PHYSIQUE. L'agitation moléculaire et le mouvement brownien. Note de M. JEAN Per(îi\, présentée par M. J. Violle.



Documents pareils
Chapitre 7: Dynamique des fluides

DYNAMIQUE DE FORMATION DES ÉTOILES

Activité 1 : Rayonnements et absorption par l'atmosphère - Correction

Mario Geiger octobre 08 ÉVAPORATION SOUS VIDE

Equipement d un forage d eau potable

DIFFRACTion des ondes

1S9 Balances des blancs

PHYSIQUE Discipline fondamentale

Exercice 1. Exercice n 1 : Déséquilibre mécanique

Initiation à la Mécanique des Fluides. Mr. Zoubir HAMIDI

Unités, mesures et précision

D'UN THÉORÈME NOUVEAU

La magnitude des étoiles

MESURE DE LA TEMPERATURE

C est un mouvement plan dont la trajectoire est un cercle ou une portion de cercle. Le module du vecteur position OM est constant et il est égal au

République Algérienne Démocratique et Populaire

Électricité statique. Introduction. Quelques étapes historiques importantes

Comprendre l Univers grâce aux messages de la lumière

Spectrophotométrie - Dilution 1 Dilution et facteur de dilution. 1.1 Mode opératoire :

A chaque couleur dans l'air correspond une longueur d'onde.

Jessica Dubois. To cite this version: HAL Id: jpa

Chapitre 10 : Mécanique des fluides

1 Mise en application

Copropriété: 31, rue des Abondances Boulogne-Billancourt

Chapitre 1 : Qu est ce que l air qui nous entoure?

Premier principe de la thermodynamique - conservation de l énergie

La fonction exponentielle

Annales de Physique aux BTS Mécanique des fluides Table des matières

pka D UN INDICATEUR COLORE

Synthèse SYNTHESE DIRECTION GENERALE DE L ENERGIE ET DU CLIMAT. Service du climat et de l efficacité énergétique

VOTRE EAU CHAUDE ELECTRIQUE

Production d eau chaude sanitaire thermodynamique, que dois-je savoir?

Contenu pédagogique des unités d enseignement Semestre 1(1 ère année) Domaine : Sciences et techniques et Sciences de la matière

Chapitre 6 : les groupements d'étoiles et l'espace interstellaire

Les mathématiques du XXe siècle

Physique: 1 er Bachelier en Medecine. 1er juin Duree de l'examen: 3 h. Partie 1: /56. Partie 2 : /20. Nom: N ō carte d étudiant:

La notion de temps. par Jean Kovalevsky, membre de l'institut *

Adaptation d'un véhicule au revêtement de la piste

Fonctions de plusieurs variables

Contrôle non destructif Magnétoscopie

L'ORDINATEUR ET LA VUE

Erratum de MÉCANIQUE, 6ème édition. Introduction Page xxi (milieu de page) G = 6, m 3 kg 1 s 2

Chapitre 1: Facteurs d'échelle

Comment dit-on qu'une étoile est plus vieille qu'une autre ou plus jeune qu'une autre?

Chapitre n 6 MASSE ET ÉNERGIE DES NOYAUX

ÉTUDE DE L EFFICACITÉ DE GÉOGRILLES POUR PRÉVENIR L EFFONDREMENT LOCAL D UNE CHAUSSÉE

6. Les différents types de démonstrations

Interactions des rayonnements avec la matière

Chapitre 1 Régime transitoire dans les systèmes physiques

LES LOIS PHYSIQUES APPLIQUÉES AUX DEUX-ROUES : 1. LA FORCE DE GUIDAGE

Synthèse et propriétés des savons.

A B C Eau Eau savonneuse Eau + détergent

Notions physiques Niveau 2

Chapitre 10 : Radioactivité et réactions nucléaires (chapitre 11 du livre)

Section «Maturité fédérale» EXAMENS D'ADMISSION Session de février 2014 RÉCAPITULATIFS DES MATIÈRES EXAMINÉES. Formation visée

L énergie sous toutes ses formes : définitions

MÉCANIQUE DES FLUIDES

Projet de traitement d'image - SI 381 reconstitution 3D d'intérieur à partir de photographies

PARTIE NUMERIQUE (18 points)

Durée de L épreuve : 2 heures. Barème : Exercice n 4 : 1 ) 1 point 2 ) 2 points 3 ) 1 point

Les rayons X. Olivier Ernst

- I - Fonctionnement d'un détecteur γ de scintillation

Mesure du volume d'un gaz, à pression atmosphérique, en fonction de la température. Détermination expérimentale du zéro absolu.

Exemple de cahier de laboratoire : cas du sujet 2014

G.P. DNS02 Septembre Réfraction...1 I.Préliminaires...1 II.Première partie...1 III.Deuxième partie...3. Réfraction

Modèle de calcul des paramètres économiques

B- Météorologie. En présence de cumulus alignés en bande parallèles vous prévoyez un vent: R : de même direction que les alignements

Perrothon Sandrine UV Visible. Spectrophotométrie d'absorption moléculaire Étude et dosage de la vitamine B 6

Les effets de température

THEME 2. LE SPORT CHAP 1. MESURER LA MATIERE: LA MOLE

Mesurer les altitudes avec une carte

Fiche 19 La couleur des haricots verts et cuisson

Mesure de la dépense énergétique

Bac Blanc Terminale ES - Février 2011 Épreuve de Mathématiques (durée 3 heures)

8/10/10. Les réactions nucléaires

Chapitre 02. La lumière des étoiles. Exercices :

Petit traité de l électricité statique avec application aux ballons à gaz

Chapitre 11: Réactions nucléaires, radioactivité et fission

TPG 12 - Spectrophotométrie

Chapitre 7 Les solutions colorées

Plan du chapitre «Milieux diélectriques»

DURÉE DU JOUR EN FONCTION DE LA DATE ET DE LA LATITUDE

Chapitre 6 ÉNERGIE PUISSANCE - RENDEMENT. W = F * d. Sommaire

TD 9 Problème à deux corps

BTS BAT 1 Notions élémentaires de chimie 1

La persistance de l'information

METEOROLOGIE CAEA 1990

MATIE RE DU COURS DE PHYSIQUE

Savoir construire une photographie. Connaitre la base en technique photographique. Savoir traduire le message du mouvement en image.

AFFAIBLISSEMENT DÛ AUX NUAGES ET AU BROUILLARD

OM 1 Outils mathématiques : fonction de plusieurs variables

Nb. De pages : 24 MANGO. Manuel d'utilisation. Version 1.2. décembre 2010

TPE : La voiture solaire. Présentation de Matthys Frédéric, Soraya Himour et Sandra Thorez.

P17- REACTIONS NUCLEAIRES

TECHNIQUES: Principes de la chromatographie

L ÉNERGIE C EST QUOI?

Chapitre XIV BASES PHYSIQUES QUANTITATIVES DES LOIS DE COMPORTEMENT MÉCANIQUE. par S. CANTOURNET 1 ELASTICITÉ

DÉRIVÉES. I Nombre dérivé - Tangente. Exercice 01 (voir réponses et correction) ( voir animation )

MISE À LA TERRE POUR LA SÉCURITÉ ÉLECTRIQUE

Transcription:

SÉANCE DU i r MAI 1908. La figure 2 montre la distribution de ces lieux, que nous appelons courbes isophotes, pour des variations successives de 5 pour [oo de l'éclairage au centre. La connaissance de ces courbes isophotes permet de prévoir quelle sera, en telle ou telle région de l'image photographique tramée, la forme des éléments de cette image, ces prévisions étant d'ailleurs pleinement confirmées par l'examen au microscope de telles images, exécutées dans les conditions normales de la pratique. PHYSIQUE. L'agitation moléculaire et le mouvement brownien. Note de M. JEAN Per(îi\, présentée par M. J. Violle. Toute particule située dans un liquide en équilibre s'agite de façon continuelle et parfaitement irrégulière, d'autant plus vivement qu'elle est plus /"1 n r-o C. R., 1908, i«semestre. (T. CXLVI, N 19.) 127

ACADÉMIE DES SCIENCES. petite (mouvement brownien). On doit à M. Gouy d'avoir montré que cette agitation éternelle est une propriété essentielle des fluides et d'en avoir proposé' une explication très séduisante en supposant qu'elle est une conséquence déjà visible des chocs moléculaires qui se produisent irrégulièrement contre la particule. Cette hypothèse brillante n'était cependant pas établie et il n'était pas sûr qu'elle rendit compte, même comme ordre de grandeur, du phénomène en question. J'espère prouver, par les expériences qui vont être résumées, que l'agitation moléculaire est bien réellement cause, et cause unique, du mouvement brownien. En délayantdans l'eau un bâton de gomme-gutte, on a une émulsionjaune où se voient au microscope, en éclairage ordinaire, beaucoup de granules parfaitement. sphériques, déjà animés d'un mouvement brownien très net. En centrifugeant cette émulsioncommeon centrifuge du sang pouren séparer les globulesrouges,onobtient une émulsionqui, à l'œil nu, ressembletout à fait à la première, mais où les granules microscopiquesont disparu. Mais,en employant l'éclairage latéral, on y aperçoit de nombreux granules ultramicroscopiques,qui sont tous à peu près de mêmeéclat (et par conséquent à peu près de même taille), qui ne scintillent pas (et sont par suite sphériques comme les premiers). 49CIU% ^86 de cette émulsion contenaient 49S>299 d'eau et 08,287de gomme-gutte, ce qui fait pour les granules étudiés une densité de 1,35. Après l'avoir diluée, je plaçais une goutte de cette émulsion dans une préparation microscopique, dont l'épaisseur était fixe et d'environ omm,12. J'ai alors étudié la répartition des granules selon leur hauteur dans la préparation, en comptant le nombre de granules qu'on apercevait à diverses hauteurs avec un microscope à faible profondeur de champ. La répartition de régime permanent est atteinte après quelques heures. En faisant alors plusieurs milliers de lectures et prenant les moyennes, j'ai vu que, si la concentration des granules est représentée par 100 à un certain niveau, elle est représentée, à des niveaux qui sont i5, 5o, 70 et 100 microns plus bas, par les nombres 116, 146, 170, 0. Or les nombres 119, i.'t2, 16g, 201, qui ne diffèrent des précédents que dans les limites des erreurs d'expérience, sont en progression géométrique. La répartition d'équilibre des granules dans la préparation (et probablement par suite dans toute solution colloïdale) est donc exponentielle, comme.pour un gaz en équilibre sous l'influence

SÉANCE DU ir MAI 1908. de la pesanteur. Seulement l'abaissement à la concentration moitié, qui se produit pour l'atmosphère sur une hauteur de 6km, se produit ici pour une hauteur de de millimètre. On peut s'expliquer cette loi de répartition. Imaginons des granules identiques, de densité p, de masse m, au nombre de n par unité de volume; ils exerceraient par leurs chocs-, sur toute paroi qui les arrêterait sans arrêter les molécules d'eau, une pression osmotique proportionnelle à leur concentration, soit kn. Si alors on écrit que les ndh granules contenus dans une tranche horizontale de hauteur dh et de section i sont maintenus en suspension par la somme de la poussée d'archimède et de la différence des pressions osmotiques sur les deux faces, on obtient l'équation qui, intégrée entre les niveaux o et h, donne (log à base 10). La répartition d'équilibre est donc bien exponentielle, mais on peut aller plus loin. Si, en effet, on connaît m, on sera en mesure de calculer k, puisque p est connu. Un procédé précis consiste à étudier une colonne verticale d'émulsion, haute de quelques centimètres. On est ici très loin de la répartition d'équilibre et les granules des couches supérieures tombent comme les gouttelettes d'un nuage. J'ai ainsi observé, dans un tube vertical. capillaire, une chute de oram,97 par jour. Appliquant la formule de Stokes (chute d'une sphère en un liquide visqueux), j'ai trouvé m égal à 9,80. io~ls. Portant dans l'équation précédente, on trouve k égal à 36o.io~lc (ce qui donne pour le granule un rayon de 0^,12). Ainsi la pression osmotique, pour n granules dans l'unité de volume, est n X 36o.io"10. Comparons à ce que serait la pression exercée par un gaz RT pour n molécules par unité de volume. Cette pression serait «-^r> R étant la constante des gaz parfaits, T la température absolue, N le nombre de molécules contenues dans une molécule-gramme (approximativement égal à 7.1023 d'après la théorie cinétique). Cela fait, opérations effectuées, n X 343.io"t6. Les nombres sont égaux, dans les limites de précision où N est connu.

ACAUÉMIE DES SCIENCES. Ainsi les granules en suspension fonctionnent comme des molécules visibles d'un gaz parfait avec un poids moléculaire égal environ à 3 milliards (3,3. io9). L'énergie cinétique moyenne d'un granule de colloïde est donc égale à celle d'une molécule. C'est, établie par l'expérience, l'hypothèse qu'einstein et Langevin ont signalée comme équivalente à celle de M. Gouy (théorème de répartition des énergies cinétiques). Du même coup, la théorie cinétique des fluides paraîtra un peu fortifiée, et les molécules un peu plus tangibles. Leur nombre N par molécule-gramme, déduit de l'égalité précédente, supposée rigoureuse, est 6,7. io23. ÉLECTRICITÉ. Sur un phénomène électro-optique dans l'air contenant des poussières en suspension. Note (') de M. Eugène BLOCH, présentée par M. J. Violle. L'expérience suivante, faite au cours de recherches relatives à l'influence de particules en suspension dans l'air sur sa conductibilité électrique, m'a paru digne d'être signalée. Elle met en évidence un phénomène électrooptique qui, à ma connaissance, n'a pas encore été décrit jusqu'ici. Une cuve parallélépipédique est fermée,le long dedeux faceslatérales opposées,par deslamesde verre,et porte, sur sesdeux autres faces latérales,des plateaux métalliques distants de quelquescentimètres.une machine électrostatique permet d'établir entre ces plateaux une différencede potentiel de plusieurs milliers de volts. On introduit dans la cuve desfuméesde chlorure d'ammonium,au moyen d'un courant gazeuxqui a traversé successivementdeux flacons renfermant de J'acide chlorhydrique et de l'ammoniaque.ces fuméessont examinéesen lumière diffusebur un fondobscur. Si l'on vient à établir le champ électrique dans la cuve, on voit immédiatementle nuage devenir plus blanc et par suite plus visible, ce qui montre que la lumière diffusée par les particules a subi une modification.si l'on place la cuve entre deux nicolsdont les sections principales sont inclinéesà 45 et en sensinversesur la direction du champ électrique, le nuage de chlorure d'ammonium cesse naturellement d'être visiblelorsque le champ électrique n'existe pas. Au moment de l'établissement du champ, on voit réapparaître la lumière, et elle disparait à nouveauen mêmetemps que le champ. La modificationde la lumière diffusée(ou diffractée)par les particules est donc accompagnée d'une anisotropieoptique du milieu constitué par l'air et les particules. Il reste à savoir s'il y a biréfringenceou dichroïsmeet à faire l'étude quantitative du phénomène. (') Présentéedans la séancedu 4 mai igo8.

!