FAISEUR D IMAGES JEAN-PIERRE JEUNET Réalisation : Philippe Fréling La Cinquième, Mérapi Productions, 1999 Durée : 13 minutes Pourquoi et comment devient-on cinéaste? Le film resitue dans une perspective historique le cheminement personnel, les influences familiales, sociales, culturelles qui conduisent un cinéaste à s intéresser aux images, au cinéma, à la réalisation elle-même. Jean-Pierre Jeunet a un univers bien particulier, et ses références, ses chocs culturels dessinent cet univers ou, plus exactement, définissent une famille, des créateurs qui l inspirent au moment de la conception de ses films. Ses images, il les prend aussi bien dans le cinéma d animation (Tex Avery ou Kamler), que chez des dessinateurs de bande dessinée (Tardi) ou des photographes (Doisneau). Parfois, la reconnaissance se fait a posteriori : Goldberg ou Brassaï. Mais ses références sont aussi cinématographiques : ainsi c est Sergio Leone qui lui fait découvrir la jubilation d un cadrage et Marcel Carné la poésie de la ville. [CNDP]
DISCIPLINES, CLASSES ET PROGRAMMES Lettres et arts plastiques, cycle central : On privilégiera un travail sur le langage de la bande dessinée et en particulier sur les titres auxquels Jeunet fait référence; ce, dans l optique de la relation texteimage, telle qu elle est recommandée par les IO et leurs accompagnements. De même que l on visitera l œuvre photographique de Robert Doisneau. Histoire, 3 e : Le professeur interviendra pour prendre en compte la référence au dessinateur Tardi (et sa représentation de la Grande Guerre dans son adaptation du roman de Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit). Bien que les IO recommandent d aborder le cinéma en 3 e (adaptation/transposition), il est généralement convoqué dès la 6 e et à l école primaire. OBJECTIFS DE LA SÉQUENCE Comprendre le concept de culture, ici de culture de l image, des images. Intégrer au cursus l expertise des images fixes et mobiles, des rapports que les créateurs tissent entre elles et aborder la bande dessinée et le film en tant que constructions complexes. L épisode sur Jeunet est un court documentaire relatif à son métier de réalisateur, de «faiseur d images», la notion de genre doit être introduite et la structure du vidéogramme analysée. Convoquer les compétences des collégiens en tant que lecteursspectateurs. Se servir de cette approche individuelle qui leur a permis de développer une culture «plurimédia» par imprégnation, afin de développer une lecture collective experte. MOTS CLÉS Album d images, choc, claque, hasard, idéal, influences, cousinage. VOCABULAIRE PRÉREQUIS Lexique relatif à la profession de réalisateur: plan, animation, argent, ambiance, équipe, studio, cohérence, tricher, beau. THÈMES ABORDÉS Lexique de la BD. Lexique de la photographie. Lexique du cinéma/des métiers du cinéma. 2
DÉCOUPAGE DE LA SÉQUENCE Première partie 00min 00s: Rencontre avec Jean-Pierre Jeunet et ses personnages, qui semblent tout droit sortis d un inventaire à la Prévert. 00min 17s: Les lectures de l enfance : Les Pieds Nickelés, Bibi Fricotin et surtout Bicot et Suzy 00 min 56s: À l adolescence, il découvre le cinéma d animation. TexAvery, extrait, et Delicatessen. 01min 54s: Premier choc : Cœur de secours, un film d animation de Piotr Kamler, 1973, extrait. 03 min 33 s : Deuxième choc : Il était une fois dans l Ouest, de Sergio Leone, photogrammes. 04min 18s: Découverte de l univers de Tardi. 05min 02s: L univers de Doisneau et Delicatessen. Seconde partie 05min 23 s: Des références a posteriori: Goldberg et l invention des machines, extrait de Delicatessen. 05min 23s: Après Le Manège, premier film d animation, découverte de Brassaï. 08 min 36 s: Rendre le film poétique: Quai des brumes, Marcel Carné (extrait). 10 min 02s: Problème: comment filmer Montmartre aujourd hui? 11 min 32s: Qu est-ce qu une image poétique? 12 min 08 s: Delicatessen, 1991, extrait. 3
SUGGESTIONS D EXPLOITATION PÉDAGOGIQUE L album d images de Jeunet À partir des exemples cités par Jeunet, une recherche approfondie s imposera ; le montage alterne des plans du réalisateur interviewé et des plans (trop courts) montrant certaines œuvres de références. Le professeur impulsera l envie d en savoir plus, de creuser et de vérifier les comparaisons, et pour ce, il choisira une ou deux citations du documentaire afin de fonder cette recherche qui devra déboucher sur une analyse (deux à trois séances). La liste qui suit implique une progression qui tient compte de la complexité des langages abordés relativement au niveau de la classe : BD et cinéma : Les Pieds Nickelés (histoire de la BD) en 6 e, 5 e, 4 e, ou bien Voyage au bout de la nuit (Tardi) en 3 e et le cinéma de Jeunet. Tous les niveaux : «Photographie et cinéma : Doisneau et le cinéma de Jeunet» ; «Peinture et cinéma : De Chirico (ou Hopper) et le cinéma de Jeunet» ; «Cinéma et cinéma : Carné ou Leone et le cinéma de Jeunet». On comparera quelques vignettes d un album, quelques reproductions photographiques ou picturales dans une monographie, quelques plans d un film d un auteur cité et des plans conçus par le réalisateur inspiré par ces œuvres. On comparera l utilisation du noir et blanc et celle de la couleur. Les dires de Jeunet Un commentaire s impose, le réalisateur utilise le terme d ambiance: une recherche sur le métier de chef opérateur (ou directeur de la photographie) s impose. Il privilégie le travail en studio (d où son rapport avec les ambiances des univers de Carné): qu est-ce que cette institution apporte à la créativité? Jeunet utilise également le terme de cohérence : la réalisation en studio permet celle-ci mais elle a un coût. Il est alors question d argent: le cinéma coûte cher, surtout en studio. On peut se reporter aux publications du CNC qui livrent des éléments pertinents sur le coût des films. (Une séance) 4
Première partie Jeunet utilise un vocabulaire qui évoque une révolution du regard alors qu il apprenait à regarder : «choc», «claque» sont des mots qui reviennent dans sa bouche. Ces «violences» visuelles lui ont apporté du «bonheur» («Un plan peut apporter du bonheur», à propos d un cadrage de Il était une fois dans l Ouest). Pourtant, s il s agit de violences, on ne meurt pas chez Tex Avery ou dans Les Pieds Nickelés! Il conviendrait de sonder les collégiens et de leur demander de s exprimer oralement puis par écrit en essayant de redéfinir le terme «violence», sur les images qui fondent leur culture médiatique. Une image non-violente peut-elle bouleverser un spectateur? Une contradiction? Le premier court métrage de Jeunet (un film d animation en pâte à modeler) évoque l atmosphère des photographies de Brassaï (série : Paris, la nuit). Le réalisateur n a découvert que plus tard cette filiation due au hasard et il avoue alors : «Si je l avais connu, j aurais pompé allègrement»! Or peu avant, il déclare que les premières œuvres d un créateur s inspirent peu de sa culture: «Quand on débute, on fait moins appel à des influences, après, on se documente». Son expérience (seconde partie du documentaire) ne lui fait-elle pas regretter cette ingénuité première? Seconde partie Les citations relatives au photographe Doisneau (décors, ambiances, personnages cocasses d enfants) précèdent celles qui ouvrent la seconde partie, soit les «machines incroyables» de Goldberg (un plan du documentaire montre le cadre scindé en deux parties : très gros plan fixe sur le visage du réalisateur et très gros plan en travelling sur une page de la monographie consacrée au dessinateur). Il serait formateur d apprendre à fabriquer des images vidéo composites: les caméscopes numériques, les logiciels de montage sur ordinateur autorisent des montages complexes à la portée de novices en la matière. Il serait également intéressant, en arts plastiques, de dessiner la «machine à suicider» en marche et heureusement en panne! montrée dans le fragment de Delicatessen, ou bien de réaliser des maquettes de décors non nécessairement inspirés par la séquence de Quai des Brumes (Carné) à laquelle Jeunet fait référence, mais par certains lieux de La Cité des enfants perdus. L appropriation des codes nécessite à un moment donné une phase d écriture. 5
Filmer Montmartre? Qu est-ce qui permet de comprendre que ce documentaire a été tourné avant la réalisation du Fabuleux Destin d Amélie Poulain? Quelles sont les techniques employées dans cette avant-dernière séquence pour faire alterner la mosaïque de la carte postale? Pendant la durée de ce documentaire, Jeunet reconnaît à ses maîtres en images leur capacité à nourrir son imagination. Cette démonstration impliquerait un axiome contraire : les spectateurs insensibles à l esthétique de ses créations vivraient une incapacité à imaginer. Que doit-on penser de cette affirmation? LIVRET RÉDIGÉ PAR ANDRÉ MENGUY SCÉRÉN-CNDP 2004