COEUR DE GRANDE-TERRE

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source : EOSAT/EDISAT un relief original sur un socle calcaire complexe La zone centrale de la Grande-Terre présente un relief plus élevé et plus mouvementé que le reste de l île, plus verdoyant aussi. En comparaison aux plaines occidentales et aux plateaux du Nord et de l Est, la topographie de la région est donc très originale, voire étonnante pour le visiteur à qui on a souvent parlé des paysages plats de Grande-Terre. Une vue aérienne ou une simple carte IGN permet de distinguer cette région d un coup d œil. Ce relief particulier est lié à la nature géologique du sous-sol, caractérisée par un socle calcaire ancien («calcaires inférieurs») qui a été plissé sous l effet des contraintes tectoniques. Par conséquent, le socle calcaire est bombé («anticlinal»), avec un point haut au centre de la zone (Morne l Escale, 135 m), point culminant de la Grande-Terre. En périphérie, ce socle ancien est recouvert d un substrat calcaire plus récent («calcaires supérieurs»). L ensemble a été affecté par un puissant jeu de failles qui dicte en partie le relief de la région, notamment au Sud, sur le secteur de Gosier. L érosion a fortement modelé ce socle calcaire complexe. Le bombement de l anticlinal a généré ici une érosion karstique tout à fait spécifique pour aboutir au relief actuel très mouvementé, composé essentiellement d un réseau de vallées étroites et sinueuses. le cœur de la Grande-Terre est bien distinct des plateaux, même sur une vue satellitaire le relief très mouvementé des Grands Fonds (Bertrand) le substrat calcaire exploité dans les carrières de tuf (Fond Bertrand) 235

un climat plus humide Le Cœur de la Grande-Terre présente des dimensions relativement imposantes en toutes largeurs (20 km de Sainte-Anne à Vieux-Bourg). Le parcours des alizés porteurs des nuages (de direction Est dominante) est donc suffisamment long pour influencer les conditions climatiques locales («effet de continentalité»). Dans la réalité, un gradient climatique s opère au sein de la zone, avec une partie Sud plus sèche que le secteur plus au Nord. Un gradient écologique s en suit au sein du grand ensemble paysager : la végétation mésophile, souvent rencontrée au Nord, se cantonne aux fonds de vallée plus frais dans la partie Sud où la végétation xérophile est globalement plus fréquente. des mornes secs et des fonds humides Le socle calcaire de la Grande-Terre est très perméable, entrainant une infiltration rapide des précipitations dans le sous-sol. Les rivières y sont donc moins nombreuses et moins imposantes qu en BasseTerre. Les sols sont souvent secs en surface, surtout quand ils sont peu épais, voire squelettiques. C est le cas des nombreux mornes de la région. La forte ventilation de ces mornes accentue encore la sécheresse locale. fonds humides des vallées des Grands Fonds (Besson) 236 Les précipitations annuelles y sont plus importantes que dans le reste de la Grande-Terre. La légère élévation topographique tend à accentuer ce phénomène. À l inverse, les fonds de vallées et les zones basses ont accumulé des argiles d érosion. Leurs sols sont donc plus épais et moins drainants que sur les mornes, retenant mieux les eaux de surface. De petites ravines, parfois intermittentes, s y écoulent lentement. Des zones humides se développent quand la pente devient trop faible. À l occasion de fortes pluies ces zones basses sont souvent l objet d inondations temporaires. L eau qui s infiltre dans le sous-sol calcaire alimente une nappe aquifère souterraine de grande ampleur. Celle-ci affleure localement, au gré des accidents géologiques (par exemple source de Poucet).

de nombreuses carrières d exploitation du tuf Le socle calcaire du Cœur de Grande-Terre fournit un matériau très apprécié des entrepreneurs du BTP : le tuf. Le relief mouvementé de la région offre de multiples occasions d exploitation aisée du tuf, en pied de morne. Les carrières sont donc nombreuses, mitant le paysage très verdoyant et accidenté. Les grands fronts de taille gris-beige, de formes très anguleuses et artificielles, ont souvent un impact visuel fort, surtout quand il s agit d extraction sauvage, réalisée sans contrôle des autorités et sans précaution paysagère. Heureusement, le relief environnant limite souvent la portée visuelle de cet impact. Très rarement réhabilitées en fin d exploitation, ces carrières offrent des surfaces planes qui sont fréquemment utilisées pour des implantations d habitat privé spontané. Ces constructions soulignent alors la présence de l ancienne carrière en limitant la recolonisation du site par la végétation naturelle. Ces carrières donnent à voir directement la nature du socle géologique local. À ce titre, elles ont un certain intérêt pédagogique (confirmé par l Inventaire des sites géologiques remarquables de la Guadeloupe, BRGM, 2003-2007). carrière de Terrasson carrière de Plaisance 237

une extension urbaine forte et mal maîtrisée Que l on soit dans les Grands Fonds ou plus près de Gosier, la progression de l urbanisation est forte depuis plusieurs décennies et ne se fait pas toujours dans le respect des paysages et des milieux naturels. Cela se traduit par des implantations de bâtis toujours plus nombreuses, souvent sans souci d intégration harmonieuse dans l environnement : les zones littorales fragiles, les crêtes de mornes très exposées au regard et les fonds très ouverts des carrières en fin d exploitation sont pris d assaut par les constructions individuelles. Les milieux naturels inondés (mangrove, prairies humides, etc.) sont alors remblayés au moyen de gros volumes de tuf qui sont prélevés ailleurs (ou parfois sur le site même) en taillant franchement dans les reliefs calcaires. Ainsi, l urbanisation tend à s étendre au-delà de ses sites d implantation traditionnels où elle s était cantonnée jusqu à une période récente. constructions récentes à Gosier, remblayées sur les milieux naturels du littoral extension urbaine dans les Grands Fonds terrassement en vue d opération immobilière dans les Grands Fonds 238

Cartographie synthétique du Grand Ensemble Paysager du Cœur de Grande-Terre : limites, unités & caractéristiques majeures Échelle approximative : 1/90 000e 239