09. SAINT-LIZIER Monument aux morts De la guerre de 1914-1918 et de la guerre de 1939-1945 Étude Inscriptions Documents Sources Illustrations Étude communale Au cours de la Grande Guerre, vraisemblablement en 1916, la paroisse de acquiert une estampe auprès de la Maison de la Bonne Presse sise à Paris. Mis sous cadre, ce document porte, dans un premier temps, la liste des soldats morts entre 1914 et 1916 dactylographiée sur un papier collé sous l image. Les noms de ceux morts de 1917 à 1918 sont ensuite manuscrits sur deux papiers collés sur le verre. Puis, en 1919, la commune reçoit des l Union des Grande Associations françaises l imprimé portant l œuvre signée de Jean-Alexandre Coraboeuf. Aussitôt complété, suivant en cela à l exemple d autres communes, ce document est mis sous verre et accroché au mur dans la mairie. C est le 5 avril 1920 que le monument aux morts de situé sur la place publique est inauguré. Financé par la mairie (500 francs) et par une souscription recueillie par la paroisse (5 314 francs), complété par les ressources personnelles de l abbé Gros, desservant de la paroisse (1 044 francs), ce monument est édifié à l emplacement d une croix de mission érigée le 22 février 1898. La liste des personnes ayant souscrit à ce projet indique la participation de 197 familles, nombre relativement élevé par rapport à la population recensée en 1921, 1162 habitants. Les versements s effectuent selon les possibilités de chacun et si certains donnent 2 à 3 francs, la comtesse de Terssac donne 1 000 francs, la moyenne étant de 27 francs, hors versement du curé Gros. L objectif de cette liste était, ensuite, d établir un «livre d or de la reconnaissance envers nos glorieuses victimes».
Monsieur Lagarde, tailleur de pierre ayant réalisé d autres monuments en Couserans, construit celui de et la croix en fer, d un coût de 1 120 francs, transportée par monsieur Gaston, remplace celle en bois. Aussi, une nombreuse foule, une représentation religieuse importante (près d une vingtaine de prêtres), le maire et son conseil participent à la journée inaugurale. Au milieu des années 1970, la croix monumentale portant une statue en fonte du Christ (celle dressée depuis 1898) sera remplacée par celle, plus modeste, actuelle. Enfin, le quatrième lieu de mémoire de la commune est une plaque en fer, peinte, située sous le préau de l école Fanny Reich. Elle commémore les 32 enfants venus avec leurs familles se réfugier dans le département. Assignés à résidence, surveillés, ils furent arrêtés par la police française le 26 août 1942, puis internés au camp du Vernet, ensuite au camp de Drancy, enfin à celui d Auschwitz. Aucun d eux ne revint. Fanny Reich, la plus jeune d entre eux, âgée seulement de deux ans, symbolise la déportation de ces enfants et plus généralement de tous les déportés. A l initiative du musée départemental de la Résistance et de la municipalité d Etienne Dedieu, cette plaque est inaugurée le 21 mai 1998 en présence du préfet de l Ariège et de nombreuses autorités régionales et départementales. Inscriptions La liste suivante est établie à partir du relevé des noms et prénoms gravés sur le monument aux morts de érigé depuis le 5 avril 1920. Elle comporte 27 noms et prénoms, celle du tableau commémoratif de la cathédrale 24 et celle du tableau situé à la mairie 22. Les informations complémentaires (dates et lieux de décès, de naissance, grade et régiment) en bleu proviennent du site «memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr» et celles portées en rouge du centre des archives contemporaines (Archives Nationales) à Fontainebleau (77). Les archives contemporaines (CAC) détiennent les listes par départements et communes des soldats «Morts pour la France» au cours de la Grande Guerre. La loi du 25 octobre 1919 prescrit, en effet, qu un Livre d Or sera déposé au Panthéon et que chaque commune en recevra un extrait. Il renfermera les noms des combattants des armées de terre et de mer 1 et ceux des «non-combattants ayant succombé à la suite d actes de violences commis par l ennemi, soit dans l exercice de fonctions publiques, soit dans l accomplissement de leur devoir de citoyen» morts entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919 date officielle de la cessation des hostilités. Ce Livre d Or n a jamais été versé au Panthéon et les listes se trouvent aux archives à Fontainebleau. Pour l armée de terre, le service de l Etat civil et des Sépultures Militaires du ministère des Pensions dresse ces listes documents historiques - vers la fin des années 1920. En réponse à la liste envoyée par ce service, le maire d alors demande dans sa lettre du 16 septembre 1929 quelques modifications. Les deux radiations proposées (celles de Bielle et Perreu ne sont pas de ) sont acceptées, les inscriptions nouvelles refusées. Le nom du lieutenant Bize, résident en 1914 à Saint-Girons, est porté dans cette commune. Pour la même raison, le nom du soldat Pierre Piquemal est porté à Taurignan-Castet., au recensement de 1911, compte 1 280 habitants et les 27 noms portés sur le monument aux morts correspondent à 2,1 % de la population de cette ville. Le Livre d Or établi par le ministère des Pensions comporte 24 noms de «Morts pour la France». Les modifications apportées par cette administration sont le résultat de recherches effectuées par ses services auprès des communes (lieu de naissance du soldat mort ou son lieu de résidence avant guerre ou bien à sa date de décès). Les radiations et demandes refusées résultent des raisons invoquées ci-dessus. En revanche, le nom d Albert Barthet semble avoir été ajouté en début de la liste gravée sur le monument aux morts, ce nom ne figurant sur aucun des deux tableaux commémoratifs. 1 L armée de l air française, dépendant de l Armée de terre depuis 1909 est une arme à part entière depuis 1934.
Militaires morts en 1914-1918 NOM PRENOM Date décès Lieu décès Date et lieu de naissance BARTHET Albert 15 avr 1918 Evricourt 28 juil 1892 (Oise) Comte de Marie Charles 25 sept 1914 Verdun 14 août 1881 TERSAC Jean (Meuse) FERRE Etienne 12 déc 1916 Souhesmes 17 déc 1883 (Meuse) VIGNAU Girons VIGNAU Jean 2 fév 1916 Fouilly 10 déc 1883 (Somme) Lescure OULIEU Jean Marie 29 août 1914 Rougement 22 jan 1889 (Haut-Rhin) BONZOM 6 sept 1914 Saint-André 7 juil 1883 (Meuse) BONZOM Adolphe BONZOM Alphonse 29 août 1916 CVaux-le- 11 fév 1893 Chapitre (Meuse) BONZOM Charles 1 e nov 1914 Wytschaete 13 sept 1890 (Belgique) ROZES Marcel Jules 17 sept 1914 Vitry-le- François TIGNOUS Jean 24 sept 1914 Lacroix-sur- Meuse 10 juil 1893 23 nov 1883 Grade Regiment soldat 205 e R. I. caporal 44 e R. I. Cle sergent 412 e R. I. soldat 24 e R. I. soldat 83 e R. I. soldat 44 e R. I. Cle sergent 15 e R. I. soldat 143 e R. I. soldat 14 e R. I. soldat 44 e R. I. PUJOL Jean Louis 30 sept 1914 Moulins 22 juil 1880 soldat 283 e R. I. (Allier) Montjoie PAGES Antoine BIZE Léonce Lieutenant VERGE Jean 24 fév 1915 Vitry-lefrançois 14 déc 1891 Caumont soldat 2 e R. Génie BRUNET BRUNET Maxime Maximilien 6 sept 1914 Blaise-sur- Areillières BRUNET Jean-Marie 29 mars 1915 Reichacharko pf (Haut- Rhin) ORTET François 25 sept 1915 Roclincourt (Pas-de- Calais) CAMEL Pierre SOULA PUJOL Jean ARAGON Charles 16 avril 1917 Vendresse (Aisne) ARAGON Jean 18 sept 1918 Vernon (Eure) LAFFONT Jean 18 oct 1918 Olizy François (Ardennes) Philippe ROYER Etienne Marie 21 oct 1918 Olizy (Ardennes) 28 fév 1882 Sentaraille 10 juil 1891 6 juil 1895 14 juil 1894 18 fév 1886 1 e mai 1886 soldat soldat 24 e R. I. Cle 24 e Bat. Chasseurs soldat 88 e R. I. adjudant 146e R. I. soldat capitaine 9 mars 1896 Rieux (Hautesergent 7 e Bat. Chasseurs 8 e R. Marche de Tirailleurs R. I. Cle du Maroc
DEDIEU PIQUEMAL Marcelin Pierre 16 juin 1915 Arras (Pasde-Calais) Garonne) 4 jan 1894 Sentarailles caporal 83 e R. I. CAU Jean Sosthène 7 oct 1918 Hauvivé (Ardennes) DEDIEU Pierre 9 sept 1916 Verdun (Meuse) DUPUY Paul 16 juin 1917 Oeuilly (Aisne) ROUGE François 22 déc 1914 Perthes-les- Hurlus 28 nov 1896 Esrée (Ariège) 17 sept 1880 21 août 1891 Esplas 14 juin 1893 Rimont soldat 234 e R. I. soldat 283 e R. I. soldat 22 e R. I. soldat 59 e R. I. Personne décédée en 1939-1945 NOM PRENOM Date décès Lieu décès Date et lieu de naissance LINGUA de Marie François 6 juin 1940 Saisseval 18 fév 1893 SAINT- Raoul (Somme) BLANCAT Grade Regiment capitaine 60 e R. I.
Documents Document 1 Extrait cadastral du village et de l emplacement occupé par le monument aux morts non cadastré 2003 B1.
Document 2 Discours de monsieur de Terssac, maire de pour l inauguration du monument aux morts le 5 avril 1920. L un de nos plus beaux poètes a dit avec amertume : «De quelque nom que le regret s appelle, L homme, par tout pays, en a bien vite assez» Mais il ne prévoyait pas votre holocauste, glorieux morts de la grande Guerre, et sa vision ignorait la rançon que devaient payer nos larmes. Non, non, nous ne sommes pas saturés de pleurs, las de nos regrets ; leur origine est si haute, leur source si noble, si touchante, que loin de les laisser s éteindre, nous avons voulu les fixer, les immortaliser en quelque sorte par la pierre et le marbre. Ce monument est l expression de la fidélité que nous gardons à la mémoire de nos morts. Fidélité unanime, fidélité non seulement des cœurs brisés, des foyers décimés, mais encore fidélité de l amitié, fidélité du voisinage, fidélité des compagnons du champ et de l atelier, fidélité de la commune entière dont je me fais l interprète, fidélité qui vous a inspiré mes chers amis et compatriotes un élan de générosité sans précédent dans nos annales. Témoignage de la vitalité de nos souvenirs, de la constance de nos sentiments, le Mémorial érigé aujourd hui sur notre sol proclame aussi notre gratitude et notre admiration pour nos concitoyens tombés au champ d honneur. Ces braves sont le tribut levé par la providence dans notre vieille Cité pour la rédemption de la France. Ils ont été choisis comme les plus dignes ; à cause d eux, peut-être nous, leurs frères, nous fûmes épargnés. Leurs corps sanglants, mutilés, perdus anonymement dans les hécatombes qui épouvantèrent le monde ont fait la force invincible de ce rempart de 1 500 500 morts dont la protection nous a permis de défendre pouce par pouce la terre de France et de rallier la victoire à nos étendards. Pour cela seul nous devrions à nos chers Morts une imprescriptible reconnaissance. Mais avec quel accent pourrons-nous les remercier de la richesse que leur immolation apporte à notre patrimoine moral, et de l émouvante leçon d idéal français qui se dégage de leur sacrifice. Mobilisés par discipline, combattants par devoir, ils sont morts martyrs, martyrs de la Patrie. Ils ont eu foi en elle, foi en ses 16 siècles de gloire, foi en sa destinée. Ils ont connu que la France est en vérité le geste de Dieu, l âme de toute civilisation et que si elle venait à disparaître de la carte du monde l humanité entière en resterait amoindrie. La patrie s est révélée en eux comme un héritage sacré dont la sécurité et la continuité intéressent tous ses enfants. Ils ont senti que pétris d elle, nourris de son sol, riches de ses beautés, des traditions impérissables de son génie, des espérances de son avenir, ils ne pouvaient que l aimer, et ils l ont aimé jusqu au sang, jusqu à l abnégation suprême, jusqu à la mort. Leur fin héroïque est le démenti jeté par la France à un ennemi brutal et vain qui la représentait à l Europe anxieuse comme une nation finie, morte à l honneur militaire, au patriotisme. Par le vieil instinct national, retrouvé au fond de leur conscience, souvent ignorante de sa présence, ces élites sacrifiées ont repris et nous ont rendu la place qui nous revenait dans l admiration des peuples. Par eux, nous avons su ce que nous valions, ce dont nous étions capables, nous nous sommes reconnus en eux, et pleins d une légitime fierté, devant leur exemple, nous avons résolu de consacrer au salut de la France toutes nos forces vives, tous les battements de nos cœurs. Comme les coureurs antiques qui se passaient la torche enflammée pour propager la lumière nous avons reçu de leurs mains défaillantes le flambeau de l amour patriotique et il convient que nous le portions haut, très haut comme un trophée. Si le poilu a été, comme on l a dit, l étonnement du monde, nos héros morts en seront à jamais l émerveillement. Champions d une cause sublime, ils ont apporté dans l accomplissement d une tâche surhumaine, les vertus devant lesquelles on s incline et dont se nourrit l enthousiasme.
Les compagnons de Jeanne d Arc et d Henri IV, les volontaires de Valmy, les grognards de Napoléon leur avaient légué une tradition de valeur souriante, ouverte, une chevaleresque insouciance du danger, le courage prompt et facile, qui d un mot heureux nargue la crainte. Mais à eux les soldats de cette douloureuse guerre de 4 ans était réservé d ajouter aux vertus guerrières françaises, la patience des longs mois de tranchée, la ténacité froide sous les rafales d obus et de balles, l endurance de souffrances multiples, si pénétrantes, si déchirantes qu aucun mot de notre langue ne peut en rendre l horreur et la cruauté. Comme couronnement de ce continuel et tragique renoncement, la mort sans panache, sans faste, la mort obscure dans un hôpital, dans une cagna abandonnée, dans les plaines ignorées, la mort méritante, la mort sainte, la mort, dernier hommage au devoir, dernier salut au drapeau. Ah mes chers amis, glorifions ceux que nous avons perdus, exaltons-les, qu ils vivent à jamais dans nos cœurs et dans notre souvenir. Rappelons-nous que la victoire dont ils sont les principaux artisans rayonne au nimbe de gloire dont le visage de la France s orne pour l immortalité. Cette gloire hélas, n est qu un adoucissement à l amertume dont nos âmes sont encore submergées. Pourrait-il en être autrement dans la perte irréparable d êtres si chers, si aimés, qui nous appartenaient par toutes leurs fibres, car chacun des noms gravés ici sur cette pierre tumulaire est un lambeau arraché au cœur de parents inconsolables, d épouses et d enfants éplorés. Certains sont frappés doublement dans leurs deux fils ; plus loin, dans la funeste liste s inscrivent le fils et le gendre, ou bien le fils, soutien unique d une mère veuve, d une mère âgée. Ailleurs, ce sont des frères enlevés à des familles nombreuses et unies ; des époux, des pères que des liens si doux semblaient devoir enchaîner à la vie et qui sont partis laissant à leur compagne la lourde tâche de l éducation des enfants et le souci du pain quotidien. Plus douloureusement atteintes peut-être sont les familles des disparus, eux dont les dernières paroles resteront sans écho et dont la tombe demeurera ignorée de ceux qui les chérissaient. Il semble que parmi nous la mort ait voulu composer de ses coups un symbole, le symbole des énergies qui ont sauvé la France. Elle a frappé à tous les degrés de l échelle sociale ; son signe exterminateur a marqué l humble et le puissant, l adolescent et l âge mûr, elle a arraché le laboureur au sillon, le faucheur à la moisson, l instituteur à l école ; elle a brisé la carrière pleine de promesses de l officier et l outil dans la main de l ouvrier. Elle a libéré le serviteur et l employé, jeté au même linceuil (sic) le manœuvre et le gentilhomme. Emouvante phalange que ces enfants de immolés sur l autel de la Grande France! C est à bon droit que notre chère ville les revendique comme un nouvel et splendide fleuron ajouté à son diadème, c est justement qu elle s enorgueillit de les avoir vus naître, et grandir dans l enceinte de ses vieilles murailles et en rendant aujourd hui un grandiose et public hommage à leur mémoire elle atteste par eux la noble fécondité de sa vieille sève. Certes ces Gascons n ont pas menti au sang de leur père, renié leur légendaire bravoure ; moissonneurs de lauriers, ils se sont jetés dans toutes les mélées, fidèles à leur cri de guerre de jadis «Hardi, Gascons». La mort jalouse de tant de vaillance les a pris dans ses bras de feu pour les jeter loin des combats et des angoisses de la terre² dans le sein de Dieu. Dans le triomphe de la paix éternelle leurs âmes demeurent unies à nos cœurs, dans la sérénité bienheureuse, ils tressaillent encore lorsque montent vers eux comme une immense acclamation le cri de la Patrie Victorieuse «Vive la France»
Sources Archives départementales de l'ariège : registre de délibération de, années 1920 Archives départementales de l'ariège : 237 EDT / M1, liasse monument aux morts ( années 1920-1921) Archives départementales de l'ariège : 2PER 50, la Croix de l'ariège, année 1920 Archives privées : bulletin paroissial de, année 1920. Archives contemporaines de Fontainebleau (77) : 19860711-046-F9-3946 Site internet du Ministère de la Défense : www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Illustrations Figure unique Vue d ensemble du monument aux morts inauguré en 1920. Phot. Région Midi-Pyrénées J.-F. Peiré 02 09 0894 NUCA