Toile de fond Cynthia Alcalay L exposition L ensemble de ce travail de Cynthia Alcalay est conçu comme un parcours de vie, de vécu, un système d archive. Le visiteur est invité à y déambuler selon trois parcours pensés par l artiste. Au départ de ce projet, l artiste a cherché à concevoir une hybridation possible entre la photographie et le dessin. Son idée était d inventer une technique nouvelle, opérant non pas par le collage ou par l entreprise d un logiciel de retouche photographique, mais dans la matière même, au moment du tirage, du développement de la photographie. Premier parcours : le passé Pour mieux appréhender la photographie et le dessin, Cynthia Alcalay a revisité ses premiers essais graphiques : les dessins de son enfance. C est en étudiant ces derniers que l artiste a découvert ce qui allait devenir un thème récurrent dans son travail : la mémoire. Dans ce parcours, elle a conçu ses premiers hybrides entre photographies et dessins, comme si elle tentait de «maintenir encore de manière plus ou moins visible cette réalité du passé». «Qu est-ce que je dessinais enfant? J ai découvert qu il y avait quatre grandes thématiques (soleil, maison, chandelier, microcosme) : il s agissait de redécouvrir le trait d origine, et cela de mémoire. Ensuite, j ai pris des photos du trajet quotidien me ramenant «chez moi», c està-dire à la maison familiale. J ai constaté, en étudiant ces photographies, qu il y avait alors une abstraction de l image. Ce paysage, je l ai parcouru tant de fois qu il se présente à moi dans un effacement partiel, comme s il était estompé, comme l est le souvenir d un enfant pour sa maison natale.»
Troisième parcours : l avenir, l inconnu Second parcours : le présent, celui du quotidien (Orléans/Esad) Ce parcours est conçu comme une carte mémo-sensorielle, essentiellement graphique, des trajets quotidiens de l artiste (domicile Ecole Supérieure d Art et de Design d Orléans). En étudiant ces derniers, Cynthia Alcalay a constaté que la pensée et le souvenir influençaient les photographies prises sur ce parcours, comme celui de son enfance (coupure, abstraction, opacité/saturation, estompage, voire disparition partielle). «Quotidien lassant. Je connais si bien ce trajet que je ne le vois même plus, je ne le supporte plus. Malgré la difficulté, j ai essayé de capturer ce présent par la photographie. Mais j ai alors constaté que je ne le voyais toujours pas. Ce présent s échappe de moi, de mon objectif, la visibilité devient de plus en plus nulle, comme si je me noyais de nouveau dans mes pensées». Au cours de promenades successives, Cynthia Alcalay a retranscrit ce qui lui traversait l esprit dans un carnet : ces mêmes notes constituaient alors une sorte de cartographique mentale des déambulations effectuées. Plus tard, l artiste est revenue sur ses pas et a pris des photographies des parcours. A cette occasion, le même flux de pensées réapparaissait, rappelant par là-même celles d auteurs illustres. Ces lectures influençaient, voire créaient l image (double sens de lecture). Le paysage amène à l introspection. Ce parcours est conçu comme une édition, où la déambulation est retranscrite en tant qu expérience. Différents types de lecture du paysage s y entremêlent. Dans ce parcours, chacun est libre d articuler les pages. Le visiteur entre dans le paysage comme dans un livre. La photographie, seule, devient un corps inanimé. Des questions y demeurent en suspens : capter la réalité par la photographie, est-ce vraiment rendre la réalité? Le moment est passé. Le réel se dissout, il s efface. Comment le retranscrire alors? Par l utilisation du papier photosensible, utilisée dans la dernière série du parcours (les photos bleues). Ici, la trace photographique s efface, elle devient éphémère ; elle se meurt. Cette technique hybride permet une alchimie entre la réalité et l imaginaire. L instant présent sombre dans l oubli. Il ne reste que des bribes de souvenirs.