Filière vivrière paysanne du Bas-Congo : acteurs, fonctionnement et performance Patience Mpanzu Balomba* RÉSUMÉ Les résultats de cette étude révèlent de nombreuses contraintes inhérentes à la commercialisation des produits vivriers dans le Bas-Congo, l une des provinces de la partie Ouest de la République Démocratique du Congo (RDC). En effet, ses marchés vivriers sont caractérisés par: des infrastructures inadéquates (transport, stockage), des unités de vente non standardisées, un fonctionnement informel, beaucoup d intermédiaires et des tracasseries. Ces contraintes ont pour conséquences notamment des coûts de transaction élevés au niveau des grossistes particulièrement * Doteur en économie agricole de l Université de Liège/Gembloux Agro Bio-Tech et Professeur au Département d économie agricole/faculté des sciences agronomiques de l Université de Kinshasa, B.P. 117 Kinshasa 11. en ce qui concerne le transport (46 à 61% des coûts de commercialisation) avec pour conséquence des marges commerciales importantes (45 à 68 % du prix de gros). L analyse de la performance s est essentiellement appesantie sur l examen de chaines de valeur. Ces dernières montrent une faible rémunération des producteurs ruraux par rapport aux intermédiaires. Malgré cette situation difficile, les acteurs des marchés vivriers s adaptent en développant des stratégies afin d atténuer les impacts de ces contraintes et d assurer le maintien des activités de production et de commercialisation. Quelques recommandations sont formulées à la fin de l étude pour améliorer le fonctionnement et la performance de la filière vivrière du Bas-Congo. 26 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
Filière vivrière paysanne du Bas-Congo : acteurs, fonctionnement et performance 1. INTRODUCTION 1.1. Problématique L'amélioration du sytème de commercialisation et des relations entre les zones de prodution et de consommation contitue une priorité pour atteindre la sécurité alimentaire dans les centres urbains de consommation des pays en développement. En RDC, traditionnellement, l attention de la plupart des gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays était focalisée sur la prodution agricole dont l augmentation a toujours été considérée comme l objetif ultime de la politique agricole. L accent était mis, la plupart du temps, sur les recherches agronomiques visant la mise au point des nouvelles variétés plus produtives et résitantes aux diférents ravageurs, sans beaucoup se préoccuper des conditions de mise sur le marché des productions obtenues et donc globalement du fontionnement du sytème de commercialisation. Avec comme corollaire la tendance à minimiser l ampleur des tâches fatidieuses et souvent délicates que nécessitent l acheminement des produits vivriers de la campagne vers la ville. Depuis l indépendance, le développement agricole de la RD Congo n a cessé d entretenir l espoir d une meilleure autosuisance alimentaire réclamée avec insitance par certains congolais. Il a mobilisé les capitaux, les énergies et les enthousiasmes. Or, il et malheureux de contater que ces espoirs ont été déçus et que la situation s et détériorée au il des temps. Selon la FAO, le nombre de personnes sous alimentées en RDC et passé de 11,4 millions d habitants (29% de la population) pour la période 1990-1992 à 43,9 millions d habitants (74% de la population) pour la période 2004-2006 (Lebailly, 2010). Paradoxalement, la RDC possède un potentiel agricole important qui la place au septième rang des plus importants pays agricoles au monde. Malheureusement, moins de 10 % de ce potentiel et exploité alors que 70 % de sa population vit de l agriculture (Tollens, 2009). L'augmentation de la demande alimentaire a donné une impulsion nouvelle à la commercialisation de la prodution vivrière. Cependant, l acheminement des produits agricoles des zones de prodution vers les marchés urbains et leur ditribution entre les marchés primaires et les marchés de gros posent problème. L enclavement des zones de production prive les populations de l accès aux échanges et les ditances séparant les zones rurales de centres urbains de consommation deviennent le cadre d ativités d une multitude d intermédiaires dont la truture, le comportement et les performances en termes de getion de l information et de pouvoir de marchés, accès aux services des marchés, coûts de transations et marges réduisent la proitabilité des producteurs (Mataki, 2006). A ce niveau de l'analyse, quelques interrogations sont soulevées à savoir: la politique de sécurité alimentaire peutelle être axée uniquement sur l augmentation de la prodution agricole dans les zones rurales? Quel et le circuit de commercialisation suivi par les produits vivriers de la province du Bas-Congo? Comment fontionne globalement la i- lière vivrière du Bas-Congo? Numéro 6 Août 2013 27
Patience Mpanzu Balomba 1.2. Hypothèses Les hypothèses spéciiques que nous émettons dans le cadre de ce papier sont les suivantes : La capacité des zones rurales à répondre à l évolution de la demande alimentaire urbaine ne dépend pas seulement des politiques visant l augmentation de la prodution vivrière; elle serait conditionnée davantage par le mode de fontionnement du circuit de commercialisation liant les zones rurales de prodution aux centres urbains de consommation et de la place occupée par les paysans dans ce sytème d approvisionnement. Ainsi, l opportunité pour le paysan de pouvoir vendre sa prodution vivrière à un prix rémunérateur contituerait un incitant pour produire davantage, cet objetif noble ne semble pas encore le cas à l heure atuelle dans le Bas-Congo. Le circuit de commercialisation des produits vivriers du Bas-Congo, essentiellement informel, serait caratérisé par des mauvaises conditions de mise sur le marché de la prodution vivrière et des contraintes multiples. La recherche de solutions à ces goulets d étranglement aurait abouti à une augmentation subtantielle du nombre d ateurs intermédiaires et pretataires de services. Ce mode de fontionnement se traduit par des faibles performances des ateurs, particulièrement les agriculteurs dont la rémunération représenterait une faible part du prix payé par le consommateur inal. 1.3. Méthode Cette étude et basée sur des analyses empiriques ainsi qu`une démarche indutive (Dépelteau, 2000). La démarche méthodologique et articulée sur deux grandes phases d enquêtes qui ont ciblé 280 paysans produteurs de 5 principaux produits vivriers de la Province du Bas-Congo à savoir le manioc, le maïs, l arachide, la banane plantain et le haricot. Sept territoires du Bas-Congo (Tshela, Lukula, Sekebanza, Songololo, Manza-Ngungu, Madimba et Kasangulu) ont été enquêtés à raison de 40 produteurs par territoire. La deuxième phase a quant à elle ciblé 150 grossites assurant l approvisionnement de Kinshasa en produits vivriers. Les données sur la truture des coûts de transation ont été colletées à travers les enquêtes conduites entre 2008 et 2011 (Mpanzu, 2012) sur les marchés ruraux de la zone de Kimpese (220 Km de Kinshasa) dans le territoire de Songololo et à Kinshasa (marché secondaire de Matadimayo). La igue 1 présente la carte de la province du Bas-Congo avec les territoires enquêtés. Seule province du pays à avoir un accès à la mer, le Bas-Congo couvre une supericie totale de 53 947 km2, soit 2,3% de la supericie du pays. Ceci fait d elle la plus petite Province de la RDC après la ville de Kinshasa. La province du Bas-Congo et bornée au Nord par la République du Congo, au Sud par l Angola, à l Et par la ville de Kinshasa et la Province du Bandundu et enin à l Ouet par l Océan Atlantique et l enclave de Cabinda (PNUD/UNOPS, 1998). Le Bas-Congo et l entité adminitrative de la RDC disposant de plus d infratrutures routières revêtues. En efet, le Bas-Congo, qui ne représente que 2,31% de la supericie de la RDC, dispose du plus long réseau des routes revêtues du pays soit 22% du total national (Bonkena, 2011). 28 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
Patience Mpanzu Balomba FIGURE 2. Modèle «structure-comportement-performance» appliqué à la présente étude (auteur sur base du schéma de Lutz, 1994) Structure du marché vivrier Circuits, acteurs impliqués et conditions de commercialisation Comportement des acteurs Logiques et relations des acteurs, Stratégies d approvisionnement et de commercialisation, Mécanismes de coordination entre acteurs Performance de la filière vivrière Coûts de transaction et Prix à chaque maillon de la filière FIGURE 3. circuit de commercialisation des produits vivriers du Bas-congo (Mpanzu, 2012) p Dans le schéma : (i) Très souvent les ménages des transformateurs sont aussi des ménages producteurs des produits vivriers (cas du manioc en particulier) (ii) La transformation en milieu rural concerne essentiellement le manioc. Généralement le producteur est aussi transformateur. (iii) Intermédiaire technico-commercial assurant le préinancement des frais de transport et de taxes ainsi que la commercialisation des produits agricoles à la place des grossistes propriétaires des marchandises. (iv) Facilitateur chargé du partage (fractionnement) d un produit alimentaire acheté en commun par deux personnes. Il est rémunéré en nature par une certaine quantité du produit fractionné. (v) Il s agit des pousse-pousseurs, porteurs, taxi-bus, taxi, etc. 30 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
Numéro 6 Août 2013 31 Marché primaire Principalement en milieux ruraux (Bas-Congo) Marché secondaire Principalement en milieux urbains (Parkings et Dépôts) Marché tertiaire Milieux ruraux et urbains (marchés municipaux) PRODUCTEURS TRANSFORMATEURS (ii) GROSSISTES DETAILLANTS CONSOMMATEURS Ménages des producteurs (Autoconsommation) Ménages des transformateurs (i) (Autoconsommation) Manutentionnaires Services d Impôts/ Taxes Transporteurs «Maman ou papa manœuvre»(iii) Manutentionnaires Dépositaire/ Parking «Maman Kabola»(iv) Transporteur (v) Service d Impôts/Taxes Filière vivrière paysanne du Bas-Congo : acteurs, fonctionnement et performance
Patience Mpanzu Balomba TABLEAU 1. répartition d activités selon le genre le long de la ilière vivrière Acteur Genre Ampleur de la domination d un genre Producteur Homme, Femme Avec une domination de la femme Transformateur Femme Exclusivité féminine Grossiste Homme, Femme Domination de l homme Détaillant Femme Exclusivité féminine Manutentionnaire Homme Exclusivité masculine Transporteur Homme Exclusivité masculine Dépositaire (chef de parking) Homme, Femme Forte domination masculine «Maman ou papa manœuvre» Homme, Femme Domination féminine «Maman ou papa kabola» Homme, Femme Forte domination féminine Agents administratifs (taxes) Homme, Femme Forte domination masculine La ilière vivrière du Bas-Congo et organisée en trois niveaux: le marché primaire, secondaire et tertiaire comme le montre la igure 3. Dans quelques rares cas les produteurs viennent vendre diretement leurs produits au niveau du marché secondaire à Kinshasa. Cette démarche et motivée par leur souci de bénéicier des prix beaucoup plus rémunérateurs par rapport à ceux perçus dans les zones rurales. L observation du circuit de commercialisation des produits vivriers fait ressortir une certaine répartition de rôle selon le genre. L ampleur de cette répartition de rôle varie d une étape du circuit à une autre. Le tableau 1 présente la répartition de rôle selon le genre dans la ilière vivrière du Bas-Congo. 2.1.2. Rôles des intermédiaires pretataires de services impliqués dans la ilière vivrière Outre les principaux ateurs (Produteurs et Grossites), d autres agents non moins négligeables sont impliqués dans le fontionnement de la ilière vivrière du Bas-Congo. Tout au long du circuit de commercialisation, plusieurs pretataires des services ont été identiiés. Ces ateurs sont le résultat d une longue période d adaptation de la ilière aux multiples contraintes qui jalonnent son parcours. Avec la défaillance des services de l Etat à organiser le sytème d approvisionnement des villes, plusieurs tratégies ont été mises en place par les acteurs de la ilière vivrière dont certaines se sont traduites par l apparition de nouveaux types d ateurs devenus, pour 32 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
Filière vivrière paysanne du Bas-Congo : acteurs, fonctionnement et performance certains, incontournables dans le processus de ravitaillement des grands centres de consommation en produits vivriers. Malheureusement la multiplication de ces ateurs contribue à l augmentation des marges et donc à la rédution de l eficacité du sytème de commercialisation. Dans les lignes qui suivent, les acteurs pretataires de services impliqués dans le fontionnement de la ilière dans son ensemble sont présentés : Lutteurs ou loueurs: assurent le i- nancement de la location des camions et servent d intermédiaires entre les transporteurs et les commerçants. Pour arriver à remplir le camion loué, le «lutteur» doit réaliser le groupage des colis appartenant à plusieurs commerçants appelés «par colis». Transporteurs (Chaufeurs): contituent un des maillons importants dans la commercialisation des produits vivriers. C et eux qui assurent le transport des produits vivriers achetés dans les zones rurales du Bas- Congo vers Kinshasa principalement Chefs de parking: sont les propriétaires des parcelles dans et devant lesquelles se tient le marché secondaire des produits vivriers venant des zones rurales. Chacun d eux et responsable de la sécurité et veille au bon déroulement des transations sur son parking. «Maman/papa manœuvre»: et un intermédiaire technico-commercial assurant le préinancement des frais de transport et des taxes. Ce préinancement lui otroi le droit de vente des produits vivriers pour le compte du grossite au niveau du parking. «Maman/papa kabola» : Facilitateur d échange dont le rôle et d assurer le frationnement d une quantité de produit vivrier acheté en commun par plusieurs détaillants disposant des moyens inanciers limités. Sa rémunération s efetue en nature par une portion du produit frationné. Agents de services de l Etat présents sur les parkings: ils assurent la perception des taxes. Ils sont souvent associés aux tracasseries auxquelles font face les commerçants, les transporteurs et les chefs de parkings. La problématique des taxes illégales se pose à ce niveau avec la présence de certains services de l Etat non habilités à percevoir des taxes. Manutentionnaire: il assure le chargement des camions dans les zones de prodution et le déchargement au niveau du marché secondaire dans les centres urbains de consommation. Cette ativité manuelle et exercée généralement par des jeunes hommes rémunérés au prorata du nombre de colis chargés ou déchargés. Transporteurs des petites quantités au départ du parking pour les lieux de revente : il s agit de porteurs (transport sur la tête), responsables des chariots appelés «pousse-pousses», responsables des camionnettes appelées «taxi-bus» et des taxis. Le type de transport emprunté dépend fortement de la ditance entre le parking (marché secondaire) et le marché de détail. 2.2. Comportement 2.2.1. Fixation de prix au produteur Les résultats d enquêtes montrent que 98 % des produteurs adoptent simplement le prix du marché. Ceci et particulièrement vrai pour les paysans qui Numéro 6 Août 2013 33
Patience Mpanzu Balomba vendent leurs produtions au niveau du marché rural. Les ménages vivant dans des zones enclavées où les camions arrivent diicilement subissent quant à eux les prix imposés par les acheteurs grossites qui les atteignent. Le coût de prodution ne contitue donc pas la base pour la ixation du prix de vente au niveau paysan. La faible monétarisation de l économie des zones rurales et la complexité des ativités agricoles paysannes ne facilitent pas le calcul des coûts de prodution par les producteurs, mêmes pour les plus intruits. De manière générale et quelle que soit la situation du marché, les transations sont toujours conclues après un marchandage de l acheteur. L éloignement des villages par rapport au marché rural hebdomadaire, le manque d infratrutures de tockage et de transformation poussent parfois le paysan à accepter le prix qui lui et proposé évitant ainsi de rentrer au village avec les invendus en in de journée. Cette situation explique des fortes luctuations des prix de produits viviers à la baisse aux diférentes heures de la journée particulièrement lorsque l ofre et importante sur le marché rural, surtout pour les produits périssables. 2.2.2. Fixation de Prix de gros et concurrence Contrairement aux paysans, la ixation du prix au niveau des grossites tient compte dans un premier temps des dépenses engagées tout au long du processus d approvisionnement. Mais en déinitive c et le rapport ofre/demande qui détermine le prix du marché auquel s adaptent les grossites. En efet, selon les conditions du marché (abondance ou pénurie), les tratégies adoptées (collusion ou discrimination) par les grossites lors de la vente peuvent varier. Lorsque il y a une abondance des produits vivriers sur le marché la collusion et diicilement concevable, on assite même plutôt à une certaine concurrence entre grossites pour l écoulement rapide des produits notamment lorsqu ils sont périssables (cas du plantain). Par contre durant les périodes de rareté, la collusion et plus forte et les grossites sont moins lexibles durant le marchandage, les prix sont igés et on assite parfois à une certaine spéculation. La discrimination et les arrangements exclusifs sont donc beaucoup plus rencontrés en cas de pénurie. Dans ces conditions les grossites favorisent des personnes qu ils connaissent ou des parents. Dans ce cas, les transactions entre les deux parties ne reposent plus uniquement sur le simple lien formel Vendeur-Acheteur mais beaucoup plus sur des relations informelles basées sur la coniance. Selon Bourdieu (1980), cette coniance et acquise suite à la réputation gagnée après des transations répétées mais surtout à travers les relations sociales entretenues avec les vendeurs. Ces relations permettent la contitution d un capital social qui et un réseau durable de relations plus ou moins intitutionnalisées d interconnaissance et d interreconnaissance. 2.2.3. Qualités, unités de mesure et arbitrage de mesures lors de la vente L uniformité des unités des mesures et une claire déinition des quantités des produits oferts avec diférenciation des prix sont des fateurs truturels importants pour une bonne performance du sytème de ditribution. En l absence de ces conditions, le temps nécessaire pour 34 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
Filière vivrière paysanne du Bas-Congo : acteurs, fonctionnement et performance les transations d achat et plus élevé, parce qu un contrôle personnel de la qualité et de la quantité et indispensable (Goossens et al, 1994.). Généralement les ateurs impliqués dans commercialisation des produits vivriers du Bas-Congo n efetuent pas des tris par qualité commerciale. Les produits sont donc vendus en vrac. L acheteur et obligé de vériier par lui-même la qualité des produits qu il s apprête à acheter. L absence de certiication de la qualité des produits ainsi que le recours aux unités de vente non tandardisées sont à la base du contrôle et du marchandage sytématiques par l acheteur avant toute conclusion d achat, allongeant par conséquent la durée des transations. Ces unités de vente locales varient d un produit à l autre, d une zone géographique à l autre et même dans le temps. Le recours à la pesée (poids) et inexitant. Pour une même unité locale, la quantité réelle du produit peut varier d un commerçant à un autre. Des cas des disputes entre acheteur et vendeur ont souvent pour origine le fait que les unités utilisées ne sont pas univoques. Il se pose donc un sérieux problème d arbitrage lors de l utilisation des unités non tandardisées. Des cas de tricheries sur les unités dans le chef de certains ateurs ont été rapportés par les ateurs enquêtés. La non utilisation des unités tandardisées et source des conlits et complique l échange. 2.3. Performance Les performances du marché se réfèrent à l impat de la truture et du fontionnement mesurés en termes de variables, telles que prix, coûts et volumes de produits (Bressler et King, 1970). En analysant le niveau des marges et la composition des coûts de commercialisation, on peut évaluer l impat des caratéritiques de la truture et de la conduite sur les performances du marché (Bain, 1968). 2.3.1. Struture des coûts de transation dans le commerce de gros de produits vivriers L analyse de la truture des coûts de transation a montré que les frais de transport (y compris la manutention) contituent la plus grande part des coûts de transation du commerce de gros pour les cinq produits vivriers étudiés. Le coût de transport et fortement inluencé par la qualité des infratrutures routières et celle du parc automobile mais aussi par les diférentes taxes et tracasseries policières que subissent les transporteurs. Les conditions de transport devraient donc contituer un levier important dans la recherche des solutions aux contraintes qui inhibent la performance du sytème de commercialisation des produits vivriers du Bas-Congo. Outre les coûts de transport, les taxes payées par les grossites contituent un deuxième pote important dans l ensemble des coûts de commercialisation. La igure 4 présente la truture des coûts de transation (en %) du commerce de gros des produits vivriers étudiés. 2.3.2. Position inancière des ateurs dans les chaines de valeur La ilière vivrière dans la province du Bas-Congo correspond à des chaînes de valeur à plusieurs étapes : approvisionnement en intrants, prodution, transformation, assemblage et livraison inale. L objet de cette setion et de donner un Numéro 6 Août 2013 35
Patience Mpanzu Balomba FIGURE 4. structure des coûts de transaction du commerce de gros des produits vivriers étudiés : Axe Kimpese (220 Km de Kinshasa) - Kinshasa (marché secondaire de Matadimayo) Cossettes de manioc Plantain Maïs Haricot Arachide gousse 36 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
Filière vivrière paysanne du Bas-Congo : acteurs, fonctionnement et performance TABLEAU 2. Prix nominaux (en UsD*) et relatifs perçus à chaque niveau de chaines de valeur vivrières Manioc Acteur de la chaine Prix de vente/kg % par rapport au prix au détail Producteur (cossettes) 0,34 33% Grossiste (cossettes) 0,62 61% Détaillant (farine de manioc : fufu) 1,02 100% Plantain Acteur de la chaine Prix de vente/kg % par rapport au prix au détail Producteur 0,25 25% Grossiste 0,78 78% Détaillant 1 100% Maïs Acteur de la chaine Prix de vente/kg % par rapport au prix de détail Producteur (maïs grain) 0,19 19% Grossiste (maïs grain) 0,36 37% Détaillant (farine) 0,98 100% Haricot Acteur de la chaine Prix de vente/kg % par rapport au prix de détail Producteur 0,69 39% Grossiste 1,47 84% Détaillant 1,76 100% Arachide Acteur de la chaine Prix de vente/kg % par rapport au prix de détail Producteur (arachide gousse) 0,29 14% Grossiste (arachide gousse) 0,74 36% Détaillant (arachide décortiquée et torréfiée) 2,08 100% aperçu de la position inancière des principaux ateurs impliqués dans la chaine de valeur à savoir le produteur, le grossite et le détaillant. Cette position i- nancière et analysée à travers la part du prix au détail que chaque ateur perçoit. * USD = 900 FC Globalement, comme le montre les données du tableau 2 les prix de vente aux produteurs ne dépassent pas 39% des prix de détail. L arachide, le manioc et le maïs font partie des produits vivriers qui sont le plus transformés parmi les cinq étudiés c et-à-dire des produits avec un potentiel de valeur ajoutée. Numéro 6 Août 2013 37
Patience Mpanzu Balomba En ce qui concerne le manioc, le produteur ne reçoit que 33% du prix de détail et cette rémunération doit couvrir, en principe, son coût de prodution et son proit. Le grossite, par contre, perçoit 61% du prix de détail. Toutefois, il et important de signaler qu au niveau du grossite, outre le prix d achat au produteur, les coûts de transation sont non négligeables et servent à rémunérer, outre le grossite lui-même, les diférents intervenants et pretataires de services (transport, manutention, parking, taxes, etc.) qui rendent possible l acheminement des produits vivriers de zones de prodution vers les centres de consommation. Ces coûts ont pour conséquence des marges élevées au niveau du grossite mais qui ne traduit en rien des proits élevés du commerce de gros. La rémunération du grossite dépend aussi des quantités vendues qui doivent être relativement importantes pour compenser la faiblesse des proits due aux coûts de transation. Ces derniers sont plus importants au niveau du grossite (0,18 USD/Kg) comparés à ceux du détaillant (0,05USD/Kg). Le plantain et un produit qui, généralement, ne subit aucune transformation dans la province du Bas-Congo. Dans le processus d approvisionnement de la ville de Kinshasa, la plus grande marge commerciale et rencontrée au niveau des grossites à cause du nombre important d ateurs engendrant ici aussi des coûts de commercialisation élevés. Le plantain fait partie des produits alimentaires de luxe à Kinshasa, ce qui explique le niveau élevé de son prix de détail. Le produteur, quant à lui, ne reçoit que le quart du prix au détail à Kinshasa. Pour ce qui et du maïs, le proit (0,51 USD/Kg) au niveau du détaillant/ transformateur et de loin supérieur à celui du grossite (0,02 USD/kg). Cette diférence et vraisemblablement due à la valeur ajoutée apportée par la transformation du maïs grain en farine et la faiblesse de coûts de transation dans le commerce de détail. En ce qui concerne le produteur, le prix qu il reçoit ne représente que 19% du prix de la vente au détail de la farine de maïs. La seule transformation que subit le haricot et le séchage et le décorticage efetués au niveau du produteur. Les coûts de transation au niveau de grossite (0,15 USD/Kg) sont supérieurs à ceux du détaillant (0,02 USD/Kg). Par contre le proit que réalise le grossite et supérieur (0,63 USD/Kg) à celui du détaillant (0,27 USD/Kg). Le proit du grossite représente plus du double de celui du détaillant. L absence de la transformation au niveau du détaillant peut expliquer en partie ce faible proit au détail. Enin, le prix au produteur représente 39% du prix de vente au détail ce qui représente la part la plus élevée reçue par un produteur vivrier sur les cinq produits étudiés. L arachide, comme le manioc et le maïs, fait partie des produits analysés qui subissent le plus des transformations. Le produit inal considéré, dans le cadre de cette étude, et l arachide décortiquée et torréiée. Cette transformation apporte une grande valeur ajoutée à l arachide gousse. Le proit au détail et de 1,07 USD/Kg. Le prix au produteur ne représente que 14% du prix de détail c et-à-dire moins d un cinquième du prix de vente au détail. L analyse de la chaine de valeur de principaux produits vivriers du Bas- Congo a révélé une faible capacité de transformation des paysans. Or les gains économiques et inanciers de la transformation sont évidents. La faiblesse de la 38 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
Filière vivrière paysanne du Bas-Congo : acteurs, fonctionnement et performance valeur ajoutée dans les produits proposés au niveau paysan explique en partie leur faible rémunération par rapport aux détaillants qui vendent aux consommateurs des produits vivriers beaucoup plus transformés comme la farine de manioc et de maïs ou l arachide décortiquée et grillée. En outre, les détaillants bénéicient des faibles coûts de transations par rapport ceux des grossites qui font face à plusieurs dépenses dont la plus importante concerne le transport. 3. RECOMMANDATIONS La nécessité d une politique agricole volontarite contitue la base essentielle pour que les recommandations envisagées servent réellement à améliorer la situation du seteur agricole. L ation politique devrait, pour ce faire, se traduire par l afetation des ressources de l Etat vers le seteur agricole qui a un grand potentiel d efet multiplicateur sur l économie du pays. Si les préalables d ordre politique évoqués ci-dessus sont réunis, c et alors les quelques recommandations retenues ici pourraient être d une contribution non négligeable dans l atténuation des problèmes qui se posent dans la ilière vivrière du Bas-Congo en particulier mais aussi de l ensemble de la RDC. Il s agit de : la dynamisation des associations paysannes et coopératives pour permettre aux produteurs de tirer proit des économies d échelle et de réaliser des ativités diicilement réalisables de manière isolée; la réhabilitation des infratrutures de transport pour désenclaver les zones de prodution, augmenter les opportunités de vente pour les paysans et permettre une évacuation plus aisée de la prodution vivrière paysanne; la mise en place des infratrutures de tockage et de transformation en vue de faciliter l entreposage, la conservation de la qualité des produits et surtout la création de la valeur ajoutée; la mise en place d un sytème inancier d appui à la ilière vivrière pour l acquisition des semences et des équipements performants; la mise en place d un Sytème d information sur le marché des produits vivriers en vue d informer les produteurs sur les opportunités alternatives de vente de leurs produtions et les conditions de marché (prix, quantités ofertes et vendues, etc ); la tandardisation des unités de mesure pour réduire le coût de transation lié à la vériication de l unité de vente; l adaptation de la iscalité des produits vivriers au volume de transaction et la lutte contre les taxes illégales qui limitent l accès au marché de petits produteurs et marchands ; la décentralisation et la redynamisation des services de vulgarisation agricole pour une présence plus forte et eiciente des encadreurs techniques dans les zones de prodution; la professionnalisation des producteurs agricoles ain d améliorer leur performance ainsi que la rentabilité de leurs ativités de prodution. 4. CONCLUSION La commercialisation des produits vivriers dans le Bas-Congo évolue dans un cadre intitutionnel et organisation- Numéro 6 Août 2013 39
Patience Mpanzu Balomba nel qui ne facilitent pas la performance des ateurs. Les tratégies développées sont une réponse à un contexte des marchés vivriers caratérisé par plusieurs contraintes notamment un sytème d information déicient, des unités de vente non tandardisées, une détérioration avancée des infratrutures de commerce, l enclavement de certaines zones de prodution, les tracasseries, etc. Malgré leurs diiciles conditions de travail, les paysans du Bas-Congo continuent à nourrir une frange importante de la population congolaise et pourraient le faire davantage si la volonté politique dans le sens de l amélioration de leurs conditions de travail, spécialement lors de la mise sur le marché des produtions réalisées, était efetive. Pour ce faire, le gouvernement doit remettre l agriculture au premier plan de ses ambitions en otroyant au seteur agricole un budget conséquent devant inancer une large gamme d ativités ; de la recherche agricole à la commercialisation des produits agricoles en passant par la vulgarisation, l encadrement des agriculteurs, la formation des techniciens, les invetissements dans les infratructures et le développement rural. Les paysans sont des ateurs économiques à part entière et donc capables de comprendre et surtout de répondre aux signaux et incitants émis par le marché et le pouvoir public visant la rationalisation de la ilière vivrière. Ils peuvent donc se professionnaliser si le cadre nécessaire pour l entreprenariat privé et mis en place dans les zones rurales et les centres urbains, principales detinations des produits vivriers commercialisés. Le développement agricole de la RDC dépend fortement de l amélioration du revenu au niveau paysan. D où la nécessité d accroître les invetissements publics et de créer les incitations à l investissement privé dans le seteur agricole ain d améliorer, notamment, les ativités pot-récolte. La politique agricole devrait donc avoir pour but ultime de rendre le milieu rural attrayant et les produteurs paysans de plus en plus professionnels. 5. BIBLIOGRAPHIE Bain j. S. (1968). Indutrial organization. 2ème edition, john wiley and sons, new york. Bonkena B. (2011). Routes rurales et développement socio-économique de la région de Mayombe (Ouet-RDC). Mémoire, ULG-Gembloux Agro-Bio Tech/FUCAM/UCL, 120 p. Bourdieu P. (1980). Le capital social : notes provisoires. Ates de la recherche en sciences sociales, volume 31, n 1, pp. 2-3. Bressler R. and King R.A. (1970). Markets, prices and international trade. NY, USA, John Wiley and Sons. Delpeteau F. (2000). La démarche d une recherche en sciences humaines : de la quetion de départ à la communication des résultats. Presses de l'université de Montréal et Deboeck université, Paris/Bruxelles, 436 p. DFID. (2008). Making value chains work better for the poor : a tool book for pratitioners of value chain analysis. 145 p. Goossens F. Minten B. et Tollens E. (1994). Nourrir Kinshasa. L approvisionnement local d une métropole africaine. Editions L harmattan, Paris, 351 p. Lebailly P. (2010). Cinquante années de dépendance alimentaire en RDC : situation et perspetives, contributions de la formation et de la recherche agronomiques au développement durable du 40 DOUNIA, revue d'intelligence stratégique et des relations internationales
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