CNRS Université Lyon2 RAPPORT FINAL ETUDE SUR LA DENSITE REGIONALE DES TPE Direction du Commerce, de l Artisanat, des Services et des Professions Libérales Septembre 2006
SOMMAIRE AVANT PROPOS MÉTHODOLOGIQUE... 4 1 PREMIÈRE PARTIE : VUE D ENSEMBLE... 9 1.1 La mesure de l ampleur des différentiels de densité... 10 1.2 La pondération des différentiels de densité par la taille des TPE... 18 1.2.1 La pondération par la valeur ajoutée... 18 1.2.2 La pondération par le statut fiscal des TPE... 21 1.2.3 Différentiels de densité et taille des TPE : 1 ère synthèse... 21 1.3 La pondération par la population de référence... 23 1.3.1 Densité départementale et variations saisonnières de population... 23 1.3.2 Croissance de la population résidente et densité départementale... 27 1.4 Localisation des créations d entreprise... 29 1.4.1 Etudes existantes sur les différentiels de densité des créations d entreprise... 29 1.4.2 Lien entre localisation des stocks de TPE et des créations d entreprise... 32 1.5 Y a-t-il accroissement ou resserrement des différentiels de densité?... 35 1.5.1 Une tendance au resserrement des écarts de densité... 35 1.5.2 L impact des flux sur l évolution des différentiels de densité... 36 1.6 Synthèse de la vue d ensemble... 41 2 DEUXIÈME PARTIE : ANALYSE SECTORIELLE ET LOCALISÉE... 42 2.1 Chapitre 1 : Artisanat... 43 2.1.1 Artisanat alimentaire... 44 2.1.2 Artisanat du bâtiment... 47 2.1.3 Artisanat de fabrication... 51 2.1.4 Artisanat de services et de réparation... 53 2.1.5 Vue d ensemble de l évolution des densités artisanales... 55 2.2 Chapitre 2 : Services aux particuliers et commerce de détail... 56 2.2.1 Les services de santé... 57 2.2.2 Activités liées à l automobile... 61 2.2.3 Les tabacs et débits de boisson... 63 2.2.4 Autres services aux particuliers... 65 2.2.5 Le commerce de détail, son évolution sur une longue période... 67 2.3 Chapitre 3 : Commerce de gros et services aux entreprises... 71 2.3.1 Commerce de gros... 72 2.3.2 Commerce et services à l agriculture... 74 2.3.3 Services aux entreprises... 75 2.4 Chapitre 4 : Monographies locales... 78 2.4.1 L étonnante densité des TPE dans les Alpes-Maritimes proximité et différences avec le modèle corse... 79 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 2
2.4.2 Le cas de Paris, ville de TPE nombreuses et structurées dans un environnement régional contrasté... 82 2.4.3 La sous-densité des TPE de la frontière Nord/Nord-est culminant dans les Ardennes.. 85 3 TROISIÈME PARTIE : LES ENRACINEMENTS DE LA DENSITÉ DES ENTREPRISES ARTISANALES, COMMERCIALES ET DE SERVICES... 87 3.1 Le lien organique de l artisanat et de l agriculture de subsistance... 88 3.2 Le lien du petit commerce avec les formes de l industrialisation... 90 3.3 La structure urbaine des territoires comme facteur explicatif des positions de l artisanat et du petit commerce... 91 3.4 Une explication anthropologique de la diversité française... 93 3.5 L influence des modèles nationaux frontaliers... 95 4 CONCLUSION ET NOUVELLES ORIENTATIONS... 96 ANNEXES... ERREUR! SIGNET NON DÉFINI. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 3
AVANT PROPOS METHODOLOGIQUE Rappel des principaux objectifs de l étude 1 Le Ministère des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l artisanat, des professions libérales a souhaité réaliser une étude sur la densité régionale des TPE (Très Petites Entreprises) (entreprises indépendantes de moins de 20 salariés) et les facteurs de localisation de ces très petites entreprises. Il existe une forte diversité des densités de population des TPE (Très Petites Entreprises) suivant les territoires et notamment suivant les régions. Au-delà de certains facteurs évidents de concentrations régionales d entreprises de petite taille rattachées à un secteur d activité particulier (ex l hôtellerie et les prestataires de services touristiques dans les zones d attraction touristique ), il n existe pas, a priori, véritablement d explication satisfaisante présentant des critères déterminants de localisation des TPE sur les territoires. «L objet de l étude est de donner une vue de la distribution régionale et locale des TPE» : - «rapprochement intersectoriel : les différentes activités représentent-elles ou non des structures différentes selon les régions?» - «raisons des répartitions différentielles observées : facteurs historiques, sociologiques, économiques, résultats de politiques publiques.» Cette étude est, cependant, une première approche du sujet pouvant servir de base à d autres analyses ultérieures plus approfondies. Il s agit «d aller vers une explication «totale» qui permettrait une meilleure compréhension de la structuration régionale des TPE et permettrait de mener un certain nombre d études complémentaires mieux cernées.» Collaboration GATE ESiloe Les cabinets GATE-CNRS et ESiloe ont tous deux été retenus par le maître d ouvrage suite à l appel d offres de cette étude. Compte tenu des complémentarités des 2 cabinets, la DCASPL leur a proposé d intervenir conjointement sur cette étude 2 et de se partager les rôles en vue de produire un rapport final unique. 1 Source : Cahier des charges DCASPL Mars 2005 2 CF Compte-Rendus de la réunion du comité de pilotage de l étude sur les facteurs de localisation des TPE DCASPL 13 Mai 2005 et de la réunion du 8 juin 2005. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 4
Rappel des principales phases de l étude : Phase 1 : Etude de la littérature existante Phase 2 : Etude statistique des localisations régionales des TPE o Etude d ensemble o Approche affinée de 8 activités (monographies) Phase 3 : Approfondissement et synthèse Phase Période Contenu Comités de pilotage Comité de lancement 8 juin 2005 Comité technique : demandes 30 juin 2006 de données statistiques Phase I Juin à Sept. Etude de la littérature 9 septembre 2005 existante 2005 Phase II Sept 2005 à Etude statistique des 28 octobre Mars 2006 localisations régionales 2005 étude d ensemble approche par monographies Documents remis Rapport intermédiaire Rapport intermédiaire Phase III Mars 2006 à Septembre 2006 Comité intermédiaire Préparation de la phase III Approfondissement et synthèse analyse sur 140 activités Synthèse Réunion de travail Plan de rédaction du rapport final Comité de pilotage final 2 Mars 2006 Note de synthèse 14 juin 2006 Note de synthèse 14 septembre 2006 Rapport final Eléments de méthode et prise de recul sur la démarche suivie La méthodologie retenue en accord avec le maître d ouvrage et le Comité de pilotage a été la suivante. 1. Une revue de littérature a permis de dresser un premier cadre explicatif des différentiels de densité de TPE. Les travaux universitaires traitant directement du sujet sont rares. A part l ouvrage de P. Bachelard traitant de la géographie de l artisanat (1982), les autres recherches englobent des sujets plus larges où l objet TPE n est généralement appréhendé que par incidence. C est le cas des nombreux travaux (thèses, colloques) réalisés dans le cadre de la commission de géographie du commerce du CNRS, mais qui, précisément de par l élargissement de l angle de vue, permettent de situer le petit commerce dans l évolution d ensemble du secteur. Les appareils administratifs d observation statistique et économique dédiés à certains secteurs apportent aussi de précieux renseignements. C est le cas notamment du secteur de la santé où la démographie et la géographie des professions sont analysées régulièrement. L Observatoire national du commerce apporte aussi des informations localisées utiles sur les configurations de l urbanisme commercial. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 5
L Agence pour la création d entreprises (APCE) traite les données localisées de la création d entreprises et ébauche quelques pistes d explication. La revue de littérature a permis d identifier près de 50 documents utiles. Ils ont été synthétisés dans deux approches complémentaires, l une privilégiant une approche sectorielle des stocks de TPE et de leur évolution, l autre centrée sur les flux de création/disparition et leur impact sur la localisation. Les principales conclusions sont reprises dans la troisième partie du rapport pour ce qui concerne l ancrage historique long des différentiels de densité, dans la première partie pour ce qui concerne l impact des flux sur les densités. Des éléments sont aussi repris pour expliquer des situations sectorisées dans la deuxième partie. 2. Une première approche d ensemble des densités régionales de TPE Compris dans le même premier rapport intermédiaire que la revue de littérature, cet exercice a eu deux objectifs : Donner une première vue localisée par département des différentiels de densité. Réalisée à partir des sources SIRENE et FICUS, elle a concerné l ensemble du champ, divisé par grands secteurs (artisanat, commerce, professions libérales, services), avec un test sur trois activités (boulangers, médecins, menuisiers) et appréhendés selon des critères de stock, de flux, de taille de TPE. Lister l ensemble des indicateurs et des niveaux géographiques par lesquels pourrait être traité le sujet. La finalité de cet exercice était de tester les sources et de présenter des choix méthodologiques. Il est apparu alors que la voie la plus féconde serait de réaliser 8 monographies sur des activités représentatives du champ, privilégiant donc l approfondissement sur l élargissement. 3. Les monographies ont concerné : - la menuiserie - la boulangerie - la mécanique - les fleuristes - la pratique médicale - les cafés et bars-tabacs - le nettoyage - l informatique Ces activités représentent 320.000 entreprises, soit 16 % du champ. Elles constituent en fait souvent des ensembles d activités (par exemple, boulangerie pâtisserie terminaux de cuisson) lorsqu il est apparu opportun d appréhender des activités en interrelation dont les localisations pouvaient avoir des raisons propres à chacune. Plusieurs indicateurs ont été retenus pour les traitements statistiques (données globales et localisées), concernant notamment la démographie des entreprises en stock, par taille détaillée, et en flux, l emploi salarié, le chiffre d affaires et la valeur ajoutée. La localisation partielle ou totale des données a été réalisée aux niveaux départemental, de la taille des communes et des bassins de vie. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 6
Ces descripteurs internes aux TPE ont permis de réaliser les monographies présentées dans le deuxième rapport intermédiaire. Mais deux limites sont apparues : il aurait fallu disposer de descripteurs externes complémentaires pour progresser dans l explication, par exemple concernant la demande localisée ; faute de données, il était prévu un recueil de discours d experts notamment dans les milieux professionnels spécialisés (organisations professionnelles, experts de l activité ). Or, il est apparu que les phénomènes de localisation n'étaient pas au cœur des préoccupations des observatoires économiques professionnels qui sont le plus souvent orientés vers une appréhension nationale des phénomènes. La relative pauvreté de l approche monographique a donc conduit à privilégier un élargissement de l observation avec l ambition de disposer sur le maximum d activités d au moins un état des différentiels de densité et des facteurs d explication immédiatement mobilisables. 4. L élargissement de l analyse à 140 activités 3 résulte du choix des activités qui représentent plus de 3000 TPE. En fait, elles constituent la presque totalité du champ (95 %). Les descripteurs ont été limités à trois indicateurs de stock et de flux pour saisir les effectifs dans leur évolution 1994/2002 (période choisie dès le départ de l étude pour des raisons de stabilité des nomenclatures), et de valeur ajoutée, indicateur le plus pertinent pour pondérer les effectifs par la taille. Certains critères ont été écartés, tels que le nombre de personnes occupées et les disparitions d entreprises (cet indicateur étant mal mesuré à partir du fichier Sirene et ainsi manquant de fiabilité) Le seul territoire de traitement retenu a été le département, espace qui permet des perspectives historiques longues et qui a une certaine pertinence économique (par exemple, cadres des schémas d urbanisme commercial). Les espaces infra départementaux approchés dans le cadre des monographies représentent une orientation qui est apparue aujourd hui insuffisamment éclairée (par exemple le choix entre zones d emplois et bassins de vie). L importance des variations saisonnières de population comme facteur explicatif potentiel des différences de densité de TPE a conduit à traiter la population départementale selon les effectifs résidents et maximum, données livrées par l INSEE pendant le déroulement de l étude. Le parti pris de l élargissement explique la structure du rapport final où la deuxième partie expose l analyse des 140 activités, entre une première partie qui les ordonne dans une vue d ensemble et une troisième partie qui les met en perspective dans l histoire longue de la géographie des TPE ; Une focalisation complémentaire a été réalisée sur trois territoires (fin de deuxième partie) pour ébaucher ce que pourrait être une recherche sur l hypothèse de cohérence des fortes ou faibles densités localisées. 3 La liste des 140 activités retenues est présentée en annexe à ce rapport Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 7
Précisions méthodologiques et fichiers utilisés Thème Critère retenu Commentaire Population étudiée Très Petites Entreprises Entreprises de moins de 20 (TPE) salariés Activités prises en compte Ensemble des activités ICS (Industrie Commerce et Services) NAF 700 Soit 2 288 688 entreprises de moins de 20 salariés au 1 er janvier 2002 (source: INSEE REE (Sirene)) L approche affinée réalisée au cours de la phase 3 porte sur 140 activités les plus représentatives (pour la plupart comptant plus de 3000 entreprises au niveau National). Les 140 activités retenues représentent 2 032 550 entreprises soit près de 89 % du total. Territoire France Métropolitaine L analyse a été réalisée pour l essentiel à l échelon départemental L ampleur des données étudiées n a pas permis, dans le cadre de cette première étude, de descendre à un niveau plus fin Fichiers utilisés INSEE REE (SIRENE) DGI INSEE FICUS UNEDIC Transmis par la DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 8
1 PREMIERE PARTIE : VUE D ENSEMBLE L objectif de cette première partie est de donner une vue d ensemble du sujet permettant d une part de définir la notion de densité en précisant les termes du numérateur et du dénominateur et d autre part d apprécier géographiquement et statistiquement l ampleur des différentiels de densité de TPE sur le territoire. Il a été convenu en première approche que l indicateur de base était constitué par le nombre de TPE rapporté à la population du département, mais ces deux notions varient en qualité et en quantité. Le nombre de TPE peut recouvrir des tailles moyennes variables régionalement, ici constituées plutôt d indépendants sans salariés, là glissant vers la PME. La variation de la densité démographique peut donc être compensée par la taille des entreprises. De son côté, la population départementale varie selon les saisons du fait de l importance qu a prise le tourisme et il convient donc d en tenir compte pour apprécier la densité d entreprises dont la fonction dominante est le service aux particuliers. Enfin, la densité des TPE est à apprécier dans la dynamique permanente des créations et disparitions d entreprises. Cette dynamique constitue-t-elle un facteur autonome de polarisation des TPE, participe-t-elle à un phénomène de renforcement ou de résorption des différentiels de densité? Ces vues d ensemble peuvent donc apporter un premier niveau de réponse au différentiel du nombre de TPE qui s explique par des tailles d entreprises compensatrices, par l importance de la population non résidente, par l effet cumulateur des créations. Elles offrent aussi un cadre pour les analyses sectorielles de la deuxième partie. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 9
1.1 La mesure de l ampleur des différentiels de densité Nous nous intéresserons d abord à la répartition géographique des TPE vue sous l angle de sa densité générale et de la manière dont les différentes activités contribuent à l accentuation des différentiels observés. La carte établissant la densité départementale de l ensemble des TPE (nombre d entreprises pour 100 000 habitants) dessine une opposition bien connue dans sa généralité, entre le Nord et le Sud de la France, avec comme enclavées dans la partie Nord les fortes densités de Paris et de l ouest parisien. Densité des TPE par rapport à la population en 2002 4 Source: INSEE REE(Sirene) et Recensement général de la population DCASPL [A1] 4 Densité des TPE au 1 er janvier 2002 par rapport à la population du recensement INSEE 1999 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 10
20 Départements ayant les plus faibles densités de TPE Département Population 99 Nb TPE 2002 Nb TPE pour 100 000 hab Pas de Calais 1 441 568 32 841 2278 Moselle 1 023 447 25 538 2495 Nord 2 555 020 63 860 2499 Meuse 192 198 4 806 2501 Aisne 535 489 13 459 2513 Sommes 555 551 14 358 2584 Haute Marne 194 873 5 085 2609 Ardennes 290 130 7 671 2644 Seine Maritime 1 239 138 32 884 2654 Meurthe et Moselle 713 779 19 108 2677 Oise 766 441 20 650 2694 Territoire de Belfort 137 408 3 791 2759 Sarthe 529 851 14 864 2805 Eure et Loir 407 665 11 664 2861 Marne 565 229 16 385 2899 Vienne 399 024 11 582 2903 Haute Saône 229 732 6 692 2913 Haut Rhin 708 025 20 935 2957 Mayenne 285 338 8 440 2958 Aube 292 131 8 662 2965 20 Départements ayant les plus fortes densités de TPE Département Population 99 Nb TPE 2002 Nb TPE pour 100 000 hab Corse du Sud 118 593 8 033 6774 Hautes Alpes 121 419 8 018 6604 Alpes Maritimes 1 011 326 65 541 6481 Haute Corse 141 603 8 655 6112 Savoie 373 258 22 510 6031 Paris 4 250 492 242 484 5705 Alpes de Haute Provence 139 561 7 787 5580 Var 898 441 48 143 5359 Haute Savoie 631 679 33 353 5280 Vaucluse 499 685 25 624 5128 Hérault 896 441 45 433 5068 Pyrénées Orientales 392 803 19 228 4895 Lot 160 197 7 720 4819 Haut de Seine 1 428 881 67 561 4728 Bouches du Rhône 1 835 719 85 047 4633 Gard 623 125 28 091 4508 Hautes Pyrénées 222 368 9 980 4488 Lozère 73 509 3 291 4477 Pyrénées Atlantiques 600 018 26 844 4474 Aveyron 263 808 11 537 4373 Source: Source: INSEE REE(Sirene) et Recensement général de la population DCASPL [A1] Le premier rapport intermédiaire a montré que l opposition entre les fortes densités du Sud et les faibles densités du Nord s impose dans l ensemble des secteurs. Mais, il est intéressant de considérer de manière plus détaillée quelles sont les activités caractérisées par les plus forts et les plus faibles différentiels de densité, de façon à comprendre quelles sont celles qui impactent le plus sensiblement l inégalité générale de répartition sur le territoire. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 11
Activités des TPE et différentiels de densité Approche méthodologique des différentiels de densité La méthode a consisté à observer la différence de densité en 2002 en s appuyant sur l écart inter décile à la médiane des 140 activités retenues 5 dans le cadre de l étude. Densité 1er décile Densité Médiane Densité dern. Décile Ecart à la Médiane APEN 22d1 22d5 22d9 (d9-d1)/q2 Exploitation de terrains de camping 552C 0,10 0,45 3,74 8,0 Commerce de détail de produits pharmaceutiques 523A 3,30 3,96 4,74 0,4 L écart inter décile à la médiane permet de mesurer l importance des différentiels de densité départementale d1 correspond au 1 er décile c est à dire au département ayant une densité telle que 10 % des départements ont une densité qui lui est inférieure ou égale. d9 correspond au dernier décile c est à dire au département ayant une densité telle que 10 % des départements ont une densité qui lui est supérieure ou égale. d5 ou Q2 correspond à la médiane c est à dire au département ayant une densité telle que 50 % des départements ont une densité qui lui est supérieure et 50 % une densité qui lui est inférieure la densité moyenne Plus l écart inter décile est important (ex pour les terrains de camping) plus on constate de forts différentiels de densités et donc de fortes polarisations départementales Plus l écart inter décile est faible ( ex Pharmacies) plus les différentiels sont faibles et on constate une répartition homogène de cette population d entreprise sur le territoire. L écart inter décile moyen pour l ensemble des 140 activités étudiées est de 1,5 La vue d ensemble des différentiels de densité révèle une inégalité de répartition des TPE sur le territoire généralement forte, variant presque toujours au moins du simple au double selon les activités. Les activités à très fort différentiel de densité Ce sont dans l ensemble des activités peu représentées (en nombre d entreprises) mais connaissant pour certaines d entre elles une forte croissance ( activités liées au tourisme, construction de maisons individuelles, services informatiques ) : Les activités du commerce de gros entrent dans cette catégorie, les unes jouant au bénéfice d espaces urbains dans les fournitures industrielles (matériel électrique et électronique, équipements industriels ), les autres au bénéfice d espaces plus ruraux (animaux vivants, matériel agricole ). Les activités liées au tourisme soit directement (exploitation de campings, activités sportives ), soit indirectement (terminaux de cuisson, cafés ). Les services aux entreprises typiques des fonctions métropolitaines sont aussi en nombre ; il s agit par exemple du conseil informatique, de la promotion immobilière, de l édition. 5 CF Elements de méthode p7 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 12
Certaines activités artisanales de fabrication ou de services sont aussi typiques de certains espaces soit ruraux (réparation de machines agricoles, fabrication de charpentes ), soit urbains (fabrication de vêtements, bijouterie.). Les fortes surdensités peuvent être aussi révélatrices d une typicité des marchés locaux, ainsi des couvreurs du bâtiment très présents sur un axe Normandie Bretagne / Nord-Ouest du Massif Central. On retrouve enfin les fortes variations de la demande (et de l offre) locale dans des activités du commerce de détail, dans le commerce de poissons, de fruits et légumes, les débits de tabac (très présents sur la façade méditerranéenne et en Alsace Moselle). Activités à très fort différentiel de densité Ecart inter décile supérieur à 2 Nb TPE 2002 % croissance TPE 1994 à 2002 Cumul créations 1994-2001 Ecart inter décile à la médiane TPE 2002 Exploitation de terrains de camping 4 595 12,7% 1024 8,0 Intermédiaires non spécialisés du commerce 11 429 9,6% 15310 4,0 Commerce de gros de matériel électrique et électronique 4 671 5,7% 3583 3,6 Travaux de charpente 4 691 77,0% 2606 3,6 Location de matériel agricole 6 973 31,2% 1493 3,5 Commerce de gros de fruits et légumes 3 431-2,0% 1634 3,4 Autre hébergement touristique 5 747 236,5% 3813 3,4 Commerce de détail de poissons, crustacés et mollusques 2 554-29,3% 1069 3,3 Autres activités sportives 21 006 99,6% 15771 3,3 Fabrication de vêtements de dessus pour femmes et fillettes 4 852 11,4% 7534 3,0 Commerce de détail de tabac 4 508 6,1% 281 3,0 Promotion immobilière de logements 5 878-10,0% 3040 3,0 Commerce de gros d'animaux vivants 3 081-24,1% 969 2,9 Administration d'immeubles résidentiels 4 094 1,6% 1220 2,8 Commerce de détail de fruits et légumes 4 964-20,6% 2677 2,8 Commerce de gros de boissons 5 545-1,0% 2925 2,7 Commerce de gros d'habillement 7 193 26,2% 9108 2,7 Réalisation de couvertures par éléments 10 709 18,5% 5491 2,6 Cuisson de produits de boulangerie 4 787 294,6% 5216 2,6 Conseil en systèmes informatiques 13 817 179,0% 16541 2,6 Fabrication de charpentes et de menuiseries 1 897 8,3% 1254 2,5 Hôtels de tourisme sans restaurant 6 278 28,1% 1901 2,3 Autres commerces de gros de biens de consommation 16 549 7,2% 15272 2,3 Construction de maisons individuelles 12 671 233,4% 16412 2,2 Location d'autres biens personnels et domestiques 5 668 52,1% 4958 2,2 Gestion de supports de publicité 4 702 25,7% 6314 2,1 Commerce gros fournitures et équipements industriels divers 8 329 21,2% 5437 2,1 Les activités fortement différenciées Elles sont en partie dans le prolongement des catégories précédentes : Encore quelques activités du commerce de gros, mais spécialisées dans les fournitures pour les professionnels et les particuliers (matériel de bureau, matériaux de construction). Les activités touristiques ne sont plus identifiables que par le commerce des articles de sport, plus banalisé. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 13
Les services aux entreprises sont noués notamment autour d un ensemble «libéral» : ingénierie / comptabilité / architecture / conseil en gestion. L artisanat est très présent soit par son insertion dans des filières industrielles locales (mécanique, chaudronnerie), soit par des traditions alimentaires (charcuterie, pâtisserie). Il y a aussi une distinction du gros œuvre du bâtiment et de l artisanat de services comme le taxi. Le commerce de détail est moins représenté que les services aux particuliers : agences immobilières, restauration rapide, agences de voyage, débits de boissons. Activités à fort différentiel de densité Ecart inter décile situé entre 1,5 et 2 Nb TPE 2002 % croissance TPE 1994 à 2002 Cumul créations 1994-2001 Ecart inter décile à la médiane TPE 2002 Réparation de matériel agricole 3 328-6,3% 762 2,0 Hôtels avec restaurant 22 521-22,5% 2657 2,0 Bijouterie, joaillerie, orfèvrerie 2 681 2,8% 1136 2,0 Commerce de gros non spécialisé 5 123 256,0% 8331 2,0 Enquêtes et sécurité 5 536 87,6% 9054 2,0 Marchands de biens immobiliers 14 626 104,5% 14327 2,0 Réalisation de logiciels 15 327 138,3% 15146 1,9 Transport de voyageurs par taxis 26 667 2,6% 9294 1,9 Conseil pour les affaires et la gestion 53 468 93,7% 59867 1,9 Traitement de données 3 616-15,0% 2621 1,9 Plâtrerie 11 520 2,8% 6626 1,9 Restauration de type rapide 22 951 201,9% 21305 1,9 Recherche-développement en sciences physiques et naturelles 1 952 99,4% 1906 1,8 Travaux de maçonnerie générale 61 919-6,4% 41519 1,8 Cafés tabacs 10 140-0,8% 285 1,8 Activités de nettoyage 12 504 20,2% 11493 1,8 Commerces de détail alimentaires spécialisés divers 5 156 0,2% 4427 1,8 Commerce de détail de boissons 4 103 10,7% 2481 1,8 Commerce de gros de machines de bureau et de matériel informatique 8 184 4,9% 7022 1,7 Agences de voyage 3 823 28,4% 2519 1,7 Etudes de marché et sondages 2 847-37,7% 2341 1,7 Commerce de détail de pain, pâtisserie et confiserie 3 116 4,5% 2755 1,7 Edition de revues et périodiques 3 476 0,9% 2437 1,7 Débits de boissons 30 341-21,7% 3463 1,7 Commerce de gros de matériel agricole 3 067-11,1% 838 1,7 Commerce de détail d'articles de sport et de loisir 8 860-8,6% 4249 1,7 Travaux de finition n.c.a. 6 619-14,6% 4876 1,6 Manèges forains et parcs d'attractions 3 334 11,7% 1721 1,6 Construction de bâtiments divers 3 766 3,3% 3335 1,6 Edition de livres 3 047-16,4% 1594 1,6 Agences immobilières 37 065 1,0% 26830 1,6 Mécanique générale 8 335-6,9% 3205 1,6 Activités artistiques 25 351 96,7% 19271 1,6 Ingénierie, études techniques 29 444 22,4% 22072 1,5 Formation des adultes et formation continue 10 160 114,8% 9010 1,5 Activités comptables 17 777 12,5% 7107 1,5 Agences, conseil en publicité 14 896 1,2% 13052 1,5 Laboratoires d'analyses médicales 3 173-10,3% 710 1,5 Fabrication de meubles meublants 7 477-22,7% 2254 1,5 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 14
Les activités à différentiel moyen La catégorie dominante est celle du commerce de détail, qui se concentre dans ce groupe d activités. Les services aux particuliers, restauration, auxiliaires médicaux, les services aux entreprises ou mixtes, avocats, géomètres, transporteurs, l artisanat du second œuvre du bâtiment (plombiers chauffagistes, électriciens, serruriers) et de réparation sont aussi présents dans ce groupe. Activités à différentiel moyen Ecart inter décile situé entre 1 et 1,5 Nb TPE 2002 % croissance TPE 1994 à 2002 Cumul créations 1994-2001 Ecart inter décile à la médiane TPE 2002 Autres intermédiaires spécialisés du commerce 16 613 13,7% 23998 1,4 Pâtisserie 5 007-29,3% 747 1,4 Bals et discothèques 4 093-19,6% 1755 1,3 Commerce de détail de carburants 5 308-33,4% 530 1,3 Soins hors d'un cadre réglementé 3 170 347,7% 2279 1,3 Activités d'architecture 27 368 16,0% 11909 1,2 Commerces de détail divers en magasin spécialisé 25 832 29,9% 22136 1,2 Terrassements divers, démolition 11 086-21,7% 4418 1,2 Commerce de gros de fournitures et équipements divers pour le commerce et l 3 626-12,8% 2105 1,2 Menuiserie bois et matières plastiques 30 210-1,3% 12942 1,2 Charcuterie 7 876-40,6% 1338 1,2 Secrétariat et traduction 13 945 7,4% 14049 1,2 Chaudronnerie-tuyauterie 4 810 4,0% 2840 1,2 Réparation d'appareils électroménagers 2 442-7,0% 1366 1,2 Soins de beauté 10 716 29,7% 6611 1,2 Services annexes aux spectacles 4 351 75,4% 4072 1,1 Activités des auxiliaires médicaux 113 462 35,4% 50919 1,1 Commerce d'alimentation générale 18 819-29,6% 6609 1,1 Fabrication d'appareils médicochirurgicaux 7 131 2,7% 2468 1,1 Commerce de détail d'équipements automobiles 3 266 10,4% 1990 1,1 Commerce de détail alimentaire sur éventaires et marchés 20 241-7,6% 21627 1,1 Ambulances 4 296-12,3% 838 1,1 Autres activités graphiques 4 672 22,7% 3591 1,1 Activités juridiques 40 724 39,1% 20028 1,1 Réparation de matériel électronique grand public 3 254-14,2% 1547 1,1 Commerce de gros de matériaux de construction et d'appareils sanitaires 5 953 2,3% 4306 1,1 Commerce de détail de biens d'occasion 14 775 27,3% 9173 1,1 Revêtement des sols et des murs 13 107 9,2% 7816 1,0 Récupération de matières métalliques recyclables 2 317-10,4% 934 1,0 Autres activités récréatives 5 961 80,5% 5602 1,0 Studios et autres activités photographiques 7 018-0,1% 4159 1,0 Commerce de détail de quincaillerie 6 250-29,5% 3226 1,0 Services annexes à la production 21 638 6,8% 16936 1,0 Métreurs, géomètres 3 887-11,4% 1383 1,0 Entretien et réparation de véhicules automobiles 32 440 6,9% 12420 1,0 Commerce de détail non alimentaire sur éventaires et marchés 41 777 22,3% 48738 1,0 Commerce de détail de la chaussure 5 201-29,3% 1539 1,0 Installation d'équipements thermiques et de climatisation 11 316 13,0% 5751 1,0 Activités vétérinaires 6 727 14,7% 2180 1,0 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 15
Les activités les plus faiblement différenciées Parmi les activités dont l écart inter décile est inférieur à 1, on ne trouve qu un nombre limité d activités, mais dont certaines constituent les effectifs les plus importants de TPE. Ainsi, les médecins et dentistes, et, on l a dit, les pharmaciens sont, les plus également répartis sur le territoire, mais aussi les opticiens, les coiffeurs et les fleuristes, sont-elles les activités les plus également réparties sur le territoire. Activités à faible différentiel de densité : écart inter décile inférieur à 1 Nb TPE 2002 % croissance TPE 1994 à 2002 Cumul créations 1994-2001 Ecart inter décile à la médiane TPE 2002 Installation d'eau et de gaz 26 661-3,2% 11223 0,9 Commerce de détail de livres, journaux et papeterie 18 422-11,2% 3380 0,9 Commerce de détail d'équipement du foyer 5 884-2,9% 3469 0,9 Commerce de détail de parfumerie et de produits de beauté 3 796-30,1% 1732 0,9 Réparation d'articles personnels et domestiques n.c.a. 5 444 53,0% 4256 0,9 Transports routiers de marchandises interurbains 12 133-20,0% 6455 0,9 Blanchisserie - teinturerie de détail 9 879-16,8% 2858 0,9 Administration d'entreprises 33 174 90,3% 25045 0,9 Commerce de détail de textiles 4 324 2,4% 2094 0,9 Commerce de détail de viandes et produits à base de viande 17 388-19,6% 3207 0,9 Commerce de détail d'habillement 35 301-30,0% 14372 0,9 Commerce de détail de meubles 7 300-7,0% 3895 0,8 Industries connexes de l'ameublement 6 679 53,5% 3746 0,8 Transports routiers de marchandises de proximité 21 832 8,8% 22498 0,8 Autres enseignements 9 362 41,5% 6891 0,8 Restauration de type traditionnel 86 031-2,8% 21198 0,8 Commerce de véhicules automobiles 25 805-8,8% 13057 0,8 Autre imprimerie (labeur) 6 790-18,3% 2733 0,8 Travaux d'installation électrique 33 969 9,0% 19643 0,8 Peinture 40 762 4,8% 23690 0,8 Commerce et réparation de motocycles 4 514 4,8% 2034 0,8 Menuiserie métallique ; serrurerie 11 266-1,8% 5637 0,7 Contrôle technique automobile 3 381 32,4% 1357 0,7 Pratique dentaire 34 762 6,3% 6778 0,7 Commerce de détail d'appareils électroménagers et de radio télévision 10 729-18,7% 5908 0,7 Commerce de détail d'optique et de photographie 6 436 9,0% 1635 0,7 Autres services personnels 13 191 20,3% 12776 0,7 Boulangerie et boulangerie-pâtisserie 31 967-6,0% 2845 0,7 Commerce de détail d'horlogerie et de bijouterie 5 553-25,2% 976 0,7 Réparation de chaussures et d'articles en cuir 3 836-29,7% 822 0,7 Pratique médicale 113 417 13,3% 27949 0,5 Coiffure 57 112 8,2% 16118 0,5 Commerce de détail de fleurs 14 393-6,3% 5321 0,5 Ecoles de conduite 9 551-2,3% 3499 0,4 Commerce de détail de produits pharmaceutiques 22 906 1,2% 799 0,4 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 16
L intérêt de cette première vue d ensemble est de donner un cadre à l ampleur du phénomène observé : le différentiel de densité des TPE est généralement important, sinon très important. Il traverse les différents groupes d activités, à part le commerce de détail massivement inscrit dans des densités intermédiaires. Les plus fortes concentrations géographiques s observent dans le commerce de gros, les activités touristiques, les services aux entreprises, l artisanat de fabrication. Le socle des activités les mieux réparties sur le territoire est constitué par les services de santé, et quelques services aux particuliers et commerces peu touchés par l évolution de la distribution. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 17
1.2 La pondération des différentiels de densité par la taille des TPE Les forts différentiels de la densité du nombre de TPE pourraient trouver une première explication par le fait que les TPE des zones les moins denses seraient d une taille plus importante, ceci sans préjuger du rapport localisé entre TPE et PME/grandes entreprises. Pour une première approche, nous avons considéré deux indicateurs : la valeur ajoutée des TPE par rapport à la population départementale ; le statut fiscal des entreprises à travers le pourcentage d entreprises au régime micro-fiscal par département. 1.2.1 La pondération par la valeur ajoutée Il est intéressant de mesurer l impact de la taille des TPE sous deux aspects : est-ce qu elles sont de taille plus importante lorsqu elles sont moins nombreuses et inversement? Est-ce que cette éventuelle corrélation corrige sensiblement la carte des densités régionales? A la première question, on peut répondre par la représentation de la valeur ajoutée moyenne des TPE par département. Son allure générale apparaît effectivement en inversion de celle des densités : les valeurs ajoutées les plus importantes sont généralement situées dans le Nord/Nord est et les plus faibles au Centre/Sud/Sud est. Départements présentant Les plus fortes V.A moyennes. (en millions d euros) Les plus faibles V.A. moyennes. (en millions d euros) Paris Haut-Rhin Hauts-de-Seine Bas-Rhin Moselle Yvelines Essonne Nord Marne Loiret Seine-et-Marne Pas-de-Calais 108,8 105,4 105,0 101,4 99,1 96,9 96,8 96,8 96,6 96,2 95,4 95,1 Hautes-Alpes Alpes de Haute-Provence Lot Gard Gers Ardeche Haute-Loire Ariège Dordogne Var Hérault Lozère 66,4 69,3 72,6 73,2 73,4 73,8 74,3 74,3 75,1 75,6 75,8 76,0 ² Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 18
Les plus fortes valeurs ajoutées se concentrent notamment dans la région parisienne et en Alsace-Moselle. Dans les monographies exposées en deuxième partie et dans la troisième partie, nous reviendrons sur la spécificité de ces régions marquées l une par les TPE à forte valeur ajoutée des services aux entreprises et du négoce de gros, l autre par la tradition germanique plus favorable aux entreprises moyennes. Plus largement, les TPE sont de taille plus importante dans le Nord-Pas de Calais, la Champagne-Ardenne, ceci paraissant compenser leur nombre particulièrement faible, mais aussi dans le Nord de la région Rhône- Alpes, en Pays de Loire et en Bretagne, où elles sont plus nombreuses. Ces dernières régions apparaissent ainsi comme des territoires où les TPE sont à la fois denses et bien structurées. On note aussi que les départements les plus urbanisés présentent généralement des valeurs ajoutées moyennes plus importantes. Les plus faibles valeurs ajoutées sont situées de manière homogène dans les massifs montagneux : Massif central, Alpes du Sud, Pyrénées et sont toujours corrélées avec de fortes densités de TPE. La carte mettant en rapport les 20 départements de plus forte et de plus faible densité, cités en page 10 et les 20 ayant les valeurs ajoutées les plus fortes (plus de 93.000 euros) et les plus faibles (moins de 79.000 euros) met en lumière en les durcissant les phénomènes évoqués ci-dessus : plus grande taille compensatrice des petits nombres en Alsace-Moselle, Nord Pas-de-Calais, et pourtour du Bassin parisien ; plus faible taille dans le sud du Massif central, le sud des Alpes, les Pyrénées et la façade méditerranéenne ; Paris et l Ouest parisien où les TPE sont à la fois nombreuses et à forte valeur ajoutée. Le rapport entre densité et taille des entreprises départements saillants + faible densité + forte VA + forte densité + faible VA + forte densité + forte VA Sources : INSEE DGI DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 19
On remarque que les différentiels de valeur ajoutée moyenne qui sont de l ordre de 1 (Hautes-Alpes) à 1,3 (Paris) sont nettement moins importants que les différentiels de densité qui varient de 1 (Pas de Calais) à 3 (Corse du Sud). Il en résulte que la taille des TPE ne compense pas globalement leur densité et qu il apparaît donc toujours une sur représentation des départements du Sud si l on rapporte la valeur ajoutée de TPE au nombre d habitants. V.A. moyenne des TPE par habitant en 2002 Données DGI DCASPL A1 On constate effectivement que, globalement, la carte de la valeur ajoutée ne bouleverse pas la carte de la démographie des entreprises. Elle accentue les fortes densités au bénéfice des zones touristiques alpines surtout, et côtières ; elle atténue la densité du sud du Massif Central. Mais, l opposition Nord-Sud (hors Paris et ouest parisien) n est pas remise en question. Seule l Alsace se distingue par une valeur ajoutée qui rejoint les niveaux intermédiaires de la partie Sud, confirmant sa spécificité de région à TPE fortement structurées et à fort impact socio-économique. Dans la même catégorie conciliant forte valeur ajoutée moyenne et fort impact socio-économique (V.A. par habitant), on trouve les plus grandes agglomérations (Paris/Hauts de Seine et Rhône) ainsi que la Vendée, les unes marquées par les services aux entreprises, l autre par un socle artisanal qui a permis un exceptionnel développement de PME 6. 6 «le phénomène économique vendéen», J.L. Barbarit, Mosée, 2003 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 20
1.2.2 La pondération par le statut fiscal des TPE Le pourcentage localisé d entreprises au régime micro-fiscal peut être vu comme l indice de la plus ou moins forte présence d activités soit de survie, traces d anciens forfaitaires dans le bâtiment par exemple, soit saisonnières ou à temps partiel comme dans des activités de services liées au tourisme notamment (moniteur de sports d hiver, artiste, ). Pourcentage de TPE au régime micro-fiscal en 2002 Pourcentage de TPE au régime micro-fiscal 14 à 21% 12 à 14% Source : DGI DECASPL A1 La Corse avec 21 % d entreprises au régime micro-fiscal affiche le taux nettement le plus élevé. Deux zones de forte densité de TPE, les Alpes et le Massif Central présentent aussi des taux élevés qui relèvent des deux explications précédentes : TPE de survie et activités saisonnières. Il est par contre remarquable que les départements de la façade méditerranéenne n entrent pas dans ces catégories, démentant leur association entre indépendance et précarité. 1.2.3 Différentiels de densité et taille des TPE : 1 ère synthèse Ces vues successives dessinent une relation nuancée entre nombre et taille des TPE sur le territoire. Il y a bien une certaine compensation entre les deux phénomènes qui permet d avancer que dans certains territoires, la taille est un facteur explicatif du nombre plus ou moins important de TPE. Il reste que, d une part des zones importantes présentent une corrélation positive entre un nombre important et une plus forte taille de TPE, et que la taille n efface pas globalement les surdensités du Sud. Dans le premier cas, on a avancé l hypothèse d une structure d activités plus favorable aux entreprises à plus forte valeur ajoutée (services aux entreprises en région parisienne par exemple) ; dans le second on est renvoyé à d autres hypothèses qui seront Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 21
développées dans la suite de l étude : importance des variations démographiques, des flux de créations ou facteurs historiques d enracinement plus ancien. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 22
1.3 La pondération par la population de référence 1.3.1 Densité départementale et variations saisonnières de population L analyse des densités départementales a été réalisée principalement sur le rapport entre le nombre de TPE et la population INSEE résidente (à partir des recensements les plus proches de l année étudiée). Or les départements connaissent des variations plus ou moins fortes de leur population, principalement du fait des mouvements de population lors des saisons touristiques. Départements connaissant les plus fortes variations de population 7 : Département Population résidente 8 Population présente Rapport INSEE 2002 Maximum 9 D05 Hautes Alpes 127,00 342,00 2,69 D04 Alpes de Haute Provence 145,00 329,00 2,27 D48 Lozère 74,00 165,00 2,23 D20 Corse 266,00 575,00 2,16 D85 Vendée 565,00 1175,00 2,08 D17 Charente Maritime 577,00 1182,00 2,05 D40 Landes 341,00 698,00 2,05 D15 Cantal 148,00 294,00 1,99 D66 Pyrénées Orientales 411,00 802,00 1,95 D73 Savoie 386,00 741,00 1,92 D11 Aude 322,00 573,00 1,78 D56 Morbihan 666,00 1160,00 1,74 France Entière 59 635,00 62 478,00 1,05 Données INSEE 7 Source : INSEE Première N 1050 Novembre 2005 8 Population résidente : population ayant sa résidence principale dans le département 9 Population présente maximum : population maximum présente un jour dans l année. Il peut s agir de la population résidente présente ce jour là ainsi que la population touristique Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 23
Influence des écarts de population sur les rangs départementaux en terme de densité Dans les tableaux présentés ci-après, nous retrouvons le «rang» moyen croissant des départements en terme de densité des TPE pour les 140 activités retenues dans le cadre de l étude. Rang départemental moyen (pour 140 activités) Rang moyen départemental pop résidente 2002 pop maximum Ecart Ain 47 60 13 Par ex. pour le département de l Ain, le rang moyen en termes de densité des TPE 2002 par rapport à la population résidente pour les 140 activités est 47 sur les 97 départements étudiés. Le rang de ce département «gagne» 13 places si l on prend en compte la population maximum plutôt que la population résidente. Impact de la population de référence sur le rang moyen en terme de densité départementale pour les 20 départements les plus denses Rangs moyen départemental pop résidente 2002 pop maximum Ecarts (1) D06 Alpes Maritimes 76 74-1 D84 Vaucluse 73 77 4 D2A Corse du Sud 72 48-25 D83 Var 71 54-18 D04 Alpes de Haute Provence 70 36-34 D2B Haute Corse 70 45-25 D34 Hérault 70 58-12 D75 Paris 70 73 3 D05 Hautes Alpes 70 29-40 D64 Pyrénées Atlantiques 69 63-6 D73 Savoie 68 41-27 D66 Pyrénées Orientales 68 40-28 D30 Gard 67 68 0 D74 Haute Savoie 67 59-8 D26 Drôme 65 71 6 D46 Lot 64 43-22 D13 Bouches du Rhône 64 74 9 D33 Gironde 64 71 7 D47 Lot et Garonne 63 72 9 D24 Dordogne 62 52-10 Il existe une forte corrélation entre les rangs moyens départementaux en terme de densité des TPE et les variations saisonnières de population (entre la population résidente et la population maximum) : les départements bénéficiant des rangs les plus forts en termes de densité des TPE par rapport à la population sont aussi ceux qui sont les plus influencés par les variations entre la population résidente et la population maximum à un moment de l année : c est le cas des départements du littoral méditerranéen (Var, Hérault), des Alpes (Hautes-Alpes, Alpes-de- Haute-Provence, Savoie, Haute-Savoie) mais aussi de la façade océanique. (1) Les calculs ont étés arrondis par simplification. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 24
Impact de la population de référence sur la densité des 20 départements les moins denses A l inverse, les départements les moins denses «gagnent» en densité moyenne si l on prend en compte la population maximum. Rangs moyen départemental pop résidente 2002 pop maximum Ecart D62 Pas de Calais 22 31 9 D02 Aisne 27 36 9 D80 Sommes 28 33 5 D59 Nord 28 38 10 D55 Meuse 29 35 6 D08 Ardennes 30 40 11 D57 Moselle 31 43 12 D52 Haute Marne 31 39 8 D60 Oise 32 43 12 D53 Mayenne 32 43 11 D76 Seine Maritime 32 44 12 D72 Sarthe 33 45 11 D54 Meurthe et Moselle 34 45 11 D90 Territoire de Belfort 35 41 6 D70 Haute Saône 35 41 6 D86 Vienne 36 47 10 D79 Deux Sèvres 37 46 10 D28 Eure et Loir 37 49 12 D49 Maine et Loire 37 46 9 D51 Marne 37 49 12 Densité TPE : Rang des 20 derniers départements Pas de Calais Aisne Sommes Nord Meuse Ardennes Moselle Haute Marne Oise Mayenne Seine Maritime Sarthe Meurthe et Moselle Territoire de Belfort Haute Saône Vienne Deux Sèvres Eure et Loir Maine et Loire Marne 60 50 40 30 20 10 0 pop résidente 2002 pop maximum Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 25
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1.3.2 Croissance de la population résidente et densité départementale Départements aux plus fortes densités de TPE PSDC89 PSDC99 Densité TPE 2002/ Pop Population 90 Population 99 Variation pop Nb TPE pour 100 000 hab Corse du Sud 118808 118 593-0,2% 6774 Hautes Alpes 113300 121 419 7,2% 6604 Alpes Maritimes 971829 1 011 326 4,1% 6481 Haute Corse 131563 141 603 7,6% 6112 Savoie 348261 373 258 7,2% 6031 Paris 4304846 4 250 492-1,3% 5705 Alpes de Haute Provence 130883 139 561 6,6% 5580 Var 815449 898 441 10,2% 5359 Haute Savoie 568286 631 679 11,2% 5280 Vaucluse 467075 499 685 7,0% 5128 Hérault 794603 896 441 12,8% 5068 Pyrénées Orientales 363796 392 803 8,0% 4895 Lot 155816 160 197 2,8% 4819 Haut de Seine 1391658 1 428 881 2,7% 4728 Bouches du Rhône 1759371 1 835 719 4,3% 4633 Gard 585049 623 125 6,5% 4508 Hautes Pyrénées 224759 222 368-1,1% 4488 Lozère 72825 73 509 0,9% 4477 Pyrénées Atlantiques 578516 600 018 3,7% 4474 Aveyron 270141 263 808-2,3% 4373 Haute Garonne 925962 1 046 338 13,0% 4356 A part quelques exceptions (Corse du Sud, Paris, Sud Ouest) les départements aux plus fortes densités sont aussi ceux connaissant une forte croissance de leur population depuis les dix dernières années. Départements aux plus faibles densité de TPE Population 90 PSDC99 Densité TPE 2002/ Pop PSDC90 Population 99 Variation pop Nb TPE pour 100 000 hab Pas de Calais 1433203 1 441 568 0,6% 2278 Moselle 1011302 1 023 447 1,2% 2495 Nord 2531855 2 555 020 0,9% 2499 Meuse 196223 192 198-2,1% 2501 Aisne 537259 535 489-0,3% 2513 Sommes 547825 555 551 1,4% 2584 Haute Marne 204067 194 873-4,5% 2609 Ardennes 296357 290 130-2,1% 2644 Seine Maritime 1223429 1 239 138 1,3% 2654 Meurthe et Moselle 711943 713 779 0,3% 2677 Oise 725603 766 441 5,6% 2694 Territoire de Belfort 134097 137 408 2,5% 2759 Sarthe 513654 529 851 3,2% 2805 Eure et Loir 396073 407 665 2,9% 2861 Marne 558217 565 229 1,3% 2899 Vienne 380005 399 024 5,0% 2903 Haute Saône 229650 229 732 0,0% 2913 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 27
Densités des TPE : Influence des variations de population sur les différentiels de densité La population saisonnière des départements varie du simple au double suivant les départements : les départements connaissant les plus fortes variations entre leur population résidente 2002 et leur population maximum sont les Hautes-Alpes ( x 2,69), les Alpes de Haute Provence (x 2,27), la Lozère (x 2,23) et la Corse (x 2,16). Globalement, le sud de la France ainsi que la façade océanique connaissent les plus fortes variations de population, principalement du fait de leur caractère touristique. Les principales variations de population sont le fait de la présence de non-résidents sur le territoire Français en Juillet et en Août. Assez logiquement, les territoires connaissant des flux saisonniers importants de population sont aussi ceux qui possèdent une assez forte densité de TPE (le littoral méditerranéen, les Alpes, la façade océanique). La Région Parisienne représente cependant un cas à part dans la mesure où ce territoire bénéficiant d un fort taux de densité des TPE ne connaît pas une forte variation entre la population résidente et la population maximum ( x 1,08 pour Paris) : cependant cette variation est le résultat d un afflux important de touristes au moment où la capitale se «vide» de sa population. Les mouvements de population sont quant à eux, bien réels. On constate par ailleurs que les départements aux plus fortes densités de TPE en 2002 ont connu une forte croissance de leur population entre 1990 et 1999. Cela est particulièrement vrai pour les départements du littoral méditerranéen ( Var, Alpes Maritimes, Bouches du Rhône, Hérault, ) et des Alpes (Savoie, Haute Savoie). A l inverse, les départements aux plus faibles densités de TPE ont vu leur population stagner ( Pas de Calais, Nord, Moselle, Meuse ) Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 28
1.4 Localisation des créations d entreprise 1.4.1 Etudes existantes sur les différentiels de densité des créations d entreprise Selon une étude réalisée par André Letowski 10 sur la création dans les régions françaises en 2004, parue dans le guide permanent du développeur économique, il existe des différences de densités en création d entreprises par région. Selon lui, «les régions se divisent en 4 groupes homogènes» : 1 er groupe : les régions les plus créatrices (soit au moins 80 créations / reprises / réactivations pour 10000 habitants)». Trois régions sont concernées : Corse, Languedoc Roussillon, PACA). 2 ème groupe : des régions très créatrices (entre 57 et 67 créations / reprises / réactivations pour 10000 habitants). Ce sont les régions du sud (Aquitaine, Midi Pyrénées, Rhône Alpes) et l Ile de France». 3 ème groupe : la majorité des régions (10 régions). Concernent les régions du centre et à l ouest de la France, ainsi que l Alsace (36 à 45 créations / reprises / réactivations pour 10000 habitants, ce ratio est inférieur à la moyenne France hors Ile de France (49)». 4 ème groupe : les régions les moins créatrices (moins de 36 créations pour 10000 habitants». Ce sont 5 régions qui se situent au nord et à l est de la France (Lorraine, Champagne Ardenne, Picardie, Nord Pas de Calais). Cette étude permet de mettre évidence l existence d un décalage nord/sud, urbain/rural et zones à potentiel économique fort/celles à potentiel économique modéré. En effet, les départements les plus ruraux connaissent des densités plus faibles que les départements urbains ou moyennement ruraux. Cependant, certains départements ruraux possèdent une forte densité en création d entreprises au regard du caractère urbain de leur région d appartenance. C est notamment le cas des départements à la fois ruraux et touristiques (Alpes de Haute Provence, les landes, la Dordogne, l Ardèche, l Ariège, la Vendée, la Haute Savoie ). Par ailleurs, la «nature des créations varie selon les régions». - Les espaces aux taux de créations pures les plus élevés sont les espaces les plus urbains (métropoles et agglomérations importantes), alors que les espaces aux taux de créations pures les plus faibles sont les espaces, soit plus ruraux, soit plus touristiques. - Les réactivations sont plus conséquentes en Corse (27%), Languedoc Roussillon (25%), Aquitaine (24%), Poitou Charentes (23%) et en Basse Normandie (20%). On retrouve également cette disparité géographique au niveau du type d activité créé. Ainsi, «deux tiers des créations sont avant tout le fait d une économie résidentielle». Les activités de type commerce possèdent majoritairement une clientèle de particuliers. Tandis que les activités de type services ont une clientèle constituée en majorité d entreprises. Deux régions sont très concernées par les activités aux clientèles d entreprises (Ile de France et Alsace) alors que les régions touristiques (la Corse, la Bretagne, le Languedoc Roussillon, Midi Pyrénées, Poitou Charente) ou les régions rurales (Limousin, Auvergne, Basse-Normandie) sont nettement moins concernées par ces activités au profit des activités tournées en direction des particuliers, notamment le commerce. 10 «La création dans les régions françaises en 2004 : des contrastes importants», Le guide permanent du développeur économique, partie 1 Création, transmission, reprise / chapitre II, Juin 2005. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 29
Deux régions font état d une situation moyenne (Rhône Alpes et Pays de la Loire) pour l un et l autre groupe d activités. Quelques régions font état d une situation nettement moins favorable que les autres régions (Bourgogne, Centre, Champagne Ardenne) faisant état d un taux de renouvellement et d une densité en nouvelles entreprises plus faibles pour chacun des deux grands secteurs d activités. Philippe Moati 11, s est également intéressé aux spécificités régionales en matière de création d entreprises. Le taux de création d entreprise varie sensiblement suivant la zone géographique. Globalement, le Sud de la France révèle un fort dynamisme entrepreneurial, ce qui tient sans doute tout autant au potentiel offert par les activités touristiques qu à l attrait que la qualité de vie dans ces régions constitue pour les entrepreneurs migrants. Si l on adopte un découpage territorial plus fin, l hétérogénéité des taux de création est encore plus marquée. Les plus forts taux de création sont observés dans l espace francilien, les grandes métropoles de province et les régions touristiques. Les quelques petites zones d emploi qui affichent un fort dynamisme en termes de création d entreprises sont pour la plupart situées dans la mouvance d aires métropolitaines. La plus faible activité de création d entreprises se situe dans les zones rurales et les espaces en restructuration. Spécificités régionales en matière de création d entreprises : Tout d abord, une différence très marquée apparaît entre l Ile de France et la province. La part des créations pures y est beaucoup plus élevée (11 points de plus qu en province en 1994), tout comme la part des créations dans les services aux entreprises (+ 13 points). Hormis le clivage entre Ile de France et province, les différences entre les régions apparaissent beaucoup plus ténues. Certaines régions affichent une proportion de reprises plus importante, signe que le tissu économique se renouvelle ou s étend moins rapidement que dans d autres régions. Les régions du Sud apparaissent moins «repreneuses» que les régions du Nord, en particulier du Nord Ouest. La répartition sectorielle des créations par région (hors Ile de France) laisse apparaître quelques différences, l écart à la moyenne atteignant 7 points au maximum. En Auvergne, par exemple, 8 % des unités exercent leur activité dans les secteurs des services aux entreprises contre 15 % pour l ensemble de la province. Au-delà de la répartition sectorielle ou de la nature (reprise, création pure) des créations, les différences régionales sont peu nombreuses : l obtention ou non d un prêt bancaire par le créateur constitue l élément qui différencie le plus les régions. Le recours au conseil constitue également une variable discriminante entre les régions, même si les écarts ne sont pas considérables. En 1998, en Bretagne, dans les pays de la Loire et en France Comté, plus de 50 % des créateurs ont rencontré pendant au moins 1 heure un conseiller, contre moins de 43 % en Corse, en Ile de France, en Basse Normandie et en Auvergne. En 1998, 7,5 % des créateurs ont reçu une subvention locale ou régionale en Auvergne contre 0,1% en Ile de France et 0,7% en PACA. 11 «L entreprise du XXIème siècle», chapitre 5 : petites entreprises et territoires (p.183 à 207), Philippe Moati, 2002 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 30
Pour Franck Lasch 12, «les régions ayant un taux de migration et de croissance démographique important affichent en général une forte intensité de création. Une croissance démographique soutenue implique non seulement une simple augmentation de la demande, mais aussi l arrivée de nouvelles populations entrepreneuriales ( ) Ces nouvelles populations sont fortement créatrices d entreprises.» Il souligne également l importance des facteurs d attractivité du territoire «La plus grande majorité des jeunes entreprises sont des TPE, mais la «petitesse» induit de nombreux handicaps, notamment en terme de financement. Les jeunes TPE sont donc particulièrement sensibles à un environnement fiscal favorable. ( ). La politique fiscale des collectivités territoriales reste un outil d incitation puissant, notamment pour la création d entreprises de petite taille». Par ailleurs, Lasch met en évidence la qualité de vie comme un des déterminants majeurs. «Effectivement, l attractivité touristique d un territoire apparaît comme l un des déterminants majeurs et confirme les résultats d un certain nombre de recherches qui soulignent l impact du phénomène de l héliotropisme sur le développement des activités entrepreneuriales en France». L étude internationale, dirigée par Reynolds et Storey 13 (1993), portant sur la création d entreprises aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Irlande, en Italie, en Suède, en France et en Allemagne entre 1980 et 1990, a démontré que le taux national de création, mais aussi les variations interrégionales étaient comparables dans les pays observés. Dans tous ces pays, trois déterminants majeurs de la création d entreprises apparaissent un tissu économique local ou régional dominé par des petites entreprises une «augmentation de la demande (mesurée par la croissance démographique) un «degré d urbanisation élevé». En conclusion, les écarts observés entre espaces géographiques proviennent de trois principaux groupes de causes : - L importance de la population et spécifiquement des flux migratoires dus au tourisme. L importance des créations est très corrélée à la population permanente ou temporaire ainsi qu aux flux de population - La structure du territoire (caractère urbain ou rural) - Les caractéristiques économiques du territoire (typologie des entreprises, importance de la culture entrepreneuriale ). Ce qui fait un territoire entrepreneurial, c est donc, semble-t-il, la conjugaison de caractéristiques territoriales (population et évolution, tourisme ) et d opportunités liées au dynamisme économique (types d activités économiques, tissu d entreprises, ), et à l existence d infrastructures propices au développement (grandes écoles, centres de recherche, mais aussi actions de promotion de l entrepreneuriat, dans le cadre de financements, de partenariats suscités entre entreprises ) 12 «L impact des contextes territoriaux sur l activité entrepreneuriale en France (1993-2001)», Communiqué de Franck Lasch, 2004. 13 Local and regional characteristics affecting small business formation : a cross national comparison, Reynolds et Storey (1993) Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 31
1.4.2 Lien entre localisation des stocks de TPE et des créations d entreprise La plupart des études existantes s accordent aussi sur un constat général : il existe un «effet d entraînement», c est-à-dire, il se crée des TPE là où il existe un réseau dense de TPE. Ce phénomène est en effet observé par de nombreux auteurs, tels que Frank Lasch 14, Lloyd et Mason 15, Reynolds et Storey 16, Carla Azevedo lobo et José Da Silva Costa 17 L environnement d une TPE permet plus facilement aux employés de développer des compétences et des aptitudes entrepreneuriales suite à une plus forte implication dans le management, le fonctionnement global et en conséquence l avenir de l entreprise, comparés aux employés d une grande entreprise». Par ailleurs, d autres contraintes caractéristiques pour les TPE (grande fragilité, conditions de travail, niveau de salaire ) motiveraient les employés de créer «leur propre emploi». Toutefois, les différentes recherches montrent que le lien entre la taille moyenne des entreprises déjà implantées et le taux de création varie selon les secteurs : les créations dans l artisanat augmenteraient avec le nombre de petites entreprises (effet seedbed), contrairement aux créations tertiaires qui privilégieraient la présence de grandes entreprises. Les cartes présentées ci-dessous, confirment l existence d une corrélation entre densité de stocks de TPE et de création d entreprise : on retrouve ainsi les plus fortes densités sur le littoral méditerranéen (PACA, Languedoc), les Alpes, la région Parisienne. Il existe cependant certaines exceptions, par exemple en Midi-Pyrénées et en Aquitaine (Pyrénées, Gers, Lot, Aveyron, Lot et Garonne, Dordogne ) où la densité des TPE semble sensiblement supérieure à celle des créations. 14 «L impact des contextes territoriaux sur l activité entrepreneuriale en France (1993-2001)», Communiqué de Franck Lasch, 2004. 15 «Spatial Variations in New Firm Formation in the U.K. : Comparative Evidence from Merseyside, Greater Manchester and South Hampshire», Lloyd and Mason 16 Local and regional characteristics affecting small business formation : a cross national comparison, Reynolds et Storey (1993) tiré de l étude L impact des contextes territoriaux sur l activité entrepreneuriale en France de Frank Lasch. 17 New Firm Formation : An Empirical Study For Portugal, Carla Azevedo lobo et José da Silva Costa. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 32
Densité des TPE au niveau département en 1994 5 000-5 970 (5) 4 000-5 000 (19) 3 300-4 000 (26) 2 550-3 300 (42) 0-2 549 (4) Densité des TPE au niveau département en 2002 5 000-6 780 (11) 4 000-5 000 (22) 3 300-4 000 (21) 2 550-3 300 (37) 0-2 549 (5) Source: INSEE - REE(Sirene) et Recensement de la population 1999 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 33
Différence entre la densité de TPE en 1994 et en 2002 par département 480-1 200 (16) 190-480 (25) 50-190 (25) -30-50 (15) -240 - -30 (15) Source: INSEE - REE(Sirene) et Recensement de la population 1999 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 34
1.5 Y a-t-il accroissement ou resserrement des différentiels de densité? Cette question de fond sera cernée par diverses voies dans le cadre de l étude, notamment, ci-après, sous l aspect du lien entre le stock et le flux des renouvellements d entreprises. Ici, dans le prolongement des données présentées dans la première partie, il s agit de voir si, dans la période d observation 1994/2002 les différentiels de densité par activité se sont accrus ou resserrés. Toujours en considérant le premier et dernier décile, on mesure si l évolution comparée de la densité est positive ou négative. 1.5.1 Une tendance au resserrement des écarts de densité Pour les 140 activités, on a procédé à la comparaison du différentiel de densité du décile supérieur et du décile inférieur entre 1994 et 2002. Le constat global est que 74 activités connaissent un resserrement de leur différentiel de densité alors que 63 voient, au contraire, ce différentiel s accroître, trois étant stables. Ces variations sont, dans la moitié des cas, inférieures à 10 % sur 8 ans. Les deux mouvements sembleraient donc s équilibrer. En réalité, on constate que les activités dont le différentiel s accroît sont très majoritairement en recul démographique (43 sur 63) alors que celles dont le différentiel se resserre sont nettement en croissance (59 sur 74). Les activités dont les effectifs s accroissent le plus sont aussi celles dont le différentiel se resserre le plus fortement. Ainsi, par exemple, les activités informatiques, le conseil en gestion, les terminaux de cuisson, dont les effectifs font plus que doubler entre 1994 et 2002. Parmi les activités en forte croissance dont le différentiel de densité s accroît, il n y a guère que les activités artistiques et sportives et la construction de maisons individuelles. A l inverse, les activités de commerce de détail qui sont presque toutes en recul se retrouvent massivement (18) parmi celles dont le différentiel de densité s accroît. On verra ultérieurement (page 69) que ce léger accroissement du différentiel de densité du petit commerce se développe sur une toile de fond marque au contraire par l homogénéisation des structures de la distribution du fait de politiques d urbanisme commercial généralement moins sensibles aux spécificités locales. Encore que les monographies des Alpes-Maritimes et de Paris indiquent l existence de résistances ponctuelles. Il semble donc que, globalement, le différentiel de densité des TPE tende aujourd hui à se résorber. Les activités les plus dynamiques, souvent nouvelles comme celles qui ont été citées, ont été initiées dans des espaces particuliers, l Ouest de la région parisienne pour l informatique, la façade méditerranéenne pour les terminaux de cuisson. A partir de là, elles tendent à essaimer sur le territoire et créent un phénomène de rattrapage en données relatives sinon absolues. L hypothèse se vérifie dans le cas du commerce de détail où les seuls différentiels en résorption concernent la distribution de tabac, d optique, d équipements automobiles, activités en développement qui se diffusent sur le territoire. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 35
1.5.2 L impact des flux sur l évolution des différentiels de densité Pour mesurer l impact des flux (création d entreprise) sur l évolution des différentiels de densité départementale, nous nous appuyons sur la comparaison des rangs départementaux suivant qu il s agisse de densité des stocks de TPE ou de flux 18 : il s agit d analyser le rang de chaque département en terme de densité des TPE en 1994 et en 2002 et de comparer pour chaque département, le rang en terme de densité des créations (nous avons retenu essentiellement les créations pures pour l analyse). Rang départemental moyen ( pour 140 activités) Densité 1994 Cumul Créations Cumul Reprises Densité 2002 pures 1994-2002 1994-2002 Dép. Ain 51,47 50,00 44,95 48,03 A titre d exemple, le département de l Ain possède un rang supérieur à la moyenne pour ce qui concerne la densité par rapport à la population du nombre de TPE et de créations d entreprises. Le rang du département de l Ain baisse cependant entre 1994 et 2002. Position des 20 premiers départements possédant la plus forte densité moyenne en 1994 19 Rang moyen départemental Département Densité Densité Densité Densité Croissance TPE 1994 Créations Reprises TPE 2002 1994-2002 Alpes Maritimes 76,29 78,06 61,63 75,81-0,6% Hérault 73,69 77,86 66,04 71,24-3,3% Var 72,37 78,00 60,97 71,95-0,6% Vaucluse 71,46 75,23 58,83 73,58 3,0% Alpes de Haute Provence 70,13 66,65 63,45 70,61 0,7% Pyrénées Orientales 69,51 74,22 63,09 68,37-1,6% Haute Savoie 69,32 69,83 59,72 68,13-1,7% Haute Corse 68,71 65,57 46,14 70,48 2,6% Hautes Alpes 68,46 63,60 63,30 70,11 2,4% Haute Garonne 67,16 68,56 63,09 63,10-6,1% Savoie 66,96 67,48 63,66 68,39 2,1% Corse du Sud 66,74 70,51 42,06 72,35 8,4% Pyrénées Atlantiques 66,32 67,40 64,04 68,67 3,5% Gard 66,14 72,85 64,16 67,84 2,6% Gironde 65,14 70,70 56,25 64,10-1,6% Drôme 63,77 66,54 51,43 65,52 2,7% Bouches du Rhône 62,81 73,51 54,75 64,14 2,1% Lot et Garonne 62,28 58,25 61,82 62,44 0,3% Lot 62,09 54,19 60,06 64,22 3,4% Charente Maritime 61,21 59,84 65,19 62,25 1,7% Les 20 départements possédant le rang moyen le plus élevé en 1994 maintiennent leur position en 2002. Ce sont également ceux qui possèdent une densité forte de créations et de reprises : cette forte densité de flux ne leur permet cependant pas d améliorer leur «rang» en terme de densité du «stock» de TPE entre 1994 et 2002. 18 L analyse s est appuyée sur les 140 activités 19 Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 36
Départements ayant connu la plus forte progression dans leur classement Rang moyen départemental Département Densité Densité Densité Densité Croissance TPE 1994 Créations Reprises TPE 2002 1994-2002 Creuse 33,35 33,44 42,04 40,50 21,5% Vosges 36,64 39,84 50,52 42,40 15,7% Meuse 24,14 24,33 40,42 27,39 13,4% Lozère 50,35 43,68 50,22 57,08 13,4% Haute Saône 30,96 33,09 43,01 34,95 12,9% Manche 36,20 30,94 50,30 40,35 11,5% Moselle 27,17 40,42 39,56 29,76 9,5% Haute Loire 48,39 48,99 48,15 52,81 9,2% Corse du Sud 66,74 70,51 42,06 72,35 8,4% Tarn et Garonne 52,63 55,31 56,95 57,01 8,3% Aveyron 56,23 46,50 62,73 60,68 7,9% Tarn 53,74 51,59 56,46 57,96 7,9% Cantal 44,31 32,81 44,27 47,74 7,7% Paris 47,84 56,69 28,99 51,46 7,6% Loire 48,26 49,57 57,33 51,69 7,1% Ariège 51,28 56,16 50,04 54,84 6,9% Morbihan 47,49 49,52 51,54 50,38 6,1% Ardennes 26,75 31,56 33,99 28,24 5,6% Orne 39,15 31,88 43,65 40,96 4,6% Aude 57,94 66,18 57,88 60,43 4,3% Rang des 20 départements ayant connu la plus forte progression et impact des créations 80 70 60 50 40 30 20 10 0 Creuse Vosges Meuse Manche Moselle Haute Loire Corse du Sud Tarn et Garonne Aveyron Tarn Cantal Paris Loire Morbihan Ardennes Orne Aude Densité 1994 Créations pures Densité 2002 Certains départements ayant connu une progression de leur classement sont aussi ceux où la densité des TPE par rapport à la population est particulièrement faible (Creuse, Vosges, Meuse, Haute-Saône, Manche, Moselle ) On peut considérer cela comme un effet de rééquilibrage sur certains de ces départements Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 37
L impact des créations d entreprises ne semble pas véritablement concourir au renforcement des densités : les plus fortes progressions (Creuse, Vosges, Meuse ) sont aussi ceux où la création d entreprises n est pas particulièrement dynamique et le rang départemental des densités de création est inférieur ou égal au rang des densités des TPE en 1994. A l inverse, les rangs de ces départements en termes de reprise semblent aider au renforcement du classement. Départements ayant connu la plus forte baisse dans leur classement Rang moyen départemental Département Densité Densité Densité Densité Croissance TPE 1994 Créations Reprises TPE 2002 1994-2002 Seine et Marne 46,43 53,92 34,59 40,02-13,8% Indre et Loire 50,01 46,53 48,96 43,21-13,6% Seine Maritime 35,26 28,08 49,33 30,72-12,9% Vienne 40,72 37,89 46,79 35,54-12,7% Eure 46,35 42,94 45,25 40,59-12,4% Loiret 46,85 45,50 39,55 41,05-12,4% Sommes 30,10 28,62 30,38 26,93-10,5% Yonne 43,86 41,11 47,15 39,76-9,4% Eure et Loir 39,86 38,13 42,06 36,18-9,2% Oise 34,17 40,84 38,38 31,10-9,0% Aisne 28,14 28,75 37,15 25,65-8,9% Territoire de Belfort 37,79 39,91 34,46 34,51-8,7% Val d'oise 40,94 50,11 27,80 37,56-8,2% Essonne 42,66 52,58 31,61 39,58-7,2% Loir et Cher 45,33 37,80 44,99 42,22-6,9% Nièvre 42,28 29,00 52,34 39,41-6,8% Ain 51,47 50,00 44,95 48,03-6,7% Val de Marne 48,24 56,95 34,59 45,14-6,4% Seine St Denis 42,88 51,81 32,53 40,13-6,4% Isère 58,26 58,41 54,65 54,66-6,2% L analyse des départements ayant connu la plus forte baisse de leur rang en terme de densité du stock de TPE entre 1994 et 2002, confirme les enseignements que l on peut tirer des analyses précédentes : l impact des flux de créations pures semble peu influencer l évolution des départements connaissant les plus fortes baisses de leur rang moyen entre 1994 et 2002 : à part quelques exceptions tels que la Seine maritime, le Loir et Cher ou la Nièvre Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 38
Territoire et âge des entreprises L absence de corrélation entre taux de création d entreprise et renforcement des différentiels de densité du stock de TPE peut chercher une explication à travers l analyse de l âge moyen des entreprises et ainsi de l analyse de leur pérennité. Classement des 20 départements où la proportion des entreprises de 6 ans et + est la plus forte Ancienneté de l'entreprise Au 1 er janvier 2002 6 ans et + 4-5 ans 0-3 ans âge inconnu Rang moyen densité TPE 2002 15 CANTAL 72,7% 8,2% 13,6% 5,5% 48 23 CREUSE 71,2% 8,1% 15,1% 5,6% 41 12 AVEYRON 70,8% 8,5% 15,6% 5,0% 61 79 DEUX-SEVRES 70,6% 8,3% 16,5% 4,6% 36 48 LOZERE 70,4% 9,6% 15,1% 4,9% 57 19 CORREZE 70,2% 8,2% 16,2% 5,4% 55 36 INDRE 70,2% 8,4% 16,2% 5,3% 39 03 ALLIER 70,0% 8,4% 15,3% 6,3% 49 16 CHARENTE 69,9% 8,3% 16,5% 5,4% 47 46 LOT 69,8% 8,3% 16,7% 5,2% 64 24 DORDOGNE 69,2% 8,6% 17,5% 4,8% 61 58 NIEVRE 69,2% 8,8% 16,8% 5,1% 39 81 TARN 69,0% 8,6% 17,5% 4,9% 58 39 JURA 69,0% 8,9% 16,6% 5,5% 52 50 MANCHE 68,8% 9,4% 17,6% 4,2% 40 40 LANDES 68,8% 8,9% 17,7% 4,6% 58 71 SAONE-ET-LOIRE 68,8% 9,0% 17,2% 5,0% 45 87 HAUTE-VIENNE 68,7% 8,6% 17,7% 5,0% 45 43 HAUTE-LOIRE 68,7% 8,9% 18,0% 4,4% 53 18 CHER 68,6% 8,4% 18,0% 5,1% 38 Moyenne nationale 64,6% 9,9% 20,7% 4,8% Les départements où l ancienneté des entreprises est la plus forte (attestant ainsi une meilleure pérennité des entreprises) sont aussi ceux qui connaissent de faibles densités de TPE. C est le cas plus particulièrement du Cher, des Deux Sèvres, de la Nièvre, de la Manche ou de la Creuse, départements possédant un rang départemental moyen parmi les plus faibles en termes de densité. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 39
Classement des 20 départements où la proportion des entreprises de 6 ans et + est la plus faible Ancienneté de l'entreprise Au 1 er janvier 2002 6 ans et + 4-5 ans 0-3 ans âge inconnu Rang moyen densité TPE 2002 93 SEINE-SAINT-DENIS 60,0% 10,9% 26,0% 3,1% 40 92 HAUTS-DE-SEINE 60,8% 10,9% 22,0% 6,2% 48 06 ALPES-MARITIMES 61,2% 10,0% 23,1% 5,6% 76 34 HERAULT 61,4% 10,6% 23,1% 4,9% 71 13 BOUCHES-DU-RHONE 61,5% 10,4% 22,8% 5,3% 64 31 HAUTE-GARONNE 61,7% 10,5% 22,8% 5,0% 63 84 VAUCLUSE 61,8% 10,5% 22,1% 5,6% 73 75 PARIS 62,1% 10,9% 23,7% 3,3% 52 83 VAR 62,4% 9,7% 22,4% 5,6% 72 30 GARD 63,0% 10,3% 21,1% 5,6% 68 69 RHONE 63,1% 10,5% 21,5% 5,0% 58 66 PYRENEES-ORIENTALES 63,1% 9,6% 21,4% 5,8% 68 11 AUDE 63,3% 9,6% 21,2% 5,9% 60 95 VAL-D'OISE 63,3% 10,7% 22,5% 3,5% 38 44 LOIRE-ATLANTIQUE 63,4% 10,7% 21,2% 4,7% 46 94 VAL-DE-MARNE 63,5% 10,5% 22,5% 3,4% 45 77 SEINE-ET-MARNE 63,7% 10,3% 21,3% 4,6% 40 26 DROME 63,8% 9,9% 21,2% 5,0% 66 91 ESSONNE 63,9% 10,7% 22,1% 3,3% 40 67 BAS-RHIN 64,0% 10,5% 21,1% 4,4% 43 Moyenne nationale 64,6% 9,9% 20,7% 4,8% Mis à part quelques exceptions (Région Parisienne), on retrouve parmi les départements possédant une faible proportion d entreprises de 6 ans et + ( et inversement une proportion importante de jeunes entreprises) ceux qui possèdent les densités les plus fortes (Région PACA et Languedoc Roussillon). Densités des flux et des stocks de TPE : impact des créations d entreprises sur l évolution des différentiels de densités : Il existe de façon certaine une corrélation entre localisation Régionale des TPE et celle des flux de créations d entreprise : Les nouvelles entreprises se créent sur les territoires connaissant un tissu économique dense en TPE, et/ou les régions connaissant des mouvements de population (notamment liés au tourisme). Cependant, le phénomène des créations ne semble pas renforcer les différentiels de densité : les départements connaissant la plus forte progression de leur rang en terme de densité entre 1994 et 2002 sont aussi ceux qui, pour certains, possèdent une faible densité de création d entreprise par rapport à la population. L analyse de l âge moyen des entreprises suivant les départements apporte un début d explication : les départements les plus denses en TPE sont aussi ceux où l âge moyen des entreprises (et ainsi leur pérennité) est aussi la plus faible. A l inverse le poids des reprises semble jouer un rôle dans le maintien voire le développement du tissus des TPE. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 40
1.6 Synthèse de la vue d ensemble De la vue d ensemble, on retiendra une impression de consolidation de la représentation a priori de l opposition entre un nord où les densités de TPE sont généralement plus faibles et un sud où elles sont généralement plus fortes. La pondération par la taille des entreprises compense partiellement cette asymétrie, au bénéfice des zones frontalières du Nord et de l Est. Mais elle laisse un bénéfice de l effet cumulé nombre d entreprises/valeur ajoutée au bénéfice du sud de la France. L effet saisonnier des pics de population dans les régions touristiques dans la moitié sud n annule pas non plus le rapport fondamental, même s il le nuance. Il apparaît cependant très nettement que les départements les plus denses sont aussi ceux qui connaissent les plus fortes variations saisonnières de leur population. Cela est également vrai pour les territoires bénéficiant d une forte croissance de leur population. Les variations de population, qu elles concernent les flux migratoires ou bien les variations saisonnières constituent des déterminants significatifs de localisation des TPE Paradoxalement, les plus forts taux de créations d entreprises dans le Sud / Sud-est et les régions les plus fortement urbanisées n apparaît pas comme un facteur qui contribuerait au renforcement de la densité des TPE dans ces régions. Au contraire, la tendance dominante semble aller dans le sens d une atténuation des différentiels de densité. Si les régions fortement créatrices sont aussi les plus denses en nombre de TPE les flux de création pures ne semblent pas renforcer les différentiels de densité. Il en va différemment des reprises d entreprise. Ces différentiels apparaissent pourtant marqués pour toutes les activités, puisque hors la pharmacie dont l installation obéit précisément à une règle de densité administrée, la différence entre le premier et le dernier décile départemental est toujours supérieure à 50 %. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 41
2 DEUXIEME PARTIE : ANALYSE SECTORIELLE ET LOCALISEE Dans cette partie, l analyse détaillera les 140 activités qui ont été retenues pour l approfondissement de l étude. Le parti pris a été de les regrouper par secteur d activité de façon à constituer des ensembles et sous-ensembles présentant a priori une homogénéité favorable à l analyse. Ainsi, ils n obéissent pas toujours aux regroupements habituels des nomenclatures d activité. Par exemple, on a constitué un ensemble des services rendus à l agriculture qui regroupe des activités relevant de l artisanat, du commerce de gros et des services aux entreprises ; ou bien des services de santé, des services liés à l automobile, etc. En outre, ces regroupements ont été organisés de façon à pouvoir appuyer l analyse sur des éléments d explication issus de la littérature que nous avons pu exploiter. Ainsi de l artisanat, du commerce de détail, des services de santé. Les regroupements d activité étudiés sont les suivants : - Artisanat alimentaire - Artisanat du Bâtiment - Artisanat de fabrication - Artisanat de services et de réparation - Services de Santé - Activités liées à l automobile - Tabacs et débits de boisson - Autres services aux particuliers - Commerce de détail - Commerce de gros - Commerces et services à l agriculture - Services aux entreprises La base systématique des analyses est constituée par la démographie départementalisée des entreprises. On a vu que c est l indicateur qui marque le plus fortement la variation de densité des TPE. Sa modulation par la taille des entreprises (indicateur de la valeur ajoutée) est exploitée lorsqu elle est apparue la plus significative, par exemple pour l artisanat du bâtiment et le commerce de détail. La représentation cartographique des densités s appuie sur la mise en exergue des déciles supérieurs des départements présentant les plus fortes densités, souvent aussi du décile inférieur, de façon à arrêter l analyse sur les faits les plus saillants. Elle est précédée de la présentation d un certain nombre d indicateurs concernant la démographie des entreprises constituant l ensemble étudié : les stocks, les flux et leur évolution ; la densité calculée par écart inter-décile à la médiane, et son évolution. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 42
2.1 Chapitre 1 : Artisanat L artisanat est, le seul secteur des TPE qui ait fait l objet d une étude antérieure sur sa répartition géographique nationale. L étude de Paul Bachelard 20, réalisée essentiellement à partir des données du répertoire des métiers de 1980 et du recensement de la population de 1975 offre un point de comparaison précieux à partir d une période où l artisanat présente encore des traits accusés de son ancrage dans des modes de production et des modes de vie fortement ancrés dans la ruralité. Nous utiliserons donc ponctuellement ses observations, tout en réservant ses hypothèses les plus globales pour la troisième partie de l étude. 20 «L artisanat dans l espace rural», P. Bachelard, Masson, 1982. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 43
2.1.1 Artisanat alimentaire Artisanat Alimentaire APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Commerce de détail de poissons, 522E 2 554-29,3% 1 069 953 3,3 Cuisson de produits de boulangerie 158B 4 787 294,6% 5 216 1 543 2,6 Pâtisserie 158D 5 007-29,3% 747 1 926 1,4 Charcuterie 151F 7 876-40,6% 1 338 2 126 1,2 Commerce de détail de viandes 522C 17 388-19,6% 3 207 6 954 0,9 Boulangerie et boulangerie-pâtisserie 158C 31 967-6,0% 2 845 16 695 0,7 Moyenne 1,7 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 L artisanat alimentaire regroupe des activités dont la densité sur le territoire obéit à des logiques distinctes. Malgré leur diminution, l observation de Paul Bachelard reste largement vraie : «le boucher forme avec le boulanger le noyau de base des services quotidiens», ces activités présentant les plus faibles écarts de densité. Les charcutiers et poissonniers sont traditionnellement inscrits dans une géographie plus étroite, les uns dans un axe qui va de la Normandie au nord du Massif Central, les autres sur les côtés à proximité de la ressource. Les terminaux de cuisson sont une activité nouvelle née dans le contexte particulier des espaces les plus touristiques et très faiblement présents sur le reste du territoire. Sur densités des TPEde l'artisanat alimentaire en 2002 Artisanat alimentaire Surdensités : Boulangeries et terminaux de cuisson Charcuteries Poissonneries Boucheries Départements classés dans le décile des plus fortes densités. Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 44
Il est intéressant d observer les dynamiques d évolution de ces densités qui sont révélatrices du jeu entre démographie des entreprises et territoires. Evolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Boulangerie Pâtisserie Boucherie Charcuterie Poissonnerie Terminaux Dans le 1 er décile - 43-21 - 76-63 - 7 + 20 Dans le dernier décile - 8-24 - 11-37 - 26 + 223 La boulangerie, la boucherie et la charcuterie connaissent des baisses de densité nettement plus importantes dans les départements de plus forte densité du 1 er décile. La baisse est équivalente en pâtisserie. A l inverse, les poissonneries se maintiennent mieux dans leurs zones côtières de prédilection. Les terminaux de cuisson augmentent peu en densité dans les départements qui les ont vu naître, mais leur taux de croissance est élevé là où ils n étaient que peu présents. On peut en tirer quelques hypothèses généralisables : une tendance à l homogénéisation des densités pour des activités au départ très dispersées sur le territoire dont la baisse affecte prioritairement les zones de plus forte densité ; une meilleure résistance des activités «à places fortes» ; une tendance à l essaimage de nouvelles activités en fort développement à partir de leur territoire de naissance. La tendance dominante de ces mouvements contradictoires confirme l analyse du premier chapitre sur la résorption des différentiels de densité. Chiffre d affaires moyen des Boulangeries en 1967 Chiffre d'affaires des boulangeries et pâtisseries par établissement (en milliers de F) en 1967 moyenne 126 210 et plus 190-210 160-190 130-160 Source : Michel Coquery L effet d homogénéisation est confirmé par l étude réalisée sur la base du recensement de la distribution de 1967 par Michel Coquery*. Elle montrait que, au nord d une ligne allant de la Haute- Normandie au Jura, les chiffres d affaires de la boulangerie étaient sensiblement plus élevés que dans le sud et ceci de manière très homogène. On ne retrouve plus cette opposition en 2002. Les valeurs les plus importantes n apparaissent qu à l état de traces dans l Est et à Paris, mais se distribuent aussi bien dans le Massif Central qu en Bretagne ou dans les Alpes. Les politiques professionnelles et meunières ont déployé des modèles de plus en plus nationaux qui tendent à calibrer les boulangeries à la manière de la franchise. * «Mutations et structure du commerce de détail en France, étude géographique», Michel Coquery, 1978 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 45
La monographie sur la boulangerie/pâtisserie/terminaux de cuisson 21 permet d approfondir l analyse. Elle invite notamment à quelques hypothèses pour mieux comprendre comment joue le processus territorialisé de concurrence/complémentarité entre les terminaux de cuisson et les activités de l artisanat alimentaire traditionnel. La surdensité des terminaux de cuisson dans les départements de la façade méditerranéenne est nette. Elle va jusqu à 3,21 entre terminaux de cuisson pour 10.000 habitants dans les Pyrénées Orientales. Dans l ensemble des départements du Languedoc- Roussillon, on compte en 2002 en moyenne un terminal de cuisson pour deux boulangeries. Les départements de la Bretagne maritime se distinguent aussi. A l inverse, les plus faibles densités s observent en Alsace, dans des départements ruraux du Centre et du Nord (les Ardennes ont la plus faible densité avec 0,10) et à Paris. L écart de densité s accroît avec des taux multipliés par 3 ou 4 dans certains départements de Languedoc-Roussillon. Mais il faut noter aussi l émergence de départements où les terminaux étaient presque absents en 1994 comme la Corrèze, l Eure, l Allier, le Jura où leur taux est multiplié par 10. La géographie de la boulangerie artisanale présente de son côté des traits fortement enracinés dans un passé qui sait se renouveler. Sa place forte est certes le Massif Central où l on se rapproche souvent d une boulangerie pour 1.000 habitants. Dans ces départements ruraux, elle s est souvent diversifiée dans le multiservices, ce qui fait qu un département comme la Lozère, le plus dense en boulangeries, en perd très peu entre 1994 et 2002. En même temps, on constate un maillage fort de l ensemble du territoire : à part la Région parisienne, certains départements de l Est et les grandes villes, on descend peu au dessous d une boulangerie pour 2.000 habitants. L autre trait à relever est le relatif déplacement des fortes densités d emplois salariés au bénéfice des régions frontalières de l Est, d Alsace-Moselle jusqu aux Savoies. On retrouve là l influence du modèle germanique et suisse d un artisanat fortement structuré proche de la PME. L analyse de la valeur ajoutée va naturellement dans le même sens, et fait apparaître en plus Paris comme l un des départements où la boulangerie présente la plus forte valeur ajoutée par habitant (de même la boucherie). Le très fort développement des terminaux de cuisson sur la façade méditerranéenne est évidemment lié à l activité touristique. Cependant, il est intéressant de noter qu un département très touristique comme la Vendée conserve un taux modeste de terminaux de cuisson (0,85). Il faut sans doute rechercher une part d explication dans une identité de métier plus forte dans sa boulangerie artisanale, connue pour ses innovations commerciales et industrielles 22. En PACA et Languedoc-Roussillon, les taux de syndicalisation sont bas ; la résistance au développement des terminaux de cuisson plus faible. C est un trait assez commun à l ensemble des métiers artisanaux et qui peut donc expliquer plus généralement à la fois l instabilité du tissu des TPE (beaucoup de créations/disparitions) et l ouverture de cet espace aux nouvelles activités (cf. informatique). 21 CF Deuxième rapport intermédiaire 22 Voir à ce sujet l ouvrage de S. Kaplan «le retour du bon pain», Perrin 2002, et ses développements sur «la révolution du pain blanc ourdie dans les fournils de Vendée». Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 46
2.1.2 Artisanat du bâtiment Artisanat Bâtiment APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Travaux de charpente 452L 4 691 77,0% 2 606 646 3,6 Réalisation de couvertures par éléments 452J 10 709 18,5% 5 491 1 115 2,6 Fabrication de charpentes et de menuiseries 203Z 1 897 8,3% 1 254 293 2,5 Construction de maisons individuelles 452A 12 671 233,4% 16 412 748 2,2 Plâtrerie 454A 11 520 2,8% 6 626 861 1,9 Travaux de maçonnerie générale 452V 61 919-6,4% 41 519 5 195 1,8 Travaux de finition n.c.a. 454M 6 619-14,6% 4 876 343 1,6 Construction de bâtiments divers 452B 3 766 3,3% 3 335 281 1,6 Terrassements divers, démolition 451A 11 086-21,7% 4 418 1 047 1,2 Menuiserie bois et matières plastiques 454C 30 210-1,3% 12 942 2 836 1,2 Revêtement des sols et des murs 454F 13 107 9,2% 7 816 868 1,0 Installation d'équipements thermiques et de clim. 453F 11 316 13,0% 5 751 1 059 1,0 Installation d'eau et de gaz 453E 26 661-3,2% 11 223 2 443 0,9 Travaux d'installation électrique 453A 33 969 9,0% 19 643 2 793 0,8 Peinture 454J 40 762 4,8% 23 690 2 409 0,8 Menuiserie métallique ; serrurerie 454D 11 266-1,8% 5 637 1 392 0,7 Moyenne 1,6 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 L artisanat du bâtiment est un marqueur puissant de la géographie des TPE du fait de son poids dans la démographie de l artisanat (40 %) et des TPE en général (13,7 %). La statistique de densité relative des activités qui le composent montre que les écarts sont généralement limités, hors quelques activités, et que l artisanat du bâtiment a donc un effet global d homogénéisation des densités. La carte suivant présente, pour 16 activités retenues dans l étude, quels sont les départements qui présentent les plus fréquentes occurrences dans le décile supérieur (surdensité), et dans le décile inférieur (sous-densité). Sur densités et sous densités des TPE du bâtiment en 2002 Artisanat du bâtiment Surdensités : 8-10 occurences 2-4 occurences Sous-densités : 8-10 occurences 5-7 occurences 2-4 occurences Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 47
L opposition entre le Nord et les grandes agglomérations, moins denses, et le Sud avait été notée par P. Bachelard il y a trente ans dans ces termes : «Dans la moitié nord de la France et dans les grandes métropoles telles que Lyon et Marseille, les grandes entreprises et leurs filiales se sont développées à une telle échelle qu elles ont réduit notablement le champ d action de l artisanat». La carte de 2002 confirme aussi que «la bordure sud du Massif Central détient des records en nombre d entreprises par rapport à une population dont les revenus sont relativement modestes. multitude de petites entreprises dont la productivité est faible». C est effectivement dans les départements comme le Cantal, l Ariège, la Haute- Corse que l on atteint des pourcentages d entreprises du bâtiment au régime micro-fiscal les plus élevés, de l ordre de 15 à 20 %. L Est de la région PACA et la Corse sont aussi des zones de forte concentration d artisans du bâtiment qui s est renforcée depuis les observations réalisées par P. Bachelard. Les maçons y sont particulièrement nombreux. P. Bachelard expliquait la forte présence des maçons dans le sud de la France par une plus faible pénétration de la construction industrialisée. «Dans tout le midi, les traditions donnent une place plus grande au maçon dans l aménagement intérieur de la maison». La carte de la démographie des entreprises est nuancée par celle du poids économique mesuré par la valeur ajoutée. C est dans le bâtiment que le facteur modifie le plus la répartition géographique des densités : les départements des Alpes du Nord et de la Vendée se détachent nettement. Apparaissent aussi la Bretagne et l Est de la région parisienne. A l inverse, dans le midi méditerranéen, des départements confirment par le poids économique leur faible démographie (Bouches-du-Rhône) ou mixent des activités fortes et faibles (par ex. menuiserie bois, plâtrerie, couverture) en Corse et Alpes Maritimes. Alpes du Nord, Grand Ouest, Est de la région parisienne sont donc caractérisés par des entreprises plus structurées, faiblement concurrencées par les grandes entreprises dans les deux premiers cas, et portées par le dynamisme de ces marchés d habitat principal et secondaire. L autre phénomène notable est le quasi-effacement du Massif Central des fortes densités, pour les raisons exposées précédemment. Valeur ajoutée des TPE du Bâtiment : sur-densités et sous-densités La valeur ajoutée des TPE du BTP Surdensités : 7 à 9 4 à 6 2 et 3 Sous-densités : 7 à 10 4 à 6 Données INSEE FICUS DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 48
La prise en compte de la population saisonnière atténue bien sûr les fortes polarisations sans les bousculer : au regard de la population moyenne, la Haute-Savoie et la Vendée sont les départements qui apparaissent le plus souvent dans les activités à forte valeur ajoutée. Les observations précédentes globalisent les 16 activités du bâtiment retenues qui tendent à s inscrire de manière homogène sur le territoire. Cependant, deux activités présentent une géographie particulière marquée par des écarts de densité très élevés, la charpente et la couverture. Ces activités, qui sont souvent ailleurs associées à d autres corps d état, menuiserie dans le premier cas, plomberie dans le second, s affirment dans certains territoires en fonction des traditions de construction. Le métier de charpentier est caractéristique des Alpes du Nord et du Sud-ouest ; le métier de couvreur s impose en Normandie, en Bretagne et dans le Sud-ouest du Massif Central, régions de toits d ardoise qui imposent une technicité confirmée. Sur-densités des couvreurs, des charpentiers et des menuisiers en 2002 Zones de surdensité des couvreurs et charpentiers Menuiserie bois et métal Couvreurs Charpentiers Surdensités : Menuiserie bois Menuiserie métallique Données INSEE Sirene DCASPL A1 D autres activités ont une géographie moins contrastée tout en présentant des spécificités régionales. Ainsi, la menuiserie bois continue de s imposer dans le Massif Central et les Alpes du Nord, alors que la menuiserie métallique domine sur la façade méditerranéenne. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 49
Les amorces d analyse explicative avancées jusqu ici mettent en avant des caractéristiques de la demande locale ou des rapports de concurrence différents entre TPE et grandes entreprises pour expliquer les différentiels de densité artisanale. Le secteur du bâtiment étant particulièrement sensible à l évolution démographique, on pourrait penser que les sur-densités ne font qu accompagner les déplacements de population. La vérification a été recherchée par les auteurs de l Atlas de France 23 par la mise en rapport du nombre d artisans et du dynamisme démographique. Le constat est qu ils ne sont que médiocrement liés. Sur-concentration et sous-concentration des artisans du BTP en 1990 en fonction du solde migratoire 1975-1990 Artisans du BTP en 1990 fonction du solde migratoire 1975-1990 surconcentration forte surconcentration faible sous-concentration forte sous-concentration faible Source : Atlas de France Documentation Française La sur-concentration d artisans sur les côtes et en région lyonnaise, au-delà d une croissance démographique généralement forte, s oppose à une sous-concentration en zones de démographie forte (région parisienne, Alsace) ou faible (Nord, Est) semblant indiquer que les régions de tradition artisanale ont tendance à se renforcer au-delà du seul mouvement démographique, et inversement. D autres facteurs que le volume de la demande expliquent donc la croissance du nombre d artisans. 23 «Atlas de France services et commerce», Reclus, Documentation Française, 1999 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 50
2.1.3 L artisanat de fabrication Artisanat Production APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Fabrication de vêtements de dessus pour femmes 182E 4 852 11,4% 7 534 595 3,0 Bijouterie, joaillerie, orfèvrerie 362C 2 681 2,8% 1 136 376 2,0 Mécanique générale 285D 8 335-6,9% 3 205 1 175 1,6 Fabrication de meubles meublants 361G 7 477-22,7% 2 254 721 1,5 Chaudronnerie-tuyauterie 283C 4 810 4,0% 2 840 704 1,2 Fabrication d'appareils médicochirurgicaux 331B 7 131 2,7% 2 468 935 1,1 Autres activités graphiques 222J 4 672 22,7% 3 591 343 1,1 Industries connexes de l'ameublement 361K 6 679 53,5% 3 746 623 0,8 Autre imprimerie (labeur) 222C 6 790-18,3% 2 733 1 040 0,8 Moyenne 1,4 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 L artisanat de production délimite des zones spécifiques héritières d une protoindustrialisation dont les effets se sont effacés dans d autres régions. Dans ces zones se sont réalisées durablement les conditions de passage à l industrie dont la transition suppose la création d ateliers pour tirer les avantages de productivité des inventions mécaniques, des réserves de capital suffisantes, une expérience du négoce, une main-d œuvre d artisans qualifiés. De l Auvergne et du Limousin à la Haute-Savoie, à l Ain et au Jura, subsistent ainsi à la fin des années 70 un artisanat vivace de transformation du bois et des métaux, et même un artisanat du textile dans le Centre et le Sud Ouest. A cette époque, P. Bachelard constate que «cet artisanat traditionnel disparaît progressivement» et tente de discerner dans quelle mesure la sous-traitance serait à même de lui donner un second souffle. Son pronostic est pessimiste, car «la concurrence des entreprises plus importantes et la nécessité du renouvellement et de l amortissement du matériel sont ressenties avec une acuité plus forte. L évolution rapide des techniques laisse en fait bien peu de place pour l artisan qui travaille pour l industrie». Trente ans plus tard, on observe qu il reste des traces significatives de l artisanat des métaux au Nord de Rhône-Alpes, en Franche Comté et dans la vallée de la Seine, et un artisanat de meuble typique du sud du Massif Central. Surtout, apparaissent des phénomènes nouveaux. L artisanat de l habillement, jadis dispersé sur le territoire avec les couturières et tailleurs, se concentre désormais à Paris et dans la région parisienne (à un moindre degré à Nice et Marseille) et se recentre sur la fabrication de vêtements de courte série non délocalisée. Il est investi massivement par des populations différentes, d immigration récente organisée en filières professionnelles et communautaires. C est une illustration de l ethnic business qui caractérise de plus en plus les polarisations urbaines occidentales. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 51
A l inverse pourrait-on dire, on voit émerger un pôle régional de la fabrication de menuiseries et charpentes autour du massif forestier aquitain. La dissociation fabrication/pose, amorcée depuis la fin des années 60, a ainsi produit un phénomène de polarisation nouveau de la fabrication proche de la ressource forestière, de type filière bois régionale où l artisanat trouve sa place. Sur-densités de certaines activités de l artisanat de production en 2002 Artisanat de fabrication Vêtements féminins Charpentes menuiseries Mécaniques Chaudronneries Meubles Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 52
2.1.4 Artisanat de services et de réparation Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Artisanat Service et Réparation APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Transport de voyageurs par taxis 602E 26 667 2,6% 9 294 1 889 1,9 Réparation d'appareils électroménagers 527D 2 442-7,0% 1 366 292 1,2 Soins de beauté 930E 10 716 29,7% 6 611 1 932 1,2 Ambulances 851J 4 296-12,3% 838 1 311 1,1 Réparation de matériel électronique grand public 527C 3 254-14,2% 1 547 280 1,1 Réparation d'articles personnels et domestiques n.c.a. 527H 5 444 53,0% 4 256 798 0,9 Blanchisserie - teinturerie de détail 930B 9 879-16,8% 2 858 3 455 0,9 Réparation de chaussures et d'articles en cuir 527A 3 836-29,7% 822 956 0,7 Coiffure 930D 57 112 8,2% 16 118 12 021 0,5 Moyenne 1,0 L ensemble de l artisanat de services et de réparation n obéit pas à une logique de localisation homogène. Il contient des activités à localisation très spécifique comme les taxis et d autres qui sont au contraire largement réparties sur le territoire comme la coiffure. Les artisans taxi sont massivement localisés en région parisienne qui regroupe 42 % de l activité. Seuls les départements des Alpes-Maritimes et des Bouches-du-Rhône apparaissent dans le décile supérieur. A l inverse, les ambulances sont plus nombreuses en milieu rural, et particulièrement dans le Massif Central. Les activités de réparation sont très dispersées selon les spécialités, mais plutôt présentes dans la moitié sud de la France, sauf les cordonniers fortement présents aussi à Paris et Hauts-de-Seine, de même d ailleurs que les blanchisseries teintureries. Il est intéressant de comparer des salons de coiffure en 2002 et en 1980, dans la mesure où P. Bachelard consacre un long développement à cette activité. Il note en 1980 «une implantation urbaine très marquée», notamment dans de grandes villes du sud comme Bordeaux et Nice, et à «Paris qui jouit du prestige de la capitale pour la mode». Il constate aussi des tendances régionales marquées «le Sud-ouest possédant beaucoup plus de salons que la partie Nord». En 2002, le phénomène de surdensité des salons de coiffures dans le Sud-ouest reste marqué, mais il semble s être replié sur les départements les plus ruraux du Massif Central et de la vallée de la Garonne. Paris non seulement n apparaît pas parmi les départements les plus denses, mais est au contraire renvoyé dans le décile inférieur. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 53
Sur-densités artisanat de services en 2002 Artisanat de services Taxi Ambulances Coiffeur Soins de beauté Blanchisserie Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 54
2.1.5 Vue d ensemble de l évolution des densités artisanales L étude de Paul Bachelard permet une mise en perspective globale de l évolution des densités artisanales sur une période de plus de 20 ans ; ses observations calées sur le recensement de la population de 1975 et le Répertoire des métiers de 1980 montrent alors une forte amplitude de variations de densité départementale qui varie de plus du simple au double. «Globalement, la France du Sud correspond à une zone de densités supérieures à la moyenne. Le Lot détient le record avec 270 entreprises pour 10.000 habitants, un groupe d une dizaine de départements présentant un ratio supérieur à 200». Des Alpes au Jura s étend aussi une zone de forte densité séparée du Massif Central par un espace de plus faible densité couvrant la vallée de la Saône et du Rhône. L axe Le Havre Belfort sépare au Nord Nord Est une zone de faible densité, particulièrement accusée en Lorraine, dans le Bassin parisien et le Nord Pas-de-Calais, la vallée de la Seine. Paul Bachelard distingue finalement trois espaces régionaux, le Nord et le Sud étant séparés par une zone intermédiaire couvrant les Pays de Loire, le sud du Bassin parisien, la Bourgogne et la vallée du Rhône. Densité des entreprises artisanales en 1980 et en 2002 Densité de l'artisanat en 1980 Nombre d'entreprises pour 10 000 hab +190 171-190 151-170 131-150 130 et moins Densité de l'artisanat en 2002 Nombre d'entreprises pour 10 000 hab +190 171-190 151-170 131-150 130 et moins Source : d'aprèsbachelard 1982) Source : DCASPL -Sirene En 2002, la même carte de la densité des entreprises artisanales démontre à la fois des constantes et des déplacements des sur-densités et sous-densités. Entre temps, les grandeurs comparées et leur contenu ont évolué. La population a cru de 10 % pendant que le nombre d artisans a aussi légèrement augmenté. La répartition des métiers s est modifiée au bénéfice des services et, surtout, par mutation interne aux grands secteurs (exemple de la boulangerie/pâtisserie/terminaux de cuisson ; baisse du gros œuvre au bénéfice du second œuvre dans le bâtiment ). Même si tout a bougé, l allure générale de la carte présente les mêmes polarisations dans le Massif Central et les Alpes. Par contre, s est accentuée la forte densité artisanale de Corse et Alpes Maritimes. L axe Le Havre Belfort apparaît avec moins de netteté. Les densités moyennement élevées allant de Bretagne jusqu au Centre se sont atténuées. La Vendée a quitté la catégorie des densités les plus élevées. Il semble que, dans ces régions, se confirme ainsi ce qui était observé dans le rapport démographie/valeur ajoutée des entreprises artisanales du bâtiment : des entreprises qui ont gagné en structuration dans un espace moins concurrencé par les grandes entreprises. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 55
2.2 Chapitre 2 : Services aux particuliers et commerce de détail Les services aux particuliers et le commerce de détail sont caractérisés par l homogénéité de leur marché constitué par les ménages. La notion de TPE est dominante dans la structure d offre des services, alors qu elle est minoritaire dans celle du commerce de détail. L exposition sectorielle est introduite par les services de santé. D une part, elle rassemble parmi les effectifs les plus nombreux de TPE, d autre part, elle peut être analysée de manière plus approfondie que les autres groupes d activités grâce à l appareil mis en place par l observatoire national des professions de santé. On a choisi de distinguer ensuite l ensemble cohérent des activités liées à l automobile, des tabacs et débits de boissons qui avaient fait l objet d une monographie antérieure. Parmi les autres services aux particuliers, la focalisation a été portée sur les activités liées au tourisme. La géographie du commerce de détail peut s appuyer sur l étude de Michel Coquery, déjà citée, pour une analyse en profondeur historique et sur les travaux du Comité «géographie» du Comité national géographique du CNRS, notamment pour apprécier l évolution du petit commerce dans la modernisation de la distribution. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 56
2.2.1 Les services de santé Services Santé APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Laboratoires d'analyses médicales 851K 3 173-10,3% 710 355 1,5 Soins hors d'un cadre réglementé 851H 3 170 347,7% 2 279 29 1,3 Activités des auxiliaires médicaux 851G 113 462 35,4% 50 919 1 641 1,1 Pratique dentaire 851E 34 762 6,3% 6 778 863 0,7 Pratique médicale 851C 113 417 13,3% 27 949 2 062 0,5 Commerce de détail de produits pharmaceutiques 523A 22 906 1,2% 799 6 229 0,4 Moyenne 0,9 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Les services de santé regroupent certaines des activités qui, comme les pharmaciens et les médecins, se présentent parmi celles qui sont le plus harmonieusement réparties sur le territoire. Pourtant, le souci d égalité dans l accès aux soins amène à une attention particulière sur les différentiels de densité, d où l appareil d observation permanente mis en place par l Etat sur les services de santé. Sur-densités et sous-densités des professions de santé en 2002 Professions de santé Surdensités : Médecins Dentistes Laboratoires Auxiliaires médicaux Professions non réglementées Pharmaciens Sousdensités : Médecins Dentistes Laboratoires Auxiliaires médicaux Professions non réglementées Pharmaciens Données INSEE Sirene DCASPL A1 L opposition Nord-Sud est nette avec un effet cumulatif des sur et sous densités de médecins, dentistes, laboratoires d analyses médicales et auxiliaires médicaux. Les professions de santé non réglementées présentent la particularité d une forte densité dans les massifs alpin et pyrénéen, lieux d ancrage de la médecine rurale traditionnelle. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 57
Le cas des pharmaciens s inscrit aussi dans l opposition Nord-Sud, mais avec des spécificités. Les plus fortes densités sont présentes dans les départements ruraux du Massif Central et en Corse Alpes Maritimes. Par l étude de Michel Coquery, on dispose d un point de comparaison avec le nombre de pharmacies Densité des pharmacies en 1967 Nombre de pharmacies pour 10 000 hab 4 et plus 3.5 à 4 moyenne 3.2 - de 2.3 pour 10.000 habitants en 1967 (recensement de la distribution). Des constantes apparaissent : sous-densité en Alsace-Moselle (mais moins marquée qu en 1967), surdensité dans les Alpes Maritimes ; mais aussi des évolutions : la surdensité massive du Sud-ouest s est diluée aux franges du Massif Central ; Paris est passé de la surdensité à la sous-densité ; la Corse s est densifiée. La tendance générale est celle d un affaiblissement des spécificités régionales. Source : Michel Coquery Le cas des services de santé présente un intérêt d analyse particulier parce que c est le seul secteur qui fasse l objet d investigations systématiques sur l objet qui nous intéresse. La préoccupation croissante de régulation des dépenses de santé a conduit la puissance publique à mettre en place une observation de l offre de soins parallèlement à la politique de contrôle direct ou modéré et de l accès aux professions concernées. L Observatoire national de la démographie des professions de santé publie un rapport annuel qui, après une phase d élaboration de constats, commence à entrer dans l explication des différentiels de densité de ces professions sur le territoire. Outre l intérêt pour le sujet concerné, on peut sans doute étendre certaines des explications à d autres secteurs d activité. Un colloque du Centre de sociologie et démographie médicale de 2003 24 permet de faire un état des connaissances à ce sujet. Il concerne les professions de médecin généraliste et spécialiste. Le principe de régulation limitée de l offre est ainsi posé : «La régulation de la démographie médicale s effectue essentiellement par le contrôle des flux d entrée en formation. Le numerus clausus associé au concours de fin de première année de médecine permet de limiter le nombre de futurs médecins, tandis que le concours de l internat en fin de sixième année permet de réguler le nombre de généralistes et de spécialistes. Ce concours est fixé par Université et donc par région, mais cela ne conduit pas forcément à une répartition maîtrisée des médecins sur le territoire. En effet, il n y a pas de restriction à l installation dans le secteur libéral». Il y a bien eu un effet de rapprochement de densité, dont le coefficient de variation régionale est passé de 25 % à 19 % entre 1985 et 2000, bien que la mobilité se soit développée pendant la même période. En 1987, 90 % des médecins exerçant dans leur région de diplôme ; en 2002, moins de 80 %. 24 «Les ressources humaines du système de santé : perspectives locales et régionales», 2003 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 58
La densité médicale va de 424 pour 100.000 habitants en Ile de France à 251 en Picardie, PACA étant en seconde position avec 410 médecins. Notons qu il s agit des médecins salariés et libéraux (70 % de l effectif). Selon les espaces, la répartition salariés/libéraux est très variable. Par exemple, en Seine Saint Denis, 90 % des médecins sont salariés. Le rapport annuel 2004 de l Observatoire national de la démographie des professions de santé 25 confirme que les disparités ont diminué de 1985 à 1995 puis se sont stabilisées. Pour les infirmiers, elles vont de 951 en PACA à 520 en région Centre (elles ont tendance à s accroître) ; pour les pharmaciens, elles sont naturellement plus faibles de + 26,6 % par rapport à la moyenne en Limousin à 15,6 % en Lorraine. Notre étude permet de préciser ces observations en les départementalisant. S interrogeant sur les causes de ces disparités, le rapport note qu elles ne sont pas corrélées avec les besoins : «Les différences de densité régionale qui apparaissent pour toutes les professions de santé ne correspondent pas à des caractéristiques propres aux populations concernées, que ce soit en matière d âge, d état de santé ou de risques divers qu elles pourraient présenter». Concernant les médecins généralistes, Il est observé que «le lien entre les niveaux d activité et la densité n est pas systématique : faible densité et forte activité ne vont pas toujours de pair», confirmant en ceci l insuffisance d une explication où le volume d activité compenserait la démographie de la profession. Le colloque précité n est pas plus explicite sur les causes des différentiels de densité observés, renvoyant simplement à «la tendance qu a chaque individu à migrer vers le soleil. L héliotropisme s applique évidemment aux professions médicales». L analyse détaillée de 5 professions contenue dans le rapport de 2004 26, qui porte sur les niveaux régional et cantonal, confirme bien sûr l allure générale de notre cartographie départementale pour les médecins, dentistes et infirmiers libéraux. Pour les pharmacies, le rapport note que «l existence d une réglementation à l implantation des officines explique la moindre dispersion des densités régionales La répartition présente des disparités souvent héritées du passé», les plus faibles densités se rencontrant en Alsace et Lorraine. Le rapport détaillé fournit un certain nombre d hypothèses d explications aux différentiels de densité : La féminisation des professionnels de santé, «leur temps de travail étant généralement moins étendu». Ce critère concerne essentiellement les professions médicales. Disposant du critère de sexe des chefs d entreprises individuelles, nous avons testé cette hypothèse partiellement vérifiée dans des départements du sud où le pourcentage de femmes médecins est effectivement supérieur à la moyenne nationale, mais invalidée dans la région parisienne de faible densité médicale où la proportion de femmes est aussi plus élevée. L existence d une offre de soins complémentaire locale par des professionnels exerçant comme salariés. En Alsace Lorraine et dans le Nord Pas-de-Calais, l héritage du système minier et, plus généralement mutualiste, «contribue à améliorer la densité de l offre». Cette observation est d autant plus intéressante qu elle rejoint l hypothèse du complément/substitution de l offre coopérative dans le commerce de détail qui concerne les mêmes régions. Il existe des régions dont la tradition mutualiste et coopérative marque durablement la structure d offre de services. 25 Synthèse générale, 2004 26 «Démographie régionale de 5 professions de santé de premier recours», rapport 2004 de l ONDPS. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 59
Dans d autres régions, on peut repérer d autres offreurs de soins : en Ile de France, «l offre hospitalière, l offre assurée par les centres de santé et de PMI, les médecins à mode d exercice particulier, sont introduits pour éclairer et relativiser la faiblesse des densités en généralistes», ce qui explique que l Ile de France ait le plus fort taux de médecins inscrits à l ordre et l un des plus faibles taux de médecins libéraux ; de même, en Picardie, «des corrections sont effectuées en tenant compte des structures de soins installées localement». Cette question des offres alternatives comme explication des plus faibles densités est bien sûr importante pour toutes les activités. Elle est à peine ébauchée ici et l on mesure les difficultés de méthode d une vérification statistique. La variation de la demande tenant tant à l âge, au niveau de revenus qui à la variation saisonnière. Ces facteurs sont évoqués sans développement faute de données de corrélation exploitée. D autres facteurs spécifiques au cadre cantonal de l étude concernant les variations au niveau micro-local sont exposés. Le rapport général revient cependant sur l idée que «les différences de densité ne peuvent être justifiées par les différences entre les populations visées», que «l héliotropisme des professions de santé se retrouve presque identiquement pour les cinq professions retenues» et que les écarts de densité ont peu varié entre 2000 et 2004, contrairement à la période antérieure. On retire donc de cette synthèse rapide quelques explications ou hypothèses transférables à d autres activités, ainsi que l idée que les explications mécanistes par l offre ou la demande sont insuffisantes pour rendre compte des différentiels Nord/Sud. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 60
2.2.2 Activités liées à l automobile Commerce Réparation Automobile APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Commerce de détail de carburants 505Z 5 308-33,4% 530 3 821 1,3 Commerce de détail d'équipements automobiles 503B 3 266 10,4% 1 990 527 1,1 Entretien et réparation de véhicules automobiles 502Z 32 440 6,9% 12 420 7 886 1,0 Commerce de véhicules automobiles 501Z 25 805-8,8% 13 057 4 645 0,8 Commerce et réparation de motocycles 504Z 4 514 4,8% 2 034 847 0,8 Contrôle technique automobile 743A 3 381 32,4% 1 357 401 0,7 Moyenne 0,9 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 La plupart de ces activités présentent un faible différentiel de densité sur le territoire, mais avec des polarisations homogènes qui opposent globalement le Nord et le Sud de la France. Déciles supérieur et inférieur des activités liées à l automobile Données INSEE Sirene DCASPL A1 Plus précisément, on distingue les plus fortes polarisations de services automobiles dans un axe allant du sud-ouest au sud du Massif Central et au sud des Alpes. C est l axe de résistance générale des professions d origine artisanale, qui essaime dans un nouveau métier comme le contrôle technique. Par contre, l activité de vente de pièces, beaucoup plus inégalement répartie sur le territoire, se concentre plutôt sur la façade méditerranéenne et la Corse. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 61
Les zones de sous-densité présentent une configuration en trois pôles : les frontières belge et allemande sont à la fois des espaces de faible densité historique de l artisanat et du commerce, sans doute renforcée par les effets de concentration par la concurrence frontalière. Paris est vidé de ses services automobiles et la région parisienne présente une structure d offre défavorable aux TPE, au bénéfice des concessions et réseaux spécialisés. L Ouest apparaît aussi plus curieusement en sous-densité. L hypothèse est que, dans ces espaces moyennement peuplés et à circulation aisée, la concentration de l offre a été facilitée. Mais le cas illustre aussi plus globalement un processus de modernisation des TPE dans l Ouest favorable à des entreprises moins nombreuses et plus structurées. Il est cependant à noter que l indicateur de la valeur ajoutée laisse à l écart ces départements de l Ouest (indiquant par là qu on a affaire à des entreprises dépassant souvent la taille de la TPE), et tend à diluer les plus fortes densités dans la moitié Sud. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 62
2.2.3 Les tabacs et débits de boisson Tabac et Débit de Boisson APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Commerce de détail de tabac 522L 4 508 6,1% 281 2 189 3,0 Cafés tabacs 554A 10 140-0,8% 285 6 046 1,8 Débits de boissons 554B 30 341-21,7% 3 463 22 239 1,7 2,2 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Sur-densités et sous-densités des tabacs et débits de boissons Tabacs et débits de boissons Surdensités : Tabac Cafés tabacs Débits boissons Sous-densités : Tabac Cafés tabacs Débits boissons Données INSEE Sirene DCASPL A1 La carte des tabacs et débits de boisson est intéressante à plus d un titre. Elle montre les effets de spécialisation régionale qui font par exemple qu en Alsace Moselle, les tabacs dominent, alors qu en Nord-Picardie ce sont plutôt les cafés-tabacs. C est par ailleurs un des seuls ensembles d activités où de la Picardie à l Alsace et en Bretagne se présentent de fortes densités, concurremment à certains départements du Sud. Une étude monographique 27 a été réalisée sur les activités 554 A et B dont on a tiré les enseignements suivants. L ensemble des indicateurs donne le plus haut classement à des départements de la Corse et PACA, et de Bretagne. C est là que les cafés sont les plus nombreux, se renouvellent le plus rapidement, occupent le plus de salariés et font les chiffres d affaires les plus importants. On note cependant la particularité des départements du Massif Central, nombreux mais à petits chiffres d affaires, l apparition de Paris parmi les taux d emplois salariés les plus 27 Cf. deuxième rapport intermédiaire Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 63
importants, et la Somme, dans les forts chiffres d affaires, qui fait partie d un ensemble Nord/Picardie qui se classe juste au-dessous de PACA et Bretagne pour l ensemble des indicateurs. Le nombre d entreprises pour 10.000 habitants diminue dans tous les départements sauf les Hautes-Alpes et Alpes-de-Haute-Provence. Il diminue même dans les départements à plus faible densité de la région Ile-de-France où la densité est pourtant cinq fois plus faible que dans les dix premiers départements. Il faut noter aussi une densité particulièrement basse en Alsace, Franche-Comté et en Haute-Garonne. Les densités extrêmes sont en 2002 la Haute- Corse (23,59) et l Essonne (1,99). Un trait distinctif mérite aussi d être souligné : le pourcentage de cafés tenus par des femmes est nettement plus important en Bretagne, Alsace-Lorraine et Centre de la France (+ de 50 %) que dans un axe qui va de la façade méditerranéenne à la vallée de la Garonne ainsi que dans le Bassin parisien (- de 40 %). On est tenté d expliquer les fortes variations de densité régionale des cafés par les pratiques de consommation d alcool. Depuis que l INSEE a abandonné la régionalisation des enquêtes consommation, on ne dispose pas d un indicateur direct. Le seul disponible, utilisé pour les enquêtes d épidémiologie du Ministère de la santé est celui des décès par cirrhose du foie. Pour un taux national de 12,9 décès pour 100.000 habitants en 2002, le Pas-de-Calais, le Nord, l Aisne et la Meuse arrivent en tête avec un taux de plus de 20, suivis par les départements bretons entre 16 et 19. Ce sont effectivement des régions où les cafés sont particulièrement nombreux. Par contre, la Corse a un taux de décès par cirrhose bas, autour de 8, la Cantal est au plus bas à 7 et la Lozère à 11. Le café est donc tout autant, sinon plus, lié à un type de sociabilité qu à la consommation d alcool ; sociabilité du café tenu par les hommes dans le Sud, tenu par les femmes en Bretagne et dans l Est. Il est intéressant de comparer la densité des cafés avec celle des boulangeries, les uns et les autres constituant le socle du commerce de proximité notamment en milieu rural. Ils présentent des traits communs : fortes densités dans le Massif Central et les Alpes du Sud, faible densité dans l Est de la France, le différentiel étant accentué en milieu rural. Dans l Est cependant, la boulangerie rurale occupe encore des positions significatives alors que la présence des cafés en milieu rural semble s effacer. Au titre des différences, les cafés sont très présents sur la façade méditerranéenne, alors que ce sont plutôt les terminaux de cuisson qui densifient le maillage de l offre de services dans ces régions touristiques. Même chose en Bretagne mais de manière moins accentuée. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 64
2.2.4 Autres services aux particuliers Autres Services aux Particuliers APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Exploitation de terrains de camping 552C 4 595 12,7% 1 024 1 563 8,0 Autre hébergement touristique 552E 5 747 236,5% 3 813 511 3,4 Autres activités sportives 926C 21 006 99,6% 15 771 483 3,3 Administration d'immeubles résidentiels 703C 4 094 1,6% 1 220 177 2,8 Hôtels de tourisme sans restaurant 551C 6 278 28,1% 1 901 1 702 2,3 Location d'autres biens personnels et domestiques 714B 5 668 52,1% 4 958 899 2,2 Hôtels avec restaurant 551A 22 521-22,5% 2 657 11 915 2,0 Restauration de type rapide 553B 22 951 201,9% 21 305 15 329 1,9 Agences de voyage 633Z 3 823 28,4% 2 519 241 1,7 Manèges forains et parcs d'attractions 923F 3 334 11,7% 1 721 153 1,6 Agences immobilières 703A 37 065 1,0% 26 830 1 844 1,6 Bals et discothèques 923H 4 093-19,6% 1 755 2 210 1,3 Studios et autres activités photographiques 748A 7 018-0,1% 4 159 1 023 1,0 Restauration de type traditionnel 553A 86 031-2,8% 21 198 57 841 0,8 Autres services personnels 930N 13 191 20,3% 12 776 1 076 0,7 Ecoles de conduite 804A 9 551-2,3% 3 499 2 138 0,4 Moyenne 2,2 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Parmi les autres services aux particuliers, on distinguera, les activités directement liées au tourisme (552 C et E, 551 A et C, 553 A et B) pour constater d une part que les unes (camping, autres hébergements touristiques) sont extrêmement concentrées géographiquement, alors que d autres (restaurants) sont au contraire très dispersées sur le territoire. Cependant le cumul des unes et des autres dessine les densités les plus fortes dans les Alpes, la Côte d Azur, la Corse, le pourtour sud du Massif Central et Paris. La côte atlantique apparaît singulièrement absente des zones de forte densité, seule la Vendée apparaissant une seule fois dans le décile supérieur des terrains de camping. Occurrences des plus fortes densités des activités liées au tourisme en 2002 Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 65
Il est intéressant de noter que la densité des agences de voyage correspond à celle des activités touristiques collant paradoxalement mieux aux zones d arrivée que de départ, à l exception du département des Bouches-du-Rhône. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 66
2.2.5 Le commerce de détail, son évolution sur une longue période Commerce de détail APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Commerce de détail de fruits et légumes 522A 4 964-20,6% 2 677 1 851 2,8 Commerces de détail alimentaires spécialisés divers 522P 5 156 0,2% 4 427 1 493 1,8 Commerce de détail de boissons 522J 4 103 10,7% 2 481 1 030 1,8 Commerce de détail de pain, pâtisserie et confiserie 522G 3 116 4,5% 2 755 1 577 1,7 Commerce de détail d'articles de sport et de loisir 524W 8 860-8,6% 4 249 1 860 1,7 Commerces de détail divers en magasin spécialisé 524Z 25 832 29,9% 22 136 4 807 1,2 Commerce d'alimentation générale 521B 18 819-29,6% 6 609 10 217 1,1 Commerce de détail alimentaire sur éventaires et mar 526D 20 241-7,6% 21 627 1 432 1,1 Commerce de détail de biens d'occasion 525Z 14 775 27,3% 9 173 1 484 1,1 Commerce de détail de quincaillerie 524N 6 250-29,5% 3 226 1 519 1,0 Commerce de détail non alimentaire sur éventaires et 526E 41 777 22,3% 48 738 1 004 1,0 Commerce de détail de la chaussure 524E 5 201-29,3% 1 539 1 289 1,0 Commerce de détail de livres, journaux et papeterie 524R 18 422-11,2% 3 380 9 920 0,9 Commerce de détail d'équipement du foyer 524J 5 884-2,9% 3 469 1 038 0,9 Commerce de détail de parfumerie et de produits de b 523E 3 796-30,1% 1 732 895 0,9 Commerce de détail de textiles 524A 4 324 2,4% 2 094 1 416 0,9 Commerce de détail d'habillement 524C 35 301-30,0% 14 372 8 704 0,9 Commerce de détail de meubles 524H 7 300-7,0% 3 895 972 0,8 Commerce de détail d'appareils électroménagers et de524l 10 729-18,7% 5 908 1 992 0,7 Commerce de détail d'optique et de photographie 524T 6 436 9,0% 1 635 1 433 0,7 Commerce de détail d'horlogerie et de bijouterie 524V 5 553-25,2% 976 1 256 0,7 Commerce de détail de fleurs 524X 14 393-6,3% 5 321 4 427 0,5 Moyenne 1,1 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Le commerce de détail fait partie des activités dont le différentiel de densité est relativement faible à part certaines activités alimentaires spécialisées et le commerce des articles de sport. Mais il est remarquable que ces plus forts différentiels ne font que confirmer la place prééminente des départements du sud-est de la France, les mêmes départements arrivant systématiquement en tête pour toutes les activités de commerce de détail, à part les articles de sport où Savoie et Haute-Savoie présentent les densités les plus élevées. Commerce de détail Surdensités : 10-19 occurences 5-9 occurences Sous-densités : 7-12 occurences 4-6 occurences Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 67
La correction des densités démographiques par la valeur ajoutée souligne plusieurs phénomènes : Paris s impose au premier rang des valeurs ajoutées dans 17 des 25 activités de commerce de détail, ou sinon dans le décile supérieur. Il n y a guère que dans la poissonnerie et les articles de sport que le commerce parisien est absent des plus fortes valeurs ajoutées. Les Alpes du Sud et la Corse voient se confirmer leur place distinctive, étendue aux Alpes du Nord. Les départements des façades maritimes apparaissent fréquemment parmi les plus fortes valeurs ajoutées, compensant la position démographique prééminente du sud du Massif Central qui affiche des densités de valeur ajoutée comparable. Ainsi, l ensemble des départements les plus touristiques émergent-ils selon ce critère, dénotant l importance de la population non résidente pour la formation de la valeur ajoutée commerciale. Le commerce de détail est, avec l artisanat, le seul secteur pour lequel on dispose d études ancienne permettant une perspective longue sur la densité des TPE, et de fonder à partir de là une réflexion sur son évolution. L étude de Michel Coquery est basée sur l étude des recensements de la population de 1962 et 1968, au moment où s amorce la mutation du commerce de détail et avant la planification de l urbanisme commercial. A la fin des années 60, le commerce de détail est encore fortement marqué par la petite entreprise familiale : 40 % des actifs sont des indépendants non salariés (ils étaient 55 % en 1954). Leur recul est amorcé dans l alimentaire, «comme si le commerce de détail alimentaire, par la chute de ses effectifs non salariés, accusait seul et le premier une crise de la petite entreprise familiale qui ne se manifesterait qu ensuite dans le commerce non alimentaire». La distribution des petits commerçants sur le territoire indique une forte représentation dans le Midi Méditerranéen, mais aussi le Massif Central, le Sud du bassin parisien, dans l Ouest et le Nord Ouest. «Seules en définitive la région parisienne et la France de l Est s individualisent nettement par des valeurs de l indice très inférieures à la moyenne». Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 68
La carte ci-dessous indique les seules valeurs maxima et minima. Part des petits commerçants dans la population active en 1968 Part des petits commerçants dans la population active en 1968 7.5 % et plus 6.5 à 7.5 % 6 à 6.5 % 4 à 4.5 % 3.5 à 4 % Source : Michel Coquery Etudiant plus largement petits et gros commerçants, Michel Coquery dégage des profils régionaux : La région méditerranéenne où «gros et petits commerçants représentent une fraction de la population active plus importante que partout ailleurs en France et qui tend encore à se renforcer» (comparaison 1962-1968). La France de l Est «dont la caractéristique majeure semble tenir à la faible part qui revient aux gros et aussi aux petits commerçants. L Alsace, la Lorraine, la Franche- Comté, la Champagne, une partie de la Bourgogne et de la Picardie sont impliquées». Le Nord avec «un poids relativement important des petits commerçants». L Ouest avec une spécificité de forte féminité de l emploi, «alors que le Sud-Ouest présente une féminité de l emploi inférieure aux moyennes et, plus généralement, une faible importance des actifs du commerce». La région parisienne, «sans caractéristique forte, tiraillée entre les modèles périphériques». En 2002, on retrouve certains traits observés 35 ans auparavant : prééminence des densités des Alpes-Maritimes et de la Corse, de la façade méditerranéenne en général et des Alpes du Sud ; sous-densité de l Est de la France et du bassin parisien. Mais des évolutions sont aussi sensibles : c est l ensemble du Nord/Nord-est de la France qui apparaît en sous- Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 69
densité commerciale. Les petits commerçants du Nord (commerce féminin complémentaire des activités de la mine selon M. Coquery) marquent aujourd hui une zone de dépression, alors que, au contraire, Paris se distingue par une forte densité de petits commerçants. D une manière générale, il semble que, par delà une opposition Nord/Sud plus affirmée, les densités moyennes de TPE commerciales tendent à se rapprocher, surtout si l on prend en considération les variations dues à la population non résidente. En tous cas, c est ce que nous avons mesuré pour la période 1994/2002. Un colloque tenu en 1989 par la Commission géographie du Comité national de géographie 28 permet d apporter une explication à ce phénomène. On en retiendra les conclusions suivantes issues des diverses contributions. «En 1974, des différences considérables d équipement existaient parmi les agglomérations, moins en fonction des caractéristiques du marché que de la résistance des forces sociopolitiques et commerciales locales». Etudiant 27 agglomérations en 1974, R. Péron distingue par exemple 10 agglomérations protégées caractérisées par «un commerce indépendant, économiquement, socialement, politiquement influent, un capital commercial bien modernisé mais toujours très peu concentré ayant conservé un profil familial, s appuyant sur des maires à très forte insertion locale dont l orientation centriste prédominait largement». Entre temps, la Loi Royer a fragilisé ces résistances locales par les possibilités de recours national. R. Péron a calculé que si on totalise toutes les formes de commerce multiple : hypermarchés, supermarchés, magasins populaires et grands magasins, on constate une quasi homogénéisation du fait grande surface sur l ensemble du territoire avec une moyenne de 208 m2 par habitant, trois quart du département ayant un écart de moins de 20 % à la moyenne nationale». D autre part, il y a eu une retombée des réactions des petits commerçants au début des années 80 qui n a pu qu encourager les autorités centrales à inverser les décisions négatives des commissions départementales d urbanisme commercial. Une explication, outre la diminution en nombre et en force du groupe de pression des petits commerçants, est que la loi a donné, dans un premier temps, la possibilité aux indépendants de s organiser notamment en coopératives et d autres formes de réseaux, mais aussi dans le cadre de centres commerciaux. «La confrontation pendant les années 74-78 se faisait entre commerçants indépendants et grandes surfaces. L émergence au sein des bourgeoisies locales d une fraction dynamique de moyens commerçants conquérants a permis d imaginer des opérations commerciales nouvelles sous la forme de centres commerciaux. Le monde des commerçants s est scindé en deux et l opposition aux grandes surfaces a perdu de son intensité. R.P. Desse peut conclure : «Les commissions parlent de moins en moins du petit commerce local notamment alimentaire, qui n existe plus». D autre part, les formes de modernisation du commerce indépendant sous forme de franchises ou de coopératives ont conduit à une homogénéisation du territoire parallèle ou complémentaire à celle de la grande distribution : ces réseaux sont organisés selon des zones de chalandise souvent exclusives qui tendent à mailler le territoire national en fonction du potentiel d achat et donc de la démographie. La tendance lourde de structuration de l offre laisse une place aux TPE commerciales, mais avec une autonomie locale de plus en plus restreinte. 28 «L application de la loi Royer 1974-1988», CNRS, 1989 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 70
2.3 Chapitre 3 : Commerce de gros et services aux entreprises Le commerce de gros et les services aux entreprises sont les secteurs généralement concentrés où l autonomie des TPE est faible. Leur densité sur le territoire est donc le plus souvent subordonnée à la densité de l ensemble de la branche. D autre part, ce sont les activités pour lesquelles on dispose des informations de géographie économique nationale les plus ténues. On a donc tenté de mettre en lumière les phénomènes les plus saillants en distinguant trois ensembles d activités : le commerce de gros ; le commerce et les services liés à l agriculture ; les autres services aux entreprises parmi lesquelles on a exploité les approfondissements de la monographie sur les services informatiques. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 71
2.3.1 Commerce de gros Commerce de Gros APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Cce gros de matériel électrique et électronique 516J 4 671 5,7% 3 583 173 3,6 Cce gros de fruits et légumes 513A 3 431-2,0% 1 634 369 3,4 Commerce de gros de boissons 513J 5 545-1,0% 2 925 553 2,7 Commerce de gros d'habillement 514C 7 193 26,2% 9 108 634 2,7 Autres cce gros de biens de consommation 514S 16 549 7,2% 15 272 897 2,3 Cce gros fournitures et équipements industriels div 516K 8 329 21,2% 5 437 392 2,1 Commerce de gros non spécialisé 517Z 5 123 256,0% 8 331 173 2,0 Cce gros de machines de bureau et de mat info 516G 8 184 4,9% 7 022 421 1,7 Cce gros de fournitures et équipements divers pour le 516L 3 626-12,8% 2 105 266 1,2 Cce gros de matériaux de construction et d'appareils s515f 5 953 2,3% 4 306 545 1,1 Moyenne 2,3 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Le commerce de gros rassemble des activités marquées généralement par une forte concentration économique et géographique : 3 % des entreprises réalisent 70 % du chiffre d affaires ; 50 % des effectifs salariés sont situés en région parisienne. D où un indicateur de densité très fermé, sauf pour le commerce de gros de matériaux de construction, au contraire très dispersé sur le territoire et qui a de plus en plus une double fonction de services aux entreprises et aux particuliers (bricolage). Sur-densités et sous-densités du commerce de gros en 2002 Commerce de gros Surdensités : 5-7 occurences 2-4 occurences Sous-densités : 5-6 occurences 2-4 occurences Données INSEE Sirene DCASPL A1 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 72
Deux régions présentent les plus fortes densités de TPE du commerce de gros : la région parisienne et le département du Rhône. Dans les activités suivantes, ils dominent systématiquement : habillement, informatique, matériel électrique, équipement industriel, biens de consommation industriels. Aux activités de gros industriel concentrées dans les deux principales métropoles économiques, s oppose le commerce de gros agroalimentaire et de matériaux de construction qui se concentre dans le midi méditerranéen et la vallée de la Garonne. Les sous-densités dessinent un vaste cercle à la périphérie du bassin parisien, de départements desservis par la puissante logistique de la région parisienne. Apparaissant aussi des départements du quart Sud-Est où le gros industriel est peu représenté. Si l Alsace est assez bien représentée dans le gros industriel, il est frappant que les départements industrialisés du Nord, Pas-de-Calais, Champagne et Lorraine ne suscitent pas un environnement de TPE dans le commerce de gros, la fonction de gros étant probablement souvent internalisée dans les branches d industrie ancienne basée sur de grandes entreprises. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 73
2.3.2 Commerce et services à l agriculture Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Commerces et Services à l'agriculture APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Location de matériel agricole 713A 6 973 31,2% 1 493 16 3,5 Commerce de gros d'animaux vivants 512E 3 081-24,1% 969 382 2,9 Réparation de matériel agricole 293C 3 328-6,3% 762 553 2,0 Commerce de gros de matériel agricole 516N 3 067-11,1% 838 417 1,7 Activités vétérinaires 852Z 6 727 14,7% 2 180 570 1,0 Moyenne 2,2 Cet ensemble comprend des services bien répartis sur l ensemble du territoire comme les vétérinaires, et d autres qui sont très concentrés. Pourtant, les uns et les autres obéissent à un principe de localisation homogène qui amène leur concentration privilégiée sur les départements du Massif Central et du Sud-ouest. Services à l'agriculture Surdensités : Part des actifs agricoles dans la population active 2000 Réparation machines agricoles 8 à 18 % (SourceRGA) Location machines agricoles Commerce gros animaux Commerce gros matériel agricole Vétérinaires Source : INSEE Sirene DCASPL A1 Source : RGA Rapprochée de la carte présentant le poids des actifs agricoles dans la population active, la carte des services à l agriculture prend tout son sens : ces services sont d autant plus nombreux que sont encore nombreux les actifs agricoles. Or, le nombre d actifs agricoles n est pas un indicateur de fort développement, au contraire : il signifie des structures agricoles de petite taille. Les services à l agriculture sont donc plus développés dans les vieilles terres d agriculture de subsistance qui restent en cours de modernisation que dans les espaces du bassin parisien, du Nord et de Bretagne qui présentent les plus fortes structures de production. Plusieurs hypothèses permettent d avancer des explications à ce paradoxe : les grosses exploitations externalisent moins de services ; les structures de production des régions d élevage, souvent moins concentrées comme en Normandie, suscitent des services spécifiques comme les maquignons et vétérinaires (il est notable que malgré le développement de cette activité en milieu urbain, les fortes densités restent massivement rurales) ; les régions du Sud connaissent une réorientation partielle des services à l agriculture vers le tourisme, ce qui explique la forte densité de la location de matériel agricole dans les Alpes du Sud. Il reste un phénomène global de congruence entre petites structures d exploitation et petites entreprises de services à l agriculture, comme s il y avait Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 74
un parallélisme et même une interpénétration des modes de développement des unes et des autres. 2.3.3 Services aux entreprises Autres Services aux Entreprises APEN Nb TPE 2002 % croissance 1994-2002 Cumul création 1994-2001 Cumul reprise 1994-2001 Densité TPE 2002 Ecart interdécile à la médiane Intermédiaires non spécialisés du commerce 511T 11 429 9,6% 15 310 97 4,0 Promotion immobilière de logements 701A 5 878-10,0% 3 040 55 3,0 Conseil en systèmes informatiques 721Z 13 817 179,0% 16 541 232 2,6 Gestion de supports de publicité 744A 4 702 25,7% 6 314 185 2,1 Enquêtes et sécurité 746Z 5 536 87,6% 9 054 322 2,0 Réalisation de logiciels 722Z 15 327 138,3% 15 146 303 1,9 Conseil pour les affaires et la gestion 741G 53 468 93,7% 59 867 588 1,9 Traitement de données 723Z 3 616-15,0% 2 621 99 1,9 Recherche-développement en sciences physiques 731Z 1 952 99,4% 1 906 24 1,8 Activités de nettoyage 747Z 12 504 20,2% 11 493 1 209 1,8 Etudes de marché et sondages 741E 2 847-37,7% 2 341 36 1,7 Edition de revues et périodiques 221E 3 476 0,9% 2 437 87 1,7 Edition de livres 221A 3 047-16,4% 1 594 55 1,6 Ingénierie, études techniques 742C 29 444 22,4% 22 072 745 1,5 Formation des adultes et formation continue 804C 10 160 114,8% 9 010 212 1,5 Activités comptables 741C 17 777 12,5% 7 107 574 1,5 Agences, conseil en publicité 744B 14 896 1,2% 13 052 469 1,5 Autres intermédiaires spécialisés du commerce 511R 16 613 13,7% 23 998 212 1,4 Activités d'architecture 742A 27 368 16,0% 11 909 559 1,2 Secrétariat et traduction 748F 13 945 7,4% 14 049 501 1,2 Services annexes aux spectacles 923B 4 351 75,4% 4 072 133 1,1 Activités juridiques 741A 40 724 39,1% 20 028 1 400 1,1 Services annexes à la production 748K 21 638 6,8% 16 936 294 1,0 Métreurs, géomètres 742B 3 887-11,4% 1 383 220 1,0 Transports routiers de marchandises interurbains 602M 12 133-20,0% 6 455 1 334 0,9 Administration d'entreprises 741J 33 174 90,3% 25 045 704 0,9 Transports routiers de marchandises de proximité 602L 21 832 8,8% 22 498 1 805 0,8 Moyenne 1,7 Le % de croissance concerne l évolution du nombre de TPE entre 1994 et 2002 Les services aux entreprises présentent généralement des concentrations géographiques fortes. Surtout, ces polarisations sont très homogènes : sur l ensemble des activités étudiées, trois départements seulement apparaissent plus d une fois dans les deux premiers rangs des plus fortes densités : Paris 19 fois, Les Hautes de Seine 11 fois, les Alpes- Maritimes 7 fois. Quelques activités présentent une géographie atypique : les métreurs géomètres ont une distribution plus rurale et une présence particulièrement forte dans les départements alpins. Le nettoyage est surreprésenté sur la façade méditerranéenne et dans les Alpes du Nord. Ces activités apparaissent ainsi plutôt polarisées par l immobilier très actif des zones touristiques. D une manière générale, les TPE des services aux entreprises apparaissent très concentrées dans les départements à forte activité économique (avec une prime pour Paris, Hauts de Seine, Rhône, etc. par contre, l absence du Nord), mais aussi dans les régions PACA et Corse. Il semble que la forte densité globale des TPE induise aussi une surdensité Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 75
des services rendus aux entreprises et que le «facteur héliotropique» joue aussi son rôle dans des activités de plus en plus délocalisées. Nombre d occurrences du 1 er décile pour les activités de services aux entreprises en 2002 Services rendus aux entreprises Nombre d'occurences premier décile : 15 à 22 10 à 14 5 à 9 3-4 Données INSEE Sirene DCASPL A1 Pour approfondir la logique de répartition géographique des services rendus aux entreprises, nous exploitons la monographie réalisée sur les services informatiques qui permet d analyser finement le rapport entre taille des TPE et localisation. Le tableau suivant classe les dix départements les plus denses par taille d entreprise. On constate que Paris et l Ouest/Sud Ouest de l agglomération parisienne concentre les plus fortes densités pour toutes les classes de taille. Paris et les Hauts de Seine concentrent le tiers des TPE de l informatique. Des départements concentrent de fortes densités dans les plus petites classes de taille, dans le Nord et l Est de la région parisienne (Seine et Marne, Val d Oise) ainsi qu en province (Alpes Maritimes), alors que des départements de province présentent les plus fortes densités au-delà de 3 salariés (Isère, Haute Garonne, Gironde). Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 76
TPE des services informatiques Classement des départements à plus fortes densités 0 salarié 1/3 salariés 4/9 salariés 10/19 salariés 1994 2002 1994 2002 1994 2002 1994 2002 Hauts de Seine 1 1 1 1 1 1 1 1 Paris 2 2 2 2 3 2 2 2 Yvelines 3 3 5 3 2 4 3 3 Val de Marne 4 4 4 7 5 7 7 5 Essonne 5 5 3 4 4 3 3 4 Alpes Maritimes 6 6 8 6-8 - - Seine et Marne 6 9 Val d Oise 8 8 Hérault 9 9 6 4 9 9 Rhône 10 10 7 8 10 6 5 7 Haute Garonne 8 9 6 5 8 6 Seine St Denis 10 8 6 10 Haute Corse 7 Bouches du Rhône 10 Gironde 10 9 Isère 10 10 9 8 Ces départements rassemblent les ¾ des TPE de l informatique. L évolution du classement entre 1994 et 2002 est caractérisée par la stabilité du classement en dehors du cas de la Seine Saint Denis qui tend à glisser en dehors des dix départements à plus forte densité. Les dix départements qui présentent les plus faibles densités sont situés dans les zones les plus rurales (Allier, Ariège, Cantal, Creuse, Indre, Lozère, Haute-Marne, Mayenne, Meuse), en dehors du cas du Pas de Calais. La très forte augmentation du nombre d indépendants travaillant seuls dans le conseil et la réalisation de logiciels s explique par l externalisation voulue ou subie de ces fonctions qui touche aussi bien les sociétés de service informatique que les entreprises en général. Leur concentration dans l Ouest et le Sud de l agglomération parisienne épouse la géographie traditionnelle des professions libérales et intellectuelles. Les fortes positions des grandes agglomérations du Sud de la France sont à rapprocher de celles des médecins : héliotropisme favorisé par la délocalisation de plus en plus aisée des activités de l informatique (d où la présence de la Haute-Corse)? Mais il y a aussi le rôle moteur de la demande concentrée dans les très grandes villes qui fait apparaître le Rhône et l Isère dans les plus fortes densités. Notons par contre l absence du département du Nord et la présence tenue du Haut-Rhin. Rappelons aussi que la géographie des TPE de l informatique s inscrit dans un contexte où le secteur tend à se concentrer dans des entreprises moyennes/grosses, ce qui favorise les grandes agglomérations, et où la principale dynamique TPE concerne les solos. Cette bipolarisation peut favoriser un essaimage dans des espaces ruraux relativement éloignés, ce que l on constate autour de Nice, Toulouse, Grenoble ou en Seine et Marne. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 77
2.4 Chapitre 4 : Monographies locales Les études sectorielles ont chaque fois révélé des espaces de densité variable, espaces qui, hors le cas des tabacs et débits de boissons, opposent Nord à faible densité de TPE et Sud à forte densité, avec de nombreux indices sur une tendance à l atténuation des différentiels. Des éléments d explication ont été avancés à partir de la documentation existante ou par raisonnement à partir de rapprochement de données. Une autre approche consiste à focaliser l analyse sur un territoire et, à partir d une étude transversale des activités, de dresser leur profil et de tenter de comprendre pourquoi, sur ce territoire, les TPE sont fortement présentes ou pas. Pour choisir trois territoires, nous avons été guidés par le nombre de fois où les départements apparaissent en plus forte densité et en plus faible densité dans les 140 activités étudiées de façon à retenir les situations les plus caractéristiques. Densité départementale par activité : nombre de premières et dernières occurrences Premières occurrences Dernières occurrences Alpes Maritimes Paris Corse du Sud Haute-Corse Hauts de Seine Hautes-Alpes Seine Saint Denis Savoie Aveyron Cantal Gers 20 19 17 13 8 7 6 4 4 4 4 Paris Ardennes Creuse Cantal Seine Saint Denis Haute-Marne Essonne Val d Oise 16 11 8 6 6 4 4 4 Trois cas les plus saillants ont été retenus. L un, les Alpes-Maritimes, élargi au cas de la Corse proche et présentant aussi parmi les plus fortes densités, est le département où le nombre de TPE par habitant est le plus élevé ; les Ardennes sont à l inverse le département qui apparaît le plus souvent exclusivement avec les taux de TPE les plus faibles ; Paris est un cas mixte qui voit une très forte présence de TPE dans certaines activités et la plus faible dans d autres. Ces ébauches de monographies départementales restent largement au stade du constat. En effet, en dehors de la Corse, nous n avons pas pu identifier de travaux qui permettent de donner une interprétation globale du rôle des TPE dans ces économies locales. Simplement, on constate des profils de TPE différents révélateurs d environnements différents, et l inertie de l histoire économique locale dans la formation des structures d entreprises. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 78
2.4.1 L étonnante densité des TPE dans les Alpes-Maritimes proximité et différences avec le modèle corse. Population INSEE 1999 Nb TPE 1994 Nb TPE 2002 Cumul Créations Pures 1994-2001 Nb TPE pour 100 000 hab Rang moyen départemental densité 2002 (sur 140 activités) Alpes Maritimes 1 011 326 59 257 65 541 42 111 6481 75,81 Corse du Sud 118 593 7 072 8 033 4 271 6774 72,35 Haute Corse 141 603 7 873 8 655 4 250 6112 70,48 On a vu que les Alpes-Maritimes et la Corse enlèvent, et de haut, «la palme de la plus forte densité de TPE». La proximité géographique, culturelle et historique (anciens territoires italiens) invite à examiner leur cas conjointement, même si on focalisera l analyse sur le premier département. Les Alpes-Maritimes présentent la caractéristique d avoir non seulement une forte densité globale de TPE, mais aussi dans un éventail d activités très ouvert. Le tableau suivant présente les 38 activités dans lesquelles le département occupe les trois premiers rangs nationaux en termes de densité. Si l on ajoute les autres rangs du premier décile, c est dans 50 activités qu il se positionne, ce qui en fait, avec la Corse, un cas exceptionnel. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 79
Classement du département des Alpes Maritimes en rangs 1 à 3 des plus fortes densités Rang 1 Rang 2 Rang 3 Artisanat 331B Fab. appareils médicaux 527H Réparation appareils 222J Autres act. Graphiques dom. 361K Ind. connexes ameubl. 362C Bijouterie Joaillerie 454M Finitions 454J Peinture 747Z Nettoyage 930B Blanchisserie Teinturerie 930E Beauté 930N Autres services perso Commerce de détail 522A Fruits et légumes 522G Pain 504Z Cycles 523E Parfumerie/beauté 524V Bijoux 522P Alimentation divers 524X Fleuristes 524C Habillement 524H Meubles 524L Electroménager 524T Optique Commerce de gros 511R Intermédiaires spécialisés 511T Intermédiaires non spécial. Services aux particuliers 703A Agences immobilières 741A Activité juridique 703C Administration immeubles 851C Labo analyses médicales 851C Pratique médicale 851E Pratique dentaire Services aux entreprises 701A Promotion immobilière 722Z Réalisation logiciels 701F Marchand de biens 741C Comptable 731Z Recherche 742A Architectes développement 742C Ingénierie 748F Secrétariat traduction Il est intéressant de noter par ailleurs les phénomènes suivants : Ces activités sont assez structurées pour que l indicateur de la valeur ajoutée ne fasse pas varier sensiblement le classement et pour que les entreprises au régime micro-fiscal soient proportionnellement moins nombreuses que la moyenne française. Le renouvellement du tissu de TPE, à partir d une base historique ancienne dans le commerce et l artisanat, par les services aux personnes et par les services aux entreprises. Le cas particulier de l essaimage dans les nouvelles technologies a été étudié 29. A partir du site de Sophia-Antipolis créé entre 1974 et 1990 par de grandes entreprises publiques, des laboratoires et des multinationales, on est «passé de 29 «Les entreprises technologiques indépendantes de Sophia Antipolis et des Alpes-Maritimes 1995-2000», Observatoire Dynamics, CERAM Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 80
l exogène à l endogène, et du grand au petit, les années 1989/2000 permettant à Sophia- Antipolis d apparaître naturellement comme un lieu favorable à l innovation et à la création d entreprises». Ces nouvelles activités ont elles-mêmes un effet d entraînement sur d autres services aux entreprises (comptables, juristes ). Par les hauts revenus distribués, elles participent au dynamisme d un marché immobilier naturellement très actif et générateur de nombreux services. Il faut compter aussi sur une politique d urbanisme conservatrice en faveur du petit commerce. En l an 2000, avec 182 m2 pour 1000 habitants, les Alpes-Maritimes ont la surface d hyper et supermarchés la plus faible après la Lozère, et le taux de refus de nouvelles surfaces est l un des plus élevés en France 30. Effectivement, «le poids des surfaces de moins de 300 m2 dans l offre commerciale reste une caractéristique moyenne du département. Cette forme de commerce regroupe diverses fonctions, mais évolue de plus en plus vers de nouvelles formes (franchise, succursalisme). Les spécificités démographiques (population âgée, ménages de petite taille en centre ville), le pouvoir d achat relativement élevé d une certaine catégorie de la population et le très fort potentiel touristique expliquent son maintien et son développement ces dernières années». 31 Les départements de la Corse présentent apparemment une configuration proche avec les densités les plus élevées dans le commerce de détail, les hôtels, cafés et restaurants, les services de santé, les services liés à l automobile, certains métiers du bâtiment (maçonnerie, électricité). Certaines caractéristiques de la demande (population âgée, très fort potentiel touristique) rapprochent la situation corse de celle des Alpes-Maritimes. Il y a cependant des spécificités corses qui expliquent une structure économique dont la bipolarisation entre un secteur public important et un univers de TPE quasi exclusif n a pas d équivalent en France. Nadine Levratto 32 y voit à la fois une spécificité des «petites économies insulaires» incapables d exploiter les économies d échelle, et un effet de l économie de rente qui génère un imposant secteur de services aux particuliers. D autre part, à la faible demande d emplois qualifiés des TPE répond le niveau de qualification peu élevé de la population active. L économie corse, en quelque sorte, fait système autour de la TPE, mais de certaines TPE, et, contrairement aux Alpes-Maritimes, il n y a pas un fort secteur de services rendus aux entreprises qui serait un signe que l univers TPE est aussi facteur de réel développement. 30 Rapport de l Observatoire national du commerce, 2000-2001 31 «Schéma départemental d équipement commercial des Alpes-Maritimes 2005-2011». 32 «Economie de la Corse. Y a-t-il une vie après la rente?», Albania 2001. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 81
2.4.2 Le cas de Paris, ville de TPE nombreuses et structurées dans un environnement régional contrasté. Population 1999 Nb TPE 1994 Nb TPE 2002 Cumul Créations Pures 1994-2001 Nb TPE pour 100 000 hab Rang moyen départemental densité 2002 (sur 140 activités) Paris 4 250 492 191 721 242 484 169 651 5 705 51,46 Le cas parisien est intéressant à plus d un titre. Il constitue un «îlot» de forte densité dans une moitié nord de la France marquée par les faibles densités de TPE ; les densités sont asymétriques, très fortes dans certaines activités, très faibles dans d autres, ceci traversant tous les secteurs d activité. Dans les études sectorielles précédentes, on a noté en effet : Dans l artisanat, la permanence (bijouterie) et le renouvellement (vêtements) des activités de fabrication ; la très faible présence de l artisanat du bâtiment rejeté à la périphérie est et Nord de la région Ile de France. Il existe une forte densité de constructeurs de maisons individuelles à Paris. Ce phénomène pourrait s expliquer par l inscription à la Chambre de métiers de Paris d un certain nombre d artisans qui travaillent en fait dans l agglomération. Dans le commerce de détail et les services aux particuliers, un nombre important de commerçants, mais un rejet des services liés à l automobile hors de la ville ; une forte présence des services liés au tourisme ; des professionnels libéraux de santé concurrencés par d autres structures d offre. Dans le commerce de gros et les services aux entreprises, une domination partagée avec la région Ile de France. Dans les nouvelles technologies, Paris et les Hauts de Seine concentrent par exemple le tiers des TPE de l informatique de France. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 82
Classement de Paris en rangs 1 à 3 des plus fortes densités Rang 1 Rang 2 Rang 3 Artisanat 182E Fabrication vêtements fém. 452A Construction maisons ind. 222J Autres activités graphiques 362C Bijouterie - Joaillerie Commerce de détail 525Z Biens d occasion Commerce de gros 514C Habillement 516G Informatique 514S Biens de consommation 517Z Non spécialisé Services aux particuliers 741A Activités juridiques 633Z Agence de voyage 703A Agences immobilières 703C Administration immeubles Services aux entreprises 741C Comptables 923A Activité artistique 731Z Recherche développement 741F Etudes de marché 741G Conseil en gestion 742A Architectes 744A Gestion supports pub 744B Agences publicité 748F Secrétariat traduction 748K Services annexes prod. 804C Formation adultes 804D Autres enseignements 823B Annexe spectacles Classement de Paris en rangs 1 à 3 des moins fortes densités Rang 1 Rang 2 Rang 3 Artisanat 158C Boulangerie pâtisserie 452G Charpente 158B Terminaux de cuisson 203Z Fabrication charpentes 453F Installation électrique 283C Chaudronnerie 285Z Mécanique générale 454F Revêtement sols 293D Réparation mach. agri. 371Z Récupération mat. 451A Terrassement 453A Installation électrique 454C Menuiserie bois 502Z Réparation auto Commerce de détail 501Z Commerce auto 524W Articles de sport 503B Equipement auto 524X Fleurs 504Z Motocycles 504Z Carburants 526D Marchés alimentation Commerce de gros 516N Gros matériel agricole Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 83
Plus encore, les TPE parisiennes apparaissent très souvent en tête du classement pour la création de valeur. Sur les 140 activités étudiées, Paris a la première place dans cet indicateur dans 56 cas, naturellement dans les activités où Paris domine en nombre d entreprises, mais aussi massivement dans le commerce de détail. Il est significatif par exemple que Paris ait la plus faible densité de boulangeries pâtisseries, mais apparaisse au second rang de la plus forte création de valeur ajoutée dans cette activité. Que ce soit en nombre ou en valeur, il y a donc une particulière vitalité des TPE parisiennes qui n est pas sans présenter des traits communs avec les Alpes-Maritimes : urbanisme commercial préservant le tissu des entreprises traditionnelles ; renouvellement par les activités nouvelles ; forts potentiels de consommations liés au revenu des résidents et au tourisme. D autre part, le modèle parisien produit des effets asymétriques sur les départements voisins avec de fortes densités de services rendus aux entreprises et du commerce de gros dans l ouest. Par contre, la place forte du commerce de détail reste exclusivement parisienne. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 84
2.4.3 La sous-densité des TPE de la frontière Nord/Nord-est culminant dans les Ardennes Population 1999 Nb TPE 1994 Nb TPE 2002 Cumul Créations Pures 1994-2001 Nb TPE pour 100 000 hab Rang moyen départemental densité 2002 (sur 140 activités) Ardennes 290 130 7 643 7 671 3 670 2 644 28,24 Le département des Ardennes présente donc la plus forte concentration de sous-densités parmi les activités étudiées. Leur détail ne présente pas de caractère marquant : elles sont dispersées dans tous les secteurs d activité, mais spécialement dans l artisanat où elles concernent cependant des métiers d importance secondaire en effectifs. Classement du département des Ardennes en rangs 1 à 3 des plus faibles densités Rang 1 Rang 2 Rang 3 Artisanat 158B Terminaux de cuisson 527A Réparation chaussures 222J Autres activités graphiques 527H Réparation art. domestique 361K Connexes ameublement 362C Bijouterie 452A Construction maisons ind. 452B Constructions diverses Commerce de détail 522J Commerce de boissons 524H Meubles Commerce de gros 511T Interm. Non spécialisé Services aux particuliers 553A Restaurants 551C Hôtels 703A Agences immobilières Services aux entreprises 731Z Recherche développement Dans un département qui a perdu 9000 habitants entre 1990 et 1999 et qui continue d en perdre 700 par an, on ne s étonnera pas que les agences immobilières soient peu présentes, de même que certaines activités de construction. Pour le reste, la faible densité des TPE est à mettre en rapport avec ce double phénomène de dépression démographique et de l industrialisation ancienne en restructuration permanente. Le département reste encore l un des plus industrialisés de France avec 40 % des actifs dans l industrie. Il est le premier Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 85
producteur de fonte européen. La forte position de donneurs d ordre industriels induit une importante sous-traitance locale, mais plutôt auprès de PMI de 20 à 50 salariés. La CCI de Charleville-Mézières constate bien la faiblesse du secteur des services. Le rééquilibrage des secteurs secondaire et tertiaire est attendu de la baisse naturelle du premier qui devrait passer de 26 % à 21 % de la population active dans les prochaines années. Mais la dépression démographique est peu favorable à la création d entreprises. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 86
3 TROISIEME PARTIE : LES ENRACINEMENTS DE LA DENSITE DES ENTREPRISES ARTISANALES, COMMERCIALES ET DE SERVICES Les analyses par groupe de métiers confirment et approfondissent les constats dégagés dans la vue d ensemble : l opposition Nord/Sud, avec les spécificités de Paris, caractérise presque tous les métiers ; mais elle tend à s atténuer. La perspective historique la plus longue, qui est celle de l artisanat, montre que la ligne de rupture Le Havre/Belfort est moins nette et que la forte polarisation sur le Massif Central et le Sud-ouest se désagrège. L observation a été faite aussi dans les services de santé et le commerce de détail. Les causes de cette tendance à l atténuation des différentiels de densité ont probablement été approchées par les travaux cités sur l évolution de l appareil de distribution : la politique de l urbanisme commercial a eu depuis trente ans un effet d homogénéisation de la couverture du territoire par les grandes surfaces alimentaires et spécialisées (voir page 69 l étude du bilan de la loi Royer) qui a certainement eu un effet de cantonnement et, là aussi, d homogénéisation des activités commerciales et de services. L artisanat est directement ou indirectement concerné par ce processus. Les services de santé, qui représentent une partie importante des TPE et qui échappent à l effet précédent, ont été aussi caractérisés à la fin des années 1900 par une atténuation des différentiels de densité sous l effet d une politique volontariste de régulation de l offre. Dans les deux cas, il semble bien que les politiques publiques aient joué un rôle important, même elles ont été relayées ou précédées par le jeu d acteurs économiques nationaux. Il n en reste pas moins que le différentiel départemental de la densité des TPE reste élevé, général, et surtout non expliqué dans le cadre des observations par activité. Quelques hypothèses sont émises ici ou là sur les différences de structures d offre et de demande selon les territoires : dans le cas des services de santé, modes de prestations alternatifs à la médecine libérale ; dans le cas de l artisanat du bâtiment, concurrence des PME ; différences de la demande, liées à la structure locale de la population et des revenus et à la dynamique démographique. Ces facteurs sont difficiles à mettre en corrélation localisée avec la densité des TPE. Lorsqu on y parvient, comme dans le cas de l artisanat du bâtiment, ils montrent leur insuffisance à rendre compte des différentiels de densité. D où la référence à un facteur comme l héliotropisme, théorisée par les tenants de la «revanche des Sud» 33. Les études universitaires apportent un niveau d explication plus fondamental en inscrivant les différentiels de densité de TPE dans la longue durée. Il faudrait comprendre la petite entreprise dans un lien historique avec l évolution de l agriculture, de l industrie et des formes d urbanisation, elles-mêmes s inscrivant sur des soubassements anthropologiques antérieurs à la révolution agricole et industrielle des XVIII ème et XIX ème siècles. 33 «Les activités non agricoles dans la recomposition de l espace rural», E. Font, L Harmattan, 2000 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 87
3.1 Le lien organique de l artisanat et de l agriculture de subsistance Une école de pensée s est développée depuis une vingtaine d années rassemblant historiens, économistes, anthropologues autour de l «hypothèse proto-industrielle» 34 : «la proposition de Mendels en 1972 de qualifier de proto-industrielle la transformation structurelle d une région où la paysannerie travaille de plus en plus à la production artisanale de biens destinés au marché local, tandis qu une agriculture commerciale se développe simultanément dans une région proche, offre l avantage considérable de susciter une attention nouvelle sur les artisanats de l Europe moderne, en suggérant qu ils contiennent les germes de la révolution industrielle proprement dite, au lieu d être seulement symptomatiques d un ancien régime en voie de disparition». Pour ces auteurs, l agriculture de subsistance est caractéristique des régions proto-industrielles. Elles sont caractérisées par la surabondance de travailleurs et la nécessité de production de revenus non directement liés à la dimension des fermes. L étude de Paul Bachelard illustre le lien agriculture/artisanat par l importance de la double activité : «en 1970, 20 à 25 % des artisans pouvaient vivre dans une famille agricole dans les zones de petite agriculture». A l inverse, «dans le Nord, l Est, et toute la moitié nord du Bassin parisien, la précoce mécanisation d une agriculture où le fermage l emporte sur le faire valoir direct a fait perdre à l artisanat une partie de son assise rurale», ce qui explique que des départements très ruraux comme la Marne aient une très faible densité artisanale. Les cartes de l ouvrage de R. Livet sur les régions agricoles à l orée des années 60 35 apportent des éléments de démonstration confortant cette thèse. Les zones de faible revenu agricole correspondent à celles des plus fortes densités artisanales, de même que les zones de plus fort revenu épousent le nord de la ligne de partage Le Havre/Belfort des plus faibles densités artisanales. A l articulation entre l artisanat et le commerce, le cas de la boulangerie explicite une autre facette du lien avec l agriculture dans le cas d une activité qui se dégage très progressivement de l autoconsommation agricole. Paul Bachelard indique que l échange blé/farine concernait encore, en 1969, 25 % de la panification en Dordogne. Plus largement, R. Livet indique que l échange caractérise tout l Ouest de la France, le pourtour du Massif Central, l Est de la vallée du Rhône, zone de forte densité artisanale, mais aussi les deux départements alsaciens. Dans sa thèse sur le commerce dans le Centre Ouest 36, Jean Soumagne explique aussi comment le passage de la panification domestique au troc s est fait dans cette région à travers la création de coopératives de consommateurs : «il y a une explosion coopérative à la fin du XIX e siècle, surtout en milieu rural, qui fonctionne sur le principe de l échange». Créées sur une base communale, leur nombre ira jusqu à 600 au début des années 20, leur apogée. Elles disparaîtront progressivement au bénéfice de l artisanat, souvent avec une phase intermédiaire de mise en gérance de l ouvrier boulanger. Constatant en 1990 la faible densité des boulangeries rurales dans les Deux-Sèvres, il y voit «le prolongement d une situation ancienne : un département qui, aux deux tiers n était que peu céréalier et où la diffusion coopérative s opéra beaucoup moins que dans les Charentes et dans la Vienne, l autoproduction de pain jouant un rôle jusqu à la seconde guerre mondiale». Le différentiel de densité de la boulangerie rurale du fait de ses liens historiques avec l agriculture peut être considérable. Jean Soumagne indique que, en 1988, 9 % des 34 «Sur l hypothèse proto-industrielle», Myren Garin, Cahier des Sciences Humaines, 1987 35 «L avenir des régions agricoles», R. Livet, Editions ouvrières, 1965. 36 Géographie du commerce de détail dans le Centre Ouest de la France, Jean Soumagne, 1996 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 88
communes rurales de Lorraine ont une boulangerie contre 60 % des communes rurales en Bretagne. L importance de l enracinement boulanger de l artisanat rural est soulignée par le fait que ces boulangeries ont souvent été à l origine de l épicerie par diversification, mais aussi du commerce d aliments du bétail, des cafés, du lien aussi avec la meunerie. D autres filières de transformation des produits agricoles ont généré des activités qui n ont pas connu la même fortune que la boulangerie : bouchers, meuniers, bouilleurs, fromagers, distillateurs. Le lien entre petite agriculture de subsistance et TPE reste le facteur explicatif le plus convaincant de l enracinement historique des fortes densités de TPE et de leur pérennisation. L étude de P. Bachelard montre que la porosité entre ces activités a été forte jusqu au début des années 70. La note sur les services rendus à l agriculture indique encore aujourd hui une forte concordance entre la densité des TPE de ce secteur et le pourcentage d agriculteurs dans la population active, comme si c était moins le besoin de services que la parenté des modèles d entreprises qui explique leur nombre. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 89
3.2 Le lien du petit commerce avec les formes de l industrialisation Le lien du petit commerce avec l industrie est lu par Michel Coquery (1) de plusieurs manières. Il note d abord «le lien entre petit commerce et monde ouvrier» : 40 % des petits commerçants étaient auparavant ouvriers ; 25 % employés. Le lien se lit aussi à travers le taux de féminité du petit commerce particulièrement élevé dans le Nord Pas-de-Calais et la Loire où le nombre de petits commerces a été longtemps important dans le cadre limité des bassins miniers. La grande industrie génère donc des filières spécifiques d installation qui expliquent les taux de petits commerçants élevés de ces régions qui présentent le principal décalage avec la géographie de l artisanat. Surtout, il montre que le succursalisme et les coopératives de consommateurs ont pris des positions fortes dans le commerce alimentaire, précisément là où est faible le petit commerce. «L importance des écarts à la moyenne nationale contribue à individualiser très fortement l aire d extension majeure du commerce de type succursaliste et coopératif : Nord, Picardie, Champagne, Bourgogne, Lorraine, Alsace et Franche-Comté forment un vaste ensemble régional au sein duquel certains départements de Champagne présentent une offre supérieure à celle des magasins indépendants traditionnels». Le développement par imitation et réseau de ces modèles expliquerait que même les départements les plus ruraux du Nord Est aient de faibles taux d indépendants. Poids des coopératives dans la consommation plus de 5 % 4 à 5 % Source : Michel Coquery Il y aurait ainsi une forme de commerce issu du contexte industriel où la coopération de consommation aurait joué un rôle quasiment opposé à la coopération rurale étudiée par Jean Soumagne. Ici, issue du monde ouvrier, débouchant sur des formes de modernisation aprèsguerre exclusives du petit commerce, là issue du monde agricole et s épuisant dans l artisanat alimentaire. Il est intéressant de noter que le modèle mutualiste a produit des effets au-delà du secteur du commerce. Analysant la même sous-densité de personnel médical dans les régions allant du Nord à l Alsace, le rapport 2004 de l Observatoire de la démographie des professions médicales voit, dans l existence des services développés par les mutuelles de santé, une des causes du différentiel observé. Par contre, on a vu que les poches du petit commerce liées aux bassins miniers ont disparu, illustrant l effet d homogénéisation des formes modernes de la distribution qui sont aussi souvent nées dans la région du Nord. (1) cité page 38 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 90
3.3 La structure urbaine des territoires comme facteur explicatif des positions de l artisanat et du petit commerce Jean Soumagne, considérant la foule de bourgades et petites cités caractéristiques du croissant occidental sous-urbanisé, démontre le rôle des foires et marchés dans l organisation de l offre commerciale, «commerce non sédentaire et commerce fixe s appuyant mutuellement. Si les foires ont pour la plupart disparu, les formes sédentaires de l activité marchande ont survécu, bien souvent avec une densité anormalement élevée. Il y a donc dans l ancienne synergie des deux formes de commerce un facteur explicatif essentiel des disparités de répartition de l appareil commercial actuel». Sa thèse complète donc les analyses précédentes en démontrant le lien avec l agriculture des structures commerciales dans les régions faiblement urbanisées. A leur apogée, à la fin du XIX e siècle, 60 % des commerces de Vendée avaient une foire ou un marché, 18 % encore en 1950. Et Jean Soumagne montre combien décisive était la pression des élus locaux pour obtenir ces autorisations qui assuraient la vie économique de leur localité. Il en est resté une marque spécifique aux bourgs et aux petites villes : «l appareil marchand des petites villes présente un niveau d équipement plus élevé par rapport à la population résidente que dans les cités de taille supérieure et plus limité en général que dans les bourgs Et l un des fondements les plus traditionnels de l activité des petits centres est l existence de foires. Celles-ci ont constitué un symbole fort, quasiment existentiel, du petit centre immergé dans sa campagne». Paul Bachelard note un rôle équivalent des petites villes dans la fixation de l artisanat : les villes de 2.000 à 5.000 habitants ont une densité d artisans supérieure de 48 % à la moyenne nationale, celles de 5.000 à 10.000 habitants un taux supérieur de 26 %. Il avance la même explication que Jean Soumagne pour l Ouest et le Sud Ouest, les petites villes de taille intermédiaire «ayant servi de point d ancrage pour les fonctions liées au négoce de produits agricoles». Et il les oppose aux petites villes de tradition industrielle du Nord et de l Est. La modernisation du commerce n a pas fondamentalement modifié la hiérarchie urbaine. En effet, explique Jean Soumagne, dans le grand Ouest, «dans un premier temps l insuffisance de l urbanisation a retardé l implantation des grandes surfaces Le retard a été rapidement rattrapé par la prolifération des supermarchés, en particulier sur le littoral. Une hiérarchie des établissements selon la taille des groupements d habitants a donné lieu à une sorte de partage des rôles des entreprises. Aux grandes sociétés extérieures sont intégrés les plus puissants hypermarchés des agglomérations supérieures ; propriété d indépendants, les petits hypermarchés et les grands supermarchés occupent les agglomérations moyennes et les petites villes ; intégrés dans des coopératives d indépendants, des chaînes volontaires ou des associations, des supermarchés de taille modeste dominent les petites cités». Au terme du processus de modernisation du commerce, on retrouve donc un lien entre petites villes et commerçants indépendants, mais sous des formes adaptées à cette modernisation. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 91
Notre étude, basée sur des statistiques départementalisées, n a pas permis de conforter cette hypothèse. Le développement de l urbanisation rend d ailleurs plus difficile aujourd hui les mesures de J. Soumagne et P. Bachelard. Le développement des moyens de communications appellerait peut-être à suggérer une hypothèse complémentaire : on a constaté que les régions de l ouest connaissent une densité de TPE modérée, qui s est nettement atténuée depuis trente ans (cf. les cartes comparées de l artisanat). La suggestion nous a été faite concernant les services liés à l automobile que la faible densité en Bretagne/Pays de Loire/Centre est liée à une concentration récente sur un tissu de petites villes assez distendu, favorisé par la facilité de communication en plaine. Ces régions où la modernisation en réseau des TPE a été particulièrement active, connaîtraient ainsi un modèle de TPE/PME moins dense mais plus structuré, prenant le relais des fortes densités d indépendants de la première période d urbanisation. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 92
3.4 Une explication anthropologique de la diversité française Peut-on prolonger les analyses de P. Bachelard au-delà des corrélations économiques et culturelles qu il établit pour expliquer les densités relatives d artisans sur le territoire, en les enracinant en deçà dans des structures inconscientes qui seraient fondées sur les modèles familiaux, les systèmes de parenté? H. Le Bras et E. Todd ont tenté d expliquer la diversité des comportements politiques et religieux par les ressources de l anthropologie 37. Cet ouvrage, comme les suivants d E. Todd, n ont pas pu être approfondis. Mais il semble bien qu il y ait une voie suggestive pour notre sujet. Examinant la distribution de la population rurale entre communes éparses et agglomérées, ils retombent sur la ligne Le Havre Genève qui coupe en deux la France de l artisanat, ceci dès le XVIII e siècle et certainement en deçà. La France des champs ouverts et des champs clés. «La dimension entre l épars et l aggloméré est fondamentale en anthropologie. Elle définit les relations humaines quotidiennes De multiples caractères moraux ou sociaux suivront ces frontières entre zones éparses et agglomérées» qui n a pas été fondamentalement remise en cause par l urbanisation observée jusqu au milieu des années 70. De même, les polarisations économiques successives n effacent-elles pas les traces des structures anthropologiques profondes : «les matières premières succèdent aux matières premières, des gisements nouveaux supplantent les anciens, les usines vieillissent avant même que la répartition de la population ne s y adapte. Les modes économiques passent, les hommes restent. La lenteur des migrations françaises décale les structures économiques et démographiques et entraîne le maintien de différence anthropologique entre régions». 37 L invention de la France, H. Le Bras et E. Todd, Gallimard, 1981 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 93
L anthropologue met naturellement l accent sur les structures pérennes. Il tend à ignorer les changements ; or, nous avons vu que les lignes de fracture mises en exergue par Le Bras et Todd, qui ont encore une puissance explicative pour l artisanat étudié par Bachelard à la fin des années 70, sont aujourd hui moins pertinentes. De même que les paysages ruraux façonnés depuis le néolithique tendent à s effacer, les activités dérivées des terroirs s inscrivent dans des logiques de plus en plus déconnectées du territoire. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 94
3.5 L influence des modèles nationaux frontaliers La carte des petits commerçants en 1968 indique une nette sur-densité dans les Alpes Maritimes et en Corse, départements d ancienne influence italienne, et une nette sousdensité en Alsace Moselle notamment, départements allemands de 1870 à 1918. La problématique comparée de l artisanat en France, Allemagne et Alsace Moselle a été, par ailleurs, étudiée 38. En Allemagne, la densité des entreprises artisanales est beaucoup plus faible qu en France, 75 pour 10.000 habitants contre 117, l Alsace Moselle occupant une position intermédiaire plus proche du cas allemand en structure d entreprises. Ces départements gardent donc des traces très nettes d un artisanat qui s est organisé au XIX e siècle en Allemagne dans un cadre coopératif ne limitant pas la taille des entreprises, contrairement à l artisanat français défini après la guerre de 14 par un critère de taille limitatif. Plus largement, les artisans et commerçants ont constitué, dans le système germanique décentralisé, une bourgeoisie influente sur les pouvoirs locaux, ce qui contribue à des formes de modernisation commerciale dans les années 50-60 beaucoup mieux maîtrisée par les indépendants 39. Les données statistiques présentées en première partie vérifient la permanence en Alsace-Moselle d un type de TPE à la fois moins nombreuses et plus structurées. Estimation des différences de densité des Micro Entreprises (de 0 à 9 sal) en Europe Union Européenne (1996) Italie (1996) Espagne (1997) Royaume Uni (1997) France (1996) Allemagne (1997) Autriche (1997) Population 0 à 9 salariés 10 à 49 salariés Nombre d entreprises et répartition 50 à 249 salariés 250 salariés et plus Total (nombre entreprises) Nb. estimé de Micro Entreprises Densité estimé de Micro Entreprises 0 à 9 salariés pour 100 000 hab. 375 000 000 93,1% 5,9% 0,8% 0,2% 18 427 000 17 155 537 4 575 57 380 000 95,4% 4,2% 0,4% 0,1% 3798800 3 624 055 6 316 39 300 000 94,8% 4,5% 0,6% 0,1% 2435200 2 308 570 5 874 59 009 000 94,5% 4,6% 0,7% 0,2% 3339400 3 155 733 5 348 58 375 000 93,1% 5,7% 3,0% 0,2% 2321800 2 161 596 3 703 82 071 000 87,9% 10,4% 1,3% 0,4% 3348600 2 943 419 3 586 8 000 000 86,2% 11,4% 2,0% 0,4% 224300 193 347 2 417 Source : APCE, 2001 Il y a donc là une piste suggestive pour comprendre ces différentiels de densité en zones frontalières de l Est et du Sud, affirmés pour le commerce dans l observation de 1968, encore nets pour l artisanat au début des années 2000. Elle rejoint l hypothèse anthropologique dans la mesure où les espaces concernés participent de modèles périphériques (modèle anthropologique «allemand» pour Le Bras et Todd). La monographie sur les Alpes-Maritimes et la Corse n a pas vérifié cette hypothèse, encore que l ancienne sur la densité des TPE dans la région niçoise n ait pas reçu d explication. Mais là encore, l ancrage historique long tend à s atténuer dans le cas de l Alsace-Moselle pour les mêmes raisons de prégnance du cadre national de développement. 38 «L artisanat en France, Allemagne et en Alsace Moselle», GATE-CNRS pour la DECASPL, 2001 39 «Les pouvoirs publics et l évolution commerciale», G. Wackermann, étudie l évolution du commerce dans l espace transfrontalier du Rhin supérieur après la seconde guerre mondiale, in colloque sur l application de la Loi Royer, CNG-CNRS, 1989 Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 95
4 CONCLUSION ET NOUVELLES ORIENTATIONS L étude a tenté de répondre aux deux objectifs initiaux : Effectuer un rapprochement intersectoriel de façon à montrer en quoi les différentes activités participent ou non aux différentiels de densité sur le territoire : ceci a été essentiellement traité dans la deuxième partie du rapport et l on a pu observer l effet généralement cumulatif des différentiels de densité par activité. Sur densité et sous densité semblent donc «faire système» régionalement. Analyser les raisons des différentiels observés: la littérature, étudiée, limitée mais convergente dans son analyse, a été croisée avec les traitements statistiques réalisés tout au long de l étude. Les principaux enseignements de cette étude sont ainsi les suivants : On constate un resserrement des différentiels de densité : les activités à forte croissance connaissent un resserrement des différentiels et se répartissent de façon plus homogène. Alors que les activités en recul démographique connaissent une tendance au repli sur des «places fortes» régionales Les différentiels restent cependant élevés suivant les départements avec un écart pouvant aller de 1 à 3 (la plus forte densité de TPE est la Corse du sud avec 6 774 TPE pour 100 000 habitant et la plus faible, le Pas de Calais avec 2 278 TPE pour 100 000 habitants). On constate ainsi une représentation de l opposition entre une France du Nord où la densité des TPE est généralement faible et une France du Sud où elle est plus forte. Les différentes activités représentent des structures différentes suivant les territoires avec de fortes variations (l écart inter décile par rapport à la médiane va de 0,4 ou 0,5 pour les pharmacies, les médecins, les auto-écoles, les fleuristes et les coiffeurs, à 8 pour les campings). Les activités connaissant la plus forte polarisation sont les activités du commerce de gros, du tourisme et certains services aux entreprises. A l inverse, les professions de santé, les services aux particuliers, les boulangeries, qui représentent des effectifs importants, sont répartis de manière homogène sur le territoire. Les ancrages des différentiels de densité des TPE sont à rechercher dans l histoire longue du développement régional et de ses interférences périphériques, mais ils s atténuent dans un contexte où l économie des TPE, s inscrit plus nettement dans un cadre national. Dans l histoire courte, l impact des politiques locales apportent parfois une explication complémentaire comme pour les Alpes Maritimes avec une politique d urbanisme favorable au petit commerce et une dynamique économique orientée sur l innovation et la création d entreprise. La corrélation entre les variations de population et les différentiels de densité a été confirmée en conférant aux territoires les plus touristiques et/ou connaissant une croissance de leur population, une forte densité de TPE. L économie résidentielle constitue ainsi un moteur essentiel du maintien des TPE sur les territoires. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 96
A l inverse, les liens entre flux et stocks aboutissent à une forme de paradoxe dans la mesure où, si les départements à forte densité de TPE sont aussi ceux ou les taux de création pure sont les plus élevés, on ne peux affirmer que les flux de création viennent renforcer les différentiels de densité. Limites et difficultés rencontrées Ces résultats ont été acquis au prix d une grande simplification des indicateurs utilisés. Le plus solide et le plus constant a été le rapport du nombre de TPE à la population, avec une double limite : d une part, la nature économique des TPE a été insuffisamment qualifiée par sa taille et ses résultats. La nécessité de simplifier pour embrasser l ensemble du champ, a conduit, d autre part, à une moindre précision que ce qui avait été obtenu dans les monographies. Une amélioration de la connaissance de la nature économique des TPE sur le territoire passe sans doute par des vues convergentes à partir de meilleures sources disponibles même si elles sont légèrement décalées dans leur objet (l établissement pour l ASSEDIC, les indépendants pour l ACCOS). D autre part, la TPE n a pas été située dans la structure d offre où elle s insère. Est-ce qu une faible densité de TPE est compensée pour la même activité par une présence plus forte d entreprises plus importantes? Les études citées de l observatoire des professions de santé évoquent la nécessité de situer la démographie régionalisée des professions libérales de santé par rapport à l ensemble du système d offre, mais ne se sont pas engagées dans une approche aussi complexe, mais qui serait porteuse d explications des différentiels de densité. Si les raisons globales, historiques, transversales à l ensemble du champ des TPE des différentiels de densité trouvent des explications satisfaisantes, les raisons sectorielles et plus actuelles restent donc mal appréhendées. Sur ce point, il y a à la fois déficit d outils d analyse et absence d expertise immédiate. Ce problème était apparu au cours du travail monographique et avait conduit à abandonner une voie a priori féconde : ce qui était difficile à expliquer dans sa généralité pouvait passer par l approfondissement de quelques activités significatives. Or, l on a constaté que pour aucune des activités étudiées, on ne disposait ni d étude adéquate, ni de discours d experts construits, notamment auprès des organisations professionnelles. Sur le plan des territoires, l effet cumulatif des sur-densités et sous-densités a été facilement montré, mais sa signification n a pu être qu à peine effleurée, là aussi faute d outillage et d expertise immédiatement disponible. Le cas Alpes-maritimes / Corse a laissé l impression que des densités comparables de TPE dans des espaces proches pouvaient avoir des significations très différentes en fonction du système économique local dans lequel elles s insèrent. Rapport Final Etude sur la densité régionale des TPE - DCASPL GATE ESiloe 2006 97