L aide alimentaire en France



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Transcription:

UNIVERSITÉ DE TOULOUSE II - LE MIRAIL CENTRE D ÉTUDES DU TOURISME, DE L HÔTELLERIE ET DES INDUSTRIES DE L ALIMENTATION MASTER TOURISME - HOTELLERIE - ALIMENTATION Parcours «Sciences Sociales appliquées à l Alimentation» MÉMOIRE DE PREMIÈRE ANNÉE L aide alimentaire en France Camille PANASSIE Année universitaire 2011-2012 Sous la direction de : Laurence TIBERE 1

2

Le CÉTIA de l Université de Toulouse II Le Mirail n entend donner aucune approbation, ni improbation dans les projets tutorés et mémoires de recherche. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur(e).

«Que ceux qui ont faim aient du pain! Que ceux qui ont du pain aient faim de justice et d amour!» L Abbé Pierre «C est pas vraiment de ma faute si y en a qui ont faim, Mais ça le deviendrait si on y changeait rien.» Paroles de la chanson de Restos du Cœur fondés par Coluche en 1985 4

Remerciements Je souhaite tout d abord remercier ma responsable de mémoire, Mme Laurence Tibère, qui a su se montrer disponible et me conseiller tout au long de l élaboration de ce travail. Je tiens également à remercier chaleureusement les personnes qui ont accepté de répondre à mes questions lors des entretiens exploratoires et qui m ont ainsi permis d affiner ma réflexion. Je tiens enfin à remercier tout le personnel du CETIA, et plus particulièrement le corps enseignant du Master 1 Sciences Sociales Appliquées à l Alimentation, pour avoir partagé leurs savoirs tout au long de cette année. 5

Sommaire Introduction générale... 7 Partie 1 : Cadrage théorique... 9 1. Le mangeur précaire...10 2. Les institutions officielles...21 3. Les associations d aide alimentaire en France...27 4. Conclusion à propos de l aide alimentaire...42 Partie 2 : Hypothèses... 43 1. Travail exploratoire...44 2. Hypothèse 1 : Le décalage s explique par le manque de moyens dont dispose l aide alimentaire...45 3. Hypothèse 2 : Il y a un décalage au niveau des représentations concernant l aide alimentaire...55 Partie 3 : Méthodologie probatoire... 62 1. Focus groupes...63 2. Entretiens individuels semi-directifs...70 3. Observation de l aide alimentaire...77 Conclusion générale... 82 Bibliographie...84 Table des annexes...87 Table des figures...98 Liste des tableaux...98 6

Introduction générale Durant mes précédentes études à l INSA (Institut National des Sciences Appliquées) de Toulouse, j ai fait partie d une association étudiante : les Enfoiros de l INSA. Cette structure a pour but d aider les Restos du Cœur, à la fois sur les plans matériel, financier et humain 1. Ce parcours associatif m a amenée à m interroger sur l impact des inégalités sur l accès à l alimentation : en effet, il a été montré que la précarité entraîne des modifications des pratiques alimentaires, qui peuvent avoir des conséquences néfastes pour la santé 2. En accord avec mon parcours et mon expérience, j ai choisi de travailler plus précisément sur l alimentation des mangeurs en situation de grande précarité ayant recours aux structures d aide alimentaire, tels que les Restos du Cœur. En participant à la distribution des repas dans la rue durant plusieurs campagnes d hiver des Restos du Cœur et en discutant avec les bénévoles et les bénéficiaires de cette aide alimentaire, j ai remarqué qu il y avait souvent un décalage entre les attentes des bénéficiaires et l aide apportée. Il semble aujourd hui que la précarité englobe une population très hétérogène, qui regroupe des trajectoires sociales très différentes. Néanmoins, des critiques communes apparaissent en ce qui concerne l'aide alimentaire à cause de la réponse "unique" qu'elle semble proposer. Il ressort d une part que cette aide propose peu de diversité au niveau des aliments distribués mais qu elle est également peu satisfaisante en termes d échanges et de lien social, ce qui peut renforcer le sentiment de stigmatisation et d exclusion des populations précaires. Je me suis donc posée la question de départ suivante : Aujourd hui en France, l aide alimentaire prend-elle en compte toutes les dimensions des mangeurs qui en bénéficient? Pour y répondre, ce rapport s intéresse d abord aux mangeurs précaires. La première partie de ce mémoire s attache donc avant tout à explorer les différentes dimensions du mangeur et plus particulièrement celles d'un 1 Plus d informations sur le site ww.enfoiros.org. 2 POULAIN Jean-Pierre, TIBERE Laurence. Alimentation et précarité : Considérer la pluralité des situations. Anthropology of food, 2008. 7

mangeur précaire. Afin de savoir si l aide alimentaire satisfait toutes ces dimensions, ce rapport s intéresse ensuite plus précisément à l alimentation des mangeurs précaires et à ses particularités. Il est ensuite apparu comme essentiel de comprendre quels étaient les différents acteurs impliqués dans le système d aide alimentaire en France, tant au niveau institutionnel qu au niveau associatif. Ce mémoire étudie donc tout d abord les différents programmes et outils développés aux niveaux européen et national. Par ailleurs, dans le but de comprendre les différentes formes que l aide alimentaire peut prendre sur le terrain, une typologie des principales structures associatives existantes en France a été réalisée. Pour chaque type étudié, nous nous sommes interrogés sur les dimensions du mangeur prises en compte et celles qui ne le sont pas. En outre, pour comprendre pourquoi certaines dimensions sont parfois laissées de côté, ce mémoire tente d appréhender les enjeux et les contraintes auxquels sont soumises les structures caritatives. A l issue de cette première partie, une problématique a pu être dégagée, à laquelle la seconde partie se propose de répondre à travers plusieurs hypothèses. Enfin, la troisième et dernière partie propose une méthodologie probatoire afin de vérifier les hypothèses émises, auprès d un échantillon de bénévoles et de bénéficiaires de l aide alimentaire. 8

Partie 1 : Cadrage théorique 9

1. Le mangeur précaire Avant de pouvoir définir ce qu est un mangeur précaire, il faut comprendre l être complexe que constitue un mangeur. En effet, l acte de manger comprend plusieurs dimensions essentielles, faisant du mangeur un être aux multiples facettes. 1.1. Le mangeur : un être multidimensionnel Afin d expliquer le phénomène complexe qu est l acte alimentaire, J.P. Corbeau a proposé une approche triangulaire et interactionnelle : le triangle du manger 3, représenté sur la Figure 1. Il définit ainsi l acte de manger comme la rencontre entre un individu socialement identifié, un aliment et la situation dans laquelle la rencontre a lieu. Figure 1 : Le triangle du manger (d'après JP Corbeau) Si le mangeur est avant tout un être biologique, qui a besoin de se nourrir pour vivre, cette caractéristique ne suffit pas à le définir. En effet, le mangeur est aussi un être culturel et socialement identifié : il fait partie d un système de normes et de valeurs qui lui ont été transmises par la société dans laquelle il vit. Son répertoire du comestible et du culinaire dépend de son groupe d appartenance d origine, de l éducation et de la socialisation qui lui ont été transmises s par ses aînés et ses pairs. Cependant, le mangeur ne fait pas que reproduire les modèles de comportement alimentaire, il en est aussi producteur. Ainsi, un mangeur impliqué dans une situation nouvelle pourra combiner les différentes influences qu il a rencontrées au cours de sa trajectoire sociale pour donner un nouveau sens à l acte de manger. Son 3 CORBEAU Jean-Pierre. Pour une approche plurielle de notre alimentation. Centre de Recherche et d Information Nutritionnelles. Cholé-doc n 104. Novembre-Décembre 2007. 10

comportement alimentaire variera donc selon sa position sociale dans le groupe auquel il appartient, mais aussi selon son sexe ou son âge. Enfin, si le mangeur est un être de raison, c est-à-dire que ses choix ont été réfléchis en fonction de leur rapport coûts/avantages, il est également un être de passion. Comme la sexualité, l alimentation est mue par la libido puisqu elle permet la pérennité de l espèce et des individus. Les choix alimentaires relèvent donc également du désir et peuvent être plus ou moins inconscients. Finalement, le mangeur est un être pluriel, qui s inscrit dans une histoire collective et individuelle et qui évolue à la fois dans le temps et dans l espace. L aliment, deuxième sommet du triangle, doit également être considéré de façon plurielle puisque lui aussi varie dans le temps et dans l espace. Les progrès technologiques modifient, pour certains aliments, la façon dont ils sont produits, transformés et distribués. De plus, les aliments ont une histoire qui véhicule des symboles, dont le mangeur est plus ou moins conscient. Certains produits sont ainsi considérés comme festifs ou ordinaires, peuvent susciter la peur ou au contraire rassurer, etc. Comme les mangeurs, les aliments évoluent donc dans le temps. Par ailleurs, l offre alimentaire propose aujourd hui une grande variété de produits qui se différencient par leurs qualités, leur prix, leurs propriétés organoleptiques, leur marque, De ce fait, l aliment varie aussi dans l espace. Le dernier sommet du triangle représente la situation dans laquelle le mangeur et l aliment vont interagir. Celle-ci peut être habituelle ou festive, liée au travail ou à un temps de loisir, liée à une sphère privée comme la famille ou à un environnement public, le mangeur peut être seul ou partager son repas dans un entourage commensal ou convivial, etc. La situation est donc un élément essentiel pour comprendre l acte de manger. Tout d abord, manger constitue un acte social : il permet à l individu de développer différentes formes de socialité en interaction avec d autres mangeurs, ce qui consolide ou déprécie la valeur des aliments partagés et permet également une meilleure mémorisation des émotions gustatives. Selon la situation, les attentes du consommateur seront différentes, de même que ce ne seront pas les mêmes aspects des aliments qui seront valorisés. Par exemple, si la situation est insatisfaisante pour le mangeur ou si elle engendre de la peur, l aliment peut devenir un moyen de se rassurer, soit parce qu il symbolise une 11

identité déjà acquise soit parce qu au contraire, il va permettre l acceptation dans un groupe auquel le mangeur veut appartenir. Mais au lieu de rassurer, l aliment peut aussi devenir la source de la crainte. D autre part, l acte de manger s inscrit dans différentes temporalités : celle des cycles de la vie (aliments d enfants, d adolescents, d adultes, ), celle des cycles de l année (produits de saison, ) et celle des cycles de la journée (certaines aliments pourront être consommés au petit déjeuner tandis que d autres seront réservés au diner par exemple). La situation peut donc changer le rapport entre le mangeur et l aliment. Comme ces deux derniers, elle s inscrit dans l espace et le temps. La figure 2 ci-après représente les variations dans le temps et dans l espace des trois sommets du triangle du manger. Les mutations des sommets permettent de dessiner différents triangles qui peuvent se superposer et traduisent bien toute la complexité de l acte alimentaire. Figure 2 : Variation du triangle du manger dans le temps et dans l'espace Source : CORBEAU Jean-Pierre. CERIN. Cholé-doc n 104. Nov-Déc 2007 Ainsi, si sa fonction primaire est nutritionnelle, c est-à-dire que tout être humain doit manger pour vivre, l analyse précédente montre bien que 12

l alimentation a de multiples facettes, ce qui en fait un phénomène délicat à analyser et à comprendre. Après avoir compris qu un mangeur est un être complexe et pluriel, nous pouvons essayer d analyser l alimentation des mangeurs précaires et voir si elle satisfait toutes ces dimensions. 1.2. L alimentation des mangeurs précaires 1.2.1. La précarité en France 1.2.1.1. La précarité : une notion difficile à définir Dans nos sociétés modernes, la précarité, ou «nouvelle pauvreté», est une notion complexe, difficile à évaluer et qui rassemble des réalités et des trajectoires sociales très différentes. Si jusqu à la crise pétrolière des années soixante-dix, la pauvreté est considérée comme un phénomène marginal qui traduit l inadaptation de certaines personnes à la société, la crise sociale salariale provoquée par la précarisation des emplois et la montée du chômage va reposer la question de la pauvreté et s intéresser à celle de la précarité. Cette notion va faire apparaître des catégories sociales non plus marginales, mais adaptées à la société et pourtant victimes de la conjoncture économique et de la crise salariale. Malgré des tentatives pour lutter contre la reproduction des inégalités sociales, qui sont contraires à l idéal démocratique et égalitaire de nos sociétés modernes (amélioration des politiques sociales associées à des actions d insertion, augmentation des possibilités d éducation et de formation, redistribution des richesses, etc.), le problème de la pauvreté et de l exclusion se maintient. La pauvreté est devenue un processus dynamique, qui se traduit par la perte de différentes formes de socialisation telles que la socialisation familiale, professionnelle, etc. Le relâchement puis la rupture de ces liens sociaux entraîne la perte de la protection sociale mais également celle de la reconnaissance sociale, ce qui engendre l exclusion, qui serait la dernière phase du processus. C est ce que Robert Castel a appelé la «désaffiliation sociale», qui définit la pauvreté comme une série de ruptures du lien social et d échecs pour le rétablir et conduit à la perte du travail et à l isolement relationnel 4. 4 CASTEL Robert. La dynamique des processus de marginalisation : de la vulnérabilité à la désaffiliation. Cahiers de recherche sociologique n 22, 1994. 13

Pour mieux comprendre cette nouvelle pauvreté, Serge Paugam a défini le concept de pauvreté disqualifiante, qui traduit le rapport angoissé à la pauvreté : les gens ont peur de perdre leur travail et de se retrouver pris dans un engrenage qui aboutit à l exclusion de la société. La pauvreté disqualifiante est perçue comme une situation de dépendance aux services sociaux, et donc comme un signe d infériorité. Toutefois, Paugam considère que les «pauvres» jouent un rôle actif dans le phénomène de «disqualification sociale», c est-àdire dans le processus par lequel ils acquièrent et intériorisent leur condition sociale et leur statut ainsi que dans les stratégies qu ils développent afin de résister à ce statut de pauvre ou à le rationaliser pour le rendre plus acceptable. Le concept de disqualification sociale tend à montrer que la pauvreté est un processus évolutif et multidimensionnel 5. En France, du point de vue économique, un seuil de pauvreté a été arbitrairement défini comme 60% du revenu médian, soit 950 /mois pour une personne seule et de moins de 2000 par mois pour un couple avec deux enfants. En 2009, d après les données, 13,5 % de la population vit en dessous de ce seuil, soit 8,2 millions d individus (cf. Annexe A) 6. 1.2.1.2. Précarité et alimentation Dans nos sociétés industrialisées, il a été montré que les inégalités socioéconomiques déterminent souvent les inégalités sanitaires. En effet, une situation précaire entraîne des modifications de l alimentation pouvant avoir des conséquences sur la santé et provoquant le développement de pathologies telles que l obésité, l hypertension artérielle, le diabète ou des carences vitaminiques 7. Il faut néanmoins distinguer les situations dans lesquelles la précarité entraîne une alimentation déséquilibrée de celles dans lesquelles la nourriture manque. Dans ce mémoire nous nous intéresserons plus particulièrement aux personnes dont les ressources ne leur permettent pas de subvenir à leurs besoins en nourriture et qui ont recours à l aide alimentaire, qu elle qu en soit la forme. 5 PAUGAM Serge. La disqualification sociale. 1991, Collection sociologies, PUF, Paris. 6 www.insee.fr 7 Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l aide alimentaire. Résultats de l étude Abena, 2004-2005. 14

Si le nombre et l origine des bénéficiaires de l aide alimentaire en France sont difficiles à chiffrer, il apparaît que cette population est très hétérogène puisqu elle englobe des trajectoires sociales très différentes, allant de la famille vivant grâce aux minima sociaux jusqu aux personnes sans domicile fixe, en passant par les sans papiers qui n ont pas d autorisation de travail, les retraités, les jeunes sans emploi ou encore les familles monoparentales. En 2009-2010, l ONPES (Observatoire National de la Pauvreté et de l'exclusion Sociale) a tenté de dresser un panel des profils des bénéficiaires de l aide alimentaire en France et a montré que ce public est aujourd hui très diversifié. La figure 3 présente les différents profils identifiés en 2010. Figure 3 : Les grands types de bénéficiaires de l'aide alimentaire repérés en 2010 Source : d après le Rapport annuel des Banques Alimentaires - Exercice 2010 Ce schéma montre que si l aide alimentaire est nécessaire pour des personnes en situation de grande précarité, celle-ci ci est devenue indispensable pour des personnes qui bénéficient pourtant d un revenu régulier. Ainsi, parmi les bénéficiaires, 15% ont un emploi, souvent à temps partiel. De plus, parmi les personnes ayant recours à l aide, 53% ont des enfants, et le nombre de familles monoparentales a doublé en quatre ans 8. 8 Rapport annuel des Banques Alimentaires - Exercice 2010. 15

L alimentation est donc aujourd hui un véritable enjeu pour la société et possède un caractère fortement contraint pour les populations les plus précaires. Les contraintes s appliquent à la fois en termes de quantité : 2,5 % des Français âgés de 25 à 75 ans déclarent ne pas avoir assez à manger souvent ou parfois ; et en termes de qualité : près de 40 % disent avoir assez à manger mais pas toujours les aliments qu ils souhaiteraient 6. Les contraintes sont d autant plus présentes pour les populations ayant recours à l aide alimentaire, celles-ci n ayant pas toujours le choix des aliments consommés. On distingue néanmoins plusieurs profils de bénéficiaires de l aide alimentaire : ceux pour qui elle est un soutien, parmi lesquels les «fragiles» et «les marginaux» et ceux pour qui l aide est une assistance 9. Les «fragiles», c est-à-dire les bénéficiaires qui ne recourent à l aide que comme un soutien, cherchent à se procurer d autres aliments par leurs propres moyens : ils peuvent disposer d un petit revenu qui leur permet d acheter de la nourriture et ne recourir à l aide alimentaire que pour traverser les moments les plus difficiles. Si ces personnes en situation de «fragilité» sont en phase de ce que Paugam appelle la «disqualification sociale», ils cherchent à se démarquer de ceux dont la situation d exclusion est bien plus avancée, en s attachant notamment à des valeurs telles que le travail. Pour ces personnes, le recours à l aide alimentaire est souvent difficile, un «mélange de honte et d injustice, un malaise profond, presqu une perte d identité» 10. Parmi les personnes pour qui l aide n est qu un soutien, on retrouve aussi les «marginaux», qui ont souvent renoncé à recevoir une aide régulière et sont difficiles d accès pour les services d aide. Ces personnes ont atteint une situation d exclusion extrême et vivent en marge de la société, dans des conditions de précarité très avancée. Leur principale préoccupation est de subvenir à leurs besoins vitaux : boire, manger et dormir. Pour subsister, différents systèmes de «débrouille» sont utilisés : mendicité, récupération de nourriture dans les poubelles ou auprès de commerçants en échange de services rendus, vol, etc. Contrairement aux «fragiles» et aux «marginaux», les «assistés» sont dépendants de l aide alimentaire. Ils en bénéficient de manière régulière et 9 PAUGAM Serge. La disqualification sociale. 1991, Collection sociologies, PUF, Paris. 10 CERIN. Alimentation, Santé & Petit budget. Avril 2009 n 45. www.cerin.org. 16

Paugam caractérise leur relation avec les services d aide de «contractuelle». Différentes formes de dépendances sont cependant identifiées par Paugam : - une assistance différée, pour laquelle les bénéficiaires sont dépendants mais ne se considèrent pas comme assistés et tentent de se distancier dans leur relation avec les services d aide ; - une assistance installée, pour laquelle la dépendance est avérée et intériorisée par les bénéficiaires qui cherchent à coopérer, voir à séduire les services d aide ; - une assistance revendiquée, pour laquelle l aide est considérée comme un droit, que les bénéficiaires n hésitent pas à faire valoir lorsqu ils ne sont pas satisfaits. En ce qui concerne l alimentation, les contraintes sont donc un peu différentes selon que les bénéficiaires sont dépendants ou non de l aide alimentaire : ceux qui disposent d autres moyens d approvisionnement possèdent une certaine autonomie alimentaire malgré les multiples contraintes, tandis que les bénéficiaires pour qui l aide alimentaire est le seul apport de nourriture ont une alimentation encore plus forcée. 1.2.2. L alimentation des «précaires» Une étude, réalisée en 2004-2005, à la demande du secrétariat d État à la lutte contre l exclusion et la précarité, a permis d étudier un peu plus précisément l alimentation des personnes bénéficiant de l aide alimentaire, à la fois sur le plan quantitatif et qualitatif 11. Cette étude ne représente cependant qu un aperçu des personnes en situation précaire, celles-ci n étant pas toutes recensées auprès des structures d aide ou des structures sociales (en particulier les personnes sans domicile fixe). Cette étude a montré que, pour les personnes interrogées, l aide alimentaire constitue la principale source d approvisionnement pour presque tous les produits, à l exception du pain et des boissons. Cet approvisionnement dure depuis vint-cinq mois à trois ans pour les personnes interrogées, ce qui semble montrer que, pour la plupart des bénéficiaires, l assistance n est pas seulement ponctuelle : l aide alimentaire semble surtout assister des 11 Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l aide alimentaire. Résultats de l étude Abena, 2004-2005. 17

personnes dans des situations de précarité qui durent. Il semble par ailleurs que les quantités ne soient pas suffisantes puisqu une personne sur deux a déclaré «n avoir parfois ou souvent pas assez à manger» 12. D autre part, l alimentation des personnes en situation de précarité est peu diversifiée : les féculents occupent une place importante et sont consommés à presque tous les repas. Par contre, les fruits et légumes, les produits laitiers, la viande ou le poisson sont très peu consommés, car peu proposés par les associations d aide alimentaire. Parallèlement à l enquête ABENA, une autre enquête a été menée auprès des associations d aide, l enquête E3A 13, afin de mieux connaître les différents types d aide et le fonctionnement des structures. Cette enquête a notamment permis d étudier la composition des repas et des colis fournis par les associations en termes nutritionnels. Afin d avoir une base de comparaison, les autorités ont estimé le prix minimal strictement nécessaire pour couvrir l'ensemble des apports nutritionnels conseillé pour l'adulte : celui-ci est de 3,2 par jour. En ce qui concerne les repas cuisinés distribués, pour les 119 associations interrogées, le repas type coûte 1,8 en moyenne et a une bonne qualité nutritionnelle. Chacun de ces repas apporte en moyenne 850 kcals, ce qui n est pas suffisant pour les personnes qui n ont pas la possibilité de consommer trois repas par jour, en particulier pour les hommes sans domicile fixe. En ce qui concerne les colis ou paniers repas distribués par les associations, ils sont en général prévus pour quatre personnes pour une durée de 15 jours. Ils correspondent en moyenne à un apport de 800 kcals par personne et par jour. Ils permettent donc de couvrir environ 40% des besoins nutritifs d un adulte. D autre part, il semble que la qualité nutritionnelle de ces colis ne soit pas conforme à celle conseillée pour couvrir les besoins d un adulte : la densité énergétique des colis est supérieure à celle de l alimentation courante, pour un coût économique moins élevé et les nutriments essentiels (notamment vitamines C et B9 et potassium) sont en trop faibles quantités. Concrètement, les colis contiennent trop peu de viande 12 Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l aide alimentaire. Résultats de l étude Abena, 2004-2005. 13 E3A: Enquête auprès des Associations d'aide Alimentaire, Synthèse des principaux résultats. 2008. 18

et de fruits et légumes et sont par contre trop riches en matières grasses et sucrées et en féculents raffinés (riz blanc, pâtes, ) 14. Les résultats des deux études, ABENA menée auprès des bénéficiaires et E3A menée auprès des associations, montrent toutes deux que l aide alimentaire manque de diversité dans les aliments proposés et que les quantités distribuées sont insuffisantes pour couvrir les besoins d un adulte. Les personnes pour qui cette aide constitue la principale source d approvisionnement en nourriture ont donc une alimentation fortement contrainte et insuffisante. 1.2.3. Les conséquences des contraintes pesant sur l alimentation des bénéficiaires de l aide alimentaire Les contraintes qui pèsent sur l alimentation des bénéficiaires de l aide alimentaire ne sont pas sans conséquences. Tout d abord les contraintes nutritionnelles engendrées par l irrégularité des pratiques alimentaires, tant au niveau de la diversité des produits consommés qu au niveau de la fréquence des prises, entrainent des problèmes physiologiques tels que le stress, le manque d appétit ou de sommeil ou encore le développement de pathologies comme l obésité, l hypertension artérielle, etc. Par ailleurs, le manque de diversité peut entraîner un anachronisme alimentaire, lorsque par exemple des sandwichs ou une soupe sont servis au petit déjeuner ou que les horaires d ouverture et de distribution ne correspondent pas aux heures traditionnelles de repas. Il arrive aussi parfois que les aliments proposés soient périmés. Cela peut conduire certains bénéficiaires à ressentir un sentiment de stigmatisation et un sentiment de lassitude par rapport à ce manque de diversité et parfois de goût des produits distribués. Les contraintes en termes de temps et de relations sociales accentuent souvent l isolement et le sentiment d exclusion des personnes en situation de précarité. D une part, l alimentation ne permet plus de structurer le temps social : les repas sont servis à des heures et des fréquences qui ne correspondent pas forcement aux temps «normaux» de repas et les aliments servis ne sont pas toujours différenciés selon le moment de la journée 14 E3A: Enquête auprès des Associations d'aide Alimentaire, Synthèse des principaux résultats. 2008. 19

(certains parlent d «anachronisme alimentaire»). De plus, les saisons ne sont plus respectées. D autre part, la socialisation qui est un élément essentiel du repas, d autant plus important pour les personnes précaires souffrant de solitude et pour qui le moment de la distribution du repas devrait être une occasion de nouer des relations sociales, est quasiment inexistante. L organisation de l aide ne facilite pas toujours le contact entre bénévoles et bénéficiaires, ou entre les bénéficiaires eux-mêmes. Certains parlent aussi de «violences symboliques» : la convivialité et les manières de table sont réduites parfois à minima. Ce manque de contact renforce également le sentiment de honte et de culpabilité que peuvent ressentir les personnes en recourant à l aide alimentaire. Il semblerait donc que l aide alimentaire proposée aujourd hui en France cherche d abord à satisfaire les besoins vitaux des bénéficiaires, sans forcement tenir compte des autres dimensions qui constituent un mangeur. D après les témoignages de ses bénéficiaires, l aide comme elle est organisée aujourd hui, propose une réponse peu diversifiée, qui ne prend par en compte l hétérogénéité de la population dite «précaire» et de la diversité des pratiques qu elle englobe. Le mangeur précaire semble se réduire à son simple besoin biologique. Les autres dimensions du mangeur : symbolique, hédonique et surtout commensale et conviviale, semblent être négligées. Afin de comprendre pourquoi l aide alimentaire suscite parfois tant d insatisfaction parmi ses bénéficiaires, il nous faut d abord comprendre quels sont les différents intervenants et comment ils sont organisés. 20

2. Les institutions officielles 2.1. Les acteurs de l aide alimentaire Différents acteurs interviennent dans l aide alimentaire en France. Parmi les acteurs institutionnels, on retrouve l Union Européenne, et l Etat Français, qui agit à travers le Ministère des Solidarités, les conseils régionaux et départementaux, les mairies et les CCAS (Caisses Centrales d Aide Sociale). La figure 4 ci-après présente de manière globale l organisation de l aide alimentaire en France ainsi que les liens existants entre les différents acteurs. Figure 4 : Organisation de l'aide alimentaire en France Source : Camille Panassié Les acteurs institutionnels interviennent dans l aide alimentaire à la fois en aidant financièrement et matériellement les structures, res, mais également en orientant les personnes en difficulté vers ces structures, à travers les services sociaux. Différents programmes officiels existent actuellement aux niveaux européen et français, et ont pout but de supporter l aide alimentaire. 21

2.2. Les programmes officiels pour l aide alimentaire 2.2.1. Le Programme Européen d Aide aux plus Démunis Le PEAD, Programme Européen d Aide aux plus Démunis, a été lancé en 1987 par la Communauté européenne, à l initiative de Coluche et du président de la Commission Européenne, Jacques Delors. Les pays membres de ce programme peuvent échanger des stocks excédentaires de matières premières issus de la PAC (Politique Agricole Commune) contre des denrées alimentaires. Ainsi, cette année en France, l équivalent de 72,7 millions d euros de stocks de produits céréaliers et laitiers ont permis d acheter des denrées alimentaires qui ont été redistribuées par les associations caritatives. Ce programme représente entre 23 et 55% des denrées distribuées en France, et permet d aider 3,5 millions de personnes. Aujourd hui il compte vingt états membres et aide 18 millions d Européens 15. Le PEAD a cependant été récemment remis en cause par l Allemagne soutenue par la Suède, le Royaume-Uni, le Danemark, la République tchèque et les Pays-Bas. Ces six pays membres de l Union Européenne considéraient que le PEAD s était éloigné de son objectif initial de redistribution des excédents agricoles, qui tendent aujourd hui à disparaître, et s opposaient à ce que les fonds tirés du budget agricole soient utilisés pour acheter des denrées alimentaires à des fins sociales. Fin 2011, la Commission Européenne avait donc annoncé une réduction budgétaire de 80% : de 480 millions d euros, le budget devait passer à 113 millions d euros en 2012. Suite à la mobilisation de nombreuses associations et élus inquiets du devenir des bénéficiaires du PEAD, un compromis a cependant été trouvé, et la Commission Européenne a annoncé le maintient du budget du PEAD pendant encore deux ans, en 2012 et 2013, à condition que ce programme soit abandonné dès 2014 16. Le PEAD a donc obtenu un sursis, mais une solution durable devra être trouvée s il est supprimé afin que les structures d aide puissent continuer à fonctionner sans cette importante source de financement. 15 http://alimentation.gouv.fr/l-aide-alimentaire 16 L'Union européenne trouve un accord pour débloquer l'aide aux démunis. Le Monde, 14 novembre 2011. 22

2.2.2. Le Plan National d Aide Alimentaire Le PNAA, Plan National d Aide Alimentaire a vu le jour en 2004 afin d améliorer et de diversifier l aide alimentaire en France et de pallier aux besoins non pourvus par l aide européenne. Ce programme est associé à quatre associations choisies par le Gouvernement : la Fédération Française des Banques Alimentaires, le Secours Populaire français, les Restos du Cœur et la Croix-Rouge française. Il est géré par France AgriMer, l établissement national des produits de l agriculture et de la mer, pour le compte de la Direction Générale de la Cohésion Sociale et de la Direction Générale de l Alimentation. Cet établissement est responsable du bon fonctionnement du programme, des appels d offre jusqu à la livraison des produits aux associations 17. Chaque année, l équivalent de 10 millions d euros sont distribués aux structures caritatives afin d acheter des denrées alimentaires, en particulier des produits frais (viande, poisson, fruits et légumes, ), non fournies par le PEAD. Ce budget permet également aux associations d améliorer leur logistique 18. 2.2.3. Le Programme Alimentation et Insertion Le premier PAI, Programme Alimentation et Insertion, est lancé en 2003 suite à un constat du secrétaire d Etat en charge de la lutte contre les exclusions qui remarque que le Plan National Nutrition et Santé ne prend pas en compte les besoins spécifiques des populations précaires ayant recours à l aide alimentaire. Il a pour but de créer un lien social avec les personnes les plus démunies afin de véhiculer des recommandations nutritionnelles adaptées. Ce programme rassemble plusieurs partenaires : les pouvoirs publics, le Plan National Nutrition Santé (PNNS), les principales associations d aide alimentaire (Fédération des banques Alimentaires, Croix Rouge, Secours populaire et Secours Catholique) et les industriels représentés par l ANIA (l Association nationale des industries alimentaires). Ceux-ci se sont réunis pour créer des outils de formation pour les bénévoles et les bénéficiaires de l aide alimentaire, afin de pallier aux problèmes de santé liés à une alimentation précaire. Au départ, ces actions étaient principalement financées 17 www.franceagrimer.fr/aides/programmes-sociaux2/plan-national-d-aide-alimentaire-pnaa 18 Plaquette PNAA Ministère de l Agriculture et de la pêche et Ministère du logement et de la ville. 23

par des entreprises agro-alimentaires, mais depuis 2007, l Etat subventionne le PAI à hauteur de 50 000 euros par an. 19 2.2.4. Le Programme de développement de l Aide Alimentaire En 2008, dans le cadre du Programme de développement de l Aide Alimentaire, le Gouvernement a réuni les acteurs de l aide alimentaire afin de lancer une réflexion pour améliorer la collecte et la distribution des denrées alimentaires aux plus démunis, coordonner les différents acteurs et favoriser la participation du secteur privé. Dans le cadre de cette réflexion, une charte a été signée le 18 mars 2009, à la fois par les associations caritatives et le secteur privé : l ANIA (Association nationale des industries alimentaires) regroupant des entreprises agro-alimentaires, la FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution) regroupant les distributeurs et la Fédération nationale des transports routiers qui rassemble des sociétés de logistique, d équipements et de transports. Chaque signataire s est ainsi engagé à améliorer l aide existante à la fois en termes d approvisionnement, de distribution et d insertion. 2.3. Les outils proposés aux acteurs de l aide alimentaire 2.3.1. Le guide des bonnes pratiques de l aide alimentaire Dans le cadre du programme de développement de l aide alimentaire, un groupe de travail qui réunissait les différents acteurs de l aide (cf. 2.2.4) a mis au point un guide des bonnes pratiques de l aide alimentaire, destiné principalement aux acteurs économiques. Ce guide permet d expliquer aux opérateurs qui souhaiteraient faire un don les différentes possibilités existantes et les interlocuteurs privilégiés auxquels ils doivent s adresser. Il énonce les différentes règles à respecter, notamment en termes de qualité et de sécurité des produits (il est par exemple interdit de donner des produits dont la DLC est dépassée). Puisqu il a été rédigé avec la participation de plusieurs associations caritatives, ce guide a pour but de faciliter et d optimiser les dons, en fonction des besoins des structures d aide, afin d améliorer l aide fournie à la fois en termes de quantité et de qualité. Il s agit d autre part d inciter les acteurs économiques à donner en leur montrant que le don est 19 CERIN. Alimentation, Santé & Petit budget. Avril 2009 n 45. www.cerin.org. 24

une démarche à la fois solidaire mais qui peut aussi présenter des avantages concrets pour eux (optimisation des coûts, déstockage des surplus ou des produits dont le packaging est défectueux,...) 20. 2.3.2. Le calendrier de recettes Le programme Alimentation et Insertion a développé des outils à destination des bénéficiaires et des bénévoles de l aide alimentaire. Parmi ces outils on retrouve le calendrier de recettes : celui-ci est destiné à faire passer les messages nutritionnels aux personnes défavorisées en leur proposant des recettes simples et peu coûteuses, composées des aliments de base distribués par l aide alimentaire ou achetés par les familles. Le calendrier a pour but de développer, ou de faire resurgir, les savoir-faire culinaires, parfois mis de côté, des bénéficiaires dans un objectif de réinsertion sociale autour de l alimentation et de la cuisine. Afin que les bénéficiaires de l aide se sentent acteurs, un concours de recettes a été lancé en 2007 pour alimenter ce calendrier de recettes. Cependant, en 2009, parmi les 1523 proposées, seules douze recettes ont été sélectionnées (une par mois). Ainsi la diversité au niveau de la culture culinaire des bénéficiaires n est peut être pas toujours suffisamment représentée dans ce calendrier, les recettes publiées étant par ailleurs probablement choisies par des bénévoles de l aide et non pas par les bénéficiaires. De plus, même si les recettes sont «bien faites», elles ne correspondent pas toujours aux produits disponibles dans les structures d aide et doivent donc être adaptées pour pouvoir être réalisées 21. 2.3.3. Le Vitapoche : un aliment enrichi pour les sans abri Afin d aider à pallier aux carences vitaminiques et au développement de pathologies nutritionnelles par les individus sans abri qui n ont pas la possibilité d effectuer trois repas complets par jour, l équipe Nutrition et précarité, en collaboration avec l INSERM et l INRA et soutenue par la Caisse Nationale d Assurance Maladie, a développé un produit enrichi en vitamines (B1, B9, B12, C, D, E, PP) et en minéraux (calcium, zinc). Ce produit se présente sous la forme d une pâte au cacao qui se veut adaptée aux personnes ayant des problèmes dentaires et se consomme sans contact avec 20 ANIA et FCD. Guide des bonnes pratiques de l aide alimentaire. Juillet 2009 21 CERIN. Alimentation, Santé & Petit budget n 45, Avril 2009. 25

les mains. Un sachet de Vitapoche de 70 g apporte 377 kcals et la totalité des apports journaliers conseillés pour les nutriments cités précédemment (cf. Annexe B). Cet aliment a été produit pour la première fois en 2004 et proposé gratuitement aux associations caritatives (propositions PNNS pour 2006-2008) dans le but de remplacer les aliments de types barres chocolatées et gâteaux secs, généralement consommés par les personnes sans-abri en raison de leur praticité et de leur goût agréable 22. Certaines associations caritatives ont cependant émis des réticences vis-à-vis de ce produit, craignant qu il ne vienne se substituer aux repas et donc empêche la création de lien social avec les personnes les plus marginales, les enfermant dans leur isolement. 22 DARMON Nicole, BRIEND André. Prévention des déficiences nutritionnelles chez les personnes sans-abri : intérêt d un aliment de rue enrichi. Cahiers d économie et sociologie rurales, 2006. 26

3. Les associations d aide alimentaire en France 3.1. L aide alimentaire en France 3.1.1. Historique 23 L aide alimentaire existe depuis la nuit de temps. La figure 5 présente un bref historique permettant de comprendre l évolution de l aide alimentaire de l Antiquité à nos jours. Figure 5 : Evolution chronologique de l'aide alimentaire en France Source : Camille Panassié 23 CLEMENT Alain. De l évergétisme antique aux Restos du cœur : État et associations dans l histoire du secours alimentaire. Revue internationale d économie sociale, 2001. n 279 pp. 26-43 27

3.1.2. Contraintes et enjeux En France, les ressources alimentaires sont suffisantes pour nourrir la totalité de la population : ce sont les ressources financières de certaines classes sociales qui sont insuffisantes et ne permettent pas à ces personnes de subvenir à leurs besoins essentiels. S il existe un dispositif social pour venir en aide à ces populations (allocations, RSA, ), celui-ci est limité : en raison des situations de crise, de la montée du chômage et des emplois précaires, la pauvreté aujourd hui ne touche plus uniquement les marginaux, mais également les jeunes qui ont des difficultés à trouver un emploi, les chômeurs qui n arrivent pas à se réinsérer dans le marché du travail ou encore les familles monoparentales dont les revenus sont insuffisants. Les minima sociaux définis par l Etat n ont pas été calculés de manière pragmatique, c està-dire en prenant en compte les besoins réels en termes de nourriture et de logement, mais ont fait l objet d enjeux politiques et sociaux 24. Les revenus minimaux sont calculés afin de «favoriser le maintien de gradient d inégalité qui se voudrait "incitatif", avec une logique de statut, au sens où l objectif est d aider les plus démunis [ ] sans toutefois conduire à une modification substantielle de la structure sociale existante» 25. Ainsi, contrairement à l accès aux soins qui selon la loi sur la Couverture maladie universelle 26 est reconnu comme un droit pour tous, la question de l alimentation n est pas posée comme un besoin réel et vital mais reste dépendante du niveau de revenu des ménages et de l aide sociale qui leur est ou non accordée. Pour pallier à ces dysfonctionnements, le secteur associatif s est organisé pour apporter une aide à ces populations et remédier à la précarisation des conditions de vie. Si les pouvoirs publics restent impliqués, par exemple lorsque les instances sociales redirigent les bénéficiaires vers des structures d aide, celles-ci disposent d une certaine autonomie. Les associations présentent donc une grande diversité, tant au niveau de leur organisation que de l aide qu elles apportent : la distribution alimentaire varie d une structure à l autre en termes de contenu et de modes d accueil, les critères d accès pouvant également différer. 24 Paugam S, 2002, La société française et ses pauvres, Puf, Paris 25 Paugam S, 2005, Les formes élémentaires de la pauvreté, Puf, Paris. 26 Loi du 27 juillet 1999 fondée sur un critère de résidence, de plafond de ressources et non plus en la référence unique à une activité professionnelle. 28

Toutefois, ces structures caritatives, en plus de fournir une aide parfois vitale, s inscrivent dans des logiques de réinsertion sociale et dans une politique de lutte contre l exclusion. Elles jouent le rôle d intermédiaire afin de «restaurer du lien social» 27. En effet, si l aide alimentaire a gardé la forme traditionnelle du don, celle-ci semble avoir évolué vers une forme plus moderne qui inclue les notions de partage et de réciprocité. Le secours alimentaire est une composante de l aide, mais celle-ci est aussi source de resocialisation : des relations sociales se créent à la fois entre les bénévoles qui font partie des associations, mais également avec les bénéficiaires, qui souffrent souvent autant, si ce n est plus, de la solitude et du sentiment d exclusion que de la faim. L aide se veut plus personnalisée, contrairement à celle apportée par l Etat, et vise à encourager les échanges entre les acteurs et bénéficiaires 28. Cependant, les personnes qui se tournent aujourd hui vers l aide alimentaire constituent un public de plus en plus hétérogène et nombreux. Les structures d aide alimentaire doivent donc faire face à des demandes de plus en plus complexes et diversifiées. De plus, cette aide dure plus longtemps car il semble que souvent les bénéficiaires se retrouvent dans des situations de précarité installée dont ils n arrivent pas à sortir. Pour répondre à la demande croissante des personnes en difficulté, les associations d aide sont donc soumises à de nombreux enjeux mais doivent également composer avec des contraintes matérielles et logistiques. Afin de mieux comprendre quelles sont ces contraintes, nous avons choisi de décrire le fonctionnement des principales structures d aide alimentaire existantes en France. 27 CESAR Christine. Etude ABENA 2004-2005. 28 CLEMENT Alain. De l évergétisme antique aux Restos du cœur : État et associations dans l histoire du secours alimentaire. Revue internationale d économie sociale, 2001. n 279 pp. 26-43. 29

3.2. Typologie des structures d aide alimentaire Différentes associations jouent le rôle de relais entre les donneurs (institutions, industries agro-alimentaires, enseignes de grande distribution,...) et les bénéficiaires. Certaines proposent une aide généraliste, dans laquelle est incluse l aide alimentaire comme par exemple le Secours catholique ou la Croix-Rouge. D autres, comme les Restos du Cœur ou les Banques Alimentaires, ont pour but principal le secours alimentaire mais ont étendu leurs actions pour pallier aux besoins de leurs bénéficiaires. Le but de cette partie est de comprendre l organisation de l aide alimentaire et notamment les différentes formes que celle-ci peut prendre afin de voir si elles respectent ou non les dimensions des mangeurs précaires. Nous nous attacherons donc à décrire trois des principales structures d aide alimentaire présentes en France : les Banques Alimentaires, les Restos du Cœur et les épiceries solidaires et tenterons pour chacune de mettre en évidence quelles dimensions des mangeurs sont ou ne sont pas prises en compte. 3.2.1. Les Banques Alimentaires La première Banque Alimentaire a été fondée en France en 1984, afin de lutter contre la montée de la pauvreté. Aujourd hui, il existe 79 Banques Alimentaires, qui couvrent presque la totalité du territoire français et sont régies par la Fédération Française des Banques Alimentaires (FFBA). Elles sont gérées en majeure partie par des personnes bénévoles. En 2010, ces 79 Banques Alimentaires ont délivré 92500 tonnes de denrées (soit 291 millions d'euros) à 5011 associations et organismes sociaux, ce qui correspond à 185 millions de repas distribués à environ 740 000 personnes 29. 3.2.1.1. Fonctionnement Le but des Banques Alimentaires est de lutter contre la faim mais également contre le gaspillage. Pour cela, elles collectent gratuitement des denrées alimentaires auprès de plusieurs sources d approvisionnement telles que l Etat et l Union européenne, les producteurs et les industries agro- 29 www.banquealimentaire.org 30

alimentaires ou encore le grand public. La figure 6 présente la part de denrées récoltées auprès de chacune des sources. Figure 6 : Origine des produits collectés par les Banques Alimentaires Source : www.banquealimentaire.org Les produits collectés sont ensuite envoyés vers les entrepôts et les chambres froides des Banques Alimentaires où ils sont triés puis stockés. Ces produits sont redistribués aux différentes associations et organismes sociaux partenaires. Cette distribution est régie par un certain nombre de règles : les associations et les CCAS (Caisses Centrales es d Activité Sociale) sont liées aux Banques par une convention de partenariat alimentaire afin que l aide soit la meilleure possible 30. Cette convention a pour but de faciliter et d améliorer le travail entre les Banques Alimentaires et leurs partenaires. Par ailleurs, les associations s engagent à verser une participation de solidarité en échange de l approvisionnement régulier, ce qui permet aux Banques de couvrir un tiers de leurs frais de fonctionnement. En contrepartie, les Banques alimentaires s engagent à fournir une aide régulière de qualité et répartie de manière équitable entre les différents partenaires de distribution 31. 3.2.1.2. Formes d aide apportées Si initialement, le but des Banques Alimentaires était de fournir une aide alimentaire d urgence aux personnes nes en difficulté, aujourd hui, d autres composantes sont prises en compte. En effet, les Banques Alimentaires veulent aujourd hui fournir une aide de qualité, à la fois en terme de sécurité alimentaire et en terme de nutrition. Elles tentent donc de prendre en compte l équilibre nutritionnel des bénéficiaires afin de limiter les problèmes de santé 30 www.banquealimentaire.org 31 Rapport annuel du réseau des Banques Alimentaires - Exercice 2010 31

liés à une mauvaise alimentation (carences, cholestérol, hypertension, etc.). Les Banques Alimentaires essaient de respecter au mieux les recommandations du PNNS (Plan National Nutrition et Santé) en distribuant dès que possible des fruits et des légumes, de la viande et du poisson frais. Néanmoins, elles restent dépendantes des fournisseurs qui les approvisionnent. La figure 5 représente une comparaison entre le pourcentage des différents types de denrées qui sont réellement distribués aux bénéficiaires et le pourcentage idéal pour être en accord avec les recommandations nutritionnelles. Figure 7 : Diagramme comparatif des denrées distribuées par les Banques Alimentaires et de la distribution idéale Source : Rapport annuel du réseau des Banques Alimentaires 2010 On remarque que le pourcentage de produits protéiques tels que la viande, le poisson ou les œufs, ainsi que les fruits et légumes est inférieur au pourcentage idéal. Au contraire, le pourcentage de produits sucrés, salés ou gras est supérieur. Afin de s approcher au maximum de la distribution idéale, chaque Banque Alimentaire tente d influer sur ses différentes sources d approvisionnement. Par ailleurs, afin que l aide alimentaire apportée soit de la meilleure qualité possible, différentes formations ont été mises à disposition des bénévoles des Banques Alimentaires et des associations partenaires. Les bénévoles peuvent ainsi se former sur les plans technique et managérial afin par exemple d améliorer l hygiène et la sécurité alimentaire ou la logistique (recherche de fournisseurs, comptabilité, transport, etc.). Les Banques Alimentaires proposent également des outils d accompagnement pour les associations partenaires et les bénéficiaires de l aide. Ces derniers peuvent 32

ainsi apprendre à cuisiner «sain et bon marché» grâce à la mise en place de cuisinettes mobiles et d un guide de recettes. Des ateliers de dégustation permettent aux bénéficiaires de découvrir des produits méconnus mais distribués par les Banques Alimentaires, et des ateliers de démonstration permettent de cuisiner ces produits. En 2010, ce sont 1356 ateliersdégustation qui ont été mis en place pour 114 personnes et 91 personnes qui ont pu assister à 2086 ateliers-démonstration. 39 cuisinettes mobiles ont permis de rassembler bénévoles et bénéficiaires autour de ces ateliers. Tout en permettant une meilleure connaissance des produits alimentaires et de la façon de les cuisiner, ces ateliers favorisent la création de lien social entre les bénévoles et les bénéficiaires et sont un lieu d échange autour de l alimentation et la cuisine. Ils encouragent la convivialité et le partage, tout en valorisant et en respectant les aspects culturels de l alimentation. Le but de ces outils dépasse donc la simple aide alimentaire et vise à intégrer les bénéficiaires comme membres actifs de leur alimentation, afin de les aider à se réinsérer. En parallèle des ateliers axés sur l alimentation, d autres activités sont proposées aux bénéficiaires afin de participer activement à la vie de l association, comme par exemple des ateliers jardinage, bien-être, coiffure, Ainsi, les Banques Alimentaires et leurs partenaires veulent fournir à la fois une aide alimentaire d urgence aux plus démunis tout en intégrant ces personnes de manière active à la vie de l association afin d aider à leur réinsertion dans la société. Néanmoins, le nombre de ces initiatives reste limité en raison du manque de bénévoles par rapport au nombre de demandeurs d aide. En 2010, les Banques Alimentaires comptaient 4078 bénévoles et 402 salariés. Ces derniers ont pu aider 740 000 personnes 32. Si on fait le rapport, on trouve qu il y a 1 bénévole (ou salarié) pour environ 165 bénéficiaires, ce qui semble insuffisant pour étendre les ateliers à l ensemble des bénéficiaires. Par ailleurs, ces ateliers sont animés par les bénévoles, qui ont leurs propres représentations en matière d alimentation : même si les bénéficiaires sont souvent invités à être des membres actifs des ateliers, ceuxci ne correspondent peut être pas toujours à leurs attentes, ce qui ne les encourage pas à y participer. 32 Rapport annuel du réseau des Banques Alimentaires - Exercice 2010 33

3.2.2. Les Restos du Cœur Les Restos du Cœur, officiellement les «Restaurants du Cœur les Relais du Cœur» ont été créé en 1985 par Coluche afin «d'aider et d'apporter une assistance bénévole aux personnes démunies, notamment dans le domaine alimentaire par l'accès à des repas gratuits, et par la participation à leur insertion sociale et économique, ainsi qu'à toute l'action contre la pauvreté sous toutes ses formes» 33. Durant la campagne de 2010-2011, 60 000 bénévoles des Restos du Cœur ont distribué 109 millions de repas à 860 000 personnes. La 27 e campagne a eu lieu cette année du 28 novembre 2011 au 23 mars 2012. 3.2.2.1. Fonctionnement Les Restos du Cœur se composent d une association nationale et de 116 associations départementales, présentes sur tout le territoire français. Dix antennes régionales permettent de faire le lien entre le siège national et les associations sur le terrain. Le centre national définit la politique de l association et centralise une certaine partie des activités des Restos comme l approvisionnement et les achats ou la formation des bénévoles. Les antennes régionales constituent des relais pour faciliter la diffusion des messages provenant du siège vers les associations départementales. Ces dernières sont néanmoins autonomes sur le plan juridique et sont les véritables acteurs de l aide alimentaire au contact des bénéficiaires. Chacune gère un certain nombre de sites d accueil, parmi les 2055 centres existants en France. La majeure partie des acteurs des Restos du Cœur sont bénévoles. Seules quelques fonctions de logistique, telles que la comptabilité, la gestion des approvisionnements ou le secrétariat emploient des salariés. Bénévoles et salariés s engagent à respecter la Charte des Restos qui définit les règles à suivre 34. Le respect de ces directives est le fondement de l action des Restos du Cœur qui veulent ainsi que «chaque personne accueillie» soit «assurée de recevoir le même accueil et d être traitée avec équité» 35. 33 www.restosducoeur.org 34 Pour plus d informations à propos de la charte des Restos : http://www.restosducoeur.org, onglet Devenir bénévole. 35 Rapport annuel des Restos du Cœur Année 2010/2011 34

Les ressources des Restos du Cœur proviennent de différentes sources identifiées sur la figure 8 ci-après. Figure 8 : Provenance des ressources financières des Restos du Cœur Source : d après les données de www.restosducoeur.org Parmi ces revenus, un peu moins de 20% sont utilisés pour développer des actions de réinsertion sociale tandis que plus de 60% sont réinvestis pour l aide alimentaire : une grande partie des denrées est achetée en gros auprès de fournisseurs, suite à des appels d offres. Les denrées alimentaires peuvent également provenir des dons en nature de l Union Européenne et de la France. Enfin, les Restos du Cœur organisent chaque année une grande collecte nationale et des opérations de récupération auprès des entreprises agroaires et de la grande distribution, afin de compléter leurs stocks. Les denrées alimentaires sont livrées aux associations départementales des Restos, qui les redirigent à leur tour vers les différents centres de distribution. alimentaires 3.2.2.2. Formes d aide apportée La première idée de Coluche était l aide alimentaire, et c est pour celleci que les Restos du Cœur sont le plus connus aujourd hui. Celle-ci était prévue pour aider ceux qui en ont le plus besoin pendant les périodes difficiles de l année. Les campagnes d hiver des Restos du Cœur ont donc lieu traditionnellement de décembre à fin mars. Cependant, face à la montée de la précarité et l augmentation du nombre de demandeurs, de nombreux centres (62% en 2010/2011 36 ) restent ouverts durant l inter-campagne afin d assurer une continuité de l aide. L aide alimentaire proposée par les Restos du Cœur peut prendre différentes formes. 36 Rapport annuel des Restos du Cœur Année 2010/2011 35

Les bénéficiaires qui disposent d un logement peuvent recevoir des paniers repas à cuisiner chez eux. Afin de bénéficier de cette forme d aide alimentaire des Restos du Cœur, les personnes doivent présenter des pièces justifiant l insuffisance de leurs ressources pour s inscrire auprès des bénévoles. Si elles répondent aux conditions, les personnes accueillies reçoivent une carte de bénéficiaire des Restos du Cœur, valable pendant la campagne en cours et peuvent ensuite venir dans les centres de distribution, afin de choisir les aliments qu ils souhaitent emporter. En fonction de la situation familiale et des besoins, un nombre de points est attribué à la personne ou à la famille, à échanger contre une certaine quantité de produits alimentaires, répartis parmi les différentes catégories. En fonction des disponibilités, chaque personne a en général droit à une portion de viande ou de poisson, une portion de féculents ou de légumes, un produit laitier, un fruit et du pain. Les bénéficiaires ont également accès à des produits alimentaires de base comme le beurre, la farine, le sucre, l huile, etc. Le système de points remplace l argent et permet recréer une situation «d achat» dans laquelle les bénéficiaires calculent et réfléchissent à ce qu ils vont manger. Des produits d hygiène sont distribués en parallèle, tels que du savon ou du dentifrice. Durant ces distributions, l accent est mis sur l équilibre nutritionnel : des actions de sensibilisation visent à réapprendre aux personnes en situation de précarité à mieux se nourrir. Par exemple, la portion de fruits et de légumes potentielle peut atteindre 50% du panier repas, lorsque les bénévoles ont pu mettre en place un approvisionnement local, basé sur la récupération d invendus ou de dons de producteurs, afin de compléter les stocks et disposer de plus de produits frais. Des recettes simples, à base des produits distribués par les Restos, sont rassemblées dans un livre accessible aux personnes accueillis et des ateliers cuisine leur permettent de devenir acteurs de leur alimentation et de retrouver le plaisir de manger et de cuisiner. Ces ateliers ont aussi pour but de favoriser la réinsertion sociale des personnes en les aidant à sortir de leur isolement. Les bénévoles peuvent se former à l équilibre alimentaire et à la nutrition afin de mieux conseiller les personnes accueillies et être capable de créer et d animer les ateliers cuisine. Pour les sans-domiciles fixes, des repas chauds ou froids sont distribués dans les centres ou directement dans la rue, dans la plupart des 36

grandes villes. Pour accéder à ce type d aide, aucun justificatif de ressources n est demandé : tous ceux qui le souhaitent peuvent bénéficier de la distribution. Chaque association départementale s organise en fonction de ses moyens et des besoins des personnes. A Toulouse par exemple, en ce qui concerne la distribution dans la rue, l année est divisée en trois périodes : - la saison d été, durant laquelle l aide alimentaire est réduite à des «mini repas froids», des viennoiseries, du café et des fruits ; - les saisons de printemps et d automne, durant lesquelles un repas est proposé aux bénéficiaires deux soirs par semaine ; - la saison hivernale, ou campagne d hiver, durant laquelle des repas chauds, ainsi que des produits d hygiène et de quoi lutter contre le froid (vêtements, duvets, etc.) sont distribués tous les soirs de la semaine, grâce à des systèmes mobile, les Camions ou les Bus du Cœur, présents sur trois sites de la ville. Les repas sont en général constitués d une soupe chaude faite avec des légumes frais, d un plat chaud (poulet, poisson, daube,..) avec accompagnement (légumes, riz,..), d une portion de fromage, d un dessert (yaourt et/ou fruits et/ou desserts lactés) et se terminent par un café, parfois servi avec une viennoiserie. Lorsque les moyens le permettent, les repas sont distribués dans des «restaurants ambulants», qui sont en fait des bus aménagés en salle à manger, afin d accueillir les bénéficiaires dans un endroit plus convivial que la rue. A Toulouse, seul un des sites de distribution dispose de ce mode de distribution 37. Sur les deux autres sites, la distribution se fait à partir d un camion mais les personnes mangent debout dans le rue. Pour les personnes vivant dans la rue, il existe également des centres d accueil de jour qui proposent parfois une aide alimentaire ou au moins un «coin café» afin d accueillir les personnes dans un lieu convivial et de faciliter la communication et la création de lien social. Enfin, il existe une aide spécifique pour les bébés délivrée dans les Restos Bébés du Cœur. Ceux-ci proposent des aliments adaptés aux enfants de moins de 18 moins ainsi qu une aide matérielle (vêtements, couches, produits 37 http://toulouse.restosducoeur.org 37

d hygiène, ) et un service d accompagnement et de conseil pour les parents en difficulté. Les Restos du Cœur proposent donc différentes formes d aide alimentaire qui tentent de s adapter à la situation des personnes dans le besoin (aide d urgence dans la rue, paniers repas pour les familles, ). Mais au-delà de l aide alimentaire, les Restos du Cœur proposent une assistance à la personne qui a pour but d aider à une réinsertion sociale durable. Les bénéficiaires des Restos du Cœur peuvent ainsi recevoir une aide pour se loger, pour accéder à des formations, pour trouver un emploi et être accompagnés dans toutes leurs démarches. Le but recherché est de rompre l isolement afin que les personnes accueillies se sentent valorisées et retrouvent confiance en elles. Ainsi, l aide alimentaire «se veut être une aide parmi d autres et non une finalité» 38. 3.2.3. Les épiceries sociales et solidaires Depuis les années 1990, des épiceries sociales et solidaires se sont créées un peu partout en France. Si au départ elles étaient accompagnées par les CCAS, elles sont aujourd hui rassemblées en réseau et fédérées par l ANDES (Association Nationale de Développement des Epiceries Sociales), créée en 2000. Les épiceries sociales et solidaires veulent offrir une offre alimentaire participative : contrairement aux autres formes d aide alimentaire, une petite contribution financière est demandée aux bénéficiaires en contrepartie des produits fournis. Ce système, qui veut se rapprocher au maximum des circuits traditionnels d approvisionnement, vise à promouvoir une certaine autonomie des personnes en difficulté et se veut respectueux de leur dignité et de leur liberté de choix. Les épiceries sociales veulent éviter de mettre les personnes dans une situation de dépendance à l aide alimentaire et favoriser au contraire une réinsertion sociale durable. 3.2.3.1. Fonctionnement Les épiceries sociales naissent souvent en raison d un besoin local : chacune a donc son fonctionnement propre. Elles peuvent naître du regroupement de plusieurs associations caritatives qui souhaitent proposer 38 www.restosducoeur.org 38

une forme d aide alternative se substituant à l aide d urgence existante. Elles peuvent également cohabiter avec l aide alimentaire d urgence et la compléter. Les épiceries sociales sont indépendantes en ce qui concerne le choix des moyens d approvisionnement. Il convient donc à chacune de trouver des partenaires afin de fournir les denrées alimentaires. Le fait qu il n existe aucun réseau d approvisionnement commun complexifie la tâche, à la fois aux niveaux financier (commandes de petites quantités), logistique (transport, stockage, etc.) et qualitatif (manque de diversité dans les produits, peu de produits frais, ). Afin de limiter ce genre de problème, de nombreuses épiceries sociales se tournent vers les Banques Alimentaires. Ces produits sont souvent transformés sous forme de conserve ou de produits déshydratés par l industrie, puis sont acheminés vers les épiceries sociales. En échange de cette transformation, une partie des aliments transformés peut être donnée à l entreprise. Cet approvisionnement est cependant très irrégulier d une semaine sur l autre, ce qui peut poser des problèmes de logistique 39. Afin de pallier à ces irrégularités, les épiceries sociales organisent également des collectes : - Auprès des grandes surfaces, dans lesquelles elles récupèrent des produits qui ne pourront pas être vendus (proximité de la DLC, emballage détérioré, ). La qualité sanitaire des produits doit encore être bonne, ils devront donc être rapidement redistribués aux bénéficiaires ; - Auprès de producteurs locaux qui leur donnent des fruits et des légumes frais ou les leur vendent à des prix préférentiels ; - Auprès du grand public lors de collectes spéciales qui ont lieu dans les grandes surfaces. Les produits rassemblés lors de ces journées doivent pouvoir être stockés et donc se conserver, ce qui exclue les produits frais. Pour compléter l offre alimentaire qu elles proposent, les épiceries sociales peuvent également acheter des denrées : certaines arrivent à négocier des prix préférentiels auprès de leurs fournisseurs mais d autres sont forcées d acheter aux mêmes prix que ceux du commerce. La particularité des épiceries sociales est la demande d une participation financière de la part des bénéficiaires. Cette participation est variable d une 39 CERIN. Alimentation et Précarité. Avril 2003. n 21. Dossier : Les épiceries sociales. 39

structure à l autre : pour les épiceries sociales partenaires des Banques Alimentaires, elle est fixée à 10% de la valeur marchande des produits, mais elle peut atteindre 30% dans certaines structures indépendantes. Certaines épiceries font payer cette participation en euros, tandis que d autres fonctionnent avec un système de points à dépenser, distribués selon le quotient familial des familles 40. En ce qui concerne la durée de l aide, elle est également déterminée par chaque épicerie. En théorie, afin d éviter de tomber dans l assistanat, elle devrait s étendre sur une période de deux à cinq semaines reconductible une ou deux fois. 41. 3.2.3.2. Formes d aide apportées Chaque structure définit comme elle l entend les critères d admission des bénéficiaires. En général, l admission se fait en fonction du «quotient familial», calculé à partir des ressources du foyer, du nombre de personnes à charge, etc. La sélection des bénéficiaires peut être réalisée par une assistante sociale ou directement par les bénévoles de l épicerie. Contrairement à l aide alimentaire «traditionnelle» apportée par des associations comme les Restos du Cœur, les épiceries sociales demandent une participation financière à ses bénéficiaires. Cette pratique a pour but d éviter l assistanat et d empêcher que les bénéficiaires ne deviennent dépendants à l aide. Elle permet également aux bénéficiaires de conserver de l intérêt pour les produits qu ils consomment, d apprendre à gérer un budget et à hiérarchiser les besoins. Les bénéficiaires gardent ainsi leur autonomie et leur dignité, tout en se sentant impliqués dans leur alimentation. Ils sont donc encouragés à être plus que de simples adhérents de l épicerie pour en devenir les acteurs et par ce bais, prendre en main leur réinsertion sociale. Afin d encourager cette implication, certaines structures leur proposent de s engager dans des projets ou de participer à des ateliers. Ces actions sont encore une fois propres à chaque structure. Parmi elles, on trouve des actions pédagogiques axées sur l alimentation telles que des ateliers cuisines, des animations culinaires, des formations sur l équilibre alimentaire et l hygiène des aliments ou encore la culture de jardins et de potagers. D autres actions 40 Ce quotient est calculé suivant différents critères sociaux (revenus du ménage, nombre d enfants à charge, etc.). 41 CERIN. Alimentation et Précarité. Avril 2003. n 21. Dossier : Les épiceries sociales. 40

sortant du cadre de l alimentation peuvent également être mises en place pour faciliter la réinsertion des bénéficiaires comme par exemple des ateliers informatiques ou pour apprendre à gérer son budget, ou encore des ateliers couture ou des sorties pédagogiques. L aide proposée par les épiceries sociales se veut être plus un partenariat qu une assistance. Cette forme d aide, qui se veut innovante par rapport aux formes traditionnelles, permet l échange de savoir-faire et le partage d expériences, afin de valoriser les personnes et leurs différences culturelles. Le manque de suivi des bénéficiaires et la fréquentation parfois faible aux actions proposées peuvent néanmoins être un frein au bon fonctionnement de cette forme d aide. En effet, si en théorie, l aide fournie par les épiceries sociales se veut ponctuelle et veut à tout prix éviter l assistanat, dans la pratique elle est souvent de longue durée et s apparente à une forme d assistance. On observe d ailleurs un retour fréquent de certains bénéficiaires qui s en étaient détachés, ce qui peut témoigner d une précarité installée dans les familles 42. Par ailleurs, les épiceries sociales doivent aussi faire face à différents problèmes liés notamment à leur diversité et au manque de coordination entre les structures : si l ANDES tente d établir des partenariats avec l Etat et les acteurs de l agro-alimentaire, les épiceries rencontrent encore des difficultés pour trouver des financements et s approvisionner. Enfin, la diversité des structures engendre également une diversité au niveau de la conception du principe d une épicerie sociale, ce qui peut engendrer des divergences parmi les bénévoles. 42 CERIN. Alimentation et Précarité. Avril 2003. n 21. Dossier : Les épiceries sociales. 41

4. Conclusion à propos de l aide alimentaire Les structures d aide alimentaire existantes en France sont très variées, tant au niveau de leur fonctionnement, qu au niveau de leur conception de l aide alimentaire. Toutes ont néanmoins pour vocation de proposer plus qu une simple réponse aux besoins vitaux de leurs bénéficiaires et développent différents types d actions afin de créer du lien social autour de l alimentation, dans un but de réinsertion durable. Toutefois, malgré les efforts qui semblent être mis en place par les structures pour proposer une aide alimentaire adaptée à la diversité des bénéficiaires, ces derniers ne semblent pas toujours satisfaits de celle-ci et considèrent que toutes leurs dimensions de mangeurs ne sont pas prises en compte, en particulier en termes de socialisation. Ce qui nous amène à nous poser la problématique suivante : Comment peut-on expliquer les décalages existants entre l aide alimentaire proposée par les associations caritatives et la demande des mangeurs précaires? 42

Partie 2 : Hypothèses 43

1. Travail exploratoire Afin de mieux appréhender les pistes possibles pour répondre à la problématique posée, deux entretiens exploratoires ont été réalisés, l un auprès d une bénévole du système d aide alimentaire, responsable de l ANDES (Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires), et l autre auprès d une personne bénéficiant d une aide alimentaire. Ces entretiens ont été réalisés au téléphone. Les questions posées sont présentes en annexe 43. Ces entretiens n ayant pas pu être enregistrés, seule la partie prise en notes a été retranscrite 44. Des témoignages publiés dans différents documents (Rapport annuel des Restos du Cœur par exemple, revue du CERIN spéciale épiceries solidaires, article de presse, 45 ) ont également été utilisés en citation pour appuyer certains propos. Enfin, j ai également utilisé mon expérience au sein des Enfoiros de l INSA, association d aide des Restos du Cœur : durant les cinq années pendant lesquelles j ai fait partie de l association, j ai pu observer différents types de repas : ceux distribués dans la rue durant la campagne d hiver, ceux délivrés au centre d hébergement de Lalande 46 à Toulouse et quelques repas exceptionnels (Noël par exemple). Je me suis donc aussi appuyée sur ces observations pour avancer des pistes de réponse. 43 Voir Annexe C 44 Voir Annexe D 45 Pour chaque citation tirée d un document, une note indiquera sa source précise. 46 Plus d informations sur http://toulouse.restosducoeur.org. 44

2. Hypothèse 1 : Le décalage s explique par le manque de moyens dont dispose l aide alimentaire Le nombre de bénéficiaires de l aide alimentaire ne cesse d augmenter : en 2010/2011, les Restos du Cœur ont distribué 109 millions de repas et accueillis près de 860 000 personnes chaque jour de la campagne d hiver, soit 9 millions de repas servis supplémentaires et 60 000 personnes accueillies de plus qu en 2008/2009 47. Les Banques Alimentaires notent également une augmentation du nombre de demandes : +9% entre 2008 et 2009, et 185 millions de repas distribués en 2010, soit 9 millions de plus qu en 2009 48. Nous avons également vu précédemment que le public qui s adresse à l aide alimentaire se diversifie : de plus en plus nombreux, il est également de plus en plus hétérogène. Les structures accueillent des personnes aux trajectoires sociales des plus variées, allant de la mère célibataire aux familles de travailleurs précaires, en passant par des personnes sans domicile fixe ou sans papiers. Outre la nécessité de pallier aux besoins vitaux les plus urgents des bénéficiaires, chacun vient chercher une aide spécifique et personnalisée. Or, l enquête E3A 49, réalisée en 2008, révélait qu environ 60% des associations interrogées étaient obligées d ajuster le nombre de bénéficiaires en fonction des moyens dont elles disposaient pour pouvoir fonctionner. Ces moyens étaient déjà jugés insuffisants ou limités. Face à l augmentation du nombre de bénéficiaires et à la diversification des demandes, il semble donc que les structures d aide manquent de moyens pour répondre à cette demande croissante et hétérogène. 47 www.restosducoeur.org. 48 www.banquealimentaire.org 49 BELLIN Constance, DAUPHIN Anne-Gwenhael, CASTETBON Katia, DARMON Nicole. E3A : Enquête auprès des Associations d'aide Alimentaire, Synthèse des principaux résultats. 2008 45

2.1. Sous-hypothèse 1 : Les associations d aide manquent de ressources 2.1.1. Des financements insuffisants Les associations ont besoin de financements pour fonctionner. Ceux-ci sont employés à la fois pour le fonctionnement des structures (achat de matériel, transport, logistique,...) et pour la mise en place d actions pour aider les plus démunis. Les financements permettent à la fois l achat de denrées pour compléter les dons en nature et le développement d actions de réinsertion tels que les différents ateliers organisés autour de la cuisine et de la nutrition. Les subventions dont ont disposé les grandes structures d aide en 2010/2011 semblent être en augmentation par rapport à l année 2009 : - Les Restos du Cœur ont ainsi récolté 168,9 millions toutes aides confondues en 2010/2011 contre 152,8 millions en 2009/2010, soit 10,4% d augmentation 50 ; - Les Banques Alimentaires ont rassemblé 24,1 millions d euros en 2010, soit 20% d augmentation par rapport à 2009 51. Cependant, les frais des associations semblent également augmenter : si les Restos du Cœur ont réussi à faire baisser leurs frais de fonctionnement de 0,5%, leurs frais généraux ont augmenté de 10,5% en 2010/2011 : 135,7 millions d euros ont été consacrés aux différentes missions sociales (distribution de l aide alimentaire, logement ou hébergement des plus démunis, accompagnement des bénéficiaires, etc.) contre 127 millions en 2009, soit 8,7 millions de plus. Face à l augmentation des bénéficiaires en 2011/2012, le président des Restos du Cœur, Olivier Berthe, a signalé un manque de 5 millions d euros pour pouvoir terminer la campagne d hiver : «Avant de demander cinq millions d'euros, nous savions déjà que notre situation était limite. Lorsque nous avons voté notre budget, nous concédions aussi un léger déficit d'un million d'euros. À ce moment-là, nous ne nous attendions pas à connaître une telle hausse des demandes. En 2010, les Restos du Cœur ont servi 109 millions de repas à 860 000 bénéficiaires. Vu qu'un repas coûte un euro et que le nombre des 50 Rapport annuel des Restos du Cœur Année 2010/2011 51 Rapport annuel du réseau des Banques Alimentaires - Exercice 2010 46

bénéficiaires a augmenté de cinq millions, nous avons besoin de cinq millions d'euros. C'est mathématique.» 52 De leur côté, les Banques Alimentaires ont vu leur frais de fonctionnement augmenter de près de 60% en 2010, en raison d une grande campagne de modernisation des outils logistiques et informatiques. D autre part, le PEAD (Programme Européen d Aide aux plus Démunis, cf. I.2.2.1) dont dépendent aujourd hui près de 4 millions de Français, doit s arrêter en 2014. En effet, avec la disparition progressive des surplus agricoles de la PAC (Politique Agricole Commune), plusieurs pays européens, dont l Allemagne, ont considéré que le programme s était éloigné de son objectif initial et que chaque Etat membre devait financer l aide alimentaire pour son propre pays. S il reste encore deux ans avant la suppression du PEAD, à partir de 2014, les associations d aide européennes vont devoir s organiser pour trouver de nouveaux mécènes et compenser les 480 millions d euros qui ne seront plus distribués par le PEAD 53. Pour les Restos du Cœur, le PEAD représentait 22,7 millions d euros en 2010/2011, soit plus de 18% des ressources qu il va falloir trouver ailleurs. Pour les Banques Alimentaires, ce sont 33% des ressources qui étaient fournies par le PEAD. Face à l augmentation des bénéficiaires, la recherche de financements de plus en plus importants semble donc une problématique omniprésente pour les associations d aide alimentaire. 2.1.2. Des approvisionnements insuffisants ou de mauvaise qualité Les structures d aide alimentaire rencontrent des difficultés d approvisionnement, en ce qui concerne notamment les produits frais, tels que les fruits et légumes ou la viande et le poisson. Une bénéficiaire des Restos du Cœur nous dit : «Souvent pour les fruits on a pas le choix. Par exemple pour cette semaine, on avait une orange, c était imposé.» «Une orange pour toute la semaine, alors vous pensez bien, j en mange pas tous les jours des fruits.» 52 Interview d Olivier Berthe pour Francesoir.fr. Restos du cœur : "On risque de donner moins. Paru le 27 décembre 2011. 53 BRUNEAU Caroline. L'aide alimentaire de l'europe sauvée jusqu'en 2013. Le Figaro, Novembre 2011. 47

Les collectes alimentaires auprès du grand public ne permettent souvent pas de récolter des produits frais : en effet, les denrées recueillies doivent avoir une date limite de consommation suffisamment éloignée pour permettre aux bénévoles de les récolter, puis de les trier et enfin de les redistribuer. Le problème des produits frais c est qu ils doivent faire l objet d un approvisionnement régulier, leur conservation étant très limitée. Certains produits distribués sont parfois abîmés ou de mauvaise qualité : «L autre fois j ai eu droit à huit paquets d endives, mais bon, c est parce qu ils étaient abîmés. En tout, je crois que j en ai récupéré trois de bons, le reste j ai dû le jeter.» «Ils ne faut jamais prendre les blancs de poulet, c est du caoutchouc, même s ils sont tous beaux, tous gonflés.» «Ils y a bien des carrés de poissons, mais ils sont dégueu» D autre part, les structures qui sont obligées d acheter certains de leurs produits peuvent rencontrer des problèmes face au prix élevé des produits frais par rapport à leur apport énergétique, en comparaison avec des produits moins chers et plus caloriques, tels que les féculents, ou les produits gras et sucrés. En outre, le conditionnement des produits collectés ne correspondent pas toujours aux quantités auxquelles les bénéficiaires «ont droit». En effet, les personnes seules ont en principe accès à des portions plus petites que les familles, pour lesquelles les portions sont calculées pour plusieurs personnes. Mais lorsqu il n y a que des «gros» conditionnements, il n est souvent pas possible de les diviser pour donner leur portion aux bénéficiaire seuls : il n est par exemple pas possible de scinder un paquet de pâtes ou une boîte de conserve. «Cette année, ça a été un peu difficile pour les pâtes et le riz parce que on avait que des paquets de 500 g ou 1kg. Mais ça c est plus pour les familles. Pour une personne seule, on a droit normalement aux paquets de 100 ou 150g. Mais bon des fois ils me disent, c est pas grave, prend-le quand même.» «J ai eu trois tonnes de polenta, que je sais pas quoi en faire!» «S il y a des poulets entiers c est plus pour les familles. J en ai eu un une fois, mais faut pas le dire!» Enfin, les petites structures semblent avoir plus de mal à s approvisionner que les structures qui dépendent d antennes nationales. En effet, les 48

associations nationales ont souvent centralisé la partie approvisionnement, ce qui leur permet de lancer des appels d offres plus importants et d établir des partenariats durables avec des fournisseurs. Lorsque les denrées sont achetées, il est également plus facile de négocier le prix pour une livraison importante. Les structures indépendantes et de petite taille ne bénéficient pas de tels avantages et doivent souvent faire preuve d inventivité et de ténacité pour avoir des approvisionnements réguliers et variés. Il semble donc que la qualité de l alimentation ressentie par les bénéficiaires est très dépendante de la qualité des approvisionnements des associations. Les associations cherchent à distribuer le plus de nourriture possible, même si elle est parfois de mauvaise qualité. Or, pour les personnes accueillies, se voir proposer des denrées abîmées peut être perçu comme dégradant et engendrer de l insatisfaction. «Ah ça ils sont costauds les mecs pour nous faire avaler n importe quoi!» «Il y a des trucs, c est horrible, je sais pas pourquoi ils nous donnent ça» Le décalage entre l offre et la demande pourrait donc s expliquer en partie par les difficultés pour les structures de se fournir en denrées diversifiées et de qualité. 2.2. Sous-hypothèse 2 : Les associations d aide manquent de moyens logistiques (transport, stockage, lieux d accueil, ) Nous avons vu précédemment que les repas servis par les associations, en particulier les colis-repas, ont une qualité nutritionnelle médiocre et contiennent trop de produits gras et/ou sucrés, et une trop grande part de féculents. Cela pourrait s expliquer par le manque de moyens de stockage et de transport dont disposent les structures d aide. En effet, pour distribuer des produits frais tels que de la viande ou du poisson et des fruits et des légumes, il faut disposer de moyens de stockage spécifiques (chambres froides par exemple), et être capable de distribuer les denrées rapidement de la zone de stockage vers les zones de distribution, dans des systèmes de transport adaptés (camions réfrigérés). Ces denrées ayant une durée de vie plus limitée que les «produits d épicerie» (riz, pâtes, gâteaux secs, ), le stockage ne 49

peut être que de courte durée : les produits doivent être redistribués rapidement, ce qui demande un approvisionnement régulier par les donneurs. Or nous avons vu que l approvisionnement en produits frais est justement un problème. Bien que certaines associations tentent de moderniser leurs installations pour améliorer l hygiène et la qualité des produits distribués, la maintenance et le développement de ces installations représentent des coûts importants. Les Banques Alimentaires ont par exemple entrepris une campagne de modernisation de leurs équipements en 2010 : - elles ont agrandi des entrepôts et les ont équipés de chambres froides pour le stockage des produits frais, - elles ont acheté des véhicules frigorifiques et isothermes, adaptés au transport de denrées alimentaires, - enfin, elles se sont procurées du matériel pour faciliter la logistique dans les entrepôts (transpalettes et chariots élévateurs). Si la modernisation des équipements va permettre une aide de meilleure qualité, celle-ci a un coût important : plus de 3 millions d euros qui ne serviront pas directement pour aider les bénéficiaires. Le manque de diversité au niveau de repas cuisinés proposés peut également s expliquer par le manque de moyens de cuisine dont disposent les associations. Outre les besoins de stockage et de transport, les associations qui proposent des repas préparés à leurs bénéficiaires ont besoin de locaux adaptés et équipés pour faire la cuisine et emballer les repas à distribuer. Le respect des règles d hygiène et de sécurité pour les locaux, le matériel et les personnes qui préparent et distribuent la nourriture est une contrainte supplémentaire. Au-delà des locaux, les associations ont également besoin de matériel pour faire manger les gens : couverts, assiettes, verres, plats, etc. sont autant d ustensiles qu il faut avoir à disposition pour les gens et qu il faudra ensuite laver avant l utilisation suivante. Les règles d hygiène sont là encore une contrainte qui peut être pesante. Afin d éviter tout problème de contamination dû à un mauvais lavage des ustensiles de repas, certaines associations servent leurs repas dans des assiettes en plastiques. Les couverts, verres et tasses 50

sont également souvent en plastiques. Cette pratique peut expliquer une certaine insatisfaction des bénéficiaires en ce qui concerne les manières de table : manger avec des ustensiles en plastiques peut être considéré comme un stigmate de plus de la pauvreté et renvoyer aux bénéficiaires une image négative d eux-mêmes. Enfin, le manque de sociabilité et l aide peu accueillante qui est parfois décrite par les bénéficiaires pourraient s expliquer par le manque de locaux adaptés pour les accueillir. Les associations n ont pas toujours la possibilité de se procurer ou de louer des locaux et doivent donc «faire avec les moyens du bord» : des hangars, des caves ou autres peuvent être transformées en lieu de distribution et peuvent ne pas du tout être satisfaisants en termes de conditions d accueil. Par exemple, ils peuvent ne pas disposer d une salle d attente pour patienter lorsqu il y a trop de monde et les personnes sont parfois obligées de faire la queue dehors. Il n y a pas toujours non plus d endroit réservé où bénéficiaires et bénévoles peuvent se retrouver pour échanger, discuter autour d un café par exemple. En outre, certains centres d accueil sont parfois éloignés et difficilement accessibles pour les bénéficiaires qui n ont pas de moyens de transport : «A Perpignan c était catastrophique, le centre était pas accessible sans moyens de transport Heureusement, une amie qui a une voiture m amenait avec elle de temps en temps.» En ce qui concerne la distribution des repas dans la rue, si certaines associations ont par exemple réussi à recycler des vieux bus en restaurant pour les sans domiciles fixes, d autres servent simplement les repas directement aux personnes debout dans la rue, faute de mieux. Parfois, il semble donc que les manières de table et d accueil des bénéficiaires sont encore une fois être réduites à minima faute de moyens logistiques. Le manque de moyens, tant au niveau du stockage, du transport et de la préparation des aliments qu au niveau de la distribution et de l accueil des personnes peut donc en partie expliquer le fait que l offre de l aide alimentaire ne satisfasse pas toujours ses bénéficiaires. 51

2.3. Sous-hypothèse 3 : Le nombre de bénévoles est insuffisant par rapport au nombre de bénéficiaires Si le nombre de bénévoles semble avoir augmenté dans certaines structures (plus de 4000 bénévoles en 2010 pour les Banques Alimentaires contre 2400 en 2001 54 ), le nombre de personnes recourant aux structures d aide ne cesse également d augmenter (60 000 personnes supplémentaires accueillies aux Restos du Cœur en 2011 par exemple 55 ). Le tableau ci-après présente le nombre de bénévoles, de bénéficiaires et de repas servis par les principales associations françaises qui proposent une aide alimentaire. Tableau 1 : Nombre de bénéficiaires, de repas servis et de bénévoles déclarés par association pour l'année 2010 Associations Nombres de bénévoles Nombre de bénéficiaires déclarés Nombre de repas servis Restos du Cœur 60 000 860 000 109 millions FFBA 56 et associations partenaires Secours Populaire Français Croix Rouge Française 90 000 740 000 185 millions 82 000 1 344 669 90,5 millions 14 000 500 000 55 millions Source : d après les données du Dossier de presse : Dernière chance pour le PEAD. Septembre 2011 Si l on fait le rapport entre le nombre de bénévoles et le nombre de repas servis, on trouve par exemple qu en 2010, un bénévole des Restos du Cœur a dû servir environ 1800 repas. Pour la Croix Rouge, le rapport est de plus de 3000 repas servis pour chaque bénévole. Si l on compte par rapport au nombre de bénéficiaires, un bénévole du Secours Populaire doit s occuper 54 Rapport annuel des Banques Alimentaires Exercice 2010. 55 www.restosducoeur.org. 56 Fédération Française des Banques Alimentaires 52

d une quinzaine de personnes tandis qu un bénévole de la Croix Rouge doit accueillir plus de 35 personnes. L aide a donc dû se réorganiser pour tenter de répondre au nombre croissant et de plus en plus diversifié de demandes. Les bénévoles, souvent en nombre insuffisant, manquent donc de temps pendant la distribution des repas ou des colis, n autorisant que des échanges occasionnels et brefs avec les bénéficiaires. Une bénéficiaire des Restos du Cœur nous dit par exemple : «L an dernier, il y avait une bonne ambiance, mais cette année elle était moins bonne parce qu il y avait beaucoup plus de monde». L augmentation plus importante du nombre de bénéficiaires par rapport au nombre de bénévoles semble donc avoir une influence négative sur les relations humaines au sein des structures d aide. Or nous avons vu que, audelà du secours alimentaire, c est le contact humain, une tentative pour recréer du lien social que les bénéficiaires viennent chercher auprès des structures d aide, afin de rompre leur isolement, le temps d un repas. Le nombre insuffisant de bénévoles par rapport au nombre croissant de bénéficiaires n autorise pas la création de ce lien social. Par ailleurs, le développement d action de réinsertion, tels que les ateliers cuisine ou dégustation proposés dans plusieurs structures, peut être freiné par le manque de bénévoles, et donc encore une fois le manque de temps que chacun peut offrir aux bénéficiaires. En effet, ces ateliers sont organisés soit en parallèle soit en dehors des temps de distribution et mobilisent donc des bénévoles supplémentaires. Si des ateliers ont pu être mis en place à certains endroits, ils restent encore rares par rapport au nombre de bénéficiaires qui pourraient/voudraient y participer. Enfin, le manque de bénévoles peut expliquer un manque d indications et de communication concernant ces différentes actions et ateliers organisés au sein des associations. Concernant ces actions, une bénéficiaire des Restos du Cœur nous dit : «On nous dit pas non plus, il faut vraiment tout deviner... Il y en a qui sont vraiment tous seuls». Les bénévoles, en sous effectif, n ont donc peut être pas la possibilité d aller à la rencontre des personnes vraiment isolées pour leur proposer une 53

aide adaptée. Ce manque de communication peut également expliquer la faible fréquentation remarquée à certains ateliers mis en place par les structures : les gens n ont peut être simplement pas reçu les informations. 54

3. Hypothèse 2 : Il y a un décalage au niveau des représentations concernant l aide alimentaire 3.1. Sous-hypothèse 1 : Il y a un décalage entre les représentations des bénéficiaires et celles des bénévoles en ce qui concerne l alimentation et le repas Le décalage entre l offre et la demande de l aide alimentaire pourrait s expliquer par une différence de représentation de l alimentation, du repas et de ses fonctions. En effet, les bénéficiaires qui ont recours à l aide alimentaire cherchent souvent d abord à subvenir à un besoin vital : la faim. Ils ne recherchent donc pas forcement un repas qui soit «équilibré», c est-à-dire qui présente toutes les qualités nutritionnelles recommandées par le Programme National Nutrition et Santé, mais des aliments qui leur permettent de ne plus avoir faim. «Ils parlent de protéines tout ça Moi je fais pas attention.», nous dit par exemple une bénéficiaire des Restos du Cœur. Les efforts déployés par certaines associations pour sensibiliser leurs bénéficiaires aux qualités nutritionnelles des aliments ne sont donc peut être pas toujours efficaces et traduisent plus une volonté des bénévoles, voire même des autorités sanitaires qu une réelle préoccupation des bénéficiaires. Au-delà de ce besoin vital, les personnes en situation très précaire cherchent également des aliments qui leur permettent de «se faire plaisir». Cette notion de plaisir est cependant très subjective et propre à chaque personne. Elle englobe de nombreuses composantes. Par exemple il peut s agir de plaisir au niveau organoleptique : des aliments qui ont «bon goût», qui «sentent bons», etc. (ces notions étant également subjectives). Mais il peut également s agir d aliments que la personne estime valorisants, qui ont donc des qualités sociales : soit parce qu ils sont valorisés par la culture ou le groupe d appartenance de la personne, soit parce que ce sont des produits 55

vantés par la publicité ou des produits qui sont consommés dans les classes supérieures et dont la consommation renvoie une image positive de soi. Là encore, il s agit de notions très subjectives et propres à chaque individu. Si certains adultes peuvent arriver à faire abstraction de ces composantes dans une situation de grande précarité, lorsqu il y a des enfants dans le ménage, la pression et le sentiment de contrainte qui pèse sur les parents qui doivent recourir à l aide alimentaire peuvent être encore plus forts : «[ ] parce que nous nos enfants sont un peu grands, son aîné a 8 ans et le mien il a 10 ans alors ils se posent des questions :"pourquoi nous on n a pas ça? Pourquoi les autres ils ont ça?". Moi mes enfants ils ne vont jamais chez leurs copains [ ] comme ça ils ne peuvent pas me dire "eux ils ont plus que moi». 57 Lorsque les produits distribués sont abîmés, voire périmés, l image renvoyée aux bénéficiaires est très négative et dégradante : «( ) ils ne donnent pas trop et c est pas intéressant pour un seul litre de lait périmé alors j ai arrêté c est pas la peine de prendre la poubelle des gens. ( )» 58. La façon dont les aliments sont présentés et distribués est également très importante pour les bénéficiaires. «[ ] la première fois, j étais outrée car tout était en vrac dans un sac en plastique de rien [ ] le beurre, ils donnaient des moitiés dans un plastique [ ]» 59 Un aliment mal présenté peut entraîner l insatisfaction voire le rejet de la personne bénéficiaire, même si elle a faim. Se rendre à l aide alimentaire semble être déjà un geste très difficile : «On ressent un mélange de honte et d injustice, un malaise profond, presque une perte d identité». «Moi, mon orgueil, je l ai mis de côté. Pour mon mari, aller à l épicerie sociale, c est comme aller en enfer». 60 En outre, certains aliments distribués peuvent être complètement inconnus des personnes accueillies, qui se retrouvent donc désarmées face à un produit qui ne fait pas partie de leur culture et de leur répertoire alimentaire. Les bénévoles dans ce cas là doivent être capables de comprendre pourquoi tel ou 57 Témoignage d une mère de famille, Etude ABENA 2004-2005, p.55. 58 Témoignage d une mère de famille, Etude ABENA 2004-2005, p.36. 59 Témoignage d une mère de famille, Etude Abena, 2004-2005, p.50. 60 Témoignage de bénéficiaires, Alimentation, Santé & Petit budget. Avril 2009. n 45, p.6. 56

tel produit n est jamais choisi, ou pourquoi il entraîne un rejet et accompagner les personnes dans un échange : «[ ] il ne faut pas être le donneur de leçons, mais accompagner la personne à s adapter aux produits de la culture d adoption.», nous dit une responsable de l ANDES. Ainsi, si les bénévoles tentent souvent de pallier aux besoins les plus urgents, ils en oublient peut être que l aliment c est aussi tout ce qui l entoure : la façon dont il est présenté, ce qu il représente pour les personnes qui vont le consommer, Ce sont autant d éléments qui, s ils sont trop longtemps négligés vont entraîner l insatisfaction voire le rejet : l aliment, comme le mangeur est multidimensionnel. D où l importance de tous les éléments qui entourent l alimentation et notamment de l accueil des personnes. En effet, les personnes qui recourent à l aide alimentaire cherchent souvent davantage que la simple satisfaction de leurs besoins vitaux. Il s agit aussi fréquemment d une recherche de resocialisation, pour renouer un lien social et sortir de l isolement. L alimentation n est souvent qu un prétexte. «Pour ceux qui viennent au repas préparé, le but, c est en priorité de les nourrir On leur donne à manger, et puis on discute avec eux. On est peutêtre les seules personnes qu ils vont rencontrer dans la journée, alors on discute On se sert aussi de ce relais, de la nourriture, on nourrit, on restaure, mais également par la parole, on va donner des conseils, on va mettre en relation» 61 Pour répondre à cette attente, les bénévoles doivent donc se rendre disponibles et être capables de se tenir à l écoute des personnes, en considérant l aide comme un échange plutôt que comme un don pur et simple. «Une «bonne aide» permet à la personne de garder la tête haute, elle ne doit pas être considérée comme un déchet [...] il faut qu il y ait un échange autour du produit, pas du type «je vais vous apprendre à» mais il faut qu il y ait une vision d empowerment, pour donner la possibilité d être acteur [ ]», nous précise une responsable de l ANDES. Cette notion d échange est également essentielle dans l organisation d ateliers autour de l alimentation : pour que ceux-ci fonctionnent, il faut que les personnes accueillies puissent devenir actrices de leur alimentation. Dans la mesure du possible, le choix d un fonctionnement basé sur l échange plutôt que sur le don devrait donc permettre d offrir une aide plus adaptée et donc plus satisfaisante aux personnes. La notion de choix est 61 Témoignage d un bénévole, Rapport annuel des Banques alimentaires 2010. 57

également essentielle, surtout dans ce contexte d alimentation fortement contrainte : selon les moyens disponibles, il faut laisser le plus grand choix possible aux personnes accueillies. Ces notions de choix et d échange pourraient permettre un meilleur respect de la diversité des personnes accueillies, tant sur le plan culturel que sur les représentations et les attentes de chacun en matière d alimentation. 3.2. Sous-hypothèse 2 : Il y a des divergences au sein même de l aide alimentaire 3.2.1. Des structures d aide organisées très différemment Si les grandes structures fonctionnent presque à la manière d entreprises et sont très bien organisées, il semble que ce soit plus difficile pour les petites associations. En effet, les structures nationales ou internationales, comme les Restos du Cœur ou la Fédération des Banques Alimentaires, centralisent certaines de leurs actions, comme par exemple les approvisionnements ou la recherche de subventions, ce qui peut leur permettre de négocier des prix plus bas pour une commande importante de produits ou d établir des partenariats durables avec des mécènes. Ces structures sont par ailleurs reconnues d utilité publique au niveau national, ce qui leur confère un certain poids lorsqu elles doivent par exemple négocier avec un fournisseur ou communiquer pour une collecte ou une demande de don. Au contraire, les petites structures et associations de quartier, comme par exemple certaines épiceries sociales, sont livrées à elles-mêmes et peuvent rencontrer des difficultés pour s approvisionner ou trouver des financements : «L approvisionnement est un sujet délicat, souvent évoqué, considéré par les acteurs du terrain comme un problème difficile à résoudre. Chaque entité se charge de son approvisionnement par ses propres moyens. La complexité des relations de partenariat avec les acteurs agroalimentaires, de logistique (récupération des denrées), d hygiène (stockage, distribution), financiers ne facilite ni la régularité ni la variété alimentaire (exemple : carence en produits frais).» 62 62 CERIN. Alimentation et Précarité n 21 Avril 2003. Dossier : Les épiceries sociales. 58

En ce qui concerne l accueil des bénéficiaires, celui-ci peut être très différent d une structure à l autre, en fonction de sa taille et de ses moyens. Certaines structures peuvent se permettre de créer des lieux d accueil agréables et chaleureux, tandis que d autres doivent se contenter d apporter une aide d urgence, dans un simple local ou une cave. Par ailleurs, la distribution de produits alimentaires et/ou de repas peut différer d une structure à l autre : par exemple, les épiceries sociales tentent de conserver une notion d achat en faisant payer une partie des denrées pour éviter l assistanat ; d autres structures fonctionnent avec un système de points qui, lorsque cela est possible, donnent le choix parmi certains types de denrées ; d autres encore ne donnent aucun choix et distribue des paniers déjà prêts. En ce qui concerne la distribution des repas, la composition de certains est imposée (souvent pour les repas servis dans la rue), tandis que pour d autres, il y a parfois le choix, notamment au niveau des entrées et des desserts (dans certains centres de distribution par exemple, comme les Toits du Cœur à Toulouse-Lalande). La perception de l aide par les bénéficiaires semble donc très dépendante du type de structure à laquelle ils s adressent, de comment celle-ci est organisée et des moyens (à la fois financiers, logistiques et humains) dont elles disposent. 3.2.2. Un manque de coordination Malgré la volonté de certains programmes, tel que le Programme de développement de l Aide Alimentaire (cf. I.2.2.4), d améliorer la coordination entre les structures d aide alimentaire, il semble que celle-ci est encore loin d être optimale. Selon une des responsables de l ANDES, elle est même «catastrophique». «L aide alimentaire, c est comme un gros gâteau que les antennes nationales des associations doivent se partager, et dont chacune veut la plus grosse part possible». En effet, les subventions nationales et européennes sont attribuées aux associations selon le nombre de bénéficiaires inscrits. «Le système est pervers : moins de bénéficiaires signifierait moins de subventions. Les antennes nationales n ont donc finalement pas intérêt à faire sortir les bénéficiaires du système d aide. Tant que le système 59

fonctionnera de cette façon, une coordination au niveau national est quasi impossible.» Il semble donc que les associations fonctionnent comme des organisations, ce qui implique des jeux de pouvoir et d argent et empêche une véritable coordination entre les structures d aide. «On pourrait imaginer repenser le système pour que les subventions soient attribuées en fonction du nombre de bénéficiaires qui sont sortis du système d aide plutôt qu en fonction du nombre d inscrits. Mais ça sousentendrait un changement profond des mentalités.» La coordination semble toutefois possible sur des territoires locaux, lorsque des bénévoles de différentes structures choisissent de s entraider pour proposer une aide complémentaire aux bénéficiaires. Il arrive souvent que les bénéficiaires doivent faire du «nomadisme» pour subvenir à leurs besoins : l aide apportée par une seule structure ne suffisant souvent pas, ils sont amenés à s inscrire dans plusieurs, ce qui entraîne d ailleurs une surestimation de leur nombre. A certains endroits, les structures d aide se sont entendues pour établir des critères d acceptation différents afin d aider un public plus ciblé et développer une aide plus adaptée. Les structures vont ainsi se compléter plutôt que de se télescoper. Elles peuvent également recourir à l échange de denrées ou de services pour améliorer et mieux répartir l offre sur l ensemble du territoire concerné. Néanmoins, il semble que ces pratiques doivent rester discrètes vis-à-vis des antennes nationales : «Une coordination sur des territoires plus réduits est cependant possible. Mais il ne faut surtout pas que ça arrive aux oreilles des antennes nationales. Il ne faut pas que ça se sache.» 3.2.3. Des conceptions différentes du bénévolat L aide alimentaire semble être en pleine mutation, entraînant une confrontation de différentes visions de l aide alimentaire. Tout d abord, il y a une confrontation entre les bénévoles qui participent à l aide alimentaire, ceux de la «première heure» et la nouvelle génération de bénévoles. La société évolue et le public de l aide alimentaire également. Les bénévoles doivent donc s adapter, mais cela peut créer une divergence entre ceux qui pratiquent cette activité depuis longtemps et «ont toujours fait comme ça» et les «nouveaux» bénévoles qui ont peut être la volonté de 60

faire évoluer les pratiques. Tous n ont pas la même vision de ce que doit être une «bonne aide» et la cohabitation peut parfois être difficile. Il y a également des visions différentes en ce qui concerne la participation des bénéficiaires, soit sur le plan financier, soit en termes d implication personnelle dans la structure. Les épiceries solidaires par exemple choisissent de demander aux bénéficiaires une participation financière pour l aide qu ils reçoivent. Ce fonctionnement a pour but d éviter l assistanat et de réapprendre aux personnes à gérer un budget. Cependant, chaque épicerie est libre de fixer le montant de la participation. Au contraire, des structures comme les Restos du Cœur ou le Secours populaire fournissent une aide alimentaire gratuite. Par ailleurs, les associations expriment souvent la volonté de rendre les bénéficiaires acteurs dans les structures, afin de les revaloriser et qu ils ne se trouvent pas toujours être dans la position de celui qu on aide. Pour cela, elles encouragent souvent les bénéficiaires à s investir soit en aidant les bénévoles, soit en participant à des ateliers du type atelier-cuisine par exemple. Néanmoins, certaines associations ont noté une faible fréquentation de ce type d atelier. Certains voudraient donc les rendre obligatoires en échange de l aide alimentaire, tandis que d autres pensent qu il vaut mieux laisser le choix aux bénéficiaires de s investir ou non. Enfin, chaque bénévole est libre de son investissement et du temps qu il souhaite consacrer à l association dans laquelle il s engage. Chacun s engage dans le bénévolat pour des raisons qui lui sont propres et l aide qu il apporte peut fortement dépendre de son attitude : «Une fois, il y avait une personne qui avait des problèmes de famille, elle avait une tête d enterrement On aurait dit une porte de prison. Mais nous on pas besoin de ça», nous dit une personne accueillie aux Restos du Cœur. La perception de l aide par les bénéficiaires semble donc être fortement influencée par la façon d être et de faire des bénévoles, puisqu il s agit avant tout d un contact, d un échange humain. 61

Partie 3 : Méthodologie probatoire 62

Afin de vérifier les hypothèses émises dans la partie précédente, nous proposons de collecter des données en suivant une méthode qualitative, basée sur trois outils différents : a) Afin d étudier les représentations de l alimentation et du repas des bénéficiaires de l aide alimentaire et des bénévoles, nous proposons de réaliser trois focus groupes. b) Dans le but de confirmer ou d infirmer les autres hypothèses concernant d une part les moyens dont disposent les associations et la façon dont elles s organisent, et d autre part les différentes conceptions du bénévolat, nous avons choisi de réaliser des entretiens individuels semidirectifs. c) Nous proposons enfin la réalisation d observations extérieures lors des distributions alimentaires (à la fois les distributions de repas aux personnes sans domicile fixe et celles de colis-repas) pour compléter les différentes informations collectées. 1. Focus groupes Le focus groupe est une technique de collecte de données qualitatives qui consiste à réaliser un entretien en groupe, sur un sujet ciblé. Cette technique permet d analyser des comportements, des opinions ou des représentations par rapport au sujet de recherche. Elle permet souvent de faire émerger de nouvelles idées, parfois inattendues. Durant la séance, chaque participant va exprimer son avis, ses valeurs, ses opinions par rapport à des thèmes précis 63 donnés par l animateur de la séance. La discussion va permettre à chacun de mettre des mots sur ses pensées et de les clarifier. De plus, cette technique permet la participation de personnes illettrées, ce qui paraît important dans notre cas puisqu il se peut que certains bénéficiaires que nous souhaitons interrogés ne sachent pas lire. Contrairement aux entretiens individuels, les focus groupes 63 Ces thèmes sont précisés dans le guide de séance (Tableau 2) présent p.66. 63

permettent de créer une dynamique de groupe qui stimule différents points de vue grâce à la discussion. Ainsi les inhibitions de certains membres du groupe peuvent être levées par l expression franche d autres participants, une expérience commune peut éclaircir les pensées et entraîner des solidarités : le poids du collectif peut faire ressortir des idées qui ne seraient pas apparues en entretiens individuels. C est pour toutes ces raisons que nous souhaitons organiser trois focus groupes à propos des représentations du repas et de l aide alimentaire en général. Chacun rassemblera dix personnes, en plus des deux personnes qui réalisent l étude : un animateur et une personne qui prendra des notes. Chaque séance durera entre 2 et 3h : une pause sera prévue au milieu de la séance pour que les personnes puissent se rafraîchir et décompresser. Les trois groupes seront constitués comme suit : Groupe A : Le premier groupe rassemblera dix bénévoles de structures d aide alimentaire, venant de différentes associations et ayant des missions et des responsabilités différentes. Nous souhaiterions ainsi que soient présents un bénévole responsable de l aide alimentaire pour chacune des cinq associations suivantes : Restos du Cœur, Fédération Française des Banques Alimentaires, Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires, Secours Populaire et Croix-Rouge Française. Nous aimerions que les cinq autres bénévoles présents appartiennent à des petites associations locales, indépendantes ou faisant partie des associations citées plus haut. Le but est de confronter les visions de ces différents acteurs de l aide alimentaire qui peuvent avoir des visions divergentes étant donné la diversité des structures qu ils ont choisi de rejoindre. Nous aimerions si possible avoir une mixité hommes/femmes dans le groupe (cinq hommes et cinq femmes seraient l idéal). Nous souhaitons que les bénévoles participant au focus groupe ne se connaissent pas avant la séance afin de pouvoir vraiment confronter différentes visions. 64

Groupe B : Le second groupe sera constitué de dix personnes bénéficiant de l aide alimentaire. Nous souhaitons ici également rassembler des profils plutôt variés. Pour cela, nous souhaiterions que le groupe soit composé de personnes inscrites dans différentes associations (Restos du Cœur, Secours Populaire, épiceries solidaires, association locale indépendante et Croix-Rouge). Nous souhaitons également que les profils socio-économiques des personnes soient diversifiés : nous aimerions faire participer cinq hommes et cinq femmes, parmi lesquels deux pères et deux mères de famille (pas de la même famille), deux personnes seules mais ayant un logement, deux personnes sans domicile fixe, deux personnes d origine différente, ayant immigré en France. Nous voudrions que le panel d âges représentés soit également divers, allant d une personne très jeune à une personne âgée. Bien entendu, cette composition est l idéal que nous voudrions atteindre, mais elle dépendra fortement de la volonté ou non des personnes à participer au focus groupe. Groupe C : Le dernier groupe sera mixte : il sera composé de cinq bénévoles, si possible venant de structures différentes, et de cinq personnes ayant recours à l aide alimentaire, également dans différentes associations si possible. Le but de ce dernier groupe est de confronter directement les représentations des bénévoles avec celles des bénéficiaires afin de voir si les idées soulevées sont différentes ou non de celles émises dans les groupes A et B. Pour chaque groupe, la séance suivra le guide présenté ci-après (Tableau 2). En fin de session, chaque participant recevra un petit questionnaire à remettre à l animateur afin de donner son avis, ses impressions à propos de la séance 64. 64 Voir le questionnaire en Annexe F. 65

Tableau 2 : Guide d animation de la séance de focus groupe Introduction : 10 min Présentation de l animateur. Présentation du déroulement de la discussion et des règles du jeu : - On ne se censure pas : tout est bon à dire, il n y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses ; - On pille : on rebondit sur les idées des autres pour trouver soi-même d autres idées ; - Quand on n est pas d accord, on exprime sa propre idée ; - On ne parle pas tous en même temps ; - Tout ce qui sera dit lors de la séance restera anonyme par la suite ; - On éteint les téléphones portables. Présentation des participants : Donnez : âge, nombre d enfants, hobbies. Ce que vous avez envie de dire qui vous caractérise. Chacun place son prénom sur la table sur une feuille pliée en deux dans la longueur. Séance d entraînement projectif : Pour bien comprendre comment cela va se passer, nous allons faire un petit exercice. Si je vous dis «chocolat» à quoi cela vous fait penser? Dites tous les mots qui vous passent par la tête. A un participant : et maintenant si je dis soleil, qu est ce que cela évoque? Désigner un 2d participant : et «mot qui vient d être dit» qu est ce que cela vous évoque? etc. avec tous les participants. Nous allons maintenant entrer vraiment dans le sujet pour lequel nous nous sommes réunis aujourd hui : l alimentation et le repas. L alimentation en général : 20 min Evocations spontanées sur le mot «alimentation» : Si je vous dis «alimentation», quels sont les mots et adjectifs auxquels cela vous fait penser? - Mots / Adjectifs - Situations - Sentiments / impressions Evocations spontanées sur le mot «manger» : Si je vous dis «manger», quels sont les mots et adjectifs auxquels cela vous fait penser? - Mots / Adjectifs - Situations - Sentiments / impressions 66

Quelle place occupe l alimentation pour vous? Quel est son statut (nutrition, fonctionnalité, santé, échange/convivialité, rituel, )? Le repas en général : 20 min Même exercice avec le mot «repas» : Si je vous dis «repas», quels sont les mots et adjectifs auxquels cela vous fait penser? - Mots / Adjectifs - Situations - Sentiments / impressions Utilisation de photos représentant différentes situations de repas : choisissez parmi les photos celles qui, pour vous, décrit le mieux la notion de repas. Pourquoi avez-vous choisi cette photo? Représentations à propos du repas : 45 min Quels sont les différentes occasions de repas? - Dans la journée? (Petit déjeuner, collation, déjeuner, goûter, diner, ) - Dans l année (repas festifs, occasionnel, )? Pour chaque repas cité : qu est-ce que ce repas vous évoque en particulier? - Mots / Adjectifs - Aliments - Situations, souvenirs - Ce repas comporte - Ce repas apporte - Ce repas représente - Ce repas permet de - Ce repas a pour statut - Ce repas se prend avec Maintenant si je vous parle d un «vrai repas», qu est-ce que cela vous évoque? - Mots / Adjectifs - Aliments - Situations, souvenirs - Ce repas comporte - Ce repas apporte - Ce repas représente - Ce repas permet de - Ce repas a pour statut - Ce repas se prend avec Maintenant si je vous parle d un «bon repas», qu est-ce que cela vous évoque? - Mots / Adjectifs - Aliments 67

- Situations, souvenirs - Ce repas comporte - Ce repas apporte - Ce repas représente - Ce repas permet de - Ce repas a pour statut - Ce repas se prend avec Questions pour aller plus loin : Si vous deviez décrire un «bon repas» à quelqu un vous lui diriez? Quels aliments comprend un «bon repas» pour vous? Pourquoi? Que représente(nt) ce(s) aliment(s) pour vous? Y a-t-il des aliments interdits? Pourquoi? Boissons? Quelle(s) occasion(s)/moment(s) pour un «bon repas»? Comment est-il préparé? Comment est-il consommé? (manières de table) Avec qui se mange ce repas? A quel(s) endroit(s) se consomme-t-il? Combien de temps dure-t-il? Y a-t-il des règles/manière(s) à respecter? Donnez un exemple : - de quelque chose qui pour vous est indispensable pour vous lors d un repas? - de quelque chose qui le gâcherait forcement? PAUSE : 15 MIN Aide alimentaire : 30 min Evocations spontanées à propos de «aide alimentaire» : Si je vous dis «aide alimentaire», quels sont les mots et adjectifs auxquels cela vous fait penser? - Mots / Adjectifs - Situations, souvenirs - Sentiments / impressions Utilisation de logos de différentes associations d aide : quelle association reconnaissez-vous? Comment fonctionne-elle? Que propose-elle? A qui s adresseelle? Connaissez-vous d autres structures? Similitudes/différences entre les structures? Pour vous, qu est-ce que l aide alimentaire doit apporter? - Nutrition/santé? 68

- Plaisir? - Echanges, ateliers? - Réinsertion? Ces caractéristiques sont-elles en accord avec votre expérience? Si oui : pourquoi? Si non : pourquoi? qu est-ce qui est différent de ce que vous en attendiez? Comment l améliorer? Conclusion : 10 min Tour de table pour que chacun donne sa conclusion : Qu attendez-vous d un «bon repas»? Comment décririez-vous le repas idéal? Que peut-on attendre d une «bonne aide alimentaire»? Pour conclure, qu aimeriez-vous ajouter? Rappel des objectifs du focus groupe et explication de comment les données vont être utilisées par la suite. Remerciement de tous les participants. Distribution du questionnaire de débriefing à remplir et à remettre à l animateur avant de partir. 69

2. Entretiens individuels semi-directifs Cette technique qualitative, également appelée «entrevue» ou «interview» consiste à rencontrer en face à face des personnes spécifiquement choisies par rapport à la problématique et aux hypothèses à vérifier. L entretien semi-directif se déroule comme une discussion formelle, à propos de thèmes définis à l avance. Les questions posées restent cependant ouvertes et ont pour but de laisser la personne s exprimer de manière assez libre. L interviewer est cependant là pour orienter la conversation afin de répondre aux questions qu il se pose. Contrairement à des études quantitatives, le but des entretiens individuels n est pas d obtenir des réponses représentatives de toute la population mais de diversifier les profils des personnes interviewées pour avoir une vision plus large du phénomène étudié. Dans ce travail, les entretiens individuels vont constituer l essentiel de la collecte de données, puisqu ils devront permettre de vérifier la plupart des hypothèses émises : - le décalage entre l offre et la demande de l aide alimentaire s explique par le manque de moyens dont dispose l aide alimentaire o au niveau financier ; o au niveau logistique (transport, stockage, distribution, ) ; o au niveau humain (manque de bénévoles par rapport au nombre croissant de bénéficiaires) ; - le décalage s explique par des divergences au sein même de l aide alimentaire o dans l organisation des structures ; o à propos la coordination des structures ; o à propos la conception du bénévolat. Nous prévoyons d interviewer trente bénévoles, répartis selon différents «types» : - cinq bénévoles responsables au niveau national d une antenne d aide alimentaire, si possible un pour chacune des principales associations 70

(Restos du Cœur, Secours Populaire, FFBA 65, ANDES 66 et Croix-Rouge Française) ; - dix bénévoles responsables locaux de centres mais appartenant ces mêmes antennes nationales (deux pour chaque antenne, dans deux associations locales différentes. Exemple : un responsable du Secours Populaire à Colomiers et un à Toulouse, un responsable des Restos du Cœur à Baziège et un à Toulouse, etc.) ; - cinq bénévoles responsables d associations locales indépendantes ; - cinq bénévoles sans responsabilités faisant partie d associations locales indépendantes ; - cinq bénévoles faisant partie de structures nationales, mais exerçant au niveau local. Grâce à cette diversité de profil de bénévoles interviewés, nous espérons pouvoir affirmer ou infirmer le fait qu il existe des différences importantes d une part entre les structures, suivant qu elles soient indépendantes ou appartiennent à des associations nationales, et d autre part au sein même des grandes structures entre le niveau national et un niveau plus local. Les entretiens seront menés en suivant le guide présenté dans le tableau qui suit. Ils seront enregistrés afin que nous puissions les retranscrire ultérieurement pour analyser les données récoltées. Nous prévoyons que chaque entretien dure entre 1 et 2h en fonction des réponses de la personne. 65 Fédération Française des Banques Alimentaires. 66 Association Nationale du Développement des Epiceries Solidaires. 71

Tableau 3 : Guide d'entretien individuel semi-directif Identité : Lieu et date : Entrée en matière : Bonjour, je réalise une étude sur l aide alimentaire en France. Si vous le voulez bien, nous allons parler de votre expérience en tant que bénévole au sein d une association qui distribue une aide alimentaire. Bien entendu, cette discussion restera anonyme, ainsi que les prénoms cités. Les résultats seront seulement utilisés pour cette étude. Si vous êtes d accord, je vais enregistrer notre conversation pour pouvoir y retravailler par la suite. Vous êtes prêt(e)? Thèmes Sous-thèmes Questions Relances Prénom Présentation de la personne Pouvez-vous vous présenter en quelques mots? Situation Professionnelle Situation familiale Association Présentation du bénévole Présentation de l association Pouvez-vous en quelques mots présenter l association dans laquelle vous êtes bénévole? Nom de l association Actions principales Organisation générale Depuis quand êtes-vous bénévole? Rôles dans l association Quels sont vos rôles et vos missions dans l association? Combien de temps y consacrez-vous par semaine? Quelles sont vos missions? Moyens de l association Financements Comment vos actions sont-elles financées? D où proviennent les financements? A combien s élèvent-ils? A quoi vous servent-ils? 72

Approvisionnements D où proviennent les denrées distribuées? Comment vous procurez-vous les denrées à distribuer? Qui vous les fournit? A quelle fréquence? Qui gère les approvisionnements? Avez-vous une liste de denrées souhaitées? Transport Comment sont-elles transportées? Comment sont-elles livrées vers les zones de stockages? Qui les livrent? Comment sont-elles acheminées vers les lieux de distribution? Quels types de véhicules sont utilisés? A quel(s) endroit(s) stockez-vous les denrées collectées? Stockage Comment et où sont-elles stockées? De combien de surface disposez-vous? De quels types de zones de stockage disposezvous? Triez-vous les denrées? Si oui comment? Combien de temps sont-elles stockées? Combien de bénévoles êtes-vous? Organisation des bénévoles Au niveau de l organisation des bénévoles, comment cela se passet-il? Comment êtes-vous organisés (rôles missions de chacun)? Êtes-vous formés? Y a-t-il un niveau hiérarchique? Accueil des bénéficiaires Inscription Comment gérez-vous l inscription des bénéficiaires? Quels sont les critères d accès? Y a-t-il une durée maximale? Si oui combien de temps? Comment déterminez-vous la quantité donnée 73

par personne/famille? Demandez-vous une contrepartie à l aide apportée? Si oui, quel type? Combien avez-vous recensé de bénéficiaires l an dernier? Vous arrive-t-il de refuser des gens? Si oui, pour quelles raisons? A quel endroit sont-ils accueillis? Accueil Comment se passe l accueil des bénéficiaires? Par qui? De quelle façon? Discussions, échanges? Existe-t-il des ateliers/formations autour de l alimentation? Si oui, quel type? Qui les organise? Organisation d ateliers/formations Votre association organise-t-elle des ateliers autour de l alimentation? Si oui, pouvez-vous me les décrire? Qui les anime? A qui sont-ils destinés? Qui y participe (Combien de personnes? Régulièrement?)? Combien de temps durent-t-ils? A quelle heure ont-ils lieu? A quelle fréquence? A quel endroit? Distribution des denrées Organisation de la distribution Comment s organise la distribution des denrées? Quand a-t-elle lieu (période de l année et horaire dans la journée)? Sous quelle(s) forme(s) les denrées sont-elles distribuées? Où sont distribuées les denrées? 74

Qui distribue? Comment sont-elles distribuées? Combien de fois par jour/semaine/mois? A quelle heure? Combien de temps dure la distribution? Si distribution repas cuisinés : Comment les repas sont-ils cuisinés? A quel endroit? Par qui? Qui choisit la composition/recette des repas? Sur quels critères? Où sont-ils servis? Dans quoi sont-ils servis? Un exemple De quoi été composé le dernier repas distribué? Donnez-moi un exemple de colisrepas pour une personne? Aliments Boissons Quantités Que doit-il apporter? Avec qui? Représentations Autour du repas Qu est-ce qu un repas pour vous? Qu est-ce qu un bon repas pour vous? Quand? Combien de fois par jour? Quel est son statut? (nutrition, fonctionnalité, échange, rituel, ) Un bon repas : à quelle occasion? Autour de l aide alimentaire Qu est-ce que l aide alimentaire pour vous? Que doit-elle apporter aux personnes qui en bénéficient? 75

Autour du bénévolat Qu est-ce que le bénévolat pour vous? Quel est son (ses) but(s)? Que souhaitez-vous apporter en étant bénévole? Qu est-ce que le bénévolat vous apporte? Coordination de l aide alimentaire Que pensez-vous de la coordination des acteurs de l aide alimentaire? Les structures sont-elles coordonnées entre elles au niveau national? Sont-elles coordonnées avec les pouvoirs publics? Si oui : de quelle façon? Si non : - pour quelles raisons? - pensez-vous qu une coordination nationale soit possible? - une coordination plus locale? 76

3. Observation de l aide alimentaire L observation est une méthode qualitative de collecte des données observables, comme par exemple des espaces (lieux d accueil des bénéficiaires de l aide alimentaire), des gestes (manière de consommer un repas), des chiffres (nombre de personnes participant à la distribution), des temporalités (durée de la distribution, du repas, ), etc. Cette méthode est donc basée sur un suivi attentif des faits et des pratiques des personnes de l échantillon observé. Cette observation peut être extérieure à l échantillon ou bien participante. Dans le dernier cas, l observateur prend par aux faits et aux pratiques afin de les observer de l intérieur. Dans notre cas, nous avons choisi un mode d observation extérieur. 3.1. Observation de la distribution de l aide alimentaire Nous proposons de collecter des données grâce à des observations extérieures sur les lieux de distribution de l aide alimentaire afin de répondre aux hypothèses suivantes : - le décalage entre l offre et la demande de l aide alimentaire s explique par le manque de moyens logistiques des associations (transport, matériel pour cuisiner, matériel pour distribuer, lieux d accueil) ; - il s explique par le manque de bénévoles par rapport au nombre de bénéficiaires ; - il s explique par la divergence au niveau même de l aide alimentaire, notamment au niveau de l organisation des structures. Ces observations permettront également de collecter des données pour compléter la partie théorique du mémoire, en ce qui concerne les dimensions des mangeurs qui sont ou ne sont pas respectées par l aide alimentaire. En effet, nous souhaitons observer précisément la composition des repas distribués en termes de nutrition, ainsi que la manière dont ils sont délivrés et consommés, mais nous voulons également analyser la sociabilité, les échanges et les liens entre les différents participants, bénévoles et bénéficiaires. Nous souhaitons observer plusieurs types de distribution : 77

- la distribution de colis-repas dans un centre ; - la distribution de repas chauds dans un centre ; - la distribution de repas chauds dans la rue ; et ce, dans différentes associations : - au sein d une association qui dépend d une antenne nationale (type Restos du Cœur, Secours Populaire, etc.) ; - dans un centre d une association locale indépendante ; - dans une épicerie sociale ; Le tableau ci-après présente le guide qui sera suivi pour mener les observations et collecter les données. 78

Tableau 4 : Guide d'observation de la distribution de l'aide alimentaire Thèmes Sous-thèmes Réponses Observations complémentaires QUI? Nombre Âge Sexe Origine Heure QUAND? Fréquence Période de l année OÚ? Lieux de distribution (ex. dans la rue, dans un centre, ) QUOI? Aliments distribués / consommés Boissons distribuées / consommées COMMENT? FLUX? Moyens de préparation des repas (cuisine, matériel, )* Moyens de transport Moyens de distribution (comment la nourriture est-elle donnée aux bénéficiaires?) Durée de la distribution Manières de consommer (assis/debout, rapide/lent )* Durée moyenne du repas Ustensiles utilisés (plastique ou non, ) Rôle rempli par les différentes personnes (bénévoles et bénéficiaires) Interactions, échanges Dynamisme des personnes pendant l observation *En italique : pour l observation de la distribution de repas uniquement 79

3.2. Observation des ateliers Nous nous proposons également d observer le déroulement d ateliers basés sur l alimentation et/ou la cuisine proposés par les associations. Ces observations nous permettrons de collecter des données pour répondre à l hypothèse suivante : le décalage entre l offre et la demande de l aide alimentaire s explique par un décalage au niveau des représentations du repas. Nous souhaitons ainsi observer comment ces ateliers sont conçus et animés afin de voir s ils sont adaptés au public à qui ils sont destinés. Nous proposons donc d observer : - un atelier concernant l alimentation et l éducation nutritionnelle ; - un atelier cuisine ; et ce, également dans différentes structures : - au sein d une association qui dépend d une antenne nationale (type Restos du Cœur, Secours Populaire, etc.) - dans un centre d une association locale indépendante ; - dans une épicerie sociale ; Le tableau ci-après présente le guide à suivre pour l observation de ces ateliers. 80

Tableau 5 : Guide d'observation des ateliers Thèmes Sous-thèmes Réponses Observations complémentaires Participants Animateur(s) QUAND? Nombre Âge Sexe Origine Nombre Âge Sexe Origine Heure Fréquence OÚ? Lieux (au centre, dans la rue,..) QUOI? Thèmes / recettes abordé(e)s / proposé(e)s COMMENT? FLUX? Organisation / animation de l atelier Matériel dont dispose le(s) animateur(s) Matériel mis à disposition des bénéficiaires Durée de l atelier Répartition de la parole Rôle rempli par les différentes personnes Interactions, échanges Dynamisme des personnes pendant l observation 81

Conclusion générale Au cours de ce mémoire, nous avons pu voir que malgré toutes les contraintes qui pèsent sur son alimentation, le mangeur précaire reste un mangeur multidimensionnel. Si la dimension biologique, qui renvoie au besoin vital que tout être humain a de se nourrir, reste primordiale, le mangeur, même en situation de grande précarité, n en demeure pas moins un être pluriel, avec à la fois une histoire individuelle et une histoire collective qui définissent son espace social alimentaire. Or, il semble que l aide alimentaire apportée aux plus précaires de ces mangeurs ne prenne pas en compte leur pluralité, à la fois en tant qu individu mais également en tant que groupe. En effet, les structures d aide accueillent un public de plus en plus nombreux et de plus en plus hétérogène. Pourtant, la réponse alimentaire proposée pour venir en aide à ces personnes semble ne pas s adapter à cette grande diversité et être une réponse plutôt uniforme. En somme, l aide alimentaire paraît vouloir répondre d abord à un besoin vital, celui de se nourrir, au détriment parfois des autres dimensions de l alimentation. Si de nombreuses associations considèrent l alimentation comme un prétexte pour la réinsertion et le rétablissement d un lien social pour les personnes en situation d exclusion, la réalité du terrain semble pourtant différente. Au cours de notre étude, nous avons pu dégager différentes raisons possibles pour expliquer le décalage existant entre l offre proposée par l aide alimentaire et la demande du public auquel elle s adresse. Deux types d hypothèses ont pu être mis en évidence : d une part des raisons plutôt pragmatiques et d autre part des raisons plus abstraites, mettant en jeu les représentations de l alimentation mais également de l aide alimentaire elle-même. En ce qui concerne les hypothèses pragmatiques, il semblerait que les moyens, à la fois financiers, matériels et humains, dont disposent les structures d aide alimentaire soient insuffisants par rapport au nombre croissant de demandes de la part des populations en difficulté. Ce manque de ressources apparaît comme une contrainte forte, qui empêche souvent une adaptation adéquate et diversifiée aux besoins des personnes et oblige à pallier d abord aux besoins considérés les plus urgents. Nous avons pu voir néanmoins, que ces moyens dépendaient fortement du type et de l organisation des structures : en effet, les associations nationales, en centralisant certaines de leurs activités, tels que la recherche de financements ou 82

l approvisionnement en denrées, semblent disposer de moyens plus importants que les petites structures indépendantes, qui doivent se gérer seules. En ce qui concerne les représentations, il est apparu plusieurs décalages. Le premier semble provenir du fait que l aide alimentaire est pensée par les bénévoles et les responsables des structures et ne prend pas suffisamment en compte la façon dont les personnes qui recourent à cette aide considère l alimentation et le repas et ce que ces termes représentent pour eux. On peut en effet se demander si ceux qui pensent l aide alimentaire et les actions de réinsertion qui l entourent, considèrent les réels besoins et attentes des bénéficiaires, qui vont bien au-delà du simple besoin biologique, ou s ils les supposent par rapport à ceux qu eux s imaginent, se représentent. Or, dès lors que de nombreuses contraintes pèsent déjà sur l alimentation des mangeurs précaires, le fait de se retrouver face à une aide alimentaire qui ne les prend pas vraiment en considération engendre l insatisfaction, voire renforce le sentiment d exclusion et de stigmatisation ressenti par certains. D autre part, il semble que des divergences existent au sein du système d assistance alimentaire, sur la conception même de ce que doit être cette aide. Doit-on demander une participation financière aux bénéficiaires pour empêcher l assistanat? Doit-on rendre obligatoire la participation à des ateliers pour faciliter la réinsertion? Comment s organiser sur le territoire pour proposer une aide efficace? Les structures étant indépendantes et ne répondant à aucune règle commune, ce sont autant de problématiques qui les différencient, en fonction des choix et des orientations que chacune choisie. La façon dont les structures s organisent, les priorités qu elles se donnent et les principes sur lesquels elles se basent donnent autant de réponses différentes en termes d aide alimentaire. Afin de vérifier les différentes hypothèses avancées au cours de ce travail, je souhaiterais poursuivre cette recherche au cours du Master 2 Sciences sociales appliquées à l alimentation. A l occasion d un stage dans une association ou dans un institut de recherche, j aimerais ainsi pouvoir mettre en pratique les différents outils proposés dans ce rapport : tout d abord pour les éprouver et voir s ils sont adaptés aux personnes à qui je souhaite m adresser, et ensuite afin de collecter les données nécessaires, directement auprès de bénévoles et de bénéficiaires de l aide alimentaire. J espère ainsi être en mesure de confirmer ou d infirmer les hypothèses émises afin d arriver à une réflexion plus aboutie. 83

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Table des annexes Annexe A : Données INSEE à propos du niveau de pauvreté en France en 2009...p.88 Annexe B : Valeur nutritionnelle du Vitapoche...p.89 Annexe C : Questions posées lors des entretiens exploratoires.....p.90 Annexe D : Notes prises lors de l entretien exploratoires avec une responsable de l ANDES.... p.91 Annexe E : Notes prises lors de l entretien exploratoires avec une personne bénéficiant de l aide alimentaire.... p.93 Annexe F : Questionnaire individuel distribué en fin de focus groupe....p.96 87

ANNEXE A : Données INSEE à propos du niveau de pauvreté en France en 2009 3.3. 88

Annexe B : Valeur nutritionnelle du Vitapoche Source : DARMON Nicole, BRIEND André. Prévention des déficiences nutritionnelles chez les personnes sans-abri : intérêt d un aliment de rue enrichi. Cahiers d économie et sociologie rurales, 2006. 89

Annexe C : Questions posées lors des entretiens exploratoires Questions posées lors de l entretien exploratoire avec une bénévole de l aide alimentaire Pouvez-vous m expliquer comment fonctionne une épicerie sociale? Qu est-ce qu une «bonne aide alimentaire» pour vous? Comment l aide alimentaire peut-elle répondre aux différences culturelles? Que pensez-vous de la coordination de l aide alimentaire au niveau national? Questions posées lors de l entretien exploratoire avec une bénéficiaire de l aide alimentaire Pouvez-vous vous présenter? Etes-vous déjà allé(e) dans une structure d aide? Si oui, laquelle? Pouvez-vous me raconter comment se passe la distribution? Comment est l ambiance dans la structure où vous allez? Combien de temps dure la distribution? Comment faites-vous le reste de l année? Y a-t-il des ateliers organisés dans la structure où vous vous rendez? Cela vous intéresse-t-il? Est-ce que vous cuisinez? Combien de repas faites-vous par jour? Ressentez-vous la faim? 90

Annexe D : Notes prises lors de l entretien exploratoire avec une responsable de l ANDES Q1 : Pouvez-vous m expliquer comment fonctionne une épicerie sociale? «En ce qui concerne les approvisionnements, il y a différents moyens. Il y a d abord les programmes type PEAD, PNAA : vous connaissez sans doute? Voilà. Donc ces approvisionnements passent via les Banques Alimentaires, qui sont les têtes de réseau en quelque sorte. Ensuite, les épiceries peuvent organiser des collectes, directement auprès des gens, dans les supermarchés. Il y a aussi la ramasse, quand on récupère des produits dans les supermarchés. On peut aussi récupérer via les agro-industriels, par exemple quand le packaging du produit a été changé et qu il leur reste des stocks invendus. Si on prend par exemple Nutella, qui fait un pot spécial pour Noël, vous comprenez bien que fin Janvier, ce packaging est totalement dépassé. Du coup, on peut souvent le récupérer, ils nous le donnent. Et puis il y a aussi l achat des denrées. Ces moyens d approvisionnement sont très disparates selon le territoire et en fonction du type d épicerie, si elle a un partenariat avec la mairie ou pas, Après, la distribution des denrées c est un peu comme un grossiste, qui est l intermédiaire entre les approvisionnements et les personnes qui vont consommer.» Q2 : Qu est-ce qu une «bonne aide alimentaire» pour vous? «Ca c est une question difficile!! En plus, qui je suis pour dire ce qui est bon ou pas bon Surtout que je pense que la qualité est très variable suivant les structures et leur fonctionnement : il y a des structures avec très peu de moyens qui font ce qu elles peuvent contre celles qui en ont beaucoup plus Enfin, si je devais définir une bonne aide alimentaire, je dirais qu il faut qu elle soit adaptée aux besoins de la personne. «Une «bonne aide» permet à la personne de garder la tête haute, elle ne doit pas être considérée comme un déchet Dans la mesure du possible, il faut laisser le choix, penser à respecter la personne, sa dignité. Il faut aussi penser à tout ce qui entoure l aliment, la façon de le présenter. Le but de l aide alimentaire, c est avant tout la réinsertion. Si vous récupérez les poubelles, quelle image vous renvoyez à ces personnes? Il faut donc avoir des produits de qualité, par périmés, si possible des produits frais. Après, avoir un beau produit ça ne suffit pas, il faut aussi l accompagner. Si vous avez du chou-fleur par exemple : si ce n est pas un aliment dans ma culture, comment je le fais cuire? Ca demande beaucoup d énergie, beaucoup de temps, mais le but c est avant tout de revaloriser la personne, il faut qu il y ait un échange autour du produit, pas du type «je vais vous apprendre à» mais il faut qu il y ait une vision d empowerment, pour donner la possibilité d être acteur. Souvent les personnes vont se cacher derrière certains produits, si je consomme tel produit, à quoi cela renvoie? Il faut essayer de comprendre ces comportements. L aide alimentaire est un prétexte pour la réinsertion. Deux formes 91

cohabitent : les épiceries et les colis repas, elles sont complémentaires, il y a une aide plus d urgence et une autre qui vise la réinsertion des personnes.» Q3 : Comment l aide alimentaire peut-elle répondre aux différences culturelles? «Il faut laisser le choix aux gens, leur permettre d être acteurs. Il ne faut pas les laisser toujours dans la position de celui qui reçoit, mais plutôt voir ça comme un échange, proposer de faire ensemble, il ne faut pas être le donneur de leçons, mais accompagner la personne à s adapter aux produits de la culture d adoption.», Q4 : Que pensez-vous de la coordination de l aide alimentaire au niveau national? «Elle est catastrophique! Catastrophique parce qu il y a des enjeux financiers derrière. Vous savez, l aide alimentaire c est comme un gros gâteau que les antennes nationales des associations doivent se partager, et dont chacune veut la plus grosse part possible C est paradoxal : tant de bénéficiaires signifient tant de financements. Le système est pervers : moins de bénéficiaires signifieraient moins de subventions. Les antennes nationales n ont donc finalement pas intérêt à faire sortir les bénéficiaires du système d aide. Tant que le système fonctionnera de cette façon, une coordination au niveau national est quasi impossible. Il y a une concurrence entre les structures En plus, les bénéficiaires eux, ce qu ils cherchent c est manger. Donc comme souvent une seule structure de leur suffit pas à subvenir à leurs besoins, ils font du nomadisme, c est-à-dire qu ils vont dans plusieurs structures. Sauf que pour les compter, chaque structure compte qu elle a accueilli tant de personnes : il y a donc un surcomptage, une surévaluation du nombre de bénéficiaires. Sauf que travailler en collaboration pour les structures, ça signifie une baisse de financements C est donc très difficile de travailler ensemble, ce n est pas dans la réalité des choses sur des gros territoires On pourrait imaginer repenser le système pour que les subventions soient attribuées en fonction du nombre de bénéficiaires qui sont sortis du système d aide plutôt qu en fonction du nombre d inscrits. Mais ça sous-entendrait un changement profond des mentalités. Une coordination sur des territoires plus réduits est cependant possible. Mais il ne faut surtout pas que ça arrive aux oreilles des antennes nationales. Il ne faut pas que ça se sache. Les structures fixent par exemple des conditions d accès différentes pour jouer sur la complémentarité des structures plutôt que l addition. En gros, il y a deux raisonnements, un au niveau local, plus basé sur l entraide entre les structures et s adapter en fonction des gens, et une au niveau national, le gros gâteau dont je vous ai parlé tout à l heure. Tant qu il y aura ce gros gâteau à se partager, il n y a pas de coordination possible Pour cela, il ne faut pas qu il y ait de notion de pouvoir et d argent, les structures fonctionnent comme des organisations.» 92

Annexe E : Notes prises lors de l entretien exploratoire avec une personne bénéficiant de l aide alimentaire Q1 : Pouvez-vous vous présenter? «Alors moi j ai deux enfants. Mais mon ex-mari ne paie pas de pension alimentaire évidemment. Donc j ai toujours dû me débrouiller toute seule. J ai même fait les poubelles pour trouver à manger, c est vous dire! Quand j étais à Perpignan, j avais droit à rien, pas de bons alimentaires. On n avait pas d aide dans le Sud. Depuis 3 ans, je suis revenue dans la Nord. Après un an dans la ville, on a droit à des bons alimentaires. Là j ai droit à 78 de la mairie, vous savez, du CCAS, à dépenser dans les hard discounts. C est calculer en fonction du RSA, je crois que j ai droit à 400 en gros. Mais par mois, je vis avec environ 100 /mois.» Q2 : Etes-vous déjà allé(e) dans une structure d aide? Si oui, laquelle? «Oui je vais aux Restos du Cœur. A Perpignan c était catastrophique, le centre était pas accessible sans moyens de transport Heureusement, une amie qui a une voiture m amenait avec elle de temps en temps.» Q3 : Pouvez-vous me raconter comment se passe la distribution? «Alors d abord on prend le papier, ensuite le lait. Là c est Pierre qui le donne, il est super sympa, tout le monde lui fait la bise. C est un système de points. Pour 2 litres de lait, c est 4 points, pour une personne. La semaine dernière, pour une semaine j ai eu du chocolat en poudre, une boîte, une bouteille de coca, un paquet de café, des pommes de terre, une pomme et une orange (ça c était imposé) et deux navets. Après j ai sept points pour les gâteaux, les compotes tout ça. Par exemple une madeleine c est 1 point, les chocolats c est 2 points, la moitié d une boîte de pêches au sirop c est 2 points aussi. On a pas forcement le choix. Souvent pour les fruits on a pas le choix. Par exemple pour cette semaine, on avait une orange, c était imposé. Mais des fois on a le choix : l autre fois j ai eu droit à huit paquets d endives, mais bon, c est parce qu ils étaient abîmés. En tout, je crois que j en ai récupéré trois de bons, le reste j ai dû le jeter. Après, j ai droit à 6 points pour les yaourts, il y a aussi du riz au lait, des natures, des aux fruits ou au chocolat. Ça dépend des fois. Ensuite j ai 4 points pour le fromage. Les petites parts c est 1 point, j ai le choix entre plusieurs pour 4 points. Le choix ça dépend des jours. L autre fois, j ai eu trois tonnes de polenta, que je sais pas quoi en faire! Les plats préparés aussi, ils sont infects mais ça on est obligé de les prendre, on peut pas dire non. Cette année, ça a été un peu difficile pour les pâtes et le riz parce que on avait que des paquets de 500 g ou 1kg. Mais ça c est plus pour les familles. Pour une personne seule, on a droit normalement aux paquets de 100 ou 150 g. Mais bon des fois ils me disent, c est pas grave, prend-le quand même. Alors après pour les boîtes de conserve, j ai 8 points, pour le pâté, les conserves de légumes tout ça. Par exemple une boîte de thon c est 2 93

points. Après y a les œufs, je crois que c est 2 points pour 6 œufs. Y a des sardines en boîte aussi des fois. Ils parlent aussi de protéines tout ça Moi je fais pas attention. Ils ne faut jamais prendre les blancs de poulet, c est du caoutchouc, même s ils sont tous beaux, tous gonflés. Ah ça ils sont costauds les mecs pour nous faire avaler n importe quoi! Les steaks hachés, là ils sont supers bons par contre. S il y a des poulets entiers c est plus pour les familles. J en ai eu un une fois, mais faut pas le dire!! Ils y a bien des carrés de poissons, mais ils sont dégueu y a des trucs, c est horrible, je sais pas pourquoi ils nous donnent ça Et après donc on boit son café, et voilà.» Q4 : Comment est l ambiance dans la structure où vous allez? «A Perpignan, bien, bonne ambiance. Après moi je suis pas difficile, tout me va! J ai une amie, c est une râleuse. L autre fois, elle râlait parce qu elle avait eu un litre de lait et qu elle en voulait pas. Je lui ai dit : mais prend- le! Tu sais pas ce que demain apporte. Ici, l an dernier, il y avait une bonne ambiance, mais cette année elle était moins bonne parce qu il y avait beaucoup plus de monde. Mais quand même ils sont gentils avec moi, là je viens d avoir un manteau, pour l an prochain, il sera parfait. Ca c est parce que j ai fait du pudding : l autre fois j ai pris plein de pain et j en ai fait du pudding que j ai ramené. A la distribution, une fois, il y avait une personne qui avait des problèmes de famille, elle avait une tête d enterrement On aurait dit une porte de prison. Mais nous on pas besoin de ça C est nous qui les faisons rigoler souvent! Cette année, l ambiance c est beaucoup mieux, on est un petit groupe, on rigole, on a mis l ambiance. L autre fois, on a dit qu on allait faire un strip-tease, ça les a fait rire!! Les deux premières années, ils faisaient la tête tout le temps, mais maintenant, c est super, on a tout déridé tout le monde!» Q5 : Combien de temps dure la distribution? «Alors, je crois que ça commence fin Novembre ou début décembre, et après ça finit le 20 Mars cette année. Mais cette année, il y a une intercampagne, pour cette année. Les inscriptions c est le 27 avril. «Je sais pas si tu auras le droit» ils m ont dit, «cette année, comme il y a beaucoup de monde c est pas sûr que tu l auras, tout le monde ne l aura pas. On donnera la priorité aux familles». Mais c est la première année que j entends parler de ça» Q6 : Comment faites-vous le reste de l année? «Il y a les bons de la mairie, ça ça m aide beaucoup, heureusement que j ai ça, sinon je sais pas comment je ferais. Heureusement que je ne fume plus!! Sinon, je sais pas comment je ferais Enfin, je me débrouille toute seule la plupart du temps.» Q7 : Y a-t-il des ateliers organisés dans la structure où vous vous rendez? Cela vous intéresse-t-il? «J ai une amie qui y allait, je crois qu il doit y en avoir. Moi je vais à la bibliothèque, je peux y aller gratuitement, ça c est gentil, parce que j ai beaucoup lire moi. Mon premier métier c était la couture, après ça a été la plonge, donc j ai appris plein de trucs dans la cuisine. Je crois que des ateliers il doit y avoir de temps en temps. Avant on avait des sorties gratuites, mais maintenant il y en a plus. On nous dit pas non plus, il faut vraiment tout deviner... Il y en a qui sont vraiment tous seuls». 94

Q8 : Est-ce que vous cuisinez? «Bon moi j ai du diabète et du cholestérol, donc faut que je fasse attention. Mais c est un plaisir de faire à manger : par exemple j adore faire des crêpes et des pancakes. Quand j en fait, j en donne aux voisins aussi, ils sont contents. Depuis que je suis dans le Nord, j ai appris à faire des beignets, donc j en fais souvent, quand je m embête par exemple. Après j évite d acheter des conserves, par exemple pour la sauce tomate, c est moi qui fait mas sauce. L autre fois, j ai fait des blancs de poulet à la crème fraîche. Après, c est surtout grâce à mes petits [-enfants], par exemple mardi soir je leur ai fait un couscous. Là on a fait des petits sandwichs pour après la piscine. Je planifie un peu les repas quand il y a mes petits fils. Sinon, quand je suis toute seule, je cuisine moins : par exemple une cuisse de poulet sans rien, avec des endives ou du poireau. Quand je m embête je cuisine. L autre fois, je me suis fait ma petite soupe, c était super bon! J ai toujours des idées, c est ça qui est bien. Mais c est pas évident quand on est tout seul» Q9 : Combien de repas faites-vous par jour? «C est impossible de faire les trois repas par jour. Même si je prend le café le matin avec trois biscottes, ça irait trop vite, j aurais fini le paquet trop vite, donc c est impossible. Pour les repas, souvent, je mange en deux fois : le poulet je mange une moitié le midi, l autre moitié le soir. J essaye de faire un repas le midi et un le soir. Mais moi je fais attention à mon cholestérol, mais pour une personne normale c est pas possible. Une orange pour toute la semaine, alors vous pensez bien, j en mange pas tous les jours des fruits. Après moi j ai les bons donc ça va, sans ça, je sais pas comment je ferais Je suis pas dehors c est déjà ça, je fais tout pour garder l appartement, avoir l électricité et le chauffage. Parce que pour ceux qui sont dehors c est encore pire!» Q10 : Ressentez-vous la faim? «Je sais ce que c est de pas manger. Maintenant, j ai 58 ans, je suis une vieille! On a plus la même façon de manger. Si j étais plus jeune, j aurais sans doute plus faim. Là je peux me permettre de sauter un repas» 95

Annexe F : Questionnaire individuel distribué en fin de focus groupe L animateur : Les explications données au cours de la séance étaient : très claires claires assez claires peu compréhensibles incompréhensibles L animateur était encourageant et motivant : oui, tout à fait oui, plutôt pas vraiment pas du tout L animateur a tenu compte de mes attentes et mes préoccupations : oui, tout à fait oui, plutôt pas vraiment pas du tout L organisation : Les conditions (salle, équipement, horaires, ) étaient adéquates : oui, tout à fait oui, plutôt pas vraiment pas du tout J ai pu prendre la parole librement pour donner mes idées : oui, tout à fait oui, plutôt pas vraiment pas du tout La séance était : trop longue suffisamment longue pas assez longue 96

Globalement vous avez trouvé la séance : très satisfaisante satisfaisante peu satisfaisante pas du tout satisfaisante Votre avis global sur la séance : Divers (ce que vous avez le plus/le moins aimé, ce qui pourrait être amélioré, ) : 97

Table des figures Figure 1 : Le triangle du manger (d'après JP Corbeau)... 10 Figure 2 : Variation du triangle du manger dans le temps et dans l'espace... 12 Figure 3 : Les grands types de bénéficiaires de l'aide alimentaire repérés en 2010... 15 Figure 4 : Organisation de l'aide alimentaire en France... 21 Figure 5 : Evolution chronologique de l'aide alimentaire en France... 27 Figure 6 : Origine des produits collectés par les Banques Alimentaires... 31 Figure 7 : Diagramme comparatif des denrées distribuées par les Banques Alimentaires et de la distribution idéale... 32 Figure 8 : Provenance des ressources financières des Restos du Cœur... 35 Liste des tableaux Tableau 1 : Nombre de bénéficiaires, de repas servis et de bénévoles déclarés par association pour l'année 2010... 52 Tableau 2 : Guide d animation de la séance de focus groupe... 66 Tableau 3 : Guide d'entretien individuel semi-directif... 72 Tableau 4 : Guide d'observation de la distribution de l'aide alimentaire... 79 Tableau 5 : Guide d'observation des ateliers... 81 98

Table des matières Introduction générale... 7 Partie 1 : Cadrage théorique... 9 1. Le mangeur précaire... 10 1.1. Le mangeur : un être multidimensionnel... 10 1.2. L alimentation des mangeurs précaires... 13 1.2.1. La précarité en France... 13 1.2.1.1. La précarité : une notion difficile à définir... 13 1.2.1.2. Précarité et alimentation... 14 1.2.2. L alimentation des «précaires»... 17 1.2.3. Les conséquences des contraintes pesant sur l alimentation des bénéficiaires de l aide alimentaire... 19 2. Les institutions officielles... 21 2.1. Les acteurs de l aide alimentaire... 21 2.2. Les programmes officiels pour l aide alimentaire... 22 2.2.1. Le Programme Européen d Aide aux plus Démunis... 22 2.2.2. Le Plan National d Aide Alimentaire... 23 2.2.3. Le Programme Alimentation et Insertion... 23 2.2.4. Le Programme de développement de l Aide Alimentaire... 24 2.3. Les outils proposés aux acteurs de l aide alimentaire... 24 2.3.1. Le guide des bonnes pratiques de l aide alimentaire... 24 2.3.2. Le calendrier de recettes... 25 2.3.3. Le Vitapoche : un aliment enrichi pour les sans abri... 25 3. Les associations d aide alimentaire en France... 27 3.1. L aide alimentaire en France... 27 3.1.1. Historique... 27 3.1.2. Contraintes et enjeux... 28 99

3.2. Typologie des structures d aide alimentaire... 30 3.2.1. Les Banques Alimentaires... 30 3.2.1.1. Fonctionnement... 30 3.2.1.2. Formes d aide apportées... 31 3.2.2. Les Restos du Cœur... 34 3.2.2.1. Fonctionnement... 34 3.2.2.2. Formes d aide apportée... 35 3.2.3. Les épiceries sociales et solidaires... 38 3.2.3.1. Fonctionnement... 38 3.2.3.2. Formes d aide apportées... 40 4. Conclusion à propos de l aide alimentaire... 42 Partie 2 : Hypothèses... 43 1. Travail exploratoire... 44 2. Hypothèse 1 : Le décalage s explique par le manque de moyens dont dispose l aide alimentaire... 45 2.1. Sous-hypothèse 1 : Les associations d aide manquent de ressources... 46 2.1.1. Des financements insuffisants... 46 2.1.2. Des approvisionnements insuffisants ou de mauvaise qualité... 47 2.2. Sous-hypothèse 2 : Les associations d aide manquent de moyens logistiques (transport, stockage, lieux d accueil, )... 49 2.3. Sous-hypothèse 3 : Le nombre de bénévoles est insuffisant par rapport au nombre de bénéficiaires... 52 3. Hypothèse 2 : Il y a un décalage au niveau des représentations concernant l aide alimentaire... 55 3.1. Sous-hypothèse 1 : Il y a un décalage entre les représentations des bénéficiaires et celles des bénévoles en ce qui concerne l alimentation et le repas... 55 3.2. Sous-hypothèse 2 : Il y a des divergences au sein même de l aide alimentaire 58 3.2.1. Des structures d aide organisées très différemment... 58 3.2.2. Un manque de coordination... 59 100

3.2.3. Des conceptions différentes du bénévolat... 60 Partie 3 : Méthodologie probatoire... 62 1. Focus groupes... 63 2. Entretiens individuels semi-directifs... 70 3. Observation de l aide alimentaire... 77 3.1. Observation de la distribution de l aide alimentaire... 77 3.2. Observation des ateliers... 80 Conclusion générale... 82 Bibliographie... 84 Table des annexes... 87 Table des figures... 98 Liste des tableaux... 98 101

UNIVERSITÉ DE TOULOUSE II - LE MIRAIL CENTRE D ÉTUDES DU TOURISME, DE L HÔTELLERIE ET DES INDUSTRIES DE L ALIMENTATION Mémoire de Master 1 Alimentation Parcours «Sciences Sociales appliquées à l Alimentation» L aide alimentaire en France Résumé : Les mangeurs en situation de grande précarité ayant recours aux structures d aide alimentaire ont une alimentation fortement contrainte et qui peut avoir des conséquences néfastes sur la santé. Il semble aujourd hui que cette population soit très hétérogène et regroupe des trajectoires sociales très différentes. Néanmoins, des critiques communes apparaissent en ce qui concerne l'aide alimentaire à cause de la réponse "unique" qu'elle semble proposer, à la fois en termes de nutrition mais aussi d échanges sociaux. Afin de mettre en évidence les origines possibles des divergences concernant l aide alimentaire en France, ce mémoire s attache donc d une part à explorer les particularités de l alimentation de ces mangeurs précaires, et d autre part à comprendre les différents acteurs impliqués dans l aide alimentaire et les réponses qu ils proposent en fonction des contraintes et des enjeux auxquels ils sont soumis. Une méthode qualitative est proposée afin d étudier ces phénomènes sur le terrain, auprès de bénévoles et de bénéficiaires de l aide alimentaire. Mots clés : aide alimentaire précarité - mangeur alimentation - représentations décalages. Summary: People living in insecure conditions, who have to turn to charities in order to eat, have very restrained eating possibilities that can lead to harmful consequences on health. Apparently, this population seems to be very heterogeneous and bring together lots of different paths in life. However, common criticisms appear regarding the narrow food aid delivered by charities food assistance, in terms of nutrition and social exchanges. In order to highlight the possible origins of these discrepancies in France, on one hand, this report explores insecure eaters particularities and on the other hand tries to understand the different protagonists acting in food charity and the answers they are providing, depending on issues and stakes they have to deal with. A qualitative method is presented in order to study this phenomenon on-site, among charities volunteers and beneficiaries. Key words: food aid charities insecurity eater eating habits - representations discrepancy. 102