L'USAGE DES LISTES EN MESOPOTAMIE ANCIENNE La Mésopotamie, en gros l'iraq actuel représente 3 millénaires de tradition écrite cunéiforme, et cette tradition concerne non seulement le «berceau mésopotamien», mais aussi ensemble du Proche-Orient, surtout à la fin du III ème et pendant le II ème millénaire où le cunéiforme fut le système d'écriture prépondérant comme en témoignent les textes d'ebla, près d'alep (vers 2300 av. J.-C.), les textes de Bogaz-Köy, près d'ankara (capitale des Hittites du 15 ème au 13 ème siècle), Ugarit, près de Lattaquié en Syrie, jusqu'à El Amarna en Égypte, c'est-à-dire Akhet-Aton, capitale du pharaon Akhenaton où l'on a trouvé des tablettes dans la chancellerie royale. Cette écriture qualifiée de cunéiforme a été mise au point par les Sumériens, dans le sud de l'iraq à partir du 4 ème millénaire, dont la langue est une sorte d'isolat, et qui cesse d'être parlée dans le courant du III ème millénaire et devient la langue de la culture et de la religion (les dieux parlent sumérien). L'écriture a ensuite été empruntée, adaptée et enrichie par les Akkadiens (composante sémite de la population de basse Mésopotamie, langue sémitique en usage jusqu''au milieu du I er millénaire). Il faudrait parler pour l'écriture cunéiforme d'un ensemble suméro-akkadien, dans la mesure où l'écriture mélange les deux composantes. Nous disposons depuis la redécouverte de la Mésopotamie antique au 19ème siècle de centaines de milliers de documents répartis traditionnellement entre textes de la pratique et textes de la tradition On observe la constitution, grâce à l'écriture, d'une forme de Savoir qui a été enregistré, canonisé, transmis jusqu au début de l'ère chrétienne: la dernière tablette cunéiforme datable en chronologie absolue date de 70 ap. J.-C. (observation astronomique) Or une bonne partie de ce la mise en forme de ce savoir sous forme de liste, d'où l'expression de Listenwissenschaft utilisée par W. von Soden. Il est proposé ici d'examiner un certain nombre de catégories de ces listes avec leur caractéristiques internes 1
En Mésopotamie, la Liste est un produit direct de l'écriture et permet, dans sa construction même, une accumulation de connaissances qui sont ordonnées de manière rationnelle, et qui sont ensuite conservées et transmises aux générations suivantes afin de bénéficier d'un enrichissement continuel. Tous les grands fonds d'archives institutionnels de Mésopotamie, ce que nous qualifions de «bibliothèques» (Aššur au 13 ème siècle, Ninive au 7 ème, Babylone du 6 ème au 1 er ) ont possédé de telles listes; les catégories les plus significatives (mais ce relevé n'est pas exhaustif) sont: *les listes de signes d'écriture (syllabaires), *les listes lexicales (vocabulaire courant et vocabulaire savant), *les listes du corpus divinatoire, *les listes historiques. Dans la littérature scientifique, on regroupe en général sous le terme de «listes lexicales» les deux types: apprentissage du cunéiforme et listes de vocabulaire (voir en particulier le très utile article de Antoine Cavigneaux, dans le Reallexikon der Assyriologie VI/7-8, 1983, p. 608-541). Mais il est quand même plus commode de les distinguer, dans la mesure où, même si les deux types de documentation contribuent à la formation des lettrés, le champ couvert n'est pas tout à fait le même: acquisition de la technique de l'écriture d'un côté, organisation du savoir de l'autre (avec évidemment des passerelles ) 1. Les listes de signes: syllabaire suméro-akkadien Ce type de liste est lié à l'apprentissage des scribes et est rendu nécessaire par la double valeur des signes d'écriture, renvoyant à deux langues différentes; en effet, les signes cunéiformes peuvent être lus simultanément avec une valeur idéographique (= un mot) et une valeur phonétique (CV, VC, CVC). - idéogramme = sumérien - phonétique = (sumérien à l'origine) + akkadien (à partir de 2000) 2
Exemple: le signe KA (cf. powerpoint) valeurs idéographiques mot sumérien mot akkadien sens français KA pum bouche ZÚ šinnum dent GÚ šasûm crier, appeler DU 11 awûm parler etc valeurs phonétiques ka, pi 4, etc. Il fallait donc enseigner aux scribes non seulement le dessin, mais aussi la ou les lectures phonétiques voire idéogrammatiques, et le sens en akkadien, du mot sumérien correspondant à l'idéogramme. On parle à ce moment là de listes qui sont des syllabaire, donnant la prononciation d'un mot. Mais les appprentis-scribes fonctionnaient aussi presque immédiatement avec des listes qui étaient des vocabulaires, avec la signification des mots sumériens en akkadien. On pourrait qualifier ces listes de «dictionnaires cunéiformes suméro-akkadiens», et elles sont rangées soit par dessin des signes, soit par ordre des valeurs idéogrammatiques exemples de listes: *syllabaires élémentaires: série tu-ta-ti *listes de noms propres (Silbenalphabet et Silbenvokabular) *syllabaire proto-ea [prononciation + dessin de l'idéogramme] *vocabulaire proto-ea [prononciation + dessin de l'idéogramme+traduction akkadienne] *listes á : A : naqû et e-a : A : naqû [prononciation + dessin de l'idéogramme+(nom du signe)+traduction akkadienne]. Ces deux grandes listes, correspondant peut-être à des traditions locales différentes sont les héritières «savantes» des listes scolaires proto-ea et proto-aa. 3
exemple: kur : PAP : pa-ap-pu : nak-ru «quand kur est la prononciation du signe (écrit) PAP dont le nom est pappu, il signifie nakru "ennemi"» *Ea réciproque: fournit, pour une syllabe ou un groupe de syllabes tous les signes susceptibles de recevoir cette prononciation. C'est une liste d'homophones. *Syllabaires et Vocabulaires associés: Syllabaire/Vocabulaire Sa, qui remplacent, au II ème millénaire les syllabaires Proto-Aa et Proto-Ea, cependant que ceux-ci passent dans le domaine savant. La liste Sa est le syllabaire de référence dans la formation classique des scribes. [(prononciation) + dessin de l'idéogramme+(nom du signe)] On enregistre aussi un Vocabulaire Sb, qui fournit parfois une colonne donnant la traduction akkadienne. exemple: úr : UR : kalbu «quand ur est la prononciation du signe écrit UR, il signifie kalbu "le chien"» *Proto-Diri et Diri: même genre de liste, mais avec des idéogrammes «complexes», ceux qui sont formés de plusieurs signes exemple: KI.NE : kinūnum «le groupe de signes KI.NE a comme valeur idéogrammatique le sens de kinūnum "chaudron"» La multiplicité des listes témoigne de véritables recherches intellectuelles, dans la multiplication des valeurs phonétiques ou idéogrammatiques (l'écriture n'a jamais été un système figé et a continué jusqu au I er millénaire à produire des valeurs pour chacun des signes), qui permet ensuite des interprétations débouchant sur une forme d'ésotérisme 4
2. Les listes lexicales: la constitution du savoir Dès le III ème millénaire (Abu Ṣalabikh, Fara, Ebla), les scribes enregistrent des éléments de la réalité sous formes de listes organisées selon des thèmes: métiers et fonctions, noms géographiques, noms de divinités, vocabulaire juridique etc Ces ensembles peuvent être mono- ou pluri-thématiques et ils aboutissent à l'intégration de désignations concrètes dans des listes à vocation exhaustive. On y trouve donc aussi bien les désignations les plus courantes que les plus rares. Elles se complexifient au cours du temps pour donner les «grandes séries lexicales», qui combinent en général le sens thématique avec la bivalence sumérien/akkadien. On peut parler de «listes canoniques» (même phénomène avec les corpus de la divination) quand la tradition est fixée, vers le 12 ème siècle av. J.-C. semble-t-il, et que les manuscrits sont normalisés, unifiés et recopié à l'identique, jusqu'aux 2 ème -1 er siècle av. J.-C.. L'avantage du format de la liste est qu'il peut être découpé en éléments internes plus ou moins signifiants, en particulier pour l'apprentissage des lettrés Les grandes listes thématiques *HAR.RA = hubullu et ses précurseurs (proto-ḫḫ) se présente avec 2 colonnes (sumérien/akkadien) et elle est répartie sur 24 tablettes Tablette I-II III IV V VI VII A Contenu Formules juridiques et introduction au sumérien. Arbres et toutes leurs variétés, avec énumération de toutes leurs parties, utilisables ou non (branches, racines); chapitre très développé sur le palmier. Objets en bois, boîtes, chaises, lits, tables, échelles, bateaux et leurs parties. Chariots, araires, instruments agricoles, portes, métiers à tisser et leurs accessoires. Autres instruments partiellement en bois: quenouilles, cuillers, clous, filets, pièges, haches. Armes, récipients, houes, moules à briques, mesures. 5
VII B VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI XVII XVIII XIX XX XXI XXII XXIII XXIV Bêches, instruments de musique, différents objets, boiseries. Roseaux et objets en roseau, portes, nattes. Paniers, corbeilles et autres ustensiles en roseau. Récipients (DUG), fours, réchauds, argiles et objets en argile. Peaux, colles, pâtes, minéraux, métaux, cuivre et objets en cuivre. Bronze, argent, or, bijoux. Animaux domestiques. Animaux sauvages. Parties charnues, tissus du corps (UZU). Pierres. Herbes, plantes, légumes. Poissons, oiseaux. Laines, tissus. Toponymes (A-ŠÀ). Toponymes (noms de villes). Toponymes (KUR), cours d'eau, étoiles, cordes, fibres. Potages, bières et brasserie, farines, quelques aliments. Miel, graisses, condiments, produits lactés, pois, orges Le principe de classement est que, pour aboutir à un savoir le plus complet possible, il faut associer les éléments de la réalité environnante, à la fois: * du point de vue thématique de leur nature (ex.: tous les noms connus de vêtements et de parties de vêtement) * du point de vue de leur nom, en sumérien et/ou en akkadien * du point de vue des signes d'écriture qui servent à écrire ces noms L'idée fondamentale est que la liste permet ainsi de faire apparaître une multiplicité de niveaux de lecture, mais aussi des rapports graphiques, phonétiques, sémantiques, qui ne sont pas visibles quand les termes sont pris isolément. Le regroupement sous la forme d'une liste canonique permet à la fois une classification et une multiplication du sens, donc de la connaissance. À côté des listes à valeur encyclopédique genre HAR.RA, existent des listes plus spécialisées: 6
*Liste LÚ Grande liste de professions, de titres, de termes de parenté et tout ce qui peut désigner les êtres humains d'après leur fonction. On distingue un Proto-LÚ (sumérien seul), une version appelée LÚ : ša (sumérien/akkadien), un LÚ paléo-babylonien (suméroakkadien) et des versions de la fin du II ème et du début du I er millénaire exemple du Proto-LÚ sipa sipa-tur sipa-gu-la sipa kalam-ma sipa-gu 4 -áb sipa-gu 4 -áb-há sipa-udu sipa-nim sipa-šáh sipa-anše berger apprenti berger berger principal berger du pays (épithète royale) bouvier bouvier berger des moutons berger des agneaux porcher ânier le classement interne est d'abord hiérarchique, puis inclût le registre politique, enfin associe des variantes selon les animaux: de nature différente, ou d'âges différents Dans un troisième temps, on transforme ces listes en compendiums rendant compte de propriétés spécifiques: il s'agit d'une forme d'enregistrement des réalités sensibles du monde et d'un essai d'établissement ou de découverte de relations non visibles immédiatement; tout particulièrement dans le domaine botanique (šammu šikin-šu «la plante dont l'apparence est la suivante»), pétrographique (abnu šikin-šu «la pierre dont l'apparence est la suivante»), géographique (Tin-Tir = Babilu [noms de Babylone]) mais aussi astronomique (Mul Apin [liste des astres]). La description des propriétés qui est donnée pour chacun des éléments est considérablement enrichie par le format de la liste: en effet si chacun des éléments a ses caractéristiques propres, elles se multiplient par la mise en relation avec les autres 7
éléments de la liste et ils constituent tous ensemble des ensembles ou des sousensembles signifiants. Il y a donc une «double lecture» à la fois individuelle et collective des éléments de la liste. Cette double-lecture s'appuie aussi, sur la polyvalence des signes et c'est ce qui est propre à l'écriture cunéiforme et devient l'un des exercices favoris des lettrés du I er millénaire,. Parmi les listes spécialisées, on peut ainsi mentionner: *Liste de maladies: šà-sìg : ṣú-ru-up lìb-bi (une maladie intestinale) *Liste Ú uru-an-na : Ú maštakal (saponaire) liste de plantes et de pierres à vertu thérapeutique *Liste d'éléments naturels (pouvant servir à la pharmaceutique) šammu šikin-šu abnu šikin-šu *Recueil de formules juridiques: enseignement des formules légales ki-ki.kal-bi-šè : ana itti-šu, *Autres listes suméro-akkadiennes: PROTO-IZI (vocabulaire acrographique, mais le principe acrophonique y dispute la prééminence aux associations sémantiques), IGITUH (idem, abrégé de LÚ:ša), ERIMHUŠ, ANTAGAL, NABNĪTU: vocabulaires médio-babyloniens regroupant les mots d'après un principe thématique, qui porte soit sur le sumérien, soit sur l'akkadien) AN = Anum (cf. article «Götterlisten» du Reallexikon der Assyriologie) *Listes de synonymes akkadiens: Malku = Šarru 3. Le cas particulier des listes du corpus divinatoire L'une des bases de fonctionnement de la relation hommes/dieux en Mésopotamie est la divination: essentiellement hépatoscopie jusqu'au 9 ème siècle, puis combinaison hépatoscopie/astrologie ensuite. À partir du 5 ème siècle, l'astrologie devient prédominante, mais n'exclut pas le recours à l'hépatoscopie. Il s'agit là de divination 8
provoquée (question aux dieux et observation du résultat), qui se combine avec la divination fortuite (interprétation des événements fortuits: la grande série Šumma alu). Les grandes séries divinatoires, qui composent le fonds de toutes les grandes bibliothèques scientifiques mésopotamiennes depuis le II ème millénaire, sont toutes établies suivant le principe de la liste. Chacun des articles fonctionne avec une protase («si tel ou tel événement ou disposition ominale est présente») et une ou plusieurs apodoses («tel ou tel événement politique/personnel se produit». Il n'y a pas relation de cause à effet entre les deux, mais relation de simultanéité, et une première phase de la pratique divinatoire a consisté à collecter, enregistrer (par oral puis par écrit) et ordonner de manière cohérente toute une série d'observations. D'où la présence de présages dits «historiques» La présentation sous forme de liste de ces grandes séries reprend certains des principes à l'oeuvre dans les listes lexicales: la liste introduit un principe de rationalité, qui permet de compléter certaines informations manquantes ou de proposer des hypothèses fondées sur la rationalité interne de la liste: exemple de Šumma izbu: «animal à 2, 3, 4 etc. têtes» et valeur ominale de chaque situation Dès lors, il y a combinaison interne, à l'intérieur des grandes listes entre certains articles ou groupe d'articles et ce système est également à l'oeuvre dans d'autres activités rationnelles: exemple du Droit (le Code d'hammurabi ou le code médio-assyrien sont des listes, et ont le même double schéma protase/apodose que les séries divinatoires, mais avec une relation plus rationnelle entre les deux) et surtout exemple des mathématiques: les tablettes paléo-babyloniennes de problèmes mathématiques ont pu être analysées comme fonctionnant avec des combinaisons d'algorithmes. On doit noter pour finir que la recopie régulière de ces listes est l'un des exercices de formation finale des lettrés et correspond peu ou prou au «chef d'oeuvre» des corporations d'époque moderne, qui permet par exemple de passer du statut d'«apprenti/novice» (šaman-lá) à celui de «spécialiste» ṭupšar enuma Anu Enlil pour les astronomes/astrologues reconnus. 9
4. Les listes historiques Dans la série des listes, une place est réservée aux listes dynastiques, qui apparaissent, par le biais de l'écrit, à la période d'ur III (21 ème siècle), mais ont peut-être commencé d'être «pensées» en tant qu'objet historique dès la période d'akkad (24 ème siècle). On connaît plusieurs séries de telles listes dynastiques; les plus célèbres et les plus intéressantes sont la Liste Royale Sumérienne et la Liste Royale Assyrienne. L'origine de la liste historique peut être liée aux pratiques funéraires consistant à énumérer, lors des repas funéraire mensuel du kispum, les ancêtres familiaux et à disposer ainsi de généalogies parfois extrêmement longues, mais transmises par l'oral. Un bon exemple de ces pratiques est fourni par la Bible, avec les séries généalogiques de la Genèse. Empruntées par les historiens/lettrés, les listes familiales des rois devinrent la Liste Royale sumérienne, (LRS) qui permet de rattacher les dynasties «historiques» (Isin, Ur III, et peut-être Akkad) aux temps les plus anciens, et de construire l'histoire selon deux principes: 1. Il y a une période pré- ou proto-historique antédiluvienne, à laquelle on peut rattacher l'histoire, après la césure du Déluge 2. La «Royauté» (entendre «la suprématie sur le pays») est attribuée par les dieux (elle «descend du Ciel» à tour de rôle à un certain nombre de Cités-États, selon un rythme complexe avec des allers retours nord-sud du pays de Sumer qui a été décrypté et analysé par J.-J. Glassner (Chroniques Mésopotamiennes). Le phénomène de la Liste est ici fondamental puisqu il assure l'unité et le sens historique de ce qui était au départ dispersé, voire totalement hétérogène. On a d'ailleurs observé que la reconstitution contemporaine de l'histoire de Sumer au III ème millénaire, qui s'appuie sur la réunion des sources archéologiques et de la documentation cunéiforme contredit la Liste Royale en faisant apparaître, par exemple, l'importance du Royaume sumérien de Lagaš, qui est totalement absent de la LRS. Le but de celle-ci est donc clairement d'unifier des traditions disparates et de fournir une version canonique insérée dans le format de la Liste linéaire de ce qui a été beaucoup plus divers sur le simple plan chronologique (avec parfois même des synchronismes que la LRS transforme en diachronie). 10
La Liste royale sumérienne fournit donc une chronologie longue de l'histoire pour les gens de Mésopotamie avec la composition des dynasties, les durées des règnes, quelques éléments événementiels signifiants, une explication et une justification de la royauté dans le pays, une explication des accidents historiques faisant passer la royauté d'une ville à l'autre. Le format de la Liste permet d'autre part d'introduire la notion de répétition et de cycle, mais permet aussi d'isoler des éléments signifiants (dynasties successives de Ur 1, 2, 3) et de permettre une véritable construction de l'histoire qu'un récit linéaire n'aurait pas mis aussi bien en évidence Le but de la Liste Royale Assyrienne (LRA) est voisin (créer une unité signifiante par le biais d'une Liste), mais procède d'un axiome différent: elle postule, à la japonaise, une dynastie unique, qui aurait régné dès les origines, sur un État territorial, dont on sait qu'il ne s'est en fait constitué qu'au 14 ème siècle. Là encore, la confrontation avec la réalité historique montre qu'on a beaucoup «reconstruit», mais la situation chronologique plus tardive de la LRA l'insère dans des périodes où la chronologie absolue est plus facile à établir, et elle représente à la fois une source première, et un objet historique à analyser et décrypter. On remarque, phénomène intéressant, qu'à partir de la fin du II ème millénaire sont introduits dans la Liste Royale Assyrienne, en même temps que les règnes des souverains d'assyrie, un certain nombre de «Sages», qui les assistent de leur savoir et qui constituent une sorte de Liste-bis, trahissant l'influence que veulent se donner les Lettrés assyro-babyloniens dans la construction de l'histoire. F. Joannès (Paris 1) 11