Jacques Valette, soldat à Verdun En 1896, le grand-père de Jacques, François Valette (né à Chavroches le 13/09/1845) était veuf. Il travaillait à la journée, au village des Thivets à Trezelles. Il avait épousé Valette Françoise née à Montoldre le 30/04/1848. Recensement de 1896 Trezelles Elisabeth Valette, la mère de Jacques, était née à Treteau, le 12/09/1873. Elle ne figure pas sur le recensement de 1896 avec son père car elle a 23 ans et travaille. Elle donne naissance le 1 décembre 1896 à Jacques qu elle reconnaît en mars 1897, à la mairie de Trezelles et qui est déclaré de «père inconnu». En 1901, Elisabeth a épousé Pierre Péronnet, cultivateur au village des Pejoux à Chavroches. Il a 38 ans et trois jeunes enfants de 9 à 4 ans. Il est veuf de Jeanne Bouvard. Sur la feuille du recensement, Jacques est déclaré comme étant son «beau-fils». (Ci-dessous) Le 12 mars 1902, une demi-sœur de Jacques vient au monde : elle s appelle Madeleine puis un demi-frère le 20 décembre 1907, Jean-Baptiste. Jacques fréquente l école primaire de Chavroches jusqu au certificat d étude, l année de ses 13 ans. Son livret militaire porte la mention : «degré d instruction 3». Comme beaucoup de garçons de la campagne à l époque, il devient commis de ferme. Le recensement de 1911 montre qu il ne vit plus avec sa mère. Recensement de 1911
Photo de la classe de garçons de Chavroches en 1903 Jacques se trouve au 2 ème rang en partant du bas. Il est «le plus petit», 3 ème en partant de la droite. Jacques Valette est incorporé au 121 ème régiment d infanterie de Montluçon, le 10 avril 1915. Il a 18 ans depuis le 1 er décembre. Il est muté au 105 ème régiment d infanterie le 10 décembre1915. (Livret militaire ci-dessous)
Le 105 ème régiment d infanterie est le régiment de Riom. Il vient de tenir les tranchées dans la région de Compiègne pendant l année 1915. En décembre, il est au repos pour se réorganiser et participer à des manœuvres. Il repart au combat le 26 février 1916, 5 jours après le déclenchement de l offensive sur Verdun. Il embarque en train pour une destination inconnue au départ : le Bourget, Sézanne, Vitry le François. Il arrive à Villers en Argonne le 28 février. Le lendemain, il bivouaque à Récicourt dans la forêt de Hesse, en bordure de ce que l on va appeler «la voie sacrée», qui permet de ravitailler Verdun. Puis il relève le 270 ème RI, avec sur sa gauche le 121 ème RI, le régiment de Montluçon. Jusqu au 15 mars, le régiment est en situation d appui, occupé surtout à des travaux de défense. C est ensuite 2 semaines d enfer dans la région de la Mort-Homme et du bois des Corbeaux. Le journal du régiment énumère les pertes humaines : 6 blessés le 15 mars 2 blessés le lendemain. Il faut supporter les violents bombardements allemands. Le 21 mars, contre-attaque par le 2 ème bataillon du 105 RI et le 1 er bataillon du 121 RI à midi : 4 disparus, 21 tués et 32 blessés. Le même jour, le 1 er bataillon prend son poste dans les ouvrages Martin et Vaucluse. Mais le lendemain, ils subissent une attaque allemande qui aboutit à la prise des fortifications. Les combats durent toute la journée. Les pertes du 1 er bataillon sont terribles : 1 tué et 503 disparus. Il faut ajouter : 27 tués et 117 blessés dans les 2 autres bataillons. Le 28 mars, le régiment est relevé. L embarquement est prévu à 13 heures dans le train mais un bombardement provoque 5 tués et 6 blessés. Le régiment reste au repos jusqu au 26 avril pour se reconstituer et se réorganiser. Il retourne alors dans les tranchées au niveau de Compiègne.
Voici pour compléter, la version publiée en 1920 par le «courrier du Puy de Dôme», journal hebdomadaire conservateur de Riom, édité de 1919 à 1944. Février 1916 HISTORIQUE DU 105 ème RI IMPRIMERIE DU «COURRIER DU PUY-DE-DÔME» 8, Rue de l'hôtel-de-ville, 1920 «Sans attendre la fin de l'hiver, les Allemands veulent nous ébranler par un coup d'audace et de surprise, ils attaquent Verdun. Parmi tous les Régiments de France qui sont venus enrayer la ruée nouvelle, devant la fameuse citadelle, le 105 è sera des premiers à la peine et à l honneur. Après quelques jours de marche, le régiment est transporté par voie ferrée dans une nouvelle région et le 29 février se trouve rassemblé en réserve dans la forêt de Hesse, près de la ferme de Verrières. Il s établit au bivouac, à peine abrité de la neige par des huttes de branchages construites à la hâte. Jour et nuit le bombardement gronde sans cesse. L heure où il aura à intervenir arrive, mais, par suite des nécessités de la lutte, les unités furent successivement engagées. Du 8 au 20 mars, le 1 er bataillon et une compagnie et demie du 3 e occupent les ouvrages de la cote 310 et se tiennent en liaison avec les unités qui défendent le Mort-Homme. Il faut creuser le sol, tendre des fils barbelés sous des bombardements violents et achever les organisations qui doivent arrêter définitivement l'ennemi. Le 21 au matin, le 1er bataillon relevé par un bataillon territorial est appelé à Esnes pour être mis à la disposition immédiate de la 2 è Division. Le 22 mars, le 1 er bataillon qui a occupé les ouvrages au Sud-ouest d Haucourt, subit pendant la relève une violente attaque. Les unités qui défendent les ouvrages Vaucluse et Martin résistent héroïquement, puis submergés par le flot des assaillants, complètement cernés, ayant épuisé leurs munitions, les derniers survivants succombent, mais leur vaillante résistance a arrêté l'attaque et permis au commandement d'envoyer des renforts et d'établir une nouvelle ligne de défense. Leur sacrifice n'est pas vain. D'autre part, le 20 mars, les Allemands se sont emparés du Bois d'avocourt, le 2 è bataillon en réserve, alerté, contre-attaque le 21, à 5 heures du matin; les 6 è compagnie (Lieutenant GIMET) et 7 è compagnie (Lieutenant CHARET) sont en tête ; malgré un feu violent, la 6 è compagnie se porte résolument vers l'intérieur du bois, réussit à traverser un réseau de fil de fer et à progresser d'une centaine de mètres, mais devant le feu terrible qui part des tranchées allemandes, elle est obligée de se terrer à une trentaine de mètres de la ligne ennemie. Jusqu'à 6 heures du soir, malgré les pertes (Aspirant TAILLANDIER, tué; Sous-lieutenant JOURDY, Sous-lieutenant AUBIGNAT, Adjudant GRASSET, blessés), la 6 è compagnie réussit, par sa vigilance, son activité, à s imposer à l'ennemi et se maintient sur le terrain conquis. A la tombée de la nuit, selon les ordres reçus, le 2 è bataillon se replie un peu en arrière et organise une nouvelle ligne. Cette opération délicate, grâce au dévouement de tous, se fait sans pertes, en dépit des tirs de mitrailleuses et du bombardement ennemi ; le 3 è bataillon prolonge le 2 e sur sa gauche. Du 21 au 26 mars, ce sont de dures journées pendant lesquelles il faut travailler sans arrêt, malgré le froid et le mauvais temps, malgré les bombardements ininterrompus, pour arrêter l'ennemi qui tient le bois d'avocourt et cherche à en déboucher, tâche ingrate accomplie avec la plus absolue abnégation et le plus complet esprit de sacrifice. Cependant les pertes sont sérieuses, la fatigue des hommes considérable. Le Régiment, relevé le 26 mars, embarqué le 28 en autos camions, est envoyé dans la région d'estrées Saint-Denis pour recevoir des renforts et se reconstituer.» A 19 ans, dans l enfer des tranchées, Jacques Valette survit sans blessures à la Bataille de Verdun. A partir de l été 1916, le 105 ème RI participe à la bataille de la Somme. Jacques est blessé début septembre lors d une attaque. Il s agit d une blessure légère, provoquée par des éclats d obus. Après une courte période de soin, le 29 septembre, il est muté au 86 ème RI, le régiment du Puy-en-Velay. Il termine la guerre avec le grade de sergent. Il est libéré le 24 août 1919. Jacques Valette, photographié dans la Somme (été 1916)
En complément, 2 extraits du journal de marche du 105 ème régiment d infanterie qui traduisent, au jour le jour, le drame des combats. (Publication du site internet «Mémoire des Hommes») 15-16 mars 1916 22 mars : le sacrifice du 3 ème bataillon