Offres d accompagnement et de soutien destinées aux aidants familiaux : L expérience d une consultation mémoire de proximité M. DURY 1 A. CHEMORIN 2 S. DEBATTY 3 L. AUFRERE 4 M. E. FILIPE 5 P. MENECIER 6 Correspondance à adresser à : Mme M DURY marie.dury@rdasmacon.net 1 Psychologue spécialisée en neuropsychologie, Consultation Mémoire du Mâconnais, Impasse Jean Bouvet, 71018 Mâcon Cedex ; tel : 03.85.21.60.30, fax : 03.85.21.60.83, marie.dury@rdasmacon.net 1 Psychologue spécialisée en neuropsychologie, Consultation Mémoire du Mâconnais 1 Infirmière, Consultation Mémoire du Mâconnais 1 Assistante sociale, Consultation Mémoire du Mâconnais 1 Secrétaire, Consultation Mémoire du Mâconnais 1 Gériatre, Consultation Mémoire du Mâconnais Mots clés : aide aux aidants, aidant principal, maladie d Alzheimer, consultation mémoire Depuis les années 2000, trois plans Alzheimer se sont succédés afin de développer la recherche médicale, les structures diagnostiques, les possibilités de prise en soins des malades au domicile ou en institution et favoriser le répit des aidants. Le plan «Alzheimer et maladies apparentées 2008-2012» insiste particulièrement sur la prise en considération de l entourage et notamment des aidants principaux. Nous allons nous intéresser à ces derniers en s appuyant sur une expérience de terrain. Depuis le début de son fonctionnement en 2003, la Consultation Mémoire du Mâconnais (CMM) propose une démarche diagnostique associée à une démarche d accompagnement et de soutien. Cette consultation mémoire de proximité, située à Mâcon (Saône et Loire), rattachée au centre de ressources et de recherches de Dijon (Bourgogne), accueille 400 à 450 nouveaux patients chaque année depuis 2006. Médecins (gériatres, neurologues et psychiatres), psychologues, infirmière, assistante sociale et secrétaire collaborent autour de la personne malade et de l aidant principal. Ceci parait d autant plus important si l on considère le rôle déterminant que ce dernier joue à AFDG Lettre de Psychogériatrie - 2011 Page 1
différents niveaux de l accompagnement. L'aidant principal est la personne qui assume au quotidien l'accompagnement d un proche dépendant ou malade. Un nombre croissant d'activités de la vie quotidienne lui sont progressivement déléguées. Il est également garant de repères, de réassurance et d un soutien psychologique indispensable au malade qui perd progressivement la mémoire, la notion du temps et dont les ressources psychologiques, sociales et cognitives se réduisent Cette aide représente un investissement quotidien en temps et en énergie, qui dure plusieurs années et peut entrainer une dégradation de la qualité de vie (1). L étude Pixel (2), consacrée à une meilleure connaissance de la situation des aidants familiaux des personnes démentes vivant à domicile, apporte un certain nombre de données, notamment sur les facteurs de risques pouvant accroitre la vulnérabilité et la fragilité des aidants (quatrième volet de l Etude). Les aidants principaux sont dans la majeure partie des situations un enfant (dans 48 % des cas) ayant également à assumer des charges familiales et sociales (professionnelles dans 50 % des cas) ou un conjoint dans 43 % des cas. Cette aide de longue durée représente six heures en moyenne par jour. Lorsque l aidant cohabite avec la personne malade, l aide consacrée est beaucoup plus importante au point que certains aidants déclarent ne plus avoir de temps libre. L usure générée par cet accompagnement, l impossibilité de laisser seul le malade, le temps journalier consacré, la solitude de l aidant et le sentiment de culpabilité font ainsi partie des difficultés rencontrées par l aidant. Ces difficultés et les conséquences de la maladie (troubles cognitifs, troubles du comportement, niveau de dépendance) ont été identifiées comme deux facteurs majeurs de vulnérabilité des aidants. Lorsque cette dernière s associe à une médiocre qualité de vie, elle peut conduire à une véritable fragilité de l aidant (2). Les effets délétères de l aide peuvent conduire à un épuisement. A cela s ajoutent les réticences des aidants à accepter une aide (3). L intérêt de proposer un soutien aux aidants n est plus à prouver (4). Des actions d aides aux aidants (information, conseil, écoute, soutien psychologique, formation ) ont été initialement organisées par les associations familiales notamment France Alzheimer ; puis d autres structures (consultations mémoires, accueils de jours, lieux d information ou de coordination gérontologique) ont pris le relais. Cette aide aux aidants peut revêtir différentes formes : permanences d accueil, permanences téléphoniques, soutiens individuels, réunions publiques d information, réunions d échanges entre familles, groupes de parole, cycles de rencontre ( ) (5) ou programmes psycho éducatif (6). L équipe de la Consultation Mémoire du Mâconnais propose différentes modalités d accompagnement et de soutien : des entretiens individuels, des temps d informations et d échanges sur la maladie d Alzheimer et syndromes apparentés, et des groupes de parole. Ils ont pour objectifs d accorder un AFDG Lettre de Psychogériatrie - 2011 Page 2
temps de parole, de soutenir et accompagner les aidants principaux, de rassurer, dédramatiser, expliquer, aider à mieux comprendre la Maladie d Alzheimer et d éviter l isolement et les situations de crise en assurant un suivi régulier étayant. Cela afin de prévenir l épuisement de l aidant, moins subir la maladie et mieux appréhender les changements d attitude et de comportement de leur proche. Proposer des temps de paroles et de réflexion sur la maladie, aux aidants, vient compléter les offres directes de répit (accueil de jour, accueil temporaire, interventions professionnelles à domicile), qui peuvent être initiées conjointement ou indépendamment. Les entretiens offrent aux personnes et/ou à leur entourage la possibilité de bénéficier d une écoute et de conseils, de manière individuelle. Ils sont assurés par une psychologue ou une infirmière expérimentée, en fonction des ressources psychologiques des personnes reçues en entretien. Ce type de prestation est proposé aux aidants qui le souhaitent, ou suggéré à ceux qui présentent une fragilité psychologique identifiée lors des rencontres précédentes ou lorsqu une situation complexe est identifiée. Parallèlement aux entretiens, des groupes de soutien sont proposés. Ces Temps d informations et d échanges sur les maladies d Alzheimer et apparentées se déclinent en quatre séances, réparties à une semaine d intervalle sur un mois (session). Une psychologue assiste aux quatre séances, elle est garante des échanges et du respect des principes de groupe, tandis qu un autre professionnel de la CMM intervient en fonction de ses compétences selon différents thèmes. Ces sessions sont proposées deux à trois fois par an. Le projet initial proposait d apporter un grand nombre d informations aux aidants de manière très détaillée. Il s est avéré que suite aux questionnaires d évaluation remplis à la fin de chaque session par les participants, ces temps d informations ne laissaient pas suffisamment de place aux échanges. Les sessions suivantes ont donc été centrées sur les préoccupations et questionnements des participants en leur proposant de répondre directement à leurs questions, tout en maintenant l intervention d un professionnel selon un thème. Le but n est pas d être exhaustif mais de répondre au mieux à leurs attentes. Afin de préserver une bonne dynamique de groupe, le nombre de participants est limité à une dizaine de personnes. Ces groupes de soutien sont proposés aux personnes qui en font directement la demande (affiche en salle d attente, informations données par différents intervenants de la CMM) ou indirectement aux aidants sélectionnés lors d une revue de dossier hebdomadaire. Le diagnostic est préalablement posé afin que la réflexion, à laquelle sont invités les participants, soit aussi bénéfique et constructive que possible, et qu elle ne soit pas biaisée par des affects inhérents à une prise de conscience ou à la précocité du diagnostic. La première séance intitulée le vécu des aidants est animée par une psychologue, qui donne à chaque participant la possibilité de s exprimer AFDG Lettre de Psychogériatrie - 2011 Page 3
par rapport au vécu de l annonce diagnostique, aux bouleversements qu implique la maladie, à la confrontation à l évolution des troubles, à l aspect éprouvant de l accompagnement, au sentiment d isolement... La deuxième séance relative à la compréhension la maladie d Alzheimer est réalisée avec un médecin gériatre. Elle permet d expliquer les mécanismes de la maladie, ses conséquences et son évolution. Des questions sur le parcours diagnostique, sur les offres médicamenteuses et non médicamenteuses, sur l hérédité sont entre autres abordées. La troisième séance concernant les aides et démarches sociales pour soutenir la vie à domicile est animée par une assistante sociale. Cette séance évoque les différentes possibilités de soutien à domicile et de répit (accueil de jour, accueil temporaire) ainsi que les différents types d aides et les diverses démarches administratives qui peuvent être envisagés (notamment concernant le maintien à domicile, l entrée institutionnelle, les mesures de protections judicaires). La dernière séance sur les difficultés du quotidien est animée par une infirmière selon un thème choisi par les participants : les troubles du comportement, les difficultés de communication, le maintien des capacités résiduelles et l aménagement du domicile sont des thématiques fréquemment reprises. La dynamique de groupe donne aux aidants la possibilité de partager leur expérience de la maladie avec d autres aidants qui vivent des situations plus ou moins similaires aux leurs, et contribue à rompre le sentiment d isolement. Dans la continuité des temps d informations et d échanges sur la maladie d Alzheimer et les syndromes apparentés, un groupe de parole permet à certains aidants de partager de manière régulière leurs inquiétudes, leurs doutes. Un soutien mutuel a émergé progressivement et parait important pour certains aidants. Il a lieu une fois par mois. Une psychologue supervise deux groupes : les enfants ou proches parents et les conjoints. Cette distinction permet d aborder des problématiques spécifiques à chaque groupe sur une durée d une heure et demie. Chaque participant est libre de venir selon ses besoins et ses disponibilités. Ces différentes propositions d aide permettent de reconnaitre et de valoriser l aidant dans son rôle et d accompagner, conforter, soutenir la relation aidant-aidé. La diversification de ces offres est nécessaire pour qu elles puissent correspondre aux différents besoins des aidants et des personnes malades. Elle implique une réflexion, sans cesse à renouveler, autour du malade et de son entourage en prenant en compte la singularité de chaque situation. C est dans cet esprit qu un autre projet est en cours d élaboration à la consultation mémoire : la mise en place d un café Alzheimer. Ceci permettrait aux personnes malades et à leur entourage de venir spontanément échanger de manière moins formalisée dans un lieu public. Ceci pourrait prévenir l isolement du patient et de sa famille et favoriser la circulation des informations entre les malades et les aidants. AFDG Lettre de Psychogériatrie - 2011 Page 4
BIBLIOGRAPHIE 1- Thomas P, Hazif-Thomas C, Lalloué F, et al Qualité de vie du malade dément à domicile et qualité de vie de l aidant. L étude Pixel. La revue francophone de gériatrie 2005 ; 12(111) : 33-43. 2- Thomas P, Hazif-Thomas C, Delagnes V, Bonduelle P, Clément JP. Vulnérabilité de l aidant principal des malades déments à domicile. L étude Pixel. Psychologie et neuropsychiatrie du vieillissement 2005 ; 3(3) : 207-20. 5- Fontaine D. Les dispositifs de prise en charge et d accompagnement des personnes atteintes de maladies d Alzheimer et d aide aux aidants, Gérontologie et Société 2009 ; 128-129 : 225-16. 6- Pancrazi M.P. Éducation pour la santé des proches de patients atteints de la maladie d Alzheimer, Neurologie- Psychiatrie-Gériatrie 2008 ; 48 : 22-5. 3- Mollard J. Aider les proches. Gérontologie et Société 2009 ; 128-129 : 257-15. 4- Thomas P, Hazif-Thomas C, Delagnes V, Bonduelle P, Clément JP. Environnement contenant chez la personne âgée démente. Etude Pixel, L Encéphale 2007 ; 33(1) : 217-25. AFDG Lettre de Psychogériatrie - 2011 Page 5