Lecture analytique n 6 : l'interrogatoire d'agnès Oui, mais que faisait-il étant seul avec vous? Il disait qu il m aimait d une amour sans seconde, Et me disait des mots les plus gentils du monde, Des choses que jamais rien ne peut égaler, Et dont, toutes les fois que je l entends parler, La douceur me chatouille, et là dedans remue Certain je ne sais quoi dont je suis tout émue., bas, à part. O fâcheux examen d un mystère fatal, Où l examinateur souffre seul tout le mal! (Haut.) Outre tous ces discours, toutes ces gentillesses, Ne vous faisait-il point aussi quelques caresses? Oh! tant! il me prenait et les mains et les bras, Et de me les baiser il n était jamais las. Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose? (La voyant interdite.) Ouf! Eh! il m a... Quoi? Pris... Le... Plaît-il? Je n ose, Et vous vous fâcherez peut-être contre moi.
Si fait. Mon Dieu! non. Jurez donc votre foi. Ma foi, soit. Il m a pris... Vous serez en colère. Si. Non, non, non, non. Diantre! que de mystère! Qu est-ce qu il vous a pris? Il..., à part. Je souffre en damné. Il m a pris le ruban que vous m aviez donné. A vous dire le vrai, je n ai pu m en défendre., reprenant haleine. Passe pour le ruban. Mais je voulais apprendre S il ne vous a rien fait que vous baiser les bras. Comment! est-ce qu on fait d autres choses? Non pas. Mais, pour guérir du mal qu il dit qui le possède, N a-t-il point exigé de vous d autre remède? Vous pouvez juger, s il en eût demandé, Que pour le secourir j aurais tout accordé., bas, à part. Grâce aux bontés du ciel, j en suis quitte à bon compte. L'Ecole des femmes (1663) de Molière, Acte II, scène V, vers 558-587.
Idées essentielles : - Scène comique : Arnolphe contient son énervement, il ne veut pas s'énerver ; Agnès est vraiment naïve - La scène montre bien la paranoïa d'arnolphe - C'est un quiproquo («quelque chose à la place d'autre chose») : «le» = l'hymen, la virginité (Arnolphe) / le ruban (Agnès) - Agnès est sous le charme d'horace, l'avoue sans difficultés parce qu'elle est simple, naïve - Agnès est dangereuse pour Arnolphe : son absence d'éducation se retourne contre lui. Finalement, il l'a échappé belle : elle aurait pu aller plus loin avec Horace. Problématique : En quoi cet extrait montre-t-il la peur d'arnolphe? En quoi cet extrait est-il comique? En quoi ce texte montre-t-il qu'agnès échappe au contrôle d'arnolphe? Plan : I. La dangerosité d'agnès 1. Agnès sous le charme d'horace (tirade) 2. Agnès est dangereuse pour Arnolphe (champ lexical de la naïveté) 3.? II. Le comique de la scène 1.? 2. La paranoïa d'arnolphe (questions directes/indirectes) 3. Arnolphe contient son énervement (apartés) JE CITE JE NOMME J'EXPLIQUE Oui, mais que faisait-il étant seul avec vous? ( ) (Haut.) Outre tous ces discours, toutes ces gentillesses, Ne vous faisait-il point aussi quelques caresses? Ne vous a-t-il point pris, Agnès, Q u e s t i o n s ( d i r e c t e s e t indirectes) Arnolphe n'arrête pas de poser des questions. Il veut avoir des explications concernant ce qui s'est passé pendant son absence. Il pose des questions de plus en plus précises : cela révèle sa jalousie et aussi qu'il sait très bien ce qui se passe normalement quand un homme et une femme sont seuls tous les deux.
quelque autre chose? Quoi? (...) Plaît-il? Qu est-ce qu il vous a pris?, reprenant haleine. Passe pour le ruban. Mais je voulais apprendre S il ne vous a rien fait que vous baiser les bras. Non pas. Mais, pour guérir du mal qu il dit qui le possède, N a-t-il point exigé de vous d autre remède?, bas, à part. O fâcheux examen d un mystère fatal, Où l examinateur souffre seul tout le mal!, à part. Je souffre en damné., bas, à part. Grâce aux bontés du ciel, j en suis quitte à bon compte. Apartés A trois reprises, Arnolphe parle tout seul. Cela montre sa solitude. Il est perdu, il ne sait plus comment réagir. Ces apartés permettent de connaître ses sentiments. O fâcheux examen d un mystère fatal, Oh! tant! il me prenait et les mains et les bras, Et de me les baiser il n était jamais las. Comment! est-ce qu on fait d autres choses? Hyperbole Registre tragique Champ lexical de la naïveté Arnolphe se plaint, comme s'il était le plus malheureux. Sa réplique tragique est finalement comique : il est mal placé pour se plaindre. Agnès avoue tout, sans rien cacher. Nous découvrons qu'elle ignore tout de l'amour, qu'elle n'a pas de malice. Elle ne voit aucun mal à ce qu'un jeune homme vienne chez elle et lui fasse des baisers sur les bras et les mains. La dernière réplique montre qu'elle est dangereuse pour Arnolphe : elle ne saurait pas
Vous pouvez juger, s il en eût demandé, Que pour le secourir j aurais tout accordé. dire non si Horace demandait davantage. Ouf! Eh! il m a... Quoi? Pris... Stichomythie Enchaînement de répliques courtes, rapides L'échange de répliques courtes est très rapide. Il y a une accélération au moment où Arnolphe a peur qu'agnès avoue qu'elle n'est plus vierge. Il y a une montée dramatique dans la scène. Le... Plaît-il? Je n ose, Et vous vous fâcherez peut-être contre moi. Si fait. donc votre foi. Ma foi, soit. colère. Si. Mon Dieu! non. Jurez Il m a pris... Vous serez en
(Haut.) (La voyant interdite.), reprenant haleine. Ouf! Mon Dieu! Non, non, non, non. Diantre! Didascalies Interjections Jurons Arnolphe utilise un ton différent quand il parle à Agnès : il est doux, parce qu'il veut qu'elle avoue. Agnès ne comprend pas les sous-entendus d'arnolphe : elle ignore ce qu'on peut faire avec un garçon. Arnolphe reprend haleine parce qu'il se rend compte qu'il l'a échappé belle : elle aurait pu avoir une relation avec Horace. La première interjection montre qu'il est rassuré, mais les autres prouvent qu'il est de plus en plus inquiet. Eh! il m a... Pris... Points de suspension Agnès joue avec les nerfs d'arnolphe involontairement. Elle met du temps avant de dire quelque chose de simple à avouer : le seul tort qu'elle ait est d'avoir laissé Horace lui prendre le ruban. Le... colère. Il m a pris... Vous serez en Il... Il disait qu il m aimait d une amour sans seconde, Et me disait des mots les plus gentils du monde, Des choses que jamais rien ne peut égaler, Et dont, toutes les fois que je l entends parler, La douceur me chatouille, et là dedans remue Certain je ne sais quoi dont je suis tout émue. Tirade Agnès est sous le charme d'horace...