Aimé Loïc Baugui Moutou LE DON DE LA DIVERSITÉ DES LANGUES Le parler en langue 2
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Avant-propos Le récit biblique de l expansion des peuples sur la terre par la descendance de Noé après le déluge, nous révèle que tous les hommes à cette époque parlaient un même langage. Dans leur migration, ils décidèrent de construire ensemble dans la plaine du pays de Schinear, un gigantesque édifice dont le sommet toucherait le ciel. Le but de cette opération d unité était selon les Saintes Écritures, la démonstration de leur grandeur, l assurance de leur célébrité et la résolution à empêcher leur dissémination sur la surface de la terre. Cette entreprise qui, d après le texte de la Genèse, apparaît aux yeux de Dieu comme pernicieuse, car ne pouvant les arrêter dans quelque projet futur que ce soit, déplut à l Eternel. Dieu décida alors de confondre leur langage pour qu ils ne se comprennent plus les uns les autres. C est pourquoi la ville fut appelée Babel, ce qui en hébreux signifie : lieu de la confusion de Dieu et en akkadien (langue babylonienne) «porte des dieux». 2 3
Ceci pourrait aider à comprendre ou à révéler aux lecteurs les intentions profondes des descendants de Noé et la raison du rejet de ce projet commun par le Dieu d amour qui nous encourage à l unité. En effet, sous la conduite du puissant Nimrod qui, selon la tradition juive était qualifié de «grand chasseur et provocateur contre Dieu», le projet soigneusement élaboré par de sages architectes de l époque, ne fut pas mené à terme. Le contexte de l histoire de la Tour de Babel nous laisse croire que l intention des hommes de l époque et la réputation attribuée à Nimrod contre Dieu étaient fondées. De toute évidence, après l intervention divine, les hommes se mirent à parler diverses langues et dialectes. Ils furent obligés de se retirer dans de nouvelles régions et de s éloigner les uns des autres. Telle fut l origine des diverses langues et dialectes sur la terre selon Genèse 11.1-9. Nous pouvons donc qualifier cette intervention divine de jugement envers les hommes de l époque. Plus tard, en se révélant à Abram, dans le pays d Our en Mésopotamie, Dieu contracta une alliance avec celui-ci qui deviendra Abraham. Dieu choisit un peuple parmi tous les peuples de la terre, par lequel viendrait le Messie. Ce choix se porta sur le peuple juif, descendant d Abraham. Cependant, ce peuple irrita Dieu par ses multiples désobéissances. C est pourquoi, Dieu s adressa à son prophète Moïse pour les avertir d un jugement qui les frapperait à cause de 24
leurs péchés. Il leur dit en Deutéronome 28.49 : «L Eternel fera partir de loin, des extrémités de la terre, une nation qui fondra sur toi d un vol d aigle, une nation dont tu ne comprendras point la langue.» Dieu eut recours à différents moyens pour s adresser à son peuple Israël, mais celui-ci ne voulut pas écouter. Il leur parla avec patience afin qu ils puissent entrer dans le repos et le rafraîchissement qu il avait en vue pour eux, mais ils ne voulurent pas entendre. Dieu s adressa à nouveau à son peuple par le prophète Esaïe ; celui-ci poussé par le Saint-Esprit, prédit que les juifs seraient asservis par les Assyriens qui leur donneraient des ordres en une langue étrangère. Il leur déclara : «Hé bien! C est par des hommes aux lèvres balbutiantes et au langage barbare que l Eternel parlera à ce peuple.» (Esaïe 28.11) Ainsi, Dieu utilisa-t-il la langue d un autre peuple pour leur parler. Cette langue fut celle des Assyriens qui envahirent leur pays. C est ainsi que Dieu suscita une nation qui lui servit d instrument de jugement contre son peuple ingrat. Venue de très loin, cette nation devint rapidement puissante, détruisant complètement le pays. Quand ils entendirent cette langue étrangère dans leur village et leur ville, les juifs surent alors que Dieu accomplissait son jugement. Cette prophétie reçut un premier accomplissement lorsque les armées assyriennes et babyloniennes envahirent Israël et emmenèrent le peuple en captivité. (2 Rois 17 ; Osée 8.1 ; Jérémie 5.15) 2 5
Mais la prophétie d Esaïe devait recevoir un second accomplissement infiniment plus solennel, après qu Israël eut rejeté Jésus-Christ, le Fils de Dieu. En effet, le peuple juif ne s était pas laissé convaincre de son péché après la résurrection de Christ et la venue du Saint-Esprit. Ce second accomplissement, imminent, permettait aussi à Dieu de se tourner vers les païens (non-juifs) qui devaient à leur tour avoir accès au Salut et que nous voyons aujourd hui louer Dieu dans leurs différentes langues en Actes 13.46-48 ; 18.6. Comme à l accoutumée, les Juifs de la diaspora (en terres étrangères), venaient à la fête de la Pentecôte en plus grand nombre qu aux autres fêtes, car c était l époque de l année la plus propice aux voyages. Mais un tournant décisif de l histoire d Israël et du Salut des nations sera pris lors de la Pentecôte qui eut lieu après la résurrection et l ascension de Christ. En effet, à la troisième heure (vers 9 heures du matin), le Saint-Esprit descendit sur les apôtres et sur les croyants ; ils étaient au nombre d environ cent vingt. Le Saint-Esprit fut accordé sans distinction d âge, de sexe, ou de condition sociale à tous ceux qui étaient rassemblés dans la chambre haute. Ainsi naquit l Église. Rappelons que dans l Ancien Testament, seuls les prophètes, les rois et les sacrificateurs pouvaient recevoir l Esprit de Dieu ainsi que certains croyants à 26
qui cela avait été accordé exceptionnellement. Mais le jour de la Pentecôte fut solennel car il marqua le début de la dispensation de l Esprit à tous. Dès lors, le baptême, les dons et la plénitude de l Esprit étaient offerts à tout témoin de Christ (Actes 1.8 ; 2.38-39 ; 1 Corinthiens 12.4-6 ; Éphésiens 5.18), sans l observation de rites particuliers. Dieu avait suscité le peuple d Israël auquel il s était révélé de façon spéciale pour être les prémices parmi les nations. Maintenant, en cette nouvelle dispensation, le Seigneur agit par l Église (juifs et non-juifs) que son Esprit fortifie, augmente et édifie sur la terre entière. Par conséquent, Christ ayant offert le statut de sacrificateurs à ceux qui croient en lui, comme nous le disent les Écritures, il déverse donc sur eux, l onction de Dieu par son Esprit. Les croyants deviennent alors des témoins efficaces, capables d expérimenter et de témoigner des vérités de ses enseignements par la force que donne le Saint-Esprit. En confiant à ses disciples la mission de prêcher et de baptiser dans le monde entier, le Seigneur Jésus leur déclara que cette nouvelle ère empreinte de son Esprit s accompagnera des signes miraculeux. Parmi ces miracles, celui de «parler de nouvelles langues» sans les avoir apprises. Nous apporterons tout le long de ce livre, différents éléments nous permettant de mettre en lumière le don des langues. Nous nous attarderons 2 7
d abord sur la définition de ce don, le but et les conditions de son exercice. Puis nous relèverons les controverses faites autour de ce don dans l Église aujourd hui, en mettant en exergue les différents points de vue au sein du Corps de Christ. Enfin, nous examinerons ce que nous pouvons retenir de l enseignement des Écritures à ce sujet, pour l édification de tous. 28
Chapitre I I Le don de la diversité des langues Un don spirituel encore appelé don de l Esprit est une qualification surnaturelle (non acquise au préalable) accordée à un croyant dans un domaine particulier, afin de servir dans le Corps de Christ. On parle de dons charismatiques, tirés du mot charisme. En grec le mot «charisma» signifie don, faveur, grâce divine ; et sa racine : «charis» signifie «grâce». Par conséquent, c est un don reçu gratuitement. Mais l usage le plus fréquent du mot «charisma» en français, parlant des dons, se rapporte à l ensemble des dons spirituels spécifiques accordés aux chrétiens pour servir dans l Église. Il est écrit en 1 Corinthiens 12.4 : «Il y a diversité de dons, mais le même Esprit.» Ces dons diffèrent des capacités ou talents naturels dont peuvent être dotés les croyants aussi bien que les non-croyants. Les dons spirituels sont 2 9
octroyés de manière souveraine et surnaturelle par le Saint-Esprit, à tous les croyants (v.7.11) dans un but d édification mutuelle afin d honorer ensemble le Seigneur. Le don spirituel ne peut être provoqué, imité ou faire l objet d un mérite quelconque. Il est simplement «reçu» par la grâce de Dieu. (1 Corinthiens 12.4, 7,11) Après sa résurrection et juste avant son ascension, Jésus avait dit à ses disciples : «Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues.» (Marc 16.17) Cette promesse selon laquelle ils allaient parler de nouvelles langues, c est-à-dire des langues qu ils n avaient jamais apprises, s accomplit le jour de la Pentecôte par la puissance du Saint-Esprit. (Actes 2.1-4) Ainsi fut inaugurée l Église destinée à annoncer l Évangile au monde. Les disciples reçurent la faculté de parler des langues étrangères sans les avoir apprises et de façon intelligible pour leurs auditeurs. Selon l enseignement de l apôtre Paul, le Saint- Esprit impartit les dons comme il veut et chacun reçoit un don particulier pour l utilité du Corps. En effet, dans la première épître aux Corinthiens, l apôtre Paul mentionne un don qui permet de s exprimer en diverses langues : le don de la diversité des langues. La Parole de Dieu déclare : «A un autre, le don d opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le 210