Découvrir le patrimoine naturel de



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Transcription:

saint-martin-de-belleville Découvrir le patrimoine naturel de Avec le concours financier de : Découvrir le patrimoine naturel de SAINT-MARTIN-DE-BELLEVILLE

Préface La Vanoise, massif de montagne, niche son âme au sein d une communauté de villages, réunis autour du Parc national. Là, une mosaïque de milieux naturels, un vivier d espèces, offrent un assemblage généreux de formes et de couleurs, où s imbriquent espaces sauvages et terres utilisées par l homme. Les milieux naturels, visages multiples de la montagne, donnent au territoire son identité et son caractère. Expression d équilibres riches et diversifiés, toujours en devenir, ces milieux portent notre mémoire et se livrent en héritage. Ils sont une chance pour demain, et imposent un devoir de respect qui fait appel à la responsabilité de chacun. Depuis plusieurs années déjà, le Parc national de la Vanoise et ses partenaires financiers se sont engagés dans une collaboration originale pour la valorisation et la gestion de ces milieux naturels remarquables. Ce partenariat vise à aider les gestionnaires, valoriser les savoir-faire dans le domaine de l environnement et développer la sensibilisation du public. La commune de Saint-Martin-de-Belleville s est investie dans cette démarche, aux côtés du Parc national de la Vanoise, avec la collaboration du Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie. «Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville» est le reflet d un ensemble vivant, foisonnant, de faune, flore, milieux humides, pelouses, éboulis, torrents, etc. Audelà du regard quotidien sur notre environnement, ce document aiguise notre perception et nous révèle la mesure véritable de ce patrimoine. Il s agit de mieux le connaître pour rechercher les moyens de le préserver et, dans toutes les actions de la commune, de l envisager comme un bel enjeu pour demain.

Le mot du Maire Jusqu en 1965, Saint-Martin-de-Belleville vivait encore au rythme du passé. C était le temps immobile d une société paysanne concentrée sur une exigence essentielle : s autosuffire. Isolée dans son fond de vallée, la population avait, en effet, pour unique ressource l élevage et pour richesse naturelle la terre. Des siècles durant, elle a façonné un paysage d exception. À partir des années 1960-1970, la commune a ouvert largement ses portes au tourisme hivernal, enrayant ainsi l inéluctable dépeuplement qui la menaçait. La station des Menuires allait voir le jour en 1964, celle de Val Thorens en 1972, et enfin la station-village de Saint- Martin en 1983. La préservation de la qualité de l environnement, qui constitue un des atouts majeurs de l activité touristique, a toujours accompagné le développement de Saint-Martin-de-Belleville. La commune s étend sur une surface de près de 17 000 hectares composés de forêts sur le bas de vallée et d immenses étendues en pente modérée sur sa partie haute. Près de deux tiers du territoire ont été conservés à l état naturel, sans remontées ni pistes, notamment dans la vallée des Encombres et le vallon du Lou. De nombreuses espèces emblématiques de la faune et de la flore sont présentes dans notre vallée. La commune de Saint-Martin-de-Belleville est également très attachée à son patrimoine architectural : patrimoines religieux (églises baroques, chapelles) et rural (ancien moulin à eau, fours à pain, etc.), pour lesquels un programme de restauration a été engagé. En 2008 a également été ouvert un musée qui met en lumière l histoire de Saint-Martin durant les 150 dernières années et la formidable évolution d un village, longtemps attaché à son mode de vie séculaire, et devenu en moins d une génération l une des plus importantes communes touristiques. Cet ouvrage, fruit d un travail d échanges entre habitants et professionnels de l environnement, est un outil précieux, qui nous invite à prendre conscience des innombrables richesses naturelles de notre commune, mais également de leur fragilité, afin de mieux les préserver. André PLAISANCE, Maire de Saint-Martin-de-Belleville

Sommaire Préface p. 1 Le mot du Maire p. 3 Quelles richesses naturelles sur la commune? p. 7 Un aperçu général de la commune p. 9 Dimension économique p. 15 Paysages de Saint-Martin-de-Belleville p. 22 Diversité de la flore p. 28 Diversité de la faune p. 36 Connaissance, protection et gestion du patrimoine naturel p. 40 Les milieux naturels, des lieux de vie ----------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 47 Préambule ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 49 Fiche-milieu n 1 : Le village, les hameaux et leurs abords ----------------------------------------------------------------p. 50 Fiche-milieu n 2 : Les cours d eau et les lacs ---------------------------------------------------------------------------------------------------p. 58 Fiche-milieu n 3 : Les zones humides d altitude -------------------------------------------------------------------------------------------p. 68 Fiche-milieu n 4 : Les prairies de fauche de vallée -------------------------------------------------------------------------------------p. 78 Fiche-milieu n 5 : Les forêts -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 88 Fiche-milieu n 6 : L aulnaie verte et la mégaphorbiaie --------------------------------------------------------------------------p. 100 Fiche-milieu n 7 : Les landes, les landines et les fourrés de saules d altitude ---------------p. 106 Fiche-milieu n 8 : Les pelouses d altitude et les combes à neige -------------------------------------------------p. 115 Fiche-milieu n 9 : Les éboulis, les moraines et les glaciers rocheux ----------------------------------------p. 125 Fiche-milieu n 10 : Les rochers et les falaises -----------------------------------------------------------------------------------------------------p. 133 Fiche-milieu n 11 : Les glaciers et les névés ---------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 142 Conclusion -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 146 Regard sur quelques espèces -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 149 Fiche-espèce n 1 : La laiche des bourbiers ----------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 150 Fiche-espèce n 2 : Le chardon bleu des Alpes -------------------------------------------------------------------------------------------------p. 152 Fiche-espèce n 3 : La crépide naine ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 154 Fiche-espèce n 4 : Le lis orangé --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 157 Fiche-espèce n 5 : Le rossolis à feuilles rondes ----------------------------------------------------------------------------------------------p. 160 Fiche-espèce n 6 : Le muguet de mai ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 163 Fiche-espèce n 7 : L agrion hasté -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 165 Fiche-espèce n 8 : La truite fario ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 168 Fiche-espèce n 9 : Les chevaliers guignette et culblanc -------------------------------------------------------------------------p. 171 Fiche-espèce n 10 : Le circaète Jean-le-Blanc ------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 174 Fiche-espèce n 11 : Le blaireau d Europe ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 176 Fiche-espèce n 12 : Le mouflon méditerranéen ------------------------------------------------------------------------------------------------p. 179 Annexes -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 183 Lexique * --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 185 Bibliographie --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 190 Liste des plantes d intérêt patrimonial -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 195 Index des noms d espèces -----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------p. 197 (*) Les mots en italique suivi d un astérisque dans le texte sont définis dans le lexique Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 5

Quelles richesses naturelles sur la commune? Présentation

Présentation Reliefs et cours d eau de Saint-Martin-de-Belleville 8 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Un aperçu général de la commune La commune de Saint-Martin-de-Belleville se situe en Savoie, dans la vallée de la Tarentaise, au sein des Alpes internes du Nord. Elle occupe la majeure partie de la vallée des Belleville. Elle partage des cols et sommets avec 10 communes limitrophes : Hermillon, Saint-Jeande-Belleville, Fontaine-le-Puits, Villarlurin, Les Allues, Modane, Orelle, Saint-Michel-de- Maurienne, Saint-Martin-de-la-Porte et Saint-Julien-Mont-Denis ; citons d ouest en est le Grand Perron des Encombres, la pointe du Vallon, le col du Châtelard, les aiguilles de la Grande Moendaz, le rocher du Cougne, la Dent, la pointe de Daillait, le col de la Lune, le roc de Fer, le pas de Cherferie, le roc de Tougne, le mont de la Chambre, le mont du Borgne, l aiguille de Péclet, le col de Thorens, la pointe de Thorens, la cime de Caron, le mont Bréquin, le col de la Vallée Étroite, le col de Montfiot, le petit col des Encombres, etc. Elle est rattachée administrativement au canton de Moûtiers. D une surface de 16 331 ha, le territoire de Saint-Martin-de-Belleville se trouve en totalité inclus dans l aire optimale d adhésion du Parc national de la Vanoise (lire le paragraphe Parc national de la Vanoise p.40). Présentation Saint-Martin-de-Belleville, commune du Parc national de la Vanoise Quelles richesses naturelles sur la commune? - 9

Présentation Morphologie de Saint-Martin-de- Belleville Étendue sur plus de 20 km de long, Saint- Martin-de-Belleville fait partie des communes les plus grandes de France. Elle se caractérise par une amplitude altitudinale de près de 3 000 m, comprise entre 580 m au fond du doron des Belleville et 3 561 m au sommet de l aiguille de Péclet. Ceci se traduit sur le milieu naturel par l existence de trois étages de végétation * : montagnard, subalpin et alpin, lequel est prolongé audelà de 2 700 à 3 000 m d altitude par un étage nival. Le territoire de Saint-Martin-de-Belleville est formé par deux vallées principales orientées nord-sud, longues d une dizaine de kilomètres, se rejoignant au niveau du village de Villarenger. À l est, la vallée des Belleville est la plus large et la plus élevée. Elle est drainée par le doron des Belleville, lequel est alimenté par plusieurs glaciers (glaciers de Péclet et de Thorens) et torrents (torrents de Péclet, de Thorens et du Lou). Ses pentes douces ont permis une installation de l homme à la fois ancienne et très marquée : habitat permanent, activité agro-pastorale, exploitation forestière et aménagement de domaines skiables s y succèdent depuis plusieurs siècles. À l ouest, la vallée des Encombres, suivie par le torrent du même nom, se caractérise par un relief beaucoup plus abrupt, notamment sur son versant est qui est entrecoupé de nombreux vallons perpendiculaires à la vallée principale. Plus inaccessible, cette vallée n est occupée que par quelques hameaux et chalets d alpage. Les boisements sont peu représentés sur Saint-Martin-de-Belleville, les plus importants sont localisés dans la partie nord, sur le territoire de l ancienne commune de Saint-Laurent-de-la-Côte. Brigitte Ruff Vue sur la vallée des Belleville avec Saint-Marcel au premier plan, puis les Granges et Praranger 10 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Présentation PNV - Christophe Gotti Vue générale sur la vallée des Encombres depuis le vallon de la Moendaz Christine Garin La vallée des Encombres depuis le Grand Plan Quelles richesses naturelles sur la commune? - 11

Présentation L habitat De type groupé, l habitat permanent de la commune est réparti dans des villages situés principalement sur la partie aval et le versant ouest de la vallée des Belleville. Ce secteur offre une situation privilégiée en termes d exposition, de topographie, de place disponible pour les zones agricoles, de ressource en eau et de protection contre les risques naturels. Sur ce versant, les villages s étagent de 980 à 1 680 m d altitude. Le chef-lieu se situe à une altitude moyenne de 1 380 m. L habitat bellevillois se compose : - de 22 villages de taille variable : le Levassaix, Praranger, les Granges, Saint- Marcel, Saint-Laurent-de-la-Côte, etc., dont certains sont remarquables d un point de vue esthétique, tels que le Châtelard (situé PNV - Christophe Gotti Vue sur le hameau de la Gittaz et le chef-lieu de Saint-Martin-de-Belleville PNV - Frantz Storck Village de Béranger 12 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

sur une croupe à l intersection de la vallée des Encombres et de la vallée des Belleville) et Béranger (isolé sur un flanc de prairie sans arbres) ; - de la station-village de Saint-Martin-de- Belleville et de deux stations de ski, station des Menuires et de Val Thorens, où se trouve l habitat saisonnier ; - de plus d une centaine de hameaux et chalets d alpage occupés seulement en été : hameaux de la Gittaz, de Gittamelon, de Lachat, etc., chalets des Carriots, des Mures Rouges, des Dogettes, de Praz Pétaux, de la Fémaz, de Geffriand, etc ; - d hébergements pour les randonneurs : refuge du Lou et refuge de Gittamelon. Présentation PNV Frantz Storck Résidences hôtelières aux Menuires PNV Frantz Storck Hameau de Gittamelon Quelles richesses naturelles sur la commune? - 13

Présentation La population Suite à l explosion démographique que connaît la Savoie au début du XIX e siècle, en 1830 les Bellevillois sont au nombre de 2 500. Puis, dans un mouvement général d exode rural, entraînant les hommes vers les vallées où se développe une activité industrielle, cette population diminue en un siècle, pour atteindre un minimum d environ 1 000 habitants dans les années 1950, soit une diminution d environ 58 %. À partir des années 1960, un engagement communal, soutenu par une politique départementale, vise à stopper cet exode à travers un plan d aménagement touristique élaboré à la hauteur des possibilités offertes par la surface et la topographie de la vallée des Belleville. En moins de 40 ans, la population de Saint-Martin-de-Belleville retrouve et dépasse son record maximum historique atteignant plus de 3 000 habitants, soit une augmentation de 65 %. 14 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Dimension économique Pendant quelques milliers d années, rythmée par les saisons, la vie de la vallée s est exclusivement développée autour de l élevage. Avec l accroissement de la population, de nouveaux villages permanents se sont créés sur les sites de chalets d alpages ou de granges à foin. Puis au cours de la seconde moitié du XX e siècle, en quelques années, la vallée est passée d une civilisation agro-pastorale séculaire à une civilisation des loisirs, d un paysage d alpage à l un des domaines skiables les plus renommés au monde. Les espaces d altitude autrefois utilisés par l homme uniquement durant l été, deviennent des lieux de fréquentation majeurs en hiver pour le ski et, a contrario, se trouvent davantage délaissés par l homme en été. Présentation L agriculture À l image de la Savoie, l agriculture est une activité qui a subi une profonde mutation au cours de la seconde moitié du XIX e siècle, avec une diminution du nombre d exploitations, une augmentation de la surface par exploitation et une modification du type d élevage. 60 % depuis la fin des années 1980 (environ 70 exploitations). Réparties dans la vallée des Belleville, ces exploitations se caractérisent par une grande hétérogénéité de leur taille (nombre de bêtes, surface exploitée) ; quinze d entre elles sont de type professionnel. En 2000, la surface agricole utilisée sur la commune était de 1 729 ha. Cette partie hors alpage est constituée de prairies naturelles fauchées et/ou pâturées qui se situent généralement en-dessous de 1 800 m d altitude. Après avoir diminué, cette surface connaît peu de variabilité depuis les années 1970. Le territoire de Saint-Martin-de-Belleville présente plusieurs alpages, tous localisés entre 1 500 et 2 600 m d altitude, couvrant une surface de 6 900 ha (lire la fiche-milieu n 8, paragraphe Usages, intérêts économiques et représentations p.120). La taille de ces alpages ainsi que le nombre de bêtes les parcourant sont très variables. En 2007, Saint-Martin-de-Belleville compte une trentaine d exploitations d élevage correspondant à une diminution d environ PNV - Frantz Storck Vache au Châtelard Quelles richesses naturelles sur la commune? - 15

Présentation Plus de la moitié des exploitants pratique une double activité liée à l économie touristique hivernale (remontées mécaniques, service des pistes, restauration, employé municipal, etc.). Depuis le début des années 2000, quelques exploitations ont diversifié leur activité par de l accueil touristique. De tels lieux de découverte de l activité agricole se trouvent au chef-lieu, à Villarenger, au Châtelard, ou encore, dans des chalets d alpage. Le lait est la production principale de la commune. En 2008, la commune compte un peu moins de 300 génisses et vaches laitières réparties en 16 troupeaux. Trois troupeaux transhumants, originaires de Rhône-Alpes et du Jura, s ajoutent à ces effectifs en été. Les vaches sont de la race Abondance ou Tarentaise. Saint-Martin-de- Belleville se trouve dans la zone d appellation d origine contrôlée, A.O.C., beaufort. La plus grande partie du lait de vache est collectée toute l année par la coopérative laitière de Moûtiers et la fromagerie de Tarentaise, où il est transformé en beaufort et en tomme. En saison d alpage, le beaufort fabriqué sur place bénéficie du label beaufort d alpage ; s il est transformé en coopérative, il prend alors le nom de beaufort d été. Trois chalets de vente de produits de la coopérative de Moûtiers ont été installés aux Menuires et à Val Thorens à l initiative de la commune et de la coopérative. Un cheptel caprin de plus de 200 bêtes (5 troupeaux) complète la production laitière de la commune. Les producteurs installés à Saint-Martin-de-Belleville transforment leur lait sur place et vendent leurs fromages directement par le biais de filières courtes auprès d une clientèle locale, des grossistes, sur les marchés ou à des restaurateurs locaux. Un troupeau d une cinquantaine de chèvres originaires de Provence pâture une partie des alpages durant la saison d estive. Dans une moindre mesure et plus récemment, Saint-Martin-de-Belleville accueille plusieurs troupeaux destinés à la production de viande. Un troupeau d une vingtaine PNV - Christophe Gotti Troupeau de moutons dans un enclos en pierre à Chaffat 16 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Présentation PNV - Frantz Storck Ruches à Saint-Marcel de vaches est élevé pour la production de veaux de lait. Cette viande est vendue dans la vallée des Belleville. L été, environ 350 vaches à viande en provenance de Savoie et d Isère pâturent les alpages de la commune. Cinq exploitations se sont spécialisées dans l élevage ovin, lesquelles totalisent environ 70 moutons. Cet effectif est complété en saison d alpage par quatre troupeaux transhumants originaires de Provence, comptant près de 6 500 moutons. Les brebis montent en alpage au cours du mois de juin. Pour se protéger des prédateurs, la plupart des troupeaux sont gardés le jour et la nuit par un berger et des chiens de race patou. La nuit, les animaux sont parqués près du chalet. Une dizaine d apiculteurs amateurs ou professionnels produit du miel. Les ruches sont installées en divers endroits de la commune, et déplacées en altitude en suivant l évolution de la floraison. L un d entre eux, possédant près de 200 ruches, produit plusieurs tonnes de miel par an. La vente de ce miel toutes fleurs se fait essentiellement en direct. Depuis plusieurs années, la commune a développé une politique favorable au maintien de l agriculture qui s est traduite par une aide financière directe et par une aide à diverses actions agricoles comme la réalisation de fosses à fumier collectives, la création d accès et l élargissement de chemins, etc. Le plan local d urbanisme approuvé en 2006 prévoit de réserver des espaces à l agriculture permettant la constitution d associations foncières pastorales et l implantation de bâtiments agricoles dans les zones prévues à cet effet. Le tourisme L histoire du tourisme, essentiellement hivernal, est récente et rapide. Elle ne démarre qu en 1960 et vise à enrayer l exode rural. Stimulé par le succès de la commune Quelles richesses naturelles sur la commune? - 17

Présentation PNV - Christophe Gotti Piste de ski et télésiège du «Glacier» à Val Thorens de Saint-Bon Courchevel, le maire de Saint- Martin-de-Belleville, soutenu par le département, lance l étude de l aménagement touristique de la vallée des Belleville. Les premiers aménagements ont lieu en 1964 aux Menuires (1 850 m) et en 1972 à Val Thorens (2 300 m) ; cette dernière est aujourd hui la plus haute station d Europe. Ces deux stations font partie de l un des plus grands domaines skiables du monde : les 3 Vallées, avec 600 km de pistes entièrement reliées par des remontées mécaniques et dont la moitié se situe sur Saint-Martin-de-Belleville. PNV - Christophe Gotti Groupe de randonneurs sous le hameau de la Gittaz 18 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Présentation PNV - Frantz Storck Epreuve de VTT au-dessus de Saint-Marcel à Leschaux Ces constructions se développent au cours d une période d expansion intense dans les années 1980, lors de laquelle un nouveau plan d aménagement prévoit la création d une petite unité touristique au chef-lieu. La réalisation de la station-village de Saint-Martinde-Belleville (1 450 m) débute en 1983. Le maximum de développement immobilier est atteint à la fin des années 2000, avec un seuil d environ 50 000 lits, dont 7 % sont destinés à accueillir les employés saisonniers. Ces lits touristiques se répartissent au sein de résidences collectives et secondaires, d agences et de clubs, et également d hôtels. Une saison hivernale peut se traduire par près de 3 450 000 nuitées. 55% de cette PNV - Frantz Storck Le moulin de Burdin devant le doron de Belleville Quelles richesses naturelles sur la commune? - 19

Présentation clientèle est étrangère ; leur accueil se fait par un large réseau de services : offices de tourisme, centrales de réservation, garderies d enfants, écoles de ski, gares routières, etc., dont l activité est assurée par environ 4 500 professionnels de la montagne et du tourisme (permanents et saisonniers). Bien que dominant, le ski alpin ne forme qu une des nombreuses activités de plein air et de découverte proposées sur la commune (raquette à neige, ski de fond, randonnée, etc.). Le topo guide des randonnées pédestres et circuits VTT dans la vallée des Belleville, ainsi que la carte des sentiers balisés, sont des documents très complets pour parcourir la commune, à pied ou à vélo, sur environ 300 km d itinéraires. Une grande partie des activités que l on trouve à Saint-Martin-de-Belleville combine la découverte des patrimoines naturels et culturels, et les activités sportives d hiver et d été (lire l encadré ci-dessous). ACTIVITÉS TOURISTIQUES SUR LA COMMUNE DE SAINT-MARTIN-DE-BELLEVILLE Découverte du patrimoine naturel : - Sentiers-découvertes : «Sous le Cochet» ; L alpage du Lou ; Le Montaulever Découverte du patrimoine culturel : - Le musée de Saint-Martin au chef-lieu - Visite du moulin de Burdin (moulin à grain) ; - Les Chemins du Baroque : le sanctuaire de Notre Dame de la Vie (pélerinage le 15 août) et l église de Saint-Martin-de-Belleville - Découverte de la fabrication du fromage aux chalets La Chasse, Les Broyes Activités sportives d été : - Randonnées pédestres, VTT ; - Alpinisme, escalade, via ferrata, accrobranche ; - Pêche ; - Tir à l arc, tennis, trampoline, etc. Et sports d hiver : - Ski alpin et ski nordique ; - Raquettes, luge, chiens de traineaux ; - Sports motorisés Les milieux naturels dénués d équipements touristiques sont le support d activités essentielles, telles que le pastoralisme et le tourisme vert. La qualité de son environnement et de son patrimoine bâti est l un des atouts majeurs de la commune. C est une source de richesse non négligeable : l activité touristique estivale de Saint-Martin-de-Belleville repose pleinement sur cette dimension patrimoniale. La pérennité des activités pratiquées dépendra pour beaucoup de l attention qui sera portée à la nature. 20 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Présentation PNV - Frantz Storck Prise d eau du barrage de Saint-Marcel sur le doron des Belleville L industrie Diverses ressources naturelles ont été exploitées, comme le bois (lire la fichemilieu n 5, paragraphe Usages, intérêts économiques et représentations p.94), le charbon et l eau. Un nombre important de moulins, comme l actuel moulin de Burdin qui a été entièrement restauré, fonctionnait autrefois grâce à la force des torrents. Présent sous forme de filons dans la zone houillère de la commune (vallée des Belleville), le charbon a été utilisé comme combustible pendant plusieurs siècles, alors que la vallée manquait de bois, et ce jusque dans les années 1960. Il servait à faire fonctionner la forge, le four à grilla * et surtout le poêle familial. L entrée de mines est encore visible, comme sur le versant nord-est du Cochet. Aujourd hui seuls le bois et l eau sont encore utilisés. L électricité couvre l ensemble de la commune seulement à partir des années 1950. L industrie hydroélectrique de la commune Christine Garin est étroitement liée au fonctionnement du barrage EDF de la Coche construit dans les années 1970 sur la commune de Le Bois. Elle se traduit sur Saint-Martin-de-Belleville par la présence d environ 10 km de galeries souterraines et de trois prises d eau : sur le doron des Belleville, au niveau de Saint- Marcel et du pont Béroud, et sur le torrent des Encombres, à l aval des Priots. Depuis les années 1970, une ligne très haute tension traverse le territoire de la commune sur une douzaine de kilomètres, depuis le col des Encombres jusque vers la pointe de Daillait. Pylône et ligne EDF très haute tension dans la vallée des Encombres Quelles richesses naturelles sur la commune? - 21

Présentation Paysages de Saint-Martin-de-Belleville Présentation photographique des grands types de milieux PNV - Frantz Storck Lac Blanc au-dessus de Val Thorens. Au fond, la pointe du Borgne 22 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Présentation PNV - Frantz Storck Secteur sud du lac du Lou Quelles richesses naturelles sur la commune? - 23

Présentation PNV - Frantz Storck Chef-lieu et massif forestier de Nant Felain 24 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Prairies de fauche au-dessus de la Gittaz et vue sur la pointe du Daillait Présentation PNV Christophe Gotti Quelles richesses naturelles sur la commune? - 25

Présentation PNV - Frantz Storck Zone humide et éboulis de Tête Ronde. Au fond, glacier de Péclet 26 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Présentation PNV - Christophe Gotti Vallon de la Moendaz et pointe de la Levrière Quelles richesses naturelles sur la commune? - 27

Présentation Diversité de la flore Il n existe pas d inventaire exhaustif de la flore de Saint-Martin-de-Belleville mais, à l échelle du massif de la Vanoise et pour une altitude supérieure à 1 500 m, les scientifiques ont pu évaluer la diversité spécifique à environ 1 000 espèces différentes de plantes à fleurs et de fougères et près de 200 espèces de mousses. Cette évaluation donne un ordre de grandeur de la richesse floristique potentielle à Saint-Martin-de-Belleville. Parmi ces nombreuses espèces, certaines présentent un intérêt particulier, qu il soit lié à leur rareté, à leur usage (médicinal, culinaire, fourrager, etc.), à leur beauté ou à leur caractère symbolique. Lichens et champignons En Vanoise, la flore mycologique a fait l objet d inventaires et d études approfondies depuis une trentaine d années. Ce sont plus particulièrement les champignons à lames qui ont fait l objet de ces études. On a actuellement recensé plus de 400 espèces différentes de champignons en Vanoise. Certaines espèces de champignons sont très spécialisées et subissent les mêmes évolutions que les milieux rares qui les abritent. Association entre un champignon et une algue, les lichens colonisent des milieux très variés. On les trouve sur les vieux murs, les falaises et les rochers, sur les troncs des arbres, sur les mousses et en grande quantité à même le sol. Les études réalisées entre 1972 et 1990 ont permis de recenser plus de 460 espèces différentes de lichens en Vanoise. Plantes rares et menacées S il l on ne dispose pas aujourd hui d inventaire exhaustif de la flore, il existe, en revanche, un important travail de recensement des espèces protégées ou rares, PNV - Frantz Storck Androsace alpine sur l arête de Tête Ronde 28 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

SMBRC - Thierry Delahaye PNV - Maurice Mollard Présentation Astragale de Lienz Laiche faux pied d oiseau effectué par les gardes-moniteurs du Parc national de la Vanoise. Celui-ci permet de bien connaître la flore à forte valeur patrimoniale de la commune et d établir les statistiques suivantes : On dénombre actuellement à Saint-Martinde-Belleville 18 espèces de plantes protégées (voir les espèces notées en gras dans la liste des plantes d intérêt patrimonial p.195). Deux d entre elles présentent un intérêt majeur du fait de leur grande rareté en France (astragale de Lienz, chardon bleu des Alpes). Elles sont de ce fait considérées comme des espèces prioritaires, en termes de protection, par les botanistes. À ce titre, elles sont inscrites au Livre rouge national de la flore française (lire l annexe Liste des plantes d intérêt patrimonial p.195). Saint-Martin-de-Belleville compte : - environ 17 % des espèces protégées présentes dans le Parc national de la Vanoise, - un peu plus de 5 % des espèces prioritaires du Livre rouge national présentes dans le Parc. - l astragale de Lienz, espèce alpine rare et protégée, présente en France uniquement en Savoie et dans les Hautes-Alpes ; - la laiche faux pied d oiseau, espèce rare et protégée, présente en France uniquement en Haute-Savoie, Savoie, Hautes-Alpes et Pyrénées-Orientales. Elle est connue en Savoie dans le massif de la Vanoise et le massif des Bauges ; - le rossolis à feuilles rondes, espèce protégée en régression partout en France, présente dans une vingtaine de communes en Savoie (lire la fiche-espèce n 5) ; -lesabot de Vénus, espèce protégée en régression en France en plaine ou à basse altitude ; - le saule à dents courtes, espèce protégée connue en France dans les Alpes de Haute- Provence, les Hautes-Alpes, en Isère et en Savoie. Dans ce département, il est surtout présent dans le massif de la Vanoise. Parmi les espèces à forte valeur biologique, on recense : - l androsace alpine, espèce protégée endémique * des Alpes, présente en France en Haute-Savoie, Savoie, Isère, Hautes-Alpes, Alpes de Haute-Provence et Alpes-Maritimes ; PNV - Christian Balais Feuilles de saule à dents courtes Quelles richesses naturelles sur la commune? - 29

Présentation Sensibilité floristique du territoire communal de Saint-Martin-de-Belleville Observations de 1956 à 2008 Commentaire : L intérêt floristique d un territoire dépend du nombre d espèces végétales connues et de la valeur patrimoniale de chacune de ces espèces. Un certain nombre d espèces végétales fait l objet d un inventaire systématique par les gardes-moniteurs du Parc national. Leur valeur patrimoniale est estimée en tenant compte, notamment : - de l aire globale de distribution, - de l importance des populations recensées en Vanoise par rapport à l ensemble des populations connues en France, dans le monde, - des menaces pesant sur l espèce et son milieu de vie. Ainsi, plus le nombre d espèces recensées est important, et plus leur valeur patrimoniale est élevée, plus l intérêt floristique d un territoire est important. En complément de l évaluation de l intérêt floristique, l observation dans une maille d au moins une plante inscrite sur les listes nationales ou régionales d espèces végétales protégées est indiquée par un symbole (rond orange). Les mailles blanches sont des mailles qui n ont pas encore été prospectées, ou bien dans lesquelles aucune espèce rare ou protégée n a encore été observée. Le Parc national de la Vanoise travaille sur l inventaire d un peu plus de 200 espèces pour la période 2003-2009. Parmi ces 200 espèces, 31 espèces sont actuellement recensées sur la commune de Saint-Martin-de- Belleville (voir la liste des plantes d intérêt patrimonial p.195). 30 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

La répartition par type d habitat * de ces plantes prioritaires pour le Parc national de la Vanoise met en évidence l intérêt floristique relatif des grands types de milieux (une espèce pouvant pousser dans plusieurs habitats * différents) : - éboulis et rochers (8 espèces) ; - milieux humides et aquatiques (7 espèces) ; - forêts, aulnaies et mégaphorbiaies (6 espèces) ; - prairies de fauche de vallée et pelouses d altitude (6 espèces) ; - landes et saulaies d altitude (3 espèces) ; - abords des villages (1 espèce). Présentation Plantes symboliques PNV - Frantz Storck Le patrimoine floristique de Saint-Martinde-Belleville englobe aussi toutes les plantes chères aux habitants ou aux touristes qui fréquentent la commune, pour leur beauté et aussi parce qu elles symbolisent la flore de montagne, telles : - le lis martagon et le lis orangé, - l edelweiss, - l ancolie des Alpes, - les différentes espèces de gentianes bleues, - le sabot de Vénus, - le chardon bleu des Alpes, etc. Certaines d entre elles sont aussi protégées comme l ancolie des Alpes, le sabot de Vénus et le chardon bleu des Alpes. Edelweiss PNV - Philippe Benoît Ancolie des Alpes Plantes utilisées par l homme Les végétaux chlorophylliens revêtent une importance capitale pour les hommes comme pour la faune sauvage et domestique. Ils sont à la base des chaînes alimentaires *. Le premier usage est pastoral : consommation par les troupeaux domestiques, frais ou sous forme de foin. L homme a longtemps prélevé les plantes dans la nature, pour se nourrir, se soigner, pour des utilisations pratiques : cordage, coloration de tissus, parfum, construction en bois, sculpture sur bois, boissons, etc. La cueillette de certaines plantes à des fins alimentaires, médicinales, décoratives, fait partie des usages qui, s ils ne sont pas régulés, peuvent avoir un impact fort sur les populations de ces espèces et menacer la pérennité même de ces pratiques. Quelles richesses naturelles sur la commune? - 31

Présentation Les plantes à usage pastoral L utilisation des plantes à des fins pastorales constitue sans doute l usage actuellement le plus important d un point de vue économique et culturel à Saint-Martin-de-Belleville. Celui-ci concerne de vastes surfaces sur la commune (prairies de fauche et alpages). Par ailleurs, le pastoralisme est l usage qui a le plus d influence sur la végétation : en-dessous d une certaine altitude, le pâturage contrôle la dynamique naturelle des prés qui, en son absence, évolueraient vers la lande, puis la forêt. Le pâturage doit être adapté pour préserver la ressource fourragère, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, le surpâturage pouvant entraîner une dégradation de la composition floristique des prairies. Les plantes à usage alimentaire Les feuilles de nombreuses plantes, comme le chénopode bon-henri appelé aussi épinard sauvage, le rumex des Alpes, ou rhubarbe des moines, et l ortie sont consommées sous forme de soupes. Les feuilles de cette dernière sont également utilisées pour confectionner une tarte. Les jeunes feuilles de pissenlit peuvent être cueillies pour faire des salades. De nombreux fruits sont PNV - Frantz Storck PNV - Christian Balais Rumex des Alpes, appelé aussi rhubarbe des Moines, à Burdin Sureau noir en fleurs CRÈME BRÛLÉE REINE DES PRÉS Maxime Meilleur, chef cuisinier au restaurant La Bouitte à Saint-Marcel Marché pour 4 personnes - 400 g de crème liquide - 100 g de lait entier - 10 g de reine des prés - 5 jaunes d œufs - 65 g de sucre - q.s. de sucre muscovado (sucre non raffiné) ou sucre roux Verser un filet d eau dans une casserole. Ajouter la crème et le lait, porter à ébullition. Infuser hors du feu la reine des prés, recouvrir d un papier film et laisser reposer 10 mn. Mélanger les jaunes d œufs et le sucre. Verser l infusion dans le mélange et passer le tout au chinois. Verser à l aide d un chinois à piston dans des ramequins. Cuire au four à 90 C jusqu à obtenir une consistance tremblotante. Laisser refroidir et entreposer au frais. Marc Muller 32 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

VELOUTÉ D ŒUFS AU CARVI Jean Sulpice, chef cuisinier au restaurant L Oxalis à Val Thorens Marché pour 4 personnes - 8 oeufs - Graines de carvi - 20 cl de bouillon de légumes - 15 cl de crème fraîche - Sel, poivre Décalottez six œufs crus et videz-les dans une casserole. Incorporez le bouillon de légumes aux oeufs. Fouettez énergiquement pendant 5 minutes à feu vif, jusqu à obtenir un résultat mousseux. Emulsionnez avec un mixer plongeant. Ajoutez la crème. Salez et poivrez. Mettez quelques graines de carvi au fond des coquilles d œufs vides, remplissez avec le velouté d œufs et décorez avec quelques graines de carvi. Saint-Martin-de-Belleville - Valérie Hudry Présentation également consommées : les myrtilles, les framboises, les mûres, les baies de sureau noir et d airelle rouge, les cynorrhodons (fruits de l églantier), etc. Enfin différentes boissons alcoolisées peuvent être issues des plantes sauvages, comme les racines de gentiane jaune et les brins de génépi vrai appelé aussi génépi noir. Les plantes à usage médicinal De très nombreuses plantes étaient récoltées avant d être séchées, puis servaient de base à la préparation de diverses tisanes. Ainsi, pour lutter contre le rhume, certains Bellevillois préparaient un mélange de fleurs séchées de menthe, et de serpolet. Des tisanes à base de queues de cerise, de petite bardane ou de reine des prés ou avaient des propriétés diurétiques. Cette dernière, appelée aussi fausse spirée, est à l origine du mot aspirine. Contenant des substances proches de l aspirine, la reine des prés était aussi utilisée pour soulager les refroidissements et les rhumatismes. Pour favoriser la cicatrisation, un alcool de fleurs ou de feuilles de lis de Saint Bruno formait une préparation efficace, utilisée en application directe sur la plaie. PNV - Louis Bantin PNV - Patrick Folliet Reine des Prés Lis de Saint-Bruno Quelles richesses naturelles sur la commune? - 33

Présentation PNV - Michel Filliol Arnica des montagnes PNV - Frantz Storck Dompte-venin officinal à la Gittaz Pour résorber les hématomes et autres traumatismes sans plaie, les fleurs d arnica des montagnes, aux propriétés anti-inflammatoires, étaient appliquées après macération dans l alcool. Pour calmer certaines inflammations de l œil, comme les orgelets, la grande camomille était utilisée en application directe sans préparation, tout comme les feuilles d ortie qui permettaient ainsi de soulager les rhumatismes. dompte-venin officinal, les aconits tueloup et anthore, le colchique des Alpes et d automne, la digitale jaune, la belladone, Ces plantes renferment un ou plusieurs principes actifs capables de prévenir, soulager ou guérir des maladies. La liste des plantes médicinales est longue. Aujourd hui, à Saint-Martin-de-Belleville la plupart de ces espèces ne sont plus utilisées ou le sont de façon très marginale. Les plantes toxiques Il existe aussi des plantes dont les hommes et le bétail ont appris à se méfier. Il y a le PNV - Maurice Mollard Aconit anthore 34 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

ainsi que le vérâtre. Ce dernier est facilement confondu avec la gentiane jaune, mais ses feuilles sont alternes alors que la gentiane jaune a des feuilles opposées. Présentation PNV - Jacques Perrier Colchique des Alpes Les plantes d intérêt culturel et touristique Il existe depuis quelques années à Saint- Martin-de-Belleville, et plus généralement en Vanoise, une valorisation culturelle et touristique de la flore locale. La commune, les professionnels du tourisme et le Parc national de la Vanoise proposent de découvrir la flore grâce à plusieurs formules, telles que des sorties organisées par des accompagnateurs en montagne spécialisés, alliant randonnée et découverte des plantes de montagne, mais aussi la réalisation de diverses documentations (plaquettes distribuées dans les offices de tourisme, livres, etc.). Cet usage est en plein développement. Il répond à la demande des touristes ou des habitants, curieux de mieux connaître la nature qui les entoure. Quelles richesses naturelles sur la commune? - 35

Présentation Diversité de la faune Tout comme pour la flore, l inventaire exhaustif de la faune de Saint-Martin-de-Belleville, et en particulier des invertébrés, n est pas encore terminé. Toutefois, un important travail de recueil de données par les gardes-moniteurs du Parc et d autres experts permet de bien connaître quelques groupes tels que les vertébrés et les papillons diurnes. Ainsi, près de 140 espèces différentes de vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons) ont été dénombrées sur la commune, soit environ 48 % des espèces présentes en Vanoise et 33 % de la faune vertébrée savoyarde. Outre les animaux à large répartition, la faune de Saint-Martin-de-Belleville se compose d espèces typiques des montagnes, adaptées à des conditions de vie difficiles (froid, pente et vent). Faune vertébrée Parmi la faune vertébrée, certains groupes font (ou ont fait) l objet d études et de suivis plus précis ; c est le cas par exemple des ongulés sauvages (bouquetin, chamois), des chiroptères (chauves-souris), des galliformes de montagne et des rapaces. Les données qui en résultent sont centralisées dans des bases de données au Parc national de la Vanoise. Les mammifères Parmi les 23 espèces présentes sur la commune, évoluent des espèces typiques du milieu alpestre telles que la marmotte alpine, PNV - Michel Delmas Musaraigne carrelet le campagnol des neiges, le lièvre variable, le bouquetin des Alpes, le chamois. Des espèces à répartition nationale plus large telles que musaraigne carrelet, renard, blaireau, fouine, écureuil, lièvre brun, sanglier, cerf, chevreuil sont aussi présentes. PNV - Michel Bouche Mâle de chamois en pelage d hiver PNV - Alexandre Garnier Renard roux 36 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Les oiseaux Saint-Martin-de-Belleville compte au moins 71 espèces différentes d oiseaux nicheurs sur les 120 présentes en Vanoise. 27 autres espèces d oiseaux sont observées, régulièrement ou exceptionnellement, au cours de leur passage. Citons : - parmi les espèces nicheuses propres aux milieux alpestres : l aigle royal, la gélinotte des bois, le lagopède alpin, le tétras-lyre, la perdrix bartavelle, le pipit spioncelle, PNV - Christophe Gotti Troupe de sizerins flammés dans la neige Présentation PNV - Nathalie Tissot Accenteur alpin PNV - Alexandre Garnier Pouillot véloce l accenteur alpin, le cassenoix moucheté, le chocard à bec jaune, la niverolle, le sizerin flammé, - parmi les espèces plus communes et plus discrètes à la fois, mais nichant également à Saint-Martin-de-Belleville, différents passereaux : les fauvettes babillarde, des jardins et à tête noire, plusieurs espèces de pouillots dont le pouillot véloce et le pouillot de Bonelli, le roitelet huppé, les mésanges : boréale, huppée, noire, charbonnière, et bleue, le bec-croisé des sapins, le bouvreuil pivoine, etc. PNV - Didier Jalabert Cassenoix moucheté Les reptiles Parmi les 13 espèces de reptiles recensées en Savoie, six sont répertoriées à Saint-Martinde-Belleville ; quatre espèces de lézards : les lézards vivipare, vert, des murailles, et Quelles richesses naturelles sur la commune? - 37

Présentation l orvet et deux espèces de serpents : la vipère aspic et la couleuvre à collier. Faune invertébrée Parmi la faune invertébrée de la commune, la classe des insectes est celle qui bénéficie des meilleures connaissances (ou des inventaires les plus avancés). PNV - Frantz Storck Lézard vert sous un tas de branchages à Villartier Les amphibiens Deux espèces ont été trouvées sur les six que compte la Vanoise : la grenouille rousse et le triton alpestre, observés respectivement jusqu à 2580 et 2560 m d altitude. Les lépidoptères (ou papillons) représentent 45 espèces différentes connues à ce jour sur la commune, dont 36 papillons de jour, soit un peu plus de 3 % des espèces connues en Savoie. Certaines sont spectaculaires comme le grand nacré. Quatre d entre elles sont protégées : le grand et le petit apollon, le solitaire et le damier de la succise. PNV - Frantz Storck Grand apollon à la Gittaz PNV - Christophe Gotti Grenouille rousse Les poissons Six espèces se trouvent dans les lacs et les cours d eau de Saint-Martin-de-Belleville : la truite fario ou truite commune, la truite arc-en-ciel, l omble chevalier, le saumon de fontaine ou omble de fontaine, le chevaine et le vairon. La truite fario et le vairon sont les seules espèces de poissons naturellement présentes sur la commune ; la truite arc-en-ciel, l omble chevalier, le saumon de fontaine et le chevaine sont des espèces introduites. PNV - Joël Blanchemain Quelques données sur les orthoptères (l ordre des insectes qui regroupent les criquets, grillons et sauterelles), sont également disponibles : ainsi, sur les 57 espèces connues dans l espace-parc, 19 ont été inventoriées Damier de la succise sur un aster des Alpes 38 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Présentation PNV - Frantz Storck Aeschne des joncs à Praz Pétaux PNV - Joël Blanchemain Criquet des pâturages à Saint-Martin-de-Belleville (de manière incomplète) telles que le criquet des pâtures, le criquet palustre, l œdipode stridulante, la sauterelle cymbalière, la miramelle alpestre et la decticelle des alpages. 32 espèces d odonates (l ordre des insectes regroupant les libellules et les demoiselles) ont été recensées à ce jour dans le Parc. Sur la commune de Saint-Martin-de-Belleville, 12 espèces d odonates ont déjà été observées, dont : l aeschne des joncs, la cordulie des Alpes, l agrion porte-coupe et la leucorrhine douteuse. PNV - Frantz Storck Leucorrhine douteuse au lac du Plane Quelles richesses naturelles sur la commune? - 39

Présentation Connaissance, protection et gestion du patrimoine naturel Parc national de la Vanoise Un Parc national est un monument de la nature, reconnu au plan national et international comme un territoire d exception, tant par ses paysages que par la faune et la flore qu il abrite. Il comprend une zone centrale, hautement protégée pour la sauvegarde de la faune, de la flore et du milieu naturel, et une zone périphérique où des activités d accueil et de tourisme intégrées sont encouragées. Ainsi, selon le 1er article de la loi n 2006-436 du 14 avril 2006 relative aux parcs nationaux, aux parcs naturels marins et aux parcs naturels régionaux un parc national peut être créé à partir d espaces terrestres ou maritimes, lorsque le milieu naturel, particulièrement la faune, la flore, le sol, le soussol, l atmosphère et les eaux, les paysages et, le cas échéant, le patrimoine culturel qu ils comportent présentent un intérêt spécial et qu il importe d en assurer la protection en les préservant des dégradations et des Parc national de la Vanoise à Saint-Martin-de-Belleville 40 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

atteintes susceptibles d en altérer la diversité, la composition, l aspect et l évolution. Cette loi ne fait plus mention des termes initialement utilisés de zone centrale et zone périphérique des parcs nationaux. Il est précisé qu un parc national est composé d un ou plusieurs cœurs, définis comme les espaces terrestres et maritimes à protéger ainsi que d une aire d adhésion. La zone centrale s appelle dorénavant cœur de parc et la zone périphérique devient aire optimale d adhésion. Tout ou partie de celle-ci a vocation à devenir aire d adhésion pour les communes qui décideront d adhérer à la charte du Parc. Au sein de la zone intra-alpine des Alpes occidentales, le Parc national de la Vanoise couvre un territoire de près de 200 000 ha. Près de 53 000 ha sont classés dans le cœur du Parc, espace soumis à une protection forte par une réglementation spécifique. Autour de cette zone s étend l aire optimale d adhésion du Parc. Ce premier Parc national français, créé en juillet 1963, concerne 29 communes des vallées de la Maurienne et de la Tarentaise. Il forme, en continuité avec le Parc national italien du Grand Paradis, le plus grand espace naturel protégé d Europe occidentale. Saint-Martin-de-Belleville est l une de ces 29 communes. Rattaché à la commune en 1971, après la création du Parc, le secteur de Saint-Laurent-de-la-Côte a été, de ce fait, exclu de l espace Parc. Suite à la nouvelle loi relative aux parcs nationaux, la commune a demandé d intégrer cette partie de son territoire dans l aire optimale d adhésion, ce qui a été fait par decret du 21 avril 2009. Zonage ZNIEFF L inventaire national des Zones Naturelles d Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) est un inventaire scientifique. Il n a pas de valeur réglementaire directe mais recense la présence des espèces protégées et déterminantes. Ces inventaires font référence, en matière de connaissance et d évaluation du patrimoine naturel remarquable du territoire national. Les ZNIEFF répertorient les zones de présence de milieux naturels rares et d espèces animales Présentation PNV - Ludovic Imberdis Lac du Plane Quelles richesses naturelles sur la commune? - 41

Présentation Délimitation des ZNIEFF de type 1 (2 e génération) et végétales patrimoniales ou protégées. Cet inventaire forme un outil d information et de communication destiné à éclairer le choix des décideurs dans leur préoccupation de gestion et d aménagement du territoire. Le premier inventaire, élaboré en 1982 a été actualisé en 2004. Les zones repérées sont classées en ZNIEFF de type 1 ou de type 2. Les ZNIEFF de type 1 correspondent à des surfaces de taille petite à moyenne. Elles sont caractérisées par la présence d espèces, d associations * d espèces ou de milieux rares ou menacés. Les ZNIEFF de type 2 sont constituées par des grands ensembles naturels riches et peu modifiés, offrant des potentialités biologiques importantes. Des ZNIEFF de type 1 peuvent être reconnues au sein des ZNIEFF de type 2. Sur l ensemble du territoire communal de Saint-Martin-de-Belleville, plusieurs ZNIEFF ont été inventoriées par les scientifiques : ZNIEFF de type 1 : - La tourbière des Allamands (n 73000002) - La tourbière de Villarabout (n 73000004) - La tourbière de Praz Coutin (n 73000005) - Le dos de Crêt Voland, montagne de Cherferie (n 73000067), qui se prolonge sur la commune des Allues - Les lacs et tourbières de Praz Pétaux (n 73000075) - Le lac et les tourbières du Plane et des Teppes Noires (n 73000076) - La vallée des Encombres (n 73140001) - Le vallon du Lou (n 73140006) ZNIEFF de type 2 : - Le massif du Perron des Encombres (n 7314) 42 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Inventaire des zones humides Le rôle fonctionnel des zones humides est connu depuis longtemps, à travers leurs fonctions hydrauliques (régulation de crues et soutien d étiage), biologiques (richesse en espèces rares et sensibles), hydrobiologiques ( lagunage naturel), ou socioéconomiques (usage agricole, cadre de vie) ; ces milieux naturels apparaissent comme des éléments essentiels concourant à l équilibre recherché par tout développement qui se veut durable. La prise de conscience de cette importance justifie les dispositions administratives et juridiques récentes (loi sur l Eau, loi sur les Territoires Ruraux, etc.) qui ne sont pas toujours relayées sur le terrain en raison d un manque de connaissance et de projet pour ces milieux naturels. Face à ce constat, le Conseil Général de la Savoie et l Agence de l Eau Rhône-Méditerranée-Corse ont commandé la réalisation d un inventaire aussi exhaustif que possible de toutes les zones humides (au-delà de celles à forte valeur patrimoniale recensées jusqu ici), accompagné d un plan d actions pour les préserver de manière cohérente. L inventaire, mis en œuvre entre 2004 et 2007 selon les territoires, vise à inventorier les zones humides de plus de 1 000 m² selon trois critères : biologiques (présence d espèces indicatrices),pédologiques * (hydromorphie * des sols) et hydrologiques (inondabilité). La coordination de ce travail a été confiée au Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie. Les inventaires sont relayés localement par des collectivités ou institutions compétentes sur des territoires pertinents. À Saint-Martin-de-Belleville cette étude, qui a été réalisée par le Parc national de la Vanoise en 2006 (suite à une étude faite en 2003-2004 par le Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie), a permis d inventorier environ 350 zones humides. La quasi-totalité de ces zones sont supérieures à 1 000 m² et totalisent une surface de près de 550 ha. Parmi celles-ci, on retrouve les marais et tourbières du Plan de l Eau et la tourbière des Allamands qui, couvrant plus de 34 ha, est la plus grande de toutes. Présentation PNV - Frantz Storck Tourbière du Plan de l Eau Quelles richesses naturelles sur la commune? - 43

Présentation CPNS - Marc Pienne Gestion de la tourbière du Plan de l Eau : pose d un seuil sur un drain latéral visant à retenir l eau dans le marais Arrêté préfectoral de protection de biotope Les arrêtés préfectoraux de protection de biotope sont des actes réglementaires édictés par le préfet. Ils consistent à préserver les habitats *, appelés aussi biotopes, nécessaires à la survie d espèces animales ou végétales protégées vivant dans ces milieux. Ils limitent l exercice de certaines activités humaines sur des périmètres bien délimités, afin d empêcher toutes perturbations sur ces habitats * et de permettre ainsi leur maintien. Des mesures de gestion conservatoire sont possibles sur ces sites protégés. Les marais et tourbières du Plan de l Eau font l objet d une telle protection (arrêté préfectoral du 07/07/2003). Cet arrêté est une mesure compensatoire à la destruction du marais de la Peppaz et à sa modification en plan d eau de loisirs (plan d eau des Bruyères). Une quinzaine d espèces protégées a été répertoriée sur le site : le petit apollon (papillon), des amphibiens comme le triton alpestre et la grenouille rousse, des plantes telles que la swertie vivace et la petite utriculaire, etc. Une convention, signée entre la Société d aménagement de la Savoie, la commune de Saint-Martin-de-Belleville et le Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie, vise à confier au Conservatoire la restauration, l entretien et l accueil du public sur ce site naturel. La gestion des drains, le débroussaillement des saules, le suivi de l évolution de la végétation, la valorisation pédagogique, la maîtrise de la fréquentation touristique comptent parmi les objectifs qui ont orienté son action. Réserve de chasse communale des Encombres Instaurée à l initiative du détenteur du droit de chasse ou du préfet, une réserve de 44 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Christine Garin Réserve de chasse en rive gauche du torrent des Encombres. chasse communale, en assurant la protection des milieux naturels indispensables à la sauvegarde d espèces animales, contribue au développement durable de la chasse au sein de territoires ruraux. La création de réserve de chasse fait suite à la loi de 1964 qui impose aux associations communales de chasse de constituer un dixième de leur territoire en réserve. La réserve de chasse des Encombres a été créée à l initiative de l Association communale de chasse agréée de Saint-Martin-de- Belleville et approuvée par le préfet en 1972. Entièrement situé sur la commune de Saint- Martin-de-Belleville, cet espace couvre essentiellement une partie de la rive gauche de la vallée des Encombres. Il s étend sur 3 260 ha depuis les gorges de Planlebon, au nord, jusqu en-dessous de la cime Noire au sud, et entre 1 450 m d altitude, dans les gorges, et 2 696 m au sommet des aiguilles de la Grande Moendaz. Comme dans toutes les réserves de chasse, cette réserve connaît une réglementation spécifique de la chasse. À l exception du chamois, aucune espèce de gibier n est chassable. Le tir du chamois est lui-même conditionné par un plan de chasse qualitatif, orientant le prélèvement des cabris dits chétifs et autorisant le prélèvement d adultes ayant plus de 9 ans et demi. Présentation Délimitation de la réserve de chasse des Encombres sur Saint-Martin-de-Belleville Quelles richesses naturelles sur la commune? - 45

Présentation Cette réserve accueille une population importante de chamois et de bouquetins. Ces animaux sont suivis grâce à un comptage effectué environ tous les 5 ans sur l ensemble du massif du Perron des Encombres par les agents de l Office national de la chasse et de la faune sauvage, de l Office national des forêts, du Parc national de la Vanoise, également par des lieutenants de louveterie, du personnel de la Fédération départementale des chasseurs et des membres de sociétés de chasse locales. Ce comptage a mis en évidence la présence, sur la commune de Saint-Martin-de-Belleville, de quelques centaines de chamois (environ 300 individus en 2007) et de bouquetins (plus de 100 individus en 2007). 46 - Quelles richesses naturelles sur la commune?

Les milieux naturels, des lieux de vie Fiches-milieux

Préambule Le paysage végétal se compose de plusieurs grands ensembles (pelouses, landes, forêts, etc.), appelés ici milieux, qui se déclinent notamment selon différents critères écologiques (climat, nature du substrat, exposition, pente, etc.). Fiches-milieux Les milieux les plus représentatifs de Saint-Martin-de-Belleville font l objet d une fiche descriptive dans cette deuxième partie. Le choix qui a été fait de décrire le patrimoine naturel à travers chacun des grands types de milieux qui composent le territoire communal doit permettre au lecteur d identifier chacun d entre eux à partir, d une part, de la définition qui en est faite et, d autre part, des espèces citées. Le dernier paragraphe intitulé Équilibre entre l homme et son milieu éclaire le lecteur sur les relations (passées ou actuelles) entre l homme et son milieu, l évolution qui s ensuit et, quand elles existent, les propositions de gestion parfois très simples, qui peuvent être mises en œuvre pour concilier au mieux la préservation du patrimoine naturel de la commune et les activités humaines qui influent sur le milieu naturel. Cette présentation, milieu par milieu, exclut de fait les écotones *, ces zones de transition entre deux écosystèmes voisins (comme la zone de combat, située entre la limite supérieure de la forêt et les alpages, ou les lisières forestières). Bien que non traités dans cet ouvrage, ces espaces présentent une valeur naturaliste remarquable, car ils sont riches d organismes appartenant aux deux communautés voisines, ainsi que d espèces ubiquistes *. Les milieux naturels, des lieux de vie - 49

Fiche-milieu n 1 Le village, les hameaux et leurs abords PNV - Frantz Storck Habitations de Béranger Cette fiche concerne l habitat humain et ses dépendances. Cela comprend le bâti, ancien et moderne (habitations, granges, grangettes et monuments divers), les terrasses et murets et les équipements divers. Le village est construit traditionnellement d une manière compacte ; les maisons mitoyennes sont accolées les unes aux autres et alignées le long des ruelles étroites où circulaient les bêtes et les hommes. Leurs ouvertures sont orientées au sud. Les constructions anciennes se répartissent en plusieurs types : - les grosses maisons abritant l habitation, l écurie et la grange ; PNV - Ludovic Imberdis - plus rares, les maisons servant uniquement d habitation, qui sont parfois à plan carré et couverte d une toiture à quatre pans ; - les bâtiments contenant la grange et l écurie ; - les dépendances (caves, greniers, etc.). Différents types de toits à Saint-Marcel 50 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 1 PNV - Frantz Storck Anciens bâtiments au Châtelard dont les façades sont couvertes d un crépi de type grilla Ces bâtiments sont en pierre et présentent une toiture généralement à deux pans, couverte de lauzes grises ou noires. Les maisons d habitation sont revêtues d un enduit de teinte ocrée, appelé la grilla * signifiant pierre grillée, obtenu par la cuisson de pierres locales. Le bois est rarement utilisé pour la façade, uniquement pour les escaliers, PNV - Frantz Storck Vergers en fleurs à la Côte Derrière Les milieux naturels, des lieux de vie - 51

Fiche-milieu n 1 PNV - Frantz Storck Jardin fleuri, potager et pommiers à Villarenger Des maisons anciennes sont encore présentes dans tous les villages. Dans les villages les plus bas en altitude, comme à Saint-Laurent-de-la-Côte, à Villarenger ou à la Côte Derrière, des vergers, plus ou moins utilisés, ont été plantés à proximité des zones d habitation. Des jardins potagers et d agrément, plus ou moins abondamment fleuris, sont aussi cultivés aux abords de nombreuses maisons. que le rumex des Alpes ou rhubarbe des moines. Ces milieux se sont développés aux abords des chalets d alpage, plus généralement sur des secteurs plats. Flore Les plantes trouvent dans ces milieux investis par l homme des conditions de vie particulières auxquelles elles sont adaptées. Ces vergers et jardins constituent des endroits fréquentés par une petite faune sauvage, adaptée à la présence de l homme, et notamment les insectes, les oiseaux et de petits mammifères. Aux environs des bâtiments d élevage et principalement des chalets d alpage, se trouvent des milieux particuliers, fortement enrichis en azote par les déjections animales. Ils sont colonisés par une végétation herbacée dense et haute, caractérisée par la dominance de plantes à larges feuilles, telles PNV Jacques Perrier Orpin blanc 52 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Présentes classiquement sur les murets en pierres, la joubarbe des toits et l orpin blanc sont des plantes de montagne capables de se développer sur un substrat rocheux (murs, rochers). Ces plantes grasses sont adaptées à la sécheresse de leur milieu grâce à des feuilles charnues qui constituent de véritables réservoirs d eau. La végétation exubérante des reposoirs à bestiaux, composée de plantes des milieux riches en azote organique, telles que le rumex PNV Maurice Mollard Fausse-bardane réfléchie Fiche-milieu n 1 Christine Garin Reposoir à bestiaux couvert de rumex des Alpes au-dessus de Caseblanche, dans la Vallée des Encombres des Alpes ou rhubarbe des moines, le chénopode bon-henri ou épinard sauvage et l ortie, contraste fortement avec la végétation beaucoup plus modeste se développant sur substrat minéral (faiblement alimentée en eau et en éléments organiques). Une fois installée, cette végétation des abords de chalets d alpage peut se maintenir très longtemps, même après des décennies d abandon du site. Moins fréquente, la fausse-bardane réfléchie se développe sur les reposoirs, mais aussi sur divers murs et décombres. Ses petites fleurs bleu pâle ressemblent à celles des myosotis, tandis que ses fruits pourvus d aiguillons crochus évoquent les fruits de la bardane, d où son nom fausse-bardane. Cette espèce protégée en Rhône-Alpes n est connue en Savoie que dans la vallée de la Maurienne et dans quelques communes de Tarentaise. PNV Nathalie Tissot Faune Tout comme les plantes, beaucoup de petits animaux se sont rapprochés des habitations humaines jusqu à, pour certains d entre eux, devenir complètement attachés à ce milieu. Ils trouvent la nourriture et les abris nécessaires pour se réfugier et élever leurs jeunes. Avec une répartition quasi-mondiale, le moineau domestique est l exemple typique de ce phénomène. Il est présent partout où l homme s installe, et affectionne particulièrement les vieilles maisons entourées de jardins, de cultures et de prairies. Sur Saint-Martin-de- Belleville, cet oiseau est observé jusque dans les stations d altitude vers 2 300 m. Présent depuis le niveau de la mer jusqu à l étage nival, le rougequeue noir est nicheur en Vanoise jusque vers 3 000 m d altitude. Typique des zones rocheuses à végétation rase, cet oiseau est devenu l une des espèces les plus caractéristiques des zones d habitations. Dans les villages, il niche à l abri des Moineaux domestiques sous une gouttière Les milieux naturels, des lieux de vie - 53

Fiche-milieu n 1 toits, et peut, le cas échéant, utiliser d anciens nids d hirondelles. Proche cousin du rougequeue noir, le mâle du rougequeue à front blanc se reconnaît à son masque noir rehaussé d un bandeau blanc. Se nourrissant exclusivement d insectes, il passe l hiver en Afrique et niche en Europe. Son retour en Vanoise se situe au début du mois d avril. Pour se percher et pour nicher, il recherche les arbres feuillus, à une altitude moyenne de 1 100 m, qu il trouve dans les boisements clairs, mais aussi dans les jardins, les haies et les vergers à proximité des villages. Fréquentant les villes, villages et ruines, le martinet noir a la particularité d avoir les pattes si réduites qu il lui est très difficile de se poser, au risque de ne plus pouvoir décoller. Il vole donc presque constamment, s accouplant et, parfois même, dormant en vol. Oiseau de parois rocheuses, le tichodrome échelette, encore appelé papillon des murailles du fait de son vol papillonnant, fréquente aussi volontiers les murs de bâtiments. Sur Saint-Martin-de-Belleville, il est ainsi courant, durant l hiver, d observer cet oiseau au plumage rouge et gris sur les murs de Notre Dame de la Vie, ou encore sur ceux des maisons du Châtelard. En période estivale, il regagne les falaises d altitude où il se reproduit. PNV Joël Blanchemain Présent dans de nombreux milieux, le lézard des murailles affiche une préférence pour les endroits pierreux ensoleillés : vieux murs, rocailles, maisons en pierres, éboulis, etc., qui lui offrent des abris, à proximité d un couvert végétal suffisant pour trouver sa nourriture. Très commun en Europe, c est aussi le plus anthropophile * des lézards. Généralement actif entre mars et novembre, en montagne, il se rencontre jusque vers 2 000 m d altitude. Équilibre entre l homme et son milieu Mâle de lézard des murailles Usages, intérêts économiques et représentations Le village, lieu de vie pour les hommes, fait aussi l objet d une cohabitation directe avec certaines espèces animales et végétales anthropophiles *. La nature se mêle aux constructions humaines et l ambiance des villages ne serait plus la même si elle venait à disparaître. PNV - Jean-Pierre Martinot Tichodrome échelette Intérêts biologique et patrimonial du milieu Les groupements bâtis traditionnels présentent un intérêt architectural fort, comme les hameaux d alpage de la Gittaz, des Bruyères, de Lachat, etc. 54 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Christine Garin PNV - Frantz Storck Hameaux de la Gittaz Saint-Martin-de-Belleville compte d ailleurs quelques monuments remarquables. Le sanctuaire de Notre Dame de la Vie, haut lieu de culte et de pèlerinage, est classé au titre des monuments historiques. La commune est également riche de petit patrimoine bâti, plus ou moins préservé et restauré : chapelles, fours à grilla *, fours à pain, lavoirs, moulin, etc. Les éléments construits peuvent aussi jouer un rôle important pour la faune et la flore. Ce milieu abrite des espèces qui ont accompagné les établissements humains jusqu à l apparition de l architecture moderne (lézard des murailles, chauves-souris, etc.). Certaines espèces, telles que le martinet noir et l hirondelle de cheminée, grands consommateurs de mouches et moustiques, sont particulièrement liées à l environnement humain, au moins pour une phase de leur développement, lorsque certaines conditions sont réunies : présence d espaces verts (jardins, haies, etc.), constructions à surfaces riches en anfractuosités. Contrairement aux constructions modernes aux surfaces lisses et uniformes, l habitat en pierre présente des anfractuosités, des irrégularités qui offrent à la faune (petits mammifères, oiseaux, reptiles) un refuge pour se protéger de la prédation, pour se reproduire et un support pour l enracinement de plantes telles que la rue des murailles, la grande chélidoine et l orpin noirâtre. Les chauves-souris et certaines espèces d oiseaux nichent spécifiquement dans l habitat traditionnel. Ces espèces, qui sont pour la plupart d entre elles protégées et qui se nourrissent essentiellement d insectes, sont, d une part, des espèces indicatrices de la bonne qualité de l environnement et, d autre part, des régulateurs naturels des populations d insectes. Évolution et transformation du milieu En Vanoise comme ailleurs, l évolution de l économie et des modes de vie a entraîné une nouvelle façon de construire. Celle-ci s est d abord traduite par l abandon des centres anciens et de certains chalets d alpage et hameaux de grande qualité architecturale au profit de constructions excentrées. À Saint-Martin-de-Belleville un tiers des chalets, soit 100 à 150 chalets, ont été rénovés et sont à nouveau utilisés l été comme habitations secondaires ou chalets d alpage. De même, la plupart des maisons de village ont été restaurées. L enduit traditionnel de nombreuses maisons anciennes, la grilla *, a été remplacé dès la fin des années 1970 par un revêtement grisâtre à base de ciment. Fiche-milieu n 1 Chapelle de Notre Dame de la Vie Les milieux naturels, des lieux de vie - 55

Fiche-milieu n 1 PNV - Christophe Gotti Chalet d alpage restauré sur le versant nord de la pointe de la Fenêtre Le caractère original de certains groupements bâtis nécessite que soit portée une grande attention à la restauration des bâtiments et à l insertion des nouvelles constructions dans le paysage. Les villages sont aujourd hui composés environ pour moitié d habitat traditionnel et pour moitié d habitat moderne. De nombreuses extensions ont été réalisées en périphérie directe de ces villages, comme aux Granges, au Bettaix, à Saint-Marcel, à Villarabout ou à Praranger, au sein desquels ont été construits plusieurs lotissements. L aménagement du chef-lieu s est fait dans les années 1980 avec la volonté de préserver son authenticité qui s est traduite par la nonprolifération des remontées mécaniques et le respect du bâti montagnard traditionnel : PNV - Frantz Storck construction en groupes serrés, toitures en lauze ou en matériau gris foncé, murs en enduit de couleur rose typique. L avènement du tourisme hivernal a fait fleurir des bâtiments très volumineux dont l architecture est radicalement différente. Ce bâti moderne, étranger au style traditionnel des vallées de Vanoise, se trouve en dehors des villages ; il se concentre dans les stations des Menuires et de Val Thorens. Le plan local d urbanisme de Saint-Martinde-Belleville approuvé en 2006 prévoit le développement de lotissements dans les villages pour offrir des résidences principales aux populations locales, ainsi que l extension Le village du Bettaix et ses nouvelles habitations raisonnée des deux stations de ski et de la station-village de Saint-Martin pour le développement de l hôtellerie et de résidences touristiques confortables. Enfin, l illumination récente et croissante des monuments génère une véritable gêne pour la faune nocturne, chauves-souris et rapaces, qui déserte les bâtisses où elle était présente autrefois. PNV - Christophe Gotti Chalet restauré en bordure du Plan de l Eau 56 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Propositions de gestion Un cahier des recommandations architecturales pour la construction et la restauration de maisons a été actualisé en 2006, dans le cadre du plan local d urbanisme de Saint- Martin-de-Belleville. Ce cahier fait état de toutes les spécificités architecturales de la commune et contient un règlement sur la construction et les modifications du bâti portant sur différents points comme le toit, les portes, les fenêtres, les balcons et les escaliers extérieurs, les façades, etc. Les jardins et les vergers constituent un refuge, ainsi qu un garde-manger souvent providentiel pour la faune. Leur maintien et leur entretien selon des méthodes biologiques conditionnera l existence de cette biodiversité (compost, usage de produits naturels, diversité des cultures, etc.) Fiche-milieu n 1 LES CHAUVES-SOURIS ET LE BÂTI La restauration du bâti ancien peut s avérer très préjudiciable aux chauves-souris quand elle est réalisée sans tenir compte de l écologie de ces espèces. Ainsi, la fermeture des accès aux combles et le traitement chimique des charpentes sont deux causes courantes de régression de certaines colonies de chauves-souris comme le petit murin ou le petit rhinolophe. Les petits éléments bâtis traditionnels méritent d être conservés pour leur intérêt naturel et culturel. D autre part, il existe des recommandations techniques de restauration d habitations pour favoriser l occupation des lieux par certaines espèces de chauves-souris. Le Parc national de la Vanoise et le Centre ornithologique Rhône-Alpes ont édité des cahiers techniques (lire la bibliographie) qui indiquent les précautions à prendre dans cet objectif (traitements chimiques des charpentes avec certaines substances non toxiques, création d accès discrets à des combles, etc.). Les milieux naturels, des lieux de vie - 57

Fiche-milieu n 2 Les cours d eau et les lacs Christine Garin Torrent des Encombres dans sa partie amont Cette fiche concerne l ensemble des lacs et du réseau hydrographique qui draine le territoire de Saint-Martin-de-Belleville. Ce réseau est essentiellement constitué par le doron des Belleville, ses affluents, ainsi que les bancs de graviers et les berges boisées. Le doron des Belleville est né de la rencontre de deux cours d eau d altitude : les torrents de Péclet et du Lou. Son principal affluent est le torrent des Encombres, luimême alimenté par de nombreux ruisseaux situés sur sa rive gauche. Christine Garin Vallon érodé d un affluent temporaire en rive gauche du torrent des Encombres La dynamique du doron des Belleville conditionne l existence, le maintien et l évolution d entités écologiques qui lui sont associées. Les torrents de Péclet et du Lou alimentent une importante zone humide située dans le lit majeur du doron des Belleville : la tourbière du Plan de l Eau. Ils assurent ainsi sa 58 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Frantz Storck Doron des Belleville en période de hautes eaux vers le lieu-dit Les Iles pérennité, dès lors qu elle n est ni drainée ni remblayée (lire la fiche-milieu n 3). Lors des périodes de forts débits, le courant des torrents de montagne peut entraîner de violents phénomènes d érosion. Les ruisseaux situés en rive gauche du torrent des Encombres, comme les ruisseaux du Vallon et de Varlossière, illustrent de tels phénomènes qui sont ici accentués par une forte pente ou un substrat rocheux tendre, tel le gypse. Aux endroits où le courant s atténue, dans les zones de replats, des alluvions moins grossières se déposent dans le lit ou sur les bords du cours d eau. Les bancs de graviers régulièrement remaniés par les crues permettent aux plantes adaptées à ce type PNV - Christophe Gotti de milieu de s installer. À Saint-Martin-de- Belleville, ces zones de replats sont rares. On les trouve essentiellement dans les parties amont du torrent des Encombres et du doron des Belleville. Le long du cours d eau apparaît une végétation arbustive adaptée aux conditions de sol fréquemment détrempé et capable de résister aux fortes perturbations mécaniques : le saule, comme le saule marsault, l aulne blanchâtre, le frêne élevé, le merisier à grappes et le bouleau. Elle permet la stabilisation des berges et la formation d un premier humus où viendront s implanter d autres essences comme les conifères. Lac du Lou. Au fond, la station de ski des Menuires Ce cordon boisé longeant la rivière est appelé ripisylve *. Elle se développe, par exemple, en plusieurs endroits sur les berges du doron des Belleville : le long de son cours aval, ainsi qu au Plan de l Eau, dans sa partie supérieure. La strate herbacée s y développe avec le populage des marais, la reine des prés, la canche gazonnante, le jonc articulé, les pétasites, etc. Fiche-milieu n 2 PNV - Frantz Storck Torrent du Lou Les lacs naturels d altitude doivent le plus souvent leur origine à des dépressions creusées par des glaciers, ainsi qu aux dépôts morainiques engendrés par leur retrait. Environ une quinzaine de lacs s est ainsi formée, entre 2 000 et 2 800 m d altitude. Les milieux naturels, des lieux de vie - 59

Fiche-milieu n 2 Ils sont essentiellement situés dans le secteur de la pointe de la Masse, entre la vallée des Encombres et le vallon du doron des Belleville, où se trouve le plus grand d entre eux : le lac du Lou. Quelques lacs sont dispersés dans le vallon de Péclet, comme le lac Blanc, le plus élevé de la commune, et d autres lacs sur le versant ouest de la vallée du doron des Belleville. Parmi tous ces lacs, certains comme le petit lac de Montfiot, les lacs du Montaulever et de Thorens, se caractérisent par la présence de quelques plantes aquatiques (potamots, rubaniers, charas, renoncules, etc.). D autres lacs ne présentent pas de végétation aquatique, ou encore cette dernière n est pas visible. Là où existent des rivages peu profonds, une végétation dense de bord des eaux s installe, principalement des cypéracées *, comme le lac de la Loy au-dessus du cheflieu, sur le nant Felain. Certains lacs, en particulier les retenues artificielles, ne sont généralement pas favorables à l apparition d une végétation lacustre. Les cours d eau et les lacs 60 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Flore La ripisylve* abrite différentes espèces d arbres pionniers, telles que le saule noircissant aux feuilles devenant noires à la dessiccation typique de ces zones buissonnantes alluviales. Parmi la strate herbacée, se trouve la pyrole à feuilles rondes, une plante aux feuilles brillantes, disposées en rosette basale. Assez commune dans les fourrés d arbustes, sur sols frais à humides, elle porte de nombreuses fleurs blanches en clochettes penchées, qui laissent dépasser le style *. Se développant dans les lisières forestières et les haies, le merisier à grappes, ou cerisier à grappes, peut aussi faire partie des ripisylves * comme à Saint-Martin-de-Belleville. Cet arbrisseau, ne dépassant pas une dizaine de mètres, se distingue par l odeur désagréable de son écorce, laquelle lui a valu le nom de bois-puant. Au printemps, il se reconnaît à ses longues grappes de fleurs blanches. Les bancs de graviers sont colonisés par des plantes pionnières telles que l épilobe de Fleischer. Celle-ci est caractéristique et dominante des alluvions torrentielles, mais se développe aussi sur les éboulis et les moraines. Cette espèce est présente notamment dans les éboulis de la Chaudanne, au sud de Gittamelon. PNV - Michel Delmas Epilobe de Fleischer Quelques rares espèces de plantes à fleurs parviennent à se développer dans certains lacs. C est le cas du rubanier à feuilles étroites qui développe de longues feuilles flottantes à la surface de l eau et fleurit au-dessus de l eau. Cette espèce est assez commune dans les lacs et les zones humides de type mares à Saint-Martin-de-Belleville. Dans certaines pièces d eau se développent des espèces comme la pesse vulgaire. Fiche-milieu n 2 PNV - Frantz Storck Rameaux en fleurs de merisier à grappes au bord du doron des Belleville PNV Maurice Mollard Pyrole à feuilles rondes Les milieux naturels, des lieux de vie - 61

Fiche-milieu n 2 PNV - Frantz Storck Feuilles flottantes et fleurs de rubanier à feuilles étroites CSP - Henri Carmié Omble chevalier PNV - Frantz Storck Cette dernière se compose d une tige simple de 40 à 100 cm de long, plus ou moins immergée en fonction de la hauteur d eau, d où partent plusieurs verticilles de feuilles linéaires. Présente jusqu à 1 600 m d altitude, ses fleurs minuscules et verdâtres se développent à l aisselle des feuilles émergées. Faune Pesse vulgaire Poisson des eaux courantes fraîches et bien oxygénées, la truite fario, ou truite commune, est l un des poissons les plus répandus des torrents de Savoie. À Saint- Martin-de-Belleville, cette espèce est présente dans tous les cours d eau et les lacs (lire la fiche-espèce n 8). Accompagnant la truite fario, le vairon est une espèce typique des eaux courantes qui, ne dépassant guère 12 cm de long pour un poids maximum de 25 g, passe souvent inaperçue. Il se reproduit entre avril et juillet. Tout comme la truite, ses frayères sont des zones de graviers propres et bien oxygénées qui reçoivent entre 2000 et 3000 œufs. L omble chevalier est une espèce d eau froide qui s est développée dans les parties profondes des lacs du Léman et du Bourget. Sa présence dans de nombreux lacs de montagne, comme au lac du Lou et au lac Noir, est le fait d introduction réalisée à des fins piscicoles. S il ressemble à la truite par sa forme générale, il s en distingue par des écailles nettement plus petites, lui conférant un aspect plus lisse. En Savoie, le chevaine est naturellement présent et abondant dans le Rhône, le lac du Bourget, l Arc et l Isère. Sur Saint-Martin-de-Belleville, une seule observation a été faite, dans le lac du Lou. Normalement absente des lacs et cours d eau de la commune et non souhaitée par l Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique L Amicale bellevilloise, la présence de cette espèce sur Saint-Martin-de-Belleville s avère accidentelle. Présente uniquement dans le doron des Belleville, la truite arc-en-ciel est une espèce nord-américaine introduite en France durant le XX e siècle à des fins halieutiques. 62 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Maurice Mollard Cincle plongeur Le maintien de cette espèce dans les cours d eau, comme le doron de Belleville, se fait par l intermédiaire d empoissonnements, sous forme de truites arc-en-ciel portions (truites pouvant être pêchées) sur les secteurs les plus pêchés. Également typique des eaux courantes, le cincle plongeur est le seul passereau à s immerger totalement dans les torrents pour prélever les larves d insectes (comme les éphémères * ) dont il se nourrit. Il se sert de ses ailes et du courant pour se plaquer au fond de l eau. La bergeronnette des ruisseaux est étroitement inféodée aux eaux courantes bordées de berges nues. En hiver, le gel et l enneigement des ruisseaux d altitude la chassent vers des cours d eau de vallée. C est une migratrice altitudinale. Petite libellule bleue et noir, l agrion portecoupe dépend des milieux d eau stagnante peu profonds et envahis par la végétation, comme les berges de certains lacs, pour réaliser son cycle de vie. La femelle y recherche les plantes dont elle a besoin pour y fixer sa ponte. Commune en plaine, cette espèce est plus rare au-dessus de 500 m d altitude, où elle vole essentiellement de juin à septembre. Le petit apollon est un papillon de montagne protégé qui se distingue par le contraste de ses gros points rouges sur un fond d écailles blanchâtres. Il survole les bords de ruisseaux où pousse la saxifrage faux aïzoon, la plante nourricière de sa chenille. Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations D un point de vue pastoral, les cours d eau et les lacs d altitude présentent un intérêt non négligeable pour l alimentation en eau du bétail. L eau est soit dérivée pour remplir des abreuvoirs, soit directement accessible aux bêtes. Pour ce dernier cas, les impacts occasionnés sur la végétation des berges par un stationnement prolongé des bêtes, peuvent être conséquents, et les risques d eutrophisation des plans d eau sont réels. PNV - Louis Bantin Fiche-milieu n 2 PNV - Frantz Storck Agrion porte-coupe Réservoir d eau et son panneau photovoltaïque à Villartier Les milieux naturels, des lieux de vie - 63

Fiche-milieu n 2 PNV Frantz Storck Lac des Echauds PNV Frantz Storck Pêcheur au bord du lac supérieur de Tête Ronde Les torrents et sources sont localement utilisés pour l alimentation en eau des refuges et de la plupart des chalets d alpage. Parmi les usages actuels des milieux aquatiques, on peut citer le prélèvement pour l alimentation en eau potable des stations de ski et des villages, la fabrication de neige de culture, la pêche (à la truite notamment) et la production d énergie hydraulique (lire le paragraphe L industrie p.21). L alimentation en eau potable des habitants provient de nombreuses sources souterraines, tandis que l eau des stations provient principalement de captage d eaux superficielles (torrents) distribuées après traitement. Les retenues collinaires constituent des réservoirs artificiels d eau permettant d alimenter les enneigeurs. Elles sont souvent créées pour répondre aux besoins en neige de culture des stations de ski. La production de neige de culture est un enjeu crucial pour le devenir et le maintien des stations de ski de Saint-Martin-de-Belleville. La commune compte quatre retenues collinaires : le lac des Échauds, deux retenues près du lac Thorens et une retenue à Montaulever, alimentant plus de 715 enneigeurs. Ces installations de production de neige de culture couvrent un cinquième du domaine de Val Thorens et un tiers de celui des Menuires Saint-Martin. Deux autres retenues collinaires sont en projet : l une au lieu-dit les Teppes Noires, sous le roc de Tougne, et l autre au lieu-dit la Moutière, au sud de Val Thorens. La pêche est bien présente sur la commune, où elle est surtout pratiquée dans le doron des Belleville et dans le lac du Lou. Cette activité est gérée par l Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique 64 - Les milieux naturels, des lieux de vie

L Amicale bellevilloise. Pour cette activité de loisirs, des introductions d espèces ont été réalisées (omble chevalier, truite arcen-ciel et saumon de fontaine), aujourd hui soutenues par de l empoissonnement régulier (alevins et portions : poissons pouvant être pêchés). Ayant des difficultés à se reproduire, la truite fario fait l objet d alevinage. Intérêts biologique et patrimonial du milieu L eau est une ressource essentielle à toute forme de vie sur terre (chaque être humain par exemple est constitué à plus de 80 % d eau). Elle est source de nombreuses richesses : biodiversité aquatique, approvisionnement en eau potable, etc. Le cycle de l eau joue un rôle majeur dans le climat et les changements climatiques, les courants marins, les paysages terrestres, etc. Système autorégulé très complexe, il intervient dans le fonctionnement des cycles de tous les éléments liés à la vie (carbone, azote, oxygène, etc.). L eau conditionne PNV Frantz Storck Lac du Montaulever l activité des espèces vivantes et chacune d entre elles peut jouer un rôle important dans le fonctionnement de ce cycle. Le bon état du cycle de l eau et le maintien de la biodiversité sont étroitement liés. La qualité et la quantité des eaux sont interdépendantes. Eu égard au rôle vital de l eau mais aussi à sa fragilité, la loi sur l eau de 1992 affirme l appartenance de cet élément au patrimoine de la nation. Sa protection, sa mise en valeur et son utilisation sont d intérêt général. Fiche-milieu n 2 PNV Frantz Storck Lacs de Pierre Blanche ; lac intermédiaire Les milieux naturels, des lieux de vie - 65

Fiche-milieu n 2 Ressource indispensable pour l homme, les lacs et les cours d eau s inscrivent aussi comme un élément majeur du paysage. Le lac du Lou et l ensemble des lacs situés de part et d autre de la pointe de la Masse constituent l un des principaux buts de randonnée pour les touristes. Évolution et transformation du milieu Plus de 40 ans après la première loi sur l eau (1964), l état du cycle de l eau est toujours insatisfaisant, un peu partout sur la planète, avec des conséquences parfois très graves : désertification, inondation, surexploitation ou contamination des réserves d eau potable, érosion de la biodiversité, etc. Toute activité humaine modifiant la qualité ou la quantité d eau influe directement sur les lacs et les cours d eau et donc sur la faune et la flore qui y sont associées. La mobilisation de l eau pour l usage des enneigeurs, l artificialisation du régime d écoulement des eaux, la pollution du cours d eau, pénalisent le maintien de ces milieux et de leur richesse biologique. L enneigement naturel moins abondant et régulier que dans les années 1960 et 1970, notamment en début de saison, a provoqué le développement des installations de productions de neige de culture. La conciliation entre l augmentation des surfaces enneigées artificiellement et la préservation des ressources en eau et des milieux humides et aquatiques est devenue incontournable (étiage des cours d eau, drainage ou submersion de zones humides, ressources d eau potable en saison hivernale, etc.). De même, les écoulements à débit constant imposés par la gestion des barrages, et donc l absence d effet chasse d eau naturel, ne permet pas à la rivière de renouveler les dépôts de limons et de graviers où se développe un cortège d espèces pionnières remarquables. Il est par ailleurs important PNV Frantz Storck de réserver au torrent un débit suffisant en période de basses eaux. En cas de mauvaise gestion des effluents d élevage, comme l épandage en période hivernale, sur des talus, à proximité des torrents et sur des prairies caillouteuses, il peut y avoir un relargage important de matières organiques vers les ruisseaux. S ajoutant aux pollutions domestiques (et en période de basses eaux), ces pollutions supplémentaires peuvent dégrader durablement la qualité de l eau des torrents et compromettre les conditions de vie et de reproduction des truites et autres animaux aquatiques. Propositions de gestion La commune a réalisé un schéma directeur d alimentation en eau potable. Ce programme vise à garantir une production suffisante en qualité et en quantité pour couvrir les besoins futurs de la commune, dans le respect de la réglementation et de la préservation des ressources. La commune est dotée d une station d épuration traitant les eaux usées des Menuires et de Val Thorens ; les effluents qui proviennent de cette station sont dirigés dans une galerie EDF conduisant au barrage de la Coche. Deux autres unités de traitement reçoivent les eaux usées du chef-lieu et des villages situés en amont dans la vallée. Le plan local d urbanisme de la commune, approuvé en 2006, prévoit de régler à terme Unité de traitement des eaux usées de Saint-Marcel et des villages amont 66 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV Frantz Storck Fiche-milieu n 2 Fosse communale à fumier à Planvillard toute la problématique des eaux usées par l application du schéma d assainissement. Cela passe par l extension de la station d épuration du chef-lieu, sur un site localisé à l aval de Villarenger. Dans le cadre d un programme de réduction de la pollution organique par les fumiers et les lisiers en Tarentaise, un plan d épandage a été réalisé sur Saint-Martin-de-Belleville dans les années 1980. Ce plan fixe les règles du stockage, de la préparation et de l épandage des déjections animales sur la commune. Des fosses, réalisées sur l ensemble du territoire, permettent aux agriculteurs de stocker leurs fumier et lisier tout au long de l année. Ces derniers sont épandus par les services de la commune sur les pistes de ski au début de l été. Le SIVOM de Moûtiers possède une compétence en matière de gestion des cours d eau. Sur Saint-Martin-de-Belleville, cette compétence concerne essentiellement le doron des Bellevillle et se traduit par l entretien des berges. L instauration d une réserve de pêche tournante sur le doron des Belleville entre le pont de la Chasse et le pont de la Masse participe au maintien des populations piscicoles. Enfin, un vaste programme concernant la gestion de l eau en Tarentaise est en cours d élaboration. Il s agit du contrat de rivière Isère en Tarentaise, piloté par l Assemblée de pays Tarentaise Vanoise, élaboré par diverses commissions de travail. Différentes facettes de la gestion de l eau y sont traitées : qualité de l eau, risques naturels, restauration et protection des milieux naturels, etc. Dans ce cadre est envisagée la réalisation de nouvelles stations d épuration, l élimination d arrivées d eaux polluées dans les rivières, des études piscicoles, ou encore, des travaux de prévention des crues. Du fait du caractère vital et irremplaçable de l eau pour l homme, chacun doit prendre conscience du rôle qu il peut jouer pour économiser et respecter cette ressource précieuse car elle n est pas intarissable, même si Saint-Martin-de-Belleville semble être plus avantagée que d autres communes visà-vis de sa ressource en eau. Les milieux naturels, des lieux de vie - 67

Fiche-milieu n 3 Les zones humides d altitude CPNS Virginie Bourgoin Source sous le télésiège des Allamands La commune se caractérise avant tout par la surface et le nombre très importants de zones humides, qui se situent sur le versant est de la vallée des Encombres, au-dessus de 1 800 m d altitude, et sur l ensemble de la vallée des Belleville. Les zones humides d altitude se caractérisent par des sols au moins saisonnièrement détrempés. Ces zones humides regroupent à la fois des zones de suintement, des zones humides de pente et des marais. Les suintements se situent généralement aux abords des sources et des ruisseaux. Leur végétation est dominée par les mousses, qu une strate herbacée basse vient compléter et colorer ponctuellement. De telles sources se situent à l amont du lac du Lou, au Grand Plan, au lieu-dit les Combes (au-dessus des Menuires), ou encore, sous le télésiège des Allamands. Les marais sont des zones alimentées par des eaux plus ou moins minéralisées après avoir circulé dans le sol. Ces milieux, pauvres en graminées, se signalent par l abondance de cypéracées * (tels que les laiches) de petite taille. À Saint-Martin-de-Belleville, on rencontre deux types de marais répartis sur le territoire de la commune : - les marais acides, les plus fréquents, se caractérisent par un tapis dense de plantes liées à des substrats pauvres en calcaire (telles que la laiche brune). On les trouve par exemple en rive droite du doron des Belleville, telles que les tourbières de Cacabeurre, de Praz Pétaux, du Plan de l Eau et de Plane et, plus au sud, les zones humides 68 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 3 PNV - Ludovic Imberdis Tourbières de Praz Pétaux situées entre Sur la Roche et les Menuires, ainsi que dans la vallée des Encombres, aux environs du lac de la Montagnette. Parmi ces milieux humides acides se trouve un type particulièrement remarquable et bien représenté sur la commune. Ces milieux humides sont appelés tourbières à sphaignes *, lesquelles se caractérisent par un cortège floristique à forte valeur patrimoniale : la laiche des bourbiers (lire la fiche-espèce n 1), le rossolis à feuilles rondes (lire la fiche-espèce n 5), le trichophore des Alpes, la petite utriculaire, etc. - les marais alcalins, alimentés par des eaux calcaires, sont caractérisés par la laiche de Davall, telles que la zone humide des Combes située au-dessus des Menuires et celle des Marières. Plusieurs marais situés dans le secteur du plan de la Moriaz, sur PNV - Ludovic Imberdis Lac du Plane Les milieux naturels, des lieux de vie - 69

Fiche-milieu n 3 PNV - Ludovic Imberdis Zones humides de la montagne de Cherferie celle des Marières. Plusieurs marais situés dans le secteur du plan de la Moriaz, sur le versant est de Geffriand, ou bien encore dans le vallon du Lou, sont aussi de ce type. La végétation en mosaïque de plusieurs zones humides sur Saint-Martin-de-Belleville signale également une nature mixte, à la fois acide et alcaline, telle que l on observe sur la zone humide de Praz Coutin, les tourbières et marais du Plan de l Eau, etc. Les zones humides d altitude 70 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Flore PNV Frantz Storck Violette des marais Espèce discrète, le trichophore des Alpes est une plante à tige trigone surmontée de soies frisées formant une houppe blanche. Cette espèce protégée en Rhône-Alpes n existe que dans les bas-marais acides au stade d évolution avancé. À Saint-Martin-de-Belleville, elle est présente dans les tourbières de lac Rouge, du Plane et des Allamands. Plus commun, le trichophore cespiteux est une herbe à tige lisse et cylindrique caractéristique d une formation végétale basse et stable dans les milieux humides. La laiche des bourbiers se distingue par des feuilles étroites, vert bleuté, dont la longueur égale celle de la tige. Elle se développe dans les tourbières acides et flottantes de basse et moyenne altitude, où elle s épanouit de mai à juillet (lire la fiche-espèce n 1). La linaigrette de Scheuchzer se reconnaît grâce à ses fruits en forme de gros pompon cotonneux composé de petits plumets blancs, dressé sur une tige lisse et ronde munie de quelques feuilles linéaires. Le regroupement de plusieurs pieds est caractéristique des stades pionniers des bords de lac, sur argile et limons. Faisant partie de la flore colorée de la tourbière acide sous le pas de Cherferie ou encore à proximité du torrent du Lou, la violette des marais porte des fleurs lilas pâle inodores, avec un pétale inférieur veiné de violet foncé. Cette violette est très commune dans l ensemble des zones humides situées en rive droite du doron des Belleville. Les fleurs en forme d étoile bleu violacé et ponctuées de noir, que la swertie vivace porte en nombre entre juillet et septembre, sont caractéristiques de cette espèce. Fiche-milieu n 3 PNV Frantz Storck Trichophore des Alpes au lac du Plane PNV Frantz Storck Swertie vivace Les milieux naturels, des lieux de vie - 71

Fiche-milieu n 3 PNV Frantz Storck Trèfle d eau Elle pousse dans les prairies humides et les marais, de préférence calcaires. Protégée en Rhône-Alpes, rare dans l ensemble des Alpes du Nord, elle est connue dans une petite vingtaine de communes savoyardes, principalement en Vanoise. Cette espèce est particulièrement bien représentée à Saint-Martin-de-Belleville, où la population atteint au moins un millier de pieds. La présence sur les milieux humides du Plan de l Eau de tremblants tourbeux, caractérisés par la présence de la laiche en ampoule et du trèfle d eau, témoigne du comblement d un ancien plan d eau. Le trèfle d eau, dont les fleurs blanches sont garnies de longs cils, contribue à fixer les sols vaseux. La petite utriculaire est une plante carnivore aquatique qui se développe dans différents milieux d eau stagnante jusqu à plus de 1 600 m d altitude. Dépourvue de racine, elle se compose d une tige feuillée, rampante sur le sol humide ou flottante ; certaines de ses feuilles sont transformées en petites outres, appelés utricules, utilisées pour capturer des animaux microscopiques. Elle compense ainsi le manque d azote spécifique au milieu qu elle occupe. Difficile à observer, elle signale sa présence par ses quelques fleurs jaune soufre dépassant de la surface de l eau entre juin et septembre. Espèce protégée en Rhône-Alpes, la petite utriculaire est connue dans une douzaine de communes en Savoie. Le populage des marais, ou souci des marais, est une plante répandue qui supporte l inondation et se développe dans divers milieux humides jusqu à 2 500 m d altitude. Les fleurs mellifères de ce gros boutons d or, très visibles au printemps, attirent de nombreux insectes butineurs. La primevère farineuse occupe les lieux humides des berges des cours d eau et des marais. Sa tige simple porte plusieurs fleurs rose lilas à gorge jaune. PNV Frantz Storck PNV Christian Balais Petite utriculaire dans une dépression tourbeuse au lac du Plane Populage des marais 72 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Faune Du fait des conditions écologiques particulières régnant en altitude, la faune y est plus pauvre que dans d autres zones marécageuses. Sans être strictement dépendante des milieux humides et aquatiques, la couleuvre à collier les parcourt volontiers à la recherche de ses proies favorites : les amphibiens. Reconnaissable aux taches claires situées à l arrière de son cou, cette couleuvre possède également la particularité de libérer une odeur nauséabonde lorsqu elle se sent attaquée. Allant jusqu à simuler la mort, elle échappe aux prédateurs qui la considère comme un cadavre de plusieurs jours. Craintif, discret et fragilisé par diverses menaces, ce serpent, comme toutes les espèces de serpents, est protégé en France. Fiche-milieu n 3 PNV Frantz Storck PNV Fabrice Darinot Pontes de grenouille rousse La grenouille rousse vit dans les zones humides de montagne. C est un amphibien essentiellement terrestre qui gagne l eau lors de la période de reproduction et éventuellement pour hiberner dans la vase. De même, le triton alpestre qui fréquente les points d eau de plaine uniquement pendant la période de reproduction peut demeurer aquatique toute l année en altitude. Espèce protégée et vulnérable en France, cet amphibien fréquente les eaux stagnantes de la vallée des Belleville comme le Grand Lac et le lac Rouge sous le roc de Fer, le lac du Montaulever, etc. Couple de triton alpestre PNV Frantz Storck Légèrement plus petit que le lézard des murailles, le lézard vivipare se distingue par une couleur plus foncée, tachée de noir chez le mâle. Par rapport à d autres lézards, il est Femelle de lézard vivipare adapté à des milieux froids et humides, ce qui lui permet d occuper une grande diversité de milieux : tourbières, mais aussi prairies, landes basses, éboulis, etc. En Savoie, il n est connu qu en montagne. Quelques odonates, libellules et demoiselles, fréquentent les milieux humides, qui sont pour elles des sites de nourriture et de reproduction essentiels. Le leste dryade est une demoiselle de couleur vert métallique partiellement recouvert d une pulvérulence Les milieux naturels, des lieux de vie - 73

Fiche-milieu n 3 PNV Frantz Storck Leste Dryade bleue (couleur du mâle). À Saint-Martinde-Belleville, cette espèce est associée aux eaux stagnantes de tout type. Elle semble être présente sur tout le versant ouest de la vallée des Belleville : mares proches de Tougnète et de Béranger, zones humides de Praz Pétaux, sous le pas de Cherferie, etc. La cordulie des Alpes, ou cordulie alpestre, est une libellule dont le corps est vert foncé métallique, et les yeux, vert émeraude. Ses larves réalisent leur développement dans les zones inondées. Durant les périodes sèches, elles s enfouissent dans la tourbe et sont capables de survivre à l assèchement et au gel complet de leur habitat * en hiver. C est une espèce boréo-alpine *, répandue dans le nord de l Europe, de l Asie et du continent américain. En Europe, elle est présente au-dessus de 900 m d altitude et jusqu à 2 700 m. La vallée des Belleville, a été l un des derniers refuges pour le râle des genêts en Savoie. Pour se reproduire, les oiseaux ont occupé les prairies de fauche et les prairies humides comme celles situées en amont de Béranger, jusque dans les années 1960. Cette espèce est aujourd hui l une des plus menacée en Europe. Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations Autrefois, la tourbe fut utilisée comme combustible, plus particulièrement dans les alpages. Extraite à quelques dizaines de centimètres sous terre, elle était découpée en plaques avant d être séchée sur les rochers. Elle servait à chauffer les aliments et le lait pour fabriquer le fromage. La majorité des zones humides sont incluses dans les alpages fréquentés par les troupeaux domestiques. Essentiellement formée de laiches et de joncs, leur végétation, peu dense, présente une faible valeur pastorale. Cette végétation de marais était autrefois fauchée, au 74 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 3 Christine Garin Zone humide au sein d un secteur pâturé sous le Grand Plan plus tard au début du mois de septembre, pour être utilisée comme litière. PNV - Frantz Storck Prairies fraiches au moulin de Burdin Intérêts biologique et patrimonial du milieu Les milieux humides et aquatiques sont des milieux intéressants sur le plan biologique et une ressource indispensable pour l homme. Ils s inscrivent aussi comme un élément majeur du paysage. Les zones humides participent à la régulation des écoulements d eau sur les versants. L ensemble des zones humides est riche en espèces rares et spécifiques, la plupart sont vulnérables vis-à-vis des modifications du milieu, engendrées par les activités humaines. Les milieux écologiquement contraignants, tels que les zones humides et les falaises, possèdent une flore et une faune très particulières, qui leur sont propres. S ils venaient à disparaître, la commune perdrait une part non négligeable de sa biodiversité. D autre part, la présence d espèces rares et protégées de grande valeur, telles que la laiche des bourbiers, le rossolis à feuilles rondes, la swertie vivace et le trichophore des Alpes, confère une valeur biologique forte à ces milieux. Par l importance de ces zones humides, aussi bien en nombre, en surface, qu en qualité, Saint-Martin-de-Belleville est une commune phare en Savoie en termes de richesse relative à ces milieux naturels. PNV - Patrick Folliet Gouille aux environs de Praz Pétaux Évolution et transformation du milieu Beaucoup de zones humides sont le résultat de l évolution naturelle de plans d eau qui subissent un assèchement progressif appelé atterrissement *. Ainsi, la tourbière du Plan de l Eau est un ancien lac atterri, tout comme la zone de replat située à l amont du ruisseau de Maubec. Les milieux naturels, des lieux de vie - 75

Brigitte Ruff Fiche-milieu n 3 Tourbière du Plan de l Eau Ces lacs comblés sont très intéressants, notamment grâce aux grains de pollen qu ils contiennent. Ceux-ci permettent, en effet, de retracer l histoire de la végétation depuis la fin de la dernière grande glaciation, il y a 10 000 à 15 000 ans (paléoécologie). Subissant aussi ce phénomène d atterrissement *, certaines zones humides tendent à s assécher et évoluent vers un milieu de plus en plus terrestre. La France connaît une régression généralisée des zones humides, en plaine comme en montagne. Le drainage et les assèchements à des fins d aménagements divers en sont responsables. Au cours du XX e siècle, environ 2,5 millions d hectares de zones humides, soit trois fois la superficie de la Corse, ont disparu en France. Cette situation n est pas sans conséquences importantes : en court-circuitant une partie du cycle de l eau, ces disparitions de zones humides aggravent les effets des inondations en période de crues et accentuent les effets de la sécheresse, les nappes phréatiques ne disposant plus des surfaces nécessaires pour se recharger. Les Alpes en général et la Vanoise en particulier n échappent pas à ce phénomène. Sur Saint-Martin-de-Belleville, à l exception des zones humides situées dans la vallée des Encombres et en dehors du domaine skiable, certaines zones humides peuvent être plus ou moins affectées par les activités humaines que sont l activité pastorale et l activité touristique d hiver. La réalisation de pistes de ski, de remontées mécaniques et de réseaux d enneigement artificiel, la création de chalets restaurants d altitude et les pratiques agricoles de drainage ont conduit à la disparition de plusieurs zones humides. Depuis, les inventaires réalisés par le Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie et par le Parc national de la Vanoise ont permis aux habitants de mieux connaître ces milieux et de mieux les prendre en compte dans les projets d aménagement. Les impacts des modifications de la qualité et de la quantité d eau sur la faune et la flore des zones humides sont les mêmes que pour les milieux cours d eau et lacs (lire la fiche-milieu n 2). Le sur-piétinement du bétail dans les zones humides situées aux abords immédiats des points d eau naturels risque d endommager les milieux fragiles et d en modifier la flore, du fait de la concentration des déjections. Le drainage pour augmenter les surfaces pastorales est aussi un problème sur certains secteurs de Saint-Martin-de-Belleville. 76 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Hubert Tournier Fiche-milieu n 3 Drain en alpage La préservation des zones humides est devenue une priorité en France et fait l objet de programmes d actions aux niveaux national, régional et départemental, qui se traduisent dans un premier temps par un inventaire et un bilan qualitatif des zones humides de la Savoie (lire le paragraphe Inventaire des zones humides p.43) Propositions de gestion L inventaire des zones humides de Saint- Martin-de-Belleville doit aboutir à un plan d actions tel qu il a été prévu par la politique départementale (lire le paragraphe Inventaire des zones humides p.43). Ce plan vise à préserver l ensemble de ces milieux naturels de manière cohérente et à suivre leur évolution. La première étape se traduit par une hiérarchisation entre zones selon leur valeur patrimoniale, leur rôle fonctionnel et leur enjeu social. Sur Saint-Martin-de-Belleville, qui possède plus de 50% des zones humides en foncier communal, le plan d actions zones humides pourrait se traduire par l établissement d un plan de gestion communal des zones humides et se concrétiser en diverses actions : protection dans les documents d urbanisme, protection dans les alpages communaux, opérations de restauration, valorisation pédagogique, etc. Quoiqu il en soit, tout nouveau projet d aménagement doit systématiquement tenir compte de ces zones précieuses, afin d en assurer la préservation et d éviter toute forme d incitation à la modification ou à la destruction des zones humides. Ainsi, l installation du réseau d alimentation des enneigeurs (en lien avec une retenue collinaire) sur le périmètre de la ZNIEFF des Teppes Noires a été réalisée en tenant compte du milieu humide et des espèces floristiques vivant dans ce milieu. L aménagement de points d abreuvement et l organisation de l accès des troupeaux domestiques permettent d éviter la dégradation des zones humides avoisinantes, ou du moins de la circonscrire. Ponctuellement, la mise en défens de marais particuliers peut s avérer nécessaire. De même, quand c est possible, le choix de l emplacement des machines à traire devrait tenir compte de la présence de zones humides, afin d éviter que le lessivage par les eaux de pluie ou l écoulement direct des déjections animales et des effluents laitiers (eaux de lavage, etc.) ne génèrent des apports organiques répétés dans les zones humides voisines. Les milieux naturels, des lieux de vie - 77

Fiche-milieu n 4 Les prairies de fauche de vallée PNV - Frantz Storck Prairie de fauche et bois des Charmet à Saint-Laurent-de-la-Côte Les prairies de fauche sont des prés dont un cycle de végétation au moins est fauché. L herbe récoltée, après séchage, forme le foin destiné à l alimentation hivernale des troupeaux. Selon les cas, la prairie peut aussi être pâturée, en tout début ou en fin de saison. Choisies par les agriculteurs parmi les parcelles les plus productives de leur exploitation et celles dont les conditions de travail (pente, éloignement et accès) sont les moins contraignantes, ces prairies se caractérisent généralement par une couverture végétale herbacée plus ou moins dense et continue atteignant 50 à 80 cm de hauteur à la floraison. Sur Saint-Martin-de-Belleville, environ 270 ha de prairies sont fauchées, soit moins de 2% de la surface communale. Ces parcelles fauchées sont de quelques hectares à plusieurs dizaines d hectares et s étalent entre 1 000 m (le Mas) et 1 750 m (Levassaix) d altitude. La plupart d entre elles se trouvent aux abords des villages, en rive droite du doron des Belleville (Saint-Laurent-de-la-Côte, Béranger, Composées en majeure partie de graminées, les prairies de fauche n en demeurent pas moins très colorées. C est surtout au mois de juillet, au moment du pic de floraison, que l œil du promeneur est comblé par ces couleurs. PNV - Christophe Gotti Prairie de fauche aux environs de la Gittaz 78 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 4 PNV - Frantz Storck Prairies de fauche aux environs du hameau de Gittamelon Villarenger, le Châtelard, Saint-Marcel, Levassaix, etc.), tandis que de rares prairies se maintiennent encore dans la vallée des Encombres, à la Gittaz et aux environs de Gittamelon. Il existe une grande diversité de prairies en fonction des conditions écologiques environnantes, tenant notamment à leur situation dans le paysage. On distingue : - les prairies de fauche plutôt maigres et sèches, très diversifiées et riches en espèces végétales telles que le sainfoin des montagnes et la sauge des prés. Ces prairies dominent aux environs du hameau de la Gittaz. - les prairies plutôt fraîches et grasses sur sol frais et riche en éléments minéraux. Ces prairies sont souvent fertilisées, la plupart du temps à l aide de fumier ou d autres engrais organiques. Le géranium des bois y est généralement abondant. Ces prairies dominent sur la commune. On les trouve aux environs du village des Granges, également en fond de vallée du doron des Belleville, entre le Châtelard et le lieu-dit les Frênes. Flore Une prairie de fauche se caractérise par la prédominance d herbes et plus précisément de graminées qui lui confèrent sa physionomie, sa structure et une PNV - Frantz Storck Sauge des Prés part essentielle de son intérêt fourrager. Parmi celles-ci, on trouve pour les prairies plutôt grasses : le dactyle aggloméré et le trisète jaunâtre, alors que la kœlérie pyramidale est plus typique des prairies maigres sur calcaire. Rarement dominantes, les plantes formant de grandes fleurs colorées sont néanmoins les espèces les plus voyantes des prairies. Ce sont elles qui donnent leur éclat aux prairies de fauche. Avec une diversité floristique beaucoup plus élevée, les prairies maigres sont aussi les plus richement colorées avec le sainfoin, le lotier corniculé, la sauge des prés, les rhinanthes, les centaurées et diverses ombellifères : le grand boucage et différentes espèces de cerfeuil comme le cerfeuil des prés. La pédiculaire ascendante se développe dans les prairies calcaires plutôt sèches jusqu à 2 000 m d altitude. En été, ses fleurs jaune paille forment un épi allongé. À Saint-Martin-de-Belleville, cette espèce est connue dans les prairies de fauche du secteur de Gittamelon, également dans les Les milieux naturels, des lieux de vie - 79

Fiche-milieu n 4 Le mélinet glabre est une espèce qui pousse aussi sur les bords de chemin, les cultures, les pâturages, etc., que l on peut notamment observer vers Caseblanche. C est une plante qui se distingue par ses grandes feuilles vert glauque souvent tachées de blanc. Entre mai et août, elle développe des fleurs en forme de tube de couleur jaune et tachées de pourpre à la base. Faune PNV - Frantz Storck Pédiculaire ascendante vallons des ruisseaux de Varlossière et du Vallon. Dans les prairies fraîches et grasses fleurissent des plantes plutôt nitrophiles, propres aux sols fertilisés riches en azote. On y rencontre la renouée bistorte, une espèce qui se distingue par un épi allongé de petites fleurs roses au sommet d une longue tige. C est aussi dans ces prairies de fauche fraîches que fleurit le trolle d Europe, une plante assez commune en montagne, facilement reconnaissable à sa fleur en forme de boule jaune. Parmi les mammifères, les prairies de fauche fraîches sont fréquentées par le lièvre commun à une altitude inférieure à 2 000 m. La caille des blés affectionne particulièrement la végétation herbacée haute des prairies de fauche qu elle occupe tout le temps de sa reproduction, de mai à septembre. L intensification des pratiques agricoles alliant drainage, fertilisation et fauche précoce, voire l ensilage des herbages, a provoqué la raréfaction de cette espèce au niveau mondial. Plus rare en Tarentaise qu en Maurienne, à Saint-Martin-de-Belleville la caille des blés a été localisée au cours de sa migration aux environs de la Gittaz et de Béranger ; sa nidification n a pas encore été observée. Migrateur transsaharien, le tarier des prés a une prédilection pour les prairies de fauche grasses et fournies. Les plantes les plus PNV - Marie-Geneviève Bourgeois PNV - Maurice Mollard Trolle d Europe Lièvre commun 80 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 4 PNV - Alexandre Garnier Femelle de tarier des prés grandes telles que les apiacées (ou ombellifères) lui servent de perchoir pour le chant, ou de poste de guet. Prédateur de petits insectes abondants dans ce type de végétation (sauterelles, criquets, papillons, etc.), le tarier des prés est l un des rares oiseaux caractéristiques de ce milieu. Les floraisons opulentes des prairies de fauche sont particulièrement convoitées PNV - Patrick Folliet Demi-deuil Les milieux naturels, des lieux de vie - 81

Fiche-milieu n 4 par les insectes consommateurs de pollen et de nectar. Les plus visibles sont les papillons de jour dont le demi-deuil, le moiré lancéolé, le fadet commun, les cuivrés fuligineux, de la verge-d or et écarlate et le grand nacré ; tandis que le premier ponctue les prairies de taches blanches, les trois derniers les colorient d orange. De nombreux orthoptères fréquentent ces milieux qui leur offrent le gîte et le couvert dont ils ont besoin. C est le cas du criquet jacasseur et du dectique verrucivore, deux espèces qui se développent exclusivement dans les prairies de fauche, notamment les prairies maigres et sèches. Le criquet verdelet est en réalité un insecte bigarré, présentant une coloration très variable : verte, brune, rougeâtre ou jaunâtre. Il fréquente différents types de prairies à la végétation haute, depuis la plaine jusqu à l étage alpin, et au cours d une saison allant de la fin du printemps au début de l automne. PNV - Joël Blanchemain PNV - Joël Blanchemain Cuivré fuligineux Criquet jacasseur PNV - Joël Blanchemain Femelle de dectique verrucivore en train de pondre 82 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 4 PNV - Frantz Storck Prairie de fauche pâturée au printemps à la Tour, village de la Côte Derrière Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations Les prairies de fauche font l objet d une double perception. D une part, elles représentent pour les naturalistes un milieu naturel riche d une faune et d une flore originales et, d autre part, un milieu agricole qui fait l objet de pratiques destinées à en améliorer la qualité fourragère. À Saint-Martin-de-Belleville, la fauche des prairies locales ne garantit plus l autonomie fourragère des exploitations d élevage, à l exception de petites exploitations. L essentiel du foin provient d autres régions comme la Crau (Bouches-du-Rhône), soit en moyenne plus de 200 tonnes achetées par an. De la luzerne est aussi importée de l extérieur. L intérêt d une prairie ne se réduit pas à la quantité de fourrage produit. D autres critères doivent être pris en compte : qualité nutritive du fourrage, appétence, tenue du PNV - Frantz Storck foin lors de la récolte, évolution de la quantité au cours de la saison, etc. Par exemple, si les prairies fraîches fertilisées produisent du foin en plus grande quantité, la qualité de celui-ci baisse très rapidement s il n est pas coupé à temps. A contrario, l échelonnement des floraisons des prairies de fauche maigres et sèches, riches en espèces, permet de maintenir la qualité du foin plus longtemps et favorise une souplesse d exploitation. Chaque prairie de fauche résulte du travail- Fauche d une prairie à la motofaucheuse au début du mois de juillet Les milieux naturels, des lieux de vie - 83

Fiche-milieu n 4 PNV - Frantz Storck Prairie fauchée aux environs du village des Granges à la fin du mois de juillet des agriculteurs et donc des pratiques qui peuvent s y exercer. À Saint-Martin-de-Belleville, les prairies les moins productives sont pâturées par des vaches laitières au printemps, puis fauchées à la fin de l été ; les autres prairies sont fauchées en juillet. La fauche se fait généralement à l aide d une motofaucheuse ou d un tracteur avec faucheuse rotative. Certaines prairies sont fertilisées avec du fumier ou du lisier. Intérêts biologique et patrimonial du milieu La diversité des pratiques agricoles combinée avec des conditions écologiques variables produit une grande diversité de prairies, qui constituent autant de milieux originaux, d un point de vue naturaliste, et distincts sur le plan paysager. La valeur floristique des prairies de fauche n est généralement pas liée à la présence de telle ou telle plante remarquable, mais à leur diversité floristique. Celle-ci est d autant plus importante que la fauche est tardive et la fertilisation modérée (maximum 25 tonnes de fumier par hectare et par an). Dans ces conditions optimales pour la flore, on peut compter jusqu à une cinquantaine d espèces végétales dans une seule prairie. Ces floraisons opulentes des prairies de fauche d altitude ont aussi un intérêt paysager certain, offrant au regard des surfaces de milieux ouverts * et colorés. En revanche, une forte fertilisation réduit la diversité des fleurs (en nombre d espèces), mais pas nécessairement leur abondance. Par ailleurs l abondance de fleurs appartenant à un grand nombre d espèces différentes attire une grande quantité d insectes et confère à ces prairies une valeur entomologique remarquable. Le décalage dans le temps de la fauche des différentes parcelles offre la possibilité à la faune (et principalement aux oiseaux et aux insectes) de trouver refuge dans les prairies non encore fauchées. Sachant que les insectes constituent l alimentation de 84 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Frantz Storck Détail d une prairie de fauche en fleur base de toute une foule de petits prédateurs (micro-mammifères, oiseaux, reptiles), on comprend l importance de modes de gestion diversifiés des prairies pour la richesse de la faune locale. Enfin, ces prairies entretenues par des générations d agriculteurs ont une valeur patrimoniale au sens familial et affectif, liée au travail accumulé et aux souvenirs associés. Évolution et transformation du milieu Le contexte général alpin est marqué par une régression généralisée des prairies de fauche de montagne, particulièrement importante en altitude. En Vanoise, on observe un meilleur maintien global des prairies de fauche du fait de l autonomie fourragère préconisée pour la production de beaufort, sous appellation d origine contrôlée (A.O.C). Cette régression généralisée se traduit par un abandon des prairies les moins productives et surtout les plus difficiles à exploiter (du fait de l éloignement, des problèmes d accès, de la pente) et une intensification corrélative des prairies proches des exploitations et plus productives. Ceci entraîne une diminution de la valeur biologique et paysagère. Sur la commune, comme dans la plupart des régions alpines, on a assisté, au cours des dernières décennies, à la disparition des prairies de fauche au-dessus de 1 800 m qui ne sont plus exploitables avec le matériel agricole moderne. Les prairies de vallée sont également marquées par une diminution de leur surface. À Saint-Martin-de-Belleville, une partie de ces prairies, présentant des conditions d accès difficiles, continue d être exploitée, comme au nord de la commune : secteur de Saint-Laurent-de-la-Côte, environs de Béranger ou entre Villarenger et la Gittaz. Mais, par ailleurs, de nombreux secteurs de fauche, plus particulièrement dans la partie aval de la vallée des Belleville, ont été abandonnés ou transformés en pâturages. Ainsi, la superficie des prairies de fauche les plus intéressantes sur le plan biologique (prairies d altitude, prairies sèches et prairies extensives) a fortement diminué à Saint-Martin-de-Belleville au profit de types de prairies à la flore plus banale. Quant aux prairies situées à proximité des exploitations, leur fonction fourragère diminue de plus en plus au profit de leur rôle d épuration des effluents agricoles. Les capacités d assimilation des prairies sont limitées, surtout en montagne où le sol est généralement peu épais et la période de végétation plus courte qu en plaine. Audelà d un certain seuil de fumure, les prairies restituent les excédents dans les rivières et les nappes phréatiques, entraînant une pollution néfaste pour la faune et la flore comme pour la ressource en eau. Fiche-milieu n 4 Les milieux naturels, des lieux de vie - 85

Fiche-milieu n 4 PNV - Frantz Storck Extension du village de Saint-Marcel sur d anciennes prairies de fauche Grands consommateurs d espaces, l urbanisation, mais aussi les infrastructures de transport et les aménagements de loisir, menacent souvent les prairies de fond de vallée. Ils font peser sur les derniers secteurs de fauche une pression foncière d autant plus importante que l activité agricole a une tendance générale à régresser. Ainsi, plusieurs parcelles situées aux abords de villages ont été détruites pour être urbanisées, comme à Villarabout, Saint-Martin-de-Belleville et Saint-Marcel. Propositions de gestion Les remarques précédentes plaident en faveur d une diversité des modes de conduite des prairies de fauche, favorable à la flore et à la faune, tout en assurant des ressources fourragères suffisantes et de qualité. Le retour à des pratiques plus extensives sur certaines parcelles est donc souhaitable : baisse de la pression de pâturage et de la fertilisation sur les prairies en voie de dégradation, pratique d une fauche tardive, maintien de prairies de fauche extensives peu productives, voire rétablissement de la fauche sur certaines parcelles d exploitation difficile. Le décalage des dates de fauche permettra aux espèces animales, tant vertébrées (mammifères, oiseaux, etc.) qu invertébrées (insectes), de se réfugier dans les prairies non encore fauchées et de finir leur cycle de vie. Il serait nécessaire de freiner l abandon des prairies de fauche par l application d un cahier des charges qui tendrait vers l autosuffisance en foin, et par ailleurs inciterait les éleveurs à respecter un code de bonnes pratiques en matière de protection de la ressource en eau et de préservation de la biodiversité. Des conventions pour le stockage et l épandage des lisiers, signées en 1990 entre le SIVOM de Moûtiers, la commune de Saint- Martin et les agriculteurs, constituent l une des mesures prises pour réduire la pollution organique des nappes phréatiques et des cours d eau (lire la fiche-milieu n 2). 86 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Les recommandations de type fumure modérée, récolte retardée, déprimage non mécanique, absence de traitement chimique et fauche centrifuge, peuvent s inscrire dans le cadre d un cahier des charges de mesures de type agri-environnemental. Ces mesures spécifiques traduisent la reconnaissance des caractéristiques de l agriculture de montagne et l intérêt de son patrimoine écologique et paysager local. Elles consistent en l octroi de primes contractualisées à la surface ou d aides destinées à réduire les contraintes d exploitation (matériel de fauchage spécial montagne, aide en main d œuvre, etc.). Ce type de mesures est actuellement proposé aux agriculteurs sur le site Natura 2000 Massif de la Vanoise. Afin d inciter les agriculteurs à entretenir les prairies de fauche, la commune a mis en place une politique qui se compose : - d une prime à l hectare fauché, - de l amélioration des chemins pour faciliter l accès aux faucheuses mécaniques, - du débroussaillement par ses services de plusieurs dizaines d hectares de surfaces agricoles. Cette gestion s est faite à Saint-Laurent-dela-Côte, Béranger, le Villard, Villarabout, le Châtelard, dans un secteur situé entre Villarbon et Villarenger et aux environs de Notre Dame de la Vie. Dans le cadre de la révision du Plan local d urbanisme de Saint-Martin-de-Belleville en 2006, l élaboration d un diagnostic agricole a permis de mettre en évidence l enjeu du maintien des prairies de fauche à proximité des villages. Ces prairies y sont considérées comme une ressource importante pour l agriculture (A.O.C, beaufort), mais également comme un élément garantissant un paysage de qualité. Fiche-milieu n 4 Les milieux naturels, des lieux de vie - 87

Fiche-milieu n 5 Les forêts PNV - Frantz Storck Boisements d épicéas du Laitet (1e plan) et de la Sabettaz (au fd à g.) au-dessus de Béranger Sur la commune, la forêt s étend entre 580 m, dans les gorges du doron des Belleville, et 1 950 m d altitude, dans la vallée des Encombres (partie supérieure du bois Noir). Elle occupe une surface d un peu moins de 1 000 ha, soit environ 6 % du territoire. Seules les forêts présentes sur le territoire de l ancienne commune de Saint- Laurent-de-la-Côte, les boisements situés au-dessus de Béranger et au lieu-dit nant Felain, le bois Noir, ainsi qu une partie des berges du torrent des Encombres, à l aval des Priots, correspondent à la forêt en tant que milieu naturel. Cette fiche-milieu traite essentiellement de ces secteurs dominés par les résineux. Le reste des boisements correspond en réalité à des plantations commencées dans les années 1960, dans lesquelles le mélange des essences n a pas de signification écologique. PNV - Frantz Storck Les forêts de Vanoise sont essentiellement composées de résineux : sapin, épicéa, pin sylvestre, pin à crochets, pin cembro, appelé aussi arolle, et mélèze. Ces essences s associent pour former des peuplements qui diffèrent selon les conditions écologiques locales (altitude, Boisement à l entrée de la vallée des Encombres et village du Châtelard 88 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Frantz Storck Fiche-milieu n 5 Boisements de feuillus sur le versant dominé par la pointe de la Fenêtre et le Cochet. Au pied de ce versant, le village des Granges exposition au soleil et au vent, nature du sol et de la roche-mère, humidité). Ainsi, la pineraie de pin sylvestre est par excellence la forêt sèche de l étage montagnard. Un tel boisement est situé au-dessus de Saint-Laurent-de-la-Côte, notamment dans le secteur du bois des Charmettes. Les épicéas, omniprésents en Vanoise, forment des pessières * dites sèches ou fraîches selon l exposition adret/ubac. La pessière * sèche à pin sylvestre est dominante sur Saint-Martin-de-Belleville et se localise surtout en versant nord-ouest sur le territoire de Saint-Laurent-de-la-Côte, comme dans le bois de Pierre Blanche, au-dessus de Villartier, ou encore le bois Frenay. À l étage montagnard et en versant nord, les sapins se mêlent aux épicéas pour former la sapinière-pessière. À peine 20 ha de sapinière-pessière couvrent les pentes du bois des Combettes. Plus haut en altitude, on passe aux peuplements purs d épicéa. Le bois Noir, ainsi qu une partie des pentes situées aux environs des gorges de Planlebon renferment ce type de boisement, majoritaire sur la commune. Dans différents secteurs, le mélèze, le pin à crochets et le pin cembro se développent dans les pessières * selon des proportions variables, telles que les pessières * à pin à crochets, sur les pentes dominant Saint- Laurent-de-la-Côte. Ces différents types de peuplements induisent une grande variété de formations végétales de sous-bois : tapis dense de sousarbrisseaux et de plantes herbacées pour les pineraies sèches, sous-bois clair et fleuri du mélézin, couverture quasi-continue de sous-arbrisseaux (myrtille, raisin d ours commun) dans la pessière subalpine, etc. Les feuillus sont bien développés sous 1 800 m d altitude. Ils occupent les environs de la station des Menuires, le versant est du Cochet, les berges encaissées du doron Les milieux naturels, des lieux de vie - 89

Fiche-milieu n 5 Les forêts des Belleville, à l aval de Saint-Martin-de- Belleville, ainsi que la partie inférieure du versant de Saint-Laurent-de-la-Côte. Ces feuillus sont des sorbiers, hêtres, frênes, peupliers trembles, saules, bouleaux, érables sycomores, etc. Il fournit un bois imputrescible d excellente qualité utilisé en ébénisterie. Arbre élevé à écorce de couleur caractéristique brun rougeâtre à saumonée dans la Flore Arbre principal de l étage montagnard en Vanoise, l épicéa est l essence dominante de l ensemble des massifs forestiers de Saint- Martin-de-Belleville. Son bois clair est utilisé en bois d ouvrage (charpente, bardages etc.). Le mélèze est le seul conifère autochtone de France à perdre ses aiguilles en hiver. PNV - Frantz Storck Rameaux et cônes mûrs pendants d épicéa dans le bois de Goffay 90 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Hubert Tournier Colonisation d une pelouse par l épicéa vers le secteur du bois Noir gorges du torrent des Encombres entre les Priots et Villarenger, etc. Espèce de l étage montagnard, la bugrane à feuilles rondes est bien représentée dans les clairières des pinèdes sèches. Elle arbore des fleurs roses réunies par deux ou trois ainsi que des feuilles découpées en trois folioles rondes. Atteignant jusqu à 2 m de long, la clématite des Alpes est une liane qui se développe en rampant sur le sol ou en grimpant sur les autres végétaux. Aux mois de juin et de juillet, elle forme de grandes fleurs Fiche-milieu n 5 partie supérieure du tronc, le pin sylvestre est considéré comme une espèce de lumière. Il est généralement dominant dans les forêts d adret. En Vanoise, cet arbre est plus commun en Maurienne qu en Tarentaise. Orchidée protégée des forêts, le sabot de Vénus pousse en sous-bois ouvert * de conifères (pins sylvestre et cembro, sapin et épicéa). Cette espèce spectaculaire aux très grandes fleurs jaunes en forme de sabot est volontiers reconnue comme le symbole de la protection végétale. Compte tenu de sa relativement bonne représentation en Vanoise, ce territoire constitue un réservoir exceptionnel pour sa conservation. Sur Saint- Martin-de-Belleville, le sabot de Vénus est connu à Saint-Laurent-de-la-Côte, dans les PNV - Frantz Storck Sabot de Vénus PNV - Frantz Storck CPNS - Virginie Bourgoin Boisement dominé par le pin sylvestre à Saint-Laurent-de-la-Côte Bugrane à feuilles rondes Les milieux naturels, des lieux de vie - 91

Fiche-milieu n 5 également dans les zones rocailleuses et les landes. La cardamine flexueuse, ou cardamine des bois, se développe préférentiellement dans les boisements frais jusqu à 1 600 m d altitude. Son nom provient de la forme de sa tige, sinueuse ou flexueuse. Elle fleurit au printemps ; elle se garnit alors de fleurs blanches composées de quatre pétales. Faune PNV - Michel Filliol Clématite des Alpes violettes solitaires et pendantes, composées de quatre pétales. Tout comme beaucoup d autres espèces de la famille des renonculacées (l aconit tue-loup, l aconit paniculé, l hellébore fétide, etc.), dont elle fait partie, la clématite des Alpes est toxique. C est une plante de montagne, que l on trouve La forêt est le refuge et le lieu de vie de plusieurs mammifères. Le renard et le blaireau (lire la fiche-espèce n 11) sont parmi les espèces du groupe des carnivores les plus communes. Ils utilisent ce milieu pour se nourrir et se reproduire. Également fréquents, les ongulés animent la forêt tout au long de l année. Le sanglier, le cerf élaphe et le chevreuil sont présents sur l ensemble de la commune. Ce dernier est aussi souvent observé à découvert, jusqu à plus de 2 000 m d altitude. PNV - Alexandre Garnier Cerf élaphe 92 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Caractéristique des paysages boisés aérés, la grive draine se tient surtout en lisière des forêts et dans les clairières. Elle a besoin de grands arbres pour chanter et nicher, mais elle se nourrit d invertébrés et de végétaux (baies, etc.) dans les prés et autres zones dégagées. Fiche-milieu n 5 Sa cousine, la grive musicienne, s installe aussi en forêt mais elle affiche une certaine préférence pour les formations sur sol humide et ombragé. En effet, sa présence est conditionnée par celle des vers et escargots, ses mets de prédilection. Elle a la particularité d être un des rares oiseaux à savoir se servir d un outil, une enclume, qui est un caillou sur lequel elle brise les escargots pour en extraire la chair. Les pics jouent un rôle fondamental en forêt, en offrant des cavités de nidification à d autres animaux cavernicoles, eux-mêmes incapables de forer des trous. Avec leur bec puissant et aiguisé comme un ciseau à bois, ils frappent vigoureusement sur le tronc des arbres malades à la fois pour se nourrir et pour se créer une loge. Le pic épeiche, le pic vert et le pic noir sont tous nicheurs à Saint- PNV - Didier Jalabert Pic épeiche Martin-de-Belleville. Les cavités qu ils percent constituent un refuge pour de nombreuses autres espèces animales, telles que l écureuil, mais également pour d autres oiseaux comme les mésanges bleue, noire et charbonnière. Parmi les rapaces nocturnes qui utilisent le milieu forestier pour se nourrir et se reproduire, la chouette hulotte est la plus commune. PNV - Philippe Benoît Cône d épicéa épluché par un écureuil Les milieux naturels, des lieux de vie - 93

Fiche-milieu n 5 Mésange bleue avec un insecte dans le bec C est aussi l espèce la plus précoce puisque les premiers hululements, correspondant à la formation du couple, retentissent dès le mois de décembre. Le moiré sylvicole et le moiré frange-pie sont des papillons sombres difficiles à distinguer. Ils ont une couleur générale brunnoir, tachetée de points orange, noir et blanc. Les plantes qu ils recherchent pour le développement de leurs larves sont toutes des graminées, ou bien des laiches, qui poussent dans les bois ou en lisières forestières. Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations La découverte de souches témoigne de la présence passée d arbres sur des secteurs d altitude, jusqu à 2 300 m, aujourd hui dépourvus de boisements : le lac du Lou, Val Thorens ou encore le vallon de Varlossière. La rareté des boisements de conifères sur Saint-Martin-de-Belleville résulterait d un déboisement ancien. Une des causes, à l origine de ce déboisement, pourrait être liée à la structure même de la vallée du doron des Belleville qui, offrant des versants aux pentes modérées, aurait été convoitée pour la création d alpage par les moines dès le moyen-âge. Par la suite, la présence importante de chèvres sur la commune aurait aussi pu être un frein à la recolonisation des arbres. Enfin, à partir du XVI e siècle, les boisements de la partie inférieure de la commune auraient été largement exploités pour le fonctionnement des chaudières des salines royales de Moûtiers. Ces salines, alimentées par une source d eau minérale PNV - Maurice Mollard PNV - Maurice Mollard Chouette hulotte 94 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Frantz Storck Fiche-milieu n 5 Gestion dans le boisement d épicéas du dos des Cots : enlèvement des branches basses située à Salins-les-Thermes, constituaient alors un véritable établissement industriel ; elles ont fourni le sel aux Savoyards pendant environ trois siècles. Le bois était alors utilisé pour la réalisation de canalisations taillées dans les troncs d arbres et comme bois de chauffe pour l évaporation de l eau. Environ la moitié de la surface boisée, soit environ 480 ha, est propriété de la commune et bénéficie du régime forestier ; sa gestion est réalisée par l Office national des forêts. Une partie de cette surface (près de 20%) est non boisée (ravins, barres rocheuses, etc.). L autre moitié de la surface boisée forme des forêts privées. La majeure partie de la forêt communale est gérée en futaie jardinée *. Elle est soumise à deux plans d aménagements qui fixent les règles de sa gestion sur une période de 15 ans. L un de ces plans (1997 2011) couvre le territoire de l ancienne commune de Saint- Laurent-de-la-Côte, et l autre plan (2000 2014) concerne le reste de la commune de Saint-Martin-de-Belleville. Le volume moyen exploité de la forêt communale bénéficiant du régime forestier est PNV - Frantz Storck estimé, d une manière optimale, à environ 350 m 3 par an pour le territoire de Saint- Laurent-de-la-Côte. La majorité des coupes, composées de sapin et surtout d épicéa, sont vendues aux scieries du département qui les transforment en bois de charpente et de menuiserie. Une partie est également vendue en Italie où le bois est utilisé pour concevoir des palettes. Les autres boisements du territoire sont essentiellement composés de plantations récentes qui ont été réalisées avant tout pour un objectif de protection et de valorisation paysagère des stations de ski. Plantation de résineux à la station des Menuires Les milieux naturels, des lieux de vie - 95

Fiche-milieu n 5 PNV - Frantz Storck Billes de bois et chevalet devant une ancienne grange à Villarenger PNV - Frantz Storck Ces plantations sont jeunes et ne font l objet d aucune coupe d entretien aujourd hui. Pour le bois de feu, il n existe pas véritablement d affouage *, mais des lots de bois sont vendus aux enchères. Ce bois provient de chablis (arbres cassés pendant l hiver). Les objectifs de protection physique des documents d aménagement forestier visent à une protection générale contre l érosion du sol, le ravinement et les départs d avalanches. Les forêts situées sur le territoire de Saint-Laurent-de-la-Côte jouent particulièrement ce rôle de protection vis-à-vis de Eboulis sur le plan du Gollet, au-dessus du village de Saint-Laurent-de-la-Côte PNV - Frantz Storck Balisage du «sentier du sabot de Vénus» à Saint-Laurent-de-la-Côte plusieurs villages et voies de communication qui sont exposés aux risques de chutes de pierres et d avalanches. Perçues dans leur globalité, les forêts structurent le paysage de la commune et offrent un cadre idéal à des activités de plein air. Plusieurs sentiers traversent les forêts de Saint-Martin-de-Belleville et sont accessibles aux randonneurs en toute saison. Le sentier du sabot de Vénus permet de traverser une bonne partie de la forêt en partant de Saint- Laurent-de-la-Côte, et le sentier Sous le Cochet permet de découvrir une partie du bois Noir en partant du Châtelard. Quelques Bellevillois parcourent aussi les forêts à la recherche de divers champignons, ou lors des périodes de chasse. Intérêts biologique et patrimonial du milieu Les pessières * représentent dans les vallées de Vanoise une part importante de la forêt, particulièrement en Tarentaise. D une commune à l autre, leur intérêt biologique dépend de leur âge et de leur surface. 96 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 5 PNV - Frantz Storck Boisements à l automne sur la partie inférieure des pentes du Daillait CPNS - Virginie Bourgoin L existence, à l échelle d un versant, d une diversité de stades de développement des peuplements (clairières avec arbustes, jeunes semis, fourrés, perchis par bouquets, futaie jardinée, très gros bois, vieux arbres), est particulièrement favorable à la faune. Si la présence de vieux arbres à cavités et d arbres morts est indispensable pour un grand nombre d oiseaux, de mammifères et d insectes (rapaces nocturnes, écureuil, coléoptères se nourrissant de bois en décomposition, etc.), la gélinotte des bois, par exemple, préfère les jeunes peuplements et les clairières. Boisements à l automne sur le versant est du Cochet Les sous-bois abritent des plantes à haute valeur patrimoniale, telles que le sabot de Vénus et l ancolie des Alpes. La présence du tétras-lyre dans la partie supérieure des forêts participe également à l intérêt biologique de celles-ci. Sur Saint- Martin-de-Belleville, ces sites sont localisés au nord de la commune, sous le col de la Lune et dans la partie supérieure du bois de Goffay, également au-dessus du bois Noir. Les forêts contribuent fortement à la diversité biologique et paysagère de la commune, en particulier en automne lorsque la ramure des mélèzes prend une teinte dorée et contraste alors avec celle, constamment verte, des autres conifères. Ces paysages se rencontrent, par exemple, sur la partie inférieure des pentes du Daillait. Évolution et transformation du milieu Les forêts d épicéas de l étage subalpin sont des formations végétales très stables qui n évoluent guère en l absence de perturbation. À l étage montagnard, dans les hêtraies-sapinières ou les sapinières-pessières Les milieux naturels, des lieux de vie - 97

Fiche-milieu n 5 climaciques *, le sapin dominera progressivement l épicéa. Le tourisme d hiver concerne également la forêt du fait de la pratique du ski horspiste, qui a un impact sur la régénération naturelle, les skis sectionnant le sommet des jeunes pousses. Ce phénomène, anecdotique sur la commune, est connu aux environs de Béranger. Plus généralement sur Saint-Martin-de- Belleville, la randonnée hivernale, plus particulièrement lorsqu elle n est pas encadrée par un professionnel (skis, raquettes, etc.), peut provoquer le dérangement de la faune (comme le tétras-lyre et la gélinotte des bois) à une période de l année où elle est très vulnérable. En été, la fréquentation des forêts par des motos trial et des quads, pourtant interdite par la loi du 3 janvier 1991 en-dehors des routes ouvertes à la circulation, provoque la dégradation de sentiers et du couvert végétal de sous-bois, ainsi que des nuisances sonores importantes pour les riverains, les touristes et pour la faune de ces milieux. Emblèmes des milieux montagnards, le tétras-lyre, ainsi que nombre de rapaces, diurnes ou nocturnes, ont des exigences territoriales strictes. Ils ne se maintiennent qu à la faveur de vastes espaces préservés qui leur assurent gîte, nourriture et tranquillité, en particulier en saison hivernale. La multiplication des câbles en forêt, ou plus haut dans les landes, est un danger permanent pour ces oiseaux. Seuls les tétraslyres occupant le bois de Goffay, au-dessus duquel se trouve une ligne électrique, peuvent être touchés par ce problème. Le morcellement progressif de l espace par la création d équipements nouveaux qui s ajoutent à ceux déjà existants (pistes forestières, etc.) crée une réduction de l espace vital de certaines espèces sensibles et parfois très rares (telles que le tétras-lyre) PNV - Frantz Storck qui y trouvent refuge. Il peut aussi provoquer la destruction directe de plantes protégées. La création de toute nouvelle piste forestière augmente inévitablement la fréquentation humaine et motorisée, qui peut devenir difficilement contrôlable par la suite (VTT, raquettes, motos, etc.). Une trop forte pression de dérangement à une période sensible de leur cycle de vie peut entraîner une régression voire la disparition de certaines populations animales de tout un secteur. En résumé, la multiplication des équipements conduit au fractionnement des territoires de la faune sauvage et diminue la qualité des paysages qui constituent l un des atouts du tourisme local. Propositions de gestion La déforestation importante et ancienne des forêts de Saint-Martin-de-Belleville est, depuis les années 1960, partiellement compensée par un programme de plantation de résineux mené par la commune. Ce programme s est concrétisé par la plantation d arbres sur quelques hectares par an, réalisée essentiellement entre Villarenger et la Plantation de résineux au dessus du Bettaix 98 - Les milieux naturels, des lieux de vie

station des Menuires (comme le bois de la Sapinière planté dans les années 1950 vers le quartier de la Croisette), ce qui correspond à une altitude comprise entre 1 400 et 2 300 m. Les espèces plantées sont locales (pin cembro, pin à crochets, mélèze), tandis qu en certains secteurs, comme à Val Thorens, des expérimentations de plantation ont été réalisées à partir d une quantité plus importante d espèces nord-américaines. L ensemble du programme, qui se solde à environ 250 000 arbres plantés en une trentaine d années, se poursuit actuellement. La prise en compte des enjeux naturalistes dans les documents d aménagement forestier doit permettre de concilier les objectifs de production forestière ou d accueil du public avec les exigences de leur préservation. Une exploitation forestière permettant l existence d un nombre suffisant de vieux arbres à cavités, ainsi qu un pourcentage important de bois morts à différents stades de décomposition, est favorable à la faune arboricole et aux insectes xylophages (coléoptères en particulier), ainsi qu aux mousses, lichens et champignons. Dans les forêts communales de Saint-Martin-de- Belleville, un peu plus d un arbre mort à l hectare est laissé par le forestier. Il faut pouvoir assurer la quiétude nécessaire aux espèces vulnérables de la faune, durant les périodes sensibles que sont l hiver et le printemps. Cela consiste à réguler la circulation motorisée dans le milieu naturel et à sensibiliser les randonneurs à skis et à raquettes à la vulnérabilité de certains endroits qu ils sont amenés à fréquenter. Cela exige un effort pédagogique en direction du public, expliquant le nécessaire respect de la tranquillité des lieux et l utilisation d itinéraires balisés. L installation de dispositifs de signalisation des câbles pourrait en atténuer l impact sur les populations de tétraonidés forestiers. Fiche-milieu n 5 Les milieux naturels, des lieux de vie - 99

Fiche-milieu n 6 L aulnaie verte et la mégaphorbiaie CPNS - Virginie Bourgoin Aulnaie primaire dans le torrent du Lou L aulnaie verte peut se définir comme une brousse subalpine dominée par l aulne vert, un arbuste à feuilles caduques pouvant dépasser 3 m de haut. C est une formation végétale très dense, difficilement pénétrable et capable de former de grandes entités homogènes. On distingue deux types d aulnaies suivant leur origine : - les aulnaies primaires *, installées depuis plusieurs milliers d années à la limite des forêts subalpines et dans les pentes fraîches et avalancheuses que les conifères ne peuvent pas coloniser du fait des trop fortes contraintes mécaniques. Ces aulnaies sont peu importantes sur la commune. Elles occupent des zones abruptes, telles que celles situées sous le col de Leschaux, ou des abords de torrents, comme ceux de Péclet et du Lou. Hubert Tournier - les aulnaies secondaires * qui peuvent résulter de la recolonisation par l aulne vert de secteurs anciennement exploités par l agriculture et aujourd hui en déprise. Ces aulnaies sont dominantes sur la commune. Elles se sont bien développées sur le versant situé en rive droite du doron des Belleville : au-dessus de Praranger, dans un secteur Aulnaie verte aux environs du lieu-dit Chamfrey, sous le pas de Cherferie 100 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Christine Garin Aulnaie verte dans la partie amont de la vallée des Encombres situé entre Praz Pétaux et Au Plane. Plusieurs aulnaies secondaires recouvrent aussi les pentes de la partie amont du vallon des Encombres. Les aulnaies sont la plupart du temps associées à des mégaphorbiaies * avec lesquelles elles s interpénètrent. Ces mégaphorbiaies * sont formées d un tapis herbacé luxuriant, composé de plantes de grande taille, telles que la laitue des Alpes, l adénostyle à feuilles d alliaire, la gentiane jaune et le géranium des bois. Ces plantes herbacées ont la particularité de se développer très rapidement au printemps et de s opposer ainsi à la germination des ligneux. L exubérance de cette végétation nécessite d importantes ressources minérales et hydriques. De ce fait, l aulnaie verte et les mégaphorbiaies * ne prospèrent que sur des sols frais, profonds et riches en nutriments, alimentés par des ruissellements permanents. La mégaphorbiaie * atteint son maximum de développement dans les pentes exposées au nord, là où, contrairement aux versants sud, l intensité lumineuse modérée de la mijournée n interrompt pas la photosynthèse. Fiche-milieu n 6 L aulnaie verte et la mégaphorbiaie Les milieux naturels, des lieux de vie - 101

Fiche-milieu n 6 Elle se rencontre depuis l étage montagnard supérieur jusqu au subalpin. Sur Saint- Martin-de-Belleville, ce groupement végétal se rencontre, par exemple, aux abords du torrent du Lou et dans les combes aux environs de Béranger. Flore L aulne vert, encore appelé arcosse, possède des tiges très souples inclinées vers l aval. Solidement ancrées au sol par un fort enracinement, ses tiges se couchent sans dommage jusqu au sol sous le poids de la neige et ne sont pas endommagées par le passage des avalanches. Cette stratégie lui permet également d être à l abri du froid, protégé par le manteau neigeux. Ce ligneux a la particularité d enrichir lui-même le sol en azote assimilable par les plantes, grâce à une symbiose avec des micro-organismes vivant au niveau de ses racines et capables de fixer l azote atmosphérique. C est cet enrichissement du sol qui est en partie responsable de l exubérance des mégaphorbiaies * voisines. PNV - Philippe Benoît Adénostyle à feuilles d alliaire Dans les espaces restreints laissés par l aulne vert, la strate herbacée compte de nombreuses plantes luxuriantes à l abri d un éclairement solaire trop intense. L adénostyle à feuilles d alliaire fait partie de cette flore exubérante. Atteignant jusqu à 1, 50 m de hauteur, elle développe de larges feuilles irrégulièrement dentées, vertes et glabres à la face supérieure et d un blanc cotonneux dessous. Elle peut être parasitée par la tozzie des alpes ; cette dernière présente des racines munies de suçoirs qui lui permettent de prélever les substances nutritives des plantes qui poussent à sa proximité, essentiellement des adénostyles et des pétasites. L ail victorial se distingue par ses feuilles larges et ses fleurs blanc jaunâtre regroupées en ombelle globuleuse. L accumulation de la base de ses feuilles anciennes autour du bulbe, formant un manteau fibreux, lui PNV - Maurice Mollard Rameaux d aulne vert en fruits PNV - Christian Balais Ail victorial 102 - Les milieux naturels, des lieux de vie

a valu le surnom d herbe à neuf chemises. La berce sphondyle, ou berce des prés, est une ombellifère couverte de poils blanchâtres assez raides, et pouvant atteindre 1, 50 m de hauteur. Ses grandes feuilles forment des touffes à la base et sont disposées d une manière alterne sur la tige. Ses fleurs blanches sont groupées à l extrémité des tiges en larges ombelles de 12 à 40 rayons. Les différentes parties de cette plante sont consommables (tiges, feuilles, boutons floraux, fruits, etc). L ancolie des Alpes se reconnaît à la forme particulière de ses fleurs dont chacun des cinq pétales représente un cornet évasé, prolongé à la base par un éperon peu incurvé. Espèce protégée, endémique * des Alpes occidentales, l ancolie des Alpes est bien connue dans tout le massif de la Vanoise où elle reste toujours peu abondante dans les localités qu elle occupe. Également remarquable, le lis martagon, est encore appelé racine d or en raison de la couleur jaune doré de son bulbe. Il est facilement reconnaissable grâce à ses grandes fleurs veloutées, rose violacé, ponctuées de pourpre et recourbées en turban. Faune PNV - Alexandre Garnier PNV - Philippe Benoît Mâle de tarin des aulnes La plupart des oiseaux rencontrés dans l aulnaie verte fréquente le sous-bois forestier. Parmi ceux-ci, l accenteur mouchet en est l espèce dominante. Très répandu dans les montagnes savoyardes à la faveur de forêts fraîches à sous-bois dense, il se caractérise par un plumage brun roussâtre strié de brun noir sur le dos et les ailes, la tête, le cou et la poitrine étant gris bleuté. Le tarin des aulnes est un oiseau strictement arboricole lié aux bois de conifères entrecoupés de formations de feuillus en situation fraîche. Il n est donc pas rare de le rencontrer dans l aulnaie verte, surtout lorsque celle-ci est bien boisée. On rencontre aussi typiquement le troglodyte mignon, la fauvette des jardins et la fauvette babillarde. Cette dernière occupe toute végétation caractérisée par une certaine fraîcheur. En Vanoise elle se tient essentiellement entre 1 700 et 2 000 m d altitude. Demeurant cachée dans la végétation, elle se repère surtout à son chant. De la même famille que les fauvettes, la rousserolle verderolle affectionne les prairies à hautes herbes et les aulnaies à mégaphorbiaies *. Ce petit oiseau au plumage vert olive mentionne sa présence par son chant enrichi de multiples imitations (étourneau, moineau, merle noir, linotte mélodieuse, etc.). Bien que difficilement pénétrable, l aulnaie verte constitue une remise de choix pour les grands mammifères qui viennent y chercher ombre et tranquillité. Ainsi, chamois, sangliers, cerfs et chevreuils y sont classiquement présents, à l abri du dérangement humain. Sanglier Fiche-milieu n 6 Les milieux naturels, des lieux de vie - 103

Fiche-milieu n 6 Pâturage gagné par l aulnaie verte Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations Par le passé, l aulnaie verte était en partie défrichée par les éleveurs pour gagner des surfaces en alpage. L aulne vert fournissait un bois très apprécié qui servait à chauffer les habitations et à fabriquer les fromages. Contrairement à certaines croyances, l aulne vert ne favorise pas le déclenchement des avalanches, mais c est sa capacité à résister au passage des avalanches qui lui permet de coloniser les secteurs réputés avalancheux. L aulnaie verte n a plus guère d intérêt économique aujourd hui. Intérêts biologique et patrimonial du milieu L aulnaie verte est un milieu touffu dans lequel l homme a beaucoup de peine à se mouvoir, ce qui lui donne une valeur de refuge importante pour la faune (mammifères, oiseaux), comme dans la partie amont de la vallée des Encombres, également sur le versant nord du massif de la Masse, au lieu-dit les Enverses. Christine Garin Christine Garin Christine Garin Bois d aulnes verts Aulnaie verte dense dans la partie amont de la vallée des Encombres 104 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Michel Filliol PNV - Frantz Storck Fiche-milieu n 6 Pelouse gagné par l aulnaie verte dans la combe de la Dent Laitue des Alpes Elle constitue aujourd hui de vastes espaces impénétrables favorables aux sangliers. La mégaphorbiaie * présente une flore originale. Elle possède de nombreuses plantes typiquement alpines comme la laitue des Alpes, la tozzie des Alpes ou l ancolie des Alpes. Évolution et transformation du milieu En Vanoise, ces formations végétales occupent jusqu à 7 % de la surface de l étage montagnard supérieur et de l étage subalpin. Les aulnaies dites primaires * sont composées d une végétation stable qui restera à l état de boisement d aulne vert, quelles que soient les modifications physiques qui peuvent apparaître (dégâts d avalanche, etc.). En revanche, c est l abandon des pâturages et prairies de fauche en altitude qui conditionne l existence et l extension des buissons d aulne vert, qualifiés alors d aulnaies secondaires *. Un tel phénomène est manifeste au-dessus de Praranger. Le développement de l aulnaie secondaire * se fait alors aux dépens des surfaces pastorales d intérêt fourrager. Si l extension de ce milieu se poursuit, il se traduira par un appauvrissement de la biodiversité. PNV - Frantz Storck Forte extension de l aulnaie verte au-dessus de Prarenger, sous le Pas de Cherferie Propositions de gestion Étant donné les conditions d existence de l aulnaie primaire*, et dans le contexte économique et agricole actuel, une intervention de gestion sur celle-ci ne serait pas opportune. En revanche, dans un objectif de préservation des surfaces fourragères de la commune, il peut être souhaitable de contrôler l extension des aulnaies secondaires *, voire de réduire leur emprise actuelle. La réhabilitation de surfaces herbacées par débroussaillement ne doit être envisagée que si un mode de gestion à moyen et long termes, viable économiquement, est mis en place à la suite (pâturage ou fauche). Quoiqu il en soit, en cas d insuffisance des superficies pastorales, le débroussaillement de l aulnaie verte secondaire * est préférable au drainage des zones humides, qui provoque la destruction de milieux devenus rares et s avère peu rentable sur le plan agronomique. Mais ce type d action est très coûteux. Les milieux naturels, des lieux de vie - 105

Fiche-milieu n 7 Les landes, les landines et les fourrés de saules d altitude PNV - Patrick Folliet Lande à éricacées vers le Pas de Cherferie Ce sont des formations végétales dominées par une végétation arbustive de hauteur inférieure à celle du manteau neigeux. Composées d arbustes et arbrisseaux à feuilles persistantes ou non, ces landes peuvent être plus ou moins denses et peuvent atteindre plusieurs dizaines de centimètres de hauteur. On rencontre aux étages montagnard et subalpin les landes sèches ou landes à genévriers nains, les landes fraîches ou landes à éricacées (rhododendron, camarine, airelles, etc.) et des formations buissonnantes à saule glauque. À l étage alpin, on ne rencontre plus que les landes basses à éricacées (notamment à camarine et airelle des marais) et les landines à azalée naine dont la hauteur ne dépasse pas quelques centi mètres. PNV - Christophe Gotti Sur Saint-Martin-de-Belleville les landes se trouvent essentiellement entre 1 600 et 2 500 m d altitude, et correspondent majoritairement à des landes fraîches. Les stations fraîches et humides présentent les conditions optimales pour le développement de la lande à rhododendron ferrugineux. Très sensible au gel et à la dessicca- Landes sur la montagne de Boismint 106 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 7 PNV - Frantz Storck Lande à genévrier commun vers le secteur des barres rocheuses au nord de Levassaix CPNS - Virginie Bourgoin tion, le rhododendron s installe préférentiellement sur les versants d ubac longuement enneigés où il est protégé des rigueurs hivernales par le manteau neigeux. Cette lande fait souvent transition entre les forêts et les pelouses alpines. Sur Saint-Martinde-Belleville, la lande à rhododendron ferrugineux est très présente et se rencontre en différents secteurs : sur la partie aval et en rive gauche du torrent du Lou, sur le versant du Cochet, sur le secteur de Boismint, sous le pas de Cherferie, etc. Sur les versants les plus ensoleillés, à une altitude inférieure à 2 000 m, se développent des landes à genévrier commun, comme sur Myrtille et genévrier sous la montagne de Cherferie le versant ouest de la vallée des Belleville entre le col de Leschaux et les Grandes Combes, le secteur des barres rocheuses au nord de Levassaix ou sur les pentes nordest de Geffriand, vers le lieu-dit Plan de la Feinaz. Sur les secteurs moins bien exposés, ces deux dernières espèces, le rhododendron ferrugineux et le genévrier commun, se développent en formation mixte. La lande à genévrier nain se limite aux versants arides et ensoleillés jusqu à 2 500-2 700 m d altitude. Une telle formation s est développée sur les versants de la pointe de la Masse, dans le secteur de Boismint et sous le mont de la Chambre. Les formations à saule glauque, dont la taille varie de 1 à 2 m, se situent essentiellement en versant nord, sur des terrains régulièrement alimentés par une eau pauvre en matières minérales et sur sol squelettique. Il est possible d observer ce type de formation végétale sous Tougnète et le roc de Tougne. Sur des substrats plus riches en humus et moins humides, cette saulaie subalpine cède la place à des landes à éricacées. Les milieux naturels, des lieux de vie - 107

Fiche-milieu n 7 PNV - Frantz Storck Développement de genévriers nains sur les pentes au-dessus des Granges À l étage alpin, comme sur le secteur de Boismint, apparaissent les landines alpines dont la végétation ne dépasse pas 20 cm de hauteur. Elles sont dominées par la camarine hermaphrodite et l airelle à petites feuilles. En conditions plus extrêmes se trouve la landine à azalée naine. Celle-ci affectionne les crêtes et les croupes ventées soumises à de très basses températures. De nombreux lichens y sont associés. Des landines à azalée naine recouvrent un secteur vers les lacs de Tête Ronde et vers Boismint. Alors que les landes et les landines de l étage alpin constituent généralement un milieu primaire *, l essentiel des landes montagnardes et subalpines sont des milieux secondaires *. Elles résultent en effet de la reconquête des espaces autrefois déforestés au profit des alpages, puis abandonnés ou sous-pâturés. Par ailleurs, de tout temps se sont développées des landes intra-forestières liées aux cycles de perturbation affectant la forêt (avalanches, chablis, etc.). Flore Les espèces ligneuses de ces milieux se caractérisent généralement par leurs petites Les landes d altitude et les landines 108 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Frantz Storck Lande à rhododendron ferrugineux aux Grandes Combes On rencontre plusieurs espèces de lycopodes dans les landes peu denses, dont le lycopode des Alpes, typique des landes d altitude. C est une petite plante archaïque qui se reproduit à l aide de spores et qui pousse sur les zones de sol écorchées entre les pieds de rhododendron et de myrtille. Cette espèce arctico-alpine * est en voie de raréfaction dans toute la France, ce qui lui vaut son statut d espèce protégée. À Saint- Martin-de-Belleville, le lycopode des Alpes Fiche-milieu n 7 feuilles coriaces et persistantes. La face inférieure des feuilles du rhododendron ferrugineux semble tachée de rouille. Elle est en fait tapissée de minuscules écailles serrées, glanduleuses et odorantes, renfermant un poison qui rend la plante toxique à l état frais et la protège de la dent du bétail, qui se garde bien de la brouter. La floraison rouge pourpre du rhododendron ferrugineux donne aux landes, en juin, un attrait particulier. L airelle rouge est un petit sous-arbrisseau dont les feuilles sont vert-foncé, luisantes dessus, mates et ponctuées de glandes brunes dessous. Ses baies globuleuses rouges sont comestibles. Ses fleurs en forme de cloche, rosées ou blanches, fleurissent de mai à juillet avant de donner des baies acides rouges consommées, entre autres, par le tétraslyre. PNV - Maurice Mollard Camarine hermaphrodite PNV - Frantz Storck Lycopode des Alpes est bien présent dans les secteurs de la montagne de Cherferie et du Boismint. Souvent associée à l airelle à petites feuilles, la camarine hermaphrodite est un sousarbrisseau buissonnant couché qui affectionne les stations où la neige persiste ; elle produit des baies globuleuses et noires. Résistant au froid et à la sécheresse, le genévrier commun est un arbuste pionnier capable de s accommoder d un sol relativement pauvre. C est une espèce commune sur les Les milieux naturels, des lieux de vie - 109

PNV - Patrick Folliet PNV - Nathalie Tissot Fiche-milieu n 7 Rameau d airelle à petites feuilles Azalée naine stations arides et ensoleillées, telles que les adrets de Saint-Martin-de-Belleville. Sa présence révèle souvent l existence d une dynamique progressive de végétation vers un stade forestier. Assez indifférent à la nature du substrat, le genévrier nain recherche en revanche les situations ensoleillées et arides. Cet arbrisseau pionnier souvent couché au sol est assez commun à l étage subalpin des principales montagnes françaises. La violette de Thomas est une violette sans tige qui se caractérise par ses fleurs odorantes blanchâtres, teintées de rose, et son exclusivité vis-à-vis des substrats siliceux. Espèce endémique * des Alpes, elle affectionne les situations sèches et ensoleillées des rocailles, pelouses et landes des étages montagnard et subalpin. À Saint-Martinde-Belleville, cette espèce est présente dans le vallon du torrent du Lou, ainsi qu au plan du Genièvre sous le dos du Crêt Voland. Arbrisseau touffu pourvu de rameaux tortueux, le saule glauque est une espèce protégée caractéristique de la saulaie buissonnante subalpine. Il est présent en France uniquement en Savoie, en Haute-Savoie et dans le Dauphiné depuis l étage montagnard jusqu à la base de l étage alpin. Adaptée aux conditions climatiques extrêmes des crêtes ventées, dégagées de neige en hiver, l azalée naine, aux fleurs roses, ne dépasse guère 10 cm de hauteur. Elle est souvent associée à des lichens. PNV - Frantz Storck Saule glauque à Teppes Noires Faune Sous nos latitudes, le tétras-lyre est un oiseau essentiellement subalpin dont l habitat * naturel se limite à la zone de transition entre l étage supérieur de la forêt et les pelouses vers 1 900 à 2 000 m d altitude. Cette 110 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Philippe Benoît PNV - Julien Charron Mâle de tétras-lyre interface forêts/alpages lui est favorable car elle regroupe sur une surface réduite de quoi satisfaire ses besoins, très divers au cours de l année : zones dégagées pour ses parades nuptiales, places abritées pour établir le nid, landes et alpages pour son alimentation et celle des jeunes, arbres utilisés à la fois comme perchoirs et comme ressource alimentaire (bourgeons), en période hivernale. Depuis 1990, le suivi réalisé par l Observatoire de galliformes de montagne montre une baisse générale des populations de tétras-lyre à l échelle des Alpes. Cette tendance se traduit par des évolutions locales différentes et spécifiques à certaines régions. Ainsi en Tarentaise et, particulièrement à Saint-Martin-de-Belleville, le tétras-lyre est une espèce bien représentée, dont les effectifs présentent actuellement une certaine stabilité. Des secteurs semblent toutefois plus Merles à plastron sur un pin cembro PNV - Ludovic Imberdis Hermines favorables, comme les pentes de Boismint, celles situées sous le dos de Crêt Voland et le versant nord-est de la pointe de la Masse. Divers passereaux sont aussi attachés à cette interface forêts/alpages comme le merle à plastron, la linotte mélodieuse et la fauvette babillarde. Plusieurs mammifères fréquentent les landes de manière passagère. Ainsi, la musaraigne carrelet est un petit insectivore très commun, présent dans une grande diversité de milieux de montagne entre environ 1 000 m et 2 800 m d altitude, en évitant toutefois les milieux très secs. La musaraigne carrelet est un animal solitaire actif toute l année, de jour comme de nuit, à la recherche de vers de terre, escargots et insectes qu elle consomme quotidiennement en quantité équivalente à son poids. Sa salive venimeuse est une défense vis-à-vis de ses nombreux prédateurs. Susceptible d occuper tous les milieux, hormis les forêts denses, l hermine est une espèce que l on peut aussi observer dans les landes. Pour son gîte, l hermine a besoin d anfractuosités (troncs couchés, talus, etc.), tandis que son repas est basé sur les rongeurs, qu elle complète par de multiples autres petits vertébrés (oiseaux, poissons, reptiles, amphibiens, etc.) ou par des invertébrés (insectes, vers de terre). Ce petit mammifère Fiche-milieu n 7 Les milieux naturels, des lieux de vie - 111

Fiche-milieu n 7 Parmi les orthoptères (groupe des criquets, grillons et sauterelles), la sauterelle cymbalière et le criquet des genévriers sont les plus attachés à ces milieux d altitude PNV - Patrick Folliet PNV - Joël Blanchemain Mâle d orvet de la famille des mustélidés, dont la couleur du pelage varie avec les saisons, se reconnaît à l extrémité de sa queue qui reste toujours noire. Concernant les reptiles, on ne rencontre guère que la vipère aspic, qui arbore parfois à ces altitudes une belle robe totalement noire, et l orvet, qui fréquente régulièrement ces milieux sans y être pour autant abondant. Le solitaire est un papillon de jour inféodé à ces landes pour sa reproduction. En effet, les œufs de cette espèce sont pondus sur les feuilles de l airelle et de la myrtille, qui sont les plantes hôtes des chenilles. Un autre papillon, le damier de l alchémille, ou damier des alpages, fréquente les pelouses alpines, mais aussi les pentes herbeuses à buisson ras comme le genévrier nain. Criquet des genévriers Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations Tout comme les forêts d altitude, les landes d altitude ont été défrichées pour augmenter les surfaces en alpage. D un point de vue pastoral, la lande est un milieu peu productif et difficilement pénétrable (fourrés et landes hautes et denses) ; elle est donc inexploitée par l homme. En revanche, ces landes sont parcourues par les troupeaux ovins de passage, comme dans le secteur de la montagne de Cherferie ou encore dans la vallée des Encombres. La cueillette de baies reste une activité marginale. Intérêts biologique et patrimonial du milieu Les landes à éricacées participent pleinement à l identité des paysages montagnards. Au moment de la floraison du rhododendron, ou quand les myrtilliers rougissent à l automne, elles ont une forte valeur paysagère. D un point de vue fonctionnel, les landes protègent le sol de l érosion et assurent la stabilité du manteau neigeux. On peut rencontrer dans les landes quelques espèces végétales protégées, telles que le lycopode des Alpes dont c est l unique habitat *. La présence du saule glauque confère aux saulaies buissonnantes subalpines une forte valeur patrimoniale. Sur Saint-Martin-de-Belleville, les landes situées sur le secteur de Boismint comptent parmi les plus riches par leur maturité, leur 112 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Tapis de myrtille à l automne sous la montagne de Cherferie CPNS - Virginie Bourgoin extension et la diversité des plantes qui la composent : rhododendron ferrugineux, genévrier nain, myrtille, airelle des marais, lichens, orchidées, diverses fougères, comme des lycopodes, etc. Les landes jouent un rôle de refuge pour la faune sauvage et constituent un garde-manger pour les galliformes de montagne et autres animaux (renard, merle à plastron, grives) qui se nourrissent de baies. Enfin, les landes à rhododendrons représentent un des habitats * privilégiés du territoire du tétras-lyre, espèce emblématique. Lorsqu elles sont entrecoupées de milieux herbacés, les landes sont prisées par les mâles qui y trouvent les places de chant nécessaires à leur parade. Les landes hautes à éricacées (myrtilles, airelles, rhododendrons) sont recherchées par les femelles et leurs jeunes, où ils se nourrissent à l abri du regard des prédateurs. Ce milieu est aussi utilisé pour l élevage des nichées. La présence, dans ces landes, d espèces végétales protégées et leur rôle de refuge pour une faune alpine de plus en plus concurrencée par les activités humaines en font des secteurs à ne pas négliger en matière de conservation. Évolution et transformation du milieu Les landes sont des milieux qui évoluent lentement. Ainsi, une pelouse d altitude peut se transformer naturellement en lande après arrêt du pâturage, puis en forêt si l altitude le permet. Sur la commune, les superficies occupées par les landes sont en extension, du fait, entre autres, de la déprise agropastorale. Au même titre que l aulnaie verte, les landes, quand elles se développent, ont tendance à s étendre aux dépens de milieux de plus grand intérêt pastoral ou biologique Fiche-milieu n 7 Christine Garin Extension de la lande secondaire sur les pâturages Les milieux naturels, des lieux de vie - 113

Fiche-milieu n 7 Virginie Bourgoin Piste pastorale et pistes de ski traversant les landes sur le versant nord-est de la pointe de la Masse peut poser de réels problèmes de perte de patrimoine pastoral et de banalisation du patrimoine biologique. Les câbles qui traversent les domaines vitaux du tétras-lyre, comme ceux localisés sur le versant nord-est de la pointe de la Masse (câble de télécabine, de télésiège et câble de ligne électrique) peuvent être dangereux. Ainsi, quatre cas de mortalités ont été enregistrés pour cet oiseau entre les années 1990 et les années 2000. D autre part, le ski hors-piste et la pratique de la raquette occasionnent un dérangement important de la faune. Il peut en résulter une régression des populations de tétras-lyre. Enfin, l aménagement de la montagne (pistes, remontées mécaniques, etc.) peut s avérer destructeur de milieux à fort intérêt comme les formations à saule glauque. Les pistes de ski qui traversent les pentes de Boismint se traduisent ainsi par des coupes dans les landes qui se développent sur ces mêmes pentes. Propositions de gestion Le passage des troupeaux à travers les landes, s il est modéré et tardif, peut favoriser le renouvellement de micro-habitats favorables au maintien de certaines espèces : orchidées, lycopodes, reptiles. Un retour du pâturage peut être envisagé, voire encouragé, dans le cas des landes secondaires * en extension. Le maintien, à l échelle du territoire communal, d un certain équilibre entre les landes et les pelouses à bonne valeur pastorale, suppose une gestion adéquate. En effet, il est plus intéressant d un point de vue pastoral d avoir des pelouses d alpage et des landes bien distinctes, plutôt que des petits ilôts de landes au sein des alpages. La gestion par pâturage est alors plus efficace. Dans un contexte d extension de la lande et de diminution de la pression pastorale à l échelle du territoire communal, mieux vaut voir se fermer les zones à moins bonne valeur pastorale et concentrer l effort de contrôle de la lande sur les alpages les meilleurs. La signalisation des câbles repérés comme étant les plus dangereux pour les oiseaux comme le tétras-lyre serait une mesure de gestion à envisager sur la commune. 114 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Les pelouses d altitude et les combes à neige Fiche-milieu n 8 PNV Ludovic Imberdis Pelouses sur le versant sud de la cime Noire Les pelouses correspondent à des formations herbacées dont la hauteur dépasse rarement 30 cm. On distingue les pelouses sèches d adret, peu présentes à Saint- Martin-de-Belleville, et les pelouses d altitude. Martin-de-Belleville) et sont le plus souvent pâturées par les troupeaux domestiques et les ongulés sauvages. Leur diversité est due à l action combinée de plusieurs facteurs écologiques, tels que la nature de la roche-mère sous-jacente et Très peu communes sur Saint-Martin-de- Belleville, les pelouses sèches s étendent sur un territoire pentu au sol maigre et sec, comme sous le village de la Gittaz, sur le versant est du Cochet ou, encore, sur certains secteurs situés dans la partie supérieure de la vallée des Encombres (les Etovières, le col des Encombres). Les pelouses d altitude couvrent de grandes surfaces en montagne, de l étage subalpin à l étage alpin (à partir de 1 600 m à Saint- PNV - Ludovic Imberdis Pelouses au-dessus de la Gittaz Les milieux naturels, des lieux de vie - 115

Fiche-milieu n 8 Christine Garin Pelouses au Grand Plan du substrat, le régime d enneigement et de température, l exposition au soleil et au vent, l humidité, l épaisseur du sol et sa proportion de cailloux. Ce milieu se définit donc plus exactement comme une mosaïque de différents types de pelouses : pelouses sèches d adret / fraîches d ubac, pelouses acides / calcaires, pelouses maigres / grasses, etc. À Saint- Martin-de-Belleville, la vallée des Belleville présente un substrat rocheux essentiellement constitué de schiste et de grès qui entraîne le développement de pelouses plutôt acides, tandis que le vallon des Encombres, dont le substrat est formé de calcaires marneux, est davantage couvert de pelouses calcaires. La présence et le type d herbivores (domestiques ou sauvages), ainsi que l utilisation pastorale de ces pelouses, en influant sur la richesse en éléments nutritifs du sol (en particulier l azote), conditionnent aussi fortement la nature de la végétation. Par ailleurs, les combes à neige sont des types de pelouses particulières dont la période de végétation est réduite à moins de trois mois, du fait de la persistance de la neige. On les rencontre plus fréquemment Les pelouses d altitude et les combes à neige 116 - Les milieux naturels, des lieux de vie

dans les petites dépressions, sur les replats ou dans les pentes faibles de haute altitude, longuement enneigés. Qu ils soient ligneux ou herbacés, les végétaux n y dépassent pas 10 cm, voire 5 cm, de hauteur. Sur certaines de ces pelouses, sont associées des plantes spécialisées, capables de survivre malgré la brièveté de la période de végétation, comme la soldanelle des Alpes, l alchémille à cinq folioles et la laiche fétide. Sur d autres pelouses, ce sont des saules rampants qui dominent, comme dans la combe de Thorens. Contrairement aux autres types de pelouses, les graminées y sont très peu abondantes, souvent remplacées par des laiches. PNV - Philippe Benoît Silène de Suède Fiche-milieu n 8 PNV - Jacques Perrier Flore Les pelouses d altitude sont le domaine des gentianes naines à grosses fleurs bleues comme la gentiane de Koch et la plus rare gentiane des Alpes. Cette dernière, connue Gentiane des Alpes à Saint-Martin-de-Belleville seulement en deux localités, se distingue par des feuilles ovales de longueur inférieure à 2 cm. De nombreuses pédiculaires sont inféodées aux pelouses d altitude. Peu commune en Vanoise, la pédiculaire du mont Cenis, avec sa lèvre supérieure en casque pourpre foncé terminé en long bec cylindrique, est une plante des pelouses rocailleuses. Cette espèce est très présente sur la commune, où elle a été observée en plusieurs localités : au petit col des Encombres, au Grand Plan, sur le versant sud-est de la pointe de la Masse, le versant est de Geffriand et le versant en rive droite du doron des Belleville. Le silène de Suède est une plante des pelouses rocailleuses plutôt acides. C est une espèce protégée en Rhône-Alpes, connue dans une vingtaine de communes du massif de la Vanoise. Ses fleurs roses, parfois blanches, forment une grappe dense et ronde au sommet des tiges. Les orchis vanille, ou nigritelles, sont de petites orchidées caractérisées par une forte odeur de vanille et par la couleur rose-rouge à pourpre noirâtre de leurs fleurs. Les milieux naturels, des lieux de vie - 117

Fiche-milieu n 8 Gentiane croisette Plusieurs espèces de ce groupe, sont connues à Saint-Martin-de-Belleville. On rencontre sur les secteurs d adrets une flore adaptée à ces conditions de sécheresse relative. Parmi les plus connues d entre elle se trouve l edelweiss, qui symbolise la flore de montagne. Surtout présente dans les pelouses calcaires sèches et rocailleuses, cette plante peut être localement abondante sur les pentes calcaires en rive gauche de la vallée des Encombres, comme au lieu-dit les Etovières. La gentiane croisette se développe généralement dans les prairies maigres sur sol calcaire, jusqu à 2 000 m d altitude. Ses grandes fleurs bleues, composées de quatre lobes courts, se répartissent le long d une tige haute de quelques dizaines de centimètre. Son nom évoque l implantation en forme de croix de ses feuilles sur la tige. Cette gentiane est l une des espèces nourricières de la chenille de l azuré des croisettes, un papillon rare en France. Sur Saint-Martinde-Belleville, une seule localité est connue, située sur le secteur de Montaulever. La véronique d Allioni est une plante à tige rampante, longue jusqu à 40 cm, que l on trouve également dans les pelouses rocailleuses sèches jusqu à 2 500 m d altitude. De juillet à septembre, elle forme des fleurs bleu ciel à bleu foncé réunies en grappe serrée. Espèce endémique * du sudouest des Alpes, la véronique d Allioni se trouve en Vanoise en limite nord de son aire de répartition. Dans ce massif, elle est présente en haute-maurienne et en haute- Tarentaise. Sur Saint-Martin-de-Belleville, elle est connue sur le secteur du lieu-dit Montaulever et dans le vallon du ruisseau de Caron. Présente dans les combes à neige et les pelouses fraîches acides de l étage alpin, la sibbaldie couchée est une plante naine à tige couchée inférieure à 5 cm de hauteur. Les feuilles glauques et composées de 3 folioles, dépassent les fleurs, très petites et jaune verdâtre. C est une espèce arcticoalpine * commune que l on peut observer jusqu à 2 800 m d altitude. Également présente dans ce type de milieu, l alchémille à cinq folioles est une espèce très commune. La sabline à deux fleurs développe de longues tiges rampantes ; elle porte des fleurs blanches solitaires ou groupées par deux, et PNV - Marie-Geneviève Bourgeois PNV - Christian Balais PNV - Christian Balais Sabline à deux fleurs Saule à réseau 118 - Les milieux naturels, des lieux de vie

ses feuilles, presque rondes, ont une seule nervure. Dans certaines combes à neige, ce sont des saules rampants qui dominent. Dans les combes à neige calcaires, on trouve une association végétale * où dominent le saule à réseau, ou saule réticulé, et le saule à feuilles émoussées, et dans les combes à neige acides, une association * à saule herbacé. PNV - Frantz Storck Jeunes chamois dans les prairies de la Gittaz Fiche-milieu n 8 Faune Plusieurs espèces fréquentent les pelouses alpines d une manière presque permanente, parmi lesquelles se trouvent notamment des mammifères, des oiseaux, mais aussi des papillons et des orthoptères (criquets, grillons et sauterelles). La marmotte compte parmi les espèces les plus symboliques de ces milieux, qu elle occupe à longueur d année. Elle y trouve la nourriture et le gîte, un réseau de terriers reliés par plusieurs galeries souterraines. Elle anime les pelouses de son cri destiné à alerter sa colonie en cas de danger, tout autant qu à entretenir les liens sociaux. Très aigu, celui-ci est très souvent confondu avec les sifflements d un oiseau. À partir d octobre et jusqu au mois d avril, elle hiberne dans une chambre de repos. Les pelouses sont fréquentées par d autres herbivores, dont les plus typiques sont le chamois et le bouquetin des Alpes. Sur la commune, le chamois est très présent dans la vallée des Encombres. Tout au long de l année, il y occupe les différents types de milieux (pelouses, rochers, éboulis, boisements) où il forme une population importante. Cette population affiche des effectifs relativement stables depuis la création de la réserve de chasse communale (lire le paragraphe Réserve de chasse communale des Encombres p.44). Une autre population occupe les pelouses entre Béranger et le col de la Lune. Les couverts herbacés les plus ras, d où émergent des buttes, constituent l habitat * de prédilection du pipit spioncelle, oiseau très commun entre 2 000 et 2 500 m, tandis que les pelouses rocailleuses accueillent plutôt le traquet motteux, bien répandu en Savoie et la niverolle alpine ou pinson des neiges, un oiseau présent uniquement dans les Alpes, mais assez commun dans les hauts massifs. PNV - Frantz Storck Marmotte des Alpes devant son terrier PNV - Ludovic Imberdis Niverolle alpine Les milieux naturels, des lieux de vie - 119

Fiche-milieu n 8 Perdrix bartavelle Alors que les populations de plaine de l alouette des champs sont attachées aux prairies et cultures, celles d altitude sont inféodées aux seuls pâturages et alpages. C est un oiseau des milieux très ouverts *, dépourvus d arbres et de haies. La perdrix bartavelle fréquente les barres rocheuses entrecoupées de pelouses sèches et les pâtures extensives ensoleillées et pentues où elle trouve sa nourriture. Cette espèce, remarquable et sensible, affectionne les lieux dont le relief est accidenté, lui permettant ainsi de limiter les rencontres avec les prédateurs. Son chant évoque un claquement de castagnettes. En France, cet oiseau habite uniquement la chaîne alpine où il se trouve en limite occidentale d aire de répartition. Sur Saint-Martin-de-Belleville, cette espèce peu commune a été observée sur la partie inférieure du versant nord-est de la pointe de la Masse, dans le vallon de Varlossière et dans les secteurs de la Gittaz et de Lachat. Ayant un mode de vie très souterrain, le campagnol de Fatio fréquente les bois clairs, les prairies humides et les pelouses d altitude au sol meuble, de l étage montagnard à l étage alpin. En hiver, ce campagnol vit entre le sol et la neige, cette dernière le protégeant du froid et des prédateurs. En Savoie, l espèce n est pas connue dans la partie ouest du département. Les pentes abruptes couvertes de graminées constituent l habitat * de prédilection du moiré fauve, un papillon de jour aux ailes fauves traversées d une large bande orange. Parmi toutes les espèces d orthoptères connues à Saint-Martin-de-Belleville, les deux tiers fréquentent les pelouses d altitudes, comme l arcyptère bariolé, le criquet des clairières, la decticelle des alpages et le gomphocère des alpages, ou criquet de Sibérie. Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations Aux yeux des populations locales et des vacanciers, les pelouses d altitude et les combes à neige évoquent surtout les alpages, c est-à-dire les pelouses pâturées par les troupeaux domestiques pendant l estive. PNV - Joël Blanchemain Christine Garin PNV - Alexandre Garnier Arcyptère bariolé Vaches dans la vallée des Encombres 120 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 8 PNV - Frantz Storck Petite remorque, bidons de lait et toile à fromage sur le fil à linge PNV - Frantz Storck Pistes de ski et télésiège des Allamands sous le roc des Trois Marches Christine Garin Ces représentations sont fondées sur l importance de l usage pastoral, tant en termes de superficies concernées que de poids dans l économie agricole locale. Saint-Martinde-Belleville présente de nombreux secteurs d alpages communaux ou privés, dont la surface varie entre quelques hectares et plusieurs centaines d hectares. Les pelouses d altitude font l objet d un usage pastoral essentiel pour l agriculture locale et constituent un réel enjeu de gestion. Elles fournissent l alimentation des troupeaux pendant trois mois environ. Leur valeur pastorale est très variable et peut s apprécier à travers plusieurs critères, tels que la productivité, la qualité fourragère, l appétence, la période de qualité optimum, etc. Cette valeur n est pas une caractéristique immuable d un alpage. Selon la façon dont la pelouse est gérée, notamment Panneaux directionnels de randonnée pédestre à travers la conduite du troupeau, elle peut se dégrader ou s améliorer. Le maintien de la valeur pastorale est un gage de pérennité pour l activité agricole. En été et à l automne, ce sont des milieux propices à la pratique de la randonnée cycliste ou pédestre. Plusieurs sentiers balisés permettent de rejoindre ainsi les lacs d altitude situés entre la vallée des Encombres et la vallée des Belleville. Dans la vallée des Belleville, une partie des pelouses d altitude a été utilisée pour l aménagement des pistes de ski des stations des Menuires et de Val Thorens. Intérêts biologique et patrimonial du milieu L intérêt biologique des pelouses d altitude et des combes à neige est principalement lié à la diversité des communautés végétales qui s y côtoient, et donc de la flore qui les compose. Cette flore très diversifiée comporte quelques espèces rares (comme le silène de Suède, la pédiculaire du mont Cenis et la véronique d Allioni) et présente surtout de nombreuses espèces symboliques de la montagne aux yeux des touristes (gentianes bleues, edelweiss, etc.). Cette diversité végétale est également fondamentale pour donner son goût et sa personnalité au beaufort d alpage. L enracinement des plantes joue un rôle essentiel de stabilisation des sols en terrains pentus et acci- Les milieux naturels, des lieux de vie - 121

Fiche-milieu n 8 PNV - Frantz Storck Véronique d Allioni dans une pelouse rocailleuse à Montaulever dentés, très fréquents aux étages subalpin et alpin, et contribue ainsi à limiter l érosion. Évolution et transformation du milieu Entre les années 1960 et les années 1980, on a assisté, dans les Alpes, à une régression pastorale générale qui s est traduite par l abandon de nombreux alpages. En Savoie, en revanche, la vie pastorale s est globalement mieux maintenue, grâce notamment à la dynamique A.O.C beaufort, ainsi qu à la possibilité de pluriactivité en stations de ski, entraînant le maintien d actifs agricoles sur ces territoires. À Saint-Martin-de-Belleville, cette évolution est allée dans le sens d un regroupement et d une concentration des troupeaux. Les exploitants se sont maintenus grâce à une pluriactivité très forte, liée aux stations de ski de la commune. Depuis une dizaine d années, la surface des alpages a diminué d environ 20%, puisque la commune en comptait 8 600 ha en 1996, contre 6 900 ha en 2008. torales. À ces altitudes, l abandon du pâturage engendre la fermeture * du milieu et son évolution progressive vers la lande puis la forêt. Certains modes d utilisation, lorsqu ils sont pratiqués, compromettent le maintien de la valeur biologique et la qualité pastorale. Les troupeaux de brebis non conduits surpâturent certains secteurs et en sous-pâturent d autres. Le piétinement excessif du bétail peut entraîner des phénomènes d érosion qui menacent la qualité des alpages. De même, l utilisation trop longue (plus de 10 jours) des places de traite engendre le stationnement du bétail et donc l enrichissement du milieu en éléments organiques azotés, avec pour conséquence une modification de la composition végétale initiale au profit d une végétation de type reposoir (lire la fiche milieu n 1) de faible valeur pastorale et floristique. Le rejet du lactosérum issu de la production du fromage, s il est effectué directement dans le milieu, peut entraîner lui aussi une modification de la flore et des pollutions locales du sol ou des eaux. Contrairement aux pelouses situées à l étage alpin, pour lesquelles la dynamique naturelle de colonisation par les espèces ligneuses est quasiment nulle, celles présentes sous la limite supérieure de la forêt, à l étage subalpin, n existent et ne se maintiennent dans un état herbacé que grâce à des activités pas- PNV - Christophe Gotti Piste pastorale des Michelannes. Au fond, les Etovières 122 - Les milieux naturels, des lieux de vie

de végétation, la reconstitution de la pelouse naturelle est très lente. Il faudra plusieurs dizaines d années pour retrouver le cortège floristique d origine. Par ailleurs, l engazonnement des pistes apporte de nouvelles espèces de graminées sur le territoire. Les conséquences environnementales et pastorales de cette introduction ne sont pas connues. À Saint-Martin-de-Belleville, elles font l objet d une étude réalisée avec l université de Savoie. Quant à la valeur paysagère, l aspect uniforme des pistes remaniées ne correspond pas au caractère naturel de ces espaces montagnards d altitude, même après une revégétalisation aujourd hui maîtrisée. Fiche-milieu n 8 PNV - Frantz Storck Piste de ski le long du télésiège de la Moraine Ces pelouses représentent un capital, un patrimoine pastoral, durement entretenu pendant des générations et qui, en l absence de gestion adéquate, pourrait aujourd hui se déprécier, voire disparaître définitivement. Ainsi, l extension du nard raide diminue l intérêt pastoral d un secteur d alpage, comme sur le versant ouest de la vallée des Belleville entre les Grandes Combes et le roc de Tougne. Certains produits, utilisés comme vermifuges, contiennent des substances rémanentes, à large spectre d action *. Ils entraînent la disparition des insectes coprophages, voire des annélides, ce qui peut poser des problèmes de décomposition des bouses et crottins en milieu naturel. Ingérés par les oiseaux, ces insectes et vers contaminés peuvent provoquer leur empoisonnement. Le nivellement des pistes de ski détruit le micro-relief et la végétation elle-même. Or, en altitude, du fait de la superficialité du sol, de la faible dynamique naturelle des espèces des pelouses d altitude et de la courte période La fréquentation des pelouses par des motos trial, pourtant interdite par la loi du 3 janvier 1991 en-dehors des routes ouvertes à la circulation, provoque la dégradation de sentiers et du couvert végétal de sous-bois, ainsi que des nuisances sonores importantes pour les riverains, les touristes et pour la faune de ces milieux. Du fait même du meilleur enneigement dont elles bénéficient, les combes à neige se situent souvent sur des secteurs aménagés pour les pistes de ski. Les dégâts occasionnés sur les peuplements de saules rampants y sont alors irréversibles à une échelle de temps humaine, la dynamique de la végétation y étant extrêmement lente. Propositions de gestion La réalisation d un diagnostic local des ressources pastorales, de leur état et des enjeux écologiques devrait permettre de proposer des mesures de gestion pastorale adaptées aux alpages de Saint-Martin-de-Belleville qui le nécessitent, conciliant les besoins de l exploitation actuelle et le maintien de la valeur pastorale et écologique. Ainsi, par exemple, certaines évolutions comme le développement excessif du nard Les milieux naturels, des lieux de vie - 123

Fiche-milieu n 8 raide au détriment des autres espèces, constituent une dégradation à la fois de la valeur fourragère et de l intérêt écologique des pelouses concernées. Un mode de conduite pastorale adapté permettrait d éviter de telles évolutions ou d en réparer les effets. La mise en œuvre de ces mesures suppose une conduite rigoureuse des troupeaux qui nécessite le plus souvent un gardiennage ou un parcage. Concernant le traitement sanitaire du bétail, l emploi des substances identifiées comme les moins pénalisantes pour la faune et l environnement, surtout en alpage, est recommandé. Elles permettent d éviter l apparition de formes résistantes des parasites, la non-biodégradabilité des déjections animales et l empoisonnement de la chaîne alimentaire, des oiseaux insectivores en particulier. Le maintien d un espace de découverte intact très apprécié des estivants assurera l avenir d une activité touristique vitale pour l économie de la commune. De ce fait, tout projet d aménagement doit préserver au maximum cette précieuse couverture végétale, unique en son genre, dont la cicatrisation est lente et difficile, et qui pourrait être ainsi banalisée, même si un ré-engazonnement en atténue l impact paysager. La retenue collinaire projetée sur le lieudit la Moutière n évitera pas la destruction d un site abritant une espèce protégée, le silène de Suède. Cela devra se traduire par la création d une mesure compensatoire à la destruction de cette espèce : l adoption d un arrêté préfectoral de protection de biotope (lire le paragraphe Arrêté préfectoral de protection de biotope p.44) sur un site abritant cette espèce, localisé entre la télécabine de Caron et le télésiège de la Moutière. Contrairement aux pelouses, l intérêt pastoral des combes à neige est très faible du fait de leur productivité très réduite et de l absence des graminées. C est pourquoi, comme pour les éboulis, l éloignement des troupeaux ovins des combes à neige, quand c est possible, éviterait de fragiliser davantage des plantes déjà soumises à des contraintes écologiques extrêmes. Des recherches sont en cours pour limiter l impact négatif d une surconcentration locale d effluents. Ainsi, des dispositifs d épuration du lactosérum par lombricompostage ont été mis en place sur certains alpages dans le coeur du Parc, comme à l alpage du Plan du Sel à Champagny-en- Vanoise. Ils devraient se généraliser à l ensemble des alpages du cœur du Parc. 124 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Les éboulis, les moraines et les glaciers rocheux Fiche-milieu n 9 PNV Frantz Storck Moraine et éboulis sous la pointe de Thorens Les éboulis et moraines se définissent comme des zones d accumulation d éléments rocheux plus ou moins grossiers. Ce sont des milieux minéraux et généralement dépourvus de sol. Cette contrainte biologique, couplée à la mobilité des fragments qui composent ces milieux, est peu favorable à l installation de la végétation. Ils représentent une surface importante à Saint-Martin-de-Belleville. d un couvert végétal permanent, et sélectionne l installation de certaines plantes. Les moraines sont constituées de matériaux arrachés, transportés et déposés par les glaciers. Elles bénéficient d une certaine humidité lorsqu elles sont proches des glaciers mais, du fait du gel, celle-ci n est pas toujours disponible pour les plantes. Les moraines les plus importantes, avec une Dans le cas des éboulis, l érosion de la rochemère sous l action de l alternance gel-dégel, la pente et les précipitations entraînent le déplacement des matériaux. Les principaux types d éboulis se distinguent par la nature de la roche qui les compose, la taille des éléments, la stabilité ou l instabilité de l ensemble. Dans le cas d éboulis actifs, l apport régulier de matériaux empêche l installation Christine Garin Eboulis sur le versant ouest de la pointe de la Masse Les milieux naturels, des lieux de vie - 125

Fiche-milieu n 9 PNV - Christophe Gotti Eboulis dans le vallon de Varlossière longueur d environ 1 km, se situent sous la pointe de Thorens. Les glaciers rocheux sont constitués d épaisses couches de matériaux animées par la présence de glace sous-jacente ou de glace interstitielle. Ce type de glacier se traduit par la présence en surface de bourrelets multiples, de rides et de creux allongés dans le sens de la pente ou transversalement. De tels glaciers en régression se situent sous le mont de la Chambre, dans la combe du ruisseau de Caron et dans la partie amont du vallon de Varlossière. Dans un cas comme dans l autre, seuls les végétaux pionniers spécifiquement adaptés à la mobilité de leur support vont être capables de s implanter ; ils seront, soit migrateurs, comme la linaire des Alpes, la crépide naine, et se déplaçant avec les matériaux, soit Les eboulis, les moraines et les glaciers rocheux 126 - Les milieux naturels, des lieux de vie

recouvreurs, telle la benoîte rampante, et à même de stabiliser les cailloux. La nature de la roche-mère (acide ou calcaire) conditionne aussi les espèces présentes. À Saint-Martin-de-Belleville, les éboulis acides (siliceux) sont les plus fréquents. On les trouve notamment au sud de la commune, dans tous les vallons d altitude prolongeant la vallée des Belleville, et plus particulièrement sur les pentes de l ensemble des massifs dominant le site de Val Thorens. D autres zones d éboulis sont aussi importantes sur les pentes du Cochet et de la pointe de la Masse. La colonisation végétale peut faire évoluer ces milieux, essentiellement minéraux, vers d autres milieux végétalisés (pelouses, landes). Il existe tous les stades de transition entre l éboulis brut et la pelouse sur ancien éboulis, ou ancienne moraine. Dans la vallée des Encombres, les éboulis sont de nature plus fine et sont en général plus évolués. Flore Les éboulis et moraines, milieux écologiquement très contraignants, déterminent une flore originale. La végétation des éboulis instables est essentiellement caractérisée par des plantes herbacées à feuillage réduit. En revanche, dès que les éboulis tendent vers une stabilisation et une moindre sécheresse, en bas de pente, la végétation se fait plus importante, avec des plantes de plus haute taille et à feuillage plus large. La benoîte rampante est une plante caractéristique et fréquente des moraines et éboulis siliceux actifs. Elle a la particularité d émettre de longs stolons rougeâtres pouvant atteindre 1 m de long. Ces pousses flexibles lui permettent notamment de maintenir son substrat tout en colonisant de PNV - Jacques Perrier Benoîte rampante nouveaux espaces. Ses graines sont munies d une aigrette soyeuse qui facilite la dissémination des fruits par le vent balayant fréquemment les éboulis. Plante protégée de l étage alpin, l androsace alpine est une habituée des pierriers siliceux très fins. Sur Saint-Martin-de-Belleville, elle se développe, par exemple, dans le vallon du Lou et au-dessus de Val Thorens. Cette espèce endémique * des Alpes est présente en France dans les six départements alpins. Pour s adapter au vent et à la sécheresse, l androsace forme des petits coussinets plats et denses portant des fleurs roses ; les plantes serrées entre elles limitent ainsi l évaporation de leurs feuilles. Présente jusqu à l étage nival, le plus souvent sur substrat acide, la renoncule des glaciers affectionne les éboulis fins et humides, généralement à proximité de plaques de neige fondante. La crépide naine recherche aussi les éboulis fins, mais de nature calcaire. Parfaitement adaptée à ce type de milieu, elle s y déplace à l aide de ses longues tiges souterraines qu elle développe entre terre et cailloux (lire la fiche-espèce n 3). Fiche-milieu n 9 Les milieux naturels, des lieux de vie - 127

Fiche-milieu n 9 Renoncule des glaciers de la Grande Moendaz. Cet arbuste nain, de moins de 30 cm de hauteur, tire son nom de l aspect de petites feuilles à bord très finement et régulièrement denté. Il fait partie des arbustes résistant le mieux aux conditions d altitude. Autre espèce patrimoniale, la valériane des débris est une petite plante herbacée qui pousse dans les éboulis calcaires de la roche Violette. Elle est surtout visible aux mois de juillet et août, lorsqu elle forme ses petites fleurs rosâtres regroupées en un globule compact. Distribuée essentiellement dans le sud-est de la France, elle est protégée en Rhône-Alpes. En Savoie, elle n est connue que dans quelques localités des massifs de la Vanoise et du Galibier. La campanule du mont Cenis, une plante naine de 1 à 5 cm de haut à corolle bleu mauve en forme d étoile, se développe sur les éboulis et moraines calcaires dans l étage alpin. Cette espèce, originaire de l ouest du massif des Alpes, est très localisée sur Saint- Martin-de-Belleville où elle n est connue que sur la cime Noire. Protégé en France, le saule à dents courtes fait partie de la flore patrimoniale des éboulis et des moraines calcaires de la commune que l on peut observer sur les massifs du Grand Perron des Encombres et des aiguilles Faune Avec un corps plus trapu que le lièvre brun et des oreilles plus courtes, le lièvre variable est un animal adapté à la vie en altitude. Par ailleurs, ses larges pattes postérieures jouent un rôle de raquettes pour se déplacer dans la neige poudreuse. Surnommé blanchot, le lièvre variable possède la capacité de changer de pelage au fil des saisons : blanc comme neige en hiver, il devient fauve à brun en été, en passant par une couleur bigarrée au printemps et à PNV - Christian Balais PNV - Maurice Mollard PNV - Christian Balais Campanule du Mont-Cenis Lièvre variable 128 - Les milieux naturels, des lieux de vie

l automne. Les éboulis de gros blocs entrecoupés de végétation constituent un gîte diurne de choix pour lui ; il peut s y nourrir, tout en se cachant des prédateurs que sont le renard et l aigle royal. Cette espèce mal connue, considérée comme menacée en Rhône-Alpes, mérite une attention particulière, ses effectifs ayant régressé ces dernières années. Comme son nom l indique, le monticole merle de roche est un oiseau qui fréquente surtout les zones d éboulis et les pelouses parsemées de gros éléments rocheux en adret. Cet oiseau migrateur est présent de fin avril à mi-septembre. Le plumage flamboyant du mâle, tête et gorge bleu ardoisé, poitrine et ventre orangé roux, contraste avec celui plus sombre des autres merles. Les blocs lui servent de poste d affût et de chant, ainsi que de site de nidification, comme par exemple sous les barres rocheuses de Montaulever. Le lagopède alpin évolue dans les milieux ouverts de l étage alpin et de l étage nival : pelouses rocailleuses, landes, éboulis, lapiaz ou crêtes rocheuses. Dans ce milieu hostile, l oiseau s accommode parfaitement de conditions sommaires : une nourriture à base de matière ligneuse fournie par la végétation rase, enrichie à la belle saison de fruits, de fleurs, de feuilles et d invertébrés terrestres (pour les poussins), et des sites de nidification construits à même le sol. Le nid est en effet une dépression peu profonde, au sein d un îlot de plantes ou sous un arbrisseau rampant, le plus souvent située contre un rocher. Tout comme le pelage du lièvre variable, le plumage varie annuellement au cours de quatre mues pour adopter trois formes différentes : un plumage sombre d été, un plumage blanc d hiver et un plumage bariolé d intersaison. Tout comme le lièvre variable, le lagopède alpin est une espèce considérée comme une relique glaciaire*. Le moiré velouté, ou moiré des glaciers, et le moiré chamoisé sont deux espèces de PNV - Anonyme PNV - Maurice Mollard Monticole merle de roche papillons typiques des éboulis, moraines et pelouses rocailleuses. Ils sont le plus souvent observés au-dessus de 2 200 m d altitude mais il est possible de les rencontrer à partir de 1 600 m et jusqu à plus de 3 000 m. Le moiré velouté se distingue par une teinte générale et homogène brun-noir et une taille importante : jusqu à 2, 5 cm de largeur. Recherchant, pour pondre, des petites plantes de la famille des brassicacées présentes dans les éboulis de l étage alpin, comme certaines arabettes ou cardamines, la piéride du vélar survole ces milieux, parfois jusqu à plus de 3 000 m d altitude. Cette espèce de papillon possède des ailes blanches tachées de noir. Les orthoptères (grillons, criquets et sauterelles) inféodés à ces milieux sont dotés de noms très évocateurs, comme la miramelle des moraines, appelée aussi criquet marcheur, Lagopède alpin Fiche-milieu n 9 Les milieux naturels, des lieux de vie - 129

Fiche-milieu n 9 et la miramelle des frimas, une espèce particulièrement adaptée aux altitudes élevées, entre 2 000 et 2 700 m, qui se rencontre parfois à la limite des névés. L adulte de la miramelle des moraines se distingue par une réduction importante de ses ailes à de petites écailles. Active de juillet à octobre, elle s observe depuis l étage montagnard jusqu à l étage alpin où elle fréquente différents types de milieux : landes, pelouses et éboulis jusqu à 2 600 m d altitude. Le dimorphisme sexuel est très marqué chez cette espèce, avec notamment une différence de taille qui peut atteindre plus de 1 cm ; la femelle est toujours plus grande. Chose étonnante chez les orthoptères, cette espèce est capable d émettre de petits crissements avec ses mandibules. Équilibre entre l homme et son milieu Usages, intérêts économiques et représentations Des sentiers et des pistes aménagés dans les éboulis et les moraines sont empruntés PNV - Frantz Storck Chalet d alpage en ruine sous la montagne de Cherferie par les alpinistes pour accéder au glacier de Péclet et à certaines voies d escalade. Les éboulis peuvent être fréquentés en été par les cueilleurs de génépi, comme au col de Thorens. Impropres au pâturage, les éboulis et moraines ne sont traditionnellement pas exploités par les troupeaux domestiques même s il arrive à ceux-ci de les traverser. Cependant, l abandon progressif du gardiennage des troupeaux ovins se traduit par une modification du comportement des moutons qui ont tendance à monter en altitude, en quête de fraîcheur. Ce phénomène reste ponctuel sur Saint-Martin-de-Belleville, comme sur les pentes du versant est de la pointe de la Masse ou certains secteurs sur le versant ouest de la vallée des Encombres, tels que le col du Bœuf. PNV - Christophe Gotti Troupeau ovin dans le vallon de Varlossière Hubert Tournier Murets de pierre sous le pas de Cherferie 130 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Frantz Storck Par le passé, les éboulis ont fourni les matériaux pour la construction des chalets d alpage. Intérêts biologique et patrimonial du milieu L intérêt pastoral de ces éboulis et moraines est faible voire nul, compte-tenu du faible développement de la végétation et de l absence de plantes fourragères. Ils sont, par contre, bien utilisés par le bouquetin des Alpes et le lièvre variable qui en apprécient les quelques plantes présentes, et pour lesquels ils constituent des zones de repos diurne appréciées. Ces milieux présentent une forte valeur floristique. Ils accueillent un cortège d espèces spécialisées absentes des autres types de milieux dont plusieurs plantes rares et/ou protégées. Ils contribuent ainsi de manière importante à la richesse floristique globale de Saint-Martin-de-Belleville. C est le cas pour les éboulis qui se trouvent sur les versants des massifs situés en rive gauche du torrent des Encombres, sur lesquels se Valériane des débris à la Roche Violette développent la crépide naine et la valériane des débris. De plus, l action fixatrice des végétaux pionniers favorise la colonisation par la végétation d un milieu originellement presque entièrement minéral. Évolution et transformation du milieu L instabilité du milieu, la forte spécialisation des espèces, le petit nombre d individus présents et leur faible dynamique de croissance sont les causes principales de la fragilité des écosystèmes des éboulis et des moraines. La fréquentation régulière des éboulis par les troupeaux ovins peut compromettre le maintien d une flore fragile et d une couverture végétale en cours d installation, sans que cela présente un quelconque intérêt pastoral. Cela peut poser également des problèmes sanitaires du fait de la cohabitation avec les ongulés sauvages qui y trouvent refuge, notamment par suite de la transmission réciproque de certaines pathologies. Aujourd hui, avec le recul des glaciers, la surface des moraines a plutôt tendance à s accroître. Le développement des stations de ski, particulièrement celle de Val Thorens, située sur les milieux les plus favorables pour le lagopède alpin, est devenu un obstacle majeur pour le maintien de ces espèces. Le passage des skieurs dans ses principales zones de repos hivernal est une cause importante de dérangement. La commune est pourvue d une centaine de déclencheurs d avalanche utilisés pour la sécurité des skieurs, mais sources de mortalité pour cette espèce qui se fait surprendre par ces phénomènes artificiels. Sur Saint-Martin-de-Belleville, le lagopède alpin s est retranché en certains secteurs, comme les parties supérieures des vallons du Lou et des Encombres. Également dérangées, les populations de lièvre Fiche-milieu n 9 Les milieux naturels, des lieux de vie - 131

Fiche-milieu n 9 variable connaissent la même problématique sur la commune. Enfin les travaux de terrassement des pistes de ski peuvent entraîner la dégradation de populations de plantes comme l androsace alpine et d autres espèces végétales des éboulis. Propositions de gestion Une conduite des troupeaux ovins en alpage, visant à les écarter des éboulis et moraines de très faible intérêt pastoral, assurerait la tranquillité de la faune sauvage et éviterait de fragiliser davantage des plantes déjà soumises à des contraintes écologiques extrêmes. Cela diminuerait les risques de transmission de pathologies entres herbivores domestiques et sauvages. Ce serait également bénéfique pour les performances des troupeaux ovins qui dépensent beaucoup d énergie à parcourir ces milieux ingrats et peu nourrissants. 132 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Les rochers et les falaises Fiche-milieu n 10 Brigitte Ruff Le Cochet surmontant le chef-lieu Les rochers et falaises sont des milieux minéraux dont la pente forte, voire verticale, empêche le dépôt ne serait-ce que d une fine pellicule de terre. Les fissures et autres anfractuosités constituent l unique support pour l installation des plantes. Seuls les mousses et les lichens sont capables de se développer à même la roche. Les rochers et falaises regroupent à la fois les parties sommitales et les barres rocheuses de Saint-Martin-de-Belleville. Les sommets rocheux les plus importants sont le Cochet, la pointe de Daillait, les aiguilles de la Grande Moendaz, la pointe du Vallon, le Grand Perron des Encombres, la pointe de la Masse, le mont Bréquin, la pointe de Thorens, l aiguille de Péclet, etc. Plusieurs barres rocheuses sont présentes sur la com- Les milieux naturels, des lieux de vie - 133

PNV - Christophe Gotti PNV - Ludovic Imberdis Fiche-milieu n 10 Aiguilles de la Grande Moendaz mune, comme au-dessus du lac du Lou, le versant nord de la pointe de la Masse ou la partie aval du torrent des Encombres. Des adaptations particulières sont nécessaires aux animaux et plantes pour survivre dans les conditions climatiques contrastées, de Le Grand Perron des Encombres et la vallée des Encombres depuis la pointe de la Fenêtre type continental, des étages alpin et nival : l absence de couverture neigeuse en hiver expose les surfaces à des températures très basses, dont l effet est amplifié par des vents froids. En revanche, les falaises ensoleillées peuvent s échauffer très fortement en été. Ces milieux subissent de fortes variations thermiques entre le jour et la nuit. Dans la forêt, les rochers beaucoup plus humides sont généralement recouverts de mousses. Les conditions sont moins extrêmes et la végétation bénéficie de la protection des arbres qui atténuent la rigueur du climat. Même s ils paraissent hostiles à toute forme de vie, les rochers et les falaises constituent l habitat * de prédilection pour les animaux et les plantes ayant développé certaines adaptations. Ils offrent un refuge efficace contre les prédateurs aux animaux capables de grimper (tel le bouquetin), les oiseaux y nichent, des chauves-souris s y abritent le jour dans les fissures. En outre, la rudesse des conditions de vie, en sélectionnant un petit nombre d espèces aptes à survivre, limite la concurrence végétale. 134 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Christophe Gotti PNV - Ludovic Imberdis Fiche-milieu n 10 Arête sommitale de l aiguille de Péclet Le Châtelard. A droite, barres rocheuses des gorges de Planlebon sur le torrent des Encombres En l absence de sol susceptible d atténuer les effets directs de la roche-mère, la nature siliceuse ou calcaire de celle-ci constitue un facteur écologique déterminant pour les espèces qu elle supporte. À Saint-Martin-de-Belleville, les groupements végétaux des substrats siliceux et des substrats calcaires sont bien représentés, les rochers siliceux et les rochers calcaires étant également abondants (lire la fichemilieu n 8). Les rochers et les falaises Les milieux naturels, des lieux de vie - 135

Fiche-milieu n 10 Flore Les plantes des rochers et falaises ont développé de nombreuses adaptations : forme en coussinet pour résister au vent et conserver eau et chaleur, ou port en rosette de feuilles appliquées au sol, multitude de radicelles ou longue racine en pivot pour puiser l eau, tiges souples pour résister à la chute des pierres, feuilles moins nombreuses et coriaces pour supporter la sécheresse, plantes souvent velues pour lutter contre la déshydratation. Particulièrement bien adaptée aux conditions qui règnent à haute altitude, l androsace pubescente est une espèce des rochers calcaires ensoleillés. C est une plante naine, velue, formant des coussinets. Protégée, rare en France mais peu menacée du fait de l inaccessibilité de ses stations, elle n est connue aujourd hui à Saint-Martin-de-Belleville que dans deux localités : sur le glacier de Péclet et le col du Châtelard. Affectionnant les rochers calcaires bien exposés, mais aussi les pelouses rocailleuses, l astragale de Lienz est une petite plante rampante dont les les rameaux portent les inflorescences. Ses fleurs bleu pâle à violacé sont regroupées en grappes serrées. Endémique * des Alpes, cette espèce protégée est très rare sur toute son aire (France, Suisse et Italie) et sa distribution est très fragmentée. Le nerprun nain est un petit arbuste PNV -Frantz Storck Nerprun nain sur un rocher à la Gittaz couché de hauteur inférieure à 20 cm qui s installe dans les fissures des rochers. À Saint-Martin-de-Belleville, cette espèce peu fréquente se développe dans la vallée des Encombres, aux lieux-dits les Carriots et Bourtacombe. La primevère hérissée est une petite plante assez répandue en Vanoise et qui pousse couramment sur les parois siliceuses de l étage alpin. Sa taille et sa corolle rose violacé à gorge blanche non farineuse la distinguent de la primevère à larges feuilles qui fréquente les mêmes substrats. Cette dernière, plus grande, a des fleurs de couleur pourpre violet, à gorge unie, un peu farineuse. Ses feuilles sont aussi plus longues et molles. Plante naine ne dépassant pas 7 cm de hauteur, la laiche faux pied d oiseau est une PNV - Maurice Mollard Androsace pubescente PNV - Christian Balais Primevère hérissée 136 - Les milieux naturels, des lieux de vie

PNV - Joël Blanchemain Primevère à larges feuilles herbe à souche gazonnante d où partent des feuilles fines nettement recourbées. Elle pousse dans les endroits rocailleux frais en altitude, sur substrat calcaire. Cette espèce protégée, rare, est très localisée et toujours peu abondante dans ses stations. Il fut à l origine du classement d une partie de ce territoire en Parc national en 1963. Il fréquente les parois rocheuses à différents moments de l année : en été à haute altitude où il recherche les endroits frais et la tranquillité, en hiver sur les crêtes déneigées par le vent, puis dans des falaises exposées au sud et enfin, en période de mise bas, lorsque les femelles s isolent, sur de petites vires. Les falaises et rochers constituent essentiellement un territoire de nidification pour les oiseaux. Le chocard à bec jaune et le grand corbeau font partie des espèces nichant typiquement dans les falaises. Comme tous les corvidés, ce dernier appartient à la famille des passereaux (comme les moineaux), dont il est le plus grand représentant en France. Le grand corbeau communique par des vocalises, le cri le plus commun étant un profond croak. Cet oiseau monogame niche dans les falaises, après une parade nuptiale comprenant des vols acrobatiques spectaculaires. Sa taille le distingue des autres Fiche-milieu n 10 Faune Les adaptations de la faune aux milieux de falaises ont trait aux déplacements : insectes aux ailes plus courtes pour ne pas se laisser emporter par le vent, sabots des bouquetins adaptés aux déplacements sur les rochers, qui en épousent la forme et donnent de l adhérence, utilisation des courants ascendants par les oiseaux rupestres (aux ailes plus larges), tels que les rapaces ou le tichodrome échelette. Ce dernier est observé sur les barres rocheuses près de la Chaudanne, au sud de Gittamelon. Le bouquetin des Alpes est sans doute le mammifère le plus représentatif de ces rochers et falaises, symbolisant le mieux la Vanoise. PNV - Stéphane Carrière Bouquetin des Alpes Les milieux naturels, des lieux de vie - 137

Fiche-milieu n 10 PNV - Patrick Folliet corvidés, ainsi que sa queue en forme de losange, dite cunéiforme. L hirondelle de rochers niche en petites colonies dans les falaises en amont de Villarenger, au début de la vallée des Encombres, et au lieu-dit le Rocher Roux, au nord de Gittamelon ; elle recherche de préférence le soleil et l abri du vent et de la pluie. Elle se nourrit de petits insectes happés au vol, près de sa falaise, mais aussi au-dessus des cours d eau et des prairies. Encore plus aérien que l hirondelle, le martinet à ventre blanc, ou martinet alpin, occupe les falaises de Saint- Martin-de-Belleville à partir d avril, plus tardivement que l hirondelle des rochers, pour repartir en septembre. Des rapaces nichent dans les falaises inaccessibles, dont le faucon crécerelle et l aigle royal. Le faucon crécerelle, nicheur à Saint- Martin-de-Belleville dans les falaises situées en amont du Plan de l Eau, également sur le Cochet, se caractérise par un vol sur place, face au vent et queue déployée, dit du Saint-Esprit. L aigle royal compte sur la commune un couple reproducteur qui s installe dans l une des aires qu il a construite. Pour ce rapace, plus que l altitude, c est surtout la tranquillité du site qui importe pour le choix de son aire ; ainsi à Saint-Martin-de-Belleville, pas moins de trois aires ont été inventoriées par les gardes-moniteurs du Parc national de la Vanoise. Par son allure majestueuse, il est Chocard à bec jaune Christine Garin sans doute l oiseau le plus emblématique de ces milieux. Équilibre entre l homme et son milieu Hirondelle des rochers Usages, intérêts économiques et représentations Il n existe pas d usage traditionnel associé à ces milieux. En revanche, on assiste actuellement en Vanoise à un développement généralisé de nouvelles pratiques sportives, notamment en falaises : escalade et via ferrata. Il existe plusieurs barres rocheuses plus ou moins équipées à Saint- Martin-de-Belleville : barres rocheuses de la pointe du Borgne, du rocher Roux et situées aux environs de Montaulever. Par ailleurs, quatre écoles d escalade sont aussi présentes sur la commune : une à Levassaix, une aux Bruyères et deux à Val Thorens. Deux sites, l un sur le Cochet, l autre sur une barre rocheuse au nord de Levassaix, ont été équipés pour former une via ferrata. L aplomb de ces falaises est également fréquenté par les parapentistes et les volivelistes du fait des mouvements d ascendance important qu elles engendrent, comme aux environs de la cime de Caron et de la pointe de la Masse. 138 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 10 PNV - Frantz Storck Via ferrata du Levassaix. Signalisation d entrée PNV - Frantz Storck Intérêts biologique et patrimonial du milieu L intérêt biologique des rochers et des falaises est du même ordre que celui des éboulis et moraines. Il est essentiellement dû à la présence d espèces spécialisées qui ne peuvent pas vivre naturellement dans d autres milieux et dont plusieurs sont rares et remarquables : l androsace pubescente, l astragale de Lienz, la laiche faux pied-d oiseau, etc. L utilisation des vires et des corniches comme site de nidification par certaines Via ferrata du Levassaix. Vue d ensemble du massif rocheux espèces d oiseaux rupicoles telles que l aigle royal, le tichodrome échelette, le faucon crécerelle et le martinet à ventre blanc, confère à ces falaises une valeur écologique supplémentaire. Les abris au pied des barres rocheuses exposées au sud constituent des zones d hivernage très appréciées des chamois, comme dans le secteur des Encombres ou de Saint- Laurent-de-la-Côte. Évolution et transformation du milieu A l instar des éboulis et des moraines, c est la discontinuité des populations végétales et leur faible dynamique qui sont à l origine de la sensibilité de ces milieux à toute perturbation. Cependant, les risques d impact sur la flore des pratiques sportives citées ci-dessus sont a priori faibles du fait du caractère ponctuel des équipements, surtout si l on tient compte, préalablement à leur implantation, de la présence éventuelle d une flore remarquable. Les milieux naturels, des lieux de vie - 139

Fiche-milieu n 10 PNV - Christophe Gotti Ligne EDF très haute tension sous le Petit col des Encombres PNV - Christophe Gotti Falaises où se trouve une aire de nidification d aigle royal. Face sud-est de la Tête de Fer Toutefois les populations d espèces rares étant souvent localisées et en faible effectif, tout nouvel équipement peut compromettre de façon importante leurs chances de survie. En revanche, les menaces sont bien réelles pour les oiseaux rupestres (gypaète barbu, aigle royal, faucon crécerelle, tichodrome échelette, etc.), très sensibles aux dérangements pendant la période de reproduction. Des dérangements répétés dus à la présence humaine sur un territoire occupé par un couple reproducteur peuvent occasionner l abandon par les oiseaux de ce territoire, et donc potentiellement de la couvée, d une manière momentanée voire définitive. Cette menace est plus marquée à proximité des via ferrata et des voies d escalade équipées, dont la sécurisation entraîne une fréquentation plus importante que celle des voies d escalade non équipées. La concentration toujours plus importante d équipements sur les falaises et les barres rocheuses et l engouement pour la pratique de sports de nature engendrent une réduction significative des zones susceptibles de convenir à des oiseaux rupestres vulnérables tels que l aigle royal. Les oiseaux peuvent être alors amenés à se fixer sur des sites moins favorables à la reproduction. Les lignes très haute tension, comme celle qui traverse la vallée des Encombres dans sa longueur ou celle située dans la vallée des Belleville, peuvent être à l origine de percussions par les rapaces en vol, conduisant à leur mortalité. Propositions de gestion Aux échelles communale et intercommunale, tout nouveau projet d équipement doit permettre de concilier le développement raisonnable des sports de nature et le maintien d une faune et d une flore riches. Pour cela, la réalisation d études préalables, la consultation d experts du milieu naturel, comme les gardes-moniteurs du Parc national et un échange avec les usagers des pratiquants de sport en falaise paraissent indispensables afin d assurer la prise en compte de l intérêt naturaliste et de la vulnérabilité des sites. 140 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Une surveillance des zones de nidification concernées et de leur fréquentation en période sensible peut s avérer nécessaire, en particulier au-dessous de 2 500 m d altitude. À Saint-Martin-de-Belleville, l observation des sites de nidification de l aigle royal est réalisée chaque année afin de mieux connaître la réussite de sa reproduction. Fiche-milieu n 10 Les milieux naturels, des lieux de vie - 141

Fiche-milieu n 11 Les glaciers et les névés PNV Frantz Storck Glacier de Thorens Un glacier est un réservoir de glace issu du compactage de la neige accumulée à haute altitude. Sous l effet de son propre poids, le glacier s écoule lentement vers l aval. La fonte du glacier dans ses parties les plus basses est compensée en tout ou partie par les chutes de neige qui alimentent le glacier dans son bassin d accumulation à l amont (au-dessus de 3 500 m d altitude). Les précipitations alimentent régulièrement en neige les glaciers situés dans la partie supérieure de la vallée des Belleville, aux frontières de la commune. Le glacier de Péclet est le plus représentatif de la commune. du lac du Lou ou encore aux environs de la cascade située au-dessus de Val Thorens, témoignent de l importance des glaciers d autrefois. Les grandes glaciations, séparées par des périodes plus chaudes, se sont succédé au cours des temps géologiques. L alternance de ces phases d avancée et de recul des glaciers s est traduite par un modelage du Les glaciers ont joué et jouent encore un rôle important dans les phénomènes d érosion. Les vallons et lacs d altitude, ainsi que les roches marquées par le passage des glaciers, dites roches moutonnées, que l on trouve dans le secteur du Revers à l amont PNV - Frantz Storck Aiguille et glacier du Péclet surplombant la station de Val Thorens 142 - Les milieux naturels, des lieux de vie

relief des vallées glaciaires qui diffère selon la dureté de la roche. Il y a plus de 15 000 ans, les langues glaciaires issues des Alpes atteignaient Lyon et Valence. Les névés correspondent à des neiges compactées transformées sous l effet des intempéries. Ils peuvent perdurer plusieurs années. Ces dépôts immobiles et de taille variable sont moins permanents que les glaciers, puisqu il leur arrive de fondre complètement certaines années. Ils sont souvent associés, sur leurs bordures, à des groupements de combes à neige (lire la fiche-milieu n 8). De tels dépôts de neige subsistent au pied du glacier de Péclet ou encore au mont Bréquin. PNV - Frantz Storck Trace de l érosion glaciaire. Roches moutonnées dans l alpage du Revers Fiche-milieu n 11 Les glaciers et les névés Les milieux naturels, des lieux de vie - 143

Fiche-milieu n 11 Flore et faune Les basses températures rencontrées sur les glaciers rendent ces milieux hostiles à la plupart des organismes vivants et en général presque stériles. On peut toutefois y rencontrer quelques insectes migrateurs tués par le froid. Sur les névés, certains insectes, tels que les puces des neiges ou collemboles * parviennent à accomplir une partie de leur cycle à la surface de la neige fondante. Ils trouvent à s alimenter grâce aux particules nutritives apportées par le vent (comme le pollen) et aux algues unicellulaires spécialisées telle la chlamydomonas des neiges, qui s y développent parfois et donnent à la neige une teinte rouge carmin. Équilibre entre l homme et son milieu La randonnée sur glacier compte de nombreux adeptes et se développe en saison printanière et estivale. Les surfaces englacées sont devenues des lieux de pratiques sportives. À Saint-Martin-de-Belleville, les guides encadrent des courses d initiation, comme sur le glacier de Thorens, ou des courses de glaciers et rochers plus difficiles, comme la face ouest de l aiguille de Péclet. Intérêts biologique et patrimonial du milieu Les glaciers constituent avant tout un précieux réservoir d eau douce pour les hommes, mais aussi une source naturelle d alimentation des torrents en période estivale. Ils ont aussi une valeur esthétique indéniable. Cet élément marquant et symbolique des paysages de haute montagne présente un intérêt paysager majeur pour le tourisme. Ils constituent un témoin fiable des évolutions climatiques globales de la planète. Usages, intérêts économiques et représentations Incarnant toute la puissance de la nature, les neiges permanentes et les glaciers n inspiraient par le passé que de la crainte. Aujourd hui, avec l alpinisme, les sommets sont plutôt évocateurs de découvertes sportives. Évolution et transformation du milieu Les glaciers de Saint-Martin-de-Belleville n échappent pas au réchauffement global de la planète et ont donc une tendance générale à reculer. Ainsi, les glaciers des Saint-Pères et de Thorens sont aujourd hui réduits à des névés. Après l avancée forte du petit âge glaciaire (qui a duré près de trois siècles à partir de la moitié du XVI e siècle), des études ont mis en évidence le recul spectaculaire (même s il n est pas continu) des fronts des glaciers dans les Alpes, la diminution de leur surface et de leur épaisseur. PNV - Frantz Storck Zone humide sous le glacier de Péclet. A gauche, Tête Ronde Les prévisions à moyen terme sur l évolution globale du climat de la planète semblent défavorables au maintien en l état des glaciers à l échelle des massifs montagneux des zones tempérées. 144 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiche-milieu n 11 Musée Savoisien Glacier de Péclet en 1962 La disparition des glaciers entraînerait de nouveaux problèmes écologiques (disparition d un réservoir d eau vital, assèchement des torrents), mais aussi économiques avec la perte d un élément du paysage qui a joué un rôle important pour le tourisme alpin depuis 200 ans. Mais en dehors du recul des glaciers déjà perceptible, les conséquences locales du réchauffement climatique global sont encore difficiles à apprécier. Propositions de gestion Les propositions visant à enrayer le changement climatique global dépassent largement le cadre communal, mais passent aussi par l évolution des comportements individuels. Mairie de Saint-Martin-de-Belleville Glacier de Péclet en 1908 Les milieux naturels, des lieux de vie - 145

Fiches-milieux Conclusion Conclusion PNV Ludovic Imberdis Vallon du ruisseau du Revers et vue sur la pointe de la Masse PNV Ludovic Imberdis L ensemble des 11 grands types de milieux présentés dans ces fiches couvre l intégralité du territoire de la commune de Saint-Martinde-Belleville. Le choix d une description, milieu par milieu, ne doit pas faire oublier que ceux-ci sont liés les uns aux autres et que la transition entre tel et tel habitat * est Vallée des Encombres depuis le Grand Plan rarement évidente sur le terrain. Un marais dépend de son bassin versant, une clairière est tributaire des herbivores forestiers, les éboulis et les moraines sont alimentés par les falaises et les glaciers, etc. La subtilité de cette imbrication se reflète dans l instabilité des contours de cette mosaïque qui résulte des mécanismes d érosion et de la dynamique naturelle de la végétation. À ces facteurs naturels s ajoute l effet, souvent direct, des activités humaines. Les points abordés dans chacune des fichesmilieux concernent les milieux indépendamment les uns des autres. Or, certains problèmes de gestion ont trait à l équilibre entre ces milieux : un milieu évolue au détriment d un autre sous tous les aspects (naturel, paysager, économique, etc.). Ce phénomène est à prendre en compte par les gestionnaires du territoire. 146 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Fiches-milieux Conclusion PNV Christophe Gotti Hameau du Lachat. Vue sur Tête de Fer PNV Frantz Storck Habitation traditionnelle à Béranger La diversité des richesses naturelles et des milieux est à l origine de ressources variées (eau, bois, fourrage, énergie, plantes utilitaires et ornementales, etc.). Elle peut être un atout de taille pour le maintien et la diversification des activités agricoles, touristiques et commerciales de la commune. Elle est une source durable de qualité de vie pour les habitants de Saint-Martin-de-Belleville. Pour la commune, le maintien d une diversité des milieux naturels (qui en plus augmente le panel d espèces présentes) devrait constituer un objectif de gestion durable de son territoire. Dès lors que l on considère le patrimoine naturel de la commune comme un élément constitutif de son cadre de vie et de son économie au sens large, la préservation et la bonne gestion des milieux naturels deviennent des éléments clé de la gestion et de l aménagement de son territoire. Ainsi, l un des objectifs affichés dans le plan local d urbanisme de 2006 est de protéger les grands espaces naturels non aménagés. À Saint-Martin-de-Belleville, tous les milieux naturels et semi-naturels ne font pas l objet de menaces immédiates, directes ou indirectes et ils ne présentent pas tous les mêmes enjeux patrimoniaux. Deux cas de figure sont à prendre en compte : - le cas des milieux rares ou vulnérables et à forte biodiversité. La préservation de ces milieux doit être intégrée à tout projet de gestion ou d aménagement. - le cas des milieux plus ou moins exploités par l homme, dont la biodiversité pourrait être préservée grâce à une exploitation durable des ressources agricoles et forestières. Parmi les premiers milieux, on citera l ensemble du réseau des milieux humides d altitude, considéré comme l un des plus remarquables de Savoie par le nombre de sites qui le composent, leur diversité et leur qualité patrimoniale. Les falaises constituent aussi un milieu rare et vulnérable ; elles sont le lieu de nidification de plusieurs espèces d oiseaux, dont le très emblémati- Les milieux naturels, des lieux de vie - 147

Fiches-milieux Conclusion PNV Frantz Storck Prairie de fauche en fleurs à la Monta au-dessus de Villarenger aigle royal, ou encore le lieu d implantation d espèces végétales remarquables, comme l androsace pubescente. Parmi les milieux plus ou moins exploités, les prairies de fauches constituent un enjeu majeur pour la pérennité de l activité agricole de la commune, tout en contribuant à la qualité du cadre de vie des habitants. Par ailleurs, Saint-Martin-de-Belleville se distingue par la présence de la vallée des Encombres, qui demeure exempte d aménagement touristique. La qualité de ses milieux naturels remarquables et sa qualité paysagère sont, malgré la présence d une ligne très haute tension, deux atouts indéniables pour ce vallon de montagne. La commune dispose d outils lui permettant de prendre en compte la préservation de la plupart des milieux et des espaces naturels et les enjeux économiques s y rapportant. Tout projet d équipement doit s accompagner de mesures garantissant l avenir des populations d espèces menacées, aussi bien végétales qu animales. Une information en direction du public (skieurs, raquetteurs), sur la sensibilité des milieux montagnards et de la faune est à développer. 148 - Les milieux naturels, des lieux de vie

Regard sur quelques espèces Fiches-espèces

Fiche-espèce n 1 La laiche des bourbiers Il existe de très nombreuses espèces d herbes d apparence similaire pour le non-spécialiste. Parmi elles, la famille des cypéracées regroupe essentiellement des laiches qui, avec différentes espèces de la famille des joncacées, constituent la majeure partie de l herbe des zones humides. Il existe environ 50 espèces de laiches en Vanoise. La laiche des bourbiers, appelée aussi laiche des vases (Carex limosa) est protégée et très rare en France. plante de 20 à 40 cm de hauteur épi mâle roux unique, dressé à l extrémité de la tige 1 à 3 épis femelles pendants tige grêle, presque lisse, à trois faces PNV - Frantz Storck Laiche des bourbiers épi femelle composé de petites outres ou utricules vert glauque munies d une écaille roussâtre CPNS - Manuel Bouron feuille égalant la tige, vert bleuté, qui se singularise par son étroitesse Laiche des bourbiers, épis femelles Écologie Plante vivace, cette laiche pousse exclusivement dans les milieux très humides en conditions climatiques froides : fossés inondés, milieux aquatiques plus ou moins étendus au sein des tourbières, franges de colonisation au contact de l eau libre autour des lacs et plans d eau, etc., jusqu à 2 500 m d altitude. À Saint-Martin-de-Belleville, l espèce est connue dans plusieurs zones humides de la vallée des Belleville, entre 1 850 m et 2 100 m d altitude. Les épis floraux s épanouissent de juin à juillet. Cette laiche forme une association végétale * spécifique dans laquelle elle domine, et où elle est parfois accompagnée 150 - Regard sur quelques espèces

par le rossolis à feuilles rondes (lire la ficheespèce n 5), la potentille des marais et par des tapis de mousses. Répartition géographique et intérêts biologiques Avec une quinzaine de localités recensées, les populations savoyardes de laiche des bourbiers sont parmi les plus importantes de Rhône-Alpes. Menaces Fiche-espèce n 1 La laiche des bourbiers occupe une large distribution : l Amérique et l Asie boréales, ainsi que plusieurs pays européens. En France, cette espèce est connue dans la moitié est, le centre et une partie du nord-ouest, où elle se développe surtout dans les massifs montagneux (le Massif central, les Alpes, le Jura et les Vosges). La laiche des bourbiers est une plante discrète qui ne présente pas une grande valeur esthétique et de fait n est pas menacée par la cueillette. Cette espèce est, par contre, très vulnérable à toute modification de ses habitats * dont elle dépend très fortement. Les pratiques les plus dommageables sont les suivantes : - toute action susceptible de modifier la quantité (barrage, captage, drainage, etc.) ou la qualité (enrichissement de l eau en matières organiques, etc.) de l eau qui alimente le milieu ; - tout aménagement risquant de modifier ou de détruire le milieu (remblaiement, curage, plantation de conifères, etc.) ; - le surpiétinement engendré par le bétail près des points d abreuvement. Protection et propositions de gestion CPNS - Philippe Freydier Le saviez-vous? Zone humide à laiche des bourbiers Du fait de la rareté de son milieu, la laiche des bourbiers a été classée espèce protégée. Afin de pérenniser ses populations, il faut préserver son milieu de vie en garantissant la quantité et la qualité de l eau dont elle dépend. Les feuilles des laiches sont souvent riches en silice, ce qui les rend coupantes et peu consommables par le bétail. Les tiges rampantes que la laiche des bourbiers émet à la surface du sol, appelées stolons, lui permet de s installer sur les substrats très mous et instables des tourbières. Elle forme ainsi des radeaux tremblants qui s avancent peu à peu à la surface des lacs et plan d eau, contribuant, peu à peu, à les refermer. Regard sur quelques espèces - 151

Fiche-espèce n 2 Le chardon bleu des Alpes Le chardon bleu des Alpes (Eryngium alpinum), encore appelé panicaut des Alpes ou reine des Alpes, appartient à la famille botanique des apiacées (ou ombellifères). C est une plante facile à reconnaître grâce à son port, la couleur bleu améthyste de son inflorescence et ses feuilles basales indivises. inflorescence en tête ovoïde de 2 à 4 cm de long fleurs minuscules collerette de feuilles florales épineuses, bleu acier PNV - Stéphane Mélé Inflorescence du chardon bleu des Alpes plante épineuse, de 30 cm à 100 cm de hauteur PNV - Alexandre Garnier Chardon bleu des Alpes feuille de la tige profondément divisée et dentée Écologie Le chardon bleu des Alpes est une plante vivace de montagne qui se développe principalement aux étages montagnard et subalpin. Elle affectionne les milieux ouverts : prairies fraîches et clairières sur sols calcaires humides et riches. C est une espèce qui fréquente également les mégaphorbiaies * et les couloirs d avalanche. A Saint-Martin-de- Belleville, elle pousse dans plusieurs couloirs d avalanche et combes à neige de la vallée des Encombres. Elle fleurit à partir de juillet et ses graines se disséminent à la fin du mois d août. 152 - Regard sur quelques espèces

Répartition géographique et intérêts biologiques Le chardon bleu des Alpes est une espèce très rare, typique des montagnes européennes (Alpes, Jura et montagnes d Illyrie) : on ne la trouve qu en France, Suisse, Autriche, Italie, Slovaquie et Croatie. Elle est en régression. Il ne reste qu une quarantaine de stations de l espèce en France, depuis le Mercantour jusqu au massif du Jura, dont une quinzaine en Savoie : dans les massifs de la Vanoise, de l Arvan-Villard, de la Lauzière, des Bauges et dans le Beaufortain. C est une plante qui a une valeur emblématique et culturelle très forte. Elle est souvent utilisée pour symboliser la flore de montagne. Menaces Cette espèce est menacée principalement par l abandon de la fauche ou la mise en place d un pâturage ou d une fauche trop précoces qui empêchent sa croissance correcte et sa reproduction. Des cueillettes abusives (par les promeneurs ou en vue de sa commercialisation) ont, par endroit, fait fortement régresser certaines populations de chardon bleu. PNV - Ludovic Imberdis Prairie à chardons bleus des Alpes dans la combe de la Dent Protection et propositions de gestion Le chardon bleu des Alpes est protégé en France, sa cueillette est strictement interdite. Il fait partie des espèces que l Union européenne demande aux pays membres de protéger dans le cadre de la directive Habitats *. La pérennité de l espèce passe notamment par le maintien du milieu ouvert * par une fauche tardive (après la mi-août) annuelle ou bisannuelle, et l exportation systématique des produits de la fauche. Le respect des localités de chardon bleu dans tout nouveau projet d aménagement, l information des touristes et des agriculteurs font également partie des mesures à mettre en œuvre. Fiche-espèce n 2 Le saviez-vous? Cueilli de longue date pour la beauté et la longévité de ses inflorescences, le chardon bleu des Alpes est souvent cultivé dans les jardins. Cette pratique est réglementée et nécessite un certificat de provenance. Le chardon bleu est une espèce mellifère. Plusieurs études ont montré que plus de 60 espèces d insectes assurent sa pollinisation (abeille, bourdon, guêpe, papillon, etc.). Regard sur quelques espèces - 153

Fiche-espèce n 3 La crépide naine La crépide naine (Crepis pygmaea) appartient à la famille botanique des astéracées (ou composées), Tout comme le pissenlit, les inflorescences, appelées capitules, sont formées de nombreuses petites fleurs prolongées par une languette : la ligule. Sur Saint-Martin-de- Belleville, sa petite taille, le milieu qu elle fréquente et la forme de ses feuilles lui permettent d être facilement identifiable. plante de 5 à 15 cm de hauteur capitule solitaire jaune pâle à jaune vif bractées lancéloées, très velues feuilles cotonneuses en forme de cœur, souvent teintées de pourpre (surtout sur le dessous) PNV - Frantz Storck Crépide naine capitule jaune plante de 5 à 15 cm de hauteur feuilles allongées, découpées se développe essentiellement dans les pelouses PNV - Maurice Mollard Le pissenlit des Alpes est également présent sur Saint-Martin-de-Belleville Écologie La crépide naine est une plante vivace qui se développe entre 1 500 et 3 000 m d altitude. Elle affectionne les éboulis calcaires. Ses longues tiges, fortement ramifiées et enracinées en divers endroits, lui permettent de coloniser les éboulis fins les plus instables. Ensevelie un jour, elle peut se développer à nouveau quelques mètres plus loin. Sur Saint-Martin-de-Belleville, elle est présente sur les pentes de plusieurs vallons de la vallée des Encombres, entre 2 300 et 2 500 m d altitude, où ses fleurs s épanouissent entre juillet et août. Les fleurs forment de petits fruits secs, appelés akènes, surmontés d une aigrette. Cette dernière permet au fruit d être dispersé par le vent. 154 - Regard sur quelques espèces

Répartition géographique et intérêts biologiques La crépide naine est une espèce bien présente dans les pays occidentaux de l arc alpin : la France, la Suisse et l Italie, où elle se développe également dans la chaîne des Apennins. En France, la crépide naine est présente dans la plupart des départements des Alpes et une grande partie des Pyrénées. En Savoie, cinq localités sont actuellement connues : les secteurs du col du Galibier, à Valloire, du col du Mône, à Pralognan-la-Vanoise, les communes de Saint-Bon-Courchevel et des Allues, et la vallée des Encombres. Menaces Les populations peu importantes de la crépide naine en Savoie induit une forte sensibilité de l espèce sur ce territoire. Poussant sur des sols très meubles, la crépide naine est sensible au piétinement répété de son milieu par les troupeaux. La modification ou la destruction de son habitat * par tout type d aménagements est aussi une menace à ne pas négliger (pistes). Fiche-espèce n 3 Répartition de la crépide naine en Vanoise Regard sur quelques espèces - 155

Fiche-espèce n 3 Protection et propositions de gestion La crépide naine est inscrite sur la liste rouge (liste des espèces menacées) savoyarde des espèces végétales, où elle est classée comme espèce en danger. Elle figure également sur la liste des plantes remarquables de Vanoise et fait donc l objet d un inventaire systématique par les gardesmoniteurs du Parc national. Le saviez-vous? La crépide naine doit son nom au grec crepis qui signifie soulier ; ce nom donné par Pline l Ancien ferait peut-être allusion à la forme de ses feuilles. La crépide, comme d autres espèces de la famille des astéracées, présente un latex dont la composition est proche du caoutchouc. 156 - Regard sur quelques espèces

Le lis orangé Appartenant à la famille botanique des liliacées, le lis orangé (Lilium bulbiferum subsp. croceum) et le lis martagon (Lilium martagon) sont caractérisés par leur grande taille atteignant jusqu à 90 cm, ainsi que leurs grosses fleurs. Admirées pour leur beauté, ces deux espèces fleurissent à Saint-Martin-de-Belleville. Alors qu elles étaient toutes deux assez communes autrefois, le lis orangé est aujourd hui devenu rare en Vanoise. Fiche-espèce n 4 1 à 6 fleurs dressées à l extrémité de la tige fleurs très grandes, orangées ponctuées de brun feuilles lancéolées, alternes tige anguleuse feuillée jusqu aux fleurs PNV - Patrick Folliet plante de 30 à 80 cm de hauteur Lis orangé fleurs penchées en longues grappes fleurs roses piquetées de pourpre pièces florales recourbées plante de 60 à 90 cm de hauteur Lis martagon PNV - Emmanuelle Foray Écologie Le lis orangé est une plante vivace des étages montagnard et subalpin. Il affectionne la chaleur des versants d adret et pousse sur les vires herbeuses, dans les rochers, les forêts claires et les lisières forestières sèches. A Saint-Martin-de-Belleville, ses populations se situent en versant sud, comme au pied de la pointe du Daillait, dans la vallée des Encombres. Il fleurit en juin-juillet. Regard sur quelques espèces - 157

Fiche-espèce n 4 Répartition géographique et intérêts biologiques Le lis orangé est une espèce propre aux régions montagneuses du centre de l Europe. En France, le lis orangé est présent dans le Jura, les Alpes et dans le nord de la Corse. En Vanoise et plus généralement en Savoie, ses stations ont beaucoup régressé. Il peut être considéré comme rare aujourd hui. La beauté du lis orangé en fait une espèce de grand intérêt horticole, qui a été récoltée pour être cultivée. Menaces Sur toute son aire de répartition française, cette espèce est devenue rare à la suite d arrachages excessifs et aujourd hui on ne la trouve plus que dans les sites difficiles d accès. La destruction de son habitat * par les aménagements est aussi une menace à ne pas négliger. Répartition du lis orangé en Vanoise 158 - Regard sur quelques espèces

Protection et propositions de gestion Le lis orangé appartient à la liste des espèces végétales dont la cueillette peut être réglementée, voire interdite par arrêté préfectoral. Dans les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute- Provence et l Isère, des arrêtés préfectoraux interdisent totalement la cueillette du lis orangé et limitent celle du lis martagon à une poignée par personne. Ceci assure la préservation de ces espèces. Une telle mesure serait souhaitable dans les départements savoyards. Fiche-espèce n 4 Le saviez-vous? Il existe deux sous-espèces de lis orangé. La sous-espèce bulbiferum présente dans les Alpes orientales possède des bulbilles qui se développent à l aisselle des feuilles. Ceux-ci, une fois tombés au sol, germent et redonnent de nouveaux pieds, assurant ainsi la reproduction végétative du lis orangé. La sous-espèce croceum qu on rencontre en Savoie ne présente pas une telle particularité. Regard sur quelques espèces - 159

Fiche-espèce n 5 Le rossolis à feuilles rondes Le rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) appartient à la famille botanique des droséracées, dont les espèces du genre Drosera se caractérisent par leur milieu de vie, très pauvre en matières minérales assimilables, et leur physiologie. Véritables curiosités naturelles, les rossolis comptent parmi les plantes dites «carnivores». Seule espèce de ce genre en Vanoise, le rossolis à feuilles rondes se distingue par ses feuilles garnies de multiples extensions ciliées, glanduleuses et rougeâtres, et ne peut être confondu avec aucune autre plante. plante de 5 à 25 cm de hauteur feuille au limbe arrondi brusquement aminci en pétiole, couverte de cils rougeâtres, glanduleux sur leur face supérieure (environ 150 cils) PNV - Frantz Storck Feuilles de rossolis à feuilles rondes rosette de feuilles basales appliquée sur le sol tige dressée, naissant au centre de la rosette de feuilles Rossolis à feuilles rondes en boutons PNV - Philippe Benoît Écologie Le rossolis à feuilles rondes est une plante vivace adaptée aux milieux humides acides, pauvres en matières minérales, qui se développe en Savoie de l étage collinéen à l étage subalpin, jusqu à 2 200 m d altitude. En montagne, les tourbières acides à sphaignes *, constituent son milieu de vie le plus caractéristique. À Saint Martin-de-Belleville ses populations se situent dans la vallée des Belleville entre 1 900 et 2 100 m d altitude. 160 - Regard sur quelques espèces

Comme toutes les plantes, les rossolis synthétisent l essentiel de leur matière nutritive à l aide de la lumière du soleil (photosynthèse). Ils compensent la faible quantité en matières minérales, essentiellement de type azoté, des milieux qu ils occupent par la capture de petits insectes. Ces derniers se collent sur les cils glanduleux de leurs feuilles. Les cils se referment lentement sur la proie qui est alors digérée en un ou plusieurs jours. Une plante peut ainsi se nourrir de près de 2000 proies au cours d une saison d été. Elle peut aussi se développer sans capturer d insectes, mais elle se montrera alors moins robuste. Les fleurs du rossolis à feuilles rondes, composées de cinq pétales blancs et groupées au sein d un épi lâche au sommet de la tige, s épanouissent entre les mois de juillet et août. Elles formeront des graines flottantes capables d utiliser le milieu aquatique pour se disperser. Répartition géographique et intérêts biologiques Le rossolis à feuilles rondes présente une distribution circumboréale * ; il se développe dans les parties froides de l Eurasie et de l Amérique du Nord. Le rossolis à feuilles rondes est connu dans une grande partie de la France, sauf dans la région méditerranéenne, mais ses populations restent rares et disséminées. Dans la région Rhône-Alpes, il est très rare dans le Rhône et semble avoir disparu dans la Drôme, tandis que ses populations sont plus abondantes dans la Loire et surtout en Ardèche. Dans l Ain et les départements alpins, s il se maintient encore assez bien dans les tourbières de montagne, ses populations sont nettement plus disséminées. Ainsi en Savoie, l espèce est connue dans une vingtaine de communes, dispersée dans les massifs montagneux du département. Menaces Présentant une adaptation forte à son milieu de vie, le rossolis à feuilles rondes est avant tout sensible à la détérioration des milieux humides acides qu il fréquente, comme les tourbières. L exploitation de la tourbe, le drainage des tourbières, suivi d enrésinements, ou à l inverse leur inondation pour la création Fiche-espèce n 5 Jean-Noël Avrillier La tourbière du lac Rouge (sous le roc de Fer), milieu de vie du rossolis à feuilles rondes Regard sur quelques espèces - 161

Fiche-espèce n 5 de plans d eau ont été les causes majeures de la disparition de l espèce en plaine et continuent d être des facteurs de menace. En modifiant l équilibre minéral de tourbières, les ruissellements chargés d engrais ou de produits polluants sont tout aussi négatifs pour l espèce. Protection et propositions de gestion Du fait de la rareté et de la spécificité de son milieu, le rossolis à feuilles rondes a été classé espèce protégée. Afin de pérenniser ses populations, il faut préserver son milieu de vie en garantissant la quantité et la qualité de l eau dont il dépend. Le saviez-vous? Le nom de genre Drosera provient du grec drosos qui signifie rosée ; il fait allusion au liquide secrété par les glandes des feuilles, formant des gouttelettes brillant comme de la rosée au soleil. De même le nom de rossolis signifie «rosée du soleil». Ce liquide est proche de la pepsine du suc gastrique humain. Le rossolis est employé en médecine (en particulier dans les sirops) comme calmant de la toux ou contre l asthme, d où sa cueillette parfois abusive au profit des labo ratoires pharmaceutiques. 162 - Regard sur quelques espèces

Le muguet de mai Le muguet de mai (Convallaria majalis) appartient à la famille botanique des asparagacées. Plante familière, à travers la tradition séculaire de la fête du 1 er mai, cette espèce est facile à reconnaître grâce à ses petites fleurs blanches en forme de cloche, dégageant une odeur forte et agréable. Fiche-espèce n 6 plante de 10 à 30 cm de hauteur inflorescence de 3 à 19 fleurs en forme de petite cloche, toutes penchées du même côté deux feuilles lancéolées, longues de 10 à 20 cm entourent une tige unique Muguet de mai PNV - Philippe Benoît Écologie Le muguet de mai est une plante vivace de plaine et de montagne qui se développe jusqu à environ 2 000 m. Il affectionne particulièrement les sous-bois frais des boisements composés de feuillus, sa présence indiquant alors une certaine maturité et naturalité de ces boisements. Il peut aussi s installer en milieux plus ouverts * et plus secs. Il recherche les régions à climat estival chaud. A Saint-Martin-de-Belleville, il pousse dans le secteur de la Côte Derrière et Saint-Laurent-de-la-Côte, dans la vallée des Encombres (aux Priots et sur les pentes de la Dent), etc. Il fleurit à partir de la fin avril, jusqu au mois de juin. En automne, le muguet donne des fruits sous la forme de petites baies rouges fortement toxiques. Répartition géographique et intérêts biologiques Le muguet de mai est présent à travers tout l hémisphère nord, dans les régions tempérées fraîches, en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. En France, l espèce est présente quasiment partout, sauf dans les secteurs de haute montagne (Pyrénées et Alpes), la région méditerranéenne et l extrémité de la pointe occidentale de la Bretagne. En Savoie, cette espèce est bien représentée dans tous les secteurs qui lui sont favorables. Menaces Cette espèce, largement répandue et occupant une certaine diversité de milieux, ne connaît pas de menaces. Localement, des Regard sur quelques espèces - 163

Fiche-espèce n 6 cueillettes abusives (par les promeneurs ou en vue de sa commercialisation) peuvent faire régresser certaines populations. Protection et propositions de gestion prélèvement est alors réduit à une poignée par personne et uniquement les parties aériennes de la plante. Aujourd hui, aucune réglementation n est appliquée en Savoie. Le ramassage du muguet de mai est réglementé dans beaucoup de départements ; le Le saviez-vous? Originaire du Japon, le muguet de mai est une espèce qui a été introduite en France depuis le moyen-âge. Le 1 er mai, il est de tradition en France, en Suisse et en Belgique d offrir du muguet car il fleurit habituellement aux alentours de cette date. Pour certains, seuls les brins de muguet ayant spontanément et naturellement treize fleurs portent bonheur. Cette tradition serait établie depuis la Renaissance par Charles IX qui aurait offert du muguet autour de lui en 1561 comme porte-bonheur. Ce n est que depuis le début du XX e siècle qu il est associé à la fête du travail. Contenant des substances telles que la convallarine, qui a les mêmes propriétés que la digitaline, le muguet est une plante entièrement toxique. Ces substances extraites de la plante peuvent être utilisées pour traiter certaines maladies cardiaques. 164 - Regard sur quelques espèces

L agrion hasté L agrion hasté, appelé aussi agrion à fer de lance (Coenagrion hastulatum) fait partie du groupe des demoiselles ou zygoptères. En Savoie, sept espèces d agrion du genre Coenagrion sont connues. Les mâles d agrion se distinguent aisément par la couleur bleu de leur corps, entrecoupée de bandes noires dorsales plus ou moins larges. Le dessin situé sur le second anneau, ou segment *, derrière la tête est un critère important de distinction entre les espèces. À Saint-Martin-de-Belleville, cette espèce pourrait être confondue avec l agrion jouvencelle (Coenagrion puella), qui toutefois occupe des milieux un peu différents et dont le dessin du 2 ème segment est en forme de U. Fiche-espèce n 7 yeux séparés dessin généralement en fer de lance surmonté par deux petits traits latéraux ; ce dessin varie au sein des populations longueur moyenne de l abdomen un peu inférieur à 3 cm Stéphane Pissavin Mâle d agrion hasté huitième et neuvième segments * entièrement bleus contraste caractéristique du tandem, entre le mâle, bleu et noir, et la femelle aux couleurs marquées (abdomen jaune verdâtre, dorsalement noir bronzé) PNV - Frantz Storck Accouplement d agrion hasté au bord du lac du Plane Regard sur quelques espèces - 165

Fiche-espèce n 7 Écologie L agrion hasté recherche préférentiellement les tourbières acides fraîches, plus rarement les marais, jusqu à 2 500 m d altitude. Les étangs fermés * sont aussi fréquentés par l espèce. La présence de surfaces d eau libre et permanente, même de petite taille, est nécessaire. La période de vol se situe entre fin mai et début septembre, avec un maximum en juinjuillet, qui correspond à la période de reproduction. Les mâles volent faiblement au ras de l eau et se posent souvent sur les plantes. À cette période il est possible d observer la femelle en train de pondre, accompagnée du mâle : elle insère ses œufs dans les tiges ou les feuilles de végétaux aquatiques (potamots, rubaniers, sphaignes, etc.). Lors de cette manipulation, le tandem peut descendre jusque sous la surface de l eau. Les œufs éclosent 2 à 3 semaines après la ponte. La durée du développement de la larve, variant de 1 à 4 ans, selon le climat, la latitude et l altitude. Cette phase de croissance se termine par une métamorphose, au cours de laquelle la larve passe d une respiration aquatique à une respiration aérienne. Elle émerge de l eau, s accroche à un support, le plus souvent une plante, et déchire son enveloppe, appelée exuvie, d où sort la libellule avec sa forme d adulte. Répartition géographique et intérêts biologiques Cette espèce boréo-alpine * est présente de l ouest et du nord de l Europe jusqu à l est de la Sibérie. En Europe moyenne et méridionale, l espèce est rare et ne se développe qu en altitude. En France, l agrion hasté se trouve à la limite occidentale et méridionale de son aire de répartition ; il se localise surtout dans les tourbières d altitude des massifs montagneux (Vosges, Jura, Massif central, Pyrénées, Alpes,...) où ne subsistent souvent que des populations relictuelles. L agrion hasté est classé par les spécialistes dans la catégorie d espèces rares en Savoie, où il est essentiellement connu en quelques localités des Alpes internes. Menaces Comme toutes les libellules, l agrion hasté est surtout sensible à la modification et à la destruction de ses milieux de reproduction. Le drainage et le boisement naturel des tourbières, l apport d eaux polluées sont des causes indiquées de disparition de cette petite libellule, qui peut être par ailleurs fragilisée par la dispersion de ses populations comme en Savoie. Pour les populations du département situées dans les localités de plus basse altitude, le réchauffement climatique est une menace avérée pour cette espèce de climat frais. Sur ces sites, l agrion hasté est alors certainement concurrencé par l agrion jouvencelle, dont on observe une augmentation des populations. PNV - Frantz Storck Agrion jouvencelle 166 - Regard sur quelques espèces

Protection et propositions de gestion Malgré des effectifs peu abondants en France et en Rhône-Alpes, l agrion hasté ne possède pas de statut de protection. L espèce est inscrite sur la liste rouge (liste des espèces menacées) savoyarde des espèces de libellules, où elle est classée comme espèce en grave danger. Le bon état de conservation des milieux dont elle a besoin est indispensable à sa préservation. Il s agit notamment de veiller au maintien d un niveau d eau suffisant dans ses milieux de reproduction. Le rajeunissement par un creusement doux (petites fosses) de tourbières se trouvant en fin de cycle constitue, en certains sites, une mesure favorable. En Savoie et dans le massif de la Vanoise une meilleure connaissance de ses populations est aussi une mesure indispensable pour protéger au mieux cette espèce. Fiche-espèce n 7 Répartition de l agrion hasté en Vanoise (sources : groupe Sympetrum et atlas de répartition des libellules en Rhône-Alpes) Le saviez-vous? Les odonates forment un groupe d insectes comprenant les demoiselles (appelés zygoptères) et les libellules (appelées anisoptères). L agrion hasté fait partie du groupe des demoiselles lesquelles se distinguent par des yeux séparés, des ailes au repos situées dans un plan vertical et un corps grêle. Par ailleurs leur vol est beaucoup plus lent que celui des libellules. Regard sur quelques espèces - 167

Fiche-espèce n 8 La truite fario En France, la truite fario (Salmo trutta fario), ou truite commune, est une espèce issue de deux souches. La truite fario de souche atlantique, seule souche présente sur Saint-Martinde-Belleville, se caractérise par la présence sur les flancs de points uniquement rouges. La truite fario de souche méditerranéenne, un peu plus grande, présente une multitude de taches noires sur les flancs et sur l opercule. La truite fario appartient à la famille des salmonidés, dont une des caractéristiques communes est une petite nageoire dorsale adipeuse et également représentée à Saint-Martin-de-Belleville par la truite arc-en-ciel et l omble chevalier. La truite arc-en-ciel (Onchorynchus mykiss) se distingue de la truite fario par une bande latérale rose et de nombreux petits points noirs sur l ensemble du corps. Cette dernière a été introduite en France. Taille moyenne = 25 à 40 cm nageoire adipeuse flanc parsemé de points rouges CSP - Henri Carmié Mâle de truite fario, souche atlantique flanc et opercule parsemés de points noirs plus ou moins gros Truite fario, souche méditerranéenne FSPPMA Écologie La truite fario est une espèce carnivore des eaux fraîches et bien oxygénées, qui se nourrit de crustacés, de mollusques, de vers, d insectes, d amphibiens et de petits poissons, comme le chabot ou le vairon. Son milieu de vie doit comporter un habitat * diversifié, qu elle occupe selon son stade de développement (alevins, juvéniles, adultes) et son type d activités (reproduction, croissance, chasse, repos, etc.). 168 - Regard sur quelques espèces

CSP - S. Dernier Le frai se déroule généralement d octobre à février sur graviers, dans des eaux douces, courantes, froides et fortement oxygénées, généralement dans les parties supérieures des bassins versants. Les jeunes truites apparaissent au printemps, et rejoignent l aval de la rivière (dévalaison) plus favorable à leur développement. La maturité sexuelle est atteinte vers l âge de trois ans. Oeufs de truite fario La truite fario est une espèce à large répartition européenne, s étendant vers l est, en Asie, et au sud, dans le nord de l Afrique. Cette répartition naturelle s est élargie à l ensemble des continents, suite à de nombreuses introductions. La souche atlantique est naturellement présente dans les pays nordiques, tandis que la souche méditerranéenne s est développée sur tout le bassin méditerranéen. Rattachée à ce bassin par le Rhône, la Savoie ne possède originellement que des truites fario de souche méditerranéenne. Ces populations d origine ont été hybridées suite à une introduction massive à la fin du XIX e siècle de la truite fario de souche atlantique et domestique dans de nombreux cours d eau et lacs du département. À Saint-Martin-de-Belleville, la truite fario de souche méditerranéenne a disparu, tandis que la truite fario de souche atlantique est présente dans tous les lacs et les cours d eau. Elle peut s y reproduire naturellement, comme au Plan de l Eau, sur le doron des Belleville. Menaces La modification du milieu de vie constitue la principale menace pour cette espèce : artificialisation du lit et du débit des cours d eau, obstacles infranchissables, colmatage du fond des cours d eau, pollution de l eau, etc. La diminution des populations naturelles de truites ont amené les collectivités piscicoles à repeupler les cours d eau avec des poissons issus de la souche atlantique. Ce phénomène s est traduit par la contamination des populations de truites autochtones par des gènes étrangers, facteur important de disparition de la truite fario de souche méditerranéenne. Fiche-espèce n 8 Répartition géographique et intérêts biologiques CSP - S. Dernier Protection et propositions de gestion Les populations de truite fario ne font pas l objet d une gestion particulière, hormis le soutien de certaines populations de truite fario de souche atlantique par des opérations régulières d alevinage par l Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique L Amicale bellevilloise. Alevin de truite fario Regard sur quelques espèces - 169

Fiche-espèce n 8 Enfin, une réserve de pêche tournante instaurée sur le doron des Belleville, entre le pont de la Chasse et le pont de la Masse, favorise Le saviez-vous? la préservation des populations piscicoles et de la truite fario en particulier, très présente sur ce torrent. Sur l ensemble de son aire de répartition, la truite fario a développé 5 formes ou souches génétiques adriatique, danubienne, marbrée, atlantique et méditerranéenne Au cours de sa croissance, la truite fario peut présenter trois écotypes * en fonction du type de milieux aquatiques qu elle fréquente à l état adulte : truite de rivière, truite de lac ou truite de mer. En Vanoise, seule la forme truite de rivière se développe. C est une espèce sédentaire qui effectue la totalité de son cycle de vie dans les ruisseaux de montagne. 170 - Regard sur quelques espèces

Le chevalier guignette et le chevalier culblanc Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos) et le chevalier culblanc (Tringa ochropus) appartiennent au grand groupe des oiseaux limicoles, dont la majorité des espèces dépend des milieux humides pour vivre et s alimenter. Parmi eux, les chevaliers, représentés par plusieurs espèces, se distinguent par la taille et la silhouette du corps, la couleur du plumage et celle des pattes, la forme et la longueur du bec. La nécessité de prendre en compte un ensemble de cri-tères rend leur détermination délicate. Trois autres espèces de chevaliers ont été observées en Vanoise : le chevalier gambette (Tringa totanus), le chevalier aboyeur (Tringa nebularia) et le chevalier sylvain (Tringa glareola). Hormis le chevalier guignette, toutes ces espèces fréquentent le massif de la Vanoise exclusivement au cours de leur migration. Fiche-espèce n 9 petite taille : de 18 à 20 cm de long longue queue tache blanche à l épaule Jules Fouarge Chevalier guignette en vol barre alaire pâle plumage brun gris Chevalier guignette Jean-Christophe Delattre de 20 à 24 cm de long plumage noirâtre, pointillé de pâle Jean-Christophe Delattre Chevalier culblanc bec assez long fort contraste entre le dessus sombre et le dessous clair pattes verdâtres à l envol, les ailes sont entièrement noires Regard sur quelques espèces - 171

Fiche-espèce n 9 Écologie Au cours de sa migration, le chevalier guignette fréquente les rives sableuses et caillouteuses des cours d eau et des étendues d eau douce, en plaine et en montagne. Le caractère déterminant est l état naturel de ces rives qui lui offre des possibilités pour s abriter. Le chevalier culblanc recherche les mêmes milieux, avec une préférence pour les rives des étangs et des marais, riches en végétation. Par ailleurs, son bec ne lui permet pas de fouiller les sols trop fermes. Les chevaliers guignette et culblanc se nourrissent d invertébrés qu ils prélèvent dans le sol humide à l aide de leur bec. Insectes, mollusques, vers, crustacés, araignées, etc., font partie de leurs repas quotidiens. Le chevalier guignette peut également picorer dans les bouses laissées par le bétail, où il recherche des mouches et diverses larves. À Saint-Martin-de-Belleville, des individus isolés de chevalier guignette et de chevalier culblanc ont été observés au cours de leur migration, au début du printemps et en été, entre leurs quartiers d hiver, situés en Europe du sud, en Europe de l ouest et en Afrique, et leurs quartiers d été, situés dans l est et le nord-est de l Europe. Au cours de ces déplacements, ils fréquentent les milieux humides d altitude pour se reposer et se nourrir, parfois à plus de 2 500 m. Répartition géographique et intérêts biologiques l Arc et l Isère, de l Avant-pays jusque dans les Alpes internes. Comparativement au chevalier guignette, le chevalier culblanc est absent d Australie et en Europe sa zone de reproduction est beaucoup plus nordique. En France ses séjours ont lieu uniquement en saison d hivernage, au cours desquels il fréquente surtout la moitié nord du pays. En Savoie, l espèce est un migrateur occasionnel. Menaces Les individus en cours de migration, moins exigeants sur la qualité des habitats * qu ils fréquentent, sont peu soumis aux impacts des activités humaines. Par contre les populations nicheuses de chevalier guignette dépendent de la qualité des cours d eau, des milieux aquatiques qui les bordent ainsi que de l absence de dérangement. Protection et propositions de gestion Le chevalier guignette est une espèce protégée en France ; il est classé en danger dans la liste rouge régionale de la faune vertébrée, de ce fait les populations nicheuses sont considérées comme menacées de disparition. Cette indication permet de mesurer toute l attention qui doit être portée à cette espèce pour la maintenir comme nicheuse sur ce territoire. À l exception du continent américain où il reste rare, le chevalier guignette fréquente tous les pays au cours de sa nidification ou de sa période d hivernage. En France, il se reproduit essentiellement dans les Pyrénées-Atlantiques, le Massif central et les Alpes jusqu à environ 1 500 m. En Savoie, l espèce niche sur les principaux cours d eau : le Rhône, 172 - Regard sur quelques espèces

Le saviez-vous? Limicoles vient du latin limus signifiant limon, boue. Ce terme indique le fait que la majorité des oiseaux de ce groupe consomment de petits invertébrés vivant dans la vase ou l humus, qu ils prélèvent sans difficulté grâce à leurs pattes et à leur bec allongés. En Vanoise, le chevalier guignette a été observé comme nicheur sur plusieurs communes : Villaroger, Séez, Bourg-Saint-Maurice et Bessans, jusqu à plus de 1 700 m d altitude pour cette dernière localité. Posé le chevalier guignette est le plus souvent penché en avant et hoche la queue. À l envol, il lance un cri perçant et vole souvent au ras de l eau, avec des séries de battements d ailes nerveux, interrompues par de très courtes pauses. Fiche-espèce n 9 Regard sur quelques espèces - 173

Fiche-espèce n 10 Le circaète Jean-le-Blanc Le circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) est un rapace diurne de taille moyenne : 1,70 m d envergure. Sa taille, sa silhouette et son allure peuvent le faire confondre avec une buse variable, également présente à Saint-Martin-de-Belleville. Une observation attentive du dessous de son corps presque entièrement blanc, des quelques barres sombres situées sous la queue, et son vol stationnaire typique (dit du Saint-Esprit ) permettent d identifier le circaète. tête large et sombre iris jaune très caractéristique PNV - Maurice Mollard Circaète Jean-le-Blanc plumage brun uniforme dessus parties inférieures du corps blanches finement mouchetées de brun Écologie Le circaète Jean-le-Blanc explore des territoires de chasse caractérisés par des milieux ouverts * et ensoleillés, riches en proies et des secteurs boisés pour installer son nid. Cet oiseau migrateur se nourrit presque exclusivement de reptiles, avec une forte majorité de couleuvres, sans négliger les vipères, présentes sur les adrets de Saint-Martin-de- Belleville. Le circaète Jean-le-Blanc construit une aire imposante au sommet d un arbre. La ponte de l unique œuf s effectue début avril. Quarante-cinq jours d incubation en moyenne sont nécessaires à l éclosion. Le jeune s envole après 70 à 80 jours, mais demeure avec PNV - Sébastien Bregeon les adultes jusqu à la migration (fin d été début d automne). Aire de circaète Jean-le-Blanc 174 - Regard sur quelques espèces

Répartition géographique et intérêts biologiques La répartition du circaète Jean-le-Blanc s étend depuis la péninsule ibérique et l Afrique du Nord jusqu en Asie centrale. Présent également en France, il fréquente uniquement la moitié sud du pays (au sud de la Loire). En Savoie, l espèce est en limite nord de sa répartition rhône-alpine. Elle compte une quinzaine de couples, principalement localisés dans l Avant-Pays savoyard. Le circaète Jeanle-Blanc pénètre dans les vallées pour chasser; à Saint-Martin-de-Belleville, il survole régulièrement l ensemble de la vallée des Belleville et particulièrement le secteur du lac du Lou. Sa nidification n a pas encore été observée. Le déclin de ses populations jusque dans les années 1970 et la diminution de son aire de répartition font du circaète une espèce considérée comme rare. Menaces Les principales causes de déclin du circaète Jean-le-Blanc tient en la raréfaction des milieux ouverts * propices aux reptiles. La fermeture * de ces milieux réduit l abondance et la disponibilité de ses proies. Protection et propositions de gestion Le circaète Jean-le-Blanc est une espèce protégée par la loi française, comme tous les rapaces. Il est inscrit à l annexe I de la Directive européenne sur les Oiseaux, c est-àdire qu il doit faire l objet, de la part des pays membres, de mesures spéciales de conservation concernant son habitat *, afin d assurer sa survie et sa reproduction dans son aire de distribution. Fiche-espèce n 10 PNV - Maurice Mollard Circaète Jean-le-Blanc en vol Le saviez-vous? Le circaète Jean-le-Blanc a un régime alimentaire exclusif (serpents principalement). Une telle spécialisation est un phénomène assez rare chez les rapaces. Il avale les serpents et lézards tout entiers, si bien que la queue de ses proies, visible en vol, dépasse parfois du bec du rapace, alors que celui-ci est déjà en train de digérer la tête. Le circaète Jean-le-Blanc ne craint pas les reptiles venimeux, bien qu il ne soit pas immunisé contre leur morsure. Il tue toujours sa proie sans laisser le temps aux vipères de le mordre. Regard sur quelques espèces - 175

Fiche-espèce n 11 Le blaireau d Europe Le blaireau d Europe (Meles meles) fait partie de la famille des mammifères appelée mustélidés, qui se caractérisent par un corps allongé, des pattes courtes, dont les extrémités sont pourvues de griffes acérées et recourbées, et par une denture de type carnassier. En Europe, les représentants de cette famille ont des tailles qui varient entre moins de 20 cm et plus d un mètre de longueur. À Saint-Martin-de-Belleville, cette famille est également représentée par la belette, l hermine, la fouine et la martre. La taille nettement plus importante que celle des autres mustélidés, ainsi que la coloration très typique de la tête permettent aisément de reconnaître cet animal familier qu est le blaireau. Longueur 70 cm à 1 m tête blanche avec deux raies noires entre le museau et les oreilles pelage du dos, des flancs et de la queue gris museau pointu Sébastien Ratel Blaireau d Europe pelage du ventre et des pattes noires Christine Garin Empreinte de patte de blaireau d Europe Écologie Le blaireau est une espèce de plaine et de moyenne montagne, qui occupe essentiellement les boisements jusqu à leur limite supérieure, s aventurant occasionnellement au-dessus. Son territoire doit comporter des terrains meubles et faciles à creuser, idéalement en pente pour permettre une meilleure évacuation de l eau et des déblais. Ces conditions requises, ainsi qu un environnement riche en ressources alimentaires, suffisent au blaireau pour s installer. Aussi une grande diversité de milieux peut lui conve- 176 - Regard sur quelques espèces

nir : bosquets, landes, prairies en lisière de bois, haies boisées, etc. Il peut être présent en montagne, près du littoral et en zones urbaines, dans les parcs, les terrains vagues, etc. Le blaireau est omnivore, son régime alimentaire est composé d éléments qu il prélève en fouillant le sol avec son museau, lors de ses sorties crépusculaires et nocturnes. Il s agit pour l essentiel de vers de terre, limaces et escargots, qu il complète avec une grande diversité d aliments : couvains de guêpe, champignons, fruits, œufs d oiseaux, etc. Les blaireaux atteignent leur maturité sexuelle à l âge de deux ans. Aux mois de février-mars, la femelle donne naissance de 1 à 4 blaireautins qui dépendront d elle jusqu au mois d août. À l automne, le blaireau accumule des réserves de graisse sous la peau (jusqu à 60% de son poids) qu il consommera au cours de son hivernation *, à la saison froide Répartition géographique et intérêts biologiques Le blaireau d Europe est présent dans la plupart des pays d Europe, depuis l Atlantique jusqu à l Oural, également en Russie et en Asie, depuis la Syrie jusqu au Japon. Le blaireau est présent partout en France, sauf en Corse. En Savoie, il reste une espèce commune, malgré une régression dans les zones d agriculture intensive. Menaces La circulation routière et la dégradation de son habitat * (urbanisation, intensification agricole, etc.) sont les principaux facteurs auxquels cette espèce, non menacée, reste sensible. Protection et propositions de gestion L espèce est protégée en Europe de l Ouest, sauf en France, en Suisse et en Allemagne où il reste sur la liste des espèces chassables, sans être classé nuisible. Une recommandation récente de l Office national des Forêts stipule la prise en compte du blaireau dans la gestion sylvicole dont elle a la charge. Sur les tronçons routiers où il n est pas possible de Fiche-espèce n 11 Biosphoto - Frédéric Desmette Jeunes blaireaux Regard sur quelques espèces - 177

Fiche-espèce n 11 réduire la vitesse des voitures et où la mortalité s avère importante, la réalisation de passages souterrains permet de l épargner. Les dégâts ponctuels causés aux jardins et aux cultures peuvent être évités par des répulsifs ou des barrières électriques ou physiques. Dans tous les cas, une estimation rigoureuse des populations de blaireau constitue un enjeu pour avoir une connaissance de l évolution de cette espèce, pour justifier son statut de nuisible et tout acte de régulation. Le saviez-vous? En Savoie, le blaireau a atteint des records d altitude en Vanoise avec des observations d individus à 2 400 m. Certains terriers peuvent être occupés par plusieurs générations de blaireaux, ceci pendant des siècles. Ces terriers se composent d entrées, appelées gueules, de galeries et de chambres et peuvent avoir des dimensions très importantes si le terrain et l environnement s y prêtent. Ces terriers peuvent être partagés avec d autres espèces comme le renard ou le chat sauvage. En France, le blaireau continue d être l objet du déterrage, ou vénerie sous terre, une chasse de loisirs qui consiste à l aide de chiens spécialisés et d outils de terrassement à capturer les animaux au fond de leur terrier après l avoir complètement ouvert. En Savoie, cette pratique, apparue dans les années 2000, reflète son développement récent sur l ensemble du territoire national (plus de 1 000 équipages). En 2008-2009, un arrêté préfectoral autorise le déterrage depuis le mois de septembre jusqu au mois de janvier, puis du mois de mai jusqu au mois de septembre. Le déterrage est un mode de chasse qui soulève avant tout des questions d éthique sur les rapports entre l homme et l animal. 178 - Regard sur quelques espèces

Le mouflon méditerranéen Le mouflon méditerranéen (Ovis gmelini musimon x O. sp.) fait partie du groupe des ongulés (mammifères à sabots), également représentés sur la commune par le bouquetin des Alpes, le chamois, le cerf élaphe, le chevreuil et le sanglier. Ce mouflon est une espèce originaire de Corse ou de Sardaigne, hybridée avec d autres mouflons ou avec des moutons domestiques. Son introduction sur le continent a été réalisée dans un but cynégétique, à partir des années 1950, et fait suite à une forte pression de chasse suivie d un déclin des ongulés de montagne. Le mouflon méditerranéen se distingue aisément par la couleur blanche du museau, des pattes et du ventre et par la forme en spirale des cornes du mâle. Fiche-espèce n 12 cornes enroulées en spirale, jusqu à 85 cm de long pelage brun noir en hiver et brun roux en été ventre blanc et pattes blanches Longueur : 130 à 140 cm Poids : 35 à 50 kg Biosphoto - Robert Valarcher Mouflon méditerranéen : mâle adulte en automne Longueur : 120 à 130 cm Poids : 25 à 35 kg cornes généralement absentes, ou bien cornes courtes et droites pelage d hiver plus clair que celui du mâle PNV - Alexandre Garnier Mouflon méditerranéen : femelle adulte en hiver Écologie Le mouflon méditerranéen recherche avant tout les vastes espaces ouverts* de landes ou de prairies, où le relief est modéré. Le sol doit être dur, sec et caillouteux, couvert d une végétation herbacée ou arbustive. Ses origines expliquent sa préférence pour les régions d altitude moyenne, peu arrosées et à faible enneigement. S il fréquente les pentes et les rochers de plus haute altitude, ce n est que pour fuir l homme. Il n est pas adapté, comme le chamois, à la neige trop épaisse et non portante, ni, comme le bou- Regard sur quelques espèces - 179

Fiche-espèce n 12 quetin, aux pentes les plus raides. L alimentation du mouflon méditerranéen est essentiellement composée de plantes herbacées de type graminées. Il est capable toutefois de consommer une grande diversité de végétaux : feuilles, bourgeons et jeunes pousses d arbres et arbustes, fruits (baies, glands, faînes, châtaignes), mais aussi champignons, mousses et lichens. Ces végétaux permettent de pallier l inaccessibilité ou le manque de plantes herbacées, ou bien constituent des aliments complémentaires aux plantes herbacées. Le mouflon méditerranéen est assez sédentaire. En été, il préfère la fraîcheur des ubacs d altitude ou des fonds de ravins. En automne, il se tient généralement à mi-versant et recherche des fruits variés. En hiver, il fuit la neige et se tient à basse altitude, sur les adrets ou les secteurs balayés par le vent. Il remonte au printemps avec le développement de la végétation. À Saint-Martin-de- Belleville, l espèce est souvent observée sur un secteur situé entre la Gratte et la pointe de la Masse, dans la vallée des Encombres. La période de rut a lieu d octobre à décembre ; la compétition entre les mâles donne lieu alors à des combats spectaculaires, mais rarement dangereux. Après 5 mois de gestation, la femelle donne naissance à un seul agneau, plus rarement deux, aux mois de mars-avril. Les zones de mise bas correspondent à des secteurs abrités (broussailles, zones de rochers, etc.). Animal grégaire, le mouflon méditerranéen se déplace en hardes ; dirigé par une femelle expérimentée, le groupe matriarcal (femelle accompagnée des jeunes) est la structure la plus stable. Les mâles forment le plus souvent des groupes séparés, à l exception de la période de rut, au cours de laquelle ils rejoignent les groupes matriarcaux Répartition géographique et intérêts biologiques À partir du XVIII e siècle, le mouflon a été introduit à des fins cynégétiques dans de nombreux pays européen, également aux États-Unis et dans l archipel des Kerguelen. En France, il été introduit dans plusieurs massifs montagneux à partir des années 1950. Ainsi en Savoie, le mouflon méditerranéen est présent essentiellement dans les Bauges, mais aussi en Tarentaise et en Maurienne. S il a pu se reproduire naturellement dans le département, ses origines méditerranéennes ont empêché son extension. À la fin des années 1990, son effectif total s élève à environ 600 individus, soit environ 5% de la population française. Ce sont les régions Languedoc- Roussillon et Provence-Alpes-Côte-d Azur qui abritent les effectifs les plus importants. Menaces PNV - Alexandre Garnier Femelle de mouflon méditerranéen et mâles de bouquetin des Alpes Il n y a pas de menace particulière à craindre pour cette espèce gibier. En revanche, par son origine, le mouflon méditerranéen n a pas sa place dans l écosystème alpin. Il est souhaitable que les populations introduites puissent décliner (chasse et prédateurs naturels) et que plus aucune introduction ne puisse être autorisée en Savoie. Pour cette même raison, l apport de nourriture 180 - Regard sur quelques espèces

hivernale sous forme de foin est à proscrire. Protection et propositions de gestion Au niveau européen, le mouflon de Corse (Ovis gmelini musimon var. corsicana) est considéré comme une espèce d intérêt communautaire au titre de la directive Habitats *. Au niveau national, le mouflon de Corse et le mouflon méditerranéen ont le statut d espèces de gibier dont la chasse est autorisée. La chasse du mouflon de Corse est interdite sur son île d origine depuis 1956. Le mouflon méditerranéen est soumis au plan de chasse obligatoire, instauré depuis 1978. Fiche-espèce n 12 Le saviez-vous? Le mouflon méditerranéen provient en partie du mouflon de Corse et de Sardaigne dont les origines sont elles-mêmes anciennes et déjà marquées par l intervention humaine. Il s agit de mouflons sauvages du Proche-Orient qui, après avoir été domestiqués au cours de la période néolithique, ont été introduits dans les grandes îles méditerranéennes (Corse, Sardaigne, Chypre) où une partie d entre eux est retournée à l état sauvage. En Corse, le mouflon aurait été introduit au VI e ou VII e millénaire avant J.-C. par des nomades. Aujourd hui le mouflon de Corse n est représenté que par deux populations (Monte Cinto et massif de Bavella), totalisant plusieurs centaines d individus. Regard sur quelques espèces - 181

Annexes Annexes

Lexique Annexes 1] d après le Dictionnaire des plantes et champignons (Boullard B., 1997) [2] d après le Dictionnaire encyclopédique de l écologie et des sciences de l environnement (Ramade F., 1993) [3] d après Les Insectes de France et d Europe occidentale (Chinery M., 1988) [4] d après la Flore forestière française tome 2 (Rameau et al., 1993) [5] d après Le monde des tourbières et des marais (Manneville et al, 1999) ooo Affouage À l origine l affouage est le bois de chauffage cédé aux habitants d une commune, en contrepartie d un travail collectif. Aujourd hui, dans certaines communes, ce bois continue d être prélevé dans la forêt communale et distribué gratuitement aux habitants qui le souhaitent. Anthropophile Se dit des espèces animales ou végétales qui vivent dans un milieu habité ou fréquenté par l homme. Ces espèces peuvent avoir avec l homme des liens de type commensal, c est-àdire profiter des résidus de nourriture laissés par l homme, ou bien utiliser le lieu de vie de l homme comme habitat * de substitution à leur habitat * naturel d origine. Arctico-alpine [1] Se dit d une plante dont l aire de répartition, disjointe, concerne à la fois les régions arctiques ou subarctiques et les parties élevées des montagnes de la zone tempérée. Association (végétale) [2] Groupement de végétaux aux exigences écologiques proches et constituant des peuplements homogènes en adéquation avec les conditions géocentriques ambiantes. ou Groupement végétal en équilibre avec le milieu, caractérisé par une composition floristique dans laquelle certains éléments exclusifs révèlent une écologie particulière (Braun-Blanquet). Atterrissement [2] Se dit d un plan d eau s asséchant par accumulation de sédiments. Boréo-alpin Se dit d une plante ou d un animal dont l aire de répartition concerne le Grand Nord et les massifs montagneux d Europe et d Asie. Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 185

Annexes Chaîne alimentaire (= pyramide alimentaire) [2] Ensemble des êtres vivants reliés par les relations végétaux/herbivores et proies/prédateurs. La première catégorie d êtres vivants est constituée par les producteurs (végétaux), la seconde par les consommateurs (herbivores et carnivores) et la dernière par les décomposeurs (charognards et détritivores). Climacique [2] Vient du nom climax et qualifie l étape ultime de l évolution d une communauté végétale. Le climax correspond à l optimum de développement de cette dernière, en tenant compte des conditions de sol et de climat du milieu considéré. Le climax est un stade d équilibre dynamique susceptible de variations. Collemboles [3] Insectes du sol, dépourvus d ailes, capables de sauts grâce à un organe spécifique, la furca. Cypéracées [1] Importante famille botanique d environ 3 800 espèces. Ce sont des plantes vivaces qui se caractérisent par une tige triquètre, c est-à-dire composée de trois angles saillants, des feuilles alternes, souvent linéaires et des fleurs discrètes, regroupées en petits épis. Les cypéracées sont très représentées en pays froids ou tempérés, et bien adaptées aux terrains humides. Les genres les plus communs de notre climat sont les laiches (Carex), les linaigrettes (Eriophorum) et les scirpes (Scirpus). Écotone [1] Zone de transition entre deux écosystèmes contigus. C est en général un territoire intéressant à considérer puisque s y côtoient des organismes appartenant aux deux communautés voisines, en sus d espèces ubiquistes *. Les ourlets forestiers et les lisières sont des écotones particulièrement riches. Écotype Population d une espèce donnée qui a du développer des aptitudes nouvelles pour s adapter à un type d environnement nouveau pour l espèce. Cela peut entraîner des variations morphologiques plus ou moins importantes ; ces plantes ou animaux sont appelés variétés, sousespèces et même espèces différentes. Endémique [1] Caractère d une espèce qui est propre à une région géographique circonscrite, dont l aire de répartition est donc strictement limitée. Éphémères [3] Ordre d insectes délicats au corps mou et au vol médiocre qui se caractérisent par 2 ou 3 longs cerques, ou filaments, à l extrémité de leur abdomen. Leur nom fait allusion à la brièveté de la durée de vie de l adulte (quelques heures), uniquement consacrée à la reproduction, contrairement à celle de la larve, au mode de vie aquatique, qui peut se prolonger sur plus d une année. 186 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

Etage de végétation [1] Sert à désigner chacun des territoires altitudinaux que l on définit par la composition de leur végétation propre. Un étage de végétation correspond à une zone bien définie, géographiquement délimitée, au climat bien caractérisé, au niveau de laquelle le tapis végétal a une composition floristique particulière. Les altitudes concernant un étage de végétation varient d un versant à l autre. Elles sont approximativement comprises entre : - 0 et 900 m pour l étage collinéen, - 900 et 1 600 m pour l étage montagnard, - 1 600 et 2 200 m pour l étage subalpin, - 2 200 et 3 000 m pour l étage alpin, - 3 000 m et plus pour l étage nival. Annexes Fermeture (des milieux) Se dit des milieux ouverts * (pelouses, prairies, bas-marais) qui sont envahis par des espèces vivaces hautes (roseaux, buissons, arbustes, etc.), suite à l interruption de la fauche ou du pâturage. Futaie jardinée [1] Futaie : structure forestière dont la strate arborescente est formée d arbres élancés, à cimes jointives, au tronc dégagé, dont l appellation de fût est à l origine même du terme de futaie. Si les arbres appartiennent à des classes d âges différentes et sont donc de tailles très variées, la futaie est dite jardinée. Grilla La grilla est un enduit de teinte ocrée obtenu à partir d une roche extraite sur la commune, le gypse. Dans un four, des couches de gypse alternant avec des couches de charbon subissent une combustion de plusieurs jours. Après refroidissement, la roche est réduite en poudre avec une masse en bois spéciale ; cette poudre est alors utilisée comme composant de base pour élaborer un ciment tacheté de rose appelé grilla. Habitat (naturel) Au sens de la directive dite Habitat, un habitat naturel est un milieu terrestre ou aquatique, se distinguant par des conditions climatiques, géologiques et géographiques originales et par la présence d un cortège floristique et faunistique spécifique. Dans la pratique, un habitat peut être caractérisé par une ou plusieurs associations végétales *. Hivernation Terme utilisé pour désigner la somnolence hivernale des carnivores comme l ours et le blaireau. Ce sommeil s accompagne d une baisse de température modérée. Il peut être entrecoupé de nombreux réveils permettant à l animal de réagir en cas de danger ou de sortir de son abri lors de périodes de redoux. Elle se distingue de l hibernation qui implique une véritable léthargie et une diminution importante de la température de l animal. Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 187

Annexes Hydromorphie L hydromorphie est une qualité d un sol. Un sol, ou une «couche» de sol, est dit hydromorphe lorsqu il porte les traces visibles d un excès d eau antérieur qui s est produit au cours d une période prolongée. Il s agit d un excès d eau régulier, qui peut être permanent ou temporaire. Dans un sol hydromorphe, l eau est envisagée comme un facteur principal de formation et d évolution. Mégaphorbiaie (ou mégaphorbiée) [1] Formation végétale qui se rencontre surtout dans les ravins humides en moyenne montagne, et que caractérisent des végétaux de haute taille. Ouvert [1] Caractère d une formation végétale, d un peuplement, dont les éléments constitutifs sont assez distants entre eux pour laisser des espaces libres, permettant entre autre, l accès du soleil à la surface du sol. Par opposition à fermé : caractère d une formation végétale assez dense, ne laissant entre les appareils aériens ou frondaisons de ses constituants aucun espace libre. Pédologie Science qui se rapporte à l étude des sols, introduite en France au début du XXe siècle. La pédologie mobilise différentes disciplines : la physique, la chimie, la minéralogie, la biologie, etc. Elle examine les constituants de la terre (minéraux, matières organiques), leur agencement (granulométrie, structure, porosité), leurs propriétés physiques (transfert de l eau et de l air), leurs propriétés chimiques (rétention des ions, ph). Elle porte des diagnostics sur les types de sol (classification) et sur leur dynamique (types de genèse : pédogenèse ). Enfin elle en déduit des applications. Pessière [4] Formation forestière naturelle ou semi-naturelle dominée par l épicéa. Primaire (milieu) Désigne un milieu dont l origine et l évolution (si elle existe) sont complètement naturelles. C est un milieu qui n a été l objet d aucune intervention humaine. Relique ou relicte glaciaire [5] Espèce réfugiée dans certains biotopes froids (tourbières, etc.) d Europe moyenne après le réchauffement postglaciaire. Ripisylve [1] Formation boisée, ou simplement buissonnante, des berges des cours d eau. Secondaire (milieu) Désigne un milieu retourné à l état semi-naturel après avoir été défriché, sans être labouré, et exploité en herbage. 188 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

Segment Chez les insectes, le segment désigne chacun des éléments constitutifs de l abdomen. Leur nombre varie de 5 à 11. Ces segments sont dépourvus de pattes mais peuvent porter d autres organes tels que des pinces, des filaments, etc. ; tous présentent sur leurs côtés latéraux des stigmates (petits orifices) utilisés pour la respiration. Toutes les espèces de libellules ont un abdomen constitué de 10 segments. Annexes Spectre d action Ensemble des objets ou sujets, sur lesquels un phénomène peut produire des effets. Sphaignes Les sphaignes sont des mousses qui forment des coussins verts, parfois rougeâtres, gorgés d eau, jusqu à environ 2 000 m d altitude. Elles présentent des tiges dressées, de 10 à 40 cm de hauteur, portant de courts rameaux. De petites feuilles en écailles poussent sur les tiges et les rameaux. Dépourvues de racines et de tissus conducteurs, les sphaignes ont une croissance continue par leur extrémité apicale (environ 3 cm par an), alors qu elles meurent par leur base accumulant ainsi leur matière organique dans un milieu humide acide et anaérobie. Outre des conditions environnementales favorables (froid, forte humidité), les sphaignes jouent également un rôle clé dans la formation d une tourbière. Elles produisent et libèrent des composés acides défavorables aux bactéries, entraînant un ralentissement important de la décomposition de la matière organique morte. Par conséquent, au fur et à mesure que les sphaignes poussent sur elles-mêmes à la surface, les anciennes couches meurent mais ne pourrissent pas, formant la tourbe. Stigmate [1] Extrémité libre du pistil vouée à la réception du pollen lors de la pollinisation. Style [1] Dans la fleur, le style est une partie amincie du pistil, le plus souvent cylindrique, qui surmonte communément l ovaire et que couronne le stigmate *. Ubiquiste [1] Qui est capable de coloniser une vaste gamme de stations considérées aussi bien sous l angle écologique qu au plan géographique. Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 189

Annexes Bibliographie AESCHIMANN D. & BURDET H.M., 1994.- Flore de la Suisse Le nouveau Binz. Deuxième édition. Éd. du Griffon. Neuchâtel, Suisse. 603 p. ARTHUR L. & LEMAIRE M., 1999.- Les chauves-souris, maîtresses de la nuit. Description, mœurs, observations, protection Éd. Delachaux et Niestlé. Lausanne, Suisse. 268 p. ASTA J., CLAUZADE G. & ROUX Cl., 1972.- Premier aperçu de la végétation lichénique du Parc national de la Vanoise. Trav. sci. Parc nation. Vanoise, II, 73-105. ASTA J., CLAUZADE G. & ROUX Cl., 1973.- Compléments à l étude de la végétation lichénique du massif de la Vanoise. Trav. sci. Parc nation. Vanoise, III, 73-104. ASTA J., CLAUZADE G. & ROUX Cl., 1974.- Compléments à l étude de la végétation lichénique du massif de la Vanoise. Trav. sci. Parc nation. Vanoise, V, 105-112. ASTA J., CLAUZADE G. & ROUX Cl., 1976.- Compléments à l étude de la végétation lichénique du massif de la Vanoise (II). Trav. sci. Parc nation. Vanoise, VII, 91-100. BELLMANN H. & LUQUET G., 1995.- Guide des sauterelles, grillons et criquets d Europe occidentale. WWF. Éd. Delachaux et Niestlé. Paris, France. 383 p. BERNARD C. & COMBET P., 1996.- Paysages des vallées de Vanoise. CAUE. Chambéry, France. 186 p. BERNARD-DEUST E., 1992.- Sous la neige le soleil. A la découverte de la vallée des Belleville. Éditions Cogepral. 128 p. BONNIER G., 1990.- La grande flore en couleurs, France, Suisse, Belgique et pays voisins. Éd. Belin. Paris, France (réédition en 5 vol.). BOULLARD B., 1997.- Dictionnaire des plantes et champignons. Éd. Estem. Paris, France. 875 p. CENTRE ORNITHOLOGIQUE RHÔNE-ALPES SAVOIE (Groupe Ornithologique Savoyard), 2000.- Livre blanc des vertébrés de Savoie. Poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères sauvages : inventaire, bilan des connaissances, statuts. Miquet A. (réd.). Le Bourget du Lac, France. 272 p. CENTRE ORNITHOLOGIQUE RHÔNE-ALPES, 2003. Oiseaux nicheurs de Rhône- Alpes. CORA Éditeur. 336 p. 190 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

CHIBON P., 1976.- Les amphibiens dans le Parc national de la Vanoise. Trav. sci. Parc nation. Vanoise, tome VII. p 149-155. CHINERY M., 1988.- Insectes de France et d Europe occidentale. Éd. Arthaud. Paris, France. 320 p. Annexes COMMUNE DE SAINT-MARTIN-DE-BELLEVILLE, 2004.- Commune de Saint-Martinde-Belleville. Environnement Patrimoine. Bulletin municipal. 55 p. COMMUNE DE SAINT-MARTIN-DE-BELLEVILLE, 2007.- Vallée des Belleville. Portrait d une haute Vallée. Saint-Martin / Les Menuires / Val Thorens. Demurs G. (dir. éditorial). Éditions Inverse. 162 p. CONTE A., 2001.- Un mémoire d accompagnatrice en montagne 2ème partie : Tarentaise Vanoise terre de providence, de rêves et de convoitise et les richesses naturelles de la vallée des Belleville. Examen AEM DDJS, 35 p. COSTE H., 1983.- Flore descriptive et illustrée de la France, de la Corse et des contrées limitrophes. Tome III. 807 p. D AGUILAR J. & DOMMANGET J.-L., 1998.- Guide des libellules d Europe et d Afrique du Nord. L identification et la biologie de toutes les espèces. Éd. Delachaux et Niestlé. Paris, France. 463 p. DANTON P. & BAFFRAY M., 1995.- Inventaire des plantes protégées en France. Éd. Nathan. Mulhouse, France. 294 p. DELAHAYE T. & PRUNIER P., 2006.- Inventaire commenté et liste rouge des plantes vasculaires de Savoie. Bull. spécial Soc. Mycol. Bot. Région Chambérienne, n 2. 106 p. DELARZE R., GALLAND P. & GONSETH Y., 1998.- Guide des milieux naturels de Suisse, écologie, menaces, espèces caractéristiques. La bibliothèque du naturaliste. Éd. Delachaux et Niestlé. Paris, France. 415 p. DELMAS M., BOURGEOIS M.-G., MOLLARD M. & coll., 1993.- Fleurs de Vanoise. Coll. Parc National de la Vanoise. Éd. Edisud. Aix-en-Provence, France. 318 p. DIJKSTRA K. D.-B., 2007.- Guide des libellules de France et d Europe. Les guides du naturaliste. Éd. Delachaux et Niestlé. 320 p. DUQUET M. et coll., 1992.- Inventaire de la faune de France, vertébrés et principaux invertébrés. Éd. Nathan et Muséum national d histoire naturelle. Paris, France. 416 p. FEDERATION RHÔNE-ALPES DE PROTECTION DE LA NATURE, 1997.- Atlas des mammifères sauvages de Rhône-Alpes. 303 p. Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 191

Annexes FIERS V., GAUVRIT B., GAVAZZI E., HAFFNER P., MAURIN H. & coll., 1997.- Statut de la faune de France métropolitaine. Statuts de protection, degrés de menace, statuts biologiques. Col. Patrimoines naturels, volume 24 Paris, Service du Patrimoine Naturel / IEGB / MNHN, Réserves Naturelles de France, Ministère de l Environnement. Paris, France. 225 p. FISCHESSER B., 1998.- La vie de la montagne. Éd. de la Martinière. Paris, France. 360 p. FORMAT PAYSAGE, 2006.- Commune de Saint-Martin-de-Belleville Plan local d urbanisme. Rapport de présentation. 180 p. FORMAT PAYSAGE, 2006.- Commune de Saint-Martin-de-Belleville Plan local d urbanisme. Diagnostic agricole. 48 p. FORMAT PAYSAGE, 2006.- Commune de Saint-Martin-de-Belleville Plan local d urbanisme. Diagnostic touristique. 63 p. FORMAT PAYSAGE, 2006.- Commune de Saint-Martin-de-Belleville Plan local d urbanisme. Projet d aménagement et de développement durable. 10 p. FORMAT PAYSAGE, 2006.- Commune de Saint-Martin-de-Belleville Plan local d urbanisme. Cahier des prescriptions architecturales. GENSAC P., 1996.- Flore de Vanoise Initiation à la flore de montagne. Éd. Gap. La Ravoire, France. 272 p. GRAND D. & BOUDOT J.-P., 2006.- Les libellules de France, Belgique et Luxembourg. Éd. Biotope, Mèze, (Collection Parthénope). 480 p. GUYÉTANT Robert, 1997.- Les amphibiens de France. Revue française d aquariologie, supplément aux n 1-2. Pulnoy, France. 64 p. HUDRY Joseph (dir.), 2003.- Lo bèlavlaï Le lexique du parler patois de Saint-Martin-de- Belleville. Éditions Comp Act, 285 p. KEITH P. & ALLARDI J., 2001.- Atlas des poissons d eau douce de France. Éd. Muséum National d Histoire Naturelle, Patrimoines naturels, n 47. 387 p. KÜHNER R. & LAMOURE D., 1986.- Catalogue des Agaricales (basidiomycètes) de la zone alpine du Parc national de la Vanoise et des régions limitrophes. Trav. sci. Parc nation. Vanoise, tome XV. p 103-187. LAFRANCHIS T., 2000.- Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles. Collection Parthénope. Éd. Biotope, Mèze, France. 448 p. 192 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

LAUBER K. & WAGNER G., 1998.- Flora Helvetica. Flore illustrée de Suisse. Éd. Belin. 1 616 p. LEBRETON P., LEBRUN P., MARTINOT J.-P., MIQUET A. & TOURNIER H., 2000.- Approche écologique de l avifaune de Vanoise. Travaux scientifiques du Parc national de la Vanoise. Tome XXI. 304 p. Annexes LOSANGE (ouvrage collectif), 1999.- Mammifères de France. Édition Artémis. Collection Découverte Nature. 127 p. MACDONALD D. & BARRETT P., 1995.- Guide complet des mammifères de France et d Europe. Les guides du naturaliste. Éd. Delachaux et Niestlé. Paris, France. 304 p. MOREAU Pierre-Arthur, 1997.- Mise à jour du «Catalogue des Agaricales de la zone alpine du Parc national de la Vanoise et des régions limitrophes». Rapport non publié. 83 p. NAULLEAU G. (CNRS), 1984.- Les serpents de France. Revue française d aquariologie, herpétologie, n 3 & 4. 57 p. OLIVIER L., GALLAND J.-P., MAURIN H. & coll., 1995.- Livre rouge de la flore menacée de France Tome I : espèces prioritaires. Col. Patrimoines naturels, volume 24 Paris, Service du Patrimoine Naturel / IEGB / MNHN, Conservatoire Botanique National de Porquerolles, Ministères de l Environnement. Paris, France. 486 p + annexes. PARC NATIONAL DE LA VANOISE, 1998.- Atlas du Parc national de la Vanoise. Éd. Atelier 3, Montpellier, France. 64 p. PARC NATIONAL DES ÉCRINS, 2005.- À la découverte des fleurs des Alpes - 350 espèces dans leur milieu. Nicollet B. (Coord.). Coll. Les guides de terrain des parcs nationaux de France. Éd. Libris, Seyssinet-Pariset (Isère). 432 p. RAMADE F., 1993.- Dictionnaire encyclopédique de l écologie et des sciences de l Environnement. Éd. Édiscience international. Paris, France. 822 p. RAMEAU J-C., MANSION D. & DUMÉ G., 1989.- Flore forestière française. Guide écologique illustré. Tome 1 Plaines et collines. Institut pour le Développement Forestier / Ministère de l Agriculture et de la Pêche / Direction de l Espace Rural et de la Forêt / Ecole Nationale du Génie Rural, des Eaux et Forêts. Paris, France. 2 421 p. RAMEAU J-C., MANSION D. & DUMÉ G., 1993.- Flore forestière française. Guide écologique illustré. Tome 2 Montagnes. Institut pour le Développement Forestier / Ministère de l Agriculture et de la Pêche / Direction de l Espace Rural et de la Forêt / Ecole Nationale du Génie Rural, des Eaux et Forêts. Paris, France. 2 421 p. Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 193

Annexes ROCAMORA G., 1994.- Les Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux en France. Ligue pour la Protection des Oiseaux / Birdlife International / Ministère de l Environnement. Éd. de la Ligue pour la Protection des Oiseaux. 339 p. ROUÉ S. & MARTINOT J.-P., 1997.- Connaître et protéger les chauves-souris en Savoie. Éd. Parc national de la Vanoise. Chambéry, France. 50 p. SVENSSON L., MULLARNEY K., ZETTERSTRÖM D. & GRANT P.J, 1999.- Guide ornitho. Les guides du naturaliste. Éd. Delachaux et Niestlé. Paris, France. 399 p. TOLMAN T. & LEWINGTON R., 1999.- Guide des papillons d Europe et d Afrique du Nord. Les guides du naturaliste. Éd. Delachaux et Niestlé. Paris, France. 320 p. VIARD C., 1992.- Enregistrements sonores auprès de personnes âgées à Saint-Martin-de- Belleville. Université de Grenoble. 194 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

Liste des plantes d intérêt patrimonial Annexes Les grands types de milieux de Saint-Martin-de-Belleville Protection Livre rouge tome 1 Priorité pour le Parc (ordre croissant d importance) Village, hameaux et abords Lacs et cours d eau Zones humides d altitude Prairies de fauche de vallée Forêts Aulnaie et mégaphorbiaie Landes, landines et fourrés de saules d altitude Pelouses d altitude et combes à neige Éboulis, moraines et glaciers rocheux Rochers et falaises ail victorial 1 ancolie des Alpes + 2 androsace alpine + 1 androsace pubescente + 1 astragale de Lienz + + 3 chardon bleu des Alpes + + 4 crépide naine 1 fausse bardane réfléchie + 1 gentiane croisette 1 laiche des bourbiers + 2 laiche faux pied d oiseau + 2 lis martagon 1 lis orangé 2 lycopode des Alpes + 1 mélinet glabre 3 pédiculaire ascendante 2 pédiculaire du mont Cenis 2 pesse vulgaire 3 petite utriculaire + 1 rossolis à feuilles rondes + 2 sabot de Vénus + 3 saule à dents courtes + 1 saule glauque + 1 silène de Suède + 1 swertie vivace + 2 tozzie des Alpes 1 Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 195

Annexes Les grands types de milieux de Saint-Martin-de-Belleville Protection Livre rouge tome 1 Priorité pour le Parc (ordre croissant d importance) Village, hameaux et abords Lacs et cours d eau Zones humides d altitude Prairies de fauche de vallée Forêts Aulnaie et mégaphorbiaie Landes, landines et fourrés de saules d altitude Pelouses d altitude et combes à neige Éboulis, moraines et glaciers rocheux Rochers et falaises trichophore des Alpes + 2 valériane des débris + 2 véronique d Allioni 1 violette de Thomas 1 violette des marais 1 Légende : habitat principal à Saint-Martin-de-Belleville : autre habitat à Saint-Martin-de-Belleville Le livre rouge national de la flore menacée de France est un ouvrage de référence qui dresse un bilan des connaissances actuelles sur les espèces rares et menacées de la flore française et identifie clairement les urgences en matière de conservation. Le tome I s intéresse aux espèces jugées prioritaires. 196 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

Index des noms d espèces (Noms français par ordre alphabétique) Annexes Cette liste mentionne uniquement les espèces citées dans le présent document. Flore ALGUES, MOUSSES, LICHENS ET CHAMPIGNONS Nom français Nom scientifique Nom patois chara Chara sp. chlamydomonas des neiges Chlamydomonas nivalis PLANTES SUPÉRIEURES Nom français Nom scientifique Nom patois aconit anthore Aconitum anthora aconit tue-loup Aconitum vulparia adénostyle à feuilles d alliaire Adenostyles alliariae ail victorial Allium victorialis alye airelle à petites feuilles Vaccinium uliginosum subsp. microphyllum airelle des marais Vaccinium uliginosum airelle rouge Vaccinium vitis-idaea rozhète alchémille à cinq feuilles Alchemilla pentaphylla ancolie des Alpes Aquilegia alpina androsace alpine ou a. des Alpes Androsace alpina androsace pubescente Androsace pubescens arnica des montagnes Arnica montana astragale de Lienz Astragalus leontinus aulne blanchâtre ou aulne blanc Alnus incana aulne vert ou arcosse Alnus viridis arkossa azalée naine ou azalée des Alpes Loiseleuria procumbens belladone Atropa belladonna benoîte rampante Geum reptans berce sphondyle ou berce des prés Heracleum sphondylium bouleau Betula sp. byéla bugrane à feuilles rondes Ononis rotundifolia camarine hermaphrodite Empetrum nigrum subsp. hermaphroditum Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 197

Annexes campanule du mont Cenis Campanula cenisia canche gazonnante Deschampsia cespitosa cardamine flexueuse ou Cardamine flexuosa cardamine des bois centaurée Centaurea sp. cerfeuil des prés Anthriscus sylvestris cerisier Prunus avium frijiér chardon bleu des Alpes Eryngium alpinum shardon chénopode bon-henri ou Chenopodium bonus-henricus épinard sauvage clématite des Alpes Clematis alpina colchique d automne Colchicum multiflorum crépide naine Crepis pygmaea crépide orangée Crepis aurea dactyle aggloméré Dactylis glomerata digitale jaune Digitalis lutea dompte-venin officinal Vincetoxicum hirundinaria doradille rue-de-muraille Asplenium ruta-muraria ou rue des murailles edelweiss ou étoile des neiges Leontopodium alpinum églantier Rosa canina lé z épene épicéa Picea abies épilobe de Fleicher Epilobium fleischeri érable sycomore Acer pseudoplatanus fausse-bardane réfléchie Lappula deflexa framboisier Rubus idaeus anfryô frêne élevé ou frêne commun Fraxinus excelsior fréne génépi vrai Artemisia genepi zhènèpi genévrier commun Juniperus communis zhènèvri genévrier nain Juniperus nana gentiane croisette Gentiana cruciata gentiane de Koch ou g. acaule Gentiana acaulis pètrèle gentiane des Alpes Gentiana alpina danfyanôta gentiane jaune Gentiana lutea danfyan-na géranium des bois Geranium sylvaticum grand boucage Pimpinella major grande camomille Tanacetum parthenium grande chélidoine Chelidonium majus hêtre commun Fagus sylvatica fao jonc articulé Juncus articulatus joubarbe des toits Sempervivum tectorum kœlérie pyramidale Kœleria pyramidata laiche à ampoules Carex rostrata laiche de Davall Carex davalliana laiche des bourbiers Carex limosa laiche faux-pied d oiseau Carex ornithopodioides 198 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

laiche fétide Carex foetida laitue des Alpes Cicerbita alpina linaigrette de Scheuchzer Eriophorum scheuchzeri linaire des Alpes Linaria alpina lis de Saint Bruno Paradisea liliastrum lis martagon Lilium martagon lis orangé Lilium croceum lotier corniculé Lotus corniculatus lycopode des Alpes Lycopodium (= Diphasiastrum) alpinum mélèze Larix decidua mléze mélinet glabre Cerinthe glabra menthe Mentha sp. minta merisier à grappes Prunus padus muguet de mai Convallaria majalis myrtillier Vaccinium myrtillus lyoutre nerprun nain Rhamnus pumila orchis vanille ou nigritelles Nigritella sp. orpin blanc Sedum album orpin noirâtre Sedum atratum ortie dioïque Urtica dioica ertse pédiculaire ascendante Pedicularis ascendens pédiculaire du mont Cenis Pedicularis cenisia pesse vulgaire Hippuris vulgaris pétasite Petasites sp. petite bardane Arctium minus petite utriculaire Utricularia minor peuplier tremble Populus tremula pin à crochets Pinus uncinata pin cembro ou arolle Pinus cembra ârola pin sylvestre Pinus sylvestris pissenlit des Alpes Taraxacum alpinum pissenlit officinal Taraxacum officinale populage des marais Caltha palustris potamot Potamogeton sp. primevère à larges feuilles ou Primula latifolia p. visqueuse primevère farineuse Primula farinosa primevère hérissée Primula hirsuta pyrole à feuilles rondes Pyrola rotundifolia reine des prés Filipendula ulmaria renoncule des glaciers Ranunculus glacialis renouée bistorte Polygonum bistorta rhinanthe Rhinanthus sp. rhododendron ferrugineux Rhododendron ferrugineum brevète ronce Rubus sp. anpye naïr (mûre) Annexes Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 199

Annexes rossolis à feuilles rondes Drosera rotundifolia rubanier à feuilles étroites Sparganium angustifolium rumex des Alpes ou rhubarbe Rumex alpinus des moines lâvachon sabline à deux fleurs Arenaria biflora sabot de Vénus Cypripedium calceolus sainfoin des montagnes Onobrychis montana érba-rozhe sapin blanc ou s. pectiné Abies alba vârnye sauge des prés Salvia pratensis saule à dents courtes Salix breviserrata saule à feuilles émoussées Salix retusa saule à réseau ou saule réticulé Salix reticulata saule glauque Salix glaucosericea saule herbacé Salix herbacea saule marsault ou s. des chèvres Salix caprea sôzhe saule noircissant Salix myrsinifolia saxifrage faux aïzoon Saxifraga aizoides sibbaldie couchée Sibbaldia procumbens silène de Suède Silene suecisa soldanelle des Alpes Soldanella alpina sorbier Sorbus sp. tmé sureau noir Sambucus nigra savyu swertie vivace Swertia perennis thym serpolet Thymus serpyllium tozzie des Alpes Tozzia alpina trèfle d eau Menyanthes trifoliata trichophore des Alpes Trichophorum alpinum trichophore cespiteux ou Trichophorum cespitosum t. gazonnant trisète jaunâtre Trisetum flavescens trolle d Europe Trollius europeus valériane des débris Valeriana saliunca vérâtre blanc ou hellébore blanc Veratrum album véronique d Allioni Veronica allionii violette des marais Viola palustris violette de Thomas Viola thomasiana Faune invertébrée INSECTES : LÉPIDOPTÈRES Nom français Nom scientifique Nom patois cuivré de la verge d or Lycaena virgaureae cuivré écarlate Lycaena hippothoe cuivré fuligineux Lycaena tityrus 200 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

damier de l alchémille damier de la succise demi-deuil fadet commun grand apollon grand nacré moiré chamoisé moiré fauve moiré frange-pie moiré lancéolé moiré sylvicole moiré velouté petit nacré piéride du vélar solitaire Euphydryas cynthia Euphydryas aurinia Melanargia galathea Coenonympha pamphilus Parnassius apollo Argynnis aglaja Erebia gorge Erebia mnestra Erebia euryale Erebia alberganus Erebia aethiops Erebia pluto Issoria lathonia Pontia callidice Colias palaeno Annexes INSECTES : ODONATES Nom français Nom scientifique Nom patois aeschne des joncs Aeschna juncea agrion hasté Coenagrion hastulatum agrion jouvencelle Coenagrion puella agrion porte-coupe Enallagma cyathigerum cordulie des Alpes Somatochlora alpestris leste dryade Lestes dryas leucorrhine douteuse Leucorrhinia dubia INSECTES : ORTHOPTÈRES (nom patois : salyô) Nom français Nom scientifique Nom patois arcyptère bariolé Arcyptera fusca criquet des clairières Chrysochraon dispar criquet des genévriers Euthystira brachyptera criquet des pâtures Chorthippus parallelus criquet jacasseur Stauroderus scalaris criquet palustre Chorthippus montanus criquet verdelet Omocestus viridulus decticelle des alpages Metrioptera saussuriana dectique verrucivore Decticus verrucivorus gomphocère des alpages Gomphocerus sibiricus miramelle alpestre Miramella alpina subalpina miramelle des frimas Bohemanella frigida miramelle des moraines ou Podisma pedestris criquet marcheur œdipode stridulante Psophus stridulus sauterelle cymbalière Tettigonia cantans Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 201

Annexes Faune vertébrée POISSONS (nom patois : païchon) Nom français Nom scientifique Nom patois chevaine Leuciscus cephalus omble chevalier Salvelinus alpinus saumon de fontaine ou Salvelinus fontinalis omble de fontaine truite arc-en-ciel Oncorhynchus mykiss truite fario ou truite commune Salmo trutta fario troueta vairon Phoxinus phoxinus AMPHIBIENS Nom français Nom scientifique Nom patois grenouille rousse Rana temporaria renalye triton alpestre Triturus alpestris REPTILES Nom français Nom scientifique Nom patois couleuvre à collier Natrix natrix sarpin lézard des murailles Podarcis muralis laïjar lézard vert Lacerta viridis laïjar lézard vivipare Lacerta vivipara laïjar orvet Anguis fragilis lanvyu vipère aspic Vipera aspis sarpin OISEAUX (nom patois : aoujé) Nom français Nom scientifique Nom patois accenteur alpin Prunella collaris accenteur mouchet Prunella modularis aigle royal Aquila chrysaetos égle alouette des champs Alauda arvensis bec-croisé des sapins Loxia curvirostra bergeronnette des ruisseaux Motacilla cinerea bouvreuil pivoine Pyrrhula pyrrhula caille des blés Coturnix coturnix kâlye cassenoix moucheté Nucifraga caryocatactes chevalier culblanc Tringa ochropus chevalier guignette Actitis hypoleucos chocard à bec jaune Pyrrhocorax graculus chouette hulotte Strix aluco tsévra rélire 202 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

cincle plongeur Cinclus cinclus circaète Jean-le-Blanc Circaetus gallicus faucon crécerelle Falco subbuteo keblèta fauvette à tête noire Sylvia atricapilla fauvette babillarde Sylvia curruca fauvette des jardins Sylvia borin gélinotte des bois Bonasa bonasia grand corbeau Corvus corax korbé grive draine Turdus viscivorus griva grive musicienne Turdus philomelos griva hirondelle de rochers Ptyonoprogne rupestris lagopède alpin ou Lagopus mutus ârbena perdrix des neiges linotte mélodieuse Carduelis cannabina martinet à ventre blanc Apus melba martinet noir Apus apus merle à plastron Turdus torquatus mésange bleue Parus caeruleus mésange boréale Parus montana mésange charbonnière Parus major mésange huppée Parus cristatus mésange noire Parus ater moineau domestique Passer domesticus monticole merle de roche Monticola saxatilis niverolle alpine Montifringilla nivalis perdrix bartavelle Alectoris graeca bartavèla pic épeiche Dendrocopos major pic noir Dryocopus martius pic vert Picus viridis pipit spioncelle Anthus spinoletta pouillot de Bonelli Phylloscopus bonelli pouillot véloce Phylloscopus collybita râle des genêts Crex crex roitelet huppé Regulus regulus rougequeue à front blanc Phoenicurus phoenicurus rougequeue noir Phoenicurus ochruros rousserolle verderolle Acrocephalus palustris sizerin flammé Carduelis flammea tarier des prés ou traquet tarier Saxicola rubetra tarin des aulnes Carduelis spinus tétras-lyre ou petit coq de bruyère Tetrao tetrix tichodrome échelette Tichodroma muraria traquet motteux Oenanthe oenanthe troglodyte mignon Troglodytes troglodytes Annexes Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville - 203

Annexes MAMMIFÈRES Nom français Nom scientifique Nom patois blaireau européen Meles meles tachon bouquetin des Alpes Capra ibex bouktein campagnol de Fatio Microtus multiplex campagnol des neiges Microtus nivalis cerf élaphe Cervus elaphus chamois Rupicapra rupicapra shamou chevreuil Capreolus capreolus chevroyle écureuil roux Sciurus vulgaris vèrdache fouine Martes foina fayena hermine Mustela erminea mouetaïla lièvre brun ou l. commun ou Lepus capensis lyevra l. d Europe lièvre variable Lepus timidus lyevra marmotte alpine ou m. des Alpes Marmotta marmotta marmôta mouflon méditerranéen Ovis gmelini musimon x O. sp. musaraigne carrelet Sorex araneus mouezè renard roux Vulpes vulpes rein-nô sanglier Sus scrofa sanglyè 204 - Découvrir le patrimoine naturel de Saint-Martin-de-Belleville

Ce document a été rédigé par : Christine Garin, Virginie Bourgoin - Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie Avec l aide d un groupe de travail : Valérie Hudry, Serge Jay, Maria Opelz, André Plaisance Mairie de Saint-Martin-de-Belleville Vincent Bal, Joseph Hudry, Claude Jay Habitants de Saint-Martin-de-Belleville Bénédicte Bondier Habitante de Saint-Jean-de-Belleville Jean-Claude Bouvier Association communale de chasse agréée Thomas Hudry Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique L Amicale Bellevilloise Aurélie Conte Association Demain Vivre aux Belleville Brigitte Ruff Bureau des guides Laurent Corradi - Office national des forêts Frantz Storck - Parc national de la Vanoise. Comité de lecture : Thierry Delahaye, Benoît Martineau, Jean-Pierre Martinot - Parc national de la Vanoise Jean-Pierre Feuvrier - Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie. Nous remercions toutes les autres personnes et structures ayant participé de près ou de loin à ce travail : Sandrine Berthillot, Danièle Bonnevie, Thierry Delahaye, Alain Déteix, Patrick Folliet, Véronique Plaige - Parc national de la Vanoise Jean-Pierre Feuvrier, Philippe Freydier - Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie Michel Savourey - entomologiste Manuel Bouron - Miramella Cyrille Deliry GRPLS Sympétrum André Miquet - Centre ornithologique Rhône-Alpes, Savoie Ginette Marsal, Simone Rey Mairie de Saint-Martin-de-Belleville. Sans oublier toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation des observations de la faune et la flore de Saint- Martin-de-Belleville : Philippe Benoît, Danièle Bonnevie, Marie-Geneviève Bourgeois, Virginie Bourgoin, Manuel Bouron, Jeannette Chavoutier, Aurélie Conte, Thierry Delahaye, Christophe Gotti, Ludovic Imberdis, Steven Jay, Sandrine Lemmet, Jean-Pierre Martinot, Philippe Pellicier, Benjamin Plumecoq, Sébastien Ratel, Brigitte Ruff, Michel Savourey, Frantz Storck, Agnès Vivat. Financement : Parc national de la Vanoise Région Rhône-Alpes. Réalisation des cartes : Christophe Chillet - Service SIG du Parc national de la Vanoise. Source IGN : BD Carto - 2002 et BD Alti - 2002. Maquette : Pages intérieures : Patrick Folliet - Parc national de la Vanoise Emmanuelle Saunier - Conservatoire du patrimoine naturel de la Savoie. Couverture : Vizo Studio Grenoble (Isère) Patrick Folliet - Parc national de la Vanoise Mise en page intérieure & impression: Christel Javori - Imprimerie Vasti - Tél. 04 77 81 50 00 Photos : - Première de couverture : Village de Saint-Martin-de-Belleville - Robert Castel - Quatrième de couverture : Laiche des bourbiers PNV - Frantz Storck Mouflon, femelle PNV - Alexandre Garnier Lis orangé PNV - Patrick Folliet Crépide naine PNV - Frantz Storck Chardon bleu PNV - Stéphane Mélé Agrion hasté PNV - Frantz Storck Circaète Jean-le-Blanc Rossolis à feuilles rondes PNV - Maurice Mollard PNV - Frantz Storck Blaireau Sébastien Ratel Imprimé sur papier blanchi sans chlore ISBN 2-901617-29-8 Dépôt légal : 4è trimestre 2009 N d'imprimeur : V003319/00

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