Madame Boutterflou Comédie musicale ou Pièce de théâtre (sans les chants) en trois actes déposée aux Archives Départementales du Var et à la SACEM de Dolores WEBER 331 chemin de la Garrigue 83300 Draguignan Tél. 04 94 50 97 92 - Fax : 04 94 68 60 13 - ariabis@orange.fr Durée approximative : 75 à 90 minutes Caractéristiques 8 à 10 femmes - 3 ou 5 hommes - Décor : salon modeste (3 chaises) Costumes : au choix - Genre : Comédie - Tout public 1 Distribution ROSALIE MARIE MAGALI FINE FÉLICIE Mme ESTOUFFIGUE Mlle Nine FABRE Mme LOPEZ Mlle GRÉGOIRE Mme BOUTTERFLOU DÉDÉ (rôle facultatif) RENATO (rôle facultatif) CÉSAR TONIN ÉMILE femme de César et mère de Marie (ou sœur ou tante) fille de Rosalie (ou sœur ou nièce, selon l'âge) sœur de Rosalie soubrette de Rosalie soubrette de Mme Boutterflou prétendante au mariage (allure ridicule) prétendante au mariage (allure sportive) prétendante au mariage (accent pied-noir) prétendante au mariage (prêchi-prêcha) prétendante au mariage prétendant travesti italien (coup de foudre pour Magali) mari de Rosalie ami de César ami de César RÉSUMÉ Rosalie veut divorcer d'avec César. Ce dernier impose une condition. Elle doit lui choisir une nouvelle femme Il s'ensuit un défilé de prétendantes. Un vrai cauchemar. Quand César s'éprend de Madame Boutterflou, Rosalie va tout faire pour retenir son mari. (Plusieurs versions en fonction du nombre d'acteurs) La vraie réussite est celle que l'on partage. Elle ne repose ni sur l'intérêt, ni sur l'ambition personnelle. Dolores WEBER
2 ACTE I SCÈNE I ROSALIE MARIE La scène représente une terrasse. Décor : une table, trois fauteuils et un chevalet, côté jardin. (Entre parenthèses : les expressions provençales) Rosalie entre et s arrête devant le tableau posé sur le chevalet. ROSALIE : Quelle horreur, ce tableau! Marie entre. MARIE : Bonjour maman! ROSALIE, scandalisée : Oh! Ma fille, comment es-tu habillée? Les genoux dehors! On dirait que tu sors de la rue Tubaneau ou du cours Belsunce! (Rues chaudes de Marseille.) MARIE : Tout de suite les grands mots... ROSALIE : Tu t'es regardée? MARIE : C'est la mode, maman. De nos jours, toutes les femmes portent des jupes courtes. Ça met les jambes en valeur. ROSALIE : Parce que tu veux les vendre, tes jambes? Et ce décolleté? Tu exposes la naissance de tes seins! MARIE : Pour les voir, il faudrait une sonde. Et, quand bien même? ROSALIE : On commence par montrer ses jambes et sa gorge et après, on découvre le reste, ma fille. MARIE : Maman! Tu es encore jeune. Vis avec ton âge. Le monde change. ROSALIE : Pas en mieux! MARIE, en se souvenant soudain : Tiens, à propos de changement, Amédée et moi, on divorce. ROSALIE, suffoquée : Comment (Comme)! Ça fait un mois que vous êtes mariés. Vous venez juste de rentrer de votre voyage de noces à Venise! MARIE : Tu as bien quitté papa au bout de quinze jours de mariage parce que ça n'allait pas, puis, tu t'es rabibochée. ROSALIE : À cette époque, c'était mal vu. Dans tous les ménages, il y a des hauts et des bas. Aujourd'hui, vous ne savez plus vous aimer. À la moindre contrariété, vous en faites un drame en quatre actes. MARIE, en se moquant : Tu peux en parler! Le vôtre, il y a quarante ans que vous le jouez. Vous ne vivez pas ensemble, vous cohabitez, vous coexistez. ROSALIE : Nous coexistons? MARIE : Oui. Vous, vous supportez, par habitude ; vous êtes victimes de votre routine pantouflarde...
ROSALIE : Pantouflarde! 3 MARIE : Vous attendez quoi? Un veuvage? ROSALIE : Là, tu vas trop loin, Marie. Tu entends comment (comme) tu parles? Quand je pense qu'on t'a envoyé à l'institution Sainte-Marie Auxiliatrice pour parfaire ton éducation! MARIE : Cela n'a rien à voir avec ma vie de femme. ROSALIE : Et que s imagineront les gens? Ils n'ont pas encore digéré les «estouffades» (agneau cuit à l étouffé) et les petits-fours du banquet MARIE : Ils diront ce qu'ils voudront. La langue n'a pas d'os, alors, ils pourront bavarder (barjaquer). ROSALIE : Toi, les préjugés ils ne te bouchent pas les oreilles. MARIE : Sûrement pas. ROSALIE : Après tout le remue-ménage (tintouin) que nous avons fait pour tes noces! Ta robe de mariée, qui a coûté les yeux de la tête... Qu'on a payé! MARIE : Comme! C'était celle de ma cousine Héloïse! ROSALIE : Oui, et alors, elle ne l'a portée qu'une fois! Et celles des demoiselles d'honneur... Qu'on a payé! Et la cérémonie! MARIE, moqueuse, en la coupant : Qu'on a payé! ROSALIE : Et le banquet dans la meilleure auberge du pays... MARIE, toujours moqueuse : Qu'on a payé! ROSALIE : Sans oublier que je t'ai montée en ménage jusqu'à la plus petite cuiller à café. Va (Vaï)! Tu me fends le cœur. MARIE : Mais ce n'est pas grave, maman. Amédée retourne chez sa mère et moi je garde l'appartement. ROSALIE : Vous avez perdu la tête. MARIE : J'ai une belle situation. Je referai ma vie. Mais, toi aussi, tu pourrais être heureuse! ROSALIE : Qu est-ce que tu racontes? MARIE : Tu te plains constamment de ta condition. Tu attends quoi? Tu n'as qu'une vie! ON NE VIT QU'UNE FOIS (chanté, récité ou supprimé) On ne vit qu une fois, Chaque jour, sa vie Oui! On ne la vit qu une fois. Si belle, autrefois Elle s est bien assombrie,
4 Et dans mon désarroi, Je sens qu elle m a trahie. On ne vit qu une fois Chaque jour, sa vie Oui! On ne la vit qu une fois. Ma fille a raison, Le temps passe si vite, Et dans cette maison, Je coexiste. On ne vit qu une fois Chaque jour, sa vie Oui! On ne la vit qu une fois. ACTE I SCÈNE II ROSALIE CÉSAR César entre, des pinceaux à la main. Son tablier est tout taché de peinture. Il se tient devant le chevalet. ROSALIE, acide : Tu vas encore peindre? CÉSAR : Oui (Voui). ROSALIE : Perdre ton temps à barbouiller! Quel inconscient (Qué jobastre)! CÉSAR : Ooooh! Arrête de me faire du vent. Je sens que tu me cherches des histoires (des garouilles). ROSALIE : Moi, je te cherche garouilles? Hou! Si je te disais tout ce que j'ai sur le cœur... CÉSAR : Ne t'en prive surtout pas sans quoi ça va te descendre sur l estomac (sur l'estomaque). ROSALIE : Il y a longtemps que ça m'est tombé sur le nombril (sur l'embouligue). CÉSAR : Alors, pour que ça ne dévale pas plus loin, ne parle plus. ROSALIE, après un court silence : Dans cette maison, mon seul droit est celui de me taire. CÉSAR : Rosalie! Tu devrais en profiter davantage. ROSALIE : Oh fan! Quarante ans que je te supporte avec ton air d hypocrite (de deux airs). Ah! Si j'avais épousé (encapé) le Simon! Quel beau mariage j'aurais fait! Lui, au moins (au moinsse), il était riche, et il m'aimait. CÉSAR : N'y pense plus, sinon tes douleurs vont te ressortir. ROSALIE : Comme? C'est toi qui me rends malade et tellement malade... Si, si, tellement malade, que je veux divorcer. CÉSAR, étonné : Divorcer? C'est la nouvelle du jour. Tu as encore des souris (des garis) dans la tête, ma fille.
5 ROSALIE : Non. Je te parle très sérieusement César. Je veux vivre autrement. Vivre avec un homme... CÉSAR, en la coupant : Ah! Parce que moi, je ne suis pas... ROSALIE, en le coupant : Non. Je vis à côté d'un homme, c'est différent. CÉSAR : Tu dis des bêtises tellement idiotes, que ça me lève la parole. ROSALIE : Oh pétard! Si seulement ça pouvait te lever la peau pour travailler! Tu fais quoi tous les jours? Rien... Té! Ce matin, tu as déjeuné en lisant le Petit Journal, puis tu es sorti faire un tour en ville. À midi, nous avons mangé, sans un mot parce que tu écoutes «Sur le banc» avec Jeanne Sourza, puis «Ça va bouillir» et après, ça t est égal (tu t-en fouti), il faut se taire pour les nouvelles. CÉSAR : Tu les écoutes aussi. ROSALIE : Obligée, la radio est à côté de la table et comme tu es plus sourd qu'un pot en terre (qu un toupin), fan! Pour les entendre, je les entends. CÉSAR : Rosalie! Arrête... ROSALIE, en continuant : Ensuite, tu montes faire la sieste. CÉSAR : Coquin de sort (Coquin de pas Diou), si à mon âge, je ne peux pas me taper un petit roupillon après le repas. ROSALIE : Une fois bien reposé, de quoi, je me le demande? Tu essayes de peindre. Perdre des heures à imiter Picasso! Quelle bêtise! CÉSAR Oh! Tu m étouffes (Tu m'estouffes), Rosalie. ROSALIE : Je n'ai pas fini... Ensuite, tu joues aux boules ou aux cartes avec tes copains et enfin, on dîne, avec «la famille Duraton»... Et quand tu m'adresses la parole, c'est pour rouspéter (rouscailler)... Mais qu'est-ce que je suis dans ton emploi du temps? Une potiche? Un caprice? CÉSAR : Tu me rappelles ma tante Philomène, celle qui est morte des trois sueurs. ROSALIE : Quel rapport avec moi. La pauvre (La pôvre), que Dieu ait son âme, elle avait une «tête de lait caillé». CÉSAR : Elle, aussi, elle souhaitait divorcer. Mais, quand son mari a pris une maîtresse... ROSALIE, en le coupant : Oh! Bonne Mère! Moi, si tu acceptes de divorcer, tu pourras me tromper avec qui tu voudras. CÉSAR, moqueur : Ah! Parce qu'une fois séparé... ROSALIE, en le coupant : Oui, tu pourras refaire ta vie. César, c'est simple, si tu es d'accord, on fait de suite les papiers et après, je m'installe chez ma mère. CÉSAR : Va chez elle et allez au diable (à Cuges) toutes les deux. ROSALIE : Pourquoi tu nous envoies au diable? Qu'est-ce qu'elle t'a fait, ma mère?
6 CÉSAR : Rosalie, tu es en train de faire des histoires pour rien (de tuer l'âne à coups de figues). ROSALIE : Tu me romps la dévotion. CÉSAR : Va cuver tes aigreurs ailleurs et laisse-moi finir ma peinture. ROSALIE : Pas avant que tu n'aies accepté de divorcer. CÉSAR, énervé : Oh! Non de non! Fiche-moi la paix. ROSALIE : Et bien, je me mets en grève de la faim. CÉSAR : Comme ça, tu ressembleras à une morue salée (estoquefiche). ROSALIE : Réponds-moi. C'est oui ou c'est non? CÉSAR : Tu radotes (Tu pantaïes) et ça me fatigue. ROSALIE : Vé! Puisque tu ne veux rien entendre, je vais me choisir un amant. Et tu seras cocu. Voilà... Avant, je te pose encore la question : tu préfères divorcer ou être cocu? CÉSAR : C'est un monde (Es coucarin), cette femme. Je ne préfère rien. ROSALIE : Vé! Je prépare ma valise et je te laisse. Réfléchis César, cocu, tu le seras. CÉSAR : Oh! Pas si vite! Cocu, cocu, il faut être trois. ROSALIE : Nous sommes déjà deux. CÉSAR : Il te manque le troisième, et à ton âge! ROSALIE : Pourquoi? Tu me vois vieille? CÉSAR : Non, encore, que je peux me fourvoyer. ROSALIE : En moins de trois jours, je t'aurai trompé, je te le promets. CÉSAR : Quelle tourte (Qué fadade)! (Conciliant) Écoute Rosalie, pour te faire plaisir, je veux bien divorcer, mais j'y mets une condition. Je dois me trouver une autre femme. ROSALIE : Une autre femme! Tu n'as pas une minute à toi pour la chercher. CÉSAR : Présente-moi tes amies et je choisirai. ROSALIE : Eh ben! Ce n'est pas le culot qui t'étouffe. Va! Tu as de la chance... Pour te quitter, je suis prête à faire n'importe quoi (en esquissant une sortie) et même à te présenter des femmes, de préférence une qui me ressemble, pour ne pas te traumatiser, parce que, dans le fond, je t'aime bien. Elle sort. CÉSAR, au public : Elle me prend pour un imbécile (un fadoli)! Une qui lui ressemble! Dieu garde! ACTE I SCÈNE III
7 CÉSAR TONIN ÉMILE puis FINE Tonin entre, suivi d Émile. CÉSAR : Bonjour Tonin! L'Émile n'est pas avec toi? TONIN, en s'asseyant : Voui! Il arrive lentement (plan-plan), comme d'habitude. CÉSAR, en s'asseyant : Ça ne m'étonne pas, il est encore plus paresseux (mouligas) que moi, et ce n'est pas peu dire! ÉMILE, entrant au début de la réplique : J'entends que vous parlez de moi. CÉSAR, à Tonin : Ce bougre d âne (bougre d'aï), il se reconnaît de suite. ÉMILE, en s'asseyant et distribuant les cartes : César, je ne te fais pas concurrence. TONIN, à César : Remarque, qu à sa place, je ne me priverais pas. Il est célibataire! ÉMILE : Hoï! Tonin! Tu es veuf et libre. TONIN : Ce n'est pas pareil! Tu es riche et moi non. CÉSAR : Alors, on se la fait, cette partie ou vous «jouez» à la parlotte! TONIN, en jetant une carte : Le roi de trèfle. ÉMILE : César! Tu as l'air soucieux. Tu n'es pas malade? CÉSAR, en jetant une carte : Non. Silence général. ÉMILE, en jetant une carte et en ramassant le pli : Tu t'es encore disputé avec la Rosalie. CÉSAR : Voui Que j'ai même failli lui retourner une gifle (un pastisson). TONIN : Un pastisson? ÉMILE : Pourquoi? Peuchère CÉSAR : Parce que Madame veut se dé-ma-ri-er. TONIN : Se dé-ma-ri-er? T inquiètes Ça lui passera. Tu sais, une fois sur l'oreiller Chacun conserve ses cartes à la main sans jouer ÉMILE : Une fois sur l oreiller, il ronfle. CÉSAR : Cette fois-ci, c'est sérieux, mes amis. ÉMILE : Tu plaisantes (Tu galèges)! CÉSAR : Non! Si je n'accepte pas de divorcer, elle a juré de me faire cocu. ÉMILE, en riant : Tu parles! CÉSAR : Tu te trompes Émile, je la connais.
8 TONIN : Eh ben! Pour l'honneur, vaut mieux t'en séparer. César, une femme entre dans ta vie, c'est une jubilation. Elle en sort, c'est une bénédiction. ÉMILE, à Tonin : Et c'est toi qui dis ça! Tu es fada! Être cocu, c'est moins (moinsse) pénible que de vivre seul. D'ailleurs, il ne serait pas le premier. Le Marius du quartier des Faïsses, Félix, Petit Louis, et les autres TONIN, en le coupant : Avec leurs cornes, ils rempliraient un grand panier (un couffin de limaçons). ÉMILE : Cocagne, ils sont cocus et contents. TONIN : Parce qu'ils ne le savent pas. CÉSAR : Il n'est pas question que je sois (soille) cocu. ÉMILE : Alors tu divorces? CÉSAR : J'ai bien réfléchi, Tonin. Des parties, ce n'est pas ce qui manque. Je pourrais m'en choisir une moins vieille. ÉMILE : Qui te fera plus vite cocu. CÉSAR : Peut-être. Mais, je ne perdrais pas la face. ÉMILE : Comme? CÉSAR : Émile, si la Rosalie me trompe, tout le monde pensera : Le César, il ne monte plus les côtes. Tandis que, si c'est une jeune femme qui me fait cocu, on dira : le César, il commence à s'essouffler. Tu saisis la nuance. ÉMILE : Non, pas trop. TONIN : César, si tu ne la veux plus, j'aimerais bien l épouser (me l'encaper) pour ne plus être seul CÉSAR : Oh! bou Diou, avec cette enquiquineuse (rompe datti), tu la regretteras, ta solitude. Elle a un caractère tellurique. C'est un cataclysme, pire que l'érosion du plateau de Canjuers. Et puis, entre-nous, au lit TONIN, anxieux, en le coupant : Ah! CÉSAR : Rassure-toi, Tonin, ce n'est pas ce que tu imagines. Elle est aussi froide qu'un sorbet. TONIN : J aime mieux ça. À mon âge! CÉSAR, dubitatif : Ah! Déjà? TONIN, résigné : Eh oui (silence) Parce que toi? CÉSAR, macho : Ah! Non! ÉMILE : Il y a un proverbe qui rapporte qu'être bigame, c'est avoir une femme de trop. Si je comprends bien, être monogame aussi. C est sans doute pour cela que je ne me suis jamais marié. TONIN : Parce que tu n as pas trouvé le bon numéro.
9 CÉSAR : L'institution du mariage est souvent étrange. Les célibataires veulent y entrer, et les hommes mariés cherchent à en sortir. Fine, mal coiffée, apparait avec un balai, curieuse. CÉSAR, en se levant et à ses amis : Cette ébouriffée (espelouffie), elle fait l idiote (l'estassi) pour savoir ce qui se passe. (À Fine) Oh! Fine, va changer le tuyau de place au jardin. FINE : Mais je n ai pas fini. CÉSAR, en la poussant dehors : Allez! Zou! Zou! IL VAUT MIEUX ÊTRE COCU (chanté, récité ou supprimé) TONIN : Il vaut mieux être cocu que rester seul tous les jours. J en connais qui le sont bien et qui vivent sans amour. CÉSAR : Mais il n est pas question que des cornes, je porte ; Moi, je vais me chercher une jeune femme qui me conforte. ÉMILE : Fan de pas Diou! Tu le sais bien, elle te fera vite cocu ; Ça c est sûr y as-tu pensé? Tu dois être convaincu. CÉSAR : Et que m importe! J aurai sa jeunesse Pour embellir les jours de ma vieillesse. TONIN : Oh! César, tu as raison, il faut prendre du bon temps C est pour ça que les cocus, sont toujours contents. TOUS : C est pour ça que les cocus, sont toujours contents. CÉSAR : Allez, mes amis, venez! On va finir la partie au salon, ici, la Fine nous épie (espinche). Ils sortent. ACTE II SCÈNE I FINE FÉLICIE puis ROSALIE MAGALI Félicie entre. Fine balaye. FÉLICIE : Tu es encore avec le balai (l'escoube) à la main? FINE : Ici, ma pauvre! Tu ne tiendrais pas deux jours. Regarde le carrelage (les malons). Ils entrent avec les souliers du jardin plein de terre et il faut toujours leur courir derrière avec le balai. Ils ne savent pas la chance qu'ils ont, de m'avoir! FÉLICIE : Parce que tu es bien bête. Moi, tout leur désordre (pâti), je leur laisserais au milieu. FINE : On ne se refait pas. Je ne supporte pas la saleté. FÉLICIE : L'essentiel, c'est que tes patrons te supportent. FINE : Ça, il manquerait! Oh! Félicie, tu n'es pas venue me parler de mon caractère?
10 FÉLICIE : Ne te fâche pas! Je plaisantais... Ce que tu peux être chatouilleuse! FINE : Je suis comme je suis et je n'essaye pas de me grandir en rapetissant les autres. Jamais je ne t'ai dit qu'avec ta façon de t'habiller, tu te ressembles à une bringueuse. FÉLICIE : Tu ne te gênes pas pour me l'apprendre, et tu vois, je n en suis pas vexée. En revanche, toi (fan de chichourle), avec un mot, tu en tricotes cent et à force de te monter la tête (le bourrichon) tu es en train de te plisser la figure comme une figue sèche. FINE : Oh! Félicie! Si tu viens me cherches des poux dans la tête, retourne chez toi. FÉLICIE, conciliante : Fine, je suis là parce que j'ai vu Madame Rosalie entrer chez Madame Lespinette. FINE, subitement intéressée : Ma patronne, chez Madame Lespinette? L'entremetteuse? Je me demande pourquoi! FÉLICIE : Sûrement pas pour réciter le chapelet. FINE : Tu as raison. Félicie, je peux te confier un secret? Tu ne le répéteras pas? FÉLICIE : Tu connais ma discrétion. FINE : Justement (Hésitante, au public) tant pis, je le lui dis quand même. (À Félicie, en confidence) Mes patrons se sont disputés hier et Madame Rosalie a fait ses valises. FÉLICIE : Ce n'est pas possible! FINE : Que j'en suis restée aussi molle qu'une serpillère (qu une estrasse) mouillée, et même, que ça m'a levé le cœur. FÉLICIE : Ouille ouille ouille! Elle va quitter César! C'est vrai, qu'ils sont dépareillés. La Rosalie, c'est de la dynamite (un tronc de l'air), et lui, un paresseux (un paressous). FINE : À leur âge quand même! FÉLICIE : Ma patronne, elle s est rendue pareillement chez Madame Lespinette. Ça me tire soucis. FINE : Madame Boutterflou? Alors, c'est une épidémie. FÉLICIE : Figure-toi qu'hier, elle est rentrée plus tôt que prévu et elle a trouvé Adélaïde dans son lit avec le Marius. FINE : Oh fan! FÉLICIE : De rage, elle a jeté toutes les affaires de l'adélaïde par la fenêtre en criant : sale traînée, sale traînée (sale radasse, sale radasse). Fallait voir l'adélaïde courir toute nue dans la rue pour les récupérer. C'était un spectacle du Casino de Paris! FINE : Mon Dieu! (Bou Diou!)!
11 FÉLICIE : Elle n'a pas de chance, Madame Bouterflou ; veuve, après six mois de mariage et trompée en plein concubinage. FINE : Félicie, la vertu c'est une chose tellement rare FÉLICIE, en la coupant : Qu'elle n'est pas cotée en bourse. FINE : Et que faire? (Et qué faïre)? IL VAUT MIEUX RIRE Il vaut mieux rire que pleurer, quand la tête résonne Même si notre vie est triste à mourir. Il vaut mieux rire que pleurer, sinon on s empoisonne Soyons toujours gaies et laissons courir. Je ne suis qu une soubrette, Bien proprette et coquette. Et pourquoi s en faire en plus, Allons, chantons, en chorus. FINE ROSALIE MAGALI ACTE II SCÈNE II Rosalie et Magali entrent et prennent place autour de la table. On entend Fine dans la coulisse. Rosalie se dirige vers la porte et revient. ROSALIE, à Magali : Je l envoie changer le tuyau de place au jardin pour l'empêcher d'écouter aux portes. MAGALI : Alors, une fois de plus, tu t'es chamaillée avec César! ROSALIE : Magali, nous allons divorcer. MAGALI : Encore? ROSALIE : Mais, cette fois-ci, c'est pour de bon. MAGALI : Et César accepte? ROSALIE : Oui. MAGALI : Rosalie, César et toi, vous vous supportez depuis votre mariage. Vos disputes, ça fait partie de votre vie. Il a des défauts, comme nous tous. Mais, toi aussi, tu n'es pas une sainte. Tu es maniaque et tu râles toujours. Tu l assomes (Tu l'ensuques). ROSALIE : On ne se parle plus. MAGALI : J'en déduis que vous ne savez plus communiquer. César t'aime. ROSALIE : Il m'aime? Quand? Il s'aime tellement lui-même qu'il n'a pas le temps d'aimer les autres. MAGALI : Tu te fais des idées
12 ROSALIE : Et puis, il y a autre chose. Il me délaisse, Magali. Des fois, il se couche sans me dire bonsoir, sans m'embrasser et lorsqu il me parle, il aboie. Moi, j'ai besoin de tendresse et d'affection. Lui, tout ce qui l'intéresse, c'est le «ploum ploum tralala» et encore, quand il peut, quand il pleut et quand je veux! MAGALI : Oh! (Maï!) Ça en fait, des conditions! As-tu bien réfléchi? T'as pas le sou. Comment vas-tu vivre? ROSALIE : Je me remarierai. MAGALI : Avec qui? À ton âge, pour s en attraper un! C est une loterie. ROSALIE : Des fois, on gagne. MAGALI : Ma pauvre! Tu es d'une naïveté déconcertante. Les hommes, c'est comme les melons, tu le sais bien, il faut en tâter cent pour en trouver un de bon, et encore! ROSALIE : Magali, tu me prends pour une idiote! MAGALI : Ce n'est pas la peine, tu es tellement douée pour cet emploi. ROSALIE : Arrête de me bisquer et ne t'inquiète pas pour moi. D'abord, je dois lui présenter rapidement une femme. MAGALI : Ah! ROSALIE : Oui et Madame Lespinette, la marieuse de la rue Jean Jaurès, elle nous en adresse trois ou quatre aujourd'hui. Nous choisirons celle qui conviendra le mieux à César. MAGALI : Nous? Il n'en est pas question! C'est à César de les recevoir. ROSALIE : Tu n'y penses pas! Imagine qu'il se trompe sur les apparences! Ah non! Je ne voudrais pas ce que César soit malheureux, à cause de moi. Je préfère vérifier sur qui il va «tomber». MAGALI : Ne compte pas sur moi. Je te laisse. ROSALIE : Je te demande simplement de m'assister. Tiens! On vient de sonner Tu ne peux plus partir. MAGALI : Vraiment, Rosalie, tu exagères. ACTE II SCÈNE III ROSALIE MAGALI FINE Mme ESTOUFFIGUE Fine entre. FINE : Madame Estouffigue est là! ROSALIE : Fais là entrer, Fine, et va changer le tuyau de place au jardin. FINE : Je viens juste de le changer! ROSALIE : Et alors! Va le changer encore.
13 Fine sort, en maugréant, puis fait entrer Mme Estouffigue, coiffée d un chapeau garni de fleurs en bouquet assez haut. Allure ridicule. FINE : Entrez, Madame Estouffigue! ROSALIE : Bonjour Madame Estouffigue! ESTOUFFIGUE : Bonjour Mesdames! MAGALI : Bonjour! ROSALIE : Asseyez-vous, je vous prie. ESTOUFFIGUE, très gênée : Si vous permettez, je préfère attendre, debout. ROSALIE : Attendre qui? ESTOUFFIGUE, effarée : Mais la personne qui m'attend! (très surprise) excusezmoi, mesdames, il me semble que je ne suis pas à la bonne d'adresse. MAGALI : Qui cherchez-vous? ESTOUFFIGUE, décontenancée : Quelqu'un (prononcer : quèqun). ROSALIE : Et vous venez pourquoi? ESTOUFFIGUE, ahurie : Eh ben! Je ne sais pas. Je ne sais plus. (En bafouillant) Il faut que je m'en aille... ROSALIE, en lui posant la main sur l épaule, rassurante : Mme Estouffigue, n estce pas Madame Lespinette qui vous envoie? ESTOUFFIGUE, apeurée : Oui. ROSALIE : Alors, vous êtes à la bonne adresse. ESTOUFFIGUE : Ah! C est bizarre, parce que j'ai rendez-vous... ROSALIE : Avec moi! ESTOUFFIGUE : Comme avec vous! ROSALIE : On ne vous a pas mis au courant? ESTOUFFIGUE, affolée : Non, pas du tout. ROSALIE : Ne vous affolez pas, Madame Estouffigue! C est simple, vous êtes ici parce que je désire rencontrer une femme agréable, douce, patiente, aimante... ESTOUFFIGUE : Ne m en dites pas plus. (Au public) Oh mon Dieu! Où suis-je? Si ma mère et mon pauvre mari me voyaient! Moi? Avec une femme? Découvrir ses retraits! (à Rosalie) ah non! ROSALIE : Mais si. Vous êtes la personne que j'attendais. ESTOUFFIGUE : Mais non. ROSALIE : Mais si! Où est le problème? ESTOUFFIGUE, en colère : Madame, quand je me suis entretenue avec Madame Lespinette, il était question qu on me présente un homme et pas une femme.
14 Comment osez-vous me faire des propositions aussi déplacées et aussi inconvenantes? (Vers le public) Avec une femme? On ne me l a jamais fait. Un homme, oui. Mais une femme! Non... Je m'en vais. Elle est complètement toquée celle-là. ROSALIE, en lui courant derrière : Revenez, Madame Estouffigue, il y a un grave malentendu. Asseyez-vous, et laissez-moi vous expliquer! ESTOUFFIGUE : Jamais de la vie. Vous m avez regardée Pour qui me prenezvous? ROSALIE : Ce n est pas la peine d exciter votre esprit. Je n ai aucune intention malhonnête. (L entourant affectueusement) Allez, venez, vous vous méprenez. ESTOUFFIGUE : Ne me touchez pas! Ne me touchez pas! NE ME TOUCHEZ PAS (chanté, récité ou supprimé) Ne me touchez pas, ne me touchez pas! Laissez-moi passer! Quelle affaire! Ne me touchez pas, ne me touchez pas! Laissez-moi passer! Oh peuchère! Ne me touchez pas) laissez-moi m en aller. Ne voyez-vous pas, je suis excitée! Je cherche un mari, pas une femme à aimer, Ne me touchez pas, je suis estrancinée (toute angoissée). Madame Estouffigue se sauve en faisant tomber son chapeau en sortant. ROSALIE, à Magali : Elle m'a «ruiné l'entendement»! Fine et César entrent, affolés. CÉSAR : Hoï! qu'y a-t-il? MAGALI : Rien. C'est une femme qui sort de Pierrefeu (l'asile des fous). ROSALIE : Bon! Laisse-nous César. Et toi, Fine, va changer le tuyau de place au jardin. FINE, placide : J'y cours (en marchant lentement). MAGALI : Ouille, cette Madame Estouffigue... ROSALIE : J'en suis encore toute retournée. MAGALI : Elle a fait tomber son chapeau. On sonne à nouveau. ACTE II : SCÈNE IV ROSALIE MAGALI FINE Mlle NINE FABRE
Fine entre 15 FINE : Madame Rosalie, il y a une drôlesse qui demande à vous voir. ROSALIE : Comment s'appelle-t-elle? FINE : Mlle Nine Fabre. ROSALIE : Fais-la entrer et va changer le tuyau de place au jardin. FINE : Encore? Mlle Nine Fabre entre. Collant de coureur cycliste, polo de couleur, casquette sur la tête. Elle se baisse pour relever ses chaussettes jaunes. MAGALI, à sa sœur : Tu remarques ce que je vois? ROSALIE, à sa sœur : Oh! Bonne Mère! NINE : Bonjour Mesdames! MAGALI : Bonjour Mademoiselle! NINE : Appelez-moi Nine! ROSALIE : Si vous voulez! Remettez-vous. NINE, sans s'asseoir : Je me sens en pleine forme, je viens de faire cinquante kilomètres. ROSALIE : Vous faites de la course à pied? NINE : Non, à vélo. ROSALIE, sidérée : À vélo? Ce n'est pas dangereux pour une femme? NINE : Pensez donc! Je m'entraîne pour le tour de France. ROSALIE : Ah bon! NINE : Dès cinq heures du matin, tous les jours, je roule pendant six heures d'affilée. (à Rosalie, en posant sa jambe sur elle) Touchez ma jambe Tâtez mes muscles. Ils sont durs comme l'acier. Regard ahuri de Rosalie cherchant à se dégager de la jambe. MAGALI, à part : Pauvre César! NINE à Magali : Vous voulez palper? MAGALI : Non, je vous crois. ROSALIE : Et cela ne vous fatigue pas? NINE : Moi, ce qui m épuise, c'est de ne rien faire. J'ai besoin de remuer, d'entreprendre, d'être en plein air, enfin de brasser le temps. ROSALIE : Et, si je ne m'abuse, pour bien le brasser, il vous manque un compagnon! NINE : Oui. Quoique rien ne soit aussi relatif. Mais, je me sens au point d'équilibre entre la jeunesse (toux de Magali) et l'âge raisonnable.
16 ROSALIE : Vous avez déjà été mariée? NINE : Si, mais toujours derrière la mairie. MAGALI : Comment (Comme), derrière la mairie! NINE : Eh oui, ça évite les complications de la séparation. Tout s'émousse dans la vie, la passion et la tendresse. Il vaut mieux se prémunir avant. MAGALI : Donc, vous cherchez un amant. NINE : Qui aimerait le chant ou la poésie. ROSALIE : Parce que vous chantez? NINE : Oui. Écoutez! (En chantant très faux) MOI, JE ROULE À VÉLO ROSALIE (chanté, récité ou supprimé) Moi, je roule à vélo, Pouet! Pouet! Tout le long des ruisseaux, Pouet! Pouet! Je grimpe sur les collines, Ça secoue, ça patine, Sur les chemins communaux. Ah! que c est beau, le vélo! Qu importe la météo, Pouet! Pouet! En quittant ma Provence, Pouet! Pouet! Emportée par les bravos, Pour faire le tour de France, Presto ou pianissimo, Moi, je roule à vélo. Je pédale, je dévale, je pédale, je dévale. ROSALIE, atterrée : Pour chanter, vous chantez (normalement). Mais permettezmoi de revenir à notre petite affaire. Vous cherchez quoi, plus précisément? NINE : Un homme attiré par la nature, le sport, les voyages, la vie trépidante et, aussi sensible à mes charmes. MAGALI : Ah! (à part) Ce qu'il en reste! (À voix haute) En revanche, j'imagine mal César à vélo. ROSALIE : La seule activité qu'il pratique, c'est la pétanque et encore... Il se fait ramasser les boules. MAGALI : Quant aux déplacements... ROSALIE, en la coupant : Il n'a jamais dépassé les anciens murs fortifiés de la Commune. MAGALI : Si, une fois, quand il a pris le train pour aller à Toulon. Il a raconté, à ses amis, qu'il avait rencontré son cousin, Frédéric Mistral, sur le quai de la gare. NINE : Frédéric Mistral est un parent de votre mari? ROSALIE : Quelle galéjade!
MAGALI : Et tout le monde l'a cru. 17 NINE : Alors, c est un Tartarin autochtone, bien «enclôturé» dans ses terres... ROSALIE : Exactement! NINE : Vous allez être déçues. Ce n'est pas l'homme que je cherche pour brasser le temps. Désolée. Veuillez m'excuser de vous avoir dérangées pour rien et au plaisir. MOI JE ROULE À VÉLO, EN SORTANT (reprise) ROSALIE : Ce n'est pas grave. (Au public) On s'en remettra. ACTE II SCÈNE V ROSALIE MAGALI FINE Mme LOPEZ (en italique expressions pied noir) Fine entre FINE : Madame Rosalie, Madame Lopez, qui a rendez-vous avec vous, est arrivée. ROSALIE : Fais là entrer, Fine. FINE : J'ai compris, je vais changer le tuyau de place au jardin! ROSALIE : C'est ça. Fine, fait entrer Mme Lopez. Mme LOPEZ : Bonjour Mesdames! MAGALI : Bonjour! ROSALIE : Bonjour Madame Lopez! Asseyez-vous, je vous prie... Mme LOPEZ : Merci. ROSALIE : C'est Madame Lespinette qui vous envoie? Mme LOPEZ : Si vous voyez comme elle est gentille cette femme. La pauvre (Mesquine)! La vérité, c'est vrai! MAGALI, étonnée, à Rosalie : «Mesquine»? ROSALIE, à part, à Magali : Je ne comprends pas. (à Madame Lopez) Vous venez au sujet de notre petite affaire, dirons-nous. Mme LOPEZ : Oui, je cherche un mari. Le mien, le jour que je me le suis connu, j'aurais mieux fait de me casser les deux jambes. Purée de nous autres! Trente ans de mariage avec ce zouave! ROSALIE, en s adressant à part, sa sœur : Quel zouave? (Mimiques étonnées de Magali.) Mme LOPEZ : Avec lui, je me suis desséchée comme une sardine salée et après, qu'est-ce que j'ai «voluminé»! Résultat, il est parti avec une «escandaleuse» qui lui a fait la danse du ventre. Il m a laissé, sans un sou, une main devant, une
18 main derrière. Les hommes, vous le savez bien, dès qu'ils voient un jupon, ils se désirent dedans. Des morfats (des affamés)! ROSALIE : Des morfals? MAGALI, en s adressant à part, à sa sœur : Mais, qu est-ce que c est (Maï qué z'aco, en provençal)? ROSALIE, à part à sa sœur : Je n en sais rien. (En s adressant à Madame Lopez) Êtes-vous veuve ou divorcée? Mme LOPEZ : J'ai divorcé parce qu'un jour, il m'a donné une claque (un taquet). Moi que même personne ne m a levé la main dessus, à cause de mon paludisme! ROSALIE, à part, au public : Que vient faire le paludisme dans cette affaire? Mme LOPEZ : Si «ce serait» d'aujourd'hui, allez va ça ne se passerait pas comme ça. Ah! Comme j'étais et comment je suis devenue! La vie, elle m'a jeté le noir. ROSALIE : La vie vous a jeté le noir! Mme LOPEZ : C'est notre façon de parler. Je suis d'alger, de Bab-el-Oued, et làbas, on parle (tchatche) en pataouète. ROSALIE, à part, à sa sœur : En pataouète? (Mimiques de Magali) Mme LOPEZ : Mon mari, c'était un natif (pathos) d'alsace. ROSALIE, à part, à sa sœur : Encore un «estranger»! (Mimiques de Magali) Mme LOPEZ : Et je ne vous parle pas de sa famille! Un clan (Une smala). ROSALIE, à part, à sa sœur : Une smala? (Mimiques de Magali.) Mme LOPEZ : Oui! Oui! À commencer par sa mère... Et dire que je lui faisais des briques et de la tchouktchouka. ROSALIE, à part, à sa sœur : Des briques et de la tchouktchouka? (Mimiques de Magali) Mme LOPEZ : Des mantécaos, des zlabia, des makrouts, et à Pâques, des monas avec des fruits confits. Mais elle me regardait toujours comme la dernière des dernières, à cause que je lui avais pris son fils. Elle ne me l'a jamais pardonné. C'était forcé qu'un jour, ça me retombe dessus. ROSALIE, à part, à sa sœur : Tu comprends «quèque» chose? (Mimiques de Magali) Mme LOPEZ : Chaque fois qu'elle venait me voir, quand elle partait, j'étais obligée d'inonder la maison d'eau bénite et d'allumer vite une bougie à Sainte Rita Elle avait le mauvais œil. ROSALIE : Le mauvais œil? Mme LOPEZ : Comme je vous le dis... Si «j'aurais su»! Encore un peu, je pleure que d'y penser ; (elle sort son mouchoir et pleure.)
19 MAGALI, à part, au public : Enfin! Elle respire. Mme LOPEZ, sans les écouter : Et sa sœur, Bertrude, un sirocco déambulant. Dès qu'elle aperçoit un homme, ses yeux, ils se mettent en code phare, code phare. Si vous l'aviez vu, quand je lui ai présenté mon frère! Elle ondulait sa malle arrière. Malle à droite, malle à gauche, malle à droite, malle à gauche. ROSALIE, à part, à sa sœur : Des yeux code phare, malle à droite, malle à gauche? (Mimiques de Magali) Mme LOPEZ : Une fois, elle m'a dit (accent alsacien) : «Si tu n es pas contente d'être en France, prends tes babouches et va-t'en». Là, elle a franchi la ligne Maginot. Oh! Madone, je lui ai flanqué une gifle (bofaque) que le mur lui en a donné une autre. ROSALIE, à part, à sa sœur : Une bofaque? (Mimiques de Magali) Mme LOPEZ : Ça m'a fait du bien. Je ne veux pas vous équivoquer, Mesdames, je préfère vous dire tout de suite que je cherche un homme paisible. ROSALIE : Paisible? Sûr que vous ne serez pas déçu de ce côté. César est un champion de «paisibilité». Tellement paisible, qu'il possède tous les gènes du fainéant. Mme LOPEZ Ce n'est pas possible, j'ai la poisse (la schkoumoune)! Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu? Je me suis juré, sur la vie de ma mère, que jamais je ne me remarierais avec un fainéant, même recouvert d'or de la tête au pied. Non. Je préfère rester comme je suis. J'ai déjà donné. Moi, je n en veux pas votre César. J'AI LA SCHKOUMOUNE (chanté, récité ou supprimé) J ai la (poisse) schkoumoune! Awouili! C est le djenoune (le diable)! Awouili (aï-aï-aï)! La vérité! Awouili! Je n veux pas l encaper. Je n ai pas la baraka (de chance), Elle viendra, vous le verrez, J nai pas besoin d une smala, Mais d un mari pour m aimer. J suis pataouète, Awouili! De Bab-el-Oued, Awouili! Gardez César, Awouili! J ai assez d avatars. Awouili! Awouili! Awouili!
20 Mme Lopez sort en chantant. Les deux sœurs poussent un soupir de soulagement. ROSALIE : Tu vois que j'avais raison, Magali. Tu te figures César avec elle? MAGALI : Quelle catastrophe! ACTE II SCÈNE VI ROSALIE MAGALI FINE Mlle GRÉGOIRE Fine entre. FINE, en criant : Mademoiselle Grégoire est là. ROSALIE : Ne crie pas comme ça, Fine! Nous ne sommes pas sourdes. Fais-la entrer, puis va-t'en changer le tuyau de place au jardin. FINE : Ce tuyau, à force, à force de le bouger, il va s'attraper la danse de Saint- Guy. Rosalie se lève et accueille Mademoiselle Grégoire (vêtue d'un vieux pull démodé, béret orange sur la tête, grosses chaussettes aux pieds, un cabas à la main). Pendant une bonne partie de la scène, elle regarde vers la porte, à l'opposé de Rosalie et Magali lui permettant les apartés. ROSALIE : Bonjour Mademoiselle! Entrez et prenez place. Magali étouffe un rire moqueur. Mlle GRÉGOIRE : Bonjour mesdames! Mademoiselle Grégoire marche sur la pointe des pieds et s'assied sur le rebord de la chaise en se tenant bien droite. ROSALIE, à part, à sa sœur : Tu l'as vu marcher! MAGALI, à part, à sa sœur : C'est une prêchi-prêcha! ROSALIE, en s adressant à Mademoiselle Grégoire : Alors, Mademoiselle, comme ça, vous voulez vous marier? Mlle GRÉGOIRE : Oui. Monsieur l'abbé de la Môle me la vivement recommandé. ROSALIE : Et vous, le désirez-vous vraiment? Mlle GRÉGOIRE, en se levant : Si Monsieur l'abbé m'incite à me marier, c'est qu'il a ses raisons. ROSALIE, à part, à sa sœur : Pour s'en débarrasser. Mlle GRÉGOIRE : Il a promis de me bénir dans ses prières. MAGALI, à part, à sa sœur : C'est tout ce qu'il manquait à César. ROSALIE : Qu'avez-vous fait dans la vie? Mlle GRÉGOIRE, en s asseyant : J'ai enseigné la couture à l'institut Sainte Jeanne d'arc durant une bonne vingtaine d'années et depuis je suis à la retraite.
21 Mais les occupations ne me manquent pas. Le mardi soir, je chante à la chorale Sainte Agathe et le samedi à la chorale «Des Âmes légères». ROSALIE : Des femmes légères? Mlle GRÉGOIRE : Du classique, essentiellement. Écoutez l Aria de La bergère et son troupeau que nous sommes en train d'étudier. C est une merveille! LA BERGERE (chanté, récité ou supprimé). La bergère et son troupeau S en vont par monts et par vaux, Partis depuis les matines Vers la colline ; L herbe est verte et le temps radieux, Ah! Ah! Ah! Ah! Et l endroit est silencieux. Le jour passe sur la terre nourricière, Ah! Ah! Ah! Ah! Où serpentent les rivières ROSALIE, atterrée : J en suis toute figée (candie). Mlle GRÉGOIRE : Voulez-vous écouter le deuxième couplet? ROSALIE, polie : Non, ne vous donnez pas cette peine. Mlle GRÉGOIRE, peinée : Il est tellement beau! ROSALIE, résignée : Si vous y tenez. MAGALI : Tant pis! Chantez-le. LA BERGERE (chanté, récité ou supprimé). La bergère et son troupeau S en retournent vers le hameau, À pas lent, sous les nuages Pour un long voyage. Ah! Ah! Ah! Ah! Le plateau s est assombri, La nature, pour s endormir, se cache, Ah! Ah! Ah! Ah! Oui, c est l heure de traire les vaches. ROSALIE, polie : Il est bien champêtre, votre chant. Mlle GRÉGOIRE : Je continue. Avec Mademoiselle Tourneboule, je m'occupais du catéchisme, mais Monsieur l'abbé de la Môle a préféré que nous fassions autre chose. Alors, avec elle, nous allons chez Madame kouglof et nous prions ensemble pour les âmes du purgatoire. ROSALIE : Ah! Mlle GRÉGOIRE : Dans la journée, j'entretiens l'église et je veille aux fleurs. C'est un gros travail. ROSALIE, à part, à sa sœur : Sûr!
22 Mlle GRÉGOIRE : Il faut constamment changer l'eau, laver les vasques, éliminer les feuilles sans oublier les fleurs fanées, couper les tiges. ROSALIE, en la coupant : Je vous coupe, Mademoiselle Grégoire. Puis-je vous poser une question indiscrète? Mlle GRÉGOIRE : Je n'ai rien à cacher. ROSALIE : Y a-t-il eu un homme dans votre vie? Mlle GRÉGOIRE, en se levant, offusquée : Oh! Certainement pas. ROSALIE, à part, à sa sœur : Une vierge! Ça existe encore? Mlle GRÉGOIRE, très fière : Je suis toujours vierge. ROSALIE : Et vous n'avez jamais eu envie d'avoir un mari? Mlle GRÉGOIRE, en s asseyant : Je n'y ai pas songé. Je suis une femme très vertueuse (en se levant) uniquement occupée par l'esprit de Dieu. MAGALI, à part, à sa sœur : Tu n'es pas encore sortie de l'église. (Mimiques de sa sœur) ROSALIE : Mais là, Mademoiselle Grégoire, vous allez vous engager. Le mariage, c'est très sérieux. Il y a certaines choses qu'il faut savoir et qui pourraient vous offusquer? Mlle GRÉGOIRE : Ne vous inquiétez pas, je prierai pour surmonter toutes les épreuves. ROSALIE, à part, à sa sœur : Ce n'est pas possible! Elle sort de la naphtaline! (Mimiques de sa sœur). (À Mlle Grégoire) Voyons! Parlez-nous un peu de vous! Mlle GRÉGOIRE : Je n'ose pas. Je préfère que vous regardiez les trois photographies que j'ai apportées, ainsi vous me connaîtrez mieux. Mlle Grégoire remet les photographies à Rosalie, et les commente au fur et à mesure. ROSALIE : Mais, c'est la photo d'un bébé! Mlle GRÉGOIRE, béatement : Oui, c'est moi, le jour de mon baptême. Là, c'est le jour de ma confirmation, et ici le jour de ma communion solennelle. (Tête vers la droite). ROSALIE, à part, à sa sœur : Pince-moi! J hallucine! (Mimiques de sa sœur) Mlle GRÉGOIRE, en s asseyant : Pour être parfaitement bien avec ma conscience, je dois vous confesser que j'ai quelques petits problèmes de santé. Je vous les résume. ROSALIE, à part : En plus Mlle GRÉGOIRE : J ai une tension trop forte, du cholestérol, et, malheureusement, je suis diabétique. En dehors de cela, tout va bien.
23 ROSALIE : Mais c'est un médecin à temps plein qu'il vous faut! Bon, parlons de votre futur époux. Madame Lespinette a dû vous mettre au courant qu'il s'agit de mon mari. Mlle GRÉGOIRE : De votre mari? ROSALIE : Quand nous aurons divorcé... Mlle GRÉGOIRE, très outrée : Ooooh! Il n'est pas du tout question que j'épouse un homme divorcé, je commettrais un péché mortel. Ah non! Je ne souhaite pas rester plus longtemps dans une maison comme la vôtre. Mon Dieu, prends pitié de moi! Mon Dieu, prends pitié de moi. (Elle s'enfuit, affolée.) Mon Dieu, prends pitié de moi! Les deux sœurs se regardent, ahuries ROSALIE : Mon Dieu délivre-nous! MAGALI : Cette Mademoiselle Grégoire, c'est une menace biblique pour la Paroisse. ROSALIE : Je comprends pourquoi l'abbé de la Môle, qui cherche à s en débarrasser, veut la marier. ROSALIE, en entendant la sonnette : Tiens, il y a encore quelqu'un! ACTE II SCÈNE VII (scène facultative) ROSALIE MAGALI M. DÉDÉ CLOVIS FINE : Madame Rosalie, c est un Monsieur ou une Dame qui vous demande. ROSALIE : Fine, tu deviens folle! C est un Monsieur ou c est une Dame? FINE : À dire vrai, je ne sais pas... ROSALIE : Fais entrer, nous verrons bien. FINE : Ne vous fatiguez pas... Je vais changer le tuyau de place dans le jardin. André entre, travesti en femme. DÉDÉ : Bonjour Mesdames. Je viens de la part de Madame Lespinette. Mon prénom est André, mais tout le monde m appelle Dédé. C est plus chantant, vous ne trouvez pas? ROSALIE, atterrée : Oui, peut-être. MAGALI, à part, à Rosalie Ce n'est pas possible! DÉDÉ : Mes amies me trouvent bien de ma personne et prétendent que j ai un excellent caractère. Je crois pouvoir rendre heureux un homme. ROSALIE, hypocrite : Je n en doute pas. DÉDÉ : C est pour cela que je suis venu.
24 ROSALIE, esquissant le problème : Je ne comprends pas le rapport de votre visite. Ici, il n y a pas d homme, mais seulement deux femmes. DÉDÉ : Vous voulez dire trois... MAGALI : Comment trois? DÉDÉ : Avec moi, ça fait trois. ROSALIE : Ah! MAGALI, fausse : Eh oui! Avec vous, nous sommes trois. DÉDÉ : Alors, puisque je me suis trompé d adresse, je vous laisse. ROSALIE : Je vous raccompagne Mons... Dédé... DÉDÉ : Qu est-ce que vous êtes «chou»! Rien que pour ça, je vous embrasse. Il sort. MAGALI : Moi aussi, je m'en vais. J'ai une course à faire. Elle sort. ROSALIE : Ma fille a raison. Le monde a drôlement changé. ACTE II SCÈNE VII ROSALIE FINE CÉSAR Madame BOUTTERFLOU César entre. CÉSAR : Alors, tu m as trouvé une femme? ROSALIE : Pas encore. Fine entre. FINE : Il y a un Monsieur qui vous demande, Madame Rosalie. ROSALIE : Qui c est? FINE : C est le plombier. ROSALIE : Le plombier? J arrive. Fine et Rosalie sortent. Fine revient. FINE : Monsieur César, une dame, Madame Boutterflou, vous demande. Qu'estce qui se passe aujourd'hui? C'est le défilé. CÉSAR : Fais-la entrer et va changer le tuyau de place au jardin. FINE : Si ça continue, attendez-vous à une inondation. Madame Boutterflou apparaît. Belle toilette, capeline. César, subjugué, se précipite vers elle et la fait entrer. CÉSAR, tout guilleret : Bonjour Madame! Je vous en prie, entrez. Mme BOUTTERFLOU : Je ne vous dérange pas, au moins?
25 CÉSAR : Pas du tout. Ne restez pas là. Asseyez-vous Rosalie revient et se tient à la porte, côté jardin pour espionner César. Mme BOUTTERFLOU : Je viens vous voir de la part de Madame Lespinette. CÉSAR : Vous êtes au courant? Mme BOUTTERFLOU : Parfaitement. Elle m'a tout expliqué. CÉSAR : Bon. Parlez-moi de vous. Cela ne vous gêne pas? Mme BOUTTERFLOU : Non. Je m'appelle Mireille Boutterflou. CÉSAR, en extase : Quel joli prénom! Mireille. Vous permettez que je vous appelle Mireille? Appelez-moi César, ça me fera plaisir. ROSALIE : Mais il lui fait les yeux doux (yeux de bogue)! Mme BOUTTERFLOU : Si vous le désirez, César. Que vous dire? Je suis veuve. Mon mari est mort, six mois après notre mariage. CÉSAR : Comme c'est triste. Mme BOUTTERFLOU : C'était un homme merveilleux, attentionné, cultivé et qui me couvrait de paroles ruisselantes d'amour. CÉSAR : Ces paroles coulent de source, vous êtes si belle! ROSALIE : Oh! Quel salopard! (Qué salopo!) Mme BOUTTERFLOU : Son souvenir restera gravé dans ma mémoire, quel que soit mon avenir. CÉSAR : Je le comprends. Mme BOUTTERFLOU : Après ce drame, j'ai consacré beaucoup de temps à mon travail. Puis, petit à petit, j'ai remonté la pente et j'ai fait face. CÉSAR : Et vous vous êtes remariée? Mme BOUTTERFLOU : Non. Mais, il y a six ans, j'ai revu un ami d'enfance et les choses ont évolué naturellement. CÉSAR : Il est mort? Mme BOUTTERFLOU : Pour moi, c'est pareil. Il a trahi ma confiance. CÉSAR : Alors, je suis heureux, très heureux. Vous êtes libre. Mme BOUTTERFLOU : Est-ce indiscret de vous demander pourquoi vous vous séparez de votre femme? CÉSAR : Pour des broutilles. C'est une femme nerveuse et têtue (testarde) qui ne supporte rien. Elle me trouve aboulique et me houspille tout le temps. Vous, vous avez l air d une artiste. Mme BOUTTERFLOU : Vous exagérez! J aime le chant, la poésie, la peinture, bref, tous les arts. CÉSAR : Moi aussi. Écoutez ce poème.
26 LE CHEMIN DE L AMOUR (chanté, récité ou supprimé) Un jour, tu seras mienne, Et je prendrai ta main, Pour qu avec moi, tu viennes Vivre des lendemains, D un bonheur qui soit nôtre, Scellé d un parchemin, Nous liant l un à l autre, Je suivrai ton chemin. Poursuivant notre ronde, Ensemble, tous les jours, Sur la route féconde, Du chemin de l amour. Je dédis ce poème Aux sons mélodieux, Pour te dire «je t aime» D un amour merveilleux. Poursuivons notre ronde, Ensemble, puis tour à tour, Sur la route féconde Du chemin de l amour. Mme BOUTTERFLOU Tiens, tiens! Vous peignez? CÉSAR : Vous voulez voir ce que je suis en train de finir. Mme BOUTTERFLOU, extasiée : Ce n'est pas mal du tout! Vous avez un style qui s'inspire de Braque et de Picasso. Mes félicitations, Monsieur César. ROSALIE : Fan de garce! CÉSAR : C est une femme comme vous que j'aurais dû épouser et il en est encore temps. Vous savez, Mireille, je suis un homme honnête, je n'ai jamais trompé ma femme. ROSALIE : Menteur! CÉSAR : Je suis calme, sans complication et très affectueux (gestes).
ROSALIE : Je me demande quand. 27 Mme BOUTTERFLOU : Moi, je recherche le bonheur, la tendresse et l'amour. CÉSAR : Mireille, c'est le Bon Dieu qui vous envoie. La foudre est tombée sur nous. Comme nous allons être bien, ensemble! Voulez-vous chanter avec moi? Mme BOUTTERFLOU : Oh oui, César. ROSALIE : Mais, c'est qu'il va en train de se l attraper (se l'encaper), ce séducteur (ce pistachier)! Tous deux chantent et sortent après le chant. CHANTONS L'AMOUR (chanté, récité ou supprimé) Chantons, la, la, la, la, Bien en cadence, Chantons, la, la, la, la, Une romance. Oui, le temps nous est compté, Faut savoir en profiter, S enlacer, se dire : «Je t aime» Vivre des heures de bohème. Oublier notre passé, Effacer les jours gâchés, Rebâtir une vie heureuse, Comblée de choses radieuses. Chantons, la, la, la, la, Chantons en chœur. L ivresse, sans crier gare, Viens charmer notre amour si rare. FINE ROSALIE MAGALI Fine entre. ACTE II SCÈNE VIII FINE : Quel pastis! Madame Boutterflou et César, bras dessus, bras dessous... Ça cache quelque chose! Rosalie et Magali entrent ROSALIE, en s adressant à Fine : Fine, va changer le tuyau de place au jardin. FINE : Je n'ai fait que ça aujourd'hui. Dites plutôt que vous voulez rester seules et que je suis de trop. ROSALIE, en s adressant à Fine : Oui Arrête de jacasser. (à Magali) Elle me disloque le raisonnement. MAGALI : Pourquoi es-tu si énervée? D après les dernières nouvelles, César s est entiché de Madame Boutterflou qui est une personne honorable. Ainsi, comme tu le désirais tu vas pouvoir divorcer.
28 à suivre CONDITIONS POUR OBTENIR LE TEXTE COMPLET d une Comédie musicale Pour obtenir le texte complet d une Comédie musicale : complétez et renvoyez la DEMANDE DE TEXTE ci-après en double exemplaire ajoutez 25 pour obtenir le texte complet avec les partitions de musique et les chants (somme entièrement reversée sous forme de dons aux Résidents des maisons de retraite) joignez une enveloppe timbrée à votre adresse si vous désirez un reçu adressez le tout à Dolores WEBER 331 chemin de la Garrigue 83300 Draguignan, mail : ariabis@orange.fr - Tél. : 04 94 50 97 92 DEMANDE du TEXTE COMPLET avec les PARTITIONS MUSICALES et les CHANTS Nom et adresse de la Troupe d amateurs, Association ou autres à préciser Tél. : Courriel : représenté(e) par (indiquer le nom, l'adresse et la fonction du responsable) Tél. : Courriel : souhaite recevoir le texte complet, les partitions de musique et les chants de la Comédie musicale ci-après Ci-joint 25 euros à l ordre de Dolores WEBER. Pour obtenir un reçu, retournez la demande de texte complet en double exemplaire et une enveloppe timbrée Date et signature
29 CONDITIONS DE REPRÉSENTATION D UNE COMÉDIE MUSICALE Avant la représentation d une Comédie musicale : renvoyez l AUTORISATION DE REPRÉSENTER UNE COMÉDIE MUSICALE ci-après à Dolores WEBER 331 chemin de la Garrigue 83300 Draguignan - Mail : ariabis@orange.fr à chaque représentation : déclarez uniquement les titres des partitions de musique à la SACEM 225 avenue Charles de Gaulle 92528 Neuilly-sur-Seine, et en payer les droits très modiques ne concernant que de la musique et les chants (le texte complet ayant déjà été payé forfaitairement à l Auteur). AUTORISATION DE REPRÉSENTER UNE COMÉDIE MUSICALE Entre, Madame Dolores WEBER, 331 chemin de la Garrigue 83300 Draguignan, dénommée «l'auteur» et Nom et adresse de la Troupe d amateurs, Association ou autres à préciser Tél. : Courriel :.. représenté(e) par (indiquer le nom, l'adresse et la fonction du responsable). Tél. : Courriel : dénommé(e) «le Producteur» il est convenu ce qui suit : L'auteur donne l'autorisation aux troupes d amateurs, de représenter LA COMÉDIE MUSICALE ci-après :. pour deux ans, sans exclusivité, commençant dès la réception du texte, dans les salles de spectacles de la région désignée ci-dessous :. Le Producteur s'engage à déclarer chaque représentation à la SACEM 225 avenue Charles de Gaulle 92528 Neuilly-sur-Seine. Il s engage également à respecter l oeuvre et à citer le nom de l auteur à chaque prestation. Il fera son affaire de tous les problèmes liés à son exploitation et à sa représentation. Tout enregistrement ou diffusion de la Comédie musicale nécessitera un accord préalable particulier. En cas de litige, le Tribunal de Draguignan sera seul compétent. Pour être valable, ce contrat devra être renvoyé à l'auteur, en deux exemplaires signés. Fait en deux exemplaires, à Draguignan le Faire précéder les signatures de la mention manuscrite «lu et approuvé». L'Auteur Le Producteur Dolores WEBER
30 Du même auteur-compositeur Pièces de théâtre Elle me tue vivante - L affaire Cazals - La pastorale des Garrigues - L'auberge de Maître Blanc - La bourride - La Caramboleuse - La Grève de l amour - La Guérisseuse de Fouligasso - La légende de Noël - La marieuse de Rastéou - Le Cancan Bar - Le château de Fontbette - Le tableau de l appeau des Faïsses - Les Suffragettes de Cabassette (Sélectionnée par le Comité de lecture de la FNCTA) - Madame Boutterflou - La Thérapeute d Esculape Castingues Pièce composée de cinq sketches Le Castingue de la vie - Le Castingue des Restanques - Le Castingue de l amour Sketches À soixante ans - Ah! Pauvre de nous - Ah! votre affaire, c est votre affaire? - Allo! Mon fils, tu m'écoutes? - Au lit, tu chômes - Ça peut servir - Ça ne marche plus - Ce que je dis, je le pense - Chez la marieuse - Comment dresser son mari - Des fois, elle respire mal - L héritage à la mode Magali - La boîte à chaussures - La crépine - La doctologie - La France, c'est l'amérique - La maîtresse de mon mari - La vertu de la paresse - L auberge de César - Le B A BA d un bon ménage - Le petit cabanon - Le don de Lucifer - Le magnifique - Le pot-au-feu de la République - Le régime Kilowatt pas cher - Les Bazarettes à la retraite - Les Concierges de l Esplanade Comédies musicales les partitions de musique et les chants L auberge de Maître Blanc - La Caramboleuse - La Guérisseuse - La marieuse - Le Cancan Bar - Les Suffragettes de Cabassette - Madame Boutterflou Slams - Poésies Espoir perdu (amour et désespoir) - Inspiration (bonheur poétique, rêverie) - J ai rêvé d un beau voyage (sublimes instants déités) - L arbre de notre vie (mémoire sacrée) - L ultime danse (tango, ivresse, amours) - Le chemin de l amour (souvenir, anniversaire de mariage) - La mer à la vesprée (rêve au bord de l eau) - Prière pour la paix (Grand diplôme d honneur Union Littéraire et Artistique de France) - Qu importe (qu importe les couleurs et les races humaines quand elles s harmonisent) - Rêverie (la mesure de l amour c est d aimer sans mesure) - Solitude (pensée sur un amour perdu) - Souviens-toi (nostalgie des Noëls de là-bas) Slams chantés ou récités Ah! Que c est bon, bon, bon! (recette de la bourride au cabanon) - Aimer la vie (fiançailles, couples, bonheur) - Apprendre à aimer (les bons moments de la vie) - À Saint-Tropez (bonheur sur la plage) - Chantons l amour (oublier le passé, ivresse de l amour) - Dis-moi, dis-moi, je t aime (déclaration d amour) - On ne vit qu une fois (examen d une vie manquée) - L amour que je te porte (duo) - Les hommes (on les aime) - Prenez la vie du bon côté (philosophie) - Tu m énerves avec ton caractère (colère)