Thème 3. Chapitre 1. Genèse et affirmation des régimes totalitaires (soviétique, fasciste et nazi)

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Transcription:

Thème 3. Chapitre 1. Genèse et affirmation des régimes totalitaires (soviétique, fasciste et nazi) HISTOIRE, THEME 3, CHAP.1. Genèse et affirmation des régimes totalitaires REPERES CHRONOLOGIQUES CONNAISSANCES NOTIONS ET VOCABULAIRE CAPACITES Lire le cours du manuel p. 162 et 168. - Octobre 1917 : révolution bolchevique en Russie. - 1922-1925 : Mussolini au pouvoir, instauration d un pouvoir personnel. - 30 janvier 1933-1934 : Hitler devient Chancelier, instauration d un pouvoir personnel. - 1936-1938 : le s Grandes Purges soviétiques. - 1935-1938 : lois de Nuremberg. - 1938 : lois antisémites en Italie. Raconter la mise en place des pouvoir des régimes soviétique, fasciste et nazi. Caractériser les idéologies communiste, fasciste et nazi. Décrire les rôles de l Etat, du parti et du chef dans les régimes totalitaires. Décrire les mécanismes de la terreur dans les régimes communiste, fasciste et nazi. Caractériser les ennemis déclarés des régimes soviétiques, fasciste et nazi. Expliquer comment les régimes totalitaires reçoivent l adhésion des masses. Totalitarisme bolchevik fascisme nazisme squadres NDSAP PCUS nationalisme marxisme dictature du prolétariat idéologie parti unique culte de la personnalité le Duce le Führer la terreur SS camp de concentration NKVD Goulags Grandes Purges koulak/dékoulakisation propagande autodafés grandes parades embrigadement Hitlerjugend Balilla komosol planification économique collectivisation. Etudier des extraits vidéos. Etudier des affiches de propagande. Analyser des sujets de composition. I. La mise en place de régimes totalitaires reposant sur des idéologies. II. Des hommes soumis et entraînés par la violence. III. Des systèmes reposant sur l adhésion des masses. Introduction Durant l entre-deux-guerre des régimes totalitaires s imposent en Europe : le communisme stalinien en Russie, le fascisme de Mussolini en Italie et le nazisme d Hitler en Allemagne. Un régime totalitaire est différent d une simple dictature ou d une tyrannie c est donc un régime politique qui ne répond pas aux catégories traditionnelles de régimes politiques qui existent depuis l Antiquité. Un Etat totalitaire veut contrôler totalement la population tant dans la sphère publique que privée. La 1 ère guerre mondiale joue un rôle décisif dans la genèse des régimes totalitaires : la Grande guerre est considérée comme une guerre totale qui a mobilisé tous les domaines de la société et qui a profondément bouleversé les populations. Au sortir de la guerre certaines idéologies entendent construire des Etats contrôlant tous les domaines de la société afin de façonner un homme nouveau. La notion de totalitarisme est discutée depuis son apparition. Seuls les régimes fasciste et nazi étaient au départ considérés comme des régimes totalitaires, le régime communiste n était pas assimilé à ces deux derniers car celui-ci luttait contre les fascismes. Ce n est qu après la seconde guerre mondiale que le stalinisme fut considéré comme un totalitarisme. En 1951 Hannah Arendt écrit Les origines du totalitarisme qui a une grande influence sur le débat intellectuel ; les régimes totalitaires sont alors définis par des critères précis : idéologie globalisante, parti unique, police secrète faisant régner la terreur, monopole de l information et des armes, économie dirigée. Le débat sur le totalitarisme agite toujours les historiens pour savoir si le totalitarisme est un modèle unique ou bien s il existe différents totalitarismes. Pour répondre à cette interrogation il s agit d étudier les points communs et les différences des régimes totalitaires dans leurs genèses à leurs fonctionnements.

I. La mise en place de régimes totalitaires reposant sur des idéologies. A. Le prise de pouvoirs des bolcheviks, des fascistes et des nazis. 1. De la Révolution à la prise du pouvoir par Staline (1917-1924). Une première révolution éclate en février 1917 entraînant la chute du régime tsariste. La lassitude de la population face à la guerre et les désertions de soldats contribuent à l insurrection de la capitale Petrograd, suivie de l abdication du tsar Nicols II. Le gouvernement provisoire instaure la démocratie mais décide de poursuivre la guerre ce qui le discrédite auprès de la population. L URSS naît de la révolution menée par les Bolcheviks en octobre 1917. Leur mot d ordre, «Paix, terre aux paysans, pouvoir aux soviets», a étendu leur influence dans les comités (soviets) nés après la chute du tsarisme. Ce soutien populaire conjugué à une insurrection préparée sous les ordres de Léon Trotski leur permettent de prendre le pouvoir en octobre 1917. Le programme de leur chef, Lénine, est la poursuite de la révolution jusqu au triomphe du communisme. Premier Secrétaire du Parti communiste depuis 1922, Joseph Staline élimine ses rivaux. Il impose ses orientations à l URSS. En 1924, il engage l Union soviétique dans la «construction du socialisme dans un seul pays». 2. Mussolini et les fascistes prennent le pouvoir en Italie. En 1918, l Italie n obtient pas la totalité des territoires qu elle convoitait après la Première Guerre mondiale. Le thème de la «victoire mutilée» alimente les revendications nationalistes du programme des Faisceaux italiens de combat, crées par Mussolini en 1919. Les fascistes veulent façonner un monde nouveau, mais ils agissent en réaction à la révolution bolchevique. Des groupes paramilitaires les squadres organisent des expéditions punitives contre les syndicalistes et les militants de gauche. Dans un climat de fortes tensions sociales les fascistes se présentent comme les seuls à pouvoir rétablir l ordre. Mussolini, élu député en 1921, menace le gouvernement d un coup de force. Après la marche sur Rome des militants du Parti national fasciste, le roi Victor-Emmanuel III lui confie le gouvernement le 30 octobre 1922. Les «lois fascistissimes» en 1925 (Txt 6 p. 165) lui permettent d instaurer un pouvoir personnel. 3. De la défaite de 1918 à la prise du pouvoir par Hitler. En plus de la guerre, l Allemagne fait l expérience de la défaite. Le sentiment d un diktat imposé par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale alimente un nationalisme violent et la contestation contre la République de Weimar. Adolf Hitler, à la tête du Parti nazi (NSDAP), fait partie de ceux qui contestent la signature du traité de Versailles et le paiement des réparations jugées injustes et ruineuses. Hitler et les membres du parti nazi sont admiratifs de Mussolini et sont anti-communistes. Hitler tente un coup d Etat en Bavière en 1923 qui échoue. Le parti nazi est dissous et Hitler emprisonné pendant un an. Hitler accroît son audience en Allemagne dans le contexte de la Grande Dépression à partir de 1929 (doc. 1 p. 162) et le parti nazi réussit une percée électorale en 1932. Hitler obtient le ralliement des conservateurs inquiets de la progression du Parti communiste. Le 30 janvier 1933, le Président Hindenburg le nomme chancelier. En 1934, il devient également président et se désigne comme le Führer (le «guide»). La Grande guerre et ses conséquences jouent un rôle fondamental dans la genèse des régimes totalitaires Les prises du pouvoir s appuient sur la violence mais on assiste à une révolution pour le communisme tandis que les fascistes italiens et les nazis utilisent le système démocratique et l intimidation des opposants. B. Des idéologies différentes au cœur des régimes totalitaires. Les régimes totalitaires se proclament révolutionnaires : ils veulent transformer la société au nom d une idéologie (système de valeurs, de croyances, d explication du monde). 1. Le fascisme ou l idéologie d Etat. L Etat est la valeur suprême du fascisme (Txt 3 p. 163). L Etat domine toute la vie de la nation : «pour le fasciste, tout est dans l Etat, rien d humain ou de spirituel n existe en dehors de l Etat» (B. Mussolini, G. Gentile, La Doctrine du fascisme, 1930). Mussolini et les fascistes rejettent la démocratie qui n est que «l illusion de la souveraineté». L Etat doit être autoritaire, il doit limiter les libertés individuelles et imposer «une discipline totale». L idéologie fasciste dénonce l idéologie marxiste de la lutte des

classes qui menace la cohésion nationale. Le fascisme est un ultra nationalisme qui souhaite renouer avec la grandeur passée de l Italie (l empire romain, doc. 1 p. 168). 2. Le nazisme ou l idéologie de la race. La spécificité du nazisme tient à la vision du monde fondée sur le racisme et l antisémitisme. L idéologie nazie est exposée dans Mein Kampf, écrit par Hitler en 1925. Hitler a une conception raciale et raciste de l histoire du monde. Pour les nazis, il existe des races inférieures et des races supérieures. Les aryens auxquels se rattachent les Allemands sont peuple dominant, ils qui doivent donc s imposer aux peuples inférieurs notamment les Slaves et les Juifs. Ces derniers sont la race impure et corruptrice par excellence ; ils sont également accusés de propager le marxisme (Txt 4 p. 169). Le but de l Etat est de préserver la communauté nationale, la pureté du sang et de la race allemande. Le but du nazisme est de défendre la communauté raciale à travers une politique antisémite violente (Nuit de Cristal, photo 5 p. 169) visant à exclure les Juifs de la société (les lois de Nuremberg, txt. 2 p. 172) et de procurer au peuple allemand un espace vital (Lebensraum) à son expansion. 3. Le stalinisme ou la construction du socialisme dans un seul pays. Le communisme est une idéologie de classe. Staline est l héritier de Lénine et sa doctrine repose sur le marxisme. Le but du communisme est d établir une société sans classe mais avant d y parvenir le parti communiste doit imposer la dictature du prolétariat pour détruire définitivement les vestiges du monde bourgeois et l Etat doit prendre en main la totalité des moyens de production du pays. Staline durcit l idéologie communiste en voulant construire rapidement le socialisme en URSS : tous ceux qui s opposent à cette politique sont considérés comme des ennemis à éliminer (exemple de la collectivisation, dossier p. 170-171). Les idéologies totalitaires reposent sur la volonté de construire un Etat fort dans lequel l individu disparaît au profit de la communauté. Les régimes totalitaires veulent façonner un homme nouveau incarnant l idéologie. L art témoigne de cette volonté de créer un homme nouveau (exemple de l expo universelle de 1937 à Paris, photo p. 159). Cependant les idéologies sont différentes. II. Des hommes soumis et entraînés par la force et la violence. Hanna Arendt dans sa définition des régimes totalitaires souligne l importance de l idéologie mais elle insiste surtout sur l exercice du pouvoir : dans un régime totalitaire la terreur et la violence sont érigées en système de gouvernement et ces régimes reposent sur l exclusion de la communauté de certains groupes. A. L exercice du pouvoir : l Etat, le parti, le chef. 1. Un parti unique et tout puissant. Dans un régime totalitaire tout se fait au nom du peuple et pour le peuple. Cependant dans les faits le peuple est exclu du pouvoir car celui-ci est identifié à l Etat. L Etat est dirigé par un Parti unique qui représente les intérêts du peuple et doit guider celui-ci. Le Parti contrôle tous les domaines de la vie politique, économique et sociale. En Italie c est le Parti national Fasciste (PNF), en Allemagne c est le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands = nazi) et en URSS c est le PCUS (Parti Communiste d Union Soviétique). Le chef du Parti unique devient alors le chef de l Etat. 2. Le culte du Chef. Le chef, qui détient tous les pouvoirs, est l objet d un véritable culte de la personnalité dans les trois régimes. L image du Chef est omniprésente dans tout le pays et tous les supports sont mobilisés : photographies, affiches, cartes postales, statues le mettent constamment en scène et le font pénétrer dans la vie quotidienne de chacun. En Italie, le slogan «le Duce a toujours raison», accompagne de nombreuses représentations de Mussolini. Il est considéré comme le chef, le guide, du pays mais aussi comme un héros mythique, symbole de la grandeur passée de l Italie. En Allemagne Hitler fait l objet d une véritable vénération. Le Führer détient tous les pouvoirs, il incarne la justice et le droit dont il est la source. Il a tout pouvoir et toute autorité à quelque niveau que ce soit : tous les fonctionnaires lui prêtent serment. Hitler est investi d une mission : rétablir la toute puissance de l Allemagne et régénérer son peuple ; il incarne en sa personne le peuple allemand dont il se

dit l interprète. Son anniversaire, le 20 avril, est jour férié. (voir l exemple des Congrès de Nuremberg qui mettent en scène le culte du chef, dossier p. 172-173 et notamment le texte de Brasillach, 6 p. 173). En URSS Staline a comme surnom «le père des peuples». Les journaux officiels multiplient les hymnes glorifiant le «guide». «L Effigie de Staline se rencontre partout, son nom est sur toutes les bouches, sa louange revient immanquablement dans tous les discours» (A. Gide, Retour de l URSS, 1936 ; txt 2 p. 182). B. La terreur comme système de gouvernement. La terreur est le ressort essentiel des régimes totalitaires selon Arendt. La terreur dépasse le stade des simples dictatures où les libertés sont supprimées. La violence est un fondement de l exercice du pouvoir. La terreur vise à maintenir l orthodoxie de l idéologie en traquant les dissidents et à préserver la communauté nationale de ses ennemis. 1. Les régimes fasciste et nazi. En Allemagne la Gestapo (Geheime Staatspolizei = police secrète d Etat) traque les opposants du régime et participe à l organise de l extermination des Juifs (section B4 dirigée par A. Eichmann). Les SS (Schutzstaffel = escadron de protection) initialement chargés de la protection d Hitler deviennent un élément essentiel de la terreur nazie et la clé de voûte de l Etat policier. Himmler en fait un véritable empire avec ses écoles et ses entreprises. C est la SS qui gère les camps de concentration et organise le génocide (einsatzgruppen et camps d extermination). Selon Himmler, les SS sont les gardiens de la foi hitlérienne, ils incarnent l éthique raciale nazie, elle a tous les droits et utilise tous les moyens pour «sauvegarder la race». En Italie la police politique est l OVRA ; la proportion des condamnations est moins forte et la terreur moins généralisée (malgré les violences organisées par les Faisceaux de combats et les squadre contre les opposants) mais la répression s accroît à partir de 1938. 2. L URSS. Le NKVD (Commissariat du peuple aux Affaires intérieures) est la police politique de l URSS : elle terrorise la population soviétique. C est le NKVD qui organise les Grandes Purges (Procès de Moscou qui élimine des hauts dirigeants et Grande Terreur qui élimine tous les prétendus opposants) qui font au moins un million de victimes. Elle pourchasse, les «ennemis du peuple» c'est-à-dire tout individu qui présente la moindre trace de suspicion : avoir connu un condamné, appartenir à sa famille, avoir un mot critique à l égard du régime suffisent pour devenir coupable et être envoyé dans des camps de travail, les goulags. Ce terme est une abréviation qui désigne la direction générale des camps de travail en URSS, rattachée au NKVD. La propagande soviétique présente les Goulags comme une œuvre pieuse qui vise à réhabiliter les criminels. A l apogée du système on comptait 2 millions de prisonniers de droit communs et 600 000 prisonniers politiques. C. Des systèmes qui reposent sur l exclusion d un groupe. Dans les systèmes totalitaires la répression dépasse le simple emprisonnement des opposants, il faut éliminer celui qui est différent. 1. Les régimes fasciste et nazi. Les régimes fascistes luttent contre les libéraux et contre les socialistes/communistes. Ceux-ci sont victimes de violences, d intimidation et sont pour certains arrêtés et emprisonnés. En Allemagne c est un ennemi de race (le Juif) qu il faut éliminer pour la survie de la communauté nationale. Des lois antisémites sont votées (lois de Nuremberg) : en 1935 des lois interdisent les mariages mixtes et privent les Juifs de leurs droits civiques. En 1938 ils sont exclus de la fonction publique et l exercice de certaines professions libérales leur est interdit. Les Juifs sont victimes de pogroms c'est-àdire de violences marquées par des pillages et des massacres comme celui de la Nuit de Cristal le 10 novembre 1938. Les exclus de la société nazie sont envoyés dans des camps de concentration (1 er camp Dachau, 1934) dans lesquels se retrouvent des communistes, des Juifs, des opposants politiques, des «asociaux» ou encore des homosexuels. L idéologie fasciste italienne n est pas antisémite mais à partir de 1938 des lois antisémites sont votées et des Juifs sont envoyés dans des camps. Néanmoins le racisme et la répression sont moins marqués qu en Allemagne. 2. Le régime stalinien. L ennemi en URSS est un ennemi de classe : il s agit du koulak ou du bourgeois. Les koulaks sont les paysans aisés qui refusent la collectivisation des terres (abolition de la propriété privée), ils sont considérés par les autorités comme des sous-hommes. La dékoulakisation s est traduite par

d importantes déportations dans les régions désertiques de Sibérie (voir dossier p. 170-171, et notamment txt 3 p. 171 sur les méthodes de la collectivisation). Staline élimine également ses anciens opposants lors des Grandes Purges. Les méthodes employées par les régimes totalitaires sont à peu près les mêmes : le parti unique, le culte du chef, la terreur comme système de gouvernement. Les ennemis des régimes sont les opposants politiques mais certaines catégories sont particulièrement ciblées selon les régimes. L Italie fasciste est le régime dans lequel la terreur est la moins poussée (pas de camp pénitentiaire à grande échelle). III. Des systèmes reposant sur l adhésion des masses. Les systèmes totalitaires se sont imposés en usant de la violence mais aussi de la séduction. Les régimes fascistes ont bénéficié du soutien populaire dans leur conquête du pouvoir puis au moins jusqu au début de la Seconde Guerre mondiale. Le régime communiste même s il est arrivé au pouvoir par une Révolution s est imposé grâce au soutien populaire. Cependant l adhésion des masses est obtenue grâce à une active propagande, à l encadrement de la population et au contrôle de l économie. A. La propagande et la censure. Toute expression d opposition est presque impossible, toute information est censurée, la liberté de la presse est supprimée. La propagande occupe une place clé dans les trois régimes ; l art et la culture sont mobilisés au service du régime et pour la glorification du chef. Le culte du chef est par exemple orchestré lors de grands rassemblements, réguliers, où le peuple «communie» avec son guide. Tous les types de médias sont utilisés par la propagande (voir documents p. 166-167) 1. En Allemagne. Les ouvrages non-conformes à l idéologie sont brûlés lors d autodafés. J. Goebbels, ministre le la propagande et de l information, est un des pivots du pouvoir nazi. Il organise de grandes manifestations de masse, très théâtralisées, lors des dates fondatrices du régime : 30 janvier (prise du pouvoir), 20 avril (anniversaire du fürher), 1 er mai (fête de la communauté nationale) et pendant les huit jours du congrès du parti nazi à Nuremberg durant lesquels se déroulent de grandes parades paramilitaires. 2. En URSS. De grandes parades sont organisées périodiquement sur la place Rouge destinées à illustrer le culte du chef et la conception stalinienne du sport. «Dans les grandes circonstances, les hourras, les applaudissements, les épithètes décernés au chef génial, père de la patrie, chef du prolétariat mondial, au «plus grand homme de tous les temps» ( ) prennent jusqu à vingt lignes» (Victor Serge, Destin d une révolution, 1937, Txt 5 p. 167). B. L encadrement de la société. Pour d obtenir l adhésion de la population, il faut la conditionner, l encadrer dans sa vie publique comme dans sa vie privée. Dans les trois régimes, l individu est intégré à des structures partisanes du berceau à la tombe. Une importance particulière est accordée à la jeunesse et à l éducation (voir affiches de propagande p. 182). L embrigadement vise à inculquer la fidélité au régime et à son chef. Les enfants dès 6 ans, apprennent à vivre ensemble, travailler, obéir, marcher au pas et à se sacrifier pour la communauté et pour son chef. La jeunesse est donc encadrée dans des organisations spécifiques très structurées, appliquées aux deux sexes. La formation des enfants est paramilitaire (uniforme, défilé, pratique du sport ). L adhésion à ces organisations est obligatoire en Allemagne à partir de 1936 et à partir de 1937 en Italie. En Allemagne, dès l école primaire, on apprend la haine des juifs et le rejet des «asociaux» à l aide de documents iconographiques et de problèmes mathématiques. Les Hitlerjugend (jeunesses hitlériennes) sont crées en 1926. A travers les jeunesses hitlériennes les jeunes sont clairement préparés à faire la guerre. En Italie les différents mouvements de jeunesse sont regroupés dans l ONB (Opera Nazionale Balilla). Les jeunesses fascistes ont des uniformes, des armes factices et participent à des parades. En 1939 on compte 7,9 millions de jeunes dans ces organisations (doc. 3 p. 167). En URSS les komsomols (jeunesses communistes) sont une organisation chargée d éduquer la jeunesse soviétique en lui apprenant les fondements du régime communiste. Le héros le plus connu présenté aux enfants est Pavlik Morozov qui avait dénoncé son père à la police pour empêcher un complot fomenté par les koulaks

C. Le contrôle de l économie. Les régimes totalitaires sont anti-libéraux et anticapitalistes. Tous les régimes totalitaires sont apparus pendant des périodes de crise économique et ont gagné de l audience auprès des populations en proposant des mesures radicales dans les domaines économiques et sociaux. Ainsi les Etats totalitaires entendant étroitement contrôler l économie et les organisations syndicales sont supprimées. 1. Les régimes fasciste et nazi. En Allemagne et en Italie les régimes, bien que «socialistes» et anticapitalistes, se sont appuyés sur le grand patronat pour prendre le pouvoir. En effet, ces derniers étant antimarxistes, ils se sont appuyés sur les forces politiques les plus énergiques à lutter contre les communistes. Les régimes fascistes et nazis ont ensuite planifié leur économie en fixant des objectifs. En Allemagne les objectifs industriels visent au réarmement et à la préparation de la guerre. Les organisations syndicales sont supprimées et sont remplacées par des organisations professionnelles contrôlées par le Parti. 2. En URSS. L idéologie marxiste-léniniste vise à la suppression du capitalisme et donc de la propriété privée : l Etat socialiste entend donc contrôler tous les secteurs économiques. Staline au pouvoir veut imposer le socialisme à tous les domaines économiques : l agriculture est collectivisée (dossier p. 170-171) et le pouvoir lance une grande politique d industrialisation accélérée. Toutes les organisations professionnelles sont supprimées et tous les travailleurs sont encadrés par le Parti. Conclusion Les régimes totalitaires ont donc des points communs évidents quant au fonctionnement de l Etat. La primauté du chef Duce en Italie (Mussolini), Führer en Allemagne (Hitler), Premier Secrétaire du PCUS en URSS (Staline) Dirige Dirige L Etat Se superposent Le Parti unique Parti communiste en URSS NSDAP en Allemagne Parti fasciste en Italie La répression et la terreur Police politique (Gestapo en Allemagne, OVRA en Italie, NKVS en URSS) Système pénitentiaire (camp de concentration en Allemagne, Goulag en URSS) Le contrôle de la société Propagande et censure Les organisations de jeunesse Les associations professionnelles Des idéologies qui : Nie les individus N autorise aucune opposition Néanmoins les idéologies diffèrent vraiment même si toutes sont «révolutionnaires» et visent la création d un homme nouveau. Les régimes fasciste et nazi se ressemblent mais n ont pas toujours le même fonctionnement et le fascisme de Mussolini malgré sa primauté se révèle moins totalitaire que l Allemagne nazie. Mais les différences idéologiques - et leurs conséquences quant à la définition des ennemis sont surtout marquées entre communisme et fascismes. La lutte de ces idéologies trouva un terrain militaire en Espagne en 1939-1939 durant laquelle les communistes alliées aux démocrates luttent contre les fascistes. Puis, malgré le pacte germano-soviétique de 1939, le conflit idéologique perdure durant la Seconde Guerre mondiale selon les mêmes alliances. En 1945, seule subsiste l URSS victorieuse de Staline qui devient de plus en plus suspecte aux yeux des démocrates libéraux : la guerre froide commence et les débats sur le totalitarisme s étendent au régime soviétique.