Ma môme, ell joue pas les starlettes Elle met pas des lunettes De soleil Elle pose pas pour les magazines Elle travaille en usine A Créteil Dans une banlieue surpeuplée On habite un meublé Elle et moi La fenêtre n a qu un carreau Qui donne sur l entrepôt Et les toits On va pas à Saint-Paul-de-Vence On passe toutes nos vacances A Saint-Ouen Comme famille on n a qu une marraine Quelque part en Lorraine Et c est loin Mais ma môme elle a vingt-cinq berges Et j crois bien qu la Sainte Vierge Des églises N a pas plus d amour dans les yeux Ma môme 368 01 A 1/2
Et ne sourit pas mieux Quoi qu on dise L été quand la vill s ensommeille Chez nous y a du soleil Qui s attarde Je pose ma tête sur ses reins Je prends douc ment sa main Et j la garde On s dit toutes les choses qui nous viennent C est beau comm du Verlaine On dirait On regarde tomber le jour Et puis on fait l amour En secret Ma môme, elle joue pas les starlettes Ell met pas des lunettes De soleil Elle pose pas pour les magazines Elle travaille en usine A Créteil Ma môme 368 01 A 2/2
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers Nuit et brouillard 368 05 A 1/2 Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent Ils se croyaient des hommes, n étaient plus que des nombres Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés Dès que la main retombe il ne reste qu une ombre Ils ne devaient jamais plus revoir un été La fuite monotone et sans hâte du temps Survivre encore un jour, une heure, obstinément Combien de tours de roues, d arrêts et de départs Qui n en finissent pas de distiller l espoir Ils s appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou D autres ne priaient pas, mais qu importe le ciel Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux Ils n arrivaient pas tous à la fin du voyage Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d oublier, étonnés qu à leur âge Nuit et brouillard 368 05 A 2/2 Les veines de leurs bras soient devenues si bleues Les Allemands guettaient du haut des miradors La lune se taisait comme vous vous taisiez En regardant au loin, en regardant dehors Votre chair était tendre à leurs chiens policiers On me dit à présent que ces mots n ont plus cours Qu il vaut mieux ne chanter que des chansons d amour Que le sang sèche vite en entrant dans l histoire Et qu il ne sert à rien de prendre une guitare Mais qui donc est de taille à pouvoir m arrêter? L ombre s est faite humaine, aujourd hui c est l été Je twisterais les mots s il fallait les twister Pour qu un jour les enfants sachent qui vous étiez Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent
Ils quittent un à un le pays Pour s en aller gagner leur vie Loin de la terre où ils sont nés Depuis longtemps ils en rêvaient De la ville et de ses secrets Du formica et du ciné Les vieux ça n était pas original Quand ils s essuyaient machinal D un revers de manche les lèvres Mais ils savaient tous à propos Tuer la caille ou le perdreau Et manger la tomme de chèvre Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s imaginer En voyant un vol d hirondelles Que l automne vient d arriver? Avec leurs mains dessus leurs têtes Ils avaient monté des murettes Jusqu au sommet de la colline Qu importent les jours les années Ils avaient tous l âme bien née Noueuse comme un pied de vigne Les vignes elles courent dans la forêt Le vin ne sera plus tiré La montagne 368 07 A 1/2
C était une horrible piquette Mais il faisait des centenaires A ne plus que savoir en faire S il ne vous tournait pas la tête Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s imaginer En voyant un vol d hirondelles Que l automne vient d arriver? Deux chèvres et puis quelques moutons Une année bonne et l autre non Et sans vacances et sans sorties Les filles veulent aller au bal Il n y a rien de plus normal Que de vouloir vivre sa vie Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires De quoi attendre sans s en faire Que l heure de la retraite sonne Il faut savoir ce que l on aime Et rentrer dans son H.L.M. Manger du poulet aux hormones Pourtant que la montagne est belle Comment peut-on s imaginer En voyant un vol d hirondelles Que l automne vient d arriver? La montagne 368 07 A 2/2
C est beau la vie 368 08 A 1/2 Le vent dans tes cheveux blonds Le soleil à l horizon Quelques mots d une chanson Que c est beau, c est beau la vie Un oiseau qui fait la roue Sur un arbre déjà roux Et son cri par dessus tout Que c est beau, c est beau la vie. Tout ce qui tremble et palpite Tout ce qui lutte et se bat Tout ce que j ai cru trop vite A jamais perdu pour moi Pouvoir encore regarder Pouvoir encore écouter Et surtout pouvoir chanter Que c est beau, c est beau la vie. Le jazz ouvert dans la nuit Sa trompette qui nous suit
Dans une rue de Paris Que c est beau, c est beau la vie. La rouge fleur éclatée D un néon qui fait trembler Nos deux ombres étonnées Que c est beau, c est beau la vie. Tout ce que j ai failli perdre Tout ce qui m est redonné Aujourd hui me monte aux lèvres En cette fin de journée Pouvoir encore partager Ma jeunesse, mes idées Avec l amour retrouvé Que c est beau, c est beau la vie. Pouvoir encore te parler Pouvoir encore t embrasser Te le dire et le chanter Oui c est beau, c est beau la vie C est beau la vie 368 08 A 2/2
Potemkine 368 10 A M en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde Qui chante au fond de moi au bruit de l océan M en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents Ma mémoire chante en sourdine ; Potemkine Ils étaient des marins durs à la discipline Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers Et le cœur d un marin au grand vent se burine Ils étaient des marins sur un grand cuirassé Sur les flots je t imagine ; Potemkine M en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde Où celui qui a faim va être fusillé Le crime se prépare et la mer est profonde Que face aux révoltés montent les fusiliers C est mon frère qu on assassine ; PotemkineMon frère, mon ami, mon fils, mon camarade Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint Mon frère, mon ami, je te fais notre alcade Marin ne tire pas sur un autre marin Ils tournèrent leurs carabines ; Potemkine M en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde Où l on punit ainsi qui veut donner la mort M en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde Où l on n est pas toujours du côté du plus fort Ce soir j aime la marine ; Potemkine
De plaines en forêts de vallons en collines Du printemps qui va naître à tes mortes saisons De ce que j ai vécu à ce que j imagine Je n en finirai pas d écrire ta chanson Au grand soleil d été qui courbe la Provence Des genêts de Bretagne aux bruyères d Ardèche Quelque chose dans l air a cette transparence Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche Cet air de liberté au-delà des frontières Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige Et dont vous usurpez aujourd hui le prestige Elle répond toujours du nom de Robespierre Celle du vieil Hugo tonnant de son exil Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines Celle qui construisit de ses mains vos usines Celle dont monsieur Thiers a dit qu on la fusille 368 19 A 1/2
368 19 A 2/2 Picasso tient le monde au bout de sa palette Des lèvres d Éluard s envolent des colombes Ils n en finissent pas tes artistes prophètes De dire qu il est temps que le malheur succombe Leurs voix se multiplient à n en plus faire qu une Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs En remplissant l histoire et ses fosses communes Que je chante à jamais celle des travailleurs Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien Du journal que l on vend le matin d un dimanche A l affiche qu on colle au mur du lendemain Qu elle monte des mines descende des collines Celle qui chante en moi la belle la rebelle Elle tient l avenir, serré dans ses mains fines Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Aimer à perdre la raison Aimer à n en savoir que dire A n avoir que toi d horizon Et ne connaître de saisons Que par la douleur du partir Aimer à perdre la raison Ah c est toujours toi que l on blesse C est toujours ton miroir brisé Mon pauvre bonheur, ma faiblesse Toi qu on insulte et qu on délaisse Dans toute chair martyrisée Aimer à perdre la raison Aimer à n en savoir que dire A n avoir que toi d horizon Et ne connaître de saisons Que par la douleur du partir Aimer à perdre la raison La faim, la fatigue et le froid Toutes les miséres du monde C est par mon amour que j y crois En elle je porte ma croix Et de leurs nuits ma nuit se fonde Aimer à perdre la raison Aimer à n en savoir que dire A n avoir que toi d horizon Et ne connaître de saisons Que par la douleur du partir Aimer à perdre la raison Aimer à perdre la raison 36824 A