La journée thiernoise de l AMOPA Corrèze. Organisée par le comité d arrondissement d Ussel. Samedi 10 mai une trentaine d amopaliens corréziens sont partis visiter la ville de Thiers, dans le Puy de Dôme. Au programme : visite guidée de la cité médiévale et du musée de la coutellerie. Depuis la place Antonin Chastel où se tient un marché animé, Jérémy, le sympathique guide de l Office de Tourisme, nous fait découvrir la vallée de la Durolle et le jacquemart. Le jacquemart où, chaque heure, surplombant la roue à aube, le forgeron apparaît avec son enclume. Il retrace l histoire de la ville de Thiers, bourg mérovingien agrégé autour des reliques de Saint Symphorien. Thiers, détruite au VI ème siècle est reconstruite et s agrandit en rive droite. Le nom de Thiers serait d origine celte, il signifie la maison du chef. Le site primitif de Thiers est un lieu d'échange entre la plaine et la montagne facilitant la circulation des marchandises. Sur le blason de la ville «De gueules à un navire d'argent sur une mer du même»les bateaux symbolisent l activité marchande de la ville. Au X ème siècle, Thiers est une baronnie détachée de la terre comtale d Auvergne, qui subit comme dans toute la région les invasions sarrasines poussant les thiernois à établir sur l'éperon rocheux le premier noyau urbain autour du château seigneurial ainsi que de l église Saint Genès Deux bourgs se développeront parallèlement. Celui du Moutier (du monastère) sous la domination des moines et la protection royale et celui de la ville haute dirigé par les barons de Thiers. Cette division subsistera jusqu'à la Révolution. La devise de Thiers (devise apparue pour la 1 ère fois au XIX ème siècle et détournée d un texte de Virgile), LABOR OMNIA VINCIT (le travail vient à bout de tout) traduit très bien le tempérament de ses habitants. A l origine, cette population est essentiellement agricole. Mais à mesure qu elle augmente, le besoin fait naître et se développer des industries. Pendant plusieurs siècles, les Thiernois se sont livrés à la fabrication de toutes sortes de petits objets métalliques
appelés «quincaille». Dès le XV ème siècle Cette activité est accompagnée d autres industries : la papeterie, la tannerie, le fil de chanvre, les cartes à jouer. La présence de la coutellerie est attestée depuis le XIV ème Au début du XIV ème siècle, l essor des techniques permet la domestication de la rivière «Durolle» qui grâce à ses nombreuses chutes a facilité l implantation de ces industries. Aux XVI ème et XVII ème siècles, Thiers est probablement la ville la plus importante d Auvergne par l ensemble de ses industries. La cité coutelière bénéficiant d'une situation géographique exceptionnelle entre l Auvergne et le Forez, connait un développement industriel rapide. Grâce à ses marchands bourgeois la ville acquiert une réputation nationale et internationale Les Thiernois arborent fièrement six siècles d'histoire coutelière et Thiers s impose toujours actuellement comme la capitale nationale de la coutellerie. Au XV ème siècle, une trentaine de couteliers sont référencés dans les registres d impôts. Ils seront 200 un siècle plus tard. Et pourtant rien ne prédestinait la cité auvergnate à cette spécialisation. Il n y a sur place ni mines de fer ou d acier, ni carrières de meules. Mais il y a la Durolle, rivière torrentueuse qui va fournir durant des siècles l énergie nécessaire aux moulins et usines des couteliers. Dès le XVII ème siècle les couteaux de Thiers s exportent vers les ports de Bordeaux, Nantes, vers l Espagne et l Italie jusqu au Levant. Mais c est au 19 ème siècle que la coutellerie va connaître un essor phénoménal. En 1855 l activité coutelière occupe 25000 personnes. Grâce à une organisation du travail performante basée sur la parcellisation (le travail est éclaté entre une multitude d ateliers, chacun n effectue qu une étape de la fabrication), les thiernois vont fournir massivement les quincailliers grossistes de France et de Navarre voire de plus loin encore Aujourd hui, si les entreprises ont déserté les rives de la Durolle, elles produisent encore 70% de la consommation française de couteaux (couteaux de table, couteaux de poche, couteaux professionnels ). Elles sont près de 195 entreprises installées dans les zones industrielles du bassin thiernois. Actuellement, Thiers vit encore de la coutellerie. Cependant, est née au XX ème une diversification industrielle et artisanale, principalement dans les domaines de la forge (pièces automobiles, prothèses chirurgicales, traitement de surface ) et de la plasturgie. De la terrasse du rempart, Jérémy nous a permis d apprécier le panorama qui s étend vers le bassin d effondrement de la Limagne encadré par deux plateaux granitiques le plateau des Dômes et sa chaîne des Puys à l Ouest et les monts du Forez à l Est. Vue sur la Limagne, au loin, la chaîne des Puys Coupe géologique simplifiée du bassin d effondrement de la Limagne (schéma)
La rue Conchette, lieu de résidence des grands marchands nous a permis d admirer les façades des hôtels particuliers de style Renaissance. Nous avons ensuite parcouru : La rue du Bourg où une porte en pierre lave de Volvic de style gothique flamboyant est surmontée d un tympan orné d armoiries. La place du Pirou bordée par la pittoresque «Maison du Pirou» du XV ème siècle devant laquelle était rendue la justice et de là, la rue du Pirou, étroite et bordée de hautes façades et le pedde du Coin des Hasards du XV ème, cette toponymie singulière et poétique évoquerait la trace d une maison de rendez-vous. Le pedde est un corps de logis à boiseries sculptées qui enjambe la rue, permettant une circulation intérieure entre deux bâtiments. La maison du Pirou Le pedde du Coin des Hasards est bâti sur l emplacement d une ancienne porte fortifiée du XII éme -XIII ème siècle. Pedde du Coin des Hasards
La maison des sept péchés capitaux dont la façade est classée, abrite aujourd hui un restaurant dans lequel les amopaliens prendront leur repas aujourd hui. Les extrémités des poutres qui soutiennent les étages supérieurs sont sculptées et figurent la paresse, la colère, l envie, la gourmandise, la luxure, l avarice et l orgueil. La maison des sept péchés capitaux Avant de rejoindre le restaurant, nous ferons un détour par l église Saint- Genès, basilique romane édifiée au XI ème siècle pour remplacer une première église fondée au VI ème siècle, en hommage au martyr Genès, décapité sur un rocher surplombant la Durolle. Elle fut agrandie par l adjonction de chapelles latérales de style gothique au XVI ème et XVII ème siècle. L église Saint Genès Elle abrite des mosaïques, des stalles ornées de miséricordes, une statue de Jeanne d Arc, des statues en bois doré ou polychrome Stalles et miséricordes Mosaïques Statue de Jeanne d Arc
Après un moment de détente agréable au restaurant «les sept péchés capitaux», nous avons rejoint la rue de la coutellerie, bordée de maisons à colombages dont la maison de l homme des bois, personnage recouvert d une peau de bête et appuyé sur un bâton dont le pommeau sculpté figure une tête. Maison de l homme des bois L homme des bois
Enfin, nous arrivons au musée de la coutellerie, dont le rez-de-chaussée conserve l aspect d une boutique de coutelier. Nous allons alors découvrir l histoire de la coutellerie à Thiers, de son implantation à son industrialisation, suivre les opérations nécessaires à la fabrication d un couteau fermant, les rôles du forgeron, de l émouleur, du façonneur, du monteur et du polisseur. Pour terminer la visite nous avons admiré les nombreuses pièces rares ou insolites exposées. L émouleur Après cette journée riche et bien remplie, nous avons remercié notre guide et sommes repartis vers la Corrèze. Le monteur