Cahiers d Asie centrale 21/22 2013 L archéologie française en Asie centrale Du terrain à la muséographique. La restauration de peintures murales en Ouzbékistan : Kazakl iyatkan/akchkhan Kala (Khorezm antique) et Afrasiab (Samarkand Qarakhanide) Géraldine Fray et Marina Reutova Éditeur Éditions De Boccard Édition électronique URL : http://asiecentrale.revues.org/2119 ISSN : 2075-5325 Édition imprimée Date de publication : 1 septembre 2013 Pagination : 603-621 ISBN : 978-2-7018-0347-0 ISSN : 1270-9247 Référence électronique Géraldine Fray et Marina Reutova, «Du terrain à la muséographique. La restauration de peintures murales en Ouzbékistan : Kazakl i-yatkan/akchkhan Kala (Khorezm antique) et Afrasiab (Samarkand Qarakhanide)», Cahiers d Asie centrale [En ligne], 21/22 2013, mis en ligne le 30 septembre 2014, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://asiecentrale.revues.org/2119 Ce document est un fac-similé de l'édition imprimée. Tous droits réservés
Du terrain à la muséographie. La restauration de peintures murales en Ouzbékistan : Kazakl i-yatkan/akchakhan-kala (Khorezm antique) et Afrasiab (Samarkand Qarakhanide) Géraldine FRAY 1, Marina REUTOVA 2 Résumé La fouille des peintures antiques de Kazakl i-yatkan et la restauration des peintures qarakhanides de Samarkand ont été l occasion de collaborer étroitement avec les membres des missions archéologiques et les restaurateurs locaux. En travaillant à partir des techniques traditionnelles employées sur place et influencées par les méthodes russes, cette collaboration a permis d innover aussi bien sur le terrain qu en laboratoire permettant une conservation des peintures à plus long terme. Mots-clés Restauration sur le terrain, peinture murale, peinture archéologique, prélèvement, nettoyage, consolidation. Abstract The excavation of ancient paintings from Kazakl i-yatkan and the restoration of the Qarakhanid paintings of Samarkand offered the opportunity to work in close cooperation both with the members of the archaeological expeditions and the local restorators. Working with the techniques traditionally used there, influenced by russian methods, this collaboration was an opportunity to innovate in the field as well as in the laboratory, allowing long-term conservation of paintings. 603 Keywords La restauration des peintures murales archéologiques revêt différents aspects et étapes allant du prélèvement sur la fouille, jusqu à leur présentation muséographique. Le travail effectué en Ouzbékistan, avec deux missions différentes, d une part sur des peintures qarakhanides à Samarkand et d autre part dans le Khorezm sur des peintures antiques, a permis d appréhender ces différentes étapes du travail. 1. Géraldine Fray, diplômée de l Institut national du patrimoine, est restauratrice de peintures murales, spécialisée dans le domaine archéologique. Elle a travaillé en France sur des peintures de l époque romane (Saint Savin ou Le Guerno), ou plus récentes (Saint Eustache ou l Opéra Comique à Paris). Elle participe à des missions en Ouzbékistan depuis plus de cinq ans au sein de plusieurs missions internationales. Contact : geraldine_fray@yahoo.fr 2. Marina Reutova est restauratrice en chef de l Institut d archéologie de Samarkand. À ce titre elle a pris part à nombreuses fouilles en Ouzbékistan. Elle est depuis 2011 coresponsable de la MAFOuz de Sogdiane. L archéologie française en Asie centrale. Nouvelles recherches et enjeux socioculturels. J. Bendezu-Sarmiento (dir.), CAC-IFEAC # 21-22, 2013 p. 603-621.
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA Sur la fouille, la découverte de peintures rend nécessaire la présence des restaurateurs qui travaillent en collaboration étroite avec les archéologues. Dès leur découverte, les vestiges peints doivent être nettoyés et consolidés sur place, avant d être La restauration qui suit la fouille, essentielle pour la sauvegarde des peintures et d hui en Ouzbékistan. Bien que celles-ci restent adaptées, la collaboration francoouzbèque permet d apporter une technologie novatrice, notamment pour le remontage des peintures sur support. 604 Les peintures qarakhanides (XII e siècle) de Samarkand, fouillées entre 2000 et 2004 par la MAFOuz-Sogdiane, sont en cours de restauration à l Institut de Samarkand et nous abordons dans ce papier les problématiques liées à leur présentation. En revanche, à Kazakl i-yatkan, les peintures d époque antique (II e I er av. JC) sont en cours de fouille par la Mission archéologique australienne et la restauration est faite en parallèle à l Institut d histoire, d archéologie et d ethnographie de Nukus (Karakalpakistan). Bien que les deux sites présentent des peintures d époques différentes, leurs techniques de réalisation est similaire pour l Asie centrale (Kossolapov, Marshak 1999), puisqu elles sont effectuées à la détrempe sur une fine couche de plâtre (ganch) appliquée sur du torchis. Les pigments étaient liés avec une gomme végétale d arbre fruitier (Baker Brite 2006 ; Barbet 2006 ; Birstein 1975 ; Lapierre 1990). Ainsi, les méthodes de restauration employées restent comparables. PRÉLÈVEMENT DE PEINTURES SUR LE TERRAIN, LE SITE KAZAKL I-YATKAN/AKCHAKHAN-KALA Le site est situé entre Urgench et Nukus, près de la ville actuelle de Beruni (Karakalpakistan). Fouillé depuis 1995 par la mission australo-karakalpake 3, le site s étend la partie nord-ouest a été fouillée (Helms et al. 2001 ; Helms et al. 2002 ; Betts et al. 2009) 4. Dès 2001, mais principalement depuis 2004, de nombreuses peintures ont été découvertes, dont les plus importantes proviennent du corridor d enceinte ouest où certaines étaient encore sur le mur in situ dans la partie nord. Elles représentaient 3. La mission est codirigée par le Professeur A. Betts de l Université de Sydney et le Professeur V. N. Yagodin de l Institut d histoire, d archéologie et d ethnographie de Nukus. 4. La fouille s est concentrée sur la partie nord-ouest où se trouve un grand complexe architectural, construit autour d un espace central, bordé d un long corridor avec des tours circulaires aux entrées et aux angles.
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN la partie sud, une procession d animaux, apparemment des cavaliers avec leurs chevaux au garrot. D autres peintures ont également été retrouvées dans diverses zones du complexe. Elles ornaient des murs et peut-être des plafonds. Outre leur volonté 2006 ; Yagodin et al. 2009). Des résultats C 14 datent ces peintures entre le II e siècle av. JC et le I er siècle apr. JC (Baker Brite, 2006). Néanmoins, l analyse stylistique et e et le début du I er siècle av. JC (Kidd et al. 2008). 605 Figure 1 Kazakl i-yatkan, portrait en cours de fouille dans le corridor. Les enjeux du travail des restaurateurs sur le terrain La plupart des peintures sont trouvées au sol avec une majorité de fragments face contre terre, ce qui reste plus évident à nettoyer et à prélever. Nettoyage des peintures Le travail de nettoyage est long et fastidieux en raison de la fragilité des peintures. La sensibilité de la couche picturale n autorise qu un nettoyage mécanique, à l aide
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA Figure 2 Kazakl i-yatkan, fragment de peinture présentant une tête humaine aux côtés d une feuille et d une grappe de vigne. 5 cm 606 Figure 3 Fragment en cours de nettoyage (Kazakl i-yatkan).
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN Afin de faciliter cette étape de travail systématique, il est nécessaire d ouvrir progressivement les zones d intervention pour éviter que la terre devenue trop les zones de travail, permettent de maintenir l humidité du sol. Documentation Après le nettoyage, les peintures sont photographiées et des tests de colorimétrie sont également réalisés avant leur consolidation qui provoque un assombrissement de la matière. La position de chaque fragment est ensuite localisée puis enregistrée Des relevés à l échelle des peintures sont réalisés sur le terrain avec des feuilles plastiques en polyéthylène 5. Les peintures face contre terre peuvent être relevées avant consolidation, mais dans le cas des peintures trouvées face visible, il est préfé- endommager les peintures avec les frottements et l électricité statique du plastique. des peintures. Consolidation La plupart des peintures, après nettoyage et documentation, sont à nouveau consolidées et renforcées avec une résine acrylique, le PBMA (Polybutylmétacrylate) 6, couramment employé par les restaurateurs de l Ermitage à Saint-Pétersbourg 7 (Šeinina 2002 ; Bliakher, Forminykh 2007). Du Paraloid B72 a également été employé les années précédentes sur la fouille, mais il est moins adapté en raison des fortes chaleurs qui le ramollissent 8. Du BMK5 a également été ponctuellement utilisé sur la fouille 9 10. 607 5. Technique employée au CEPMR (Centre d étude des peintures murales romaines) de Soissons, reprise et développée à Kazakl i-yatkan par F. Kidd. 6. Les peintures se trouvant face contre terre ne nécessitent généralement pas de consolidation en profondeur. En revanche, les peintures avec la face visible doivent être consolidées. Les premières couches de PBMA sont alors appliquées à faible concentration, d abord à 2 % puis à 5 % et ensuite à 15 % dans l acétone, en attendant le séchage de chaque couche avant d en appliquer une nouvelle. Lorsque des consolidations plus en profondeur sont nécessaires, le PBMA peut être dissout dans du xylène, solvant aromatique plus pénétrant. 7. Mises au point dans les années 1950-1960 par le restaurateur en chef de l Ermitage P. I. Kostrov pour les peintures de Pendjikent (Tadjikistan). Pour la description plus détaillée voir E. Šeinina 2002. 8. La température de transition vitreuse (Tg) du Paraloid B72 est d environ 40 o C. En cas d utilisation de Paraloid, il est alors recommandé d utiliser le Paraloid B44, qui, avec une température de fusion plus élevée, est moins sensible à la chaleur, la température de transition vitreuse (Tg) étant de 60 o C. 9. Copolymère de butylmétacrylate et d acide méthyl propenoic. 10. Pour une description de la technique développée à Moscou, voir Kovaleva 2006, p. 14-23.
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA 608 De plus, il est préférable de ne pas mélanger les méthodes et de n employer qu un seul type de polymère. La consolidation provoque un assombrissement inévitable de la matière. Pour limiter cet inconvénient, des tests sont en cours pour utiliser une couche de protection temporaire, à base de cyclododécane, sorte de cire volatile. Celle-ci appliquée sur la surface des peintures forme une couche de protection temporaire, empêchant la pénétration des adhésifs employés pour le collage de la gaze. Après le retrait de cette dernière, la couche de cyclododécane se sublime seule 11, laissant la peinture vierge de tout polymère, permettant ainsi de poursuivre plus facilement le nettoyage et de conserver les couleurs intactes (Westlake 2007). La consolidation est une étape cruciale, qui doit s effectuer juste avant le prélèvement des peintures. Les peintures à l air libre sont exposées directement aux sels contenus dans les sols. Ces derniers se cristallisent et se solubilisent en fonction des la journée. Lorsqu une pellicule de consolidant recouvre la surface, les sels se cristallisent juste sous cette couche imperméable créant d importantes altérations et modi Le nettoyage suivi de la documentation puis de la consolidation et du prélève- pour les peintures. Le travail conjoint des restaurateurs et des archéologues doit donc permettre le bon déroulement de toutes ces étapes dans des délais réduits au maximum. Le prélèvement des peintures Après consolidation, la majorité des fragments sont renforcés par application d une gaze de coton, collée avec la même résine acrylique (PBMA). Ces facings permettent de maintenir les différents morceaux ensemble lors du prélèvement et forment ainsi un renfort provisoire. Les peintures sont ensuite prélevées à l aide de longues spatules, passées juste au-dessous des fragments, en prenant garde de Les fragments de dimensions réduites, principalement ceux conservés face vi bloc de terre est alors réservé autour de la peinture et l ensemble est consolidé en appliquant une bande de gaze plâtrée sur le pourtour, ce qui permet d éviter la fissu 11. Phénomène physique qui permet le passage de l état solide à l état gazeux sans passer par l état liquide.
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN Figure 4 Détail de cristallisations de sels en surface d une peinture après consolidation (Kazakl i-yatkan). 609 Figure 5 Prélèvement d un fragment (Kazakl i-yatkan).
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA 610 Figure 6 Prélèvement en bloc (Kazakl i-yatkan). Figure 7 Fragment présentant un angle à 90 o, prélevé en bloc avec renfort en polyuréthane (Kazakl i-yatkan).
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN Dans certains cas, les peintures présentent des angles ou des reliefs originaux, provenant de la structure architecturale (cadres de porte, niches ). Ces types de fragments nécessitent alors une consolidation particulière avec une structure de renfort pouvant être réalisée avec du polyuréthane expansé. L ensemble est alors prélevé en bloc (peinture, terre et polyuréthane) 12 (figure 7). Dans tous les cas de figure, chaque peinture est numérotée et inventoriée sur la fouille, puis rangée dans des sacs plastiques (minigrips) ou sur des bacs en bois pour les plus grandes. Les premières étapes de restauration La mission dispose d un atelier où peuvent être réalisées les premières étapes de restauration et de nettoyage. Seuls les fragments trouvés face contre terre ou prélevés en bloc sont traités sur place, car les peintures encollées par la face nécessitent plus de temps et des dispositifs plus importants. Elles sont donc traitées préférentiellement dans le laboratoire de l Institut de Nukus. Le nettoyage permet d accéder à l information délivrée par les peintures, non visible en raison des résidus terreux. Le retrait de ces derniers permet également d éviter les altérations pouvant être provoquées par les sels solubles contenus dans cette terre. Les résidus terreux sont préalablement ramollis avec un mélange d eau 611 Figure 8 Nettoyage en cours d un fragment dans la base archéologique de fouille (Kazakl i-yatkan). 12. Il est à noter que la surface des peintures doit toujours être isolée du polyuréthane à cause des différents produits nocifs engendrés par la dégradation de ce dernier.
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA Après nettoyage, les déformations des peintures sont aplanies en les ramollissant légèrement avec des compresses d eau/éthanol, posées avec de la pulpe de papier japon, puis en plaçant ensuite les fragments sous presse. Les fragments déplacés peuvent également être décollés et recollés à leur place d origine. Une fois aplanies, les peintures sont consolidées par application d un mastic au revers. Ce dernier permet de former un support rigide pour les peintures. Il est constitué d un mélange de craie et de loess prélevé sur le site et préalablement dessalé 13, mélangé avec une émulsion acrylique (Acril 33) diluée à 50 % dans l eau en Dans certains cas, des mastics à base de PBMA peuvent également être employés selon la méthode traditionnelle élaborée au sein des ateliers du musée de l Ermitage à Saint-Pétersbourg (Šeinina 2002). Dans les deux cas, le séchage s effectue sous presse pour éviter toute déformation de la matière. RESTAURATION ET MISE EN VALEUR DES PEINTURES QARAKHANIDES DE SAMARKAND 612 Le processus de restauration appliqué au sein de l atelier de Nukus est semblable à celui en usage pour la restauration des peintures d époque qarakhanide (XII e - XIII e siècles) d Afrasiab, situé sur les hauteurs de la ville actuelle de Samarkand. La mission de restauration en cours, qui se concentre sur la mise en valeur des peintures, est conduite en collaboration avec la mission franco-ouzbèque de Sogdiane dirigée par Fr. Grenet et M. Reutova. Les peintures y ont été découvertes entre 2000 et 2004 dans un pavillon royal dont elles ornaient la cour à iwans (Karev 2003, 2005). Ces peintures ont une portée symbolique qui valorisait le souverain de l époque : archers, chasses, ) sont ainsi représentées entre des bandeaux décoratifs qui divisent l espace en plusieurs registres (figure 9). Au centre, une scène qui se retrouve sur les céramiques de la même période, a pu être reconstituée : elle représente le prince trônant, encadré d archers et d animaux 14 portante dépeignent notamment un archer et un grand aigle. Toutes sont encadrées par de grands motifs décoratifs bleus, entièrement exécutés en lapis-lazuli d après l analyse des pigments effectuée par le laboratoire de spectrochimie de Lille 15. 13. Environ 25 bains successifs d eau déminéralisée sont nécessaires pour diminuer la teneur en sels. 14. Le relevé graphique de la scène a été réalisé par V. Fominikh, restauratrice au musée de l Ermitage (Saint Pétersbourg). 15. Analyses menées par O. Cristini, Laboratoire de spectrochimie et d infrarouge Raman de Lille, UMR 8516, CNRS-USTL.
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN Figure 9 Fragment provenant d un bandeau décoratif avec scènes de chasse (Afrasiab). 613 Figure 10 Relevé de la scène du trône (Afrasiab).
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA Figure 11 Nettoyage des peintures en cours de fouille sur le site d Afrasiab. 614 10 cm Figure 12 État d une peinture avant restauration (Afrasiab).
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN Ces mêmes analyses montrent que les couleurs rouges sont issues d ocres et de terres, mais aussi de cinabre, qui se reconnaît par son assombrissement caractéristique. Les jaunes sont également issus de terres. Les nombreuses nuances sont obtenues par mélange et par ajout de blanc de gypse ou de noir de carbone. Certains fragments présentent également des restes de dorure, appliquée sur un liant huileux. La richesse et la qualité de ces peintures soulignent l importance du propriétaire, mais aussi la qualité du travail des artisans et peintres de l époque. De la fouille au prélèvement des peintures. L état de conservation des peintures Le dégagement des structures a été mené par les archéologues fouillant sur le site mais le prélèvement des peintures a quant à lui été confié aux restauratrices de l Institut d archéologie de Samarkand (où elles sont actuellement stockées), qui méthodologie que pour la fouille de Kazakl i-yatkan (cf. supra). Les différentes altérations rencontrées sur les peintures sont récurrentes et caractéristiques des objets archéologiques. La démolition du décor a en effet entraîné la fragmentation de l ensemble et la perte de nombreux éléments. Par ailleurs, de matières et le déplacement de petits fragments, qui ne sont plus ni dans le plan, Au niveau de la couche picturale, les pigments sont très sensibles et ont perdu toute cohésion. Leur surface est fragile et pulvérulente. De nombreuses usures et lacunes sont également observables et de nombreux résidus terreux recouvrent la surface. 615 La restauration et la mise en valeur des peintures Restauration des peintures ser de leurs résidus terreux et les restes de torchis au revers sont éliminés pour ne sur la fouille, les résidus terreux sont ramollis par apport ponctuel d acétone 16. Lors de ces interventions, les fragments sont toujours maintenus par une gaze de coton appliquée lors de la fouille, avec du PBMA, dissout à 15-20 % dans l acétone. Lorsque la gaze a été collée sur la face, il est nécessaire d en appliquer une autre au la face à l aide de compresses de solvant. Pour éliminer le surplus de polymère en surface, les peintures sont placées dans une atmosphère saturée en vapeur de 16. Parfois additionné de 1 % ou 2 % de PBMA pour consolider en même temps que le nettoyage.
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA solvant aromatique, qui ramollit l excès de polymère et le conduit à l intérieur de la matière. Des compresses ponctuelles de solvants peuvent aussi être appliquées en surface. Après les opérations de nettoyage, les peintures sont remises à plat en appliquant localement des compresses d acétone, puis en plaçant ces zones localement sous presse. Une fois la planéité retrouvée, les différents morceaux sont remis à leur place et sont alignés avec le reste du décor. Après repositionnement des fragments, les peintures sont ensuite consolidées par le revers, en appliquant un mastic au dos de la peinture, par-dessus la gaze de coton, ce qui permet de constituer une sorte de semelle rigide pour la peinture. Les mastics sont réalisés à l aide de lœss lié avec du PBMA. Le mas Après cette opération, les peintures sont stabilisées et manipulables, et peuvent alors être replacées sur un nouveau support pour pouvoir les exposer. Remise sur support et présentation des peintures 616 Traditionnellement, les peintures sont collées sur des plaques de polystyrène, peu pratiques pour l installation muséographique et instables en raison du mauvais nes 17, également retrouvées sur le site d Afrasiab (déjà exposées au musée éponyme), sont présentées de cette façon sur plaques de polystyrène. Ces dernières ont provo- ment du support (Fray sous presse). Le polystyrène se dégrade au dos, entraînant également l altération des colles employées qui ne jouent plus leur rôle adhésif. Lors des missions de restauration initiées en 2008, ces problèmes de présentation des peintures ont été abordés en priorité. Une nouvelle technique de remise sur à long terme et pour pouvoir les exposer aisément, tout en les conservant transportables (Kim, Kang 2007 ; Miller et al. 1987). Les plaques d aluminium 18, employées habituellement dans le domaine aéronautique, ont été adoptées en restauration de peintures murales depuis une vingtaine d années. Elles sont composées d une âme en nid d abeille d aluminium, bordée par deux couches de fibre de verre collées avec une résine époxy. Elles sont à la fois résistantes, très légères et peuvent se découper ou se mettre en forme. 17. restaurées dans les années 1980. 18. La remise sur plaquettes d aluminium des enduits peints fragmentaires a été largement Hexlite 600 de chez Hexcel Composites.
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN 10 cm Figure 13 Comblement des lacunes avec un mastic à base de PBMA (Afrasiab). 617 Figure 14 Fragment de bas-relief remonté sur plaque de polystyrène (Afrasiab).
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA 618 Figure 15 Fragment remis sur plaque d aluminium avant et après pose de mastics sur le pourtour (Afrasiab). Figure 16 Scène de l archer remise sur support d aluminium, après pose de mastics dans les fonds lacunaires (Afrasiab).
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN Les fragments de taille réduite, isolés, sont remis sur des plaques d aluminium découpées selon leurs contours (figure 15). Ils pourront ainsi être assemblés lors de la présentation muséographique, tout en restant indépendants (Fray, Reutova sous presse). En revanche, les scènes qui ont pu être reconstituées en assemblant plusieurs fragments sont remises sur des supports plus grands, permettant de les 19. Les peintures ainsi remontées pourront être facilement exposées au public, grâce support d aluminium est également désormais employée sur les peintures conservées à Nukus. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES BARBET (A.) 2006 «Techniques d exécution des peintures murales du Palais d Afrasiab à Samarcande», Royal Nauruz in Samarkand, Proceedings of the Conference held in Venice on the pre-islamic painting at Afrasiab, Rome, p. 213-227. BAKER BRITE (E.) 2006 Social Process in the Production of Wall Paintings at Kazakl i Yatkan, Master of Arts in Anthropology, University of California, Los Angeles (inédit). 619 BETTS (A.), YAGODIN (V. N.), HELMS (S. W.), KHOZHANIYAZOV (G.), AMIROV (Sh.), NEGUS-CLEARY (M.) 2009 «Karakalpak-Australian excavations in Ancient Chorasmia, 2001-2005: Interim Iran, 47, p. 33-55. BIRSTEIN (V.) 1975 «On the Technology of Central Asia Wall Painting: the problem of binding media», Studies in Conservation, XX, 1, p. 8-19. 19. assurer ensuite aisément sa présentation muséographique. Le pourtour des plaques est ensuite habillé d un mastic synthétique, constitué de poudre de marbre avec un peu de lœss, mêlés à de l Acril 33 dilué à 50 % dans l eau. En outre, les plaques peuvent être pliées ou arrondies selon les besoins pour épouser la forme de certains fragments particuliers (corniches, angles de pièce, ).
GÉRALDINE FRAY / MARINA REUTOVA BLIAKHER (A.), FORMINYKH (V.) 2007 «Conservation and restoration of monumental painting from archaeological excavations», Mural Paintings of the Silk Road: Cultural Exchanges Between East and West, Proceedings of the 29 th Annual International Symposium on the Conservation and Restoration of Cultural Property, National Research Institute for Cultural Properties, Tokyo (January 2006), p. 152-156. FRAY (G.) Sous presse «La peinture des Ambassadeurs, un chef d œuvre de l art sogdien en péril», De l archéologie préventive au tri-sélection, Actes 25 e séminaire du colloque de l Association française pour la peinture murale antique 2011 à Paris, PICTOR. FRAY (G.), REUTOVA (M.) Sous presse «Qarakhanid wall painting from Samarkand: a new method of mounting painting», Istori Material noj Kul tury Uzbekistana, 9, Samarkand. HELMS (S.), YAGODIN (V. N.), BETTS (A.), KHOZHANIYAZOV (G.), KIDD (F.) 2001 «Five Seasons of Excavations in the Tash-k irman Oasis of Ancient Chorasmia 1996-2000», Iran, 39, p. 119-144. 620 HELMS (S.), YAGODIN (V. N.), BETTS (A.), KHOZHANIYAZOV (G.), NEGUS (M.) 2002 «The Karakalpak Australian excavations in Ancient Chorasmia: the northern frontier of the civilised ancient world», Ancient Near Eastern Studies, 38, p. 4-43. KAREV (Y.) 2003 «Un cycle de peintures murales d époque qarakhanide (XII e -XIII e siècles) à la citadelle de Samarkand : le souverain et le peintre», Académie des Inscriptions et des Belles Lettres, comptes rendus des séances de l année 2003, novembre-décembre, Paris, De Boccard, p. 1685-1730. 2005 «Qarakhanid wall paintings in the citadel of Samarqand: first report and preliminary observations», Muqarnas: an Annual on the Visual Culture of the Islamic World, 22, Leiden Brill, p. 45-84. KIDD (F.) 2006 «Preliminary observations on the wall paintings from Kazakl i Yatkan / Akchakhan-Kala, Chorasmia (Uzbekistan)», Velikij šelkovyj put, kultu ra I, Silk Road Conference KIDD (F.), NEGUS-CLEARY (M.), YAGODIN (V. V.), BETTS (A.), BAKER BRITE (E.) 2008 «Ancient Chorasmian Mural Art», Bulletin of the Asia Institute, 18, p. 69-95.
DU TERRAIN À LA MUSÉOGRAPHIE. LA RESTAURATION DE PEINTURES MURALES EN OUZBÉKISTAN KIM (Y. M.), KANG (H. T.) 2007 «Conservation treatment for the wall paintings of Central Asia possessed by the National Museum of Korea», Mural Paintings of the Silk Road: Cultural Exchanges Between East and West, Proceedings of the 29 th Annual International Symposium on the Conservation and Restoration of Cultural Property, National Research Institute for Cultural Properties, Tokyo, (January 2006). KOSSOLAPOV (A. J.), MARSHAK (B. I.) 1999 Murals along the Silk Road, Saint Petersburg, Formika. KOVALEVA (N. A.) archaeological décor using BMK-5 solutions», Mural Paintings Central Asia Practical guide on conservation, Academy of Arts of Uzbekistan, Tashkent, (Restorers without Borders Republic of Tadjikistan / UNESCO), p. 14-23. LAPIERRE (N.) 1990 «La peinture monumentale de l Asie centrale soviétique : observations techniques», Arts asiatiques, 45, p. 28-40. MILLER (E. G.), NICHOLAS (J. L.), DIANE (R. E.) 1987 «Remounting and Conservation of Archaeological Wall Paintings at the British Museum», Recent Advances in the Conservation and Analysis of Artefacts, Institute of Archaeology Jubilee Conference, London, Summer School Press, p. 289-295. 621 ŠEININA (E.) 2002, Ermitage, Saint Petersburg. WESTLAKE (P.) 2007 Lifting fallen painted plaster from archaeological excavations: an investigation of the intervention criteria and assessment of available materials and methods, Master s Degree in Conservation of wall painting, Courtauld Institute of Arts (inédit). YAGODIN (V. N.), BETTS (A.), KIDD (F.), BAKER BRITE (E.), KHOZHANIYAZOV (G.), AMIROV (Sh.), YAGODIN (V. V.), FRAY (G.) 2009 «Karakalpak-Australian Excavations in Ancient Chorasmia. An Interim Report on the Kazakly-Yatkan Wall Paintings: the portrait gallery», Journal of Inner Asian Art and Archaeology, 4, p. 7-42.