Économie - Chapitre 3 Concurrence Imparfaite



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Transcription:

Économie - Chapitre 3 Concurrence Imparfaite Université Panthéon-Assas Collège de Droit 1 ere année Etienne LEHMANN Professeur d Économie à l Université Panthéon-Assas etienne.lehmann@ensae.fr http ://www.crest.fr/pageperso/lehmann/lehmann.htm 8 avril 2013 1 / 24

1 Introduction 2 Le comportement d un monopole Les entreprises sont-elles preneuses de prix ou faiseuses de prix? Le comportement d une entreprise monopolistique 3 La politique de la concurrence en pratique Quelques élément empiriques Le monopole naturel : quand la concurrence n est pas possible Monopoles et innovations : un lien ambigu Monopsones 2 / 24

Chapitre 1 : si les hypothèses H1, H2, H3, H4, H5 et H6 sont vérifiées Laissez faire les agents économiques sur le marché aboutit à une allocation des ressources qui est Pareto efficace (1er théorème de l économie du bien-être). Il n est alors pas possible d aboutir à une autre allocation des ressources réalisables sans que cela ne se fasse au détriment au moins de certains agents économiques. Dans ce chapitre, nous allons remettre en cause l hypothèse H3 : les entreprises sont atomistiques. 3 / 24

Les entreprises sont-elles preneuses de prix ou faiseuses de prix? Le cadre du chapitre 1. Un bien unique produit exactement de la même manière par un grand nombre I d entreprises. Chaque entreprise est alors obligée de vendre exactement au même prix que les autres. En pratique, deux entreprises ne produisent jamais exactement le même bien, avec les mêmes caractéristiques au même endroit,... 4 / 24

Les entreprises sont-elles preneuses de prix ou faiseuses de prix? Le concept de concurrence monopolistique : chaque entreprise est en monopole sur le bien qu elle produit spécifiquement. Mais les consommateurs peuvent plus ou moins facilement remplacer ce bien par des biens proches produits par des entreprises concurrentes. Exemple : Renault est en monopole pour produire la Twingo. Mais PSA produit la 107, Fiat la Panda,... En quoi les incitations perçues par une entreprise en monopole ( faiseuse de prix ou price-maker) diffèrent des incitations perçues par une entreprise atomistique ( preneuse de prix ou price-taker)? 5 / 24

Le comportement d une entreprise monopolistique Le monopole a conscience qu il doit baisser ses prix pour que les consommateurs achète sa production. Il fait face à une fonction de demande D(p) décroissante. Il produit x = D(p). Pour vendre plus, il doit diminuer son prix. Imaginons que le monopole produise une quantité x. A-t-il intérêt à modifier sa production? 6 / 24

Le comportement d une entreprise monopolistique 1 Augmenter la production d une unité augmente les recettes, et donc augmente le profit de p, où le prix est tel que D(p) = x. 2 Augmenter la production d une unité augmente les coûts de production du coût marginal et donc réduit le profit de C m (x). 3 Effet spécifique au monopole : Pour vendre une unité en plus, le monopole doit baisser son prix de p tel que x x = ε p p p = 1 ε p x où ε représente l élasticité prix de la demande auquel fait face le monopole (et x = 1 lorsque l on évalue les effets d une hausse de la production de une unité). Cette baisse du prix diminue le profit de p x = 1 ε p. 7 / 24

Le comportement d une entreprise monopolistique Le monopole comprend que de produire une unité en plus modifie ses profits de p C m (x) 1 ε p Une entreprise atomistique ne tient compte que des deux premiers effets. Résultat Le niveau de( production qui rend le profit de la firme maximal est telle que C m (x) = p 1 1 ) ( p = 1 + 1 ) C m (x). ε ε 1 Le coût marginal est inférieur au prix. Un monopole est incité à produire moins qu une entreprise atomistique pour pouvoir vendre plus cher. Un monopole est incité à produire moins que ce que souhaiterait un planificateur omniscient omnipotent et bienveillant. 1 Le terme représente le taux de marge, c est à dire l augmentation ε 1 du prix par rapport au coût marginal. 8 / 24

Le comportement d une entreprise monopolistique Résultat Le niveau de( production qui rend le profit de la firme maximal est telle que C m (x) = p 1 1 ) ( p = 1 + 1 ) C m (x). ε ε 1 Plus la demande est élastique (ε élevé), moins le monopole se comporte différemment d une entreprise atomistique et plus le taux de marge 1 est faible. ε 1 Le marché des baguettes de pain dans le XVeme. Les productions de chaque boulangeries se ressemblent beaucoup plus et sont donc très substituables. Si un boulanger augmente un tout petit peu son prix, il est très facile pour ses clients d aller voir le concurrent d à côté, et donc ε est vraisemblablement très élevé Le marché des avions long courriers à plus de 400 passagers : A380 versus B747 ou le marché de la voiture sont des marchés où les consommateurs vont moins facilement remplacer un produit par celui d un concurrent (ε faible). 9 / 24

Quelques élément empiriques L impact des monopoles est-il anecdotique? : L exemple de la régulation de l immobilier commercial. Avant 1974 : la principale démarche pour créer un nouveau commerce est un permis de construire. Loi Royer (1974) : Avoir une autorisation par une commission départementa comprenant des représentants de la profession, des consommateurs, et des élus pour ouvrir un commerce sur une surface de plus de 1500 m 2. A cette époque, ces commissions départementales étaient quasiment les seuls leviers distinguant la politique économique entre les départements ; Bertrand et Kramarz (2002) Does Entry regulation hinder job creation? Evidence from the French retail industry Quarterly Journal of Economics : Est-ce que les départements qui ont accorder le plus facilement des autorisations ont connu une évolution différente de l emploi dans le secteur commerciale et des prix? 10 / 24

Quelques élément empiriques Figure 1: Effet sur l emploi dans le commerce : Bertrand et Kramarz (2002). Page 1383 11 / 24

Quelques élément empiriques Figure 2: Effet sur l emploi dans le commerce : Bertrand et Kramarz (2002). Page 1394 12 / 24

Quelques élément empiriques Figure 3: Effets sur les prix : Bertrand et Kramarz (2002) Page 1399 13 / 24

Quelques élément empiriques La loi Royer a officiellement été mise en place pour protéger le petit commerce. Loi Raffarin (1996) soumet toutes création, extension ou tout transfert d?activité d?une surface de vente de plus de 300m 2 à l?autorisation d?une commission départementale composée de trois élus, d?un représenta des consommateurs et de deux représentants des professionnels. Selon Askenasy et Weidenfeld la loi Raffarin aurait surtout aidé les grands groupes français (Carrefour, Auchan,...) à se protéger contre l arrivée des hard discounters allemands. A terme, un différentiel de prix pour les consommateurs d environ 7% pour le prix de l alimentaire. 14 / 24

Quelques élément empiriques Figure 4: Askenasy et Weidenfeld Page 28 15 / 24

Quelques élément empiriques Figure 5: Askenasy et Weidenfeld Page 37 16 / 24

Le monopole naturel : quand la concurrence n est pas possible La concurrence est en théorie souhaitable mais n est pas toujours réalisable Si les coûts fixes de production sont très importants, un planificateur bienveillant omniscient et omnipotent préfèrerait qu une seule entreprise paye les coûts fixes. La laisser faire entrainerait une production trop faible à un prix trop élevé. Il n est pas toujours possible ni même souhaitable de faire entrer un concurrent. Exemple : La liaison TGV Marseille - Nice a un coût estimé à 15 milliards d euros alors que le chiffre d affaires du groupe SNCF s élève à 33, 8 milliards d euros en 2012 et que le résultat net de 383 millions d euros. 17 / 24

Le monopole naturel : quand la concurrence n est pas possible Prenons le cas où la fonction de coût C (x) = c x + F et la satisfaction marginale du consommateur représentatif est de S m (x) = a b x Un planificateur bienveillant, omniscient et omnipotent désirerait imposer une quantité x telle que S m (x ) = C m (x ). La quantité optimale x vérifie alors a b x = c et donc x = a c b. Dans une économie de marché, les consommateurs choisirait la quantité qu il consomme de telle sorte que S m (x) = p. Si une entreprise atomistique rentrait sur le marché, il serait nécessaire que p = c = C m (x) Mais alors, son profit serait de π = p x C m (x) = p x c x F = (p c) x F = F négatif. Les coûts fixes se révèlent alors trop important pour qu une entreprise atomistique ait intérêt à rentrer sur le marché. On parle de monopole naturel dans une situation où les coûts fixes sont tellement élevés qu une entreprise atomistique (preneuse de prix) ferait des profits négatifs si elle rentrer sur le marché. 18 / 24

Le monopole naturel : quand la concurrence n est pas possible Que doit faire l Etat en présence de monopole naturel? 1 On peut alors laissez faire un monopole privé qui produira, mais trop peu et trop cher. 2 On peut aussi laisser le marché vide. 3 On peut demander à un monopole public de produire la quantité optimale x au prix p = c = S m (x ) et compenser les pertes par des subventions d exploitation. Les dirigeants du monopole public connaissent en général bien mieux les coûts marginaux et fixes que l Etat. Ils ont intérêt à prétendre que leurs coûts fixes et marginaux sont plus élevés qu ils ne le sont en réalité. Directives européennes. Séparer dans ces secteurs la gestion des infrastructures où se concentrent les coûts fixes et qui seront subventionnés de leur utilisation qui doit être soumis à la concurrence. Transport ferroviaire : RFF versus SNCF. Électricité : RTE versus EDF,... 19 / 24

Monopoles et innovations : un lien ambigu Jusque ici, une vision statique. L innovation (le progrès technique) modifie dans le temps ce que les entreprises peuvent faire. Le progrès technique est le fruit de la recherche publique, de l expérience et de l apprentissage Mais il est aussi le fruit des investissement des entreprises privées en Recherche et Développement (R&D). Qu est ce qui incite les entreprises privées à engager de telles dépenses? 20 / 24

Monopoles et innovations : un lien ambigu On distingue les innovations de produits et les innovations de procédés (produire le même bien moins cher/ plus efficacement). Une innovation de produit permet à une entreprise privée de se retrouver en situation de monopole (Apple et iphone, Airbus et A 380,...) Une innovation de procédé permet de vendre moins cher, et donc de gagner des parts de marché, voir de devenir monopole sur le marché. Devenir un monopole, ou renforcer son pouvoir de marché est donc un moteur aux investissements des entreprises en recherche et développement. Imitation et passager clandestin : en copiant un innovateur, peut bénéficier des investissements en R&D sans en subir le prix (externalités) 21 / 24

Monopoles et innovations : un lien ambigu Sans protection des innovateurs (droit de la protection intellectuelle), réaliser une innovation ne peut créer une situation de monopole et les profits qui lui sont associés. Trop protéger les innovateurs (durée de validité des brevets,...) renforce au contraire les inefficacités liés à la présence de monopole (vente à un prix trop élevé en trop petite quantités). Un dilemme délicat. Il ne faut pas trop de concurrence dans les secteurs où les investissements en R&D sont importants pour maintenir une incitation à l innovation, mais il en faut quand même pour éviter des prix trop élevés... Et également pour inciter à rester plus performants que les concurrents (iphone 5 au lieu de i Phone 4 chez Apple, Windows 8 au lieu de Windows 7, etc. ). Le même dilemme se pose également pour les livres, les CD, les logiciels,... qui sont aisément reproductibles (coûts marginaux de production très faibles), mais qui nécessite un coût fixe de création qu il faut (un peu) protéger. 22 / 24

Monopoles et innovations : un lien ambigu Trithérapie contre le Sida en Afrique du Sud Au sein de l organisation mondiale du commerce (OMC), les accords TRIPS (Trade-Related aspects of Intellectual Property Rights) assure une certaine protection des innovateurs au sein des pays membres. Les inventeurs d un médicament peuvent exiger des royalties pendant 20 ans. Les TRIPS prévoient des exceptions notamment en cas d urgence sanitaire. En 1997 10% de la population sud-africaine est touchée par le VIH. Une année de trithérapie coûtait entre 20 000 $ et 30 000 $. Une année de trithérapie générique 400 $. Le 19 avril 2001, les industries pharmaceutiques ont renoncé à poursuivre le procès qu elles avaient engagé contre le gouvernement sudafricain coupables à leurs yeux de produire ou d importer des traitements contre le SIDA sans passer par les brevets des grandes compagnies (campagne auprès de l opinion publique internationale). 23 / 24

Monopsones Un monopsone est une situation dans laquelle un seul acheteur fait face à de nombreux producteurs atomistiques. Par rapport à un acheteur preneur de prix, un monopsone à intérêt à acheter moins pour acheter moins cher. Suite aux regroupements dans la grande distribution, de nombreux secteurs agroalimentaires sont en situation d oligopsones (fruits, légumes, lait). Réponse : les coopératives, AOC,... Certains marchés du travail avec une seule entreprise dans des bassins d emploi. Réponse : un prix plancher : le salaire minimum. 24 / 24