Préserver notre patrimoine documentaire UNESCO Programme Mémoire du monde
Etabli par le Sous-Comité de la technologie 2005 UNESCO 2005
Le message clé de Mémoire du monde Le message clé de Mémoire du monde aux politiciens, aux décideurs et au grand public est le suivant : L information et sa récupérabilité systématique constituent la mémoire des civilisations ; La sauvegarde de l information et le maintien de son accessibilité ne sont pas une tâche routinière, surtout à l ère du numérique ; Les efforts visant à préserver l information doivent être intensifiés afin d assurer la préservation et la poursuite du développement des civilisations. Il en résultera de nouvelles dimensions de l accès numérique aux informations de toutes sortes partout dans le monde. Cela rendra les archives et les bibliothèques disponibles pour la participation démocratique de l humanité tout entière dans les domaines de l éducation, de la science et de la culture. En revanche, tout échec à améliorer la préservation systématique des informations compromettra les progrès ultérieurs de la civilisation et mettra aussi en danger la survie de la mémoire collective de l humanité. L utilisation des technologies numériques n élimine pas les risques mais elle les modifie.
Préface La collecte des informations, leur préservation et leur diffusion sont au cœur même de l existence humaine et constituent le noyau autour duquel toutes les civilisations se sont développées, y compris celles qui ont précédé l écriture. Avec l écriture et les documents, l humanité s est dotée d outils qui ont spectaculairement accéléré le progrès des civilisations. Les documents ont permis de se référer aux informations accumulées par les générations antérieures et servi de base à la production systématique et efficiente des idées. En conséquence, les documents et les institutions qui les conservent, des premières bibliothèques de Mésopotamie aux grandes bibliothèques et archives fondées au 19 e siècle, ont conduit à un développement exponentiel de la civilisation. Les documents des archives et bibliothèques du monde sont des sources indispensables de nombreuses disciplines du savoir. Ce sont aussi des sources pour des fins plus informelles : l éducation individuelle, les loisirs et la culture générale. Aucune évaluation de la politique, de l histoire, de la vie quotidienne, de la musique et des arts du spectacle ne serait possible sans ces documents. A travers l histoire, les bibliothèques et les archives ont veillé sur le patrimoine documentaire de l humanité. Bien qu au cours des siècles passés, les matériels utilisés pour l écriture n aient que très peu changé, ces deux derniers siècles ont vu apparaître périodiquement de nouveaux médias, de la photographie au numérique. Depuis le 19 e siècle, les documents imprimés ont été complétés par les enregistrements audiovisuels des représentations objectives de phénomènes physiques tels que les sons et les images. Pour la première fois, il était possible de documenter des phénomènes culturelles transmis oralement et ainsi de les mettre à la disposition des chercheurs et de les communiquer à un public plus large, voire mondial. Cependant, l accès aux informations et leur diffusion dépendent de la stabilité des documents et de la récupérabilité de leur contenu. Nous devons accepter le paradoxe qui veut qu en règle générale, la stabilité des documents soit l inverse de leur développement technique. Si l on en prend soin, les tablettes d argile mésopotamiennes dureront encore des millénaires et le papier peut rester stable pendant des siècles. En revanche, la durée de vie des documents audiovisuels se mesure en décennies et celle des documents numériques ne dépassera pas en moyenne dix ans. Les supports modernes de l information posent un problème supplémentaire : étant lisibles par machine, la plupart des documents audiovisuels et tous les documents numériques sont menacés non seulement par l instabilité physique et chimique des supports, mais aussi par l obsolescence du matériel de lecture dédié. En raison de la rapidité du développement des technologies, le cycle de vie commercial des systèmes d enregistrement et de stockage devient de plus en plus court. Dans le monde des documents audiovisuels et électroniques de pointe communément appelés «d origine numérique» - il en résulte que, singulièrement, il se peut que les supports soient en bon état physique alors que le matériel de lecture requis ne soit plus disponible. En conséquence, il n est possible de bien préserver les documents audiovisuels et électroniques que par des migrations périodiques d une configuration de matériel/logiciel/format à la suivante.
La sauvegarde de tous ces documents a, jusqu à une date récente, été principalement associée à la conservation des livres et autres matériels écrits. Il existe des bibliothèques conservant des textes depuis plus de 4000 ans alors qu il n existe de documents photographiques que depuis 1839, des archives audiovisuelles depuis une centaine d années et les documents électroniques les plus récents ne sont couramment disponibles que depuis moins de dix ans. Ces types de documents préservent tous les informations sous forme de mots, d images ou de sons, séparément ou en association. Les différentes formes, ainsi que les matériels qui les composent, sont des facteurs importants à prendre en considération lorsqu on préserve ces éléments. Un des principaux objectifs du programme «Mémoire du monde» de l UNESCO est de promouvoir la préservation du patrimoine documentaire de l humanité. Cette brochure apporte aux archivistes, aux bibliothécaires et aux décideurs une brève introduction aux aspects et problèmes techniques de la préservation. Aspects stratégiques Les technologies de l information et de la communication (TIC) modernes modifieront sensiblement les méthodes d accès à l information et la demande d accès aux documents augmentera. Si l information traditionnelle n est pas numérisée et ainsi rendue facilement accessible, il y a un risque certain que cette information traditionnelle tombe en grande partie dans l oubli. Une autre menace majeure est le fait qu une forte proportion des documents reflétant le patrimoine culturel et linguistique de l humanité sont détenus par de petites institutions de recherche et culturelles hors des principaux centres d archives. Du fait des contraintes financières, ces institutions ne sont pas en mesure de préserver leurs documents de manière professionnelle. Il se peut même que certaines ne soient pas conscientes des menaces auxquelles sont exposés leurs fonds. Si ceux-ci ne sont pas systématiquement localisés et préservés, ils seront perdus dans quelques décennies. Cela signifiera la perte irrémédiable de précieux documents contenant des expressions culturelles et linguistiques des expressions qui, du fait de la mondialisation, ont été profondément modifiées ou ont même disparu. Des initiatives stratégiques majeures seront nécessaires pour convertir les informations analogiques en numérique pour les rendre accessibles au plus grand nombre. Si beaucoup de pays ont adopté des lois et des réglementations visant à protéger leur patrimoine national, les TIC peuvent modifier les stratégies et les habitudes en matière d accès. La facilité d accès aux documents numériques et l emploi par l utilisateur d outils de nettoyage numériques non destructeurs pourraient rendre les copies numériques si attrayantes pour les chercheurs que tous les matériels qui ne seraient pas disponibles sous forme numérique risqueraient d être négligés et perdus. Cela est particulièrement vrai des cultures minoritaires et des variantes locales ou régionales des grandes cultures. Si elles ne sont pas socialement attrayantes, leur préservation peut être sérieusement compromise. Il faut être conscients qu une fois que l information analogique est convertie en numérique, l utilisation des meilleures pratiques et de la planification pour garder vivante l information des systèmes informatiques est une question clé. Elle exige notamment des politiques de sauvegarde périodique et de migration planifiée des matériels, des logiciels et des données vers la génération suivante de systèmes.
L information et sa récupérabilité systématique constituent la mémoire des civilisations. Le but stratégique du Programme Mémoire du monde est de sauvegarder les informations de toutes sortes, gardiennes de notre Mémoire collective.
Accès et préservation : deux objectifs apparemment contradictoires et pourtant conciliables Les services d archives et de bibliothèques ont deux objectifs essentiels : Le premier est de faciliter l accès aux documents qui leur sont confiés de façon que le patrimoine culturel reste vivant et demeure un objet de recherche et d enrichissement. Le deuxième est la préservation de ces documents de façon que le patrimoine culturel puisse être transmis intact aux générations futures, étant donné que l avenir d une nation, d un peuple ou d une communauté dépend de la connaissance de son passé. Pour réussir à atteindre ces deux objectifs, il est nécessaire de formuler une politique de préservation à long terme dans le but de prévenir ou de ralentir la détérioration des documents et d améliorer les conditions de préservation des fonds ou au moins de sauvegarder leur contenu en créant des documents de substitution analogiques ou numériques. Il ne faut cependant pas oublier que ce n est pas parce qu il est possible de préserver un document qu il faut le préserver. La préservation n a de sens que si elle vise à permettre de maintenir l accès aux informations contenues dans le document. La connaissance des risques, des dommages possibles et des mesures à prendre aide à allouer un budget dans le cadre des ressources financières et humaines de chaque institution. Il est bon de définir des projets à court, à moyen et à long terme. Chaque mesure de préservation contribue à réduire les risques et doit être prise même s il n est pas possible de résoudre tous les problèmes en même temps. La préservation des fonds des bibliothèques et des archives comprend plusieurs activités majeures, dont les mesures de préservation, la conservation, la numérisation et le reformatage/migration. La règle de base est qu il est possible de bien protéger les documents en les rangeant dans des boîtes ou des caisses appropriées, en veillant à ce qu ils ne soient pas soumis aux fluctuations de température et d humidité et à ce qu ils soient manipulés avec précaution. Il existe des traitements spécialisés de restauration pour de nombreux types de documents, des plus anciens aux plus récents, mais il faut, avant d entreprendre tout travail de ce genre, solliciter l avis de professionnels des musées, des bibliothèques et des archives en tant que de besoin. Pour les documents audiovisuels et électroniques, il y a lieu de prévoir des stratégies bien conçues de numérisation et de migration. La participation de tous les professionnels des bibliothèques et des archives est essentielle, et il est tout aussi indispensable de sensibiliser les décideurs et le grand public. L information doit être mise à la disposition de tous aussi librement et facilement que possible. La préservation de cette information dans un large éventail de formats garantit l accès et doit pour cette raison être recherchée activement.
Environnement et stockage Les conditions environnementales et les méthodes de stockage ont une grande influence sur la préservation des documents. Le contrôle de l environnement, la mise en place de bonnes conditions de stockage et les mesures de gestion courante constituent les premières de toutes les mesures préventives. Des normes et des technologies ont été mises au point pour aider à améliorer les conditions de stockage. Les matériaux traditionnels papier, parchemin, cuir, feuilles de palmier, etc. sont tous des polymères naturels. Les supports plus récents bandes magnétiques, disques et films sont des polymères synthétiques comme le PVC et le polyester. La vitesse de décomposition chimique des divers polymères est très variable. Certains dureront et ont duré des millénaires ; d autres peuvent avoir du mal à durer dix ans. Tous les polymères se dégradent qu ils soient naturels ou synthétiques. Cette dégradation est irréversible mais il est possible de la ralentir grâce à une manipulation soigneuse et à de bonne conditions de stockage. Elle peut aussi être considérablement accélérée par des manipulations imprudentes et des conditions de stockage médiocres.
Planification en vue des catastrophes : prévention, préparation, réaction, reprise des activités Une catastrophe qui frappe une bibliothèque ou des archives est un événement inattendu, qui met en danger les fonds. La possibilité qu une catastrophe survienne doit néanmoins être prévue. Aucune institution ne saurait exclure cette possibilité. La planification en vue des catastrophes est une question de sécurité fondamentale pour les bibliothèques et les archives, leur personnel et leurs fonds. Elle doit être considérée comme un élément essentiel de tout programme de préservation à mettre en œuvre par toutes les bibliothèques et archives. Un plan formel écrit permet à une institution de réagir avec efficience et rapidement à une urgence et de minimiser les dommages causés au bâtiment et à son contenu. La prévention concerne l emplacement et la construction du bâtiment et l adoption de mesures de prévention. La préparation consiste à être prêts quand la catastrophe survient. Elle comprend la formation du personnel ainsi que les mesures prises pour localiser et contacter les institutions et installations extérieures susceptibles d apporter une aide en cas d urgence. La réaction et la reprise des activités dépendent de la qualité de la prévention et de la préparation. Un élément essentiel de toute planification en vue des catastrophes est la formation de tous les membres du personnel, à tous les niveaux, au rôle qu ils sont appelés à jouer pour réduire l impact d un événement. Une grande partie de cette formation peut être dispensée au moyen de directives et de manuels de formation mais ceux-ci doivent être complétés par des ateliers et des séances de mise en pratique à l occasion de simulations de catastrophes. Toutes les grandes associations d archivistes et de bibliothécaires et plusieurs institutions d archives ont publié des guides de la planification en vue des catastrophes. Il est recommandé de solliciter leur aide lorsqu on veut établir des plans détaillés pour une institution. Coopération internationale le Bouclier bleu Pour aider à préparer aux catastrophes et mettre en place des systèmes destinés à accélérer l action et la reprise des activités après une catastrophe, le Comité international du Bouclier bleu (ICBS) a été créé en 1996 par le Conseil international des archives (CIA), la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et de bibliothèques (IFLA), le Conseil international des musées (ICOM) et le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS). Le Bouclier bleu s emploie à protéger le patrimoine culturel des menaces de toutes origines.
La numérisation aux fins de l accès et de la préservation La numérisation est devenue un instrument très efficace pour donner accès à tous les types de documents. Les nouvelles dimensions de l accès à l information numérique offertes par l Internet ont à juste titre été comparées à l impact sur les civilisations de l invention de l écriture ou de l imprimerie. La numérisation réduit aussi les dommages causés par l utilisation trop intensive de documents précieux et renforce ainsi indirectement la préservation des documents traditionnels. Les supports audiovisuels, de même que les documents «d origine numérique» de divers types ne peuvent échapper à la menace de la détérioration des supports et à l obsolescence des matériels et des logiciels servant à les reproduire et à y accéder que par des migrations périodiques. Sauvegarder le patrimoine numérique Si la technologie numérique est devenue un instrument efficace de préservation et d accès aux documents de toutes sortes, la préservation de l information numérique pose en soi un problème considérable. La sélection des informations «d origine numérique», dont une grande partie vient de l Internet qui explose. Le défaut de normes. L incorporation systématique dans des répertoires numériques. Le maintien en vie des informations sur des générations de plate-formes matérielles et logicielles en perpétuel développement. La protection des informations numériques contre la perte accidentelle. Il s agit là de défis considérables. Actuellement, tout le processus de conception, d indexage, de numérisation, de stockage, de systèmes d accès, de politique de sauvegarde et de migration périodique est relativement coûteux. Un des buts du Programme Mémoire du monde est de stimuler le développement afin d accélérer la réduction des coûts de la préservation et du stockage numériques à l avenir de rendre la préservation et l accès à l information peu coûteux partout dans le monde. L UNESCO a mis au point une stratégie de promotion de la préservation numérique. Cette stratégie est centrée sur : Un large processus de consultation avec les gouvernements, les responsables de l élaboration des politiques, les institutions patrimoniales et les experts du patrimoine, l industrie des logiciels et les organisations normatives. La diffusion des principes directeurs à caractère technique. L exécution de projets pilotes. L adoption d une charte internationale sur la conservation du patrimoine numérique par la Conférence générale à sa 32 e session, en octobre 2003.
Parchemin, papier et autres matériaux traditionnels Les documents traditionnels sont écrits sur de nombreux matériaux. Les tablettes d argile, la pierre et les os ont probablement été les premiers, mais le papyrus, les feuilles de palmier et le parchemin ont aussi été utilisés durant des millénaires. Nous considérons ces matériaux comme des matériaux historiques, mais même un objet aussi apparemment contemporain que le papier est utilisé depuis environ deux mille ans. La plupart de ces matériaux historiques peuvent avoir une durée de vie très longue si l on en prend bien soin. Cela est vrai aussi de la plupart des papiers fabriqués jusqu au 19 e siècle. L accroissement de la demande de papier dans le monde industrialisé et le manque de chiffons et de toile les matières premières traditionnelles ont amené à la production de masse de papier fait de pâte de bois. C est un support acide qui vieillit beaucoup plus vite que la plupart des papiers de chiffon fabriqués précédemment. Il jaunit et perd rapidement sa souplesse initiale ; il devient cassant. Nombre de documents du 19 e et du 20 e siècles, imprimés ou manuscrits conservés dans les bibliothèques et les archives sont aujourd hui en très mauvais état et ne peuvent plus être utilisés par les lecteurs. Les journaux, qui sont imprimés sur des papiers acides de très mauvaise qualité, sont particulièrement menacés. Pour la plupart des collections de ce type, le microfilmage et/ou la numérisation sont les seules solutions pour en préserver le contenu. Il existe des normes ISO à la fois pour le papier permanent (ISO 9706 : 1994) et le papier pour documents d archives (ISO 11108 : 1996) depuis plusieurs années. La norme pour le papier permanent a été largement acceptée par l industrie papetière et elle est facile à obtenir depuis plus de dix ans. Le prix du papier ISO 9706 est compétitif par rapport au prix des papiers moins durables et de moins bonne qualité. Matériels photographiques La photographie est née officiellement en 1839. Son développement a produit plus de quarante procédés commercialement viables dont quelques-uns sont utilisés aujourd hui. Les objets photographiques constituent une composante très délicate de notre patrimoine culturel qui appelle une attention particulière de la part d un personnel qualifié. Les matériels photographiques sont vulnérables aux polluants atmosphériques générés par les combustibles et émis par les matériels d ameublement et de stockage dans les locaux d entreposage, ainsi qu à l humidité et aux températures élevées. Ils exigent une particulière attention lors des manipulations. Les substances transportées par les doigts même lorsque ceux-ci sont apparemment propres déclencheront la détérioration. Il est donc important de pouvoir identifier les procédés photographiques représentés dans une collection et d avoir ainsi conscience des problèmes spécifiques de conservation. On entend par procédé photographique tout procédé qui produit une image sous l action de la lumière. Cette définition s applique donc aussi aux images prises par des appareils numériques. Cependant, la photographie numérique n utilise pas de plaques ou de pellicules photographiques et n a donc guère sinon rien à voir avec les procédés traditionnels. C est un procédé électronique qui produit une information-image dans un format numérique des fichiers d images. La préservation de ces fichiers est la même que pour n importe quel autre fichier d informations numériques. Les épreuves varient selon les formats d impression (jet d encre, laser, sublimation thermique ou épreuves traditionnelles argentiques ou couleur) et
doivent être traitées conformément à leur nature, c est-à-dire comme du papier servant de support à l encre ou à d autres substances, ou comme des épreuves photographiques. Supports sonores mécaniques Dans ce groupe de documents, ordinairement appelés audiovisuels (images photographiques fixes et animées, enregistrements sonores et visuels) on trouve les enregistrements sonores sur cylindres et sur disques. Les cylindres ont été utilisés à partir d environ 1889 pour les enregistrements originaux. Si leur production industrielle a cessé vers la fin des années vingt, ils ont continué d être utilisés pour les enregistrements sur le terrain jusqu aux années 50. La plupart des cylindres sont en cire ; certains des cylindres produits à grande échelle sont en celluloïd. Les disques de gramophone à gros sillon, communément appelés 78 tours, ont été les principaux médias produits à grande échelle de 1898 jusqu au milieu des années 50. Avant l adoption des bandes magnétiques, qui ont commencé à être utilisées à la fin des années 40 et au début des années 50, les «disques instantanés» - généralement un disque de métal revêtu d une couche de polymère thermoplastique tel que l acétate de cellulose étaient la méthode habituelle d enregistrement des sons pour les radiodiffuseurs et autres utilisateurs. A partir de la fin des années 40, les microsillons (vinyles ou 33 tours) ont remplacé les 78 tours et le 33 tours a lui-même été remplacé par le CD pour la plupart des enregistrements commerciaux au cours de la dernière décennie. L intégrité mécanique revêt une très grande importance pour les supports mécaniques. Les enregistrements sonores sur cylindres et sur disques peuvent être endommagés par des champignons. Les températures supérieures à 60 C sont dangereuses, surtout dans le cas des disques vinyle et des cylindres en cire. Il est impératif d éviter les rayures et autres déformations causées par de mauvaises conditions de stockage ou des manipulations imprudentes des matériels de lecture. Le sillon qui véhicule les informations enregistrées doit rester intact. Supports magnétiques sons, images et données Les supports magnétiques sont indispensables à la vie moderne. Ils sont utilisés sous la forme de bandes pour enregistrer des sons et des images ainsi que des données numériques. Les principes fondamentaux de l enregistrement de signaux sur un support magnétique ont été formulés dans une communication par Oberlin Smith au cours des années 1880. L idée n a pas été mise en application avant l invention d un système d enregistrement sur fil en 1898, et les bandes magnétiques ont été mises au point en Allemagne au milieu des années 1930 pour enregistrer et conserver les sons. Le premier appareil d enregistrement vidéo utilisant une bande magnétique qui ait été un succès commercial a été lancé en 1956. L arrivée de nouveaux formats d enregistrement des images vidéo a régulièrement progressé depuis lors. Il a été calculé que si l on prend en compte les différentes normes de radiodiffusion et les différents modes d alimentation électrique, des images ont été enregistrées sur plus de 100 différents formats au cours des 40 années qui se sont écoulées depuis le début des enregistrements vidéo. Les formats brevetés de bandes magnétiques sont désormais plus ou moins obsolètes, vu qu ils ont été remplacés par de véritables formats de fichiers qui sont conservés sur divers supports. A court terme, les
formats vidéo traditionnels connaîtront le même sort. Cependant, l utilisation de bandes magnétiques pour le stockage des sons, des images et des données continuera de se développer et fera partie de notre monde durant de nombreuses années encore.
Supports optiques Les supports optiques sont utilisés pour conserver les sons, les images et les données numériques. Aujourd hui, il existe le CD-Audio original, le CD-ROM, la famille des DVD et les disques magnéto-optiques (MO). Ce groupe comprend aussi les CD et les DVD enregistrables. Historiquement, la bande optique, bien que peu répandue, et les disques vidéo analogiques ont aussi été utilisés. Les CD et DVD enregistrables sont maintenant très utilisés pour le stockage de données en raison principalement de leur forte capacité de stockage, de leur portabilité, de leur large disponibilité et du faible coût des matériels d enregistrement/lecture. Cette popularité garantit contrairement à ce qui était le cas des précédents disques WORM et MO - la large utilisation de ces supports et la disponibilité des matériels de lecture sur de longues périodes. Les supports optiques, sous la forme du CD-Audio, ont fait leur apparition au début des années 80. Ils ont d abord été considérés comme un support de stockage quasiment indestructible à long terme. Nous savons aujourd hui que cela n est pas vrai. Il faut surtout noter que, selon les conditions environnementales de stockage et les modalités de manipulation, les disques optiques enregistrables ont une durée de vie qui peut varier de plusieurs dizaines d années à quelques mois. Cette durée peut même être réduite à quelques semaines si les disques sont exposés à un fort ensoleillement ou à une forte chaleur. Outre les propriétés physiques peu fiables de ces supports, tout le processus de gravure exige un appariement optimal du graveur, du logiciel et du support. L utilisation responsable des supports optiques enregistrables exige la disponibilité de matériels et de logiciels dédiés aux fins de test. Les procédures de test peuvent être complexes et prendre beaucoup de temps. Cela fait que les CD-R enregistrables, comme les DVD enregistrables, ne sont guère appropriés en tant que supports d archivage. Ils peuvent néanmoins être utilisés avec succès pour des copies de travail/d accès si la copie originale d archive se trouve sur un support plus sûr et peut être disponible dans un délai raisonnable au cas où le support d accès serait inutilisable.
Conservation et accès aux objets numériques Au cours de son histoire, la technologie de la conservation des objets numériques et de l accès à ces objets a connu des développements spectaculaires. Les technologies de stockage ont considérablement évolué et continueront d évoluer. Les capacités de stockage progressent de façon exponentielle alors que le coût du stockage ne cesse de diminuer. On n envisage pas de ralentissement de cette tendance. Les supports magnétiques, bandes et disques durs (HDD) sont aujourd hui prédominants dans la conservation professionnelle des objets numériques. Les bandes magnétiques sont utilisées depuis des dizaines d années dans les applications des TI et on continue de les perfectionner pour obtenir de plus grandes densités de données. Ce sont actuellement les supports de conservation des objets numériques les moins coûteux. Leur principal inconvénient, cependant, concerne, de par leur nature même, le temps d accès. Si elles sont stockées dans des juke-boxes et chargées par un système robotique («near-line stockage» - stockage sur disque intermédiaire de second niveau), il faudra quelques minutes pour accéder au fichier désiré. Si les bandes sont stockées de manière conventionnelle sur une étagère (stockage hors connexion) et chargées manuellement, le temps d accès est beaucoup plus long. Les bandes magnétiques sont un support approprié s il faut stocker de grands volumes de données, comme dans le cas des archives sonores et des archives vidéo en développement, mais seulement lorsque le temps d accès n est pas un facteur prédominant. En raison du manque de fiabilité des disques optiques enregistrables actuellement disponibles, le stockage hors connexion de données sur des bandes de sauvegarde est un choix séduisant pour les petits fonds ainsi que pour les approches modestes, évolutives, de l archivage automatisé de données numériques. Aujourd hui, la gestion manuelle hors connexion des bandes de sauvegarde peut être une solution valable pour les stockages jusqu à quelques térabits. Les disques durs magnétiques (HDD) permettent, du fait de leur conception physique, un accès quasi instantané («en ligne») aux données stockées. L Internet et sa demande d accès en ligne à des volumes de plus en plus importants de données ont déclenché une évolution selon laquelle la densité des données des disques magnétiques a été multipliée par 30.000 en 15 ans. Cette évolution s est accompagnée d une baisse spectaculaire des coûts. Les ensembles de HDD sont maintenus en état de fonctionnement permanent pendant la durée de vie des disques, qui est généralement estimée à cinq ans. C est là néanmoins une valeur statistique, et il ne faut pas oublier qu un disque peut cesser de fonctionner à tout moment. Pour assurer une fiabilité suffisante au stockage des données professionnelles, les HDD sont assemblés dans des systèmes «RAID» (ensemble redondant de disques durs indépendants) qui, grâce à des logiciels spéciaux, supportent les pannes. Si un disque cesse de fonctionner, il ne s ensuit pas de perte de données. Le système est automatiquement reconfiguré et les utilisateurs peuvent continuer à travailler. Les ensembles de disques redondants sont disponibles dans un large choix de configurations, des simples «RAIDS de bureau» à des systèmes très complexes. De plus, dans les situations où l accès est essentiel, deux sous-systèmes auto-répliqués d ensembles de disques redondants connectés par un réseau peuvent être installés. Pour obtenir une sécurité maximale, il est aussi possible de stocker le contenu des ensembles de HDD sur des bandes de sauvegarde.
Le stockage hors connexion des HDD est un sujet de discussion dans les milieux de la conservation des objets numériques mais en pratique il n a pas gagné de terrain jusqu ici. Enfin, il faut noter que les HDD destinés à l usage professionnel (SCSI, S-ATA) diffèrent des disques utilisés dans les ordinateurs personnels des consommateurs, tant par leur qualité que par leur prix. Les systèmes RAID sont la solution dans les opérations pour lesquelles le temps d accès est crucial. Ils constituent le domaine par excellence des fichiers d accès à basse résolution (données réduites), tandis que les copies numériques originales d archives en résolution de préservation sont conservées dans des disques intermédiaires de second niveau ou hors connexion. Toutefois, en raison de la baisse de leur prix, de plus en plus de fichiers de préservation sont aussi tenus en ligne. Les systèmes intégrés de stockage robotique sur des disques intermédiaires de second niveau, les systèmes RAID et les combinaisons de ces deux formules sont souvent appelés systèmes de stockage numérique de masse (DMSS). Une composante indispensable de ces systèmes est un logiciel spécialisé qui gère la distribution des contenus entre les diverses unités des supports de stockage, organise l accès, vérifie constamment l intégrité des données des matériels stockés, rafraîchit les données pour éviter leur perte du fait de la détérioration des supports et gère la migration des contenus vers un nouveau système de stockage avec un minimum d aide manuelle avant que l ancien système ne devienne obsolète. Les cycles de migration se succèdent tous les cinq ans en moyenne. Malheureusement, le prix des logiciels ne baisse pas aussi vite que le coût des matériels et des supports de stockage. Cela est un sérieux obstacle à une acceptation plus large des technologies de stockage numérique, surtout dans les pays en développement. Bien que, comme on l a dit, les matériels et les logiciels de stockage numérique ne cessent de devenir plus abordables, le stockage numérique professionnel demeure un défi stratégique, logistique et financier considérable. Alors que dans le monde analogique, les supports stables n exigeaient qu une optimisation de la manipulation et du stockage, ce qui était relativement facile à obtenir dans des conditions à peu près abordables, la réussite de la conservation numérique requiert un engagement permanent en termes d efforts organisationnels et financiers de la part des propriétaires d un fonds.
Où trouver des informations complémentaires: On peut trouver des informations sur la préservation des documents soit dans les normes soit dans les rapports publiés par de grandes organisations ou institutions ainsi que par des experts indépendants. Organisations non gouvernementales et privées CLIR DELOS ECPA erpanet - Electronic resource preservation and access network FIAF - Fédération internationale des archives du film FIAT Fédération internationale des archives de télévision GETTY - Getty Museum Research Institute and Conservation Institute IASA Association internationale d archives sonores et audiovisuelles CIA Conseil international des archives ICOM Conseil international des musées IFLA - Fédération internationale des associations de bibliothécaires et de bibliothèques IPI - Image Permanence Institute JISC - Joint Information Systems Committee OCLC/RGL - Online Computer Library Center/ Research Group Library Domaine d activité Council on Library and Information Resources Network of Excellence on Digital Libraries Commission européenne sur la préservation et l accès Préservation des objets culturels et scientifiques images animées sur tous supports TeArchives télévisuelles Matériels sur l utilisation des outils numériques dans la conservation di Archives et bibliothèques sonores et audiovisuelles Archives de tous types Musées de tous types Bibliothèques de tous types Recherches sur la préservation des images Travaux sur la Préservation numérique Site Web www.clir.org www.delos.info www.knaw.nl/ecpa www.erpanet.org www.fiafnet.org www.fiatifta.org www.getty.edu www.iasa-web.org www.ica.org http://icom.museum www.ifla.org www.imagepermanenceinstitute.org www.jisc.ac.uk www.oclc.org
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Liste des membres du Sous-Comité de la technologie du Programme Mémoire du monde de l UNESCO Julián Bescós George Boston (Rapporteur) Adolf Knoll Fernando Osorio Jonas Palm David de Roure Dietrich Schüller (Président) Informatica El Cortes Inglés Département de l informatisation des archives historiques Madrid, Espagne Tamworth United Kingdom Bibliothèque nationale de la République tchèque Prague, République tchèque Escuela Nacional de Conservación, Restauración y Museografía INAH (Mexique) Mexico Mexique Bevarandebyrn Riksarkivet Stockholm, Suède Department of Electronics and Computer Sciences, Université de Southampton Southampton, Royaume-Uni Phonogrammarchiv der Österreichischen Akademie der Wissenschaften Vienne, Autriche Marie-Thérèse Varlamof Programme PAC de l IFLA, Bibliothèque Nationale de France Paris, France Spécialiste du programme de l UNESCO Abdelaziz Abid Paris, France UNESCO