LES TRES RICHES HEURES DU DUC DE BERRY.



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Transcription:

Estelle Perrin est professeur d histoire géographie au collège Leclerc de Schiltigheim. Elle intervient dans le cadre de la formation continue dans l Académie de Strasbourg. LES TRES RICHES HEURES DU DUC DE BERRY. Traiter le thème «Paysans et Seigneurs» par l histoire des Arts. L enseignement de l Histoire des Arts actif depuis la rentrée 2009 et défini dans le Bulletin officiel du 28 août 2008 a pour but la découverte des œuvres de référence de différentes époques et domaines artistiques, de donner la capacité de poser sur ces œuvres un regard plus averti et sensible, d acquérir une culture. Notre discipline n a bien sûr pas attendu ces nouvelles orientations pour remplir ces objectifs. Notre pratique pédagogique au quotidien est étroitement liée à l étude d œuvres d art ou d œuvres littéraires, objets, images et textes du patrimoine dont nous pourrions tirer des anciens programmes une liste assez fournie. C est donc logiquement que le professeur d Histoire- Géographie se saisit de cet enseignement nouveau par sa forme pluridisciplinaire et par le regard sensible qu il oblige à poser sur les œuvres. Forts des savoirs et savoir- faire propres à notre discipline, nous sommes un pilier majeur de ce nouvel enseignement. Les Très Riches Heures du Duc de Berry Œuvre très connue du gothique international, «manuscrit le plus somptueusement enluminé» de cet Occident médiéval qui «s ouvre aux images», les Très Riches Heures du duc de Berry est un manuscrit composé de 206 feuillets de vélin dont les premiers sont un calendrier. Chaque mois comporte deux pages : le calendrier et la miniature du mois surmontée d une demi- circonférence représentant le temps. Il s agit d un livre d Heures, un recueil de prières pour les laïcs qui devaient réciter à des heures précises les sept heures canoniales telles que matines, vêpres, etc. A la fin du Moyen Âge, le livre d Heures connaît un grand succès dans les milieux aristocratiques et bourgeois par la montée d une dévotion individuelle et par souci de représentation, de nombreux mécènes à l instar du duc de Berry cherchant à marquer leur réussite sociale par la commande de manuscrits luxueux destinés plus à être exposés et feuilletés qu à être transportés pour des pratiques dévotionnelles. Jean de Berry (1340-1416) détenait dans sa «librairie» plus de 150 manuscrits : plus de la moitié était des livres religieux dont 15 livres d Heures. Contemporain et acteur de la guerre de Cent ans, le duc, fils du roi Jean II le Bon, frère de Charles V et oncle de Charles VI, appartient à la haute aristocratie. Le prince vit dans un monde cultivé, le luxe et la sphère politique dominante. Il mourra sans avoir vu le manuscrit achevé. Les Très Riches Heures sont en effet un long chantier qui court de 1410 à 1489 et est le fruit du travail de plusieurs enlumineurs. L œuvre est commandée par Jean de Berry aux frères de Limbourg, Pol, Jean et Hermann, attachés au début du XV siècle à la cour du duc de Bourgogne comme enlumineurs. Ils commencent l exécution en 1411 et réalisent 35 grandes miniatures dont 4 du calendrier (Janvier, avril, mai et août). A leur mort en 1416, un artiste attaché à la cour de Charles VII aurait pris la relève et peint les autres mois dont ceux des travaux des paysans (juin, juillet), le travail de cet enlumineur constitue d ailleurs une rupture par le regard quasi respectueux porté aux paysans alors que la littérature ou d autres représentations les ont méprisés, par le thème profane du paysage et des travaux agricoles. D autres feuillets moins lumineux où les paysans apparaissent plus frustres et brutaux sont l œuvre de Jean Colombe. 1/7

L Histoire des Arts dans la mise en œuvre d un cours d Histoire Si le choix des œuvres, voire des thèmes de l enseignement de l Histoire des Arts, est le fruit d une réflexion collective entre plusieurs disciplines afin de définir les cadres, nous retrouvons notre liberté pédagogique lors de la construction de nos séquences pédagogiques, notre objectif étant que cet enseignement qui par définition s intègre dans nos programmes par la périodisation, nous permette de poser des compétences propres à notre discipline tout en ouvrant le champ d étude aux autres savoirs de la culture humaniste. Le choix de la miniature du mois de juillet extraite des Très Riches Heures du duc de Berry a été déterminé par le potentiel qu elle présente à faire travailler à la fois les connaissances et les capacités dictées par nos programmes d Histoire et celles inscrites dans le programme d Histoire des Arts. Pour cette dernière, l étude peut s inscrire dans plusieurs thématiques : «Arts, Etats et pouvoir» (aborder, dans une perspective politique et sociale, le rapport que les œuvres d art entretiennent avec le pouvoir politique ou économique), «Arts, techniques, expressions» (œuvres d art comme support de connaissance, d invention, d expression) et «arts, mythes et religions» (aborder les rapports entre art et sacré, art et religion, art et spiritualité). Pour cette séquence, il s agit de montrer : - Ce qu est une œuvre d art, en tant que savoir faire au Moyen Âge, - En quoi elle est une représentation de la vision d une société, d une catégorie sociale. Il s agira aussi : - De contribuer à donner des clés pour analyser les techniques, usages et signification d une œuvre, - De travailler les compétences 5 du Socle commun liées à la culture humaniste avec une démarche claire d acquisition d une méthodologie de lecture, de description d une image par un vocabulaire précis et approprié, - De répondre aux objectifs du programme d histoire concernant les démarches, les connaissances et capacités du chapitre «Paysans et seigneurs» (Partie II, thème 1 du programme d Histoire) Sur le plan pédagogique, l œuvre d art est utilisée comme document d accroche pour construire la problématique du chapitre d Histoire : «Paysans et seigneurs». Elle s appuie majoritairement sur les documents du manuel des élèves (Belin) et la démarche se veut simple mais progressive et méthodique. Exemple d une séquence réalisée en 5 : Introduction au chapitre «Paysans et seigneurs» dans l Occident féodal des XI - XV siècles. Poser le cadre spatial et temporel : réactiver les compétences La démarche permet de réutiliser les connaissances de l élève acquises précédemment, de vérifier ces acquis ou compétences en demandant une présentation du document. Si le titre ne présente pas de difficultés puisqu il est lisible dans leur manuel (Belin, page 28), la localisation spatiale nécessite l utilisation d une carte. Les SIG tels que Géoportail voire Google Earth permettent de localiser à la fois Poitiers dont l enluminure présente une image d un château aujourd hui disparu et Chantilly, lieu de conservation de l œuvre. La mise en perspective de cette recherche avec la carte de l Occident au XIII siècle permettra de poser le contexte spatial de l œuvre et un vocabulaire précis, à savoir une œuvre réalisée dans le Royaume de France dans le monde Chrétien d Occident. La compétence «Situer dans le temps» - compétence 5 du Socle commun - s appuie sur une réactivation des savoirs de 6 et des chapitres de 5 vus précédemment. S appuyant sur une erreur du manuel quant à la datation, il est intéressant de laisser les 2/7

élèves la découvrir en confrontant l information donnée par le manuel et celle écrite sur le polycopié (Fig.) fourni par le professeur et de profiter de cette étourderie pour expliquer l importance des sources et leur fiabilité. Ils ne manqueront pas de vous demander d où vous tirez alors vos propres sources! Pour les classes où les difficultés d acquisition sont sensibles, le recours à une frise des époques historiques sera nécessaire pour nommer le repère «Moyen Âge». Les informations relevées sont notées sur le document polycopié fourni au fur et à mesure du déroulement du cours. Entrer dans l enseignement de l Histoire des Arts La démarche suivie se veut classique tout en axant sur les savoirs de l Histoire des Arts. Les élèves, par un travail autonome, vont relever la nature, les techniques utilisées, les auteurs et le destinataire de cette miniature du mois de juillet grâce à un dossier sur les enluminures proposé par le manuel. (Page 55 : vocabulaire propre aux manuscrits enluminés, présentation des techniques médiévales et surtout petit encart sur les frères Limbourg et les Très Riches Heures du duc de Berry. Tous les manuels n offrent pas le corpus documentaire nécessaire). La correction du travail est l occasion d apporter un vocabulaire précis et des connaissances adaptées sur : - la nature de l œuvre: enluminure, miniature, livre de prière, les «Heures» - les techniques de réalisation : manuscrit, parchemin, vélin, couleurs, pigment - le savoir faire de l artisan enlumineur du XV - le destinataire aristocrate influent, frère et oncle de roi. Une mise en perspective grâce au site www.enluminures.culture.fr (menu : visites virtuelles, Très riches heures de champagne, menu film) permettra de vérifier la compréhension des savoirs apportés et d élargir le regard sur l enluminure au XV siècle, ses formes, ses supports, ses acteurs et ses usages. Ainsi le récit oral conduit par le professeur raconte et met en appétit par l analyse approfondie des techniques et usages de l enluminure au Moyen Âge, il vise à montrer que les Très Riches Heures du duc de Berry sont plus qu un objet pour pieuses occupations et que «si on regarde de plus près [ ] on s avise que la personne glorifiée par ce livre n est pas le Seigneur : c est le L enluminure, du sacré au profane? Toute représentation au Moyen Âge est attachée à un lieu ou à un objet ayant une fonction le plus souvent liturgique, les images permettent, comme objet pédagogique, aux illettrés de comprendre les Ecritures, l histoire sainte, «comme un substitut du texte sacré». «Instruire, remémorer, émouvoir : telle est la triade des justifications de l image que les clercs reprennent tout au long du Moyen Âge» (Jérome Baschet). Les supports d images évoluent au cours de cette époque notamment avec le développement du monachisme : à l époque carolingienne, l enluminure orne les manuscrits religieux puis à partir du X ce sont les statues, les reliquaires qui deviennent objets de culte et emblèmes des monastères, la statuaire monumentale (chapiteaux, tympans sculptés vers 1100, vitraux gothiques..), les retables à partir du XIII, polyptiques au XIV qui permettent au religieux d imprégner sa représentation du monde. Ainsi, dans le contexte d un monde dominé par l Eglise, l importance des œuvres profanes à la fin du Moyen Âge pourrait constituer une rupture. Dans les faits, si les enluminures entrent dans la sphère laïque, commandées et conservées par des laïcs, leurs thèmes et fonction restent religieux. Le Livre d Heures au XV e a rencontré un fort engouement auprès des aristocrates et bourgeois enrichis en étant un support de piété, un guide des prières à réciter. La multiplication des images de piété dans la sphère privée conforte le pouvoir spirituel de l Eglise. Elle témoigne cependant d une rupture dans la montée de l individualisme : l enluminure n est plus seulement dans les livres des clercs, la foi n est plus seulement tributaire des «encadrants» ecclésiastiques. De plus les enluminures témoignent au XV de l affirmation de nouveaux pouvoirs dans la société transformée par les élites de l expansion de l Occident et du renforcement de l Etat. A la fin du Moyen Âge, les commanditaires laïques d enluminures sont de plus en plus nombreux (rois, princes, bourgeois ) et les créateurs ne sont plus les moines mais des artisans des ateliers urbains proches des nouveaux lieux de pouvoir. La nouvelle élite qui se veut volontiers mécène peut trouver dans l œuvre d art le reflet de sa réussite sociale et de son opulence économique. 3/7

duc» (Edmond Pognon). Toute l analyse conduit en effet à faire poser par l élève un regard critique sur l objet de l enseignement et ici objet d art : le manuscrit des Très Riches Heures est pour le destinataire «un inventaire de son domaine, démonstratif de sa puissance» (Jérôme Baschet). Par cette analyse des techniques et usages l élève s interroge sur les significations d une œuvre d art. Elle est chargée d un sens mystique mais surtout d un sens politique et social, l image au XV est porteuse de messages émis, reçus, interprétés au XV comme aujourd hui. Cette étude permet d éduquer le regard et de poser une définition de l œuvre d art au Moyen- âge. L enluminure est un objet d art, fruit du travail d artisans maitres de savoir faire. Elle est réservée à une minorité de personnes, une élite religieuse puis aristocratique et bourgeoise à la fin du Moyen Âge. L ensemble du travail est encadré d une couleur choisie en début d année pour l enseignement Histoire des Arts et estampillé «HIDA». Plus l organisation des connaissances sera claire, lisible dans son cahier, plus l élève aura les moyens de se les approprier et plus le professeur pourra faire vivre cet enseignement. Eduquer le regard et problématiser le chapitre Le but est de problématiser le chapitre «Paysans et seigneurs» grâce à l œuvre d art choisie. Le deuxième temps du travail avec les élèves s ouvre donc par l étude du sujet et des éléments composant l image selon une démarche pédagogique familière (voir Fig.) : - Séparer les différents plans de l image - Décrire et nommer les éléments constitutifs de chaque plan. Poser un vocabulaire simple mais approprié (moisson, faucille, pont levis ) - Nommer les différents espaces et montrer la relation entre les hommes sur un même territoire. L enluminure, techniques et couleurs au Moyen- âge L enluminure, du latin illuminare «mettre en lumière», «éclairer», regroupe 3 catégories : les lettrines, les premières lettres d un texte décorées, les rinceaux, des ornements faits d éléments végétaux enroulés et les miniatures, des scènes figurées peintes illustrant un texte dont le nom provient non pas de leur taille mais du nom latin miniare qui signifie enduire de minium, pigment d oxyde de plomb rouge utilisé abondamment dans les manuscrits pour écrire. Peintures délicates, fines et de petites tailles, les miniatures nécessitent le travail minutieux du moine ou de l artisan qui peut avoir recours à une loupe pour réaliser sa production. L artisan doit préparer ses couleurs issues des pigments naturels, minéraux, végétaux et animaux, en broyant les roches, écrasant les plantes, faisant subir des altérations chimiques naturelles telles que l oxydation. Associé à un liant naturel (détrempe d œuf, gomme arabique) le pigment forme le matériau, la peinture qui sera appliquée au pinceau fin. La teinte ne s obtient pas comme aujourd hui par mélange des primaires mais par les pigments issus de la nature et c est par une superposition de couches plus ou moins fines et plus ou moins transparentes que l artisan obtient des nuances de teinte. Le mélange de couleurs était interdit dans le Moyen Âge chrétien. Mais cet interdit touchait néanmoins peu les enlumineurs et les peintres ont pu transgresser la règle. Par contre les teinturiers durent attendre la Renaissance pour pratiquer la synthèse rouge- bleu dans leurs cuves par exemple. Exemple de couleurs obtenues avec des pigments naturels : VERT : pigments de fleur d Iris écrasée ou de plante comme le plantain, de baies de nerprun concassées puis fermentées, pigments de roche (malachite), pigment issu de l oxydation du cuivre (le vert de gris) ROUGE : pigment de garance, issu de la racine de la plante, ou de la pourpre de murex (escargot marin) BLEU : pigment indigotine extrait de la guède, ou pigment de lapis- lazuli d un bleu profond obtenu par pilage de la pierre semi précieuse d origine afghane au Moyen Âge presque plus chère que l or. BLANC : pigment de blanc de plomb après oxydation associé à la craie. JAUNE : orpiment, ocres NOIR : noir d os calciné, noir de charbon de bois Et bien d autres tels que les ors et argents 4/7

Fig. : Les Très Riches Heures du duc de Berry, feuillet du mois de juillet, 1411-1489. Territoire Travail simple et technique qui permet de poser des mots et des questions sur le cadre et mode de vie des deux grands acteurs du village féodal que sont les paysans et les seigneurs et sur le dominium (relation de dépendance entre un seigneur et les vilains). Le retour à l étude sensible de l œuvre permet d approfondir l enseignement de l Histoire des Arts mais aussi d enrichir notre questionnement. Comment l enlumineur met- il en valeur les éléments et quelle vision de la société, des comportements, des occupations, des modes de vie et relations entre ses membres offre- t- il à notre regard? Que raconte l enlumineur ou que veut «dire» la miniature? Telles sont les questions auxquelles nous devons amener les élèves, nous appuyant sur leur sensibilité et encadrant l activité par nos réponses et suggestions. Quelques pistes : - le château est mis en avant par ses couleurs, le toit bleu ardoise éclatant, l enceinte blanche, sa position au creux d une composition triangulaire au sein d un paysage montagnard conventionnel, ses dimensions (presque ½ de la surface de l enluminure) le château domine le territoire - la terre et la nature tiennent une place particulière, l enlumineur forçant le détail par un travail minutieux et fin. Il pose la vision d un territoire bucolique et prospère avec ses cygnes, ses prairies verdoyantes, ses blés fournis et fleuris de coquelicots et bleuets. le territoire est fertile grâce au travail des hommes 5/7

- l ensemble dégage une impression de calme, le château semble vidé de ses occupants et déchargé de son rôle militaire. D autant plus que l architecture gothique mise en avant l orne d une dimension plus résidentielle. La nature est docile, mise en valeur par des hommes maîtres des techniques agraires tant leurs gestes sont sûrs. La paix règne donc, les vilains peuvent exercer leurs travaux des champs à l abri, protégés par le seigneur et son château. des rôles partagés, une vie idyllique : la société idéale Une confrontation de cette vision avec une frise chronologique des évènements et dates clés de cette fin du Moyen Âge (Belin, page 29) permet de replacer l œuvre dans son contexte historique, de rompre le charme et d aider à la construction de leur sens critique. Les mots «guerre de Cent Ans», «peste noire» et «famine» se dressent en contradicteurs de l image et introduisent deux postulats : L œuvre d art au Moyen Âge est un point de vue («propagande» aristocratique et cosmologie religieuse). La confrontation des sources est essentielle au travail de l historien. Cette démarche permet de poser en trace écrite la problématique du chapitre : Si l enluminure du xv siècle est un point de vue, peut- elle être un témoignage réaliste des liens entre paysans et seigneurs et de leurs modes de vie en Occident médiéval? Proposition pour évaluer les connaissances et compétences acquises lors de cette séquence : Les élèves ont été évalué à la fin du chapitre «Paysans et seigneurs» par le contrôle classique composé de 2 documents : une autre miniature des Très Riches Heures du duc de Berry, le mois de mars, mise en perspective avec un extrait d un censier du XI siècle, d un questionnement et d une synthèse guidée sous forme de récit. Une partie des questions a fait l objet d une note spécifique Histoire des Arts qui vient s ajouter à celles de mes collègues d Arts plastiques ou de Lettres. Peut- on parler d artistes au Moyen Âge? Le mot «artiste» n apparaît qu au XVIII siècle, il n a pris le sens qu il a aujourd hui que dans l édition de l Académie de 1762 Avant, il est l artifex, l artisan. Dans l Occident médiéval, la production d une œuvre s effectue dans un atelier où travaillent des équipes polyvalentes : peintres de lettres, vignetteur qui peint les rinceaux de feuilles de vigne et d acanthe et historieur qui peint l image appelée «histoire» répondant à des commandes de divers milieux influents et riches : clercs, rois, aristocrates, riches bourgeois. Il en va de même dans d autres espaces et à différentes époques tels que l Egypte des pharaons, la ville de Sienne au XV ou l empire Ottoman du XVI. L œuvre est le fruit d un travail d un ou plusieurs artisans associés, souvent un maître et quelques collaborateurs qui maîtrisent un savoir- faire, des techniques dans le respect des règles strictes de leur corporation ou guilde. L «artiste» est donc un chef d atelier, il reçoit le commanditaire, fournit les modèles ou épreuves, supervise le travail, y participe aux côté des autres artisans de son atelier. Le métier se transmet le plus souvent de père en fils et leurs conditions de vie sont médiocres pour la plupart, certains y échappant par le mécénat des princes. Ainsi l art au Moyen Âge est un métier qui s apprend dans un atelier familial. La rupture s opère à la Renaissance par l émancipation et la volonté de reconnaissance des «artistes» dont le florentin Giotto peut être considéré comme le premier d une longue lignée. Par le questionnement de la miniature, il s agissait de vérifier : 1) Le vocabulaire et la compréhension des notions d usage : enluminure, calendrier, manuscrit en posant la question de la nature de l œuvre, du destinataire et de ce qu il fait de l objet. 2) La connaissance des techniques en posant la question des savoir- faire et matériaux nécessaires à sa réalisation 3) La compréhension de l œuvre en tant que point de vue en posant des questions sur les composants de l image et la possibilité pour l historien d en faire sa source principale. 6/7

Conclusion La séquence proposée ici et expérimentée en classe autour de la miniature de juillet des Très Riches Heures du duc de Berry est sans prétention, elle aurait pu être plus ambitieuse avec une étude de tout le calendrier, voire même du manuscrit et aurait pu servir à introduire tout le thème «L Occident au Moyen Âge» tant il peut faire le lien entre tous les acteurs de cet espace féodal (Eglise, seigneurs, paysans, artisans, bourgeois). L étude s est voulue, pour correspondre au mieux au profil de la classe plus humble mais pas moins approfondie. Elle a pour premiers objectifs d enseigner l Histoire des Arts, c est à dire montrer les liens indissociables entre nos disciplines au collège, de susciter la curiosité des élèves, l acquisition des connaissances et des savoir- faire, de nourrir leur réflexion et d éduquer à la notion de point de vue, à l esprit critique et l ouverture. L Histoire des Arts participe ainsi pleinement à la culture humaniste, connaissances, repères, capacités, aptitudes et attitudes éduquent le citoyen en devenir. E.P Pour aller plus loin Bibliographie indicative : - Jérôme BASCHET, La civilisation féodale, de l an mille à la colonisation de l Amérique, Flammarion, «Champs», 3 édition et mise à jour, 2006. - Edmond POGNON, Les Très Riches Heures du duc de Berry, manuscrit enluminé du XV siècle, Minerva, 2001. - Jean DUFOURNET, Les Très Riches Heures du duc de Berry, Bibliothèque de l Image, 2001. - Pascale CHARON et Jean Marie GUILLOUET (sous la direction de), Dictionnaire d histoire de l art du Moyen Âge occidental, Robert Laffont, 2009. - Maryvonne CASSAN (sous la direction de), Histoire des arts avec le Louvre, Hatier, 2010. - Marie- Thérèse GOUSSET, Enluminures médiévales : Mémoires et merveilles de la Bibliothèque nationale de France, BNF, 2005. - Arkéojunior n 134, les couleurs au Moyen- âge, Octobre 2006 (pour les élèves). Sitographie indicative : - Programme : eduscol.education.fr www.education.gouv.fr : Bulletin officiel n 32 du 28 août 2008 sur l organisation de l enseignement de l Histoire des Arts. - Site sur les Très Riches Heures : http://crdp.ac- amiens.fr/chantilly/pdf/richesheures.pdf : étude du mois de mars du calendrier des Très Riches Heures. http://www.institut- de- france.fr/animations/berry/berry.swf : une animation très riche sur le manuscrit. - Site sur les enluminures en général : http://www.enluminures.culture.fr : site incontournable pour la période médiévale où il est possible de consulter des milliers de reproduction numériques des enluminures conservées dans les bibliothèques municipales. - A propos de la couleur : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doschim/accueil.html : dossiers scientifiques du CNRS sur les couleurs et pigments. http://www.curiosphere.tv/rdv_science/dossier3_couleurs/dossier_edito.htm : dossier sur la couleur. http://couleurminerale.u- strasbg.fr/ : informations sur les pigments dans l art. 7/7