«Tous acteurs pour l efficacité énergétique dans la rénovation des bâtiments»

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Transcription:

«Tous acteurs pour l efficacité énergétique dans la rénovation des bâtiments» Colloque Fondaterra R2D2 Conseil régional d Ile-de-France Mercredi 8 novembre 2006 1/106

Ouverture du colloque Sylvie Faucheux, Présidente de Fondaterra et présidente de l Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines Bonjour, Bienvenue à cette journée autour de l efficacité énergétique dans la rénovation des bâtiments. Il s agit d un colloque organisé à la fois par R2D2, Réseau de Recherche sur le Développement Durable financé par la Région Ile-de-France, Fondatrice - la Fondation Européenne pour les Territoires Durables - et le Conseil Régional d Ile-de-France. Je vais tout de suite passer la parole à Michel Vampouille, vice-président en charge de l environnement, du développement durable et de l écorégion à la Région Ile-de-France, qui évoquera les perspectives et les politiques de la Région par rapport à cette problématique d efficacité énergétique dans les bâtiments. Michel Vampouille, vice-président en charge du développement durable de la Région Ile-de-France, Conseil régional d Ile-de-France Merci de m avoir invité à ouvrir ce colloque qui se situe dans le cadre du salon Ecobuilding. Je m intéresse depuis une trentaine d années aux questions énergétiques, d abord à titre associatif puis en tant qu élu J allais dire «enfin!», car on commence, enfin, à en parler sérieusement en France. On peut toujours se dire que lorsque l on a pris du retard, ce que l on va faire sera forcément mieux que tout ce qui a été fait dans les autres pays qui ont dû expérimenter et qu au fond on peut aller piquer des bonnes idées à l étranger. Mais en France, les élus et probablement beaucoup de gens ont tendance à considérer que ce qui se fait ailleurs ne peut pas se faire chez nous pour des raisons assez mystérieuses. Quand on regarde une carte européenne des opérations d énergies renouvelables, de quartiers durables ou de quartiers zéro énergie, on voit des points un peu partout en Europe, du nord de la Finlande jusqu au sud de l Espagne, avec un grand trou en France. Quand on emmène des élus en Suède, ils trouvent qu en suède, c est normal, quand on les emmène en Espagne, ils trouvent aussi cela normal. Et, pour eux, chez nous c est plus difficile. Toujours est-il que nous avons une difficulté réelle, largement due à notre tradition un peu jacobine et centralisatrice. Nous sommes toujours en difficulté 2/106

pour faire comprendre que la solution aux enjeux énergétiques et aux enjeux de réduction des émissions de gaz à effet de serre n est pas une solution unique, avec un outil qui répond à toutes les questions, mais un ensemble de solutions, avec une modification de l ensemble des politiques, que ce soit les politiques de construction, de rénovation, de transport, de consommation, et avec l ensemble des acteurs de la société qui doivent se mobiliser. Enfin, on ne doit pas tout attendre de l Europe, de l Etat ou de la Région. Il faudrait donc essayer de dépasser cet éparpillement des décisions et ce fonctionnement très vertical. A cette occasion, je voudrais saluer la création de Fondaterra. En effet, cet éparpillement, ces petits conflits d intérêt, on les trouve aussi dans le milieu scientifique, que je connais moins que d autres mondes, mais j ai bien perçu, sur quelques projets, au moins ici en Ile-de-France, que quelques petites bagarres entre universités faisaient que rien avançait. En tout cas, le travail de maillage qu effectue Fondatrice est une très bonne initiative et la participation de la Région est tout à fait justifiée. On sent depuis le mois d août de l année dernière un certain frémissement en France sur les sujets énergétiques. Ce frémissement n est pas extrêmement vertueux. En fait l augmentation du prix du pétrole fait que nombre d élus commencent à se poser des questions. Les quelques accidents climatiques derniers, notamment en France, sont aussi responsables de cette réflexion. Quand on regarde les actualités internationales, on voit que les inondations, les tornades, les événements climatiques se multiplient un peu partout, mais dans la tête de beaucoup de décideurs, cela restait plus un concept intellectuel. Nous sommes enfin passés de cette perception intellectuelle à la perception que vraiment il faut agir et qu il y a un enjeu. Mais pour agir, il faut que des gens prennent des décisions. La Région Ile-de-France a dans son programme la construction et la rénovation des lycées - avec 450 lycées, c est un programme important de construction et surtout de rénovation lourde et a engagé des démarches de haute qualité environnementale. Quand nous avons commencé à nous lancer dans ces démarches, il y a d abord eu une certaine réticence des services de la Région qui estimaient que ce serait du travail en plus, alors qu ils en avait déjà beaucoup, qu en plus la Région sortait d une époque où il y avait eu quelques suspicions sur les passations de marchés publics et qu il restait beaucoup de travail pour remettre un peu de transparence dans ces marchés. Puis, au fur et à mesure que les démarches se sont engagées, nous avons constaté que les équipes des services de la Région qui travaillaient sur ces sujets étaient plutôt contents. Il n y a donc pas de raison de penser qu un maître 3/106

d ouvrage ne soit pas moins capable de réaliser un bâtiment de qualité plutôt qu un bâtiment de mauvaise qualité. Mais cela reste encore un enjeu parce que nous sommes dans une véritable phase de démarrage, de prise de conscience. Nous avons le risque aujourd hui de continuer à avancer très lentement. On a évalué qu en France actuellement quelques 2000 à 2500 bâtiments étaient engagés dans une démarche HQE. En Ile-de-France, il se construit environ 40 000 bâtiments par an. Le travail des centres de haute qualité environnementale et bientôt d une école à énergie positive en Ile-de-France restera donc assez limité par rapport à ces 40 000 bâtiments qui se construisent, plus tout ceux qui se rénovent. Selon des chiffres officieux, environ 20 % des constructions neuves répondent à la réglementation thermique antérieure à 2005. On sent donc ce frémissement mais souvent des élus disent avoir inscrit dans leurs cahiers des charges un certain nombre d exigences sur la partie énergétique, sur la qualité de l air, sur la récupération de l eau, sur les matériaux, mais déplorent que les architectes ne sachent pas répondre à cela lors des appels d offres ou, lorsqu ils savent répondre, que les entreprises ne sachent pas répondre ou alors, se sentant mal à l aise, qu elles aient tendance à augmenter les prix. De ce fait, on se retrouve quelquefois avec des projets 30 % plus chers, parce que chacun aura pris sa petite marge de sécurité. Malgré cela, les élus souhaitent maintenir ces exigences dans leurs cahiers des charges. Il y a aussi une demande de formation généralisée. La Région finance l Agence Régionale des Energies Nouvelles qui réalise tous les deux ans, avec les écoles d architecture d Ile-de-France, un concours intitulé «l esquisse verte» pour inciter les architectes qui passent leur diplôme à s intéresser aux questions de qualité environnementale des bâtiments. Suite à quelques appels d offres récents, j ai pu constater que neuf architectes sur dix sortant de l école ne savent pas ce qu est l énergie, ne savent pas ce que sont les matériaux, ne savent même pas le coût d entretien des bâtiments. Je me souviens d un jeune architecte, il n y a pas très longtemps, qui présentait un projet avec de nombreuses baies vitrées, dans tous les sens. Quand j ai dit qu à l ouest il ferait chaud dès la mi-mai, il m a répondu qu il suffisait de mettre de la climatisation. Quand j ai évoqué l entretien des baies vitrées, il a rétorqué que sur un beau bâtiment il fallait mettre les moyens pour entretenir. Donc en gros les architectes ne savent pas répondre et c est hélas une spécificité française. Dans les autres pays européens, il y a beaucoup plus de liens entre le monde de l architecture et le monde des ingénieurs. En France, cela reste assez séparé. 4/106

Les entreprises savent assez peu répondre et cela pose une question importante. Pour ma part, je suis plutôt favorable à l artisanat, aux petites entreprises. En Allemagne, où la construction est beaucoup plus le fait de grands groupes, y compris la construction de pavillons, ils arrivent beaucoup plus rapidement à intégrer les évolutions technologiques. Cela ne veut pas dire que nous devons abandonner l idée que la construction soit faite par des artisans, mais il faut faire en sorte que toute innovation puisse se diffuser rapidement dans tous les secteurs professionnels. Il y a là un enjeu, ne serait-ce que si l on ne souhaite pas être envahi par les entreprises des autres pays européens, qui se disent que cela va être le moment d investir le marché français avec la mise en place de la réglementation qui impose l affichage énergétique sur les bâtiments. Il y a donc un enjeu de formation à tous les niveaux, même au niveau des chercheurs, bien que je considère qu aujourd hui nous avons déjà tout ce qu il faut pour construire beaucoup mieux que ce que ce que nous construisons. Nous avons quinze à vingt ans pour vraiment sortir du risque majeur de l enjeu climatique et cela demande à ce qu il y ait encore un effort important en matière de recherche. J ai assisté récemment à un colloque sur l adaptation aux changements climatiques. Cela fait râler plein de gens qui ne veulent pas que l on parle d adaptation, parce que ça sous-entend que l on baisse les bras. Mais, même si on lutte très fortement aujourd hui contre cette idée, on sait bien qu on aura un changement climatique et que pour qu il ne soit pas complètement catastrophique, on a quinze à vingt ans pour réagir et faire en sorte que cette question soit prise en compte dans l ensemble des enjeux. Sur la rénovation des bâtiments, l enjeu est essentiel. Quel que soit le nombre de bâtiments construits, 90 % des bâtiments qui existeront dans dix ans sont ceux qui existent aujourd hui. Beaucoup mériteront d être rénovés, probablement beaucoup plus qu on ne le croit. Ne serait-ce que pour résister aux étés caniculaires comme le prévoit Météo France d ici 2030 à 2040, il faudra bien rénover nos bâtiments pour qu ils soient vivables. Cela peut être une chance d ailleurs puisque cela suppose un développement économique, de la création d emplois et une activité extrêmement importante et complètement sous-évaluée et qui plus est locale. En effet, les artisans qui posent de la laine de verre, de la laine de chanvre ou de la laine de mouton dans les bâtiments sont des artisans locaux. Il y a donc un enjeu écologique, un enjeu de développement économique, un enjeu aussi de recherche extrêmement important. Intellectuellement c est partagé, mais ça ne l est pas suffisamment à un niveau de décisions, d actions et de financements publics. 5/106

Jean-Charles Hourcade, directeur du centre du Centre International de Recherche sur l Environnement et le Développement Je suis là surtout aujourd hui en tant que responsable du réseau francilien de recherche sur le développement durable (R2D2). La Région Ile-de-France nous a contactés il y a un peu plus d un an et demi pour financer un réseau de recherche sur le développement durable. Vous allez traiter aujourd hui d un thème très important : l efficacité énergétique dans la rénovation des bâtiments. Si vous regardez la composition de l assistance, les preneurs de parole, il y a très peu de chercheurs, je n en ai compté que deux, si nous étions dans un autre pays, un tiers de la salle serait constitué de chercheurs. Cela veut dire qu en France, depuis vingt ou trente ans, il y avait très peu de gens dans le milieu de la recherche travaillant sur ces dossiers parce que ce n était pas crédible et que le système de recherche ne supportait pas bien ce genre de travaux. C est ainsi que nous avons manqué quelques étapes. Ensuite, nous avons été pris, comme tous les chercheurs dans ce pays, dans une nasse qui est la suivante : on ne sait pas faire appel à l expertise. J ai été invité deux fois par des collègues américains pour plancher devant les ministres américains sur l énergie deux fois une demi-heure, cela ne m est jamais arrivé en France. J ai été invité dans des tours de table à parler trois minutes, mais jamais pour une vraie expertise. La pratique du rapport à la recherche ne se fait pas en France de façon correcte parmi nos milieux de décideurs. Ils pensent qu ils peuvent se passer de cela, parce qu ils pensent que tout peut se faire dans l expertise interne de l administration ou de quelques organismes. Par conséquent, les chercheurs ne servent à rien et il est normal que l on joue avec nous comme avec des dés. Nous avons vécu cela pendant vingt à trente ans. Nous pensons que ce n est pas bien, que nous pouvons rendre service et que c est idiot de nous payer si c est pour rien. Quand la Région nous a contacté, elle a été surprise de voir qu il existait un groupe de gens dans différents lieux à l école des Mines, à Versailles Saint- Quentin, chez nous, etc. qui avaient vécu la même histoire et qui en avaient un peu marre. Nous avons donc relevé le gant en disant que nous pensions représenter un réseau important, puisque actuellement nous comptons seize universités et grandes écoles. Nous allons gérer collectivement de l ordre d une trentaine de bourses de recherche par an pour des thèses et de l ordre de 20 à 30 postdoctorants, c'est-à-dire des gens que l on paie après la thèse pendant deux ou trois ans pour travailler dans nos domaines. Nous allons essayer de le faire de 6/106

telle façon que, petit à petit, ces chercheurs soient adossés dans un réseau assez puissant, en leur donnant la possibilité de tisser le maximum de liens avec les acteurs et avec les décideurs. Aujourd hui les chercheurs ne sont que deux, j espère que dans trois ou quatre ans ils seront beaucoup plus nombreux. Nous allons donc gérer un volant non négligeable de recherche. Nous avons des programmes à cogérer ensemble, entre organismes, parce qu il y a une vraie solidarité entre les gens qui ont constitué ce réseau, une solidarité fondée sur une sorte de ras-le-bol que les choses se passent sans jamais déboucher sur du concret. Un petit point sur les questions que nous pourrions traiter. Il y a des questions qui sont proches de vos métiers je ne suis pas le mieux placé pour en parler et il y en a d autres dans les écoles d ingénieurs et c est très important. Il y a des questions un peu collatérales. Le colloque s intitule «Tous acteurs pour l efficacité énergétique». Excusez-moi d apporter un peu de pessimisme mais les acteurs ont besoin d un contexte. Il y a donc des réflexions à mener sur les conditions qui font que notre mobilisation pourra se poursuivre. Pour cela il faut traiter des problèmes de droit, des problèmes sur la façon dont les marchés publics sont passés, des problèmes d économie, des problèmes de fiscalité. Il y avait eu une mobilisation de ce type dans les écoles à la fin des années 70 début des années 80, puis il y a eu le contre choc pétrolier et le pétrole est devenu très bon marché et l on a oublié tout cela. On évoque dans le prospectus l effet de serre et le renchérissement du prix du fioul et du gaz. C est vrai aujourd hui, mais il n est pas dit que dans cinq ou six ans il n y aura pas à nouveau un contre choc. Il faut donc bien se préoccuper du contexte qui fait qu il y aura besoin de politiques publiques - pas forcément au sens jacobin du terme - il y aura besoin de réfléchir sur la nécessité d avoir des taxes, des subventions, des normes, etc. Une petite anecdote pour vous provoquer un tout petit peu, pour montrer qu il faut que chacun travaille en regardant en dehors de sa propre spécialité. A Tarbes, dans les Pyrénées, il est question d efficacité énergique pour la rénovation des bâtiments. Or quand je vois le centre de Tarbes, je me dis qu il n y a pas besoin de le rénover puisqu il se vide. En effet, les paysans des alentours vendent quelques parcelles de terrains pour la construction de nouveaux logements. Le vrai sujet n est donc peut-être pas la rénovation du centre-ville mais les raisons de cette fuite. 7/106

Pour moi, ce que nous avons à faire dans le réseau francilien, c est de mettre en contact des gens comme vous tous pour essayer de détecter les champs de recherche intéressants. Si nous commençons cet effort maintenant, nous espérons qu il se continuera. Je vous souhaite un bon travail pour la suite de votre journée. Présentation de la journée Sylvie Faucheux.- Avant de présenter l objet du colloque et son organisation, je voudrais dire quelques mots de Fondaterra. Fondaterra est un partenaire du réseau R2D2. C est un réseau à la fois de chercheurs, d industriels, d associations et de collectivités territoriales, localisé particulièrement sur la Région Ile-de-France. Son champ d action est la recherche appliquée. Nous travaillons exclusivement sur des projets interdisciplinaires qui se font systématiquement en partenariat public/privé. Quelques exemples pour montrer l intérêt de Fondaterra autour du sujet traité aujourd hui. Un grand projet de réduction des émissions de CO2 dans l ensemble des bâtiments universitaires de la région Ile-de-France et un certain nombre de grandes écoles est lancé actuellement. Ce projet, soutenu par la Région Ile-de- France, se fait avec à la fois des chercheurs de différents organismes mais aussi des partenaires industriels. Systématiquement, nos projets sont financés à 50 % par le public et à 50 % par le privé. Ils font toujours l objet d une large diffusion dans le domaine public. Un autre projet est celui de l écologie territoriale et de quartiers durables. Il se déroule dans le cadre de la rénovation de zones industrielles et/ou d anciens quartiers et de la construction de nouveaux quartiers. Il fait l objet d un financement FEDER et de toute une série de financements privés et issus de collectivités territoriales. Pour ce projet, il y a trois sites pilotes : un dans le Mantois, un autre dans la zone industrielle de Val-de-France Sarcelles Garches et un troisième dans la zone industrielle d Aulnay. Vous voyez que nous nous préoccupons depuis un certain temps de cet aspect efficacité énergétique et efficacité matérielle. Ce colloque est donc l occasion, dans le cadre du salon Ecobuilding performance, de pouvoir échanger davantage avec l ensemble des acteurs de cette problématique. 8/106

On voit aujourd hui, en particulier à l occasion de la publication du rapport Stern*, le coût des futurs impacts économiques. Il est donc grand temps de réagir par des politiques d innovation. Le secteur du bâtiment, comme celui des transports, est l un des champs pour la France où il doit y avoir les plus grandes recherches puisque ce sont les deux secteurs où les réductions d émission de CO2 sont potentiellement les plus importantes. Si l on considère l Ile-de-France, le chantier est vaste puisque près de 19 % de la population se trouvent sur 2 % du territoire national. Toute une série de grands projets vont être lancés de construction de nouveaux bâtiments mais il est important de s occuper également de la rénovation des anciens bâtiments. Le marché est important et offre une véritable opportunité économique pour de nombreuses PME et grands groupes qui peuvent profiter de ces chantiers. Je ne reviendrai pas sur les grands objectifs de réduction d un facteur 4 de la France. On parlait tout à l heure de frémissement, il faut voir aussi que certains pays voisins affichent une volonté de réduction plus grande encore. La Grande- Bretagne va pousser pour qu au niveau européen et international on arrive à une réduction de 50, voire 60 % des émissions de CO2 pour 2050. On voit donc que commence au niveau international une véritable prise de conscience et ce ne sont pas des discours. Des réductions sont engagées dans un certain nombre de pays, ainsi que des grandes innovations, de grands projets et on constate, en France, un certain retard à la fois des politiques mais aussi de la recherche qui tient d ailleurs à l absence de soutien dans ce domaine. Je tiens particulièrement à remercier le Conseil Régional d Ile-de-France qui, en soutenant Fondaterra mais aussi R2D2, montre un intérêt pour ce type de problèmes. A chaque fois nous sommes accompagnés au niveau politique. Je voudrais remercier l équipe de Fondaterra qui vous reçoit aujourd hui, en particulier Marie-Françoise Guyonnaud, directrice de Fondaterra, Delphine Paracchi, Nadia Kartit et Robert Rivoire, ainsi que tous les stagiaires du master «médiation des connaissances entre développement durable et sociétés» de l université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines qui participent à l organisation de ce colloque. Quatre tables rondes vont se succéder : La première porte sur la thématique «solutions techniques envisageables pour améliorer l efficacité énergétique des bâtiments». La seconde s intitule «innover en matière d accompagnement des entreprises du bâtiment». La troisième porte sur la demande en matière d efficacité énergétique des bâtiments et sur son soutien. Enfin, la dernière porte sur la question «du bâtiment au quartier : optimiser l action par un changement d échelle». Dans ce domaine, on peut voir qu il y a des expériences internationales extrêmement intéressantes. D ailleurs, un recueil a été fait récemment par l ARENE des expériences internationales de quartiers durables. Je vous invite à le consulter, vous verrez que beaucoup de choses se font dans les pays voisins. 9/106

Les animateurs de table ronde vont avoir un rôle important. Je les remercie d avance d être strict sur le timing. Bien entendu, comme pour tous les colloques de Fondaterra, vous aurez un compte-rendu des différentes interventions d ici un mois sur le site de Fondaterra. Je vous souhaite une excellente journée, un très bon travail. Réaliser les potentiels d économie d énergie dans le bâtiment en France : un impératif mais aussi une opportunité Thierry Salomon, président de l association NégaWatt. Je représente ici l association NégaWatt qui comprend environ 200 membres à travers toute la France. Ce sont des praticiens d énergie et des gens qui, depuis trois ou quatre ans maintenant, essaient de travailler de façon prospective sur l énergie au niveau d un scénario alternatif pour la France et également en termes de mesures et de propositions. Je vais évoquer ici certaines de ces propositions et les premiers résultats concernant essentiellement la problématique de la chaleur et la problématique des bâtiments. L énergie, demain c est peut-être la ruée sur le dernier bidon. Ce sera aussi une énergie de plus en plus rare. Mais pour le moment on en est plutôt à essayer de maîtriser le climat quelles qu en soient les conséquences. Nous avons aussi, à mon avis, à faire une cure d amaigrissement notamment en matière énergétique et dans l ensemble de nos consommations et de nos gaspillages. Nous sommes en face d un vrai bouleversement historique et nous allons vivre dans les dix ans qui viennent le pire de ce bouleversement. Autrement dit, par rapport à la consommation mondiale d énergie, il va falloir passer d un niveau de croissance des consommations, du règne des énergies fossiles et minières, d une ponction sur un stock fini, c'est-à-dire un capital, à quelque chose de totalement différent qui va être la réduction et la stabilisation de nos consommations, le recours aux énergies renouvelables et le passage de l utilisation d une ponction d un capital à l utilisation d un flux, c'est-à-dire à des revenus. En même temps, nous vivons dans une société dans laquelle il y a d extraordinaires gaspillages. 10/106

Je vais prendre un exemple assez significatif, celui de l éclairage et notamment de l éclairage à incandescence. Si l on part d une base 100 au niveau de la ressource initiale le pétrole, l uranium on perd déjà en moyenne 15 en extraction, transport, raffinage, traitement. Il reste donc 85 arrivé à une centrale thermique. La centrale thermique, en moyenne en France, a un rendement de l ordre de 33 à 38 %. Ceci veut dire que l on perd actuellement en chaleur 57 des 100 initiaux. Il reste donc 28 en sortie centrale. Ce n est pas tout. Nous sommes sur une ligne à très haute tension de la distribution très centralisée et il va rester 25 des 100 initiaux au niveau de l abonné. Si l on continue, avec une lampe à incandescence de l ordre de 5 à 8 % de rendement maximum, la chaleur rayonnée va représenter 92 % à peu près et la lumière utile émise sera simplement 2 des 100 initiaux. Ce n est pas tout à fait fini. Lorsque l on utilise des lampadaires ou des luminaires mal adaptés, on a des pertes formidables. Il reste par exemple 0,4 avec ce type de luminaire et en final on va avoir une lumière mal dirigée, une lumière naturelle mal utilisée, des entretiens déficients et éventuellement un éclairage complètement inutile. On peut multiplier ce simple exemple. Finalement, dans notre société extrêmement technique, souvent très fière d elle-même, nous avons des rendements de l ordre de 1 à 2 %, alors qu au départ on a 100 que la nature a mis 300 ou 400 millions d années à produire. Le potentiel énergétique en matière de gisement de ce que l on essaie d appeler maintenant des gisements de NégaWatt est tout à fait important. Il nous semble qu il faut passer maintenant d un paradigme de la production toujours croissante d énergie à celui de plus d intelligence sur l utilisation de l énergie. Dans notre association, nous souhaitons mieux caractériser une démarche qui peut s identifier en trois temps. Le premier est celui de la sobriété énergétique, c'est-à-dire réduire à tous niveaux le gaspillage d énergie dans nos comportements individuels mais aussi et surtout dans l organisation collective de la société. Là, il y a un gisement que l on peut chiffrer aux alentours de 10 à 15 % de nos consommations actuelles. Le deuxième niveau, c est celui de l efficacité énergétique. On va travailler sur les équipements mais on ne s interroge pas sur l utilité d un équipement. Je crois qu il faut faire cette différence entre l utilité de l énergie et l efficience de l équipement. Il va donc falloir augmenter le rendement énergétique de nos équipements, augmenter le rendement des moyens de production et limiter la consommation d énergie. 11/106

Le troisième niveau, pour pouvoir atteindre cette économie passant du capital à un flux énergétique, c est celui du renouvelable. Il faut substituer les énergies fossiles ou fissibles par des énergies renouvelables et non polluantes. On peut caractériser cette démarche par ce petit graphique : les deux premiers temps c est celui de l action sur la demande d énergie et elle me semble prioritaire, peut-être par rapport à l action sur l offre d énergie, c'est-à-dire sur la production, si l on veut y arriver et si l on veut atteindre le facteur 4. En tout cas, on n atteindra pas le facteur 4 dans des conditions d économie revenant à un flux énergétique sans un travail approfondi sur la demande d énergie. Pour montrer quels sont les potentiels, j ai pris volontairement un exemple sur lequel on a des mesures et un retour d expérience, celui d un immeuble à Villeurbanne. Dans le cadre d un programme européen, des mesures ont été faites par le cabinet Enertech. Il s agit de logements collectifs, assez moyens, assez classiques sur lesquels ont été installés une isolation par l extérieur, des vitrages anti-émissifs, une ventilation simple flux avec un préchauffage par une véranda solaire, le passage d une chaudière gaz à une chaudière collective performante, un calorifugeage et 20 m2 de capteurs. Quels sont les résultats sur cet immeuble sur lequel tout a été regardé, y compris les consommations des particuliers au niveau de leurs équipements? En ce qui concerne l éclairage, le remplacement systématique d ampoules normales par des ampoules basse consommation a permis une diminution de 54 % des charges d éclairage mesurées. La facture énergétique des particuliers, par rapport à l ensemble des logements et par rapport à des factures moyennes comparables, à partir des modes de vie observés, représente une diminution de 36 %. On note également, et c est peut-être une des conclusions les plus intéressantes de cette étude, la possibilité d avoir une très forte diminution de tous les services généraux, c'est-à-dire de toutes les consommations sur la VMC, les ascenseurs, les éclairages extérieurs, les éclairages de sécurité, parkings, en chaufferie, au niveau des circulateurs, etc. Il y a là un véritable gisement de NégaWatt qui est souvent mal compris et assez ignoré. On peut aller plus loin bien entendu, vers des maisons à énergie positive, par exemple celles de Fribourg mais avant d aller vers ces maisons à énergie positive, on doit avoir un regard presque prioritaire sur le parc déjà existant et sur l immensité des économies d énergie que l on peut faire dans ce domaine. Dans notre association, nous avons essayé au travers d un groupe d experts et de praticiens d une vingtaine de personnes ayant des compétences à la fois sur la maîtrise d énergie mais aussi sur tout ce qui est renouvelable, de travailler sur un scénario. Je vais vous présenter quelques résultats. 12/106

Il est intéressant de faire une analyse tendancielle par usage, ce qui se fait généralement de façon sectorielle ou par source d énergie. Si l on regarde ce qui s est passé depuis 1970 pour les grands usages - l électricité en matière de chauffage étant mis ici dans le chauffage - on a d abord une conclusion d énergie finale tout à fait intéressante : l électricité ne représente que 20 % du problème. Il faut donc s interroger sur les 80 % que représentent les besoins en chaleur et les besoins en carburant. Je pense que le débat sur l énergie est trop focalisé sur l électricité par rapport au niveau des consommations. On voit ici en électricité et en carburant des augmentations quasi linéaires sur les trente ans et qui se poursuivent tranquillement, sans rupture. Sur la chaleur, c est plus intéressant, on voit très bien sur les courbes l influence des chocs pétroliers et contre-chocs pétroliers successifs. On voit aussi une inflexion, entre 1978 et 1985, grâce au fonds grands travaux pour un véritable travail sur l isolation. Pour ceux qui s en rappellent, 3 milliards de francs ont été imputés à la rénovation des bâtiments. Puis tout a été stoppé en 1985 : les équipes ont disparu, elles ont fait autre chose, il n y a plus eu d argent pour cela et la courbe remonte. On pourrait se dire que du fait d une meilleure isolation de nos bâtiments, on devrait baisser. Pas du tout! Lorsque l on regarde de façon attentive les chiffres, on s aperçoit d abord qu il y a de plus en plus de surfaces chauffées, ensuite qu il y a de moins en moins de personnes dans les familles, donc la décohabitation sociale fait que quelque part il y a une augmentation des surfaces chauffées par personne et donc de l énergie il y aurait là un sujet de recherche formidable qui serait le lien entre le social et l énergie à ce niveau là, parce que là nous avons été stupéfaits des chiffres enfin on note une augmentation des températures de chauffage : on ne chauffe plus à 19, mais plutôt à 21 ou 22, ce qui se retrouve très vite dans les chiffres. Comme pour les voitures où le nombre de voitures et le nombre de kilomètres ont effacé l augmentation des performances des moteurs, le moteur du bâtiment, donc son efficacité énergétique par isolation, est complètement effacé et la courbe est de nouveau légèrement croissante du fait des trois facteurs dont je viens de parler. Donc si l on veut faire du facteur 4, il faut s attaquer aussi à ces facteurs cachés et pas uniquement à l isolation des bâtiments. En même temps, nous sommes face à un éventail énorme. Si l on représente très grossièrement la totalité des consommations en énergie primaire par mètre carré, tous usages confondus, on s aperçoit que sur les consommations d avant 1975 on parle beaucoup de bâtiments à 15 ou 30 kw/h par mètre carré mais une villa tout électrique des années 75, pas très isolée, a une consommation 13/106

totale d électricité supérieure à 1000 kw primaire par mètre carré. C est donc là-dessus qu il faut jouer. Et puis bien sûr, nous sommes très croissants et l effort peut être absolument remarquable ici - on le voit en fin de courbe après l ARP 2005 sur les niveaux d ordre Minergie, Energie positive qui peuvent être même du côté négatif de la courbe. Ce petit schéma montre qu il ne faut pas se tromper de gisement. Il faut travailler bien sûr sur des maisons et des bâtiments neufs performants, car c est un facteur entraînant formidable, mais le vrai gisement est ailleurs. Au niveau de ce scénario, nous avons essayé de travailler essentiellement par usage : électricité spécifique, mobilité et chaleur et puis en comparant par rapport à un tendanciel qui serait en quelque sorte le laisser faire actuel. Nous avons travaillé aussi sur les meilleures technologies disponibles, c'est-à-dire que nous n avons pas voulu faire de scénario de science fiction ni de rupture technologique. En revanche, nous avons essayé de regarder ce qui se passerait s il y avait une politique très volontariste en matière de sobriété et d efficacité et un recours important mais plausible aux énergies renouvelables. Cela veut dire pas de concurrence d usage de sol, pas de grande centrale solaire dans la Creuse, mais par contre l utilisation du solaire de façon intelligente sur les bâtiments, sur les friches, là où on peut le mettre sans concurrence d usage de sol. Je ne vous parle pas de l électricité ou de la mobilité, vous pouvez trouver d autres documents qui explicitent cela, mais en termes de chaleur, au niveau des bâtiments, la tendance est à l augmentation assez croissante à la fois de la population ce qui peut se stabiliser vers 2035-2040 donc des logements et de la surface moyenne. Nous avons fait un scénario relativement conservateur dans lequel nous avons intégré, de façon moindre que la tendance normale, une augmentation naturelle de ces surfaces. En revanche, il y a des réserves très importantes de sobriété sur l eau chaude et là nous avons tous les éléments et équipements qui permettraient de revenir à un niveau plus proche de 30 litres par personne que de 50, de façon progressive sur des années. Qu est-ce que cela pourrait donner en termes de rénovation de logement? Voici de façon un peu schématique une idée du programme de rénovation des logements existants qu il faudrait faire. Le point important, c est de travailler sur les 85 à 90 % de consommation en matière de chaleur sur les bâtiments qui sont dans les logements d avant 75. C est là où il faut «mettre le paquet». En même temps, il faut le faire sans demi-mesure, c'est-à-dire que si l on fait des rénovations trop faibles, avec des bâtiments mal isolés, de 5 centimètres par exemple alors qu il faudrait mettre l équivalent de 12 en paroi, on ne refera pas de nouveau une rénovation pour aller de 5 à 12 où cela n a aucun sens 14/106

économique. Il faut donc directement aller à 12 et faire une sorte de saut technologique au niveau de la rénovation pour passer à des niveaux qui seraient pratiquement ceux de la réglementation thermique actuelle 2005, voire plus bas, sur les rénovations fortes à entreprendre. Le facteur 4, c est quelque chose qui doit nous amener, en matière de chauffage, sur l ensemble du parc, à 53 kw/h par mètre carré en énergie finale pour 90 % des logements. Le gain potentiel est de l ordre de 2,6 sur 2050, ce qui veut dire que l on ne fera pas du facteur 4 uniquement sur la consommation d énergie. On pourra le faire après en modifiant le niveau de production avec les productions du sol en carbone. En ce qui concerne le tertiaire, nous sommes à peu près sur le même niveau, de l ordre de 55 kw/h en énergie finale. Ceci va nous donner un facteur à peu près équivalent de 2,6 sur l ensemble du tertiaire. Il faut généraliser le solaire mais pas le faire n importe comment. Parce que les besoins d eau chaude vont être à peu près constants sur les années qui viennent, le chauffe-eau solaire a véritablement un avenir. On est un peu moins sûr du chauffage solaire, sur des bâtiments à très faible consommation en énergie, en tous cas avec les techniques actuelles. L estimation de l ensemble des potentialités permettrait de dire que l on peut compter sur un plan qui serait de l ordre de 3 millions de mètres carré de capteurs par an environ, ce qui est un programme industriel important mais qui n est pas du tout hors de portée c est à peu près le nombre de voitures que l on fabrique par an. La contribution en énergie finale, qui représenterait 45 % de l eau chaude sanitaire pour les maisons individuelles et 38 % pour les maisons collectives, ne représente simplement, avec le chauffage, l eau chaude du tertiaire et les besoins thermiques sur l industrie que 56 tw/h. Ce n est pas énorme dans la totalité. Il faut le faire mais ne pas se reposer uniquement sur un plan concernant le solaire thermique. Il faut derrière une très forte valorisation de la biomasse, via un triplement possible de la contribution de l énergie finale, avec développement de nouvelles filières, sans que l on ait à faire de grandes cultures énergétiques supplémentaires, par une meilleure valorisation de l ensemble de la biomasse disponible actuellement. Il faut évidemment développer aussi la cogénération dans pratiquement tous les nouveaux programmes de rénovation. Il ne devrait plus y avoir de programme de rénovation et de construction de nouveaux quartiers sans que l on puisse derrière faire de la cogénération. 15/106

Que donne en résultat cette projection sur 2050 en matière de chaleur? On a une réserve de l ordre de 480 000 tw/h. C est le bilan de production de négawatt pour l ensemble de la partie sobriété efficacité sur la chaleur par rapport au tendanciel. C est donc considérable. En ce qui concerne les renouvelables (solaire, thermique, bois, biomasse, etc.) on peut arriver dans ce secteur à une production d énergie de l ordre de 75 à 80 % issus du renouvelable. C est sur les transports et sur la chaleur que se jouera demain le facteur 4. En matière d électricité, nous sommes sur une stabilisation de la consommation d énergie. Cette stabilisation de la consommation finale cache par contre un doublement d usage. Sur la sobriété/efficacité, sur 2050 par rapport au tendanciel, c est 390 tw/h en électricité. Ce n est pas négligeable, c est du même ordre que le programme nucléaire français entre 1970 et 2000. On est donc sur des réserves énergétiques considérables par rapport au tendanciel. En énergie primaire, par rapport à un tendanciel qui serait fondé, notamment en matière d électricité, sur une prolongation du parc nucléaire actuel sans développement mais avec un renforcement notamment par le gaz de la production d électricité, le scénario serait tout à fait différent, avec la mise en évidence d un potentiel sobriété efficacité tout à fait considérable. Finalement, les négawatts sont notre premier gisement d énergie. C est tout autour de nous et on ne le voit pas ou on n y pense pas ou on l évacue extrêmement vite alors que l effort devrait être considérable dans ce domaine. Le bilan carbone, sur ce scénario, est le suivant : le tendanciel croît de façon relativement régulière, jusqu à près de 600 millions de tonnes de CO2 sur la partie d origine énergétique uniquement. Le scénario que nous proposons est avec une rupture et une pente relativement douce qui, à notre sens, évite en 2020 ou en 2030, si l on s y prend dès maintenant, d être contraint de réduire de façon plus drastique et plus difficile nos émissions. Le passage à Kyoto se ferait tout juste, à condition de ne pas traîner. Là, nous sommes sur des hypothèses de démarrage début 2006, puisque ce scénario a été élaboré fin 2005. Nous prenons donc déjà un peu de retard. Le passage au facteur 4 par rapport à la situation actuelle est atteint. Evidemment, en projection 2050 nous sommes sûrs que les chiffres sont faux, comme dans toute bonne projection, mais au moins les tendances sont là et permettent de montrer qu il est possible d y arriver. En résumé, les gisements de négawatts sont de l ordre de 2/3 de notre consommation d énergie tendancielle. C est absolument considérable. 70 % en 2050 peuvent être assurés par les renouvelables à partir des gisements déjà observés actuellement, d après des études européennes fondées sur les 16/106

surfaces disponibles et les meilleurs rendements d aujourd hui. C'est-à-dire que nous avons derrière nous la recherche et les potentialités de recherche sur les 10 à 20 ans qui viennent. Mais attention, la mise en œuvre énergétique est un gros paquebot, c est quelque chose qui est très lent et qui, de la recherche, va mettre 10, 20, 30 ans dans le bâtiment avant de s introduire. C est le retour à 1,7 tonne d équivalent CO2 au lieu de 6,7 en énergétique actuellement et c est un excellent rendement de l utilisation énergétique. Nous sommes en train de réfléchir actuellement aux aspects sociétaux, politiques, formation, etc. C est un scénario d indépendance énergétique nettement renforcé. Nous sommes en train de le calculer par exemple sur la balance économique et financière de notre pays et c est tout à fait intéressant. C est un développement plus équilibré, c'est-à-dire que c est quelque chose qui met la France dans une sorte d équilibre par rapport aux autres pays. On n est plus sur un comportement prédateur des énergies fossiles qui sont en dehors de chez nous. C est aussi plus de sécurité d approvisionnement et puis ce sont des centaines de milliers d emplois non délocalisables. C est un chantier qui peut s ouvrir sur les 50 ans qui viennent. Quand on regarde sur le plan industriel, l ampleur est tout à fait considérable. C est aussi un scénario de non regret, c'est-à-dire que si l on s engage aujourd hui là-dedans, on peut demain, s il y a des découvertes prodigieuses en 2030 ou en 2040, changer éventuellement, mais on n aura pas à regretter de s y être engagés. Pour finir, je vais évoquer une analyse très voisine que nous avons découvert après avoir fait notre scénario. Un travail prospectif a été fait par le précédent ministère allemand de l environnement sur 2000-2005. Trois instituts ont travaillé et sont arrivés à des tendances très voisines des nôtres. En électricité par exemple, la tendance est à la stabilisation aux alentours des 500 tw/h, relativement proche par habitant, avec une forte augmentation des énergies renouvelables et de cogénération et comme dans notre scénario une sortie du nucléaire en 2030-2035. En matière d électricité renouvelable, ils envisagent une augmentation forte, avec beaucoup plus de difficultés pour les Allemands qui ont beaucoup moins d énergies renouvelables que nous sur leur territoire, et donc l obligation de faire appel à des énergies renouvelables importées. 17/106

En matière de chaleur, ils prévoient une baisse très significative, à peu près semblable en termes d inflexion et qui ramènerait aux alentours de 600 à 800 tw/h pour les deux pays. C est donc quelque chose qui est très voisin et plusieurs études européennes arrivent à cette conclusion : le potentiel de négawatt est notre premier potentiel de gisement et c est peut-être actuellement le dernier sur lequel nous travaillons. Fixer des objectifs ambitieux et mesurables d efficacité énergétique : des orientations de la politique énergétique française Bruno Bessis, chargé de mission à la Direction Générale de l Urbanisme, de l Habitat et de la Construction au Ministère de l Emploi, de la Cohésion Sociale et du Logement Je vais donc vous présenter les orientations en matière de politique énergétique dans le bâtiment. Je ne vais pas revenir sur les rencontres de Rio, Kyoto, Johannesburg, vous avez tout cela en tête, mais le premier point important qu il me paraît fondamental de rappeler c est que nous ne sommes pas dans le cadre d une politique franco-française. Notre politique énergétique n est pas une politique isolée. Nous sommes bien dans le cadre d un contexte international bien plus large. En effet, c est depuis ces grands rendez-vous internationaux, que la préservation de l environnement, au sens large, est apparue comme une nécessité et un enjeu majeur. C est là que l on a commencé à parler un couramment de développement durable, c est là que l on a parlé des dangers du changement climatique et c est là que l on a fixé les grands objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Bref, l origine de nos réflexions en France se retrouve dans le cadre des orientations et des décisions qui ont été prises au cours de ces grandes rencontres internationales. Après le niveau international, nous passons au niveau européen et national. En ce qui concerne le contexte national, il y a eu en 2000 le programme national de lutte contre le changement climatique et en 2004 le plan climat. Ces plan et programme sont importants parce qu ils ont permis de décliner à l échelle de notre territoire des décisions qui avaient été prises au niveau 18/106

international. Ces décisions nous ont permis de définir nos orientations en matière de politique et de fixer nos propres objectifs. Remontons d un cran avec la directive «performances énergétiques». C est un événement marquant au niveau européen et on peut dire que c est même aujourd hui le fil conducteur de notre politique. L ambition de cette directive performances énergétiques était de fixer des objectifs communs à l ensemble des pays de la communauté en termes de protection de l environnement, de maîtrise de l énergie et de préservation de la qualité des bâtiments. La directive date de 2002. L Europe avait fixé à l ensemble des pays européens une durée de quatre ans pour mettre en œuvre cette directive. En 2006 nous y sommes et nous allons voir comment cela s est traduit chez nous. Que demandait cette directive? Elle demandait : - Que l on élabore des méthodes de calcul sur la performance énergétique des bâtiments. Nous l avons fait, notamment avec l élaboration de a réglementation thermique 2000. - Que l on fixe des exigences pour les bâtiments neufs et existants. Pour les bâtiments neufs, il y a eu la réglementation thermique 2000 et maintenant la RT2005. Pour les bâtiments existants, et pour la première fois, en France, une réglementation technique est en cours d élaboration. Ceci est un événement marquant, car, et je me répète, pour la première fois une réglementation technique va toucher des bâtiments existants. Ce point mérite que l on s y arrête quelques instants. Vous avez tous entendu parler du facteur 4. Je vais vous en dire quelques mots car cela explique beaucoup de choses. Si l on veut relever les défis auxquels nous avons à faire face aujourd hui le défi de la consommation énergétique, le défi du changement climatique et dont nous connaissons tous les risques et les conséquences, nous devons dès aujourd hui nous mettre en ordre de marche, sinon nous courrons à la catastrophe. En ce sens, la mise en œuvre d une politique de développement durable n est pas un choix mais une nécessité. Pour relever ces défis, il faut à l échelon mondial réduire par deux d ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre. Pour les pays industriels dont nous faisons partie, il faut réduire par quatre ces émissions de gaz à effet de serre d ici 2050. Nous avons notamment à faire un effort considérable sur le bâtiment qui est le secteur d activité le plus consommateur d énergie et un des secteurs d activité gros émetteur de gaz à effet de serre. Or globalement le flux de bâtiments neufs est de 1 % par an c'est-à-dire que, tous les ans, on renouvelle 1 % du parc de bâtiments. Ceci veut dire que si nous ne travaillons que sur les bâtiments neufs, nous n avons aucune chance d atteindre nos objectifs de réduction par quatre des émissions de gaz à effet de serre. A l évidence, nous devons donc intervenir sur le parc de bâtiments existants. 19/106

- Troisième point : Que les chaudières et les systèmes de climatisation soient régulièrement inspectés. Les textes sont en cours de rédaction. - Quatrième point : le certificat de performances énergétiques. En France, nous ne l avons pas appelé certificat mais diagnostic de performances énergétiques. Notre politique énergétique se fonde ainsi sur trois dispositifs : - le diagnostic de performances énergétiques, - la réglementation thermique - la réglementation dans les bâtiments existants. Le premier point fort est donc le diagnostic de performances énergétiques. Là, nous sommes en plein dans l actualité puisque depuis le 1 er novembre, ce diagnostic de performances énergétiques doit être annexé à tout acte de vente : si depuis le 1 er novembre vous avez vendu un logement ou un bâtiment tertiaire, vous avez dû fournir un diagnostic de performances énergétiques. Ce que l on souhaite tout d abord, c est que ce diagnostic reflète la situation réelle du logement, c'est-à-dire que le diagnostic donne concrètement la consommation du bâtiment en kw/h par mètre carré et le coût que cela représente. Ensuite, le second objectif est que ce diagnostic devienne un élément déterminant pour la prise de conscience du consommateur. Une enquête faite il y a un ou deux ans par interview de gens dans la rue révélait que. 70 % des personnes interrogées disaient qu il fallait absolument réagir, réduire les émissions de gaz à effet de serre, lutter contre le changement climatique, etc. Mais quand on posait la question sur l impact du logement, ils n étaient plus que 30 % à avoir compris que le logement avait un impact sur la production de gaz à effet de serre. Ceci veut dire que, à moins d être spécialiste ou professionnel du bâtiment, les citoyens n imaginent pas ou ne conçoivent pas l impact du logement dans la production de gaz à effet de serre. Donc si l on veut mettre en place cette politique ambitieuse, il faut absolument mobiliser les citoyens. En ce sens, le diagnostic de performances énergétiques peut avoir un rôle vraiment déterminant sur la prise de conscience du consommateur. On veut que le DPE donne vraiment l état du bâtiment, du logement que vous achetez ou que vous vendez, c'est-à-dire la consommation en énergie primaire mais aussi en énergie finale. Le DPE donne également une information sur les émissions de gaz à effet de serre. Cela rejoint ce que je vous disais tout à l heure : concrètement les citoyens vont avoir un diagnostic qui leur dira que leur bâtiment émet tant de tonnes de gaz à effet de serre. En termes de prise de conscience, c est très fort. 20/106

Troisième point : les recommandations. Le diagnostic donne des recommandations pour améliorer les performances énergétiques du bâtiment, les premiers travaux à réaliser, etc. Comment sont élaborés ces diagnostics aujourd hui? deux méthodes existent. Soit il y a une méthode de calcul accessible sur le site du ministère; soit dans certains cas, lorsque l on n a pas les éléments pour faire ce calcul la consommation est estimée sur la base des factures de consommation énergétique. A quoi ressemble un DPE? Voici un type d étiquette qui est connu par tous, que l on voit depuis longtemps sur les appareils électroménagers. Notre souhait était évidemment de rester dans cet esprit. Le diagnostic se présente donc sous la forme d une première étiquette qui donne des indications en énergie primaire sur la consommation de votre bâtiment. Selon cette consommation, votre bâtiment est classé B, C, etc. La deuxième étiquette est relative à la production de gaz à effet de serre de votre bâtiment. C est la fameuse sensibilisation dont je vous parlais, l information directe donnée au citoyen sur la consommation de son bâtiment et sur la production de gaz à effet de serre. La troisième partie porte sur les recommandations : le diagnostiqueur hiérarchise les travaux prioritaires à effectuer pour améliorer les caractéristiques énergétiques du bâtiment. Il peut commencer par conseiller de faire l isolation des combles, etc. Je vous l ai dit, depuis le 1 er novembre ce diagnostic est obligatoire et doit être annexé à tout acte de vente pour tout type de bâtiment : tertiaire, logement, maison individuelle, etc. A compter du 1 er juillet 2007, ces diagnostics seront également annexés à tous les baux de location. Enfin, le diagnostic de performances énergétiques devra également dès juillet 2007 être remis lors de la livraison d un bâtiment neuf. Dernier point : l affichage des consommations énergétiques dans les bâtiments publics. C est également une mesure prévue pour 2007. Là encore, en termes de mobilisation non seulement des services publics mais aussi des utilisateurs, l impact devrait être très fort : Le deuxième dispositif de cette politique porte sur la réglementation dans les bâtiments neufs. Depuis le 1 er septembre 2006, la réglementation 2005 est applicable. Tous les permis de construire déposés depuis le 1 er septembre 2006 doivent donc respecter cette réglementation thermique. 21/106

Avant de parler de la réglementation 2005, il me semble important de rappeler les principes de la réglementation 2000. L intervenant précédent disait que 20 % des bâtiments aujourd hui respectent la réglementation thermique 2000. Les chiffres sont un peu pessimistes. On n était pas loin de 50 % en 2003-2004. Donc pour 2006 on peut espérer que ce taux a augmenté. Il y avait trois exigences pour respecter la réglementation thermique 2000. D abord, un coefficient de consommation d un bâtiment inférieur à la consommation du bâtiment de référence. Qu est-ce que le bâtiment de référence? C est un bâtiment virtuel mais jumeau du bâtiment projet, sauf que ce bâtiment de référence a des performances énergétiques fixées par la réglementation. Ces caractéristiques énergétiques sont rentrées dans un moteur de calcul qui permet de sortir le coefficient de la consommation du bâtiment de référence. On refait le même calcul en rentrant cette fois-ci les caractéristiques du bâtiment en projet, parce que votre projet n a pas forcément le même type d isolation, les mêmes menuiseries que le bâtiment de référence. Au bout du compte, on doit trouver que le coefficient C, traduisant la consommation de votre bâtiment, est inférieure à la consommation du bâtiment de référence. On refait la même chose pour la température intérieure du bâtiment qui doit être inférieure à la température intérieure du bâtiment de référence, pour le confort d été. Voilà globalement les deux inégalités qu il fallait respecter pour être réglementaire et respecter cette réglementation thermique 2000. Passons maintenant à la réglementation thermique 2005. On reste avec cette même approche intellectuelle. Heureusement, on n aura pas à refaire cette démarche et une fois qu elle est comprise pour la réglementation thermique 2000, elle est comprise pour la RT2005 et pour les suivantes. L objectif de la RT2005 est de réduire de 15 % les consommations d énergie par rapport au niveau RT2000. Autant pour respecter la réglementation thermique 2000 il fallait être au niveau des «bonnes pratiques», autant dans le cadre de la réglementation 2005 il y a un effort technique à faire et atteindre les exigences fixées nécessite de commencer à travailler sur la résorption des ponts thermiques et sur un certain nombre d autres points comme la performance des équipements. Globalement, pour réduire de 15% les consommations d énergie, il faut inciter à exploiter toutes les possibilités d amélioration de la performance énergétique globale, ce qui veut dire qu il faut intégrer cette réglementation thermique le plus en amont possible dès la conception des bâtiments. D autant plus qu il ne faut pas perdre de vue que l objectif à plus long terme est une réduction de 40% des consommations d énergie en 2020. 22/106

Les cinq points forts de cette réglementation sont les suivants : Premier point : introduction des énergies renouvelables. Pour la première fois, une réglementation en France incite, sans toutefois imposer, à utiliser les énergies renouvelables, notamment avec l utilisation des panneaux solaires thermiques dans les bâtiments de référence. Deuxième point : augmenter les exigences de performances des équipements de chauffage. Il s agit de renforcer les exigences sur le matériel. Troisième point : renforcer les préconisations concernant l éclairage. Les consommations d éclairage sont prises en compte, ce qui n était pas le cas dans la réglementation thermique 2000. Quatrième point : favoriser la conception bioclimatique. Là encore pour la première fois, on introduit dans une réglementation une incitation à la conception du bioclimatique. Cela veut dire que l on va favoriser le fait d orienter correctement son bâtiment, d avoir des baies plutôt ouvertes vers le sud, pas vers le nord, etc. Cinquième point : la climatisation. La climatisation n est pas interdite, mais elle est pénalisée. Comme pour la réglementation thermique 2000, on retrouve le même principe de la comparaison du bâtiment projet avec le bâtiment virtuel jumeau, dit bâtiment de référence. Là encore, la consommation du bâtiment, exprimée en énergie primaire et en KWh par m2, doit être inférieure à la consommation du bâtiment de référence et, de la même manière, la température intérieure du bâtiment doit être inférieure à la température intérieure du bâtiment de référence. La grande nouveauté, c est que cette fois-ci une valeur maximale de consommation, dite Cmax est fixée par les textes. Et non seulement la consommation du bâtiment projet doit être inférieure à la consommation du bâtiment de référence, comme expliqué précédemment, mais en plus la consommation du bâtiment projet doit être inférieure à cette valeur Cmax.. Pour la RT2005, le Cmax ne concerne que le logement et varie selon la zone climatique et la source d énergie de chauffage,. Revenons sur «l incitation» à utiliser les énergies renouvelables, Cela veut dire que l on introduit les énergies renouvelables, en l occurrence 2 m² de panneaux solaires, dans le bâtiment de référence. Si dans le bâtiment projet, il n y a pas de panneaux solaires pour la production d ECS solaire, sur le «curseur» production d eau chaude solaire le bâtiment projet sera pénalisé par rapport au bâtiment de référence. Pour récupérer cette différence, il faudra donc être plus performant sur un autre poste, par exemple l isolation ou la chaudière. C est un système «d équilibrage» qui permet de jouer sur différents leviers. Au bout du compte, il faut avoir un coefficient de consommation du bâtiment inférieur à celui du bâtiment de référence. C est en cela que je disais 23/106

que l on incite sans obliger ou que l on pénalise la climatisation sans l empêcher. Le troisième dispositif de cette politique nationale est la réglementation sur les bâtiments existants que j évoquais en introduction. Cela va concerner tous les bâtiments et cela entrera en vigueur en 2007. Dans moins d un an aujourd hui, lorsqu une réhabilitation sera engagée sur un bâtiment, il faudra respecter une réglementation thermique selon deux cas : - soit la superficie du bâtiment est supérieure à 1 000 mètres carrés et le coût de la réhabilitation est supérieur à 25 % de la valeur du bâtiment et dans ce cas il y aura une exigence globale sur la consommation du bâtiment, - soit la superficie du bâtiment est supérieure à 1 000 mètres carrés mais le coût de la réhabilitation est inférieur à 25 % de sa valeur, soit la superficie du bâtiment est inférieure à 1 000 mètres carrés, par exemple une maison individuelle, et dans ce cas il y aura des exigences élément par élément. Pour mettre en œuvre cette politique ambitieuse, des outils financiers ont été mis en place. Je vais citer quatre dispositifs : - le crédit d impôt qui intéresse les particuliers, - le certificat d économie d énergie qui intéresse les collectivités ou les personnes morales, - la possibilité de dépassement du COS (coefficient d occupation des sols) ce qui intéresse les collectivités pour favoriser les bâtiments qui respecteraient des critères environnementaux, - enfin les labels HPE (haute performance énergétique) et THPE (très haute performance énergétique) donneront une petite souplesse en termes d augmentation des loyers aux constructeurs de logements sociaux. En conclusion, je pointerai trois points. D abord, nous avons essayé de toucher tous les volets du bâtiment (le neuf, l existant, les réhabilitations lourdes, légères, etc.). Ensuite, je crois fondamental de souligner que cette politique n est pas la politique de l Etat, mais c est une politique partenariale et elle ne pourra se mettre en place que si nous travaillons tous ensemble (Etat, collectivités, professionnels mais aussi citoyens). Enfin, ce n est qu un début, nous allons aller plus vite, plus loin, avec cet objectif de réduction par quatre des émissions de gaz à effet de serre d ici 2050. 24/106

aux systèmes volontaires en phase avec les exigences d un facteur 4 Marc Tillmans, responsable de l agence Minergie romande C est un plaisir pour un petit Suisse d avoir été invité par la Fondation Fondaterra, que je remercie, pour vous présenter ce qui se fait en Suisse depuis à peu près 1998, à savoir le label Minergie dont vous avez probablement déjà entendu parler. On m a demandé de définir les exigences du label en quelque vingt minutes. Nous n allons donc pas entrer dans les détails. Qu est-ce que Minergie? C est un label de qualité qui qualifie des bâtiments qui offrent plus de confort que les bâtiments conventionnels, des bâtiments qui consomment entre deux, trois, X fois moins que les bâtiments conventionnels, et ce sont également des bâtiments salubres. En Suisse, nous avons par exemple plusieurs milliards de dégâts dus à l humidité dans les bâtiments. Je pense que c est pareil en France. On peut donc éviter ces dégâts et c est très intéressant pour les propriétaires et les investisseurs. Minergie a été développé en 1998 où l on pouvait difficilement profiler, vendre de l économie d énergie. Personne n était intéressé à la chose. On a donc vendu du confort avec une faible consommation d énergie. On peut comparer les bâtiments à basse consommation d énergie avec la consommation des voitures. Une voiture qui consomme peu consomme de l ordre de 3 à 4 litre/km. Un bâtiment Minergie consomme à peu près 4 litres de mazout équivalent par mètre carré chauffé. Une voiture qui consomme 8 litres reste dans la moyenne. Au-delà, ce sont des bâtiments et des voitures qui consomment beaucoup trop d énergie. Minergie est donc un standard pour tous les types de construction. En Suisse, nous avons douze catégories de bâtiments qui vont de la villa jusqu au centre sportif, en passant par les immeubles et nous avons ici quelques exemples : une église qui est Minergie, des écoles, un immeuble locatif de petite taille, une entreprise, un immeuble locatif rénové et probablement le plus ancien bâtiment Minergie de Suisse, puisque son mur le plus ancien date de 1300. On voit donc que l on peut aussi avoir d anciens bâtiments rénovés qui consomment peu d énergie et qui garantissent un certain confort. Nous avons de plus grands bâtiments, dans la rénovation également, par exemple un centre administratif, un centre commercial comme chez vous Auchan et autres, de grands HLM, des banques ou alors le plus grand réassureur suisse qui fait construire ou rénove tous ses bâtiments selon le standard Minergie. 25/106

Nous avons des hôtels. On voit ici un hôtel en pierre de taille. Il fallait préserver cette construction. Il est donc possible de rénover les bâtiments en préservant leur aspect architectural. Nous avons également un centre administratif en verre qui est Minergie. Nous avons pour le moment trois labels : le label Minergie, Minergie P qui va beaucoup plus loin dans les exigences thermiques et Minergie P éco* qui tient compte également de l écologie, donc des matériaux et de la santé dans l habitat : pas de métaux lourds, etc. Tout a commencé en 1998 et il a fallu naturellement un certain temps pour communiquer et faire connaître la chose mais on voit qu assez rapidement nous sommes arrivés à un bon nombre de bâtiments puisque nous avons actuellement plus de 6000 labels de bâtiments, donc plus de 5 millions de mètres carrés sont faits qui consomment deux fois moins d énergie. Quelles sont les exigences? La première chose, lorsque vous construisez ou rénovez, c est de faire très attention à l enveloppe du bâtiment. Quand on parle de l enveloppe du bâtiment, on parle de l isolation et de l étanchéité. On entend souvent dire : si j isole trop mon bâtiment, il sera trop étanche. C est une erreur, l isolation n étanchéifie pas le bâtiment. Ce qui étanchéifie le bâtiment, ce sont les fenêtres, les portes et généralement ce sont les bâtiments qui sont construits d une manière étanche. Nous avons une norme en Suisse qui dit que tous les bâtiments neufs ou rénovés doivent être étanches à l air, parce que l on veut garantir d une part le confort et d autre part maîtriser les échanges d air entre l extérieur et l intérieur. L étanchéité peut également se faire avec des pare vapeur à l intérieur mais ce n est pas obligatoire. Minergie dit que lorsque le bâtiment est étanche, il faut une aération automatique. On remarque que les gens n aèrent plus parce qu en principe ils travaillent ou alors lors des hivers rigoureux quand on rentre du travail on n a pas envie d aérer. Donc dans ces bâtiments étanches nous avons des problèmes sanitaires, des problèmes de qualité d air au niveau de différents polluants. Minergie dit que pour garantir le confort, il faut aérer le bâtiment d une manière automatique. Nous avons six systèmes d aération à disposition. Ce qui est utilisé le plus dans le neuf, c est l aération à double flux. Le troisième pilier, c est la technique qui doit être simple et qui doit recourir aux énergies renouvelables. En fait ce n est pas obligatoire mais comme nous pondérons les agents énergétiques, nous favorisons les dossiers qui ont des installations type solaire, bois ou pompe à chaleur. 26/106

L avantage déjà au niveau technique est que vous allez dépenser moins d argent, par exemple pour votre pompe à chaleur, puisqu en Suisse en tout cas pour le forage des pompes à chaleur d une maison individuelle cela coûte environ 7000 pour un bâtiment conventionnel. Si vous construisez dans le sens de Minergie, vous avez moins besoin de puissance, donc vous allez déjà économiser à ce niveau-là. Les installations techniques vont être également plus performantes, avec une pompe à chaleur qui aura une température de départ beaucoup plus basse et donnera un meilleur rendement, donc une moins grande consommation d énergie. Donc il y a d abord une exigence primaire. Il ne s agit pas de faire de la technique à outrance dans les bâtiments, mais il y a une exigence qui dit que les déperditions à travers l enveloppe du bâtiment (façades, toiture, fenêtres) doivent être pour les bâtiments Minergie de 20 % plus basses que la norme actuelle en Suisse. Pour Minergie P, elles doivent être de 80 % plus basse, ce qui veut dire que l on a une excellente enveloppe du bâtiment. En 2003, nous avons subi la canicule. Avec Minergie il ne s agit pas seulement d un confort hivernal mais également estival. On va donc faire attention que ces bâtiments ne surchauffent pas en été. Mais nous avons fait l expérience que les bâtiments bien conçus se comportent beaucoup mieux que de nombreux bâtiments climatisés à l intérieur mais mal conçus. Les coûts sont compétitifs. Les bâtiments Minergie coûtent moins cher que les bâtiments conventionnels on verra pourquoi par la suite. Un élément mesurable est la quantité d énergie finale qui peut rentrer dans le bâtiment sous forme de mazout, de gaz, de bois, etc. Nous l avons fixé à 4,2 litres équivalent mazout par mètre carré année, 42 kw/h par mètre carré année pour l habitat neuf. On compte là dedans le besoin de chaleur pour le chauffage, l eau chaude sanitaire et le besoin d électricité pour l aération automatique. Pour les grandes catégories de bâtiments, il y a également lieu de faire la preuve des besoins électriques en matière de climatisation et d éclairage. Comme cela a été rappelé, il y a eu quelques crises pétrolières. En 1970 en Suisse nos bâtiments consommaient 21 unités d énergie. Nous avons, suite à cette crise, un peu mieux isolé les bâtiments. Nous avons essayé d avoir un peu moins de fuites par les fenêtres. En 1998, nous avons démarré avec le programme Minergie. Nous avons encore mieux isolé les bâtiments, nous avons introduit une aération automatique douce et nous avons poussé les énergies renouvelables. Entre 1970 et actuellement nous consommons environ 5 fois moins d énergie et de 1998 à maintenant environ 3 fois moins d énergie. Il est très important de voir 27/106

que la consommation de la partie eau chaude sanitaire est presque aussi grande que la partie des déperditions par l enveloppe et l aération. Pour les bâtiments Minergie P, cette partie est beaucoup plus grande que les déperditions thermiques. Il y a donc lieu d avoir recours aux énergies renouvelables pour encore diminuer les consommations au niveau de l eau chaude sanitaire. Monsieur le représentant de la Région Ile-de-France a dit qu en France, mais en Suisse aussi, très souvent les architectes ne connaissent pas le domaine de l énergie. L avantage, lorsque vous avez un label, c est que vous devez répondre à des exigences et pour cela il est obligatoire que l architecte, le maître d ouvrage et l ingénieur thermicien du bâtiment travaillent ensemble. Il ne s agit pas d avoir un architecte qui construit un bâtiment et qui transmet ceci à l ingénieur thermicien. Un travail d équipe est donc obligatoire pour optimiser ne serait-ce que l orientation du bâtiment, la surface des fenêtres au sud, le type de vitrage, etc. Il y a également l air vicié qu il faut rejeter à l extérieur et l air frais qu il faut amener dans le bâtiment. Ce sont toutes ces choses qu il faut optimiser. Nous avons différents climats en Suisse comme ici, donc une température extérieure qui varie en fonction des saisons et nous aimerions également une température intérieure variable, en fonction des saisons. Nous avons des déperditions à travers l enveloppe des bâtiments que nous souhaitons aussi grande que possible en été mais aussi faible que possible en hiver. Nous aimerions avoir des gains solaires aussi grands que possible en hiver et aussi petits que possible en été. Il faut donc les stocker dans les parties massives du bâtiment et là il est très important de ne pas isoler à l intérieur du bâtiment. Nous avons des gains internes et nous avons éventuellement une production de chaleur. Les solutions sont donc multiples. Déjà, au niveau architectural la forme du bâtiment est très importante. La meilleure forme est l igloo. Ensuite, c est la boîte très compacte. Un bâtiment composé en L aura plus de déperditions qu un bâtiment compact. L architecte est naturellement libre, le maître d ouvrage également mais il faudra qu il isole plus son bâtiment ou qu il ait plus recours aux énergies renouvelables pour répondre à l exigence Minergie. Après, l architecture, l enveloppe du bâtiment, les installations techniques. Nous essayons de travailler avec des chauffages à basse température, donc des températures de départ d environ 30 degrés, ce qui permet d avoir de bons rendements au niveau de la chaudière ou de la pompe à chaleur, mais également d avoir un système de distribution de chaleur autorégulant, c'est-àdire que l on n a plus besoin de vannes thermostatiques : dès que le soleil rentre dans le bâtiment ou qu il y a un certain nombre de personnes, ou que des ordinateurs par exemple chauffent le bâtiment, le chauffage au sol par exemple ne donne plus sa chaleur puisque la température de départ est très basse. 28/106

On parle également de systèmes d aération. Vous connaissez très bien en France le simple flux, le double flux également. Chez nous, nous parlons d aération double flux plutôt que de ventilation parce que nous travaillons avec de très faibles débits et de très faibles vitesses, par exemple un mètre par seconde : si l on met une feuille de papier sur la grille d aération, il n y a pas de mouvements, les vitesses et les débits étant très faibles. Voici ce que l on appelle un monobloc, une conduite d aération avec des amortisseurs de bruit pour ne pas entendre dans le bâtiment ces deux petits ventilateurs. Le ventilateur d extraction va aspirer l air vicié des salles d eau, cuisine, bain, WC, passer par un échangeur de chaleur et rejeter cet air à l extérieur. Le ventilateur de pulsion va prendre de l air neuf à l extérieur attention, en Suisse nous avons eu de nombreux problèmes de conception avec un court-circuit entre l air rejeté et l air neuf, donc il faut faire attention à ces petits problèmes de jeunesse, puis l air neuf va passer éventuellement dans un puits provençal, donc dans une tubulure qui passe en terrain pour pouvoir préchauffer cet air neuf. Cet air neuf va passer dans cet échangeur de chaleur sans contact de l air vicié et de l air neuf, qui va pouvoir récupérer environ 70 à 80 % de l air vicié. SI vous avez chauffé votre bâtiment à 20 degrés, vous récupérez ici 16 degrés que vous allez restituer à l air neuf qui va être pulsé dans le bâtiment, dans les pièces repas, chambres, séjour. Cet air va soit transiter sous les portes ou alors dans un système qui permet de se protéger du bruit entre différentes pièces et également de se protéger de la lumière. Tout est connu, la technologie est là, nous pouvons construire des bâtiments optimisés, c est une question de volonté personnelle, de volonté des professionnels, des maîtres d ouvrage mais également de volonté politique. Il s agit de mettre aussi des conditions cadres. Minergie est une mesure volontaire, on voit que cela marche bien, que cela marche de plus en plus, mais il faudrait plus de conditions cadres au niveau politique. Je vous ai dit qu un bâtiment Minergie était moins cher qu un bâtiment conventionnel. Oui, il est moins cher si l on parle de coût annuel moyen. Si on fait un calcul sur 20 ans, un bâtiment Minergie est rentable, il est moins cher de quelques pour cent par rapport à un bâtiment conventionnel. Les surcoûts dus à l investissement sont de l ordre de 3 à 6 % et nous avons de nombreux bâtiments qui ne sont pas plus chers que les bâtiments conventionnels, simplement parce qu on les a optimisés, de façon à intégrer des éléments techniques : on va éviter le besoin d une climatisation, d une distribution de chaleur ou d une production de chaleur centrale. En Suisse, tout le parc immobilier de la rénovation est très important et ceci montre aux investisseurs et aux propriétaires qu il est absolument indispensable de penser à isoler les bâtiments. Quand on regarde les sommes par année par mètre carré de façade qu il faut investir sur 50 ans pour faire une réfection d un 29/106

bâtiment, c est 1,3 si l on fait simplement un crépi et le bâtiment va avoir une très mauvaise qualité de l enveloppe. En revanche, si l on isole le bâtiment à 10, 12, 16 ou 20 centimètres, le bâtiment aura moins de déperditions thermiques. Sans isolation, on voit déjà que le coût du chauffage était de 2,6 centimes suisses par kw/h. On est passé en 2003 à 4,5 centimes. Il est donc très intéressant dans la rénovation d isoler ne serait-ce qu à 10 centimètres d épaisseur plutôt que de refaire simplement un crépi. Actuellement en Suisse, le prix du mazout est à 5,2 centimes le kw/h. Il est donc encore plus important et intéressant financièrement d isoler les bâtiments et pas seulement d y faire un crépi. Différents bâtiments sont chauffés à l électricité en Suisse, malheureusement, et le coût de l électricité est de 12 centimes d euros par kw/h. Il y a encore de nombreux avantages ou arguments par rapport aux clients. Certains bâtiments peuvent être protégés contre le bruit. En Suisse, 60 % de la population vit dans l agglomération, avec le bruit. On n est pas obligé d ouvrir les fenêtres pendant la nuit, on peut les ouvrir mais ce n est pas nécessaire. On peut se protéger des poussières, on peut se protéger des polluants intérieurs, etc. Tous ces arguments montrent que par année, sur un total de 20 ans, nous avons encore une plus value d environ 20 000 unités. Enfin, les banquiers qui veulent être avec nous offrent des prêts préférentiels pour les hypothèques car ils ont compris que nous avons vingt ans d avance sur les normes et qu un bâtiment optimisé sera encore moderne dans vingt ou trente ans. 30/106

Table ronde 1 «Solutions techniques envisageables pour améliorer l efficacité énergétique des bâtiments» Modérateur : Jean-Christophe Visier, chef du département développement durable CSTB Participants : - Robert Brandenbusch, Dalkia Ile-de-France - Sylvie Charbonnier, responsable de la normalisation et réglementation, Saint-Gobain Isover Western Europe, membre de l association Effinergie et expert technique du collectif «isolons la terre» - Denis Consigny, directeur technique de Canada clim - Jean-Philippe Vacher, responsable du service innovation, Ciments Calcia - Bruno Peuportier, responsable scientifique à l ENSMP - Marc Tillmans, responsable de l agence Minergie romande Jean-Christophe Visier.- Bonjour, je me présente. Je suis chef du département développement durable au centre scientifique et technique du bâtiment. Je suis aussi membre du bureau de l association Effinergie. Nous allons parler des solutions techniques utilisables pour arriver à des bâtiments très basse consommation. Je redonne dès à présent la parole à Marc Tillmans pour nous dire quelles solutions techniques Minergie sont les plus employées pour aller vers ces bâtiments très basse consommation. Marc Tillmans.- Nous travaillons d abord très fortement sur l enveloppe du bâtiment. Qui dit enveloppe du bâtiment dit une valeur U relativement basse, c'est-à-dire pour Minergie 0,2, pour Minergie P 0,15 et 0,18 pour les façades et les toitures. Cela suppose également une isolation obligatoire à l extérieur et non pas à l intérieur du bâtiment pour pouvoir couper les ponts thermiques. Les ponts thermiques dans un bâtiment optimisé basse consommation d énergie sont très importants. Dans un bâtiment Minergie, si l on a un balcon avec dalle traversante, les déperditions à travers la dalle traversante sont aussi grandes que les déperditions sur la hauteur d étage de la façade du bâtiment. Donc les ponts thermiques deviennent de plus en plus importants lorsque le bâtiment est mieux conçu et mieux isolé. Les éléments clés sont donc l isolation, couper les ponts thermiques, l aération pour avoir une maîtrise des échanges d air entre l extérieur et l intérieur et puis le recours aux énergies renouvelables avec le système de distribution de chaleur à basse température. 31/106

Jean-Christophe Visier.- La chasse aux ponts thermiques qui a été annoncée en France depuis la RP 2000 continue. Chez Minergie, vous préconisez des solutions de type isolation par l extérieur. Avez-vous aussi des solutions à ossature bois? Marc Tillmans.- On peut construire à ossature bois, par exemple avec l isolation à l intérieur, en une couche, en deux couches. On peut également construire avec des matériaux monolithiques. Le problème, c est que le bâtiment devient relativement épais. Donc il n y a pas de prescriptions. On est obligé parfois de travailler avec de l isolation intérieure mais on essaie toujours d y apporter une isolation de type enduit isolant à base de chaux par exemple de 2 centimètres à l extérieur qui permet déjà à ces vieux murs de 80 centimètres de diviser par deux les déperditions thermiques. Jean-Christophe Visier.- En ce qui concerne les systèmes de chauffage, utilisez-vous fortement le chauffage bois? Marc Tillmans.- Oui, de plus en plus, surtout depuis cette année après le saut du prix de l énergie. En principe, dans un bâtiment Minergie, dans une villa qui a une forme relativement mauvaise, on n arrive pas à le faire passer sans passer par l énergie renouvelable. Si l on veut passer avec le mazout, ce sont des isolations extrêmement épaisses de l ordre de 25 à 30 centimètres. Normalement, si on parle de mazout on met du solaire ou alors on part avec le système bois ou alors gaz, solaire, etc. Cela dépend toujours de la forme du bâtiment qui va déterminer les choix au niveau de l isolation et des solutions techniques. Jean-Christophe Visier.- Sylvie Charbonnier, vous êtes membre de l association Effinergie. Effinergie s est beaucoup inspirée des travaux réalisés par Marc Tillmans en les déclinant un peu à la française. Pouvez-vous parler des orientations, de la démarche de cette association? Sylvie Charbonnier.- Concernant l association Effinergie, nous sommes en train de travailler à la mise en place de dispositifs et de combinatoires qui permettent, en neuf comme en rénovation, de promouvoir la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre pour les bâtiments, c'est-à-dire pour le neuf comme pour l existant d offrir des solutions qui permettent d atteindre les 50 kw/h d énergie primaire par mètre carré/an sous l ensemble du bilan énergétique, c'est-à-dire sur tous les postes qui sont aujourd hui visés par les réglementations thermiques françaises. On peut scinder les choses en deux parties. 32/106

Concernant le neuf, c est relativement facile dans la mesure où l on doit concevoir impérativement avec le bioclimatique d une part, c'est-à-dire profiter au maximum des orientations, regarder la conception architecturale de façon avisée et travailler bien sûr à l abaissement des besoins cela rejoint Minergie et après seulement faire intervenir des équipements d abord performants puis ensuite, si l on peut et autant que faire se peut, des énergies renouvelables. La problématique que l on va rencontrer, c est qu en France l exploitation des installations ou des bâtiments, c'est-à-dire leur maintenance environnementale, n est pas réglementée. Cela peut donc être éventuellement dans le futur une pierre d achoppement. Concernant la rénovation, par rapport à nos collègues suisses nous partons de beaucoup plus loin. Nous étions partis d un des pays de la communauté européenne qui n a jamais eu de réglementation dans l existant. Dans beaucoup d autres pays, lorsque l on remplace des ouvrages, des parties d ouvrages, des équipements, on est tenu depuis de très nombreuses années d avoir le même niveau de performances que ceux qui sont installés dans le neuf. Or en France il n y a pas de réglementation dans l existant. De ce fait, la dérive depuis 1974 du parc existant s est accentuée par rapport au parc du neuf. Comme en France il n y a pas non plus d obligation de maintenance des bâtiments ni d obligation d exploitation, nous avons un parc d épaves thermiques qui nous laisse du travail pour à peu près encore 25 ans. Cela veut dire aussi que l on va devoir mettre au point des combinatoires probablement plus variées que les combinatoires proposées par Minergie, pas parce que nous avons une architecture régionale beaucoup plus variée et que nous avons une architecture ancienne mais parce que nous avons surtout un problème du fait de la méconnaissance des Français sur l état thermique. Un sondage a été réalisé dans le cadre d Effinergie et a donné deux résultats intéressants. D abord, les Français pensent qu ils ont tout fait dans leurs bâtiments. Ils ont la certitude que leurs bâtiments sont en bon état thermique et qu ils ne peuvent pas faire autre chose. C est dire la méconnaissance qu ils ont de l état des technologies et de ce qui peut se faire en qualité de travaux. Ensuite, les Français pensent qu ils dépensent moins de 30 % pour le chauffage et qu ils dépensent 55 % d énergie pour la voiture. Malheureusement, ce sont des idées fausses, la réalité est un peu plus tenace : on dépense 50 % pour le chauffage et seulement 25 % pour la voiture. Tant que les Français auront des images erronées de l état du parc, des possibilités de travaux et de la capacité de réagir pour aller vers le facteur 4, en France Effinergie va devoir travailler. Les combinatoires existent, les solutions 33/106

industrielles existent, on peut les employer dans le neuf comme dans l existant, encore faut-il que l on puisse les proposer ; il y a à l heure actuelle une méconnaissance, un manque d information, un manque de sensibilisation assez important. En France, on considère que lorsqu on met un centimètre d isolation, on a fait le travail pour 50 ans. On considère que lorsqu on remplace une ancienne fenêtre par une fenêtre qui ferme à peu près convenablement, on a remplacé par quelque chose de bien. Quand les Suisses, les Hollandais, les Belges, les Autrichiens, les Anglais remplacent quelque chose, ils prennent la même chose que ce qui se met dans le neuf. En France, quand on remplace, on met ce qui coûte le moins cher sur le marché en se disant que parce c est neuf cela fera l affaire. Donc il faut d abord rénover et classer notre système de pensée. Les solutions sont là. Les calculs viennent d être calés, donc on peut annoncer que l objectif des 50 kw/h n est pas inadmissible : ce n est pas incongru, ce n est pas une impertinence. On connaît les coûts, depuis 2003 plusieurs organismes les regardent. On sait que 20 000 sur une maison complète permet d assurer la division par 4 sur tous les postes énergétiques et que cela peut se faire en trois ou quatre étapes. Il ne faut pas dans la rénovation commencer par changer les équipements pour changer à la fin le bâti, sinon ce n est pas rentable. Il faut commencer, comme le fait Minergie, d abord en soignant l ensemble du bâti, de façon prioritaire dans un immeuble collectif en changeant les parois vitrées puisque le taux de parois vitrées par rapport à la façade est très important. En revanche, il est évident que les pignons doivent être toujours traités. Lorsque l on a une maison individuelle, il faut regarder comment elle est, comment elle se situe, comment est son architecture, comment est son système constructif. Après, on s occupe des façades, on ne s occupe pas des fenêtres sans penser à l aération et on s occupe à la fin de l ensemble chauffage et énergie renouvelable (pompe à chaleur, bois ou autre composé, ou photovoltaïque pour l éclairage). Nous avons donc tout le dispositif. A Effinergie, nous sommes parvenus pour la première fois dans le milieu du bâtiment à mettre les banques autour de la table avec nous. Nous avons les Conseils régionaux, nous avons des associations, nous avons le centre scientifique et technique du bâtiment, nous avons des bureaux d études et pour la première fois nous allons mettre en place quelque chose qui rassemble les acteurs. L association Effinergie va s ouvrir aux professions du bâtiment que sont les entreprises, parce qu il n y a qu elles qui peuvent être porteur au plan régional et ce sont elles aussi qui doivent être formées, qui doivent diffuser les techniques et les savoirs. 34/106

Nous commençons, je pense que nous serons prêts pour la fin de l année. Effinergie va être une cousine de Minergie, si ce n est que pour Effinergie nous sommes dans le droit fil des réglementations françaises et européennes, donc nous appliquons les méthodes de calcul qui sont en vigueur au plan européen en tous points pour ne pas être en non conformité. Donc nous allons mettre en place tout un processus de référentiel qui va permettre de répondre. Il n empêche que s il n y a pas la volonté des professionnels ou des occupants, on ne peut pas faire grand-chose quand on est tout seul. Donc Effinergie ne sera un succès, la division par 4 ne sera un succès que lorsqu elle sera entièrement prise à bras le corps par l ensemble des professions du bâtiment. Pour vous donner un exemple, je ne sais pas si certains d entre vous ont acheté le Parisien ce matin, mais on y trouve un article sur l environnement où l on écrit que les Français dépensent 15 % pour leur chauffage. Je rappelle que la consommation énergétique des bâtiments tertiaires et résidentiels pour le chauffage et l eau chaude sanitaire représente de l ordre de 46 % de la facture et non pas 15 %. Ceci montre encore que là, même les médias ont une perception complètement erronée de la problématique de l énergie en France. Jean-Christophe Visier.- A l image du dynamisme que l on a pu voir en Suisse, quelque chose est en train de se faire en France, associant tous les acteurs. Cela démarre et j espère que nous verrons rapidement cet impact avec les différentes Régions. Il y a une autre voie. La commission européenne vient de sortir son plan d action sur l aspect énergétique. Ce plan d action couvre tous les aspects énergie, pas seulement le bâtiment, mais dans le secteur du bâtiment il y a notamment l idée de promouvoir des bâtiments très basse consommation pour les différents pays. J espère que cela nous donnera l occasion d associer ces initiatives et que les différentes actions dans les pays européens pourront s enrichir les unes et les autres. Nous avons pu apprendre par certains côtés. Nous avons aussi des sujets sur lesquels nous avons des points d avance. Par exemple, la France est le seul pays d Europe qui a en système standard de la ventilation modulée. Nous avons aussi des choses à apprendre des pays du sud en matière de confort d été. Je propose maintenant d écouter la vision d un chercheur. Bruno Peuportier, vous qui travaillez à l Ecole des Mines, avez-vous des travaux de recherche làdessus? Qu est-ce que ces travaux de recherche vont donner de concret pour la réduction d un facteur 4? Bruno Peuportier.- Les chercheurs travaillent beaucoup au niveau européen. L Europe a été une source de financement parce qu en France il n y a pas eu 35/106

autant de financements que dans les autres pays, même si des organismes comme l ADEME nous ont aidés. Nous avons travaillé sur la réhabilitation des bâtiments, avec un premier projet. En 1998, une opération à Montreuil sur un immeuble HLM pas isolé, avec de vieilles fenêtres à simple vitrage. L architecte voulait réduire les surfaces de vitrage du bâtiment. Nous avons accepté pour les façades nord mais pas pour les façades sud. En effet, l orientation nord correspond aux chambres où il y a moins besoin d éclairage, donc il est préférable de réduire la taille des vitrages pour réduire les déperditions. Par contre au sud, les apports solaires sont importants et les séjours ont besoin de lumière. Les architectes ne prennent pas assez en compte ces éléments «bioclimatiques». Le deuxième point est le type de vitrage. Souvent en France on encourage des vitrages qui laissent passer la lumière mais pas la chaleur. C est un peu dommage de bloquer le rayonnement toute l année. Il vaut mieux avoir des vitrages transparents qui laissent passer la chaleur solaire quand on en a besoin en hiver et avoir de bonnes protections solaires par des volets roulants extérieurs pour l été. Avec ces différentes techniques, on a pu réduire d un facteur 2 la consommation de l énergie pour le chauffage, ce qui n est pas mal mais pour atteindre le facteur 4 ce n est pas encore suffisant. Nous avons travaillé sur un projet plus récent en partenariat avec d autres pays où nous avons mis en œuvre une ventilation double flux pour réduire les pertes liées au renouvellement d air et un système d eau chaude sanitaire solaire. Dans le premier projet, le projet français était le seul sur lequel il n y a pas eu d aide au niveau national ou régional pour l office d HLM. Dans tous les autres pays, il y avait une aide complémentaire. Donc on n a pas pu mettre en œuvre des systèmes d énergie renouvelable. En revanche, dans le deuxième on a réussi et là on a un facteur 5 de réduction des consommations d énergie pour le chauffage et l eau chaude. Nous avons actuellement un projet en cours sur l élaboration de matériel pédagogique à l intention à la fois des architectes et des maîtres d ouvrage HLM pour la réhabilitation des logements sociaux. Nous avons développé des outils d aide à la conception qui servent d ailleurs aussi à faire du diagnostic de performance énergétique. Il n y a pas qu une seule méthode agréée pour le calcul, sachant que notre méthode valorise davantage les aspects bioclimatiques sana être d emploi complexe. Les recherches vont encore plus loin dans l analyse, la prise en compte par exemple d énergie pour fabriquer les matériaux avec ce que l on appelle l analyse de cycle de vie. Actuellement nous travaillons sur ces méthodes au niveau d un quartier. 36/106

Voilà un peu où nous en sommes. Nous avons également un projet, en liaison avec le CSTB, sur les maisons individuelles qui posent aussi d autres problèmes. Jean-Christophe Visier.- Nous avons donc un panel assez large. L aspect formation est vraiment important. On sent dans les actions qui sont menées qu il y a vraiment à convaincre les gens, à faire connaître les solutions qui existent. Nous reviendrons peut-être aussi sur l aspect environnemental. Autrefois, quand on regardait la consommation d un bâtiment, on ne regardait que le chauffage, puis l eau chaude, puis l éclairage, puis la climatisation. Dans les projets de recherche on a commencé à regarder aussi l énergie grise, l énergie qui a permis de faire le matériau. Aujourd hui, les industriels communiquent là-dessus, via les fiches de déclaration environnementales et sanitaires. C est probablement un enjeu demain de prendre en compte aussi cet aspect dans les consommations d énergie. La prise en compte de ces aspects est bien accueillie par les gens? Bruno Peuportier.- La majeure partie des impacts est liée aujourd hui à l utilisation des bâtiments. Mais si on progresse vers de vrais labels de qualité comme le label «maison passive» en Allemagne, à ce moment-là l énergie nécessaire à la fabrication des matériaux va devenir de plus en plus importante. L étiquette énergie de A à G va aussi permettre de sensibiliser les gens à ces questions et d avoir des ordres de grandeur. En effet, il est très important de se rendre compte de la part de chaque poste de consommation dans sa facture énergétique. Jean-Christophe Visier.- Je me tourne maintenant vers les praticiens du terrain. Monsieur Brandenbusch, dans le cadre de projet d amélioration vous réalisez des diagnostics, vous calculez les potentialités d économie et conseillez les maîtres d ouvrage. Quelles sont les solutions que vous leur conseillez le plus souvent? Robert Brandenbusch.- Beaucoup a été dit ce matin et Sylvie Charbonnier parlait tout à l heure de solutions combinatoires. On les sent émerger dans les débats qui ont eu lieu jusqu à présent. Je pense qu il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, commencer à penser système de chauffage avant d avoir diagnostiqué le bâtiment. Il faut quantifier les éléments de déperditions qui détermineront in fine le besoin de chauffage, les compléments qu il faudra apporter pour compenser les pertes thermiques. Mais le chauffage n est pas le seul poste de consommation d énergies d un bâtiment. Il est nécessaire d avoir une approche globale des besoins et des apports, retenir des solutions technologiques les mieux adaptées aux qualités thermiques et à l occupation du bâtiment, favoriser récupération et recyclage. 37/106

En fait se prédisposer à une vision globale et optimisée de la gestion des énergies utilisées dans un bâtiment. Notre métier de praticien, c est d être au-delà de l aspect recherche, au-delà de l aspect réglementaire, au-delà de l aspect architecture pour être en terme de société de service en efficacité énergétique les garants in fine, les garants durables de la performance à travers des engagements contractuels que nous essayons de formaliser par des contrats de résultats. Nous sommes porteurs in fine de l ensemble des engagements, de ces éléments portés par les concepteurs, architectes, constructeurs, équipementiers, et dépositaires d une gestion énergétique durablement optimisée des bâtiments. C est l engagement que prennent les sociétés de service en efficacité énergétique - Sylvie Charbonnier semblait déplorer tout à l heure que leur intervention n était pas encore aujourd hui un élément d obligation réglementaire. Je le déplore tout autant, dans la mesure où ces sociétés que l on a appelées au cours de l histoire chauffagistes ou gestionnaires en énergie, ont leur rôle social, leur rôle économique, leur rôle technique à jouer. Il est plein, il est entier et il est complètement garant des engagements qui sont pris en amont. En effet, ce n est qu au bout de quinze, vingt ou trente ans que l on peut déterminer de manière objective la plus value qu elles ont pu apporter, en terme de coût global de la gestion d un bâtiment englobant investissement d origine et coûts de fonctionnement. Jean-Christophe Visier.- Aujourd hui où le prix de l énergie augmente, où la perception des problèmes énergétiques est plus forte, dans vos actions concrètes de tous les jours quels changements cela a pu entraîner chez vous ou que prévoyez-vous comme changements pour des offres différentes qui permettent d aller vers ce facteur 4? Robert Brandenbusch.- Les pistes sont identifiées ; elles ont déjà été examinées, pour le moins abordées, ce matin. Nous entendons être les promoteurs du développement d une Nouvelle Economie de l Energie. Un groupe comme Dalkia, filiale de Véolia Environnement, apporte sa pierre à l édifice en termes de recherche développement, de maîtrise de nouvelles technologies. Par exemple, nous venons avec les partenaires publics, notamment le Conseil Régional d Ile-de-France, de mettre en place la première pile à combustible de forte puissance dans l hexagone, pas très loin d ici puisque à la Porte de Vanves. C est un exemple, mais il n est pas le seul. Cette contribution est également liée à notre capacité de développer de manière pratique l émergence des énergies renouvelables ; la filière bois qu il faut structurer, la filière biomasse qui n est pas uniquement du bois et qu il faut également organiser. Elle peut se faire également à travers la valorisation d énergies locales ou fatales : la récupération d énergie issue de l incinération 38/106

des déchets ou issue de process industriels, par exemple, la cogénération, le déploiement et la diffusion de nouvelles technologies. Cette valorisation passe souvent par la création de réseau de chaleur qui pourra être combiné avec l application de solutions décentralisées telles que le solaire thermique par exemple pour l eau chaude sanitaire. C est bien avec tout l effet combinatoire, de la conception du bâtiment à son exploitation, que l on pourra contribuer à la mise en œuvre d une nouvelle efficacité énergétique et au déploiement des énergies renouvelables. Nous faisons de l énergie renouvelable un peu comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir, depuis des lustres, de l efficacité environnementale à travers la gestion des machines thermiques qui nous sont confiées par nos clients. La réduction des gaz à effet de serre démarre par là. Si vous avez une chaudière bien réglée, elle émet moins de gaz à effet de serre qu une chaudière mal entretenue. De la même façon, nous pratiquons au quotidien les énergies renouvelables. Aujourd hui nous gérons quasiment 50 000 équivalents logements en géothermie basse profondeur sur l Ile-de-France. Nous souhaitons relancer la filière géothermie sur des acquis d expériences que nous avons faites depuis 25 ou 30 ans. Je suis convaincu, et là je m adresse aux maîtres d ouvrage, aux futurs utilisateurs, que nous avons capitalisé une expérience qui nous conduira à ne pas réitérer les mêmes erreurs que celles qui ont pu être réalisées sur les programmes des années 80. De la même façon, le rôle social d un groupe tel que le nôtre, c est aussi celui de la transposition. Ce matin, on a touché du doigt ce qui pouvait se faire à l étranger, en Suisse par exemple dans le domaine de l efficacité énergétique, mais aussi dans d autres pays en matière de développement technologique. Un groupe tel que le nôtre, qui a une implantation internationale, multinationale, peut s alimenter des expériences réalisées dans ces pays-là, les transposer ici en France et en faire bénéficier au plan international, européen l intégralité de nos clients. Jean-Christophe Visier.- Monsieur Consigny, vous installez des puits canadiens. On parle de plus en plus de cette technique. Pouvez-vous parler de votre expérience? Denis Consigny.- Le puits canadien fait partie de ces rétro innovations dont on parle effectivement de plus en plus en France, mais qui connaissent très peu de réalisations, c est tout à fait marginal. C est même parfois un alibi au stade d un avant-projet, c'est-à-dire que les maîtres d œuvre ou les maîtres d ouvrage affichent la meilleure volonté par rapport à la thématique HQE développement durable, font une liste de technologies à connotation développement durable qu ils présentent à la genèse du projet. Mais quand il s agit de passer aux 39/106

choses sérieuses, c'est-à-dire de valider le projet et de le financer, le puits canadien fait souvent partie des gadgets qu on élimine. Comment expliquer cela? Nous avons dans ce pays un contexte réglementaire dans le domaine du bâtiment qui fait que nous sommes très peu perméables aux innovations, fussent-elles des rétro innovations validées de longue date dans d autres pays européens. Nous avons un système de garantie décennale et d assurance qui fait que tout ce qui n est pas estampillé technologie traditionnelle a beaucoup de mal à pénétrer dans un bâtiment. Nous avons aussi un référentiel qui fait que ce qui fait le prix d un bâtiment, quel qu il soit, c est essentiellement son implantation. En France, il est admis de construire un logement plus ou moins bien orienté, avec une rangée de parpaings, un peu de laine minérale et un placo, le tout chauffé par de simples convecteurs électriques. C est le standard de prix de revient à partir de quoi tout le reste est comparé. Evidemment, on dit que tout cela va changer, que l on est dans une nouvelle dynamique et que l on va faire de la HQE, mais tant que la réalité pour l investisseur, c est un référentiel de prix sur la base d une rangée de parpaings, un peu de laine minérale et du placo, on a du mal à imposer le fait d aller jusqu au bout, avec des choses un peu plus performantes sur le plan de la gestion de l énergie, comme le puits canadien également appelé puits provençal, comme l isolation pariétodynamique ou comme des systèmes un peu plus performants. Nous faisons malgré cela des puits canadiens, notamment dans les maisons de retraite. Le confort procuré par le taux de renouvellement important d un air qui n a pas été desséché est extrêmement apprécié, notamment dans les établissements hospitaliers et dans les maisons de retraite. C est un confort perçu bien meilleur que celui qui est procuré par des installations thermodynamiques. De plus, en plein été il est vraiment urgent de trouver des solutions à très faible consommation d électricité, parce que si les dérives climatiques se confirment, on est un pays particulièrement mal équipé pour faire face à des pointes d appel de courant en plein été. Donc le puits canadien a forcément sa place au moins dans le domaine du rafraîchissement des locaux collectifs en plein été, avec des consommations d énergie faibles, puisqu on a des performances de 15 à 20 entre l électricité consommée et les frigories produites. C est aussi un très bon système de préchauffage de l air en plein hiver. Comme on isole de plus en plus les maisons, le poste renouvellement d air devient de plus en plus important. Le puits canadien est une solution très intéressante pour cela. De là à le coupler à une ventilation double flux statique ou thermodynamique, attention quand même car les investissements s ajoutent et, 40/106

pour ce qui concerne les économies obtenues, au mieux c est un coefficient multiplicateur : deux équipements générant une économie de 50 % sur un poste donné ne procureront jamais plus qu une économie de 75% sur la facture d énergie relative à ce poste. Au stade où on en est en France, pour le préchauffage de l air intérieur, commençons par faire soit du puits canadien, soit du double flux. Faire les deux est peut-être un peu luxueux par rapport à ce que l on sait faire aujourd hui. Jean-Christophe Visier.- Vous avez mis l accent fortement sur ces aspects confort d été, systèmes de rafraîchissement. C est quelque chose qui n est pas suffisamment connu. Comme on suit beaucoup les expériences étrangères, notamment nordiques, on a tendance à penser plutôt à l hiver et on oublie parfois le poids très fort du puits canadien en été. Vous parliez de contraintes réglementaires et autres. Qu est-ce qui est bloquant? Denis Consigny.- Normalement, un puits canadien n est pas inclus au bâtiment, donc il n est pas assujetti à la garantie décennale. Mais lorsqu un maître d ouvrage prescrit quelque chose dans un établissement recevant du public, son assureur lui demande de renseigner un certain nombre de cases d un questionnaire. Quand il ne sait pas, pour ne pas prendre de risque, il préfère ne pas faire. Par conséquent, le fait que le puits canadien ne soit pas référencé comme étant une technologie traditionnelle, identifiée, est très clairement un barrage à la décision de préconisation par un professionnel. Jean-Christophe Visier.- Vos produits sont sous avis technique? Denis Consigny.- Pour l instant non. La logique dans la construction, c est de passer soit par des procédures d ATECH si l on fait quelques projets, soit de passer par des procédures d avis technique qui sont les premières qui ont été développées pour cela. En ce qui concerne l avis technique, on nous a répondu que pour l instant ce n était pas pertinent parce que les ouvrages n étant pas intégrés au bâti, ils n étaient pas concernés. C est la réponse notamment du CSTB. En face de cela, les architectes nous disent : «Je ne sais pas quelle croix mettre dans quelle case, donc je ne le fais pas». Jean-Christophe Visier.- Monsieur Vacher, vous venez des ciments Calcia. On parle beaucoup de consommation d énergie mais on sait aussi que cela impact directement la qualité de l air atmosphérique. Je crois que vous travaillez sur l air propre. Quelles solutions Ciments Calcia met en œuvre pour définir un package environnemental performant (axe énergie et pollution atmosphérique)? 41/106

Jean-Philippe Vacher.- Il faut tout d abord un engagement fort de l Industriel, c est-à-dire une politique environnementale qui passe par la contribution du Groupe ITC à la préservation du climat, une politique Innovation qui traduit cet engagement au niveau du marché en apportant des solutions nouvelles qui améliorent le cadre de vie et enfin, la volonté d encourager une nouvelle approche dans la conception des bâtiments qui réduise leur empreinte écologique notamment. Premier point : Engagement protection climat Tout d abord, il faut rappeler que l activité cimentière n est responsable que de 5 % des émissions globales de CO2 liées à l activité humaine. Le groupe ITC est membre du World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) depuis 2002 et s est engagé à réduire les émissions de CO2 de façon considérable dès la fabrication du ciment. C est ainsi que nous avons réduit d un tiers la quantité de CO2 émise par tonne de ciment (730 kg CO2 aujourd hui) dans le cadre du protocole de Kyoto (2006-2011). Même si la quantité de CO2 résulte pour moitié de la décarbonatation du calcaire, constituant naturel principal du ciment (clinker), le groupe ITC et Ciments Calcia utilisent de plus en plus des matériaux alternatifs issus de résidus de l industrie sidérurgique (cendres volantes, laitiers de haut-fourneau ) qui viennent en substitution du clinker. La seconde mesure vise à réduire la combustion d énergies fossiles qui représentent 40 % des émissions de CO2 en valorisant des déchets (biomasse, pneus, huiles, farines animales, ) et en rendant service à la société. réduction ratio CK / ciment (< 80 %) Deuxième point : Politique innovation Notre groupe s est engagé dans une démarche Innovation qui se traduit par le développement de solutions innovantes qui contribuent de façon tangible à l amélioration du cadre de vie. Ce sont par exemple la création d une nouvelle génération de ciments à effet photocatalytique qui illuminent la qualité des façades béton architectonique (béton autonettoyant) et améliorent la qualité de l air en le rendant plus respirable (béton dépolluant). Les solutions développées par notre filiale Unibéton permettent de réaliser notamment des espaces de vie (aménagement urbain), d embellir les façades des bâtiments (bétons colorés) et de réduire les émissions de poussières, les nuisances sonores, la pénibilité liée aux chantiers (bétons autoplaçants et autonivelants). La préoccupation de l impact environnemental de nos produits sur les performances environnementales et sociales des bâtiments est permanente chez Ciments Calcia, Unibéton C est pour cela que notre démarche intègre en amont l inventaire du cycle de vie de nos matériaux (ICV) avec les fiches de données environnementales et sanitaires (FDES) disponibles sur la base INIES du CSTB. Troisième point : Encourager les constructions innovantes respectueuses de l environnement 42/106

En France, les bâtiments consomment environ 46 % de l énergie totale et produite des émissions de gaz à effet de serre. Le parc existant date principalement des années 60-70 et les bâtiments à rénover représentent un enjeu majeur pour les collectivités, les politiques, les entreprises, La plupart des travaux à réaliser portent sur l isolation thermo acoustique de l enveloppe (parois, fenêtres, ), le chauffage, la ventilation et les façades. C est dans ce domaine notamment que Ciments Calcia souhaite apporter une nouvelle solution pour rénover les façades anciennes des bâtiments. Nous sommes en train de développer un enduit décoratif chaulé (base NHL) dépolluant qui permettra de réduire les concentrations de NOX et COV des façades extérieures des bâtiments en milieu urbain et périurbain ; la chaux hydraulique naturelle, quant à elle, favorise les échanges avec le support et laisse respirer la façade. Cette nouvelle solution s applique sur un corps d enduit à la main ou par projection mécanique. Jean-Christophe Visier.- Merci. Vous nous ouvrez une voie vers ces bâtiments qui seront non seulement des bâtiments sains mais des bâtiments qui nettoient. Dans les laboratoires, on a quatre ou cinq procédés en test aujourd hui avec différents industriels qui essaient ces produits photocatalytiques dans différentes approches pour aller vers des produits qui nettoient l air. Monsieur Peuportier, quand on fait des analyses de cycle de vie, que donne le poids du ciment ou du béton dans une maison? Bruno Peuportier.- En poids, c est important. En kilogramme de CO2, c est à peu près 100 g de CO2 par kg de béton produit. J ai tendance à promouvoir, comme les négawatts de Thierry Salomon, les négamatériaux,il s agit d utiliser les matériaux là où on en a vraiment besoin. Par exemple, on a besoin d inertie thermique pour améliorer le confort et stocker l énergie plutôt sur les orientations sud mais sur les façades nord on a moins besoin d inertie thermique et on peut souvent limiter les quantités de matériaux. On peut ensuite utiliser les matériaux les plus renouvelables ou recyclés possibles. Jean-Christophe Visier.- Il y avait un exemple dans le même ordre où l on voyait une maison en bois qui avait une structure bien assise sur le sol qui représentait une quantité de matières et d émissions nettement supérieure à ce que l on pouvait attendre d une maison en bois. Cette prise en compte des matériaux va devenir importante. Je propose de prendre quelques questions dans la salle. Question.- Ma question n est pas directement liée aux isolants par l extérieur. Bon nombre de maisons sont en limite séparative. Or pour faire une isolation par l extérieur, on va être obligé de prendre sur le terrain du voisin. Quand le voisin ne veut pas, on ne peut rien faire. 43/106

Qu est-ce que la jurisprudence va pouvoir faire dans les années à venir? J ai eu ce problème mais quand je regarde dans ma rue, je me dis que pour les trois-quarts des maisons au moins un mur est en limite séparative. Comment vont-elles faire pour isoler? Jean-Christophe Visier.- J ai peur que si l on regarde les règles techniques d un côté et le droit de la propriété de l autre, on ait un peu de mal à faire bouger cela. Cela veut dire aussi que nous avons probablement intérêt à bien réfléchir aux solutions d isolation par l intérieur. L isolation par l extérieur, c est quelque chose qui est très bon pour tout ce qui est plancher intermédiaire. Or dans une maison individuelle, à deux niveaux éventuellement, vous avez un plancher intermédiaire. Question.- Pour moi il y en a trois et quand je regarde dans ma rue, je vois que ne suis pas un cas unique, il y en a beaucoup. De plus, ce sont les murs les plus exposés qui sont en limite séparative. Il faudrait peut-être un peu sensibiliser les juristes à ce problème. Acheter 15 centimètres chez le voisin, cela ne changera pas grand-chose sur son terrain. Sylvie Charbonnier.- Vous posez une question très intéressante. Il y a effectivement le problème des murs qui sont en limite de propriété mais il y a aussi les problèmes de hauteur de toit et notamment dans les villes, la décision de construction est prise, les toits ont une certaine hauteur et lorsqu on veut rénover en France il y a énormément de problèmes : pour réinsérer l épaisseur lorsqu on refait une toiture, une couverture, on a énormément de mal à passer la véritable hauteur qu il faudrait pour l isolation. Dans les autres pays, quand on fait des travaux à consonance énergétique, on a le droit de réaliser l alignement par exemple, on a le droit à surélever le bâtiment de la hauteur nécessaire à l isolation. En France, il y a de plus en plus de demandes comme vous le faites de regarder les règles de l urbanisme, afin de détecter quels sont les articles qui rendent impossibles la vie, dès lors que l on veut rénover, entre les dispositions patrimoniales, les dispositions architecturales diverses et variées et les dispositions constructives. Sachez que des travaux sont actuellement menés. Je ne pense pas que ce sera fait demain matin parce qu on va rencontrer des résistances, c est normal, la résistance aux changements est un mode bien connu, c est une énergie vitale. De toute manière, il faudra bien, comme dans les autres pays, accepter en cas de rénovation énergétique un certain niveau d assouplir le droit d urbanisme et les règles de copropriété. 44/106

Question.- La réflexion en terme de déconstruction des bâtiments est-elle intégrée? En effet, la déconstruction est aussi importante. Bruno Peuportier.- Dans le cycle de vie, il y a l idée de cycle, c'est-à-dire que l on prend en compte toutes les étapes depuis la fabrication jusqu à la fin de vie du bâtiment, avec le recyclage éventuel. Le principe de base, c est d essayer de construire un bâtiment qui soit le plus possible démontable, c'est-à-dire que l on peut séparer les différents matériaux. Si l on mélange par exemple du béton avec du polystyrène, à la fin ce sera beaucoup plus difficile de recycler ce mélange de béton et de polystyrène. Donc on essaie de séparer les matériaux et d intégrer le plus possible la fin de vie, parce que même si l on raisonne en coût global le coût de traitement des déchets devient de plus en plus important, au-delà des questions d environnement. Jean-Christophe Visier.- Je vous remercie de votre participation. Place à la table ronde suivante. 45/106

Table ronde 2 «Innover en matière d accompagnement des entreprises du bâtiment Modérateur : Eric Lagandré, directeur technique adjoint de l ANAH Participants : - Dominique Métayer, président de l Union des maçons et carreleurs de la CAPEB - Pascal Gontier, architecte et professeur à l école d architecture de Paris Malaquais - André Jaunay, chef du service création et développement des entreprises, direction du développement économique et de l emploi, Conseil Régional d Ile-de-France - Maurice Manceau, directeur des forces de vente, Point P - Thierry Salomon, président de l association NégaWatt Eric Lagandré.- Je propose de démarrer cette table ronde sur l accompagnement des entreprises du bâtiment pour l amélioration énergétique. Je suis Eric Lagandré, j appartiens à la direction technique de l ANAH. Ma mission principale consiste à animer une association qui s appelle le club de l amélioration de l habitat et qui regroupe les industriels du secteur, les fédérations de professionnels, les pouvoirs publics, dans la perspective de dynamiser l énorme marché de l amélioration de l habitat qui est plus important que l industrie automobile dans ce pays en termes d emplois et de chiffre d affaires. Je voudrais cadrer la présentation qui va suivre, de façon à permettre à chacun de bien s y retrouver. On peut séparer le marché de l amélioration de l habitat en deux grands univers. Le premier est un univers de petits travaux commandés par des particuliers, le plus souvent des artisans du bâtiment. C est l univers le plus important du bâtiment, 80 % de l amélioration de l habitat est constitué par ce type de chantiers, avec des montants unitaires de travaux compris entre 2000 et 20 000. Sur ce type de chantiers en général on n a pas du tout d architecte ni de bureau d études, simplement on a un face à face entre un particulier et un, deux, trois artisans. Le particulier en général ne s y connaît pas en matière de bâtiment, donc il va falloir qu il apprenne à dialoguer avec les artisans des entreprises qui sont là. Ce premier segment de marché est de loin le plus important quantitativement. Le second segment de marché, qui est tout aussi intéressant, est pour le coup très professionnalisé avec notamment la présence d architectes de bureaux d études. On trouve ce type d organisation dans l habitat social et aussi dans le 46/106

tertiaire, qu il soit public ou privé, à partir du moment où l on traite les bâtiments a fortiori. Suivant les cas, on peut parler soit d un univers soit de l autre, sachant que nous allons accorder plus d attention à l univers le plus important quantitativement mais que nous avons aussi ici quelques éminents spécialistes d ingénierie et d architecture et que leur contribution sera appréciée à sa juste valeur. Je vais donner la parole à Dominique Métayer, président de l Union des maçons et carreleurs de la CAPEB. On dit souvent que l artisanat est la première entreprise de bâtiments du pays. A la CAPEP, vous accompagnez les entreprises depuis toujours. Qu est-ce que l amélioration énergétique des logements représente pour vous comme enjeu nouveau? Dominique Métayer.- La Confédération de l Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment est à juste titre la première entreprise artisanale du bâtiment de France. C est une lourde responsabilité que nous avons à faire perdurer cette image. La CAPEB est là pour organiser l ensemble de ces métiers. Cette Confédération de l artisanat et des petites entreprises du bâtiment regroupe l ensemble des acteurs de ces métiers. Dans la problématique qui nous préoccupe aujourd hui tous, parce que l énergie est un problème citoyen donc chacun doit prendre une part importante, nous sommes en première ligne vis-à-vis de nos clients, majoritairement particuliers - même si les marchés publics sont une part aussi de notre activité - pour ce qui concerne le conseil, la préconisation en termes d économie d énergie. Lorsque nous avons à faire à nos clients de tous les jours, nous devons leur apporter ce conseil. Si déjà ils consultent, ils font appel à une entreprise artisanale du bâtiment, c est déjà qu ils veulent avoir un service à la carte et profiter de l expérience de ces professionnels. Notre démarche dans ce domaine consiste, lorsque nous sommes confrontés à ce type de problème et ce type de solution à apporter, à faire une analyse globale du bâtiment considéré et à pouvoir, au vu de cette analyse globale, avec la connaissance du métier, en fonction de sa disposition, de son architecture, de son concept même, préconiser des solutions et mettre en relation divers artisans : tantôt le chauffagiste, tantôt le menuisier, tantôt le maçon. Chacun aujourd hui à son rôle à jouer et la CAPEB est là justement pour pouvoir sensibiliser l ensemble de la filière à cette démarche qui est non pas innovante mais de plus en plus pointue et qui devra être de plus en plus performante, au vu de la problématique et des objectifs à réaliser. Eric Lagandré.- Donc l artisan du bâtiment devient un prescripteur de travaux d amélioration énergétique. Les études récentes qui ont été menées par le club de l amélioration de l habitat par exemple montrent bien que le particulier, 47/106

quand il se pose des questions sur les solutions techniques qu il peut mettre en œuvre, s adresse d abord à l artisan du bâtiment. Il va s adresser aussi quelquefois aux distributeurs de matériaux ou chercher sur Internet, mais son premier interlocuteur et le premier prescripteur de solutions techniques c est l artisan du bâtiment avec lequel il va dialoguer parce qu il le connaît quelquefois depuis longtemps. Pourriez-vous revenir un instant sur la complémentarité entre les différents corps de métier et la manière dont vous appréhendez cela à la CAPEB? Pouvez-vous également nous dire un mot sur la manière dont vous envisagez que la formation aux métiers du bâtiment puisse se faire en lien avec l ensemble des acteurs de la filière du bâtiment? Dominique Métayer.- Cette relation inter métiers est primordiale. Il faut donc l encourager et la développer. Il faut sensibiliser l ensemble des ces métiers à pouvoir travailler ensemble et à avoir ce réflexe de ne pas penser avec des œillères à la partie qui nous concerne en propre mais d avoir une réflexion globale. Nous mettons donc en place une sensibilisation à travers l information, la formation également puisque la problématique est légèrement différente de celle que nous avions auparavant où nous répondions ponctuellement, parfois même d une façon un peu arbitraire à cette problématique de l énergie qui est devenue un des enjeux de ce 21 ème siècle et pour nous, à la CAPEB, l enjeu des cinq à dix ans à venir. Notre seul handicap, c est le facteur temps. Vous savez tous que l activité du bâtiment depuis quelques années est soutenue grâce à de nombreuses mesures et aussi au besoin que les uns et les autres ont pour leur habitat, dans quelque domaine que ce soit, que ce soit en individuel ou en collectif. Aujourd hui, les problématiques de temps d exécution rentrent pour une grande part dans nos objectifs afin de pouvoir les réduire. Pour cela, il suffirait de trouver la main d œuvre qualifiée nécessaire ou tout au moins de la former pour obtenir les qualifications et les compétences nécessaires. Mais pour acquérir ces compétences, cela demande un certain temps et cela ne peut pas se faire en claquant dans les doigts. Il faut pouvoir trouver des solutions qui puissent permettre des gains de temps en ayant toujours ce recul car il ne faut pas faire n importe quoi parce qu on n a pas le temps et toujours faire cette analyse en profondeur afin de ne pas non plus dénaturer le bâtiment que l on va pouvoir traiter avec un système ou un autre, ne pas lui retirer ses qualités intrinsèques, sinon les améliorer, et puis considérer que l habitat reste malgré tout du patrimoine et lorsque l on a affaire à du patrimoine, c est quelque chose que l on pense aussi transmettre, donc que l on puisse transmettre en toute quiétude pour les uns et pour les autres. 48/106

Le diagnostic thermique mis en œuvre permet de mieux connaître ce type de bâtiment quel qu il soit et ensuite de trouver des solutions qui pérenniseront le patrimoine plutôt qu elles ne le détérioreront. Eric Lagandré.- Maurice Manceau, l univers des artisans est aussi un univers que vous fréquentez souvent puisque vous êtes directeur des forces de vente de Point P qui travaille massivement avec les artisans du bâtiment. Comment allez-vous faire pour travailler efficacement avec eux, pour les accompagner sur ce marché de l amélioration énergétique des logements? Quelles sont les spécificités de l amélioration des bâtiments par rapport à la construction neuve? Maurice Manceau.- Point P a la particularité d être une filiale de Saint-Gobain qui connaît bien le sujet de l isolation. Notre clientèle, c est l artisan, majoritairement et de très loin. Ce sont des gens qui viennent dans nos agences. Nous avons 1600 magasins, ils ont donc généralement à environ 20 km un Point P, ce qui est un gros avantage en termes de maillage. Le fait de pouvoir se déplacer dans un lieu comme le nôtre permet d avoir une information facilement et permet d avoir des renseignements sur les produits. Le rôle que nous avons sur ce sujet qu est l énergie et la réhabilitation notamment de bâtiments anciens plus que sur la construction neuve (généralement orchestrée avec un maître d œuvre), est celui d un prescripteur. J aime bien ce terme qui est le bon mot. Notre clientèle, c est le propriétaire maître d ouvrage qui demande à un artisan de faire un devis pour améliorer son logement en termes de consommation puisque en tant que particulier ce qui l intéresse c est sa consommation énergétique. Pour l instant, le facteur 4 n est pas encore tout à fait son problème. Il se sent bon citoyen s il fait un effort de ce côté-là mais son premier objectif reste de dépenser un peu moins. Donc il fait venir un artisan chez lui et on se rend compte que l on a un problème assez ennuyeux, c est que l on a généralement pas l artisan qui peut répondre à tous les cas de figure. L artisan spécialiste en chauffage souvent n est pas celui qui fait l isolation, celui qui fait l aménagement fait de l isolation mais aussi autre chose. Donc on a des difficultés à rapprocher les compétences des intervenants. On peut imaginer l approche suivante : d abord, organiser des rencontres entre professionnels, un peu comme on fait à la CAPEB, pour exprimer les besoins et pour répondre à des problématiques et ainsi faire des outils pour expliquer aux intéressés des choses très simples. L innovation de Point P est connue depuis pas mal d années sur le sujet. Point P a une particularité dans le monde du négoce : c est le seul négoce qui a pris 49/106

l option de parler un peu plus de façon pratique avec l artisan, c'est-à-dire que l on a mis en place un lien, un vrai magazine dans lequel on s est efforcé de donner des messages clairs, en donnant des systèmes, des solutions en les détaillant par dessins, c est à dire en expliquant aux artisans comment faire les choses avec les produits que l on vend. On essaie de démystifier des textes, on essaie de vulgariser, de donner une information. L innovation est plus là, pour que le prescripteur, c'est-à-dire l artisan, puisse parler de choses pratiques dans la rénovation ou dans la réhabilitation et pour que la mise en place des systèmes soit fiable et bien expliquée. A partir du moment où l on exprime que l artisan est prescripteur, il faut qu il puisse expliquer les choses. On ne parle même pas du facteur 4. Il faut qu il puisse argumenter que dans un logement, la priorité c est l isolation. Après, il y a un peu de ventilation et enfin on va parler d un système de chauffage. Il faut donc que l on arrive à mettre ensemble ces professionnels et surtout faire en sorte qu ils puissent expliquer à un particulier et de façon non polluée la réalité de ce qu il a à faire chez lui. Eric Lagandré.- Votre message, en somme, c est d avoir des actions de formation et d information qui soient les plus concrètes possibles, qui s appuient sur des chantiers réels, qui soient exprimées dans un langage commun et accessible à l ensemble des protagonistes, à la fois au client particulier et aux entrepreneurs. Maurice Manceau.- La formation est un sujet important dans le monde du bâtiment. Sur ce sujet, nous nous apprêtons à lancer des systèmes de formation que l on va regarder avec les syndicats professionnels d une part et avec les organismes un peu spécialistes (CSTB, CEBTP) et les experts capables d expliquer techniquement des systèmes et des solutions. Nous allons essayer de rentrer dans le cadre de la formation directe ou indirecte pour, toujours avec cet objectif de rendre très pratiques les choses, faire de la formation de base sur ce domaine qui est la réhabilitation énergétique à faire évoluer et rendre plus comestibles les informations pour le particulier. Aujourd hui, on parle d un sujet très lié à l économie d énergie, c est la réhabilitation chez le particulier maître d ouvrage et finalement c est un sujet assez difficile. Aller chez le particulier pour donner une information technique, ce n est pas toujours le seul sujet. Il y a des particuliers qui s intéressent à tout et qui sont très fervents d Internet, il faut donc qu ils aient l impression voire l assurance que la plus-value vient de son prescripteur, c est-à-dire l artisan le plus souvent. C est une solution que nous sommes en train de développer avec une formation adéquate. L outil représente un gros investissement mais nous sommes tous intéressés à l affaire et nous avons cet avantage de bien cohabiter avec les artisans depuis longtemps. 50/106

Eric Lagandré.- Je vais passer la parole à Thierry Salomon. Vous êtes un des experts reconnus en matière de haute performance énergétique. Comment pensez-vous que nous allons pouvoir réussir à faire travailler ensemble les ingénieurs et les architectes, dont le dialogue n a pas toujours bonne réputation? Thierry Salomon.- C est vrai, en France nous avons quelques habitudes de travail entre les architectes et les ingénieurs et il faut absolument casser cela, sinon on n y arrivera pas. Si l on est encore dans une conception extrêmement linéaire de la façon de travailler, c'est-à-dire un projet qui est fait par un architecte et qui à un moment donné, une fois qu il est mûr, est transmis à un bureau d études fluides et que l architecte dit : «chauffe cela et climatise cela», on n arrivera pas au niveau de performance qui est souhaité. Il faut donc travailler autrement, c est à dire qu il faut travailler dans des équipes beaucoup plus intégrées ou avec des partenariats très forts, de façon à ce que dans l acte de construire, très tôt dans la conception, que ce soit dans le neuf ou dans la réhabilitation, on puisse travailler de façon beaucoup plus récursive. Par exemple, dans un concours j aime bien, quand je participe à une équipe, avoir une première réunion avec l architecte avant même qu il ait dessiné. Là, on se met d accord sur les grands axes. Comme cela, je suis à peu près sûr que nous allons partir tous les deux sur les bonnes bases. Ensuite, on se revoit de façon à ce que, progressivement, une progression se fasse. Nous avons maintenant des outils qui permettent d avoir une image, une signature énergétique du bâtiment et notamment de son enveloppe qui soit beaucoup plus tôt connue qu avant. On sait maintenant dire assez rapidement si un bâtiment va rentrer en surchauffe ou pas sur les premiers coups de crayon. On est donc en mesure de le rectifier. Il faut passer d un état de médecin curatif qui, à un moment donné va donner le médicament qu il faut, au médecin préventif, c est à dire à celui qui va travailler sur le bâtiment au départ, de façon à limiter les problèmes. Derrière, il faut mettre en place des outils nouveaux, des façons de faire nouvelles. Je suis frappé par exemple du manque de temps que l on a pour concevoir un bâtiment. Je ne sais pas si Pascal Gontier, architecte, va me contredire, mais la façon dont on fait actuellement les concours me désespère : l équipe qui fait un concours a cinq ou six semaines pour analyser de très gros projets, très compliqués et quand on regarde la façon dont c est fait, que l on revient un peu en arrière, on s aperçoit que les grands choix sont faits trois semaines avant le rendu parce qu il faut faire de belles planches graphiques et que cela va prendre beaucoup de temps et dans une nuit de charrette il y a un plan masse qui va sortir, pas deux, pas trois, qui va être étudié et du coup on fait des bêtises et une fois que c est fait c est irrémédiable. Je pense que l on fonctionne à l envers. On devrait faire en sorte que les équipes puissent s affirmer sur un, deux, trois plans masse habituels et que ces 51/106

plans masse soient analysés complètement, en termes énergétiques, en termes d émission de CO2, en termes de coût global avec les grands ratios. Ensuite, des choix sont faits, des rectifications, mais on ne laisse pas aux équipes qui ont fait un projet la possibilité de revoir en profondeur le plan masse une fois qu elles ont été sélectionnées. Ce n est plus possible, on n a plus le temps, il faut aller très vite pour un bâtiment qui va durer cinquante ou cent ans et cela a un coût énergétique extraordinaire. Eric Lagandré.- Pour résumer votre message, il faut faire travailler les ingénieurs avec les architectes le plus en amont possible du projet, se donner plus de temps sur les grands choix et travailler sur quelques exercices bien contrastés. Thierry Salomon.- Oui, et ensuite, une fois que le projet est parti il est important d avoir des curseurs, des mesures régulières dans le projet. Autrement dit, on a bien une image au moment du permis de construire parce que quelque part il faut obéir à la réglementation mais après on voit des dérives qui ne sont pas rectifiées, extrêmement peu de contrôles au final et on peut se retrouver avec des bâtiments qui sont très éloignés sur le plan énergétique et sur l apport d émission de CO2 de ce qui avait été prévu initialement. Cela ne doit pas être acceptable, il faut avoir des curseurs aux grandes étapes, éventuellement avoir recours à un audit extérieur pour vérifier si l on est bien dans les clous. Eric Lagandré. Après avoir fait parler l ingénieur, je vais faire parler l architecte. Pascal Gontier, vous êtes professeur à l école d architecture de Paris Malaquais. Vous avez une agence d architecture, vous avez des projets ambitieux sur le plan énergétique, des chantiers avec la SEM par exemple à Paris. Comment pouvez-vous rebondir sur l intervention de Thierry Salomon? Pascal Gontier.- Tout d abord, je confirme complètement ce que disait Thierry Salomon sur cette conception qui est complètement à revoir. Il se trouve que j ai exercé pendant quelques années de façon un peu simultanée puisque j avais de petits projets d architecture et en parallèle j exerçais pour les conseillers HQE pour d autres architectes. Donc j ai vécu en direct ce que pouvait être un conseiller que l on appelle la veille de remise des devis pour faire une notice. Et encore, ce n est pas le cas le pire, souvent on est appelé une fois que le concours est remporté pour rendre le projet environnemental correct et énergétiquement performant. Evidemment cela ne marche pas. Pour ma part, j ai fait un choix il y a quelques années, il y a huit ans. Comme je considérais que c était une question stratégique pour l architecture et également que le temps du projet était très court, j ai décidé d intégrer à l agence ces points qui ne sont pas attendues de la part d un cabinet d architecture. 52/106

Nous faisons une grande partie de travail souvent de lobby ingénierie et nous faisons souvent à l agence le travail de simulation énergétique. Effectivement, notamment dans le cadre de la réhabilitation, nous n avons pas beaucoup de retour d expérience avec un suivi réel pour pouvoir indiquer de façon sûre quelle est la meilleure stratégie pour un bâtiment réhabilité. Il n y a pas de recettes. Par contre, il y a des méthodes et cela se passe en phase de diagnostic. Doiton isoler par l extérieur, par l intérieur? Est-ce que finalement l isolation des parois verticales est un enjeu stratégique? Tout cela, ce sont des questions très complexes. Si on isole par l extérieur pour des bâtiments type château, cela paraît très difficile, à moins d emballer le bâtiment. Par l intérieur, évidemment le problème de l inertie se pose et quand on regarde de près, on se rend compte que finalement si on fait la toiture, si on fait les planchers bas, si l on met le paquet sur les fenêtres et que l on préserve l intérieur pour conserver l inertie thermique du bâtiment, c est une solution qui n est pas plus idiote qu une autre. Cela dit, on ne peut pas se décider, c est un choix fondamental de projet et la réponse n est pas la même pour un projet X ou un projet Y. Cela implique vraiment à la fois d avoir un diagnostic très poussé, sondage et autre, et ensuite de s atteler à cette phase de simulation au stade d étude de faisabilité. Eric Lagandré.- En fait, vous êtes encore plus radical que Thierry Salomon, dans la même logique que lui, à savoir que vous dites : «Je considère que l architecte doit intégrer la compétence thermicienne en interne et nourrir son projet de cette réflexion? Pascal Gontier.- Je ne suis peut-être pas aussi radical. Ma manière personnelle de concevoir la structure, c est un enjeu stratégique. Cela ne m empêche pas de travailler avec des bureaux d études dans des domaines très spécifiques, d aller chercher des compétences chez les ingénieurs. J ai un peu de formation là-dessus. Mon agence fait une veille puisque j ai la chance d être enseignant et de faire un peu de recherche, mais toutes les agences ne peuvent pas faire cela. Par ailleurs, je suis confronté à cette pression du temps qui fait que je dois répondre de cette manière là. Maintenant sur de très gros projets, j ai les moyens, je peux fonctionner autrement. Je pense que c est une manière de retrouver le sens du métier et c est réellement le sens de notre métier qui n est pas seulement de produire des formes. Eric Lagandré.- Pouvez-vous nous parler un peu de l ensemble de la profession des architectures, de la manière dont vous la percevez? Est-ce que vous sentez qu il y a un regain d intérêt sur le plan thermique? Est-ce qu on va pouvoir dire dans quelques années que la grande majorité des architectes sont 53/106

maintenant au point sur le plan thermique dans la rénovation ou est-ce un peu trop ambitieux de dire cela? Pascal Gontier.- Je ne peux parler que de l école d architecture de Paris Malaquais dans laquelle j enseigne. Je suis arrivé comme titulaire il y a deux ans. On m a bien indiqué quand j ai passé le concours que ce serait pour enseigner le projet environnemental. J ai commencé l année dernière avec un cours qui s appelle le bâtiment à énergie positive. Ce cours se déroule en deux phases. La première phase porte sur le module Canicula qui travaille sur de fortes chaleurs où un enseignant chercheur spécialiste en thermique donne pendant deux jours une formation thermique intensive et ensuite il donne une courbe de simulation thermique du bâtiment. Les étudiants commencent à s exercer sur des projets dans la deuxième phase. Je pensais que cette partie serait un peu aride et que je n aurais pas beaucoup de monde, mais il s est trouvé que l année dernière, au lieu d avoir une moyenne de 15 à 20 étudiants, je me suis trouvé avec 54 étudiants et d autres avaient été refusés. Cela veut dire qu il y a une vraie rupture générationnelle qui n a pas été forcément complètement comprise par les administrations dans les écoles d architecture et un étudiant de 20 ans aujourd hui n imagine pas faire son métier autrement que comme cela. Donc pour répondre à votre question, je pense que demain il y aura une mutation profonde à la fois dans l enseignement de l architecture et dans l exercice du métier d architecte. Eric Lagandré.- C est assez positif et d ailleurs on sent bien que partout dans le pays, dans les entreprises, chez les artisans, chez les distributeurs, chez les architectes, des projets nouveaux apparaissent et des gens se mobilisent pour des opérations très intéressantes. André Jaunay, vous vous occupez du soutien à la création et au développement des entreprises. Pouvez-vous nous dire comment vous commencez à appréhender cette question de mobilisation des entreprises du bâtiment autour de l amélioration énergétique des logements et des bâtiments qui existent déjà? André Jaunay Je m occupe effectivement de création et développement de l entreprise. Construire un projet de création d entreprise, conclure un projet de reprise d entreprise, aider au recrutement, aider à l innovation : voilà les sujets sur lesquels je peux donner quelques informations. Sur la création d entreprise, l innovation est très présente actuellement. C est le cas dans le secteur du bâtiment, ce n est pas toujours dans les grosses 54/106

entreprises que se rencontre l innovation, et même de moins en moins. Pour aider à la création d entreprise nous avons des dispositifs pour construire les projets et surtout des dispositifs pour les financer. Nous avons des systèmes de prêts d honneur, c est-à-dire des prêts sans intérêt, sans garantie, qui sont accordés aux porteurs de projets, pour des montant qui vont, selon les catégories de projet, de la création de TPE jusqu à la création d entreprise innovante et à fort potentiel de croissance, de 15 000 jusqu à 80 000. Nous avons aussi des systèmes de mise en relation entre les porteurs de projet et les investisseurs individuels, des business angels. Ainsi, nous avons des réunions départementales pour présenter des projets à ces personnes et cela consiste aide aussi à la construction des projets. En effet, quelqu un qui a des idées nouvelles n a pas forcément l argent, pas forcément les relations, pas forcément l expérience entrepreneuriale. L investisseur individuel, qui est souvent un ancien entrepreneur ou un cadre senior, va lui apporter tout cela. Comme c est un individu, comme le créateur, il est prêt à y aller en risque, donc à intervenir en création. C est donc très important pour la collectivité régionale de favoriser la rencontre entre ces publics. Nous aidons également sous forme de garantie. Nous aidons au développement, nous aidons à la reprise. Un entrepreneur qui souhaite transmettre, un entrepreneur qui souhaite reprendre peut bénéficier d appuis financiers. Même pour les entreprises artisanales, nous avons une aide à l évaluation des entreprises qui permet de construire la relation entre le repreneur et le constructeur sur des bases solides et de donner une petite aide à l investissement. Pour des projets plus importants, nous avons des garanties et ce que nous appelons un contrat de développement reprise, c'est-à-dire que le repreneur peut bénéficier, pour remplacer une partie de son endettement bancaire, d une avance de la Région et cette avance est remboursable avec un différé. Cela reste à rembourser, évidemment, mais cela permet de démarrer la reprise dans de bonnes conditions, de soulager les premiers exercices. Tout cela, ce sont tous les outils de financement. Je ne peux pas décrire beaucoup plus mais sachez qu il y a du prêt, de la garantie, des apports de fonds propres en création, en développement, en reprise. Il y a aussi des choses particulières pour le développement des éco activités. Nous allons créer un fonds de prêts d honneur spécifique pour les éco activités, donc quelqu un qui dans le bâtiment aurait une idée d entreprise, de produit, aura accès à un outil particulier pour financer ce projet sous forme de fonds propres. 55/106

Eric Lagandré. Avez-vous déjà senti une demande sur le terrain d amélioration énergétique des bâtiments? André Jaunay.- Bien sûr, il y a beaucoup de projets. C est vraiment un secteur très innovant. J ai parcouru tout à l heure les allées et j ai vu beaucoup de choses nouvelles, avec des qualités environnementales et énergétiques tout à fait intéressantes. Donc il y a une créativité et la Région est prête avec ses partenaires à soutenir cette créativité. Nous avons aussi des dispositifs qui permettent d aider à l embauche, d aider à la formation, y compris sur des petites opérations. La formation, c est souvent des formations très générales. Nous pouvons construire de petits programmes de formation, par exemple une entreprise a besoin de recruter quinze personnes de manière ouverte ou sur un territoire particulier, donc nous faisons un programme de formation particulier pour cette entreprise ou pour un territoire. Nous soutenons aussi les chantiers école. Eric Lagandré.- On pourrait imaginer par exemple qu à l occasion d une opération programmée d amélioration de l habitat, on lance quelques chantiers école et une action de formation à l échelle du territoire? André Jaunay Absolument. Là, nous avons des actions disponibles. Nous avons des aides à l innovation pure, elle-même, avec un organisme qui s appelle le CRITT Chimie Environnement (centre régional d innovation et de transfert de technologie). Si vous avez un problème technique, particulier, cet organisme est à votre disposition pour vous aider à l explorer. Sur les domaines spécifiques, nous sommes aussi en train de réfléchir à une opération qui s appelle «pacte PME». Elle consiste à favoriser les relations entre les grands comptes publics et privés et les petites entreprises ou les jeunes entreprises. En effet, l une des difficultés pour les petites et les jeunes entreprises, c est d accéder à la commande publique ou la commande privée des grands comptes. Nous sommes donc en train de construire un système dont la première expérience sera sur le thème des éco activités. On peut tout à fait imaginer par exemple - là je m avance encore un peu plus - que les grands comptes privés soient présents, ainsi on va faciliter la mise en relation avec des jeunes boîtes. Les grands comptes publics, pourquoi pas la Région, qui évidemment a beaucoup de commandes dans le domaine du bâtiment, pourraient également être amenés à avoir de plus en plus cette position consistant à s intéresser aux petites entreprises, aux nouvelles entreprises. C est souvent là qu il y a de l innovation et c est souvent là qu il est compliqué de construire des propositions en réponse à des marchés autour des grands comptes. Eric Lagandré.- Il y a donc des outils à l échelle de la Région Ile-de-France pour soutenir la créativité, pour soutenir l innovation et maintenant pour soutenir la formation des personnes. Maintenant, c est au monde du bâtiment de s emparer de ces outils et de les faire vivre. 56/106

André Jaunay.- Nous allons aussi dans le domaine de la transmission/reprise sans doute travailler, notamment avec la CAPEB, pour, au-delà de nos actions un peu générales, voir comment on peut le favoriser davantage. Cela fait partie de notre programme de travail à l invitation d ailleurs de votre organisation. Eric Lagandré.- Merci. Je propose maintenant un moment de débat. Question.- Je fais partie de l association des amis de la terre. Ma question est posée aux architectes et artisans. Nous sommes en contact des particuliers qui sont de plus en plus sensibilisés et qui essaient de trouver de trouver des solutions pour la rénovation thermique de leur logement. Or en général ils ne savent pas à qui s adresser. J ai fait l expérience personnelle de faire venir un architecte chez moi. Pour tout ce qui est neuf, il y a de bonnes compétences, même sur des éco constructions, en revanche pour la rénovation, tout le monde reste perplexe. Les artisans sont souvent spécialisés par domaine et n ont donc pas une vision transverse. A qui faut-il s adresser? Est-ce que l on crée un nouveau métier d architecte rénovateur ou un métier d artisan polyvalent? Par ailleurs, nous avons évalué dans notre association que la rénovation des logements va nécessiter à peu près la création de 120 000 emplois dans les métiers du bâtiment. Comment anticipez-vous et préparez-vous l arrivée de ces nouvelles personnes dans le domaine du bâtiment? Dominique Métayer.- Votre question est tout à fait pertinente, dans le sens où ce sont les acteurs qui doivent apporter des réponses aux problématiques. Je ne vais pas parler à la place de mon collègue architecte mais il est vrai que tout le monde ne peut pas avoir toutes les compétences dans tous les domaines. Peut-être que la spécialisation n a pas non plus tous les effets bénéfiques que nous pourrions en attendre. Le fait de s adresser d abord à un généraliste permet de bien dégrossir la problématique et d aller vers les spécialistes pour répondre à la problématique à résoudre. Dans l artisanat du bâtiment, nous avons bien pris en compte cette démarche. La diversité est telle dans nos métiers un peu plus de 330 000 entreprises, la CAPEP en fédère 100 000 que nous avons le panel de tout ce qui peut se faire sur l ensemble du territoire en termes de compétences, de ce que l on peut apporter comme service à nos clients. Notre réelle mission, c est d apporter ce service à nos clients. Il est vrai que le relationnel entre ce client et l entreprise va s exprimer par le fait de contacter pour résoudre les problématiques un professionnel. Ce professionnel qui se rend chez vous pour résoudre votre problème quel qu il soit, soit en termes techniques soit en termes économiques, est doté des 57/106

compétences fondamentales qui sont celles de son métier. C est avec ses compétences qu il doit pouvoir vous apporter une solution ou des réponses, et s il n a pas ces solutions ou ces réponses, il faut s adresser aux spécialistes. La mission de la CAPEB est de former ces artisans, ces entreprises à développer ces démarches qui sont dans 80 % des cas naturelles mais qui aujourd hui, avec la problématique qui nous concerne, doivent devenir systématiques et automatiques, et de mettre en relation l ensemble des acteurs avec l aide des architectes, des ingénieurs, des industriels, du négoce et d autres relais vis-à-vis d eux, pour vous apporter avec les matériaux, les techniques, la réponse à votre problématique, tout cela en gardant bien sûr votre habitation non dénaturée et au contraire en la valorisant et en la rendant durable. Pascal Gontier.- Je ne suis peut-être pas la meilleure personne pour répondre à cela, mais il y a l association «Rénov» sur le salon qui publie la revue l architecture à vivre qui fait la promotion de l exercice de la profession sur ce créneau de l habitat individuel. Dans notre pays, les architectes sont peu présents dans l habitat individuel, au contraire d autres pays comme la Suisse, la Belgique ou l Autriche. Il y a des raisons historiques et législatives : le recours d un architecte est obligatoire pour une construction à partir du moment où elle fait plus de 170 m2. Chez nous, nous sommes assez peu structurés pour cela. On le trouve en rénovation ou sur du neuf sur du logement social. Autrement, on le fait quand il y a des enjeux techniques assez importants. Il y a un profil d architecte qui peut être intéressé par ce type de projet, ce sont les jeunes architectes pour lesquels c est souvent le début de leur exercice professionnel. Nous avons tous commencé et moi-même j ai commencé par faire des appartements. C est un chantier assez complexe mais c est justement une bonne raison pour appeler quelqu un qui peut être très disponible. Je vois donc cette solution là. Mais contactez l architecture à vivre, vous aurez certainement d autres réponses. Eric Lagandré. Je voudrais essayer de répondre aussi à votre question. Quand on observe le marché, on se rend compte que les architectes sont extrêmement peu présents sur le marché de l amélioration de l habitat. Leur part de marché est tellement faible que même lorsqu on interroge 30 000 ménages on n arrive pas à avoir une mesure fiable de leur part exacte du marché, même pour des chantiers assez importants. Il y a des explications à cela : le cœur de marché, ce sont des chantiers entre 2 000 et 20 000 et l architecte dans son organisation habituelle de travail a du mal à rémunérer son activité sur des chantiers de plus petites tailles. 58/106

On est donc un peu obligé de compter sur ceux qui sont présents, qui sont les artisans du bâtiment et d ailleurs on se rend compte que la principale difficulté des particuliers sur ce marché, c est de trouver un artisan. On a du mal à répondre à la demande dans la période actuelle et peut-être pour quelques années encore. Comment font les particuliers pour trouver un artisan? S ils cherchent un artisan spécialisé dans un corps de métier, le plus souvent ils vont s adresser à un artisan avec lequel ils ont déjà travaillé. L enjeu me paraît bien être pour les artisans de prendre l habitude d intervenir en groupement. Ils ont déjà l habitude de recommander leurs confrères des autres corps de métier, il faut peut-être qu ils améliorent encore leur capacité à le faire en commençant à engager leurs clients sur les solutions techniques qu ils connaissent, même si elles ne sont pas dans leur corps de métier d origine. Cette articulation entre les différents corps de métier me paraît complètement décisive pour la période qui vient. La CAPEB peut peut-être répondre à la question : comment faire pour attirer 100 000 nouveaux salariés dans les entreprises du bâtiment? Dominique Métayer.- C est un des problèmes cruciaux de notre activité du bâtiment. Nous avons la chance d avoir une activité en expansion depuis sept ou huit ans maintenant. Nous avons aussi connu des moments de marasme, comme dans toutes les autres branches de l industrie. Aujourd hui, il y a un tel besoin et la démographie de notre pays est telle que dans nos professions il commence à y avoir pas mal de têtes blanches et nous avons donc des difficultés. Nous parlions tout à l heure de la transmission/reprise d entreprise, c est vraiment quelque chose de vital pour l ensemble de l économie et l ensemble de la société. C est donc un enjeu important. Comment pouvoir sensibiliser ceux qui pourraient accéder à nos métiers, jeunes ou moins jeunes, puisque l on s aperçoit aujourd hui qu il y a des reconversions professionnelles qui peuvent tout à fait rentrer dans ce cadre et venir nous rejoindre dans ces métiers qui sont et ce n est pas être chauvin que de le dire les plus beaux métiers et durables. Ce terme de durabilité n est donc pas un terme galvaudé chez nous. C est par des moyens de communication. Dès le plus jeune âge des enfants on anime dans les écoles «les ateliers du mercredi» où un artisan se déplace et présente son métier dans ces établissements scolaires afin, dès le plus jeune âge ou tout au moins avant l orientation, de pouvoir sensibiliser les jeunes à ces métiers que l on connaît mal et qui ont été souvent dénaturés et galvaudés. 59/106

On imagine toujours le gars du bâtiment avec une paire de bottes, les pieds dans la boue et une pelle et une pioche à la main. Je peux vous assurer qu aujourd hui, même si ces outils là font partie de notre panoplie, ce ne sont pas les plus employés et nous faisons tout pour améliorer les conditions de travail. Nous sommes aux 35 heures dans nos entreprises, nous bénéficions des congés comme les autres, en plus avec un relationnel important, humain, à la taille de nos entreprises, ce qui est aussi important dans la société où nous vivons aujourd hui. Notre but, c est d en fédérer et d en rassembler le plus grand nombre, de les former non pas à un emploi mais à un métier qui leur apportera toutes les ficelles et tous les arts qui puissent leur permettre de pouvoir s adapter en permanence aux nouvelles technologies comme aux anciennes, puisque la part du patrimoine a une grande importance sur notre territoire et que nous ne devons pas le dénaturer mais le préserver et le développer. N oublions pas qu aujourd hui nous construisons le patrimoine de demain. C est une réflexion que doivent avoir aussi les architectes et tous les autres acteurs : nous construisons aujourd hui le patrimoine de demain. Nous avons besoin de têtes et de bras. Nous avons aujourd hui des gens qui ont des diplômes, qui ont des bacs, qui ont plusieurs années d études et qui viennent vers nos métiers et qui passent aujourd hui des CAP, des BEP ou des bacs professionnels. Tous les espoirs sont donc permis mais c est un travail de chacun : vous qui avez des enfants, pensez lors de leur orientation aussi aux métiers du bâtiment, ceux qui s y engageront auront un bel avenir de promotion social au sein de cette société. Question.- Une question plus économique : à moyen terme, si l on passe les bâtiments HQE, je repense à une émission avec Mme Lepage il y a une semaine qui disait que la recommandation n 2 serait que dans cinquante ans tous les bâtiments, que ce soit pour les collectivités, les individus, soient en mode qualité environnementale. Pour l instant, c est un surcoût. A titre privé, je fais restaurer, c est un surcoût. A titre professionnel je fais restaurer c est un surcoût. Comment économiquement envisagez-vous à terme d avoir un appartement ou un bâtiment haute qualité environnementale, dans lequel on est bien au même coût? Comment commencez-vous à anticiper cela? Est-ce nous, particuliers, qui devons payer le prix de l innovation? Comment votre profession s organise pour que nous n ayons pas tous 20 % de surcoût sur ces bâtiments? Thierry Salomon.- Sur les observations que l on observe en qualité environnementale dans le neuf actuellement, on peut considérer que l on a un surcoût qui peut être de l ordre de 7 % du coût des bâtiments. Donc entre 5 et 10, ce qui rejoint ce qui a été dit ce matin notamment au niveau des opérations Minergie. 60/106

Le problème, c est comment absorber ce surcoût. Lorsque l on fait un peu de calcul économique en fonction des coûts d exploitation que l on observe, et notamment sur les tendances actuelles à l augmentation des prix de l énergie je rappelle que le gaz a pris 20 % l année dernière on est gagnant. On est gagnant aussi à la revente sur le prix du bien. La grande difficulté, c est que l on a le nez collé sur le coût d investissement. Il faudrait quelque part, dans la façon de faire les opérations, mettre en œuvre un coût opératoire, un coût global anticipé sur une future externalisation d un certain nombre de coûts, c'est-à-dire par exemple sur une taxe sur le carbone ou sur différents éléments qui vont nécessairement être réintégrés dans cinq ou dix ans dans le coût réel du bâtiment. Faire aujourd hui un bâtiment sans carbone, c est aussi avoir derrière une sécurisation sur les coûts de demain. Nous payons souvent très cher la sécurité, je crois que faire un bâtiment HQE, peu émetteur de carbone, peu consommateur d énergie, c est aussi pour un investisseur sécuriser son bien. Eric Lagandré.- Nous avons aussi une marge de manœuvre assez importante sur le marché de la rénovation énergétique des bâtiments qui est lié au fait que jusqu à présent le recours au crédit pour l amélioration de l habitat est très peu développé. Si l on prend des dépenses d un montant comparable, le taux de recours au crédit pour l amélioration est en général inférieur de moitié à ce qu il va être pour l automobile, pour l achat d une maison neuve, pour l achat d un ordinateur, d une chaîne hi-fi, etc. L enjeu pour les métiers du bâtiment, c est de faciliter le développement du nombre de crédits qui viennent aider les particuliers qui sont dans une situation où ils commencent à envisager des travaux d amélioration énergétique du logement. Là il y a une marge de manœuvre qui est extrêmement importante et d ailleurs quand on fait des simulations, si l on veut amener des logements anciens au niveau de l ART 2005 et que l on regarde le montant des travaux qu il va falloir financer à crédit, on se rend compte que dès lors que le prix du pétrole va se situer entre 80 et 100 dollars, l ensemble des travaux nécessaires pour mener ces logements au niveau de l ART 2005 génère des remboursements d emprunts inférieurs aux économies de charge qui vont être provoquées. On a donc une solution de financement qui doit être massivement développée et promue par l ensemble des acteurs du bâtiment. Dominique Métayer.- Il est vrai qu aujourd hui, avec ce système de mesure des consommations des logements et de classification de ces logements dans différentes grilles, un peu comme aujourd hui on peut acheter de 61/106

l électroménager en fonction de leur consommation, on connaît les prix de l immobilier et dans la région parisienne on connaît la flambée de ces dernières années, on connaît le problème d accès des plus jeunes et des moins fortunés au logement dans notre pays et en Ile-de-France, demain lorsque vous allez acquérir un appartement ou une maison, on verra où se situe la consommation énergétique. Ce ne sont pas les seuls critères que l on pourra retenir mais celuici sera évident. Aujourd hui, comme on se pose la question lorsqu on achète un véhicule ou lorsqu on achète un appareil électroménager sur sa consommation, il y aura peut-être négociation entre le vendeur et l acheteur par rapport au prix proposé de ce bien. Je pense que c est un paramètre dont l ensemble des citoyens tiendra compte au moment de faire une acquisition. Quand on parle d une utilisation plus faible du crédit en rénovation que dans le neuf, c est parce que ce sont des investissements réfléchis et lorsque l on fait ce type d investissement ou d achat réfléchi, on a plutôt tendance à faire des économies pour pouvoir emprunter le moins possible. L argent investi est donc plus important dans l esprit des uns et des autres. Il faut donc apporter des solutions qui puissent rentabiliser cet investissement plus lourd que le reste et qui n est pas un achat d impulsion mais qui doit être pérennisé. D où l importance de trouver les méthodes nécessaires pour réaliser ces économies, certes alléger la facture pétrolière, gaz, électricité, etc. mais aussi pour valoriser son patrimoine. Pour faire qu un patrimoine ne se dégrade pas, il y a des précautions importantes à prendre, sinon on peut aller à des catastrophes. Il faut aussi penser à la valeur que l on transmettra et non pas donner des cadeaux empoisonnés ou des biens qui n ont plus de valeur. On sait le prix que cela coûte et je dois dire que dans les ménages les plus modestes, cela a encore plus d importance. Eric Lagandré.- Je voudrais rebondir sur la question de la personne des amis de la terre. Je ne suis pas satisfait de la réponse qui a été donnée par M. Métayer de la CAPEB ou par M. Gontier. Je pense que c est un défi pour l avenir. Nous avons des travaux qui doivent être réalisés qui doivent être de plus en plus importants au niveau de la rénovation, pour atteindre des niveaux de performance satisfaisants. Si l on veut suivre le scénario NégaWatt par exemple, il va falloir faire des travaux intégrés de manière importante. Si l on veut mettre des panneaux photovoltaïques ou du solaire thermique sur des toitures en intégré, avec de l isolation sous toiture, on voit bien que l on a affaire à des corps de métier qui jusqu à présent n ont rien à voir. Dans le cadre d une étude que nous menons avec le club de l amélioration de l habitat pour essayer de mieux comprendre comment se passent les chantiers, 62/106

on voit bien qu il y a de très gros problèmes, que les solutions mises en œuvre actuellement sont quasi inexistantes, que l on n aide absolument pas les particuliers à faire des travaux de rénovation sur leurs maisons, que c est presque le niveau zéro de l accompagnement, que les architectes ne viennent pas sur les petits projets, qu au niveau des métiers de la CAPEB chacun travaille dans son coin. Je n ai pas le sentiment qu au niveau de la CAPEB il y ait cette volonté de créer des métiers un peu généralistes. Ce que vous disiez tout à l heure sur le métier de généraliste me paraît un peu théorique. Je trouve qu il n y a pas la prise en compte de cette révolution qui doit être réalisée. Je souhaite que dans ce métier on fasse la révolution car si l on veut atteindre les niveaux qui ont été présentés ce matin, si l on ne se met pas cela dans la tête on n y arrivera jamais. Que faites-vous pour préparer cette révolution en douceur? Dominique Métayer.- Nous sommes tout à fait conscients de ce problème et si l ADEME pouvait nous aider dans notre démarche, ce serait bien. Quand je parle de cette démarche généraliste, vous savez que nous avons aussi affaire à des réglementations, à des législations. Vous parliez des panneaux solaires. Qui monte sur un toit pour poser des panneaux solaires : le couvreur, le plombier, le chauffagiste? Aujourd hui on se heurte aussi à des problèmes d hygiène et de sécurité, d assurance sur des chantiers qui sont en totale inadéquation avec ce type d activité. Croyez-moi quand je vous dis que nous avons pris toute la mesure de ce gros chantier. On a souvent écarté l ensemble de ces 330 000 entreprises de ce concept, de ce challenge d économie d énergie qu il faut aujourd hui relever. Nous nous sommes je ne dirai pas raccrochés parce que certains professionnels de nos métiers suivaient le dossier en permanence, mais croyez moi, aujourd hui l ensemble des métiers à la CAPEB depuis au moins deux ans maintenant et cela va en s amplifiant en ont pris conscience. Aidez-nous à faire évoluer cette législation qui concerne l ensemble de nos métiers car aujourd hui nous sommes confrontés à ces problèmes. Par exemple, un couvreur n est pas assuré pour poser des panneaux solaires. On dit que c est plutôt du domaine de l électricien. Si ce sont des panneaux avec circulation d eau, c est du domaine du plombier mais celui-ci n est pas assuré pour monter sur un toit et poser ce type de panneau. Nous avons donc des passerelles à établir justement pour pouvoir faciliter tout cela et je crois que la complémentarité est dans l exercice de ces métiers. On nous reproche souvent d être un peu trop généralistes, de ne pas être assez spécialistes. Nous prêchons l indépendance, l autonomie des entreprises, la liberté d entreprendre, la liberté d exercer, la liberté de traiter en direct avec nos clients. 63/106

La problématique est donc très vaste et la CAPEB a pris tous ces paramètres en compte. Nous devons satisfaire nos clients pour de nombreuses années encore. Aidez-nous à faire évoluer ces législations, cela nous fera gagner du temps. Question.- Je voudrais aborder le problème du travail en commun des artisans. Je me trouve confrontée à ce problème de couverture et de panneaux solaires. Le couvreur ne veut pas que l on pose des panneaux solaires en même temps qu il travaille. Le poseur de panneaux solaires ne veut pas non plus, disant qu il n y aura pas de garantie décennale si cela se fait ensemble, etc. Je suis donc obligée de payer deux fois. Autre question : lorsqu un particulier achète une maison ancienne à rénover, les deux premières années on lui offre des avantages assez importants, jusqu à 40 % d aide. Mais après la deuxième année, les aides chutent. Or lorsqu un particulier achète une maison, le plus souvent il est totalement exsangue à l achat. Il ne peut donc pas entreprendre les plus gros travaux tout de suite. C est donc après qu il aurait besoin d être plus aidé. Est-ce voulu parce qu on sait que finalement on n aura pas beaucoup à payer parce que très peu de gens feront ces travaux dans les deux années qui vont suivre ou est-ce une erreur? Eric Lagandré.- Vous dites qu il y a un problème de financement assez massif pour les acquéreurs de maisons anciennes et que le dispositif n est pas suffisant? Je prends l engagement de répercuter cette information auprès du ministère des Finances à la prochaine occasion. Je remercie tous les participants de cette table ronde. 64/106

Table ronde 3 «Comment soutenir une demande forte en matière d efficacité énergétique?» Modérateur : Didier Chérel, ingénieur au département bâtiments et urbanisme, ADEME Participants : - Arnaud Berger, responsable du développement durable à la Banque Populaire d Alsace - Jean-Luc Bonabeau, directeur de l OPHLM de Montreuil - Nicolas Garnier, délégué général de l association Amorce - Audrey Lemarec, chargée de mission développement durable, Fédération Nationale Habitat et Développement - Jacques Schmitt, délégué général de l association Cap Consommateurs Habitants - Hugues Vérité, Schneider Electric Didier Chérel.- Comment soutenir une demande forte en matière d efficacité énergétique? Cela pose dès à présent la question de savoir si cette demande forte en matière d efficacité énergétique existe et s il ne faut pas la créer. J aurai tendance, personnellement, à dire : comment créer et soutenir une telle demande. Je travaille au département bâtiments et urbanisme de l ADEME et à titre personnel je m occupe de trois programmes. Le premier porte sur les automatismes et la gestion d énergie dans les bâtiments, programme que j anime depuis longtemps mais j y passe relativement peu de temps aujourd hui. Un autre programme concerne les opérations programmées d amélioration thermique et énergétique des bâtiments. Il vise à inciter les collectivités locales à réaliser des opérations sur un quartier, une commune ou un ensemble de communes, pour inciter l ensemble des maîtres d ouvrage de ce territoire et l ensemble des professionnels à faire des travaux de maîtrise de l énergie. Ce sont des opérations que nous menons avec le ministère de l Equipement, le ministère de l Environnement, le ministère de l Industrie et l Agence nationale pour l amélioration de l habitat. Enfin, programme qui, lui aussi, m est cher et qui sera un peu abordé par Audrey Lemarec : la question de la précarité énergétique. Tout un pan de la société française vit dans des logements de piètre qualité et ont de faibles ressources pour investir ou sont tributaires, malheureusement, de propriétaires bailleurs qui ne veulent pas investir : comment peut-on les aider à sortir d une spirale très difficile de charges importantes, d une qualité du logement difficile et puis éventuellement accompagnée de problèmes de santé. C est un programme relativement modeste à l ADEME, mais que nous essayons de mener néanmoins, notamment sous l angle de la formation. 65/106

Je me tourne vers Jean-Luc Bonabeau, directeur de l Office public de l habitat montreuillois, anciennement l OPHLM de Montreuil, dont Bruno Peuportier a parlé ce matin en signalant une opération menée avec l OPHLM de Montreuil. Cet office s est transformé en OPAC en 2006 et s appelle aujourd hui Office public de l habitat montreuillois. Il gère 11 000 logements sous forme d une centaine de résidences et ce patrimoine augmente.il constitue l un des dix plus gros organismes de l Ile-de-France. Première question : comment faites-vous pour concilier des investissements de maîtrise de l énergie dans le sens de la protection de la planète et votre volonté de ne pas trop augmenter les quittances des locataires? Jean-Luc Bonabeau.- Vous avez évoqué la question des locataires qui ont de faibles ressources. Nous avons des logements qui sont plutôt de bonne qualité mais nous logeons une population qui a de faibles ressources. S agissant de notre réflexion autour de l énergie et des bâtiments, je dirai quelques mots de ce que nous sommes en train de construire mais la grosse question aujourd hui est celle des bâtiments existants, sur lesquels il y a le plus de marge pour améliorer l efficacité énergétique. Nous travaillons beaucoup sur ces questions avec deux idées. La première est la maîtrise de la quittance des locataires. On voit que toutes les énergies augmentent. Là on est plutôt sur les énergies autour du chauffage mais la question de l eau nous paraît aussi primordiale. En même temps, nous essayons d allier tout cela à la préservation de l environnement et de la planète. Ce qui est assez intéressant dans cette démarche, c est que nous nous adressons à des populations un peu fragilisées mais à chaque fois que nous parlons rénovation, par exemple énergie renouvelable, panneaux solaires, nous avons un accueil très favorable des locataires, contrairement à ce qu au tout départ nous pouvions penser. Aujourd hui, dans toutes les cités où nous avons été amenés à intervenir de cette manière, nous avons le sentiment que nos locataires ont une certaine fierté de voir que leur cité est en pointe par rapport aux questions de l énergie et de la protection de l environnement. Maintenant, cette demande vient dans d autres réunions avec d autres locataires qui disent : «pourquoi dans notre bâtiment n avons-nous pas la même chose, pourquoi n avons-nous pas de l eau chaude solaire, pourquoi n avons-nous pas du vitrage peu émissif?» bref toutes les questions liées à l environnement. Aujourd hui il y a une vraie synergie. Par contre, en face il y a de vrais problèmes financiers. Nous avons la volonté mais nous avons aussi des limites, c'est-à-dire que les organismes de logement social rencontrent un certain nombre de difficultés, à plus ou moins grande échelle et la décision que nous avons prise, par exemple chaque fois que nous avons fait des investissements, 66/106

c est d essayer que cela ne pèse pas sur le loyer du locataire. Nous avons par exemple installé des panneaux solaires. On nous pose la question de temps en temps du temps de retour. Or pour nous il n y a pas de temps de retour puisque tout l investissement est pris par l organisme et la totalité de l économie est rendue aux locataires. Cela veut dire aussi qu il faut avoir les moyens pour investir. Après, il faut peut-être des prêts bonifiés, une aide de l Etat plus importante, une volonté régionale Nous sommes en train de travailler avec la Région Ile-de-France qui a décidé de mettre plus d argent sur les réhabilitations des immeubles en élevant l exigence de qualité et je trouve cela très bien. Ils nous demandent plus d effort, par contre ils vont nous donner plus d argent. Cela veut dire que ceux qui voulaient faire des réhabilitations au rabais n auront plus les moyens d accéder à l aide de la Région. Pour avoir l aide de la Région, il faudra un niveau d exigences en termes d énergie, d accessibilité handicapés, etc. Didier Chérel.- Quel soutien de l Etat attendez-vous dans votre projet de rénovation énergétique des bâtiments et pensez-vous que cet effort, notamment réalisé par son agence ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine) soit à la hauteur des objectifs annoncés? Jean-Luc Bonabeau.- Il me semble qu il faut qu il y ait, pour que nous puissions investir plus largement dans ce domaine, une incitation financière plus forte de l Etat, voire d autres collectivités locales. Si à Montreuil nous avons décidé de nous investir dans ce domaine, c est aussi parce que le député maire de la commune a souhaité que ce soit un objectif fort de son mandat et qu il nous a demandé de réfléchir à cette question très tôt. Je pense qu aujourd hui que nous sommes sur des aides de l Etat trop faibles. Vous évoquiez l ANRU, nous avons un dossier dans l ANRU. Nous avons décidé d y apporter un caractère environnemental. Nous avons passé deux heures devant le conseil de l ANRU, or cette question n est jamais venue. Il n y a pas de bonification supplémentaire dans les aides de l ANRU parce que notre opération est labellisée habitat environnement. Je trouve cela un peu dommage. On parle d un guichet unique, d une organisation centrale de tous les services de l Etat autour de la rénovation urbaine mais la question de l environnement n est pas présente. Didier Chérel.- Pouvez-vous donner quelques illustrations d opérations réalisées par votre organisme ou que vous avez en cours dans le domaine de la haute performance énergétique? Jean-Luc Bonabeau.- Nous avons cinq ou six opérations neuves labellisées habitat environnement. Nous avons donc décidé que toutes nos opérations neuves seraient labellisées habitat environnement, ce qui représente plus de 300 logements. Nous allons continuer avec malheureusement quelques freins. Par exemple, nous avions une opération dans laquelle nous voulions faire de la 67/106

récupération des eaux de pluie pour alimenter les sanitaires mais les freins de la DDASS nous ont amenés à abandonner ce projet. C est à mon avis un peu dommage. Nous travaillons sur la réhabilitation. Nous avons fait plusieurs opérations de panneaux solaires thermiques pour préchauffer l eau chaude des locataires. Nous avons aussi une installation de 220 mètres carrés de panneaux photovoltaïques sur une opération au dessus des locaux du comité de liaison des énergies renouvelables. Didier Chérel.- L OPAC de l Isère dispose d un directeur développement durable. Je crois savoir que dans votre organisme vous n en avez pas encore. Est-ce que cela vous paraît une bonne idée? Est-ce qu un directeur développement durable dans votre organisme ne serait pas de nature à doper un peu cette activité? Jean-Luc Bonabeau.- Sûrement. Je connais un peu les réalisations de l OPAC de l Isère. Je pense que c est un organisme assez exemplaire sur ces questions. Nous ne sommes pas tout à fait de la même taille, donc à partir de là il y a des difficultés pour avoir une personne dédiée uniquement à cette question. Pour la boutade, je dirai que le directeur du développement durable à l Office c est moi. Après, il faut arriver à ce que cette question soit bien partagée par l ensemble du personnel. Toute la partie développement de l organisme est complètement convaincue et suit bien cette question. Maintenant, il faut que cette question traverse l ensemble du personnel de l organisme et nous travaillons sur un certain nombre de formations, y compris avec les gardiens, pour que les questions d environnement, de gestion de l eau, des déchets, soient maîtrisées par l ensemble du personnel. Didier Chérel.- Nous allons rester dans le domaine du résidentiel. Jacques Schmitt, vous êtes délégué général de l association Cap Consommateurs Habitants. Cette association a été créée en 1991 par Gaz de France pour sensibiliser les professionnels de l énergie aux besoins des consommateurs. Mais très rapidement vous avez pris votre indépendance dès 1993, c'est-à-dire il y a plus de dix ans, et vous vous intéressez aujourd hui à l ensemble des énergies de manière plus générale, à l évolution des besoins des consommateurs habitants terminologie que vous utilisez. Vous fonctionnez comme un club de professionnels. Vous réfléchissez aux différentes évolutions de l habitat dans le domaine de la santé, de la qualité environnementale, de l énergie. D ailleurs, vous avez un site internet où sont regroupés vos travaux. Vous avez défini plusieurs types de consommateurs et étudié leurs différentes attentes. Pouvez-vous nous en dire un peu plus? 68/106

Jacques Schmitt.- Notre site s appelle habiteraufutur.com. Effectivement, nous avons utilisé dans notre sigle et nous avons déposé le terme «consommateur habitant» parce que nous pensons que c est vraiment à titre de consommateur qu il faut s intéresser aux gens. Ils peuvent consommer toutes sortes de choses : il y a des consommateurs automobiles, des consommateurs de vacances, des consommateurs d habitat. D où ce terme. Nous pensons que ce serait une erreur souvent commise de parler des habitants en général et de penser que notamment dans le domaine qui nous occupe ici, celui de l efficacité énergétique, il faut les traiter tous pareils. Sur ce point particulier, nous nous sommes beaucoup interrogés sur les catégories possibles et dans d autres domaines nous avons réfléchi à d autres choses. Pour ce qui nous occupe, nous nous sommes demandés, si le coût de l énergie augmentait, était multiplié par trois ou quatre dans les années à venir et ce n est pas une hypothèse totalement idiote quel type de réaction pourrait-on avoir chez les consommateurs habitants. Ceci nous a amenés à définir quatre types d attitude. J appellerai la première «les victimes». Ce sont ceux qui n ont pas les moyens d investir. Je rappelle qu Emmaüs a dit récemment que 10 % des familles françaises s étaient mal chauffées au cours de l hiver dernier. Ils subissent. Que peut-on faire pour eux? On peut probablement les aider, cela relève de la politique sociale, et puis peut-être aussi, lorsqu ils sont locataires, aider leurs propriétaires HLM ou privés à renforcer l'efficacité énergétique des bâtiments donnés en location. La deuxième catégorie que nous avons définie, ce sont «les rebelles», ceux que ces histoires d efficacité énergétique ne concernent pas. Ils disent : «Je suis trop vieux, j ai toujours été comme cela, jusqu à ce que je meurs cela va bien continuer». D autres encore vont dire : «J ai travaillé toute ma vie pour avoir un certain confort, il n est donc pas question que je me chauffe à 19 degrés, je préfère économiser sur les vacances». Que peut-on faire pour ceux-là? Il y a évidemment toutes les mesures plus ou moins obligatoires, mais on a vu ce matin que l on ne peut pas aller très loin pour obliger des propriétaires particuliers à réaliser des travaux. Il y a cependant une idée que je vous soumets concernant la copropriété, car très souvent dans les copropriétés, on est bloqué par les règles de majorité et on ne peut pas faire de travaux, parce qu il y a quelques rebelles qui s'y opposent. Donc il y a peut-être à faire évoluer sur ce point les règles de la copropriété. Troisième catégorie : «les bienveillants». C est notre cœur de cible. Ce sont tous ceux qui se disent qu il faut faire quelque chose, qu il faut améliorer 69/106

l efficacité énergétique, qu il faut faire des économies. C est sûrement une partie importante de la population, en tout cas des propriétaires. Enfin, quatrième catégorie : «les pionniers» qui sont soit des écologistes de longue date qui veulent absolument faire le maximum pour la planète, soit des techniciens qui veulent le dernier cri de la technologie et sur lesquels tous les responsables qui souhaitent des économies d énergie peuvent s appuyer pour faire des démonstrations, pour aller de l avant. Didier Chérel.- Dans votre club, vous réalisez régulièrement des voyages d études. Vous en avez fait un récemment à Fribourg pour visiter des installations intéressantes dans le domaine de l efficacité énergétique. Que pouvez-vous nous dire de ce voyage? Qu avez-vous retiré de ce que vous avez vu là bas? Jacques Schmitt.- D abord, nous y sommes allés pour étudier l'utilisation des énergies renouvelables. Fribourg se présente comme la cité solaire. Donc nous y sommes allés pour voir des panneaux solaires, les applications de l énergie solaire. A l'occasion d'enquêtes d opinion, notamment de l'une d'elles réalisée par un de nos adhérents «Maison de qualité», on a demandé à un grand nombre de gens qui avaient un projet immobilier s ils accepteraient de payer 10 % plus cher pour avoir une maison économe en énergie? Ils ont répondu "oui" à 84%. On leur a demandé ensuite ce qu était une maison économe en énergie. Là, à 96 % on ils ont répondu : "C est une maison qui utilise les énergies renouvelables". Cela nous a été confirmé par d autres études de certains de nos membres. Il semble bien que chez beaucoup de consommateurs, en tout cas dans la catégorie que je définissais comme cœur de cible, il existe une espèce de rêve : "Si je pouvais devenir autonome, je n aurais plus à payer EDF, Gaz de France, les pétroliers, etc. et avec l énergie renouvelable je ferais mon énergie et je n aurais plus de coupures de courant." Nous avons donc décidé d aller voir ce qui se passait dans une ville qui se disait solaire. Effectivement, à Fribourg ils ont des réalisations très intéressantes en ce domaine, mais nous avons reçu une douche froide, car ils nous ont dit que tout le solaire que nous avons vu ne représentait que 0,5 % de la consommation de Fribourg. En revanche, nous avons vu des maisons passives et des bâtiments à énergie positive et très clairement cela commence par de l isolation. Nous avons donc appris que l énergie renouvelable pour le chauffage, c est fabuleux à condition que l on ne consomme pas plus de 15 kw/h au mètre carré. A partir de là, on peut commencer à y penser, mais avant ce n est pas la peine. En revanche, c est une très bonne opération pour ceux que cela intéresse qui ont une maison, parce que vendre le kwh 50 centimes ou 70/106

30 centimes à EDF et le payer 17, plus toutes les subventions et déductions fiscales, cela s amortit assez vite. Profitez en parce que cela ne durera pas. Donc cela peut être une opération financièrement intéressante, mais ce n est pas avec cela que l on va sauver la planète. C est donc un des points importants que nous avons appris. Toutes les énergies renouvelables à Fribourg représentent 5 % et ils espèrent dans les cinq à dix ans à venir aboutir à 10 %. Donc même en ajoutant au solaire, le petit hydroélectrique, l'éolien, la biomasse, notamment la cogénération bois, on est encore loin des économies que l'on peut réaliser en isolant les bâtiments existants. Si la vraie solution c est de passer par l isolation, effectivement il va falloir faire des travaux. Or faire des travaux, c est très gênant, le mot «chantier» n a pas très bonne réputation. On n aime pas vivre dans un chantier. Actuellement, dans mon immeuble, on est en train de refaire les canalisations qui sont en très mauvais état. Ce n est pas très agréable à vivre. C est donc un gros frein pour les particuliers à la réalisation de travaux. A Fribourg, ils font énormément de choses par l extérieur, notamment l isolation par l extérieur, ce qui semble-t-il est moins une technique française. Autre crainte du consommateur : les résultats pourraient être très décevants. On en a parlé à la table ronde précédente, il va falloir offrir aux consommateurs de l information, du conseil, de la programmation et pouvoir leur garantir une bonne qualité de travaux. Ainsi certains essais de construction de bâtiments sur le modèle "passiv'haus" en France n'étaient pas à la hauteur du standard exigé, notamment au niveau des infiltrations d air dues à une qualité des travaux insuffisante. Enfin, les travaux coûtent de l argent et tout à l heure une dame a posé le problème de l investissement et de l économie. Cela reste également un frein et il va falloir trouver un moyen de les financer au moyen des économies d'énergie futures. Donc il y a beaucoup de choses que nous avons apprises à Fribourg et il y en aurait bien d autres à vous expliquer! Didier Chérel.- Qu est-ce qui permettrait en France de susciter une demande forte en matière de travaux de maîtrise de l énergie? Jacques Schmitt.- Je vais peut-être commencer par répondre par une remarque générale. J ai été très frappé ce matin par la différence de vocabulaire que nous employons généralement nous Français, notamment dans cette salle, et les mots utilisés par le responsable helvétique de Minergie. Lui parle de confort, de ventilation douce, de choses que les gens comprennent, alors que nous parlons d efficacité énergétique, je veux bien 71/106

sortir dans la rue et demander aux gens ce que c est, ils vont être un peu surpris. Il serait donc bon que l on apprenne à communiquer en termes de consommateurs. C est un des buts de Cap Consommateurs. Par ailleurs, sauver la planète c est bien, mais sauver la planète pour qui? Autrement dit, on a tendance à voir les particuliers, les consommateurs comme des acteurs d économie d énergie mais pas comme les destinataires, les bénéficiaires de l économie d énergie. Or dieu sait que l on ne fait pas cela pour les petits oiseaux, on fait surtout cela pour que nos enfants continuent de pouvoir vivre dans des conditions de confort acceptables. Donc si je voulais répondre complètement à votre question, il faudrait répondre en termes de confort physiologique, sur la qualité de l air, le bruit, le confort physique, la température, l hygrométrie, le confort psychosocial, l environnement. Mais on y passerait beaucoup trop de temps. Je vais donc essayer de répondre techniquement à cette question mais en vous disant bien que ce n est pas notre point de vue de ne regarder ce sujet que sous cet angle d'efficacité ou de maîtrise de l'énergie. J aurai trois types de mesures à vous proposer. Le premier, c est de parler du bénéfice consommateur. Aller voir les gens en leur demandant d isoler chez eux, même si c est cher, parce que c est bien pour la planète, cela ne convaincra que les pionniers. En revanche, que peut-on leur proposer qui les intéresse? Ce que nous essayons de savoir, à Cap Consommateurs, c est ce qui intéresse les gens. C est par exemple de l espace. Si l on veut isoler le toit, c est peut-être mieux de leur proposer de leur aménager les combles, de créer une salle de jeux, une chambre, etc. et d en profiter pour isoler. On peut leur proposer de faire, dans leur vieille cave à charbon, un espace utilisable et en profiter pour isoler le sous-sol. On peut leur proposer de faire une véranda, ce qui plaît beaucoup et qui peut être très utile pour faire du solaire passif. On peut leur proposer des équipements domotiques en expliquant qu ils pourront réguler la température par pièce et en profiter pour faire de la sécurité ou du maintien à domicile. On peut leur dire que c est un moyen d être plus autonome quand on a un peu d énergie renouvelable. Il faut donc trouver ce qui intéresse les gens et leur proposer de cette façon. Deuxième chose : rassurer et simplifier. J ai visité une maison dans le sud de Paris où une propriétaire a fait mettre un panneau solaire sur son toit et a eu une dizaine de mois de démarches. Heureusement, un bureau d études a pris cela en charge. Il faudrait peut-être simplifier ces procédures. 72/106

Il faudrait plus de lieux d information, des guichets uniques, une prise en charge des démarches administratives. Enfin, il y a tout le problème financier : comment financer un investissement qui peut être important grâce aux économies futures? Pour terminer, l offre de rêve pour un consommateur habitant, c est quelque chose du genre «je viens faire un diagnostic chez vous, je vous conseille, j améliore votre confort, je m occupe de tout, la durée du chantier est réduite au minimum, tous les travaux se passent à l extérieur, je garantis les résultats, je me paie sur les économies d énergie que vous allez réaliser pendant N années et ensuite le bénéfice est pour vous». Je vous garantis que si l on faisait une telle offre, on aurait beaucoup de clients. Didier Chérel.- C est tout un programme, mais il va falloir changer un certain nombre de choses. Audrey Le Marec, vous êtes chargée de la mission Développement Durable au sein du réseau Habitat et Développement. Ce réseau existe depuis cinquante ans. Il intervient dans l amélioration de l habitat et le développement territorial. Vous êtes organisés en quatre métiers. Le premier, le plus connu, est porté par les associations Habitat et Développement, H&D il y en a 54 réparties sur tout le territoire français. Vous avez également, et c est moins connu, 22 SICA qui assurent des missions d architecture et de maîtrise d œuvre, 32 SIRES qui interviennent en gestion locative sociale, et enfin la filière thématique ALKHOS qui apporte une expertise ciblée dans le domaine du développement durable. En 2005, le réseau a animé 200 opérations programmées, financées par l Agence Nationale pour l Habitat. Il s agit d Opérations Programmées d Amélioration de l Habitat (OPAH), des Programmes Socio-Thématiques (PST) ou des Programmes d Intérêt Général (PIG). Quel rôle peuvent jouer des associations comme les vôtres, des associations de proximité, vis-à-vis de ménages qui sont en quête d information et d accompagnement sur le thème de l énergie? Audrey Lemarec.- Pour être claire et concise, je ne vais parler que des 54 associations H&D, le premier métier du réseau Habitat & Développement. Notre rôle vis-à-vis des particuliers qui viennent nous trouver, est de leur donner l information qu ils cherchent, information financière, technique et administrative. En effet, les méandres de l administration ne sont pas toujours simples à comprendre pour les particuliers. Nous leur proposons deux types de prestations : d une part le diagnostic de leur logement, comprenant un aspect thermique, de façon à établir avec eux un programme de travaux prioritaire et à estimer le coût de ce programme de travaux. 73/106

Ce diagnostic est particulièrement important pour favoriser la maîtrise de l énergie. Souvent, les particuliers viennent nous voir avec un projet relativement clair pour eux le changement de leur système de chauffage par exemple pour savoir à quelles aides financières ils peuvent prétendre. On se rend compte qu ils ne pensent pas toujours à leur projet de façon globale, à l isolation pour optimiser le changement du système de chauffage, aux systèmes de régulation, par exemple. Les particuliers, en fait, ne disposent pas toujours de ce type d information. Le deuxième niveau d accompagnement que les associations H&D proposent aux particuliers, c est l AMO (assistance à maîtrise d ouvrage) : une fois que le programme de travaux est défini avec le particulier, on l aide à mettre en place son plan de financement et à obtenir les différentes aides auxquelles il peut prétendre. Cela peut être des subventions de l ANAH, des primes d un Conseil régional, d un Conseil général, etc. On en profite pour lui expliquer comment fonctionne le crédit d impôt, si tel et tel équipement est éligible à une TVA à 5,5 %. On dégrossit avec lui toutes les informations dont il a besoin pour mener à bien son projet de travaux, notamment en termes de maîtrise de l énergie. Il existe en plus du réseau Habitat et Développement et d autres associations de proximité, le réseau des Espaces Info-Énergie développé par l ADEME, avec la participation financière des collectivités. Les associations H&D se sont largement investies dans ce réseau puisque nous portons aujourd hui une vingtaine d Espaces Info-Énergie. Dans le cadre de ces missions, nous renseignons beaucoup de particuliers sur ces questions de maîtrise de l énergie. Ils sont conscients qu il faut agir mais ont affaire à un foisonnement d informations techniques, financières, etc. Le rôle des associations de proximité, c est bel et bien de simplifier et clarifier l information vis-à-vis du particulier. Didier Chérel.- Cela répond d ailleurs à certaines questions que nous nous sommes posées ce matin sur l appui que l on peut donner à des personnes qui ont des projets, des idées. Pour celles qui n imaginent pas qu il y a des travaux à faire ou qui ne vont pas spontanément effectuer ces démarches, comment peut-on mettre en place toute une stratégie pour aller vers elles? Audrey Lemarec.- C est vrai que dans les cas dont nous venons de parler, on a affaire à des gens qui font d eux-mêmes la démarche de venir chercher l information mais il y a tout un pan de la population qui n imaginent pas que c est possible, compte tenu de leurs ressources financières. Pour ce type de public, nous pensons que les collectivités locales ont un rôle essentiel à jouer et pour cela elles disposent d une boîte à outils relativement 74/106

complète : les Opérations Programmées d Amélioration de l Habitat (OPAH), les Programmes d Intérêt Général (PIG), les Programmes Socio-Thématiques (PST), etc. Les collectivités utilisent cette boîte à outils, mais ne savent pas toujours que ces différentes opérations peuvent inclure un volet complémentaire «maîtrise de l énergie». Le rôle du réseau Habitat et Développement et d autres associations de proximité, c est d aller expliquer aux collectivités qu elles peuvent mettre en place ce volet «maîtrise de l énergie» et comment nous pouvons peut les y aider. Ces opérations commencent aujourd hui à se multiplier dans les territoires. Je vais vous citer deux exemples pour montrer que ce volet maîtrise de l énergie peut être s adapter avec souplesse aux besoins et à la demande des collectivités et des administrés. D abord, l OPAH des Trois Pays. Il s agit d une Communauté de Communes du Pas-de-Calais qui a mis en place une OPAH Revitalisation Rurale et qui a souhaité y inclure un volet «maîtrise de l énergie». Cette opération est animée par H&D du Pas-de-Calais. Les financements complémentaires, apportés par la collectivité dans le cadre du volet maîtrise de l énergie, portent sur deux types de travaux : l isolation d une part et la pose de systèmes de régulation chauffage d autre part. En effet, l étude préalable menée par le Conseil régional et l ADEME Nord Picardie a montré qu au niveau de ce territoire, se sont les deux types de travaux qui présentent le meilleur rapport investissement/efficacité dans les logements. Cette OPAH s est terminée cette année. Elle a bien fonctionné puisque sur les 465 dossiers de demande de subvention ANAH montés dans le cadre de cette OPAH, 200 concernaient des subventions relatives à des travaux de maîtrise de l énergie. Le message a donc été bien entendu par la population. J émettrai quand même un petit bémol et c est une chose dont on parle assez régulièrement avec l ADEME : on arrive aujourd hui à convaincre, avec des dispositifs incitatifs, des propriétaires occupants de réaliser des travaux de maîtrise de l énergie, parce qu ils y voient un intérêt pour eux-mêmes, pour leur confort et pour leur portemonnaie. Par contre, motiver un propriétaire bailleur, c est beaucoup plus difficile, malgré les incitations fiscales et financières qui peuvent exister. C est le locataire qui va bénéficier des améliorations. Le bailleur ne voit pas pourquoi il investirait alors qu il n en bénéficiera pas, La deuxième opération est l OPAH des Vallons d Anisy, Communauté de Communes rurale de l Aisne, qui a développé un volets AQE (Amélioration de la Qualité Environnementale des logements). Cette collectivité a une vraie sensibilité environnementale. Elle est partie du principe que pour garder sa 75/106

population d une part et en attirer une nouvelle d autre part, il fallait proposer des logements et un cadre de vie de qualité. Les cibles AQE ont été établies à partir des 14 cibles HQE et adaptées aux logements existants : maîtrise de l énergie, gestion de l eau, gestion des déchets, utilisation de matériaux sains, etc. Cette opération fonctionne bien puisqu elle a permis d injecter dans l économie locale 1 M rien que pour les travaux de maîtrise de l énergie. Didier Chérel.- J évoquais tout à l heure la question de la précarité énergétique. Cette question devrait encore prendre de l ampleur avec la flambée du coût de l énergie. Votre réseau a-t-il pu mettre en place quelques solutions pour s atteler à la tâche de ce problème? Audrey Lemarec.-.- Entre des dispositifs informatifs, incitatifs et réglementaires mis en place par les acteurs publics et privés, on pourrait penser que les moyens pour répondre au mieux à la demande forte en efficacité énergétique existent. Pourtant, ce n est pas le cas puisqu il semblerait que le nombre de ménages en situation de précarité énergétique ne cesse d augmenter. Je dis bien «il semblerait» parce que nous avons une grosse difficulté à évaluer le nombre de ces ménages, étant donné qu il n y a pas d indicateurs dédiés à la précarité énergétique. Si on ne sait pas les quantifier et la qualifier, on peut d autant moins les aider. Il y a donc une vraie nécessité de mobilisation des pouvoirs publics pour tous, d autant que ce sont les ménages les plus modestes qui habitent les logements les plus énergivores et de mauvaise qualité thermique. Certaines collectivités ont mis en place des solutions innovantes. Par exemple, les fonds sociaux d aide aux travaux de maîtrise de l énergie, mis en place la plupart du temps par des Conseils généraux dans le cadre de leur mission sociale. ` Ces fonds permettent d apporter aux ménages, d une part, des informations et conseils pour éviter qu ils ne se retrouvent avec des factures énergétiques trop élevées, et d autre part, une aide financière pour apurer leurs factures impayées. Enfin, ces fonds sociaux d aide aux travaux apportent aux ménages une aide financière pour initier des travaux ou poser des équipements nécessaires pour obtenir un minimum de confort dans le logement. Nous parlons ici de ménages qui n ont absolument pas les moyens d investir et qui parfois n ont même pas suffisamment de revenus pour se chauffer.! Je peux vous présenter un exemple de fonds d aide aux travaux qui fonctionne, celui de la Gironde auquel H&D Gironde participe. Le fonds de la Gironde est 76/106

porté par la DASS, le Conseil général et la CAF. Il est abondé financièrement par différents acteurs territoriaux : certaines communes, des CCAS, EDF, Gaz de France, etc. Cela permet de financer les travaux dans les logements des ménages qui ne peuvent absolument rien investir en termes d amélioration. Le fonds de la Gironde a misé sur deux types de travaux de façon prioritaire : l isolation et le changement d un système de chauffage défectueux ou pas suffisamment efficace. Ces travaux se décident à partir d un diagnostic thermique systématique réalisé par H&D Gironde. Didier Chérel.- Nous allons changer de secteur et s intéresser aux finances. Cette question a été abordée ce matin. Sylvie Charbonnier a évoqué la présence du groupe Banque Populaire dans le collectif Effinergie. Arnaud Berger, vous êtes responsable du développement durable dans le groupe Banque Populaire. Vous avez créé en 2004 avec l ADEME les premiers prêts bonifiés écologiques qui ont été initiés par la Banque populaire d Alsace pour inciter les particuliers à intégrer des équipements écologiques dans la maison, dans le neuf comme dans l existant. Vous participez au collectif Effinergie, considérant que le label Effinergie a besoin également de s affirmer à travers les financements et je sais par ailleurs que sur la question de la précarité qui vient d être évoquée par Audrey Lemarec, vous vous intéressez à tout ce qui concerne l apport de micro crédits pour aider également ces projets. D une manière générale, quelle place voyez-vous pour le secteur bancaire pour susciter et soutenir des investissements en matière d efficacité énergétique dans les logements? Arnaud Berger.- Pour finir sur la solidarité, les banques ont une action relais à travers les micro-crédits mais aussi récemment au niveau de l Asset management. Nous avons mis en place un FCPR (fonds commun de placement à risque) dans la solidarité qui permet de prendre des participations surtout dans l habitat solidaire. Pour revenir sur la mobilisation des banques sur le financement de l environnement, effectivement les banques peuvent se mobiliser sur deux créneaux. Le premier est la mobilisation des réseaux. Les Banques Populaires, comme généralement les banques mutualistes et coopératives, sont très présentes localement dans les régions par leur nombre d agences, par leur nombre de contacts de proximité. Ce sont donc autant de points de relais, de sensibilisation et d information des particuliers. Si vous allez dans les villes et que vous voyez l ensemble des banques que vous pouvez y trouver, imaginez que chacune de ces banques puisse communiquer sur les énergies renouvelables ou sur les économies d énergie dans le bâtiment, je pense que ce serait autant de relais que l on pourrait trouver sur l information dans l économie du bâtiment. 77/106

Le second est de se mobiliser la ressource financière. Quand on parle souvent de l environnement ou de l efficacité énergétique dans le bâtiment ou de confort, le problème c est que l on veut essayer d avoir un budget technique mais ce n est pas évident d avoir les financements relayant ces projets techniques parce qu on a du mal à imaginer, y compris au sein des banques, ce que peut recouvrir le terme d efficacité thermique, pourquoi des matériaux écologiques alors que l on a l habitude de financer des projets de type standard et pas forcément avec cette approche pro environnementale. L idée que nous avions eue à l époque, en Alsace, c était d initier une collecte d argent et de ressources dédiées au financement de l environnement et donc de créer un livret d épargne spécifique qui s appelle CODEVair chez nous et qui aujourd hui est relayé par plusieurs Banques Populaires régionales. Donc nous avons plusieurs banques de région qui sont ouvertes aujourd hui à ce type de ressource qui est moins rémunérée que la ressource traditionnelle mais qui permet aux personnes qui font cet effort, de distribuer pour d autres personnes qui en ont besoin des prêts écologiques à taux préférentiel. Il faut trouver le levier qui permette de remporter la décision sur une solution plutôt qu une autre, donc une solution plutôt écologique plutôt qu une solution traditionnelle ou conventionnelle. Il faut aujourd hui inciter les particuliers à réfléchir à ces solutions innovantes grâce à un coût de l argent moins cher, donc à des prêts à taux préférentiels. En 2004, ces prêts ont été relayés par un abondement public. Ils ont été bonifiés par l ADEME en Alsace, puis depuis relayés par d autres régions comme Nord Pas-de-Calais et Picardie qui ont lancé des appels à proposition auprès des réseaux bancaires pour distribuer des prêts à taux zéro pour la rénovation thermique des bâtiments et notamment l isolation, sur le modèle alsacien qui avait été initié. Cela permet, dans ces cas là de ne pas confiner la politique du développement durable à la seule initiative de subvention des régions, des collectivités, qu elles soient territoriales, locales, et à ce qu elles peuvent faire avec leur propre budget, mais de trouver auprès des banques des relais au niveau de leur politique pour distribuer justement ce prêt. Nous avons initié tout cela vers 1999 auprès des particuliers. Nous le faisions depuis 17 ans en Alsace auprès des entreprises. Un système palliatif a été trouvé avec le verdissement du CODEVI qui, dès l année prochaine, va inciter les banques à mobiliser de l argent pour proposer des financements à la rénovation thermique des bâtiments auprès des particuliers. Nous risquons d avoir un système à deux étages : un système au plus petit dénominateur commun généralement sur des crédits d impôts ou des règles à mettre en place au niveau national que l on pourra financer avec des ressources CODEVI et un système plus local qui répondra plus aux deux points que l on peut trouver dans les territoires sur des systèmes plus performants dans le but d atteindre le 78/106

facteur 4 au niveau local, avec un livret d épargne spécifique qui s appelle le CODEVair. Je sais que d autres banques réfléchissent aussi aux ressources locales pour justement développer ce relais. La Banque a ceci d intéressant qu elle finance le développement économique et qu avec ces critères environnementaux proposés par les collectivités ou les structures locales, on peut travailler sur le financement du développement durable. Didier Chérel.- Je vais passer la parole à Hugues Vérité qui travaille à la direction projet du groupe Schneider Electric, qui va parler aussi de problèmes de financement. C est notre seule entreprise à cette table ronde. Il s agit d un grand groupe qui travaille dans le domaine des automatismes, de la gestion de l énergie. Vous êtes membre par ailleurs du GIMELEC qui est un syndicat professionnel membre de la fédération des industries électroniques et votre entreprise et avec vous le GIMELEC réfléchissez à un contrat de performances énergétiques susceptible d aider ou de favoriser principalement dans le domaine tertiaire des investissements de maîtrise de l énergie. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce contrat de performances énergétiques et nous dire en quoi, finalement, il favorise ces investissements? Hugues Vérité.- Pourquoi un industriel comme Schneider Electric autour de cette table ronde? Premièrement, le développement durable fait partie intégrante de la politique générale de l entreprise depuis plusieurs années, sur l éco conception de nos produits. Vous nous connaissez plus comme concepteurs constructeurs de produits d équipement et de solution. Deuxièmement, Schneider Electric a investi le bâtiment et l automatisme du bâtiment il s agit en gros de rendre le bâtiment intelligent sous l angle énergétique - par des acquisitions notoires aux Etats-Unis ou en Suède. Troisièmement, le résultat de cette acquisition, notamment dans le bâtiment intelligent et dans l automatisme du bâtiment, nous amène aujourd hui à entrer dans les services d efficacité énergétique. Nous allons essayer de prendre l exemple du contrat de performance énergétique. Ce contrat de performance énergétique est un modèle économique qui vient directement de la culture anglo-saxonne. Il déclenche des investissements chez le client, qu il soit privé ou public. Ces investissements ont comme seul objectif la réduction de la consommation des énergies et le financement de ces investissements va être assuré par une garantie des 79/106

économies d énergie, c'est-à-dire que le client, privé ou public, va décaisser de l argent pour payer l investissement. Mais de manière automatique il va avoir une réduction de l ensemble de ses énergies, donc il va avoir une réduction sur ses charges de fonctionnement qui va compenser la charge d investissement par une réduction des dépenses énergétiques. Notre credo, c est l autofinancement total des investissements producteurs d économie d énergie. Schneider Electric arrive sur le marché français et en Europe continentale avec ce modèle et le GIMELEC, notre Fédération professionnelle, a eu l honneur d être lauréat du prix PREBAT 2004 et aujourd hui nous sommes en train de rédiger un guide à destination de toutes les personnes publiques afin de promouvoir l utilisation du contrat de performances énergétiques. Pour faire simple, cela doit déclencher de l investissement et cela doit lever le paradigme de l investissement en économie d énergie par une garantie de retour sur investissement pour un client privé ou un client public. Didier Chérel.- PREBAT est un programme de recherche et d étude sur les bâtiments à l initiative d un certain nombre de partenaires dont l ADEME. Je vous incite à voir son site Internet. Je faisais référence ce matin à une étude réalisée par le club d amélioration de l habitat qui a également été lauréat de ces consultations qui sont pour l instant annuelles. On a parlé à l initiative de Bruno Bessis d un certain nombre de choses qui ont été proposées pour essayer de doper un peu le secteur législatif. Dans la loi d orientation sur les politiques énergétiques en 2005, il y avait mis en avant le partenariat public/privé qui devait être initié à l initiative de l Etat ou des collectivités locales. Qu en pensez-vous? Comment votre groupe compte répondre à cette demande si elle existe? Hugues Vérité.- La loi de programmation énergétique vise le plan climat, un plan énergie et la politique énergétique stratégique de la France à objectif 5 10 ans. C est vrai que vous avez une référence très claire aux partenariats public/privé pour promouvoir dans le secteur public des programmes globaux de performances énergétiques. L adjectif épithète important est «global». Le contrat de performance énergétique est global, c'est-à-dire qu il s intéresse à l enveloppe du bâtiment, aux utilités du bâtiment globalement. Le partenariat public privé est la solution juridique et financière que le gouvernement a retenu pour lever ce paradigme du financement. S il faut retenir quelque chose, c est difficile de convaincre un investisseur, qu il soit particulier, industriel, collectivité, d investir sur quelque chose dont le rendement capitalistique est presque invisible, parce qu une économie d énergie c est quelque chose d invisible. Nous le voyons pour les collectivités comme un objectif politique au titre de la maîtrise de la demande de l énergie. La loi dite «POPE» donne une nouvelle 80/106

compétence aux collectivités territoriales qui est la compétence de la maîtrise de la demande de l énergie. Cela veut dire, pour répondre à la thématique de ce jour, que la demande est clairement identifiée, reconnue juridiquement avec une compétence reconnue au niveau des collectivités. Notre groupe Schneider Electric est aujourd hui à la fois dans le cadre du guide PREBAT et sur le terrain en train d essayer, en termes pédagogiques, de montrer l entraînement au niveau de l investissement que pourraient avoir les PPP en matière énergétique. Didier Chérel.- Merci. Nous allons parler largement des collectivités locales avec notre dernier intervenant, Nicolas Garnier, délégué général d Amorce, qui est l association des collectivités territoriales et des professionnels pour une bonne gestion locale des déchets et de l énergie. En fait, vous constituez un réseau d échanges qui regroupe des collectivités locales 280 me semble-t-il 120 professionnels de tous ordres, du bureau d études, fabricants, etc. Vous êtes assez connus puisque vous vous êtes développés initialement sur la question des réseaux de chaleur. Vous avez élargi vos actions sur les questions d énergie renouvelable, le développement de la maîtrise de l énergie dans les collectivités et plus récemment sur l ouverture du marché du gaz et de l électricité. Comment les collectivités locales peuvent-elles aujourd hui intervenir dans le domaine de l énergie? Nicolas Garnier.- J ai été agréablement surpris par le fait que tout le monde a cité les collectivités locales comme un acteur majeur. Finalement, je n ai pas besoin de faire cet exposé pour montrer l importance qu ont ces collectivités locales. Je vais néanmoins développer quelques points. D abord, la loi POP dit deux choses très importantes. D abord, il faut s intéresser à la demande : c est la première fois qu une loi dit : «occupons nous de la demande et pas de l offre». Jusqu ici on avait des lois sur le gaz, sur l électricité, sur le pétrole mais pas de loi sur la manière dont on consommait l énergie. Ensuite, son deuxième message est «c est l affaire de tous» et en particulier l affaire des collectivités locales. Il se trouve que cet amendement vient de chez nous. Nous ne fanfaronnons pas car il va falloir appliquer cette fameuse nouvelle compétence des collectivités locales, ce soutien aux actions de maîtrise de la demande d énergie qui officialise le rôle des collectivités locales qui jusque ici, mis à part quelques pionniers, ne faisaient pas grand-chose dans le domaine de l énergie. Seule une petite dizaine avait une action forte dans le domaine de l énergie (Grenoble, Chalons, la Rochelle, etc.). 81/106

Depuis une dizaine d années, nous voyons dans notre structure associative des élus locaux ou des directeurs de services techniques qui viennent nous poser des questions sur l énergie, principalement pour des raisons économiques. Quelques chiffres importants : les consommations d énergie d une collectivité locale représentent entre 5 et 10 % de son budget de fonctionnement. Les élus n en ont absolument pas conscience parce que ces factures sont fragmentées dans les différents services de la collectivité locale : une facture pour le théâtre, une facture pour le gymnase, des dizaines de factures pour l éclairage public, etc. Deuxième chiffre important : la facture de chauffage aujourd hui d un logement moyen en France est de l ordre de 1000 en coût global. Donc pour ces concitoyens c est aussi un élément fort de politique énergétique et politique sociale. D après une enquête Emmaüs, c est près de 500 000 logements qui aujourd hui se retrouvent en situation de précarité énergétique, que ce soit par difficulté de payer la facture ou difficulté de se chauffer. Il y a aussi le point de vue environnemental. Kyoto est maintenant l affaire de tous. Pour ceux qui ont vu le film d Al Gore, on voit bien que les collectivités ont vraiment un rôle moteur à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Certaines se sont déjà engagées. Enfin, du point de vue du bon fonctionnement de nos territoires, ce qui s est passé le week-end dernier est bien entendu une catastrophe pour les collectivités locales, pour les populations, pour les acteurs économiques. C est pour toutes ces raisons que les collectivités s y intéressent et elles interviennent à quatre niveaux. Elles interviennent parce qu elles produisent de plus en plus d énergie renouvelable. Les communautés de communes, les communautés d agglomération s impliquent dans des développements de parc éolien, des syndicats intercommunaux s impliquent dans des réseaux de chaleur au bois, des villes s impliquent dans des chaufferies bois, dans des panneaux solaires thermiques, photovoltaïques également. On voit des développements du biogaz, de la méthanisation. Plusieurs centaines de collectivités locales développent des énergies renouvelables. Je reviens sur les coupures de ce week-end. C est aussi de notre responsabilité puisque les collectivités locales ont la propriété des réseaux de distribution de gaz et d électricité. On a tendance à penser que c est EDF et GDF qui sont à l origine et à la finalité de tout. Ce n est pas vrai, ce qui s est passé ce weekend, c est aussi la responsabilité des collectivités locales parce que ces réseaux d électricité et de gaz nous appartiennent et nous les concédons à EDF et à GDF qui sont nos concessionnaires. De ce point de vue, pendant longtemps la culture des collectivités locales a été de tirer des tuyaux. Aujourd hui, ces collectivités ne sont plus dans cette 82/106

logique. Elles s interrogent sur leur intérêt à réduire la consommation pour éviter de tirer un tuyau ou une ligne. Un vrai changement culturel est en train de se produire avec le développement d actions de maîtrise de l énergie à tous les niveaux, en particulier sur le bâtiment. Troisièmement : la consommation du patrimoine des collectivités locales. Nous avons de nouveaux outils que nous utilisons aujourd hui à Amorce qui nous aident à soutenir les collectivités locales : les certificats d économie d énergie, les quotas CO2, les nouveaux appels d offres d achat d électricité et de gaz sur le marché qui nous permettent de développer des demandes d efficacité énergétique par l utilisation notamment d énergies vertes. Enfin, certaines collectivités sensibilisent beaucoup leur population. Il y a des espaces Info énergie, des agences locales de l énergie celle de Montreuil qui fonctionne très bien. Nous avons créé un certain nombre d outils. Nous avons aussi mis en place des économes de flux, c'est-à-dire des personnes qui au sein des collectivités locales viennent faire un peu la chasse aux surconsommations. Des services énergie se sont mis en place. En ce qui concerne la sensibilisation des populations, la communauté urbaine de Dunkerque vient de faire un large travail de thermographie aérienne sur son territoire qui a donné des résultats. Aller montrer à ses habitants qu à tel endroit c est rouge fluo et qu il y a peut-être des actions à mener, couplées à des actions de type prêt à taux bonifié, c est ce que fait Dunkerque qui vient de mettre de place avec une banque un prêt à taux bonifié pour l isolation de son bâtiment, suite aux actions de thermographie. Donc nous avons vraiment un rôle important à jouer de ce point de vue là et puis nous avons un rôle de contrôle et d incitation du point de vue des aides : Conseils régionaux mais aussi Conseils généraux, intercommunalités et villes ont un système de soutien aux personnes qui font des efforts d économie d énergie et de développement du renouvelable. Donc on incite des centaines de collectivités qui fonctionnent comme cela. Enfin, n oublions pas le rôle des collectivités en tant qu aménageuse et force de politique d urbanisme. Là, je ne ferai pas de triomphalisme parce qu on sent bien que les collectivités, de ce point de vue, n ont pas aujourd hui les outils pour que les politiques d urbanisme tiennent compte de ces problèmes d efficacité énergétique. Didier Chérel.- Nous avons discuté ensemble du rôle de la collectivité locale pour l octroi du permis de construire Nicolas Garnier.- C est exactement cela. Je vais vous donner quelques exemples qui pour nous ont été vraiment flagrants dans l histoire récente. 83/106

En ce qui concerne le renouvellement urbain, nous sommes dans une période où l on rénove, d abord pour des raisons sociales et effectivement quand nous allions voir l ANRU en 2002, 2003 sur les fonctions énergétiques c était le néant. L ADEME a fait son travail, l ANRU a aussi appris mais aujourd hui, quand on regarde le renouvellement urbain, c est d abord construire vite, c est construire mieux, ce n est pas forcément avoir une réflexion sur le long terme sur la consommation, sur ce que seront ces bâtiments dans 40 ans alors qu ils seront encore là. On a l impression que l on n a pas vraiment tiré les enseignements de la première période des années 70. Là, la collectivité a encore un rôle important puisque le deuxième pourvoyeur de fonds dans les opérations de renouvellement urbain, outre l ANRU, c est la collectivité locale. Dans nos domaines privilégiés qui sont les réseaux de chaleur, à plusieurs reprises nous avons eu des réseaux de chaleur qui se sont retrouvés en situation de grande précarité. Le meilleur exemple, c est celui de Vaux-en-Velin, avec une opération de renouvellement urbain sur un quartier important : la dédensification fait perdre au réseau de chaleur qui passe au bois un tiers de ses consommateurs. Un tiers de consommateurs en moins, c est un tiers de recettes en moins et forcément une nouvelle répartition sur les autres consommateurs. On s est retrouvé dans une situation où l on avait rénové pour consommer moins mais la perte des habitants a fait augmenter artificiellement la facture de chauffage de tous ceux qui étaient restés. Autre point intéressant : la réglementation thermique du bâtiment. Cette réglementation thermique n est pas complètement appliquée aujourd hui. On s interroge aujourd hui sur ce que pourrait être le rôle des collectivités locales pour que cette réglementation soit appliquée. En particulier, pourquoi au niveau du permis de construire d une part, au niveau de la politique de subvention des opérations d autre part, les collectivités locales n auraient-elles pas un rôle au moins de contrôle en partenariat avec les DDE pour que cette réglementation thermique soit extrêmement suivie, ce qui n est pas aujourd hui le cas? Dernier élément, allez à Fribourg si vous n y êtes jamais allés et pas forcément que pour le solaire, comme vous l avez très bien dit. Le solaire, finalement, c est un peu la figure de proue, c est tout ce qui est derrière qui est intéressant. Allez aussi à Barcelone. Il y a deux ans, Amorce et d autres avaient proposé que désormais les collectivités aient la possibilité d imposer pour des bâtiments neufs le recours à l énergie renouvelable pour un certain nombre d immeubles comme c est déjà le cas depuis plusieurs années à Barcelone. Cela avait été proposé. Aujourd hui, on demande aux candidats à la présidentielle qu ils proposent que les collectivités locales prennent cette responsabilité sur tel territoire, tel quartier, de demander le raccordement systématique à une chaufferie bois, la mise en place systématique d un panneau solaire thermique ou l application 84/106

d un label HQE par rapport à l efficacité du bâtiment. Ce serait de la responsabilité de la collectivité locale que de construire mieux ou d inciter à construire mieux. Didier Chérel.- Merci de tous ces éléments. Je propose de prendre quelques questions dans la salle. M. Broussard.- Je suis chargé d information chez un administrateur de biens important puisqu il a 800 000 clients sur toute la France et un peu à l étranger. La copropriété durable, est-ce un rêve fou ou est-ce possible? Tout à l heure, M. Schmitt a parlé de la difficulté de trouver des propriétaires bailleurs en particulier qui décident de faire des travaux. C est effectivement la responsabilité d un administrateur de biens que de faire passer cette bonne nouvelle sur le plan environnemental. Mme Lemarec est intervenue également pour dire plusieurs choses qui m interpellent en tant que chargé d information d un administrateur de biens qui veut évidemment faire des progrès. Avez-vous déjà, chez ces professionnels que sont les syndics de copropriété, des interlocuteurs? Est-ce que vous cherchez à les avoir? En tout cas, en ce qui nous concerne nous sommes tout à fait partants pour faire des choses avec vous. Jacques Schmitt.- L union syndicale des grandes copropriétés est membre de Cap Consommateurs Habitants et nous avions fait venir aussi l ARC, c'est-àdire le regroupement des gens qui gèrent eux-mêmes leurs copropriétés. Bien sûr, c est l un des canaux par lesquels cela passe si l on veut toucher les habitants. Il n y a pas que des maisons individuelles, il y aussi des copropriétés. Mais là il y a des réformes administratives à envisager pour favoriser les choses et faire que ce soit plus facile quand une majorité, même faible, a envie d aller dans le sens de tout ce que vous avez développé. Audrey Lemarec.- Est-ce que vous pensez que le futur diagnostic de performances énergétiques aura un impact sur les propriétaires bailleurs et les incitera à se mobiliser pour réaliser ces travaux? M. Broussard.- Non seulement je le pense, mais je pense que c est au contraire tout à fait l occasion pour nous, professionnels, d engager toute une campagne de sensibilisation des propriétaires par le biais des conseils syndicaux par le biais de formation interne par exemple. Puisqu on parlait de Fribourg, il se trouve que par ailleurs je suis secrétaire du comité d entreprise de l administrateur de biens en question et nous organisons en tant que comité d entreprise des séjours à la fois ludiques et pédagogiques en Alsace autour de Guebwiller, c'est-à-dire le bioscope, l écomusée d Alsace mais aussi une visite à Fribourg au quartier Vauban. C est quelque chose que 85/106

nous allons continuer, peut-être avec Barcelone, pour à la fois sensibiliser le gens en interne par le biais du comité d entreprise qui suit cette opération et qui l encourage et lancer avec des gens comme vous des séances de sensibilisation et d information. Didier Chérel.- Les copropriétés, c est à la fois un secteur très difficile puisque, comme son nom l indique, on a de multiples décideurs, avec des intervenants qui ne sont pas forcément toujours sensibilisés à la question de la maîtrise de l énergie par ailleurs mais nous avons des opérations qui s appellent les OPATB qui ont l avantage de coordonner l opération et s adressant à de multiples destinataires, avec toute une stratégie de communication. Les syndics de copropriétés et de manière plus générale les copropriétés privées font partie des cibles que nous avons mis en avant, puisque ce sont des cibles qui ont été jusqu à présent relativement peu concernées. Par exemple, nous avons plusieurs opérations à Grenoble Echirolles où nous avons l ambition, sur des copropriétés privées un peu anciennes, de faire de la rénovation de type RT 2000. Je trouve que c est déjà un pallier intéressant. Question.- Je suis un peu étonnée qu en réponse à la question «comment soutenir une demande forte en matière d efficacité énergétique», on ne parle que d actions incitatives et de sensibilisation, sachant que tous les marketeurs du monde savent que dans le meilleur des cas une action de sensibilisation a un taux de rendu variable entre 1 et 5 %. Mon impression des tables rondes de ce matin, c est que nous avons des enjeux autrement plus ambitieux que cela. Est-il envisagé d aller plus loin et de faire des obligations de travaux, par exemple à l occasion des permis de construire? J ai vécu ce type d obligation lourde et désagréable certes, mais extrêmement efficace, dans une activité d amélioration de l habitat qui était liée à l existence d anciennes carrières oubliées mais néanmoins dangereuses sous les habitations de la Ville de Paris et de la région parisienne. Tant que l on a incité et sensibilisé les propriétaires à faire des travaux de consolidation, il ne s est rien passé. Du jour où on leur a dit qu ils n auraient pas le permis de construire s ils ne consolidaient pas, ils ont consolidé et l expérience a montré qu en quarante ans on avait consolidé. Est-ce que quelque chose de ce genre est envisageable ou envisagé, à l étude ou en réflexion en matière d efficacité énergétique? Nicolas Garnier.- Je vais répondre sur la première partie de votre question. Il manque des obligations mais aussi des sanctions, car des obligations sans sanction cela ne marche pas. Il y a un outil dont vous avez peut-être parlé ce matin, ce sont les certificats d économie d énergie. C est un outil nouveau, sur lequel l obligation est aujourd hui très faible et qui porte sur les fournisseurs. 86/106

Je vais maintenant répondre à la troisième question. Pour nous, ce qui manque, c est une vraie fiscalité énergétique. Notre fiscalité énergétique est totalement aberrante. Par exemple, le gaz qui est une énergie chère et relativement polluante du point de vue des gaz à effet de serre n est quasiment pas taxé. Le pétrole est très taxé mais les recettes de cette taxation ne vont pas dans le sens des politiques d efficacité énergétique, c'est-à-dire que ces sommes là ne sont pas reversées. Je prends souvent l exemple des bouteilles en plastique. Elles ont un point vert. Cela veut dire que lors de l achat de cette bouteille on a payé un centime d euro pour qu elle soit recyclée. Pourquoi ne ferait-on pas cela sur l énergie? Pourquoi n y aurait-il pas une part de la taxation réalisée sur l énergie, part d autant plus lourde que cette énergie est polluante, en tout cas non durable? Cette ponction pourrait être utilisée pour faire des économies d énergie, que ce soit dans le bâtiment ou dans d autres domaines. Cette idée a été reprise il y a peu de temps par le Premier Ministre puisque l on va créer une taxe sur le charbon qui doit développer les réseaux de chaleur et que par ailleurs, lors de la dernière loi de finances, la micro taxe sur le gaz (la TCGN) va maintenant dans le giron de l ADEME. On se rend bien compte que la fiscalité est totalement défavorable. Il y a une taxe locale sur l électricité, mais pas sur le gaz. Cette taxe finance tout et n importe quoi, sauf de l économie d énergie. Pire encore, cette taxe locale d électricité aujourd hui alimente les budgets des collectivités locales. Cela veut dire que plus on consomme d électricité sur un territoire, plus la collectivité va être riche. C est vraiment une fiscalité aberrante. Tout à l heure, il a été question des propriétaires bailleurs. Effectivement, aujourd hui on a des crédits d impôts, de la TVA à taux réduit très favorable aux propriétaires occupants, mais dès que les propriétaires ne sont plus occupants, plus personne ne l utilise. Donc on a l impression d avoir créé une espèce de fiscalité spot avec quelques mesures phare et quand on la regarde de manière générale, elle n a aucun sens. Donc créons une fiscalité favorable qui aura à la fois un effet incitatif et un effet sanction. Didier Chérel.- C est vrai, nous versons une nouvelle taxe à l ADEME, la TICGM, mais nous avons bien pris la précaution de réduire le budget équivalent à ce que pouvait rapporter la taxe auparavant. Question.- Une question pour le banquier. Les certificats d économie d énergie ont été utilisés comme amorce pour lancer des mécanismes de la durabilité dans le monde de l entreprise. Pourquoi ne pas les utiliser avec des particuliers? 87/106

Arnaud Berger.- Vous parlez de l adossement des financements. La banque pourrait très bien refuser un jour de financer des projets écologiquement bancales en matière d environnement. Aujourd hui, plutôt que de la contrainte, on cherche à montrer que l environnement pourrait être un plus. En ce qui concerne l adossement au marché tel que vous le proposez, nous faisons des financements qui permettent pour le particulier de générer soit des économies d énergie soit de diminuer les émissions de CO2. Donc aujourd hui, grâce à des mécanismes de marché, les kw/h économisés ou le CO2 diminué permettent d être valorisés financièrement. Aujourd hui les banquiers ne sont pas expressément éligibles au certificat d économie d énergie. Cela reste surtout une contrainte spécifique aux producteurs d énergie qui gèrent ces certificats avec par contre un relais possible auprès des collectivités territoriales. Il y a quelque chose en revanche que nous avons étudié au travers des travaux de la Caisse des dépôts sur le financement carbone. La Caisse des Dépôts a travaillé sur le marché carbone sur 1200 sites les plus productifs en France d émission de CO2 mais aussi récemment sur une étude sur la mise en place d un carbone domestique au niveau des filières du bâtiment, du transport et de l agriculture pour qu effectivement on puisse un jour y adosser ces financements. Cela nous permettrait d une manière autonome de mettre en place des prêts à taux préférentiel. Aujourd hui en Alsace, nous finançons à 2% sur 15 ans les maisons écologiques. En Nord Pas-de-Calais et en Picardie nous finançons à 0 % l isolation des bâtiments. C est incitatif et permet le passage à l acte. Demain, plutôt que d avoir de l argent public, on peut avoir un système autonome en ayant cet adossement au marché. Mais aujourd hui, le premier pas qui est fait, c est la mobilisation de la ressource CODEVI sur le financement. C est un système palliatif qui est en train de se construire. Il y a encore deux ans, il était très peu imaginable de voir une banque à cette table ronde, parce qu on ne pensait pas que la banque puisse être un levier. Donc je pense que l on arrivera à faire ces prêts bonifiés avec cela, mais dans le temps. Didier Chérel.- Je suis obligé de clore la table ronde. Ceci dit, c était véritablement une gageure de faire intervenir en une heure six orateurs passionnés sur ce sujet de la demande. Merci à tous les orateurs. 88/106

Table ronde 4 : «Du bâtiment au quartier optimiser l action par un changement d échelle» Modérateur : Sylvie Faucheux Participants : - Jean-Marc Brûlé, conseiller régional d'ile-de-france et Président de la commision "développement économique et de l'emploi" - Gérard Couturier, directeur du programme «Villages natures», Eurodisney - Thanh Nghiem, directrice par intérim du CERDD, présidente et fondatrice d Angénius - Dominique Sellier, responsable prospective et construction durable, ARENE - Thierry Sibieude, vice-président du Conseil général du Val d Oise Sylvie Faucheux.- Jusqu à présent, nous nous sommes intéressés aux bâtiments, en particulier à la réhabilitation des bâtiments, mais on voit bien que si l on veut atteindre l objectif d un facteur 4, il faut aller beaucoup plus loin. Finalement, il s agit d avoir une vision plus globale, dans laquelle, bien sûr, les bâtiments s insèrent, mais à l échelle du quartier, voir à l échelle du territoire. La dernière table ronde a pour objectif d y réfléchir par comparaison d un certain nombre d expériences en cours à ces échelles plus larges. On notera qu elles reposent sur des visions plus systémiques, relevant par exemple de ce que l on appelle l écologie territoriale ou encore l écologie industrielle. Il existe un certain nombre d exemples à l étranger et en France. Ce sont ces expériences que nous allons partager avec vous. Je voudrais introduire ce que nous avons mis en œuvre à Fondaterra, en particulier le projet lié à la réduction des émissions de CO2 au niveau des bâtiments universitaires de l ensemble de la région Ile-de-France. Ce projet est intéressant puisqu il va au-delà des bâtiments, les universités étant dans certains cas de véritables quartiers, puisqu on intègre à l étude les usages. En effet, les campus universitaires sont multi-usages : des bâtiments servent à la recherche, d autres à l enseignement, à la restauration ou au logement des étudiants. On voit que ces expériences sont importantes et intéressantes, d autant qu il y a des possibilités très importantes de réduction des émissions de CO2. Ce projet repose sur un certain nombre de partenaires publics et privés, à savoir : la Région Ile-de-France, le Ministère de l Enseignement Supérieur, l ADEME, Dalkia, EDF, Schneider Electric. Le projet des universités d Ile-de- France - vise à améliorer la gestion, le bâti et le mix énergétique. Une sensibilisation des usagers est menée en parallèle. 89/106

Il y a un autre projet que nous menons avec un ensemble de partenaires, qui fait référence à l écologie territoriale et en particulier à l écologie industrielle qui concerne la réhabilitation de zones industrielles anciennes à Mantes, à Sarcelles et à Aulnay. Là, il y a un véritable partage entre les différents industriels via la mutualisation de services environnementaux et de services sociaux. Ces actions permettent d avoir une véritable réduction des émissions de CO2. En effet, on voit que cette problématique va au-delà de la simple question des bâtiments et on rejoint un problème plus large qui est celui, par exemple, de l empreinte écologique dû à un usage d une zone industrielle ou d une université. Ces projets existent. Nous en menons mais bien d autres existent et ce sont ces expériences que je vous invite maintenant à partager avec les différents intervenants. Thanh Nghiem, vous êtes présidente et fondatrice de l association Angenius. Dans ce cadre, vous avez participé à un certain nombre d expériences et en particulier à celle de Bedzed. Pouvez-vous nous faire partager cette expérience? Thanh Nghiem.- L empreinte écologique, c est un concept qui permet de mesurer l impact de l humain sur la planète. En France, le mode de vie actuel correspond à consommer l équivalent de trois planètes. Bedzed a été conçu en Angleterre dans les années 2000. C est le premier site que l on connaît au monde qui a été entièrement conçu pour réduire son empreinte et celle de ses habitants de moitié. C est la moitié du facteur 4, ce n est pas mal. Pour cela, ils ont fait surtout un travail de modélisation des comportements. Ils se sont dit qu au-delà du bâti et du bâtiment, si l on ne raisonne pas sur la façon dont les gens vont vivre dedans et sur la façon d intégrer leurs besoins, cela ne va pas fonctionner. En fait, sur le site de Bedzed aujourd hui il y a des gens qui ont une empreinte toujours égale aux trois planètes et d autres gens qui ont une empreinte égale à une planète. Le facteur de 1 à 3 montre bien que cela dépend de la façon dont les gens se comportent. Bedzed, c est un site témoin avec 82 habitations à Londres qui montre que l on peut réduire l empreinte de moitié. Un article est sorti cette semaine dans un magazine d urbanisme «Traits Urbains» sur «les enfants de Bedzed». En fait, on a appris de Bedzed ce qui marchait et ce qui ne marchait pas pour l appliquer dans d autres sites pilotes. On le fait actuellement en France dans le Nord Pas-de-Calais, à Saint-Etienne, sur des sites de plusieurs milliers d habitations. On a également fait des pilotes sur un grand site d écotourisme. 90/106

Le message qu à ce stade je voudrais faire passer, c est que par opposition aux méthodes classiques où l on établi un cahier des charges et à la fin on essaie de corriger le tir, à l inverse dès l origine du projet ici on réfléchit sur les usages et on fait une «ingénierie» des modes de vie, après cela on donne «les clés» aux architectes et aux urbanistes. Sylvie Faucheux.- Gérard Couturier, vous êtes directeur du programme Villages natures qui est conduit par Eurodisney en collaboration avec le groupe Pierre et Vacances. Pouvez-vous nous faire part de votre expérience dans ce domaine? Gérard Couturier.- Lorsque nous avons décidé de faire ce projet - projet sur 500 hectares qui à terme pourra accueillir en période de point de l ordre de 20 000 personnes nous avons pensé que le tourisme, pour continuer à se développer, devait prendre en compte l environnement et les problèmes écologiques que pose une activité touristique, en particulier les transports. Nous avons voulu inscrire le développement durable et le tourisme durable dans les gènes du projet. Pour cela, nous avons regardé ce qui existait. Nous avons commencé à étudier ce projet il y a trois ans et nous avons constaté qu il n y avait pas grand-chose. La seule chose que nous avons vue, c était Bedzed en Europe. C est comme cela que nous avions rencontré Thanh Nghiem qui est notre consultante sur le projet et nous avons réalisé 37 études différentes au stade de la faisabilité du projet, dont une étude développement durable. Au début, nous avons un peu cafouillé, nous avons cherché des consultants en développement durable. Nous avons eu un individu brillant mais qui ne maîtrisait pas le sujet. Ensuite, nous avons eu une grande société de consultants qui a fait un très bon travail d organisation mais qui n avait pas de vision, qui notait les problèmes mais qui n allait pas au-delà. Nous avons ensuite fait appelle à OPL (One Planet Living), dont Thanh Nghiem était la représentante et là nous avons eu une vision sur le développement durable et une méthodologie et cela nous a permis de passer chacune des études de faisabilité que nous faisions au crible du développement durable de façon transversale, de les mettre en cohérence avec cette vision et en employant la méthodologie de One Planet Living d avoir un plan d action durable. Sur ce document il y a dix cibles et nous n avons encore pas sélectionné l architecte. Nous n avons pas de cabinet d ingénierie. Nous en sommes seulement au stade de la faisabilité. Aujourd hui nous avons prouvé la faisabilité du projet qui est économiquement viable, donc durable et nous allons donner ce cahier des charges à nos consultants, de façon à ce qu ils travaillent sur ces objectifs. 91/106

Nous fixons des objectifs, nous fixons une méthodologie et ensuite il y a deux grandes phases : la phase conception réalisation et ensuite la phase exploitation pendant laquelle il faut vérifier chaque année que les objectifs sont atteints et puis les faire évoluer. Sylvie Faucheux.- Thanh Nghiem, veux-tu compléter puisque tu as participé à ce projet? Thanh Nghiem.- J ai oublié de préciser qu après Bedzed, l étape suivante a été d aller un cran plus loin. Après avoir fait une réduction de moitié, l association anglaise est partie sur un programme visant à réduire l empreinte à une planète, donc à réduire des deux tiers l empreinte écologique. C est pour cela que Gérard parle de One Planet Living. En fait, One Planet Living a été retenu pour les jeux olympiques de Londres et d après les observateurs c est une des raisons pour lesquelles le projet aurait été retenu à Londres. C est en tout cas le meilleur score de durabilité. Sylvie Faucheux.- Nous allons passer au Département et nous finirons par la Région. Thierry Sibieude, vous êtes vice-président du Conseil général du Val d Oise et votre département travaille actuellement sur l aménagement d un certain nombre de zones industrielles durables. Pouvez-vous nous en parler? Thierry Sibieude.- Nous travaillons sur l aménagement de zones industrielles durables et nous travaillons aussi au Conseil général sur la mise en œuvre d une politique qui soit plus économe en matière d énergie puisque nous avons considéré que nous avions un rôle à jouer, même si au départ on pourrait se dire que l énergie c est d abord un problème de gouvernement, ensuite un problème de région et enfin peut-être un problème d individus. Pour illustrer cette idée que nous avions un rôle à jouer, nous avons considéré qu en matière d énergie nous avions une question environnementale, une question budgétaire, une question sociale au-delà de la dimension macroéconomique, une collectivité étant consommateur, mais aussi prescripteur et éventuellement producteur. Nous avons commencé par réaliser un bilan de nos consommations énergétiques pour voir dans quelle mesure nous étions conformes ou non conformes aux principes qui viennent d être exprimés. Nous sommes arrivés à la conclusion que nous avions des marges de progression considérables et que l expression «balayer devant sa porte» n avait jamais été aussi bien trouvée que pour cette question. Ce qui nous a consolés, c est que nous ne sommes pas pire que les autres. A partir de là, en matière d énergie et de prise en compte du développement durable, la volonté politique de faire est importante. 92/106

La volonté politique de faire, il faut la voir à l échelon des porteurs de projet. Il faut aussi la voir à l échelon des exécutifs et vous savez qu un exécutif est composé d un grand nombre d individus qui ont des sensibilités, des idées, des convictions différentes. Nous avons également développé tout un travail de persuasion auprès des uns et des autres quant à l intérêt et à l importance de ce type d approche, au-delà des éventuels surcoûts, puisque la première chose que l on voit c est le surcoût. Nous avons cherché à mettre en évidence les économies, les avantages et bénéfices que nous pouvions retirer. Je vous présenterai deux exemples. Le premier, qui date de 2002, concerne la zone d aménagement concertée du Bois Rochefort à Cormeil-en-Parisis, commune situé un peu après Argenteuil. C est une opération qui comporte 1360 logements, qui concerne l aménagement de 40 hectares d activités industrielles et tertiaires. J en profite pour dire que je fais partie de ceux qui pensent que refuser toute activité industrielle en Ile-de-France et de systématiquement vouloir repousser l activité industrielle loin de nos régions urbanisées, voire loin de nos pays nous conduira très certainement à une impasse et qu il vaut beaucoup mieux chercher à développer des activités industrielles respectueuses de l environnement, respectueuses du cadre de vie et de la santé des populations plutôt que de les repousser à la matière de Tartuffe. Nous avons donc travaillé avec l AFTRP, aménageur, et lancé des appels d offres et des cahiers des charges dits HQE avec toutes les limites que comporte cette approche mais aussi avec tous les avantages et tous les bénéfices que l on peut en retirer. Les promoteurs ont été contraints de travailler dans des enveloppes budgétaires fixées et avec ces objectifs environnementaux précis. Nous avons également lancé une opération sur le parc naturel régional du Vexin avec l idée qu une opération programmée d amélioration de l habitat devait avoir un volet prioritairement énergie. Il peut vous paraître surprenant que l on s intéresse à l amélioration de l habitat dans un parc naturel régional et pourtant il faut procéder à ces améliorations, notamment en regard de l énergie puisqu il s agit d habitat ancien, d habitat rénové et donc qui mérite des efforts particuliers en matière d environnement. Plus largement, nous nous efforçons de faire en sorte que tous les bâtiments construits par le Conseil général ou dont il assure la maîtrise d ouvrage de la construction (les collèges, les plateformes de services sociaux, les PMI, les routes, et tous les équipements sur lesquels nous intervenons) relèvent de démarche HQE, c'est-à-dire que le plus possible de cibles de la démarche HQE soient respectées. Tout cela pour vous dire que nous nous attachons à un changement des mentalités, un changement culturel et pour y arriver nous avons souhaité lancer un point Info énergie dans la maison de l habitat, en liaison avec le PACTARIM 93/106

du Val d Oise, qui ouvrira ses portes en décembre, avec l ambition d en faire une agence locale de l énergie et de faire en sorte que tous les bailleurs sociaux et tous les promoteurs intègrent dès la conception de leurs bâtiments les préoccupations liées à l énergie et plus généralement à l environnement. Sylvie Faucheux.- Avant de passer à la Région, peut-être pouvons-nous faire un petit tour au niveau international. Dominique Sellier, vous êtes responsable prospective et construction durable à l ARENE et vous avez mené une étude extrêmement intéressante, que je recommande, sur les quartiers durables à l étranger. Vous accompagnez maintenant cela par des conceptions de projets français. Que pouvez-vous nous dire sur cette étude, sur les principales conclusions et sur les projets lancés aujourd hui au niveau de la Région Ile-de-France? Dominique Sellier.- Je pense que Jean-Marc Brûlé pourra répondre plus en détail à la dernière partie de votre question sur la volonté politique régionale. Ce qui nous a semblé intéressant, au sein de notre agence régionale d environnement, c est dans un premier temps d essayer de recueillir un maximum d expériences concrètes réalisées sur des quartiers durables. Nous avons été obligés de faire notre tour d horizon en Europe, à l extérieur de nos frontières, puisqu il n existait pas à l époque d exemples déjà réalisés en France de quartiers auto déclarés durables. Nous avons étudiés Bedzed certes, mais nous en avons répertorié un certain nombre d autres. Ce qui nous semble intéressant, c est de montrer qu il y a une très grande diversité pour aborder cette durabilité à l échelle d un quartier. Bedzed est sans doute très éloquent, très bien communiqué, on le voit partout, à juste titre sans doute, mais il y a également d autres approches et d autres formes urbaines qui peuvent être conduites et menées dans le cadre de stratégies de durabilité urbaine. Que signifie cette durabilité à l échelle d un quartier? Il s agit de travailler de façon très ambitieuse sur un certain nombre de thèmes, des thèmes environnementaux en premier lieu, comme l énergie. Certains quartiers sont en quasi autonomie énergétique, c'est-à-dire que l on affiche du 100 % d énergie renouvelable pour un certain nombre de réalisations comme à Malmö, avec des objectifs de performances énergétiques sur le bâtiment qui nous rapprochent de labels dit passifs ou de labels à très faible consommation énergétique dans le cas allemand, donc des niveaux de performances tout à fait généralisés pour l ensemble des bâtiments. Bien évidemment, on a une gestion de l eau alternative dans le sens où l eau n est plus un élément perturbateur dans le cadre de l aménagement comme lorsqu il fallait s en débarrasser au plus vite par une mise en tuyaux sous terre, 94/106

mais un élément qui réapparaît à la surface et qui va être aménagé ponctuellement sous forme de bassins paysagers et qui est un élément d agrément pour les enfants. C est un très bon indicateur pour considérer le côté réussi ou pas d une opération : est-ce que les enfants ont la possibilité de jouer dehors, avec un contact spontané avec des éléments naturels tels que l eau ou dans des espaces verts, peuvent-ils se réapproprier la rue. En effet, actuellement on ne fonctionne qu en espace de circulation. Ce qui est très étonnant dans la plupart de ces quartiers, c est que la rue est également partagée avec l ensemble des habitants et cela redevient ponctuellement un espace de jeux pour les enfants. Imaginer cela pour des opérations françaises, malheureusement cela relève encore de l exceptionnel, voire de l utopie. Il y a d autres thèmes autour des transports. Nous sommes le plus souvent dans des quartiers qui réduisent très fortement le recours à l usage du véhicule particulier, donc nous avons des systèmes d autoorganisation, d autopartage qui permettent de suppléer à ce mode de transport particulier. Nous avons un travail très précis sur les corridors écologiques, sur le fait que l on respecte le paysage et qu il y a une insertion très fine de ces quartiers avec le milieu environnant. Nous travaillons aussi sur les matériaux avec beaucoup d opérations sur lesquelles le bois va être privilégié pour ses vertus écologiques. Cela, c est l entrée environnementale. A côté de cela, la réussite de ces quartiers tient également à la participation et à l implication des habitants tout au long du processus de création de ces quartiers. Nous avons des formules tout à fait originales de gouvernance et de travail en commun. C est vraiment la démocratie participative dans son sens le plus noble, c'est-à-dire que les futurs habitants de ces quartiers ou les habitants environnants sont sollicités pour prendre leur stylo et faire un certain nombre de propositions d aménagement au niveau du plan masse. Bien évidemment, cet effort qui a été produit à la phase conception devra être traduit à la phase réalisation et exploitation gestion de ces quartiers, ce qui suppose un travail très fin au niveau du comportement. C est la raison pour laquelle on voit souvent, dans le cadre de ces quartiers, des centres d informations, des lieux relais qui font office à la fois de diffusion des bonnes pratiques, mais aussi de lieu d accueil de mouvements associatifs et qui permettent d aller plus loin dans le niveau mise en œuvre concrète au quotidien de l usage de ces quartiers, de ces bâtiments plus performants. La démonstration économique tient sur l économie qui va être engendrée sur la phase exploitation gestion des bâtiments mais aussi sur des espaces publics. Il ne faut pas se cacher pour autant que la plupart de ces opérations qui ont un caractère emblématique ont supposé des engagements financiers un peu plus importants dans un premier temps, pour essayer de créer cette dynamique. 95/106

A partir de ces grands résultats, nous avons essayé d identifier un certain nombre de pistes d actions susceptibles d être reprises par des opérateurs en Ile-de-France. Je vais vous lister très rapidement un certain nombre de points qui nous semblent essentiels. Au premier titre, de façon naturelle la validation politique et l engagement politique fort pour porter ce type de projet au niveau local. On voit dans la plupart des opérations que l on a pu identifier que l on s inscrit dans des contextes municipaux, locaux, avec des villes qui ont une image environnementale et écologique assez marquée mais qui le traduisent surtout dans la durée. On peut citer le cas de Stockholm qui a signé son agenda 21 en 1996, Sutton c était dans les années 90 également. Donc il y a une antériorité locale qui fait que la volonté politique est là pour porter ce genre de projet. Les projets s implantent le plus souvent sur des friches soit urbaines soit portuaires. Donc on est dans une logique de renouvellement urbain. Il faut penser la planification des infrastructures de transport concomitante à l aménagement du quartier. J ai l impression d énoncer une évidence mais malheureusement dans nos opérations françaises on voit encore beaucoup de projets sortir et in fine, une fois les premiers habitants emménagés, on se demande comment on va pouvoir relier ce nouveau quartier au réseau de transport en commun. Il faut investir dans des études approfondies en phase amont. Un enseignement très fort de ce panorama sur des quartiers durables, c est l exemplarité c'est-à-dire que ce sont des quartiers qui osent, à un moment ou un autre, avancer sur une thématique. On le voit en particulier sur l énergie, sur l eau, sur les transports et cela essaie de démontrer la faisabilité concrète d un certain nombre d exigences et de niveaux de performances. Je pense que l on n ose pas suffisamment en France, c est un peu caricatural, on ne se donne pas encore ce droit à l expérimentation et à oser concrètement sur un certain nombre de territoires qui seraient pilotes. On a besoin de cet effet vitrine pour pouvoir attirer et pour pouvoir ensuite généraliser les bonnes pratiques à d autres territoires. Un dernier enseignement serait d assurer également tout un suivi et une évaluation de l ensemble de ces opérations, sans pour autant se réfugier de façon systématique derrière la batterie d indicateurs qu il nous faut produire et qu il nous faut composer avant de se lancer dans une opération. C est ce que je remarque souvent auprès de maîtres d ouvrage, publics ou privés ; on a envie d avoir des indicateurs tout de suite, comme on aurait besoin d une béquille pour marcher plus facilement. J ai l impression qu à voir les opérations menées en Europe, on s embarrasse un peu moins de concepts idéologiques. Bedzed a une idée très forte avec des objectifs précis à atteindre (diminuer par deux son empreinte écologique) mais derrière on est quand même beaucoup moins porté 96/106

sur la grille de lecture systématique, avec des cibles qui devraient être traitées de telle ou telle façon. Il y a souvent la culture du pragmatisme et de l expérimentation, ce qui n empêche pas à un moment ou un autre, de faire le suivi des résultats obtenus, mais pour autant on ne va pas avoir une analyse systématique sur l ensemble des cibles avant de se lancer dans une opération concrète. Sylvie Faucheux.- Thanh ou Gérard Couturier, voulez-vous ajouter quelque chose par rapport à ce qui vient d être dit? Gérard Couturier.- Dominique parle de pragmatisme. Ce qui nous a guidé vers One Planet Living, c est qu il n y a pas d idéologie à Bedzed et Thanh le sait bien, il y a un objectif à atteindre, il y a une méthode mais elle est pragmatique. S il faut changer un indicateur, on le change, on est pragmatique. Thanh Nghiem.- Je voudrais rajouter que de manière assez concrète l on a retenu chez Angenius ce que j appelle «passer du local au global». On essaie de faire localement des choses qui marchent, même si c est tout petit, et de le faire savoir pour que cela donne envie aux autres de faire pareil. Donc c est un processus un peu viral. Si cela marche pour deux bâtiments, vingt bâtiments, 700 habitants, cela peut devenir quelque chose de très gros après. C est en ce sens que Bedzed a marché. Je vais vous donner l illustration concrète de cela. Cela fait maintenant trois ans que je regarde Bedzed, Malmö, Fribourg, etc. avec des étudiants et des thésards. J ai ensuite organisé des visites sur le terrain à Bedzed avec des collectivités, des entreprises, des experts et des institutions (ADEME, Negawatt, Ministère de l Equipement ) pour regarder ce qu il y avait «sous le capot». Lorsque nous voyions des choses qui ne marchaient pas, nous le disions. Le seul intérêt de la démarche c est de publier nos recherches de manière libre («open source»), c est-à-dire que tout est disponible, on ne cache rien, y compris les erreurs de calcul, les surcoûts de 30 %, les trucs qui ne marchent pas. Par rapport à cela aujourd hui, trois ans plus tard, cela commence à prendre en France, sachant que Bedzed représente 82 habitations. Aujourd hui, en l espace de trois ans, c est 8000 logements au Portugal, 2000 dans le Grand Londres, les Jeux Olympiques et c est en partie Shanghaï avec 500 000 habitations. En France, nous avons démarré sur un site pilote qui est une petite ville de 7000 habitants dans le Nord Pas-de-Calais. Nous sommes intervenus la semaine dernière devant 800 professionnels de l urbanisme et des élus (Forum des Projets Urbains au CNIT) sur le sujet. C est en plein cœur du bassin minier où vivent 50 % de RMIstes et 20 % de chômeurs et nous sommes partis pour faire «du Bedzed». Cela fait deux ans que nous travaillons sur le sujet. Maintenant, Saint-Etienne commence la démarche, ce qui peut représenter entre 400 000 et 800 000 habitants, dans le cadre de la candidature à la capitale européenne de la culture 2013. 97/106

J étais ce matin au Parlement bruxellois et j ai entendu : «nous en Belgique nous pourrions faire pareil». Il ne s agit pas de faire de la pub ou du marketing, je suis scientifique et complètement bénévole, donc je ne suis pas en train d animer un bureau de conseil mais l idée est de faire avancer la connaissance et de mettre en évidence ce qui marche et ce qui ne marche pas. Avec Gérard Couturier et Disney, nous avons fait un travail vraiment sans savoir. Il y a certainement des choses qui ne marchent pas, mais en revanche nous essayons de travailler en totale transparence. Sylvie Faucheux.- Jean-Marc Brûlé, vous êtes conseiller régional Ile-de- France et vous vous intéressez de près à ce type de projet. Pouvez-nous dire votre propre perspective, mais aussi celle du Conseil régional d Ile-de-France, sur les projets qui sont en train d être menés et lancés autour de ces problèmes? Jean-Marc Brûlé.- Je suis élu régional et élu en Seine-et-Marne, donc proche du projet Villages natures et aussi d autres projets. Il se trouve que je suis président de la commission développement économique au Conseil Régional et que je suis, ce qui est un peu une innovation, chargé de l intégration du développement durable dans l action économique. Cela veut dire à la fois opérer une reconversion écologique de l économie, et promouvoir les éco-activités qui sont liées à toutes les mutations à venir. Quand on promeut l efficacité énergétique dans le BTP, les énergies renouvelables ou les économies d énergie dans tous les domaines, le changement des processus de production ou la nature des produits, on est effectivement dans une reconversion écologique de l économie, de ses activités et de ses produits, et même et cela touche à d autres questions de société - de mode de vie et de consommation, etc. J ai remarqué que tout le monde est très attentif. Je vais me permettre un peu d histoire. La région Ile-de-France est certainement parmi les 22 régions la plus lourde, la plus bureaucratique, la plus lente, l une des moins rapidement innovantes. Elle a vraiment de nombreux défauts. Mais c est aussi un paquebot qui peut aller loin quand il tourne. Elle peut, à la faveur de l urgence du temps et aussi du fait que les problèmes les plus gros sont en Ile-de-France, tenter de relever des défis colossaux : problèmes de transport, problèmes d aménagement de territoire, problèmes d urbanisme, toute la dimension anxiogène et chronophage de notre mode de vie en Ile-de-France, avec les embouteillages, la course au quotidien, et le reste tout cela, ce sont des défis qui sont colossaux et qui méritent d être relevés. 98/106

Des élus comme Thierry Sibieude et moi-même pouvons en parler d une façon ouverte et pluraliste, puisque Thierry est élu UMP et que je suis élu Vert, et nous sommes pourtant d accord sur un certain nombre de choses dans ces domaines-là. Nous travaillons d ailleurs ensemble et nous discutons ensemble sur les sujets que nous portons. La Région Ile-de-France, historiquement, sur la mandature précédente, donc 1998-2004, a voulu faire des lycées HQE. Tout le monde sait ce qui peut être mis derrière le mot HQE et la démarche HQE. La réalité est que c était du HQE «light», extrêmement «light». Il y a un lycée que je ne citerai pas qui est vraiment excellent et qui est celui que l on faisait visiter pour prouver que l on faisait du HQE dans les lycées. Là, on est très loin du compte mais c était la première volonté historique de la Région d être dans l efficacité énergétique, la réduction de l empreinte écologique, dans les domaines où la région agit, dans ce qu elle contribue à cofinancer. Dans la mandature actuelle, depuis 2004, nous avons lancé des choses diverses dans tous les domaines, très embryonnaires, avec souvent de la volonté, parfois de la conviction et très souvent de l ignorance de la part des élus, des services. Donc nous sommes dans un empirisme total de la découverte de ce qu est l efficacité énergétique, de ce qu est la réduction de l empreinte écologique sur le territoire, dans tous les domaines, que ce soit les domaines les plus importants comme la production de gaz à effet de serre, mais aussi l empreinte écologique au niveau des ressources, l eau, la terre, etc. et puis les transports, les modes de vie, les modes de consommation, l urbanisme, le rapport à l agriculture, etc. Donc nous découvrons tout, et nous avons voté il y a un an un vœu vers minuit et demi, dans une séance plénière du Conseil régional, un vœu sur le HQE. Nous avons décidé que nous allions conditionner le cofinancement de la Région au programme immobilier dans tous les domaines à la prise en compte d une démarche HQE. Cela a été une bataille homérique avec des dimensions politiciennes que je vous passe et qui ne sont pas très intéressantes mais qui indiquent juste l ignorance énorme du Conseil régional dans son ensemble, en particulier de ses élus mais aussi de ses services, etc. Mais, au moins, nous l avons dit et nous avons voté à une courte majorité un voeu sur la conditionnalité HQE. Il y a une deuxième chose encore plus précise que nous avons faite, qui est la transformation de la charte qualité environnementale du dispositif de requalification des zones d activités économiques. Il y a une série de ZAE en Ile de France, qui sont polluantes ou polluées, et qui cherchent, pour être plus vendables, commercialisables, au départ au pire un «coup de ripolin». Un dispositif de la Région Ile-de-France a été mis en place pour financer ce coup de peinture et cette requalification et puis on a progressivement choisi de 99/106

donner un contenu de qualité environnementale, un contenu d empreinte écologique à cette requalification et maintenant c est conditionné, c'est-à-dire que normalement toute requalification de n importe quelle petite ou grande ZAE en Ile-de-France est censé suivre cette charte de qualité environnementale qui est maintenant très exigeante, d une grande qualité, qui a été faite avec l ARENE (Agence Régionale de l Environnement et des Nouvelles Energies). Maintenant, nous sommes passés de petites expériences pour écologiser notre politique à un outil énorme dont vous avez dû entendre parler, qui est le SDRIF (schéma directeur de la région Ile-de-France). Nous sommes donc censés penser cette région de gabegie et de contribution forte à une planète en danger (c est ça, l empreinte écologique), sur laquelle nous avons une responsabilité colossale, et il nous reste quelques mois pour cela, puisque normalement nous devons le voter vers février-mars. Là, tout est complexe, c'est-à-dire qu il n y a pas que le quartier à étudier, il n y a pas que le bâtiment que l on va vouloir construire et dont on voudrait qu il soit à énergie positive, etc. (on peut imaginer effectivement qu avec du solaire, avec la géothermie, la biomasse et puis une petite éolienne de proximité, et une bonne isolation, de bons matériaux, on aille vers un bâtiment à énergie positive). Mais il y a aussi toute la problématique transport, la circulation, la production de déchets et le traitement des déchets et tout ce que vous connaissez en termes de gestion d une ville en confrontation avec les campagnes, avec la gestion du rurbain puisque c est là qu il y a la plus grosse déperdition énergétique, c est là qu il y a vraiment des questions de rénovation, des questions de transformation du bâti, du rapport avec l environnement, qui sont à étudier. Du coup, la promotion des éco-quartiers n est qu un outil de communication et d expérimentation parce qu on ne pourra pas réduire l empreinte écologique de la région Ile-de-France si l on mise sur les créations de quartiers. D abord, on n a pas la surface urbanisable pour cela, question de bon sens. La surface urbanisable de la Région Ile-de-France est déjà occupée par une surface urbanisée au minimum à 80 %. Donc tout ce que l on peut urbaniser en plus en créant est forcément à la marge. Le problème de la rénovation est donc extrêmement important et il profite des exemples et des expériences des écoquartiers. Sur les éco-quartiers eux-mêmes, nous allons le faire. En Ile-de-France, même chez moi en Seine-et-Marne, à Sénart, des projets d éco-quartiers fleurissent à peu près partout ici et là. J ai entendu parler de projets en Essonne et en Seine Saint-Denis. Cela veut dire qu actuellement tout le monde veut son écoquartier, tous les présidents d agglomération, tous les maires, tout d un coup, vont avoir envie d un éco-quartier, mais cela va nous servir essentiellement de fer de lance et de modèle, d outil d exemplarité. Ensuite la vraie question derrière cela, c est comment fournir économiquement les solutions technologiques et les entreprises et les solutions économiques 100/106

commerciales pour fournir à la fois marginalement les éco-quartiers et de façon très conséquente l ensemble de la rénovation du parc immobilier en Ile-de- France, locatif, privé ou public, collectif ou pavillon, même si l on considère que la plus grande déperdition énergétique est bien sur le pavillonnaire. Là, il y a des projets très importantes, de grande qualité, sur lesquels nous sommes très impliqués au niveau du Conseil Régional d de-france. Tout d abord, il y a le pôle de compétitivité «Ville et Mobilité Durables» qui est vraiment un acte fort : c est le pôle qui est en charge de concevoir les solutions technologiques pour une ville à faible empreinte écologique, avec des projets comme le bâtiment à énergie positive, la rénovation à objectif de haute performance énergétique, la motorisation hybride dans les transports en commun, etc. Dans ce pôle, il y a toutes les universités, tous les labos, toutes les grandes entreprises connues dans le domaine, de Véolia, à Vinci, Bouygues, la RATP, la SNCF, etc. Les solutions technologiques seront là et devront trouver des mises en œuvre dans des applicateurs d une part, et après des programmes généraux et éventuellement publics, des programmes de masse à initier et à cofinancer par le Conseil régional. Donc nous allons avoir non seulement des éco-quartiers à construire, mais aussi la construction en partenariat d une voirie à faible empreinte écologique avec un bâtiment à autosuffisance énergétique et des logiques de gestion des flux à faible empreinte écologique. Tout cela est très complexe car finalement un processus a une incidence sur un autre. On peut avoir une maison qui a une suffisance énergétique et une logique de production de déchets délirante. Il y a beaucoup de faux amis écolo. Il suffit de regarder les pots catalytiques dans les voitures, c est bien pour la limitation de la pollution de résidus à métaux lourds, de résidus qui contribuent à la pollution de l air mais les pots catalytiques posent des problèmes dans leur recyclage, problèmes qui ne sont pas résolus. La question systématique est donc de savoir où est la plus grande empreinte écologique. Il y a beaucoup de faux amis écolos à débusquer au quotidien pour éviter de croire que l on a LA solution. Le pire des attrape-nigauds, c est les biocarburants, et le pire des biocarburants, c est l éthanol, justement celui qui est lancé! On voit bien que l on est dans des logiques où tout est très complexe, et les éco-quartiers que nous ferons ne pourront qu être des fers de lance. Ils ne sont pas la norme pour la région Ile-de-France, ils ne sont généralisables. Sylvie Faucheux.- Merci. Thierry Sibieude. Si l efficacité énergétique des bâtiments est sûrement bonne,en matière phonique ils ont sûrement un petit travail à conduire. Donc s il y a des spécialistes dans la pièce, allez-y, il y a un vrai marché à gagner tout de suite! 101/106

Plus sérieusement, sur les propos qui ont été tenus, un des rôles d une collectivité territoriale, au-delà de l exemplarité et de la dimension fer de lance que décrivait Jean-Marc, c est tout ce qui tourne autour de la formation et de la sensibilisation et un des efforts que nous avons engagé au sein de la collectivité générale Val d Oise, sachant que nous ne sommes pas les seuls, c est d avoir développé d une part une sensibilisation et une formation des collégiens et du grand public et d essayer de développer aussi, par rapport à l enseignement supérieur, une prise en compte d un certain nombre de réalités. Nous sommes confrontés à une question qui est culturelle et pour faire évoluer un problème culturel, il faut du temps, il faut de la pédagogie, de la formation et de l information. Question.- Pensez-vous utiliser l outil qu est la thermographie infrarouge pour cibler les éco-quartiers, en Ile-de-France par exemple? Dominique Sellier.- Il me semble que cela a été mis en œuvre à Dunkerque et il y a une expérimentation en cours avec la Ville de Paris qui devrait pouvoir nourrir un certain nombre de résultats, notamment dans la mise en œuvre de son plan climat. C est la seule expérience à ma connaissance actuellement autour de la thermographie des bâtiments. Question.- J aimerais savoir si, à la Région Ile-de-France, vous avez entendu parler du projet d éco ZAC dans le treizième arrondissement et si vous pouviez en parler un peu plus. Thanh Nghiem.- Un petit mot sur l éco ZAC de Rungis. En 2003 Philippe Bovet qui s occupe de ce sujet, qui est journaliste au monde diplomatique, est venu nous voir en février. A l époque, ils se demandaient ce que l on pouvait faire dessus. On a fait venir les gens de Bedzed, on a travaillé ensemble en recherche appliquée, c'est-à-dire que les gens de Bedzed sont venus sur le site pour regarder ce qu ils pouvaient faire. Dans le cheminement de Philippe Bovet il y a une grosse partie de l incubation qui était à Bedzed qui lui a servi d expérience, notamment sur les comportements et l implication des usagers dans le modèle, puisque aujourd hui les gens de l Eco ZAC de Rungis sont surtout connus par l animation qu ils font autour du sujet, avec le cinéma Mercurial, etc. Dominique Sellier.- En fait, le site sur lequel est prévu un projet de quartier durable, c est la ZAC de la Porte de Rungis qui est portée par la SEMAPA qui est l aménageur de ce territoire et l éco ZAC est une association parmi d autres, représentant un certain nombre de collectifs d habitants qui militent pour augmenter le niveau de performances. Nous avons été associés auprès de la SEMAPA justement pour essayer de les accompagner dans la définition d un cahier des charges plus exigentiel sur les aspects énergétiques, eau, mobilité, autour de ce projet. 102/106

Jean-Marc Brûlé.- C est un projet qui est connu du point de vue associatif et militant, donc qui porte les espoirs de beaucoup de gens. Il faudrait que ce projet aille plus vite pour qu il joue pleinement son rôle d exemplarité. Soyons clairs, il faut avoir autant en tête la rénovation que la création, la réhabilitation que la construction, mais il est évident que pour identifier ces domaines de façon symbolique, pour sensibiliser la population aux enjeux de la réduction des gaz à effet de serre, rien de mieux pour l instant, si cela se fait vite, qu un éco-quartier. Mais le problème c est à quelle vitesse on fait les choses. Il y a un paramètre dont on parle peu, finalement, quand on aborde ces sujets, dont on ne parlait pas jusque-là, c est l urgence. Tout à l heure, on a parlé de pragmatisme et c est la question de fond. Nous sommes dans une habitude de procédure et de conception politique et technique des dossiers qui prend énormément de temps. On fait beaucoup d études en amont et beaucoup d études en aval, pourtant, savoir que nos maisons chauffent les oiseaux, ce n est pas extrêmement dur, c est du bon sens. Les études sont utiles comme outil de médiatisation à un moment donné, de sensibilisation ou même de dramatisation. Mais il n y a pas besoin de beaucoup d études, le bon sens suffit pour savoir qu une maison est mal construite, qu un immeuble chauffe les oiseaux. En revanche, la mise en œuvre de la rénovation est extrêmement urgente. L urgence climatique, ce n est pas de la rigolade. Elle est énorme et donc on va avoir besoin de zapper très clairement des études de faisabilité en amont, et de rentabilité en aval, études et évaluations pour savoir si l on a, à 2% près, bien rempli les objectifs, etc. On va avoir besoin de faire des expérimentations qui ne sont pas parfaites, les éco-quartiers par exemple, et des lancements de filières d activités économiques dans ces domaines, de façon plus rapide que cela ne se fait actuellement. Je prends un exemple sur les zones d activités économiques, en l occurrence les éco-pôles que lance la Région Ile-de-France. Depuis dix ans, en Seine Saint-Denis, il y a un projet vers Bobigny, on en discute, il y a des études qui sont faites autour du projet, et finalement cela n avance pas. Du côté de Sénart il y a un projet d éco-pôle qui est lancé depuis un an et demi. Dans six mois il sera lancé opérationnellement parce qu il y a eu une décision collective de faire le plus vite possible, en ayant le minimum d études. A un moment donné, il faut FAIRE les choses, non seulement parce qu on a besoin d être efficace au plan énergétique, parce qu on a une planète à sauver, et deuxièmement parce qu il faut tout de suite prouver aux gens que cela marche et qu ensuite il y a un effet boule de neige sur les effets fiscaux, sur les 103/106

incitations au crédit, les politiques de développement économique des collectivités territoriales Et il faut faire vite. 104/106

Clôture du colloque Sylvie Faucheux.- Je propose de clore cette journée qui a été très fructueuse. Je vous remercie pour votre attention, je remercie l ensemble des intervenants qui sont venus de loin pour certains, les partenaires de cet événement : la Région Ile-de-France, le salon Ecobuilding performance mais aussi le Réseau francilien de Recherche sur le Développement Durable et, plus particulièrement, le professeur Bruno Peuportier pour son aide dans l organisation de cette journée. Les modérateurs des tables rondes ont fait un travail excellent et je les en remercie. Ce serait bien si nous pouvions partir d ici en se disant qu on pourrait mettre en place tous ensemble un ou deux projets en collaboration. En effet, on voit qu il y a une multitude d expériences dans le monde de la recherche, dans les entreprises, au niveau des collectivités territoriales et qu il y a peu de partage de connaissances, peu de retours d expériences mis en commun. Un projet pourrait être lancé par la Région Ile de France, une espèce de plateforme, avec retour sur expériences où chacun pourrait apporter ses contributions. Ce serait à mon avis fort utile. C est un travail que nous pouvons tous faire, à notre niveau, tous les partenaires que peuvent être les entreprises, les chercheurs, les collectivités territoriales, les associations, les ONG. Nous pourrions peut-être penser à monter une espèce de réseau sur ce type d expériences. On voit en effet que les solutions techniques existent. Ce n est pas tellement les solutions techniques qui posent problèmes, elles existent au niveau national et international. Ce qui est beaucoup plus difficile, c est la mise en place, le montage de projets transversaux. Pour y parvenir, il est nécessaire d avoir un accompagnement en matière de réglementation, de sensibilisation, d incitation et de montage de projet. On a vu que, en France, dans les applications sur le terrain, les architectes ne travaillent pas avec les ingénieurs et, également, que dans la réalisation, la conception des quartiers durables, ou la requalification de zones industrielles, il est nécessaire de travailler en concertation avec l ensemble des acteurs concernés. Ce sont ces expériences qui peuvent fonctionner. Je vous invite à suivre également ce qui va se passer via le site de Fondaterra. Il y aura je l espère une suite. Déjà, vous aurez d ici un mois les comptesrendus de l ensemble de cette journée et vous pourrez suivre les projets qui, j espère, pourront sortir comme chaque fois que nous avons organisé un colloque de ce type. 105/106

Je vous remercie tous et je remercie aussi ceux qui ont contribué à l organisation technique pratique de cette journée, les étudiants mais aussi les différents membres de Fondaterra qui sont intervenus aujourd hui. Je souhaite que le chantier des bâtiments durables se mette en place, que la région les soutienne, que les quartiers voient le jour. ******* 106/106