1 A - «Le nombre dans l art» (L œuvre d art et sa composition) 1) Ma fin est mon commencement, (v.1370) de Guillaume de Machaut Cette pièce, "Ma fin est mon commencement", est devenue spécialement célèbre comme exercice d'écriture rhétorique et mathématique. Il s'agit d'un «canon à l'écrevisse» qui, comme son titre l'indique, fait se répondre trois voix dont l'une reproduit l'autre, lue de la dernière à la première note, comme dans un miroir. La fin du Triplum est le début du Cantus, et inversement. Le Tenor se reproduit à lui tout seul. On est donc en présence ici d'une oeuvre réversible... Pour comprendre, observez le début de cette pièce et comparez avec sa fin en inversant le sens de lecture : ( ) Cette pièce est un palindrome musical, tout comme cette phrase : "Esope reste ici et se repose". La version entendue est ici instrumentale (deux cornets à bouquin et un cromorne) mais était initialement prévue pour trois chanteurs. On retrouve d'ailleurs sur le parchemin original le texte livrant la clef du rébus : «Ma fin est mon commencement, et mon commencement ma fin. Et teneure vraiment se rétrograde ainsi.» Les paroles chantées sont donc le manuel d'instruction... Cette pièce a fasciné les compositeurs de musique contemporaine, qui y trouvaient une sorte de modèle dans le passé, légitimant leurs propres recherches abstraites et mathématiques.
2 Le texte Ma fin est mon commencement Et mon commencement ma fin Est teneure vraiement Ma fin est mon commencement. Mes tiers chans trois fois seulement Se retrograde et einsi fin. Ma fin est mon commencement Et mon commencement ma fin. Le compositeur Guillaume de Machaut est un compositeur français de la fin du Moyen Âge (né à Reims autour de 1300 et mort en 1377). Par leurs recherches, les compositeurs de cette période se réclamaient de l'ars Nova (Art nouveau) en réaction à l'ars Antiqua (Art ancien). On est pourtant en plein Moyen Âge! Le manuscrit Un manuscrit (du latin «manu scriptus») est un texte écrit à la main sur un support souple (peau ou papier). Ce rondeau "Ma fin est mon commencement" est considéré comme le premier canon énigmatique de l Histoire de la Musique. En effet, comme le montre le manuscrit ci-après, la pièce est entièrement basée sur deux mélodies et non sur trois, comme dans la partition moderne. Les interprètes de l'époque devaient donc résoudre l'énigme pour pouvoir interpréter la pièce...
3 A gauche se trouve le manuscrit original sans indication, et à droite avec anotations des voix et du sens de lecture. Le Triplum et le Cantus lisent tous deux la partition du haut, mais en partant à l inverse. Le Tenor (Contratenor) a sa partition en dessous et, arrivé à la double barre, repart dans l autre sens. Vous remarquerez que Guillaume de Machaut a écrit le texte sous la musique à l envers afin de guider le lecteur dans cette énigme. La lettrine «M», remise ci-dessous à l endroit, marque le commencement du texte «Ma fin».
4 La forme C'est un rondeau à trois voix (Triplum, Cantus, Tenor) de forme A B a A a b A B - changement de lettre pour changement de musique - changement de graphie pour changement de texte Ma fin est mon commencement A Et mon commencement ma fin B Et teneure vraiement a Ma fin est mon commencement. A Mes tiers chans trois fois seulement a Se retrograde et einsi fin. b Ma fin est mon commencement A Et mon commencement ma fin. B Le sens spirituel de cette pièce Par le premier vers, on annonce le dilemme temporel de l homme : le commencement d une vie humaine est déjà un acheminement vers la fin de cette vie. Par le dernier vers, on constate le paradoxe spirituel de l homme : la fin de la vie terrestre marque le vrai commencement, celui d'une vie après la mort. Le texte est donc à double sens : il porte un message spirituel, mais aussi une aide à la compréhension formelle et à la réalisation. La partition complète en transcription moderne
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