POÉSIE Inédit Poèmes d avant-vie de Abderrahmane Tamer * J ai vu un semblant D union des âmes, Mais cette vision, Peu à peu, se fane. Tout est beau Tout est beau sur terre, Sauf les êtres, La pluie, la lune, la mer, Même les huîtres. Parfois, je les regarde. Fantômes Plus rien ne m attire dans cette vie, C est comme un sombre hôtel * Abderrahmane Tamer a vingt ans. Il vit en Algérie 29
Où les rayons du soleil ne pénètrent plus, Ou un rayon d abeilles sans miel ; Je vois des fantômes autour de moi, Chacun me chante son chant, 30
La nuit La nuit embrasse, Avec ses ailes de douceur, la ville, Elle emporte dans ses caresses Ce monde fragile. Un être est sorti cette nuit, Il s en va le visage gris, Il s en va sans savoir où, Il marche, errant comme un fou. Quelqu un l accompagne. C est la tristesse. Elle danse Avec ses cheveux qui balancent Et, souvent, lui chante : Viens, quitte ton monde Il a laissé toute une ville derrière lui Et continue de marcher vers l inconnu ; Le soleil darde ses premiers rayons, Le jour se lève à l horizon. C est alors qu une douleur étrange l atteint. Le vent Le vent de la mort Transperce mon corps, Me vide de mon sang Me garde vivant 31
La pensée des morts Je contemple la mort Un soir de printemps, Et je vois mon sort Dans une boule de béton. Le temps des lilas reflète la mort. Je ne peux affronter Le regard des enfants, On m a jeté Dans une rivière de sang, Le temps des lilas reflète la mort. Voir un coucher de soleil C est voir la fin d une vie, Voir un lever de soleil C est voir s installer l ennui, Le temps des lilas reflète la mort. J écris J écris, de temps en temps, M inspirant du vol du corbeau, Et quand une tristesse morbide me prend, Des vers ensorcelants et beaux Pierre tombale Je me ballade la nuit, Et croise sur mon chemin un cimetière, Une enceinte qui me protégerait : 32
Je me vois déjà sous terre. Sur ma pierre tombale, On a écrit ma vie en quelques lignes, Il y a quelque chose de sale, C est la poussière qui recouvre les signes ; Personne ne pleure, Personne ne dépose de fleurs, Même vivant, ça me fait de la peine 33
Le monde à l envers Je marche au milieu des vivants, Mais je ne vois que des morts, J espérais semer un peu de printemps Pour qu ils renaissent de leurs cendres, Mais la vie a déserté leurs corps, Elle n a laissé que des empreintes. Dans ce monde de morts, Les corps marchent sans tête. La mort Je quitte les colombes Pour rejoindre les corbeaux, Ils ouvrent ma tombe, Je les sens frôler ma peau. La mort me couvre de ses ailes, M éloigne de la vie, Et me garde près d elle Comme un enfant gâté. L ange enragé Des larmes de rage Coulent sur la peau d un ange ; Elles ont fait des ravages, La mer pleure avec lui, Pour qu il retrouve goût à la vie. Le soleil agonise, il meurt de tristesse ; 34
La lune n est plus argentée, Et verse des larmes de tendresse Pour apaiser l ange enragé. 35
Je divague Je divague, je dis n importe quoi, Je valse sans partenaire, Et du côté des corbeaux, ça dit quoi? Ce n est pas de la poésie, C est des mots qui s envolent Aux quatre vents La vie La vie me regarde de loin Comme si j étais la mort. Je fuis le soleil Comme on fuit un lion, La lune est ma grotte où je sommeille, Je me sens protégé par ses rayons, La vie me regarde de loin Comme si j étais la mort Petite sœur Ne pars pas petite sœur, Tu sais que j aime les fleurs, Reste, on partira ensemble, Comme ça, on dira qu on se ressemble. Mais si jamais tu pars, N oublie pas de revenir me voir, On parlera du temps passé, En imaginant un futur plus gai. 36
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La vie Regardez, je vois venir la vie Avec sa démarche ressemblant à une caresse d été. Elle est passée devant moi mais elle ne m a pas vu, Elle a oublié de caresser un mort envie de vie, Elle est passée en fredonnant le chant des sirènes, Elle n a pas vu que j étais sourd, Mon cœur Qu as-tu mon cœur? Pourquoi es-tu triste? Que signifie cette peur? Donne-moi l ombre d une piste. Ton soleil immergé dans l eau, Tes étoiles éparpillées à terre, Ton ciel vide comme un pot : Un monde sans lumière. Pourquoi un tel ennui? N est elle pas belle la vie? As-tu besoin d amour? Alors, attends le lever du jour. Je confie Je confie aux feuilles Ma vie qui me lasse, Elles sont en deuil, Leurs larmes se glacent ; La poésie est une mère tendre 38
Qui me berce, Elle sait comment éteindre Le feu de ma détresse. 39
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