Les filles de Sainte Paulin Marguerite Breton, Marie Vié et Marie-Sainte Vié sont trois émigrantes nées dans la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs de Paris, filles de Sainte Paulin et d Antoine Breton ou de Robert Vié, «premier sergent d une compagnie du régiment des Gardes.» Les filles de Sainte Paulin ont, semble-t-il, quitté la France successivement, après avoir atteint l âge de se marier. (1) Antoine BRETON Sainte PAULIN Robert VIÉ (2) Marguerite BRETON Marie VIÉ Marie-Sainte VIÉ (ca. 1637- av.1695) (ca. 1642-1682) (ca. 1649-1691) venue en 1651 1659 1664 Signature de Marguerite Breton. Marguerite Breton L aînée des émigrantes, Marguerite Breton, arrive en 1651 au plus tard : c est cette année qu elle signe un contrat de mariage avec Nicolas Patenostre, le 25 octobre. Cinq jours plus tard, ils célèbrent leur mariage à Québec. Nicolas, né vers 1622, est originaire de Berville en Normandie, dans l archevêché de Rouen ; son père est Nicolas Patenostre ou Patenaude et sa mère Adrienne Simon. De leur union naissent onze enfants :. Pierre, né le 21 janvier 1653 et baptisé le lendemain.. Jean, baptisé le 10 août 1654. Il épouse Marie Brunet le 25 octobre 1683.. Charles, né et baptisé le 21 mai 1656. Il épouse Françoise Séguin le 8 février 1694.. Pierre, né le 18 juillet 1658, baptisé le lendemain. Il épouse Catherine Brunet le 25 novembre 1685.. Marie, née le 16 mai 1660 et baptisée le lendemain. Elle épouse Claude Plante le 7 novembre 1678.. Louis, né et baptisé le 15 octobre 1662. Il est inhumé le 19 décembre 1705 à Montréal.. Gervais (ou Germain selon le recensement de 1666), né en 1664. Il est décédé le 24 janvier 1693 à l Hôtel-Dieu de Québec.. Nicolas, né le 18 avril 1666 et baptisé le 20 du même mois.. Marin, né le 15 février 1668 et baptisé le 25. Il épouse Marguerite Mercier le 11 novembre 1698 et décède le 13 juin 1715.. Marguerite, née le 26 novembre 1669 et baptisée le lendemain. Elle épouse Pierre Plante le 6 novembre 1691.. Élisabeth, née et baptisée le 18 septembre 1672. Elle épouse Jean Féron le 27 novembre 1696.
Contrairement à ce que l on peut relever parfois, Marguerite Breton n est plus en vie le 11 novembre 1698, date du mariage de son fils Marin Patenostre avec Marguerite Mercier. Elle et son époux ne sont certes pas dits décédés, mais lui l est pourtant depuis le 13 février 1679. Quant à Marguerite, si l on ne connaît pas sa date de sépulture exacte, nous savons cependant qu elle est décédée avant le 7 mars 1695, date à laquelle certains de ses enfants, sous la tutelle de Claude Plante, vendent leurs droits de succession à leur frère Marin.. Marie Vié Marie Vié part de France vers 1659. Peu de temps après son arrivée présumée, elle épouse le laboureur Hubert Simon dit Lapointe, le 27 novembre 1659. Lors de la rédaction du contrat de mariage, Marie Vié dit ne pas savoir signer. Né vers 1633 et arrivé vers 1657, fils de Guillaume et de Sébastienne Doublet, Hubert Simon est également originaire de la région parisienne. Leur couple engendre quinze enfants : Signature de Hubert Simon. Marie-Anne, née le 27 août 1660 et baptisée le lendemain. Elle épouse Louis Lavergne en 1675 (le contrat de mariage date du 26 mai 1675).. Pierre, né le 4 mars 1662 et baptisé le lendemain. Il épouse Anne-Jeanne Hardy le 3 février 1687.. Marie-Angélique, née le 2 mai 1663 et baptisée le lendemain. Elle passe un contrat de mariage avec Jean Jobin le 25 mars 1677 qui est finalement annulé, puis elle épouse Jacques Liberge le 13 janvier 1691.. Guillaume, né le 23 septembre 1664 et baptisé le lendemain. Il épouse Catherine Drouin le 17 novembre 1688.. Jacques, né et baptisé le 7 mars 1666. Il est cité le 15 juillet 1691 à Québec.. Marie-Madeleine, née et baptisée le 29 mars 1668. Elle épouse Philippe Létourneau le 14 février 1683.. Agnès, née le 19 mai 1669 et baptisée le lendemain. Elle épouse Jean-Baptiste Guay en 1691 (le contrat de mariage date du 17 juin 1691).. Marie-Françoise, née le 18 janvier 1671 et baptisée le lendemain. Elle épouse Étienne Godeau en 1694 (le contrat de mariage date du 3 décembre 1694) puis, en secondes noces, Charles Diel le 8 mai 1702.. Joseph, né vers 1672 et confirmé le 26 mai 1681 à Québec.. Ignace, né le 9 décembre 1674 et baptisé le lendemain.. Marguerite-Françoise, née le 18 novembre 1675 et baptisée le lendemain.. Augustin, né et baptisé le 10 juillet 1677. Il épouse Marthe Meroukiouetamoueoue en 1714.. Marie-Louise, née et baptisée le 10 juillet 1677. Elle épouse Louis Mercier le 30 avril 1703.. Anne, née le 20 mars 1679 et baptisée le lendemain. Elle épouse Henri Marion le 18 juillet 1718.. Charles, né le 11 août 1680 et baptisé le lendemain. Le ménage fait progressivement sa place au sein de la colonie : au recensement de 1667, Hubert Simon possède de deux bêtes à cornes et de douze arpents de terre en valeur. En
1681, il détient deux fusils, deux chevaux, huit bêtes à cornes et vingt-cinq arpents de terre en valeur. Le 29 février 1668, Hubert Simon comparaît comme demandeur devant la Prévôté de Québec, lequel «fait plainte que la nuit du dimanche au lundy dernier on luy a pris en sa grange la valleur de trois minots ou environ de bled dont ayant fait perquisition, Et sur ce quil luy a esté dit que le nommé Estienne Lagnel sortant d un chemin [ ] chargé sur une tresne quil tresnoit, ledit [Bastien Langellier dit le Poulailler] luy ayant demandé ce qu il trenoit auroit fait response ledit Laignel que cestoit des pois quil tresnoit chez Monseigneur lintendant.» Enquête faite, les juges de la Prévôté interrogent Étienne Lagnel qui refuse de répondre et est aussitôt emprisonné. Le 9 mars 1677, c est au tour d Hubert Simon de se défendre : Étienne Sédilot sieur Desnoyers veut qu il «soit condamné luy payer deux chiens d un grand service, quil luy à tuez en huit jours de temps.» Hubert Simon s explique alors : «q l est vray q l a tué un desd. chiens Environ Sur lheure de midy En Son Corps desfendant Et qu un petit chien q l avoit ayant esté attaqué par celluy du d r ayant voulu desfendre Son chien premierem t par Sa fille Led. chien ayant attaque Sad. fille Et SeStant Jette a Son visage luy desfend r y Seroit acouru Et q[ue] led. chien l ayant attaqué luy mesme Et mordu au ventre nicolas Gauvreau fut querir un fusil en sa maison dont luy desfend r tua led. chien, Et q[ue] Sans le Secours dud. Gauvreau Et de Jacques Guion, Le Marchand et Le Poitevin Led. chien lauroit estrangle» (Perron, Guy. "Prévôté de Québec. Tome V. transcription des volumes 9 et 10 (registres civils). 14 janvier 1676 au 14 décembre 1677. Les Editions historiques et généalogiques Pepin, Longueuil. 2004 - XVII - 417 p. et CD-ROM) Étienne Sédilot récuse cette spectaculaire version des faits, affirmant que «son chien n a jamais mordu personne» et le lendemain, après l audition de trois témoins, Hubert Simon est débouté et condamné à payer les frais de justice.
Jeune encore, Marie Vié tombe malade et décède dans une salle de l Hôtel-Dieu de Québec le 26 mai 1682. Elle est inhumée le lendemain. Hubert Simon lui survit près de vingt ans : il est enterré à son tour le 18 novembre 1704, à l âge présumé de 71 ans.. Marie-Sainte Vié La dernière fille de Sainte Paulin, Marie-Sainte Vié, débarque en 1664 au plus tard, avec une dot de 100 livres en «meubles habits et autres commoditté» : elle passe un contrat de mariage le 23 juillet de cette année avec Jean Poitras, émigrant originaire de Cugand dans le Poitou et menuisier de profession. Ils ont dix-sept enfants :. Charlotte-Françoise, née le 25 novembre 1665 et baptisée le lendemain. Elle épouse Jean Sédilot le 22 février 1689.. René, né le 3 décembre 1667 et baptisé le lendemain. On ne sait ce qu il devient après le recensement de 1681.. Louis, né et baptisé le 3 novembre 1669. Il décède en bas âge et est inhumé le 20 janvier 1670.. Jean, né et baptisé le 30 mai 1671. Il passe un contrat de mariage avec Jeanne Maufay le 23 mai 1694, mais rien n indique qu il y ait eu des suites.. Joseph, né le 18 mars 1673 et baptisé le lendemain. Il épouse Marie-Catherine Alain le 19 octobre 1705.. Marie-Madeleine, née et baptisée le 20 septembre 1674. Elle ne vit que deux mois et est inhumée le 29 novembre 1674.. François, né et baptisé le 7 novembre 1675. Il épouse Anne Petitclerc le 17 novembre 1699.. Pierre, né et baptisé le 20 juillet 1677.. Louis né et baptisé le 26 octobre 1678. Il décède le 9 novembre de la même année et est inhumé le lendemain.. Marie-Geneviève, née et baptisée le 13 novembre 1679. Elle décède le 29 août 1680 et est inhumée le jour même.. Denis, né et baptisé le 4 mai 1681. Il décède le 29 mai de la même année et est inhumé le lendemain.. Jean-Louis, né le 15 juin 1682 et baptisé le lendemain. Il épouse Madeleine Chevalier le 5 avril 1712.. Joseph-Lucien, né et baptisé le 6 août 1684. Il épouse Geneviève Moisan le 24 novembre 1708.. Françoise, né le 15 mai 1686 et baptisée le lendemain. Elle décède le 29 du même mois.. Marie-Josèphe, née le 26 avril 1687 et baptisée le lendemain. Elle épouse René Girard dit Brindamour le 29 janvier 1712.. Marie-Anne, née le 25 juillet 1689 et baptisée le lendemain. Elle épouse Joseph Capelier le 25 novembre 1717.. Pierre, né et baptisé le 7 avril 1691. Il décède le 30 juin 1691. Le couple vit à Québec et le 27 janvier 1667, c est encore une histoire de chien, dont l importance pour les travaux quotidiens semble notable, qui est évoquée à la Prévôté de Québec : Jean Poitras affirme qu Hilaire Chardonneret «a donné en presence de sa femme et en sa maison un coup de hache a son chien dont ledit chien est blessé en sorte quil ne pouvoit plus servir a tresner s il peut reschapper du coup qui luy couppa le rable.» Chardonneret reconnaît «quil est bien vray que la colere l ayant emporté il auroit donné un coup de hache
au chien dudit demandeur,» le croyant responsable d un certain dommage, causé en réalité par «le chien du sieur Fournier.» Le 14 septembre 1671, Jean Poitras a les moyens d agrandir sa propriété à Québec et de construire une maison de trente pieds par vingt pieds pour le prix de 400 livres. L année suivante, il engage Jean Patenostre, fils de Nicolas et de Marguerite Breton, en qualité de menuisier. Le 24 mai 1679, il acquiert une terre de la seigneurie Saint-Gabriel pour 1200 livres, étendue dès le 2 juillet 1679 d une parcelle contiguë pour 120 livres. Le couple peut louer la maison rue Sainte-Anne à Québec pour 1110 livres par an, en 1679 ; elle sera vendue aux Jésuites en 1682 pour compenser des dettes. En 1681, Jean Poitras détient un fusil, un cheval, quatre bêtes à cornes et vingt arpents de terre en valeur. D avril à juillet 1691, Marie-Sainte Vié est hospitalisée à Québec. Elle meurt le 28 juillet 1691. Son époux se remarie en 1695 avec Marie-Anne Lavoie et meurt à son tour à l Hôtel-Dieu de Québec, le 7 mai 1711. Marie-Anne Lavoie s éteint quelques jours plus tard. LACROIX Thomas mise à jour : 06/04/05