Incidence des cancers les plus fréquents, en Algérie, traités par chimiothérapie, en 2008 et 2009: Étude EPIONCO Par F.Smaili INTRODUCTION Le cancer est une cause, majeure, de décès dans le monde. En 2008, il était à l origine de 7,8 millions de décès, pour 12,7 millions de nouveaux cas diagnostiqués dans la même année 1. Le cancer constitue, actuellement, un des problèmes, majeurs, de santé publique, en Algérie: 28700 nouveaux cas, diagnostiqués en 2008. Malgré les progrès thérapeutiques, réalisés ces dernières années, la mortalité par cancer reste, toujours, élevée: elle est estimée à 21 000 cas, en 20081, car le diagnostic est, souvent, tardif et la prise en charge difficile et coûteuse. En 2002, l étude des causes de décès, menée dans le cadre du projet TAHINA, à l Institut National de Santé Publique (INSP), au niveau de 12 wilayate du pays, tirées au sort, parmi l ensemble des wilayate, avait montré que, sur les 7829 décès, recensés au cours de cette année, les tumeurs malignes occupaient la deuxième position des causes de décès par maladies non transmissibles, avec 16,0% (1256 cas), après les affections cardiovasculaires (44,5%) et représentaient 9,4% de l ensemble des décès. En tête les tumeurs digestives: 34,2%, suivies des cancers respiratoires: 14,2%, dont 86,5% étaient dues à un cancer pulmonaire. Le cancer du sein représentait 5,9% 2. Des registres du cancer existent dans plusieurs wilayate du pays; cependant, ces registres ne sont pas généralisés à l ensemble du pays. De plus, nous n avons aucune donnée, sur la prise en charge de ces patients. Au niveau des registres des tumeurs de Blida (2008) 3 et d Alger (2007) 4 - les derniers publiés- on note: chez la femme, le cancer du sein est, de loin, le plus fréquent; suivi du cancer colorectal, du col de l utérus et de l ovaire. Chez l homme, le cancer du poumon occupe la première place; suivi par le cancer colorectal et celui de la tête et du cou. Le cancer de la vessie, de la prostate et de l estomac font partie des cancers les plus fréquents. METHODE Cette étude avait, pour objectif principal, d évaluer l incidence des cancers les plus fréquents: cancer du sein, de l ovaire, de la tête et du cou, de l estomac, colorectal, cancer de la prostate hormono-résistant, ainsi que le cancer bronchique non à petites cellules, prouvés histologiquement. Il s agissait de cancers traités par chimiothérapie, dans les services d oncologie médicale des 8 centres hospitalo-universitaires du pays, entre octobre 2008 et octobre 2009. Les objectifs secondaires étaient de calculer la fréquence de chaque cancer et de décrire le profil des patients: âge, origine géographique, localisation tumorale, stade de la tumeur et d identifier les protocoles de chimiothérapie, par localisation tumorale. Il est à noter que la date du diagnostic correspond à celle du diagnostic histologique, ou cytologique. Les patients reçoivent, pour la première, fois un traitement ou reviennent, pour une récidive locale, ou à distance. Les services d oncologie médicale concernés sont, pour le Centre: celui du CPMC Alger, de l EHS en LCC Blida, du CHU de Tizi-Ouzou. Pour l Est, ceux du CHU de Constantine et d Annaba. Pour l Ouest: ceux du CHU et du CAC d Oran et du CHU de Tlemcen. Le but de cette étude est de disposer de données précises et d évaluer, sur le plan quantitatif et qualitatif, la prise en charge de ces patients. RESULTATS Au total, 5169 fiches de patients, âgés de 18 ans et plus, ont été recueillies, au cours d une année, entre 2008-2009. Il s agit de patients traités, dans cet intervalle de temps. On compte 3786 femmes, soit 73,2% et 1374 hommes, soit 26,6%. 24 Santé-MAG
Avec une répartition par région, qui montre que 57,7% ont été recrutés au centre (3 centres: Alger, Blida; Tizi-Ouzou) du pays, 24,1% à l Ouest (3 centres: 2 à Oran; 1 à Tlemcen) et 18,2% à l Est. (2 centres: Constantine, Annaba). L âge varie de 18 à 87 ans. La répartition par âge, pour l ensemble des patients recrutés, comporte un pic de 16,1%, pour l âge 45 à 49 ans; 56,2% avaient entre 40 et 60 ans. La population de 70 ans et plus représentait 8,2% et celle de moins de 35 ans, 8,9%. Tableau 5. Tableau 1: Répartition par localisation Localisation Nombre de patients Fréquence (%) Sein 2746 53,1% Colorectal 793 15,3% Tête et cou * 531 10,3% CBNPC 424 8,2% Ovaire 353 6,8% Estomac 267 5,2% Prostate 55 1,1% Total 5169 100% *Dans la rubrique tête et cou: le cancer du naso-pharynx (362) = 7%; larynx (46) = 0.9% et autres (123) = 2.4 % Dans la catégorie «Autres» des cancers de la tête et du cou, on note une prédominance des cancers des lèvres et de la cavité buccale (45 patients), des cavités nasales et sinus maxillaire (27 patients), des glandes salivaires et parotides (21 patients) et des amygdales (9 patients). 1/ LE CANCER DU SEIN Le cancer du sein reste la localisation la plus fréquente, touchant plus de la moitié de la population étudiée. Au total, 2746 patients, présentant un cancer du sein, ont été recensés dans les différents centres anticancéreux, dont 2739 femmes et 7 hommes. L incidence du cancer du sein, traité par chimiothérapie, dans un des centres anticancéreux, est estimée à 20,12 pour 100.000, dans la population féminine et 0,07 pour 100.000, dans la population masculine. L âge varie de 18 à 87 ans, en moyenne 50,6 ± 12,5 ans, avec un pic entre 40 et 50 ans: 38,8% des patients. Les femmes de 70 ans et plus représentent 3,3% et les jeunes de moins de 35 ans 8,4%: Tableau 5. Le stade, au moment du diagnostic: Sur 2369 fiches, le stade est précisé, sur l ensemble des cas inclus, les tumeurs T1 représentent 18%; les T2: 34, 3%; les T3: 13,4% et les T4:21,6%. Les métastases ganglionnaires sont présentes dans 65,9% des cas, avec 50,4% de ganglions type N1 et les métastases à distance, dans 15,2%. Tableau 2: Répartition par stade tumoral au moment du diagnostic (classification TNM) Stade Nombre de patients Stade 0 17 0,6% Stade IA/B 110/20 4,7% Fréquence (%) Stade IIA/B 579/519 21,1% / 18,9% A/B 297/349 10,8% / 12,7% C 60 2,2% 418 15,2% Stade non précisé 377 13,7% Total 2746 100% Traitement antérieur: dans 15% des cas, les patientes avaient reçu une chimiothérapie, avant l inclusion, avec un recul allant jusqu à 270 mois. 80,4% des patientes avaient bénéficié d un acte chirurgical, avant l inclusion. Dans 69,4%, il s agit d une mastectomie de type Patey, d une biopsie exérèse dans 45 cas et dans les autres cas, d une tumorectomie. La chimiothérapie était, soit adjuvant 63,3%, soit néo-adjuvant dans 12,1%, ou palliative dans 24,5 %. Les protocoles de référence utilisés sont, en cas de traitement adjuvant: FAC, FEC ou AC, 6 cures dans 12,2% ou 3 cures de FEC/FAC, suivies de 3 cures de docétaxel, dans 73% des cas; le protocole CMF: 1,4%; le protocole AC suivi de paclitaxel: dans 1,1% seulement. Le docétaxel a été utilisé, dans 80%, en séquentiel ou concomitant (TC ou TAC, dans 7% des cas). En néo-adjuvant, le privilège est donné à l association docétaxeladriamycine et/ou cyclophosphamide: TAC; AT; TC, dans 44,4%; le traitement séquentiel représente 15,4%. Au total, le docétaxel a été utilisé chez 60% des patients, les protocoles de poly-chimiothérapie: FAC; FEC; AC ont été utilisés dans 24%; le CMF dans 1,5% des cas. En palliatif, le traitement repose, essentiellement, sur une poly-chimiothérapie. Dans 522 cas; soit 77,6%, il s agissait d un traitement de 1ère ligne et dans 150 cas; soit 22,3%, d un traitement de 2ème ligne. En 1ère ligne, le protocole FAC, ou FEC, est retrouvé dans 16,6%, les anthracyclines associées aux taxanes: docetaxel dans 20,3% (AT.TAC) ou paclitaxel dans 7,8%; en mono ou bithérapie, la capécitabine est retrouvée chez 9,2% des patients, la gemcitabine dans 7,2% et la navelbine dans 6,7%; le CMF dans 4,9%. En 2ème ligne le protocole AT domine, prescrit dans 37% des cas, suivi de l association navelbine-capecitabine 13,3%, la capecitabine, en monothérapie, dans 8,6%. Au total le docetaxel est retrouvé dans 34,9 % en bithérapie, dont 1,3% avec trastuzumab et 1,6% avec bevacizumab. Le paclitaxel a été utilisé dans 11,2%. Le nombre de cures a été, en moyenne, de 06. 2/ LE CANCER DE L OVAIRE Au total, 353 patientes, présentant un cancer de l ovaire, ont été recensées, dans les différents centres anticancéreux. L incidence est de 2,31 pour 100.000, dans la population féminine de plus de 18 ans. L âge varie de 18 à 83 ans; en moyenne, 51,3 ± 13,6 ans, tous types histologiques confondus. Les femmes, âgés de 70 ans et plus, représentaient 9,4 % et celles de moins de 35 ans 12,2%. Par ailleurs, la répartition, par tranche d âge, est presque homogène: entre <35 et >69 ans. Tableau 5. Le stade au moment du diagnostic: dans près de la moitié des cas, le cancer de l ovaire était un cancer au stade III; 71%, au stade III et IV. La quasi-totalité: 340; soit, 96,3% des cas avaient bénéficié d un acte chirurgical. Il est à noter que des biopsies seules ont été réalisées dans 65 cas; une ovariectomie avec biopsies multiples dans 18 cas; une annexectomie unie ou bilatérale, avec exérèse plus ou moins complète, pour les autres patientes. La chimiothérapie: 76% des patientes avaient reçu une chimiothérapie, pour la première fois; 24,1% étaient réadmises, pour récidive et le premier traitement remontait jusqu'à 242 mois. La chimiothérapie était adjuvant, dans 43,3 % des cas; néo-adjuvant dans 15, 3% et palliative dans 41,4% des cas. Les protocoles utilisés: l association platines-taxanes: paclitaxel ou docetaxel a été prescrite dans, respectivement, 59% et 15%; la gemcitabine a été utilisée chez 9 patientes et le cyclophosphamide Santé-MAG 25
chez 10. Le protocole BEP (Bleomycine, Epirubicine, Cisplatine), utilisé dans les tumeurs à cellules germinales, a été prescrit dans 14 cas. 3/ LE CANCER COLORECTAL (CCR) 793 patients, recensés dans les différents services concernés, regroupant 375 femmes et 412 hommes (dans 6 cas, le sexe n est pas précisé). L incidence est estimée à 2,87%, pour les femmes et 3,57, pour les hommes. L âge des patients va de 18 à 87 ans; avec une moyenne 54,0 ± 13,4 ans. Dans 52% des cas, l âge se situe entre 45 ans et 65 ans; 15,1% avaient 70 ans et plus et 7,9% moins de 35 ans: Tableau 5. Le stade de la maladie au moment du diagnostic: Tableau 3. Le cancer colorectal est, souvent, diagnostiqué à un stade avancé. Dans près de 40% des cas, il s agit d un stade métastatique. Tableau 3: Répartition des patients atteints de cancer colorectal, selon le stade tumoral Stade Nombre de patients Fréquence (%) Stade I 11 1,4% Stade II 164 20,7% 283 35,7% 311 39,2% Stade non précisé 24 3,1% Total 793 100% 709 patients; soit 89,4% des cas, étaient chimio-naïfs. 682; soit 86% des patients, étaient admis pour chimiothérapie, après un acte chirurgical à type de résection recto-sigmoïdienne, ou d une résection colique dans 600 cas, d une amputation abdominopelvienne dans 42 cas, d une colostomie de décharge dans 31 cas; biopsie dans 5 cas. Une hépatectomie est signalée dans 2 cas, seulement. La chimiothérapie était adjuvant dans 416 cas, soit 52,5%, néo-adjuvant dans 4,4% et palliative dans 42,7% des cas. La chimiothérapie adjuvant concerne 61% des patients opérés et la moitié de ceux admis pour chimiothérapie. Les protocoles utilisés, dans ce cas, étaient le LV5FU2 (20%), ou la capécitabine (36,3%), associés à l oxaliplatine: FOL- FOX4 (15,4%); xelox (17%); irinotecan (3,1%). néo-adjuvant: traitement prescrit chez les sujets avec maladie localement avancée, ou métastatique, en vue d une chirurgie. Dans ce cas, c est la capécitabine qui était largement utilisée (68,5%) seule (34,3%), ou associée à l oxaliplatine (31,4%); à l irinotecan (2,8%). Le FOLFOX4 est retrouvé dans 8,6%. palliatif: il s agissait d un traitement de 1ère ligne, dans 88,8% des cas. Le protocole FOLFOX4 est retrouvé dans 32,8%, en 1ère ligne et 34,2%, en 2ème ligne. La capecitabine était utilisée dans 43,6% des cas quelle que soit la ligne, associée à l irinotecan dans 28,2%, à l oxaliplatine dans 8,9% et en monothérapie dans 5,6% en 1ère ligne. L oxaliplatine était utilisé dans 41% des cas, l irinotecan dans 37%, en 1ère ligne. En 2ème ligne, ces deux cytotoxiques sont utilisés, chacun, dans 42% des cas; une thérapie ciblée, bevacizumab, est rapportée dans 21,5% des cas. Dans le cancer colorectal, le traitement est, essentiellement, à base de capécitabine, d oxaliplatine et moins fréquemment, d irinotecan. 4/ LE CANCER GASTRIQUE 267 patients recensés: 107 femmes et 160 hommes, avec une incidence, respectivement, de 0,87% et 1,45%. L âge des patients varie de 19 à 82 ans; en moyenne, 54,1 ± 12,5 ans. Ce cancer est diagnostiqué à tous les âges, surtout au-delà de 30 ans, avec un pic entre 55-59 ans: 21,3%. Les sujets de 70 ans et plus, représentent 12%; les sujets jeunes, de moins de 35 ans, 9,4%: Tableau 5. Les patients recensés avaient des tumeurs à différents stades, au moment du diagnostic. Dans 19,9% des cas, les tumeurs étaient au stade III et 68,2% au stade IV. 121 patients (45,3 %) avaient subi un acte chirurgical: gastrectomie totale; subtotale ou partielle, ou oesogastrectomie avec curage ganglionnaire. Une laparotomie exploratrice, avec biopsies multiples, avait été réalisée chez 24 patients. Malgré 121 cas de chirurgie gastrique avec curage ganglionnaire, seuls 49 patients (18,4%) avaient reçu un traitement adjuvant; le traitement palliatif était indiqué chez 188 patients (70,4%) et le néo-adjuvant, 11,2%. La chimiothérapie utilisée était à base de 5FU - Cisplatine(CF). Chez certains patients le 5FU est remplacé par la capécitabine. Quel que soit le type de chimiothérapie, le CF est retrouvé dans 82 cas, soit 30,7%; le docétaxel-cisplatine dans 48 cas, soit 17,9%; la capécitabine 14,9% seule ou associée. L épirubicine était associée aux autres cytotoxiques dans 3,7%; le bevacizumab dans 1,5%. Il est à noter que 79,8 % des patients opérés avait reçu le traitement dans le premier mois après la chirurgie. 5/ LES CANCERS DE LA TETE ET DU COU Sur 531 patients inclus, 362 présentaient un cancer du naso-pharynx, 46 du larynx et 123 autres cancers de la tête et du cou, qui étaient dominés par les cancers de la langue, des sinus maxillaires, des fosses nasales et des amygdales. L incidence retrouvée est de 1,26 %, pour la femme et 2,97 %, pour l homme. 5.1. Le cancer du naso-pharynx Etait la localisation, de loin, la plus fréquente, avec 362 patients recensés, dans les différents centres anticancéreux; dont 242 hommes et 120 femmes. L incidence est de 0,91 pour 100.000, dans la population féminine et de 1,90 pour 100.000, dans la population masculine. L âge varie de 18 à 82 ans; en moyenne, 45,7 ± 13,9 ans. On observe un pic d âge entre 40 et 54 ans (41,7%). Les sujets de 70 ans et plus représentaient 4,2% et ceux de moins de 35 ans 22,2%: Tableau 5. La répartition, par stades, au moment du diagnostic: les patients, vus en oncologie médicale, se présentaient avec une maladie au stade avancé: le stade III: 40,9% et le stade IV: 35, 3%. 16,2% des patients avaient, déjà, été traités par chimiothérapie, avec un recul jusqu à 162 mois. Un traitement adjuvant à la radiothérapie est noté dans, seulement, 12,4%. était néoadjuvant, pour la majorité des patients; soit, 62,4% et pour 24,6% des patients, le traitement était palliatif. Les protocoles, utilisés dans le cancer du naso-pharynx, étaient à base de platine, chez presque tous les patients, en adjuvant associé à la capécitabine et docétaxel, dans 55,5% des cas; à la doxorubicine dans 4,4% des cas et au 5FU dans 8,9%; la monothérapie cisplatine seule 11,1% et capécitabine 4,4%; en néo-adjuvant, le cisplatine était associé à la bléomycine et l épirubicine(bec) 26 Santé-MAG
dans 19,9%; au 5FU ou capécitabine dans 47,4% des cas, dont 16% associée au docétaxel et le docétaxelcisplatine a été utilisé dans 7,1%; en palliatif le 5FU ou capécitabine dans 31,6% dont 6,7% associée au docétaxel, le cyclophosphamide: 11,2%; le cetuximab: 4,5%. 5.2. Le cancer du larynx On note une prédominance masculine, avec 42 hommes et 4 femmes. L âge varie de 18 à 80 ans; en moyenne, 57,7 ± 13,1 ans, avec un pic de fréquence entre 50 et 54 ans. Les sujets de 70 ans et plus représentaient 19,1% et ceux de moins de 35 ans, 10,6%. Les patients avec cancer du larynx, pris en charge en oncologie médicale, se présentaient avec une maladie à un stade avancé stade III: 40,4% et stade IV: 40,4%. Sur les 46 patients adressés, seuls 9 avaient bénéficié d une laryngectomie, avec curage ganglionnaire. La chimiothérapie était adjuvante dans 3 cas (6,5%); 48,9% avaient reçu une chimiothérapie néo-adjuvante et 44,7% palliative. Quel que soit le type de chimiothérapie, les protocoles utilisés sont une association de platines au 5FU:43,5%; à la capécitabine 26,1%; aux taxanes 28,3% (docétaxel 23,9%). 6/ LE CANCER DU POUMON Au total, 424 patients, avec un cancer bronchique non à petites cellules (CB- NPC), ont été recensés dans les différents centres anticancéreux, dont 379 hommes et 45 femmes. L incidence du cancer du poumon est de 0,35 %, dans la population féminine et de 3,23%, dans la population masculine L âge varie de 25 à 81 ans; en moyenne, 58,7 ± 9,9 ans; le diagnostic est porté à partir de 40 ans. En effet 2,9% des patients avaient moins de 40 ans avec un pic pour les 55-64 ans. (37,3%); les sujets de 70 ans et plus représentaient 16,5% de cette population: Tableau 5. Le stade, au moment du diagnostic: la quasi-totalité, 92,7% des cancers du poumon, pris en charge dans un service d oncologie médicale, avaient une maladie au stade III /IV, au moment du diagnostic. Dans 47 cas (11,1%), les patients avaient reçu, déjà, une chimiothérapie, dont le délai était inférieur ou égal à 52 mois et 16% avaient bénéficié d un acte chirurgical, à type de résection tumorale élargie: une thoracotomie dans 55 cas, des biopsies dans 12 cas et non précisé dans 2 cas. La chimiothérapie était une bithérapie à base de platine: cisplatine ou carboplatine, en adjuvant: 6,4%; en néo-adjuvant 20,5% et en palliatif 72,4%. Quel que soit le type de chimiothérapie, la gemcitabine était prescrite dans 30% des cas, les taxanes 29,7%; en particulier, paclitaxel dans 18,6% et docétaxel 11,5%; le pémétrexed dans 8,25%; la vinorelbine dans 10,5%; la monothérapie est retrouvée dans 7,54% des cas. Il s agit de vinorelbine essentiellement, pémétrexed ou gemcitabine. L association étoposide platine est présente dans 4,8% des cas. 7/ LE CANCER DE LA PROSTATE Seulement, 55 patients, présentant un cancer de la prostate et traités par chimiothérapie, ont été recensés, dans les différents centres anticancéreux. L incidence du cancer de la prostate, traité par chimiothérapie et pris en charge dans un des centres anticancéreux, est estimée à 0,5/100 000 habitants, dans la population masculine. C est un cancer du sujet âgé. L âge varie de 44 à 84 ans; en moyenne, 69,1 ± 7,9 ans. Les patients avaient un cancer au stade métastatique. La chirurgie est rare; une prostatectomie radicale est observée dans 2 cas. Les patients avaient reçu soit du docétaxel (56,9%), soit de la navelbine (37,2%). DISCUSSION La fréquence et l incidence 5 169 fiches recueillies, qui représentent la quasi-totalité des patients de plus de 18 ans, pris en charge dans les différents services, avec 18,2% à l Est, 24.1% à l Ouest et 57,7% au Centre, avec un sexe ratio de 0,36 H/F. Ce chiffre reflète les capacités de prise en charge des patients, par les services concernés, pour les localisations les plus fréquentes. Il est à noter que le recueil n était, probablement, pas exhaustif: sont exclus les patients pris en charge dans d autres services, pour une chimiothérapie et ceux dont la maladie ne nécessite pas une chimiothérapie. Comme il est attendu, le cancer du sein est, de loin, la localisation la plus fréquente 53,1%, suivie par le CCR 15,3%. Le cancer du poumon (CBNPC) représente 8,2% de l activité des services et est en 4ème position, après les cancers de la tête et du cou, alors que les données algériennes 3,4,5 classent le cancer du poumon en 1ère position, chez l homme; il est à noter que seuls les cancers bronchiques non à petites cellules ont été inclus dans cette étude. Si on compare ces chiffres à diverses données algériennes, telles que l enquête de 2006, elle a révélé que 29 089 cas de cancers ont été diagnostiqués et /ou traités en 2002, avec une prévalence hospitalière, pour la femme, de 100% des cas; pour l homme, de 80 % des cas, pour les deux sexes de 93,9%. Sur les 29 089 cas, 28% étaient enregistrés à l Est, 17,3% à l Ouest et 30% au Centre. Les 3 premières localisations étaient le cancer du sein (3 575: 13,7%) CCR (2 107: 8,1%) et le cancer du poumon (1 668: 8,1%), avec un total de 7 390 cas. Le calcul du nombre de cas attendu, pour l année 2006, a été estimé à 26 051 nouveaux cas. En 2008, le nombre et l incidence des cancers, enregistrés en Algérie, publiés en 2010 IARC1, pour les localisations étudiées, est de 14 275 cas: 7 539 femmes et 6 736 hommes. On peut considérer qu approximativement les services d oncologie spécialisés ont pris en charge 45,5% du nombre attendu et 33% des données de 2008; mais, plus de la moitié sont représentés par le cancer du sein. Tableau 4: Incidences à partir des différents registres Localisation EPI ONCO Alger 5 2007 Blida 4 2008 Algérie 1 F H F H F H F H Sein 20,12 0,07 65,1 / 26,2 1,5 28,6 / CCR 2,87 3,57 15,9 15,8 6,8 13,2 9,1 10,6 Tête et cou 1,26 2,97 4,1 7,17 2,9 10,7 2,7 7,6 Nasopharynx 0,91 1,90 2,23 4,65 1,6 4,6 1,8 5,2 Estomac 0,87 1,45 6,8 10,2 3,8 8,5 4,4 7,1 Poumon 0,35 3,23 0,5 23,7 0,5 14,2 2,5 19,4 Ovaire 2,31 8,7 0,2 0,1 Prostate 0,5 13,6 4,2 7,1 Santé-MAG 27
L incidence calculée montre que la majorité des cancers du sein et de l ovaire sont traités dans les services d oncologie médicale et près de la moitié des cancers du naso-pharynx; environ, 30% des CCR et moins de 20% des cancers du poumon, ont été pris en charge, dans ces services. L âge Tableau 5: Fréquence des cancers du sujet âgé et du sujet jeune, par localisation Localisations 70 ans et plus (%) Moins de 35 ans(%) Sein 3,3 8,4 Colorectal 15,1 7,9 Estomac 12,0 9,4 Poumon 16,5 2,9 Ovaire 9,4 12,2 Larynx 19,1 11,0 Nasopharynx 4,2 22,1 Prostate 56,4 0,0 On retrouve une fréquence, élevée, de sujets jeunes, parmi les patients ayant un cancer gastrique, du larynx, de l ovaire et surtout, du naso-pharynx. Le stade de la maladie Plus de 70% des patients arrivent à un stade localement avancé, ou métastatique. Ceci est expliqué, en partie, par la vocation des services: il s agit de patients nécessitant une chimiothérapie. Il est à noter que 39,9% des patients, avec cancer du sein, avaient une tumeur au stade II. En 2001, M. Guidoum6, sur une étude rétrospective de 2 732 cas de cancer du sein colligés en 10 ans, rapportait que 93% étaient des formes localement avancées, avec 20%, seulement, au stade IIA B, contre 39,9% de notre série et 18% au stade IV, contre 15,2 %. Pour les cancers du sein, les stades avancés sont fréquents, mais en régression. L attitude et les indications thérapeutiques répondent aux différentes recommandations internationales, telles que données par le NCCN 7, l ASCO 8, l ESMO 9. Les protocoles sont ceux reconnus comme des standards. Il est à noter que la capécitabine est largement utilisée. Une des raisons de ce choix est sa prise en ambulatoire. 1. Le cancer du sein La préférence est donnée au docétaxel, cytotoxique utilisé dans 83%, en cas de traitement adjuvant; 64,6% en néo-adjuvant et 41,9% en palliatif. Cette tendance est, en partie, expliquée par le stade de la maladie et les formes à risque élevé. La thérapie moléculaire ciblée n est signalée que dans 1,2%, en adjuvant et 5,2%, en palliatif. 2. Le cancer de l ovaire 96,3% ont été opérés et 43,3% avaient reçu un traitement adjuvant, à base de taxanes, dans les cystadenocarcinomes. Les taxanes ont été prescrits dans 79,6% des cas; en particulier, le paclitaxel, 59,8% des cas. 3. Le cancer colorectal Les protocoles utilisés associent LV- 5FU2 ou capécitabine à l irinotecan ou l oxaliplatine. La capécitabine était, largement, utilisée. La capécitabine était prescrite en partie, en raison de sa prise en ambulatoire. La thérapie ciblée par bevacizumab est signalée dans 21,5%, en palliatif. 4. Le cancer de l estomac 70,4% avaient reçu une chimiothérapie palliative. Elle était à base de cisplatine, associée au 5FU ou capécitabine dans 45,7%, le docetaxel a été utilisé dans 20% des cas. 5. Le cancer du naso-pharynx 89% des patients inclus étaient traités par chimiothérapie, pour la première fois. Une chimiothérapie palliative est notée dans 24,6%. Le docétaxel est, Tableau 6: Fréquence des stades localement avancés et métastatiques par localisation SEIN CCR GASTRIQUE POUMON OVAIRE LARYNX NASOPHARYNX Stade II 39,9 % 25,5% 15.2 % 35.7 % 39.2 % 19,9 % 68.2 % 33 % 59.7 % 49,9% 21,2% et IV 80,8 % 40.9 % 35.3 % également, largement utilisé dans le protocole TPF ou TPX. 6. Le cancer du larynx Le docetaxel est utilisé associé aux platines et 5FU ou capecitabine dans 23,9%. La capecitabine est prescrite en mono, ou associée aux platines, dans 26% des cas. 7. Le cancer du poumon Les stades localement avancés sont les plus fréquents et le traitement est palliatif. La gemcitabine a été utilisée dans 29,3% des cas, ainsi que les taxanes (29,7%), avec une priorité au paclitaxel (18,6%) et une tendance à l utilisation du pémétrexed (8,25% des cas). 8. La thérapie moléculaire ciblée Le bevacizumab est signalé dans 20,7% des cas, dans le CCR en palliatif; 1,6% des cancers du sein métastatiques et 1,5% des cas, dans le cancer gastrique. Le trastuzumab n est retrouvé que chez 1,3% des femmes avec cancer du sein métastatique et enfin, 4,5% des patients, avec un cancer du naso-pharynx, avaient reçu du cetuximab. La répartition géographique La quasi-totalité des patients sont originaires du nord du pays et principalement, autour des villes où existe un centre spécialisé, ou un service d oncologie médicale. Plus de 50% des patients pris en charge, dans les services du CHU de Constantine, EHS de Blida, EHS Emir Abdelkader d Oran, résidaient en dehors de ces wilayate. Les patients, recensés dans les différents services d oncologie médicale du pays, avaient des lieux de résidence touchant les 48 wilayate. Le plus grand nombre de patients étaient originaires de la même wilaya, où existe un centre anti cancéreux: en tête Alger (1003); suivi de Blida (467); Oran (464); Tlemcen (342); Constantine (275); Tizi- Ouzou (251) et Annaba (123). Les autres sont: Chleff; (181); Tiaret(127); Skikda(115); Mila(107); Médéa (148); Tipaza (132) et Boumerdès (129). CONCLUSION L étude EPIONCO -2008-2009- a été réalisée durant une année et a eu, pour objectif principal, d estimer l incidence des cancers les plus fréquents, traités par chimiothérapie, dans les différents centres anticancéreux du pays. L incidence retrouvée reflète la proportion de patients pris en charge dans les grands centres; mais, reste en dessous de l incidence de ces cancers dans la population générale. Bien que l accès aux soins soit difficile, un nombre, de plus en plus croissant, de malades est pris en charge. En effet les indications 28 Santé-MAG
de la chimiothérapie sont de plus en plus larges et touchent un nombre de plus en plus important de patients, atteints de cancer. Les protocoles utilisés sont les protocoles standards; avec l introduction, progressivement croissante, de nouvelles molécules, comme la chimiothérapie orale (capécitabine) et les anticorps monoclonaux, qui sont prescrits chez un grand nombre de malades. La pratique de la chimiothérapie se développe de façon considérable, en Algérie et des référentiels de bon usage devraient être mis en place et adaptés à notre contexte Références bibliographiques 1. http://globocan.iarc.fr 2011; 2. Projet TAHINA 2002 (INSP-Alger); 3. Registre du cancer de la wilaya de Blida, année 2008; 4. Registre du cancer de la wilaya d Alger, année 2007; 5. Enquête nationale 2006, sur les cas de cancers, enregistrés en 2002; 6. M. GUIDOUM rapporteur: Aspects cliniques du cancer du sein - Etude multicentrique rétrospective: 1990-2000 (CPMC, EHS Blida, CHU Oran, CHU Constantine, HCA). Journée médicochirurgicale de l HCA Ain-Naadja; 7. NCCN Clinical practice guidelines in oncology (National Comprehensive Cancer Network ); 8. ASCO Clinical Practice Guidelines (American Oncology of Clinical Oncology); 9. ESMO Clinical Practice Guidelines (ESMO: European Society Medical Oncology). Centres participant à l étude - CPMC d Alger - EHS Blida - Service d oncologie médicale et service de radiothérapie. - CHU de Tizi-Ouzou - CHU d Oran - CAC d Oran - CHU de Tlemcen - CHU de Constantine - CHU de Annaba * F. Smaili, Service d oncologie médicale - EHS Blida.