Agriculture & biodiversité

Documents pareils
OUVERT02 - Maintien de l ouverture par élimination mécanique ou manuelle des rejets ligneux et autres végétaux indésirables Sous-mesure :

Plan d action Gentianella germanica (Willd.) Börner

Les compensations écologiques sur la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique

Enjeux environnementaux prioritaires des forêts de Poitou-Charentes

Produire avec de l'herbe Du sol à l'animal

les cinq étapes pour calculer les jours d avance

Une espèce exotique envahissante: Le Roseau commun. ou Phragmites australis

LE MONITORING DE LA BIODIVERSITE EN SUISSE. Hervé LETHIER, EMC2I

LA CHARTE REGIONALE D ACCES AUX AIDES AGRICOLES

PAC. ce qui change. vraiment

RECUEIL DES ACTES ADMINISTRATIFS

Diagnostic de la Tranche 1 du programme. de restauration de la Sienne

N abandonnons pas notre héritage commun.

Formation FORÊT Les massifs

FAVORISER LA BIODIVERSITÉ DANS LE CIMETIÈRE. Guillaume Larregle (Maison de l Environnement de Seine-et-Marne)

Revenu agricole 2013 : une année délicate pour les productions céréalières

Les Français et la nature

Pays Rhin-Vignoble -Grand Ballon

Caisse Nationale de Mutualité Agricole

PREFECTURE DE LA LOZERE

Association des. Objectifs. convivialité, réunir les habitants autour du jardinage. action sociale, action environnementale,

Une nouvelle écologie des parcs et des jardins

Sorgho grain sucrier ensilage L assurance sécheresses

Jeu de l ingénierie écologique. mémo du joueur

CAPRINS LAITIERS + BOVINS VIANDE ENSILAGE DE MAÏS

JEUNE CONSEIL DE MONTRÉAL

Constitution d'un réseau écologique sur la commune de Muttersholtz

Michel Fortin 1 er Vice-président FTPF 26 janvier 2011

Cahier d enquête. Suspect N 5. Reproduction interdite

du Cadre de vie Secrétariat Permanent du Conseil National pour l Environnement et le Développement Durable Présenté par: Paul BOMBIRI

Les abeilles à Bruxelles Défis et opportunités

Petit conservatoire dans un jardin des Collines du Paradis

DOSSIER DE PRESSE. Centre Beautour la biodiversité en Pays de la Loire Animateur de réseaux et catalyseur de projets de recherche

Quelles sont les conditions sociales favorisant les stratégies d'intensification écologique? Petit tour d'horizon international...

La Charte. forestière. du Pilat. Un engagement collectif pour une gestion durable de la forêt

CONSERVATION DU PATRIMOINE VIVANT DU MARAIS POITEVIN ENJEUX ET PERSPECTIVES. CREGENE: 2 rue de l église COULON cregene@gmail.

RÉSULTATS DE L OBSERVATOIRE TECHNICO-ÉCONOMIQUE DU RAD Synthèse Exercice comptable 2010

Le nouveau Code forestier

4. Verdissement, une PAC plus verte

La crise écologique. Perspectives anticapitalistes pour la préservation de la vie sur Terre

LA TRAME VERTE ET BLEUE DU NORD-PAS DE CALAIS

ACTION N 1 Réseau d élevages bovins laitiers en Agrobiologie

Formulaire d'adhésion PEFC

Agriculture paysanne durable: innovations et meilleures pratiques aux fins de transposition et de reproduction à plus grande échelle

De vraies perspectives d avenir Des dispositifs d accompagnement et de financements De multiples complémentarités

Le compost. Un petit écosystème au jardin

Moyens de production. Engrais

Livret de reconnaissance des espèces. Papillons de jour des coteaux du territoire de la Métropole Rouen Normandie

Laisser une empreinte Devenez acteur de la restauration des plantations du canal du Midi

Dernière chance de participer au concours de photo du Comité ZIP Les Deux Rives

Atelier Environnement Préparatoire au Projet d Aménagement et de Développement Durable. S e p t e m b r e

DE LA STRATEGIE LEADER. Appel d offres Novembre 2014

Débroussailler autour de sa maison : «une obligation»

Titre du projet : Contribution à la réhabilitation et à la sauvegarde de

Notice explicative Comment renseigner votre dossier PAC?

EVALUATION FINALE BKF/012

Annexe 1 b : Description des actions de l opération 0412 Maîtrise de l énergie Programmation

Avis bureau Création d une zone commerciale Sainte Anne sur Brivet

Etat de la connaissance de la biodiversité. sur la commune de Pantin

& Que choisir. favoriser le bien-être

L eau dans les documents d urbanisme. L approche des solutions environnementales de l urbanisme CAUE mai 2011

Plan de désherbage, plan de gestion différenciée : objectifs et mise en œuvre concrète, quelles sont les actions à mettre en place par les communes?

La Bio pour quoi faire? Une vision du monde de la Bio et quelques perspectives

Christophe Le Page CIRAD - UPR Green

LE CONGÉ SOLIDAIRE DEUX SEMAINES POUR AGIR AU SERVICE DE LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

Les potagers Neerstalle

Elevage de chevaux de trait Comtois spécialisé en circuit de vente directe Vente de poulains finis 8 à 12 mois

Afin d intégrer aux mieux les enjeux auxquels le territoire est confronté, les contributions suivantes peuvent également être apportées :

Réforme de la PAC Réunion d information Septembre 2014

De la multifonctionnalité de l agriculture à l agroforesterie :

conservation volontaire : différence vous pouvez faire la Principales options de conservation légales pour les propriétaires de terrains privés

AVIS. Objet : Demande de permis de lotir à Franc- Waret (FERNELMONT) Réf. : CWEDD/05/AV.276. Liège, le 14 mars 2005

Adaptation Aux changements climatiques. Agriculture et sécurité alimentaire: Cas du Burkina Faso

Fiche technique CONSTRUCTION D UNE LAVOGNE SUR LA COMMUNE DE COLLIAS

Détail des cultures de l'exploitation en 2007

Introduction. CRA-W- Département Productions et Filières, Unité Mode d élevage, bien être et qualité

Cadre légal des CLD. Au Canada le développement socioéconomique relève de la juridiction des provinces

COMPTES-RENDUS DES ATELIERS THÉMATIQUES AGENDA 21 COMMUNAUTÉ DE COMMUNES PAYS AUBENAS VALS JUIN PHASE DE DIAGNOSTIC

Qu est-ce qu un service rendu?

On the spot. Ecocertification et images satellites. Exploitation forestière tropicale au Cameroun

LIDO DU PETIT ET DU GRAND TRAVERS A MAUGUIO-CARNON

La Desertification. Résumé du rapport de l Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire

Q. QUELLE EST LA MISSION DU CENTRE DE CRISE POUR LES VICTIMES DE VIOL?

Pascale Biron, Thomas Buffin-Bélanger, Marie Larocque, Joanna Eyquem, Claude Desjarlais

DIAGNOSTIC DE DURABILITE du Réseau Agriculture Durable

Partie 3 Mise au point des solutions d aménagement. Rapport du Groupe de travail sur la diversité forestière et l approvisionnement en bois

Gestion forestière durable-exigences Standards PAFC Gabon Version pour consultation publique 2013

L EAU POTABLE : COMMENT LA PRÉSERVER Bien que l eau soit une ressource renouvelable, il ne faut pas pour autant la gaspiller. Les Québécois sont les

Brochure 01/10 Cartographie «végétation» des corridors électriques en forêt

Retour du bison d Europe dans le Jura : ébauche de projet

Fiche Technique. Filière Maraichage. Mais doux. Septembre 2008

Un expérience pluridisciplinaire de l intensification écologique en Agriculture Familiale

AVEZ-VOUS PENSÉ À L ALIMENTATION À LA DÉROBÉE?

Agricultures paysannes, mondialisation et développement agricole durable

Atelier de participation à la lecture de notre cadre de vie et de ses mutations. à destination des membres des CCATM et des CLDR

Bien vivre, dans les limites de notre planète

TCS, strip-till et semis direct

CarrotAge, un logiciel pour la fouille de données agricoles

Stratégie nationale pour la biodiversité

Transcription:

Agriculture & biodiversité L agriculture au secours des pelouses sèches Grenelle de l Environnement, Natura 2000, réglementations environnementales la question de la biodiversité est de plus en plus abordée dans la gestion agricole de nos paysages. L agriculture est régulièrement montrée du doigt pour les atteintes à l environnement que certaines pratiques engendrent. Mais Agriculture peut rimer avec Nature. La préservation de nombreuses espèces dépend du maintien d une activité agricole : fauche des prairies naturelles, pâturage des coteaux calcaires ou des marais Conscient de cela, le Conservatoire du patrimoine naturel de Champagne-Ardenne travaille en partenariat avec de nombreux agriculteurs sur l ensemble de la région pour l entretien de sites naturels remarquables. Parmi les milieux les plus menacés en Haute-Marne, et partout en France, il y a les pelouses sèches. Et sans pâturage, difficile d envisager le maintien à long terme des pelouses sèches et des espèces qui y vivent d où la réalisation de ce document afin que chacun d entre vous puisse participer à la préservation des paysages, de la faune et de la flore locale. Chaque agriculteur a un rôle à jouer.

Qu est-ce qu une pelouse sèche? Pelouse... Le mot «pelouse» désigne une végétation basse, d une vingtaine de centimètres de hauteur moyenne, essentiellement composée de plantes herbacées, dominée par trois ou quatre graminées : le Brome dressé, la Fétuque ovine, le Brachypode penné, et parfois la Seslérie bleue.... sèche Le sol peu épais et très filtrant laisse s écouler l eau profondément dans la roche, ce qui la rend inaccessible pour les plantes poussant en surface. Ce manque d eau est souvent accentué par une situation en pente exposée au sud qui apporte un ensoleillement plus important. Plus localement, on parle de «tiennes» dans les Ardennes, de «savarts» en Champagne crayeuse, ou encore de «chaumes» ou de «charmes» en Haute-Marne. Ces milieux sont également souvent appelés «friches». Comment reconnaître une pelouse sèche? Des plantes caractéristiques Anémone pulsatille Genêt pileux Genévrier Hippocrépide en ombelle Potentille printannière Orchis pyramidale

Pourquoi préserver les pelouses sèches? Un intérêt écologique exceptionnel Un des caractères exceptionnels des pelouses sèches haut-marnaises est que celles-ci accueillent des espèces d horizons divers : méditerranée, montagnes, steppes d Europe centrale. 30 % de la flore protégée en Champagne-Ardenne se trouvent sur les pelouses, et plus de 200 espèces végétales sont liées à ces milieux. L intérêt est tout aussi important pour la faune : Lézard vert, Alouette lulu, Damier de la Succise autant d espèces qui ne peuvent pas vivre en dehors de ces milieux. Un héritage culturel Au-delà des conditions de sol indispensables à leur existence, les pelouses sèches, en Champagne-Ardenne, ont été façonnées par l Homme, et plus particulièrement par les activités agro-pastorales. Du Néolithique Les pelouses calcicoles sont majoritairement apparues au Néolithique ou plus récemment au Haut Moyen Age par défrichement des forêts primitives pour l exploitation du bois, pour les cultures sur brûlis ainsi que pour le pâturage. Avec le développement de l élevage, les débroussaillements s accentuèrent permettant un pâturage itinérant conservant les pelouses pendant des siècles. Des paysages diversifiés à nos jours Les pelouses actuelles constituent les reliquats des anciens parcours à moutons qui existaient dans la plupart des communes jusqu au milieu du siècle dernier. Les meilleures terres étaient réservées à la culture, la forêt s étendait sur les terres improductives en limite de commune, et les parcours extensifs formaient une zone tampon plus ou moins étendue entre ces différents espaces. Ils constituaient alors avec les jachères, la ressource principale du pâturage. Souvent en zone de transition entre forêt et cultures, les pelouses sèches structurent et donnent du relief à notre paysage. Alors que le tourisme de nature se développe en Haute-Marne, la préservation de paysages riches et diversifiés est un atout non négligeable. Des milieux naturels fortement menacés. «Les pelouses haut-marnaises, comme celles des autres départements de Champagne-Ardenne, ne cessent de régresser, victimes des reboisements, des mises en culture (souvent à la suite des remembrements) et plus récemment des retournements préalables à leur mise en jachère. Elles étaient encore très étendues dans les années 50 et couvraient alors plusieurs milliers d hectares ; depuis cette date, leur surface a régulièrement décru.» (ROYER, 2002) S ajoute à cela la dynamique naturelle qui fait évoluer les pelouses vers la forêt lorsque celles-ci ne sont plus entretenues, ce qui modifie les paysages et réduit la biodiversité des sites. D après Françoise Morgan (ROYER, 2002), entre 1956 et 1992, 76 à 99 % (selon les communes étudiées) de la superficie des pelouses de la Montagne Châtillonaise ont disparu. Un écosystème favorable aux insectes pollinisateurs Et même si l on ne considère que la faune «ordinaire», l intérêt de tels milieux n est pas négligeable. Prenons l exemple des insectes pollinisateurs (abeilles, bourdons, papillons ) si utiles pour la reproduction de nos cultures (colza, tournesol ) et de nos fruitiers. Ils y trouvent de quoi butiner, et donc de quoi vivre : serpolet, origan, prunellier, aubépine Rappelons que la reproduction de 84 % des espèces cultivées en Europe dépendent de ces insectes. L intérêt devient donc aussi économique!

Quand les agriculteurs ont un rôle à jouer dans la préservation des pelouses sèches. La majorité des pelouses sèches ne peuvent se maintenir que par l intervention de l Homme. Plusieurs moyens d entretien peuvent être utilisés, et ce en fonction de la surface et des contraintes de terrain (pente, présences de dalles rocheuses ), mais aussi en fonction du contexte local (présence à proximité d un éleveur ). Le pâturage L idéal, pour un entretien efficace et durable, est le maintien ou la mise en place d un pâturage, méthode traditionnelle d entretien des pelouses sèches. Concernant le choix des animaux, les moutons (et les chèvres) seront préférés puisque plus légers et donc moins traumatisants pour le sol. Mais les bovins et équins peuvent convenir. L important est de gérer le chargement animal de manière à éviter le surpâturage (impact négatif sur la faune et la flore). Tout comme une pression trop faible ne permet pas de contrôler l embroussaillement du milieu. La fauche Dans le cas de sites trop petits pour être pâturés, et/ou quand la parcelle est facilement accessible avec un engin agricole (pente faible et sol relativement peu accidenté), il peut être plus simple de faucher l herbe. L idéal est que la matière fauchée soit exportée afin d éviter un enrichissement du sol néfaste aux espèces végétales de pelouses, adaptées aux sols pauvres en éléments nutritifs. En terme de période d intervention, il est préférable de faucher avant avril ou après août pour limiter l impact sur les espèces présentes. Mais il est évident que cette contrainte est difficilement compatible pour une exploitation du foin, d où la nécessité d une adaptation des pratiques au cas par cas. Fertiliser conduit à dégrader la pelouse Les plantes typiques des pelouses étant adaptées à une faible disponibilité en éléments nutritifs, le moindre apport de fertilisation entraîne une modification de la flore et la disparition de nombreuses espèces, au profit d espèces plus communes et moins exigeantes. Le débroussaillage Le débroussaillage (manuel ou mécanique selon les cas) peut suffire à entretenir certains petits sites où la dynamique arbustive est lente. L écobuage Cette méthode, utilisée traditionnellement dans certaines régions, s avère néfaste si elle est répétée régulièrement. Non seulement les impacts sur la faune peuvent être importants, mais surtout le feu favorise le Brachypode, cette herbe qui tend à fermer les pelouses et que l entretien vise à faire régresser. Il est donc préférable de ne pas utiliser le feu, à part peut-être pour la restauration de la pelouse, donc très ponctuellement. Quelques recommandations - Eviter le débroussaillage entre mars et août (période d activité biologique de la faune) - Maintenir quelques bosquets, arbres et arbustes (genévriers et fruitiers en particulier) - Ne pas fertiliser

De l action individuelle En maintenant du pâturage sur des parcelles de pelouses de son exploitation, chaque agriculteur contribue à la sauvegarde de ces milieux et espèces remarquables. à une démarche de préservation plus large Ces pratiques peuvent également s intégrer dans des démarches partenariales avec l Etat, des collectivités territoriales et des associations de protection de la nature. Une parcelle dans un site Natura 2000 Un certain nombre de pelouses sont incluses dans des sites Natura 2000, et peuvent de ce fait, bénéficier de financements spécifiques pour des actions d entretien et de gestion écologique. Un agriculteur possédant ou louant une parcelle de pelouse dans un site Natura 2000, a la possibilité de signer une Mesure Agri-Environnementale. Cette mesure repose sur un contrat d une durée de 5 ans qui est financé en parité Etat/Europe. En échange de la mise en œuvre de l action prévue sur la parcelle, à condition de respecter un cahier des charges précis (pas de fertilisation, limitation du chargement animal ), l agriculteur signataire perçoit une aide financière, variable en fonction des conditions. Partenariat avec le Conservatoire du patrimoine naturel de Champagne-Ardenne Le Conservatoire est une association chargée de la préservation et de la gestion des espaces naturels remarquables : pelouses sèches mais aussi marais et tourbières, forêts, prairies humides, sites à chauves-souris Cette association, gestionnaire d environ 1800 hectares sur l ensemble de la région, travaille le plus souvent possible avec des agriculteurs pour entretenir ses sites. En 2008, près de 300 ha sont gérés en partenariat avec des agriculteurs et éleveurs locaux (fauche de prairies, pâturage extensif de pelouse et de marais ). Le principe général est que les terrains gérés par le Conservatoire soient mis gratuitement à disposition des agriculteurs. Les travaux de restauration sont effectués par le Conservatoire (débroussaillage, bûcheronnage) ainsi que l éventuelle pose de clôture. L agriculteur fait pâturer le site ou le fauche (en gardant le bénéfice du foin) en échange du respect d un cahier des charges précis.

Parole d éleveur Pierre Denis, éleveur ovin à Eriseul, travaille en partenariat avec le Conservatoire depuis 2007 pour l entretien de la Butte de Taloison à Bay-sur-Aube. Retour sur une année de pâturage, après la remise en état du site (débroussaillage) et la pose d une clôture fixe grâce aux financements européens liés au site Natura 2000. «Eleveur de moutons depuis 2003, je viens auparavant des milieux de l animation autour de la Nature, et j ai un long passé de militant dans les associations de protection de la Nature. C est donc sans hésitation que j ai accepté la proposition du Conservatoire de mettre des bêtes sur la Butte de Taloison, sur laquelle j étais déjà intervenu deux fois dans le passé avec Nature Haute-Marne pour du débroussaillage. C est de cette époque que mon opinion s est forgée : il n est pas possible d entretenir ces milieux uniquement avec des chantiers de jeunes, par ailleurs coûteux pour la collectivité. Ces espaces doivent retrouver une place économique dans nos sociétés si l on souhaite maintenir une flore et une faune originales. Leur utilisation du passé en tant qu espaces pâturés, même si c est temporairement, doit redevenir prioritaire. C est ainsi qu après avoir revu sur place l état du terrain, j ai accepté de tenter une première expérience de pâturage avec 20 antenaises. Le chiffre assez élevé de bêtes (2 UGB par hectare) était destiné à assurer une limitation des repousses du débroussaillage de la zone centrale et une ouverture des deux zones boisées en pins. De fait, assez rapidement le choix des bêtes s est porté sur les plantes les plus appétentes, puis sur les feuilles facilement accessibles avant de s étendre à l intérieur des bois et en hauteur, y compris en «dansant» dressées sur les pattes arrières. Toutes les espèces arbustives sont consommées tôt ou tard. Il faut souligner que ce mode d alimentation se fait en trois dimensions, ce qui permet aux animaux de se nourrir plus vite et très efficacement, et de se garder du temps pour ruminer tranquillement à l ombre. En 10 semaines, le terrain était bien tondu et les bois quasi totalement accessibles, la strate herbacée y reprenant vigueur. Les animaux étaient en bon état, vigoureux. Sans boiteries, alors que le travail de débroussaillage avait laissé des branchettes de prunellier, redoutable pour ses épines. Sur un terrain non pâturé depuis longtemps il n y avait pas de problèmes parasitaires, et le fait de consommer des tanins dans les feuilles d arbustes limitant le niveau d infestation. Les animaux sont alors retirés. Cinq semaines plus tard, après quelques pluies, un lot de 25 jeunes agnelles est réintroduit et continue l entretien de manière satisfaisante pendant 4 semaines. Cette année (2008), ce seront une quinzaine d antenaises qui vont être introduites et nous pourrons mesurer si leur impact est identique.» Pour tous renseignements n hésitez pas à contacter le Conservatoire : Conservatoire du patrimoine naturel de Champagne-Ardenne Romaric LECONTE Antenne Haute-Marne Maison de Pays BP 9 52160 AUBERIVE Tél. : 03.25.88.83.31 Mél. : cpnca.52@wanadoo.fr Ce document est réalisé avec l aide financière du Conseil Régional de Champagne-Ardenne Directeur de la publication : Eric Belnot Conception : Mathilde Poulain Rédaction & relecture : Romaric Leconte Crédit photo/dessin : A. Brouillard, Y Brouillard, E. Gaillard, A. Laforest, H. Lagrange, R. Leconte, L. Pont, Impression : Imprimerie Félix - juillet 2009