Neige et. Neige et. PREVENTION > Réflexions autour de la DOSSIER



Documents pareils
fréquentation des sites Move Your Alps

CONDITIONS GENERALES DE VENTE & D UTILISATION DES FORFAITS POUR LA SAISON HIVER 2014/2015

Domaine skiable. La gestion du domaine skiable est exemplaire, elle prend en compte les impératifs du développement durable.

Séquence 1 : La place du MSP et de l ISP

Organisation de la gestion de crise à Mayotte. Préfecture de Mayotte- SIDPC Mise à jour août 2011

SEMINAIRES. Déjeuner au restaurant de l hôtel pour apprécier les différentes saveurs de nos produits régionaux

Mémento. pour partir en montagne l été en. sécurité.

Dossier de presse. Opération vacances à la neige : accueillir les vacanciers en toute sécurité, une préoccupation majeure pour les services de l état

Au profit des apprentis du bâtiment et des travaux publics

10 REPÈRES «PLUS DE MAÎTRES QUE DE CLASSES» JUIN 2013 POUR LA MISE EN ŒUVRE DU DISPOSITIF

- Communiqué de presse-

Agence du patrimoine immatériel de l État

Animer une association

Cahier d enquête. Suspect N 5. Reproduction interdite

M2S. Formation Management. formation. Animer son équipe Le management de proximité. Manager ses équipes à distance Nouveau manager

Garth LARCEN, Directeur du Positive Vibe Cafe à Richmond (Etats Unis Virginie)

PLAN COMMUNAL DE SAUVEGARDE COMMUNE DE PUNAAUIA PARTIE 2: OPERATIONNELLE

CALENDRIER NATIONAL FORMATION DES CADRES STAGES DE FORMATIONS INITIALES ET CONTINUES HABILITES POUR LA SAISON

Dans ce nouveau siècle, aussi inégalitaire que le précédent mais aussi riche

BEPECASER ÉPREUVE DE CONTRÔLE DES CONNAISSANCES. 16 mai 2012

Le ski à l'école. Réalisé par les CPC E.P.S. de Moselle. Février 2008

Ministère des Affaires étrangères et européennes. Direction de la politique culturelle et du français. Regards VII

CALENDRIER NATIONAL FORMATION DES CADRES STAGES DE FORMATION INITIALE HABILITES AU 15/11/2013

dossier saison 2011/2012

Contact presse Ingrid Cadoret, Agence Hexagramm,

APRÈS LONDRES, GRENOBLE EXPÉRIMENTE LE PAIEMENT PAR CARTE BANCAIRE SANS CONTACT SUR UNE LIGNE DE BUS

Le niveau 3 - alerte canicule correspond à une vigilance météorologique orange pour le paramètre canicule.

L ORDONNANCE DU 2 FEVRIER Exposé des motifs

BEPECASER EPREUVE DE CONTRÔLE DES CONNAISSANCES

Gestion Participative Territoriale :

OBJECTIF PORTES DU SOLEIL, A la découverte d une galaxie étrange

ORAISON MENUISERIE. Fabricant de portes d intérieur en bois. Ets COSSALTER & Fils. Oraison - Haute-Provence

Préparation d une sortie ski

PROFIL DE POSTE DU CONDUCTEUR AMBULANCIER SMUR :

CREATIVE RESOURCES. La montagne nous offre le décor... à nous d inventer l histoire qui va avec. Nicolas Helmbacher

Ken Bell s Sommaire des Abréviations

Sommaire. Les techniques d escalade. De fortune sur demi-cabestan Débrayable Suisse 1/1. fic-somescalade01-c3m

Contrat de Destination «Voyage dans les Alpes» Volet 4 : observation, Intelligence économique et territoriale

LE FORFAIT FRANÇAIS TOUJOURS LE MOINS CHER AU MONDE

Remise de l Ordre National du Mérite à M. David LASFARGUE (Résidence de France 7 novembre 2014)

A.-M. Cubat PMB - Import de lecteurs - Généralités Page 1 Source :

Etude sur les Maisons des Services Publics en Europe (hors la France)

1 - Qu est-ce qu une mission, comment déterminer son contenu et qui va les accomplir?

D.I.C.R.I.M. DOCUMENT D INFORMATIONS COMMUNAL SUR LES RISQUES MAJEURS LES BONS REFLEXES EN CAS DE RISQUES MAJEURS

Dossier de Presse. Pose de fibres optiques sur le réseau de RTE entre Bourg-Saint-Maurice et Val d Isère

ÉTAT DES LIEUX DES SENTIERS BOIS DU MOLLARD. Date : 18/06/2015 Evénement : Reconnaissance Lieu : Bois du Mollard Chartreuse - Isère

V{tÄxà ` Ä éx. Tout juste achevé, ce chalet a été conçu avec goût et sens du détail.

En collaboration avec LA GESTION DES RISQUES AU SEIN DU SECTEUR PUBLIC LOCAL EN 2013

En direct de la salle de presse du Journal virtuel

Comment un. accident. peut-il engager la. responsabilité pénale. des élus locaux et des fonctionnaires territoriaux?

La sécurité physique et environnementale

DOSSIER DE PRESSE Contacts presse

A. Le contrôle continu

LE COURTAGE D ASSURANCE

FORMATION AUX PREMIERS SECOURS

LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION

Monsieur l Adjoint délégué à la Culture et à la Tauromachie,

Ministère des Affaires étrangères et européennes. Direction de la politique culturelle et du français. Regards VII

Schéma National de Formation des Sapeurs-Pompiers

Cet article s attache tout d abord

GUIDE D ASSISTANCE CONSEIL AUX COMMUNES

D 4.5 : MONITORING AND EVALUATION REPORT FOR MOUNTEE PILOTS

L équilibre offre-demande d électricité en France pour l été 2015

Règlement communal. sur la protection contre l incendie et les éléments naturels du 28 septembre Avec les modifications du 30 avril 1997

Procès-verbal de l Assemblée Générale Extraordinaire du 4 février 2012

Les défis du mandat d une Équipe itinérante : prévenir les glissements

Prévention LES ENJEUX DE LA PREVENTION. Infos INTRODUCTION : SOMMAIRE :

ECOLE DE GLACE SUPPORT DE FORMATION

PRÉPARER SA CLASSE EN QUELQUES CLICS

Les textes et règlements

DEMANDE DE SOUTIEN - RAVIV. Fonds de Soutien à l Initiative et à la Recherche

Association Sportive Loi 1901

Migration: un plus pour la Suisse Relations entre État social et migration: la position de Caritas

Décision du Défenseur des droits MDE-MSP

LES CARNETS DE BORD DE L ACDA L ASSURANCE CIRCUIT

Rapport annuel de monitoring automatisé de la qualité de l eau

La téléassistance en questions

CONDUIRE UNE VOITURE EN ALBERTA

Mise en œuvre d'un dispositif de vidéosurveillance nocturne du cœur de ville

Du benchmarking logistique au choix d une nouvelle stratégie d organisation

Alcool au volant : tous responsables? La question de la co-responsabilité sera enfin posée au Tribunal de Saint Nazaire

1. L'été le plus chaud que la France ait connu ces cinquante dernières années.

GUIDE DE RÉSERVATION MATÉRIEL ET COURS COLLECTIFS DE SKI/SNOWBOARD

Le système de détection d intrusion

HOTELA : votre partenaire pour toutes les assurances sociales. Simplify your business.

Intervention de Marisol TOURAINE. Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des. femmes. Maison de Santé Pluridisciplinaire

Indicateur : population présente tout au long de l année dans les départements littoraux métropolitains

CONTRAT DE PRESENCE POSTALE TERRITORIALE

PORTRAITS DE PARCS E X P O S I T I O N P H O T O G R A P H I Q U E

Convention relative : - aux échanges de données d'exploitation et de sécurité routière - à la gestion des crises routières. pour le département de

TIM S.A., une aventure d Homme

DOSSIER DE PRESSE. A l occasion de la remise du rapport de Cécile Gallez, députée du Nord,

SÉNAT PROPOSITION DE LOI

Rhône Développement Initiative Au service de l entrepreneuriat 20 ans et de l économie de proximité.

REGARDS SUR L ÉDUCATION 2013 : POINTS SAILLANTS POUR LE CANADA

Je soussigné(e) Mme, Mlle, M.., reconnaît avoir pris connaissance du règlement ci-dessus et en accepte les conditions. Fait le..

Licence professionnelle Gestion du patrimoine immobilier

Qu est-ce qu un programme de dons?

Rapport d évaluation de la licence professionnelle

Transcription:

Neige et Neige et A VALANCHES Revue de l Association Nationale pour l Etude de la Neige et des Avalanches ARevue de l'association Nationale pour l'etude de la Neige et des Avalanches valanches ARevue de l'association Nationale pour l'etude de la Neige et des Avalanches SEPTEMBRE DECEMBRE DéCEMBRE 2008 n 122 n 124 PREVENTION > Réflexions autour de la préparation > Secours en d'une avalanche randonnées à skis DOSSIER Accidentologie > Quand est-ce qu'on creuse? > Anciens et nouveaux Détecteurs de Victimes d Avalanche : incompatibilité? TECHNIQUE Trimestriel trimestriel : prix 6,50 - ISSN 124765327

Sommaire DECEMBRE 2008 n 124 Edito Nous voici rentrés dans l hiver! Cette année, les premières chutes de neige ont été précoces et abondantes. Pour les amoureux de l Alpe enneigé, ce sera l aubaine pour de belles randonnées en raquettes ou à skis, ou pour trouver une ressource importante d eau qui alimentera les cascades de glace et les goulottes déjà pratiquées! Pour les opérateurs de domaines skiables, les professionnels et la vie des vallées, cet important manteau neigeux sera la garantie d une activité économique stable pour le début de saison. Toutefois, qu ils soient amateurs ou professionnels, tous les usagers de la montagne enneigée auront conscience du pendant de cette situation a priori favorable à la pratique des activités : le risque important de départ d avalanches. A l heure où ces lignes éditoriales sont rédigées, l ANENA a déjà recensé dix-sept accidents d avalanche dont six ont causé le décès de six personnes. Aussi, l ANENA et ses partenaires assurent-ils une politique énergique pour enrayer cette liste d accidents. Accompagnée par les maires des stations de montagne, les collectivités territoriales, les organismes professionnels, les entreprises partenaires et les associations animées par un même objectif de prévention et d actualisation des connaissances, l ANENA améliore sa formation des pisteurs-artificiers, conduit les réflexions sur l enseignement des techniques cynophiles de recherche en avalanche, édite des outils nouveaux de communication sur les risques pour les usagers, diffuse la connaissance par son réseau de conférences. «Mieux informé, mieux protégé», ces mots raisonneront comme l écho de nos actions. Celles-ci ne sont possibles que par l énergie, le soutient et la confiance de nos adhérents et amis, soyez en tous chaleureusement remerciés. Bon hiver à tous! Jean Faure Président de l ANENA Sénateur de l Isère D O S S I E R > Secours en avalanche 6 Hors-piste de proximité au Collet d Allevard (Isère). Photo : Daniel GOETZ ACCIDENTOLOGIE 2 > Bilan 2007/08 de l Enquête Permanente sur les Avalanches-EPA (N. ECKERT, M. DESCHATRES, L. BELANGER, J.M. DECOUD, O. MARCO) dossier 6 > Secours en avalanche 8 Les maîtres-chiens : constats et enjeux (B. AIRENTI) 10 L action des organismes de secours de l état sur le domaine skiable et en zone de montagne (D. LE GALL, D. LETANG, V. SAFFIOTI) 13 La montagne, miroir de vie. Hommage à Jean-Jacques Mollaret (B. AGRESTI, C. G., D. GOETZ) 18 Si près des pistes! (F. SIBLER, G. BRUNOT) 22 Gestion de la sécurité du domaine skiable : le point de vue du Maire, constats et enjeux. Le cas de Chamonix-Mont-Blanc (J.M. BONINO) TECHNIQUE 23 > Anciens et nouveaux Détecteurs de Victimes d Avalanche : incompatibilité? (F. JARRY, D. LE GALL) ASSOCIATION 28 > ISSW 2008 à Whistler (F. JARRY) NEIGES 29 > Petit QCM de nivologie (D. GOETZ) t e c h n i q u e 23 > Anciens et nouveaux Détecteurs de Victimes d Avalanche : incompatibilité 31 > Bloc-notes 32 > Abstracts Le catalogue ANENA 2009 est inséré dans cette revue. >> NEIGE ET AVALANCHES N 124 - Décembre 2008 Trimestriel >> ISSN : 1247-5327 - N de commission paritaire : 1110 G 87244 - dépôt légal : décembre 2008 > > Publication A.N.E.N.A. - Directeur de la publication : Jean FAURE ; Rédacteur en chef : Didier LE GALL - Mise en page : Monique GOLETTO. > Commission revue : Christophe ANCEY ; Jacques COMPARAT ; Sébastien ESCANDE ; Daniel GOETZ ; Jean-Louis TUAILLLON ; Jean-Paul ZUANON - A Collaboré à ce numéro : Rikke JARRY-SMEDEBOL > Abonnement : 4 numéros par an : 24 - Tarif préférentiel pour les membres de l ANENA : 12 - A.N.E.N.A. - 15 rue Ernest Calvat - 38000 Grenoble - Tél. 04.76.51.39.39 - Fax 04.76.42.81.66 - Site : www.anena.org - Revue : monique. goletto@anena.org > Composition : ANENA > Réalisation graphique : Hepcom : BP 40 CD 10 13580 La Fare les Oliviers > Impression : Imprimerie Bastianelli - 86 av. du Vercors - 38600 Fontaine - La revue «Neige et Avalanches» est imprimée sur papier recyclé, non blanchi au chlore. >> La reproduction, même partielle, de tous les articles parus dans la revue Neige et Avalanches est interdite sauf accord écrit de la rédaction. Les opinions émises dans la revue Neige et Avalanches sont celles de leurs auteurs. Elles n expriment pas nécéssairement le point de vue de l ANENA. La rédaction reste libre d accepter, d amender ou de refuser les manuscrits qui lui sont proposés. Les auteurs conservent la responsabilité entière des opinions émises sous leur signature.

NIVO-météo " L activité au cours de l hiver 2007/08 est assez étalée mais globalement ordinaire. " Bilan 2007/08 de l Enquête Permanente sur les Avalanches-EPA L enquête permanente sur les avalanches (EPA) permet de suivre depuis plus d un siècle l activité avalancheuse de près de 3 800 couloirs des Alpes et des Pyrénées. L observation, encadrée par la Direction Technique du RTM, est réalisée par les agents de terrain de l Office National des Forêts (ONF) que les auteurs tiennent à remercier. Les données sont traitées par le Cemagref. Cet article présente un bilan des avalanches enregistrées au cours de l hiver 2007/08. Il complète les articles sur les conditions nivo-météorologiques et sur le bilan des accidents d avalanche parus dans le numéro de septembre. Un rapport plus détaillé, ainsi que les informations complètes sur toutes les avalanches de l hiver, sont également disponibles sur www.avalanches.fr Répartition géographique des événements. Au 1 er juin 2008, 853 événements avalancheux d origine naturelle ont été observés : 52 % d entre eux en Rhône-Alpes, 36 % en Provence-Côte-d-Azur (PACA) et 12 % dans les Pyrénées. Au niveau des départements, la Savoie domine, comme chaque année, avec 33 % des événements. Les Hautes-Alpes se distinguent également, de même qu à un degré moindre l Isère et les Alpes-Maritimes. La Haute-Savoie a enregistré seulement 7 % des événements, soit à peine plus que les Alpes-de-Haute-Provence. Au sein des Pyrénées, les Pyrénées-Atlantiques dominent légèrement, mais une activité significative s observe également dans les Hautes-Pyrénées, en Haute- Nombre Effectif % Garonne et en Ariège. En contrepartie, comme souvent, l activité est quasi nulle dans les Pyrénées-Orientales, avec un seul événement (voir tableau 1). Selon le découpage en massifs opéré au sein de la P.R.A (Prévision du Risque d Avalanche), trois massifs des Alpes du Nord enregistrent plus de 80 événements : l Oisans, la Vanoise et la Haute-Tarentaise. Dans le reste des Alpes du Nord, l activité est très contrastée : bien marquée en Haute-Maurienne, Belledonne, Mont-Blanc et Chablais, Sites en cours d observation % de Nombre de sites Nombre total sites avec avec événements de sites événements Nombre moyen d événements/ site Total 853 100% 608 3839 16% 0,22 Rhône Alpes 444 52% 287 2106 14% 0,21 74-Haute Savoie 61 7% 43 538 8% 0,11 73-Savoie 282 33% 179 1096 16% 0,26 38-Isère 101 12% 65 472 14% 0,21 Provence Alpes Côte d Azur 309 36% 236 1114 21% 0,28 05-Hautes Alpes 178 21% 135 777 17% 0,23 04-Alpes de Haute Provence Bilan départemental 45 5% 36 107 34% 0,42 06-Alpes Maritimes 86 10% 65 230 28% 0,37 Pyrénées 100 12% 85 619 14% 0,16 64-Pyrénées Atlantiques 34 4% 26 118 22% 0,29 65-Hautes Pyrénées 24 3% 24 181 13% 0,13 31-Haute Garonne 25 3% 19 59 32% 0,42 09-Ariège 16 2% 15 225 7% 0,07 66-Pyrénées Orientales 1 0% 1 36 3% 0,03 2 Neige et A VALANCHES

nivo-météo Légende Limites de départements Nb d'événements par massif 0 1-20 21-40 41-65 66-88 1:2 000 000 Pays Basque 2 Evnts 1 Site Nombre d événements et de sites par massif Belledonne Vercors Oisans Dévoluy Champsaur Bauges Chartreuse Embrunais-Parpaillon 0 25 50 100 150 km 32 Evnts 25 Sites Aspe - Ossau 20 Evnts 20 Sites Haute Bigorre Aure - Louron Aravis 1 Evnt 1 Site 88 Evnts 64 Sites 15 Evnts 15 Sites 3 Evnts 3 Sites 25 Evnts 19 Sites 11 Evnts 8 Sites 34 Evnts 18 Sites mais inférieure à 15 événements partout ailleurs. Elle est en particulier quasi nulle en Chartreuse et Vercors. Les massifs des Alpes du Sud présentent une homogénéité spatiale bien plus forte, tous leurs massifs enregistrant au moins 15 événements. Dans les Pyrénées, l activité est concentrée dans trois massifs : Aspe- Ossau, Luchonnais et Haute-Bigorre. Elle est également notable en Haut-Ariège mais très faible dans tous les autres massifs de la chaîne (figure 1). Les événements se sont produits dans Couserans Luchonnais 23 Evnts 13 Sites 7 Evnts 6 Sites 32 Evnts 22 Sites 9 Evnts 7 Sites 13 Evnts 11 Sites 87 Evnts 46 Sites 20 Evnts 17 Sites 35 Evnts 27 Sites 10 Evnts 10 Sites 80 Evnts 48 Sites Haute Ariège Chablais 48 Evnts 34 Sites 25 Evnts 22 Sites 49 Evnts 32 Sites 28 Evnts 16 Sites 37 Evnts 28 Sites 5 Evnts 5 Sites 30 Evnts 26 Sites 10 Evnts 9 Sites Capcir-Puymorens Mont-Blanc Beaufortin Haute-Tarentaise Maurienne Vanoise Grandes Rousses Thabor 1 Evnt 1 Site Haute-Maurienne Pelvoux Queyras Ubaye Haut-Var - Haut-Verdon 1 Evnt 1 Site Mercantour 65 Evnts 48 Sites Orlu St Bartélémy Cerdagne-Canigou 168 communes, c est-à-dire environ une commune suivie dans l EPA sur trois. Dans les Alpes, 19 communes ont enregistré plus de 10 événements, avec un maximum annuel de 60 événements à Pralognan-la-Vanoise et des totaux également élevés à Val-d Isère (37 événements) et Bessans (45 événements). Plus généralement, les communes actives sont majoritairement concentrées dans les massifs de l Oisans, Belledonne, Pelvoux, Champsaur, Vanoise, Haute Maurienne, Haute-Tarentaise ainsi que du Mercantour. Quelques communes isolées ressortent aussi : Chamonix (74) et Saint-Paul-sur-Ubaye (04), sans surprise car elles sont toujours de grosses contributrices de l EPA, mais également, ce qui est plus inhabituel, Taninges (74) ou les Crots (05). Il n y a au contraire que très peu d événements dans la majorité des communes de Haute-Savoie, de la Chartreuse, du Vercors ainsi que du Queyras. Dans les Pyrénées, la majeure partie de l activité est concentrée dans les communes du centre et de l ouest de la chaîne, avec seulement deux communes ayant enregistré plus de 10 événements : Laruns et les Eaux-Bonnes. Les événements observés concernent 608 sites. Au total, 16 % des sites en cours d observation ont enregistré des événements, avec une moyenne de 0,22 événement par site. à titre de comparaison, en 2005/06, 26 % des sites en cours d observation avaient enregistré un ou plusieurs événements, tandis qu ils étaient au contraire seulement 11 % en 2006/07. à l échelle de la région, c est en PACA que la proportion des sites ayant enregistré des événements est la plus forte. L activité par site est plus faible dans les Pyrénées et conforme à la moyenne nationale en Rhône-Alpes. Cette tendance se retrouve au niveau départemental, avec toutefois quelques contrastes notables : l activité par site est en effet très forte dans les Alpes-de-Haute-Provence, la Haute-Garonne et les Alpes-Maritimes. Elle est par contre faible à très faible dans le reste des départements des Pyrénées et faible en Haute-Savoie (tableau 1). Comparaison avec les hivers précédents L activité observée en 2007/08 est globalement ordinaire, le nombre d événements étant à peine inférieur à celui d une année moyenne. Toutefois, si elle est réellement médiane dans les Pyrénées, l activité est relativement plus forte en PACA (7 ème total le plus élevé enregistré sur les 20 derniers hivers) qu en Rhône-Alpes (13 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers). Cela confirme que l activité a été plus marquée dans les Alpes du Sud que dans celles du Nord. Seuls trois départe- n 124 DECEMBRE 2008 3

NIVO-météo ments enregistrent une activité s écartant nettement de la médiane interannuelle. Les Alpes-Maritimes se distinguent avec une activité forte (2 ème total enregistré sur les 20 dernières hivers, représentant deux fois et demie celui d un hiver moyen), de même que la Haute-Garonne (5 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers). Au contraire, la Haute-Savoie connaît une activité faible, avec plus de deux fois moins d événements que pour un hiver moyen. Nombre dévénements par jour pour la campagne 2007/08 En termes de massifs, les résultats sont plus disparates. Les massifs connaissant une activité forte sont : dans les Alpes, le Dévoluy (2 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers), le Mercantour (2 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers) et l Embrunais (5 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers), et, dans les Pyrénées, le Luchonnais (2 ème total enregistré sur les 20 dernièrs hivers) et le Pays Basque (2 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers, mais avec seulement 2 événements!). Les massifs connaissant une activité faible sont : dans les Alpes, les Aravis (18 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers), La Maurienne (17 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers), les Grandes Rousses (18 ème total enregistré sur les 20 derniers hivers), la Chartreuse (un seul événement) et le Vercors (0 événement) et, dans les Pyrénées, uniquement Cerdagne-Canigou (0 événement). Partout ailleurs, l activité est ordinaire. Répartition temporelle des événements Sur l ensemble de la France, il y a eu 121 jours à événements (jours où il s est produit un ou plusieurs événements), ce qui représente environ un tiers de l année calendaire, proportion conforme à la moyenne depuis 1900 (figure 2). Dans les Pyrénées, la quasi-totalité de l activité a été tardive : 94 événements sur 100 se sont produits entre le 25 mars et le 28 avril. Globalement, les départements pyrénéens ayant connu une activité notable (tous sauf les Pyrénées-Orientales) ont eu un fonctionnement très similaire entre eux. Dans les Alpes, les événements ont été assez étalés sur tout l hiver, avec un premier événement le 29 novembre 2007 et un dernier événement le 29 mai 2008. Toutefois, l essentiel de l activité a été concentrée sur deux périodes d un mois : la première entre le 5 janvier et le 6 février (42 % des événements) et la seconde entre le 25 mars et le 28 avril (33 % des événements). Entre ces deux périodes, l activité a été très peu soutenue durant six semaines. Plusieurs séquences de plusieurs jours consécutifs sans aucun événement ont même été observées en plein mois de février, ce qui est rare puisqu il s agit habituellement de la période de l année la plus avalancheuse. L activité est en particulier totalement nulle en Haute-Savoie durant le mois de février, ce qui est rarissime. Ce fait découle de conditions nivo-météo associées particulièrement clémentes (voir le bilan nivométéo de l hiver 2007/08 dans le précédent numéro de la revue). Au contraire, le «creux» a été moins marqué en Savoie, même s il a existé. Enfin, la deuxième période d activité s est prolongée plus tardivement dans les Hautes-Alpes que dans le reste des Alpes, avec des événements enregistrés tout au long du mois de mai. étude des pics d activité Dans les six départements des Alpes, le maximum d activité a été observé durant la première moitié du mois de janvier : les 7 et 8 pour les trois départements des Alpes du Nord ainsi que pour les Hautes-Alpes et une semaine plus tard dans les Alpes-Maritimes et les Alpes de Haute-Provence. Dans les Pyrénées, le pic d activité n a été enregistré que le 28 mars. Par rapport à une année moyenne, 4 Neige et A VALANCHES

nivo-météo les Alpes du Nord ont donc connu un pic d activité précoce et les Pyrénées un pic d activité au contraire très tardif. Si on définit une crue avalancheuse comme un nombre d avalanches ayant une période de retour empirique d au moins deux ans, le maximum journalier n atteint le seuil de crue dans aucun des départements. Cela confirme que l activité avalancheuse a été globalement assez étalée dans le temps au cours de l hiver, bien que concentrée sur deux périodes d un mois. Sur une échelle de temps plus longue de trois ou sept jours, une crue de faible ampleur s est produite dans les Alpes-Maritimes et les Alpes-de- Haute-Provence. Sa période de retour est à peine supérieure à deux ans. Déclenchement, propagation et intensité des événements 96 % des événements avalancheux sont d origine naturelle. Au cours des trois jours précédant ces départs, aucun contexte nivo-météorologique n a dominé très nettement. L hiver 2007/08 a donc été caractérisé par des conditions de déclenchement assez hétérogènes, probablement liées au grand étalement de l activité de novembre à mai. Par rapport à la moyenne sur 2001-2005, on observe relativement moins de déclenchements en contexte de pluie, de neige faible ainsi qu à la suite de fortes chutes de neige. En outre, 19 % seulement des événements se sont produits à la suite d un épisode de vent fort, contre 29 % en moyenne sur la période 2001-2005. Ces faibles proportions des contextes de vents forts et fortes chutes de neige sont vraisemblablement à relier aux conditions météorologiques relativement clémentes de l hiver. Au niveau du mode de propagation, 9 % seulement des événements ont présenté un aérosol, contre 20 % en moyenne sur la période 2001-2005. Cette proportion faible est cohérente avec le faible nombre d événements consécutifs à de fortes chutes de neige ainsi qu avec le faible nombre d événements observés durant le mois de février, mois durant lequel les conditions sont généralement propices aux avalanches en aérosol. Par contre, 22 % des observations font état de la présence de neige sèche dans la zone de départ, contre 24 % en moyenne sur la période 2001-2005. Il n y donc pas de déficit d avalanche de neige sèche. Le fond de la vallée n a été atteint que pour 2 % des événements. C est cinq fois moins que sur la moyenne sur 2001-2005. Pour l hiver 2007/08, peu d événements extrêmes ont donc été enregistrés. Plus généralement, la variabilité des altitudes d arrêt enregistrées est faible, avec une prépondérance marquée des événements d ampleur moyenne. Quant aux volumes de dépôt enregistrés, ils correspondent majoritairement à des avalanches de dimension faible ou moyenne, avec toutefois 9 événements de plus de 100 000 m 3 et un maximum annuel de 450 000 m 3. Victimes et dégâts Au cours de l hiver 2007-2008, quatre des quatorze accidents mortels recensés par l ANENA se sont produits sur des sites EPA, occasionnant cinq décès. Un cinquième accident a fait un blessé grave. C est beaucoup plus que pour l hiver 2006-2007 (un seul décès sur site EPA), mais un chiffre aussi élevé a déjà été observé a plusieurs reprises au cours des vingt derniers hivers. Les cinq accidents se sont tous déroulés en Savoie (4) et Haute-Savoie (1) entre le 9 janvier et le 18 mars. Ils ont concerné des pratiquants de sports de montagne dans des zones de haute altitude (2 200 à 2 900 m), qui ont tous déclenché eux-mêmes les avalanches qui les ont emportés. Les cinq événements se sont tous produits à la suite des chutes de neige moyennes et ont presque tous mobilisé de la neige sèche. Trois d entre eux ont comporté une phase aérosol. La proportion des écoulements secs et aérosols est donc bien plus importante dans les événements ayant occasionné des accidents que dans l ensemble des événements de l hiver. Enfin, les volumes des dépôts enregistrés correspondent à des événements petits à moyens (600 à 6 000 m 3 ). 86 % des événements n ont pas concerné des enjeux matériels. Les enjeux touchés sont essentiellement les routes (6 % des événements), les cours d eau (3 % des événements) et les forêts (2 % des événements). 16 événements ont atteint des constructions, c est-à-dire des bâtiments de toutes natures. Ils se sont tous produits à Val-d Isère et Tignes (73). Pour onze d entre eux, les constructions atteintes sont connues : huit tournes, deux autres paravalanches et une piste de ski. Selon les informations disponibles, il n y aurait pas de dégâts significatifs. L absence de dégâts matériels et la prépondérance des ouvrages paravalanches au sein des constructions touchées sont à relier avec le faible nombre d altitudes d arrêt basses et de volumes de dépôts importants enregistrés. N. Eckert, M. Deschatres et L. Belanger UR ETNA/Cemagref Grenoble J.M. Decoud, O. Marco Direction Technique RTM/ONF Grenoble Photo : Hervé WADIER n 124 DECEMBRE 2008 5

DOSSIER Secours Celui qui est dessous la coulée et qui survit attend, souvent dans l inconscience Il attend et espère que les gestes de ses compagnons seront les bons, entre alerte et délivrance espérée. Aussi s agit-il de toute une chaîne complexe qui existe pour aboutir à l acte de secours : depuis les règlements et législations sur les politiques de sécurité des zones de montagne jusqu aux formations des secouristes et leur doctrine d emploi. Ce dossier met en valeur l envers de l évènement avalancheux : Un éclairage particulier a été porté sur le travail des équipes de secours professionnelles, qu elles fassent partie des opérateurs de domaine skiable, ou des services de secours en montagne de l état. Au travers d une expérience heureuse, chacun pourra s apercevoir de l enchaînement des éléments constitutifs d un accident aux termes duquel un épilogue souriant l emporte : entraînement des secouristes, équipements, chance. Par ailleurs, l appréciation des maires, responsable de la sécurité sur leur commune, en particulier quant à la mise en place d une politique de sécurité des domaines skiables, présente un intérêt non négligeable pour la cohérence de la sécurité sur l ensemble des zones de montagne : La commune de Chamonix Mont-Blanc livre sa vision. Enfin, la capacité actuelle de la société à porter secours aux victimes d avalanche est le fruit d un passé riche d histoires d accidents et d accidents historiques dans lequel des hommes d exception ont œuvré pour la survie d autres. Un regard sera posé sur la vie de Jean-Jacques Mollaret, précurseur du fonctionnement des unités de secours en montagne qui interviennent actuellement sur tous les massifs français. Le terme de son exigeant parcours sera tragiquement conclu par un accident fatal d avalanche. 6 Neige et A VALANCHES

dossier en avalanche Sommaire 8 Les maîtres-chiens : constats et enjeux Bernard AIRENTI 10 L action des organismes de secours de l état sur le domaine skiable et en zone de montagne Didier LE GALL, Dominique LETANG, Vincent SAFFIOTI Photo : Didier LE GALL 13 La montagne, miroir de vie. Hommage à Jean-Jacques Mollaret Blaise AGRESTI, C. G., Daniel GOETZ 18 Si près des pistes! François SIBLER, Gilles BRUNOT 22 Gestion de la sécurité du domaine skiable : le point de vue du Maire, constat et enjeux. Le cas de Chamonix-Mont-Blanc Jean-Marc BONINO n 124 DECEMBRE 2008 7

dossier «Le cœur de leur engagement est avant tout la motivation, voire la passion que tous ces maîtres-chiens vouent au travail cynophile pour accomplir l une des plus belles missions de service public, le sauvetage.» Les maîtres-chiens : constats et enjeux Le temps a passé! Depuis ce jour de 1978 où, attaché d administration à la direction de la sécurité civile du ministère de l Intérieur, je mettais la dernière main au décret portant création du brevet national de maître-chien d avalanches avant de conduire celui qui institutionnalisera le brevet national de pisteur secouriste. C était l ère des pionniers (De Marliave, Blaffa, Gouzon, Bouteloup, etc.), dans un tout autre contexte. Depuis, les équipes cynophiles ont fait leur chemin et ont rendu les services que l on sait dans les situations avalancheuses accidentelles. Le cœur de leur engagement est avant tout la motivation, voire la passion que tous ces maîtres-chiens, hommes mais aussi femmes désormais, vouent au travail cynophile, à la complicité de tous les instants avec leur chien, et tout cela pour accomplir l une des plus belles missions de service public, le sauvetage. Ils sont pour la très grande majorité des professionnels, pisteurs secouristes, des services de sécurité et des pistes sur les domaines skiables des stations de sports d hiver. Des équipes cynophiles accompagnent également les unités spécialisées de secours en montagne (PGHM, CRS, sapeurs-pompiers). Et il y a encore quelques rares bénévoles passionnés. La formation d une équipe repose sur des fondamentaux, désormais bien connus des spécialistes et formateurs : une bonne entente maître et chien, dans le quotidien comme dans le travail, une sélection exigeante dès l origine tant pour le chien que pour le maître, une complicité «opérationnelle» à constituer solidement et à faire perdurer au fil du temps. En outre, cette équipe doit s intégrer ou être très proche au quotidien d un environnement montagnard et s appuyer sur les réelles capacités physiques et techniques du maître d évoluer en milieu neige et haute montagne, dans les conditions les plus extrêmes. Les règles et structures mises en place dans notre pays pour former et accompagner les maîtres-chiens d avalanches ont peu ou prou permis au fil de ces trente années de garantir aux maires, préfets et responsables des opérations de secours, et bien sûr aux victimes, la présence quasi systématique d une ou plusieurs équipes cynophiles sur une avalanche. Il y a en moyenne en France une centaine de chiens d avalanches opérationnels sur les territoires montagnards lors d une saison d hiver. Le bilan est donc globalement satisfaisant. Tournons-nous à présent vers les enjeux d aujourd hui pour le devenir de ces équipes cynophiles. La plupart ont subi leur formation initiale lors du stage annuel 8 Neige et A VALANCHES

dossier organisé par l ANENA, habituellement fin novembre, mi-décembre. Ce stage a connu au fil des années de multiples fortunes, a suscité nombre d appréciations et de commentaires, pas toujours positifs. Il a eu le mérite de perdurer, même si ces dernières années, il s est déroulé dans le contexte très difficile que l on connaît du fonctionnement de l ANENA. Il doit beaucoup, voire l essentiel, à l engagement et à la motivation des équipes pédagogiques qui l ont conduit toutes ces années. Il doit aussi aux acteurs de la montagne, maires et responsables des services des pistes, exploitants des remontées mécaniques, sans oublier la fédération des maîtres chiens, animée avec pugnacité et détermination sans faille par son président Gilles Limonne. Tous l ont soutenu malgré les soubresauts. Aujourd hui, comme toutes les actions et formations placées sous l égide de l ANENA, une mise à plat du dispositif de formation, de suivi et de recyclage des équipes cynophiles s impose. Elle devra associer tous les acteurs précités réunis conformément aux textes autour de l ANENA, dont par ailleurs le statut devra être précisé au regard des nouvelles dispositions concernant les associations agréées de sécurité civile. Dans les départements, ce sont les préfets et les services de protection civile qui auront la charge de prendre le relais et ils seront ainsi également partenaires. Au-delà de la remise à plat de la formation initiale, des conditions de sélection des candidats jusqu à l examen final, se pose avec acuité aujourd hui la question du dispositif de suivi et de recyclage des équipes cynophiles. Chacun sait que c est le cœur du métier des professionnels de la montagne. Maintien de l efficacité opérationnelle, maintien des qualités physiques et techniques du maître et du chien, acquisition de compétences et d expérience en étroite relation avec l ensemble des équipes cynophiles de son secteur voire de son département, suivi vétérinaire rigoureux, etc. Jusqu à présent, conformément au dispositif conçu en 1979, il appartient aux préfets d organiser les sessions de recyclage des maîtres-chiens d avalanches dans leur département. Je veux ici saluer, au terme de ces trente ans, l intérêt que les collègues directeurs de protection civile et leurs collaborateurs ont porté, souvent dans des conditions difficiles, à cette mission départementale. Enfin, et cela apparaît désormais crucial, rien de tout cela n aurait pu perdurer sans le véritable apostolat des moniteurs de maîtres-chiens d avalanches. Poignée de quelques hommes et femmes, ils ont porté au fil des années cet objectif majeur du maintien de la capacité opérationnelle des équipes cynophiles de notre pays. Directeur de la Protection Civile d un département qui compte la moitié des équipes opérationnelles de notre pays, je puis témoigner et leur faire part au nom de tous de ma reconnaissance pour ce travail colossal accompli. Nous avons en Savoie engagé depuis deux ans une réflexion sur la pérennité de cette action primordiale de suivi, d entraînement et de recyclage des maîtreschiens d avalanches. Nous l avons fait avec les représentants des maires, des services de sécurité et des pistes, des exploitants des remontées mécaniques et bien sûr de l équipe pédagogique du département. Le constat, né de cette concertation, revêt plusieurs aspects ; en tout premier lieu, le positionnement de l État dans le domaine des formations et associations agréées de sécurité civile, tel qu il se dégage du nouveau texte de loi de modernisation de la sécurité civile du 13 août 2004 ; un État garant du contenu et du contenant des actions de formation initiale et continue des acteurs opérationnels de la sécurité ; mais un État qui n est plus et qui ne sera plus un acteur premier de ces actions ; il en sera le régulateur et le contrôleur ; non pas lointain et désintéressé, mais avec un nouveau rôle en pleine adéquation avec l ensemble des réformes générales des politiques publiques engagées dans l Administration. Par ailleurs, force est de constater, nous le disions en ce début de propos, qu environ 80 %, voire plus, des équipes cynophiles sont constituées de pisteurs secouristes professionnels des stations de sports d hiver. Je ne veux pas, loin s en faut, négliger et mettre à part dans la réflexion les bénévoles ou autres équipes exerçant cette activité cynophile et qui proviennent souvent de «petits» massifs. Notre réflexion s est simplement accordée sur ce premier point pour concevoir l économie générale du dispositif de demain pour le suivi et l entraînement des équipes cynophiles opérationnelles. Un nouveau positionnement de l État, une place majeure des exploitants et responsables des services des pistes des stations vis-à-vis des équipes cynophiles, en majorité employés de ces structures consolidées. Nous avons donc conçu dans le département, à titre tout à fait expérimental, une économie et un dispositif de gestion des équipes cynophiles nouveaux. Notre préoccupation première fût de nous concerter avec les moniteurs, entendre leur point de vue, partager avec eux un constat, définir en commun de nouvelles orientations. à l issue de cette démarche, nous avons présenté à l ADSP et au SNTF dans leur configuration départementale un nouveau dispositif. La préfecture définit les objectifs de suivi et de recyclage des équipes cynophiles. Elle associe l ADSP et le SNTF à l organisation des sessions qui se succèdent tout au long de l hiver. Ces deux organismes perçoivent de leurs adhérents une participation pour l organisation des sessions et surtout pour la prise en charge du coût de l intervention des moniteurs, dont le calendrier de présence aux sessions est défini très en avance à l automne par la réunion de tous les moniteurs, les représentants de l ADSP et ceux de la préfecture. Le premier bilan de cette organisation partenariale a été jugé satisfaisant par l ensemble des partenaires. Il reste à l institutionnaliser, à l expliquer et à nouveau à le concerter, pour qu il constitue le fondement des nouveaux enjeux qui se présentent désormais à nous. L expérience savoyarde peut constituer un premier point d appui et de réflexion au plan national. Ce n est pas à moi d en décider. La volonté des partenaires concernés doit s exprimer pleinement. Volonté de consolider la cynophilie opérationnelle «avalanches», qui a fait ses preuves et à laquelle je suis fier d avoir pu contribuer. Bernard AIRENTI Directeur Départemental de la Protection Civile de la Savoie n 124 DECEMBRE 2008 9

dossier " Pour nous secouristes, une alerte d accident d avalanche résonne toujours comme la probabilité de survenance d un événement grave. " L action des organismes de secours de l état sur le domaine skiable et en zone de montagne Interviews du lieutenant Dominique Letang, commandant adjoint du PGHM de l Isère, guide de haute montagne et de Vincent Saffioti, pilote et chef de la base hélicoptère de la Sécurité Civile à Grenoble, réalisées le 3 novembre 2008. par Didier Le Gall ANENA ANENA : Inconsciemment, les usagers de la montagne marquent une différence entre le domaine skiable d une station et la zone de montagne, bien qu il n y ait pas de définition juridique du domaine skiable (1). Y-a-t-il une différence entre vos actions de secours sur chacun de ces deux domaines? Dominique LETANG: d abord, je voudrais rappeler que, pour nous secouristes, une alerte d accident d avalanche résonne toujours comme la probabilité de survenance d un événement grave. L incertitude initiale sur les bilans humains nous conduit à considérer un déplacement immédiat de moyens de secours. Ainsi, sur le plan du secours à la personne, à partir de la réception de l alerte, il n est pas fait de différence entre les lieux de survenance de l accident d avalanche, quant à l opportunité de la projection de moyens. En revanche, ce qui diffère entre un site de montagne et un domaine skiable, ce sera la gestion de crise, assumée seulement par les services de l État en montagne. Sur le domaine skiable, le chef d opération initial est le directeur de la sécurité des pistes. Le commandant de PGHM ou de CRS n arrive avec ses moyens qu en adjoint technique, et ne prendra la pleine et entière direction des opérations qu en cas de défaillance du service de sécurité des pistes. Aussi, il faut bien comprendre que, sur le domaine skiable, doivent s accorder sans délai, sous peine de nuire aux intérêts des victimes, deux visions du secours : celle coordonnée par la station avec ses usages codifiés par l entreprise ou la régie et celle de l État, nécessairement élargie, qui peut prendre en compte Note (1) La définition donnée par le code de l urbanisme ne s applique pas aux questions de sécurité. Art R.145-4 du code de l urbanisme. 10 Neige et A VALANCHES

dossier une montée en puissance des moyens, mais aussi l implication des actes d enquêtes administratives et/ou judiciaires. L accident d avalanche n est d ailleurs pas nécessairement rattaché à une faute (au sens pénal et civil du terme). En ce sens, les actes d enquêtes permettent d instruire, s il y a lieu de le faire, objectivement à charge comme à décharge la procédure attachée aux circonstances de l accident d avalanche. Pour le directeur de la sécurité des pistes, la présence des auxiliaires de justice et représentant de l État est un atout pour faire l interface avec les autorités administrative (préfecture) et judiciaire (procureur de la République) qui cherchent à être renseignées. Il paraît donc important que les hommes de chaque entité se connaissent avant le temps de crise, pendant laquelle la mutualisation des moyens et la compréhension des impératifs de chacun ne doivent être ni découvertes, ni improvisées. ANENA : dans le cas de votre intervention sur une coulée d avalanche, quelles sont les actions que vous jugez nécessaires et qui méritent d être conduites par les témoins, les personnes indemnes avant votre arrivée? DL : pour pouvoir porter secours ou assistance, il faut d abord rester vivant : il s agit donc pour celui qui est en capacité d agir, de se protéger d autres coulées s il le peut. Typiquement, dans le cas où il y a plusieurs personnes indemnes, positionner un guetteur capable d alerter ceux qui recherchent est la bonne stratégie. Le temps pour retrouver une ou plusieurs victimes est compté, le seuil des 15 minutes vite atteint. Aussi, ce qui nous est nécessaire est la préservation des indices, qui faciliteront les recherches : se souvenir du nombre d ensevelis confirmer le port d ARVA ou de pastille RECCO par les victimes se rappeler les derniers indices visuels de surface aperçus se remémorer les positions des victimes avant l accident Ces indications sont primordiales pour le premier secouriste. Par ailleurs, dans le temps de l alerte, la description donnée de l ampleur de l avalanche permettra d anticiper la montée en puissance potentielle des moyens de recherche (équipes cynophiles, moyens héliportés, personnels ). Quant aux actions de secours proprement dites potentiellement réalisables par les personnes indemnes, il nous sera utile de savoir si une première recherche par DVA a été faite, par qui et si l information est fiable. Sans présager des capacités de chacun à réaliser une telle recherche, la qualité de celle-ci sera conditionnée par plusieurs facteurs : une victime indemne mais choquée n aura pas toutes ses capacités ; une recherche réalisée par un professionnel, peut, a priori, être une base de travail fiable ; un signal DVA peut avoir été ignoré par un appareil de recherche s il est ancien Ces indications orientent la tactique mise en œuvre pour, au final, gagner du temps. En outre, chaque élément qui nous sera donné sera lui-même acté, dans l optique d un compte rendu fidèle des circonstances de l accident et du déroulement de l opération de secours. En effet, au-delà de l accident, la conduite de l opération de secours est par essence un engagement de responsabilités qui demande des justifications des choix effectués. ANENA : comment se déroule la gestion du secours en avalanche par l équipe du PGHM, une fois celle-ci arrivée sur place? DL : dans une première phase assimilable à la première rotation de l hélicoptère, on trouvera dans la première équipe un secouriste (dont la mission est d effectuer la première recherche DVA après obtention des indices), une équipe cynophile composée d un maître-chien (MCA) et de son chien, et un médecin. La présence de ce dernier se justifie en première rotation si le lieu de l accident est éloigné du premier poste médicalisé. Le terrain vierge post-accident sera le terrain le plus favorable à la recherche canine. La deuxième phase voit intervenir des personnes en nombre, arrivées au fil des rotations héliportées, ou par tout autre moyen. Le chef local des opérations de secours (placé sous les ordres d un Commandant des Opérations de Secours COS, situé au Poste de Commandement, traditionnellement en station ou en vallée) se met en place ; il met en oeuvre le contenu du «sac avalanche» suivant la tactique qu il choisit. Son œil nouveau sur la zone est un atout. Il est assisté d un secrétaire qui acte le déroulement des Photo : Didier LE GALL n 124 DECEMBRE 2008 11

dossier opérations et qui répertorie les entrées et sorties de chaque individu sur la zone de recherche préalablement balisée. Il est également garant de la vérification de port de DVA en fonction, en entrée de zone (sauf consignes particulières). Il est donc mis en place une zone possédant une porte d entrée-sortie unique par laquelle entrent des secouristes destinés aux vagues de sondage et aux opérations de déblaiement, des MCA, des médecins... Le «sac avalanche» est conçu pour contenir tout l équipement de balisage des zones sondées. Il permet un quadrillage matériel de zone afin de ne pas oublier une parcelle de terrain. Le chef d opération doit faire préparer une DZ adaptée et il met en place un guetteur de sur-avalanches. Il transmet des consignes claires à chaque chef d équipe travaillant dans la zone, en cas de suravalanche. Numéros d alerte du secours en montagne Numéro international : 112 Alpes Alpes-de-Haute-Provence : 04 92 81 07 60 Hautes-Alpes : 04 92 22 22 22 Alpes-Maritimes : 04 97 22 22 22 Isère : 04 76 22 22 22 Savoie (Tarentaise) : 04 79 08 29 30 Savoie (Maurienne) : 04 79 05 11 88 Pyrénées Ariège : 05 61 64 22 58 Haute-Garonne : 05 61 79 28 36 Pyrénées-Altantiques : 05 59 10 02 50 Hautes-Pyrénées : 05 62 92 41 41 Pyrénées-Orientales - CRS : 04 68 61 79 20 Pyrénées-Orientales - PGHM : 04 68 04 51 03 ANENA : les équipes de secours de l État sont dotées du nouvel hélicoptère EC 145. Quel est votre opinion sur ce nouvel outil en terrain neigeux? DL : indéniablement, cette nouvelle machine plus rapide et de plus grande capacité d emport permet un gain d efficacité logistique de l opération de secours. On parvient à monter sur zone davantage de personnes et de matériel, et en moins de temps qu en Alouette III. L évacuation des blessés gagne elle aussi en confort et rapidité. Toutefois, le souffle du rotor de cet appareil est capable de perturber grandement les opérations de secours au sol, bien plus que ne le faisait un Écureuil ou une Alouette III. Les sacs de secours et tout matériel non arrimés s envolent sous l effet de ce souffle. La recherche avec DVA depuis l hélicoptère n est pas encore optimisée et interdit dans le même temps une recherche cynophile ou DVA au sol si la zone est petite. En conclusion, on privilégiera pour l instant cette formidable capacité à transporter rapidement des moyens et des hommes, bien que la machine et l inventivité des secouristes n attendent qu à faire murir de nouvelles capacités de secours. ANENA : quel est l avis du pilote chevronné que vous êtes, Vincent Saffioti? (Vincent Saffioti est ancien pilote de chasse ; en tant que pilote d hélicoptère de la Sécurité Civile, il a passé huit ans comme pilote d Alouette III à Chamonix et onze ans à Grenoble ; il vole aujourd hui sur EC 145) Vincent Saffioti : l EC 145 est une machine avec laquelle il faut acquérir encore de l expérience : il va plus vite et prend beaucoup plus rapidement de l altitude qu un Écureuil B2 ou une Alouette III. à titre de comparaison, quand une alouette III atteint 150 km/h, l EC 145 dans les mêmes conditions gagne les 235 km/h. Dans la vallée de l Isère entre 500 m et 1 500 m d altitude, 40 minutes d autonomie avec l Alouette III permettaient la réalisation d un à deux secours. Dans une même durée d autonomie, ce sont quatre ou cinq secours qui sont accomplis en EC 145. Avec peu de carburant embarqué (machine allégée), entre 1 500 m et 3 000 m d altitude, la capacité d emport de l EC 145 est de cinq à six personnes, soit trois fois celle de l Alouette III. Malgré tout, l emploi de ce nouvel appareil impose de nouvelles stratégies en terrain neigeux. Le souffle rotor, qui peut atteindre quatre tonnes de poussée/ m², a une influence importante dans une demi-sphère sous l appareil de 26 m de diamètre. Aussi, en cas de vol à basse altitude, il affecte d abord le sol et tout ce qui y est posé dessus (traces et indices de surface, odeurs, sacs ). Par neige poudreuse, il y a risque non négligeable de perte de repères pour le pilote en cas de création d une colonne de neige entourant l appareil. Ainsi, quand avec l Alouette III, on pouvait se permettre d aller sur le premier indice de surface pour y réaliser une recherche par DVA, l EC 145 impose d utiliser ses performances pour optimiser le temps d arrivée des équipes de secours sur site, et pourquoi pas d optimiser leurs temps de déplacement sur place si la zone est de grande dimension ou avec forte dénivelée. Photo : Didier LE GALL 12 Neige et A VALANCHES

dossier " Il a été emporté comme il a vécu, en premier de cordée. " La montagne, miroir de vie Hommage à Jean-Jacques Mollaret Le 22 décembre 1991 à la Foux d Allos, une rupture de plaque à vent allait couter la vie à l un des témoins les plus marquants de l histoire du secours en montagne, et du développement de l activité du Val d Allos. Retour sur le parcours de Jean-Jacques Mollaret, officier de gendarmerie d abord puis montagnard attaché au développement des vallées (des Alpes à La réunion) qui apporta sa contribution forte aux questions de sécurité dans les massifs. D. LG. ANENA Jean-Jacques Mollaret fut emporté en 1991 par une avalanche sur la croupe des Ubaguets dans cette combe des Agneliers entre Ubaye et Verdon ; là où les mélèzes prennent cette teinte mordorée à l automne ; là où l été les moutons cèdent la place aux chamois et aux bouquetins ; là, enfin, où les anciens craignaient, de ces vallons situés sous le vent, les accumulations de neige si propices aux coulées. Pourtant, il fallait bien aller sécuriser les lieux et déclencher les avalanches à l aide d explosifs pour permettre aux skieurs de relier les stations de la Foux d Allos et de Pra-loup. Jean-Jacques était un chef des pistes consciencieux : il a été emporté comme il a vécu, en premier de cordée. Cette foisci, l expérience acquise plusieurs années auparavant à la tête du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix ne lui a pas été d un grand secours. La plaque, invisible, a cédé insensiblement sous ses skis. Les risques, il les connaissait parfaitement, lui qui, sa vie durant, s est battu pour développer l information du public et la prévention des accidents, lui qui a toujours lutté pour préserver des vies et améliorer la performance des secours. Son parcours est guidé par cette passion constante pour la montagne. Originaire de Megève, en Haute-Savoie, Jean-Jacques Mollaret avait gardé de son passé d instituteur la clarté du propos et la rigueur des mots. Concis dans son écriture, ses textes traduisent une personnalité riche et complexe d un homme en quête permanente de soi, soucieux des hommes et peu sensible aux circonvolutions administratives qu il abhorre. Devant Dame Nature, l homme doit s effacer, surtout ne pas provoquer, respecter à la lettre les règles non écrites connues des seuls montagnards. Celui qui s aventure trop souvent à dépasser ces limites immatérielles le paye de sa vie. Dans son ouvrage «Au-delà des cimes», le lecteur perçoit cette alliance des forces contraires qui organisent la complexité de cet univers montagnard, souvent indéchiffrable, d une dureté impitoyable. L introduction du livre est ciselée à la pointe du piolet et porte la signature éclatante de son auteur. Tour à tour, poéti- n 124 DECEMBRE 2008 13

DOSSIER La montagne a dit : «Jusque-là mais pas plus loin.» Suite Montagnarde, Jean Proal, Éditions de l Envol. Photos : Blaise AGRESTI Photos : D.R. que, visionnaire et engagé, ce texte est un credo pour le secours en montagne, dont il fut une forme d égérie. La montagne est le fil rouge de son existence. Son enfance à Megève lui a inculqué un profond amour pour les sommets enneigés. Ses études le conduisent vers l école normale à Bonneville, puis à son premier poste d instituteur. Quelle motivation le pousse alors à présenter le concours de l école des officiers de la gendarmerie? Qu attend-t-il de ce métier fait d ordre et de dévouement? A-t-il déjà en tête le secret espoir de prendre la tête d une de ces unités de secours en montagne qui viennent d être récemment créées? C est alors qu il arrive à Chamonix à la tête du peloton spécialisé de haute montagne (PSHM) le 1 er octobre 1965. Il est lieutenant, jeune pour ce poste difficile : il y restera huit années, une durée exceptionnelle pour un officier de gendarmerie. Très vite, il va être confronté à des histoires incroyables : le secours des Allemands aux Drus et le crash du Kangchenjunga de la compagnie Air India en 1966, l accident du téléphérique d Helbronner dont le câble tracteur est coupé par un avion de chasse de l armée de l Air et, peut-être l histoire la plus délicate et polémique : le drame de Gousseault et Desmaison aux Grandes Jorasses en 1971. Drus 1966, Grandes Jorasses 1971 : deux sauvetages historiques qui resteront dans la mémoire collective et qui vont précipiter l his- 14 Neige et A VALANCHES

dossier toire, puisque les gendarmes prendront petit à petit la main sur les secours. Il faut bien reconnaître que Jean-Jacques Mollaret fut le personnage central de cette évolution. Au quotidien, les secouristes sont confrontés à la mort, et leur chef perçoit ces instants difficiles avec des mots empreints de sensibilité : «Après-midi lourd et orageux, sommets encapuchonnés d épais cumulus, bouffées de vent chaud. L hélicoptère a déposé la caravane de secours sur le glacier. Les hommes s encordent, silencieux. Neige profonde, progression malaisée. Couloir menaçant. Enfin les corps, restes pitoyables, vite enfermés dans les sacs de jute, arrachés à la montagne à grands renforts de manœuvres de cordes. La marée de la nuit monte, submerge les vallées et les pentes tandis que la clarté expire déjà sur les cimes. Lumière et nuit, c est le drame qui se dénoue en cette fin du jour.» Chamonix, l époque est aux innovations, le secours en est encore à ses balbutiements : il faut inventer des matériels pour secourir des alpinistes coincés au fond des crevasses, organiser les réseaux radio, développer les formations, renforcer la coopération avec le Val d Aoste et le Valais. Jean-Jacques Mollaret est de tous les combats, passionnément. Au fil du temps, il va nouer des amitiés fortes, notamment avec Gérard Devouassoux, Franco Garda (le fondateur des secours dans le Val d Aoste), Lorenzino Cosson, Maurice Herzog, maire de Chamonix et ministre... Avec le docteur Foray et Robert Petitprestoud, ils seront de toutes les expérimentations médicales et technologiques pour faire progresser l organisation des sauvetages. Les gendarmes inventent des matériels (treuils, sac à avalanche, liquide déglaçant, perche télescopique, traîneaux...) qui contribuent à améliorer la performance des secours. Il contribue aussi à développer les échanges techniques avec les valdôtains (Italie) et les valaisans (Suisse) lors d une rencontre annuelle baptisée «la triangulaire du secours en montagne» qui ouvre la voie à des interventions conjointes. Il sera aussi à l origine de la création d une maison de la montagne à Chamonix en 1972, avec Gérard Devouassoux, puis, quelques années plus tard, en 1987, il réitèrera à Cilaos sur l île de la Réunion. Ce lieu d échange d informations, ouvert gratuitement et librement aux alpinistes et aux randonneurs, permet de s enquérir des conditions en montagne, de trouver un itinéraire adapté et un compagnon de cordée. La modernité de ce concept n apparaîtra que plus tard, comme toujours. Au moment de quitter le PGHM en 1972, il peut avoir le sentiment du devoir accompli, puisque l unité assume désormais la responsabilité pleine et entière des sauvetages dans le massif du Mont-Blanc, grâce à la maturité technique gagnée lors d opérations de secours particulièrement engagées qui valent aux gendarmes la reconnaissance de la communauté des guides. D ailleurs, avec «ses» gendarmes, la relation forgée dans l action est forte, presque fusionnelle. Il sait décrire leur quotidien avec des mots qui sonnent juste : «Pour eux, rares sont les sommets vierges de souvenirs tragiques. Que de peines, que de risques pour arracher à la montagne un blessé, un alpiniste en perdition! la joie aussi est sans mesure : une vie n a pas de prix. De ces inconnus, de ces étrangers, arrachés à la mort, ramenés parfois de l au-delà de la vie apparente, bien peu connaîtront leurs sauveteurs et rares sont ceux qui reviendront remercier simplement d une poignée de main. D ailleurs la joie de la victoire sur la mort n est pas là, elle est intérieure, incommunicable aux êtres les plus proches.» Promu au grade de capitaine en 1973, il est «muté à Chamonix», où il va diriger la compagnie de gendarmerie départementale, créée la même année. Malgré ses nouvelles fonctions, il gardera, à travers son rôle de secrétaire de la société chamoniarde de secours en montagne, une part active dans le secours en montagne, dont il cherchera toujours à parfaire le système complexe. Mais si sa contribution au secours en montagne peut paraître satisfaisante pour beaucoup, elle ne l est pas pour lui. Il pense que tout n a pas été fait : «où en sont la création d un SMUR les travaux de la D.Z. des Bois, l installation de radiotéléphones dans les refuges non gardés?» En juillet 1981, alors âgé de 42 ans, il quitte Chamonix pour l île de la Réunion où il va être l instigateur avec d autres passionnés du premier cross du Piton des Neiges, puis de la première traversée complète de l île de la Réunion, «trail» qui deviendra vite fameux. En 1987, il quitte la gendarmerie pour une retraite anticipée, avec le grade de lieutenant-colonel. Mais l appel des montagnes est le plus fort, et il s installe alors dans les Alpes du Sud, où le destin le rattrape à la Foux d Allos. Victime d une avalanche le 22 décembre 1991 lors d une inspection technique dans cette station de ski dont il était le directeur, Jean-Jacques Mollaret décède le 10 mars 1992, sans jamais être sorti du coma dans lequel il était plongé. Il avait 53 ans : «La montagne n est pas un miroir complaisant des activités fébriles de l homme, ni de ses performances ; maintes fois gravie, jamais possédée, elle est l indéchiffrable». NoteS Blaise Agresti officier de gendarmerie et guide de haute montagne, ancien commandant du PGHM de Chamonix 1. Au-delà des cimes, Cerf 1974 ; Le Mont-Blanc, jadis aujourd hui, Cerf ; Missions insolites, Cerf ; Mont-Blanc, refuge de l éternité, Hachette 1978. 2. Le GSHM de Chamonix, ancêtre du PGHM, fut créé en 1958 3. Au-delà des cimes, CERF, 1974. 4. Au-delà des cimes, CERF, 1974. 5. SMUR : Service Médical d Urgence et de Réanimation. 6. La marche des cimes : 6000 mètres de dénivelée et 112 kilomètres. n 124 DECEMBRE 2008 15

Photos : Charly GRAC Après son départ de la gendarmerie de montagne, Jean-Jacques Mollaret n en est pas moins resté un montagnard passionné. Le 1 er juin 1990, il prend de nouvelles fonctions à la SEFA (Société d Équipement de la Foux d Allos), comme directeur, avec pour mission la coordination et le pilotage des services en charge du développement du Val d Allos. à ce titre, il lie des relations d amitiés fortes et sincères avec «les montagnards» de la vallée du Haut Verdon, comme Charly Grac. Expert auprès de la SEFA de la sécurité des domaines skiables du Val d Allos, ce dernier transmet à Jean-Jacques Mollaret sa passion du déclenchement préventif des avalanches et sa connaissance des problématiques d enneigement si particulières des massifs du sud : une année avec de fortes chutes de neige, une année sans Amoureux de la montagne, comme on le ressent dans la sensibilité de son ouvrage «Au-delà des cimes», Jean-Jacques Mollaret fait l unanimité quant à la qualité de son apport aux stations du Val d Allos : dynamisme pour le tourisme, richesse dans les relations humaines, technicité dans les décisions. Aussi, comme il le faisait en tant que gendarmesecouriste, il met en avant son savoir-être de dirigeant de terrain afin de partager les conditions difficiles des tirs préventifs de déclenchement, afin de se représenter les enjeux des inspections techniques des remontées. Mais ces déplacements au cœur du domaine de montagne dont il avait la responsabilité n étaient-ils pas tout simplement une façon de faire vibrer son amour des cimes? Il se sentait bien au sommet des Evêchés ou de la Séolane (sommet du massif du Haut Verdon). C est au cours d une de ces inspections de remontées mécaniques, celle du télésiège des Ubaguets, qu il fut victime d une «anodine» plaque à vent. 16 Neige et A VALANCHES

DOSSIER En ce mois de décembre 1991, le massif du Haut Verdon était très peu enneigé, à l exception de quelques pentes exposées au nord et au nord-est au-dessus de 1 500 m. Trois mètres en dessous de la ligne de crête portant le télésiège, il est emporté avec Charly Grac par une plaque de neige dure sur une cinquantaine de mètres. Blessé aux vertèbres cervicales lors de cet accident dans lequel Charly Grac sortira miraculeusement indemne, Jean-Jacques Mollaret décèdera trois mois plus tard, en mars 1992, des suites de ses blessures. Ce tragique évènement fut pour le Val d Allos la prise de conscience de la perte d un homme hors du commun qui a été l un des acteurs des moments les plus intenses de l histoire du secours en montagne en France : catastrophe aérienne du Kangchenjunga dans le massif du Mont- Blanc, affaire Gousseault-Desmaison aux Grandes Jorasses. Il manifesta dans cette dernière toute sa force de caractère et ses convictions. Après la disparition de Serge Gousseault en 1971, dont Jean-Jacques Mollaret fut le témoin en tant que commandant du PGHM à Chamonix et qui marqua également le cœur des montagnards de la Foux d Allos (Serge Gousseault, guide et pisteur, faisait partie du service des pistes de la Foux d Allos), celle de Jean- Jacques Mollaret, vingt ans plus tard, grave dans les schistes du Haut Verdon l empreinte de cette étrange coïncidence des lieux d attache des deux hommes ainsi que la passion des cimes que Jean- Jacques Mollaret avait su transmettre dans cette ultime étape sur les domaines skiables du Val d Allos. C. G. L accident d avalanche de La Foux d Allos du 22 décembre 1991 (secteur Les Agneliers) Analyse nivo-météorologique 1) Conditions nivologiques générales :- À la date du 20 décembre, l enneigement est faible dans le massif du Haut-Verdon : quasi absente des versants sud, la neige n atteint que la modeste épaisseur d une vingtaine de centimètres à 2 000 m. Au-dessus, l enneigement est très irrégulier, et seules les zones abritées présentent 20 à 30 cm de neige, composée de gobelets ou de faces planes qui se sont formées pendant la longue période de beau temps qui dure maintenant depuis un mois (depuis le 20 novembre). 2) Conditions météorologiques durant les 24 h précédant l accident : Changement de temps le 21 : une perturbation, d activité modérée, apporte au cours des 24 h qui suivent 10 à 30 cm de neige. Mais ces quantités de neige fraîche concernent essentiellement les zones de haute altitude, car la limite pluie-neige, d abord basse (vers 1 100 m), remonte progressivement jusque vers 2 500 m. Cette perturbation est accompagnée de vents de nord-ouest violents. 3) Évolution des conditions nivologiques : Les chutes de neige modérées mais très ventées débutent tôt dans la journée du 21. Elles se déposent dans de nombreuses pentes sur un sol nu ou sur une vieille neige regelée ou bien compactée par le vent. En revanche, dans les versants peu ensoleillés (nord-ouest à nord-est), elle se dépose sur une couche de neige sans cohésion de type faces planes/gobelets, présente dès 1 700 m d altitude environ. Ainsi, dans ces pentes, le risque de déclencher accidentellement une avalanche de plaque devient rapidement important. Au fil des heures, c est-à-dire durant la nuit du 21 au 22 puis durant la matinée du 22, les précipitations se poursuivent, mais le redoux s accentue. La limite pluie-neige remonte alors jusqu à des altitudes élevées, temporairement jusque vers 2 500 m dans la matinée du 22. En conséquence, l instabilité des plaques en cours de formation augmente encore d un cran au début du redoux, du fait de leur radoucissement, de la surcharge qu occasionne la pluie, puis de la déstabilisation des couches fragiles lors de leur humidification par la pluie. Cette instabilité diminue ensuite, une fois les grains fins constituant la plaque et les grains anguleux de la couche fragile transformés en grains ronds par la pluie. Daniel Goetz Météo-France / Centre d Études de la Neige n 124 DECEMBRE 2008 17

dossier " Deux facteurs sont déterminants pour la réussite d une opération de recherche en avalanche : la localisation précise du lieu de l avalanche et un délai minimal d intervention. " Si près des pistes! Le 8 janvier 2008, à proximité du domaine skiable de la station de La Plagne (Savoie), un accident en ski hors-piste se produit. Un jeune homme est enseveli sous une coulée d avalanche : celle-ci s est déclenchée lors de son passage sur une «plaque à vent». Toutefois, la fin heureuse de cet événement ainsi que la rapidité de l action de sauvetage par le service des pistes incitent à mettre en avant la chronologie de l accident et du secours, ainsi que les commentaires des protagonistes. François SIBLER chargé de la sécurité des pistes et de la sécurité entreprise à la Sté d Aménagement de La Plagne Didier Le Gall Directeur ANENA A14 h 50, une alerte est diffusée par le poste de secours du secteur «Dos Rond» : «Une coulée de neige, en plaque, s est déclenchée sur le secteur «Lanche Ronde», une personne remonte à pied sur le dépôt». Deux équipes binômes de pisteurs secouristes se rendent sur les lieux par gravité depuis le glacier. La «faible» ampleur de l avalanche permet d effectuer rapidement la recherche après un bilan sur place : trois personnes évoluaient en ski au moment de l accident. La première est indemne et a pu porter assistance au deuxième skieur partiellement enseveli. La troisième personne manque à l appel et a disparu sous la coulée. À l aide du système de recherche «RECCO», Patrick, pisteur secouriste, détecte un signal qui permet la localisation. La victime, Nicolas, est dégagée après 19 minutes d ensevelissement : il est 15 h 09. Cette avalanche de plaque s est produite dans un versant orienté nord-est, à 2 520 m d altitude. L épaisseur à la cassure est de 40 cm. La coulée, longue de 200 m et large de 35 m, peut être considérée comme de dimension moyenne. L organisation et les méthodes professionnelles mises en œuvre par les opérateurs de domaines skiables face au risque d avalanche sont similaires dans tous les massifs. Deux facteurs, qui sont déterminants pour la réussite d une opération de recherche en avalanche, ont été dans ce cas réunis : la localisation précise du lieu de l avalanche lors de l alerte et un délai minimal d intervention. La victime a pu être libérée rapidement de la coulée malgré son absence de port de DVA (Détecteur de victimes d avalanches). Les entraînements fréquents à la recherche de victimes, à l aide des systèmes de DVA et «RECCO», sont fondamentaux pour optimiser les temps de secours. Pour les opérateurs de domaines skiables, les systèmes de recherche parallèles, qui s ajoutent aux DVA, tels que le 18 Neige et A VALANCHES

dossier Photo : DR. ANENA «RECCO», présentent un incontournable avantage s ils offrent la possibilité de rechercher des victimes qui n ont pas de DVA ; en effet, une partie non négligeable de la clientèle en station, pratiquant le ski hors des pistes balisées et sécurisées, n est pas équipée du trio «DVA, pelle, sonde». Pour porter secours rapidement, il demeure alors la possibilité qu un vêtement de la victime soit équipé d une pastille «RECCO». Dans leur majorité, les porteurs d une telle pastille ne sont pas conscients qu ils sont équipés de cet élément réflecteur d ondes. C est le cas de Nicolas à La Plagne, heureux de l issue de sa mésaventure, et qui nous livre son témoignage : «Nous étions à l arrêt dans la pente ; au moment où mon ami est reparti, j ai entendu un gros «boum». Une plaque s est Photo : RECCO n 124 DECEMBRE 2008 19

dossier arrachée devant nos skis. à ce moment, je ne me suis pas rendu compte de la situation. Soudain, il y a eu un craquement derrière nous et nous nous sommes fait emporter. J ai compris ce qui se passait : j ai eu très peur. J ai tenté un déplacement latéral et j ai percuté mon collègue ( ). Je me suis retrouvé devant un mur de neige en bas de la pente, et toute la neige en mouvement derrière moi m a alors recouvert. Cela s est passé très vite. J étais conscient. Compressé et ne pouvant bouger aucune partie de mon corps sauf la tête légèrement, j ai été pris de panique en essayant de respirer. Le manque d air me provoquait des spasmes de toux. Par suite, j ai perdu connaissance dans l obscurité, sans savoir dans quelle position je me trouvais. Je me suis réveillé quand les pisteurs m ont secouru, avec le souvenir intact du déroulement des faits. Heureusement, les secours sont vite arrivés sur les lieux. J ai aperçu mon ami, puis l hélicoptère de secours : j ai compris que je revenais de loin. J ai su par la suite que c était grâce à mon pantalon, récemment acheté pour cette saison et qui contenait une puce RECCO, que les sauveteurs m ont localisé.» Ainsi, Nicolas a été retrouvé indemne ; il doit son salut à la conjugaison de plusieurs éléments : un vêtement équipé d une pastille Recco, la rapidité de la mise en place des secours et l efficacité du système de recherche mis en œuvre, ainsi que, comme souvent en pareilles circonstances, une part de chance... Photo : RECCO Analyse nivo-météorologique Une analyse des conditions météorologiques qui ont régné durant les jours ou les semaines précédentes est généralement un bon indicateur du niveau global de stabilité du manteau neigeux du jour. Lors d une telle analyse, il est bon de mettre en regard de ces conditions les caractéristiques géographiques marquantes du lieu auquel on s intéresse : ici, une altitude de 2 520 m et une orientation nord-est. La date est aussi une information primordiale : 8 janvier, une période à laquelle les versants nord-est ne voient pas le soleil. Commençons par l analyse météo générale du mois de décembre 2007 : des précipitations se produisent du 6 au 11, la limite pluie-neige étant toujours inférieure à 2 400 m environ. À 2 500 m, l altitude qui nous intéresse, il y a donc toujours eu des chutes de neige (pas de pluie) ; du 12 décembre au 4 janvier : pendant plus de trois semaines, le temps est presque toujours beau. Il s agit là d une information majeure : une longue période de beau temps en plein hiver se traduit presque toujours par la transformation des couches de neige proches de la surface en une neige sans cohésion (de type faces planes ou gobelets) dans toutes les pentes pas ou peu ensoleillées, surtout aux altitudes où des chutes de neige se sont déposées juste avant. On pourra en conséquence s attendre à un manteau neigeux instable, et de manière durable, dès que de nouvelles chutes de neige se déposeront par-dessus. Le danger sera alors celui d avalanches de plaques. C est effectivement ce qui se produit entre le 5 et le 7 janvier 2008 : d importantes chutes de neige se déposent à 2 500 m : cumul de 40 à 70 cm en 48 heures, représentant, après tassement, une couche un peu moins importante. Une couche de neige fraîche beaucoup plus fine (quelques centimètres) aurait généré une structure instable de très faible épaisseur, donc moins dangereuse (coulées superficielles de très faible ampleur). Une chute de neige beaucoup plus forte (plus d un mètre) aurait provoqué un important danger d avalanches spontanées pendant le mauvais temps, mais ensuite un manteau neigeux moins sensible au passage de skieurs. Dans la situation étudiée, l épaisseur de neige fraîche est critique : suffisamment épaisse pour occasionner une avalanche de grand volume, mais suffisamment fine pour être sensible à la moindre surcharge. 20 Neige et A VALANCHES

dossier L avalanche du 8 janvier a bien toutes les caractéristiques que l on pouvait attendre : avalanche de plaque - cassure d épaisseur 40 cm - versant ombragé. Mais le pratiquant de la montagne hivernale ne peut pas toujours être au fait du temps qu il a fait les semaines précédentes! C est l un des rôles du BRA d en faire la synthèse, afin de pouvoir prévoir le risque d avalanche. Intéressons-nous donc maintenant à celui du jour, riche en informations. Analyse du BRA* de la Savoie pour la journée du 8 janvier 2008 : la partie «Stabilité du manteau neigeux» nous informe que «on relève 10 à 20 cm de neige supplémentaire au-dessus de 2 500 m, pour un cumul en 48 h de 40 à 70 cm. Le manteau neigeux est donc devenu plus instable, soit par très forte humidification, soit en raison d une couche de neige récente non négligeable et la présence de nouvelles plaques (vent d ouest à nord-ouest)». Dans le cas qui nous intéresse, la raison de l instabilité est bien sûr la seconde, puisque à 2 500 m il n a pas plu. Le texte se poursuit ainsi : «C est pourquoi, au-dessus de 2 000 m environ, il va falloir être prudent, car la neige fraîche, localement soufflée, adhère parfois mal sur des sous-couches croûtées ou sans cohésion (faces planes, neige roulée). La surcharge que représente le passage d un ou plusieurs skieurs peut alors suffire pour provoquer une avalanche de plaque (friable ou plus dure) dans un certain nombre de pentes.» On retrouve là ce qui ressort de l analyse nivo-météo : la neige fraîche repose sur une couche de neige sans cohésion constituée de grains à faces planes. C est bien là l information majeure après une chute de neige et non pas l indication du vent (le vent n est pas toujours nécessaire à la formation des plaques et les grosses chutes de neige sont de toute façon presque toujours ventées). On remarquera que les plaques sont jugées vraiment fragiles par le nivologue, puisque susceptibles de se déclencher au passage d un (seul) skieur. Par contre, le nombre de pentes dangereuses, même s il semble un peu flou («dans un certain nombre de pentes») ne correspond pas a priori à un risque généralisé ; sinon il aurait probablement été dit «dans de nombreuses pentes» ou «dans la plupart des pentes». Qu est-ce qui pourrait expliquer cette nongénéralisation? On peut émettre plusieurs hypothèses, mais la plus probable est celle liée au fort coup de vent qui s est produit à la fin de la période de beau temps : la neige sans cohésion a très certainement été emportée ou densifiée dans les pentes bien Photo : Jean-Christophe DEVOUASSOUX exposées au vent, rendant ces endroits moins dangereux une fois la nouvelle neige déposée. Terminons notre analyse avec cet extrait : «Méfiance, au-dessus de 2 300/2 500 m, et particulièrement dans les expositions nordouest à est en passant par le nord.» L accident s est produit exactement dans les versants où la plus grande méfiance était de rigueur. Bien sûr, les éléments plutôt généraux du BRA doivent être nuancés par l observation sur le terrain. On aurait sans doute pu trouver des pentes stables de même altitude et même orientation, mais statistiquement, le danger y était vraisemblablement important. Pour finir, quel était l indice du risque d avalanche prévu pour ce jour-là? Au-dessus de 2 000 m d altitude, il était de 3 (risque marqué). Il n est sans doute pas inutile de rappeler qu un tel niveau de risque sur une échelle européenne à 5 niveaux n est pas un risque «moyen» pour le pratiquant de la montagne hivernale. En effet, la pratique du ski n est en général pas possible par risque 5 puisque à la fois l instabilité du manteau neigeux est généralisée et les conditions météo sont très mauvaises. Elle est en revanche le plus souvent possible avec un niveau de risque situé entre 1 et 4. Le 3 ne se situe alors pas au milieu de ces niveaux, mais dans la fourchette supérieure, et il correspond ainsi bien à un niveau de risque qualifié de «marqué». * BRA : Bulletin d estimation du Risque d Avalanche de Météo France Gilles BRUNOT Météo-France/Centre Départemental de la Météorologie de Haute-Savoie n 124 DECEMBRE 2008 21

DOSSIER Gestion de la sécurité du domaine skiable : le point de vue du maire, constats et enjeux. Le cas de Chamonix-Mont-Blanc Comme toute station de ski, la commune de Chamonix-Mont- Blanc a organisé la sécurisation de ses domaines skiables en s appuyant sur deux approches complémentaires : une approche conventionnelle ; une approche réglementaire. Ainsi et en premier lieu, la commune a conclu des délégations de services publics avec les exploitants des différents sites que sont le Brévent, la Flégère, le Tour-Balme, la Vormaine, les Grands- Montets, les Chosalets, et les Planards 1. Ces conventions fixent les missions d aménagement, d entretien et de balisage du réseau de pistes, ainsi que les obligations visant à assurer la sécurité des usagers du domaine skiable concédé et la mise en œuvre d un service de secours aux personnes fréquentant le site. En second lieu, et en complément du cadre conventionnel, les exploitants remplissent leur mission de sécurisation des domaines skiables en application de «l arrêté municipal relatif à la sécurité des pistes de ski alpin», arrêté approuvé en 2004 dans sa dernière version. Cet arrêté a repris la trame de l arrêté de 1978 et précise les conditions d ouverture et de fermeture du site au public, le balisage à mettre en place, les mesures d information à prévoir, etc. Il définit bien entendu les types de pratique admissibles sur le site. À ce titre, si par le passé les pratiques autorisées étaient aisément identifiables (ski alpin, monoski, surf, télémark), l apparition régulière de nouvelles pratiques (kitesurf, speed-riding, snow-scoot) soulève la question de leur compatibilité avec la vocation initiale du site et leur prise en compte dans le dispositif réglementaire édicté au niveau communal. Ceci est un sujet régulièrement abordé par la Commission de sécurité diligentée annuellement par le maire sur les différents sites de la commune. Une telle visite de terrain par des élus, des professionnels de la montagne, et des agents des services publics de secours est l occasion de faire le point sur la mise en œuvre des mesures de prévention et de sécurisation du site et de discuter des problèmes rencontrés par les services des pistes dans l accomplissement de leurs missions. Parmi les sujets de préoccupation abordés au cours de ces visites figure bien entendu celui, délicat, de l information et de la sensibilisation du public aux risques, plus particulièrement en période avalancheuse. Enfin, et également par voie réglementaire, le maire approuve la mise en œuvre des Plans d Intervention pour les Déclenchements des Avalanches (PIDA), définissant les différents modes de déclenchements préventifs. Pour la seule commune de Chamonix-Mont- Blanc, il y a six PIDA relatifs aux domaines skiables, auxquels viennent s ajouter deux PIDA pour la sécurisation des voies de circulation que sont d une part la route d accès au tunnel du Mont-Blanc et d autre part la route du col des Montets. À cet égard, la complexité des mesures réglementaires relatives à l acquisition, la fabrication et le stockage des explosifs nécessaires pour le grenadage manuel ou par voie héliportée n est pas sans poser nombre de difficultés aux exploitants dans la réalisation de leurs missions. Certes, de nouveaux outils apparaissent (tel que le Daisy Bell ) ou continuent de se développer (comme le GAZEX ), mais ils ne peuvent répondre à toutes les situations dans lesquelles un déclenchement préventif d avalanches est requis. On sait que la sécurisation des domaines skiables est une tâche complexe. La complexité initiale est accrue pour la commune de Chamonix-Mont-Blanc, dans la mesure où nous disposons de plusieurs sites aménagés, dont certains (tels que les Grands Montets, voire Brévent/Flégère) présentent des configurations particulièrement délicates (zones rocheuses et mixtes de haute-montagne) et qui exigent un grand professionnalisme de la part des équipes en charge de la sécurisation. À cet égard, nous ne pouvons que partager les interrogations des équipes de pisteurs secouristes sur l avenir de leur métier, un métier pourtant essentiel pour toutes les missions de prévention et de secours réalisées, rappelons-le, sous la responsabilité finale du maire. Jean-Marc BONINO Directeur du Service du Développement Durable du Territoire Ville de Chamonix-Mont-Blanc Note 1. Le téléphérique de l Aiguille du Midi, dans la mesure où il ne donne accès qu au domaine de haute-montagne, ne relève pas des dispositions évoquées dans ce texte. 22 Neige et A VALANCHES

TECHNIQUE " Une incompatibilité entre DVA peut avoir des conséquences très préjudiciables quant aux chances de survie pour les victimes ensevelies. " Anciens et nouveaux Détecteurs de Victimes d Avalanche : incompatibilité? Avec l utilisation croissante de Détecteurs de Victimes d Avalanche (DVA) numériques de dernières génération, des propos relatifs à l incompatibilité entre anciens et nouveaux DVA se sont progressivement fait entendre, d abord dans le milieu professionnel, puis, plus largement, dans le public des pratiquants du ski de randonnée ou du free-ride 1. Frédéric JARRY Didier LE GALL anena Parce qu une incompatibilité entre DVA peut avoir des conséquences très préjudiciables quant aux chances de survie pour la ou les victimes ensevelies, l Anena a souhaité mener une enquête auprès des pratiquants et des fabricants/distributeurs français de DVA. L enquête auprès des pratiquants a pris la forme d un questionnaire disponible en milieu d année sur le site internet de l Anena. Bien qu apparemment ce problème d incompatibilité entre DVA d ancienne et de nouvelle génération ait créé un certain émoi au sein des différentes communautés de pratiquants, l Anena n a reçu que peu de réponses. La faiblesse du nombre de répondants ne nous a donc pas permis de mesurer l ampleur du problème tel que perçu par les utilisateurs. La lecture d articles directement liés à la problématique ainsi que différentes rencontres avec les principaux fabricants, distributeurs ou spécialistes nous permettent cependant aujourd hui de faire un point sur ce problème d incompatibilité, d en déterminer les principales causes et d en tirer des conclusions pratiques. Nature des problèmes? Sur le terrain, deux types de problèmes sont susceptibles de se combiner. Ils sont issus de deux causes bien distinctes. Problème 1. Un DVA récent en réception peut ne pas capter un ancien DVA analogique en émission : certains parmi les anciens DVA émettent un signal qui, avec le temps, s est décalé par rapport à la fréquence de 457 khz (qui est la norme). De fait, ceux parmi les DVA récents qui ont une largeur de bande de réception étroite ne les captent pas. n 124 DECEMBRE 2008 23

TECHNIQUE Photo : François SIVARDIERE Problème 2. En situation de recherche multi-victimes (c est-à-dire plusieurs émetteurs dont les signaux peuvent se superposer), un DVA numérique en réception affiche des indications incohérentes par rapport à la situation réelle (par exemple, indication d une seule victime alors que deux sont à proximité). Ces incohérences sont instables dans le temps : le DVA en réception peut soudain afficher une situation de multi-victimes avec données de distances. Ce problème est lié aux limites technologiques actuelles des algorithmes de traitement du signal des DVA dans certains cas particuliers de multi-ensevelissement. Décalage de fréquence et largeur de bande de réception Les DVA doivent émettre un signal sur la fréquence de 457 khz. La norme actuelle tolère une variation de cette fréquence d émission à l intérieur d une plage de plus ou moins 0,080 khz. En 2001, l Anena constatait sur ce point la non-conformité à basse température (-20 C) de certains modèles 2. En 2004, une étude commanditée par la société BCA (fabricant du Tracker) 3 a mis en évidence une variation non conforme de la fréquence d émission de deux DVA analogiques usagés concurrents (voir bibliographie). Situation constatée : placés dans un contexte simulant une seule personne ensevelie (mono-ensevelissement), les signaux de certains DVA analogiques n ont pas été captés par des DVA numériques récents commuté en mode réception. Il semble que certains vieux DVA actuellement en service puissent avoir leur fréquence d émission fortement décalée par rapport à la norme, hors de la plage de tolérance. Les composants d un DVA vieillissent comme tout appareil électronique. Après quelques années, il est possible que les matériels qui garantissaient le calage à 457 khz des signaux émis se dégradent au point de permettre des émissions en dehors de la plage de tolérance centrée autour de 457 khz. De même, la qualité des composants utilisés par le fabricant est un gage, ou non, de la garantie d émission dans des plages de fréquence correctes. Toutefois, ce seul décalage en fréquence n explique pas le fait que certains nouveaux DVA numériques ne reçoivent pas le signal d un vieux DVA, dont l émission est certes décalée, mais qui demeure dans la tolérance admise. Dans les faits, la largeur de la bande en réception de certains DVA numériques récents est trop étroite face à des appareils qui émettent sur une fréquence décalée. En réception, la sensibilité d un DVA est principalement déterminée par la largeur de sa bande de réception. Les caractéristiques d une bande de réception peuvent être représentées par les courbes reproduites ci-dessous. Les fonctions «filtre» ou «d écoute» représentées ci-dessous sont symétriques de part et d autre de la fréquence de 457 khz portée en abscisse. Elles représentent la réception de puissance du signal capté en fonction des fréquences «écoutées». Elles sont propres à chaque DVA. Notes 1. «Arva : compatibilité numérique/ analogique en question», F. Macaire, www.skipass.com. 2. «Tests ARVA : les mesures de laboratoire», F. Sivardière, Neige et Avalanche n 95, p. 8-11, septembre 2001. 3. «Obsolescence and analog avalanche transceivers: ensuring downward compatibility» - B. Edgerly, J. Hereford The Avalanche Review, vol. 23, n o.2, décembre 2004. 24 Neige et A VALANCHES

TECHNIQUE La partie grisée représente la réception en puissance du bruit ambiant naturel qui, lui, couvre tout le spectre des fréquences. Dans l exemple ci-dessous (figure 1), le DVA est capable d écouter un signal entre 457 khz - A et 457 khz + A. Au-delà de ces valeurs, le signal écouté est couvert par le bruit ambiant et donc perdu (seuil de réception). Dans cet exemple, la plage d écoute est large. Cependant le pic de réception optimale a une ordonnée faible. Un signal émis sur la fréquence 457 khz - C est perçu, mais atténué. Ainsi, l écoute est possible mais dégradée. à l inverse, pour une plage d écoute plus étroite (figure 2), le pic de réception maximum a une ordonnée en puissance élevée : c est-à-dire que la qualité de réception est bonne, bien au-dessus de la puissance du bruit ambiant. Cependant, la plage de réception (de 457 khz - B à 457 khz + B) étant plus étroite que dans l exemple précédent, un signal émis sur une fréquence de 457 Khz - C n est pas détecté. En conclusion, un ancien DVA qui émet à une fréquence admise (dans la norme) de 457 Khz - C mais qui est inférieur au seuil d écoute 457 khz - B du DVA en réception n est tout simplement pas détecté. La norme en vigueur ne donne aucune recommandation concernant les caractéristiques auxquelles la bande de réception devrait répondre. Certains DVA numériques actuellement sur le marché présentent une bande de réception large, permettant de capter tous les DVA, même les anciens, mais avec une écoute non optimisée. D autres ont une bande réceptrice étroite, avec une écoute optimisée face à des émetteurs bien calés autour de 457 khz, mais excluant les vieux émetteurs dont la fréquence est trop décalée. La conjonction de vieux DVA analogiques dont la fréquence est trop décalée par rapport au seuil d écoute et de nouveaux DVA numériques à bande de réception étroite explique les incompatibilités rencontrées parfois sur le terrain. L overlapping : la superposition des signaux dans le temps Figure 1 : représentation des caractéristiques d une bande de réception large. Un signal émis sur la fréquence 457 khz - C est perçu, mais atténué. Figure 2 : représentation des caractéristiques d une bande de réception étroite. Un signal émis sur la fréquence 457 khz - C n est pas détecté. Lorsque plusieurs DVA en émission sont proches les uns des autres, un DVA récepteur peut recevoir l ensemble de ces signaux. Un récepteur analogique émet alors plusieurs tonalités distinctes (chacune correspondant au signal émis par un DVA capté), plus ou moins fortes selon la position respective des DVA ensevelis et de leurs antennes par rapport au récepteur. Un récepteur numérique affichera plusieurs directions et distances, une icône multi-victime ou même, pour les plus récents, le nombre de victimes. Dans les cas de réception multiple, soit les signaux captés arrivent au DVA en réception les uns après les autres sans se chevaucher, soit les signaux se chevauchent : c est le phénomène d overlapping. " Il semble que certains vieux DVA actuellement en service puissent avoir leur fréquence d émission fortement décalée par rapport à la norme. " n 124 DECEMBRE 2008 25

TECHNIQUE Sachant qu un signal émis a la caractéristique suivante : " Dans le cas de superpositions, le logiciel du DVA récepteur doit être capable de discriminer deux signaux qu il reçoit en même temps. " et que chaque DVA a son signal propre qui est différent par rapport à un autre DVA (T-on et T-off différents), la position des périodes «T-on» de chacun des signaux émis évolue dans le temps. C est ainsi que les périodes «T-on» peuvent parfois se chevaucher. Dans le cas de superpositions, le logiciel du DVA récepteur doit être capable de discriminer deux signaux qu il reçoit en même temps et dont les caractéristiques (puissance et fréquence) peuvent être proches ou très différentes. Le signal groupé qui est reçu est complexe, car composé de deux ondes ou plus. Certaines dispositions des DVA émetteurs sur le terrain entraînent un phénomène de chevauchement complexe : les algorithmes de traitement des signaux du DVA récepteur atteignent alors leurs limites et ils ne sont plus capables de discriminer les signaux arrivés de façon groupée. Ce phénomène dure le temps du chevauchement. Dans ces cas de chevauchement, lorsque l affichage du DVA numérique semble incohérent (situation passagère), il est important pour la personne qui effectue la recherche de conserver le DVA récepteur dans la même position, sans bouger, le temps du chevauchement. Une fois le chevauchement terminé, le DVA pourra à nouveau traiter correctement les signaux et afficher des valeurs et données pertinentes. Figure 3 : superposition de deux signaux dans le temps. Recommandations : Face à ce problème d incompatibilité et à la faillibilité des DVA numériques en situation de multi-ensevelissement, l Anena recommande aux utilisateurs de DVA de : vérifier, avant toute sortie, les compatibilités en émission et réception de tous les DVA présents ; faire réviser systématiquement son appareil par le fabricant : comme pour tout appareil électronique, les composants des DVA peuvent mal vieillir et compromettre la performance de l appareil ; mettre au rebut son vieux DVA si cela est jugé nécessaire ; s entraîner, même avec un DVA numérique dernière génération, en ayant connaissance des limites possibles de la technologie dans des cas particuliers. L incompatibilité que l on constate parfois entre DVA résulte donc de la non-conformité à la norme de certains appareils d ancienne génération, couplée aux choix stratégiques des fabricants en ce qui concerne les performances de leurs appareils (il y a un compromis à faire entre des caractéristiques très différentes). Des choix devront être effectués à l avenir, entre la progression des performances des futurs DVA, la compatibilité avec les quelques centaines de milliers de vieux DVA toujours en services et la mise au rebut de ces derniers. Certains spécialistes et fabricants proposent déjà une révision précise de la norme concernant la bande réceptrice. D autres émettent des réserves en rappelant le nombre important 26 Neige et A VALANCHES

TECHNIQUE d anciens DVA toujours en service susceptibles d être hors bande si la largeur de bande d écoute devient trop étroite. Comme en 2001 au moment de la révision de la norme pour le passage de la tolérance de +/- 100 Hz à +/- 80 Hz, les fabricants, associations de particuliers, secouristes et professionnels devraient se mettre autour d une table, au plan international, pour converger vers une solution technique qui aille dans le sens d une meilleure sécurité pour les usagers. Bibliographie disponible sur demande : «Tests ARVA : les mesures de laboratoire», F. Sivardière, Neige et Avalanche n 95, p. 8-11, septembre 2001. «Analog transceivers obsolescence», B. Edgerly & J. Hereford*, The Avalanche Review, vol. 23, n 2, décembre 2004. «Transceiver compatibility», F. Meier*, The Avalanche Review, vol. 23, n 3, février 2005. «Signal strength versus signal timing: achieving reliability in multiple burial searches», T.S. Lund*, The Avalanche Review, vol.26, n 2, décembre 2007. «Why multiple burials are now nearly nonexistent and why signals almost always overlap», M. Genswein*, The Avalanche Review, vol. 26, n 4, avril 2008. «Avalanche Transceivers and multiple burials», F. Meier, The Avalanche Review, vol. 26, n 4, avril 2008. «Arva : compatibilité numérique/analogique en question», F. Macaire, www.skipass.com. «Multiple burial beacons searches with marking functions analysis of signal overlap», T. S. Lund, ISSW 2008, Whistler, BC, Canada, septembre 2008. * Les auteurs des articles sont experts dans le domaine des DVA et référents pour diverses marques. Un peu de vocabulaire : La norme européenne EN 300-718 émet des recommandations concernant certaines caractéristiques techniques de tout appareils mis sur le marché, afin d assurer un niveau de compatibilité satisfaisant. DVA analogique/numérique : DVA analogique : en réception, le signal reçu par le DVA est converti pour l utilisateur en ondes sonores. Un potentiomètre permet de faire varier l intensité sonore du signal, en jouant sur la sensibilité du filtre récepteur. DVA numérique : en réception, le signal reçu par le DVA est analysé et traité par un microprocesseur, puis converti pour l utilisateur en indications visuelles. Certains DVA utilisent les deux technologies, au choix de l utilisateur. Emission (figure 4) : Fréquence d émission : 457 khz. Tolérance : + /- 80 Hz (+/- 100 Hz avant 2001). Période «T-on» : durée pendant laquelle le signal est émis. Cette durée doit être comprise entre 70 et 900 ms. Période «T-off» : durée pendant lequel aucun signal n est émis. Ne doit pas être inférieure à 400 ms. Figure 4 : signal d émission d un DVA. Période totale (T-on + T-off) : durée totale comprise entre le début de l émission et le début de la prochaine émission. Comprise entre 700 et 1 300 ms. Amplitude du signal : rend compte de la puissance du signal. La qualité de la réception d un signal est dépendante de la position relative des antennes émettrices et des antennes réceptrices ainsi que de la distance ente les appareils. Réception : Bande de réception : définit la plage de fréquence dans laquelle le récepteur est sensible à un signal émis. n 124 DECEMBRE 2008 27

Association ISSW 2008 à Whistler 20 pays représentés, 837 participants et quelques ours : une fois de plus, l International Snow Science Workshop qui s est tenu fin septembre à Whistler en Colombie Britannique (Canada) a été l occasion de rencontres et d échanges entre passionnés scientifiques et professionnels de la neige et des avalanches. Durant quatre journées intenses, partagées entre des présentations orales et des posters, les thématiques récurrentes de l ISSW ont été abordées. Dans l ordre : mécanique de fracture et dynamique des avalanches ; secours et DVA ; météorologie ; instrumentation ; modélisation, microstructure et variabilité du manteau neigeux ; risque et danger ; prévisions ; méthodes de mitigation ; sécurité des travailleurs ; stabilité ; éducation ; prises de décision et facteurs humains. Une dizaine de présentations orales (sur un ensemble de 75) ont traité de l initiation et de la propagation des fractures lors du déclenchement des plaques et des tests du manteau neigeux permettant de mettre en lumière ces phénomènes. Le test de propagation à la scie (PST Propagation Saw Test) et celui de la colonne étendue (ECT Extended Column Test) ont notamment fait l objet d études comparatives et de retours d expérience démontrant leur intérêt pratique dans l estimation du risque d avalanche. Ces deux tests, imaginés il y a déjà quelque temps par les nord-américains, seront présentés dans cette revue (réalisation, comparaison, intérêts et limites) au sein d'un futur dossier consacré à l observation pratique du manteau neigeux. Les organisateurs annoncent pour janvier 2009 la mise en ligne (www.avalancheresearch.com) des vidéos de l ensemble des présentations orales et des débats. Un moyen de découvrir la teneur et l ambiance de ce congrès. Par ailleurs, la bibliothèque de l Anena tient à disposition (en consultation) la totalité des articles publiés lors de l ISSW 2008, ainsi que ceux des années antérieures. Lors de la clôture, les organisateurs canadiens ont finalement passé le relais à nos amis suisses de l IFENA pour la mise en œuvre du prochain rendez-vous. Ainsi, pour la première fois depuis sa création, l ISSW se déroulera en Europe, l année prochaine : le congrès se tiendra à Davos, du 27 septembre au 2 octobre 2009. Une soixantaine de présentations orales sont prévues. Les articles pourront être soumis à partir du printemps 2009. Toutes les informations sont disponibles sur le site Internet consacré : www. issw ch. Frédéric JARRY ANENA Photo : Frédéric JARRY 28 Neige et A VALANCHES

NEIGES Petit QCM de nivologie Dans un nouveau délire de Daniel Goetz Afin de ne pas être en reste dans la pratique journalistique actuelle, votre revue favorite vous propose ce mois-ci, cher lecteur, un petit QCM (Questionnaire à Choix Multiple). Il a pour thème la nivologie, un sujet central pour une revue consacrée à la neige et aux avalanches. Il vous suffit de répondre «Vrai» ou «Faux» à chacune des questions ci-dessous. Une fois que vous aurez répondu aux 12 questions (il n est pas nécessaire de passer beaucoup de temps sur chacune d elles), tournez la page, afin de prendre connaissance des bonnes réponses. Comptez alors les points obtenus comme suit : 1 point pour chaque bonne réponse, 0 point pour chaque réponse erronée ou absence de réponse. Puis faites le total de vos points. Enfin, allez au paragraphe «Résultats» pour savoir où se situent vos connaissances en nivologie. Bon questionnaire! Questions : Vrai Faux 1. Le bruit que fait une avalanche s appelle un bruit de couloir. 2. Lorsqu un skieur vient de tomber dans la poudreuse, on peut dire : «il a la tête dans les étoiles». 3. On peut boire dans des gobelets. 4. La nivologie est un des rares domaines où il est préférable d être à côté de la plaque. 5. L hiver, en montagne, on peut rencontrer des poissons-plaques et des pieuvres variables. 6. La ville de Pont-à-Mousson est bien connue pour ses avalanches de fonte. 7. Il est possible de produire une neige de culture qui ne fond qu à +4 C. 8. De nos jours, les couches fragiles ont pratiquement disparu. 9. Lorsqu une personne s apprête à s asseoir dans la neige fraîche, il est bon de la prévenir que cela risque d être sur une pelote d aiguilles. 10. Les forces de l ordre chargées de sécurité routière peuvent être amenées à effectuer des tests de stabilité. 11. On doit la maxime bien connue «Expert, sois attentif, l avalanche, elle, ne sait pas que tu es un expert!»» à Roch Voisine. 12. Vous avez apprécié ce questionnaire. / n 124 DECEMBRE 2008 29

NEIGES Réponses : 1. Faux. Une avalanche peut en effet se produire dans d autres configurations de terrain qu un couloir. 2. Vrai. La neige poudreuse étant en général constituée majoritairement de cristaux de forme étoilée, l expression est tout à fait adaptée. 3. Vrai. Mais seulement de l alcool à température négative, car tout autre breuvage les ferait fondre. 4. Vrai Pour des raisons évidentes de sécurité! Dessin : Alexis NOUAILHAT 5. Vrai Il est également possible d apercevoir une couleuvre blanche ou un cardinal lacté : voir l article «Faune des neiges» dans le numéro 115 de la revue «Neige et Avalanches». 6. Faux. Cette ville est renommée pour ses plaques d égout en fonte. 7. Vrai. Il suffit que l eau utilisée pour alimenter le canon à neige soit de l eau lourde (voir l article «Science fiction» dans le n 117 de la revue «Neige et Avalanches»). 8. Faux. Malgré les efforts des fabricants, il arrive encore que des parents soient victimes de la rupture d une couche fragile de leur bébé. 9. Vrai. La neige qui tombe est le plus souvent constituée de cristaux en forme d étoile (voir la réponse à la question n 2), mais aussi parfois en forme d aiguille. 10. Vrai. Dans certains pays, les Etats-Unis par exemple, les policiers peuvent demander à un automobiliste qu ils viennent d arrêter pour une infraction au code de la route, d effectuer quelques pas en suivant exactement la ligne blanche matérialisant le bord de la chaussée ; ceci a pour but de vérifier la stabilité de sa démarche, afin de déceler un éventuel état d ébriété. 11. Faux. Elle est d André Roch, le célèbre nivologue suisse, aujourd hui disparu (voir l hommage qui lui a été rendu dans le n 100 de la revue «Neige et Avalanches»). 12. Vrai. Sinon, vous n auriez pas lu cette 12 ème et dernière question! Photos : Daniel GOETZ Haut : Cardinal lacté. Bas : Pieuvre variable. Résultats : Vous avez obtenu... 10 points ou plus : bravo! la nivologie loufoque n a (presque) plus de secrets pour vous. entre 7 et 9 points : vous avez déjà de bonnes connaissances dans le domaine, mais il serait bon de les compléter. Nous vous conseillons la lecture du livre «La nivologie pour les nuls» de Boniface Plane et Hugo Belet, ou de «J apprends la nivologie en m amusant» de Jean Doutefort. entre 3 et 6 points : vos connaissances en nivologie humoristique sont encore insuffisantes. Il apparaît nécessaire de les approfondir par la lecture d ouvrages consacrés à ce thème (voir ci-dessus). 2 points ou moins : la neige n est pas faite pour vous, ou vous n êtes pas fait(e) pour la neige. Pour vos vacances d hiver, visez une autre destination que la montagne, ou bien restez chez vous. Et si, par malchance, vous habitez une région montagneuse, déménagez dans une région au climat plus clément. Toutefois, avec le réchauffement climatique, la neige devrait se faire de plus en plus rare. Vous pouvez donc, au pire, vous contenter d être (très) patient. 30 Neige et A VALANCHES

Bloc -notes Meteo Magazine Le numéro 3 de Meteo-Magazine vient de sortir. Il est consacré à la Glace, d ici et d ailleurs. Ainsi, au fil des pages, on apprend comment évolue le glacier de Sarenne, en Oisans, mais on découvre aussi comment fluctuent l inlandsis groenlandais ou les glaciers tropicaux De nombreux autres sujets sont également abordés : phénomène de la pluie verglaçante, principe de protection des cultures contre le froid par le gel, satellite observateur des glaces polaires CryoSat-2 ou «carrières à glaçons» du temps jadis Meteo-Magazine n 3 : à découvrir d urgence! > Vente et abonnement sur www.meteo-magazine.com > En vente à l ANENA sur www.anena.org n 124 DECEMBRE 2008 31

A BSTRACTS Accidentologie Avalanche Permanent Survey in 2007-2008 N. ECKERT... et al. - p. 2 The EPA databasemonitors avalanche events on about 3,800 French sites since the early 20 th century. This paper summarises the activity recorded during the winter 2006/07. Activity has been slightly lower than the interannual mean. It has been low in the Northern Alps, where most events occurred in two massifs: Oisans and Vanoise. In the Southern Alps, it has been higher and more homogenous, with several massifs showing a high number of events per path. About one fifth of the recorded events occurred in the Pyrenees, with a total very close to the interannual median. In the Alps, avalanches were concentrated within two periods of one month, separated by six weeks, and with very few events in February and March. In the Pyrenees, avalanche activity was concentrated between March 25 th and April 28 th. A small avalanche flood occurred in the Alpes Maritimes and Alpes de Haute Provence departments. Release conditions were quite heterogeneous. Avalanche events were predominantly dense-snow avalanches, with normal proportions of dry and wet snow avalanches. Few extreme runout distances were recorded so that only a few defense structures were concerned (no damage was caused). However, 5 people were killed in the Savoie and Haute-Savoie departments in 4 avalanches, which mainly involved dry powder snow. Avalanche dog handlers: observations and issues Bernard AIRENTI - p. 8 Since the 70 s regulations and various organizations allowed all mayors, prefects, rescue operation managers and avalanche victims to rely on one or more avalanche dog teams in every mountain departement. There are around 100 operational avalanche dog teams in France. Today an update of training plan is being called for. A new way of organizing avalanche dog teams training is currently being tested in the Haute-Savoy departement. The Prefecture plans out teams training and retraining goals in association with ADSP and SNTF. Results of this organization are satisfying. Actions of State rescue organizations in and out of bounds Didier LE GALL, Dominique LEGANG, Vincent SAFFIOTI - p. 10 In an interview Dominique Letang, a professional mountain rescuer, addresses many subjects related to the action of State rescue organizations in and out of ski resorts boundaries. He reminds us what to do as an avalanche eyewitness and explains how an avalanche rescue is managed by professional organizations. Vincent Saffioti, rescue helicopter pilot, gives his opinion on the new EC 145, used for rescue operations. He gives tips in order to facilitate rescue operation when an EC 145 is operating. Mountain: mirror of our life. Homage to Jean-Jacques Mollaret Blaise AGRESTI, Charly GRAC, Daniel GOETZ - p. 13 This paper is homage to Jean-Jacques Mollaret, pioneer and kingpin of professional rescue organization at its beginnings. So close to the pist! François SIBLER, Gilles BRUNOT - p. 18 On the 8 th of January 2008, an avalanche accident took place out of bounds, very close to La Plagne ski resort slopes. A young skier was buried. Four ski patrollers arrived on the avalanche debris and began the search. Using the Recco device, one of them quickly located the buried victim. The young man was rescued after only 19 minutes, alive. Ski resort security management: The point of view of mayors. The Chamonix-Mont-Blanc case Jean-Marc BONINO - p. 22 As any other commune Chamonix-Mont-Blanc manages its ski areas in two ways: contracts and regulations. The commune has contracts with operators. Such conventions concern pistes creation, maintenance, marking as well as skiers security and rescue. Secondly, operators carry out ski area security missions by implementing specific regulation. A byelaw specifies pistes opening and closing conditions, marking as well as information actions. Finally, the mayor has to approve avalanches control plans. In this respect the complexity of regulations that concerns explosives acquisition and storage create many issues to operators. Ski areas security is by defintion a complex task that requires professionalism. Old and new avalanche transceivers: incompatibility? Frédéric JARRY - p. 23 With growing use of numerical avalanche transceivers, incompatibility issues between old and new devices seem to appear. As such issues can have dramatic effects, Anena decided to lead an inquiry on the reality of such incompatibility and to write a comprehensible paper on the matter. Two main issues may explain real or limited incompatibilities. The first one is due to the shift of the signal of old analog transceivers and the narrowness of receiving band of numerical devices. The second issue is known as the overlapping - and is due to the natural overlapping of several transceivers signals that are located close to each other. Small multiple choice question paper about snow and avalanches Daniel GOETZ - p. 29 Surprising questions, answers which are it as much and finally, an assessment which is not outdone This questionnaire seems so particularly zany. However, the truth, or at least quite a truth, is never very far. But this multiple choice question paper tries above all to entertain, in accordance with the required goal by this Snows column within which it is published. 32 Neige et A VALANCHES