Analyse
REFLEXIONS A PROPOS DU CONCERTO Il s agit d une oeuvreviolente, grandiose et dramatique, peinture d une querelle fatale entre le piano et la masse orchestrale. Le Concerto pour la main gauche est une oeuvreexaltante et fataliste à la fois, il est un tourbillon d inquiétudes, de perplexité face à un monde qui, à l orée des années 30, semble à nouveau promis au désastre. À leur image, il s achève par une véritable mise à mort musicale. La fin de ce chef-d oeuvre est réellement inoubliable : le piano, qui vient d achever une cadence en clairobscur, intensément poétique, d'une difficulté technique redoutable, est finalement rejoint et avalé par l orchestre, pour mourir sous un ultime pilonnage des percussions. L oeuvrene comporte aucun programme particulier, pourtant on peut considérer que Ravel y a placé tout ce que les horreurs de la guerre pouvaient lui inspirer. «Tout ici est grandiose, monumental, à l échelle des horizons flamboyants, des monstrueux holocaustes où se consument les corps et s engloutit l esprit, des vastes troupeaux humains grimaçant de souffrance et d'angoisse. Et cette fresque colossale, aux dimensions d un univers calciné, ce sont les cinq doigts de la main senestre, reine des mauvais présages, qui vont en brosser les âpres reliefs.» Marguerite Long, Au piano avec Maurice Ravel, Paris, 1971
Dans une interview en 1931, Ravel compare son Concerto pour la main gauche avec sonconcerto en sol: «Il contient bon nombre d effets de jazz, et l écriture n en est pas aussi légère. Dans une œuvre de cette nature, il est indispensable que la texture ne donne pas l impression d être plus simple que celle d une partie écrite pour les 2 mains. Pour la même raison j ai recouru à un style qui est bien plus proche de celui des concertos traditionnels plus solennels» Orenstein, p.364, 1989 Cette œuvre écrite en pleine montée du nazisme, commande d'un concertiste manchot, symbolise à mes yeux une allégorie de la guerre. Un homme seul se dresse contre l'envahisseur représenté par l'orchestre. Il s'agit là d'un combat titanesque ou le pianiste finira dévoré par la masse orchestrale. Olivier Herbay, pianiste
1 ère écoute à l aveugle À propos de Samson François: Ce magicien, ce diable enchanteur, cet éternel enfant à la technique phénoménale donne l'impression que cette œuvre a été non pas écrite, mais pensée pour lui. Mieux, qu'elle a été composée PAR lui, tant tout semble aller de soi, toute difficulté semble effacée, tant il est lui même le piano. Il avait l'habitude de dire "je ne joue pas du piano, je joue au piano". L'instrument ne compte pas pour lui, seule la musique existe. Et c'est en conteur d'une terrifiante histoire qu'il se transforme, violentant le clavier dès le premier accord qui sonne comme un hurlement, faisant exploser sa révolte dans un déferlement d'arpèges où chaque note s'incruste de manière égale. Et puis ricanant dans la partie centrale, dans un pied-de-nez insolent proposé à la mort 18 30 qui s'annonce. Et enfin faisant chanter son nocturne final avec un sens du phrasé qui arrache des larmes. Cluytens, lui, ne demande qu'une chose à son orchestre : l'écouter, le pousser encore plus loin, et le mettre finalement à mort. On ne sort pas indemne de l'écoute de cet enregistrement, et pour tout dire on ne s'en remet jamais vraiment tant le choc est violent, porté directement au plus profond des tripes. Il ne pourra que constater que cette pure merveille obtiendra le Grand Prix du disque en 1960. Et restera (encore aujourd'hui) l'une des meilleures ventes de tout le répertoire classique. http://www.franzmuzzano.com/article-maurice-ravel-concerto-pour-la-maingauche-117297912.html -Premières impressions émotions instruments ressenti tempi style structure
3 PARTIES Concerto : Ouverture à la française: 3 mouvements vif lent vif lent vif lent rythmes pointés
DYNAMIQUES structure en élans successifs: crescendos et decrescendos d orchestre (Ravel est un spécialiste de l orchestre: Bolero) lento allegro lento
TIMBRES Cordes 1 piano soliste (main gauche), 1 harpe, premiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses Bois 1 piccolo, 2 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais,1 clarinette en mi, 2 clarinettes en la, 1 clarinette basse(la), 2 bassons, 1 contrebasson Cuivres 4 cors en fa, 3 trompettes en ut, 2 trombones, 1 tuba Percussions Timbales, triangle, caisse claire, cymbales, Grosse caisse, wood-block, tam tam
THEMES A: de nombreuses apparitions, il change mais on le reconnait (comme un personnage à différents âges), rythmique A Partie 1 lento A1: contrebasson, rythmes pointés A2:(plus courte que A) mais répétée de + en + aigu et crescendo 1/ contrebasson + contrebasses 2/ clarinette basse + violoncelles 3/ cor anglais+ altos 4/clarinette en la + violons A1: piano, nuance douce, harmonisé par des accords rebond dans le grave, illusion de 2 mains A3: piano seul, joué fort, puissant, solennel : thème court (avec davantage d'ornements) joué 3 fois, plus haut d'une note à chaque fois A1: tutti orchestral, nuance fortissimo A1: piano + orchestre pour la 1 ère fois. L orchestre (cor anglais puis clarinette) joue le thème, le piano accompagne en double-croches Partie 3 lento A3: piano + orchestre, grandiose, puis l orchestre se dilue A1: piano A1: orchestre, pendant que le piano fait entendre l idée fixe
B: féérie, doux et expressif THEMES B Partie 1 lento B: polyrythmie de 3 pour 2: mélodie à 3/4, accompagnement à 9/8, comme à 2 mains Partie 3 lento B: sur arpèges virtuoses, douceur
THEMES C: jazz,mimmais La# = bluenote, sautillant, léger Spiccato: très piqué Partie 2: allegro C1: piano sur un martellement de la pulsation (1 er temps contrebasse en pizz+ basson et clarinette, 2 ème temps accords par clarinettes + clarinette basse) C C2: pulsation ternaire mais dont le 1er et le 3ème temps semblent davantage appuyé (rappelant le «shuffle» ou «swing»), accompagnement par les cordes qui martèlent la pulsation à l archet à l exception de la contrebasse qui ne joue que le premier temps de chaque mesure
THEMES D: chinoiseries, mélodie enfantine, d influence extrême-orientale ( chinoiserie 5 notes = gamme pentatonique), jouée dans l aigu à la flûte, accompagnée, aussi dans l aigu par le piano. Changement de mesure (passage en binaire). D Partie 2 allegro D: registre aigu D : orchestration différente
THEMES Idée fixe Idée fixe: motif de 3 notes descendantes, qui va petit à petit se répandre dans l œuvre, menaçant Partie 1 lento cors cuivres + bois Partie 2 allegro basson sur accompagnement des altos et violoncelles trombone avec sourdine, même accompagnement + ostinato rythmique caisse claire hautbois, cor anglais clarinette et clarinette basse, accompgnementtoutes les cordes, ostinato wood block Partie 3 lento registre grave, au piano sur accompagnement d arpèges coda: au piano sur accompagnement d arpèges en triples croches.
INTRO / CODA Intro Coda Registre GRAVE et nuance DOUCE (pp, p, mp) Couleur Sombre, peu habitueleldans le genre du concerto (en général plutôt brillant) Les contrebasses sont divisées en 3 pupitres : Les contrebasses 1 réalisent un arpège en sextolets sur des cordes à vide (mi la ré sol), les contrebasses 2 et 3 et les violoncelles réalisent une longue tenue dans le grave (4te = principe du bourdon). -L orchestre s empare du début du thème A1 pendant que le piano reprend l IDÉE FIXE. Les cordes jouent une longue tenue en crescendo, soulignée par les timbales. -Série de 4 accords puissants et majestueux (appoggiatures des trompettes et flûtes) à l orchestre alternant avec de grandes gammes desc/ asc au piano -Retour du martèlement, du motif jazz puis glissando des clarinettes et dernier accord de l orchestre nuance fortissimo.
JAZZ 2 motifs, le premier percussif, le deuxième avec appogiatures -1ère exposition : Motif 1 Joué aux trombones (ouvre la partie C) -2ème exposition : Motif 1 joué au piano bribes de motif 2 à la clarinette en la -3ème exposition : Motif 1 et motif 2 joués consécutivement au piano -4ème exposition : Motif 1 joué au piano, repris en écho par les flûtes Puis motif 2 joué au piano Accompagnement : -Martellement de la pulsation par l ensemble des instruments accompagnateurs (dont les cordes en pizzicato). Accords confus avec présence de tierces majeures et mineures (typiques de l idiome du jazz)
SUPERPOSITIONS dans la partie 2
VIRTUOSITE Descente en quartes parallèles de l aigu du piano vers le grave : cela nécessite de garder l empreinte exacte des accords sans pour autant trop raidir la main, tout en se déplaçant rapidement dans le clavier(intervalles disjoints) Utilisation de grands arpèges qui balayent progressivement tout le clavier
VIRTUOSITE Créer l illusion d un jeuàdeux mains en utilisant: l alternance d accords comme si les deux mains s éloignaient en mouvements contraires (la difficulté réside principalement dans la rapidité du déplacement de la main gauche car l éloignement entre la basseetl accordestàchaquefoisunpeuplusgrand) un rythme de«trois pour deux»quipermetàlamaingauchede sedéplacerpourintercalerlesnotes delamélodieentrecellesdel accompagnement:iciaussic estlepoucedelamaingauchequimeten valeur la mélodie noyée dans la polyphonie
VIRTUOSITE le pouce de la main gauche afin de mettre en valeur la mélodie dissimulée dans de grands accords, tout en gérant différents degrés d intensité pour donner du relief et équilibrer les différents plans sonores : la basse dans le grave, l accompagnement danslemédiumgrave,le«chant»dansleregistremédium :
VIRTUOSITE Faire sonner le piano même lorsqu il n a qu un rôle d accompagnateur: utilisation d arpèges et de tierces alternées qui nécessitent une certaine digitalitéet une grande rapidité de déplacement sur le clavier : Faire scintiller les aigus dans une très grande régularité de timbre Extrait d une interview de Pierre-Laurent Aimard au sujet du Concerto pour la main gauche de Ravel
VIRTUOSITE Question au pianiste Maxime Zecchini au sujet du Concerto pour la main gauche de Ravel:«Quelles qualités réclame ce répertoire?» «Un pianiste qui se lance dans l'interprétation d'œuvres pour la main gauche seule doit bien sûr faire preuve d'une bonne maîtrise de la virtuosité digitale. Il développe par ailleurs l'indépendance des doigts: par exemple, faire chanter le pouce et le 2e, accompagner avec les 3e, 4e et 5e de façon égale. Chaque doigt a une fonction essentielle. Ce qui peut éventuellement être noyé dans les deux mains est ici plus sobre, le jeu est mis à nu. Le moindre arpège, la moindre gamme, le moindre passage de pouce demandent une grande précision pour éviter les accents ou les irrégularités. C'est la délicatesse de Mozart puissance 10. La rapidité des déplacements est incontournable. Enfin, inévitablement une gestionsavanteetprécisedela pédalequijouesonrôledesupportharmoniqueetquidoit donner du corps au morceau sans tout brouiller. Est-ce l'occasion de se lancer dans l'utilisation de la 3e pédale? Par ailleurs, l'exercice nécessite de se décentrer un peu, de décaler le tabouret vers la droite. Malgré cela, on est un peu plus penché et si l'on n'y prend pas garde, cela peut entraîner des tensions musculaires.» (in http://www.pianiste.fr/011-3569--la-delicatesse-de-mozart-puissance-10.html)
Tradition / Modernité Opposition Soliste/Orchestre Virtuosité / Technicité de la partie de piano Présence de CADENCE Oeuvre 3 temps : Lent Vif Lent(et non vif, lent, vif) en 1 seul bloc 2 Cadences totalement écrites
Suivi de partition