0. Introduction à l AT



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Transcription:

Institut de théologie pour la francophonie THO1135 INITIATION À L ANCIEN TESTAMENT (Notes de cours) Enseignant : Gaétan Brassard, M.Th (cand) Automne 2010

1 0. Introduction à l AT D entrée de jeu, il convient de préciser l appellation de notre cours; Initiation à l Ancien Testament. Par définition, une initiation se veut un survol général d une matière donnée. Il serait en effet irréaliste de tenter d explorer en profondeur les différentes facettes de l AT dans le cadre de ce cours étant donné l ampleur du champ d étude des diverses disciplines impliquées (théologie, géographie, histoire, archéologie, littérature, langues, etc.). La préface d un ouvrage de référence souligne même qu il parait aujourd hui impossible qu un seul individu puisse être compétent dans tous les domaines de l exégèse vétérotestamentaire 1. Soyez donc indulgent envers votre professeur! Désirant ménager la sensibilité de leurs amis juifs, certains milieux délaissent désormais le terme d Ancien, pour parler plutôt de Premier Testament (et Deuxième Testament pour le Nouveau). En effet, se référer à l Ancien Testament c est nécessairement marquer une rupture avec le Judaïsme. Mais c est aussi laisser sous-entendre à tort que cette section de la Bible est en quelque sorte désuète pour le chrétien 2. Testament quant à lui, vient du latin Testamentum, qui avait un sens plus large qu en français et signifiait Alliance. Les livres de l Ancienne Alliance, ou Ancien Testament concernent les relations de Dieu et du peuple d Israël. C est à ce dernier, en effet, que Dieu s est d abord fait connaitre, en le sauvant de l esclavage, en se liant à lui par une alliance au mont Sinaï, en lui révélant sa volonté, en lui donnant la Terre promise et en l accompagnant de génération en génération tout au long de son histoire 3. Cette Alliance avec le peuple d Israēl est le fondement d une nouvelle alliance promise à toute l humanité (Jr 31.31-34). Trois raisons devraient motiver le chrétien à lire, étudier et connaitre l AT. 1 Rōmer, p. 11. 2 Pour la petite histoire, le rejet de l AT par Marcion (85-160) fut l une des premières grandes hérésies de l histoire de l Église. 3 TOB, p. 11.

2 Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l homme de Dieu soit adapté et préparé à toute œuvre bonne (2 Tim 3.16-17). L AT n est pas moins inspiré que le Nouveau Testament et il est tout aussi utile. L AT était la Bible de Jésus et des apôtres. Le NT n étant pas encore écrit, l AT était leur Parole de Dieu et le seul fondement de leur foi et de leur pratique. C est pourquoi, Jésus commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait (Lc 24.27). Il nous est impossible de saisir la pleine lumière de l évangile de Jésus- Christ sans d abord comprendre l AT qui possède une ombre des biens à venir (Hé 10.1). L AT représente donc quatre choses pour le chrétien : Il est le témoin des révélations et des actions divines du passé (Ps 136), l étranger qui provient et s adresse premièrement à des gens d une culture différente, d une époque différente et d une religion différente (2Ch 36.22-23) 4, le précurseur prophétique (És 7.14; Mt 1.22-23), typologique 5 (2Ch 7.1; 1Co 3.16) et thématique (És 40.11; Jn 10.11) du NT, et la Parole de Dieu qui continue de nous parler aujourd hui (Jr 9.22-23). 0.1 CANON DE L AT L AT s est formé en trois étapes. De un, tout peuple a ses traditions. Les traditions d un peuple se composent de souvenirs historiques, de légendes 6, de chansons, de proverbes : en bref tous les textes qu on transmet d une génération à l autre. L AT contient les traditions du peuple hébraïque 7. Ces traditions transmises initialement généralement oralement 4 Les Hébreux de l AT étaient des Orientaux de l Antiquité sans Christ. C est pourquoi du point de vue d un chrétien occidental du 21e siècle, il est difficile de comprendre, par exemple, la prière de malédiction (Ps 137.9) ou la bénédiction de l immoralité (Jg 13.24). 5 Un type est un personnage, un objet ou une institution de l AT qui renvoit à un modèle supérieur du NT. 6 Ne pas confondre la définition populaire avec la définition littéraire en étude biblique qui est plutôt un genre narratif se centrant sur un personnage, une chose ou un lieu religieux avec le but d'inspirer une imitation. (Bulkeley) 7 Bulkeley.

3 seront ensuite couchées par écrit 8, pour finalement être compilées et éditées. Cette deuxième étape est communément appelée la rédaction (Pr 25.1). Les livres de l AT ont été majoritairement écrits en hébreu 9. Son alphabet comporte vingt-deux consonnes, s écrit de droite à gauche et ressemble à ceci: בּ ר אשׁ ית, בּ ר א א לה ים, א ת ה שּׁ מ י ם, ו א ת ה אָר ץ. Quelques passages de Daniel (2.4-7.28) et d Esdras (4.8-6.18; 7.12-26) ont par contre été écrits en araméen. Cette langue proche de l hébreu est devenue la langue internationale vers le 7e s. av. J.-C. et a été adoptée par les juifs lors de l exil au détriment de l hébreu qui n était étudié et parlé que par la classe cultivée 10. L Ancien Israēl comportait une abondante littérature composée de toute sorte d écrits divers (Nb 21.14; Jos 10.13; 1R 14.29, 1Ch 29.29). L AT est la crème de toute la littérature écrite dans l Ancien Israël. C est en quelque sorte la bibliothèque officielle d Israël qui rassemble ses écrits fondamentaux. D'ailleurs, l AT était désigné au début comme étant les Livres (Ta biblia). Les auteurs du NT ont aussi cette pluralité de livres en tête lorsqu ils parlent des Écritures (Mt 21.42; Lc 24.27; Jn 5.39). Finalement, l aboutissement de cette sélection d écrits culminera avec l instauration du canon. Le mot vient du grec kanon (roseau, canne) et fait référence aux instruments que l on utilisait à l époque pour mesurer. Le canon signifie donc un barème, une règle ou une norme. Le canon de l AT est donc la liste officielle des livres reconnus inspirés et qui font autorité en matière de foi et de pratique. Le canon s est fixé progressivement de l époque d Esdras et Néhémie au 5e siècle av. J.-C jusqu après la destruction du Temple en 70 apr. J.-C.. La clôture de l Ancien Testament aurait eu pour but de mettre un terme au foisonnement de la littérature juive de type pseudépigraphique 11 et de fermer la porte à l intrusion d écrits jugés hérétique, notamment ceux de tendance apocalyptique ou chrétienne 12 8 À l'époque biblique, on gravait avec un burin ou écrivait avec une sorte de plume faite d'un roseau coupé en pointe avec une fente qui retient l'encre, ou avec une petite brosse. Pour l encre, on utilisait un mélange de charbon et d huile ou de résine. Dans l Antiquité, on écrivait sur la pierre, le bois, l'argile, les ostraca (fragments de pots), le cuir, et le papyrus. Le parchemin, n'est entré en usage qu'au 2e s. apr. J.C. et le papier qu'au 8e s. apr. J.C. en Chine. (Bulkeley) 9 L hébreu fait partie de la famille des langues sémitiques qui regroupent les langues parlées par les descendants de Sem (Gn 10.21-22; És 19.18). 10 Cela explique le fait que Jésus parlait araméen. 11 Écrit d un auteur anonyme qui se fait passer pour un personnage bien connu, par exemple l Apocalypse de Moīse ou Le Martyre d Ésaīe. 12 Rōmer, p. 22.

4 0.2 TRANSMISSION DE L AT Par la suite, le texte de la Bible s est fidèlement transmis au travers les âges grâce notamment à des groupes de copistes qui recopiaient l AT à la main. À cet égard, deux groupes sont dignes de mention. Premièrement, les Scribes (de Sopherim qui veut dire scribes) ayant pris forme sous Esdras qui ont corrigé et édité le texte biblique, par exemple, en comptant et notant le nombre de lettres de leur manuscrit pour garantir la qualité de leur travail. Deuxièmement, les Massorètes (de Massorah qui veut dire Tradition) qui eux se sont chargés plus tard (6e - 10e s. apr. J.-C.) de fixer la lecture traditionnelle en introduisant entre autres, un système de voyelles 13, de ponctuations, d accents et de séparation des mots. Le texte hébreu de notre AT est le fruit direct de leur travail, c est pourquoi nous le nommons le texte massorétique. Si la rédaction des livres de l Ancien Testament est inspirée, il est évident qu il n en est pas ainsi de sa transmission (1S 13.1). La critique textuelle a pour but de restaurer le texte original en sa basant sur les copies imparfaites qui nous ont été conservées 14. Pour ce faire, cette discipline compare les manuscrits bibliques, étudie les citations extérieures et examine les anciennes traductions 15. Cela étant dit, ces problèmes textuels ne représentent qu une lettre sur 1580 dans l AT, ce qui confirme que le texte que nous avons entre nos mains est fiable à plus de 99.9 % 16. 13 Puisque l hébreu est une langue où dans l écriture courante les voyelles ne sont pas notées, des textes peuvent se lire de plusieurs façons différentes. Par exemple, Yahvé et Jéhovah sont deux prononciations différentes d un même mot; YHVH. 14 Archer, p.52. 15 À ce sujet, un des témoins le plus anciens des textes originaux nous vient d une traduction grecque du 3e siècle av. J.C.. Initiée par des juifs d Alexandrie en Égypte à l intention de la diaspora juive qui ne parlait plus l hébreu, elle est appelée la Septante. Son nom lui vient d une légende au sujet de soixante-douze (ou septante-deux) savants juifs qui auraient traduit la Bible en soixante-douze jours. 16 Pache, R. L inspiration et l autorité de la Bible. St-Légier, Emmaüs, 1967, p. 142.

5 0.3 STRUCTURE DE L AT La structure de notre AT provient de l antique traduction grecque de la Septante et diffère de celle de la bible hébraïque. La structure de cette dernière est tripartite et désignée par les Juifs par l acronyme Tanak. Ce terme est construit à partir des lettres initiales des trois parties qui composent la Bible juive : Torah (Loi), Nebiim (Prophètes) et Ketubim (Écrits). Celle de la Septante se compose de quatre parties : Pentateuque, Livres historiques, Livres poétiques et Livres prophétiques. Puisque les premiers chrétiens utilisaient surtout le Septante 17, c est cette structure qui se retrouve traditionnellement dans nos bibles chrétiennes. Afin de préserver les points de repère, nous suivrons donc généralement l ordre grec familier tout au long de ce cours. Quatre observations peuvent être faites suite à la comparaison des tables de matière respective. Tous les livres du canon hébreu sont présents dans le canon grec. Le canon grec comprend des livres supplémentaires (+) qui sont appelés deutérocanoniques (deuxième canon) par les catholiques qui leur reconnaissent une certaine valeur, mais nommés apocryphes (cachés, obscurs) par les protestants qui les rejettent 18. L Ancien Testament des Bibles protestantes constitue l intégralité de la Bible juive. En plus de la structure, l ordre des livres et des sections diverge aussi entre les deux canons. Pour des raisons théologiques, les chrétiens auraient placé les prophètes à la fin afin de faire un lien entre l annonce du Messie et sa venue (Malachie 3.20-24). Il est intéressant de constater que pour le Juif, la Bible se termine plutôt par l universalité de la foi juive (2Ch 36.22-23). 17 Le fait que les apôtres et les disciples connaissaient surtout la Septante explique le problème que nous avons à identifier clairement ou à faire concorder certaines citations de l AT dans le NT (Mi 5.1; Mt 2.6). En clair, nos citations vétérotestamentaires dans le NT sont une traduction française, d une traduction grecque, d une version hébraïque, alors que notre AT est une traduction française d une autre version hébraïque 18 Il suffit de lire, par exemple, l épilogue de l auteur des Maccabéés pour comprendre pourquoi. Si la composition est bonne et réussie, c'est aussi ce que j'ai voulu; si elle a peu de valeur et ne dépasse guère la médiocrité, c'est tout ce que j'ai pu faire. Car de même qu'il est nuisible de boire du vin pur ou de l'eau pure, alors que le vin mêlé à l'eau est une boisson agréable qui produit une délicieuse jouissance, de même c'est l'art de disposer le récit qui charme l'entendement de ceux qui lisent l'ouvrage. C'est donc ici que je m'arrête. (2 M 15.38-39)

6 Bible hébraïque 1. Torah (La Loi) Genèse Exode Lévitique Nombres Deutéronome 2. Nebiim (Les Prophètes) Prophètes antérieurs Josué Juges I-II Samuel I-II Rois Prophètes postérieurs Ésaie Jérémie Ezéchiel Douze petits prophètes Osée Joēl Amos Abdias Jonas Michée Nahum Habacuc Sophonie Aggée Zacharie Malachie 3. Ketubim (Les Écrits) Psaumes Job Proverbes Ruth Cantiques des Cantiques Ecclesiaste Lamentations Esther Daniel Esdras Néhémie I-II Chroniques Bible grecque / AT chrétien 1. Pentateuque Genèse Exode Lévitique Nombres Deutéronome 2. Livres historiques Josué Juges Ruth I-II Samuel I-II Rois I-II Chroniques Esdras Néhémie Esther 3. Livres poétiques Job Psaumes Proverbes Ecclesiaste Cantiques des Cantiques 4. Livres prophétiques Ésaie Jérémie Lamentations Ezéchiel Daniel Osée Joēl Amos Abdias Jonas Michée Nahum Habacuc Sophonie Aggée Zacharie Malachie (+)Tobit, Judith, I-II Maccabées, Sagesse de Salomon, Siracide et Baruch

7 0.4 ÉTUDES DE L AT Le champ des études vétérotestamentaires s est longtemps divisé en deux camps : Les évangéliques qui se mettent sous l autorité des Écritures et qui étudient le texte tel qu il apparait dans nos Bibles. Les critiques qui se mettent au-dessus de la Bible en rejetant toute notion d inspiration et de surnaturel et qui s appliquent surtout à la disséquer afin de déceler l origine et le processus de formation des textes. Cela dit, une nouvelle voie émerge des évangéliques aujourd hui. La situation est clairement résumée par l un des fondateurs de la revue théologique évangélique Hokhma : Au début, il y avait un seul front; aujourd'hui, il y a deux frontières! Plutôt qu'un seul front défensif, je vois deux frontières qui délimitent notre espace. Nous nous démarquons en effet d'une théologie qui nous semble trop critique parce qu'elle s'estime capable de distinguer dans la Bible ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Subrepticement ou explicitement, elle accorde ainsi plus de crédit à la raison qu'à l'écriture; (de l'autre) d'une théologie qui nous semble trop étroite parce qu'elle a tendance à confondre le message biblique avec son interprétation. Elle ne se sert de la théologie que pour conforter des certitudes déjà acquises. Subrepticement ou explicitement, elle accorde ainsi plus de crédit à la tradition qu'à l'écriture 19. Ce cours se situe donc dans cette zone à double frontière où bien que pleinement évangélique, il refuse de se laisser enfermer dans le carcan traditionnel 20. Conséquemment, trois éléments sont particulièrement nécessaires pour une meilleure compréhension des livres de la Bible. Le contexte historique On dit qu un texte hors de son contexte est un prétexte. Généralement, nous avons en tête, ce qui précède et succède un passage donné dans un texte biblique. Et lorsque nous entendons parler de contexte historique, nous pensons au positionnement d un événement biblique dans l histoire. Or, lorsque nous parlerons de contexte historique dans ce cours nous ferons surtout allusion au contexte historique de rédaction. Le contexte historique de rédaction a longtemps été négligé dans l étude biblique évangélique, qui a plutôt favorisé le contexte historique des événements. Or, 19 http://www.hokhma.org/presentation.html. (Page consultée le 31 août 2010). 20 Le soutien de la repentance de Salomon par l Ecclésiaste est un bel exemple d une position traditionnelle non conforme aux données bibliques selon nous.

8 la période de rédaction d un livre est souvent beaucoup plus éclairante que la période où se déroule l histoire 21. L analyse littéraire Les textes de l AT peuvent se diviser en deux grandes catégories littéraires : la prose et la poésie. La prose selon Larousse est la forme ordinaire du discours écrit ou parlé, non assujettie aux règles du rythme et de la musicalité, propres à la poésie. Même si les récits (en prose) forment 75 % de la Bible, il ne faut pas sousestimer la poésie de l AT, qui réunie, est plus volumineuse que le NT. De plus, non seulement faut-il connaitre la différence entre un récit et un poème, mais aussi savoir que les différentes cultures ont des manières diverses de raconter les histoires et d écrire la poésie, et, en tant qu interprètes étrangers, il nous faut découvrir les conventions qui gouvernaient le travail de rédaction des auteurs biblique 22. Ces conventions 23 nous permettent d établir le genre littéraire d un texte, qui se définit comme étant une catégorie regroupant des textes qui ont en commun un ou plusieurs traits 24. Même si plusieurs genres littéraires peuvent se retrouver au sein d un même livre et qu ils se déclinent à leur tour en multiples sousgroupes, six genres littéraires sont surtout présents dans l AT.. 1. Le genre narratif qui raconte des histoires, des récits. 2. Le genre législatif qui régit l ordre sacré. 3. Le genre dévotionnel qui contient des prières, des chants. 4. Le genre sapiential qui enseigne des principes de sagesse. 5. Le genre prophétique qui annonce une parole de la part de Dieu. 6. Le genre apocalyptique qui apporte de manière voilée un message d espoir. 21 Bien que Ruth se situe dans la période des Juges (1.1), la clé d interprétation du livre se trouve plutôt à l époque de David où le livre a été écrit (4.22). Plusieurs différences entre les livres des Rois et des Chroniques ne sont compréhensibles qu à la lumière de leur contexte rédactionnel respectif (le pessimisme de l exil pour l un et l espoir du retour pour l autre). 22 Longman T., et R. Dillard, p.14. 23 Par convention nous entendons qu aujourd hui par exemple, quand nous lisons il était une fois, au début d une histoire, nous savons qu elle est fictive. Ou encore, que nous n écrivons pas une lettre (ou un courriel) d amour, de nouvelle ou d affaire de la même manière. 24 Ibid., p. 18-19.

9 Une analyse littéraire déficiente aboutira ultimement à une interprétation erronée du message biblique comme c est encore malheureusement trop souvent le cas dans le monde évangélique 25. Le message théologique La théologie se pose la question suivante : Que dit tel livre à ses lecteurs concernant Dieu et leur relation avec lui? La première étape qui conduit à une juste approche de l intention théologique d un livre consiste à s interroger sur le message qu il délivrait à son auditoire antique, celui des premiers lecteurs ou auditeurs du livre 26. Les écrivains bibliques ont soigneusement sélectionné ce qu ils rapportent et ce qu ils omettent afin d atteindre un but théologique 27. Par exemple, l auteur du livre des Rois ne veut pas communiquer la même chose que l auteur des Chroniques lorsqu ils écrivent sur le roi David. À cet égard, comprenons que l intention théologique de l auteur est plus importante que son identité. Plusieurs évangéliques font de l identité de l auteur un point capital oubliant que l inspiration n est pas rattachée à l écrivain, mais à l Écriture 28. 25 Par exemple, l interprétation allégorique du Cantique des cantiques, qui est plutôt une œuvre poétique célébrant l amour entre un homme et une femme et l interpération littérale de certains textes apocalyptiques, qui contiennent surtout des données symboliques. 26 Longman T., et R. Dillard,p. 24. 27 Nous pouvons mieux comprendre le principe de l intention de l auteur au travers un ouvrage séculier, les Voyages de Gulliver, qui pour la majorité des gens est une simple fable pour enfants, alors qu en fait c est une critique sociale et politique de la société anglaise du 18e siècle qu a voulu faire l auteur Jonathan Swift. 28 Toute Écriture est inspirée (1 Tim 3.16).

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11 1. Pentateuque 1.1 GÉOGRAPHIE En entreprenant notre périple au travers l AT, un premier défi se dresse devant nous. En effet, dès ses premières pages, le Pentateuque fourmille d indications géographiques. La distance entre le monde de la Bible et les lecteurs modernes que nous sommes, se calcul évidemment en années, mais aussi en kilomètre. Il faut donc inévitablement dès maintenant acquérir quelques notions de base sur la géographie de la Palestine afin de mieux comprendre l AT. De prime abord, il appert important d apporter une clarification sur le titre de plusieurs ouvrages et publications faisant plutôt allusion à la géographie de la Palestine. Ce terme vient du latin Palaestina, emprunté à l hébreu Peleshet qui signifie le pays où habitent les Pelishtîm (Philistins). Ce titre s est plus tard élargi et est devenu le nom d une province romaine qui comprenait à peu près le territoire de l Israël biblique. Encore aujourd hui, cette appellation historique est demeurée. Il ne faut donc surtout pas confondre la Palestine politique (territoire cisjordanien 29 administré par la Jordanie jusqu en 1967) avec la Palestine historique (région géographique de l Israël biblique). La carte de la page suivante donne un aperçu du pays de l AT 30. 29 Cisjordanie veut littéralement dire ce côté-ci du Jourdain et Tranjordanie de l autre côté du Jourdain. 30 Les noms des lieux géographiques sont souvent orthographiés de différentes façons d une version ou d un ouvrage à l autre.

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13 La Palestine est située dans une région du Proche-Orient appelée le croissant fertile. Son nom lui vient de sa forme et de sa fertilité naturelle causées par l irrigation de quatre fleuves situés entre la Mer Méditerranée et le Golf persique : le Nil, le Jourdain, l Euphrate et le Tigre. Le croissant fertile part donc de l Égypte, passe par la Palestine et la Phénicie pour s étendre jusqu en Mésopotamie (dont l étymologie veut dire entre deux fleuves). Aujourd hui, on parlerait du nord de l Égypte, d Israël, de la Jordanie, du Liban, de la Syrie, du sud de la Turquie, de l Irak et de l ouest de l Iran. Ce n est donc pas par hasard si les populations se sont massées dans ce territoire propice à la culture et à l élevage. D ailleurs s y concentrent également plusieurs grands empires de l Antiquité présents dans l AT : l Égypte, Babylone, l Assyrie et la Perse. L examen attentif de ce grand ensemble géographique, nous aidera à garder en tête qu Israël est un très petit pays ayant dans son étendu maximal seulement 320 km x 80 km 31. Cela est d autant plus surprenant quand on constate sa diversité géographique. 31 À peu près l équivalent la vallée du St-Laurent entre Montréal et Québec et représentant moins de 4 % de la superficie de la France.

14 Une coupe d ouest en est du pays nous permet de distinguer quatre régions géographiques importantes de la Palestine, abondamment mentionnées dans la Bible. 1. Zone côtière. 2. Montagnes de Cisjordanie. 3. Dépression du Jourdain. 4. Plateaux tranjordaniens. 1. Zone côtière La zone côtière est la bande de terre longeant le pays et bordant la Mer Méditerranée. Cette plaine côtière a plusieurs appellations dépendant du secteur. Du nord au sud : Aser (1R 4.16), Dor (Jos 11.2); Sharôn (1Ch 27.29). Seul obstacle important sur ce rivage : le Mont Carmel au nord où le prophète Élie a fait tomber le feu du ciel (1R 18.19). Pendant longtemps, la partie du sud du Carmel jusqu au nord a appartenu aux Phéniciens. Au sud de la côte se trouve le fameux Pays des Philistins dont les cinq villes principales étaient Gaza, Ashdod, Ashqelôn, Eqrôn et Gath (1S 6.17). Finalement, la Sephélah (Jos 9.1) qui se traduit par Bas-Pays, est une zone intermédiaire qui comprend de nombreuses petites collines à la hauteur du territoire de Juda, entre la côte et les montagnes. Elle comprend la Vallée du Térébinthe (1S 17.2) où a eu lieu le combat entre David et Goliath et Lakish qui est un lieu bien connu d un siège assyrien (Es 36.1-2).

15 2. Montagnes de Cisjordanie La région des montagnes de Cisjordanie comprend la majeure partie du territoire et a donc à son tour cinq sous-divisions géographiques. Du nord au sud : la Galilée, la plaine de Jizréel, la Samarie, la Judée et le Néguev. a) Galilée Tout d abord, la Haute-Galilée est très montagneuse et comprend le mont Mérom, lieu d une bataille victorieuse de Josué (Jos 11.7) et qui avec sa hauteur de 1 208 m est le point le plus élevé de Canaan. C était le territoire des tribus d Aser et de Nephtali (Jos 19.24-39). En se dirigeant vers le sud, les montagnes s amenuisent en collines. La Basse-Galilée dont la zone territoriale est à peu près équivalente à la hauteur de la Mer de Galilée correspond à peu près aux territoires des tribus de Zabulon et Issacar (Jos 19.10-23). Enfin, un petit village de cet endroit fera éventuellement beaucoup parler de lui : Nazareth! b) Plaine de Jizréel Du mont Carmel jusqu à la Basse-Galilée dans un axe nord-ouest et sud-est de 60 km, s étend la plaine de Jizréel (Esdrelon en grec). Celle-ci s avère être à peu près l unique couloir de communication pour traverser le pays de la côte au Jourdain et au reste du monde. Il est donc normal que cet endroit stratégique ait attiré la convoitise de plusieurs. Gédéon (Jg 6.33), David (1S 29.1) et Josias (2R 23.29) s y sont battus. Une base militaire a été continuellement présente à Megguido, endroit de la plaine qui permettait à peine à un endroit donné le passage de deux chars côte à côte. D'ailleurs estce que ce nom ne vous rappelle pas quelque chose? Ce champ de bataille a tellement frappé les esprits que c est là que les prophètes annoncent la dernière bataille au lieu appelé en hébreux Harmaguédon (Ap 16.16; Za 12.11). Un palais royal a été construit dans la ville dont la plaine tire son nom; Jizréel (1R 21.1-2). Même si la plaine de Jizréel est évidemment plane, on y trouve tout de même deux montagnes importantes : le Mont Moré (Jg 7.1) et le Mont Tabor (Jr 46.18).

16 c) Samarie La région de la Samarie occupe le centre du pays et tire son nom de sa ville principale (1R 16.24) qui est devenu la capitale du royaume d Israël. C est à cet endroit que se situe : le mont Guilboa (1S 31.8) où Saul est mort aux mains des Philistins, Sichem (Jos 24.32) qui a été le théâtre de plusieurs récits relatifs aux patriarches ainsi que du renouvellement de l alliance par Josué (Jos 24.1), les monts Garizim et Ebal où les bénédictions et malédictions de la loi ont été proclamés encore sous Josué (Jos 8.33) et Silo qui a été son centre politique (Jos 18.1) et qui a hébergé le tabernacle à l époque des Juges (1S 4.3). La Samarie est principalement formée de montagnes rocheuses ininterrompues s alignant du Carmel au Jourdain. C est le territoire des tribus de Manassé (partie cisjordanienne (Nb 32.33-42)) et Éphraïm (Jos 16-17). d) Judée La Judée poursuit au sud la série de montagnes de la Samarie, mais est moins rocailleuse est plus boisée. Les tribus de Benjamin et de Juda (Jos 15; 18.11-28) habitent cette région. La Judée c est aussi le lieu de la révélation de Jacob à Béthel (Gn 28.10-22), de l arrêt du soleil à Gabaon (Jos 10.12), de la prophétie messianique de Bethléem (Mi 5.1), de la mort de Sara et de la première partie du règne de David à Hébron (2S 2.11). C est également l endroit où se situe celle qui se passe de présentation; Jérusalem (2S 5.5). Bien que Jérusalem se soit établie sur trois collines principales, la Jérusalem de l AT s est surtout développée sur l une d entre elles, celle située au sudest. Ces collines sont séparées par trois vallées 32 qui finissent par se rejoindre au sud-est de la ville; la Vallée de Hinnom à l ouest (2R 23.10), celle du Tyropéon au centre et finalement, le Cédron à l est (2S 15.23) aussi nommé Vallée de Josaphat (Jl 4.2) 33. Tout à l est, c est le Désert de Judée avec l oasis de Jéricho (Dt 34.3). 32 Au cours des siècles les travaux et les guerres ont abaissé les hauteurs des collines et comblé les fossés des vallées. 33 Ayant été voué aux sacrifices d enfants et ayant servi de fosses communes et de dépotoir, ce ravin a été vu comme le lieu du jugement dernier. D'ailleurs, Josaphat signifie Dieu juge et c est de Gé-Hinnom que nous vient le mot Géhenne.

17 e) Néguev Le Néguev signifie pays du sud et désigne une immense étendue désertique. En fait, c est la juxtaposition de plusieurs déserts (Nb 10.12) allant de la Judée jusqu à la péninsule du Sinaï et représentant une superficie presque égale au pays habité. Le nord du Néguev revenait à la tribu de Siméon (Jos 19.1-9). C est là où s est déroulé l un des fameux épisodes où Abraham fait passer sa femme pour sa sœur à Guérar (Gn 20.1-2). S y trouve également le site de Béer-Schéba délimitant au sud la terre d Israël d après l expression biblique consacrée de Dan jusqu à Béer-Schéba (Jg 20.1). 3. Dépression du Jourdain Le Jourdain est le cours d eau qui marque la frontière entre la Cisjordanie et la Transjordanie. Il est situé dans le creux d une profonde dépression qui traverse la terre sainte du nord au sud 34. Cette vallée bordée de montagnes abruptes est appelée la dépression du Jourdain, et était dans ce pays au relief accidenté, l une des rares voies d accès nord-sud. Le Jourdain tire sa source du Mont Hermon (Ps 133.3), le plus élevé de toute la région, et débute son périple israélien à Dan tiré de la tribu du même nom (Jg 18) qui est aussi la limite septentrionale d Israël. Tout près se trouve la forteresse de Hatsor (1R 9.15). Ensuite, le Jourdain s écoule étroitement sur 16 km jusqu au Lac de Tibériade. Mesurant 21 km de long par 12 km de large, il est aussi appelé Mer de Galilée, Lac de Gennésareth et Mer de Kinnéret. C est sur sa rive que se trouvait le village de pêche de Carpharnaūm (Mc 1.21) où Jésus établira ses quartiers. Le Jourdain reprend par la suite son cours sur une centaine de kilomètres jusqu à la mer Morte, croisant Guilgal qui a été le lieu du premier campement israélite en Canaan (Jos 4.19) et Jéricho (Jos 6). Le nom de la Mer Morte lui vient du fait qu aucune forme de vie ne s y développe. Ce phénomène est dû à son haut niveau de salinité causé par son évaporation accélérée. C est pourquoi elle est aussi appelée la Mer du Sel (Nb 34.11). Se situant à environ 400 m sous le niveau de la mer, c est le point le plus bas de la planète. On la désigne quelquefois aussi comme étant la mer de la Araba (Jos 12.3) puisqu elle débouche au sud sur une région aride comme signifie ce mot (Dt 4.49). Nous sommes aussi dans la région de Sodome et Gomorrhe (Gn 13.10). 34 En fait, la dépression du Jourdain fait partie d une faille géographique majeure (le grand rift) s étendant de la Syrie à l Afrique.

18 4. Plateaux transjordaniens À l est du Jourdain se trouvent les plateaux transjordaniens. Au pied du majestueux Mont Hermon (Dt 3.8) se trouve le plateau de Bashân et territoire transjordanien de la tribu de Manassé (Jos 17.1). Plus au sud se trouve celui de Galaad (Jos 12.2) attribué aux tribus de Gad et Ruben (Nb 32). Ces endroits plats étaient propices à l élevage du bétail (Ps 22.13; 1Ch 5.9). Au sud du Galaad s étend le territoire de trois nations traditionnellement hostiles à Israël : Ammon, Moab et Édom (1S 14.47). Ajoutons à ces ennemis, les Amalécites et les Madianites qui étaient des peuples nomades basés dans le désert plus au sud (Jg 6.3). Voici un résumé visuel de la géographie de la Palestine.

19 Voici également trois coupes transversales du pays qui vous donneront une excellente idée de sa dénivellation. 1. De la Méditerranée jusqu au plateau de Bashân (Golan). 2. De Asdod jusqu à Moab (mont Nébo). 3. De la Haute-Galilée jusqu à Hébron. La géographie accidentée de la Palestine jumelée à son positionnement central dans le Moyen-Orient en font un pont terrestre aux itinéraires routiers recherchés.

20 En terminant, il convient d aborder l aspect climatique de la Palestine. Israël se situe dans une zone de transition entre un climat méditerranéen et un climat désertique. La région côtière et celle des montagnes sont donc caractérisées par un climat tempéré, le sud de la Judée et la dépression du Jourdain par le climat semi-aride des steppes et le Néguev par un climat désertique. La présence du désert de Judée à l est s explique par les nuages de précipitation venant de la Méditerranée qui sont stoppés du côté ouest par les montagnes. Bref, de manière générale, on peut qualifier le climat de très instable 35. Voici ce que dit le Nouveau Dictionnaire Biblique concernant les précipitations : le climat de la Syrie et de la Palestine se caractérise par une division de l année en saison des pluies et saison sèche. Vers la fin d octobre, une forte pluie souvent orageuse commence par intervalles, pendant un ou plusieurs jours à la fois. La Bible l appelle pluie de la première saison (Jr 5.24). Son nom hébreu est yoreh («la torrentielle») ; elle ouvre l année agricole en amollissant le sol durci et craquelé par la sécheresse de l été, et le labourage peut commencer, suivi par les semailles. Jusqu à la fin de novembre, la moyenne des pluies n est pas très élevée, mais elle augmente de décembre à février. Les pluies de l arrière-saison (hébreu malgoch), sont les lourdes averses de mars au milieu d avril. Elles sont particulièrement appréciées, tombant avant la moisson et la longue sécheresse des mois d été. À cet égard, notons les nombreux oueds de la Palestine qui sont des rivières asséchées l été se transformant en torrents dévastateurs à la saison des pluies. Le climat méditerranéen de la majeure partie Palestine permet différentes cultures : vignes, figuiers, oliviers et céréales (Amos 4.9). Toutefois, rappelons-nous qu une bonne partie du territoire à l époque de l AT était recouverte de forêts (Jos 17.15, 18). 35 La température moyenne monte à 30 C l été et descend jusqu à 12 C l hiver avec gel possible donc neige occasionnelle.

21 1.2. INTRODUCTION AU PENTATEUQUE LIVRES DU PENTATEUQUE Les cinq premiers livres de la Bible, bien qu étant des livres indépendants, forment un tout allant de la création du monde (Gn 1) à la mort de Moīse (Dt 34). Dans la tradition juive cet ensemble de livres porte le nom de Torah, que nous traduisons par loi, mais qui signifie d abord enseignement, instruction. La version grecque l appelle Pentateuque signifiant littéralement les cinq étuis où l on rangeait les rouleaux. Bien que ces cinq livres soient les mêmes, ils divergent de noms entre les Bibles grecques (chrétiennes) et juives. Les premiers ont préféré les nommer en fonction de leur contenu alors que les seconds ont choisi de les titrer de leurs premiers mots selon l usage de l époque. Nom grec Signification Nom hébraïque Signification Genesis Origine Bereshit Au commencement Exodos Sortie Shemot Voici les noms Lévitikon Du Lévite Wayyiqra Il appela Arithmoi Nombres Bemidbar Dans le désert Deutéronomion Deuxième loi Debarim Paroles UNITÉ DU PENTATEUQUE Tout en ayant leur message indépendant, ces livres du Pentateuque forment un ensemble bien coordonné avec une histoire, une intrigue, un thème et, traditionnellement, un auteur commun. GENÈSE DEUTÉRONOME Première promesse (12.7) Dernière promesse (34.4) Bénédiction de Jacob (49) Bénédiction de Moīse (33) EXODE NOMBRES Égypte-désert-Sinaī Sinaī-désert-Moab Pâques (12) Pâques (9) Murmures (15-17) Murmures (11-20) Le sanctuaire (25-40) Le camp (1-9) LÉVITIQUE Sacrifices et prescriptions (1-15) * Le rituel du Grand pardon (16) Prescriptions et sacrifices (17-26)

22 À la lumière de ce tableau, soulignons quelques éléments dans la structure littéraire du Pentateuque. La Genèse et le Deutéronome sont des livres parallèles qui servent de cadre extérieur. La dernière promesse de Dieu à Moise (Dt 34.4) est une citation de la première à Abraham (Gn 12.7). Ils contiennent aussi tous deux dans leur avant-dernier chapitre, une bénédiction donnée aux fils d Israël par une figure marquante de l identité juive mourant immédiatement après (Jacob dans la Genèse et Moīse dans le Deutéronome). L Exode et les Nombres sont aussi en parallèles et forment un cadre intérieur au Pentateuque. Ils présentent des trajectoires inversées du peuple en marche ainsi que plusieurs corrélations thématiques. À ce sujet, les murmures des Nombres sont sanctionnés par Dieu, contrairement à ceux de l Exode, car ils suivent la révélation de la Loi au Sinaī (Ex 19-Nb 10), qui se veut le pivot thématique du Pentateuque. Le Lévitique est le centre du Pentateuque et a lui-même comme point culminant en son plein centre (faites-le test!) l expiation lors du rituel du Grand pardon. AUTEUR DU PENTATEUQUE L origine mosaīque du Pentateuque n a jamais vraiment été contestée. Jusqu au 18e siècle! À cette époque plusieurs interrogations ont commencé à remettre en question le fait que Moise soit l auteur de l ensemble de ces cinq livres. Par exemple, comment aurait-il pu écrire le récit de sa propre mort (Dt 34.5)? Ou encore comment Moīse aurait pu écrire qu il était un homme très humble, plus qu aucun être humain sur la terre (Nb 12.3). D autres éléments jugés anachroniques ont présupposé une rédaction plus tardive, par exemple les allusions à la monarchie (Gn 36.31) et à la Transjordanie (Nb 22.1). Ont aussi été soulevés, certaines contradictions (Ex 7.3; 8.11), répétitions (Gn 1.27; 2.7 et 12.10-20; 20; 26), mais surtout les variations continuelles d emploi entre le nom propre de Dieu (YHWH) et le nom plus générique (Elohim). L acceptation d une théorie selon laquelle Moise aurait utilisé différentes sources pour rédiger le Pentateuque a donc éventuellement commencé à faire son chemin. Dès lors, il ne restait qu un pas à franchir pour rayer la mosaïcité du Pentateuque.

23 C est ce que s est empressée de faire la théorie documentaire. Selon cette théorie, on imagina à la base du Pentateuque plusieurs trames narratives, indépendantes les unes des autres et rédigées à des époques différentes, relatant chacune la même intrigue, mais avec des accents théologiques différents. Ces documents auraient été réunis les uns aux autres par des rédacteurs successifs 36. Celle-ci a pris son véritable envol à la fin du 19e siècle dans un contexte marqué par le rationalisme ambiant. Faute de points de comparaison dans le POA, on se contenta bien souvent d appliquer les théories littéraires à la mode. Les philosophies ambiantes laissèrent aussi des traces profondes, en particulier la conception évolutionniste qui marqua si profondément le XIXe siècle. Cette vision fut appliquée à la religion d Israēl, mais aussi à sa littérature. Une des conséquences de cette nouvelle approche fut le scepticisme envers les traditions bibliques, plus précisément la vérité historique de l AT et l intégrité de ses formes littéraires. C est ainsi que le Pentateuque fut décomposé en quatre source ou documents, J, E, D, P, de composition plus ou moins récente 37. 38 Cette approche a fait consensus dans les milieux critiques pendant un bon siècle et ce, jusque dans les années 70 où un retour du balancier à commencer à se faire sentir. Alors que la méthode historico-critique dominante tentait surtout d expliquer le processus conduisant à la formation du Pentateuque, aujourd hui les avis convergent de plus en plus sur la nature du texte définitif du Pentateuque comme un corpus unifié 39. Cela étant dit, la question demeure : Moīse est-il l auteur des cinq livres du Pentateuque? Sans entrer de plain-pied dans le débat, soulignons quand même quelques contre-arguments des défenseurs de la mosaïcité du Pentateuque. Le Pentateuque lui-même (Ex 34.27; Dt 31.24), l ensemble de l AT (Jos 1.7; Esd 6.18), le NT (Rm 10.5; 2 Co 3.15) et bien évidemment Jésus luimême (Mc 12.26; Jn 7.19), attestent que Moīse est l auteur du Pentateuque. Cela étant dit, rappelons-nous qu au sens strict, la Torah est anonyme. Ses cinq livres n affirment à aucun moment, ni explicitement ni implicitement, qu ils ont Moīse pour auteur exclusif 40. 36 Rōmer, p. 69. 37 Bergey et Berthoud, p. 4-5. 38 Fondée par le théologien protestant Julius Wellhausen, la théorie documentaire ou des sources, est communément appelé JEDP et tire son nom de la 1re lettre en allemand des quatre sources hypothétiques: 1) La source Yavhiste (J) qui tenterait de justifier la dynastie Davidique (env. 930), 2) La source Eloīste (E) qui serait nordiste près des milieux prophétiques, insistant sur le comportement éthique (850-750), 3) La source Deutéronomiste (D) qui serait anti-royaliste mettant l accent sur l alliance, la loi et le monothéisme (750-620) 4) La source Sacerdotale (P) qui serait issue de la prêtrise soulignant la souveraineté et la sainteté de Dieu (env. 550). 39 Bergey et Berthoud, p. 19. 40 Longman, p.30.

24 Les indices internes du Pentateuque nous amènent à conclure que l auteur a de toute évidence résidé en Égypte (Gn 13.10), connaissait très bien la langue égyptienne (Gn 41.45), tout en connaissant peu la Palestine (Gn 33.18), a été un témoin oculaire de l Exode (Ex 15.27) et de la vie au désert (Nb 11.7-8), et a bénéficié d une éducation de très haut niveau (Ex 2.10) comme en témoigne, entre autres, la structure recherchée du Pentateuque. Qui donc mieux que Moīse, répond à toutes ces qualifications? Les soi-disant anachronismes peuvent aussi être explicables. L allusion précoce à la monarchie pouvait très bien s avérer possible étant donnée la promesse à Abraham que des rois sortiront de lui (Gn 36.31; 17.6). L emploi d Au-delà du Jourdain en référence à la Transjordanie pouvait très bien être une convention géographique (Nb 22.1) 41. Et le récit de la mort de Moīse peut très bien avoir été écrit par Josué. Pour le reste, les contradictions ne seraient-elles pas en fait des compléments, les répétitions des récapitulations 42 et les variations des formulations différentes plutôt que des divisions? Cela étant dit, nous avons ici un bel exemple de cette nouvelle voie qui émerge des évangéliques aujourd hui. Pendant longtemps, un seul front existait : les évangéliques soutenants que Moīse est l unique auteur du Pentateuque versus les critiques excluant totalement Moīse dans la formation du Pentateuque. La position évangélique moderne n est à l aise ni avec l un ni avec l autre et conséquemment, se loge entre les deux. La position évangélique moderne affirme donc la paternité mosaīque substantielle du Pentateuque, conforme aux données internes disséminées dans le texte et la solidité des témoignages externes, tout en admettant l existence de sources antérieures ainsi que de gloses et de rédactions ultérieures 43. 44 41 La Rive-Nord de Montréal est appelée ainsi, car elle regroupe la région au nord de la Rivière-des- Prairies. Cela dit elle est toujours appelée ainsi même si elle est aussi sur la Rive-Sud de la rivière des Mille-Îles. 42 Tous ces phénomènes de style, à la fois l usage de couplets, usage commun à tout le PO, et les répétitions stylistiques (dans la littérature de la Genèse et de la Mésopotamie), sont une part intégrante de l usage littéraire du PO et de la Bible. Kitchen, Des origines à l Exode : la Genèse, p. 26. 43 Longman p.41. 44 On ne peut nier qu il y a évidence de source antérieure : C est pourquoi il est dit dans le livre des Guerres du SEIGNEUR (Nb 21.14). Tout comme la présence de gloses ultérieures est indéniable : Les Cananéens étaient alors dans le pays (Gn 12.6) est nécessairement un mention ultérieure étant donné que c était évident à l époque de Moīse, la ville de Dan ne sera nommée ainsi qu à l époque des Juges (Gn 14.14; Jg 18.29), la nation d Israēl n est pas encore formée à l époque de la Genèse (Gn 34.7), tout

25 Cela étant dit, il serait pertinent d apporter ici une parenthèse sur les droits d auteurs dans l Antiquité. Dans la majeure partie de la Bible hébraïque comme dans la littérature antique en général, la notion d auteur n a pas exactement le même contenu qu en littérature moderne. Le rôle du rédacteur varie d ailleurs selon les textes. S il est tributaire d une tradition orale également connue des lecteurs (ou auditeurs), il n aura que relativement peu de latitude. Puisqu il réécrit autant ou plus qu il n écrit, son message, ses préoccupations ou ses centres d intérêts propres n apparaissent d'ordinaire que dans des touches discrètes, comme en marge du texte, ou même à la comparaison avec d autres écrits. De fait, dans la Bible, les récits, mais aussi les poèmes, les méditations, les prières, les préceptes de tous ordres ne tirent pas leur autorité de la personnalité de leur auteur : la relative rareté des textes à la première personne du singulier en témoigne. C est surtout par son contenu et par l office (prophétique, sacerdotal, royal) auquel il se rattachait que tel ou tel texte se signalait aux sages juifs comme digne d être retenu, recopié et transmis au peuple par une lecture à haute voix. Dès lors, ce qui importe principalement, c est l analyse littéraire des textes eux-mêmes, tels qu ils nous sont parvenus. 45. Poursuivons avec une dernière citation concernant ces interventions rédactionnelles de personnes autres que Moīse dans le Pentateuque. La question la plus importante au sujet de ces interventions rédactionnelles pré- et post-mosaīques est celle de leur nature. Elles n enlèvent rien à l authenticité du texte. Il ne s agit pas de relectures, de réinterprétations et de remaniement de fonds des traditions et des textes du Pentateuque. Elles ne modifient pas l histoire rapportée dans les traditions. En revanche elles rendent plus clair le sens des textes pour les auditoires des époques auxquelles ces mises à jour ont été introduites 46. En clair, la touche des rédacteurs subséquents qui ont transmis le Pentateuque à leurs générations, n altère absolument en rien le fait que Moīse en est l auteur. comme l établissement du sanctuaire à celle de l Exode (Ex 15.17), les mentions de la conquête accomplie et de la déportation dans le Deutéronome sont aussi anachroniques (Dt 2.12; 29.27) etc. 45 NBS, p. 18. 46 Bergey et Berthoud, p. 23.

26 1.3. LIVRES DU PENTATEUQUE GENÈSE Affirmons-le d emblée, bon nombre de récits de la Genèse ont leur parallèle dans la littérature du POA. Ainsi, la création biblique est apparentée à l Enuma Elish 47, le déluge à l Épopée de Gilgamesh 48, l histoire des Patriarches trouvent des parallèles dans les textes de Mari et Nuzi 49. La qualité des récits bibliques de la Genèse ne se trouve donc pas dans leur originalité, mais dans ce que certains ont qualifié de sobriété éclairée, de ces réponses polémiques israélites aux récits païens parallèles qui semblent remonter à un événement ancien commun 50. Genèse nous vient du grec genesis qui traduit le mot hébreu toledoth et peut signifier origine, généalogie, génération, postérité, lignée, succession, etc. Ce mot clé nous rappelle continuellement que nous sommes dans le traité des origines. La structure littéraire de livre se développe autour des onze mentions de ce terme et se compose donc d un prologue suivi de dix épisodes. Ainsi, il y a donc la généalogie (ou l origine) du ciel et de la terre (2.4), d Adam (5.1), de Noé (6.9), de ses trois fils (10.1), de ceux Sem (10.10), de Térah (11.27), d Ismaēl (25.12), d Isaac (25.19), d Ésaū (36.1) et finalement de Jacob qui deviendra Israël (37.2). Notons que l utilisation de listes généalogiques est un trait commun largement répandu dans la littérature du POA 51. Ces généalogies servent donc de marqueurs littéraires permettant de séparer le texte, présenter de nouveaux personnages et insérer des notes additionnelles sur l un d eux lorsque nécessaires (10.8-12). 47 Au commencement étaient Apsu et Tiamat. Apsu, le mâle, était l'eau douce, et Tiamat, son épouse, était le grand océan chaotique primitif, et le Dragon. Ils donnèrent naissance à de nombreux dieux, et à Muumuu, la brume, qui devint le conseiller d'apsu... 48 En ce temps-là le monde regorgeait de tout; les gens se multipliaient, le monde mugissait comme un taureau sauvage et le grand dieu fut réveillé par la clameur. Enlil entendit la clameur et il dit aux dieux assemblés : le vacarme de l'humanité est intolérable, et la confusion est telle qu'on ne peut plus dormir. Ainsi les dieux furent-ils d'accord pour exterminer l'humanité. Enlil le fit, mais Ea, en raison de son serment, m'avertit en songe détruis ta maison et construis un bateau alors, rassemble à l'intérieur du bateau la semence de tous les êtres vivants... Le temps était écoulé, le soir venait, le cavalier de l'orage lançait la pluie... 49 Par exemple, se susciter un héritier par la servante de sa femme stérile était une pratique reconnue. 50 Kitchen, Op. cit., p. 18. 51 Ces listes ne sont pas toujours continues et ne permettent pas d établir une suite chronologique précise. Comme autre parallèle avec la Genèse, on a aussi trouvé ailleurs de grands écarts de longévité entre avant et après le déluge.

27 Le livre de la Genèse se divise de manière générale en deux grandes sections. La première est l HISTOIRE DES ORIGINES (1-11) qui évoque la genèse des grandes questions de l humanité : Dieu, le monde, le couple, la sexualité, la violence, la mort, la fin du monde, etc. Ce n est pas par hasard, si une bonne partie des récits de ces premières pages de la Bible fait partie de la culture populaire : Adam et Ève, le Jardin d Éden, le serpent, la pomme (!), l arche de Noé, la tour de Babel, etc. Le tout s articulant autour de trois grands thèmes : la création du monde et l humanité (1-2), le péché et la chute (3-4), et la civilisation, sa rébellion et la grâce divine (5-11). La seconde partie de la Genèse résume L HISTOIRE DES PATRIARCHES (12-50). Le SEIGNEUR dit 52 à Abram : Va-t en de ton pays, du lieu de tes origines et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te maudira. Tous les clans de la terre se béniront par toi (12.1-3). Tout commence avec ce périple de la foi, qui a mené Abraham de la Mésopotamie à Canaan (11.31) et même jusqu en en Égypte (12.10). 52 Les deux grandes sections de la Genèse commencent donc par une parole de Dieu (1.3; 12.1)

28 L histoire des patriarches relate essentiellement l origine et le cheminement de cette promesse divine consistant à devenir une nation, d avoir une terre et d être le peuple de Dieu (12.1-3; 26.1-3; 31.13; 46.3-4) au travers la vie de quatre ancêtres emblématiques. Qui dit cheminement, dit aussi obstacles et possiblement avortement de cette bénédiction. Le sommet sera atteint au chapitre 22 lors du sacrifice (interrompu) de l unique héritier, Isaac. Par la suite, son histoire semble servir de simple trait d union (26) 53 entre les deux géants que sont son père, Abraham 54 (12-25) et son fils, Jacob (27-36). Cet usurpateur de Jacob, qui ira même jusqu à voler la bénédiction deux fois plutôt qu une (27.36), verra Dieu changer son nom en celui d Israël après avoir lutté avec lui toute une nuit durant (32) 55. Son fils préféré, Joseph (37-50), sera vendu comme esclave par ses frères jaloux, et deviendra éventuellement viceroi d Égypte (41.41). Alors que la famine fait rage en Canaan, la position providentielle d intendant des greniers d Égypte de Joseph lui permettra de préserver non seulement sa famille, mais aussi, et surtout, la précieuse bénédiction. Le livre de la Genèse se termine avec l héritage prophétique des fils d Israël qui deviendront les douze tribus d Israël. Le message de la Genèse est donc de raconter comment Dieu à préserver, sa bénédiction sur l humanité, envers et contre tout, depuis la création du monde jusqu à la descente providentielle des fils d Israel en Égypte. Joseph clôture donc et résume adéquatement la livre de la Genèse lorsqu il déclare : Vous aviez formé le projet de me faire du mal, Dieu l a transformé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd hui et pour sauver la vie d un peuple nombreux (50.20). L intention théologique de Moīse était probablement de fournir une justification à son appel (Ex 3.15-17). Ainsi, le livre de la Genèse est le pendant littéraire et explicatif de cet appel à quitter l Égypte pour aller vers une terre promise, en accomplissement d une promesse aux pères fondateurs des tribus hébraïque. 56 53 Un seul chapitre lui est consacré. Malgré tout, le judaïsme en fait un héros qui a volontairement accepté de se faire lier pour être sacrifié. D ailleurs, ce que nous nommons le sacrifice d Isaac est appelé Aqéda (Ligature) dans la littérature juive. 54 Abram (Père élevé) deviendra Abraham (Père d une multitude) suite à l alliance que Dieu fait avec lui au chapitre 17 55 Jabob signifie au propre Il talonne (25.26) et par extension au figuré Il usurpe. Israël se rapproche du verbe traduit par Tu as lutté. 56 Kitchen, Op. cit., p. 34.

29 EXODE Le livre de l Exode est clairement lié à la Genèse qui le précède dès son premier verset, par sa conjonction initiale en hébreu (Et voici les noms) et sa reprise des noms des fils d Israēl descendus en Égypte (1.1-5 Cp. Gn 48.8-27; 50.22-26).

30 L Exode raconte la sortie d Égypte, 430 ans plus tard (12.40-41; Gn 15.13-16), des fils d Israēl autour du 13e siècle. C est l acte de naissance du peuple d Israël qui doit être continuellement remémoré! Lorsque demain ton fils te demandera : «Que signifie cela?», tu lui répondras : «A la force de la main, le SEIGNEUR nous a fait sortir de l Égypte, de la maison des esclaves (13.14). D'ailleurs, les générations futures s y réfèreront abondamment (Dt 6.21; 1S 12.6; Ps 81.11; Os 11.1). Les acteurs principaux ne sont plus des individus comme Abraham, Isaac et Jacob, mais un peuple. Pour la première fois, on donne un patronyme aux fils d Israël : les Israélites ou les Hébreux (1.16). Mentionné 34 fois dans l AT, ce terme se retrouve 14 fois seulement dans l Exode. Il désignait à l origine, non pas une ethnie particulière, mais les populations nomades étrangères 57 s engageant comme travailleurs étrangers (Ex 21.2; Dt 15.12; Jr 34.9, 14) 58. 57 Étymologiquement hébreux veut dire ceux qui viennent de l autre côté. 58 On a de nombreuses mentions des Habirou dans des documents administratifs du POA que plusieurs relient aux Hébreux.

31 L Exode peut se diviser simplement en trois sections. La première est celle où DIEU LIBÈRE SON PEUPLE (1-18). Le livre commence avec le génocide orchestré par le pharaon envers les fils d Israël qui se sont multipliés. Le complot sera contrecarré par la gente féminine : les mères et les sages-femmes de manière générale, et plus précisément, la mère de Moīse, sa soeur et même la fille du pharaon qui recueillera Moīse 59, l élèvera et l introduira à la cour royale. Après avoir tué un Égyptien injuste, ce Moīse fuira au désert où il rencontrera Jéthro, ami de Dieu 60 et prêtre de Madian (3.1). Cette rencontre déterminante, avec celui qui deviendra son beau-père, préparera Moīse à la révélation qu il aura du nom du Seigneur YHWH 61 (3.15) au buisson ardent. À la révélation est jointe une mission qui l amènera tout à tour à cumuler plusieurs fonctions : libérateur (13.17-19), chef (14.1-2), organisateur (18.25), médiateur (20.18-21), législateur (24.3), sacrificateur (40.29), etc. L obstination du pharaon de refuser d obtempérer à sa demande de libérer le peuple, amènera un crescendo de plaies : eaux en sang, grenouilles, moustiques, mouches venimeuses, bétail malade, ulcères, grêle, criquets, ténèbres, mort des premiers-nés 62. Le point culminant sera la mort des premiers-nés égyptiens dont les Israélites seront préservés grâce au rituel de la Pâque (12.1-14) 63. Cette dernière épreuve fera fléchir le pharaon qui dans un premier temps laissera sortir le peuple, mais ayant changé d avis par la suite, se lancera à leur poursuite pour finir engloutie dans la Mer Rouge 64 que les Israēlites avaient traversée miraculeusement. Mais l euphorie de la traversée sera vite estompée par les murmures du peuple (15.24; 16.2; 17.2). 59 Se rapproche du verbe signifiant Je l ai retiré. 60 C est ce que son nom signifie, mais est appelé Réouel auparavant (2.18). 61 Appelé le Tétragramme, ce nom se rapproche du verbe être ou devenir. C est pourquoi certains l ont traduit par l Éternel. Mais l idée semble moins être une notion d éternité, qu une présence active de Dieu parmi son peuple. À la lumière de 3.12-15, on pourrait comprendre Je suis celui qui serai avec toi. 62 Il est intéressant de souligner que les fléaux d Exode 7 à 12 correspondent étroitement à la séquence de phénomènes provoqués par une trop haute crue du Nil. Kitchen, D Égypte au Jourdain, p. 60. 63 L hébreu Passah veut dire passe par-dessus en référence au châtiment évité. 64 Ce terme nous vient de la traduction grecque du terme hébreu qui veut littéralement dire Mer des Roseaux, des Joncs. Sa localité exacte est encore discutée.

32 La deuxième section nous montre que DIEU FAIT ALLIANCE AVEC SON PEUPLE (19-24). Après avoir manifesté sa présence au Sinaï 65, Dieu donnera les 10 commandements (20.1-21), le code de l alliance qui est un ensemble de préceptes pratiques développant le décalogue 66 et conclura une alliance avec le peuple. La partie finale est celle où DIEU ÉTABLIT SA DEMEURE AU SEIN DE SON PEUPLE (25-40). C est là que nous lisons le malheureux incident du veau d or qui est typique de ce qui se produit lorsque l humanité prétend rendre un culte à la divinité sans passer par la révélation du Sinaï. Les intentions sont excellentes, mais l erreur de cible est manifeste 67. Mais de l idolâtrie jaillira un renouvellement de la révélation (33.19) et de l alliance. Ainsi, les débuts d Israël ne furent pas l époque idéale de son obéissance, mais bien celle de la rupture de l alliance, et que l alliance renouvelée, en vigueur depuis, est donc fondée sur la grâce et le pardon divin 68. L Exode se termine en illuminant de tous ses feux le sanctuaire 69 portatif démontable. Symbole de la présence de Dieu avec un peuple en route vers sa terre promise. Alors la nuée couvrit la tente de la Rencontre, et la gloire du SEIGNEUR remplit la Demeure. Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente de la Rencontre, parce que la nuée demeurait sur elle et que la gloire du SEIGNEUR remplissait la Demeure. Quand la nuée s élevait au-dessus de la Demeure, les Israélites partaient, pour chacune de leurs étapes. Si la nuée ne s élevait pas, ils ne partaient pas, jusqu au jour où elle s élevait. Le jour, la nuée du SEIGNEUR était sur la Demeure, et la nuit il y avait un feu, sous les yeux de toute la maison d Israël, à chacune de leurs étapes (40.34-38). Deux petits mots en terminant sur la littérature et la théologie du livre. Contrairement à la Genèse, au Lévitique et au Deutéronome, l Exode et les Nombres n ont pas de profil littéraire caractéristique explicitement structuré 70. Le livre entremêle 65 Le nom Sinaï désigne un massif montagneux au sud de la péninsule qui se trouve à l est de l Égypte. 66 Longman écrit que le code de l alliance précise la manière dont le décalogue s applique à ce moment particulier de l histoire du salut qu est l Exode et dans ce contexte culturel. Par exemple, le précepte sur les coups de boeufs (21.28-36) applique le commandement sur le meurtre et les règles agricoles (23.10-13) contextualisent le commandement sur le Sabbat (p. 65). 67 NBS, P.94. À ce sujet, mentionnons que le veau d or ne brisait pas tant le premier commandement (Tu n auras pas d autres dieux ) que le deuxième (Tu ne feras pas de statue ). La représentation de cet animal servait à illustrer la vigueur, la force et l endurance de la divinité donc, dans ce contexte-ci, de YHWH. Le culte du veau, bien que présent en Mésopotamie, était surtout célébré en Égypte, d où la probable influence d Aaron et éventuellement de Jéroboam (1R 11.40). 68 Rendtorff, p. 243. 69 L hébreu Mishkan dérive du verbe demeurer. Traditionnellement, il est traduit par Tabernacle venant du mot latin, Tabernaculum, signifiant tente. Puisque tente correspond à un autre mot en hébreu, il serait plus exacte de traduire par La Demeure (de Dieu, en sous-entendu). Il ne faut pas la confondre avec la Tente de la rencontre qui n a eu qu une utilité provisoire (Ex 33.7-11; 34.34-35). 70 Kitchen, Op. cit., p. 45.

33 intentionnellement plusieurs genres littéraires (surtout narratif et législatif) de manière à démontrer que la Loi est indissociable de l Histoire de la rédemption. La théologie du livre, quant à elle, est essentiellement liée à la présence de Dieu. Après des années de silence, Dieu est désormais présent par son nom, par son action, par sa Loi et par sa demeure 71. Les lecteurs modernes d ailleurs, jugent souvent cette section excessivement répétitive, d autant que les instructions divines concernant la construction du Tabernacle et l exécution de ces plans sont racontées dans tous les détails mais il s agit de l une des clés de la structure. Elle souligne également l importance du tabernacle pour la génération du désert. On s attarde longuement sur ces détails parce que le tabernacle est le symbole premier de la présence de Dieu au sein d Israēl 72. 71 Son positionnement (au centre du camp comme les rois du POA), sa conception (parvis, lieu saint, lieu très saint), ses matériaux (bronze, argent, or) et ses conditions d accès (impurs, purs, lévites, fils d Aaron et souverain sacrificateur), soulignent constamment la gradation de la présence du Dieu Saint au milieu du peuple. 72 Longman, p. 60-61.

34 LÉVITIQUE Le livre du Lévitique est dans la tradition chrétienne, le grand négligé du Pentateuque 73. En effet, comparé à la richesse narrative de ses acolytes, il fait figure de parent pauvre. Il y est pourtant bien à sa place. Exode décrit la gloire, qui est la manifestation de la présence de Dieu, quittant la montagne pour se poser sur le sanctuaire nouvellement monté au Sinaï et qui devient désormais le lieu de la révélation (Ex 24.16; 40.34). Lévitique reprend donc là où nous avait laissés son prédécesseur : Le SEIGNEUR appela Moïse; depuis la tente de la Rencontre, il lui dit (1.1). Le Lévitique apporte un supplément et un complément à l Exode 74. Sur une période d un mois et vingt jours lors de la deuxième année depuis la sortie d Égypte, Dieu donnera de multiples consignes à son Peuple (Ex 40.17; Nb 10.11). Cet abrégé des règlements sacerdotaux met l accent sur la sainteté d Israël, nation mise à part pour le service et la gloire de Dieu. Il indique en particulier comment offrir correctement les sacrifices et distinguer nettement entre ce qui est pur et impur 75. Le livre se divise en quatre parties. De un, LES SACRIFICES (1-7), servant surtout (mais pas exclusivement) à tuer une bête innocente qu on substitue au coupable condamné. De deux, l INSTITUTION DU SYSTÈME SACERDOTAL (8-10). Le nom du livre d ailleurs vient du fait que ce sont les hommes de la tribu de Lévi qui devaient s occuper du sanctuaire et du sacerdoce 76. De trois, les LOIS DE PURETÉ (11-16) qui culmine avec la fête annuelle du Jour des Expiations (ou du Grand Pardon) où les prêtres, le sanctuaire et la nation étaient purifiés. Et de quatre, les LOIS DE SAINTETÉ (17-27), fondées sur le grand commandement du Seigneur : Vous serez saints, car je suis saint (19.2). Ce dernier verset résume d'ailleurs très bien la théologie du livre. Voyez la progression théologique dans le Pentateuque : la promesse de Dieu en Genèse, la présence de ce Dieu en Exode et la sainteté de ce Dieu présent en Lévitique. Il est important de bien comprendre que les concepts de la pureté et de sainteté ne pas sont synonymes, mais complémentaires (11.44; 16.19). La pureté est l absence de souillures alors que la sainteté est la consécration à Dieu. Ces notions ne se limitent pas qu à la sphère morale, et en plus des personnes, des 73 Paradoxalement, il était si important pour les Juifs, qu il est le mieux conservé des livres de la Bible hébraïque et qu il était le premier livre qu on faisait étudié aux enfants. 74 Kitchen, Op. cit., p. 46-47. 75 Archer, p. 271. 76 Toutefois, leurs fonctions sont surtout décrites ailleurs (par ex. Nb 3. 5-10). Ce privilège leur a été accordé suite à leur initiative de revenir à Dieu après le péché du veau d or (Ex 32.26-29). La prêtrise était limitée à la famille d Aaron et ses fils (Ex 4.14; Lv 1.5).

35 choses peuvent aussi être vouées au sacré (con-sacré) comme des temps (sabbat), des lieux (sanctuaire) et des objets (huile). En conclusion, malgré la complexité et l aridité littéraire apparente du Lévitique, nous ne devons jamais oublier les deux motivations profondes qui l animent; Tu aimeras ton prochain comme toi même. Je suis le SEIGNEUR (YHWH) (19.18). NOMBRES Après avoir quitté le Sinaï pour la terre promise, le peuple séjournera une quarantaine d années dans le désert. C est cette portion de l histoire des fils d Israēl que raconte le livre des Nombres dont le titre 77 fait référence aux nombreux dénombrements présents dans plusieurs de ses chapitres (1-4; 26 et 7, 8, 15, 29, 31). À cet égard, on y lit que la population des fils d Israël devait s élever à plus de 2 millions d individus à cette époque 78. Le but du livre des Nombres est de rappeler que les chemins de la liberté sont semés d obstacles et de pièges 79. Ceux-ci apparaitront au travers les trois étapes du voyage que relate le livre. LES PRÉPARATIFS AU SINAÏ (1-10), LA ROUTE VERS MOAB (11-20) et LA CONQUÊTE DE LA TRANSJORDANIE (21-36). Après le premier recensement, le peuple est organisé en campement militaire en vue de la longue marche dans le désert 80. Dès le départ au désert, les murmures du peuple reprendront (11.1). Contestant l autorité de Moīse, de un, et remettant en question le plan de Dieu, de deux (14.1-4). La sanction sera terrible. Vos cadavres tomberont dans ce désert. Vous tous, que l on a dénombrés, en vous comptant depuis l âge de vingt ans et au-dessus, et qui avez murmuré contre moi, vous n entrerez pas dans le pays que j avais promis de vous faire habiter, excepté Caleb, fils de Yephounné, et Josué, fils de Noun. Et vos petits enfants, dont vous avez dit : Ils deviendront une proie! je les y ferai entrer, et ils connaîtront le pays que vous avez dédaigné (14.29-31). Jugement qui, plus tard aux eaux de Meriba, s étendra aussi sur Moīse et Aaron. Alors l Éternel dit à Moïse et à Aaron : Parce que vous n avez pas cru en moi, pour me sanctifier aux yeux des Israélites, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne (20.12). 77 Rappelons-nous que la Torah l intitule simplement de manière très appropriée Dans le désert. 78 Projection basée sur 603550 hommes (1.46). 79 NBS, p.180. 80 L orientation pour les anciens, contrairement à nous, commençait par l est (2.3) ou à l orient, tel que l indique l étymologie du mot (orient-er).

36 Les Nombres, sortant des frontières auparavant habitées par les Israélites, comportent nécessairement de nombreuses références géographiques. La principale halte entre le Sinaï et la Transjordanie, Qadesh-Barnéa, de laquelle les espions sont partis explorer le pays, se trouve à la limite sud du Néguev et est située à 80 km de Beersabée. Les conflits ethniques y occupent aussi une grande place : la controverse de la femme Koushite de Moīse (12.1) 81, les règles concernant les immigrés et les étrangers (9.14; 15.13; 35.15), les Amalécites (14.43), les Madianites qui anciennement alliés deviendront ennemis (10.29; 25.17), les Édomites qui refuseront le passage sur leur territoire (20.18), les Moabites qui solliciteront la malédiction du fameux Balaam (22.1-6), qui à la suite de découverte archéologique récente est maintenant considéré par les spécialistes comme un personnage très important pour le Transjordanie 82. La tension atteindra son paroxysme avec ce qu il est convenu d appeler l affaire Baal-Péor (25) où l anathème, qui signifie la destruction rituelle, sera jetée sur les idolâtres et dont les récits ont pour but de déraciner de l âme des lecteurs de la Torah et de ceux de toute la Bible jusqu à la pensée de l idolâtrie, quels que soient les temps ou les circonstances 83. Heureusement, le livre termine sur une note d espoir avec l émergence de la nouvelle génération (26.64) et d une nouvelle direction avec Josué pour chef (27.18-20) et Éléazar pour souverain sacrificateur (20.28), frappant aux portes de Canaan. À cet égard, malgré sa grande diversité littéraire, les piliers littéraires et théologiques du livre des Nombres demeurent les deux grands recensements distinguant la génération du désert de celle de la terre promise (1; 26). Remarquez comment après le chapitre 26, il n y a plus de mort, les batailles se gagnent (31), les crises se résolvent (32), le futur s entrevoit (34), etc. 81 Originaire d une région d Afrique (Éthiopie, Soudan). 82 NBS, p. 215 83 Idem, p.182.

37 DEUTÉRONOME Le Deutéronome est un livre charnière de l AT, pour ne pas dire son pilier, en ce qu il clôt la Torah et amorce la section historique. Ce trait d union entre le passé et l avenir est évoqué par des déclarations telles que Tu te souviendras (8.2) et Quand le SEIGNEUR, ton Dieu, te fera entrer dans le pays (6.10). Le livre reprend là où nous avait laissés celui des Nombres en Transjordanie et regroupe quatre grands discours de Moīse avant sa mort faisant figure de testament spirituel. LE PREMIER SUR LE PASSÉ (1-4), LE DEUXIÈME SUR L AVENIR (5-28), LE TROISIÈME SUR LE RENOUVELLEMENT DE L ALLIANCE (29-32) et LE QUATRIÈME SUR LA MORT DE MOĪSE (33-34). Ceux-ci, établissent la constitution du futur état d Israēl et servent essentiellement à préparer le peuple au leadership de l après Moīse (16.18-18.22) et à la guerre imminente (7, 20). Un des éléments littéraires déconcertants de ces prédications est la fréquente alternance entre le Tu et le Vous soulignant l unité du peuple de Dieu (29.9-14). Le coeur du livre est sans l ombre d un doute, comme son nom l indique 84, la deuxième proclamation de la loi (12-26) 85 rendue nécessaire par l installation éminente en Canaan d un peuple qui n avait pas connu l Exode. Six grands principes fondamentaux de la foi d Israēl sont énoncés dans le Deutéronome. Dieu est spirituel et unique telle que le déclare la confession de foi juive. Écoute, Israël! Le SEIGNEUR, notre Dieu, le SEIGNEUR est un. (6.4) 86. Israël est continuellement lié à Dieu par une alliance. Le SEIGNEUR, notre Dieu, a conclu avec nous une alliance à l Horeb 87. Ce n est pas avec nos pères que le SEIGNEUR a conclu cette alliance; c est avec nous, qui sommes ici aujourd hui, tous vivants (5.2-3). L alliance établie par Dieu avec son peuple est une relation d amour tel que l indique la seconde partie de ladite confession de foi. Tu aimeras le SEIGNEUR, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. (6.5). Et lui, Il t aimera, il te bénira et te multipliera dans le pays qu il a juré à tes pères de te donner (7.13). 84 Deutéronome veut dire deuxième, seconde loi ou double, copie de la loi (17.18). 85 La première est nommée Code de l Alliance (Ex 20.22-23.19) alors que la deuxième est appelée Code Deutéronomique. 86 Appelée aussi le Shema Israēl(Écoute Israēl), elle est récitée deux fois par jour par les juifs pieux. 87 Horeb et Sinaï sont employés en alternance et désigne la même montagne.

38 L idolâtrie étant le plus grand péril d Israël, il convient non seulement d y résister, mais de l extirper. Vous ne suivrez pas d autres dieux, d entre les dieux des peuples qui vous entourent; car le SEIGNEUR, ton Dieu, qui est en ton sein, est un Dieu à la passion jalouse. Le SEIGNEUR, ton Dieu, se mettrait en colère contre toi : il te détruirait, il te ferait disparaître de la terre. (6.14-15) Plus encore, étant en étroite relation avec le Dieu saint, Israël doit vivre aussi dans la sainteté. Le SEIGNEUR fera de toi son peuple saint, ainsi qu il te l a juré, parce que tu observeras les commandements du SEIGNEUR, ton Dieu, et que tu suivras ses voies. Tous les peuples de la terre verront que le nom du SEIGNEUR (YHWH) est invoqué sur toi, et ils te craindront (28.9-10). La bénédiction ou la malédiction sera déterminée par la fidélité des enfants d Israël aux commandements de l alliance. Si tu écoutes le SEIGNEUR, ton Dieu, en veillant à mettre en pratique tous ses commandements, tel que je les institue pour toi aujourd hui, le SEIGNEUR, ton Dieu, te placera très haut au-dessus de toutes les nations de la terre. Voici toutes les bénédictions qui viendront sur toi Mais si tu n écoutes pas le SEIGNEUR, ton Dieu, si tu ne veilles pas à mettre en pratique tous ses commandements et toutes ses prescriptions, tel que je les institue pour toi aujourd hui, voici toutes les malédictions qui viendront sur toi (28.1-2, 15). Bref, la théologie du livre peut se résume à ceci: Un seul Dieu, une seule terre, un seul sanctuaire et une seule loi. Ces vérités mises en évidence dans le Deutéronome se confirmeront tout au long de l AT. Dans un horizon plus large, l héritage des livres du Pentateuque dans la main des Hébreux à la veille de traverser le Jourdain était à la fois un énoncé de leur origine et de leur destinée (la Genèse, contenant histoire et promesses) et un fondement normatif définissant les limites du bien et du mal en leur qualité de vassaux du Suzerain divin 88. Son alliance n était pas simplement un instrument politique, mais une détermination du but et de la conduite de leur vie comme la nation qui doit manifester la sainteté du SEIGNEUR par une obéissance et un culte conforme à sa volonté. Sinaï et Moab avaient vu la révélation, la cristallisation et la confirmation d un fondement donné qui devait orienter la façon de vivre de cette nation tribale naissante 89. Ainsi, nous voyons dans le dernier chapitre du Deutéronome, le peuple qui est désormais prêt à prendre possession de sa terre promise, sans Moīse, mais toujours avec Dieu. 88 Nous reviendrons sur ce concept un peu plus loin. 89 Kitchen, Op. cit., p. 57-58.

39 1.4. THÈMES DU PENTATEUQUE RÉVÉLATION Révéler signifie littéralement ôter le voile et a pour but divin de faire connaitre. On se rappellera que la connaissance dans la Bible ne se limite pas à l information, mais touche surtout à l expérimentation. En effet, la révélation a toujours pour but de conduire à une relation personnelle de Dieu avec son peuple. Celle-ci est devenue nécessaire suite au péché de l homme qui a entaché la connaissance qu il avait de Dieu. La révélation de Dieu comporte trois dimensions dans l AT : Sa personne, Ses attributs et Ses objectifs. Le Pentateuque recense de multiples exemples de révélation de Dieu qui nous enseignent sur sa personne. L appel d Abraham en Genèse 12 nous fournit les trois premiers éléments de cette révélation. Premièrement, Dieu intervient dans la vie d Abraham sans présentation aucune (v.1), car il était clair, comme dans toutes les apparitions de l AT, qu il n y avait pas de doute, concernant son identité ou son autorité 90. Deuxièmement, la révélation demande toujours l obéissance (v.4). Et troisièmement, bien que Dieu veuille bénir toutes les nations en général, il est tout d abord intéressé à développer une relation personnelle avec Abraham (v.8). Par la suite en Genèse 15 et 17, Dieu désire officialiser cette relation par le biais d une alliance à laquelle la réponse sera non seulement le signe physique de la circoncision (17.11), mais l exigence de la moralité. Je suis le Dieu Puissant (El Shaddai). Marche devant moi et sois intègre. Je mets mon alliance entre moi et toi (17.1-2) 91. Cette fois, Dieu se présentera même sous un nom, ce qui est d une extrême importance étant donné que le nom a pour les Hébreux une grande signification en ce qu il reflète la nature de la personne qui le porte. 90 Dyrness, p. 19. 91 Ce qui est particulier à la religion biblique, c est que cette idée du rapport entre religion et moralité est celle qui y domine tout le reste Mais il ne faut pas oublier que telle n a pas toujours été la manière d envisager la religion et que c est en bonne partie à l influence de la Bible qui a purifié et ennobli nos conceptions que nous devons de percevoir cette vérité aussi clairement que nous le faisons. Dès ses premières pages, avant que le mot saint y soit inscrit, l AT s élève contre le péché dans le cœur et dans les actions. Dieu agrée et justifie des hommes justes, comme Abel, Énoch, Noé; accable de ses jugements un monde perverti; détruit des cités corrompues comme Sodome et Gomorrhe. Il requiert d Abraham qu il marche devant lui et soit intègre. Celui-ci à son tour a l assurance que le Juge de toute la terre fera justice (Gn 17.1; 18.25). À mesure que la révélation progresse, l indissolubilité du lien entre la religion et la moralité devient plus évidente. Orr, p.39-40.

40 C est pourquoi un changement important dans la vie d un individu amène nécessairement un changement de nom 92. Plus encore, connaître le nom donne un certain pouvoir sur l individu tel que nous le voyons avec Adam qui a le pouvoir de nommer la création et par le fait même de se l approprier, de la dominer (Gn 1.26; 2.19). Bref, quand Dieu fait connaître son nom à Abraham, il l enseigne évidemment sur sa nature, mais lui permet également d entrer en relation avec lui 93. Plus tard, un autre pan sera dévoilé en Genèse 28, quand Dieu dira à Jacob: Je suis le SEIGNEUR (YHWH), le Dieu d Abraham, ton père, et le Dieu d Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai, à toi et à ta descendance (v.13). Les dieux païens étaient souvent identifiés à des territoires particuliers, alors que le Dieu d Israël s associe à des individus tout en se déclarant au passage propriétaire de toute la terre. Se révélant comme étant YHWH en Exode 3, il est continuellement présent avec son peuple. La sortie d Égypte permettra à Dieu de faire progresser la révélation à ses oeuvres et de s y référer (Ex 20.1-2). En terminant, la révélation de Dieu n est jamais arbitraire, mais sert un plan de rédemption intentionnelle et appropriée tel que le démontre le choix de Dieu de montrer ses attributs à Moīse plutôt que de lui donner une apparition directe (Ex 33.18-20) 94. De toutes ces apparitions surgit une interrogation : comment le Grand Dieu Très Saint peut-il entrer en relation avec un simple pécheur (Ex 33.20)? La solution à ce paradoxe se trouve dans les moyens employés généralement par Dieu dans l AT pour se révéler. Dieu apparait quelquefois sous la forme de l Ange de l Éternel. Cet ange spécial dont la présence équivaut à celle de Dieu (Ex 33:14 ; Es 63:9), bien que distincte (2S 24.16), s exprime à la 1re personne (Gn 16.10 ; Jg 2.1), et amène la bénédiction ou le jugement (Ex 32.34; 2S 24.16). Malgré que les théophanies 95 de l AT se caractérisent par le fait qu il est toujours difficile d établir s il s agit d une représentation ou d une véritable apparition de Dieu 96, certains y voient une préincarnation de Christ. 92 Par exemple, Abram-Abraham, Saraī-Sara et Jacob-Israēl. 93 En faisant connaitre son nom, il permet à l homme de la prier, de l invoquer, de le bénir, mais aussi de le blasphémer, de le rejeter, de le maudire. Remarquons d ailleurs que Dieu refusera de donner son nom à Jacob peut-être par crainte que ce dernier ne l emploie d une façon inappropriée. Il le bénira toutefois (Gn 32.29). 94 Après le péché du veau d or, Moīse avait beaucoup plus besoin d entendre la grâce de Dieu que de voir la gloire de Dieu. 95 Apparation (phanie) de Dieu (théo), du grec. 96 Dyrness, p.34.

41 La gloire de Dieu est une autre façon par laquelle Dieu se manifeste. Dans son sens premier, la gloire fait référence aux éléments visibles qui amènent le respect chez un homme : l influence, la fortune, la réputation, etc. (Gn 31.1 97 ; Pr 20.29). La gloire de Dieu est donc la manifestation visible de sa présence et de sa puissance. La gloire de Dieu a accompagné le peuple (et son adoration) tout au long de son histoire (Ex 24.16; 40.34-35; 1R 8.11) et est appelée à être révélée sur tout la terre (Nb 14.21; 1Ch 16.24). La face de Dieu est une autre façon imagée de représenter la présence de Dieu (Ex 33.20). D'ailleurs, c est littéralement de la face de Dieu qu Adam s est caché après la chute (Gn 3.8). Lorsque Dieu fait briller sa face sur quelqu un, c est qu il le bénit (Nb 6.25) et lorsqu il la cache, il le livre aux souffrances et aux soucis (Ps 13.2) Il serait pertinent ici de discourir brièvement sur les anthropomorphismes 98 de l AT. Ceux-ci sont l emploi de terme humaine pour référer à Dieu. Donc non seulement Dieu a une face (Nb 6.25), mais aussi un dos (Ex 33.23), des mains (És 14.27), Il parle (Gn 3.1), Il entend (Ex 16.12), Il voit (Gn 1.4); Il sent (1S 26.19) etc. Bref, les anthropomorphismes sont une manière de nous rendre accessible des réalités divines qui autrement nous seraient insaisissables. Comme le disait Jean Calvin, un peu à la façon des nourrices pour se conformer à leurs petits enfants. Ceci étant dit, la révélation nous enseigne essentiellement sur la nature de Dieu, sur ses attributs. Dieu est personnel et a par conséquent un nom. Toutefois, puisqu aucun nom ne peut exprimer à lui seul toute la richesse de Dieu, plusieurs sont nécessaires 99. 97 Ce que nos bibles traduisent généralement par il a acquis toute cette richesse se lit littéralement par il a fait toute cette gloire. 98 Forme (morphisme) humaine (anthropo), du grec. 99 S articulant généralement autour de deux noms fondamentaux : El et Yahweh. Le premier est un très ancien terme sémitique employé pour désigner un dirigeant ou un gouverneur et a donné au pluriel (de majesté) Élohim (Gn 1.1). Il apparaît souvent comme nom composé : par exemple, El Alion (Dieu Très-Haut) (Gn 14.18-19), El Shaddaī (Dieu-Puissant) (Gn 17.1). Le second dont nous avons déjà parlé, apparait aussi quelquefois sous une forme composée comme Yahweh-Yireéh (L Éternel pourvoira) (Gn 22,14) ou Yahweh-Sabaoth (Éternel des Armées) (Ps 24.10) qui se rapporte non seulement à l armée d Israël, mais aux armées de cieux (Dt 4.19) et des anges (Ps 148.20).

42 Dieu est esprit. Il est la source de la vie (Ps 36.9), ne dort pas (Ps 121.4), cherche les coeurs (1S 16.7), est hors des limites matérielles (Ex 20.4), est souverain sur toutes les créatures (És 31.3) et est totalement distinct de l homme (Os 11.9). Dieu est unique. Cette vérité dans l AT met moins l accent (de manière surprenante) sur l inexistence des autres dieux que sur leur inutilité (És 45.18; Jr 2.5). Certains critiques soutiennent qu il y a eu une évolution entre la monolatrie 100 des patriarches (Gn 14.22) et le monothéisme d Élie (1R 18.21). Dieu est puissant et pousse le croyant à s exclamer : Y a t il rien qui soit étonnant de la part du SEIGNEUR? (Gn 18.14). Il a fait sortir son peuple d Égypte par son bras puissant (Ps 89.10). De sa puissance découlent deux concepts voisins: Dieu est un Dieu jaloux qui a la capacité de conserver ce qui lui appartient (Ex 20.5) et Sa fureur qui est en quelque sorte le puissant débordement de Sa jalousie (Dt 29.27). Dieu est saint. Étymologiquement, cela signifie qu Il est coupé, séparé, à part de la création (És 6.3). Lui seul est Saint (Ex 15.11). Par contre, Il est aussi le Saint d Israël (Jr 50.29)en ce qu Il étend Sa sainteté sur tout ce qui lui est identifié. Dieu est juste et droit (Dt 32.4). Sa volonté (És 45.9-12), Ses jugements 101 (Ps 105.5) et Ses oeuvres (Jg 5.11) sont parfaitement équitables, et ce, dès maintenant et à toujours (És 9.6). Conséquemment, il demande que la justice caractérise son peuple (Am 5.24). Dieu est miséricordieux ce qui, contrairement à la croyance moderne, est un signe de Sa force (Ps 144.2) 102. Si la grâce est d obtenir ce que nous ne méritons pas, la miséricorde est de ne pas obtenir ce que nous méritons (Nb 14.19). La cause de Sa miséricorde est Son amour (Os 11.1-4) et la conséquence est Sa fidélité (És 55.3). 100 En fait, la monolatrie est un monothéisme virtuel qui sans nier l existence des autres dieux, ne reconnait qu un seul Dieu comme digne d adoration. 101 Le jugement dans l AT ne se limite pas à rendre un verdict, mais englobe tout le processus qui peut aussi bien mener à la condamnation qu à la justification. Dans la livre des Juges, les délivrances sont même appelées les justices en hébreu, c est pourquoi les Juges sont avant tout des libérateurs. 102 Remarquez comment dans ce psaume la bienveillance de Dieu est mise de pair avec le fait qu Il est une forteresse et un bouclier.

43 CRÉATION L AT débute en proclamant haut et fort que Dieu est créateur. Le thème de la création dans l AT comporte trois niveaux. Le premier niveau est celui de la création originelle. Crée ex nihilo 103 (Gn 1.1) par la Parole (Ps 33.6) et l action de Dieu 104 (Gn 2.7-8), elle est déclarée très bonne (Gn 1.31) et reflète la gloire de Dieu (És 6.3). Le second niveau est communément appelé la providence. C est en quelque sorte les soins continus de Dieu envers sa création par le biais du processus des lois naturelles qui pourvoient à la reproduction et la régénération de la vie 105. Celles-ci bien qu autonomes ne sont pas indépendantes de Dieu qui met la limite aux océans, décrète les saisons, crée le vent, dirige les animaux, les nourrit (Ps 104; Jb 38-39), etc. Le troisième niveau est la capacité divine d intervenir surnaturellement dans sa création par le miracle. À titre d exemple, le puissant vent qui a séparé la mer en deux est en réalité, plus qu un heureux hasard météorologique, mais le fait qu au souffle de tes narines, les eaux se sont amoncelées (Ex 15.8). Ce plein contrôle de Dieu sur sa création est la confirmation de Sa fidélité envers son peuple. Ainsi parle le SEIGNEUR : Si je n avais pas fait mon alliance avec le jour et la nuit, si je n avais pas établi les lois du ciel et de la terre, alors je pourrais rejeter la descendance de Jacob et de David, mon serviteur, et ne plus prendre dans sa descendance ceux qui gouverneront la descendance d Abraham, d Isaac et de Jacob. Je rétablirai leur situation, car j ai compassion d eux (Jr 33.25-26). Non seulement la création est au service de l homme et de la femme, mais ces derniers en sont le couronnement (Gn 1.26). Ceux-ci ont une relation spéciale avec le reste de la création qui lui est soumise (Gn 1.26). De nombreuses promesses ont rapport avec la terre (Gn 12.1), celle-ci a été maudite suite au péché de l homme et de la femme (Gn 3.17-18), elle est polluée par le péché (Dt 24.4), elle vomira même ses habitants (Lv 18.25), et elle attend la restauration (És 11.6-9). 103 Expression latine signifiante à partir de rien. 104 Il est intéressant de voir la diversité et la particularité des mots employés dans le récit de la création : Bara (créer) (1.1), Asah (faire) (1.7), Yatsar (façonner) (2.7) 105 Dieu n a pas mis en place un mécanisme naturel indépendant duquel il s est retiré comme le croient les déistes.

44 L homme et la femme ont aussi une relation spéciale entre eux. Les êtres humains sont faits pour des relations, pour se compléter les uns les autres dans l amour. À partir de ce verset (Gn 1.27), il est clair que l humanité est créée mâle et femelle en sorte que chacun est incomplet sans l autre et que les deux sont totalement égaux devant Dieu. La masculinité et la féminité sont essentielles à l humanité 106. Le mariage est l institution de base de la création (Gn 2.22-25), et par le fait même est bénit et protégé (Gn 1.28), il doit se vivre dans la monogamie puisque les deux deviendront une seule chaire (Gn 2.24). De plus, l individu est un être social qui trouve sa raison d être au sein d une collectivité (Jos 7.16-18) 107, mais sans jamais perdre sa responsabilité individuelle (Jos 24.15). Ultimement, l humanité a été crée pour développer une relation spéciale avec Dieu. Ils ont été créés à l image de Dieu (Gn 1.26) et sont dotés par conséquent d autorité, de créativité, de responsabilité et d activité 108. Leur destin débute (Ps 139.13-16), se déroule (Jb 10.12) et s accomplit (Ps 16.11) totalement qu avec Dieu. ALLIANCE Dans les dernières années, les spécialistes qui se sont penchés sur la notion de l alliance ont découvert d étonnantes similitudes entre les alliances divines de l AT et les anciens traités de relations internationales orientales 109. Une alliance était une convention passée entre deux parties, en général un supérieur et un inférieur : un suzerain s engageait à fournir protection à son vassal, tandis que ce dernier promettait fidélité à son maître 110. Six éléments étaient généralement présents dans ces alliances. Un préambule présentant les parties contractantes. L AT est l histoire de la relation entre deux parties, d un côté Dieu comme roi 111 et de l autre le peuple juif et par extension l humanité entière, car Dieu restreint la lignée des 106 Dyrness, p. 73. 107 Appartenant à une maison, qui appartient à clan, qui appartient à une tribu, qui appartient à la Maison d Israël. 108 Selon un regroupement des différentes interprétations. 109 Plus précisément les traités d alliance hittites de l âge de bronze (1400-1200). Établies en Asie Mineure (donc au nord-ouest de la Palestine), les Hittites ont même concurrencé les Égyptiens pendant un temps. 110 NBS, P.233. 111 Il ne faut pas par contre exclure l aspect filiale de cette relation où Dieu est aussi un père (Ex 4.22; Dt 8.5).

45 peuples avec lesquels il établit son alliance, non pour exclure quiconque, mais pour que tous découvrent sa grâce, au moyen de ceux qu il a choisis 112. Un rappel historique des événements ayant mené à la ratification de cette alliance. Dans l alliance que Dieu établit avec Israēl, il rappelle qu il est celui qui les a fait sortir d Égypte (Ex 20.1-2). Les clauses à respecter définissant les obligations de chacun. Dieu s engageait à bénir (Gn 12.1-3) et Israēl s engageait à respecter le décalogue (Ex 19.8). Le document conservant les termes de l alliance qui devait être relu périodiquement. La loi était pour les Israēlites ce document qui devait être relu publiquement afin de renouveler l alliance (Jos 24) 113. Les témoins présents comprenant les dieux respectifs, mais aussi les montagnes, le vent, les nuages, etc. (És 1.2). Les bénédictions et les malédictions revenant à ceux qui obéiront ou transgresseront l alliance. Ainsi est-il aussi pour l alliance divine (Dt 28). Cela étant dit, une question s impose : l alliance entre Dieu est son peuple était-elle conditionnelle ou inconditionnelle? L alliance était sans condition, dans le sens où Dieu n oublierait jamais ses promesses et ne demeurerait jamais sans témoins, c est-à-dire ceux qui répondront dans la foi en ces promesses. La perpétuation de chaque individu dans les bénédictions de ces promesses dépendait de l attitude de leur foi 114. Ajoutons de plus quelques éléments qui nous aident aussi à mieux comprendre la théologie de l alliance, et ultimement celle de l AT : il était interdit à un vassal de murmurer contre son suzerain, de contracter un accord avec des nations voisines ce qui est l équivalent de solliciter leurs dieux, la protection de leur maître était conditionnelle à leur fidélité exclusive, le traité une fois validé ne pouvait en aucun cas être modifié sous peine de représailles graves, dans le cas 112 Dyrness, p. 109. 113 Certains voient le Deutéronome comme étant le document par excellence de l alliance et décèle dans sa structure interne les différents éléments de ces traités anciens : Préambule (5.6), Rappel historique (1-11), Clauses (12-26), Document (17.18), Témoins (30.19) et Bénédiction/Malédictions (27-28). 114 Dyrness, p.110

46 où la relation changeait le traité devait simplement être détruit afin que soit conclue une nouvelle alliance 115. Nous avons déjà abordé la notion de la révélation progressive de Dieu dans l AT, ce qui nous aidera à saisir les stades de développement du concept de l alliance : Dieu établit une alliance avec Adam et Ève pour sauver l humanité (Gn 3.15), avec Noé pour la préserver (Gn 6.18), avec Abraham pour la bénir (Gn 15.18), avec Moīse pour lui donner les valeurs morales et spirituelles (Ex 19.5), avec David pour lui donner un royaume (2S 7.16). Ces alliances entre Dieu et son peuple ont nourri l espérance d une nouvelle alliance qui prendrait place dans l avenir, serait inscrite dans les coeurs, serait ouverte à tous et pardonnerait définitivement les péchés (Jr 31.31-34). 115 Cela éclaire la persistance de l auteur du Pentateuque à souligner les murmures du peuple, et celle de l ensemble de l AT à dénoncer le compromis religieux et à attendre une nouvelle alliance.

47 2. Livres historiques 2.1 HISTOIRE DE L ANCIEN TESTAMENT Avant d entamer notre périple au travers les livres historiques, il convient d avoir une vue d ensemble des grandes périodes de l histoire d Israēl dans l AT 116. La période patriarcale (2166-1876) fait allusion à celle des Pères d Israël qui sont Abraham, Isaac et Jacob et dont l histoire est racontée en Gn 12-50. Cette période va de la naissance approximative d Abraham au 22e siècle av. J.C. jusqu à la descente de Jacob en Égypte vers 1876. La période de l Exode (1876-1406) comprend les 430 ans (Ex 12.40) après la descente des Pères en Égypte et les 40 ans que passera le peuple dans le désert (Nb 32.13). La période de l installation (1406-1050) comprend deux grands chapitres historiques : la conquête qui s amorce avec la victoire de Jéricho en 1406, suivie de la période des Juges dès 1389. La période monarchique (1050-587) est contenue entre l accession de Saūl au trône comme premier roi d Israēl jusqu à la destruction de Jérusalem en 587/6 par les Babyloniens. La période exilique et post-exilique (587-430). Après la destruction de Jérusalem, Israēl sera déporté pour une période d exil qui durera soixantedix ans telle que l avait annoncé le prophète Jérémie (Jr 29.10; 2 Ch 36.21). Le décret de Cyrus, roi des Perses, en 538 permettant le retour des Juifs ouvrira la période post-exilique qui s étendra jusqu à la fin de l activité d Esdras et Néhémie vers 430. La période intertestamentaire (430-0) est celle comprise entre la fin de l AT et le début de NT. 116 Les dates données dans ce chapitre sont fournies par G. Archer et sont généralement conservatrices, approximatives et ne faisant pas toujours l unanimité. Comme il l indique lui-même, elle constitue tout de même une base de travail et sert surtout à situer les périodes de manière générale dans l ensemble de l Histoire.

48 2.2. INTRO. AUX LIVRES HISTORIQUES La deuxième grande section de l AT est celle des Livres historiques et raconte les évènements suivant l entrée en Canaan. Elle comprend 12 livres soit ceux de Josué, Juges, Ruth, 1-2 Samuel, 1-2 Rois, 1-2 Chroniques, Esdras, Néhémie et Esther. D emblée, trois choses doivent être dites pour bien saisir ces livres historiques de l AT. Premièrement, le choc qu a causé l exil babylonien de 587/586 a eu non seulement des répercussions historiques, mais aussi littéraires. En effet, à partir d un ensemble de documents déjà existants on procède à l édition d une histoire d Israēl qui relate les événements de la conquête à la perte de la terre promise (l ensemble des quatre livres : Josué, Juges, Samuel et Rois). Une des visées des rédacteurs de cette édition est de toute évidence d expliquer le désastre. Historiographie théologique, elle puise ses critères de jugement (pour élucider ce qui, après coup, paraît comme une marche inéluctable vers la catastrophe), dans les recommandations ou les principes martelés dans le livre du Deutéronome. À savoir : un seul Dieu, un seul peuple, un seul sanctuaire. C est pourquoi on parle d histoire ou d historiographie deutéronomiste. Le désastre de la chute de Jérusalem et de l exil s explique dans cette perspective par le manquement, par le renversement de ces normes fondamentales de l alliance. Au lieu de se confier en YHWH seul, le peuple a vénéré d autres dieux, il s est mélangé avec d autres nations et il a multiplié les sanctuaires 117. L intention théologique derrière ces 4 livres (6 en fait dans notre canon qui coupe en deux Samuel et Rois) est de démontrer que la chute de Juda n est donc pas un signe de faiblesse de YHWH, qui aurait été vaincu par les dieux de l ennemi babylonien; au contraire, c est YHWH lui-même qui a choisi de sanctionner son peuple 118. C est pourquoi d ailleurs les juifs ont placé ces livres dans les Nebiim (Prophètes), les considérant comme étant avant tout prophétiques, plutôt que strictement historiques, comme notre canon peut le supposer. Deuxièmement, le titre des livres est presque toujours le nom d un personnage occupant une place centrale dans le livre (à part Juges, Rois et Chroniques), ces personnages n en sont pas nécessairement les auteurs, mais donnent à ces livres leur identité propre 119. Ces notions étant établies et afin de pouvoir nous concentrer sur leur contenu, nous ajouterons donc que peu de choses sur les questions de date et d auteur lorsque nous aborderons les livres historiques individuellement. 117 Vincent, p. 20, 3. 118 Rōmer, p. 238. 119 Schibler, p. 2.

49 Troisièmement, les livres historiques sont essentiellement composés de textes narratifs et ont pour particularités de rapporter les histoires ou les intrigues de divers personnages. Dix principes exégétiques 120 devraient nous aider à mieux saisir le sens de ces récits 121. 1. En général, un récit de l AT n enseigne pas directement une doctrine (ex. la polygamie de David (2S 5.13)). 2. Un récit de l AT illustre généralement une ou plusieurs doctrines enseignées explicitement ailleurs (ex. l idolâtrie de Salamon (1R 11.4)). 3. Les récits relatent ce qui s est passé, pas nécessairement ce qui aurait dû se passer, ou ce qui devrait se passer à chaque fois. C est pourquoi ils n ont pas tous une morale individuelle et identifiable (ex. la violence de Néhémie (Né 13.25)). 4. Ce que font les héros des récits n est pas nécessairement un bon exemple pour nous. Fréquemment, c est juste le contraire. (ex. Samson chez la prostituée (Jg 16.1)). 5. La plupart des personnages dans les récits de l AT sont loin d être parfaits, et leurs actions aussi (ex. le silence de David après l abus de sa fille (2S 13.21)). 6. Il n est pas toujours dit, à la fin d un récit, si ce qui s est passé était bien ou mal. Nous sommes censés être capables d en juger sur la base de ce que Dieu nous a déjà enseigné directement et catégoriquement dans l Écriture (ex. le voeu de Jephté (Jg 11.31)). 7. Tous les récits sont sélectifs et incomplets. Tous les détails s y rapportant ne sont pas toujours donnés. Ce qui apparaît dans le récit se limite à ce que l auteur inspiré a cru important pour nous de savoir (ex. l absence des failles davidiques dans les Chroniques). 120 Terme technique en rapport avec l interprétation de la Bible qui est dérivée du mot grec exêgeomai qui veut littéralement dire faire sortir comme dans faire sortir le sens du message d un texte de la Bible. 121 Fee et Douglas, p 82-83.

50 8. Les récits n ont pas été écrits pour répondre à toutes nos questions théologiques. Ils visent des buts particuliers, spécifiques et limités, traitent de certaines questions, et en laissent d autres de côté, qui seront traitées ailleurs, d'autres façons (ex. le massacre des prêtres idolâtres par Élie (1R 18.40)). 9. Les récits peuvent enseigner soit de manière explicite (en affirmant clairement une chose) soit de manière implicite (en sous-entendant quelque chose sans effectivement l affirmer) (ex. les fils d Éli (1S 2.12; 1.3)). 10. L analyse finale nous montre que Dieu est le héros de tous les récits bibliques (ex. le décret de Cyrus (Esd 1.1)).

51 2.3. LIVRES HISTORIQUES JOSUÉ Le livre tire son nom de son personnage principal, Josué, qui est mentionné 167 fois dans le livre. On se rappellera que c est Moīse qui changea le nom de son serviteur Hosée en celui de Josué (Nb 13.16). Ces deux noms sont formés sur la même racine du verbe sauver, délivrer, donner la victoire, mais Josué contient un préfixe intégrant le nom de Dieu (Yého) afin de rendre le Seigneur sauve, délivre, etc.. Cela dit, déclarons-le à nouveau; le livre n a probablement pas été écrit par Josué, car le récit va de l époque de la mort des anciens qui vécurent encore après Josué (24.31), jusqu à ce jour lointain où le rappel des événements est encore bien présent (5.9; 7.26; 8.28-29; 10.27). De un, il relate LA PASSATION DU POUVOIR DE MOĪSE À JOSUÉ (1). Les premiers mots du livre marquent une continuité avec le Deutéronome (1.1). Mais le fait qu il n y eut plus de manne (5.12) ainsi que l ordre divin donné à Josué d ôter ses sandales sur le lieu saint (5.15) attestent bel et bien que depuis l époque de Moīse au désert, la boucle est désormais bouclée (Ex 16.31; 3.5). De deux, LA TRAVERSÉE DU JOURDAIN ET LA CONQUÊTE DE CANAAN (2-12). Canaan était composée de multiples cités états dirigées par un souverain qui cumulait souvent le pouvoir politique, militaire et religieux. Celles-ci étaient de puissantes villes autonome et indépendante 122 telles Megguido, Sichem, Guézer, Lakish, Jérusalem et Hatsor (11.10; 17.18). C est une conquête par les armes, mais surtout théologique, par la foi, comme en témoigne la promesse au passé de la terre à conquérir au futur; Tout lieu que vos pieds fouleront, je vous l ai donné (1.3, 15; 2.9; 8.1). C est pourquoi la lutte à finir n est pas tant militaire que religieuse (1.8) tel qu on le constate avec l anathème jeté sur le paganisme de Jéricho ainsi qu avec la défaite de Aī qui lui succède parce qu Israël a péché; ils ont passé outre à l alliance que j avais instituée pour eux (7.11). 122 Favorisé par le relief accidenté de la Palestine rendant les communications difficiles.

52 De trois, LES LIMITATIONS ET RÉPARTITIONS DES TERRITOIRES (13-21). Après la conquête le pays sera donc tiré au sort entre les tribus d Israël (14.2) 123. 123 Il est intéressant de souligner que la répartition du territoire par le sort divin coïncide avec le rang des ancêtres. Ainsi, les enfants de Rachel (Benjamin, Manassé et Ephraīm (deux fils de Joseph adoptés par Israēl (Gn 48.5)) la préférée seront au centre (Gn 29.31-30.24; 35.18-25), les ainées de Léa (Ruben, Siméon et Juda) au sud (Gn 29.31s), et ses plus jeunes (Issacar, Zabulon) et ceux des concubines (Dan, Nephtali, Gad, Aser,) auront le reste.

53 Dans cette section, on ne doit donc pas se laisser arrêter par la sécheresse des énumérations topographiques, mais épouser la joie du rédacteur qui détaille l héritage donné par Dieu aux tribus 124. Héritage qui reste encore à saisir en ces jours où malgré la distribution des terres, la conquête n est encore que partielle (l enclave Gabonite (11.19), la présence des Philistins (13.3), la résistance de Mégguido (Jg 1.27-28)). En juxtaposant accomplissement et non-accomplissement, l auteur montre la tension qui existe entre la justice et la grâce divine. Il signale que le peuple d Israel court constamment le risque de compromettre l accomplissement de la promesse de la Terre promise. À vrai dire, toute la réussite de l entreprise réside dans la nécessité de choisir; s en tenir ou non aux stipulations de l alliance faite avec Dieu 125. Et de quatre, LES ÉVÉNEMENTS ET AVERTISSEMENTS FINAUX (22-24). L épisode de l autel-témoin de Transjordanie démontre bien la légitimité de l assemblée de Sichem où derrière le sermon sur la pureté religieuse se devine l appel politique à l unité nationale 126. Car la fin du livre de Josué laisse déjà entrevoir les germes des deux plus grands fléaux de l histoire d Israēl : le schisme et l idolâtrie (24.23). JUGES Après la mort de Josué, l État naissant d Israël subira une période de bouleversements internes importants caractérisés par la déchéance morale et spirituelle. Étant donné l anarchie et le chaos collectif, l histoire sera désormais centrée sur un individu particulier, dont les actes, en fait souvent un seul, est rapportée 127. Le livre de Juges nous raconte donc l une des périodes les plus sombres de l histoire d Israël. L INTRODUCTION SUR L EPOQUE DES JUGES (1.1-3.6) décrit la conséquence de la déchéance morale et spirituelle du peuple qui se traduisait par l incapacité à vaincre les Cananéens (1.27). D'ailleurs, la tribu de Dan devra même déménager plus au nord puisqu elle sera incapable de déloger les Philistins sur le territoire qui leur était échu (1.34; 18.1). Commence ainsi le cycle de l époque des Juges : Apostasie (2.12-13) Oppression (2.14-15) Juges (2.16) Délivrance (2.17-19). 124 TOB, p. 255. 125 Schliber. L enjeu du livre de Josué et du livre des Juges, p.5 126 NBS, p. 282. 127 Rendtorff, p. 51.

54 C est donc l infidélité du peuple d Israēl qui amènera la nécessité de la DELIVRANCES DES JUGES (3.7-16). Bien que ces juges aient été nombreux (3.31; 10.1-5; 12.8-15) 128, certains comme Otniel, Ehoud, Débora, Gédéon, Jephté et Samson, se sont distingué par la hauteur de leurs exploits 129. Quatre caractéristiques qualifient généralement ces Juges. Ils sont charismatiques, au sens spirituel du terme, en ce qu ils sont investis par l Esprit de Dieu (3.10; 6.34; 11.29; 14.6, 19). Ils sont plus que des juges qui rendent la justice légale, ils sont surtout des justiciers libérateurs (3.9, 15) qui mobilisent l action militaire (3.27; 4.10; 6.34; 11.29). Suite à leur action, le pays fut tranquille (3.11, 30; 5.31; 8.28). Intervenant dans des conflits régionaux, leur rayonnement est généralement limité qu à une petite partie d Israēl (3.13; 10.17-18; 15.9-10). Les APPENDICES SUR L EPOQUE DES JUGES (17-21) regroupent quelques récits qui non seulement démontrent le paroxysme qu atteint le mal à cette époque (19.29-30), mais qui explique aussi les sources historiques de certaines situations (18.29-30; 1R 12.28-30). S y trouve également, la clé littéraire du livre : en ces jours là, il n y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui convenait. Cette répétition dans la section finale (17.6; 18.1; 19.1; 21.25) fournit un triple indice, permettant une meilleure compréhension du livre des Juges : au niveau théologique 130, rédactionnel 131 et structurel 132. La théologie fondamentale du livre est que Dieu est le seul véritable Juge en Israēl comme en témoigne ce verset en plein coeur du livre : Que le SEIGNEUR, le juge, soit aujourd hui juge entre les Israélites et les Ammonites! (11.27). 128 Certains se situent même hors du livre des Juges, comme Éli (1S 4.18), Samuel (1S 7.15), Joēl et Abiya (1S 8.2). 129 Ils sont d'ailleurs traditionnellement appelés les Grands Juges par rapport aux autres qualifiés de Petits Juges. 130 Démontrant que les malheurs du peuple sont dus au fait qu il a constamment oublié Dieu. 131 Un des premiers rédacteurs est probablement contemporain du roi David. La présence des Jébusiens (1.21) ainsi que d un roi qui semble avoir ramené l ordre soutient cette hypothèse. 132 Certains spécialistes soulignent une structure chaotique dégénérative intentionnelle (!) dans le plan du livre confirmée par ces mots en conclusion. En d autres termes, l auteur aurait organisé le fouillis apparent du matériel de l époque des Juges en un crescendo d immoralité comme en témoignent la déchéance des héros et le traitement des femmes.

55 RUTH Après avoir campé le récit en INTRODUCTION : EXIL EN MOAB DE LA FAMILLE D ÉLIMELEK (1.1-1.5), le livre de Ruth raconte la belle histoire d une jeune moabite, que tout semblait prédestiner à la misère, et qui deviendra providentiellement une figure marquante de l histoire d Israēl. Certains le diront en de meilleurs mots; A partir d une situation de vide total, manifesté au chapitre 1 par la famine, l isolement, la stérilité, la vieillesse et le désespoir, le récit montre de quelle manière va se reconstruire une maison d Israēl, pour aboutir à une situation de plénitude, déclinée sous forme de récoltes, de présence d une communauté, de fertilité, de mélange harmonieux entre jeunes et vieux, sans oublier l espoir ouvert par la généalogie davidique sur laquelle se clôt le récit 133. Cette lumineuse histoire de rédemption de RUTH, FEMME DE VALEUR (1.6-4.17) se déroule paradoxalement dans les jours sombres où les juges gouvernaient (1.1) 134. Cela étant dit, le livre dépasse le cadre de la petite chronique familiale pour poser une grande question théologique : Est-ce qu une personne comme Ruth peut par sa naissance moabite, être irrémédiablement exclus du plan de Dieu (Dt 23.4-7)? Est-ce que la foi d une femme de valeur peut l exclure du jugement national? Paradoxalement, la réponse viendra dans l application des lois du Pentateuque dans la vie quotidienne. En effet, le livre de Ruth rend pratique d importantes prescriptions de la Loi (qui peuvent sembler archaïques pour le lecteur d une autre culture, d une autre époque) comme le droit de glanage (Lv 19.9-10; Dt 24.17-22), la rédemption (Lv 25.25) et le lévirat (Dt 25.5-6). Dieu répondra de manière extravagante en rétablissant non seulement Ruth dans le peuple de Dieu, mais en en faisant l arrière grand-mère du plus grand roi de l histoire d Israēl 135. À cet égard, le livre a probablement été écrit à l époque de David. Sa présence dans la généalogie finale indique un plancher et le fait qu aucun de ses célèbres fils n est mentionné démontre aussi un plafond. D ailleurs cette portion littéraire sur la LISTE DES ANCETRES DE DAVID (4.18-22), révèle le 133 T. Rōmer, p.523-524. 134 La présence du livre entre ceux des Juges et de Samuel est donc chronologique. Toutefois, il est intéressant de savoir que les Juifs l ont inséré immédiatement après le livre des Proverbes dans le canon hébraïque, peut-être pour faire un lien, entre autres, avec sa finale sur la femme de valeur (Pr 31.10-31; Rt 3.11). 135 Ruth est même désignée comme l une des ancêtres de Jésus (Mt 1.5), au côté d une poignée de femme ayant toute fait l objet de médisance comme elle : Tamar l infidèle, Rahab la prostituée, Bethshabée l adultère et Marie la fille-mère

56 but du livre qui est de démontrer les liens généalogiques, mais aussi politiques, entre David et les Moabites. En effet, c est une réponse aux interrogations qu a pu susciter la fuite de David chez l ennemi moabite (1S 22.3; Dt 23.4-5) lorsqu il était pourchassé par Saūl. Soulignons de manière apologétique que ce fait lier le grand roi David à un peuple impur est assurément une preuve de l historicité du livre. Le livre de Ruth se veut donc une démonstration éloquente de la supériorité de l adhésion du coeur sur celle de la naissance. 1-2 SAMUEL Les deux livres de Samuel sont en fait un seul ouvrage qui a été séparé pour des raisons pratiques. En effet, cette répartition sur deux rouleaux permettait de faciliter la lecture de cette longue épopée historique. La coupure sépare les règnes des deux premiers rois d Israel : Saūl et de David. Le livre dépeint trois figures marquantes de l histoire d Israēl : SAMUEL (1S 1-7), SAŪL (1S 8-15) et L ESSOR (1S 16-31), LE RÈGNE (2S 1-9) et LE DÉCLIN DE DAVID (2S 10-24). Soulignons malgré tout, la pertinence du titre du livre étant donné que Saūl et David dépendront totalement de Samuel pour accéder au trône. Le livre dépasse le cadre de la biographie pour embrasser une autre grande question théologique : comment concilier la promesse de Dieu de perpétuer le maison royale davidique (2S 7.16) avec la désobéissance répétée des rois en Israēl? C est donc de l époque des juges qu émerge Samuel, qui tout en s inscrivant dans leur foulée par son oeuvre de libération et ses jugements (1S 7.13-17), s en démarquera aussi à deux égards. De un, il est prophète et de deux, il a la reconnaissance de tout Israël (1S 3.19-20). Ces deux caractéristiques le qualifieront comme faiseur de rois et faciliteront l émergence de la monarchie en Israël. En effet, devant la pression ennemie continuelle, Israël avait pour la première fois depuis longtemps la possibilité de remédier à sa faiblesse d un pouvoir charismatique temporaire, ponctuel, qui ne permettait pas de faire face au danger. La situation exigeait un gouvernement continu 136. Saūl deviendra donc en 1050 le premier roi d Israël en bonne et due forme. En effet, il sera oint par un prophète (9.16), et acclamé par le peuple (11.15). Toutefois, l excitation du début de l ère de la royauté ne réussira pas à faire 136 Rendtorff, p. 58

57 oublier qu elle est en fait le rejet de la théocratie 137. Le conflit entre Saūl détenteur du pouvoir humain et Samuel représentant du pouvoir divin le montrera bien et illustrera les multiples face à face qu auront rois et prophètes au cours de l histoire. Cette confrontation était prévisible au niveau littéraire à l étymologie des deux noms issus de la même racine, Saūl voulant dire Le demandé du peuple alors que Samuel signifie Le demandé de Dieu. (1.27-28; 8.10). Le règne de Saūl sera surtout un trait d union entre les juges et les rois 138. Son histoire permet l introduction de son successeur, qui bien que second dans la chronologie sera le premier en stature. La marche du futur roi David vers le trône sera entravée par la jalousie de Saūl qui l amènera en prendre la fuite. Dépeint comme un homme persécuté, innocent et même gracieux en évitant de tuer son ennemi lorsqu il en a l occasion, il s engagera tout de même du côté des Philistins dans son exil 139. Après la mort de Saūl, David sera couronné roi de la tribu de Juda en 1010, pour devenir peu après roi de tout Israēl. David consolidera sa royauté par la réussite de deux entreprises : La victoire décisive sur les Philistins et la prise de Jérusalem qui était la dernière enclave ennemie en Juda. La première stabilisera le royaume et la deuxième centralisera le trône 140 et le culte 141. Bref, malgré ses quelques chutes dramatiques, comme l adultère avec Bethsabée, le meurtre d Urie ou la révolte d Absalom, David demeurera le plus grand roi de l histoire d Israel pour deux raisons : Pour le respect absolu qu il a eu de l onction royale (1S 24.7; 26.16; 2S 1.14), démontrant ainsi qu il en est lui-même digne. Pour le fait qu il ne soit jamais tombé dans l idolâtrie, ce qui est d'ailleurs le contexte expliquant qu il est un homme selon le coeur de Dieu (1S 13.14). 137 Gouvernement divin par opposition à gouvernement royal, donc humain. 138 Il a d ailleurs les caractéristiques d un juge libérateur (1S 11.6-7) et son influence ne s étendra que sur quatre tribus : Benjamin, Éphraīm, Gad et Manassé. 139 Opportuniste, il montera un commando de 600 hommes et à la manière de Robin des Bois fera des nombreuses largesses qui contribueront à sa renommée (1S 27.2; 30.26) 140 David remettra en question le système dominant de Cité-État en Canaan en régnant sur l ensemble du pays. De plus, le choix d une nouvelle capitale indépendant plus au nord facilitait l acception d une ville centre pour les tribus du nord. 141 Par le biais de la venue de l arche de l alliance et plus tard de l érection du temple (2S 6-7).

58 1-2 ROIS Le livre des Rois, formait à l instar de celui de Samuel, un seul et unique livre à l origine comme le démontre la coupure malhabilement placée en plein milieu de la notice du roi Achazia. Le titre est encore une fois approprié puisqu il raconte l histoire des rois qui ont suivi le règne de David. Le rédacteur a eu accès à plusieurs différentes sources (1R 11.41; 14.19, 29; 2R 18-20 est un copier-coller d És 36-39). Le livre couvre plus de quatre cents ans et va des dernières années de David jusqu au dernier véritable roi d Israēl, Joīakîn exilé à Babylone 142. Il se veut une interprétation théologique de l histoire de la perspective pessimiste d un rédacteur exilé 143. Les premiers versets du livre relatant la faiblesse du vieux roi David soulèveront la nécessité de sa succession. Celle-ci ne se fera pas son heurt comme en témoigne la révolte d Absalom et la rivalité entre Adonias et Salomon. Ce dernier caractérisé par sa sagesse succédera à son père et règnera de 970-931 144. Marqué par la stabilité et la prospérité, c est au règne de SALOMON (1-11) que le livre des Rois consacrera la plus grande place C est lui qui bâtira le Temple qui sera le centre théologique et historique d Israēl 145. La politique étrangère de Salomon sera marquée par la diplomatie 146 et dictée par les intérêts commerciaux servant ses ambitieux projets de construction du Temple et du palais royal (1R 5.24-26). Paradoxalement, ce royaume relativement nouveau sera également l âge d or de l histoire d Israël puisqu il est dit que Salomon dominait encore sur tous les royaumes depuis le fleuve jusqu au pays des Philistins et jusqu à la frontière d Égypte (1R 5.1). Jamais Israël n avait eu un si grand empire avant et jamais il n en aura de semblable après comme le démontre sa rapide déchéance dès les dernières années de Salomon. À sa mort, la maison de David aura même perdu son rapport de force avec les tribus séparatiste du nord 147. Le fils de Salomon, Roboam, devra lui-même aller à Sichem se faire introniser alors qu on s était plutôt déplacé lors du couronnement de son père et de son grand-père et il devra faire face en plus à 142 Donc environ de 972 à 561. 143 C est-à-dire une réinterprétation historique à la lumière du dessein divin pour expliquer le drame de l exil. C est ce qui explique que des personnages et des évènements importants de l histoire séculière comme le roi Omrie (1R 16.23-28) ou la chute de Samarie (2R 18.9-12) soient négligés. 144 Initatialement en corégence. À cet égard, à part le décompte d année incomplète et des divergences de calendriers, les problèmes de chronologies dans la Bible sont surtout dus à ces périodes de corégence où on comptait indépendamment des années de pouvoirs simultanées. 145 Bâti 480 ans après la sortie d Égypte, c est aussi la période approximative qui le sépare du retour de l exil (1R 6.1). 146 Ce qui explique la présence de nombreuses femmes étrangères dans son harem (1R 11.1) 147 Des soubresauts s étaient déjà fait sortir vers la fin du règne de Davis (2S 20.1).

59 un ultimatum (1R 12.1-4). Son refus d obtempérer à une diminution des charges imposée par Salomon pour ses vastes et coûteux projets fera en sorte que c est ainsi qu Israël s est révolté contre la maison de David jusqu à aujourd hui (1R 12.19). Un schisme s effectuera donc en 931 entre la tribu de Juda, à laquelle s est ralliée sa voisine de Benjamin sur lesquelles règnera Roboam et les dix autres du nord, nommé Israēl 148, sous Jéroboam (1R 12.20-21). Ce dernier prendra une mesure audacieuse pour consolider son pouvoir. Il établira deux sanctuaires locaux à Béthel et Dan qui sont les limites nord et sud de son royaume (1R 12.28-30). Cette action visant à détourner le peuple du nord du Temple en Juda sera cristallisée par la mention biblique répétée du péché de Jéroboam et deviendra le stéréotype du péché d idolâtrie pour les futurs rois d Israēl. À cet égard, le livre des Rois contient de brèves notes générales sur l histoire parallèle des 20 ROIS RESPECTIFS POUR JUDA ET D ISRAĒL (1R 12-2R 25). La vie de chacun d entre eux sera évaluée et peut être répartie en trois catégories. La grande majorité sont mauvais car ils faisaient ce qui déplaisait au Seigneur et sont quelquefois affublés de la mention du péché de Jéroboam pour caractériser leur comportement païen. D'ailleurs, tous les rois d Israēl sont considérés mauvais. Notamment, parce qu aucun n est revenu adorer au Temple de Jérusalem, seul vrai lieu d adoration pour YHWH (Dt 12.2-5). Six rois de Juda seulement sont qualifiés de bons : Asa (1R 15.11), Josaphat (1R 22.43), Joas (2R 12.3), Amatsia (2R 14.3), Ozias (2R 15.3) et Jotam (15.34). Trois sont exceptionnelles par leur oeuvre de réformation religieuse : David (1R 15.5), Ézechias (2R 18.3-7) et Josias (2R 22.2; 23.25) 149. Cela étant dit, environ soixante-dix ans après la mort de Salomon, Israēl et Juda ne seront redevenus que deux petits États menacés par de multiples ennemis. Pendant deux siècles les deux royaumes fratricides cohabiteront. Dans un climat de tension constante au début (1R 14.30; 15.7.16) jusqu à l établissement 148 Dès cet instant, Israēl prendra une double signification : désignation du royaume nordique en politique et totalité du peuple juif dans la sphère religieuse. 149 Le cas de Salomon est ambigu, car sa notice nécrologique est neutre (11.41-43). Le dernier chapitre peu reluisant de sa vie ne semble pas toutefois l avoir disqualifié des grands rois comme en témoigne la place qui lui est accordée dans le livre et dans l histoire.

60 des dynasties nordiques qui donnera, à l instar de la maison de David pour Juda, une certaine stabilité à Israēl 150. Omri, prenant exemple sur David, établira la capitale de son royaume à Samarie, une ville indépendante mieux située stratégiquement (1R 16.23-24). La mention biblique sur son fils Achab explique bien le climat politique et religieux de cette époque dont l infidélité est à son paroxysme (1 R 16.30-34) et qui causera l émergence d une vague prophétique dont Élie et Élisée seront les plus illustres représentants 151. Leur importance est démontrée au degré littéraire par les nombreux chapitres qui leur sont consacrés (treize pour Élisée!) et par la coupure du livre en fonction de leur ministère respectif plutôt que du règne des rois. Élisée ayant demandé une double part de l esprit d Élie (2R 2.9), ce qui représente la part de l héritage de l ainé (Dt 21.17), il ne faut pas se surprendre de constater de nombreuses similarités entre les ministères des deux hommes. La mort de Jéroboam II mettra fin à la stabilité politique du nord et ramènera le climat ayant précédé le règne d Omri. Après une série de putschs militaires, le trône d Israēl se stabilisera à nouveau (2R 15.8-22) mais pour peu de temps. En effet, plus à l est le géant assyrien s est levé, a consolidé sa situation en Mésopotamie et lance ses premières incursions au Proche-Orient. Cette invasion mettra définitivement fin à la parenthèse ouverte par David du règne des petits empires sur la région et rétablira les suprématies étrangères sur la Palestine comme aux deuxièmes millénaires avec les Égyptiens et les Hittites. Après une série de victoires et de révoltes, l Assyrie mettra fin au royaume d Israēl en 722/1 en le soumettant et en déportant sa population. Cette mesure avait pour but de décapiter les nations vaincues en décimant son élite dans un autre territoire et à la remplacer par des populations étrangères (2R 17.24). Ce nouveau bassin de populations mixtes sera nommé Samaritains. Le royaume de Juda sera évidemment également affecté par l emprise des Assyriens sur la région. Économiquement dans un premier temps avec le paiement d un lourd tribut initié sous Achaz (2R 16.8) et militairement dans un deuxième temps suite à la révolte d Ézechias (2R 18.13) 152. Ce dernier sera 150 Par exemple, la maison d Omri (1R 16.15-28) régnera pendant 3 générations (Omri, Achab, Achazia, Joram) et celle de Jéhu (2R 9) pendant près d un siècle (Jéhu, Joachaz, Joas et Jéroboam II). De plus, la dynastie d Omri, sous Athalie, interrompra même momentanément celle du règne de la Maison de David en Juda et réussira presque à l anéantir (2R 11.1). 151 Autres prophètes des Rois : Ahiya (1R 11.29), Michée (1R 22.8), Ésaīe (2R 19.3), Houlda (2R 22.14-20) etc. 152 Celle-ci s inscrit probablement dans un mouvement à plus grande échelle où les Égyptiens et les Babylonniens ont profité de l incertitude causée par le mort du roi assyrien Sargon II en 705 pour

61 l instigateur d une réforme religieuse sans précédent dont les effets seront anéantis par son successeur Manassé (2R 21.9) 153. En 622 apparait le dernier grand réformateur des rois de Juda qui coïncidera avec le déclin de l empire assyrien. Ce renouveau religieux amènera le roi Josias sur la sphère politique. De un, par l épisode de l autel de Béthel qui est non seulement l accomplissement de la prophétie de l homme de Dieu, mais aussi une revendication territoriale (2R 23.15-18) et de deux, par son opposition à l Égypte qui s en va à la rencontre de l Assyrie, ce qui causera sa perte (2R 23.29). Cette dernière étant sur son déclin, elle sera remplacée par les Babylonniens qui deviendront les nouveaux maîtres du Proche-Orient. En 587/6, ces derniers prendront la ville de Jérusalem, détruiront le Temple et déporteront la population (2R 25.3-7). La chute de Jérusalem constitue une rupture profonde dans l histoire d Israēl. Plus de quatre cents ans de règne de dynastie davidique prennent fin en même temps que l histoire de la royauté en Israēl et l indépendance nationale qui lui était associée 154. Les Babylonniens, contrairement aux Assyriens, déporteront les populations en groupe leur permettant ainsi de maintenir leurs traditions culturelles et religieuses, ce qui permettra le retour éventuel des fils d Israel en Palestine. Le livre des Rois, et conséquemment l histoire deutéronomiste, se termine donc sur un double constat. Le premier est la réalisation que la tragédie de l exil est strictement due à l infidélité religieuse d Israēl qui a amené ce jugement divin. Le deuxième est l espoir que le retour en grâce de Joīakïn présage celui du Peuple de Dieu. En terminant et afin de mieux s y retrouver, les pages suivantes contiennent un bref article et des chronologies pour Le temps des rois 155. regagner leur indépendance. Sennachérib son successeur lancera une expédition en 705 pour rétablir l autorité assyrienne. 153 La longévité de son règne de 55 ans (1R 21.1) durant cette époque trouble suggère de plus une soumission à l Assyrie qui n aurait pas cru bon de menacer le règne d un vassal. Toutefois, 2Ch 33.11 l explique par sa repentance. 154 Rendtorff, p. 97. 155 NBS, p. 440-442.

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65 1-2 CHRONIQUES Le livre des Chroniques peut rebuter le lecteur de prime abord étant donné ses nombreux chapitres de généalogies et ses multiples reprises littérales de certaines portions des livres de Samuel et des Rois. À cet égard, la tendance actuelle est de considérer Samuel-Rois et les Chroniques, non comme des traités d histoire à la mode occidentale, mais comme des essais théologiques. Les auteurs bibliques ont écrit, non pas simplement pour rapporter des faits et informer de ce qui s est passé, mais avant tout pour faire passer un message théologique et pastoral répondant aux besoins existentiels de leurs lecteurs. Ceci implique que lorsqu on se penche sur deux auteurs rapportant la même tranche d histoire mais écrivant à deux époques différentes, il faut s attendre à les voir sélectionner différemment leurs matériaux, envisager les mêmes faits sous un angle différent, dégager des aspects différents des mêmes réalités ou donner aux mêmes événements des significations différentes dans le but de répondre aux questions particulières à leur temps. Il faut bien se dire que si le Chroniste a composé son oeuvre tout en ayant Samuel-Rois sous les yeux et même en y renvoyant ses lecteurs, il avait sûrement l intention de communiquer autre chose que le message exprimé par ces écrits 156. La perspective théologique du rédacteur du livre des Chroniques est donc totalement différente de celle du livre des Rois puisqu il est témoin du rétablissement d Israēl (2 Ch 36.22-23; 2R 25.27-30). En effet, contrairement à son prédécesseur canonique, il ne désire pas tant expliquer les causes de l exil, que souligner celles du retour. Le livre s ouvre sur pas moins de neuf chapitres de listes généalogiques. Ce massif bloc littéraire, GÉNÉALOGIE (1Ch 1-9), est une réponse à ceux qui se demandent si Dieu s intéresse encore à eux, le Chroniste répond : Oui! Comme il l a toujours fait. Les généalogies parlent de la continuité d Israēl et de son élection comme peuple de Dieu 157. Le contexte du Chroniste l amènera à faire une sélection dans l ensemble du matériel historique pour se concentrer sur la maison de David et le royaume de Juda : RÈGNE DE DAVID (1Ch 10-29), RÈGNE DE SALOMON (2Ch 1-9) et du ROYAUME DE JUDA (2Ch 10-36). Paradoxalement, il limitera son champ pour étendre sa vision afin d inscrire l histoire de la dynastie davidique dans l histoire universelle en allant d Adam à Cyrus (1Ch 1.1; 2Ch 36.22). Par contre, il délaissera les aspects les plus négatifs de la Maison de David, par exemple l adultère de David ou l idolâtrie de Salomon, pour se concentrer que sur les éléments positifs. Par sa présentation idéalisée de David et de Salomon, notre auteur exprime peut-être à sa manière une vérité théologique : les soixante-dix 156 S. Romerowski. Le règne de David et Salomon dans les Chroniques, p. 2. 157 T. Longman, p. 181.

66 années d exil écoulées, le Seigneur, dans sa grâce, ne se souvient plus des fautes de ces deux rois et ne prend plus en considération que le bien qu ils ont accompli 158. Alors que le livre des Rois de l historiographie deutéronomiste décrivait l accumulation des péchés de génération en génération aboutissant au jugement de l exil, le livre des Chroniques expose plutôt le principe d une rétribution immédiate (2Ch 7.13-14). Les Chroniques apportent donc des nuances absentes ailleurs sur la cause morale et spirituelle des événements (2Ch 26.16, 19-20; 35.21) et donc sur la portée de la repentance (2Ch 33.11-13). Ultimement, le livre communique donc le message théologique que c est la repentance d Israēl pendant l exil qui a causé le retour en Palestine. ESDRAS - NÉHÉMIE Comme quelques-uns des ceux qui les précèdent, les livres d Esdras et Néhémie ne formaient qu un seul livre à l origine 159. Les historiens royaux ayant disparu avec la chute de la monarchie, cette portion de l histoire nous est racontée au travers la vie de ces deux hommes. La composition du livre a fait appel à divers matériaux : listes, statistiques, correspondances diplomatiques 160, décrets officiels et mémoires. Ces dernières avec leur ton personnel (Né 3.36; 5.19; 6.9, 14; 13.14, 22, 31) proche de l autobiographie est un genre littéraire jusqu alors inconnu dans l AT 161. Au niveau rédactionnel, il y a dans le livre un enchaînement évident à son prédécesseur étant donné qu Esdras débute de la même manière que se termine Chroniques (Esd 1.1-3) 162. Le livre relate les débuts de la période post-exilique. Deux réformateurs définiront cette époque. Esdras, scribe de Babylone, sera chargé d organiser la justice et Néhémie, homme de la cour perse, de relever les murailles 163. Ces deux mandats indépendants donnés par l empereur perse finiront par se 158 S. Romerowski. p. 13. Il ajoute fort à à propos qu il ne faudrait pas confondre la justification des deux rois avec une négation de leurs fautes. 159 Dans le texte massorétique (duquel notre AT est traduit), il n y a pas d espace entre les deux livres et le total des versets de ceux-ci est inscrit ensemble à la fin de Néhémie. 160 Ouvrant les portions araméennes dans Esdras (4.8-6.18; 7.12-26) 161 Offrant un avant-goût de l intimité des épîtres du NT 162 Certains sur la base de particularités stylistiques et thématiques communes voient un même auteur. D ailleurs, c est l avis de la tradition juive : Esdras écrivit son livre et les Chroniques, c est-à-dire la suite des générations jusqu à lui-même. Et qui l acheva? Néhémie fils de Hakalia (Talmud babylonien baba Bathra 27). Mais rien ne l indique explicitement dans le livre et cette thèse est aujourd hui contestée. 163 Leurs noms les prédestinent à la tâche, car Esdras signifie Secours et Néhémie veut dire Consolation de YHWH.

67 compléter 164. Le livre dépeint deux portions importantes de cette période du retour de l exil. La première va de l Édit de Cyrus en 538 jusqu en 515 et raconte les travaux, les obstacles et l achèvement de la RECONSTRUCTION DU TEMPLE (Esd 1-6) sous la direction du prêtre Josué et du gouverneur Zorobabel. La seconde portion se déroulant sous Artaxerxès environ soixante ans plus tard relate diverses RÉFORMES POLITIQUES, SOCIALES ET RELIGIEUSES (Esd 7-10) ainsi que la RECONSTRUCTION DE LA MURAILLE DE JÉRUSALEM (Né 1-13). La théologie du livre cible la pleine restauration d Israēl suite à la chute de l exil. Puisque le jugement s était fait sentir à trois niveaux la destruction du Temple, de Jérusalem et l exil du peuple le livre d Esdras-Néhémie veut démontrer la triple réalisation du relèvement. Un, le temple étant l unique lieu d adoration, sa reconstruction témoigne à nouveau visiblement de la présence de Dieu parmi son peuple. Deux, la reconstruction de la muraille de Jérusalem rétablit Jérusalem en tant que ville sainte. Trois, la communauté juive secouée par l exil doit être restaurée dans l obéissance à la Loi. Mais malgré tous les efforts déployés par les deux hommes, la fin abrupte du livre témoignera que la réforme religieuse n est jamais vraiment terminée (Né 13.31). Notons en terminant que c est à cette époque qu on commencera à désigner les fils d Israēl comme étant des Juifs. Le terme vient de Judéen donc originaire de la tribu de Juda, et s est appliqué par la suite à tous les exilés hébreux revenus de la captivité pour s étendre ensuite à l ensemble de la diaspora. ESTHER Le livre d Esther comporte tous les ingrédients d un roman à succès : personnages stéréotypés (des bons et des méchants), intrigues, suspenses, rebondissements, humour, finale hollywoodienne, etc. C est l histoire de la délivrance du peuple juif par une des leurs, Esther, qui devient reine à la cour perse. Les événements se dérouleront dans la capitale royale de Suse sous le règne d Assurérus (qui est la traduction hébraïque de Xerxès (486-465), entre le premier retour de l exil et la réforme d Esdras et Néhémie. Malgré la tolérance religieuse en vigueur, cette époque sera marquée par la montée de 164 Curieusement ils ne sont mentionnés ensemble que tardivement et que rarement (Né 8.9; 12.26). Peut-être qu Esdras a dû retourner à Babylone pendant les premières années de la présence de Néhémie à Jérusalem comme ce sera le cas pour Néhémie (Né 13.6).

68 l antisémitisme (Esd 4.6; Né 3.33), et ce à plus fortes raisons, sous un roi perse reconnu par l histoire comme étant violent et déséquilibré. Le conflit entre Haman et Mardochée est en fait la reprise d un ancien non résolu remontant à cinq cents ans plus tôt. En effet, l oppression d Haman, fils de Hammedata, l Agaguite (3.1) contre Mardochée, fils de Yaïr, fils de Shiméi, fils de Qish, Benjaminite (2.5) est une conséquence de la faute de Saūl, aussi de la tribu de Benjamin, qui a désobéi à l anathème du Seigneur pour épargner Agag roi des Amalécites (1S 15.9). Cette faute de Saūl aura des séquelles jusque dans la période post-exilique décrite par le livre d Esther alors que le descendant de l un opprimera celui de l autre. Le livre ne mentionne jamais Dieu directement, ce qui est une chose unique dans l AT. De prime abord, l absence apparente de YHWH peut-être attribuable au fait que les événements rapportés concernent des Juifs qui ont choisi de ne pas retourner en Israēl après l édit de Cyrus pour préférer s établir au sein de nations païennes, ce qui pourrait être perçu comme une conséquence divine sur ceux qui auraient en quelque sorte méprisé la terre promise par Dieu. Toutefois, les circonstances décrites dans le livre font plutôt pencher pour un silence prophétique. En d autres mots, la théologie du livre d Esther est un témoignage éloquent que le silence de Dieu n est pas nécessairement l absence de Dieu. La structure littéraire joue aussi sur la redondance de la thématique du banquet qui revient une dizaine de fois dans le livre. Non seulement est-ce là que tout commence (1.3) et que tout finit (9.22), mais c est aussi lors de banquets que tout se décide : que ce soit le rejet de la reine Vashti (1.10-11), le sort des Juifs (3.15) ou encore la disgrâce d Haman (7.1), etc. Plus encore, ces banquets décisifs sont opposés au coeur du livre au jeûne des Juifs (4.3) et d Esther (4.16). Le but explicite du livre est d expliquer l origine de la fête juive du Pourim (9.32) qui commémore ces journées où les Juifs s étaient débarrassés de leurs ennemis, en ce mois où leur chagrin s était changé en joie, et leur deuil en fête, ils devaient en faire des jours de banquet et de joie où chacun envoie des cadeaux à son voisin et fait des dons aux pauvres (9.22). Pourim veut dire les sorts et est directement tiré d un passage du livre où le sort du peuple juif s est littéralement joué (3.7).

69 2.4. THÈMES DES LIVRES HISTORIQUES LOI Le terme Torah que les traducteurs ont rendu par loi vient de l hébreu yarâh et à le sens plus large de diriger, enseigner, instruire. La loi ou plus littéralement l instruction, n est donc pas limitée à la sphère légale et est donnée par les pères (Pr 3.1), les sages (Pr 13.14), les prêtres (Dt 33.10), les prophètes (És 1.10), mais surtout par Dieu par l intermédiaire de Moīse (2Ch 33.8). La loi voulue de Dieu est celle qui t a fait connaître, ô humain, ce qui est bon ; et qu est ce que le SEIGNEUR réclame de toi, si ce n est que tu agisses selon l équité, que tu aimes la fidélité, et que tu marches modestement avec ton Dieu (Mi 6.8)? Nous l avons déjà vu, la loi est étroitement liée à l alliance en ce qu elle révèle et enseigne la conduite appropriée de la communauté de l alliance. Israēl ne pratique pas la loi pour devenir le peuple de Dieu, mais la respecte, car il l est. Les clauses fondamentales de cette alliance sont les dix commandements (Ex 20.1-17; Dt 5.6-21) et ont un aspect majoritairement négatif avec pour résultat qu il n est pas tant ordonné ce qui établit la relation avec YHWH, que défendu tout ce qui la détruit 165. Au décalogue se sont ajoutées des collections de lois contextuelles comme le Code de l Alliance (Ex 21-23), le Code de Sainteté (Lv 17-26) et le Code Deutéronomique (Dt 12-26) 166. Il importe aussi donc de spécifier que la Torah est composée de lois originales certes (la veuve et l orphelin en Ex 22.21), mais aussi de lois découlant de situations concrètes (la petite pelle en Dt 23.14), de réaction aux coutumes locales cananéennes (cuire un chevreau dans le lait de sa mère en Ex 23.19) et d emprunts à d autres lois étrangères (Œil pour œil, dent pour dent en Ex 21.24). Plus tard pendant l exil, les Juifs réalisant que tous leurs malheurs sont la conséquence directe de leur négligence de la Loi, ils prendront les moyens pour faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais. Étant donné que toutes les institutions soutenant la Torah avaient été détruites (le sacerdoce et la royauté), ils établiront donc des synagogues pour se regrouper autour de la seule chose 165 Il y a en effet deux types de lois dans l AT : les lois apodictiques qui défendent (tu ne feras pas ) et les lois casuistiques qui ordonnent (si tu fais cela, alors il t arrivera ceci ). 166 Ces Codes précisent la manière dont le décalogue s applique à ce moment particulier et dans ce contexte culturel. Par exemple, le décalogue ne changera jamais, mais son application ne sera pas la même pour le nomade du désert que pour le sédentaire de Palestine. T. Longman, p. 65.

70 qui leur reste; la Loi écrite. Suite à ces études et réflexions synagogales, une loi orale se développera (Ag 2.11; Ml 2.7), qui ira même jusqu à éventuellement faire concurrence à la Loi écrite 167. PNEUMATOLOGIE La personne et l œuvre du Saint-Esprit si explicite dans le NT ne sont qu implicites dans l AT (És 31.3). Le mot hébreu traduit par Esprit est Ruah et signifie littéralement souffle ou vent 168. Comme le vent, l Esprit est caractérisé par sa puissance souvent destructrice (1R 19.11), il est mystérieux (Ex 10.13), sous le contrôle de Dieu (Am 4.13) et tel la respiration est associée à la vie (Éz 37.5). En bref, dans l AT l Esprit du Seigneur est la manifestation, dans l expérience humaine, de l énergie, source de vie et de la force créatrice de Dieu, s opposant au contexte des puissances dominatrices et accablantes 169. La compréhension de l Esprit de Dieu progresse tout au long de l AT. Dans les textes du Pentateuque, l Esprit est une force intermittente venant sur l homme qui lui permet d attendre les objectifs de Dieu. D une manière générale avec l humanité; Le SEIGNEUR Dieu insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l homme devint un être vivant (Gn 2.7) et Alors le SEIGNEUR dit : Mon souffle ne restera pas toujours dans l être humain, car celui ci n est que chair; ses jours seront de cent vingt ans (6.3). Et de manière spécifique avec des hommes comme Moīse, Betsaléel, Joseph, duquel il est dit : Pourrions nous trouver un autre homme comme celui ci, qui a en lui le souffle de Dieu? (41.38; Cp. Nb 11.17; Ex 31.3). Plus tard, l Esprit investira les dirigeants, comme les juges, les rois et les prophètes, d une puissance surnaturelle (Jg 3.10; 1S 10.6; 2R 2.9). C est pourquoi, David s écrie Ne me retire pas ton Esprit saint 170 (Ps 51.11), ce qui en d autres mots veut dire, ne m enlève pas la royauté. La période prophétique verra la conception de l Esprit passer de la force divine générale, au revêtement de puissance du leadership, à l expérience personnelle. Cette expérience 167 D où le reproche de Jésus, Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition (Mc 7.9), qui refusait que la Torah soit détournée de sa raison d être initiale, qui était d enseigner le sentier de la vie (Dt 30.15-20), pour ne devenir qu une série d obligations légales. 168 C'est pourquoi on appelle pneumatologie la théologie sur le Saint-Esprit dans la Bible (de la même racine pneumatique). Pour bien saisir le concept de l Esprit dans le contexte de l AT, nous devons résister à la tentation d importer d or et déjà les développements théologiques du NT. Pour ce faire, il peut être utile par exemple de choisir une version qui privilégie une traduction plus littérale de Ruah. C est ce que nous ferons dans ce chapitre où Ruah sera rendu systématiquement par Souffle. 169 Dyrness, p. 200-201 170 Ne me prends pas ton souffle sacré (Litt.)

71 personnelle de l Esprit se traduit par un comportement éthique (És 63.10) 171 et par l attente d un déversement abondant et transformant de l Esprit ayant une portée universelle (Jl 3.1-3). ÉTHIQUE L éthique est tout simplement la science de la morale. L AT est un livre fondamentalement éthique 172. Cela étant dit, curieusement l AT semble susciter de nombreux problèmes éthiques pour le lecteur moderne. En effet, est-il moralement acceptable de tolérer l esclavage, d inciter à la xénophobie, de requérir un sacrifice d enfant, d exterminer une nation hostile ou de prier pour la malédiction de ses ennemis? Examinons donc plus attentivement ces différents éléments qui nous semblent contraires à l éthique. Tout d abord, il est important de saisir que l esclavage dans l Antiquité était une pratique non seulement répandue, mais une norme sociale jamais remise en question. Les esclaves n avaient aucun droit et étaient brutalisés sans contrainte. L AT ne remettra pas en question l institution de l esclavage, mais l humanisera. Face à une société qui ne pouvait concevoir un monde sans elle, Dieu établira un processus de soin spirituel, d éducation et de formation de la conscience, plutôt qu une manoeuvre sociale prématurée, 173 et ce, en règlementant l esclavage. Ainsi, les esclaves avaient droits au repos, aux célébrations, à la protection, à la dignité et même à la liberté (Ex 21.2-11; Dt 15.12-18; 21.10-14). La xénophobie, notamment apparente dans l interdiction des mariages mixtes de la période post-exilique (Esd 10.2; Né 13.25) s inscrit dans le contexte de la précarité de la survie nationale et du risque d assimilation de la nation juive (Né 13.23-24). De manière générale, bien que les étrangers ne bénéficiaient pas des mêmes avantages que les Israélites, on ne devait toutefois aucunement les discriminer et ils avaient aussi droits à l hospitalité, à la protection, au salaire, à la possession d esclaves (même hébreux) etc. (Lv 19.34; 25.47; Dt 24.14-15). 171 Remarquez aussi les implications éthiques de la fameuse référence d Ésaīe 61.1-2, L Esprit du Seigneur est sur moi, qui s adresse aux malheureux à ceux qui ont le cœur brisé aux captifs aux prisonniers aux affligés. 172 Voir la note 91. 173 Kidner cité par Dyrness, p. 177.

72 Il est évident à la lumière du déroulement du récit de Gn 22, que la volonté de Dieu n a jamais été de faire sacrifier Issac, mais avait pour but unique de tester la foi d Abraham à une époque où les sacrifices d enfants étaient monnaie courante. Partout ailleurs, Dieu condamne ces pratiques païennes (Lv 20.1-5). Les guerres d extermination (jeter l anathème, vouer à l interdit) s inscrivent aussi dans un contexte particulier. De un, toutes les guerres à l époque étaient fondamentalement religieuse en ce que la victoire militaire était la manifestation de la supériorité des dieux des vainqueurs sur celui des vaincus. En ce sens, elles n étaient pas considérées comme un mal nécessaire comme aujourd hui, mais servaient à manifester la gloire des dieux. C est pourquoi on parle des guerres de l Éternel qui est le Général qui combat pour son peuple (Nb 21.14; 2Ch 20.15-18; 32.8). L extermination était l aboutissement nécessaire de cette vision militaire. Elle s est appliqué dans ce contexte particulier, dans un temps particulier, soit lors des premiers pas de l installation en Canaan, et envers des peuples particuliers, généralement reconnus pour leur méchanceté et cruauté. Finalement, comment expliquer les psaumes imprécatoires 174 (Ps 3.7; 79.6; 137.7-9; 139.22)? En effet, comment donc de tels déversements de haine peuvent-ils être sanctionnés par l AT? Nous devons savoir d emblée que l AT n encourage jamais le croyant à maudire ses ennemis (Ex 23.4-5; Lv 19.17-18; Pr 24.17; 25.21). Il faut donc chercher ailleurs pour saisir la raison d être de ces dures paroles dans les psaumes. Premièrement, ces prières sont avant tout des prières (!), et servent à démontrer qu un homme peut déverser son coeur sans réserve, retenue ou censure devant son Dieu. Mieux vaut extérioriser sa colère en parole dans la prière, qu en action violente. Deuxièmement, il faut aussi à nouveau situer ces psaumes dans leur contexte, soit à une époque où la prospérité et le malheur des hommes étaient directement synonymes de rétribution divine et qui, pour les anciens, s exerçait durant la vie sur cette terre. Le succès du méchant (ou le malheur du croyant) était donc pour le juste une remise en question intolérable de la souveraineté divine. 174 Du latin imprecari signifiant prier à l encontre de quelqu un. Composé du verbe precari (prier), et du préfixe in (contre).

73 3. Livres poétiques 3.1. ETHNIES DE L AT Larousse définit une ethnie comme étant un groupement humain qui possède une structure familiale, économique et sociale homogène, et dont l unité repose sur une communauté de langue, de culture et de conscience de groupe. L AT mentionne de nombreuses ethnies avec lesquelles Israēl était en relation (généralement caractérisée par l hostilité). Deux regroupements sont nécessaires pour aborder ces différentes nations de l AT. Il y a premièrement les petits voisins qui sont au regard de l Histoire de modestes empires et qui ont réussi à un moment ou un autre à établir une certaine domination régionale. Leurs succès ne seront qu une brève parenthèse dans l histoire du POA causée par l incapacité d une grande nation à établir sa suprématie sur les autres durant cette période. Il y a deuxièmement les grands empires qui ont établi leur hégémonie, souvent à long terme, sur le bassin du croissant fertile. LES PETITS VOISINS La Phénicie était un regroupement de Cité-États indépendante comme Tyr, Sidon et Biblos. Leur influence est beaucoup plus religieuse et culturelle que politiques. La Bible mentionne que le roi Achab prit pour femme Jézabel, fille d Eth Baal, roi des Sidoniens, et il alla servir le Baal et se prosterner devant lui (1R 16.31), faisant ainsi de Baal la divinité officielle du royaume du nord 175. Ce Baal, signifiant littéralement Maître, était le dieu de l orage (donc de la pluie et donc de la fertilité). Bien qu adoré un peu partout dans la région, il est resté étroitement associé à la Phénicie. Étant une nation côtière, l expansion phénicienne s est surtout faite vers l ouest par voie maritime. C est pourquoi les Phéniciens se font assez discrets dans la Bible. La Philistie était formée d une coalition de cinq villes : Gaza, Ashdod, Ashqelôn, Eqrôn et Gath. Les Philistins font partie de ce que les archives égyptiennes appellent les peuples de la mer faisant allusion à ces masses de populations indo-européennes qui sont arrivées sur la côte méditerranéenne 176. 175 Jézabel peut vouloir dire Baal exalte, Baal est son époux et son père Eth-Baal signifie Baal avec lui. 176 Ils sont probablement issus de la mer Égée (Grèce et Turquie aujourd hui).

74 L installation des Philistins en Palestine a eu lieu à peu près en même temps que celle des Israélites 177. Grands rivaux, étant réciproquement un obstacle à l emprise de l autre sur la région, les Philistins étaient par contre plus avancés technologiquement (Jg 1.18-19; 1S 13.19-22; 17.4-7). Aram (quelques fois traduit par Syrie dans la Bible) était composé de plusieurs districts situés autour du bassin de l Euphrate où ont habité les patriarches (Gn 28.5). Les Araméens étaient les voisins nord-est d Israēl. Dieu demandera à Élie d aller jusqu à Damas pour conférer l onction à Hazaël, fils de Ben-Hadad, pour qu il soit roi sur Aram (1R 19.15), mais les Araméens demeureront généralement ennemis d Israēl (2R 13.3). Ammon était un royaume situé en Transjordanie entre le Jourdain et le désert et dont l ancêtre était un des fils de Lot (Gn 19.38). Bien que leur origine incestueuse annulait en quelque sorte pour leur cousin israélite, le fait qu il était eux aussi apparenté à Abraham, c est surtout parce qu ils ont continuellement manifesté de l animosité envers Israēl, que les Ammonites ont été stigmatisées pour toujours en ennemi d Israēl (Dt 23.3-4; Jr 49.1-6) 178. Leur principale divinité était Molek dont le culte requérait le sacrifice d enfant qu on brûlait vif (Lv 18.21; 1R 11.7). Moab se trouvait au sud d Ammon et étant aussi issue d un des fils de Lot, lui était étroitement associé (Gn 19.37). Par conséquent, ce qui a été dit sur Ammon s applique aussi totalement à Moab. De même, leur divinité bien qu ayant un nom différent, Kemosh, était adorée d une manière similaire à Molek. (1R 11.7; 2R 3.27). Édom lui aussi plus au sud, est issu d Ésaū et était appelé à l origine pays de Séir (Gn 36.8). Étant donné qu Ésaū était le frère biologique de Jacob, au tout début les Édomites étaient considérés différemment des Ammonites et des Moabites (Dt 2.4-5). De plus, nulle part il n est fait mention d idolâtrie de leur part dans la Bible. Les Édomites motivés par la jalousie se sont malgré tout levés en ennemis d Israēl (Ez 35.15). Ils profiteront de la chute de Juda pour étendre leur territoire dans la partie sud de la Cisjordanie qui sera appelée Idumée 179 (Ez 36.5). 177 Paradoxe de l Histoire : les Israélites fuyant l Égypte et les Philistins ayant été repoussés d Égypte après avoir tenté de l envahir. 178 L amitié des Ammonites pour David, motivée par son affiliation moabite et par le fait que Saūl était un ennemi commun, est l exception qui confirme la règle (1 Ch 19.1-2). 179 Idumée signifie en grec qui appartient à Édom. Petite parenthèse : l impopularité des Hérode du NT s explique par le fait qu ils étaient Iduméens, donc pas tout à fait juif

75 LES GRANDS EMPIRES L Égypte est une civilisation influente très ancienne remontant à au moins 3200, donc établie déjà depuis longtemps aux époques bibliques. Il n est donc pas surprenant qu elle jouera un rôle clé tout au long de l AT et que beaucoup y chercheront refuge : Abraham, Joseph, les rois d Israēl, Jérémie, jusqu à la famille de Jésus (Gn 12.10; Gn 37.36; 2R 17.4; 2R 25.26; Mt 2.13) 180. La position enviable de l Égypte lui vient de son climat doux et de sa fertilité naturelle apportée par les crues du Nil. Inversement, Canaan était aussi d un grand intérêt pour les Égyptiens qui y cherchaient certaines matières premières comme le bois et qui se servaient du territoire comme zone tampon pour protéger ses frontières. À cet égard, l Histoire nous apprend que vers le 18e s. des populations sémites connues sous le nom de Hyksos, qui veut dire princes des pays étrangers, ont envahi l Égypte et y ont établi une dynastie qui régnera sur l Égypte et Canaan pendant environ 2 siècles. Peut-être est-ce la source de l hostilité du Pharaon envers les Hébreux dans Exode? Le panthéon égyptien comportait de nombreux dieux (Horus, Osiris, etc.) régissant les phénomènes naturels et le pharaon, considéré fils du dieu suprême Amon-Rê, étaient le médiateur entre ces dieux et les hommes 181. C est en Égypte que s est aussi développé un système d écriture originale nommé hiéroglyphes. Malgré sa perte de puissance, l Égypte réussira à maintenir son indépendance face aux grands empires émergents grâce à sa renommée passée et à son éloignement géographique. L Assyrie se situe dans un territoire qui a toujours été chaudement disputé, située autour de la section centrale du Tigre, entourée de hautes montagnes au nord et à l est et du désert à l ouest. Les Assyriens étaient anciennement une peuplade de nomade sémitique. Bien que déjà établis dans la région depuis 2300, ils ne deviendront une grande puissance qu au 14e s., qui après avoir décliné, renaîtra de ses cendres au 8e s. pour devenir le nouvel empire assyrien qui anéantira la majorité des petits royaumes du Proche-Orient et soumettra ses grands rivaux. Les Assyriens n avaient d égal à leur génie que leur cruauté. En effet, ils alliaient à leur technologie militaire innovatrice (par exemple, leurs engins de siège), une psychologie de la terreur comme l empalement de cadavres, l amoncellement de têtes coupées, l écorchage vif de prisonniers, etc. 180 D'ailleurs, cela a même été reproché au peuple de Dieu. Malheur à ceux qui descendent en Égypte pour avoir du secours, Qui prennent leur appui sur des chevaux Et se fient aux chars à cause de leur nombre Et aux cavaliers, parce qu ils sont très forts, Mais qui ne regardent pas vers le Saint d Israël Et ne recherchent pas l Éternel! (És 31.1). 181 Les plaies d Égypte sont non seulement un jugement envers l Égypte, mais aussi une démonstration de la supériorité de YHWH sur ces divinités égyptiennes bafouées représentées par le Pharaon (Ex 12.12).

76 L anthropologue Eugène Nida écrit que de toutes les cultures connues, les deux qui se sont livré aux sacrifices humains et à la torture de masse des prisonniers avec le plus de sadisme ont été celles des Aztèques du Mexique et des Assyriens de Mésopotamie 182. Leurs temples étaient présents dans chaque ville principale, comme les capitales Assour (du nom de leur divinité principale) et Ninive, leurs palais étaient construits avec faste et leurs bibliothèques contenaient des milliers de tablettes d argile d ordre administratif, juridique et religieux. Les Assyriens feront irruption de manière dramatique dans l histoire d Israēl en soumettant et déportant le royaume du nord (2R 17.6). Les artisans de cette pratique, qu ils ont eux-mêmes inventée, seront dans la Bible les rois Tiglath-Piléser III, Salmanasar V, Sargon II, Sennachérib, etc.. La suprématie assyrienne prendra fin avec la chute de sa capitale Ninive, aux mains des Babyloniens en 612. La ville de Babylone est une Cité-Royaume qui se trouve dans le sud de la Mésopotamie dans la plaine entre le Tigre et l Euphrate entourée de la Syrie, l Assyrie et du golf persique. La civilisation babylonienne rivalise d ancienneté avec l Égypte et remonte à la construction de la tour de Babel (Gn 11.1-9) 183. C est d ailleurs en Mésopotamie qu on a non seulement retrouvé les plus anciennes traces d écriture, mais que s est aussi développée l écriture cunéiforme. Les ancêtres des Babyloniens étaient les Sumériens qui ont plus tard été absorbés par les Akkadiens (Gn 10.10) et seront aussi éventuellement nommés Chaldéens (Gn 11.28) 184. Bien qu influente depuis de nombreux siècles en tant que référence religieuse et culturelle, la puissance de l empire babylonien n a véritablement émergé qu au 13 ou 14e s. sous Hammourabi 185, mais surtout au 7e s. avec Nabuchodonosor qui sera le tombeur du royaume de Juda (2R 25.8-11). Les exilés ont dû en avoir plein la vue en constatant l architecture somptueuse de Babylone ornée d une multitude de représentations religieuse en l honneur des dieux tels Mardouk. De plus, les jardins de Babylone étaient considérés par les Anciens comme l une des sept merveilles du monde surpassés en beauté que par la pyramide égyptienne de Khéops. Malgré tout, l apogée de la glorieuse Babylone ne durera qu un siècle. La Perse fait figure de jeune empire en comparaison des trois précédents. Les Perses sont des nomades qui se sont établis au nord-est du golf persique ayant Suse pour capitale. Soumis aux Mèdes, ils se révolteront sous Cyrus le Grand, les vaincront et hériteront de l ensemble de l empire mède. Ils prendront par la 182 Nida, E. A. Coutumes et cultures. Neuchâtel, Éd. des groupes missionnaires, 1978, p. 55. 183 Babylone se dit Babel en hébreu et n est qu un seul et même terme dans les manuscrits originaux. 184 Généralement un qualificatif de l empire néo-babylonien du 7e s.. 185 Hammourabi est renommé par son code juridique que plusieurs comparent à celui de Moīse.

77 suite Babylone en 539, et ce, sans avoir à combattre 186. Par la suite, les Darius, Assuérus, Artaxerxès et autres (Dn 6.28; Est 1.2; Né 2.1) domineront sur un territoire d une ampleur sans précédent dans l Histoire et avec des limites s étendant du nord de l Inde, jusqu en Afrique en passant par la Grèce (futur siège de la nouvelle puissance mondiale). Deux éléments permettront au Perse de garder le contrôle d un si vaste territoire pendant près de 2 siècles. L efficacité de leur administration qui harmonisera les lois, la langue, la monnaie et les communications dans l empire tout en le divisant en provinces autonomes (satrapies). Et leur politique, en rupture complète avec celles des anciennes puissances, permettant le retour des prisonniers de guerre et la reconstruction des lieux de culte. Les Perses pratiquaient une toute nouvelle religion monolâtre 187 fondée par un de leurs prophètes Zoroastre. Un dernier empire mérite quelques commentaires. L AT mentionne une cinquantaine de fois les Hittites (Gn 26.34; Jos 1.4; 2R 7.6). Ceux-ci, longtemps considéré comme une fable biblique par certains spécialistes, ont envahi le Proche-Orient à partir de l Asie Mineure, aux 14-13ème s.. Plus tard le terme hittite a été étendu, dans l usage mésopotamien, de façon à inclure toute la région à l'ouest de l Euphrate, la Syrie et le pays d Israēl 188. Non seulement les récentes découvertes archéologiques du dernier siècle ont-elles permis de confirmer l historicité des Hittites, mais aussi d établir que la complexité du code sexuel des Hittites montre le degré de réflexion et d analyse mené au sein de cette société 189. Ce qui pourrait expliquer la chaste attitude d Urie dans l épisode suivant l adultère de David (2S 11.3, 6-13). 186 Cyrus avec son armée, se seraient introduit subtilement de nuit dans la ville en détournant le cours de l Euphrate. Sa réputation de tolérance religieuse lui aurait surtout apporté l aide du clergé babylonien en conflit avec la royauté chancelante. 187 Voir la note 100. 188 NBS, p. 38. 189 À la découverte des peuples mystérieux, Science et Avenir (hors-série), Juillet/Août 2010, p.28.

78 3.2. INTRO. AUX LIVRES POÉTIQUES La troisième section de l AT, nommée Livres poétiques 190, comprend les livres de Job, Psaumes, Proverbes, Écclésiastes et Cantique des Cantiques. Contrairement à la majorité des écrits de l AT qui sont écrits en prose, ces cinq livres sont plutôt relatifs à la poésie. La poésie hébraïque à une phrasée rythmée par deux caractéristiques marquantes : la symétrie sonore et la symétrie de pensée. L assonance est le terme technique pour la symétrie sonore et il s agit d une reprise d un même son qui se rapproche de nos rimes 191. Malheureusement, nos traductions perdent souvent la subtilité poétique du texte original, tel que l illustre le traducteur biblique Maurice Carrez lorsqu il dit : une langue est un filet jeté sur la réalité des choses. Une autre langue est un autre filet. Il est rare que les mailles coïncident. Mais heureusement, d autre part, l effet agréable que produit sur nous la rime est remplacé en grande partie chez les Hébreux par un tout autre procédé, celui de la symétrie de la pensée ou du sens. Ce procédé, couramment appelé parallélisme, caractérise également la pensée archaïque d Égypte, de Mésopotamie et de Canaan 192. Il y a dans la Bible de nombreux types de parallélismes, dont il convient d en examiner quelques-uns afin de se familiariser avec la poésie rencontrée dans ces livres. Parallélisme synonymique qui répète la même vérité en mots différents. Le ciel raconte la gloire de Dieu, la voûte céleste dit l œuvre de ses mains. (Ps 19.2) Parallélisme antithétique qui contient des propositions contrastées Un fils sage fait la joie de son père; un homme stupide méprise sa mère. (Pr 15.20) Parallélisme synthétique qui ajoute à la première déclaration. La loi du SEIGNEUR est parfaite, elle restaure la vie. (Ps 19.8) 190 Ils sont aussi appelé Livres sapientiaux ou Livres de la sagesse, en fonction de l appellation d un genre littéraire bien connu et répandu au POA. D'ailleurs, le cours de l ITF exclusivement consacré à cette section est nommé ainsi. 191 La poésie en français ferait rimée foi avec roi et loi, alors que l hébreu privilégierait de joindre feu et fou à foi. Le Psaume 150 offre un bel exemple d assonance de la poésie hébraïque : Allez Louez Yah Allez loue YHWH Ah louez-le Alléluia. (La Bible : Nouvelle traduction) 192 NCB, p. 47.

79 Parallélisme emphatique qui reprend et développe un élément de la déclaration précédente. Car voici, tes ennemis, ô Eternel! Car voici, tes ennemis périssent ; Tous ceux qui font le mal sont dispersés. (Ps 92.10) Parallélisme emblématique qui présente le figuré d une affirmation littérale. Comme une biche soupire après des courants d eau, Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu! (Ps 42.2) Parallélisme en chiasme qui croise de manière inversée les déclarations. a) SEIGNEUR, je t invoque! Je supplie le Seigneur : b) Que gagnes tu à verser mon sang, à me faire descendre dans la fosse? b) La poussière te célébrera t elle? Racontera t elle ta loyauté? a) Entends, SEIGNEUR, fais moi grâce! SEIGNEUR, sois mon secours! (Ps 30.9-11) Parallélisme alphabétique (acrostiche) qui fait commencer chaque verset par l une des 22 lettres de l alphabet hébreu (Ps 25). En français ça pourrait ressembler à ceci : A Dieu soit la gloire Béni soit son nom Car il m a sauvé De la mort et de la peur Éternellement je louerais son nom, etc.

80 3.3. LIVRES POÉTIQUES JOB Lorsqu on demande : quel est le thème du livre de Job? Immanquablement, la réponse sera : la souffrance! Cette réponse ne rend toutefois pas justice à la richesse du livre qui est la quête d un homme au sein de sa détresse afin de saisir qui est ce Dieu qui semble silencieux et inactif dans le malheur du juste. Le sujet du livre est donc Dieu. Il met en scène d un côté Job, habitant non israélite du pays de Outs 193, et ses trois amis : Eliphaz, Bildad et Tsophar. De l autre, la cour céleste de Dieu et l Adversaire. Le livre peut se structurer ainsi : PROLOGUE (1-2), MONOLOGUES/DIALOGUES (3-42.6) et ÉPILOGUE (42.7-17). Au niveau littéraire, notons que le prologue et l épilogue sont en prose alors que la partie centrale est en poésie. Les indices internes du livre tendent à situer le récit dans la période prépatriarcale 194 et la rédaction dans la période post-exilique 195. Les échanges entre Job et ses amis sont en fait un débat sur l image traditionnelle de Dieu, notamment sur la théologie de la rétribution (Pr 1.33). L intervention de Dieu démontrera les limites et l inefficacité d un système de réponses religieuses rationnelles (42.7). Car bien avant que l homme s interroge sur Dieu, c est Dieu qui s interroge sur l homme. Et ce, par le biais de l Adversaire qui dira est ce pour rien que Job craint Dieu (1.9)? Ainsi donc, l être humain retrouve ainsi sa vraie place et Dieu reste Dieu. Son mystère ne se laisse enfermer dans aucune formule. L essentiel n est pas dans les questions que nous pouvons nous poser à son sujet ni dans d éventuelles réponses, mais dans le fait souverain qu il est là 196. Le secret de la bonne compréhension du livre de Job se résume ainsi : Nous savons ce que les personnages ne savent pas : Job souffre en conséquence d une mise à l épreuve de sa fidélité à Dieu 197. Alors que les conseils de ses amis pour 193 Soit à Édom ou à Aram. 194 Job est un patriarche non israélite (1.1; Gn 10.22-23), possédant de grandes richesses (1.3; 42.12), officiant comme prêtre pour sa famille (1.5) et ayant eu une vie anormalement longue (42.16). Bref, des éléments qui s insèrent logiquement dans le contexte historique d avant le choix d Abraham en Gn 12.1. 195 Par exemple, l angéiologie du livre reflète le développement théologique post-exilique (2S 24.1; 1Ch 21.1). 196 NBS, p. 649. 197 T. Longman, p. 211.

81 expliquer les causes des souffrances de Job, peuvent sembler pleins de sagesse, pris indépendamment hors contexte, nous, nous connaissons la véritable cause de son épreuve et sommes donc en mesure de pleinement évaluer la justesse des arguments énoncés dans les différentes interventions. Ce qui rend d autant plus vibrante son espérance dans sa souffrance (1.21; 13.15; 17.3; 19.25; 42.5). PSAUMES En hébreu, le livre est simplement nommé Louanges (Tehillim). Le titre de nos traductions françaises (Psaumes) reste dans le même univers de pensée, mais provient de la traduction grecque antique de la Septante (Psalmos) qui est la traduction d un autre terme hébreu découlant de la racine du verbe chanter en s accompagnant d un instrument à cordes. Ce livre de 150 poèmes spirituels chantés est généralement appelé le Psautier dans les ouvrages spécialisés. Le livre des Psaumes étaient au culte de l AT, ce que les Ailes de la foi étaient aux églises évangéliques d il y a quelques années ou ce qu est notre répertoire de louange aujourd hui (2Ch 5.13 Cp. Ps 106.1). Dans sa forme finale, le psautier apparaît comme un recueil de recueils 198, c est-à-dire que le livre des Psaumes est l assemblage de cinq autres livres indépendants lui donnant ses CINQ SECTIONS (1-41; 42-72; 73-89; 90-106; 107-150) 199. Chacun de ces livres ayant leur propre conclusion doxologique respective comme :Béni soit le SEIGNEUR, le Dieu d Israël, depuis toujours et pour toujours! Qu il en soit ainsi! Qu il en soit ainsi! (41.14; 72.18-19; 89.53; 106.48; 150.6). Les psaumes proviennent donc d auteurs variés et d époques diverses (90.1; 72.20; 137.1; 126.1). À cet égard, les titres des psaumes, souvent en italique dans certaines versions, devraient être considérés comme le fruit d une tradition ancienne et fiable concernant la paternité et le contexte des psaumes. Mais ils ne devraient pas être considérés comme originaux et canoniques 200. 198 NBS, p. 688. 199 Le commentaire rabbinique des Psaumes (Midras Tehillîm) évoque ainsi la structure du Psautier : De même que Moīse a donné cinq livres de lois à Israēl, de même David a donné cinq livres de Psaumes à Israēl. Cela signifie que l organisation du livre des Psaumes est orientée sur la Torah en tant que modèle d un texte canonique et liturgique. T. Rōmer, p. 497. 200 T. Longman, p. 225. Les raisons sont les suivantes : ces titres sont écrits à la troisième personne même quand le psaume est à la première, ils ont tous la même forme ce qui semble trahir une main commune, ils ne figurent pas dans les textes originaux et ils n ont souvent aucun rapport avec le contenu du psaume.

82 Les psaumes peuvent être regroupés en catégories et ils appartiennent de manière générale à l un des sept genres littéraires suivants. 1. Psaumes d hymne (100, 150) 2. Psaumes de lamentation (12, 28) 3. Psaumes de reconnaissance (124, 138) 4. Psaumes royaux (2, 24) 5. Psaumes de sagesse (127, 128) 6. Psaumes de confiance (23, 121) 7. Psaumes de souvenir (135, 136) PROVERBES Le livre des Proverbes est surtout composé de maximes ou de sentences, populaires (proverbes) ou reflétant l expérience d un milieu particulier (de la cour du roi au monde rural), exprimé en un seul vers comportant deux stiques qui mettent souvent en balance deux idées, opposées ou complémentaires 201. Les proverbes s adressent aussi bien au jeune homme naïf qu au sage qui augmentera son savoir (1.4-5). Le but du livre est clairement énoncé dès le départ; connaître la sagesse et l instruction, pour comprendre les paroles de l intelligence (1.2). Pour ce faire, le principe fondamental est la crainte du SEIGNEUR qui est le commencement de la connaissance (1.7). C est essentiellement le message du PROLOGUE (1-9) du livre des Proverbes. Le coeur du livre est composé d une GRANDE COLLECTION (10-22.16) de proverbes de Salomon à laquelle s ajoutent QUATRE AUTRES COLLECTIONS (22.17-31) plus modestes : les paroles des sages (22.17), les maximes de Salomon, transmises par les gens d Ezéchias, roi de Juda (25.1), les paroles d Agour (30.1) et celles du roi Lemouel (31.1). Cela étant dit, la paternité salomonienne de l oeuvre est incontestable puisqu il est l auteur de la majorité des proverbes (1.1; 10.1; 25.1). Cela n est 201 NBS, p. 793. D'ailleurs, le mot hébreu mashal vient de la racine signifiant parallèle, similaire et veut donc dire, une description au moyen d une comparaison.

83 guère surprenant considérant le texte de 1R 5.9-12 disant que Dieu donna à Salomon de la sagesse, une très grande intelligence La sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les fils de l Orient et toute la sagesse de l Égypte Il a prononcé trois mille maximes, et ses chants sont au nombre de mille cinq. De plus, ce texte nous permet de constater l universalité de la sagesse à l époque biblique, ce qui explique la présence de deux auteurs non israélites au côté de Salomon, ainsi que de certains proverbes étrangers (25.23) 202. Souvent amenés avec simplicité, quelquefois avec complexité (26.4-5), les thèmes abordés sont variés : les paroles (10.14), le Seigneur (15.33), les rois (16.13), les manières à table (23.1-3), l ivrognerie (23.31-32), le paresseux (24.30-34), la femme de valeur (31.30), etc. Ce poème final est riche de sens, car après avoir personnifié la Sagesse sous les traits d une femme (1.20), avoir confronté Dame Sagesse et Dame folie dans un véritable combat spirituel (9.1-6; 13-18), l hébreu sousentend par un subtil jeu de mots littéraire que la Sagesse est encore plus, soit l épouse par excellence 203. ÉCCLÉSIASTE Ecclésiaste est une traduction grecque de l hébreu Qohéleth, terme que les spécialistes utilisent désormais majoritairement pour référer au livre. L auteur affiche ses couleurs dès les premiers mots : Paroles de l Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.Vanité des vanités, dit l Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité (1.1-2). L expression vanités des vanités est une tournure superlative hébraïque 204 et peut se traduire par buée, vapeur, haleine évoquant ainsi l éphémérité de la vie et des oeuvres. Certains y ont vu le sage pas excellence, Salomon, discourant sur la futilité la vie (1.12-16 etc.) 205. 202 Proverbes 22.17-24.22 comporte aussi d étonnantes similitudes avec le recueil égyptien Instruction d Aménémopé. 203 Au verset 30 qui craint le Seigneur peut aussi se lire Crainte du Seigneur. Le sujet devenant donc La Crainte du Seigneur ou la Sagesse plutôt qu une simple femme. 204 Autres exemples de tournure superlative : Saint des Saints (lieu très saint), Roi des rois (roi suprême), Cantiques des cantiques (le plus beau cantique). 205 Cette position traditionnelle semble contestée par certains indices internes difficilement conciliables avec Salomon et son règne : Absence de son nom dans le livre, règne passé? (1.12), monarchie avancée? (1.16), point de vue extérieure à la royauté? (8.2), contexte historique d oppression? (8.9), la présence d un rédacteur anonyme? (7.27), mais surtout l usage de la troisième personne dans le prologue et l épilogue (1.1-11; 12.8-14). L Ecclésiaste serait donc un sage inconnu qui applique un procédé littéraire du POA consistant à se mettre dans la peau d un personnage connu comme Salomon pour discourir sur la sagesse. Voici encore quelques pistes de réflexion sur le sujet. De un, sur ce procédé; l auteur de Job a aussi greffé des discours poétiques à un personnage historique authentique. De deux, sur le nom en introduction; le premier verset du livre (Paroles de Qohéleth, fils de David, roi à Jérusalem (1.1)) peut

84 Visant un large auditoire (12.9), il remet en question, de manière pessimiste et lucide, la pensée traditionnelle sur la sagesse (1.18), le travail (2.11), la vie (3.19), la justice (8.14), les biens matériels (5.9) et même la religion (4.17). Même si le livre privilégie l entrecroisement des thèmes plutôt qu une structure interne cohérente, on peut le diviser en trois sections: PROLOGUE (1.1-11), MONOLOGUE (1.12-12.8) et ÉPILOGUE (12.8-14). En fait, l Ecclésiaste s attaque aux croyances populaires superficielles. Tandis que le livre des Proverbes et les Psaumes sapientiaux s inscrivent dans le courant d une sagesse traditionnelle, Qohéleth, avec Job, prend le parti de ne pas accepter sans plus les idées reçues de la majorité de ses contemporains Là où Job questionne violemment, Qohéleth lui, conteste paisiblement 206. Son raisonnement ne part pas de la révélation biblique comme partout ailleurs dans l AT, mais fait le chemin inverse, en la faisant émerger de l expérience de l homme charnel. Cela est clairement démontré par la reprise de l expression sous le soleil (1.3) qui révèle l intention de l auteur; le but de l Ecclésiaste est de convaincre les lecteurs de l inutilité de toute sagesse qui ne s élève pas au-dessus d un horizon purement humain 207. Le résultat de cette démarche non conventionnelle explique que plusieurs aient qualifié l Ecclésiaste comme étant la crise de la sagesse. Cette dernière ne peut se résorber qu en réalisant que la vanité de la vie terrestre doit être évaluée en fonction de l éternité (3.11; 11.8-9). CANTIQUE DES CANTIQUES Affirmons d'emblée que ce livre controversé aux passages sexuellement explicites a suscité de nombreux débats au cours des siècles 208. Malgré tout, il sera tout de même appelé le Cantique des cantiques, soit le plus beau de tous les cantiques. Les rabbins réussiront à concilier sa beauté et son caractère charnel en l interprétant comme une allégorie mystique de l amour divin (És 62.4; Os 2.18, 21) 209. Cela étant dit, les commentateurs modernes penchent être rapprochée de celui des Proverbes (Maximes de Salomon, fils de David, roi d Israël (1.1)), et sont tous deux sont insérés dans un prologue par un rédacteur anonyme. De trois, sur la mention du fils de David; elle peut-être dans la bible stricte (un enfant de David), large (un descendant plus ou moins lointain) ou prophétique (le messie attendu). De quatre, sur la personnification; n est-ce pas ce que font quelquefois les prédicateurs modernes lorsqu ils revêtent homélitiquement un personnage biblique pour l actualiser à leur auditoire en le mimant, le faisant parler, l interrogeant? 206 NBS, p. 834. 207 G. Archer, p.531. 208 D un, sur sa légitimité dans le canon et de deux, sur sa véritable signification. 209 Voici ce que dit la tradition rabbinique : Nos maîtres enseignent : Qui chante comme un chant profane un seul verset du Cantique attire le malheur sur le monde. Rōmer, p.530.

85 majoritairement désormais pour une interprétation littérale exprimant la beauté du don divin de l amour entre un homme et une femme. Les mentions répétées de Salomon (1.1; 1.5; 3.7, 11; 8.11, 12) inscrivent clairement le livre dans la littérature de la sagesse et donc dans l expérience humaine. Il est donc naturel d avoir un ouvrage canonique relatif à un thème aussi important que la sexualité dans la Bible. L intrigue du Cantique des cantiques n est pas facile à discerner. Certains lisent le livre comme l histoire dramatique amoureuse entre Salomon et une jeune fille ou encore comme un triangle amoureux entre cette jeune fille séparée de son bien-aimé, qui est un humble berger (1.7-8; 2.16; 6.2-3), par son intrusion forcée dans le harem de Salomon (3.3; 5.7; 6.8; 8.11, 12-14). D autres devant ces ambiguïtés narratives, y voit simplement un recueil contenant une compilation de poèmes d amour. Même si une structure littéraire semble donc indiscernable, notons tout au long du livre la reprise d un REFRAIN (2.7; 3.5; 5.8; 8.4). D une manière ou d une autre, le message théologique demeure le même : Place moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l amour est fort comme la mort, la passion jalouse est dure comme le séjour des morts; ses fièvres sont des fièvres brûlantes, une flamme du SEIGNEUR. De grandes eaux ne peuvent éteindre l amour, et des fleuves ne sauraient l emporter; quand un homme donnerait tous les biens de sa maison contre l amour, il n obtiendrait que le mépris. (8.6-7). En effet, le livre fait une pierre deux coups en décrivant la bénédiction divine de la sexualité exclusive entre mari et femme (2.16; 6.9; 8.6), tout en dénonçant par ricochet les abus sexuels de Salomon.

86 3.4. THÈMES DES LIVRES POÉTIQUES SAGESSE Contrairement au prêtre et au sacrificateur qui parle de Dieu à l homme, le sage, lui, parle de l homme à Dieu. Il suscite une sage réflexion sur la condition humaine (Ec 1.13). Le sage est le philosophe des Israélites, plus étymologiquement il est l ami (philo) de la sagesse (sophia). La réflexion du sage de l AT s appuie avant tout sur l observation, contrairement à celle des Grecs qui se fondait plutôt sur des idées, ce qui faisait que les Hébreux pouvaient discourir sur des sujets à priori banals comme les fourmis (Pr 30.24-25) ou les goutes d eau et la poussière (Jb 38.28-38) 210. Conséquemment, à l observation et la réflexion, se joint l expérience (Jb 12.12). Donc, la sagesse est fondamentalement la capacité pratique 211 d être habile et de réussir dans la vie La sagesse est l expression de la vie d adoration, appliquée au contexte familial et à la place du marché. La sagesse est la religion en dehors de l église 212. La conception selon laquelle la sagesse se manifeste concrètement est clairement démontrée dans l AT (Ex 31.3-4; 1R 7.14) 213. Puisqu elle doit donc être apprise, la sagesse est régulièrement associée à la compréhension et à l intelligence (Pr 1.2) et nécessairement liée à l enseignement (Pr 1.8). La sagesse était tant respectée que des groupes de sages se tenaient aux côtés des prêtres et des prophètes (Jr 18.18). Israēl n avait pas le monopole de la littérature de la Sagesse, qui était un genre littéraire très répandu dans le POA. La Bible parle de la sagesse des Phéniciens (Za 9.2), des Edomites (Jr 49.7), des Égyptiens (Es 19.11), des Assyriens (És 10.12-13), des Babyloniens (Jr 50.35), etc. Il est même intéressant de constater que les seuls auteurs canoniques non juifs dans la Bible (Job et ses amis, Agour et Lemouel) sont dans les livres poétiques, donc de la Sagesse. Plus encore, la sagesse hébraïque a souvent même puisé dans ce réservoir de sagesse étrangère (Pr 25.23). Cette universalité à reconnaitre la sagesse comme étant la plus 210 Les événements de la vie ordinaire renvoient donc toujours à des réalités plus profondes, car comme le dit Von Rad : La sagesse consistait alors à reconnaître qu à l origine des choses, un ordre est à l œuvre, silencieux et souvent discret, permettant de maintenir l équilibre des événements. Dyrness, p.191. 211 Quelqu un a dit : la connaissance est de savoir qu une tomate est un fruit, alors que la sagesse est de savoir qu il ne faut pas mettre des tomates dans une salade de fruits. 212 Dyrness, p. 185 213 La grande sagesse de Salomon n est pas démontrée par sa vie ascétique d ermite vivant sur le haut d une grande montagne, mais par ses constructions, ses réalisations concrètes (1R 5.9ss).

87 grande des vertus suscitait naturellement de vives rivalités entre les nations, illustrée notamment par les épisodes de Joseph, Moīse en Égypte et Daniel à Babylone (Gn 41.8,12 ; Ex 7.11-13; Dn 1.20). Ce n est donc pas de manière désintéressée que le texte biblique souligne avec empressement que la sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les fils de l Orient et toute la sagesse de l Égypte. Il était plus sage qu aucun homme, plus qu Etân, l Ezrahite, plus que Hémân, Kalkol et Darda, les fils de Mahol ; son nom était connu dans toutes les nations environnantes (1R 5.10-11). Cependant, la sagesse hébraïque avait ceci de particulier : La sagesse, ou son absence, aboutit à un style particulier de vie, une voie. Mais celle-ci est plus qu une simple manière de vivre, car elle implique tous les aspects d une personne dans tous les domaines. Par ailleurs, chaque action ou parole est perçue comme jouant un rôle dans la formation de ce chemin. Rien n est oublié ou perdu. Toute la gravité morale de la vie est représentée en grands caractères, du lever au coucher. C est ce sens de direction qui distingue la vision hébraïque du temps de celle de ses voisins. La vie est un pèlerinage qui marche vers une fin déterminée 214. D où l importance de bien choisir sa voie, son chemin ou son sentier (Pr 5.21), afin de ne pas être un insensé, soit une personne qui ne connait pas le sens de la vie (in-sensé) en n en reconnaissant pas le créateur (Pr 1.32-33). CULTE Le culte est l aspect rituel organisé de l adoration du croyant en réponse à la révélation. La liturgie 215 servait à l illustration et la transmission des vérités divines. Par exemple, les sacrifices imageaient la miséricorde de Dieu pour le pécheur et le repas de la Pâque servait à faire comprendre la délivrance d Égypte aux générations futures. Mais le culte n était pas que symbolique, il était aussi typique 216. Le culte de l AT comprend tout d abord des lieux sacrés. Même si Dieu demeure dans les cieux (Ex 19.11; 1R 8.27), il a tout de même choisi des endroits terrestres particuliers pour se manifester : le Sinaï, la Demeure, le Temple (1R 8.29). Malgré tout, il ne s y limite pas puisque toute la terre est remplie de Sa gloire (És 6.3). Ces lieux étaient sources de crainte pour le pécheur (Ps 15.1), mais source de joie pour le fidèle (Ps 122.1). 214 Dyrness, p. 192. 215 Terme désignant l'ensemble des services officiels et publics d'un culte (Larousse). 216 Voir la note 5. Par exemple, le temple était pour le juif de l AT un symbole de la présence de Dieu, mais une pâle préfiguration de la présence de Dieu dans son coeur pour le chrétien du NT.

88 Le culte comprenait aussi des temps sacrés qui étaient des périodes de festivités religieuses. La fête des pains sans levain était l une des trois grandes fêtes d Israël (Dt 16.16). Succédant à la Pâque (et l intégrant), elle était célébrée pendant sept jours en souvenir des événements qui ont précédé la sortie d Égypte (Ex 12.26-27; Dt 16.3). La fête des semaines était la deuxième grande festivité où l on offrait à Dieu les prémices de la moisson (Ex 23.16; Dt 16.9-11), c est pourquoi elle était aussi appelée fête de la moisson ou des prémices. On l appelait aussi Pentecôte parce qu elle était célébrée le cinquantième après le début de la moisson, plus tard calculer à partir de la Pâque. La fête des huttes était la troisième des grandes célébrations alors que l on construisait des petites cabanes faites de branches pour y habiter pendant sept jours afin de se rappeler de la fidélité de Dieu au désert (Lv 23.42-43; Dt 16.13). Le jour des expiations était un jour de repentance nationale afin qu une fois par an soit faite sur les Israélites l expiation de tous leurs péchés (Lv 16.34). L expiation se faisait par deux rituels exceptionnels : le bouc émissaire sur lequel on transposait symboliquement les péchés du peuple et qu on envoyait au loin dans le désert (Lv 16.22) et l intrusion du souverain sacrificateur dans le lieu très saint pour y présenter le sang expiatoire (Lv 16.12). Le Sabbat était le jour de repos hebdomadaire axé sur la communion avec Dieu et tous, y compris les animaux, les serviteurs et les étrangers, devaient s y conformer (Dt 5.12-15). Notons en terminant les exceptionnelles cérémonies de renouvellement de l alliance (Dt 28.69; Jos 24.25), le Jubilé (Lv 25.8-10) dont on doute qu il est été strictement observé et le Pourim qui s établira plus tard à l époque d Esther (Est 9.20-26).

89 Au côté des lieux et des temps, se trouvent également des actions sacrées. La circoncision était le rite initial qui permettait d entrer en possession des privilèges de la famille de Dieu, représentée par Abraham et ses descendants 217 en tant que signe de l alliance (Gn 17.10; Jos 5.2-8) Le divers rite de purification, si présent dans le Lévitique notamment (par exemple, les animaux purs et impurs (11), le diagnostique des maladies de peau (13), les impuretés sexuelles (15) etc.), avait une triple utilité : marquer la distance entre Dieu et les hommes 218, distinguer Israël des autres nations païennes 219 et protéger de la prolifération de bactéries contagieuses 220. Les sacrifices quant à eux, fonctionnent de la manière suivante : deux éléments sont nécessaires au système de sacrifice. En premier lieu, il y a l humiliation de l adorateur, symbolisée par l imposition de ses mains sur la victime. Par ailleurs, l adorateur fait des réparations au parti offensé, généralement Dieu, afin que l intégrité de la relation personnelle soit maintenue. En deuxième lieu, il existe le transfert d un état de souillure à un état de pureté 221. Ajoutons que le culte de l Ancienne Alliance n était pas dénué de toute spontanéité comme en témoigne l usage de voeux envers l Éternel (Gn 28.20-22; Ps 22.25; 132.2-5). Ajoutons d emblée en terminant que ce culte demandé par Dieu ne doit jamais sombrer dans le formalisme religieux. Je déteste vos fêtes, je les rejette, je ne veux plus sentir vos assemblées solennelles. Quand vous me présentez vos holocaustes et vos offrandes, je ne les agrée pas ; vos sacrifices de paix et vos bêtes grasses, je ne les regarde pas. Éloigne de moi le tumulte de tes chants! Je n écoute pas le son de tes luths, mais que l équité coule comme de l eau, et la justice comme un torrent intarissable (Am 5.21-24). 217 NDB, p.263. 218 La séparation naturelle entre deux éléments distincts est même prescrite dans les éléments anodins de la vie quotidienne (Lv 19.19). 219 Il se pourrait que l impureté du porc vienne de ce qu il était un animal de sacrifice en Canaan et que d autres comme la souris, le serpent et les lièvres avaient, croyait-on, des propriétés magiques. 220 Même si les considérations hygiéniques ne sont pas prioritaires dans l AT, il faut bien reconnaitre que certaines lois, comme la limitation de contact avec des cadavres ou des lépreux, contenaient des principes de sagesse évidents. 221 Dyrness, p. 146.

90 PIÉTÉ La piété dans l AT est la réponse du coeur face à la révélation personnelle de Dieu. Le fait de réaliser combien le Dieu éternel est saint et bon devrait produire une réaction 222. La première réaction du croyant dans l AT est la crainte du Seigneur. Moïse dit au peuple : Soyez sans crainte ; car c est pour vous mettre à l épreuve que Dieu est venu, et c est pour que vous ayez pour lui de la crainte, afin de ne pas pécher (Ex 20.20). La confusion crée par cette traduction 223 s avère être en fait une excellente explication de la crainte de l Éternel. En effet, Moīse souligne tout d abord que le peuple de Dieu n était pas soumis aux craintes des païens qui servaient des dieux mal connus, imprévisibles et capricieux. Toutefois, les Hébreux devaient avoir un respect empreint d admiration envers le Dieu saint d Israēl. La Crainte n est donc pas une émotion, mais un style de vie dans l AT (Pr 19.23). Elle était perçue de manière positive et apportait de nombreux bienfaits (Pr 10.27; 14.27). La Crainte formait avec la foi (Gn 15.6) et l amour (Dt 6.5), les trois piliers de la piété dans l AT. L expression de cette piété se manifeste à trois niveaux. De un, par la louange, souvent exubérante, avec des chants (Ps 33.3), des danses (Ps 150.4), toutes sortes d instruments de musique (Ps 108.2), des cris de joie (Ps 107.22), des acclamations (Ps 47.1), etc. De deux, par la prière, qui chez les Hébreux étaient loin de la notion païenne de l incantation et dans l AT tent à déborder toutes les formes établies et mécaniques 224. Et de trois, glorifier Dieu, qui dans le sens biblique pourrait être exprimé simplement par le fait de laisser la dignité et l essence de Dieu se manifester. L une des caractéristiques de la manifestation personnelle de Dieu, c est que, lorsque sa gloire est vue, elle est également communiquée. Les adorateurs hébreux sont transformés à l image de ce qu ils ont regardé. Ils devaient refléter ce qu ils adoraient et priaient 225. 222 Dyrness, p. 155. 223 La Colombe rend par un même mot, deux termes différents apparentée provenant de la même racine hébraïque. 224 (1) en Israēl, il n y a aucune utilisation du nom de Dieu comme d un mot magique; (2) il n y a aucune répétition continue de phrases; (3) il n existe aucun chuchotement ou murmure qui soit prescrit. Dyrness, p. 160-161. 225 Idem, p. 162-163.

91 4. Livres prophétiques 4.1 CULTURE DE L AT La culture d un peuple est composée des signes distinctifs qui le caractérisent. Beaucoup de choses pourraient être dite ici, mais nous nous limiterons qu à mentionner l aspect fondamental de la culture israélite, qui est la famille. Le triangle ci-haut illustre les trois relations essentielles d Israēl (Gn 12.1-3) et la place centrale qu occupe la famille. YHWH est le Dieu d Israēl (Dt 11.1). (A-B) YHWH est le possesseur du pays (Lv 25.23). (A-C) Le pays est l héritage donné à Israēl (Dt 4.21). (C-B) La famille est l élément central de ce triangle de l alliance. L alliance avec YHWH est illustrée par le rachat du premier-né de la famille (Ex 13. 2, 12-15) et se transmet au travers la catéchèse familiale (Dt 6.4-7). (A-D) Israēl est composé de familles avant tout (Jos 7.16-18). (B-D) La famille est également l unité de base pour le calcul de la répartition des terres (Jos 18.11), qui avait un droit perpétuel de retour et de rachat (Lv 25.13, 23). (C-D)

92 On peut donc constater que les domaines social, économique et théologique étaient intimement liés, puisque leur point focal commun se trouvait être la famille. On comprenait aussi que les contraintes et les changements qui menaçaient le triangle du bas mettaient par là même en danger l alliance entre la nation d Israēl et Dieu, car ils minaient les enracinements familiaux Or, eu égard à tous ces aspects de l importance qu avait la famille, il n est pas surprenant de voir l AT s attacher à la protéger extérieurement contre la perte partielle ou totale de ses biens, donc de ses moyens d existence, de son niveau de vie, et intérieurement contre la désagrégation de la hiérarchie familiale et les dérèglements sexuels 226. Cette double protection se voit dès le décalogue : Honore ton père et ta mère Tu ne commettras pas d adultère Tu ne commettras pas de vol Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain (Ex 20.12, 14-15, 17). Cette interdépendance entre la cellule familiale et l alliance divine explique pourquoi l AT s attarde constamment à souligner les différents maux affligeant la famille : stérilité (1S 1.5-6), polygamie (1R 11.3), deuil (Rt 1.5), adultère, rébellion (2S 12.9-10), etc. 4.2 INTRO. AUX LIVRES PROPHÉTIQUES La section prophétique est celle contenant le plus grand nombre de livres dans l AT. En effet, 17 des 39 de l AT s y retrouvent. On les regroupe en deux catégories : les quatre grands prophètes tels Ésaīe, Jérémie, Ézechiel et Daniel et les autres au nombre de douze, appelé les petits prophètes 227. Ils ont été écrits sur une période approximative de trois cents ans soit de 8e à 5e siècle 228. La principale erreur d interprétation des livres prophétiques provient de notre définition moderne de la prophétie qui est la prédiction d un événement futur. Or, moins de 5 % des prophéties de l AT décrivent de façon spécifique l âge de la nouvelle alliance, moins de 2 % sont d ordres messianiques et moins de 1 % concernent des événements encore à venir. La fonction essentielle du prophète est plutôt d être le porte-parole de Dieu en communiquant à ses contemporains une parole de la part de Dieu pour le présent. Cette communication prophétique se fait certes par ses paroles, mais aussi par sa vie. Prenons par exemple, Élie et Élisée qui sont deux figures prophétiques marquantes de l AT et desquels nous connaissons davantage la vie que les 226 Wright, p. 17 227 Cette répartition s est fait en fonction de la longueur des livres et non de leur importance. De plus, Le livre des Lamentations, ayant traditionnellement été considéré comme une annexe au livre de Jérémie, s est donc vu attribué une place dans le section de grands prophètes. 228 Dans la Chronologie des prophètes à la p. 104, Abdias et Joēl ont des dates antérieure, aujourd hui généralement remises en question.

93 paroles. Généralement, dans les livres narratifs de l AT, nous entendons beaucoup parler des prophètes, et beaucoup moins les prophètes. Au contraire, dans les livres prophétiques, nous entendons parler Dieu par l intermédiaire des prophètes, mais nous apprenons très peu de choses sur les prophètes eux-mêmes. Cette seule différence explique en grande partie le problème qu ont les gens pour trouver une signification aux livres prophétiques de l AT 229. Et ce, sans compter que les livres prophétiques sont pour la plupart des regroupements d oracles ne respectant pas d ordre chronologique, souvent placé sans indications historiques, et qui plus est, généralement livrés sous forme poétique. Ces auteurs de la section des livres prophétiques sont communément appelés les prophètes écrivains. 4.3 LIVRES PROPHÉTIQUES ÉSAĪE Avec ses 66 chapitres, le rouleau d Ésaīe constitue le portail monumental par lequel on accède au grand ensemble des prophètes écrivains 230. Le nom du prophète indique le thème du livre : YHWH sauve. Le livre se divise en trois grandes sections relatant des évènements très éloignés dans le temps. La première se situe durant LE TEMPS D ÉSAĪE (1-39) autour de 740-700. Notre connaissance des livres historiques nous aide à mettre en contexte cette période. En effet, Ésaīe prophétisera sous quatre rois (1.1) : sa vision céleste à lieu l année de la mort du roi Ozias 231 (6.1) qui marquera la fin d une époque prospère (781-740), Jotam (740-736), Achaz (736-716) qu il encouragera, dans la foulée de la guerre syroéphraīmite aboutissant à la chute d Israēl 232, par des paroles qui deviendront messianiques 233 (7.10-14), et le grand réformateur Ézechias (716-687) qu il conseillera dans le tumulte des alliances et des révoltes politiques de l époque 234. 229 Fee, p. 164. 230 NBS, p. 856. 231 Aussi appelé Azaria 232 Retsîn roi de Damas s était allié à Péqah roi d Israēl pour entrainer à leur suite Juda à se révolter contre l Assyrie. Devant le refus de Joram, à sa mort, ils attaqueront et tenteront de remplacer Achaz par un roi qui leur est favorable. Les représailles assyriennes mettront fin aux royaumes de Syrie et d Israēl. 233 Jésus est l Emmanuel messianique (Mt 1.23), alors qu en fait l Emmanuel historique est Ézechias (7.14). 234 Nous avons déjà parlé de la tentation politique de privilégier le secours des Égyptiens au détriment de l intervention de Dieu face aux Assyriens (31.1).

94 La deuxième grande section du livre annonce LA CONSOLATION D ISRAĒL (40-55) qui suivra le drame de l exil (48.20). Ainsi deux cents ans d avance, Ésaīe déclare : Je dis de Cyrus : C est mon berger! Il comblera tous mes désirs, en disant de Jérusalem : Qu elle soit rebâtie! et du temple : Qu il soit fondé! Voici ce que dit le SEIGNEUR à l homme qui a reçu son onction, à Cyrus, que j ai saisi par la main droite, pour terrasser devant lui des nations, pour détacher la ceinture des rois, pour ouvrir devant lui les deux battants, et que les portes des villes ne soient plus fermées (44.28-45.1). À cet égard, dans cette section se retrouvent aussi quatre fameux poèmes appelés les chants du serviteur du Seigneur traditionnellement associés à Cyrus et/ou à Israēl (41.8; 44.1) 235. La dernière section porte sur l ESPÉRANCE ESCHATOLOGIQUE (56-66) et contient de nombreux joyaux de la littérature prophétique comme la maison de prière pour tous les peuples (56), le vrai jeûne (58) et l Esprit du Seigneur (61). JÉRÉMIE Issu d une famille sacerdotale établie à 5 km au nord de Jérusalem à Anatoth, Jérémie est fort probablement de la lignée du grand prêtre Éli écartée du culte de Jérusalem (1S 2.30; 1R 2.26), ce qui expliquerait ses démêlées avec les prêtres du temple (20.1-2). Il commencera son ministère en 627/6 (1.2), et le terminera une quarantaine d années plus tard, après l exil, en Égypte (43.6-7) 236. Jérémie en tant que prophète des nations (1.5), interprète l actualité nationale et internationale à la lumière du plan de Dieu. Il vit à une époque trouble : la fin du royaume d Israēl est encore fraîche dans les mémoires (722/1), Juda semble vouloir renaitre avec Josias (640-609), l Assyrie décline et la chute de sa capitale Ninive est imminente (612), L Égypte tente de reprendre sa place et Babylone émerge (la bataille de Karkemish en 605), Jérusalem tombe (587/6), etc. Sa vision pessimiste des événements politiques, le fera passer pour un traître qui tente de saper le moral des troupes (38.4). Mais en fait, Jérémie appel à humblement accepté le jugement de Dieu : le peuple de Dieu qui n a pas n a pas voulu se soumettre au joug léger devra se soumettre au joug pesant (Jr 28) 237. 235 En quatre endroits pourtant, il est question d un personnage mystérieux, à la forte personnalité, injustement persécuté, mis à mort, et cependant vivant ai delà de son supplice (cf. 42.1-7; 49.1-9; 50.4-11; 52.13-53.12). Beaucoup plus tard, les chrétiens n ont pas hésité à reconnaître en lui Jésus-Christ (Mt 12.15-21; Lc 1.32; 24.27; Jn 12.37-41; Ac 8.32-35; 1P 2.21-25). NBS, p. 858. 236 Selon la tradition, il y serait mort lapidé (Hb 11.37 est une allusion probable). 237 NBS, p. 941.

95 Jérémie est un livre-puzzle composé de matériel divers (36.32), organisé de manière non chronologique (32.1; 36.1; 37.1; 39.1). Malgré tout, le livre se compose de quatre grandes sections : PROPHÉTIES CONTRE ISRAĒL ET JUDA (1-6), PROPHÉTIES ET ACTES DIVERS (7-25), SECTION BIOGRAPHIQUE (26-45) et PROPHÉTIES CONTRE LES NATIONS (46-52) Impopulaire, seul, persécuté (12.6; 18.18; 20.2; 38.6) et amer (20.7-18), Jérémie sera quand même un prophète d espérance. Son geste prophétique le plus puissant, placé immédiatement au niveau littéraire après l annonce de l espérance de la nouvelle alliance (30-31), sera d acheter un champ alors que tout semble annoncer une fin imminente (32.1-2, 8, 15). LAMENTATIONS Cinq poèmes ayant pour thème la chute de Jérusalem correspondent aux cinq chapitres du livre des Lamentations 238. Par sa richesse littéraire indéniable (les poèmes sont entre autres des acrostiches alphabétiques), les Lamentations sont considérées par certains érudits comme étant parmi les plus beaux chants du monde. Ils appartiennent au genre de la complainte qui est une lamentation funèbre empreinte d affliction et de stupeur questionnant la fatalité à la manière hébraïque en demandant comment? (1.1; 2.1; 4.1 Cp. 2S 1.19). La tradition attribue ces célèbres lamentations aux prophètes Jérémie (ce qui est rejeté par la majeure partie des biblistes modernes) 239, c est pourquoi on parle encore aujourd hui de jérémiades comme synonymes de plaintes. Malgré les jours sombres auxquels ce livre fait allusion, il est empreint lui aussi d espérance comme le démontre le fait que Dieu est mentionné près d une centaine de fois dans ce court texte, ainsi que sa finale : Ramène nous à toi, SEIGNEUR, et nous reviendrons! Renouvelle nos jours comme au temps jadis!... (5.21). Ainsi, à la lamentation se joint l attente de la restauration puisque la fidélité du Seigneur n est pas épuisée elle se renouvelle chaque matin (3.22-23). 238 Le livre est encore lu par les juifs lors de la Commémoration de la destruction du temple, ou plutôt des destructions du temple, celle de 587-6 par les Babylonniens et celle de 70 apr. J.-C. par les Romains. 239 Sans entrer dans le débat, notons simplement que les uns soulèvent des ressemblances (3.53) alors que les autres avancent des contradictions comme l optimisme de l auteur (4.17; Jr 37.7-9) et la valeur qu il semble accorder au roi (4.20; Jr 24.8). Pour les uns, l évidence d un témoignage occulaire valide la paternité de Jérémie alors pour les autres, le fait que le nom de Jérémie soit mentionné nul part dans le livre, le disqualifie.

96 ÉZÉCHIEL En 598, dans la foulée de la victoire de Karkemish sur les Égyptiens, les Babylonniens s emparent d Israēl, vident le temple et déportent 10 000 élites (2R 24.10-17) 240. Parmi ce groupe installé près du fleuve Kebar, une dérivation de l Euphrate au sud-est de Babylone, se trouve le jeune prêtre Ézechiel, qui recevra cinq plus tard une vision (1.1-3) 241. Cette vision de la gloire de Dieu en terre étrangère parmi les exilés confirmera pour Ézechiel que la déportation fait partie du plan de Dieu et que conséquemment, Jérusalem est sur le point de tomber (11.23) 242. Il s applique donc à briser les illusions et les faux espoirs des Juifs à Babylone comme Jérémie le fait à Jérusalem. Ses prophéties fort imagées (15.2; 21.5) sont quelquefois silencieuses (3.26), d autres fois expérimentales (3.1-3) ou personnelles (24.15-18), souvent de fois mimées (4.4-8). Ézechiel ne fait donc pas que proclamer des prophéties, il devient la prophétie tel que l indique YHWH à la maison d Israēl : Ezéchiel sera pour vous un présage (24.24). Le livre se divise en trois sections : JUGEMENT DE JUDA ET JÉRUSALEM (1-24), PROPHÉTIES CONTRE LES NATIONS ÉTRANGÈRES (25-32) et BÉNÉDICTIONS DE JUDA ET JÉRUSALEM (33-48). Bien qu ayant prophétisé sur une période de vingtdeux ans (1.2; 29.17), c est essentiellement dans ses premières années précédant la chute de Jérusalem qu il est le plus actif. La vision des ossements desséchés porte l espérance de la restauration (37.1-14) et tout l avenir pourrait se résumer en un seul mot, et c est le dernier : YHWH est là (48.35) 243. Quelques mots supplémentaires en terminant, sur le cadre historique national du début de l exil de l époque de Jérémie et d Ézechiel. Pendant ces années, il semble y avoir une certaine rivalité entre la population restée sur place et l élite amenée à Babylone, afin de déterminer lequel des deux groupes sera le plus apte à prendre en charge l éventuelle reconstruction de la nation (Jr 24; Éz 11.15, 33.24) 244. En Israēl, les plus pauvres restés sur place (2R 24.14-16; 25.12) feront face à la famine, la violence et à l idolâtrie récurrente (Lam 5). De leur côté, les exilés se regrouperont, s organiseront, s adapteront et 240 Ce que nous nommons les deux déportations (assyrienne et babylonnienne) ont en fait été précédé d autres de moindre envergure (2R 15.29 en 733/2 et 2R 17.6 en 722/1 pour Israēl; 2R 24.14 en 597 et 2R 25.11 en 587/6 pour Juda). 241 Celle-ci pourrait coïncider avec ce qui aurait dû être son entrée en fonction au Temple (Nb 4.3). 242 Le char de guerre est un signe de mauvais augure (1.16). 243 NBS, p. 1032. 244 Un troisième groupe de Judéen fuira en Égypte (2R 25.26; Jr 44.13), mais son influence sera très peu significative pour l histoire.

97 maintiendront leurs traditions (Jr 29.1-7; Ps 137). On suppose souvent que la liturgie de la parole, sans sacrifice, qui conduisit à la création de la synagogue, a son origine à cette époque exilique 245. Flavius Josèphe écrira que c est aussi à cette époque que le grand-prêtre a remplacé le roi comme chef de la nation 246. DANIEL Le livre de Daniel, à l instar de celui d Esdras, comporte une section araméenne (2.4-7.28) et chevauche deux genres littéraires : le narratif et l apocalyptique où se côtoie des histoires élémentaires d école du dimanche et des textes complexes faisant l objet de débats sans fin entre érudits. Premièrement, LES RÉCITS (1-6) de l ascension de ce jeune juif pieux exilé à la cour babylonienne, puis perse, et qui recevra le don de la sagesse (1.17). Notons que ces trames narratives sur Daniel sont à rapprocher au niveau littéraire de ceux de Joseph et Esther qui sont tous exilés, beaux, jeunes, pieux, intègres, compétents, influents et qui deviendront tous providentiellement des sauveurs du peuple de Dieu. Deuxièmement, LES VISIONS (7-12) constituées de visions riches en symboles (animaux, cornes, yeux). Elles sont résolument apocalyptiques : ainsi nomme-t-on ce genre littéraire particulier, dont Daniel nous offre le modèle accompli, mais qui a déjà été esquissé par Ezéchiel et qui deviendra foisonnant dans le judaïsme jusqu à l ère chrétienne 247. Il se caractérise par des messages mystérieux, souvent interprétés par un messager divin à l intention d un bénéficiaire humain, lui-même chargé de les communiquer à son tour. Plus que le prophétisme antérieur, l apocalypse est indissociable de la forme écrite, laquelle rend possible un langage soigneusement codé, qui doit être déchiffré. Au lieu d interpeller directement la conscience morale de ses destinataires, à la façon des prophètes, elle fait appel à la perspicacité du lecteur. Il s agit, en général, d une littérature de crise qui exacerbe l opposition entre le bien et le mal. Elle révèle (apocalypse = révélation), par-delà la difficulté des temps, que Dieu est maître de l histoire et qu il aura le dernier mot, au terme d une succession d événements écrits à l avance. L apocalyptique joint à la parole prophétique l inspiration particulière de la sagesse, en ce qu elle constitue un regard inattendu sur la réalité 245 Rendtorff, p. 103. 246 Ant., XI, 4, 8. 247 Le retour de l exil n avait apporté que de cruelles désillusions. Apparament, il n y avait plus grandchose à attendre de l histoire. Seul un grand bouleversement divin, l irruption d un monde totalement nouveau, rétablirait le peuple dans son droit. Du coup, toutes les puissances hostiles qui allaient se succéder sont décrites comme des types de l ennemi suprême qui sera définitivement détruit. NBS, p. 1667.

98 de l histoire et du monde des hommes 248. En d autres mots, si le prophétique tente de faire se sentir mal ceux qui se sentent bien, l apocalyptique veut faire se sentir bien ceux qui se sentent mal. OSÉE Le ministère d Osée s adresse aux tribus du nord et s étend sur une période d environ 25 ans, des dernières années de Jéroboam II (783-743) jusqu à la fin du royaume d Israēl (722/1) (1.1). Cette époque est marquée par l instabilité politique, car sept rois se succèderont très rapidement dont quatre suites à des coups d État. Ainsi que par l idolâtrie, notamment le culte des veaux d or qui persistera encore, même deux ans après son installation (8.5-6; 10.5; 13.2). À l instar de Jérémie et surtout d Ézechiel, sa vie sera un geste prophétique, car afin d illustrer la relation entre son peuple infidèle et lui-même, Dieu lui dira : Va, prends une prostituée et des enfants de la prostitution; car le pays se vautre dans la prostitution, en abandonnant le SEIGNEUR (1.2). JOĒL Ni la mention d Israēl (2.27; 4.2, 16), ni celle des ennemis (2.20; 4.4, 19), ni celle des partenaires commerciaux (4.6-8), ni l absence de celle concernant les Assyriens et les Babylonniens, ni celle des fléaux comme l invasion de sauterelles (1.4) et la sécheresse (1.19-20) ne permettent de dater le livre de Joēl. Les hypothèses vont du 9e au 4e siècle. La période historique du livre importe peu puisqu il s adresse à toutes les générations (1.1-3). Et au-delà du temps, le prophète donne le sens des événements. Les catastrophes agricoles et guerrières du livre de Joēl suggèrent que toute sécurité s évanouit devant la venue du Dieu saint 249. D où les appels intemporels à la repentance (2.12-14) et à l attente de l effusion de l Esprit (3.1). 248 NBS, p. 1092-1093. 249 Idem, p. 1130.

99 AMOS Amos n est pas un prophète professionnel, mais un laïc, un simple éleveur de la ville de Teqoa, située à une dizaine de kilomètres au sud de Bethléem, qui profitera peut-être de ses voyages d affaires pour aller annoncer son message dans le royaume rival du nord (1.1; 7.14) 250. À cette époque des dernières années du règne de Jéroboam II (783-743) (1.1), Israēl est stable et prospère. Cette prospérité créera de graves inégalités sociales que condamnera Amos : ils ont vendu le juste pour de l argent, le pauvre pour une paire de sandales; ils harcèlent jusqu à la poussière de la terre qui est sur la tête des petites gens, ils font dévier le chemin des pauvres (2.6-7) vous qui changez l équité en absinthe et qui jetez à terre la justice! (5.7). Cette dénonciation des injustices religieuses et sociales, lui vaudra l expulsion de la ville idolâtre et frontalière de Béth-El (7.10-13). ABDIAS Le livre d Abdias est le plus court de l AT et renferme essentiellement un jugement prophétique contre Édom. Même si le contexte historique peut remonter à la razzia arabo-philistine du règne de Joram (852-841)(2Ch 21.8-20), la plupart des spécialistes modernes privilégient lorsque le royaume de Juda a été définitivement brisé par les Babylonniens au 6e siècle. Le jour des v.10 à 14 serait celui de la prise de Jérusalem en 587/6 av. J.-C. (2R 25). Dans cette dernière situation, les Edomites ont participé à la destruction et au pillage de la ville. D après Ezéchiel, ils en ont également profité pour occuper des territoires du sud de la Judée (Ez 35.10). Edom est accusé d avoir trahi la fraternité en adoptant à l égard de Juda la même attitude que celle des étrangers 251. 250 Le sycomore est un figuier sauvage qui servait surtout à nourrir le bétail. Comme le sycomore ne pousse pas à l altitude de Teqoa, Amos devait voyager pour exercer sa spécialité. NBS, p.1136. 251 NBS, p. 1148. On se rappelle que leur ancêtre est Esaū, qui était le frère de Jacob, qui deviendra Israēl (Gn 36.6-8).

100 JONAS Jonas n est pas un personnage fictif d histoire pour enfant 252, mais un prophète historique reconnu. 2 Rois 14.25 nous dit que Jéroboam II 253 réussira plusieurs exploits militaires sous l impulsion d un prophète nationaliste, c est-àdire, selon la parole que le SEIGNEUR, le Dieu d Israël, avait prononcée par l intermédiaire de son serviteur Jonas, fils d Amittaï, le prophète de Gath Hépher. Ce patriotisme israélite qui tiendra tête (mais pour peu de temps encore) à la puissance assyrienne est la clé qui permet de bien comprendre le livre. En effet, le refus de Jonas d obéir à l ordre du Seigneur d aller dans la capitale assyrienne de Ninive (1.1-3) est attribuable non pas à la crainte, mais au refus de voir la grâce de Dieu s étendre à cette nation ennemie cruelle (4.1-2). Non seulement refusera-t-il d obéir, mais fuira en direction inverse à Tarsis (sud de l Espagne moderne) qui était la limite occidentale du monde connu des Hébreux. Le livre relevant beaucoup plus de genre narratif que prophétique 254, contient un cœur théologique important dans le cantique des profondeurs du chapitre 2 qui enchaine textuellement plusieurs versets du livre des psaumes. MICHÉE Le premier verset nous apprend que Michée est issue de ces années marquées par l expansion assyrienne (740-687), et est donc contemporain d Ésaīe (1.1). Plus encore, le message de Michée comporte de frappantes similitudes avec celui d Ésaīe 255. Natif de Moréseth, au sud-est du pays près de la Philistie, Michée amènera le complément rural à l œuvre du citadin Ésaīe. À cet égard, David, ainsi que son descendant messianique, ne sera pas tant perçu comme le roi de Jérusalem (És 9.5-6), que comme le berger de Beth-Léem (5.1-3). Alors qu Ésaīe dénonce les désordres politiques, Michée ciblera les désordres 252 Cette perception est due aux nombreux éléments fabuleux du récit : une tempête divine, un poisson avaleur d homme, un homme qui y demeure vivant pendant trois jours, une nation qui se repent en un jour, une plante qui pousse en une nuit, etc.. 253 Encore lui! Cela dit, il est normal que ce dernier grand roi de l histoire d Israēl, mais considérée comme mauvais aux yeux de Dieu, et dont la fin du règne coïncide avec le début de la fin pour le royaume du Nord, ait suscité le déclenchement d une grande vague prophétique. 254 Il y a une seule petite prophétie de cinq mots hébreux dans le livre : Encore/ quarante/ jours/ et Ninve/ est détruite. (3.4). 255 L introduction des prophéties initiales (1.2; És 1.2), la conversion des nations (4.1-5; És 2.2-5), le prophète déchaussé et nu (1.8; És 20.3), etc.

101 sociaux (2.1-5; 7.1-6). Avec la chute inévitable de Jérusalem (3.12), Michée appellera à la restauration du vrai culte (6.8). NAHUM Nahum peut autant vouloir dire le Consolé, que le vengé, et ainsi est-il, puisqu il annonce vigoureusement la chute de Ninive, soit la consolation et la vengeance de l oppresseur assyrien (1.1, 7-8). La prophétie se situe entre 663 et 612 256. Le style poétique de Nahum est d une qualité remarquable. Sa beauté contraste avec la rigueur du message De tous les prophètes du second ordre, aucun n a autant de sublimité, de chaleur et d audace que Nahum 257. Nahum décrira les évènements à la manière d un reporter usant d images choque (3.1-3), de phrases punchs (2.12-13) 258, et du ton sarcastique (3.12-19). Cette bonne nouvelle de la chute assyrienne fera dire qu ils sont beaux les pieds de ceux qui l annoncent, car le destructeur ne passera plus au milieu de toi, il est entièrement retranché (2.1) 259. HABAQUC Contrairement à la majorité des livres prophétiques, le premier verset ne nous apprend rien sur Habacuc. L émergence des Chaldéens (1.5-6) nous permet par contre de situer le livre vers 630. Habaquc s adresse à Juda et à Jérusalem pendant le dernier acte de la présence de ce royaume sur la scène de l histoire. Juda est en proie à la corruption et la puissance croissante de Babylone est sur le point d amener la destruction du Temple et de la ville. Pourtant, face à ces maux jumeaux, le prophète à l impression d avoir à faire à un Dieu passif, qui n est pas concerné Habaquc était en train d apprendre à vivre par la foi (2.4). Face au désastre, le prophète apprenait à chanter les louanges du Rédempteur et Seigneur 260. C est pourquoi le livre commence dans le questionnement (1.2-3) et s achève dans la louange (3.18-19). 256 Le plancher de 663 est la prise de la capitale de la Haute-Égypte No-Amôn (mieux connue sous le nom de Thèbes) (3.8) et le plafond de 612 est la chute de la capitale assyrienne Ninive (1.1). 257 Le mot livre (dans le premier verset) indique que la prophétie de Nahum est quelque peu différente des autres. La plupart des prophètes étaient des prédicateurs, et leurs prophéties sont des recueils constitués de leurs discours oraux rassemblés par la suite. Longman, p. 444. 258 Les lions étaient l emblème officiel de Ninive. 259 Qu ils sont beaux, les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles est plutôt une citation de Rm 10.15, qui est en fait une traduction grecque du texte hébreu. Voir la note 17. 260 Longman, p. 453.

102 SOPHONIE Le message du livre de Sophonie est d annoncer que le Jour du Seigneur sera comme un sacrifice (1.7), en ce qu il effectuera l immolation et la purification d Israēl (3.8-9). Le contexte est assurément les premières années du règne de Josias (640-609) avant qu il n entreprenne sa grande réforme religieuse (630-620) (1.1). Ces années seront marquées par le déclin assyrien et la montée babylonienne à l échelle proche-orientale et par l abandon du Temple et l oubli de la Loi au niveau national (2R 22.3-10; 3.1-2) 261. Malgré l imminence du jugement, les prophètes de l AT ont développé le thème du reste (Es 6.13; 11.1). Il indique à la fois l ampleur du désastre (il n y a plus qu un reste) et l espérance d un avenir possible 262. Sophonie verra ce reste du peuple d Israēl annonciateur de la restauration de la nation (2.7, 3.12-13; 3.20). AGGÉE Après le décret de Cyrus permettant le retour des exilées en 538, les Juifs entreprennent immédiatement l année d après la reconstruction du Temple, pour s arrêter peu après suite à de fortes pressions externes (Esd 4.1-5). En 520, Aggée se lèvera pour dénoncer la situation en attribuant cet arrêt de dixsept ans à la négligence du peuple de Dieu avant tout et en révélant que les mauvaises récoltes en sont la conséquence divine (1.2-6). Sous cette impulsion, les anciens des Judéens bâtirent avec succès, selon la parole prophétique d Aggée, le prophète (Esd 6.14). Aggée s appliquera également à encourager Zorababel (1.1; 2.2), qui en plus d être le premier gouverneur de cette période postexilique, est aussi et surtout un descendant davidique, ce qui ranimera l espoir messianique (2.23) 263. 261 Jérusalem a même perdu son identité et est anonymement désignée comme étant la rebelle, la souillée, la ville tyrannique (3.1). 262 NBS, p. 1182. 263 Il figure dans la généalogie de Jésus-Christ (Mt 1.12)

103 ZACHARIE Zacharie suit de près Aggée (Esd 5.1). D'ailleurs, la grande montagne aplanie non par la force, mais par l Esprit de Dieu, réfère aux ruines de l ancien Temple (4.6-9). Mais à l instar d Ézéchiel et surtout Daniel, il utilisera majoritairement le genre apocalyptique pour délivrer son message. Ainsi, ses huit visions ont pour but de révéler des portions du plan de Dieu 264. La deuxième partie du livre de Zacharie est manifestement eschatologique et dépeint le messie à venir sous différents traits : le germe (3.8; 6.12), devient donc le roi humble (9.9), le berger frappé par l épée (13.7), le transpercé (12.10), etc. Néanmoins, à la fin de l Histoire, le SEIGNEUR sera roi de toute la terre ; en ce jour là, le SEIGNEUR sera un, et son nom un (14.9). MALACHIE Le rétablissement du culte de Jérusalem (1.7), l administration perse (1.8), le relâchement des sacrificateurs (1.6), la négligence dans les dîmes et les offrandes (3.8) et la polémique sur les mariages mixtes (2.11), permettent de positionner Malachie autour de 450, soit à l époque d Esdras et Néhémie. Le livre est un dialogue fictif entre le prophète et des opposants, et a pour but de répondre tout haut à six questions que tous se posent tout bas. Celles-ci portent notamment sur l amour de Dieu (1.2), le culte (1.6-7), la faveur de Dieu (2.13-14), la rétribution divine (2.17), la repentance (3.7) et la foi (3.14). Malachie expliquera que la cause des maux d Israēl n est pas le Seigneur, mais leur infidélité morale, sociale et conjugale. Notons en terminant que le livre de Malachie, et donc l AT, se termine par un tremplin vers la nouvelle alliance (3.20-24). 264 1) Malgré que toute la terre est en repos et tranquille (1.11), 2) Dieu est encore celui qui peut abattre les cornes des nations qui ont levé la corne contre Juda afin de le disséminer (2.4), 3) et rétablir définitivement Jérusalem qui sera une ville sans murailles, tant les humains et les bêtes y seront nombreux (2.9), 4) car regarde, je t enlève ta faute pour t habiller de vêtements de fête (3.4), 5) au moyen de Zorobabel et Josué, respectivement gouverneur et grand prêtre, qui sont les deux hommes de l huile nouvelle, qui se tiennent debout devant le Seigneur de toute la terre (4.14) 6) et qui selon la Loi (5.3) 7) chasse la méchanceté du pays (5.8) 8) par l Esprit du Seigneur (6.5; Cp. 4.6).

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105 4.4. THÈMES DES LIVRES PROPHÉTIQUES PROPHÉTISME Ayant déjà abordé dans le cadre de ce cours la fonction des prophètes qui était d être avant tout des porte-paroles dont la tâche première était de parler de la part de Dieu, bref d être les prédicateurs de l AT, nous nous concentrerons ici sur l aspect futur dans la prophétie. Deux éléments sont à retenir à ce sujet. Premièrement, la majorité des prédictions annonçaient des événements dans le futur relativement immédiat d Israēl. Par exemple, les prophéties sur le jugement des nations d Ezéchiel 25-39 ont eu leur accomplissement durant le 6e siècle. Ces prophéties futures de l AT font donc partie du passé pour nous. Deuxièmement, certaines de ces prophéties d un futur proche d Israēl sont mêlées à celles du grand futur eschatologique. Par exemple, l insertion d une prophétie sur les bénédictions de la Nouvelle Alliance en Ézechiel 37.15-28. Cette fusion (ou con-fusion) entre les deux niveaux du futur est due au fait que les événements temporels sont vus à la lumière du plan éternel de Dieu (Jl 3.1-5). Ce phénomène se nomme la prophétie proleptique. C est un peu comme regarder de face deux disques distancés, pour ensuite les regarder de profil. Les prophètes voyaient de face le plan éternel de Dieu alors que nous voyons de profil les événements temporels. Perspective des prophètes de l AT Perspective du lecteur moderne

106 MESSIANISME Messie et Christ sont la traduction hébraïque (Mashiah) et grecque (Christos) d un même mot qui signifie oint. Bien qu on oignait huile pour des raisons militaires (2S 1.21) cosmétiques (Ct 3.6) ou thérapeutiques (És 1.6), c est l aspect religieux de cette pratique qui est surtout présent dans l AT. On versait de l huile sur des choses (Ex 29.36) ou des personnes afin de les consacrer à Dieu et les qualifier en vue d un office sacré. Trois classes d individus ont généralement été oint pour le service divin : les prêtres (Ex 29.29), les rois (1S 10.1) et les prophètes (1R 19.16) 265. L AT parle donc de plusieurs messies tout en pointant vers la venue du Messie 266. Celui-ci sera le roi ultime de la lignée de David (2S 7.16), qui apportera la justice et la victoire définitive et règnera sans fin (Jr 23.5-6; Ps 72.17; És 9.6-7). Tout en étant aussi un sacrificateur qui officiera éternellement (Ps 110.1-4; Ez 44.1-3). Plus encore, ce Messie attendu sera d essence divine (Ps 45.8) et aura une naissance particulière (És 7.14). Et le prophète serviteur et médiateur par qui et en qui sera accomplie la réalité de l ordre nouveau (Dt 18.15; Es 52.10-12). Cela étant dit, la prophétie de Michée résume mieux que quiconque l espérance messianique vétérotestamentaire : Quant à toi, Beth Léhem Ephrata, toi qui es petite parmi les phratries de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël ; son origine remonte au temps jadis, aux jours d autrefois. C est pourquoi il les livrera jusqu au temps où celle qui doit accoucher accouchera ; et le reste de ses frères reviendra auprès des Israélites. Il se dressera et les fera paître avec la force du SEIGNEUR, avec la majesté du nom du SEIGNEUR, son Dieu ; et ils s installeront, car il est dès maintenant glorifié jusqu aux extrémités de la terre. C est lui qui sera la paix! (5.1-4). 265 À part les prêtres, l onction était exceptionnelle. C est surtout les rois initiant de nouvelles dynasties qui en ont bénéficié (1S 10.1; 16.13; 2R 9.3) et plus rarement encore les prophètes, qui était surtout oint de l Esprit (1R 19.16; Es 61.1). De plus, toute autre personne bénéficiant d une attention particulière de Dieu pouvait aussi être appelée Oint, par exemple les patriarches (Ps 105.15), Cyrus (És 45.1). 266 Certains attendaient plusieurs Messies; un Messie-roi, un Messie-prêtre et un Messie-prophète.

107 ESCHATOLOGIE L eschatologie est le segment de la théologie qui traite de la fin des temps. L'espoir initial d Israēl était que de ses Institutions germerait un jour le royaume de Dieu qui reflèterait l idéal divin (Gn 49.10; 2S 7.16). Plus tard, les prophètes ont dénoncé cette fausse sécurité en disant: Ne mettez pas votre confiance dans les paroles mensongères : «C est ici le temple du SEIGNEUR, le temple du SEIGNEUR, le temple du SEIGNEUR!» (Jr 7.4). Il s est donc développé par le biais de ce type de prédication, l espoir d une intervention catastrophique de Dieu, nommé le Jour du Seigneur (Jl 3.4; Am 5.20; Éz 7.10), qui rétablirait le royaume de Dieu sur la terre (Jr 31.31-34; Éz 37.12-14; Za 14.6-9) et ferait paraître chacun devant le SEIGNEUR, car il vient! Car il vient pour juger la terre; il jugera le monde avec justice, il jugera les peuples par sa constance (Ps 96.12-13). Mais qu en est-il de la conception de la mort et de l au-delà dans l AT? Avant tout, il faut saisir que le mot traduit par âme dans l AT signifie rarement âme. Ce terme difficile à traduire, fait plutôt allusion à l essence de l individu, à l ensemble de la personne en tant que créature (Gn 2.7), et est donc même appliqué aux animaux (Gn 1.24). Bref, c est littéralement une chose physique qui est vivante. Puisque le Sémite ne possède pas une âme, mais est une âme, il serait plus exacte de traduire par exemple, mon âme soupire après toi simplement par, je soupire après toi (Ps 42.1). Cette précision nous permet de mieux saisir la dualité de l être humain dans l AT 267. Le corps est clairement issu de la poussière, alors que la vie vient de Dieu. Dieu les a unis et ainsi il n y a aucune raison de croire que le corps est une prison de l âme. À la mort, la vie de l âme quitte le corps et va dans le Shéol (séjour de morts), où privée de corps, elle doit vivre une existence indistincte et diminuée 268. Malgré tout, le juste avait l espérance d être un jour délivré de ce lieu misérable (És 38.18; Éc 9.4-6; Jb 3.13-19) telle cette confiante déclaration du psalmiste : Mais Dieu me libérera du séjour des morts, car il me prendra (Ps 49.16). L espérance de la résurrection dans l AT se développera progressivement et se fondera sur trois piliers. Le premier est théologique, car Dieu est, et ne peut cesser d être la source de la vie (Ps 36.10). Le deuxième est éthique et répond à l imperfection de la rétribution terrestre, en en nécessitant donc une autre parfaitement juste dans l au-delà (Jb 19.25; Dn 12.2). Le troisième pilier est eschatologique, car Dieu doit nécessairement apporter une solution définitive à la mort (És 25.8). --------------- Fin des notes de cours sur l Initiation à l AT --------------- 267 Notre conception tripartite de l être humain selon laquelle nous sommes corps, âme et esprit, ne nous vient pas des Juifs de l AT, mais des Grecs. 268 Dyrness, p. 88.