Thème : Ecosystème et sécurité alimentaire Par Norbert GAMI Anthropologue



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Union Internationale pour la Conservation de la Nature Programme Régional pour l Afrique centrale et occidentale Forum Régional de l Environnement Brazzaville, 05 08 Juillet 2011 Thème : Ecosystème et sécurité alimentaire Par Norbert GAMI Anthropologue Avant-Propos Le Bassin du Congo et ses écosystèmes forestiers S'étendant sur une superficie de plus de 180 millions d'hectares, du Golfe de Guinée de l'océan Atlantique à l'ouest jusqu aux montagnes du Rift Albertin à l'est, les écosystèmes forestiers du Bassin du Congo couvrent une large partie de l'afrique Centrale. Ils constituent la deuxième réserve de forêts denses et humides, représentant un cinquième des forêts tropicales à canopée fermée restant au monde (http://www.pfbc-cbfp.org). Riche en biodiversité, ces écosystèmes sont une assurance pour la sécurité alimentaire des peuples qui y vivent. Mais cette sécurité alimentaire est aujourd hui menacée par plusieurs paramètres dont les changements que connaît le climat de notre globe terrestre. Mais les écosystèmes d Afrique centrale ne sont pas seulement forestiers, il y a aussi les savanes. Introduction Un écosystème est composé de deux éléments la biocénose (les êtres vivants qui le composent) qui est l'ensemble des êtres vivants et le biotope qui est le milieu. L'écosystème est un ensemble de vie équilibré, autonome stable et complexe. Dans cette présentation, l accent sera mis sur les écosystèmes forestiers et savanicoles. Nous passerons en revue les connaissances écologiques traditionnelles développées par certains peuples des forêts ou de la savane pour assurer la sécurité alimentaire de leurs communautés Qu entend on par sécurité alimentaire? La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active (Sommet mondial de l alimentation, 1996) Cette définition selon la FAO, présente quatre dimensions principales de la sécurité alimentaire: Page 1 sur 5

La disponibilité physique des aliments L accès économique et physique des aliments (culture matérielle et non matérielle) L utilisation des aliments (technologie alimentaire) La stabilité des trois autres dimensions dans le temps La disponibilité alimentaire : porte sur le «côté de l offre» de la sécurité alimentaire et est déterminé par le niveau de production alimentaire, les niveaux de provisions, et le commerce net. Dans le cadre des peuples des forêts du bassin du Congo, il y a aussi la sécurité alimentaire saisonnière. Elle est selon la définition de la FAO prévisible et suit une séquence d événements connus. Celle-ci existe quand il y a un modèle cyclique de disponibilité et d accès inadéquats aux aliments. Ceci est associé aux fluctuations saisonnières climatiques, aux types de récoltes, aux opportunités de travail Le changement climatique a un impact direct sur la sécurité alimentaire des communautés vivant tant en zones forestières que savanicoles de l Afrique Centrale. Les changements climatiques auront particulièrement des résultats négatifs sur la santé humaine, la pauvreté, la sécurité alimentaire, les ressources en eau. Pour surmonter ces défis, les mesures d'adaptation en temps opportun et les interventions pertinentes sont nécessaires. C est dans ce contexte d adaptation aux changements climatiques et entre autre pour assurer la sécurité alimentaire des peuples de certains milieux écologiques d Afrique que le gouvernement Japonais à financer à hauteur de 92 millions de Dollars le Programme Africain d Adaptation (PAA) dans vingt (20) pays. A- La disponibilité physique des aliments Les écosystèmes forestiers du bassin du Congo sont riches en biodiversité, les peuples qui y vivent ont développé depuis des millénaire une culture matérielle pour prélever ces ressources afin d assurer leur sécurité alimentaire. Les technologies alimentaires développées par les populations locales prennent la variabilité saisonnière des disponibilités alimentaires. Ainsi, les activités de pêche, de cueillette, de chasse et autres sont pratiquées selon les saisons et avec des techniques adaptées à chaque saison. La biodiversité d Afrique centrale est d importance mondiale à la fois par le nombre d espèces trouvées dans la région la richesse spécifique et le nombre d espèces de plantes et d animaux qui n existent pas ailleurs sur la planète l endémisme. Ces forêts sont habitées par l assemblage le plus diversifié de plantes et d animaux, comprenant plus de 400 espèces de mammifères, plus de 1000 espèces d oiseaux et probablement plus de 10000 espèces de plantes dont 3000 environ seraient endémiques. Ce n est qu en Afrique centrale que des éléphants de forêt, des gorilles, des buffles de forêt, des bongos et des okapis existent en grands nombres sur de vastes étendues. Page 2 sur 5

L homme a occupé et continu à le faire en utilisant cette forêt depuis au moins 50 000 ans. Des indices de culture pygmée remontent à 20 000 ans. Ainsi, cette riche biodiversité a permis à l homme de s adapter en développant une culture matérielle permettant d assurer sa sécurité alimentaire quel que soit les saisons et les variations du climat. B- L accès économique et physique des aliments (culture matérielle et non matérielle) Règles (modes) traditionnelles d accès aux ressources et sécurité alimentaire chez les peuples forestiers Les populations autochtones forestières et de savane croient en un équilibre global entre les ressources de la nature, les forces surnaturelles et les hommes (Bahuchet, 1007) Cas des Mbokos et Kota du Nord Congo pour la pêche saisonnière Chez les peuples Mboko, Kota, Mongom et autochtones Kola, la pêche par exemple est une activité saisonnière qui participe à la stratégie alimentaire développées par ces populations forestières du Nord Congo vivant en périphérie du parc National d Odzala-Kokoua. Chaque clan ou lignage possède son étang de pêche (étongo), géré par le chef de lignage. La saison sèche est la période propice pour cette pêche à l écopage, car pendant cette période, la chasse devient moins fructueuse. L accès à l étang se fait avec la bénédiction du chef de lignage, qui invoque d abord les ancêtres avant de donner son accord. Le déplacement des villages, occasionné par les différents remembrements, a abouti à priver les villageois de l accès à leurs propres étangs. Le Chef de lignage est le gardien de la sécurité alimentaire de son lignage et des autres habitants de son village. L accès aux étangs est bien régulé et tous les villageois reconnaissent au chef de lignage un pouvoir sur la réalisation d une partie de chasse fructueuse et sans accidents (Gami, 1999) Cas de la pêche dans les lagunes chez les vili et Lumbu du parc national de Conkouati - Douli (Congo) Les génies peuvent-ils être considérés comme des gardiens de la sécurité alimentaire? Chez ces populations, les activités de pêche dans les lacs et lagunes doivent respecter certaines règles afin de ne pas susciter la colère du génie (mu-issi). L accès aux ressourches halieutiques est soumis à l autorité coutumière du chef de clan ou de lignage, le mfumu kanda. Tout pêcheur vient préalablement solliciter sa bénédiction afin d obtenir une pêche fructueuse (Gami, 1998). La dégradation de l environnement par les activités anthropiques une des causes de l insécurité alimentaire Page 3 sur 5

Au Congo Brazzaville, il a été constaté depuis ces 25 dernières années, une aggravation du phénomène d ensablement dans le bassin du Congo, entraînent de graves conséquences sur la biodiversité et surtout dans les activités de la pêche. C est la navigation connaît une certaine régression du trafic de l ordre de 74% dans tous les ports situés le long du fleuve et de ses affluents (Sangha et Oubangui). L ensablement des fleuves est également devenu un problème majeur dans le bassin du Congo car l'arrêt de la navigabilité contraint les commerçants, surtout les femmes à réduire leurs activités. Le projet AAP au Congo, financé par le Gouvernement du Japon, a comme objectif majeur de créer un environnement favorable à la coordination et bonne mise en œuvre des actuels et futurs projets d adaptation aux changements climatiques. L évaluation du système d observation climatologique, océanographique, hydrologique et hydrogéologique aux fins de l identification des besoins permettraient d améliorer la qualité des données d activité indispensables à l amélioration de la qualité des mesures et politiques d adaptation. Ceci contribuerait à atténuer les effets néfastes des changements climatiques dans la perspective d un développement harmonieux et de lutte contre la pauvreté au Congo. La certification forestière et sécurité alimentaire? La certification forestière impose aux exploitants forestiers une garantie de la sécurité alimentaire des communautés locales (en particulier les peuples autochtones) qui vivent dans la zone d exploitation Exemple de la cartographie sociale participative avec la sécurisation des ressources clés pour les communautés locales. La cartographie sociale participative permet de s assurer que les droits d usage des ressources utilisées par les communautés Autochtones et Bantous des concessions forestières sont respectés au-delà de la zone de développement communautaire. La cartographie sociale permet de trouver des compromis pour éviter les conflits d intérêt entre l exploitation forestière et les droits d usage des communautés locales. Ainsi pour être conforme aux principes 2 et 3 du FSC, l exploitant forestier évite l endommagement ou la perte des ressources clés des communautés autochtones sans leur Consentement libre Informer éclairé et Préalable (CLIP) dans les zones d exploitation. C est une contribution à la sécurité alimentaire des communautés qui vivent dans et en périphérie de sa concession. Conclusion Nous ne pouvons-nous empêcher en terme de conclusion sur l écosystème et la sécurité alimentaire de reprendre ce paragraphe du document sur l évaluation Primaire des forêts du Bassin du Congo (2005) «L un des principaux défis adressé à la gestion des ressources naturelles à travers tout le bassin du Congo est le rétablissement de systèmes d utilisation des ressources dans lesquels Page 4 sur 5

les populations locales conservent le contrôle de l utilisation des terres sur base d une éthique d autorégulation afin de préserver les ressources qui leur sont nécessaires. Dans le paysage tri-national de la Sangha, les gestionnaires des ressources travaillent avec les populations locales, autochtones et immigrées, afin de mettre en place des systèmes durables d exploitation, basés sur les schémas traditionnels d utilisation des terres dans lesquels la chasse, la pêche et l agriculture visent uniquement la subsistance, ainsi que une diversification des revenus à petite échelle. Les zones traditionnelles de chasse sont cartographiées. Des comités de pêche et de chasse sont mis en place et font appliquer des quotas ; les résultats sont suivis en termes de captures par unité d effort et de populations restantes de faune. Le gouvernement, les ONG de la conservation et le secteur privé ont tous un rôle important à jouer dans l orientation et l appui de pareilles initiatives sur les terres communautaires qui vont au-devant des besoins locaux et aident à maintenir les écosystèmes forestiers». Page 5 sur 5