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Transcription:

MASARYKOVA UNIVERZITA PEDAGOGICKÁ FAKULTA Katedra francouzského jazyka a literatury Thérèse Desqueyroux meurtrière ou victime? Bakalářská práce Brno 2011 Vedoucí práce: Mgr. Václava Bakešová, Ph.D. Vypracovala: Iva Krušinová

Prohlášení Prohlašuji, že jsem bakalářskou práci vypracovala samostatně s využitím pouze citovaných literárních pramenů, dalších informací a zdrojů v souladu s Disciplinárním řádem pro studenty Pedagogické fakulty Masarykovy univerzity a se zákonem č. 121/2000 Sb., o právu autorském, o právech souvisejících s právem autorským a o změně některých zákonů (autorský zákon), ve znění pozdějších předpisů. V Brně dne 9. 4. 2011 Iva Krušinová 2

Remerciements Je voudrais remercier Mme Václava Bakešová pour sa direction professionnelle et soignée, sa patience et son soutien. Je voudrais également remercier Mme Caroline Casseville de l Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3 qui m a passionnée pour ce sujet, qui m a beaucoup appris et inspirée et qui j apprécie particulièrement. 3

Table des matières : Introduction... 6 1 L auteur et sa création littéraire... 8 1.2 La vie de François Mauriac... 8 1.2 L époque et le milieu dans lesquels François Mauriac a crée Thérèse Desqueyroux... 9 1.2.1 Le roman français de l entre-deux-guerres... 9 1.2.2 L espace mystérieux de la Lande et de l Argelouse... 10 1.2.2.1 Les noms des lieux... 10 1.2.2.2 Les noms des personnages... 11 1.2.3 La bourgeoisie landaise au début du XX e siècle... 12 2 Thérèse Desqueyroux... 13 2.1 Les sources du roman... 13 2.2 Le contenu du livre... 14 2.3 La forme... 15 2.3.1 Un récit panoramique... 16 2.3.2 Un changement du style... 16 2.4 Les personnages principaux autour de Thérèse... 17 2.4.1 Une relation difficile entre père et fille... 18 2.4.2 Un époux indifférent... 19 2.4.3 Une amie unique... 20 2.4.4 L esprit de la famille... 21 2.4.5 Un jeune philosophe... 22 2.5 Thérèse... 23 2.5.1 Une fille insouciante... 23 2.5.2 L isolement... 25 4

2.5.2.1 L isolement géographique et physique... 25 2.5.2.2 L isolement psychique... 26 2.5.3 Une femme perdue l ambiguïté... 27 2.5.3.1 Les valeurs familiales... 28 2.5.3.2 Une mal aimée... 29 2.5.3.3 Partir ou rester?... 30 2.5.4 Mauriac et Thérèse... 31 3 Ce que nous pouvons lire entre les lignes... 35 3.1 Les quatre saisons... 35 3.2 Les quatre éléments : air, eau, feu, terre... 36 3.2.1 Terre, eau, air... 36 3.2.2 Feu... 37 3.3 La question religieuse... 38 3.3.1 Les premiers pas vers une conversion possible... 39 3.3.2 Sainte Locuste un dessein inaccompli... 40 4 Les échos de Thérèse Desqueyroux... 42 5 Fiches pédagogiques... 44 Fiche pédagogique 1... 45 Fiche pédagogique 2... 47 Fiche pédagogique 3... 51 Conclusion... 54 Bibliographie/webographie... 56 Résumé... 60 Annexes... 61 5

Introduction Parmi les écrivains français les plus célèbres surgit le nom de François Mauriac. L auteur, provenant du milieu bourgeois, a à son actif un grand nombre de livres, de pièces de théâtre et d articles. Son talent a été apprécié en 1933 quand il a été élu à l Académie française et ensuite en 1952 au moment où il a reçu le Prix Nobel de littérature. Parmi ses œuvres les plus célèbres apparaît le roman écrit en 1926, intitulé Thérèse Desqueyroux qui touche les thèmes de la société, de l amour, de la solitude, de la culpabilité et du salut. Thérèse Desqueyroux est l histoire d une femme qui essaye d empoisonner son mari. Le récit nous emmène à l époque après son jugement, l époque où elle revient à Argelouse en train et révise tout ce qui s est passé avant le crime. Ensuite, en arrivant, elle est obligée de se confronter à sa famille et d affronter la réalité de sa vie. En lisant cette œuvre littéraire nous avons l impression d être perdu dans le comportement de Thérèse. Néanmoins, ce roman nous donne à réfléchir. Il nous oblige à repenser à ce personnage mystérieux. Pourquoi a-t-elle fait un acte pareil? Pourquoi n est-elle pas heureuse? Le vrai raisonnement n est pas explicitement exprimé dans le texte même ; la clé réside entre les lignes. C est là que nous découvrons l histoire de cette femme avec une personnalité difficile qui n arrive pas à se comprendre elle-même, qui est remplie d ambiguïtés, qui est enfermée dans une société à laquelle elle n appartient pas. Pour commencer, précisons que dans ce mémoire nous analyserons uniquement le roman Thérèse Desqueyroux, édité chez Librairie générale française à Paris en 1989. Ensuite, nous nous poserons une question à laquelle ce travail tentera de répondre : Thérèse Desqueyroux, est-elle victime ou meurtrière? Pour arriver à bien raisonner le sujet, nous présenterons d abord la vie de l auteur ainsi que les circonstances et les conditions dans lesquelles François Mauriac a vécu et écrit ; de même, nous analyserons l espace de la Lande et d Argelouse où l action se déroule. Plus loin, nous explorerons le roman en découvrant ses différentes sources, en le résumant brièvement pour ensuite traiter la forme du roman et analyser d une manière plus approfondie quelques personnages importants en laissant Thérèse en dernier lieu, car par la suite, c est elle uniquement qui sera observée. Nous adopterons plusieurs points de vue pour obtenir les repères clés vis-à-vis de notre question. D abord nous récapitulerons son enfance et sa vie avant le mariage pour aboutir à son état d esprit après les noces qui se distingue, comme nous montrerons, par l isolement et 6

l ambiguïté. Nous examinerons ces deux termes plus profondément vu qu ils sont en relation étroite avec notre question de base. Nous continuerons avec une analyse des symboles choisis qui jouent un rôle important dans le récit ; c est-à-dire, des quatre saisons, des quatre éléments (air, eau, feu, terre) pour après présenter l aspect religieux et son rôle pour l auteur, lui-même ainsi que pour sa créature. Finalement, nous poursuivrons le cheminement du roman Thérèse Desqueyroux une fois écrit, en mentionnant son adaptation cinématographique. L objectif de ce travail est de proposer une interprétation de cette œuvre connue par une analyse du caractère de Thérèse, des signes découverts entre les lignes ; d éclaircir donc cette œuvre, d aider les lecteurs à la mieux comprendre. Ensuite de susciter une réflexion, éventuellement une curiosité plus profonde chez les étudiants en leur proposant quelques exercices dans la partie didactique. Soulignons que ce travail s appuie sur les différents ouvrages mentionnés dans la bibliographie, mais surtout sur les connaissances acquises dans le cours de séminaire littéraire, enseigné par Mme Caroline Casseville à l Université Bordeaux 3, DEFLE, qui a permis à l auteure du mémoire de réfléchir d une manière profonde sur ce sujet grâce à ses questions bien visantes. 1 Procédons alors au travail même en suivant le cours esquissé. 1 Séjour d études ERASMUS, cours Séminaire littéraire enseigné par Mme Caroline Casseville. 2 e semestre, 2010, l Université Bordeaux 3, DEFLE. 7

1 L auteur et sa création littéraire 1.2 La vie de François Mauriac François Mauriac est né le 11 octobre 1885 dans une famille bourgeoise. Son père, athée, est mort deux ans après ce qui a suscité une éducation strictement religieuse de sa mère et de sa grand-mère. L enfant doué fréquente une école chez les pères Marianistes. 2 Après avoir passé son baccalauréat, il s installe à Paris où, inspiré par Claudel, Jammes et Rimbaud, il décide définitivement de consacrer sa vie à la littérature et à l écriture. Il publie son premier recueil de poèmes Les Mains jointes (1909) qui lui apporte un succès important grâce à l article élogieux de Barrès paru à L Echo de Paris. Le recueil suivant, Adieu à l adolescence (1911), lui ouvre la voie vers les salons littéraires où il s oriente aux romans même si la poésie représentera toujours un genre suprême pour lui. Dans cette aube de ca carrière, Mauriac rencontre Jeanne Lafon qu il épousera et qui restera auprès de lui jusqu à sa mort. Cette période heureuse est interrompue par la grande guerre. Envoyé aux Balkans en tant que membre de la Croix Rouge, il songe à l écriture ce qui provoque la période la plus productive de sa carrière. Entre les années 1922 et 1933, il produit une quantité impressionnante de 43 œuvres dont les plus célèbrent Le baiser au lépreux (1922), Génitrix (1923), Le Désert de l Amour (1924 l année suivante, il obtient le Grand Prix du Roman de l Académie française), Thérèse Desqueyroux (1927), Le nœud de vipères (1932), etc. Sa réussite lui apporte un fauteuil numéro 22 à l Académie française. 3 Plus de dix ans du travail permanent se répercutent sur sa santé et il subit une opération grave à la gorge qui lui déforme la voix et en fait la principale caractéristique de cet écrivain extraordinaire. Après, il poursuit sa carrière et continue à publier dans les journaux comme Le Figaro, Le Figaro Littéraire, L Echo de Paris et pour l instant aussi dans L Express. Lors de la deuxième guerre mondiale, il se consacre à la résistance morale et sous le nom secret de Forez, il publie l essai Le Cahier noir, ciblé contre les occupants. En 1944, il rencontre le général de Gaulle à qui il restera fidèle. A la fin de la guerre, Mauriac se lance pleinement dans la vie artistique. Par conséquent, il devient dramaturge (Passage du Malin - 2 Cf. JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, p. 3. 3 Cf. SUFFRAN, Michel. Centre François Mauriac de Malagar [enligne]. 1985 [consulté 2011-04-06]. François Mauriac 1885 1970. Accessible sur WWW: <http://malagar.aquitaine.fr/img/pdf/francois_mauriac_1885_v2x.pdf>. 8

1948), essayiste (Mes Grands hommes 1949), mémorialiste (Mémoires intérieurs-1959) et chroniqueur (Le Nouveau Bloc-notes, 1958-1960 - 1961) tout en restant romancier (Le Sagouin 1951), et scénariste (Le Pain vivant 1955). Son assiduité est estimée par Le Prix Nobel de littérature en 1952. Mauriac écrit jusqu à sa mort en 1970 en laissant toute l œuvre d un écrivain très productif, engagé et fidèle à ses convictions. 4 1.2 L époque et le milieu dans lesquels François Mauriac a crée Thérèse Desqueyroux 1.2.1 Le roman français de l entre-deux-guerres Le Roman Thérèse Desqueyroux a été écrit en 1927 ce que le situe dans l intervalle entre les deux guerres mondiales. Dans cette époque-là, le roman français constate une grande évolution vers le modernisme. Comme Anne-Marie Callet-Bianco mentionne, le roman français dans l entre-deux-guerres «met l accent sur le plan psychologique, éthique, politique, métaphysique». 5 Thérèse Desqueyroux correspond donc bien à cette caractéristique. La guerre de 1914 apporte la question de la condition humaine dans les circonstances tragiques. On se questionne sur le destin de l homme, sur son moral, ses vœux, ses valeurs personnelles, sa croyance etc. De plus, une nouvelle conception du point de vue de la description se présente. La tradition balzacien de décrire le monde d en haut, objectivement, est remplacée par une perception plutôt subjective, plus détaillée ou centrée sur un trait particulier. 6 Jiří Šrámek explique que le changement majeur réside surtout dans le remplacement de la description par une réflexion. Le monologue intérieur permet de comprendre l esprit d un héros ou d une héroïne. 7 Mauriac, en particulier, a tout-à-fait suivi toutes ces règles en mettant l accent sur le plan psychologique. 4 Cf. L Académie française [en ligne]. 2010 [consulté 2011-03-11]. François MAURIAC (1885-1970). Accessible sur WWW: <http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=562>. 5 CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, p. 11. 6 Cf. Ibid. p. 11. 7 Cf. ŠRÁMEK, Jiří. Dějiny francouzské literatury v kostce. Olomouc : Votobia, 1997, p. 302-303. 9

1.2.2 L espace mystérieux de la Lande et de l Argelouse C est non seulement le plan psychologique qui a été soigneusement travaillé mais aussi la géographie romanesque parce que, comme Mauriac l exprime dans Le Romancier et ses personnages : «[a]ucun drame ne peut commencer de vivre dans mon esprit si je ne le situe dans les lieux où j ai toujours vécu. Il faut que je puisse suivre mes personnages de chambre en chambre. Souvent, leur figure demeure indistincte en moi, je n en connais que leur silhouette, mais je sens l odeur moisie du corridor qu ils traversent, je n ignore rien de ce qu ils sentent, de ce qu ils entendent à telle heure du jour et de la nuit, lorsqu ils sortent du vestibule et s avancent sur le perron.» 8 En effet, le romancier situe tous ses personnages dans les lieux qu il a personnellement connu où il a véritablement vécu. L histoire de Thérèse Desqueyroux se déroule dans la région de la Lande où prédomine le paysage borné de pins, sombre, sec en été, pluvieux en hiver. De cet univers mystérieux venait la famille de la grand-mère paternelle de François Mauriac. 9 «Ma grand-mère, née Lapeyre, venue de Villandraut, était issue, elle-même par sa mère, des Martin dont la maison transformée depuis un siècle en métairie, [ ] s élevait dans ce quartier perdue de Jouanhaut [ ] 10 Ce n était pas leur seule propriété dans la région. «Au milieu du XIX e siècle, les Martin firent construire à Saint-Symphorien la maison dont hérita Jean-Paul Mauriac. [ ] A Saint-Symphorien, les enfants Mauriac passaient donc leurs vacances.» 11 François Mauriac, étant assez sensible envers son entourage, voyait grâce à son imagination démesurée, vivre ses personnages dans les mûrs de cette vieille maison et dans «Jouanhaut, ce «quartier perdu» de la lande» 12. 1.2.2.1 Les noms des lieux Bien que Mauriac en tant que romancier, modifie les noms des lieux clés, en même temps, il s inspire de véritables noms géographiques de la région. Par exemple, la résidence des Desqueyroux est située à Jouanhaut mais l auteur a choisi le nom d Argelouse ce qui est effectivement un village dans les alentours. 8 MAURIAC, François. Le Romancier et ses personnages. Paris : Editions R.-A. Corrêa, 1933, p. 103-104. 9 Cf. Géographie romanesque de Mauriac copie distribuée par Mme Casseville dans le séminaire littéraire, 2010, DEFLE, Université Bordeaux 3. 10 Ibid. 11 Ibid. 12 Ibid. 10

Comment pouvons-nous être sûrs que sous le nom d Argelouse se cache vraiment le quartier Jouanhaut? La réponse réside dans l itinéraire que les enfants Mauriac parcourraient régulièrement pour aller en vacances : Bazas, Nizan, Uzeste, Villandraut, Saint-Symphorien, Jouanhaut. 13 C est exactement le même chemin que Thérèse entreprend : «[ ] plus d une heure de voiture jusqu à la gare de Nizan; puis ce petit train qui s arrête indéfiniment à chaque gare. De Saint-Clair même où elle descendra jusqu à Argelouse, dix kilomètres à parcourir en carriole (telle est la route qu aucune auto n oserait s y engager la nuit).» 14 Voilà la phrase qui indique le trajet lequel est précisé lors du récit. «Le rythme du petit train se rompt; la locomotive siffle longuement, approche avec prudence d une gare [ ] : Uzeste déjà.» 15 Et encore : «A Villandraut, la station qui précède Saint-Clair, Thérèse songe» 16 Comme le début du trajet est indiqué B., Saint-Clair signifie ici Saint-Symphorien et finalement, le chemin se termine à Argelouse (= Jouanhaut). Du fait que les autres noms restent fidèles à la réalité, nous pouvons observer que Mauriac n a modifié que les désignations de lieux clés et que tout ce qui paraissait secondaire dans le plan de l histoire, était inchangé, 17 comme par exemple Balisac : «Si le vent avait soufflé du nord, mes pins de Balisac étaient perdus.» 18 ou Mano : «C était ce jour du grand incendie de Mano.» 19 1.2.2.2 Les noms des personnages Comme les noms des lieux, les noms des personnages sont modifiés de la même façon ; c est-à-dire, le romancier s est fait inspirer par la géographie régionale de la Lande. Dans le livre, la grand-mère maternelle de Thérèse s appelle Julie Bellade ; l inspiration par un petit village Belhade, non loin d Argelouse est apparente. 20 Parmi d autres similarités le nom des serveurs surgit. Baillon porte exactement le même nom qu une rivière régionale. Quant à Balionte, cela pourrait également être une modification possible de la 13 Cf. Géographie romanesque de Mauriac copie distribuée par Mme Casseville dans le séminaire littéraire, 2010, DEFLE, Université Bordeaux 3. (voir l annexe : carte n o 1) 14 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 18. 15 Ibid., p. 28. 16 Ibid., p. 78. 17 Cf. Géographie romanesque de Mauriac. Op. cit. 18 MAURIAC, François. Op. cit, p. 110. 19 Ibid., p. 111. 20 Cf. TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-03-19]. Personnages (1). Accessible sur WWW : <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/personna.html>. 11

rivière déjà mentionnée. 21 Finalement, le nom la Trave marque un endroit près de Villandraut où les ruines d un château médiéval se trouvent. 22 En choisissant ce nom précis, Mauriac montre le côté noble de la famille ce qui confirme la particule d Anne de la Trave. 23 (Voir la carte n o 2, annexes) 1.2.3 La bourgeoisie landaise au début du XX e siècle En mentionnant la famille de la Trave, arrêtons-nous un peu et regardons ensemble le caractère de la bourgeoisie landaise dans l époque où l action de Thérèse Desqueyroux se passe pour comprendre dans quelle société l héroïne principale vit. La notion de la famille joue un rôle très important car elle représente la base de la société. Son organisation et son hiérarchie stricte consacrent l être humain à l obéissance et à la transmission des biens. En principe, l individu a ses obligations envers la famille qui lui est superposée. Anne-Marie Callet-Bianco le décrit ainsi : «La famille landaise, repliée sur ellemême à l image de sa région, vit dans une sorte d autarcie morale selon ses lois propres : on reste entre soi, on se marie entre gens du même monde, on obéit tacitement aux mêmes impératifs. La «loi fondamentale» de ce petit monde pourrait se résumer ainsi : l individu n est rien, la famille est tout.» 24 La religion occupe une place indispensable dans cette structure en prêchant la sagesse, l obéissance taciturne, le sacrifice. Les jeunes femmes sont éduquées par des religieuses et ainsi on «leur assur[e] une formation plus morale qu intellectuelle» 25. Le couvent les prépare à leur rôle désigné par la société : elles vivent pour le mariage et pour la maternité. 26 Le mariage, l union de deux gens de la même classe, n est pas une question d amour mais plutôt d intérêt. Il s agit d une alliance pour réunir les biens, éventuellement deux familles nobles. Les époux n ont souvent qu un seul enfant pour ne point diviser les terres. 27 Cet univers, ce monde plein de conventions, de préjugés et de dogmatisme se reflète dans l œuvre de Mauriac et sa critique lui sert en tant que l un de ses thèmes principaux dans le nombre de ses romans, notamment lors de la création de Thérèse Desqueyroux. 21 Cf. Cf. TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-03-19]. Personnages (1). Accessible sur WWW : <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/personna.html>. 22 Cf. Commune de Préchac [enligne]. 2006 [consulté 2011-03-19]. Le château de la Trave. Accessible sur WWW : <http://www.prechac.fr/tourisme-et-loisirs/les-monuments/le-chateau-de-la-trave/>. 23 Cf. TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Op. cit. 24 CALLET-BIANCO, A.-M., Thérèse Desqueyroux, L Œuvre au claie. Paris : Bordas, 1992, p. 43. 25 Ibid., p. 46. 26 Cf. Ibid., p. 47. 27 Cf. Ibid., p. 43. 12

2 Thérèse Desqueyroux 2.1 Les sources du roman Pour écrire l un de ses chef-d œuvres, François Mauriac s est fait inspirer, entre autre, par deux femmes qui l ont influencées : Mme Canaby et l épouse d un avocat bordelais. 28 Henriette-Blanche Canaby était accusée de tenter d empoisonner son mari qui a suivi un traitement à base d arsenic. Pendant ce procès, connu comme «l affaire des Chartrons» 29, elle a été condamnée à quinze mois de prison pour faux et usage de fausses ordonnances même si son mari l a crue innocente. Mauriac a été dans sa jeunesse très touché par ce procès. Comme le mentionne Lacouture, il a écrit dans son journal : «Pauvre femme que je vis hier aux barres de la cour d assises, droite, pâle devant les hommes qui vous jugeaient, n avezvous pas senti monter vers vous si pitoyable, si vaincue, un peu de mon humaine et tendre pitié? [...] Est-ce qu il ne fallait pas que l idée germe en vous un soir de tuer votre mari? Et n était-ce pas là une conséquence irréductible, inévitable, de causes profondes qui ne dépendaient pas de vous?» 30 Egalement, dans la préface pour Thérèse Desqueyroux, il s adresse à son inspiration : «Adolescent, je me souviens d avoir aperçu dans une salle étouffante d assises, livrée aux avocats moins féroce que les dames empanachées, ta petite figure blanche et sans lèvres.» 31 Et puis, en ce qui concerne la deuxième femme, il ajoute : «Plus tard, dans un salon de campagne, tu m apparus sous les traits d une jeune femme hagarde qu irritaient les soins de ses vieilles parentes, d un époux naïf» 32 Ce deuxième source était une bourgeoise proche de la famille Mauriac. Cette femme enfermée par ses propres parents, obéissant à chaque instant aux convenances, a frappé le jeune François par son malheur caché. 33 Ainsi, a-t-il créé Thérèse Desqueyroux qui avait les traits des deux femmes mais qui se distinguait pourtant par d autres particularités comme nous allons montrer après. 28 Cf. LACOUTURE, Jean. François Mauriac. Paris : Editions du Seuil, 1980, p. 210. 29 Céline Bertrand, «L affaire des Chartrons : une «semi-empoisonneuse» bordelaise à la Belle Époque», Annales de Bretagne et des Pays de l Ouest [enligne], 2009 [consulté 2011-03-11]. Accessible sur WWW : < http : //abpo.revues.org/157>. 30 LACOUTURE, Jean. Op. cit., p. 210. 31 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux, op. cit., p. 5. 32 Ibid., p. 5. 33 Cf. LACOUTURE, Jean. Op. cit., p. 211. 13

2.2 Le contenu du livre Maintenant, quand nous connaissons les sources du roman, résumons brièvement les thèmes du livre, pour que nous puissions procéder enfin vers l analyse formelle de l œuvre. L histoire commence la nuit où Thérèse sort du palais de justice où le non-lieu a été prononcé et en conséquence, elle peut respirer librement. Après être montée dans le train direction Argelouse dans la Lande l héroïne réfléchit comment construire sa confession à son mari Bernard qu elle a essayé d empoisonner. «Bernard saura tout, je lui dirai.» 34 Toute sa vie se projette en elle, le malheur, la solitude, l indifférence de son mari, de son entourage. Ce monologue intérieur représente une grande partie du livre, c est à la fois un flash-back et à la fois une réflexion sur l avenir. Elle se souvient de la jeune Thérèse Larroque et de son amie Anne de la Trave qui est devenue sa belle-sœur après son mariage d intérêt avec Bernard Desqueyroux, un homme médiocre et égoïste. Cette union apporte peu de contentement à Thérèse et donc elle devient jalouse du bonheur d Anne qui est amoureuse de Jean Azévédo («Elle connaît cette joie et moi, alors? et moi? Pourquoi pas moi?» 35. A cause de cet étudiant parisien, Anne veut renoncer au mariage avec un jeune Deguilhem souhaité par sa famille. Par conséquent, Thérèse poussée par ses proches à prévenir la catastrophe se rend chez Jean qui lui parle de Paris en lui présentant le monde de la liberté, de l indépendance, tout en étant plein de l animation et de plaisir. «Jean Azévédo me décrivait Paris, ses camaraderies, et j imaginais un royaume dont la loi eût été de «devenir soi même».» 36 La vision d une vie différente enracine en elle le sentiment de haine et d amertume contre son mari Bernard. «Etre une femme seule dans Paris, qui gagne sa vie, qui ne dépend de personne Etre sans famille!» 37 Ce sentiment la mène jusqu au crime parce qu elle n intervient pas au moment où son mari qui prend régulièrement de médicaments forts à base d arsenic, par mégarde verse une double dose dans sa boisson. Le vomissement et la faiblesse suivants passionnent Thérèse qui devine la cause de ses problèmes. Pour en être sûre, elle essaye le lendemain de le répéter. «Une seule fois ; pour en avoir le cœur net je saurais si c est cela qui l a rendu malade. Une seule fois, et ce sera fini.» 38 Bien qu elle découvre la raison de sa maladie, Thérèse, 34 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 22. 35 Ibid., p. 53. 36 Ibid., p. 93. 37 Ibid., p. 150. 38 Ibid., p. 114. 14

obsédée, continue jusqu à ce qu on ne commence à la soupçonner. En conséquence, on l accuse de la tentative d assassinat. Ultérieurement, Thérèse, une fois libérée grâce au témoignage de son mari, revient à Argelouse où commence la deuxième partie du livre. La réflexion est remplacée par l action. Thérèse confronte la famille et Bernard qui lui communique sa décision : «Faisons vite et que tout soit dit une fois pour toutes : demain, nous quitterons cette maison pour nous établir à côté, dans la maison Desqueyroux; je ne veux pas de votre tante chez moi. Vos repas vous seront servis par Balionte dans votre chambre. L accès de toutes les autres pièces vous demeure interdit [ ] La dimanche, nous assisterons ensemble à la grand-messe, dans l église de Saint-Clair. Il faut qu on vous voie à mon bras; et le premier jeudi du mois nous irons, en voiture ouverte, à la foire de B., chez votre père, comme nous avons toujours fait. [ ] Marie part demain avec sa bonne pour Saint-Clair [ ] Vous n espériez tout de même qu on allait vous la laisser?» 39 Lui-même part après un certain temps pour une autre propriété en laissant Thérèse seule. Désormais, elle ne voit plus personne et donc elle se détache peu à peu de la vie autour d elle. Après deux mois, Bernard revient avec Anne et son fiancé, pour que ce dernier se fasse son opinion à la partie faible et obscure de la famille Desqueyroux. A ce moment là, Bernard, éprouve une terreur de sa décision d enfermer sa femme. «Bernard devait se rappeler, bien des années après, qu à l approche de ce corps détruit, de cette petite figure blanche et fardée, il pensa d abord : cour d assises [ ] La Séquestrée de Poitiers.» 40 (Comme la Séquestré du Poitiers était désignée Mélanie Bastien qui a été retrouvée après 24 ans de l enfermement imposé par sa mère. Cette affaire a éclaté en 1901. 41 ) Du coup, Bernard décide de la libérer et de l amener à Paris où il se sépare d elle pour toujours en la laissant «march[er] au hasard». 42 2.3 La forme Voilà un résumé de l intrigue. Procédons maintenant vers l analyse de l œuvre qui, contenant 184 pages, est composé de 13 chapitres sans mentionner le prologue qui, introduit par une citation de Baudelaire, s adresse à Thérèse, son héroïne. Là, nous pouvons observer 39 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 126-127. 40 Ibid., p. 162. 41 Cf. AUGUSTIN, Jean-Marie. Historia : Genèse d'un fait divers médiatisé [enligne]. 2001 [consulté 2011-04- 09]. XXe siècle : La séquestrée de Poitiers. Accessible sur WWW : <http://philippepoisson-hotmail.com.overblog.com/ext/http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=8268>. 42 MAURIAC, François. Op. cit., p. 184. 15

une relation fort personnelle entre le créateur et sa créature. Mauriac y mentionne, entre autre, son inspiration (voir chapitre 2.1), les réactions prévisibles de ses lecteurs («Beaucoup s étonneront que j aie pu imaginer une créature plus odieuse encore que tous mes autres héros.» 43 ) et non en dernier lieu, son désir de livrer son enfant littéraire à Dieu (voir le chapitre : 3.3). 2.3.1 Un récit panoramique Le narrateur omniscient ne nous présente pas l intrigue de la façon ordinaire mais il s agit d une sorte de la rétrospective, plus précisément d un récit panoramique. «Un récit panoramique est un style indirect d écriture dans lequel le récit est en recul. Il donne l effet que beaucoup de temps est passé entre les événements et le récit, et donc que le narrateur a eu du temps pour réfléchir à l importance et les effets de tous les événements.» 44 Cet énoncé tiré d un projet pédagogique de l université de Toronto est autrement exprimé également par Mme Jacob-Champeau : «Curieusement, le roman commence là où en général il s achève, et l approche à rebours du crime, si elle annihile d emblée tout suspens dramatique, lui substitue en revanche une perspective psychologique, un vécu intériorisé par une descente en soi-même.» 45 Effectivement, le fait que le dénouement soit dévoilé au départ, permet d approfondir l aspect psychologique. Ainsi, le lecteur entre en contact avec la composition exceptionnelle qui est basée sur un démasquage progressif de l action et de l héroïne. Ce démasquage se déroule successivement d un chapitre à l autre. Cela devient d autant plus apparent que Thérèse commence à préparer sa confession. A partir de ce moment, les plans temporels s interpénètrent assez souvent, de façon que l action se mélange avec des rêves et des souvenirs que l héroïne commente dans ses pensées. 2.3.2 Un changement du style Les souvenirs sont présents jusqu au chapitre IX où nous voyons une rupture assez claire sous la forme d un dialogue entre les époux ; première confrontation du lecteur avec la situation après n avoir lu presque que de réflexions que de souvenirs plus ou moins subjectifs. 43 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 6. 44 HOUSHIDARI, Afsoon; TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-03-19]. Narration. Accessible sur WWW : <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/narration.html#pdevue>. 45 JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, p. 20. 16

A partir de ce point, les événements se passent réellement, et non seulement dans la tête de Thérèse. C est-à-dire, il ne s agit plus de la rétrospective mais déjà de la propre construction de l histoire, comme le confirme écrivain Marceline Jacob-Champeau dans son analyse. 46 Le voyage que parcourt Thérèse en train représente un voyage intérieure, comme l expliquent les professeurs de l université de Toronto M. Trott et M. Roger, le voyage évoque une sorte d expédition imaginaire dans la conscience humaine ; au fur et à mesure que le train s approche de l arrêt, les trous de l histoire se remplissent avec les faits passés pour que finalement à la gare de Saint-Clair, tout soit déjà à sa place et le lecteur puisse devenir témoin avec toutes les informations nécessaires de la suite de la vie des Desqueyroux. 47 Dorénavant, nous trouvons plus de dialogues qui même prédominent dans le dernier chapitre. Ce changement brusque du style annonce une fin inattendue car, en lisant, le lecteur prend l impression que la situation de Thérèse est désespérante. Mais avec le voyage à Paris, le décor change, la forme évolue aussi et soudainement, l héroïne jusqu à ce moment-là perdue et maudite, retrouve un nouveau chemin, un nouvel espoir. Ce nouveau destin n est pas assuré ; et non seulement le lecteur mais également l auteur, lui-même, ne savent pas si Thérèse aura une vie plus heureuse ou si elle appartient vraiment à ceux qui sont anéantis pour toujours. 2.4 Les personnages principaux autour de Thérèse Abandonnons maintenant la forme et concentrons-nous sur les différents personnages autour de l héroïne du roman de Mauriac afin d arriver à comprendre dans quel milieu Thérèse vit, comment sont les gens qui l entourent qui l influencent. Parmi les personnages que nous allons traiter appartiennent : monsieur Larroque (le père de Thérèse), Bernard Desqueyroux (son mari), Anne de la Trave (son amie), Mme de la Trave (la belle-mère de Thérèse, mère d Anne et de Bernard) et finalement Jean Azévédo. De l autre côté, nous allons omettre les personnages secondaires ayant peu d influence sur le développement de l intrigue, plus précisément (nommé sur l ordre de l apparition dans le livre) : l avocat de Thérèse, grand-mère maternelle Julie Bellade, la tante Clara, Deguilhem 46 Cf. JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, p. 64. 47 Cf. TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-03-19]. Le chemin de fer, aujourd hui... Accessible sur WWW : <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/cdf1.html>. 17

(le fiancé d Anne), Hector de la Trave (le père d Anne), Marie (la fille de Thérèse et de Bernard), le curé (voir chapitre 3.3), le docteur Pédemay, les serviteurs Balionte et Balion. 2.4.1 Une relation difficile entre père et fille Dès le début du récit, le lecteur rencontre Thérèse et son père, monsieur Larroque. Il s agit d un homme ambitieux et peu sensible envers sa fille. Thérèse au contraire, ressent une vraie adoration pour lui : «Le seul homme supérieur qu elle crût connaître, c était son père.» 48 Malheureusement, ce sentiment n est point partagé parce qu il dédaigne entièrement les femmes. «Toutes des hystériques quand elles ne sont pas des idiotes!» 49 Il envoie Thérèse, dès son enfance, au lycée et pendant les vacances à Argelouse. «M. Larroque se félicitait de ce qu Argelouse, qui le débarrassait de sa fille, la rapprochait de ce Bernard Desqueyroux qu elle devait épouser, un jour, selon le vœu des deux familles,» 50 Ainsi, il est exceptionnellement en contact avec son enfant et il se concentre sur sa carrière politique du «maire et conseilleur général de B.» 51. Après avoir appris que sa fille a tenté à empoisonner son mari, cet homme politique et anticlérical ne tient qu à étouffer l affaire de crainte de la destruction possible de sa carrière politique. Par conséquent, Thérèse représente pour lui une complication, parce que d après sa conviction «cela seul compte : son ascension vers le Sénat interrompue, compromise à cause de cette fille [ ] Heureusement, elle ne s appelle plus Larroque; c est une Desqueyroux.» 52 En allant la chercher après le non-lieu prononcé, M. Larroque a hâte de parler avec l avocat pour discuter sa situation. «Son père ne l embrassa pas, ne lui donna pas même un regard; il interrogeait l avocat Duros [ ]» 53 Même si, d après l opinion de Mme de la Trave, M. Larroque «pense mal, c est entendu», 54 il est aussi conformiste qu elle-même en ce qui concerne le cas de Thérèse. «C était aussi l opinion de M. Larroque. Tout compte fait, mieux valait que Thérèse disparût; on l oublierait plus vite, les gens perdraient l habitude d en parler. Il importait faire le silence.» 55 Tandis que la famille Desqueyroux et de la Trave agit pour le nom de la famille, du point de vue du conseiller général, il faut tout enterrer pour son propre profit. 48 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 78. 49 Ibid., p. 79. 50 Ibid., p. 30. 51 Ibid., p. 30. 52 Ibid., p. 13. 53 Ibid., p. 7. 54 Ibid., p. 39. 55 Ibid., p. 170. 18

«Que lui importe ce que Thérèse éprouve?» 56 Thérèse lui fait des soucis en ne comprenant pas comment cela pourrait le compromettre. «C était incroyable qu elle ne comprît pas que la moindre dérogation aux usages serait leur mort. C était bien entendu? Il pouvait compter sur Thérèse? Elle avait causé à la famille assez du mal» 57 Malgré cette indifférence, Thérèse aime son père et désire son amour. «[O]ui, c était un type. Mais si, de loin, elle se faisait de lui une image embellie, Thérèse, dès qu il était là, mesurait sa bassesse.» 58 Sa froideur la blesse. Mais elle ne peut rien y changer. Au moment où elle confronte Bernard après être revenue à Argelouse, elle rappelle que «[son] père [lui] reste» 59. Toutefois, son mari lui fait comprendre que son père et lui «[sont] entièrement d accord» 60. Les deux hommes les plus importants dans la vie de Thérèse ne s intéressent guère à la personnalité complexe de leur fille et femme. Et même, ils s unissent contre elle. M. Larroque démontre son attitude en ordonnant : «Tu feras tout ce que ton mari te dira de faire. Je ne peux mieux dire.» 61 En conséquence, même si entourée des autres, Thérèse reste seule. 2.4.2 Un époux indifférent La solitude de Thérèse se creuse surtout après le mariage d intérêt qui relie les terres voisines d Argelouse et aussi les vies de Thérèse et de Bernard. Celui-ci se montre comme un vrai bourgeois en pratiquant la chasse et particulièrement en défendant les valeurs familiales. L honneur de la famille lui paraît sacré. Il demande à Thérèse une soumission totale de l être pour garder le bon nom de la famille. Bernard, lui-même, agit uniquement selon l uniformité apprise et adoptée, en rappelant à sa femme : «Je ne cède pas à des considérations personnelles. Moi, je m efface : la famille compte seule. L intérêt de la famille a toujours dicté toutes mes décisions. J ai consenti, pour l honneur de la famille, à tromper la justice de mon pays. Dieu me jugera.» 62 Ce passage nous démontre la nature précise de la personnalité de Bernard. D abord le style pompeux, un peu affectif et artificiel illustre son conformisme vers la majorité car l égard public lui importe plus que les vertus. Il se décide à mentir pour que son entourage ne l aperçoive pas en tant qu un homme incapable de gérer les affaires dans sa famille ; au 56 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 12. 57 Ibid., p. 16. 58 Ibid., p. 79. 59 Ibid., p. 131. 60 Ibid., p. 131. 61 Ibid., p. 16. 62 Ibid., p. 126. 19

milieu de laquelle il se réalise, il vit et sans laquelle il aurait été rien. Cette hypocrisie se manifeste lorsqu il impose sa volonté à Thérèse et l oblige de se comporter de la manière que tout le monde les croit ensemble. «[I]l se disait encore que tout le bourg, impatient de savourer leur honte, serait bien déçu, chaque dimanche, à la vue d un ménage aussi uni! Il lui tardait presque d être à dimanche, pour voir la tête des gens!» 63 Bernard se plie complètement aux usages et exécute tout quand il le faut et comment il le faut, même en ce qui concerne sa vie personnelle : «Songeait-il beaucoup plus à Thérèse? Tout le pays les mariait parce que leurs propriétés semblaient faites pour se confondre et le sage garçon était, sur ce point, d accord avec tout le pays.» 64 Contrairement à Thérèse il n est point romantique. Le pragmatisme emplit entièrement son esprit : «[I]l ne laissait rien au hasard et mettait son orgueil dans la bonne organisation de la vie : «On n est jamais malheureux que par sa faute», répétait ce jeune homme [ ] il fit une part égale au travail et au plaisir, s il ne dédaignait ni la nourriture ni l alcool, ni surtout la chasse, il travaillait d «arrache-pied», selon l expression de sa mère. Car un mari doit être plus instruit que sa femme.» 65 Cette vision d être plus cultivé que Thérèse, Bernard ne l a jamais réalisée, il ne restait toujours qu un homme d intellect moyen tandis que «l intelligence de Thérèse était fameuse; un esprit fort» 66. Quelqu un d aussi ordinaire pourrait difficilement comprendre une âme tellement compliquée que l était celle de son épouse, de plus qu elle-même n arrivait pas à se débrouiller en elle. Le manque de communication entre eux a encore agrandi le gouffre émotionnel ce qui a renforcé l égoïsme de Bernard, un enfant adoré par ses parents et admiré dans son entourage grâce aux éloges de ses proches. 2.4.3 Une amie unique Comme l intelligence et la persévérance chez Bernard, chez sa sœur Anne c est surtout la docilité qui est appréciée. En grandissant dans un couvent, elle représente un portrait parfait de la jeune femme naïve destinée à accomplir son devoir : c est-à-dire à se marier et avoir les enfants. 67 63 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 132. 64 Ibid., p. 31. 65 Ibid., p. 32. 66 Ibid., p. 32. 67 Cf. CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, p. 17. 20

Avec Thérèse elle ne partage pas beaucoup d intérêts. «Elle haïssait la lecture, n aimait que coudre, jacasser et rire. Aucune idée sur rien,» 68 Pourtant, elles sont les meilleures amies, se confient l une à l autre. Toutefois, leur amitié se rompt au moment où Anne, amoureuse de Jean Azévédo, un jeune Juif, essaye d échapper à son destin prévu par la famille. Elle écrit des lettres à Thérèse en comptant avec sa soutenance mais celle-ci, prise par la jalousie, participe au processus de l assagir et la force de se résigner à Deguilhem qui est riche et qui appartient à sa caste sociale. Anne obéit à la volonté familiale et au bout du temps devient une véritable femme de la famille, une copie identique de sa mère. Sa libération opprimée représente le contrepied de Thérèse qui après avoir rencontré Jean Azévédo cède à la tentation de la vie libre, de la vie sans famille. Elle parcourt un chemin contraire de celui d Anne. 69 2.4.4 L esprit de la famille Le destin d Anne est calculé par sa mère Mme de la Trave. Cette femme est une représentante fière de son cadre. En adoptant un regard hautain, elle commande tous dans son entourage, tout en prêchant ce qui est bien et ce qui est mal selon les convenances. Elle tient beaucoup sur Bernard parce qu il imite son exemple et il place l honneur de la famille avant tout. Le caractère de Mme de la Trave est purement stéréotypé. Elle prononce des paroles pleines de clichés et des formules ce qui contribue à son rôle sociale une femme de la famille 70 : «c est un nature très droite, franche comme l or.» 71 Et encore : «On ne fait pas d omelette sans casser des œufs» 72 68 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 34. 69 Cf. CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, p. 17. 70 Cf. Ibid., p. 51. 71 MAURIAC, François. Op.c it., p. 38. 72 Ibid., p. 64. 21

2.4.5 Un jeune philosophe Le conformisme de Mme de la Trave méprise tous ceux qui «n [ont] pas de [leurs] principes.» 73 Ce qui est précisément le cas d un jeune juif Jean Azévédo qui est dans la Lande pour les vacances. Après il rentre à Paris pour reprendre ses études. Thérèse voit Jean pour la première fois sur la photographie envoyée par Anne. Dans cet instant-là, prise par la jalousie, elle lui transperce le cœur par une épingle. Cet acte désespéré dévoile déjà l importance de cette figure dans la vie de Thérèse parce qu il suscite les passions en elle. C est d abord la jalousie immense et ensuite, une admiration. Dans la cabane, en parlant d Anne, Jean lui montre le destin qui attend chaque femme dans ce pays somnolant: «Vous me dites qu elle souffre, madame; mais croyez-vous qu elle ait rien de meilleur à attendre de sa destinée que cette souffrance?» 74 Ainsi Jean exprime ce que Thérèse, aveuglée par les convenances, ne savait pas ellemême définir, avouer. Du coup, elle ressent une admiration pour son honnêteté et respect pour sa capacité de décrire les choses réellement sans se conformer à la norme, sans emballer les faits dans une forme acceptable. De plus, Jean est vraisemblablement un manipulateur habille qui sait comment relever les sympathies chez les gens. Il utilise les tournures amiables : «Je vous connais de réputation; je sais qu on peut vous dire des choses» 75 Et encore : «Mais vous! Je sens dans toutes vos paroles une faim et une soif de sincérité» 76 Prise par sa façon d exprimer les choses, elle devient plus sensible et ouverte à ses paroles, ses idées. 77 En l écoutant, elle rêve d abandonner «le silence d Argelouse» 78 et de se précipiter à Paris où elle pourrait vivre avec lui. «Si elle avait de l argent elle se sauverait à Paris, irait droit chez Jean Azévédo, se confierait à lui.» 79 Ce n est pas un sentiment amoureux qui l entraine vers lui. Il s agit plutôt de la compréhension mutuelle au niveau intellectuel. Marceline Jacob-Champeau utilise dans son analyse le terme «personnagefonction» 80 parce que Jean ne se manifeste qu à travers les dialogues avec Thérèse, il représente le promoteur majeur dans la confrontation de Thérèse avec son inconscience : 73 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 38. 74 Ibid., p. 85. 75 Ibid., p. 86. 76 Ibid., p. 94. 77 Cf. JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, p. 50. 78 MAURIAC, François. Op. cit., p. 144. 79 Ibid., p. 150. 80 JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Op. cit., p. 51. 22

«Azévédo n existe que dans la mesure où il révèle Thérèse à elle-même et où il lui permet, avec le recul du temps, de se comprendre.» 81 2.5 Thérèse Vu que nous connaissons déjà les personnages clés autour de Thérèse, concentronsnous maintenant sur sa personnalité assez compliquée et complexe qui la remplit des ambiguïtés et des contradictions. Pour pouvoir aborder ces thèmes, nous allons définir généralement son caractère pour enfin s enfoncer plus profondément dans la problématique en explorant les thèmes de l isolement et de l ambiguïté. 2.5.1 Une fille insouciante Analysons les indices du livre pour préciser le caractère de l héroïne. En la rencontrant sur «la petite place déserte» 82 le lecteur est témoin d une femme timide, obéissante. Mais il découvre bientôt que son caractère est loin d être craintif qu il est même incalculable. Lorsque Thérèse se plonge dans ses réflexions et s égare dans son passé, nous rencontrons une jeune «lycéenne raisonneuse et moqueuse» 83 qui est désignée par ses maîtresses comme un bon exemple à suivre pour les autres : «Thérèse [Larroque] ne demande point d autre récompense que cette joie de réaliser en elle un type d humanité supérieure. Sa conscience est son unique et suffisante lumière. L orgueil d appartenir à l élite humaine la soutient mieux que ne ferait la crainte du châtiment» 84 Cet orgueil, Thérèse l avait dans le sang, tout comme l amour pour la propriété tellement estimée dans son époque. En ce qui concerne les autres vertus de cette période, comme la soumission, la piété, Thérèse ne suit pas ce chemin prévu par la majorité. Elle a de pensées assez indépendantes parce que d une part, son père la mène vers l anticléricalisme ce qui est déjà mal vu par le milieu des catholiques rigides, et d autre part, n étant pas éduquée dans un couvent mais au lycée, elle refuse d accepter aveuglement les normes proposées par son entourage. Par conséquent, elle est la seule femme après le repas qui écoute les discussions destinées aux hommes, avec un verre d alcool : «Thérèse était restée souvent avec les hommes retenue par leurs propos touchant les métayers, les poteaux de mine, la gemme, la 81 JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, p. 51. 82 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 7. 83 Ibid., p. 22. 84 Ibid., p. 26. 23

térébenthine.» 85 Ces débats inadéquats et impropres aux femmes ne représentent pas tout ce qui attire Thérèse vers ce monde masculin. Fumeuse, lectrice de Paul de Kock, 86 une fervente d anciennes voitures en cuir, elle ne supporte pas les causeries des femmes sur les choses banales. Elle est fière de son éducation laïque du lycée et dédaigne celle du couvent que son amie Anne fréquente. «Les dames de Sacré-Cœur interposaient mille voiles entre le réel et leurs petites filles. Thérèse les méprisait de confondre vertu et ignorance : «Toi, chérie, tu ne connais pas la vie» répétait-elle [à Anne].» 87 D où vient cette fatuité? Thérèse est consciente de ses capacités ; c est «la fille la plus riche et la plus intelligente de la lande» 88. De plus, son intellect lui donne une apparence attirante et son sourire «fai[t] dire aux gens : «On ne se demande pas si elle est jolie ou laide, on subit son charme» 89 Alors, même si elle a quelques qualités masculines, Thérèse se conserve grâce à son charme, une féminité incontestable qui se présente lorsqu elle et Anne vont chasser dans la lande. Une sensibilité inattendue se manifeste en Thérèse ; elle ne veut pas quitter son amie qu elle aime sincèrement avec qui elle vit le bonheur, bien qu elle ne supporte pas les bruits de la chasse annonçant la mort d un animal innocent. «Anne, la première, s étirait impatiente de tuer des alouettes au crépuscule; Thérèse, qui haïssait ce jeu, la suivait pourtant, insatiable de sa présence. Anne décrochait dans le vestibule le calibre 24 qui ne repousse pas. Son amie, demeurée sur le talus, la voyait au milieu du seigle viser le soleil comme pour l éteindre. Thérèse se bouchait les oreilles; un cri ivre s interrompait dans le bleu, et la chasseresse ramassait l oiseau blessé, le serrait d une main précautionneuse et, tout en caressant de ses lèvres les plumes chaudes, l étouffait.» 90 Le comportement déréglé d Anne est mis en fort contraste avec celui de Thérèse qui se bouche les oreilles pour ne pas entendre l agonie de l oiseau candide. Cette pitié ne se révèle pas seulement dans ce cas unique mais aussi lorsqu elle se souvient de «cet assassin traqué pour qui Thérèse enfant avait éprouvé tant de pitié» 91 et qui avait été découvert par le chien des Desqueyroux. Cet apitoiement nous montre le côté sensible, humain de Thérèse. Comment est-il donc possible que cette femme affectable devienne une empoisonneuse? 85 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 40. 86 Paul de Kock (1793 1871), romancier français décrivant le milieu parisien. 87 MAURIAC, François. Op.c it., p. 27. 88 Ibid., p. 32. 89 Ibid., p. 23. 90 Ibid., p. 36. 91 Ibid., p. 136-137. 24

2.5.2 L isolement Cette jeune femme en épanouissement cherche un grand amour, une véritable compréhension et surtout une échappée de la solitude et de l incertitude. De ce fait, elle consacre sa vie à Bernard Desqueyroux en espérant qu il va la procurer de tout dont elle rêve. Mais comme nous allons voir, ce mariage ne lui offre que la solitude redoutée. Thérèse se trouve séparée de plusieurs façons. Mme Callet-Bianco le confirme en définissant que Thérèse est «délimitée par des barrières géographiques [ ] et psychologiques» 92. Ajoutons à ceci encore un isolement physique parce que les barrières géographiques n inclurent pas son claustration dans la chambre. Il s agit donc d une séparation géographique qui est soulignée par une vraie séquestration physique et finalement, tout cela est achevé par un isolement psychique. Tout ceci tourmente l héroïne ; montrons comment. 2.5.2.1 L isolement géographique et physique Concentrons-nous d abord sur la claustration géographique qui est esquissée dès le début du roman par un trajet : «[ ] plus d une heure de voiture jusqu à la gare de Nizan; puis ce petit train qui s arrête indéfiniment à chaque gare. De Saint-Clair même où elle descendra jusqu à Argelouse, dix kilomètres à parcourir en carriole.» 93 Ce lieu éloigné, difficilement accessible doit servir à Thérèse de demeure jusqu à sa mort. Elle en est terrifiée en ne supportant plus «le silence d Argelouse» 94 ; cette âme vivante et remplie de passions désire une agitation et perçoit que «les contacts avec l extérieur sont difficiles sinon impossibles» 95 ce qui la rend malheureuse. Mauriac consacre le début du troisième chapitre pour exprimer ces barrières géographiques : «ARGELOUSE est réellement une extrémité de la terre; un de ces lieux audelà desquels il est impossible d avancer, ce qu on appelle ici un quartier : quelques métairies sans église, ni mairie, ni cimetière, disséminées autour d un champ de seigle, à dix kilomètres du bourg de Saint-Clair, auquel les relie une seule route défoncée. Ce chemin plein d ornières et de trous se mue, au-delà d Argelouse, en sentiers sablonneux; et jusqu à l Océan il n y a plus rien que quatre-vingts kilomètres de marécages, de lagunes, de pins 92 CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, p. 32. 93 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 18. 94 Ibid., p. 144. 95 CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Op. Cit., p. 32. 25

grêles, de landes» 96 De cet extrait nous pouvons clairement sentir l isolement grâce à un vocabulaire soigneusement choisi et ainsi comprendre que cette «extrémité de la terre» 97 ne peut pas satisfaire les désirs du cœur jeune de Thérèse. En conséquence, elle cherche à échapper de cette situation en ayant recours au crime. Ce qui mène vers une séquestration physique imposée par Bernard : «Vos repas vous seront servis par Balionte dans votre chambre. L accès de toutes les autres pièces vous demeure interdit.» 98 Ainsi, Thérèse, obligée de rester dans une pièce, se détache peu à peu de la vie autour d elle en se noyant dans la rêverie. «Thérèse eut la fièvre cette nuit-là; et son esprit étrangement lucide construisait toute une vie à Paris» 99 ; «La pensée de Thérèse se détachait du corps inconnu qu elle avait suscité pour sa joie, elle se lassait de son bonheur, éprouvait la satiété de l imaginaire plaisir inventait une autre évasion.» 100 Thérèse renforçait donc, par cet enfermement physique, son isolement psychique. 2.5.2.2 L isolement psychique Mme Callet-Bianco écrit dans son analyse que le détachement psychologique de l héroïne réside dans le fait que «la fille la plus intelligente du pays ne peut pas se couler dans le moule que la société landaise impose à ses femmes» 101. Autrement dit, l auteure prétend que son isolement est dû à son orgueil. Nous avons déjà mentionné que Thérèse était sans doute une fille orgueilleuse mais il ne faut pas le simplifier ainsi. Mauriac peint un personnage complexe qui ne peut pas être réduit à un sentiment unique. Bien sûr, Thérèse est consciente de son intelligence et de sa couche sociale et elle en est fière. Elle veut appartenir à cette société dans laquelle elle n est pas bien enracinée à cause du désintéressement de son père. Par conséquent, elle se précipite dans le mariage : «elle avait hâte d avoir pris son rang, trouvé sa place définitive; elle voulait être rassurée contre elle ne savait quel péril.» 102 Cherchant l amour et la sûreté dans les bras de Bernard, elle est prête à tout renoncer, à tout changer pour un nouvel avenir. Elle se consacre entièrement à lui. Nous pouvons l observer lorsqu ils se promènent et Bernard lui dit en prenant la tête de Thérèse dans ses mains : «Il y a là encore quelques idées fausses.» Elle [répond] : A vous de les détruire, 96 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 29. 97 Ibid., p. 29. 98 Ibid., p. 127. 99 Ibid., p. 149. 100 Ibid., p. 152. 101 CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, p. 32. 102 MAURIAC, François. Op. cit., p. 40. 26

Bernard.» 103 Cette phrase nous donne à comprendre qu il ne s agit pas de son orgueil mais de son désir d être aimée. Elle songe à trouver l amour qui lui était refusé de la part de son père. Malheureusement, elle se rend vite compte du fait que ce garçon hypocrite ne tient dans son cœur que l amour de lui-même. Mauriac le désigne de l «être [ ] incapable [ ] d aimer; parce qu il était sans amour, Bernard» 104. La nuit après le mariage, il se centre sur son propre plaisir en omettant celui de sa femme terrifiée, «les dents serrées, froide» 105 qui perçoit cet acte comme une «ineffaçable salissure des noces» 106. Ce désaccord perçu mais non résolu qui continue chaque nuit, contribue à l approfondissement de l incapacité de communiquer réciproquement. L éloignement total est dû à la lettre d Anne qui, persuadée que Thérèse connait déjà les plaisirs d amour, lui raconte toutes les passions qu elle vit avec Jean Azévédo. A partir de ce moment-là, tous les sentiments cachés se réveillent en elle, surtout son déception de son union avec Bernard. Le rapprochement sexuel n est plus possible. «elle sentit contre elle ce grand corps brûlant; [ ]. D une main brutale et qui pourtant ne l éveilla pas, de nouveau elle l écarta Ah! l écarter une fois pour toutes et à jamais! le précipiter hors du lit, dans les ténèbres.» 107 Ce sont justement ces ténèbres qui se renferment sur elle, non sur Bernard. Son esprit commence à déborder par son mécontentement ce qui l entraine jusqu au crime qui fait d elle une personne marginale, une criminelle sans pitié. Pourtant, Mauriac la décrit autrement comme nous allons préciser dans le chapitre 2.5.4. Conclurons donc que l isolement que Thérèse subit, transforme sa personnalité. Une fille naïve et pleine d espoir se modifie en femme déçue, égarée, incompréhensible à ellemême et remplie d ambiguïtés. 2.5.3 Une femme perdue l ambiguïté Abordons alors le thème de l ambivalence du caractère de Thérèse. Commençons avec une contradiction dans l attitude envers la famille pour ensuite arriver vers un antagonisme dans ses sentiments amoureux et finissons avec irrésolution de Thérèse face au futur incertain. 103 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 41. 104 Ibid., p. 129. 105 Ibid., p. 45. 106 Ibid., p. 26. 107 Ibid., p. 59-60. 27

2.5.3.1 Les valeurs familiales Thérèse ressent d abord l envie d appartenir à la famille, d être à l ordre, de prendre «son rang» 108. Étrangement, elle se précipite dans un cadre familial pour après consacrer toute sa vie au processus de la libération de celui-ci. Et même si elle est déjà consciente que les valeurs et les principes familiaux l étouffent, la rendent malheureuse, approfondissent sa solitude, elle se décide pourtant à se plier aux demandes de la famille dans le cas d Anne. En allant persuader Jean d oublier Anne, son action est tout-à-fait conforme avec l esprit de la famille. Elle se comporte exactement comme un des vrais membres de la famille, celui qui consent ses décisions à tel point qu Anne l accuse ainsi : «Ah! Tu l as bien, toi, l esprit de famille! Tu poses pour l affranchie Mais depuis ton mariage, tu es devenue d emblée une femme de la famille Oui, oui, c est entendu : tu as cru bien faire; tu me trahissais pour me sauver, hein?» 109 Toutefois, l affaire une fois close, Thérèse recommence à maudire à ceux avec lesquels elle s unissait contre Anne. Leurs rôles s échangent. Anne prend sa place au milieu de la famille tandis que Thérèse en sort et ne s y attache plus. Bien qu elle s éloigne dans son esprit, son comportement ne change pas visiblement. Elle soutient son rôle ce que Mme de la Trave appelle postérieurement une hypocrisie. «Tu vois : Dieu sait que c est épouvantable ce qu elle a fait; eh bien, ce n est pas ce qui me révolte le plus. On savait déjà qu il y avait des gens capables d assassiner mais c est son hypocrisie! Ça, c est épouvantable! Tu te rappelles : «Mère, prenez donc ce fauteuil, vous serez mieux» 110 Pourtant il ne s agit pas d une hypocrisie mais d un déguisement nécessaire pour ne pas trahir l état de son âme qui rêve d «être sans famille! Ne laisser qu à son cœur de choisir les siens non selon le sang, mais selon l esprit, et selon la chair aussi» 111. La rupture définitive avec les membres de sa famille arrive paradoxalement au moment où ils la soignent le plus, c est-à-dire pendant sa grossesse. «[J]amais [ ] Bernard ne lui avait montré tant de sollicitude.» 112 Toutefois, Thérèse est consciente que cette affection est due à son enfant pas à elle personnellement. «Je n étais que le serment; aux yeux de la famille, le fruit attaché à mes entrailles comptait seul.» 113 Par conséquent, elle 108 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 101. 109 Ibid., p. 99. 110 Ibid., p. 161. 111 Ibid., p. 150. 112 Ibid., p. 103. 113 Ibid., p. 104. 28

renie la petite Marie. «Cette enfant n a rien de moi.» 114 Dès lors, elle goûte pleinement sa solitude et «au lendemain de ses couches [ ] elle commen[ce] vraiment de ne pouvoir plus supporter la vie» 115. Même si Thérèse est consciente de son inutilité, elle soutient la famille au moment où le lecteur aurait pensé qu elle n a plus rien à perdre. En conséquence, il est surprenant que l héroïne supporte les intentions de la famille et joue sa comédie devant le jeune Deguilhem qui veut voir la partie faible dans la famille de son épouse Anne. Il ne faut pourtant pas penser que Thérèse renonce sans avoir essayé de communiquer sa misère. Mais ses essais ne se rencontrent pas avec une compréhension ; au contraire, ils sont négligés. «Si un cri sincère échappait à Thérèse, la famille avait admis, une fois pour toutes, que la jeune femme adorait les boutades. «Je fais semblant de ne pas entendre, disait Mme de la Trave, et si elle insiste, de n y pas attacher d importance; elle sait qu avec nous ça ne prend pas» 116 Et c est non seulement Mme de la Trave qui ne lui prête aucune attention mais surtout son mari ; ce qui est pire aux yeux de Thérèse. 2.5.3.2 Une mal aimée Une plus grande ambiguïté dans le comportement de Thérèse se présente face à Bernard. Regardons comment cette contradiction se manifeste : d abord, Thérèse est contente de pouvoir épouser un Desqueyroux. Car, selon les mots de Mme de la Trave, «elle l a voulu, elle l a voulu, elle l a voulu». 117 Cette répétition indique clairement la précipitation de Thérèse qui comme nous avons déjà mentionné dans le chapitre 2.5.2.2, cherchait dans le mariage un refuge et surtout un grand amour. «Oui, elle avait été en adoration devant lui [...], elle n avait qu à lever vers lui ses yeux que c était sa science d emplir de candeur amoureuse.» 118 Mais elle comprend aussitôt que Bernard n est pas capable de lui assurer ce qu elle désire. Les nuits qui devraient être des nuits d amour se sont transformées en nuits d horreurs. «Ce monde inconnu de sensation où un homme la forçait de pénétrer, son imagination l aidait à concevoir qu il y aurait eu là, pour elle aussi peut-être, un bonheur possible mais quel bonheur?» 119 L aspect sexuel est pour Thérèse très important. L ambiguïté de son 114 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 108. 115 Ibid., p. 107. 116 Ibid., p. 107-108. 117 Ibid., p. 38. 118 Ibid., p. 39. 119 Ibid., p. 45. 29

comportement réside dans le fait que même si elle désire l amour, elle refuse les tentatives d approche de Bernard. «[D]ans le taxi, comme Bernard se rapprochait d elle, sa main l éloignait, le repoussait.» 120 Ce couple partage pourtant quelques traits communs. C est essentiellement l amour pour la propriété et pour la Lande où les deux sont nés où ils ont grandi. Mais il s agit de ce pays même lorsque nous suivons les indices qui séparent les époux, parce que Bernard quitte la maison «et ne rentr[e] guère que le soir» 121 en consacrant toute la journée à la chasse dans la lande. Ainsi, il abandonne Thérèse en la laissant dans la maison vide d Argelouse. Thérèse en est mécontente, cela ne lui convient aucunement, vu qu elle craint la solitude. Elle a besoin de la tendresse de son mari. «S il ouvrait les bras pourtant, sans rien demander! Si elle pouvait appuyer sa tête sur sa poitrine humaine.» 122 Cependant, Bernard la perçoit plutôt comme une femme qu il faut dominer et Thérèse en est consciente. Ceci entraine le manque de communication entre eux ce qui angoisse et détruit leur relation. La déception de l alliance de Thérèse et Bernard la pousse vers le crime qui n est pas prémédité, qui est dû au hasard, à la distraction de Bernard. La double dose de son médicament à base d arsenic provoque un vomissement qui fascine Thérèse qui lui donne l idée de se sauver à travers cet acte. Mais de nouveau une contradiction se produit en elle. Même si c est elle qui le rend malade en augmentant la dose imposée, elle «veill[e] nuit et jour» 123 pendant sa maladie et ainsi se fatigue. De la même façon, Thérèse l empoisonne pas à pas mais «[elle] craint de frapper Bernard» 124. Elle hésite jusqu au jour où ses efforts sont découverts. 2.5.3.3 Partir ou rester? La dernière contradiction que nous allons traiter apparait à la fin du roman lorsque Thérèse apprend qu une nouvelle vie à Paris lui sera possible. Du coup, «elle découvr[e] que le silence d Argelouse (dont elle souffrait énormément) n existe pas» 125. Et même, la relation avec son mari s améliore rapidement. «Bernard s intéressait au poids de Thérèse mais aussi à ses propos : elle parlait devant lui plus librement qu elle n avait jamais fait [ ]. Bernard ne songeait pas à la surveiller; et, sans arrière-pensée, mangeait sa soupe, vidait son 120 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 59. 121 Ibid., p. 81. 122 Ibid., p. 120-121. 123 Ibid., p. 114. 124 Ibid., p. 115. 125 Ibid., p. 170. 30

verre.» 126 Leurs rapports s arrangent à tel point que le docteur de Bernard stupéfait affirme : «Ce qu il y a d étonnant, c est qu ils n ont pas du tout l air de jouer la comédie.» 127 Postérieurement à Paris, assise avec Bernard à «la terrasse du café de la Paix» 128, Thérèse se trouve finalement face à sa libération souhaitée. Bien qu elle soit au point d atteindre tout dont elle a toujours rêvé, elle envisage pourtant la possibilité de revenir dans le pays des pins, son pays natal. «Si Bernard lui avait dit : «Je te pardonne; viens» Elle se serait levée, l aurait suivi.» 129 Elle lui demande pardon, elle veut se réconcilier. Car il s agit de nouveau de l incertitude qui l attend, l incertitude qu elle n aime pas, à laquelle elle a déjà essayé d échapper par le mariage, mais sans succès. Alors c est le comportement écartelé de Bernard qui la pousse finalement à faire le pas vers un monde inconnu, vers Paris, vers un nouveau commencement. 2.5.4 Mauriac et Thérèse François Mauriac a écrit Thérèse Desqueyroux après une recherche assez avancée (il se fait envoyer un dossier sur l affaire Canaby par son frère 130 ) et une réflexion approfondie : «Je ne crois pas qu il faille confondre les notions bien-mal avec les notions normalanormal. [...] Tout cela est très complexe et j en suis si obsédé qu un livre en sortira peutêtre : celui pour lequel je t ai demandé les renseignements C.» 131 En conséquence, un livre extraordinaire se présente aux lecteurs. Une œuvre qui n a rien d ordinaire qui bouleverse, fait bruit. Le Mercure de France écrit : «Son meilleur ouvrage [...] Proprement admirable!» 132 De l autre côté, il n y avait pas que d attitudes ravies et enthousiastes. «Mauriac a été accusé [...] de complaisance envers le Mal.» 133 Certains étaient choqués et scandalisés. Dans Le Romancier et ses personnage Mauriac peint 126 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 171. 127 Ibid., p. 171. 128 Ibid., p. 172. 129 Ibid., p. 181. 130 Cf. LACOUTURE, Jean. François Mauriac. Paris : Editions du Seuil, 1980, p. 207. 131 Ibid., p. 207, 208. 132 Ibid., p. 217. 133 CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, p. 57. 31

l histoire lorsqu une femme étonnée après avoir demandé : «Où allez-vous chercher toutes ces horreurs?» 134 a reçu une réponse d une sincérité surprenante : «En moi, madame.» 135 Il est donc évident que cette œuvre suscite les passions et c est non seulement chez ses lecteurs mais aussi et surtout chez son créateur. François Mauriac se sent très attaché à ce personnage ; il l aime. Ce qui le prouve suffisamment, c est son énoncé fameux reprenant celui de Gustave Flaubert 136 : «En un sens, Thérèse Desqueyroux, c est moi.» 137 Comment comprendre cette phrase? L auteur nous donne la clé dans Le Romancier et ses personnages : «Cette âme serait donc mon œuvre? De quoi est faite sa mystérieuse vie? Je disais que les héros de roman naissent du mariage que le romancier contracte avec la réalité. Ces formes que l observation nous fournit, ces figures que notre mémoire a conservées, nous les emplissons, nous les nourrissons de nous-mêmes ou, du moins, d une part de nousmêmes.» 138 Ainsi nous comprenons pleinement non seulement la comparaison de Thérèse avec le moi intérieur de l auteur, mais aussi, comment François Mauriac a pu annoncer qu il tire de lui-même ces êtres égarés de ses romans. Néanmoins, il ne faut pas appréhender cette assertion dans le sens que la personnalité de l écrivain correspond avec celle de son héros. Ici de nouveau Mauriac précise : «L individu, tel que l étudie le romancier, est une fiction.» 139 Même s il s agit d une fiction, Thérèse pourchasse son créateur, «[il] la sen[t] vivre à côté de [lui]» 140. Alors, après huit ans il revient et développe de nouveau le destin de Thérèse dans La Fin de la nuit et encore, en 1938 il publie deux nouvelles : Thérèse chez le Docteur et Thérèse a l hôtel dans Plongées. 141 La relation étroite est donc évidente mais comment est-il possible qu une empoisonneuse puisse être tellement proche au cœur d un homme aussi honnête et gentil? C est justement le caractère de François Mauriac qui lui permet d effectuer un rapprochement avec des âmes traquées par les autres. Sa sensibilité et sa humanité exceptionnelles se manifestent déjà dans sa jeunesse et se développent encore au cours de sa 134 MAURIAC, François. Le Romancier et ses personnages. Paris : Editions R.-A. Corrêa, 1933, p. 129. 135 Ibid., p. 129. 136 Gustave Flaubert : «Mme Bovary, c est moi-même.» La source : MAURIAC, François. Le Romancier et ses personnages. Op. cit., p. 143. 137 LACOUTURE, Jean. François Mauriac. Paris : Editions du Seuil, 1980, p. 227. 138 MAURIAC, François. Le Romancier et ses personnages.op. cit., p. 112-113. 139 Ibid., p. 119. 140 LACOUTURE, Jean. Op. cit., p. 220. 141 Cf. Centre François Mauriac [enligne]. 2006 [consulté 2011-04-06]. Bibliographie, Œuvres de François Mauriac. Accessible sur WWW: <http://malagar.aquitaine.fr/?bibliographie#romans>. 32

vie. Lacouture le cite dans François Mauriac : «Ce qu il y a de plus horrible au monde, c est la justice séparée de la charité.» 142 Ces mots ont été prononcés après avoir assisté à un procès et expriment une sagesse, une compréhension et un apitoiement inhabituels. Mauriac ne juge pas, il cherche à comprendre et de cette façon il expose l histoire de Thérèse qui peut-être qualifiée comme une quête entreprise pour comprendre. Cette idée est aussi exprimée par l auteure Callet- Bianco. Dans son analyse elle écrit : «Toute la première partie du roman tourne autour du geste fatal de Thérèse. Mais il ne s agit aucunement de juger, de quelque manière que ce soit, mais de comprendre ce qui a pu le rendre possible.» 143 Pourtant, nulle part dans le récit nous ne trouvons le vrai raisonnement, l éclaircissement suffisant du motif. Le crime reste qu un crime, une action sans une explication explicite. François Mauriac explique ceci encore dans Le Romancier et ses personnages: «...en réalité l inconscient est la part essentielle de notre être et [...] la plupart de nos actes ont des motifs qui nous échappent à nous-mêmes.» 144 Cet énoncé nous dévoile non seulement pourquoi Thérèse n est pas capable de définir la raison de son acte, mais aussi en quoi réside l art romanesque de François Mauriac. Parce qu il arrive à décrire l histoire d une femme désignée d être une criminelle, une empoisonneuse avec compréhension, avec conscience que les gens ont une personnalité complexe qui ne peut pas être définie facilement, ne peut pas être simplifiée. Son sagesse incroyable dicte à Mauriac de contempler Thérèse avec indulgence et ne pas juger sans connaître tous les aspects qui poussent une âme vers sa propre destruction. Par conséquent, il s agit de l histoire d une femme perdue, déconcertée, non d «une créature [ ] odieuse» 145 comme la désigne Mauriac dans la préface de Thérèse Desqueyroux. «Il semble que le personnage ne soit pas perçu ainsi par les lecteurs ; il vaudrait mieux parler de fascination, pas nécessairement horrifiée. Du côté du romancier, l horreur n est pas non plus perceptible, moins en tout cas que la sympathie (au sens fort : souffrir avec quelqu un) et la pitié.» 146 Dans Les techniques narratives dans le cycle de «Thérèse Desqueyroux», André Séailles remarque que «l alternance des images prédatrices et des images de victime, avec une nette prédominance des secondes sur les premières, souligne à l évidence une 142 LACOUTURE, Jean. François Mauriac. Paris : Editions du Seuil, 1980, p. 220. 143 CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, p. 57. 144 MAURIAC, François. Le Romancier et ses personnages. Paris : Editions R.-A. Corrêa, 1933, p. 151. 145 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 6. 146 CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Op. cit., p. 57. 33

intervention de l auteur-narrateur.» 147 Cette alternance prouve que Mauriac ne compte pas sur la simplicité. Il est conscient de la complexité des choses et son écriture subtile reflète cette conscience. 147 SEAILLES, André. Persée Revues scientifiques : Cahiers de l'association internationale des études françaises [enligne]. 1984 [Consulté 2011-04-09]. Les techniques narratives dans le cycle de «Thérèse Desqueyroux». Accessible sur WWW: <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1984_num_36_1_1920>. 34

3 Ce que nous pouvons lire entre les lignes Le style travaillé de Mauriac se distingue aussi par un nombre assez important de symboles, d allusions cachées. En se concentrant sur ces petits signes et détails, nous découvrons son vrai art romanesque. Dévoilons ensemble comment Mauriac travaille avec les quatre saisons et les quatre éléments : air, eau, feu, terre ; ce qu ils évoquent, ce qu ils représentent et de quelle manière il faut les percevoir dans l ensemble du texte. Procédons ensuite vers la question concernant la conversion possible de Thérèse qui est également cachée entre les lignes. Tout ceci contribue à éclaircir notre question primordiale à laquelle nous avons déjà esquissé une réponse dans les chapitres précédents : Thérèse ; Thérèse et Mauriac. 3.1 Les quatre saisons Mauriac en tant que romancier très habile, utilise les saisons pour esquisser l atmosphère dans laquelle l action se déroule. Alors lorsque la nature se réveille, l âme de Thérèse est influencée également. Cette idée est précisée par Mme Jacob-Champeau qui développe que «[c] est au printemps qu ont lieu les fiançailles de Thérèse» 148. A ce moment-là, l héroïne songe à un nouveau commencement, à la vie heureuse : «Jamais elle ne parut si raisonnable qu à l époque de ses fiançailles : elle s incrustait dans un bloc familial, [...], elle entrait dans un ordre. Elle se sauvait.» 149 De même, c est «un matin chaud de mars» 150 quand elle se trouve finalement à Paris, libre, sans famille. Par contre, l époque sèche et torride d été évoque la misère. «Le jour étouffant de noces.» 151 En encore : «Les premières chaleurs accablaient Thérèse.» 152 Nous lisons dans analyse Thérèse Desqueyroux : Mauriac : «C est en été, [...], que se déroule le mariage de Thérèse, ce mariage qui aliène sa liberté, et c est bien sûr en été, lors d un incendie dévastateur que Thérèse glisse vers le crime.» 153 Cette saison incertaine révélant la situation insoutenable de l héroïne change lentement vers l automne quand Thérèse goûte pleinement sa solitude et s endurcit contre son entourage. 148 JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, p. 102. 149 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 40. 150 Ibid., p. 172. 151 Ibid., p. 43. 152 Ibid., p. 110. 153 JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Op. cit., p. 102. 35

C est dans «ce soleil d octobre» 154 qu elle rencontre pour la première fois Jean Azévédo et qu elle le revoit plusieurs fois en renforçant les idées libératrices dans son conscience. Les paroles de ce jeune philosophe se propagent en elle tout l hiver, («elle allait couver, pareille à un feu sournois» 155 ) pour qu ils se manifestent enfin au printemps avec une nouvelle énergie et l espoir. 3.2 Les quatre éléments : air, eau, feu, terre Au cours de tout le roman nous rencontrons assez souvent les éléments d air, d eau, du feu et de la terre qui sont encore plus frappants que les quatre saisons. Comme le souligne Marceline Jacob-Champeau dans son analyse, chaque élément peut être identifié à un fait ou un sentiment. 156 Tandis que la terre s oppose avec l air, le feu et l eau ne peuvent pas être mis dans un contraste pareil. Il ressort du texte que la terre et l eau se complètent réciproquement et à travers du feu elles aboutissent vers l air. Expliquons cette phrase par une analyse plus détaillée. 3.2.1 Terre, eau, air Regardons d abord la signification implicite de l élément de terre. Il s agit clairement des racines de Thérèse. La terre, c est la possession, le matérialisme proche aux gens de la Lande. «Elle avait toujours eu la propriété dans le sang.» 157 Thérèse aime ces pins, cette nature obscure où elle est née. Mais justement cette nature la limite et définit en même temps son état d esprit. Argelouse se trouve à l extrémité, isolé de tout et tous, au milieu des marécages. Il s agit d une nature aride et hostile. 158 A cette image s ajoute l élément de l eau qui représente les bornes, les barrières, la séquestration. «[C]omment imaginer qu il puisse un jour ne plus pleuvoir? Il pleuvra jusqu à la fin du monde.» 159 Ainsi la terre en combinaison avec l eau nous achève un tableau de la claustration de Thérèse qui est due à ses racines et à son entourage. «[I]l fallut vivre dans ces ténèbres. Comme si ce n eût pas été 154 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 83. 155 Ibid., p. 43. 156 Cf. JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, p. 102. 157 MAURIAC, François. Op. cit., p. 40. 158 Cf. JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Op. cit., p. 104. 159 MAURIAC, François. Op. cit., p. 150. 36

assez des pins innombrables, la pluie ininterrompue multipliait autour de la sombre maison ses millions de barreaux mouvants.» 160 En revanche l élément de l air comporte un sens tout-à-fait inverse. C est la liberté que Thérèse veut atteindre en échappant de ce pays monotone, somnolant. Elle désire de respirer l air frais, non celui qui l étouffe. Son envie de se débarrasser da la famille et de son jugement et pouvoir se décider selon sa propre volonté se manifeste surtout lorsqu elle empoisonne lentement Bernard. «[I]l fallait [...] sortir de ces ténèbres, [...], atteindre l air libre, vite! vite!» 161 Le moyen pour atteindre cet air libre était justement le crime qui se manifeste en elle lors du jour de l incendie de Mano. 3.2.2 Feu Ainsi nous arrivons vers l élément du feu qui prédomine clairement dans le texte. Sa présence est assez fréquente et prend plusieurs sens. Il s agit d un symbole renvoyant à la religion ; toutefois, il représente en même temps la destruction diabolique, les passions, l espoir. La présence du feu dans le livre avertit souvent du danger : «Deux ou trois feux dans l ombre : la gare de Saint-Clair.» 162 Ainsi Mauriac décrit-il l arrivée de Thérèse. Le feu, symbole du danger, d une épreuve sous une forme du jugement de la famille, surgissent dans l obscurité, ce qui est une métaphore de toute sa vie. Une grande ombre que Thérèse ne peut pas dépasser. Et en même temps, l ombre qui peut être éclairé par la lumière venant des flammes. Répétons encore une fois que le feu représente le danger, les passions, l obsession de changer sa situation. D après ce raisonnement il est donc logique de conclure que le crime la sauve de quelque manière. Elle se fait emporter par le crime «le jour du grand incendie Mano» 163. Ce fléau se passe dans la campagne. Il s agit donc de la terre qui est démolie, anéantie par le feu. Son enfermement peut être alors rompu par un acte dangereux mais libérant. Inconsciemment, Thérèse est poussée par ce fait à ne pas intervenir au moment où Bernard double sa dose habituelle d arsenic. Pourtant c est non seulement cet incendie qui influence Thérèse. C est aussi Jean Azévédo, comme nous avons déjà mentionné en chapitre 2.4.5. De nouveau, Mauriac utilise 160 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 104. 161 Ibid., p. 116. 162 Ibid., p. 114. 163 Ibid., p. 111. 37

symbole du feu pour faire comprendre que ce jeune Juif suscite les passions en elle, la bouleverse, la séduit à atteindre la lumière, la liberté. «...son beau regard brûlait,» 164 et encore : «[i]l se défendait avec feu» 165. Le symbole du feu porte également une autre signification, il se trouve en cohérence avec la religion. Thérèse songe à purifier le village par des flammes. «Elle trouvait injuste que les flammes choisissent toujours les pins, jamais les hommes.» 166 Pour Mauriac, ces arbres ont une connotation religieuse en lui rappelant le Christ crucifié en train de souffrir dans la croix. 167 Ainsi, nous voyons le rapport entre le feu est le fait de la purification religieuse. Il se propose donc l idée que Mauriac a souhaité que le feu intérieur de Thérèse purifie son âme. 3.3 La question religieuse Regardons ensemble les faits donnés par rapport à la question de religion et essayons de résoudre s il est possible que Thérèse trouve la foi en Dieu. Thérèse, quoique entourée par des catholiques, ne croit pas en Dieu ce qui est sûrement le résultat de l éducation de son père. Pourtant, nous pouvons croire qu il y a un certain rapprochement avec Lui qui est dû à la conversation de Thérèse avec Jean Azévédo et surtout au sentiment de la solitude qui lui fait entendre la voix du jeune prêtre, un nouveau arrivé dans le village. Vu que Thérèse remarque le curé grâce à Jean («Sur quelques propos de Jean Azévédo, Thérèse prêtait plus d attention à ce prêtre jeune encore.» 168 ) nous allons traiter Jean d abord. Nous avons déjà démontré son importance dans la vie de Thérèse, en s appuyant sur cette base, nous allons approfondir la question religieuse. En même temps nous illustrons un rôle non négligeable du curé dans le processus de rapprochement de l héroïne vers Dieu pour ensuite arriver vers la question primordiale ; c est-à-dire vers la conversion possible de Thérèse ce qui est dans une relation étroite avec notre sujet, comme nous verrons ensuite. 164 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 84. 165 Ibid., p. 85. 166 Ibid., p. 111. 167 Cf. Les conférences de Mme Caroline Casseville, Séminaire littéraire, 2 e semestre, 2010, DEFLE, l Université Bordeaux 3. 168 MAURIAC, François. Op. cit., p. 105. 38

3.3.1 Les premiers pas vers une conversion possible C est non seulement l idée d une vie différente que Jean enracine en Thérèse mais aussi le questionnement à propos de la foi. Il lui parle de Dieu, en lui montrant l autre côté que celle qu elle connait de Bernard. Son attitude artificielle d aller obligatoirement à la messe pour satisfaire les convenances sociales, s oppose à celle de Jean. «[...] sur la question religieuse, comme je [Thérèse] reprenais ce que j avais accoutumé de dire en famille, il m interrompait : «Oui, sans doute mais c est «plus compliqué que cela...» En effet, il projetait dans le débat des clartés qui me paraissaient admirables» 169 Voilà la première occasion de réfléchir sur ce sujet qui se présente à Thérèse de nouveau lorsqu un nouveau curé arrive au village. Ce jeune prêtre consacre sa vie aux livres et trouve difficilement le chemin vers ses paroissiens ce qui est mal perçu parmi les habitants : «Ce n est pas le genre qu il faut ici.» 170 Et encore : «C est très joli d avoir toujours le nez dans ses livres, mais une paroisse est vite perdue.» 171 Thérèse se sent proche de lui à tel point qu «elle [veut] assister à sa messe dans la semaine». 172 L inexpérience et l innocence du curé le distinguent des autres, de ceux qui étouffent Thérèse. En conséquence, elle veut se délivrer sous son patronage. «Ah! Lui, peut-être, aurait-il pu l aider à débrouiller en elle ce monde confus; différent des autres.» 173 Mais encore une fois, la famille l en empêche car elle ne veut pas que les autres pensent qu elle change soudainement de conviction, «on aurait crié à la conversion» 174. Cette contradiction n apparait pas seulement dans le comportement de Thérèse, (puisque vouloir soudainement fréquenter l église est sûrement contrariant) mais aussi dans ses pensées. En tentant de s empoisonner, Thérèse songe au Créateur, elle hésite : «Thérèse n est pas assurée du néant. Thérèse n est pas absolument sûre qu il n y ait personne.» 175 L héroïne veut croire qu Il la surveille : «S il existe cet Etre [...] puisqu Il existe, qu Il détourne la main criminelle avant que ce soit trop tard et si c est la volonté qu une pauvre âme franchisse le passage, puisse-t-il, du moins, accueillir avec amour ce monstre, sa créature.» 176 169 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 87-88. 170 Ibid., p. 105. 171 Ibid., p. 106. 172 Ibid., p. 106. 173 Ibid., p. 106. 174 Ibid., p. 107. 175 Ibid., p. 139. 176 Ibid., p. 140. 39

La présence inconsciente de Dieu en elle se présente également sous la forme d une objection muette, lorsque Bernard mentionne : «Et puisque la messe, pour vous, ne signifie rien...» Elle ouvrit la bouche, parut au moment de parler, demeura silencieuse.» 177 3.3.2 Sainte Locuste un dessein inaccompli Après toutes ces ambiguïtés, le lecteur se demande s il est possible qu elle soit convertie. Pour l auteur, François Mauriac, en tant que catholique, cela serait sûrement souhaitable. Dans la préface, il écrit : «J aurais voulu que la douleur, Thérèse, te livre à Dieu ; et j ai longtemps désiré que tu fusses digne du nom de sainte Locuste.» 178 De toute évidence, sainte Locuste a été une empoisonneuse de la Rome antique du 1 er siècle ap. J-C. Elle aurait fait empoisonner l empereur Claude et Britannicus sous l ordre d Agrippine et de son fils Néron. Après la mort de Néron, Locuste n avait plus de protection et elle a été condamnée à mort par Galba. Locuste n a jamais été canonisée ; en effet, sainte Locuste, n existe pas. 179 Pourtant, Mauriac a voulu que Thérèse soit digne du nom de sainte Locuste. En conséquence, les deux femmes n auraient partagé que le fait d avoir empoisonner quelqu un. Pour le reste, il y a une différence en ce qui concerne le raisonnement. Tandis que Locuste empoisonnait pour l argent, Thérèse a des raisons plus humaines, plus tragiques. Etant née dans une famille qui décide à sa place, qui dirige sa vie, qui limite son esprit, elle se trouve dans un piège infini. Ne pouvant plus supporter cet état, elle se fait prendre par un crime. Cette souffrance, ce désespoir la distingue de Locuste. Cette souffrance la rapproche des saints. Mais malgré tout cela, Mauriac utilise le conditionnel passé «[j] aurais voulu» 180 ; il exprime son souhait irréalisé. Probablement parce qu il est conscient que Thérèse ne croit pas en Dieu de son cœur mais que c est sa peur qui lui dicte de trouver un autre Etre qui lui comprend ; c est justement l incapacité de se comprendre elle-même qui suscite sa peur et son désir de croire en Dieu. 177 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 147. 178 Ibid., p. 6. 179 Cf. LEMPIERRE, J. The dictionary of all the principal names and terms [enligne]. New York : Collins and co., 1833 [consulté 2011-03-19]. History, p. 477. Accessible sur WWW : <http://books.google.cz/books?id=dt9waaaamaaj&pg=pa477&lpg=pa477&dq=history+locusta+rome& source=bl&ots=trz1wqehky&sig=amc4px7l56u_rdpucju0x7fcnxu&hl=cs&ei=qoeetddpondktabe7 PisAw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=6&ved=0CEQQ6AEwBQ#v=onepage&q=History%20Locu sta%20rome&f=false>. 180 MAURIAC, François. Op. cit., p. 6. 40

Mauriac veut la sauver, la rapprocher à Dieu parce qu il refuse l idée que Thérèse soit une meurtrière de sang froid. Il ne condamne personne. Dans son Journal, 1932-1939, il écrit à propos d une criminelle : «Dieu n a pas de dégoûts. Non seulement cette parricide sera pardonnée et aimée, si elle le veut (et elle l est peut-être déjà à l heure où j écris) mais encore préférée, à cause de sa misère sans égale» 181 Ceci illustre l attitude du romancier non seulement envers cette femme concrète mais envers tout le monde, Thérèse sans exception. Probablement pour cette raison, Mauriac écrit des suites. Pour en avoir le cœur net ; dans la préface pour La Fin de la nuit nous pouvons lire : «Depuis dix ans que, fatiguée de vire en moi, elle demandait à mourir, je désirais que cette mort fût chrétienne.» 182 Cette confession de Mauriac nous explique clairement que, en ce qui concerne Thérèse Desqueyroux, c est-à-dire le livre qui nous intéresse dans ce travail, l héroïne n est pas convertie malgré les tentatives manifestées. 181 LACOUTURE, Jean. François Mauriac. Paris : Editions du Seuil, 1980. p. 221. 182 MAURIAC, François. La fin de la nuit. Paris : Bernard Grasset, 1971, p. 7. 41

4 Les échos de Thérèse Desqueyroux Suivons le chemin de Thérèse Desqueyroux. Vu que le succès de ce livre est indiscutable : «Thérèse Desqueyroux. Son nom seul suffit à la gloire de François Mauriac. De tous ses romans, il demeure le plus acheté et le plus lu,» 183 un réalisateur français Georges Franju (1912-1987) 184 se décide à immortaliser cette œuvre sur le grand écran. Le scénario est travaillé avec l auteur même et avec son fils Claude Mauriac, suivant son père dans la profession de l écrivain. Comme les protagonistes principaux, une vedette de cinéma Emmanuèle Riva et moins connu, jeune Philippe Noiret sont choisis. Ce couple est complété par Edith Scob, en rôle d Anne de la Trave, par Sami Frey comme Jean Azévédo et finalement par Renée Devillers en tant que Mme de la Trave. Avec cette pléiade des acteurs, le film est sorti en 1962 durant 107 minutes et reflétant le plus possible son modèle littéraire. Il a tout de suite constaté un grand succès au festival de Venise qui a apprécié la protagoniste de Thérèse, Emmanuèle Riva, d un Lion d or pour l interprétation féminine. 185 En ce qui concerne, les critiques, elles ont été nombreuses. Nous pouvons lire dans Le Figaro : «Les innombrables admirateurs de l œuvre originale seront certainement curieux d aller voir ce film fidèle à l esprit et à lettre du roman comme l ont été peu de films adaptés de livres célèbres.» 186 Michel Aubriant dans sa rubrique Les nouveaux films ajoute : «Le metteur en scène ne s est pas effacé derrière un texte. Il l a prolongé, enrichi par l image. Il a porté ce texte, il lui a trouvé des correspondances modulées. [ ] Car Mauriac demeure. Nous écoutons sa voix. Noble leçon de style que nous n avons pas accoutumé de recevoir au cinéma.» 187 De l autre côté, les critiques n étaient toujours que positives. Le Nouveau Candide du 26 septembre 1962, malgré l introduction élogieuse, reproche l incapacité des créateurs de transmettre le style de l auteur et glose que le film aura surtout un mérite de renvoyer à l œuvre originale. 188 D autres suivent avec une remarque du style qui est devenu un peu hautain, moins dynamique en comparaison avec le livre : «[R]eproche qu on serait tenté de faire aux 183 SUFFRAN, Michel. François et Thérèse ou la combat dans le miroir. Sud Ouest. 1985, Spécial, p. 40-42. 184 Cf. Česko-Slovenská filmová databáze [enligne]. 2001 [consulté 2011-04-06]. Tereza Desqueyrouxová. Accessible sur WWW : <http://www.csfd.cz/film/32040-tereza-desqueyrouxova/>. 185 Cf. AUBRIANT, Michel. L'univers ouaté où les passions véhémentes chuchotent : Les nouveaux films. PARIS-PRESSE. 25/9/1962. 186 CHAUVET, Louis. Thérèse Desqueyroux. Le Figaro. 24.9.1962. 187 AUBRIANT, Michel. Op. cit. 188 Cf. Le mérite de renvoyer au texte de Mauriac : Thérèse Desqueyroux. Le Nouveau Candide. 26/9/1962. 42

réalisateurs de «Thérèse Desqueyroux» c est d avoir trop ralenti le rythme d un livre qui était nerveux, brûlant, rapide et quelque peu rocailleux, et de n avoir fait un film d une discrétion parfois trop académique.» 189 Cela est aussi confirmé par pseudonyme H. M. dans Démocratie 62 : «Vous l aimeriez sûrement. Pour ma part, je crois le réalisateur du Sang des bêtes et des Yeux sans visage capable de nous offrir une œuvre plus forte moins respectueuse.» 190 Toutes ces critiques et remarques prouvent une chose : Thérèse Desqueyroux n est pas une œuvre quelconque. Nous pouvons la placer à côté de grandes œuvres écrites par de grands auteurs de la littérature mondiale. L intérêt incessant se manifeste encore aujourd hui, parce que le metteur en scène Claude Miller est en train de tourner une nouvelle adaptation de ce roman célèbre avec Audrey Tatou en rôle de Thérèse. 191 189 CHAPIER, Henry. Thérèse Desqueyroux de Georges Franju : Un film qui ne trahit pas le roman. Combat. 27/9/1962. 190 M., H. Thérèse Desqueyroux : un film respectueux. Démocratie 62. 4.10.1962. 191 Cf. CHITWOOD, Adam. Collider.com [enligne]. 13.11.2010 [consulté 2011-03-22]. First Promo Image and Official Synopsis for THERESE D Starring Audrey Tautou. Accessible sur WWW : <http://collider.com/therese-d-image-synopsis-audrey-tautou/60132/>. 43

5 Fiches pédagogiques Vu que ce travail tente à servir aux objectifs pédagogiques, nous proposons, dans la partie pratique, trois fiches pédagogiques qui peuvent être utilisées en classe et qui portent sur la même thématique que la partie théorique ; c est-à-dire, sur le roman Thérèse Desqueyroux écrit par François Mauriac. Bien que son style soit très travaillé et que son français ne soit pas simple, nous pouvons quand même utiliser son œuvre pour les différents nivaux de langue. Dans cette partie nous présenterons précisément le niveau A2, B1 et B2 selon le Cadre Européen commun de référence pour les langues. Chacune des trois fiches est adaptée pour 45 minutes, donc pour un cours standard en République tchèque. Elles contiennent des exercices diversifiés concentrés surtout sur la grammaire, le vocabulaire, la compréhension écrite, l expression orale. De plus, certaines consignes encouragent les élèves à faire travailler leur imagination et à présenter ensuite leurs idées. Chaque fiche est divisée en deux parties, celle de l enseignant, contenant aussi le corrigé et puis celle de l élève. Nous vous souhaitons un bon travail en classe. 44

Fiche pédagogique 1 Fiche d enseignant Thème : François Mauriac Objectifs pédagogiques : La compréhension écrite, l expression orale, le vocabulaire. Niveau : A2 Durée : 45 minutes Support, matériel : un article modifié pour le niveau A2, 192 une image, 193 un exercice. Disposition de la classe : Travail individuel. Démarche : Avant de lire l article nous demandons aux élèves d observer l image proposée et de faire un portrait robot. Qui ce monsieur est-il? Quelle est sa profession? Quelle est sa nationalité? A quelle époque vit-il? Consigne 1 : Une lecture et traduction collective. Consigne 2 : 1) François Mauriac est né le 11 octobre 1885 à Bordeaux. 2) Il a fait des études de lettres. 3) Le Baiser au lépreux, Génitrix, Thérèse Desqueyroux, Le Nœud de vipères,... 4) En 1933, il est élu à l Académie française et il obtient également le Prix de Nobel en 1952. 5) Oui, François Mauriac est croyant. Il est catholique. Consigne 3 : Les Misérables un seul roman de Victor Hugo parmi les romans de François Mauriac. Catholique - Une seule expression qui n est pas en relation avec la Seconde guerre mondiale. Famille - Les trois autres mots correspondent avec l époque de son déménagement à Paris. Sa famille est restée en Aquitaine. Sévère il s s agit de la caractéristique de la mère de François Mauriac tandis que les autres adjectifs définissent ses personnages. 192 Cf. Fluctuat.net [enligne]. 1978 [consulté 2011-04-09]. François Mauriac. Accessible sur WWW : <http://livres.fluctuat.net/francois-mauriac.html>. 193 Nobelprize.org [enligne]. 2011 [consulté 2011-04-09]. François Mauriac. Accessible sur WWW : <http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1952/mauriac-bio.html> 45

Fiche d élève Consigne 1 : Lisez attentivement l article et traduisez-le. Nationalité : française Naissance : 11 octobre 1885 à Bordeaux Mort le : 1 septembre 1970 Métier : écrivain François Mauriac naît à Bordeaux, dans une famille bourgeoise, catholique et conservatrice. Il est élevé par une mère extrêmement sévère. Après des études de lettres, il vient à Paris en 1907 et se consacre à la littérature. La reconnaissance du public vient avec Le Baiser au lépreux (1922). Mauriac va alors écrire beaucoup de romans comme : Génitrix, Thérèse Desqueyroux, Le Nœud de vipères En 1933, Mauriac est élu à l Académie française. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Mauriac s engage dans le combat politique et s oppose au fascisme. Il participe donc à la Résistance. En 1952, il reçoit le prix Nobel de littérature. Mauriac meurt en 1970. Son œuvre est marquée par le milieu catholique où il a grandi. Ses personnages balancent entre le bien et le mal, ils sont hantés par le péché. Consigne 2 : Répondez aux questions en créant des phrases complètes. 1) Quand et où François Mauriac est-il né? 2) Qu est-ce qu il a étudié? 3) Lesquels de ses romans connais-tu? 4) Comment est-il apprécié? 5) François Mauriac est-il croyant? Consigne 3 : Chassez l intrus ; justifier votre choix. Le Nœud de vipères, Génitrix, Thérèse Desqueyroux, Les Misérables. La Seconde Guerre mondiale, catholique, la Résistance, le fascisme. Littérature, Paris, famille, 1907. Bien, péché, mal, sévère. 46

Fiche pédagogique 2 Fiche d enseignant Thème : Plus-que-parfait. Objectifs pédagogiques : La compréhension écrite, l expression orale, le travail avec le dictionnaire unilingue. Niveau : B1 Durée : 45 minutes Support, matériel : Une image 194, l extrait tiré du roman, 195 un exercice. Disposition de la classe : Travail individuel et par couples. Démarche : Avant de faire travailler les élèves, une phase de sensibilisation à l image. Qu est-ce que vous y voyez? Où cette image a-t-elle été prise? De quoi les jeunes filles peuvent-elles parler? Quelle impression ces deux femmes vous donnent-elles? Ensuite, une présentation brève de l auteur en mentionnant qu il a écrit Thérèse Desqueyroux et qu un film a été tourné d après ce roman. Consigne 1: Thérèse est celle qui est assise tandis qu Anne est à ses genoux. (La petite s était mise à genoux, avait appuyé sa tête contre le flanc de Thérèse) Consigne 2 : Travail par couple. Il ne s agit pas de corriger les élèves en leur expliquant la vraie situation mais de faire travailler leur imagination et de les initier à utiliser le dictionnaire unilingue. Le flanc (m.) partie latérale du corps (de l homme et de certains animaux) Redresser remettre dans une position droite ou verticale. Remuer faire changer de position. Se mettre à prendre une position, un état, une apparence. 196 194 Toutlecine.com [enligne]. 2007 [consulté 2011-04-12]. THÉRÈSE DESQUEYROUX. Accessible sur WWW: <http://www.toutlecine.com/images/film/0008/00089799-therese-desqueyroux.html>. 195 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 72. 196 Le Robert Collège. Paris : MAURY, 1997. 1478 p. 47

Consigne 3 : Le plus-que-parfait. Explication de la création du plus-que-parfait. Ensuite, une correction de l exercice. Présent Plus-que-parfait Présent Plus-que-parfait Il arrive Il était arrivé Tu réfléchis Tu avais réfléchi Vous savez Vous aviez su Elles sont Elles avaient été Nous finissons Nous avions fini Il naît Il était né Ils ont Ils avaient eu Tu vois Tu avais vu Nous restons Nous étions restés Nous parlons Nous avions parlé Je chante J avais chanté Elle croit Elle avait cru 48

Fiche d élève Consigne 1: Voilà, le dialogue entre Thérèse et son amie Anne. Regardez attentivement l image proposé, puis lisez soigneusement le texte suivant et décidez qui des deux femmes est Thérèse et laquelle est Anne. Justifiez votre réponse. «Tu pleures, Thérèse? C est à cause de moi que tu pleures? Tu m aimes, toi.» La petite s était mise à genoux, avait appuyé sa tête contre le flanc de Thérèse et, soudain, s était redressée : «J ai senti sous mon front je ne sais quoi qui remue... Oui, depuis quelques jours, il bouge. Le petit? Oui : il est vivant déjà.» Consigne 2 : Travail avec voisin/voisine : Lisez l extrait encore une fois et discutez ensuite les questions posées. 1) D après vous quelle peut être la raison de la tristesse de Thérèse? 2) Comment l auteur nomme Anne, l amie de Thérèse? 3) Pourquoi Anne s est-elle redressée? 4) Qu est-ce que vous pensez de la relation de Thérèse et Anne? 49

Trouvez le vocabulaire inconnu dans un dictionnaire unilingue et créez des phrases en utilisant les mots appris. Consigne 3 : Lisez individuellement la phrase suivante et décidez de quel temps il s agit. Révisez son utilisation. La petite s était mise à genoux, avait appuyé sa tête contre le flanc de Thérèse et, soudain, s était redressée. Mettez les verbes au plus-que-parfait. Faites attention aux verbes auxiliaires. Présent Plus-que-parfait Présent Plus-que-parfait Il arrive Tu réfléchis Vous savez Elles sont Nous finissons Il naît Ils ont Tu vois Nous restons Nous parlons Je chante Elle croit 50

Fiche pédagogique 3 Fiche d enseignant Thème : La chasse à la palombe Objectifs pédagogiques : La compréhension écrite, l expression orale, le vocabulaire. Niveau : B2 Durée : 45 minutes Support, matériel : l extrait tiré du roman, 197 une image 198, un article 199, un exercice. Disposition de la classe : Travail individuel et par couples. Démarche : D abord, nous lisons ensemble avec les élèves la phrase proposée en les questionnant ce que la palombière signifie-t-elle? Ce que le mot leur rappelle? (La palombe = sorte de pigeon, régional Sud-ouest). Consigne 1: L espace pour l imagination des élèves. Discussion en couple. Après une présentation de leurs idées devant la classe. Consigne 2: Travail individuel, ensuite une correction collective. 1) Les chasseurs ont un grand nombre de techniques qu ils varient. Faux 2) Les oiseaux sont attrapés dans le filet. Vrai 3) Les palombières se trouvent souvent dans les bois de pins. Vrai 4) Les chasseurs se reposent dans le bois. Faux 5) Chaque cabane comporte quelques kilomètres de couloirs. Faux Consigne 3 : Les élèves cherchent individuellement des synonymes. immuable fixe, invariable, stable, constant capturer attraper, enfermer, s emparer installation (f.) construction (f.), équipement (m.), aménagement (m.) être caché être à l abri (m.), camouflé, masqué se déplacer - bouger, circuler, se mouvoir rendement (m.) efficacité (f.), rentabilité (f.), productivité (f.) 197 MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, p. 83. 198 TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-04-12]. LA PALOMBIERE ABANDONNÉE. Accessible sur WWW: <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/palombiere4.html>. 199 Palombe.com [enligne]. 2010 [consulté 2011-04-09]. Les palombières au sol... dites de type landais. Accessible sur WWW : <http://www.palombe.com/a/m_met03a.php>. 51

Fiche d élève Dans le roman, Thérèse rencontre Jean Azévédo dans la palombière : «Ma première rencontre avec Jean... Il faut que je me rappelle chaque circonstance : J avais choisi d aller à cette palombière abandonnée...» Consigne 1: Voilà, l image de la palombière. D après vous à quoi cet abri peut-il servir? Discutez avec votre voisin/voisine. Consigne 2: Lisez attentivement l article suivant et puis répondez Vrai/Faux: Les palombières au sol... dites de type landais Le principe de cette chasse est immuable : il s agit en manœuvrant des appeaux [..] d attirer les vols de passage pour les faire poser d abord sur les arbres de la palombière, et ensuite de faire descendre au sol les oiseaux pour les capturer vivants au filet. Le but est donc d imiter avec ces appeaux, qui sont des pigeons domestiques ou des palombes, des oiseaux en train de se poser, de se restaurer ou de se reposer dans le bois. On trouvera en général ces installations dans des bois à dominance de pins. Les chasseurs sont donc cachés dans une cabane d où ils manœuvrent des mécaniques. Cette cabane est au sol, d une taille plus ou moins importante et très bien camouflée. La taille de cette cabane et des installations associées est très variable et peut aller 52

d une dizaine d appeaux avec ou sans sol, à une cinquantaine d appeaux, plusieurs sols et quelques kilomètres de couloirs camouflés qui permettent aux chasseurs de se déplacer dans la forêt sans être vus. Mais les meilleurs rendements ne correspondent pas toujours aux installations les plus importantes... 1) Les chasseurs ont un grand nombre de techniques qu ils varient. Vrai / Faux 2) Les oiseaux sont attrapés dans le filet. Vrai / Faux 3) Les palombières se trouvent souvent dans les bois de pins. Vrai / Faux 4) Les chasseurs se reposent dans le bois. Vrai / Faux 5) Chaque cabane comporte quelques kilomètres de couloirs. Vrai / Faux Consigne 3 : Dites autrement les expressions du texte : immuable - capturer - installation (f.) - être caché - se déplacer - rendement (m.) - 53

Conclusion Ainsi, nous nous retrouvons à la fin de notre travail. Concluons alors ce que nous avons découvert. Ce mémoire nous donne les clés de lecture de roman Thérèse Desqueyroux. C est-à-dire, nous y avons repéré l analyse de la société de l époque de François Mauriac qui se reflétait dans Thérèse Desqueyroux. Nous avons dévoilé le mystère de la création mauracienne en ce qui concerne les noms des personnages et les désignations des lieux qui étaient conformes à ceux de la région natale de l auteur. Suite, une analyse détaillée de l œuvre. Nous avons compris que deux femmes avaient servi à l auteur en tant que l inspiration. De plus, nous avons confirmé la théorie d Afsoon Houshidari de l Université de Toronto que le récit panoramique renforçait l aspect psychologique du roman. En analysant les différents personnages, nous avons créé la base pour enfin procéder vers la personnalité d une héroïne isolée et ambigüe. Nous avons pénétré dans la relation entre Mauriac et Thérèse dont la force réside dans la pitié et non dans le jugement. Et dans le chapitre 3, nous avons proposé aux lecteurs une interprétation de quatre saisons et de quatre éléments (air, eau, feu, terre) dans l ensemble du texte. Egalement, vers la fin de notre travail nous avons découvert que malgré les tentatives de Mauriac, Thérèse ne s était pas convertie et en conséquence, elle ne croyait pas en Dieu. A la fin de la partie théorétique, nous nous sommes concentrés à la continuation de cette œuvre en mentionnant sa version mise à l écran et ses critiques. Nous avons ensuite proposé trois fiches pédagogiques concernantes le roman Thérèse Desqueyroux et son auteur François Mauriac. Au cours de tous ces chapitres nous avons cherché à répondre à notre question de l introduction. Reposons-la alors encore une fois : Thérèse Desqueyroux est-elle victime ou meurtrière? Après le chemin que nous avons parcouru dans ce travail, il est clair qu elle n est pas une vraie meurtrière. Néanmoins, elle n est pas un ange, non plus. L histoire de Thérèse Desqueyroux oblige à s abstraire pour pouvoir trouver que la question de la solitude, de l isolement, de l incapacité de communiquer, la question religieuse et également le problème de la culpabilité et du salut sont nettement plus importants que l action elle-même. Derrière ce portrait criminel réside la critique d une société hypocrite, d un milieu faux et prétentieux. 54

Comme l a exprimé André Gide dans un contexte analogue : «Familles! Je vous hais! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur.» 200 Mauriac soutient les mots de Gide dans l ensemble du texte. Son roman entier touche cette problématique et l enrichit par une sorte d étude psychologique de l âme de l héroïne. Thérèse est une femme compliquée mais non incompréhensible. Il faut seulement lire attentivement pour la comprendre. Dans ce travail nous avons tenté de faciliter cette lecture. 200 Proverbes et Citations [enligne]. 2001 [consulté 2011-04-06]. Gide, André. Accessible sur WWW : <http://www.proverbes-citations.com/gide.htm>. 55

Bibliographie/webographie Bibliographie : CALLET-BIANCO, Anne-Marie. Thérèse Desqueyroux, Mauriac : L'Œuvre au Clair. Paris : Bordas, 1992, 93 p. CASSEVILLE, Caroline; BAUDORRE, Philippe. Nouveaux Cahiers François Mauriac. No 16. Paris : Grasset, 2008. 236 p. CASSEVILLE, Caroline; BAUDORRE, Philippe. Nouveaux Cahiers François Mauriac. No 17. Paris : Grasset, 2009. 280 p. CORMEAU, Nelly. L'Art de François Mauriac. Paris : Grasset, 1951. 426 p. JACOB-CHAMPEAU, Marceline. Thérèse Desqueyroux : Mauriac. Clamecy : Editions Nathan, 2009, 126 p. Les conférences de Mme Caroline Casseville, Séminaire littéraire, 2 e semestre, 2010, DEFLE, l Université Bordeaux 3. LACOUTURE, Jean. François Mauriac. Paris : Editions du Seuil, 1980. 635 p. MAURIAC, François. La fin de la nuit. Paris : Bernard Grasset, 1971, 253 p. Le Robert Collège. Paris : MAURY, 1997. 1478 p. MAURIAC, François. Le Romancier et ses personnages. Paris : Editions R.-A. Corrêa, 1933, 222 p. MAURIAC, François. Thérèse Desqueyroux. Paris : Librairie générale française, 1989, 190 p. Géographie romanesque de Mauriac copie distribuée par Mme Casseville dans le séminaire littéraire, 2010, DEFLE, l Université Bordeaux 3. ŠRÁMEK, Jiří. Dějiny francouzské literatury v kostce. Olomouc : Votobia, 1997, 480 p. Articles : AUBRIANT, Michel. L'univers ouaté où les passions véhémentes chuchotent : Les nouveaux films. PARIS-PRESSE. 25/9/1962. 56

CHAPIER, Henry. Thérèse Desqueyroux de Georges Franju : Un film qui ne trahit pas le roman. Combat. 27/9/1962. CHAUVET, Louis. Thérèse Desqueyroux. Le Figaro. 24.9.1962. M., H. Thérèse Desqueyroux : un film respectueux. Démocratie 62. 4.10.1962. Le mérite de renvoyer au texte de Mauriac : Thérèse Desqueyroux. Le Nouveau Candide. 26/9/1962. SUFFRAN, Michel. François et Thérèse ou la combat dans le miroir. Sud Ouest. 1985, Spécial, p. 40-42. Webographie : AUGUSTIN, Jean-Marie. Historia : Genèse d'un fait divers médiatisé [enligne]. 2001 [consulté 2011-04-09]. XXe siècle : La séquestrée de Poitiers. Accessible sur WWW: <http://philippepoisson-hotmail.com.overblog.com/ext/http://www.historia.fr/content/recherche/article?id=8268>. Céline Bertrand, «L affaire des Chartrons : une «semi-empoisonneuse» bordelaise à la Belle Époque», Annales de Bretagne et des Pays de l Ouest [En ligne], 2009 [consulté 2011-03-11]. Accessible sur WWW : <http : //abpo.revues.org/157>. Centre François Mauriac [enligne]. 2006 [consulté 2011-04-06]. Bibliographie, Œuvres de François Mauriac. Accessible sur WWW: <http://malagar.aquitaine.fr/?bibliographie#romans>. CHITWOOD, Adam. Collider.com [enligne]. 13.11.2010 [consulté 2011-03-22]. First Promo Image and Official Synopsis for THERESE D Starring Audrey Tautou. Accessible sur WWW: <http://collider.com/therese-d-image-synopsis-audrey-tautou/60132/>. Commune de Préchac [enligne]. 2006 [consulté 2011-03-19]. Le château de la Trave. Accessible sur WWW: <http://www.prechac.fr/tourisme-et-loisirs/les-monuments/le-chateaude-la-trave/>. Česko-Slovenská filmová databáze [enligne]. 2001 [consulté 2011-04-06]. Tereza Desqueyrouxová. Accessible sur WWW: <http://www.csfd.cz/film/32040-terezadesqueyrouxova/>. Fluctuat.net [enligne]. 1978 [consulté 2011-04-09]. François Mauriac. Accessible sur WWW: <http://livres.fluctuat.net/francois-mauriac.html>. 57

HOUSHIDARI, Afsoon; TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [en ligne]. 2002 [consulté 2011-03-19]. Narration. Accessible sur WWW: <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/narration.html#pdevue>. Nobelprize.org [enligne]. 2011 [consulté 2011-04-09]. François Mauriac. Accessible sur WWW: <http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1952/mauriac-bio.html> L Académie française [en ligne]. 2010 [consulté 2011-03-11]. François MAURIAC (1885-1970). Accessible sur WWW: <http://www.academiefrancaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=562>. LEMPIERRE, J. The dictionary of all the principal names and terms [enligne]. New York : Collins and co., 1833 [consulté 2011-03-19]. History, p. 477. Accessible sur WWW: <http://books.google.cz/books?id=dt9waaaamaaj&pg=pa477&lpg=pa477&dq=history +Locusta+Rome&source=bl&ots=TRz1WqehKy&sig=AmC4Px7l56U_RDpUCJu0X7FCnx U&hl=cs&ei=QoeETdDpONDKtAbe7PisAw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=6 &ved=0ceqq6aewbq#v=onepage&q=history%20locusta%20rome&f=false>. Palombe.com [enligne]. 2010 [consulté 2011-04-09]. Les palombières au sol... dites de type landais. Accessible sur WWW: <http://www.palombe.com/a/m_met03a.php>. Proverbes et Citations [enligne]. 2001 [consulté 2011-04-06]. Gide, André. Accessible sur WWW: <http://www.proverbes-citations.com/gide.htm>. SEAILLES, André. Persée Revues scientifiques : Cahiers de l'association internationale des études françaises [online]. 1984 [consulté 2011-04-09]. Les techniques narratives dans le cycle de «Thérèse Desqueyroux». Dostupné z WWW: <http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1984_num_36_1_1920>. SUFFRAN, Michel. Centre François Mauriac de Malagar [enligne]. 1985 [consulté 2011-04-06]. François Mauriac 1885 1970. Accessible WWW: <http://malagar.aquitaine.fr/img/pdf/francois_mauriac_1885_v2x.pdf>. TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-04-12]. LA PALOMBIERE ABANDONNÉE. Accessible sur WWW: <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/palombiere4.html>. TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-03-19]. Le chemin de fer, aujourd hui... Accessible sur WWW: <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/cdf1.html>. 58

TROTT, David ; ROGER, Stéphane. Thérèse Desqueyroux de François Mauriac [enligne]. 2002 [consulté 2011-03-19]. Personnages (1). Accessible sur WWW: <http://www.erin.utoronto.ca/~w3fre240/therese/projet/personna.html>. Toutlecine.com [enligne]. 2007 [consulté 2011-04-12]. THÉRÈSE DESQUEYROUX. Accessible sur WWW: <http://www.toutlecine.com/images/film/0008/00089799-theresedesqueyroux.html>. 59

Résumé Práce pojednává o psychologickém románu významného francouzského spisovatele Françoise Mauriaca Thérèse Desqueyroux. Počátečním stimulem je otázka: Thérèse Desqueyroux vražedkyně nebo oběť? V závislosti na takto definovaném problému se práce věnuje nejdříve obecnému představení autora a jeho prostředí, které je důležitým faktorem v jeho literární tvorbě. Dále se zabývá identifikací zdrojů, sloužících jako inspirace pro napsání románu, a jeho stručným formálním rozborem. Hlavní úsek se poté zaměřuje na hrdinku samotnou a zkoumá ji z různých hledisek. Tento analytický oddíl je doplněn interpretací symbolů a skrytých významů. Závěrečná zmínka o filmové adaptaci ukončuje část teoretickou a otevírá část praktickou, kterou představují tři pedagogické listy. Ce mémoire porte sur le roman psychologique Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, un écrivant français important. La question : Thérèse Desqueyroux - meurtrière ou victime? nous sert comme le point du départ. En conséquence, le mémoire présente la vie de l auteur et l époque qui se reflète dans sa création. Ensuite, après avoir mentionné les sources d inspiration, une brève étude formelle du roman suit. Le part majeur est consacré à l héroïne elle-même, en l analysant de différents points de vu. Cette section analytique est complétée par une interprétation des symboles et de sens cachés. Une mention finale de l adaptation cinématographique achève la partie théorétique et ouvre la partie pratique représentée par trois fiches pédagogiques. 60

Annexes 1. Premier photo du film Thérèse D. : 2. François Mauriac avec ses enfants et sa femme : 61

3. Carte N o 1 : 4. Carte N o 2 : 5. Les panneaux de signalisation routière : 62