous pourrez "lâcher" quand elle fera preuve de plus de modération! Honnêtement, c'est plus facile dans ce sens! Donc, pour conclure, vous essayer de partir en week-end, en vacances avec l'être aimé pour vous ressourcer et, une fois que vous êtes prêts, hop, à l'attaque!» Et entre belle-mère et beau-fils, est-ce plus facile? Pas forcément, comme le suggèrent différents témoignages et notamment un cas de patience éprouvée du beau-fils Il est vrai que les jeunes parents connaissent, avec leur premier enfant, un profond bouleversement qui leur donne à la fois un sentiment de toute puissance et de grande fatigue. Ce qui peut les rendre irascibles et sensibles à la moindre contrariété. C est ainsi qu ils peuvent sur-réagir aux maladresses de la grand-mère, qui devra être diplomate et accepter d être mise en boite. Ce sera particulièrement le cas de la part des beaux-fils, toujours prêts à comparer leur propre mère à la mère de leur femme comme l exprime non sans humour le père du petit Matthias : «Ce matin, quand mon Matthias de bébé s'est réveillé, je me suis pensé (dans mon for intérieur) que ma journée allait être plus tranquille que les précédentes... En effet, la grand-mère maternelle étant venue passer quelques jours, elle allait s'occuper du gamin, ça lui fait tellement plaisir, et moi, vaquer à quelques occupations.» ( ) «Je désillusionnais vite, j'avais oublié le comportement des grand-mères en milieu différent du leur... [ ] Tout d'abord, une grand-mère, ça boit du café, avec un sucre SVP et ça cherche ses lunettes perdues dans la chambre et retrouvées dans la salle de bain... Puis une grand-mère, ça aime ses petits-enfants et ça perd la mémoire, ça donne une obligation de répéter des : "Non, mamie, le petit n'a pas froid, il fait 24 dans la maison... Non, mamie, le petit n'a pas faim, il vient de biberonner il y a 1/4 d'heure... [ ] Autre particularité d'une grand-mère, ça mange, et, pour tout arranger, aux mêmes heures que bébé. [ ] Bon, j'ai l'air de râler mais en vérité elle est adorable, la mamie, c'est bien là que le bât blesse, je ne peux même pas lui sortir une de ces tirades dont j'ai le secret...» Y a-t-il un bon moment pour devenir grand-mère? La grand-parentalité n est pas un choix. Ce sont bien sur les enfants qui décident d avoir ou non un enfant et à quel moment. La grand-mère ne peut que s adapter à ce qui lui échappe complètement. Quand l enfant paraît, c est toujours une joie, mais une joie plus ou moins bien reçue en fonction de son contexte personnel. Quand la grand-maternité survient au bon 12

moment, elle confère non seulement du bonheur mais aussi une nouvelle identité. Cependant elle peut aussi tomber en même temps que des activités professionnelles, un départ à la retraite, des soucis de santé pour soi, son conjoint ou ses parents, un déménagement ou une séparation Arrivé trop tôt, le petit-enfant peut entrer en concurrence avec un de ses propres enfants, qui deviendra donc son oncle ou sa tante en bas âge! Il peut aussi interférer avec le départ des derniers enfants du foyer sans laisser le temps à la grand-mère de souffler avant de pouponner de nouveau! Il peut aussi modifier brutalement la relation avec des enfants entrés - avec cette maternité ou cette paternité - dans un monde où on ne les situait pas encore. Le petit-enfant peut aussi arriver alors que le couple grand-parental n a pas encore digéré le départ de ses propres enfants. Ce «syndrome du nid vide», responsable de certains divorces tardifs au même titre que la retraite, confronte le vieux couple à lui-même Mais un petit-enfant peut aussi venir trop tard, quand les grands-parents sont âgés, fragiles, voire fatigués et qu ils ont moins d énergie et de patience pour en profiter, pour vivre pleinement ce nouveau rôle tant attendu. En réalité le petit-enfant arrive le plus souvent à la bonne heure. Il est de mieux en mieux accueilli par des grands-mères occupées ou qui l ont été, qui ont dû se battre, ou doivent continuer à le faire, pour leur place dans la vie professionnelle. Elles ont cependant compris, même si parfois avec retard, l importance de maintenir un équilibre entre vie personnelle, vie familiale et vie sociale. Ayant désormais passé l âge de concevoir et d élever des enfants, elles trouvent ainsi, avec le petit-fils ou la petite-fille, une source d équilibre inestimable. Après l arrivée de l enfant Rien ne se fera en un jour. Le petit-enfant va devoir trouver sa place dans le foyer des jeunes parents de façon concentrique. D abord son berceau, sa chambre, ses nuits, son allaitement ou non, ses biberons. Ensuite, très vite, il faudra organiser la présence autour du couffin. C est là que la grand-mère sera naturellement sollicitée. Différentes études ont déjà constaté qu un tiers des affaires de bébé (vêtements, accessoires ), mais aussi un tiers des petits pots et autres nourritures, étaient directement achetés par les grands-parents et particulièrement les grands-mères. A l arrivée de l enfant, c est donc bien un enrôlement de la grand-mère par le jeune foyer qui se produit. Un enrôlement qui tient compte bien sûr des besoins des jeunes parents, mais aussi de la personnalité de la grand-mère et de son comportement. C est dans cet ajustement - entre désirs, réponses et actes - que vont se construire les différents styles de nouvelles grands-mères que nous avons pu définir au fil nos études. En 20 ans, l âge moyen auquel on devient grand-parent s est élevé. Aujourd hui, en moyenne, la femme devient mère à 29 ans et grand-mère à la cinquantaine. Mais en 55 ans, les femmes ont gagné quatorze ans et demi d espérance de vie, et de vie en bonne santé. Justement, la femme de plus de 50 ans est plus jeune aujourd hui qu hier, sur le plan physique et par son état d esprit, de plus en plus complice avec ses enfants et ses petits-enfants. 13

Comment cette nouvelle complicité mère/fille s exprime-t-elle à l occasion de la première maternité de sa fille? Quelles peuvent être les différences de point de vue, voire les conflits explicites ou implicites? C est ce que nous avons voulu comprendre dans cette nouvelle étude : «Grand-mère la première fois». Nos études thématiques - sur les activités faites en commun et les relations à distance, sur la relation entre les grands-mères et leurs petits-enfants adolescents et sur la transmission par la nourriture et le retour de la cuisine - font toutes le même constat : le rôle des grands-parents, et particulièrement le rôle des grands-mères, est très important dans la famille contemporaine. Il est de surcroît personnalisé en fonction du style de grand-mère, du rôle qu elle s est choisi et qui est reconnu par ses enfants et ses petits-enfants. A l occasion de cette nouvelle étude sur les grands-mères, sur le fait de devenir grand-mère pour la première fois, nous avons aussi réactualisé notre étude «grandmère d aujourd hui, grand-mère de demain» qui avait redéfini le profil des grandsmères d aujourd hui et de demain. Même à 70 ans, la femme d aujourd hui n est plus la même qu il y a vingt ans au même âge. Les effets de l allongement exceptionnel de la vie, par l alimentation et les conditions de vie, se ressentent. Trente années d espérance de vie ont été gagnées depuis le début du siècle. Mais surtout, l allongement du temps à vivre en bonne santé s apparente de plus en plus à une nouvelle jeunesse. Ce temps à vivre qui fait reculer la vieillesse bénéficie pleinement aux générations du «baby boom», ces enfants nés après 1945 et qui ont réinventé leur futur d adulte à la fin des années 60 en opposition au «monde ancien». Existe-t-il un nouveau clivage d âge? De fait, selon notre étude, si on devient grandmère en moyenne vers 52 ans, les nouvelles grands-mères se partagent véritablement entre deux tranches d âges : celles qui ont moins de 65 ans et celles qui ont plus 65 ans. A 65 ans, on est généralement impatiente de devenir grand-mère car les enfants sont partis depuis un certain temps déjà, et parce que ses propres amies le sont souvent. De plus, on sent poindre la dernière occasion de revivre, même par procuration, une nouvelle maternité que l on vivra différemment ensuite au grand âge, comme arrière grand-mère. Cette nouvelle grand-maternité peut être l occasion de rattraper le temps que l on n a pas pu consacrer à ses propres enfants en raison d une vie professionnelle plus difficile et prioritaire pour les femmes qu elle ne l est aujourd hui. A 50 ans il en va autrement. C est un fait : active, sportive, mère ou jeune grandmère, la femme de 50 ans est devenue le pivot de la société contemporaine. Il y a toujours eu des jeunes grands-mères, plus encore hier qu aujourd hui, quand les maternités étaient plus précoces. Mais ce qui est nouveau, c est que la femme senior est pluriactive. Elle doit aider à la fois ses propres enfants et ses parents, s assumer seule, et garder sa capacité à séduire et refaire sa vie, ce qu elle hésite de moins en moins à faire, même au risque du célibat. Néanmoins, nous avons noté un point commun : une plus grande indulgence, quel que soit l âge. Hier, une mère se permettait de juger, non seulement sa fille ou son fils, mais aussi ses conjoints, et pouvait rompre les ponts si une naissance 14

intervenait contre son gré, notamment avant un passage devant monsieur le maire, ou dans le cas d unions mixtes. De façon générale, les femmes étaient des freins à l émancipation des femmes. On ne quittait le foyer que pour fonder son propre foyer, la femme ne travaillant pas et restant mariée toute sa vie. La grand-mère était alors une icône, une femme respectée qui se consacrait à son métier d aïeule, à ses confitures mais aussi et à ses principes d éducation. Image d un autre siècle? Pas tout à fait. Lors de notre enquête, nous avons rencontré des grands-mères qui, même avec beaucoup d affection, perpétuent ces principes qui renvoient à des images d Epinal. Et il n est pas sûr aujourd hui que ce modèle conservateur ne subsiste pas, avec ses références ancestrales, et ne puisse donc être encore perpétué. Ainsi, Dominique, 54 ans vient d être grand-mère pour la première fois et nous exprime sa volonté d être «une grand-mère très classique, qui raconte des histoires et fait des confitures». Mais comment faire quand l union libre devient le préalable d un mariage en déclin, quand un enfant sur deux naît désormais hors mariage, que huit jeunes mères sur dix travaillent et que un mariage sur deux a des chances de se transformer en un divorce, dont le nombre a quadruplé entre 1960 et 1995? Dans le même temps, la famille a changé. Tout d abord, même si la famille est plus restreinte qu hier, avec moins d enfants par foyer, elle compte de plus en plus souvent quatre, voire cinq, générations vivantes. C est ce que l on nomme la «famille verticale», en référence à la pyramide des âges, qui devient une tour en l occurrence! Ensuite, le foyer n est plus synonyme de ménage (au sens conjugal) car les familles monoparentales ne sont plus rares. Les couples recomposés non plus, qui réinventent même de plus en plus les «familles recomposées nombreuses» avec des enfants de trois ou même quatre lits différents. Et puis le célibat peut être un choix de vie, notamment urbain, même s il n est pas érigé en modèle. Ainsi, nous sommes passés en deux générations, en une cinquantaine d années, d une famille qui encadrait et interdisait, d une famille morale, à une famille souple, choisie, relationnelle, où chacun peut être lui-même tout en étant avec les siens. La clé d une grand-maternité réussie réside dans la recherche de la bonne distance avec ses enfants. Le petit-enfant qui arrive capte le monde qui l entoure. Dès la grossesse, les plans s échafaudent. Et l arrivée du petit-enfant est aussi une épreuve de vérité pour la famille. Pour le couple, c est évident. Il va moins sortir, se recentrer sur le berceau, découvrir un autre rythme, de nouvelles priorités, de nouvelles inquiétudes. Mais cette épreuve de vérité vaudra aussi pour toute la famille, et bien sûr pour ses propres parents. Qui va venir à la maternité? Faire quels cadeaux? Puis, qui va garder le premier l enfant roi? A la naissance, et au cours des premiers mois du nourrisson, les jeunes parents font moins appel à leurs propres parents. D abord parce que l accueil, les soins, l hygiène et la nourriture du tout-petit sont de plus en plus maîtrisés par les jeunes parents. Ensuite parce qu ils affirment aussi par ces soins leur autonomie, une autonomie dont 15

ils sont jaloux. Mais dès que le congé de maternité est fini, et quels que soient les modes de garde choisis ou possibles, les grands-parents vont - au quotidien, pour le week-end, les vacances ou même occasionnellement - être sollicités. Il faut en effet concilier au mieux le travail de la mère et la garde de l enfant. Et seule une petite minorité des besoins de garde publique des enfants de moins de trois ans sont satisfaits. C est là que la grand-mère, et particulièrement la grand-mère maternelle, entre en scène. Car les lignées féminines reviennent en force, dans un rôle d attention, de soin et de veille porté au petit-enfant, un rôle qui a la garantie de survivre aux hasards de la vie comme à un avenir incertain de l union du couple. La plupart des grands-mères rencontrées ont la responsabilité de leur petit-enfant au moins une fois par semaine, si ce n est plus. D autres ont même décidé de «se mettre à temps partiel» ou plus radicalement de «s arrêter de travailler» pour s occuper de leur descendance. L importance de la présence et de la contribution qu elles apportent vient aussi de la demande des jeunes mères elles-mêmes. Elles ont besoin de plus d aide que par le passé pour concilier carrière professionnelle et vie familiale : «c'est ma fille qui m a imposé la garde de la petite au début» raconte Mireille, «c'était très important pour elle que je sois avec cette petite-fille très vite et je l en remercie.» Même si nous avons employé le terme de vigilance, dans lequel pointe la vigie, la garde n est pas - et ne sera jamais - une garde de surveillance, mais plutôt une garde de bienveillance. Bien sûr, tout dépendra du style de grand-mère, de sa disponibilité, de sa proximité géographique, de la qualité des relations entretenues et préservées avec ses propres enfants comme des relations nouées avec leur conjoint ou conjointe. Cela dépendra aussi des moyens du jeune couple. Celui qui pourra avoir une assistante maternelle, voire une employée à domicile, sollicitera moins ses parents, mais il aura tendance à le faire de toute façon car il est de plus en plus reconnu que l épanouissement de l enfant passe aussi par une relation suivie dès la première enfance avec ses grands-parents. Selon un certain nombre de grands-mères rencontrées, la relation doit se créer très tôt pour qu elles puissent «jouer leur rôle de grand-mère, de confidente et conserver des souvenirs dès la naissance.» Ainsi Mireille considère qu il est indispensable de s occuper vite de ses petits-enfants : «Je fais des petites choses, toutes ses réflexions d enfants, je les ai notées dans un petit carnet qui s appelle «le moi d Avril» (l enfant s appelle Avril) et je vais lui donner quand elle sera grande, je suis un témoin de son développement». De la même façon, Jeannette, 77 ans, entretient très soigneusement les traces de ses liens avec ses petits-enfants par des albums photos qu elle fabrique, pour chacun d eux, en y incluant ses commentaires et des descriptions sur le contexte de la photo. Et puis, dès la retraite, ou dans le cas de grands-mères au foyer, les grandsparents occupent des espaces de temps auxquels les actifs n ont pas accès, et notamment le temps de loisir : les instants privilégiés au parc, les sorties d écoles, les temps rêvés du petit-enfant, son goûter, ses émissions télévisées de dessins animés, ses jeux, ses gourmandises Rapidement, la grand-mère peut ainsi faire partie de l univers familier de l enfant et même occuper une place privilégiée sans avoir à faire preuve d une autorité contraignante et en recevant une tendresse sans mélange, qui pourra faire défaut à des parents chargés de contraindre l enfant à 16

manger, à se tenir bien, à se coucher et à se lever à l heure. «Je ne prépare pas de petits plats, je préfère les emmener au Mac Do», nous confie Jacqueline, 60 ans, qui a des relations très privilégiées avec ses petits-enfants, «je suis la seule à faire sortir ma petite-fille de sa grotte et je suis contente d avoir cette complicité». Mais l échange reste important entre la grand-mère et la mère ou le père de ses petits-enfants. En effet, de la qualité de cette relation dépend la quiétude de la grand-mère, facilement inquiète, et soucieuse de bien faire. Ainsi, l heure à laquelle il faudra reconduire et remettre l enfant à ses parents sera attendue, comme les paroles crues du jeune enfant qui ne se privera pas de commenter le temps passé chez mamie comme un jeu. Il saura utiliser les moindres et les plus inattendus détails révélateurs ou provocateurs, comme «c était meilleur chez mamie» après avoir goûté un plat servi ou préparé par sa mère avec amour ou «chez mamie j ai le droit» en réplique à toute contrainte. Cette vigilance se conjugue avec une plus grande solidarité des lignées féminines. N oublions pas qu aujourd hui encore, le noyau dur des tâches domestiques (vaisselles, courses, ménages, lessives, soins matériels aux enfants) repose toujours, pour 80% de l ensemble, sur les femmes. Dans le couple, c est la femme qui prend en charge les deux tiers des tâches (26 heures) et l homme un tiers (13 heures). La charge parentale représente à peu près 39 heures par semaine, c'est-à-dire l équivalent d un temps de travail à temps complet (avant RTT). Si 80% des femmes travaillent, elles ne sont plus que 55% à le faire avec 3 enfants. Si nous sommes passés du péjoratif filles-mères aux foyers monoparentaux, si le droit de maîtriser sa fécondité et de ne plus vivre par procuration est bien une conquête de la seconde moitié du 20 ème siècle, ces droits et ces valeurs restent fragiles à l échelle d une société et mérite d être rappelés sans cesse. Longtemps, les femmes elles-mêmes ont été un frein à l émancipation des femmes et il aura fallu attendre trois générations de femmes libérées pour inscrire les droits de la femme dans les mœurs. Alors, même si nous assistons à la disparition de la ménagère de moins de 50 ans, à la fin du vide mental cher aux lessiviers, aujourd hui, les inégalités de salaire et de travail domestique entre les hommes et les femmes restent fortes. Ainsi, Mireille se sent beaucoup plus proche de sa fille depuis la naissance de sa petite-fille : «Nos relations se sont consolidées à la naissance, la petite est l élément fédérateur.» Le petit-enfant permet de dépasser les contraintes liées au lieu d habitation, aux horaires et aux conditions de travail, aux habitudes quotidiennes comme aux normes bourgeoises, mais aussi à un certain nombre de contraintes morales issues de tous milieux et héritées de différentes générations. A la croisée de multiples attentes, le petit-enfant trouvera donc encore mieux son statut affectif auprès de sa grand-mère qui lui offrira une sécurité affective lui permettant d affronter les aléas souvent inévitables du couple de ses parents. En effet, les grands-parents représentent souvent une certaine stabilité : «les enfants ne nous voient pas se disputer et ils m ont déjà dit Vous, vous n allez jamais vous séparer!» nous raconte Jacqueline. 17

Avant tout, un sentiment d accomplissement dans la continuité : la satisfaction de transmettre La naissance du petit-enfant apporte aussi, avec un minimum de recul, dans le calme et au plus profond de soi, une grande plénitude à la grand-mère car elle exprime un sentiment d accomplissement. Ainsi, ce témoignage d une grand-mère que cette naissance a rendue extrêmement heureuse : «C était un rêve. Je me suis sentie en sécurité. Si je disparaissais, je ne laissais pas mon fils tout seul. La lignée continuerait et j allais pouvoir transmettre.» Ce ressenti lui donne aussi un sens et une conscience du devoir et de son rôle à venir. En effet, dans son cas, elle craint beaucoup pour l avenir de ses petites-filles et se demande comment elles vont vivre dans une société actuellement désespérée. Elle se déclare même très anxieuse pour l avenir de ses petites-filles plus que pour ses propres enfants qui ont déjà tous une situation. Le rôle des grands-mères est aussi renforcé par les besoins de garde des mères actives et par la primauté des lignées féminines dans le soin et l éducation des enfants. Ces lignées féminines jouent un rôle de filet de sécurité et de prévenance dans les métamorphoses de la famille. Les grands-mères se préparent à affronter le temps et les métamorphoses de ses petits-enfants, et, s il le faut, à aider les parents isolés, surmonter des séparations et des divorces et maintenir des liens par-delà les recompositions familiales. D où une attitude nouvelle. La grand-mère prend conscience de l importance de son rôle de prévenance, de vigilance et même de prévention. Elle occupe une place qui est reconnue par le jeune couple, même si celui-ci tient à garder son autonomie. Son rôle peut devenir central dans les besoins et dans les aléas du jeune foyer mais aussi à l approche de la pré et de l adolescence du fils ou de la fille. La grand-mère n hésitera plus alors à entrer en différent avec ses propres enfants au nom de son nouveau rôle de vigilance. Elle est une source d aides nouvelles mais aussi d ajustements nécessaires pour éviter des conflits potentiels, par delà les décompositions et les recompositions familiales. Beaucoup de jeunes grands-mères seront arrières grands-mères et même centenaires. La naissance du premier petit-enfant est d autant plus un instant de plénitude et d accomplissement du lien : celui de la descendance. Alors que la vie s allonge et que les âges successifs en défient le cycle, le jeune enfant agit comme un phare qui éclaire et apaise le futur, celui de ses parents, mais aussi aujourd hui celui de ses grands-parents. Sa grand-mère sait dès le début qu elle l accompagnera avec tendresse et disponibilité jusqu à sa maturité, jusqu au bout de ses propres forces. Son petit-fils ou sa petite-fille sera son message d espoir et révèlera un double parcours de vie, un passage de relais, la perpétuation et le triomphe d un amour qui se renforce entre des générations qui se multiplient. Devenir grand-mère pour la première fois aujourd hui est très différent d hier, de ce qu ont vécu ses grands-parents mais aussi ses propres parents. L annonce de la grossesse et la première visite à la maternité ouvrent une nouvelle étape de l existence, vis-à-vis de ses enfants, comme du petit-enfant qui vient de 18

naître. En France, un quart des mères qui ne gardent pas leur enfant de moins de 3 ans le confient quotidiennement aux grands-parents ce qui représente environ 300 000 bébés. De façon presque systématique, la grand-mère maternelle est en première ligne. Et de fait, oui, elles ont eu le trac les grands-mères que nous avons interrogé en devenant grand-mère pour la première fois. Peur de ne pas être à la hauteur, conscience de leur rôle à venir, instant de vérité dans la relation à leurs propres enfants, difficulté à trouver la bonne distance. Que dire de mieux? En 2005, 807 000 mères ont accouché, rendant leurs propres mères grands-mères. Parmi elles, de très nombreuses femmes donnent aussi naissance à des «grandsmères pour la première fois». Ainsi, sur 16,1 millions de couples en France (données 1999), 53,9% n avaient pas d enfants et 20,6% n avaient qu un seul enfant. Comment se prépare-t-on à ce nouveau rôle? Quelles conséquences a-t-il sur la relation mère/fille et mère/fils? Comment la nouvelle grand-mère trouve-t-elle sa place dans la nouvelle organisation familiale? Comment vit-elle cette grand-maternité? Comment s exprime cet épanouissement individuel, cette attention marquée pour le petit-enfant? Il était donc nécessaire de redéfinir ces rôles et même de les préfigurer pour l avenir. C est ce que nous avons commencé à faire à travers ces différentes études. Toute nouvelle grand-mère doit donc trouver son propre style. A l époque de la comtesse de Ségur, le rôle de grand-mère était bien défini! Il aura fallu attendre les années 1960 pour que des sociologues précurseurs observent cinq grands styles de grands-mères : Le style formel de celles qui se conforment à un rôle traditionnel et hiérarchique avec les petits-enfants, tout en étant présentes. Les grands-mères distantes que l'on ne voyait qu'à l'occasion des fêtes et des événements familiaux. Les réservoirs de l'histoire et de la sagesse familiale, que représentent des grands-mères plus investies dans la transmission à leur descendance. Les substituts parentaux, investies d'un rôle plus large, éducatif, semblable à celui des parents. Les "amuseurs, compagnons de jeux", plus proches des enfants avec lesquels se sont développées des relations plus ludiques. Les deux derniers types de grands-mères qui étaient alors minoritaires se sont développés trente ans plus tard : les substituts parentaux en raison de l augmentation des divorces et des familles monoparentales, et les amuseurs, à la suite du changement des mœurs et de l assouplissement des modes éducatifs. Le style formel, qui était le plus répandu, n est plus guère représenté, les réservoirs de sagesse non plus, tandis que le mode distant, bien que minoritaire, demeure. 19

Styles de «nouvelles grands-mères» A l aube du XXIème siècle, l évolution se poursuit et il existe mille et une façons d être grand-mère; ce rôle devenu flou, ayant perdu ses repères normatifs, offre plus de liberté d innover. «Ma grand-mère, je la trouvais moche, elle avait des poils sur le visage, peut-être que je représente la même chose pour ma petite-fille, en même temps, je ne me vois pas comme une mamie-nova» nous confie Mireille. L image stéréotypée de la vieille dame au chignon, tricotant au coin du feu, a fait place à de nouvelles façons jeunes et originales d être grand-mère, que dénotent les petits noms qui leur sont donnés et qui étaient inconcevables chez leurs aïeules. «Le nom choisi pour la nouvelle grand-mère est mi-li ou mamie-li» nous dit Kathie, 27 ans, qui vient d avoir un petit garçon. Il y a bien d autres paramètres : l âge de la grandmère, le nombre et l âge des petits-enfants, le fait d être ou non expérimentée dans le rôle Il y a aussi la personnalité de la grand-mère qui joue, son caractère plus ou moins anxieux, plus ou moins rassuré, qui fera qu elle «panique» ou qu elle est «décontractée», qu elle maîtrise plus ou moins la situation. Les petits-enfants de leur côté exercent une influence importante sur leurs grandsmères. Ils l incitent à être comme ils voudraient qu elle soit : le caractère informel de leur relation renforce cette influence car ils n hésitent pas à «la secouer» gentiment, ou à l entraîner dans ce qui les intéressent. Et il y a aussi bien sur, les circonstances familiales qui vont influencer la façon d être grand-mère. Plusieurs styles de grands-mères émergent de cette diversité. A partir des entretiens réalisés dans cette enquête, il se dégage 4 grandes catégories, chacune subdivisée en deux (incluant parfois des variantes), selon que la grand-mère entretient des relations plus ou moins proches ou plus ou moins distantes avec ses petitsenfants : Parmi les très proches, il y a la «grand-mère providence» (et sa variante, «la grand-mère pompier») et les «créatives» de plusieurs styles, dont «la cheftaine» ou «la fée senior». Parmi les trop proches : la «matriarche» et la «mère adjointe». Parmi les assez proches : la «grand-mère cocon» et la «grand-mère émérite». Parmi les figures distantes : «icônes» ou «bibelots», d une part, la «grand-mère indigne» d autre part. Très souvent, les grands-mères sont qualifiées (ou se qualifient elles-mêmes) de «mamies-gâteau», ou même «gaga». Cette manière de dépeindre le fait de gâter les petits-enfants ou d être en extase devant eux s applique à des types variés de grands-mères, qu elles soient plus ou moins présentes. C est aussi le signe de la magie de cette relation et de la joie qu elle apporte aux petits et grands, au delà de la diversité de leurs échanges. Parmi les très proches La «grand-mère providence» (et sa variante, la «grand-mère Pompier») : elle a organisé sa vie au service des autres et en particulier de ses enfants et petits-enfants ; elle fait peu de cas de ses propres besoins, dépense sans compter ses forces et ses 20

moyens, tout en étant discrète, soucieuse de ne pas empiéter sur l autonomie des jeunes ; elle suit la règle d or édictée par Françoise Dolto «être là quand on a besoin d elle, ne pas être là quand on n en a pas besoin». Dévouée, méritante, admirable, elle n est pas rare parmi les grands-mères actuelles. Il y a plusieurs variantes à ce style dont la «grand-mère Pompier». Complètement disponible pour ses enfants et petits-enfants, elle arrive en courant quand il y a un problème. Elle prend en main la maison. Elle est très efficace, elle fait tout et elle est sur tous les fronts. Quand elle part, les boutons sont recousus, le sol est lavé, le linge est repassé, les enfants sont propres. C est une vraie tornade blanche! Généralement elle ne travaille pas et a totalement investi le territoire domestique dans lequel son mari ne s aventure guère. Elle adore s occuper de ses petits-enfants, tout en étant perfectionniste et en ayant besoin d être réassurée, qu on lui confirme que ce qu elle fait est bien. Les «cheftaines» et «fées seniors» sont deux styles de créatives, dynamiques et enthousiastes. La cheftaine rêve d avoir plein de petits-enfants, de faire avec eux du ski, des grandes randonnées, des pique-niques, de les emmener en expédition, les promener dans le désert, à dos de chameau Elle aime entraîner ses petits-enfants en groupe dans des découvertes de toutes sortes, que ce soit dans la nature ou dans des lieux propices à des apprentissages dans le domaine de l art, de la science ou de la culture. La fée senior donne libre cours à sa fantaisie et enchante en permanence ses petits-enfants en les emmenant, telle Mary Poppins, dans des voyages aux pays merveilleux de la créativité. Elle vit pleinement et activement avec eux dans le monde magique de l enfance. Et les trop proches? : Il y a bien sûr l éternelle «matriarche». Avec une forte présence, elle est plus appréciée de ses petits-enfants que de ses filles et surtout plus que de ses belles-filles! Elle sait généralement mieux que celles-ci comment soigner l enfant, ce qu il convient de lui donner à manger et comment cuisiner. Sa méthode d éducation est la meilleure, du moins en est-elle convaincue. De plus, si elle considère, à juste titre, que le petit-enfant a besoin d elle, elle peut oublier parfois qu il est aussi et surtout l enfant de sa mère. Les matriarches ont plus de chances auprès des enfants de leurs filles que de leurs fils. Les belles-filles sont généralement réfractaires à ce style de grand-mère. Comme le confiait une mère : «ma belle-mère appelle mon fils mon bébé, je la reprends à chaque fois c est pas votre bébé, c est mon fils.» Il en découle de sérieux risques de conflits et d éloignement de la part du jeune couple, limitant l accès au petit-enfant à la grand-mère, avec toute la souffrance qui en découle. Mais il y a aussi la «mère-adjointe». La grand-mère qui joue un rôle de mère adjointe, voire dans certains cas de substitut maternel, a auprès des petits-enfants des fonctions éducatives du même ordre que celles des parents. Elle y est le plus souvent conduite par les circonstances, divorce, indisponibilité des parents A la différence de la matriarche, dont le style découle du caractère et de comportements quelque peu envahissants, la «mère-adjointe» n a pas toujours choisi d être aussi impliquée dans l éducation de ses petits-enfants et subit cette situation, même quand elle l assume de bon cœur et en retire de réelles gratifications. Cette situation est délicate à gérer. La grand-mère a une lourde responsabilité, qui peut être stressante. La mère se sent parfois dépossédée de son rôle ou un peu coupable de ne pas 21

pouvoir l assumer davantage. En outre lorsque son aide n est plus nécessaire ou n est plus souhaitable, les enfants ayant grandi ou la mère étant remariée et recherchant plus d intimité avec son partenaire, il arrive que la grand-mère soit congédiée. La séparation avec des enfants qu elle a quasiment élevés peut être très douloureuse. Dans tous les cas le rôle de substitut maternel demande un extrême doigté, un équilibre d autant plus difficile à trouver que rien ne prépare à affronter cette situation Dans les assez proches, nous trouvons la «grand-mère intermittente». Elle navigue autour de la bonne distance, ni trop proche, ni trop loin, sans toujours la trouver. Le plus souvent elle n est pas aussi présente qu elle le souhaiterait, soit qu elle habite loin des petits-enfants, soit qu elle est très occupée par son travail ou de multiples activités, soit encore qu il n y a pas lieu de les voir plus souvent (présence de l autre lignée, organisation de la vie du jeune couple, de la garde des enfants, qui n en laisse pas le loisir...). Elle établit cependant une relation affective forte avec les petitsenfants par des contacts à distance (par courrier, téléphone ou même Internet) ou par l intensité des moments passés avec eux. Elle ne sait pas toujours spontanément quelles activités privilégier, elle est un peu en recherche pour inventer son rôle, lui donner un contenu, elle s informe autour d elle, multiplie les cadeaux et jouets Le lien se construit en marchant, et les petits contribuent largement à le façonner. Quant à la «grand-mère émérite», elle a beaucoup donné, elle a beaucoup aimé ses petits-enfants, qui ont maintenant grandi et lui portent une tendresse particulière. Aujourd hui, souvent déjà arrière-grand-mère, elle est dispensée de s occuper des petits derniers (l âge aidant, elle ne peut plus de toute façon courir après les petits ni crapahuter avec les plus grands ) et d une certaine façon, elle se met un peu en repos. Il lui reste toujours un rôle de confidente, de complice ou de symbole de la famille. Elle offre une écoute bienveillante, sans faire la morale, notamment aux adolescents en mal de vivre, indulgente aux bêtises que peuvent faire petits ou plus grands et prêtant une oreille attentive au besoin de confidences de l un ou de l autre. En ce début de 21 ème siècle, il reste des figures distantes, que nous appelons «icônes» et «bibelots». Ces grands-mères lointaines communiquent peu mais occupent leur place dans la famille. Elles sont représentées, aux yeux de leurs petitsenfants, soit comme des personnages mythiques, des icônes, soit comme des personnages passifs et réifiés, des bibelots. Ces styles appartiennent plutôt au passé mais on les trouve encore aujourd hui dans certaines familles un peu traditionnelles, ou venant de cultures traditionnelles où se maintiennent des modèles formels de grand-parentalité. Ces grands-mères ont peu d échanges avec les petits-enfants, généralement nombreux, sauf sur un mode conventionnel, et ne cherchent pas à avoir de relation personnelle avec chacun d eux, même si elles restent présentes dans le cercle familial. Certaines enfin n hésitent pas à s affirmer comme grand-mère indigne. Prenant délibérément ses distances, elle ne veut pas s occuper de ses petits-enfants : elle considère en avoir terminé avec cette responsabilité maintenant que ses propres enfants sont élevés. Elle a le sentiment du devoir accompli, elle veut avoir du temps libre et se sent le droit de se consacrer désormais à elle-même et à son conjoint. Plus rare est le cas de la grand-mère qui était peu investie dans la maternité, qu elle a subie sans l avoir désirée, et qui ne se sent pas concernée par la grand-maternité. Elle ne s intéresse pas aux enfants quand ils sont petits, mais souhaiterait qu ils 22

s intéressent à elle, une fois devenus grands, un peu trop tard... Elle est avant tout centrée sur son propre bien-être ou sur sa vie amoureuse et personnelle. Dans tous ces cas de figure, l accomplissement de soi est vécu comme antinomique avec la prise en charge des petits-enfants, comme s il y avait contradiction entre l un et l autre. Pour certaines femmes, les rôles d épouse et de mère s opposent. Pour d autres, étonnamment, ce sont les rôles de mère et de grand-mère qui s opposent, comme si un attachement très fort au fils ou à la fille excluait l attachement au petit-fils ou à la petite-fille. 23

Que seront les futures grands-mères? Les jeunes femmes portent sur leurs mères un regard à la fois critique et admiratif. Et quand elles envisagent leur futur rôle de grand-mère, c'est davantage leur mère que leur(s) grands-mère(s) qu elles prennent pour référence. Certains des styles décrits cidessus seront, davantage que d autres, cultivés par les futures grands-mères qui vont aussi inventer leur propre façon de remplir ce rôle. Par rapport à la génération précédente, un grand changement vient d abord de leur plus fort investissement professionnel et d un sentiment plus aigu de leur manque de disponibilité. La plupart d entre elles ont l impression de ne pas pouvoir consacrer aux enfants autant de temps qu elles le souhaiteraient. Elles ont alors tendance à espérer se rattraper, de façon prospective, dans leur future vie de grand-mère. Il n y a pas encore parmi les jeunes femmes, dont certaines n ont que peu d expérience de la maternité (parfois seulement quelques mois), des styles contrastés de futures grands-mères, comme on peut les observer dans la génération précédente. Il y a cependant dans leur vision de la grand-maternité des orientations assez prononcées qui préfigurent ce que pourraient être les grands-mères en 2030. Leurs styles seront donc à la fois en opposition et en continuité par rapport à la génération précédente. On aurait pu penser qu il y aurait une certaine dualité entre celles qui refuseront de s'assumer en tant que "grands-mères" et celles qui, plus encore que leurs mères, valoriseront fortement la grand-maternité. Mais le refus de la grand-maternité n apparaît pas véritablement parmi les jeunes : c est très clairement l aspiration à ce rôle et sa vision positive qui est exprimée par les jeunes mères dans tous les entretiens. La diversité de leurs conceptions de la grand-maternité vient principalement de la manière dont elles se situent par rapport à leur mère, de la perception qu elles ont de sa façon de se comporter avec ses enfants et des excès ou des défauts éventuels à corriger. Ainsi, celles qui trouvent que leur mère est envahissante souhaitent éviter ce travers et être un peu moins présente auprès de leurs enfants et petits-enfants. «J apporte une aide matérielle, un soutien mais j essaie de ne pas être trop pesante, j essaie de contrôler ce que je fais» nous dit Dominique. En revanche, quand la mère est distante, peu aidante, froide, la fille désire donner de la chaleur et de l'affection aux enfants et petits-enfants. C'est l exemple de Catherine, 52 ans : «Je n étais pas très proche de ma mère et j ai hâte de pouvoir m épanouir dans mes relations avec mon petit-fils» Et quand la mère est jugée trop dévouée, qu elle s est sacrifiée au service de la famille, la fille exprime le désir de se consacrer aussi à elle-même. Enfin, quand la relation à la mère est très bonne et exempt de critiques explicites, c est le désir de continuité qui domine. Micheline, 58 ans «essaye d être pareil à sa mère qui représente un modèle très positif de grand-mère». 24

Nous allons bien vers un retour des repères. Comparées à leur mère, les jeunes femmes donnent au rôle de grand-mère des contours mieux définis. Elles acceptent plus facilement de revêtir le statut de grand-mère, sans crainte de sa connotation de "vieillesse". Elles n ont plus besoin de se démarquer du stéréotype désuet associée à la vieille dame au chignon blanc puisque leurs mères ont réussi à le balayer. D'où une revalorisation des noms de grand-mère mémé et mamie qui paraissent même plus doux, plus tendres qu'ils ne l'étaient autrefois et qui sont, pour certaines, préférés aux petits noms qu on fabrique sur mesure. C est même parfois l utilisation du prénom qui semble ridicule, et celui de bonne maman ou grandmère qui paraît plus classe. Micheline souhaite que ses petits-enfants l appellent d un «vrai nom de grand-mère, pas mémé, pas grand-mère, à priori mamie. Grandmère c'est trop distant, et le prénom, c'est ridicule». Leurs mères ont rejeté la norme. Elles, au contraire, la reconstruisent. Après la remise en question du rôle traditionnel par leurs mères, les filles vont donner au rôle de grand-mère des contours mieux définis et qui assume pleinement la position générationnelle. A la différence de leurs mères, les jeunes semblent donc revendiquer pour l avenir un rôle statutaire : «Je veux être un repère dans sa vie, la grand-mère c'est quand même un élément important, c'est le petit plus. Ma petite-fille me raconte beaucoup de choses, je vais au cinéma avec elle, je l emmène à la piscine, au jardin du Luxembourg, des activités de grand-mère, je ne suis pas très imaginative» nous dit une jeune grand-mère. L introduction des nouvelles technologies va avoir un effet de plus en plus important. Les changements qu elles provoquent se traduisent au quotidien : quel que soit le style de grand-mère, son âge ou son implication, les techniques et les moyens d'échange et de communication influencent et influenceront toujours plus sa relation avec ses petits-enfants. Le rôle éducatif et le temps ludique sont désormais conditionnés par les nouvelles technologies. Si le téléphone portable reste réservé aux adolescents et est encore peu pratiqué par les grands-parents d'aujourd'hui, il aura, demain, un rôle important, avec notamment ses nouvelles fonctionnalités d'image et de texte. D autant plus que les futures grand-mères auront été familiarisées avec ces techniques, comme le "texto" par exemple - aujourd hui réservé aux jeunes, demain étendu aux grands-mères - qui traduit bien une nouvelle dynamique de l'échange. Jacqueline «use et abuse des SMS» avec ses petits-enfants de 9 et 14 ans. Et Marie-Pierre, grand-mère de jumeaux à 55 ans, s est achetée une web-cam lorsque ses petits-enfants ont déménagé à Nantes : «Il faut les voir grimacer, s agiter devant la caméra!». Mais, comme un effet de balancier inattendu, Internet favorise le retour inattendu de l écrit : «J aime écrire, j envoie des lettres à mes petits-enfants et je fais des vraies lettres par e-mails, avec un style épistolaire et non le style web», dit Jeanette, 77 ans, et grand-mère de huit petits enfants de 2 à 18 ans. Le siècle précédent aura été marqué par la suprématie du téléphone par rapport au courrier. Avec Internet et "l'e-mail" ou "courriel", une nouvelle ère de l'écrit peut s'ouvrir. La relation épistolaire resserre les liens car elle est par essence individualisée. Elle fait son retour avec la messagerie électronique, après avoir été reléguée par le téléphone. Elle renforcera naturellement la relation avec les futurs grands-parents qui seront euxmêmes bien plus entraînés dans la modernité de ces technologies que ne le sont ceux d aujourd hui. Sans doute pourront-ils aussi mieux rester branchés et proches de 25

l'actualité de leurs petits-enfants. La généralisation des lignes de trains à grande vitesse et la réduction des coûts de transports aériens vont également dans le sens de relations familiales plus étroites. La barrière ou la proximité géographiques sont en effet systématiquement évoquées et conditionnent fortement la relation grand-parentale. Etre grand-mère c est aussi s inscrire dans la permanence d'un imaginaire. «Mon rôle c'est de raconter des histoires, transmettre des anecdotes de famille, partager des souvenirs agréables, faire des promenades, lire des histoires» dit Dominique.Tous ces changements culturels et technologiques n'altèrent pas l'imaginaire lié à la personne des grands-parents, mais contribuent à le nourrir. Les grands-mères continuent à lire, raconter, inventer des contes à leurs petits-enfants, que ce soit à l aide de supports électroniques ou de livres anciens ; elles continueront à leur confectionner de savoureux plats, dont les recettes auront été stockés sur CD ou dans leur mémoire, à fabriquer avec eux des objets hétéroclites, virtuels ou réels, à partager avec eux le souvenir de leur propre enfance et à organiser pour eux des temps de retrouvailles et de fêtes. Le territoire féminin se transforme aussi dans le dialogue entre des générations de femmes. La grand-maternité est au cœur du territoire féminin, celui de la procréation, du soin aux tout-petits, du don de la vie et de son entretien. Elle met en jeu les relations entre générations de femmes. Aujourd hui, dans cet univers très féminin où se retrouvent mères et grands-mères, la nourriture prend beaucoup de place, et cristallise les conflits autant que les complicités. Une jeune universitaire par exemple souhaite d abord transmettre à ses futurs petitsenfants les recettes auvergnates de sa grand-mère et voudrait être appelée, comme cette même grand-mère, granny, surnom qui lui a été donné, non pas pour sa touche anglo-saxonne, mais parce qu elle mangeait beaucoup de pommes! Les conflits autour de la nourriture reviennent inlassablement : quand la grand-mère se voit interdire de nourrir le petit entre les repas et qu elle proteste qu on ne lui laisse même pas donner du pain! Ou quand elle est choquée de l usage des plats cuisinés de sa fille ou belle-fille, plutôt de la bonne cuisine confectionnée maison, etc. La condition des femmes est en pleine évolution et ses changements ne manqueront pas de façonner l exercice de la grand-maternité. Si, dans leur majorité, les jeunes femmes actuelles sont très liées à leur mère, la précédente génération était plutôt en opposition à la mère et à la recherche d'autres images féminines, imaginaires, symboliques ou réelles. Les grands-mères offrent souvent aux unes ou aux autres des éléments de référence. Aujourd hui les jeunes se projettent dans l'avenir davantage en référence à leur mère qu'à leur grand-mère. Surtout quand il y a une forte relation mère-fille, cela laisse moins de place à la grand-mère. Malgré tout les enfants d aujourd hui auront une image de leur grand-mère très forte, bien plus qu aucune autre génération avant eux. A la naissance des enfants, la jeune mère se tourne naturellement plus vers sa mère que vers sa belle-mère, mais on voit bien à travers les différentes histoires familiales que cette règle connaît de nombreuses exceptions. Les belles-mères, devenus grands-mères, sont appelées à la rescousse par des belles-filles en quête de figures maternelles ou en demande de grand-maternage pour leurs enfants. Ainsi, 26

Jacqueline s est sentie «très proche de sa belle-fille pendant la grossesse et étonnamment moins proche de son fils, ce sont les femmes qui attendent!». Dans un autre entretien, un jeune papa nous explique que «depuis la naissance de la petite dernière, les rôles ont été redistribués, il y a deux blocs : mon père, mon fils et moi et les trois nanas, ma mère, ma femme et ma fille». Tout cela dénote une complicité entre générations de femmes, qui est nouvelle et va donner plus de poids aux grands-mères : les oppositions et rivalités entre femmes sont contrebalancées par cette solidarité féminine moderne, qui contribue à la fois à la promotion sociale et professionnelle des jeunes femmes et à la reconnaissance sociale des rôles familiaux. Le partage plus équitable des taches entre hommes et femmes parmi les nouvelles générations et l introduction des hommes dans la vie domestique et surtout dans l éducation des enfants vont contribuer à transformer la relation des femmes à leur progéniture : le père devenant lui aussi nourricier, la mère et la grand-mère seront amenées à développer, en plus de leurs fonctions nourricières d autres aspects de cette relation, plus créatives, plus diversifiées, en recourant à la culture, l art, la vie pratique ou sportive par exemple. 27

L importance nouvelle de l amour entre générations «Ma mère est folle des jumeaux» nous dit Nicolas, 28 ans, «elle est institutrice et a toujours désiré les éveiller à la lecture, il y a tout un rituel concernant les livres et ça marche! depuis qu ils ont un an, ils réclament leur histoire à leur grand-mère». En s imaginant grands-mères, toutes les jeunes femmes pensent à établir une relation privilégiée au petit-enfant, qui soit complémentaire de celle des parents. Elles souhaitent y apporter des contenus très particuliers, en fonction de leurs intérêts, de leurs talents Elles la voient comme l occasion de vivre des moments privilégiés, qui soient précieux pour les petits-enfants comme pour elles-mêmes. S'y ajoute le désir de se rattraper de ce qu'on n'a pas fait avec ses propres enfants par manque de disponibilité. Mireille par exemple n a pas eu de relations «mère-fille» avec sa fille, «elle ne m a jamais appelé Maman» et semble se rattraper par l amour qu elle porte à sa petit- fille : «la petite est devenue une priorité dans mon affect». C'est aussi l occasion de développer des aspects agréables de la vie, que ce soit à travers les sports, les arts, la culture ou la cuisine. S y ajoute le désir assez généralisé de transmettre les valeurs auxquelles on tient ; le plus souvent, ces valeurs portent sur la relation à l autre, le respect, la tolérance, la solidarité Marie- Pierre, 55 ans, voudrait avoir «un rôle d ouverture» qu elle a pas eu le temps d avoir avec ses enfants : «je fais de l humanitaire et j aimerai leur transmettre cet intérêt que j ai pour les autres». Les jeunes femmes ont découvert, en observant leurs propres mères, le prix inestimable de ce lien, que certaines n avaient pas connu, ni même soupçonné Elles en retirent une expérience qui leur donne envie d être des grands-mères et de travailler à approfondir la qualité de ce lien. Certaines ont pu mesurer l influence bénéfique d une grand-mère au cours de la crise d adolescence de leur enfant notamment. Cela implique une confiance mutuelle, une complicité et des confidences de la part de l adolescent avec sa grand-mère, c est-à-dire tout ce qui est si crucial pour eux et essentiel pour prévenir les dérives de l adolescence : avoir un adulte de confiance auprès de qui se réfugier et sur lequel appuyer. L image de la grand-mère confidente, «la grand-mère de La boum, celle qui conduit sa petite-fille chez ses petits copains en coccinelle» est souvent recherchée par nos enquêtés. Ces jeunes femmes ont découvert, à travers la relation de leurs enfants avec leurs grands-mères, la place centrale de la grand-maternité dans la vie familiale et ont développé des attentes très positives à l égard de leur futur rôle de grandmère. Selon un mouvement de balancier, elles aspirent à corriger quelques-unes des tendances "révolutionnaires" de leurs mères, à reconstruire de nouveaux rôles de grands-mères, en assumant plus résolument ce statut, en le revendiquant même, sans craindre d'être conformistes (puisque leurs mères se sont débarrassées du conformisme d hier). Elles sont désireuses de s y investir de façon plus équilibrée que leurs mères, refusant à la fois le trop et le pas assez, tout en introduisant de formidables nouveautés, dans le sens de l'accomplissement et de la valorisation de la 28

relation à l autre, de la créativité, de la modernité avec l adoption des nouvelles technologies et de l expression plus libre du sentiment dans le lien intergénérationnel. 29

ANNEXES Exemples de témoignages et de récits - Analyse des propos recueillis sur le net : Les sciences sociales ne doivent pas ignorer le micro-trottoir représenté par les blogs et autres forums qui se multiplient sur le net. C est ainsi qu au sujet de la «restauration sociale et de l équilibre alimentaire», nous avons déjà relevé de très nombreux témoignages, ainsi que des votes et des contradictions qui nous aideront dans notre analyse De plus, la liberté de ton et de confidence est plus grande sur Internet qui est souvent assimilé à un carnet intime. - Enquêtes non directives en face à face sur la base d un questionnaire : Les récits d entretiens qui suivent présentent des analyses de cas qui illustrent ces tendances dans leurs diversités, tout en représentant des cas uniques, irréductibles à des types abstraits, même quand ils s en approchent. Les seize récits qui suivent, sélectionnés parmi les vingt réalisés pour cette enquête, sont tous exemplaires et intéressants. Leur choix est proposé pour illustrer la diversité des situations et des différentes façons de devenir grand-mère. - Recueil d écrits sur le net (forums) Comment annoncer la nouvelle à ses parents «Quelqu un aurait il des idées originales à nous faire partager? merci d'avance, Jérôme» En réponse, ce message de Carole : «Ma propre expérience fut pour la grand-mère un paquet de café Grand Mère + une BD "l'art d'être grands-parents" (le souci c'est que c'était aussi à Noël et que nous lui avions offert une machine à café et elle a pensé que le paquet c'était pour tester la machine et la BD, elle a dit super je ne l'avais pas! Pour le Gand-Père, ce fut aussi la même BD plus un paquet de gâteau Papy Brossard. Pour les amis, nous avons attendu 3 mois, car il semblait prématuré de l'annoncer si tôt, sait-on jamais». 30

L art de la garde par la grand-mère «Notre petit de 19 mois nous pose bien des soucis. En effet, nous travaillons la journée et c'est sa grand-maman qui en a la garde. Lorsque nous le récupérons le soir, vers 17h00, la guerre commence. Pas de signe de plaisir de nous voir, ne veut pas nous donner un câlin, nous tape ou nous lance des objets... Arrivé à la maison, séance de caprices divers = réclame n'importe quoi et si il ne l'a pas dans les 2 secondes, il se met à pleurer et hurler.» «Le bain, encore la guerre, il ne veut pas se laisser laver et rincer, surtout les cheveux, hurle pour le sécher, crie pour le rhabiller. Après le souper, re-hurlements pour lui laver le visage et les mains. Biberons de sirop, il ne cesse de les vider partout, sur lui-même, les animaux, sur nous etc. rien à faire pour l'en empêcher, si on lui retire le biberon il hurle, si on lui met un verre avec un bec c'est la même chose... Lorsqu'on le gronde, il se fait lui même du mal (tape la tête contre un meuble ou sur le sol ou se griffe le visage..) Je vous assure que l'on ne sait plus quoi faire, on a vraiment l'impression d'avoir raté quelque chose et qu'il nous en veut!! Il faut préciser qu'il est très très nerveux et bouge tout le temps, même chez sa grand maman, mais au moins elle, elle a des câlins!! SVP donnez nous vos témoignages ou des conseils!!» «C'est très dur d'avoir cette sensation de ne plus pouvoir faire autre chose que de le disputer et de se sentir à bout de nerfs chaque soir. Encore une chose, que faire pour qu'il arrête d'être méchant avec les animaux, en particulier avec notre chienne, c'est vraiment de la haine par moment?? Petite précision, j'ai congé le vendredi, ce qui fait que je passe 3 jours complets avec lui et malheureusement ça ne change pas grand chose au reste de la semaine. Par chance c'est un bon dormeur (j'ai un peu de temps pour me calmer et reprendre de l'énergie), il fait sa sieste la journée et s'endort»(épuisé) le soir. Mon impression est qu'il est très vite fatigué en fin de journée et c'est là qu'il devient insupportable!!» Le débat, inconvénients et avantages de la garde par la grand-mère Nous avons relevé deux témoignages opposés, un réservé, l autre favorables. Ils reflètent bien le partage des opinions. L opinion réservée «Je ne voudrais pas paraître mauvaise mais là je crois qu'il y a une partie de la solution... La garde par une mamie devrait rester (si on oublie les questions financières etc..;) une solution de secours. Notre fille Elodie a été gardée pendant 4 mois par sa grand-mère car je me suis retrouvée seule (mon ami avait trouvé du travail en Province et moi non) en région parisienne. Elle lui a donné tout son amour, je n'ai jamais rien eu à redire là dessus. Par contre elle la laissait faire beaucoup de choses qu'elle ne pouvait pas faire à la maison. De plus elle ne voulait pas la contrarier. Je ne disais rien car il faut bien que les enfants fassent la 31

différence entre ce qu'ils ont droit de faire chez eux et ailleurs. Elodie était perturbée (éloignement de Papa qui ne pouvait pas rentrer tous les WE (cher)...) Mais au bout de 4 mois lorsque Papa est revenu Mamie nous a avoué que ce n'était pas facile pour elle car elle avait sa vie quand même et ça je le comprends tout à fait. Nous avons trouvé une nourrice et maintenant tout le monde va bien. Le fait qu'il ne te saute pas au cou lorsque tu vas le chercher c'est aussi pour te faire remarquer que tu l'as laissé mais cela ne doit pas t'inquiéter car ils le font tous et c'est l'apprentissage du soi (et non je ne suis pas toujours avec Maman et je suis une personne en tant que telle). Peut être que sa Mamie sans s'en rendre compte essaie de trop bien faire et le couve trop? Et elle comment le ressent elle?» L opinion favorable «Quant au choix de la mamie comme nounou, je crois que c'est quand même l'idéal quand c'est possible. A la mamie de donner des notions éducatives correctes. Ma mère a gardé ma fille aînée et elle devait faire preuve de patience mais aussi d'autorité avec ma petite puce au caractère déjà très affirmé. La mamie lui donnait tout son amour mais la petite gardait des repères d'éducation et en aucun cas la mamie n'essayait de me remplacer. Aujourd'hui, ma fille est très attachée à sa grand-mère à qui elle confie toutes les petites histoires qu'on ne dit pas à maman quand on devient ado et cela me rassure. (bien qu'en ce moment je me sente un peu perdue face à certaines réactions d'ado et j'ai bien envie de demander conseil au groupe). J'ai par contre connu une petite fille gardée par une grand-mère qui lui cédait absolument tout comme pour s'attirer toute l'affection de l'enfant. L'enfant vouait une vénération totale à la grand-mère au détriment des parents et avait un sale caractère et là je pense que ce n'est pas bien pour l'équilibre de l'enfant. Parle avec les grand-parents pour savoir comment cela se passe en votre absence. Avez-vous déjà passé une après-midi chez eux avec votre enfant pour bien montrer le lien qui existe entre les deux maisons, entre les grands-parents et vous, voir l'attitude de l'enfant avec eux, avec vous làbas.» Quelques récits d entretiens avec de nouvelles grands-mères 1er Récit Entretien avec Mireille, le 13 novembre 2006 à 17h Mireille a 59 ans. Elle avait 54 ans quand sa petite fille est née. Elle est divorcée depuis très longtemps. Elle vit dans un studio dans le 14 ème arrondissement, studio dont elle est propriétaire. Elle ne possède pas de voiture. Elle est assistante de direction (cadre). C'est une femme qui fait du sport occasionnellement («pas de manière régulière») et qui a une vie associative très importante : elle est bénévole à Médecin du Monde et chante dans un ensemble vocale. Elle lit beaucoup, regarde 32

moyennement la télévision. Elle aime le théâtre, le cinéma et voyage beaucoup : «je suis une grand-mère normale». Elle possède un téléphone portable, un ordinateur mais n échange pas de mails ou de SMS avec sa petite-fille («elle a pas l âge») Elle fait régulièrement des plats pour sa petite-fille lorsqu elle la garde. («Je la garde une fois par semaine»). Sa fille ne cuisine pas vraiment, peut-être un peu plus depuis qu elle est branchée bio. Mireille n est pas beaucoup chez elle, elle sort beaucoup : «mais j ai un engagement ferme avec ma fille, je garde la petite tous les jeudis soir!». Parfois plus : «ma fille a une activité libérale qu est un peu difficile à gérer avec un enfant, elle vit seule puisqu elle est divorcée aussi». Elle a une fille, Florence et une petite-fille de 5 ans, Avril. Sa fille est en instance de divorce, elle est séparée de son mari depuis maintenant 2 ans. Mireille habite à Denfert-Rochereau, sa fille à Alésia, soit 4 stations de métros (10-15mn) Mireille a encore ses parents. Son père a 80 ans, sa mère 83, ils vivent à Vierzon. Ils ne se voient pas régulièrement mais Mireille considère qu ils sont «proches affectivement». Mireille se sent proche de sa fille surtout depuis la naissance de sa petite fille : «Ça c'est beaucoup consolidé à la naissance, Avril est quand même l élément fédérateur de notre relation». Elles se voient régulièrement mais «c'est pas rituel» : «On va déjeuner parfois chez l homme qui l a élevé, on fait pas tellement de choses ensemble, on boit des cafés, on se voit quand je vais chercher sa fille, on a une relation téléphonique assez fréquente». Mireille considère que son rôle est «un rôle de grand-mère : j ai pas de responsabilité au niveau du résultat de l éducation, je n ai pas d obligation de résultats (rires), je suis très à l écoute de ses désirs mais je ne suis pas une éducatrice, je lui passe beaucoup de caprices et puis je veux être un repère dans sa vie, la grand-mère, c'est quand même un élément important, c'est le petit plus, Avril me raconte beaucoup de chose, j vais au cinéma avec elle, nous avons des activités ensemble, j l emmène à la piscine, au jardin du Luxembourg sur l air de jeux, des activités de grand-mère, j suis pas très imaginative». Pendant la grossesse, tout le monde pensait que ça allait être un garçon, donc elle s est faite à cette idée mais n avait pas de préférence. Pour le choix du prénom, elle n a pas du tout participé mais «Avril lui plait beaucoup» (rires). Le jour de la naissance, elle était à la maternité avec une amie «surtout paniquée par la douleur de l accouchement». Elle n a pas fait de cadeau de naissance, pour les photos, elle a «attendu les photos du photographe de la maternité».(rires) Pour annoncer la nouvelle Mireille n a pas dit «je suis grand-mère», mais «florence a eu une petite fille», «Je ne suis pas rentrée tout de suite dans mon rôle de grandmère (silence)». Par contre son père (adoptif) était complètement gâteux et aujourd hui, il «assure». 33

Depuis cette naissance, ses relations ont beaucoup changé avec sa fille : «elle est devenue mère et on parle de la même chose» et Mireille considère qu elle a un rôle important : «Je crois que j ai un rôle important en tant que Grand-mère, Avril et Florence comptent sur moi, on a institué des rituels qui sont des bonnes béquilles surtout que Florence a besoin de temps libre» C'est sa fille qui a tenu dès le départ à ce que Mireille ait une relation avec la petite, «c'était très important pour elle que je sois avec cette petite fille tout de suite». Les difficultés de sa fille sont surtout arrivées après la séparation d avec son mari : «quand elle était mariée, ils se sont bien débrouillés, c'était plus simple». Avec le beau-fils, il y a eu des difficultés pendant le divorce, avant ça ne se passait plutôt pas trop mal mais «la belle-mère à la chapeau idéal de l emmerdeuse, mais ça se calme, c'est le père d Avril, donc c'est important». Avec l autre grand-mère, c'est pareil mais par contre la mère de Mireille (l arrière grand-mère) entretient des relations avec le père et ses parents : «ils s entendent bien mais pas moi, je dois pas être très famille en fait» (rires). Les interventions auprès de sa petite-fille se sont faites à la demande de sa fille mais maintenant ça devient «une nécessite, quand je ne la vois pas pendant 15 jours, elle me manque, elle a eu raison ma fille, maintenant c'est inscrit dans mes désirs et mon fonctionnement». Aujourd hui, Mireille considère qu il est indispensable de s occuper vite de ses petitsenfants : «j fais des petites choses, toutes ses réflexions d enfants je les aient notées dans un petit carnet qui s appelle «le moi d Avril» et je vais lui donner quand elle sera grande, je suis un témoin de son développement.» Son travail ne perturbe pas trop son rôle de grand-mère : «Y a des moments où je ne suis pas disponible mais dans la mesure où je suis très bien organisée pour ça, mais en même temps je ne veux pas en faire trop, qu on me colle Avril tout le temps, il faut que ça me fasse plaisir à moi aussi, faut pas que ça soit une corvée, les grands-mères, c'est pas des nounous, je dois rester dans mon rôle de grand-mère.» En ce qui concerne l éducation de sa petite-fille, elle essaie d intervenir le moins possible «je trouve que ma fille élève très bien sa fille», d ailleurs sa fille ne lui a jamais demandé de conseils. Elle fait cependant quelques remarques à sa fille quant à certaines lacunes : «Avril a beaucoup de mal à dire bonjour, au revoir, les trucs basique de l éducation et c'est pas faute de lui répéter». Sa fille accepte complètement. Elle est aussi déçue par le fait que sa petite-fille ne soit pas très affective «Je lui réclame des bisous mais pas trop car ça peut être très agaçant et puis la grand mère, on ne sait pas comment elle est perçue. Ma grand-mère, elle avait des poils sur le visage, j aimais pas l embrasser donc peut-être que finalement, je représente la même chose pour elle, je ne me vois pas comme une grand-mère vieille mais bon, quand on est petit, on a une autre conception des adultes» (rires). Pour l instant, il n y pas d autres petits-enfants et il n y a rien de sur mais Mireille aimerait bien, elle commence à y prendre goût. Cependant, elle trouve que ce n est pas évident d être jeune grand mère. Toutes ses copines ne le sont pas encore, elle a d ailleurs été maman jeune «je me retrouve encore une fois décalée, ça va venir mais faudrait que les autres se magnent» (rires). Elle n est pas encore une grand-mère âgée donc n imagine pas ce type de rôle. 34

Plus généralement, elle n a pas du tout eu l impression de revivre l enfance de sa fille à la naissance d Avril «j étais enceinte j avais 17 ans, Florence en avait 33 donc elle avait bien mûrie sa réflexion, je n étais pas dans le désir, ça veut pas dire que j ai pas aimé ma fille alors qu elle c'est un acte conscient, délibéré, choisi». Sa grand-mère maternelle avait 8 enfants et donc beaucoup de petits-enfants donc les relations étaient très différentes : «c'étaient des relations d un groupe d enfants à une personne». Elle trouve d ailleurs que la situation des grands-mères a énormément changé : «Il y a une implication, une sollicitation plus grande de la part des enfants aujourd hui.» Mireille pense avoir donné à sa petite-fille un certain sens de l humour et se sent utile aussi au niveau du travail scolaire et de la culture. De plus Mireille a été mère très jeune et n a jamais eu de véritables relations mère-fille, ce sont parents de Mireille qui se sont occupés de sa fille pendant des années : «ma fille ne m appelle pas maman». A l avenir, Mireille improvisera. «Mon souhait le plus cher ça serait de pouvoir l aider matériellement parce que c'est pas évident pour les jeunes. Donc j aimerai bien pouvoir lui laisser quelque chose. J aimerai qu elle soit bien, qu elle garde cette joie qu elle a.» Anecdotes : Elle m a dit un jour, «tu sais maintenant je t aime». Je lui répond «ah, avant tu ne m aimais pas» et elle m a dit «oui mais maintenant je t aime». On était toutes les deux dans le métro, elle parlait à une dame (car elle parle à tout le monde) et la dame descend et Avril lui dit, «j peux venir avec toi», la dame dit, «non toi tu restes avec ta famille» et elle m a regardé d un air et a dit à la dame, «mais c'est pas ma famille, ma famille, c'est Florence et Stéphane»! 2e récit Jacqueline a 60 ans, elle avait 46 ans à la naissance de sa première petite fille. Active, elle fait de la gymnastique, participe à un atelier d art et à des sorties culturelles. Elle aime aussi lire, faire des mots croisés mais ne regarde jamais la télévision. Elle pratique depuis longtemps l ordinateur (elle était secrétaire) et use et abuse des SMS avec ses petits-enfants. Elle est presque toujours joignable. Elle est retraitée et vit à la campagne avec son mari dans une maison toute proche de celle de son fils. «C est très commode dit-elle : s ils vont faire des courses, ils téléphonent en nous disant : les enfants sont tout seuls. On n y va pas mais on est là. En cas de problème, on y serait en cinq minutes.» Elle n a qu un fils mais «heureusement deux petits-enfants». Ils ont 9 et 14 ans. Elle était contente que le premier soit une fille. Ils étaient tenus au courant des hésitations concernant le choix du prénom tout au long de la grossesse. Finalement elle adore celui d Emma qui a été retenu! Elle ne leur prépare pas de petits plats, elle préfère les emmener au Mac Do. Elle revit avec émotion l annonce de la première grossesse. 35

Son fils affirmait depuis longtemps qu il ne voulait pas d enfant. Un jour, il les invite pour voir son nouvel aspirateur et leur annonce la nouvelle en leur demandant de ne pas faire de commentaire! Le grand-père avait les larmes aux yeux! Pourtant il est moins proche d eux. Il reproduit l attitude un peu distante qu il avait avec son fils. Il ne veut pas être envahi. Il n est pas à l aise avec les enfants, surtout avec les bébés. Il ne les a emmenés se promener que lorsqu ils ont marché. Proche de sa belle-fille pendant la grossesse, elle a l impression d avoir partagé l attente et ainsi de l avoir aidée. Etonnamment elle se sentait moins proche de son fils. «Ce sont les femmes qui attendent!» Lorsque le second est arrivé, elle a aidé matériellement en gardant l aînée. A la naissance, elle a offert deux gourmettes : une en or à la mère, en argent à son fils. Elle a téléphoné à tout le monde avant d envoyer des faire-part. Elle veut avoir un rôle d écoute, de confidente. Emma en ce moment entre dans la pré-adolescence. Elle passe de longs moments dans sa chambre, après avoir claqué la porte! Son fils fait remarque (un peu agacé) qu elle seule «la fait sortir de sa grotte». Elle est contente de son rôle de complice. Elle sait que s il arrivait un problème chez son fils,les enfants trouveraient refuge chez eux. Ils représentent la stabilité. Les enfants ne les voient pas se disputer. Ils ont déjà dit : «vous, vous n allez jamais vous séparer!» Elle fait très attention à ne pas s imposer. Elle ne donne pas de conseils. Elle attend que ça vienne d eux. Pour l école par exemple, elle n est pas toujours d accord mais elle ne dit rien! Elle fait parfois travailler la petite quand elle la garde. C était différent avec ses grands-parents. Il y avait plus de distance. Le respect était plus important que l affection. Les enfants n avaient pas la parole comme aujourd hui. Quand son fils est né, sa mère était très malade et celle de son mari habitait en Bretagne. Elles ont disparu très vite. Il n en garde aucun souvenir. Elle vit mieux son rôle de grand-mère que celui de mère. Les grands-parents n ont que le bon côté des choses. Ils n ont pas la responsabilité assumée par les parents. Elle a dans la tête une image idéale. Impossible d y ressembler quand on les a au quotidien. Par exemple elle se souvient de la culpabilité ressentie lorsqu elle a donné la première fessée à sa petite fille qui se roulait sur le trottoir et ne voulait pas marcher. Cela a dû arriver pour son fils elle ne s en souvient pas. Les enfants l appellent mamie. Elle aime bien. Elle se sent jeune. C est mieux. Il faut être en bonne forme physique, avoir de l énergie. Ca change peut-être après. Pour l instant elle les emmène, seule en vacances à tour de rôle. Elle adore cela et ils sont très demandeurs. Elle n est jamais partie seule avec son fils. Elle arrive de Center Park. Aucun problème. Il faut dire qu elle n a pas obligé à manger tel ou tel plat, à se coucher à heure fixe etc. C était un moment entre parenthèses. Dans l avenir, elle voudrait qu ils soient heureux,équilibrés,qu ils sachent s adapter et être heureux des choses simples. Elle voudrait leur transmettre ces valeurs-là. Elle est un peu inquiète pour eux. Elle se souvient qu à la naissance d Emma, celle-ci a dû être hospitalisée pour être opérée.elle a ressenti cela comme une déchirure. Mais alors que son mari n a pas supporté d aller la voir,rien n aurait pu l en empêcher. 36

Elle est d ailleurs «tombée dans les pommes» en voyant tous ses tuyaux mais elle y est retournée tous les jours. Elle ne s est pas sentie vieillir en devenant grand-mère. Elle pense qu elle «prendra un coup de vieux» quand son fils sera grand-père à son tour. Alors là elle passera le relais. 3e Récit Marie-Pierre a 55 ans à la naissance de ses petits-enfants : Jules et Albain. Elle a deux fils. Ce sont les enfants de l aîné Institutrice, elle est mariée et vit dans un appartement en banlieue parisienne. Elle se souvient très précisément de l annonce de la grossesse. Son fils et sa bellefille avaient mis les formes. Venus en même temps que des amis passés à l improviste, ils sont partis et revenus pour que l annonce garde un caractère cérémonieux. D un seul coup ils ont su que des jumeaux étaient attendus et que c était deux garçons. Son fils avait attendu que ce soit sûr pour l annoncer. Double annonce double joie! «On ne se rendait absolument pas compte du parcours du combattant des parents de jumeaux!» Pendant la grossesse, elle a peu d échanges avec sa belle-fille qui n est pas expansive. Son fils téléphonait régulièrement mais pas plus que d habitude. A la fin elle et son mari ont aidé pour les courses car sa belle-fille était très fatiguée. S il n y avait pas eu d inquiétude pendant la grossesse elle fût bien là à la naissance! «Nicolas nous appelle un jour à deux heures du matin pour nous dire qu ils partaient à la maternité. Elle n était qu à sept mois et demi. C était beaucoup trop tôt! Les bébés ne sont arrivés que le lendemain à dix-neuf heures!» Aucune nouvelle de leur fils qui était en salle d accouchement. Elle a préféré aller travailler pour «tromper l angoisse». Ils n ont pu les voir que le lendemain matin. Si petits en couveuse. Tout pareils avec leurs petits bonnets blancs mais «bien finis même s ils ressemblaient à des bébés miniatures!». Alors les SMS ont fusés et les coups de téléphone n ont pas arrêtés! Seule ombre au tableau : ils sont restés dix-huit jours à la maternité sans leur mère qui était sortie. Là ce fût dur : elle était tendue, fatiguée, elle devait aller donner son lait. Ils ont été très présents : ils allaient tous les jours à l hôpital. A leur retour, ils ont été photographié «sous toutes les coutures» avec les arrièregrands-parents, les grands-parents, les oncles... Elle regarde régulièrement les photos avec attendrissement : «eux si petits dans les grandes mains des hommes, et sur l une, l œil inquiet de leur mère!» Le grand-père était «aux anges». D abord ils les gardaient chez eux, ils étaient trop fragiles pour être trimballés et il «fallait un vrai arsenal puisque tout est multiplié par deux!» A l époque ils habitaient tout près (un quart d heure en voiture). Ils se relayaient avec l autre grand-mère pour aider un peu. Elle a des «visions d horreur» de cette période : le nombre impressionnant de biberons préparés à l avance pour la journée. L exercice de funambule consistant à les donner en même temps. Elle a ri de la réflexion de son fils «très intello» lui disant : «ce n est pas comme dans les livres!». 37

Heureusement sa belle-fille est très organisée. Ca la rassure. Elle se souvient d elle avec deux enfants rapprochés,elle se sentait plus débordée, moins expérimentée. Peut-être parce qu elle était plus jeune. Elle n avait pas anticipée ce rôle de grand-mère mais elle est ravie. Elle se garde bien de donner des conseils car elle se souvient avoir souffert lorsque sa mère intervenait. Elle ne se mêle pas d éducation. Par exemple elle n achète jamais de vêtement, sachant que leur goût est différent, elle donne de l argent pour en acheter. Parfois elle aimerait bien intervenir mais elle se retient. Pour le baptême, par exemple, elle aurait bien aimé mais elle n en a jamais parlé. Etre jeune lui paraît une chance : «il faut vraiment avoir la pêche! D ailleurs je ne les prends que la moitié des vacances scolaires car j ai besoin d un temps de récupération avant de reprendre la classe!» De leur séjour elle garde pleins de souvenirs drôles : leur réaction lorsqu elle dit : «je raconte une histoire, Ils vont chercher chacun un livre et s installent de chaque côté d elle sur le canapé» Les trésors d ingéniosité déployés pour les obliger à quitter la serviette sur la plage : ils refusaient de marcher sur le sable, alors elle éloignait de plus en plus le seau avec lequel ils jouaient et ça a marché! Quand ils les gardent,s ils n interviennent pas en présence des parents,là ils font ce qu ils veulent! Au début le plus dur c était la nuit car ils se réveillaient «par roulement!» Elle revoit son mari jouer des berceuses au piano à 4 heures du matin,ou promener celui qui ne voulait pas dormir à l aube dans le jardin car seul le mouvement des feuilles des arbres l empêchait de pleurer! Elle se souvient de son premier acte d autorité. L un des deux voulait manger tout seul. C était de la soupe trop liquide,elle n avait qu un pyjama.elle l a sorti de sa chaise haute,l a mis seul dans sa chambre,a compté une minute,l a remis dans sa chaise et il a mangé sans rien dire,étonné de ce qui lui était arrivé. Elle était fière. S il arrivait quelque chose dans le couple de son fils ce serait une catastrophe. Pour ses parents âgés aussi, ils sont «boostés» par les jumeaux. Sa mère ressort depuis la naissance. Déjà lorsqu ils ont déménagé à Nantes ce fût dur! Ils sont à deux heures de train mais avant elle les gardait tous les mercredis. Elle a peur de ne pas les voir changer «à vue d oeil!» Ils ont acheté une web-cam. «Il faut les voir grimacer, s agiter sous le regard plutôt indifférent des petits qui ne se rendent pas encore bien compte!» Elle y va dès qu elle peut. Pour l instant elle raconte des histoires,chante des comptines. Elle a hâte qu ils grandissent pour les emmener au musée,au théâtre. Elle voudrait un rôle d ouverture qu elle n a pas eu le temps d avoir autant avec ses enfants. Elle est très attirée par l humanitaire. Elle a déjà accompagné des handicapés en vacances. Elle aimerait leur transmettre cet intérêt pour les autres. Elle veut les rendre forts, autonomes. Elle se force à ne pas trop les «cocooner» malgré son envie,car son expérience professionnelle, personnelle lui a montré que c était ce qui était le meilleur pour eux. 4e Récit Entretien réalisé à Plounévez quintin dans les côtes d armor, le 5 novembre 2006. Au domicile de la personne, à 13 heures. 38

Catherine est accompagnée de son fils pour l interview. Nous nous trouvons dans la cuisine, lieu de toutes les conversations, dit-elle. ÉTAT CIVIL 52 ans 51 ans à la naissance de Romane Maison propriétaire en campagne En couple, mariée Une voiture Un portable Un ordinateur privé et professionnel Cadre de santé dans un centre hospitalier spécialisé Toujours ses parents : maman 71 ans et papa 83 ans pas proche d eux mais va les voir régulièrement puisqu ils habitent dans le même village Autonomes / ne les aide pas. LOISIRS Marche et piscine Quelques conférences sur la psychologie, thème relationnel Soirées entre amis et visite chez les enfants et la famille qu elle aime Marche après le travail tous les jours Télévision en semaine Cuisine le week end CUISINE N a pas eu l occasion de faire à manger pour son petit fils Sa fille allaite et ne peut donc pas garder son petit fils Sa fille cuisine bien et souvent, comme elle. ENFANTS Sonia 26 ANS paxé née le 02/12/1979 habite Rennes Yvan 25 ANS célibataire né le 12/08/1981 habite Saint Brieuc Roman, son petit fils, né le 13/08/2006 Sa fille habite Rennes Distance 150 KMS entre Plounévez quintin et Rennes Se voit toutes les semaines chez les jeunes parents ou chez la grand-mère Se sent très proche d eux Ne fais aucune différence entre les deux Les voit assez souvent, parfois reproche à son fils de passer en coup de vent Les échanges les rapprochent, avec sa fille, elles font du shopping, avec le fils c est plutôt des discussions diverses. Pendant leur enfance, beaucoup de déplacement avec son fils pour le foot en club Conduisait sa fille à la danse et au piano GRAND MERE /RESSENTI 39

Souhaite intervenir régulièrement pour soulager le couple Pense entretenir un rôle d écoute, passer des moments de complicité avec son petitfils et le conduire à des activités. N a pas mal vécu la nouvelle / très émue du fait que c était sa fille / lien de proximité très fort Rempli de bonheur Ca ne lui a pas foutu un coup de vieux Au contraire elle a envie de garder un certain dynamisme Recommandations auprès de sa fille pendant la grossesse Rôle d écoute et soucieuse de sa forme pendant la grossesse Pas de préférence pour le sexe du petit enfant le choix du prénom ne la regardait pas, n a pas été tenu au courant mais adore le prénom A soupçonnée très vite le début de grossesse de sa fille qu elle a vu malade dans le canapé et a été très émue quand sa fille lui a annoncé officiellement la nouvelle NAISSANCE DU PETIT-FILS Le beau-fils a annoncé la naissance à 10 H30 par téléphone Le lendemain matin elle a vu le bébé à partir de 13 heure à la maternité de saint brieuc La première arrivée avec son fils Un cadeau bouquet de fleur pour les jeunes parents Après elle a offert un baby relax Oui photo le jour même avec le bébé Pas présente le jour de l accouchement A jugé que c était trop intime et qu il fallait laisser le couple tranquille Dans la matinée, elle a transmis la nouvelle aux arrières grand parents, aux grandes tantes, et aux amis proches Grand père a montré très peu d émotions Très distant RELATIONS MERE/ FILLE toujours proche de sa fille Passer deux ou trois jours avec les jeunes parents pour le repassage et le ménage Sa fille se trouve un peu submergée et un peu de spleen Relation avec le beau fils égale à la relation d avant Vis à vis de Romane, le jeune papa montre plus d émotions Rapport avec l autre grand-mère peu proche Elle tient à ses distances avec l autre grand-mère pour conserver de meilleurs rapports Ne pense pas s entendre avec l autre grand-mère comme avec une copine De sa propre initiative avec leur accord Se souci du dérangement possible ne veut pas s immiscer dans leur vie de famille Sa présence est appréciée de la part de sa fille et de son gendre 40

Oui c est naturel de passer chez eux et aurais voulu avoir une maman aussi présente pendant ses propres grossesses GRAND-MERE JEUNE Son travail constitue un frein à son rôle de grand mère mais en même temps c est normal car elle n a pas a éduqué son petit fils Prend RTT pour voir Romane Sa fille est à la maison pour le moment mais il faudra prévoir des gardes à la reprise du travail N intervient pas beaucoup au niveau de l alimentation et habillement du bébé Est intervenu par rapport à l allaitement une fois et a senti que ça agaçait sa fille Emotionnellement le premier petit enfant a une place particulière Mais la relation avec les différents petits enfants sera égale Etre une jeune grand mère n est pas du tout difficile Ca arrive maintenant et est très contente Etait prête dans la mesure où ce n est pas son choix c est le chois des parents 50 ans c est bien car on est dans un certain dynamisme et possibilité de faire des choses avec lui Remémore ce qu on a vécu pendant ses propres grossesses Les douleurs, contractions connues d avance Avec sa grand mère a eu une bonne relation, complicité assez proche de sa grand- Mère plus que de ses parents Un peu de changement au niveau de l emploi du temps car certains jours de RTT sont mis à disposition de Romane Du bonheur en plus mais professionnellement s investit autant quoique le poste qu elle souhaite occuper va prendre beaucoup de temps et se pose donc des questions Projets perso et pro se poursuivront tels qu elle les voyait avant Romane mais inclus Romane. N anticipe pas l avenir pour son petit-fils c est trop tôt Le 2è témoignage lui correspond. Catherine me confie que cet interview est intéressant et lui a permis de mettre des mots sur ses émotions. SYNTHESE Catherine, 52 ans, cadre de santé connaît depuis trois mois l expérience d une jeune grand mère. Très active, Catherine est prête pour investir son rôle de grand mère. Aujourd hui, elle est sur le point de prendre une décision importante dans sa carrière 41

professionnelle et reconnaît inclure son petit-fils dans son choix. En effet, ses projets professionnels et privés restent inchangés mais ils intègrent désormais le temps qu elle accordera à son petit fils. Ses RTT et jours de repos son mis à profit pour s occuper de son petit enfant et par la même soulager le jeune couple. Catherine vit le moment et a du mal encore a se projeter dans l avenir mais pense fortement entretenir avec son petit fils une relation de confiance basée sur l écoute et l échange. Tous les week-end sont consacrés au petit fils. Par bienveillance et politesse, elle appelle sa fille avant chaque visite et se soucie de ne causer aucun dérangement. Elle ne veut surtout pas s immiscer dans la vie de famille de sa fille. La jeune maman a choisi d allaiter son fils, Catherine ne peut donc pas le garder pour le moment. Elle ne souhaite pas intervenir dans l éducation de son petit fils estimant que cela repose sur les jeunes parents. Plus tard quand sa fille aura repris le travail, il est prévu de faire garder le bébé par une nourrice de proximité. Catherine souhaite aider utilement sa fille pour toutes les tâches domestiques telles le ménage, le repassage Son gendre exprime davantage ses émotions et à la visite de Catherine n hésite pas à ouvrir une bouteille pour fêter encore une fois l heureux événement. Elle ne connaît pas beaucoup l autre grand mère et avoue vouloir conserver cette distance. La proximité des familles dit-elle peut s altérer pour des histoires de gardes ou autres. Catherine, elle-même très proche de sa grand mère, plus que de ses propres parents, a hâte de pouvoir s épanouir dans sa relation avec son petit fils. Enfin, Catherine suggère à son fils de compléter la famille. 5e récit Nicolas avait vingt-huit ans à la naissance de ses fils. Marié à Samantha, ils avaient été très choqués par l interruption involontaire d une première grossesse. Cette fois-ci, ils avaient décidé de ne parler de rien avant le troisième mois. A la première échographie, ils apprennent d un seul coup qu ils attendent deux bébés et que ce sont des garçons! Le choc est rude, même s il était statistiquement prévisible : le grand-père de sa femme ayant un frère jumeau. Ils avaient prévus d avoir au moins trois enfants mais pas si vite! Leur appartement n est pas grand. il est en train de changer de travail. Dans un premier temps, ils ont peur de ne pas y arriver. Il se souvient de l annonce de la grossesse à ses parents et de leur joie! Ils ont toujours eu de bonnes relations, même avant Samantha, avant son départ de la maison. «On s entend bien avec eux. Elle apprécie Samantha et s entend bien avec ma bellemère. On a de la chance! On allait déjeuner presque tous les dimanches avant la naissance des enfants.» Plus jeune il garde surtout le souvenir des vacances communes. Il n avait qu un an de différence avec son frère. Sa mère travaillait à plein temps, son père s absentait souvent pour son travail. Il la revoit courant tout le temps, assez speed. Très vite ils ont plutôt évolués avec leurs copains. 42

«Depuis la naissance, ils sont très présents. Lorsque nous habitions Viroflay, Maman venait tous les mercredis garder les enfants pour permettre à Samantha de souffler. Bien souvent ça lui a évité de péter les plombs!» «Elle est folle des jumeaux. Institutrice au cours préparatoire,elle veille à les éveiller à la lecture. Il y a tout un rituel concernant les livres. Il y a ceux qu ils choisissent parmi les leurs et qu elle raconte et les livres précieux qu ils ne peuvent regarder qu avec elle, qui sont rangés dans notre bibliothèque. Et ça marche! Depuis qu ils ont un an, ils réclament leur histoire. Chacun attend tel ou tel épisode, telle ou telle phrase (impossible de les tromper et de sauter des pages! Il connaissent les histoires par coeur!).» Il est content de cette relation. Leur départ à Nantes a été difficile pour ses parents et pour eux aussi! Mais ils ont choisi de ne pas faire vivre leurs enfants en région parisienne. Sa mère vient dès qu arrivent les vacances scolaires. Quand elle sera en retraite elle viendra plus souvent. Cela va peut-être lui donner envie de s arrêter plus tôt! Il souhaite garder cette relation privilégiée. Lui,a eu la chance d avoir des grandsparents formidables. Ils voyageaient beaucoup et avaient plein d aventures à raconter. «Pendant mes études mon grand-père me savait peu fortuné, alors il a proposé que je lui serve de chauffeur contre rémunération. Je me souviens d un voyage magnifique, en 2 CV, entre Angers et Oléron, de nos arrêts dans les routiers, de nos rires. Finalement ce fut ma première voiture, mon grand-père ayant décrété à soixante dix ans qu il lui fallait quelque chose de plus confortable me l a donnée!» Par contre, il se souvient de sa grand-mère contredisant ouvertement sa mère lorsqu ils étaient petits. Il n accepterait pas que sa mère se comporte ainsi : «l éducation c est de leur ressort!» «Elle n intervient jamais brutalement, mais elle donne parfois des conseils. Par exemple, Samantha avait envie de reprendre son travail mais tous comptes faits ce ne serait pas intéressant. Mais ce qui l a emporté c est quand elle a dit combien elle a regretté de ne pas s être arrêtée quand nous étions petits, combien elle a l impression de ne pas avoir profité de cette petite enfance qui passe si vite. Pour l instant Samantha garde les jumeaux à la maison. Mais nous les avons inscrits à une halte garderie pour qu ils se sociabilisent. Nous avons tenu compte de l expérience de Maman car son avis était dans l intérêt des enfants et dans celui de Samantha.» 6e Récit «J avais vingt-sept ans à la naissance de ma fille. Mes parents (surtout ma mère) n attendait que cela et cela m agaçait! Cette naissance nous a rapprochés même si mon père reste plus distant. Ma mère s entend très bien avec ma femme. Elles se voient en dehors de moi. C est très drôle, depuis qu Emma a grandi,les rôles familiaux ont été redistribué : il y a deux blocs : mon père, mon fils et moi, et les trois nanas : ma mère,ma femme et ma fille. Elle a beaucoup gardé les enfants depuis sa retraite. Elle prend son rôle très au sérieux. Par exemple, elle a bien aidé Emma quand elle a eu des problèmes à l école. Elle a été beaucoup plus efficace que lorsque j ai eu, moi, des problèmes scolaires. 43

Nous avions de nombreux conflits à cause de ma scolarité, elle se fâchait mais n a pas pris les choses en main comme elle l a fait avec Emma. Il faut dire qu elle travaillait beaucoup et rentrait tard. Elle est beaucoup plus sereine depuis qu elle ne travaille plus. Elle a trouvé un équilibre aussi par rapport à mon père. Lui a très peur de perdre sa liberté, alors elle impose fermement mais en douceur! Elle part seule avec les enfants à tour de rôle. C est un moment qu ils adorent. Alors nous invitons mon père à dîner lorsqu elle «l abandonne» pour partir avec nos enfants. C était une génération où ils ne faisaient rien l un sans l autre. Mon père ne sait pas se faire cuire un oeuf. C est l arrivée des petits-enfants qui a changé cela. On peut compter sur eux, matériellement d abord. Nous avons la chance d habiter tout près de chez eux. Alors on sait qu ils jetteront un oeil sur eux, et on est plus tranquilles quand on les laisse. Si on avait besoin d eux plus sérieusement, ils seraient là. Ils nous gâtent beaucoup : restaurants, prêt de leur maison de campagne pendant les vacances mais ils ne nous aident pas financièrement. Par contre ils sont de bon conseil. Par exemple ça nous a rassuré d avoir leur avis quand nous avons acheté notre maison. Nous avons confiance en eux. Ma mère est beaucoup plus cool avec ses petits-enfants qu elle ne l a été avec moi. Emma la prend comme confidente. Finis les horaires imposés et stricts, l obligation de manger de tout, elle est beaucoup plus tolérante, moins rigide pour les choses moins importantes, mais elle reste très exigeante pour les choses essentielles, l attitude envers les autres par exemple, la bonne éducation. Le rôle de grand-mère n a rien avoir avec celui de mère. Elle ne les a qu occasionnellement. En tous cas cette naissance a changé nos rapports. C'est seulement à partir de ce moment-là qu elle m a considéré comme un adulte.» 7e récit Entretien réalisé à Plussulien, village du centre Breizh (22), le 4 novembre 2006. Au domicile de la personne à 14 heures. Nous sommes Samedi, Martine est entourée de ses trois garçons et son mari. ETAT CIVIL Age : 48 ans Age à la naissance du premier petit enfant : 43 ans Vit en couple dans une maison de campagne en location Habite Plussulien Possède une voiture Aide à domicile salariée Quatre enfants trois garçons et une fille ( 28, 27, 25 et 23 ans) le dernier vit encore à la maison. Deux petites filles, 5 et 2 ans habitant à Trévé ( 30 KMS de Plussulien) A toujours sa maman ( 82 ans), très proche d elle. 44

LOISIRS Occupations et hobbys : marche, prend des cours d art floral, lit quotidiennement la presse et magazine «Fémina», regarde très peu la TV. Activités quotidiennes : courses et visite chez sa mère le Dimanche, va voir les match de foot de ses trois garçons régulièrement. COMMUNICATION Ne possède pas de tél. portable, ni d ordinateur. CUISINE Adore faire la cuisine et prépare régulièrement des bons plats comme le pot au feu, bœuf bourguignon, langue de bœuf. prépare des plats aimés par ses petites filles comme les saucisses de Strasbourg mais essaie de varier et d équilibrer les repas. Avoue ne pas faire toujours ce qu elles aiment pour apporter à leur éducation alimentaire. Sa fille cuisine très peu. ENFANTS Yohann, célibataire, 28 ans habite Guingamp Laëtitia, mariée, 27 ans habite Trévé Anthony, célibataire, 25 ans habite Douarnenez Mickaël, célibataire, 23 ans habite chez les parents Justine 5 ans première petite fille Lisa 2 ans seconde petite fille Se sent très proches des quatre et n a aucune préférence. Le dernier habite toujours à la maison. Aimerait voir plus souvent les trois plus grands. Pendant leur enfance, elle les emmenait aux entraînements et matchs de foot. Aujourd hui, elle les suit le dimanche au foot ( surtout le dernier) Toujours très ouverte à la discussion avec ses enfants En tant que grand mère elle a un rôle de confidente et d écoutante envers sa petite fille de 5 ans. C est comme ça qu elle avait imaginé son rôle en tant que Grand-mère GRAND MERE POUR LA PREMIERE FOIS / RESSENTI Elle a ressenti un énorme coup de vieux mais très heureuse pour sa fille. Sa fille a pris les parents un à un dans une autre pièce, maman la première, pour annoncer la nouvelle, un soir pendant le repas avec des amis de la famille. Pendant la grossesse, elle faisait de nombreuses recommandations, conseils pour rassurer sa fille. Elle pense avoir accompagner utilement sa fille durant la grossesse. Elle souhaitait de préférence une petite fille et c est bien tombé! N a pas choisi le prénom mais celui ci lui plaît beaucoup. Elle travaillait le jour de l accouchement, après sa journée de travail elle a rejoins sa fille et sa petite fille qui venait de naître, toute la famille était déjà là, il manquait plus qu elle à la fête. Pour la deuxième naissance, elle avait pris des jours de congés pour être prête pour l événement. 45

A la première naissance elle avait acheté des fleurs pour sa fille et des vêtements pour le bébé. Ont fait très vite une photo de famille regroupant toutes les femmes de toutes les générations. A appelé sa propre mère pour lui annoncer l heureux événement Le grand père était heureux et surtout soulagé que l accouchement se soit bien passé Il est très joueur et taquin avec ses deux petites filles et les emmènent très souvent voir les vaches aux champs. Il participe à l éducation / découverte des animaux et de la nature en général. Tous deux se sentent très heureux dans leur rôle de grand parents. RELATION AVEC LA FILLE Une tutrice passait conseiller sa fille à la maison donc elle ne sait pas du tout occuper de sa petite fille durant les premiers mois. Rien a changé entre sa fille et elle, ni entre son gendre et elle Aucune relation avec l autre grand mère Quand elle intervient auprès de ses petites filles, c est très souvent de sa propre initiative. Sent que ça ne plaît pas tout le temps à sa fille Quand elle gronde justement ses petites filles, sa fille n apprécie pas du tout. Mais cela lui apparaît naturel et juste d intervenir dans l éducation de ses petites filles Sa fille l appelle le plus souvent pour les garder quand ça l arrange Elle est contente de travailler comme ça elle est moins sollicitée par sa fille pour garder les enfants. EDUCATION Ecoute sa fille mais donne aussi des conseils A un rôle d écoute auprès de ses petites filles mais pense qu il est nécessaire d avoir de l autorité car elle ne veut pas devenir leur copine mais bien leur grand mère. Avoue que sa première petite fille reste sa préférée mais ne fera pas de différence avec les autres. Elle hésite un peu et finalement elle ne sait pas exactement comment elle réagira avec les autres petits-enfants. Raconte que sa propre mère préfère aussi l aîné de ses enfants. GRAND-MERE JEUNE Dit que c est très bien d être une grand-mère jeune car avoue qu il faut avoir beaucoup de patience avec les petites. Dit que moins on est jeune, moins on a de la patience Fait beaucoup de déplacements avec elles Pense que ses relations avec ses petites filles auraient été très différentes si elle avait été plus âgée Beaucoup de souvenirs lui sont revenus en tête pendant les grossesses de sa fille Elle-même a très peu connu sa grand-mère, morte très jeune. Par contre se souvient de sa grande complicité avec son grand père qui habitait dans la même maison. Il était d après ses souvenirs, très taquin et laxiste dans l éducation. Il faisait dit-elle tout ce qu on lui disait et il nous laissait faire tout ce qu on voulait. Elle joue beaucoup aux cartes et aux dominos avec la plus grande de ses petites filles et est très impressionnée par son éveil, son intelligence précoce. Elle écoute beaucoup sa petite fille de 5 ans qui est souvent dans la confidence. Elle tient quand même à entretenir son rôle de grand mère et non celui de copine 46

A du mal à supporter la plus petite qui est plus capricieuse S avoue être plus autoritaire avec ses petites filles qu avec ses propres enfants car comme ce ne sont pas les siens elle est beaucoup plus vigilante face au danger. Elle préfère gronder et mettre les barrières plus rapidement que laisser faire. Plus tard quand ses petites filles seront adolescentes, elle pense conserver cette complicité qui les unit voir la renforcer. A hâte de leur parler davantage comme à un adulte Conserver toujours son rôle d écoute et de conseil Se sent très proche du 2è témoignage. A l annonce de la nouvelle, ils ont ouvert une bouteille. Nous terminons l interview. Martine est toute remuée et s en va à la cuisine probablement pour sécher quelques larmes. SYNTHESE Martine, 48 ans, est une femme dynamique, passionnée d art floral et gère une famille nombreuse de quatre enfants et deux petites filles. Très habituée des terrains de foot, c est tout naturellement qu elle emmène désormais ses petites filles voir ses oncles jouer. Ainsi elles revoient ensemble les règles du jeu et la plus grande encourage fortement ses tontons. Cette activité du Dimanche permet aux jeunes parents de s occuper d eux ou des affaires de la maison en construction. Martine est très heureuse de connaître cette complicité avec ses deux petites filles, elle qui a été entourée de quatre hommes (trois garçons et son mari). Aujourd hui, elle vit avec son mari et son dernier garçon âgé de 23 ans. Autoritaire avec ses enfants, elle le reste aujourd hui et davantage avec ses deux petites filles par anxiété dit-elle. En effet, elle est moins permissive avec ses petites filles car le danger est permanent en bas âge dans une maison. Elle n hésite donc pas à gronder quand elle juge nécessaire, parfois faisant naître le mécontentement de sa fille. Grand-mère pour la première fois a 43 ans, Martine avoue avoir pris un «coup de vieux» à l annonce de la nouvelle. Cependant elle pense avoir le dynamisme et la patience suffisante pour faire des activités avec ses petites filles. Son travail ne constitue en aucun cas un frein à son rôle de grand mère, reconnaît même que son emploi du temps chargé lui évite d être trop souvent sollicitée par les jeunes parents. Elle aime garder sa petite fille de 5 ans mais apprécie peu de garder sa petite sœur de 2 ans qui est beaucoup moins sage. Le grand père fait des activités rustiques telles la découverte des animaux de la ferme, pour la plus grande joie de ses petites filles. Martine a un rôle d écoutante et de confidente auprès de la plus grande qui dans des moments intimes avoue sa jalousie envers sa petite sœur qui occupe à plein temps sa maman. La grand-mère tient à renforcer pour l avenir la confiance gagnée auprès de sa petite fille quand les problèmes d adolescence surgiront. Un avenir qui la rend anxieuse quand elle connaît toutes les difficultés sociales actuelles. Pour ses autres petits enfants à venir, Martine ne sait comment elle réagira tant l aînée de ses petits enfants tient une place particulière. Elle pense être influencée par sa propre mère qui garde une préférence pour le premier de ses enfants. 47

Martine est complètement épanouie dans son rôle de grand mère et attend que la famille s agrandisse à nouveau du côté de ses fils. 8e Récit Entretien Dominique, le 18 novembre à 14h00 Dominique a 54 ans. Elle est devenue grand-mère pour la première fois il y a deux mois. Elle et son mari louent un appartement de type HLM dans le 14 ème arrondissement de Paris. Elle possède une voiture. Elle est orthophoniste, son mari est instituteur. Elle fait un peu de sport (course à pied, gymnastique et tennis pendant les vacances). Elle lit beaucoup, regarde peu la télévision. Elle ne possède pas de téléphone portable mais elle a un ordinateur. Elle ne fait pas la cuisine à sa petite-fille mais «ça viendra». Sa fille n est pas cuisinière. Dominique a 3 enfants : Une fille de 30 ans, Galatée, mariée et qui vient d avoir une petite fille, Esthère qui a 2 mois. Elle habite à Bois-colombes, soit «1h d ici en métro, 30mn en moto» Un fils de 28 ans qui vit en Alsace depuis 2 ans, il a une compagne Une fille de 24 ans qui vit encore au domicile familial Dominique a encore son père qui a 77 ans, il habite Bois-Colombes, elle «le voit plus ou moins régulièrement» Dominique se sent proche de ses enfants, elle se sent peut-être plus proche des filles «ne serait-ce que par la proximité». Elle voit souvent ses enfants, surtout sa première fille en ce moment, «je verrais bien mon fils plus souvent mais bon, il revient souvent quand même, au minimum tous les trois mois». Dominique a vu sa grande fille hier et son fils, il y un mois à peu près. Dominique a fait beaucoup de sorties avec ses enfants, «j ai toujours travaillé à temps partiel pour m occuper d eux». Aujourd hui, ils ont des activités communes au moment des vacances et se retrouvent «selon les compétences de chacun à faire de l informatique et à assister aux matchs de basket de Galatée de temps en temps». Pour Dominique, le rôle de la grand-mère est dans un premier temps «d aide aux nouveaux parents, de soutien». Elle va s occuper deux jours par semaine de sa petite fille «ce qui permettra à sa maman de continuer à travailler» Son rôle aussi c'est de «raconter des histoires, transmettre des histoires de famille, de partager des souvenirs agréables, de faire des promenades, faire de la confiture c'est très très classique» (rires). Dominique avait déjà envisagé ce rôle de grand-mère. Dominique considère que la naissance n a pas changé quelque chose en elle pour l instant, ça «m a fait très plaisir car c'était quelque chose que j espérais [ ] C'est une responsabilité de plus, une projection qui se concrétise». 48

La petite a eu des difficultés à la naissance (elle est née avec un rein qui fonctionnait mal), elle est restée en réanimation pendant plusieurs semaines, les semaines après l accouchement ont donc été «pleines de tensions». Dominique se souvient très bien du jour où elle a apprit la nouvelle de la grossesse : «Galatée est venue avec son mari et ils ont essayé de nous le faire deviner, ils ont mis dans nos mains une petite peluche en nous demandant de deviner les yeux fermés et je pense qu on pensait tous les deux à la même chose, l idée d avoir un bébé dans la famille avançait à grands pas, mais on n osait pas le dire donc comme on trouvait pas, le mari de ma fille a pris une cigogne en bois que l on a dans notre appartement et l a fait avancer et là voilà, on a trouvé». Pendant la grossesse, Dominique était «surtout désolée que Galatée soit aussi malade que je l avais été». Elle et son mari ont beaucoup aidé leur fille, «ils venaient d emménager et on a fait énormément de travaux». Dominique n avait pas de préférence pour le sexe du bébé et n a pas participé au choix du prénom «on en a entendu parler mais je n ai pas participé». Ce prénom lui plait, «l orthographe me contrarie un peu mais bon ça ne me contrarie pas plus que ça». Dominique était à la clinique avec son mari le jour de l accouchement «on était chez eux le jour où elle est partie à la maternité, on faisait les travaux, et nous étions là pendant le début du travail, puis elle a fait une césarienne donc on est pas resté» Les jours qui ont suivi la naissance ont été un peu compliqués, Dominique a fait «plein de petits cadeaux mais pas encore de vrai cadeau de naissance». Elle a fait beaucoup de photos. La nouvelle de la naissance était très attendue donc Dominique a contacté les proches «par tous les moyens de communication, en direct, par téléphone, par mail». Son mari est très content d être grand-père, il continue les travaux chez les jeunes parents qui ne sont pas terminés, il a participé à la préparation du berceau, il a cousu le voile du berceau, il va garder la petite une après-midi par semaine. Dominique voit beaucoup plus souvent sa fille depuis la naissance. Pendant les vacances de la toussaint, elle y était tous les jours, sauf quand le mari était là, «il fallait quand même que je les laisse tranquille». Sa fille a connu des difficultés «dans la mesure où elle a été très fatiguée par la césarienne et le stress de la maladie de la petite, elle a eu vraiment besoin qu on l aide matériellement et psychologiquement». Avec le mari, ça se passe bien mais elle le voit peu, il a reprit son travail «autant je reste présente auprès de Galatée, autant je préfère m effacer quand son mari est là» L autre grand-mère vit à Londres donc «on la voit peu, elle était là pour la naissance mais on se connaît pas bien, mais y a pas de souci particulier». Dominique a toujours pensé qu elle serait là lors de la naissance, «si ses enfants le souhaitent» et là, Galatée le souhaite. Pour Dominique, c'est naturel d être grandmère «ça fait partie de mon imaginaire». Selon Dominique, sa fille attend d elle une aide matérielle et un soutien, une présence «mais pas trop pesante quand même» (rires). 49

«j essaye de contrôler ce que je fais, d éviter de donner des conseils, c'est quand même elle la mieux placée pour savoir ce dont sa fille a besoin». Elle ne donne pas de conseils sous la forme de conseils, elle préfère dire «tu sais, dans cette situation j ai fait ça». Sa fille la sollicite, lui pose des questions «comment on fait la tété, les pleurs» elle répond mais finalement elle ne se souvient pas de tout et considère «qu il n y pas qu une seule façon de faire avec les enfants». Elle pense être plus souple aujourd hui que lorsqu elle s occupait de ses enfants. Dominique pense que c'est important d être là dès la naissance, «c'est sûr, c'est mieux, mais ça peut être bien de voir son petit enfant 10 ans plus tard» Dominique pense que ses relations avec ses petits-enfants dépendront beaucoup de la situation géographique, «j aimerais bien avoir une bonne relation avec mes petits enfants» Dominique a réduit son activité pour s occuper de sa petite fille «parce qu elle est malade, sinon on l aurait mis en crèche mais là, il faut la surveiller de près» mais travailler lui convient, «travailler, ça aide à relativiser les positions de chacun» Les grands-parents de Dominique étaient aussi très jeunes donc elle a toujours eu ce type de relation. Dominique a l impression de revivre la naissance de ses enfants. Elle avait de très fortes relations avec une grand-mère et espère revivre quelque chose «d aussi chaleureux mais la situation n est pas la même, je n ai pas eu la même relation avec mes parents». Dominique «n est pas fana des familles recomposées et n espère pas que ça va arriver». Elle ne pense pas que ça changerait quelque chose si cette situation se présentait. Elle ne pensait pas réduire son temps de travail donc l investissement est plus important que ce qu elle avait imaginé. Elle pense que cette expérience a permis un rapprochement avec sa fille. Elle continuera à la garder «tant que ça sera utile» et pense la prendre pendant les vacances, la garder pour que le couple puisse sortir et «lui faire des confitures car sa mère adore» (rires) Je voudrais que cette petite fille «ait aussi des enfants elle-même» (rires) ANECDOTES : «J ai paniqué en lui donnant une seringue de sel avec laquelle elle s est étranglée. Elle est très présente, ça m occupe beaucoup l esprit mais j ai pas encore d anecdotes, c'est trop récent, j ai pas assez de recul, j ai eu beaucoup d émotions, d intensité en très peu de temps». Le fil continuel, c'est les photos, tous les soirs, depuis qu elle est née, je tire des photos.» 50

9e Récit A 58 ans, Micheline est nouvellement grand-mère. Elle est prof de physique au lycée, mariée à un prof de maths à l université. Ils ont une fille de 29 ans, mère d un garçon de 3 mois et un fils de 27 ans. Elle est en pleine euphorie de la naissance de son premier petit-fils : «Il a l air de me demander de l aimer de le choyer, de lui apporter de la tendresse et de l affection, de l amour, tous ces sentiments se sont imposés à moi d un seul coup. Je n ai pas résisté, c était une vague de tendresse, j étais remplie d amour pour lui, et je lui dis tout cela quand je le prends dans mes bras. Quand je le câline, je lui parle de tout ce qu il représente pour moi et de tout ce qu il peut m inspirer.» Elle n a pas encore une expérience de la grand-maternité à raconter, mais elle a de projets :«J aimerais l emmener dans des expositions, voir des spectacles à la Comédie Française (à l âge de 7 ans mes enfants étaient abonnés dans ce théâtre). En vacances, l été à la plage, l hiver à la montagne pour skier. Enfin tout ce que ses parents n auront pas forcément le temps de faire avec lui. Les histoires que je lui raconte sont plutôt des anecdotes familiales, pour les histoires autres contes je prendrais des livres pour enfants selon l âge qu il aura. Quand il sera plus grand, je lui offrirais des places de spectacles, des places de théâtre. Sinon je pourrais lui offrir les jouets qu il demandera, les livres les cassettes qu il voudra.» Elle essayera d être pareille à sa mère qui représente un modèle très positif de grandmère. Elle est prête à garder son petit-fils tous les jours où il n y a pas d école, car : «ainsi les parents peuvent aller travailler tranquillement». Son métier d enseignante lui permet en effet une telle disponibilité. Sa grand-mère maternelle cohabitait avec eux, ce qui pense-t-elle n était pas une bonne chose, chacun doit avoir son indépendance et sa liberté. Ouverte aux nouvelles technologies, qui dit-elle, facilite les rapports, elle apprécie notamment de recevoir des photos par internet mais préfère à la messagerie électronique les téléphones portables qui permettent des contacts directs Elle ressent une continuité importante entre générations, au delà des changements, qu elle attribue surtout à l amélioration des conditions physiques : «La relation n a pas changé, entre les grands-parents et les enfants, ce qui change c est la condition physique des grands-parents qui maintenant sont plus alertes qu à des époques plus anciennes. Pour moi ma grand-mère m a toujours paru être une vieille dame, et c en était une. Maintenant les femmes ont plus longtemps la possibilité d être actives et alertes, même elles peuvent avoir des activités sportives à des âges où c était impensable avant. Les grands-mères étaient fatiguées avant, maintenant elles n ont plus les mêmes contraintes de vie, et donc elles ont plus de possibilités d activités qu avant.» 10e récit Françoise, 56 ans, est mariée, vivant en couple et mère du mari, Philippe. Grandmère depuis l âge de ses 52 ans, elle a cessé ses activités d infirmière, surveillante en chef et vit auprès de son mari, chargé d affaire, toujours en activité. Françoise a deux 51

enfants : Philippe, 33 ans, et Eric, 23 ans. Philippe a deux enfants mais Eric n en n a pas encore. Françoise reconnaît d emblée avoir «une relation privilégiée avec son petit fils, l aîné. Il est toujours chez nous, nous lui faisons son baby sitting. Il passe des vacances chez nous, c est comme chez lui. Même s il joue plutôt avec son grand-père, il vient vers moi quand il le souhaite ou quand il a faim la petite, nous l avons eue alors qu eolle n avait que trois semaines, une semaine, c était un bonheur. Il est cl ;air que cette fille prendra place dans l avenir. il est vrai que nous n avons pas eu de fille et que nous étions particulièrement en attente à ce propos. C est une découverte pour nous la fille, nous avons tout à apprendre d une fille, et le fait de ne pas en avoir était pour nous c était une angoisse» D ailleurs, les grands parents ont attendu les naissances avec attention «Nous avons plus vécu avec l aîné, mais nous attendions une fille avec impatience». Françoise est appelée «Mamie» et essaie d être le moins directive possible. Elle sait que sa belle-fille attend beaucoup d elle et notamment le fait qu elle soit «le moins directif possible» mais elle n ignore pas le fait que «étant dans le secteur paramédical, je suis appelée pour tout. J essaie de ne pas influencer la manière de greffer les choses de ma belle fille. Je sais qu elle attends beaucoup de moi» Françoise est devenue grand-mère sans penser le devenir «J avais 53 ans, le fait d être jeune m a, paradoxalement, plutôt aidé à accepter mon rôle de grand-mère, et même quand les petits m ont appelée Grand-mère, cela ne m a pas gêné, car je savais que je restais jeune. Mais aujourd hui, il faut bien reconnaître que au départ, je n ai pas spontanément accepté le terme de «Mamie» même si aujourd hui, il ne me dérange pas, même s il fait référence. Il est même difficile pour nous de nous éloigner de notre petit-fils.» «Je garde régulièrement mon petit fils. Quant je travaillais, c était difficile, mais nous le faisions quand même. Depuis le début, ils restent chez nous au moins un soir tous les week-end. Il arrive même que je le récupère auprès de la nounou, ou que je le garde chez-eux, au cours des vacances d été ou même que je le récupère au dernier moment, voire tôt le matin cela ne me paraît pas trop lourd, même si ça a compromis nos projets de retraîte en Bretagne Il est mieux que, petits, ils soient avec nous plutôt que avec une étrangère». Françoise pense que «les liens se créent jeunes, et que avant, on ne parlait pas avec les enfants, donc, la différence entre les grands-parents d hier et d aujourd hui est évidente». Pour elle, «Nos grands-mères, quand elles avaient cinquante ou soixante ans, étaient déjà des vieilles femmes usées, qui ne pouvaient nous attirer. En fait j allais chez elles davantage pour voir mes cousins que pour le voire» Aujourd hui, devenue elle-même grand-mère, Françoise n oublie pas son rôle de mère et sa fonction d éducation «Je ne suis pas vraiment souple, et quand ça dépasse les limites, je crie et je punis, je fais comme avec mes propres enfants. Il ne faut pas les laisser faire n importe quoi, il faut respecter les règles de base». En ce qui concerne les cadeaux, Françoise s efforce de corriger les excès de ses propres enfants «Chez lui, c est rempli de trains et de voitures il faut bien que quelqu un s occupe de la partie éducative!» Elle veille aussi à la bonne moralité des 52

jeux «il jouait à des jeux électroniques de guerriers et ça a été une sorte de conflit pour le sortir de là». Les nouvelles technologies? Françoise y forme ses petits enfants dans la perspective de l avenir «Quand nous ne seront plus là!». Par rapport à la transmission, à la différence entre ses parents et elle-même, à ses grands-parents, Françoise a une parole générale : «Il faut leur transmettre une bonne éducation, le sens de la famille, la connaissance, les emmener en voyage, car, quand les grands-parents sont loin, les enfants les oublient très vite!» 53

Méthodologie Fiche technique de l enquête : cette étude a été réalisée pour le compte de l Association Fête des Grand mères, et en collaboration avec l agence Event International. Il s agit d une étude qualitative réalisée sur la base d entretiens en face à face enregistrés, réalisés sur la base d un guide d entretien. Cette étude a été réalisée sur la base de notre première enquête sur les grandsmères d aujourd hui et de demain (2003) en tenant compte des résultats de nos trois précédentes études, deux autres études qualitatives réalisées en 2005 sur la transmission par la nourriture et en 2004 sur la relation entre les grands-mères et leurs petits-enfants adolescents (sur un échantillon de vingt grands-mères et petitsenfants). Elle se base aussi sur notre étude quantitative, réalisée en 2003 sur les activités réalisées en commun et les relations à distance (sur un échantillon représentatif de 350 grands-mères et petits-enfants). L ensemble de ces travaux ont été réalisés dans le cadre de la Fête des Grand mères, le 1er dimanche de mars, et présentés dans cette perspective. Pour le thème spécifique de cette nouvelle étude «Grand-mère pour la première fois», un échantillon représentatif des différentes situations a été constitué de proche en proche et complété de témoignages mis en ligne dans des forums thématiques sur Internet. Pour les entretiens, il comporte - Vingt grands-mères - Dix petits-enfants Ces nouveaux entretiens ont été réalisés en octobre et novembre 2006 par Léa Panigel, Marie Masnou, Emmanuelle Le Goic et Eric Donfu, sociologue spécialiste des liens familiaux, président de Dialogues et Relations Sociales. Nous adressons aussi nos remerciements à Caroline Pons, Delphine Dandurand et Claire Genin, qui ont accompagné ce travail à chacune de ses étapes. Paris, 15 décembre 2006 54

Questionnaires Enquête Grand-mère la première fois Guide d entretien avec la grand-mère N Nom de l enquêteur : Entretien réalisé à : Date Commune Département Bonjour, Dans le cadre de la Fête des Grand mères 2007, nous réalisons une enquête sociologique sur le thème «Grand-Mère la première fois». Ce questionnaire vous prendra vingt minutes. Bien que enregistré, il est confidentiel et anonyme. Les bandes ne seront pas conservées et votre nom sera changé lors de la transcription, sauf avis contraire et écrit de votre part. 1 ) Questionnaire préliminaire : Age : Age à la naissance du premier petit-enfant : Situation de famille : Vit seule En couple Veuve Divorcée Type d habitat (maison, appartement ) : Locataire Propriétaire Site : Centre ville Périphérie Campagne Voiture : oui non 55

Profession : Retraitée (indiquer profession antérieure) : Cadre Salarié Inactif / chômage Au foyer Autre. Précisez : Occupations : Sport. Lequel? : Vie Associative. Laquelle? : Autre. Précisez : Hobbys : Lecture Télévision Autre. Précisez : Communication : Possédez-vous un téléphone portable? oui non Un ordinateur? oui non Echangez-vous des mails ou des SMS avec vos petits enfants? oui non Cuisine : Faites-vous des plats pour vos petits enfants? oui non A quelles occasions? Votre fille ou votre belle-fille est-elle cuisinière? oui non Sortez vous souvent de chez-vous pour des activités, promenades A quelle fréquence? Nombre d enfants et de petits-enfants : Enfants Age Sexe Statut marital Nombre d enfants 1 Age de l aîné et du plus jeune 2 3 56

4 Lieu d habitation de la grand-mère : Lieu d habitation des enfants : Et du premier petit-enfant : Distance : A Pied (en temps) : En voiture (en temps) : Autre (en temps) : Avez-vous encore vos parents? oui non Quel âge ont-t-ils? Etes vous proches d eux? oui non Les aidez-vous? oui non Anecdotes, divers : 2 ) Guide d entretien : Questions à aborder lors de l entretien, sur un ton neutre, sans influencer les réponses et en laissant s exprimer librement la personne mais en relançant dès qu elle hésite trop longuement ou se tait. Tous les points doivent être abordés, cochez les pour ne pas en oublier. Parlez-moi de vos enfants : Vous sentez-vous proche d eux? Duquel ou desquels vous sentez-vous le plus proche? Pourquoi, qu est-ce qui vous fait dire ça? Les voyez-vous souvent? autant que vous le souhaiteriez? De quand date votre dernière rencontre avec l un d entre eux? Quelles activités avez-vous avec eux ou avez-vous eu pendant leur enfance et jusqu à maintenant? Quels rôles pensez-vous avoir en tant que grand-mère? Parlez-vous beaucoup et de tout avec eux? Aviez-vous imaginé votre rôle futur de grand-mère? 57

Vous venez juste d être grand-mère pour la première fois : Parlez-nous de votre ressenti, qu est-ce que cela change en vous? Comment votre fille ou votre fils vous a appris la nouvelle de la grossesse? Qu avez-vous ressenti durant la grossesse de votre fille ou votre belle-fille? En avez-vous parlé avec elle? Vous êtes-vous rendu utile? et de quelle manière? Aviez-vous une préférence pour un garçon ou pour une fille? Avez-vous participé au choix du prénom? Ce choix vous plait-il? Qui vous a annoncé la nouvelle? A la naissance, quand et où avez-vous vu votre petit enfant pour la première fois? Avez-vous fait un cadeau de naissance? Lequel? Avez-vous fait une photo avec le bébé? Comment avez-vous appris la nouvelle à vos proches? Comment a réagi votre mari? Comment se rend-t-il utile en tant que grand-père? Depuis la naissance vos relations avec vos enfants ont-elles changées? Pourquoi? Comment ressentez-vous ce nouveau rôle de grand-mère? Vos enfants ont-ils connu des difficultés à l arrivée de leur premier enfant ou est-ce que cela s est déroulé plutôt facilement? Cela s est peut-être passé différemment que de votre temps? Votre relation est-elle différente avec votre fille/votre fils et avec votre belle-fille/votre beau-fils? Et avec l autre grand-mère depuis la naissance? Si oui, comment avez-vous vécu et géré cette situation? Si vous intervenez beaucoup auprès de vos enfants depuis la naissance : Est-ce à la demande de vos enfants ou de votre propre initiative? Sentez-vous que cela correspond à une attente de leur part? Est-ce naturel pour vous en tant que grand-mère? 58

En fin de compte, quels rôles pensez-vous que chacun attend maintenant de l autre (Votre relation à vos enfants, votre relation future avec les petits-enfants, leur attentes vis à vis de leurs grand-mères )? Pensez-vous que votre contribution au moment de la naissance de vos petits-enfants compte pour votre relation future avec eux? Est-ce important d intervenir? Pourquoi? Le fait de travailler (si vous travaillez encore) ou vos activités extérieures sont-ils un frein à votre rôle de grand-mère? Ou au contraire est-ce que cela vous aide dans ce rôle? Pourquoi? Aidez-vous vos enfants dans leur choix, leur donnez-vous des conseils (pour l alimentation du bébé par exemple, ou pour son habillement, sa garde, ses soins) ou avez-vous uniquement un rôle d écoute? Pourquoi? Pensez-vous avoir à l avenir la même relation et le même rôle avec tous vos petitsenfants? Si non, pourquoi? Pas la même distance, pas le même sexe, différence entre le premier petit enfant et les autres, pas la même filiation (enfants de votre fils, de votre fille), pas la même relation de départ durant l enfance? Etre une «jeune grand-mère» vous semble-t-il difficile? Pourquoi? Est-ce que vous trouvez que c est différent? plus facile ou plus dur pour les grandsmères plus âgées? Pourquoi? Plus généralement : Avez-vous l impression de revivre la naissance de vos propres enfants ou est-ce différent? La relation que vous pensez entretenir maintenant avec vos petits-enfants sera-t-elle la même que celle vous aviez avec vos propres grands-mères? Pensez-vous que les transformations et les nouvelles configurations familiales (familles monoparentales, parents divorcés ) ont changé ce rôle? Si oui, comment? - Si votre premier petit enfant a moins de 1 ans : Quels sont les changements intervenus dans votre emploi du temps? Est-ce plus ou moins important que ce que vous aviez imaginé? - Si votre premier petit enfant a entre 1 an et 5 ans : Que pensez-vous lui avoir déjà apporté? Pour l éveil, etc. - Si votre petit enfant a de 5 à 10 ans? Quelle complicité avez-vous avec votre petit-fils/ fille? 59

En fin de compte, comment pourriez-vous définir les changements que cette naissance a provoqué dans votre propre vie et par rapport à l image que vous vous faites de vous? Cette naissance vous a-t-elle rendue heureuse? Comment comptez-vous vous rendre utile à l avenir? Que souhaitez-vous à votre petit enfant pour sa vie future? Pouvez-vous nous citer une anecdote vécue de vos débuts de grand-mère? 60

Enquête «Grand-mère la première fois» Guide d entretien avec la fille (mère) ou le fils (père) n Nom de l enquêteur : Entretien réalisé à : Date Commune Département Bonjour, Dans le cadre de la fête des grands-mères 2007, nous réalisons une enquête sociologique sur le thème «Grand-Mère la première fois». Ce questionnaire vous prendra vingt minutes. Bien que enregistré, il est confidentiel et anonyme. Les bandes ne seront pas conservées et votre nom sera changé lors de la transcription, sauf avis contraire et écrit de votre part. 1 ) Questionnaire préliminaire : Age : Sexe : Situation de famille : Vit seul(e) En couple Marié(e) Séparé(e) ou divorcé(e) Avez-vous des frères et sœurs? Combien? Type d habitat (maison, appartement )? Locataire Propriétaire Profession : Cadre Salarié Inactif / chômage 61

Au foyer Etudiant Autre. Précisez : Site : Centre ville Périphérie Campagne Voiture : oui non Age de votre mère : Activité ou profession de votre mère : Lieu d habitation de votre mère : Distance de chez vous : A Pied (en temps) : En voiture (en temps) : Autre (en temps) : Combien d enfants avez-vous? Quel âge ont-ils? Avez-vous encore vos grands-parents? Quel âge ont-t-ils? Êtes vous proches d eux? Les aidez-vous? 2 ) Guide d entretien : Questions à aborder lors de l entretien, sur un ton neutre, sans influencer les réponses et en laissant s exprimer librement la personne mais en relançant dès qu elle hésite trop longuement ou se tait. Tous les points doivent être abordés, cochez les pour ne pas en oublier : Parlez-moi de votre mère : Vous sentez-vous proche d elle? Comment ont évolué vos relations? Pourquoi, qu est-ce qui vous fait dire ça? Quelle est la différence entre vos relations avec votre mère et votre père? Voyez-vous souvent votre mère? Trop, pas assez? Voyez vous votre belle-mère à la même fréquence? Pourquoi? De quand date votre dernière rencontre avec l une d elles? 62

Possèdent-t-elles un téléphone portable? Possèdent-elles un ordinateur? Echangez-vous des mails ou des SMS? Quelles activités avez-vous avec votre mère et aviez vous pendant votre enfance et jusqu à maintenant? Votre mère vous prépare-t-elle des plats? A quelles occasions? Vous ou la mère de vos enfants est-elle cuisinière? Quels rôles pensez-vous qu une grand-mère doit avoir? Et quelle place dans la vie future de ses petits-enfants? Est-ce que votre mère a rempli ces rôles à la naissance de votre enfant? Est-ce qu elle en rajoute? Parlez vous beaucoup et de tout avec elles (votre mère et votre belle-mère)? Avec les deux? Est-ce que vos relations ont changé depuis la naissance? Pourquoi? Considérez vous votre mère comme une confidente? Pourquoi? Vous avez peut-être mal vécu votre adolescence (crise, mal-être ). Est-ce que cela a joué un rôle dans la relation que vous entreteniez avec votre mère? Est-ce que votre «mise en couple» vous a éloigné de votre mère (car elle voulait tout savoir, elle ne vous comprenait pas )? A-t-elle de bonnes relations avec votre femme / mari? Passez-vous des week-end ou des vacances ensemble? Est-ce que la grossesse et la naissance vous ont rapprochées ou au contraire éloignées de votre mère? Vous entendiez-vous mieux avec vos grand-mères qu avec vos parents durant votre adolescence? Est-ce que vous pensez que vos parents ont pu demander de l aide à vos grands-mères? En fin de compte, quels rôles chacun attend de l autre durant cette période? (les petits enfants de leurs grand-mères, les parents de leur mère ) Est-ce que votre mère ou votre belle mère travaillent encore? Pensez-vous que cela puisse jouer un rôle dans votre relation (très proche, pas assez présente car toujours prise )? 63

Leur demandez-vous des conseils (pour les soins à apporter au nouveau-né )? Aimez-vous avoir leur avis (pour tout ou pas)? Cela influence-t-il vos choix? Si non, pourquoi? Quels services concrets vous rend-t-elle? A-t-elle déjà gardé le bébé? A quelle fréquence? Quelles aides vous apporte-t-elle (financières ou matérielles)? Plus généralement : Comment voyez-vous le rôle d une grand-mère aujourd hui, par rapport à la famille et à ses petits enfants? Pensez-vous que les transformations et les nouvelles configurations familiales (familles monoparentales, parents divorcés ) ont changé le rôle des grands-mères et les relations petits enfants / grands-parents? Si oui, comment? En fin de compte, comment pouvez-vous définir l évolution de la relation que vous avez avec votre mère depuis la naissance de votre enfant et quelles relations souhaitez-vous entretenir avec elle après? Avez-vous observé des transformations chez votre mère depuis qu elle est devenue grand-mère? Selon vous, s était elle bien préparée à ce rôle? Ce rôle lui correspond-t-il bien? Pouvez-vous nous citer une anecdote concernant votre mère et votre fils / fille? 64