_Ëapogée de la monarchie absolue : Louis XIV Un monarque absolu de droit divin Le Sacre de Louis XIV à Reims, le 7 juillet 1654. Tapisserie, réalisée dans l atelier de Jean Mozin, d après un dessin de Charles Le Brun, XVII e siècle. Château de Versailles. Le 14 mai 1643, Louis XIII* meurt. Son fils aîné, jusqu alors dauphin, devient le roi Louis XIV, conformément aux lois qui régissent la succession au trône de France. Comme il est âgé de moins de cinq ans, la régence* est confiée à sa mère, Anne d Autriche*. Le cardinal Mazarin*, Premier ministre de la régente et parrain du roi, est chargé de l éducation de Louis XIV. Il est en effet de la plus haute importance pour le royaume de préparer le jeune roi aux responsabilités qui l attendent. En 1651, Louis XIV atteint l âge de la majorité, fixé à treize ans pour les rois. Le 7 juin 1654, il est sacré à Reims. Cette cérémonie religieuse a pour but de transmettre au roi la puissance de Dieu. Au cours du sacre, le roi reçoit les insignes royaux qui symbolisent ses différents pouvoirs. La couronne La couronne symbolise la souveraineté du roi. Alors que certains princes dépendent d un monarque plus puissant qu eux, le «souverain» tient son pouvoir de Dieu et de son épée. Il n a de compte à rendre qu à Dieu et porte le titre de «Majesté». Le sceptre Bâton de commandement, le sceptre représente l autorité suprême confiée par Dieu au roi afin qu il agisse pour le bien de ses sujets. Cette autorité se manifeste au travers des droits que donne la souveraineté*. Appelés droits régaliens, ils sont au nombre d une vingtaine parmi lesquels : - faire, interpréter et changer les lois - battre monnaie* - déclarer la guerre et conclure la paix 1
- nommer les principaux officiers* et magistrats* du royaume - convoquer des assemblées, par exemple les États généraux* - décider qui doit payer l impôt - changer le statut des personnes en les anoblissant* - accorder des privilèges La main de justice La main montre que le roi a le pouvoir de faire les lois et d exercer la justice (pouvoirs législatif et judiciaire). L adage* «que veut le roi, si veut la loi» est la base du droit français jusqu à la Révolution de 1789. Cependant, les procès étant trop nombreux pour que le roi puisse s occuper personnellement de tous, il délègue le soin de rendre la justice à des magistrats. Le roi demeure néanmoins le juge Les insignes de la royauté. suprême du royaume et le dernier recours du peuple contre les injustices. Ses décisions équivalent à des verdicts* : il lui suffit de donner un ordre pour exiler, emprisonner ou au contraire gracier* une personne. Tous ses sujets ont la possibilité de lui remettre un placet* pour lui demander justice ou une faveur. Les limites du pouvoir royal Pour les contemporains de Louis XIV, et en particulier pour Bossuet*, l origine divine* de la puissance du roi justifie qu il ait un pouvoir absolu, c est-à-dire sans limites. Cependant, si le roi réunit entre ses mains tous les pouvoirs, il a aussi des devoirs. Il doit être catholique et respecter les serments qu il prête le jour de son sacre : défendre l Église et assurer justice et protection à son peuple. Premier serviteur de l État, il est également tenu de se plier aux lois fondamentales du royaume*. Elles lui interdisent notamment de choisir à qui doit revenir la couronne ou de céder le domaine royal. Enfin, détenant son pouvoir de Dieu, il doit respecter ses commandements et en particulier faire preuve de bonté et de miséricorde*. Entre le règne de Louis XIV et la Révolution de 1789, la monarchie française ne connaît pas de changements majeurs. Les rois qui succèdent à Louis XIV (Louis XV* et Louis XVI*) sont aussi des monarques absolus de droit divin. Cependant, c est Louis XIV qui, par ses efforts constants pour imposer définitivement l autorité royale, pour exercer personnellement son pouvoir et pour organiser le culte de la personne royale, incarne le mieux l idée de monarque absolu de droit divin. 2
Le renforcement de l autorité royale Louis XIV tenant les sceaux en tant que chancelier en 1672. Peinture, École française, XVII e siècle. Château de Versailles. Le roi gouverne par lui-même À la mort de Mazarin en 1661, Louis XIV décide de ne pas choisir de Premier ministre et d exercer lui-même le pouvoir. Monarque de par la volonté de Dieu, il estime qu il doit gouverner en personne. Lui seul, pense-t-il, est à même de prendre les meilleures décisions pour le royaume. Pour cela, il a besoin d être tenu informé des affaires de l État par des personnes qualifiées. La Fronde* lui a appris pendant son enfance que les grands seigneurs pouvaient constituer une menace pour le pouvoir royal. Il choisit donc ses ministres parmi la bourgeoisie. Il peut ainsi compter sur la fidélité d hommes compétents qui lui doivent tout. Ayant une haute idée de son métier de roi, il se fixe un emploi du temps qui accorde une grande place au travail. Chaque jour, il préside le Conseil du roi* et étudie des dossiers avec ses ministres. La régularité de son travail et son application à connaître par lui-même les rouages* de son administration font l admiration de ses sujets. En 1672, il décide par exemple d assurer en personne les fonctions de chancelier*, cette charge étant inoccupée après le décès de son titulaire. L organisation du gouvernement Afin de renforcer l autorité royale, Louis XIV réorganise le gouvernement, met en place une administration centralisée et limite le pouvoir des Parlements. 3
Le roi Le roi nomme les grands serviteurs de l État, notamment les ministres et les intendants. Il préside les principales séances de son Conseil, au cours desquelles il fait connaître ses volontés. Il écoute les rapports détaillés que lui font ses ministres, mais c est lui qui décide en dernier recours. Le Conseil du roi Le Conseil du roi aide le souverain à gouverner et transmet ses ordres aux ministres, aux Parlements et aux intendants. Divisé en plusieurs Conseils spécialisés, sa structure varie beaucoup jusqu au milieu du XVII e siècle. Dès le début de son règne, Louis XIV entreprend de rendre le Conseil du roi plus efficace : il restreint le nombre des personnes admises à y siéger et le réorganise en quatre Conseils principaux, qu il préside en personne. Enfin stabilisé, le Conseil du roi subit peu de changements jusqu à la Révolution française. Le Conseil d En-Haut ou Conseil d État Ce Conseil traite les plus grandes affaires de l État (affaires de politique intérieure et extérieure, comme la guerre et la paix). Afin de renforcer l autorité royale, Louis XIV écarte de ce Conseil ceux qui peuvent y prétendre en raison de leur naissance, de leur titre ou de leur fonction (la reine mère, les princes du sang*, le chancelier ) et n y admet qu un nombre très restreint de ministres (trois à cinq), appelés ministres d État. Il permet cependant au dauphin*, en 1692, puis au duc de Bourgogne*, en 1702, d y prendre part afin de les préparer à l exercice du pouvoir. Les séances du Conseil d En-Haut ont lieu le dimanche, le mercredi et le jeudi de chaque semaine et plus fréquemment si les circonstances le rendent nécessaire. Le Conseil des Dépêches Ce Conseil est chargé de la correspondance avec les intendants des provinces. Présidé par le roi, il comprend notamment le chancelier, le contrôleur général des finances ainsi que des ministres et des secrétaires d État. Le roi y admet aussi son frère Philippe d Orléans*, puis le dauphin et ses fils, qui commencent dans ce Conseil leur éducation politique. Au début du règne de Louis XIV, les séances du Conseil des Dépêches se tiennent deux fois par semaine, mais comme toutes les questions d importance reviennent au Conseil d En-Haut, ses séances s espacent avec le temps. 4
Le Conseil royal des Finances Créé après l arrestation de Nicolas Fouquet* et la suppression de la charge de surintendant des finances, le Conseil royal des Finances aide le roi à administrer l économie et le budget du royaume. Le roi y signe en personne tous les ordres de paiement. Ce Conseil est notamment composé du chancelier, de trois conseillers, et du contrôleur général des Finances. Les séances du Conseil royal des Finances ont lieu trois fois par semaine, puis deux fois, à partir de 1665. Le Conseil de Conscience Ce Conseil, comprenant principalement le roi et son confesseur, s occupe des affaires religieuses. Les ministres Les ministres sont choisis par le roi. Chacun est spécialisé dans un domaine (la justice, les finances ). Ils préparent les dossiers étudiés au cours des séances des Conseils. Leur rôle consiste à donner leur avis au roi, soit pendant les séances du Conseil, soit pendant les séances de travail en tête à tête auxquelles le roi les convoque. Lorsque le souverain a fait connaître sa volonté, il leur appartient de la faire exécuter en la transmettant aux intendants et aux Parlements. Les ministres de Louis XIV sont : - le chancelier (chargé de la justice) - le contrôleur général des Finances - le secrétaire d État à la Guerre - le secrétaire d État à la Marine - le secrétaire d État aux Affaires étrangères - le secrétaire d État à la Maison du roi (chargé d assurer la vie quotidienne du roi et de la cour) Les intendants Louis XIV poursuit l œuvre de ses prédécesseurs en développant une administration commune à tout le royaume. Il nomme et envoie un intendant dans chaque généralité*. Représentant le roi, l intendant perçoit l impôt, applique fidèlement les décisions royales en matière de police, de justice et de finances. Il envoie également des rapports au roi qui permettent au monarque d être informé sur la situation dans ses provinces. Les Parlements Les Parlements sont des tribunaux auxquels le roi délègue le droit de rendre la justice en son nom. Leur rôle est aussi d enregistrer les actes royaux* afin qu ils aient force de loi. Depuis le Moyen Âge, les Parlements ont le droit d émettre des remontrances* avant l enregistrement d un acte royal. Ayant la possibilité de s opposer aux décisions du roi, ils constituent pour Louis XIV un frein à son autorité. En 1673, le roi les oblige à enregistrer les actes royaux avant de présenter d éventuelles remontrances, limitant ainsi leur importance. À la mort de Louis XIV, les Parlements retrouvent cependant leur droit de présenter des remontrances avant l enregistrement des décisions royales. 5
Définitions Actes royaux : textes exposant les décisions du roi. Adage : formule ancienne et populaire énonçant une règle. Anne d Autriche (1601-1666) : fille de Philippe III d Espagne, elle épouse Louis XIII en 1615 et lui donne deux enfants : Louis XIV et Philippe d Orléans. Anoblir : accorder un titre de noblesse. Battre monnaie : faire fabriquer des pièces de monnaie. Bossuet, Jean Bénigne (1627-1704) : évêque nommé précepteur du dauphin, fils aîné de Louis XIV. Bossuet est célèbre pour ses sermons et ses oraisons funèbres. Chancelier : ministre chargé de la justice. Conseil du roi : Conseil aidant le roi à gouverner. Dauphin : Louis de France (1661-1711), fils aîné de Louis XIV et de Marie-Thérèse d Autriche et donc prince héritier. Mort quatre ans avant Louis XIV, il n accède jamais au trône. Divin, divine : qui vient de Dieu, qui est accordé(e) par Dieu. Duc de Bourgogne, Louis (1682-1712) : petit-fils de Louis XIV et père de Louis XV. États généraux : assemblée dont le rôle consiste à donner des avis au roi et où siègent des représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état (personnes qui n appartiennent ni à l Église ni à la noblesse). Fouquet, Nicolas (1615-1680) : nommé surintendant général des Finances en 1653, Fouquet emploie sa fortune à construire le château de Vaux-le-Vicomte. En 1661, Louis XIV le fait arrêter pour malversation financière. Fronde (1648-1653) : nom donné à la rébellion des princes et des Parlements qui a lieu en France pendant la minorité de Louis XIV et le gouvernement de Mazarin. Généralité : division territoriale soumise à l autorité d un intendant. Gracier : annuler ou diminuer la peine d un condamné. Lois fondamentales du royaume : ensemble des coutumes du royaume, non écrites pour la plupart, qui concernent la couronne de France. Louis XIII (1601-1643) : fils d Henri IV, il devient roi en 1610. Passionné de chasse, il construit en 1623 un petit château à Versailles. 6
Louis XV (1710-1774) : arrière-petit-fils de Louis XIV, il devient roi en 1715 à la mort de Louis XIV. Il est alors âgé de cinq ans. Louis XVI (1754-1793) : petit-fils de Louis XV, il devient roi en 1774. Contraint de quitter Versailles le 6 octobre 1789, il est démis de ses fonctions en 1792 lorsque la monarchie est abolie, et guillotiné en 1793. Magistrats : personnes exerçant une charge publique. Mazarin, Jules (1602-1661) : cardinal et ministre de Louis XIII, puis d Anne d Autriche pendant la régence. Jusqu à sa mort en 1661, il prépare le jeune souverain à gouverner le royaume de France. Miséricorde : sensibilité au malheur des autres, capacité à pardonner. Officiers : personnes qui sont titulaires d un emploi (office) au service du roi, d un membre de la famille royale, de l État ou du royaume. Orléans, Philippe duc d (1640-1701) : appelé Monsieur, frère du roi, il occupe une place importante à la cour. Placet : écrit adressé à un roi, à un ministre pour se faire accorder une grâce ou une faveur. Princes du sang : cousins du roi. Régence : pouvoir de gouverner le royaume au nom du roi pendant la minorité ou l absence de celui-ci. Remontrances : discours par lequel un Parlement présente au roi les inconvénients de la loi qu il veut faire enregistrer. Rouages : ensemble des éléments permettant à quelque chose de fonctionner. Souveraineté : pouvoir suprême. Verdicts : jugements rendus par une autorité à la fin d un procès. 7