Commentaire de la pratique du. nyoung-nè



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Transcription:

Commentaire de la pratique du nyoung-nè

Une retraite intensive de purification 1995 pour tous pays : éditions Vajra Yogini. 81500 Marzens (France) Tél : 33 (0)5 63 42 00 06, télécopie : 33 (0)5 63 58 03 48 contacts@vajra-yogini.com http://www.vajra-yogini.com 2009 deuxième édition revue et corrigée (1 ère édition publiée en 1995 sous le titre : La Pratique du Nyoung Nai) ISBN : 2-911582-70-5 EAN : 9782911582707 Photos de couverture : Thangka de Tchènrézi appartenant à Lama Kyabjé Zopa Rinpoché Guéshé Lobsang Tèngyé (photo M. Henry) Mise en page : Omorfia 81500 Marzens (France) omorfia@orange.fr Commentaire de la pratique du nyoung-nè Une retraite intensive de purification Guéshé Lobsang Tèngyé Traduit du tibétain en anglais par Tènzin Trinley Traduction française d éléa Redel assistée de Michel Henry Toute reproduction, même partielle de cet ouvrage pour un usage autre que strictement privé, par tous les moyens y compris la photocopie, doit être soumise à l autorisation préalable et écrite de l éditeur.

In t r o d u c t i o n S Selon le grand maître Lama Tsongkhapa, il y a deux types de véhicules de pratiques spirituelles menant à l éveil : le véhicule de la perfection (skt. paramitayana) et le véhicule tantrique (skt. vajrayana), c est-à-dire les véhicules des soutras et des tantras. Tout comme le soleil et la lune sont connus de tous, l on sait très bien que la pratique du véhicule tantrique mène plus rapidement à l éveil que celle du véhicule de la perfection. Selon de nombreux textes, quelle que soit la pratique dans laquelle nous nous engageons, l esprit d éveil (skt. bodhicitta) est la pratique initiale des deux véhicules. Quiconque possède l esprit d éveil est appelé «fils de Bouddha» et devient, pour tous les êtres, un objet digne d hommage. Nécessité de développer l esprit d éveil Cet esprit d éveil doit être développé par un entraînement sincère de notre esprit. Il n apparaîtra pas spontanément, sans aucun entraînement. Pour faire ce travail, il faut tout d abord suivre les conseils d un maître spirituel à la motivation pure, puis à l aide d une préparation exemplaire, il sera possible d éliminer progressivement les obstacles à l esprit d éveil. Il n existe pas de bodhisattva qui n ait entraîné son esprit dans la pratique de l amour et de la compassion. Atisha 1 a dit qu avant d entraîner notre esprit au développement de l esprit d éveil nous devons 1. Atisha Dipamkara Shri Jnana (980-1054), maître indien né au Bengale qui a activement participé à la seconde diffusion du bouddhisme au Tibet. Pour plus de détails, lire notamment Dromteunpa l Humble Yogi, éditions Vajra Yogini. 5

nous exercer à développer l amour et la compassion. Pour déployer une grande compassion correcte, il faut se familiariser avec les six causes (reconnaître tous les êtres comme sa mère, se souvenir de la bonté des êtres, rendre cette bonté, développer l amour impartial, la compassion et l attitude extraordinaire) et à travers ces pratiques, essayer de développer une attitude d amour envers tous les êtres. Nous pouvons estimer avoir développé la compassion juste si nous ressentons pour tous les êtres un amour semblable à celui que nous ressentons pour notre enfant unique, et que spontanément nous vient le souhait de les libérer de la souffrance. Prendre conscience qu il n y a pas de différence entre nous-mêmes et les autres amène un état de compassion duquel surgit tout naturellement un incroyable souhait d atteindre l éveil pour le bien de tous les êtres. Dès que nous pensons aux êtres, tout naturellement apparaît le souhait de les libérer de la souffrance et de les mener vers le chemin du bonheur. Nécessité de pratiquer la voie commune Pour développer une compassion juste aussi puissante, il est bon tout d abord de reconnaître notre propre souffrance et d avoir une peur effroyable des souffrances du cycle des existences (skt. samsara). Une telle attitude de renoncement aux plaisirs de l existence cyclique se développe tout d abord en travaillant sur notre esprit et en l exerçant au détachement de cette vie, et en souhaitant développer le bonheur pour les vies à venir. Nous souvenant de cela, nous prenons refuge dans les Trois Joyaux précieux. Puis nous devons exercer notre esprit à la pratique de la loi de cause à effet et respecter la loi du karma. Afin d accomplir correctement une telle pratique nous devons suivre les conseils d un maître capable de nous montrer le chemin de la façon la plus juste. Pour pratiquer le tantra nous devons progressivement étudier et méditer sur tous les points de la «Voie graduée vers l éveil» (tib. lam-rim). Sans cette pratique du lam-rim, celle du tantra ne sera pas vraiment efficace. C est pourquoi nous devons tout d abord méditer sur la précieuse renaissance humaine, nous rendre compte à quel 6 Introduction point elle est difficile à obtenir une nouvelle fois et reconnaître la valeur inestimable du but qu elle permet d accomplir. La meilleure façon de rendre sa vie utile est de s engager dans la pratique du grand véhicule (skt. mahayana). Quiconque développe l esprit d éveil devient un pratiquant du mahayana. Si notre pratique de l esprit d éveil se limite à de simples mots, alors nous n avons que le nom de «mahayaniste». Pour cette raison nous devons tout d abord purifier et éliminer tous les obstacles à la pratique d une telle voie, c est-à-dire : 1. Penser à l impermanence et à la mort, car si nous ne pratiquons pas correctement, nous pouvons renaître dans les royaumes inférieurs. 2. Développer un profond détachement aux plaisirs de l existence cyclique, puis exercer notre esprit à éliminer le chérissement de soi, ainsi que l attachement à notre plaisir pour le nirvana, par la pratique de l amour et de la compassion. 3. Développer le souhait d exercer notre esprit à la bodhicitta, puis prendre les vœux de bodhisattva et familiariser notre esprit avec ces vœux. Si, ayant ainsi entraîné notre esprit, nous développons le puissant souhait de pratiquer le tantra, tout est pour le mieux ; sinon, nous devons au moins étudier la voie commune car, sans elle, notre pratique du tantra ne deviendra pas stable. Si nous n obtenons aucune réalisation dans la voie commune, il est bon au moins de se familiariser avec cette pratique avant de s engager dans le tantra. Qualités du tantra Obtenir l éveil en suivant la voie tantrique est une méthode bien supérieure à celle utilisée par la voie des soutras. La différence ne vient ni de l esprit d éveil, ni de la motivation, ni de la pratique ellemême, car les deux véhicules expliquent la nécessité de s exercer à l esprit d éveil et aux six perfections inclus dans la voie commune aux soutras et aux tantras. Celui qui pratique le tantra doit avoir une intelligence plus vive que le pratiquant du véhicule de la perfection. 7

Quel que soit le niveau de tantra, les pratiques de l esprit d éveil et des six perfections sont nécessaires. Dire que la pratique du tantra est supérieure ne signifie pas que le tantra est seulement plus rapide que la pratique des soutras pour obtenir l éveil. Dans le véhicule de la perfection, certaines pratiques permettent d atteindre l éveil plus rapidement que d autres. Certaines de ces pratiques exigent un long entraînement alors que d autres sont un peu plus rapides. Dans le véhicule de la perfection, nous trouvons donc différentes «vitesses» pour atteindre l éveil. Ces allures différentes sont comparées à celles du soleil, de la lune, du chariot tiré par un cheval ou par un éléphant, etc., il y a ainsi de nombreuses analogies. La différence entre le tantra et le véhicule de la perfection n est pas liée non plus à la réalisation de la vacuité. Il n y a pas de distinction entre la réalisation de la vacuité obtenue par la pratique du tantra et celle réalisée par les soutras. Même dans le véhicule inférieur, les shravakas, les auditeurs, et les pratyékabouddhas, les réalisateurs solitaires, ont développé la vue juste de la vacuité, tous deux réalisent correctement le mode d existence des phénomènes. Le pratiquant du véhicule du tantra et celui des soutras ont, tous deux, le souhait d atteindre la bouddhéité ; tous deux font des efforts pour atteindre l éveil et libérer tous les êtres des trois royaumes. L accomplissement suprême, l éveil total, est le même. Il n y a pas de différence non plus en termes de résultat : que l on obtienne la bouddhéité en suivant le véhicule de la perfection ou celui des tantras, l état de bouddha est le même. Les causes pour accomplir la bouddhéité sont l accumulation de sagesse et l accumulation de mérites. Grâce à l accumulation de mérites, on obtient le corps de forme (skt. roupakaya). Grâce à l accumulation de sagesse on obtient le corps de vérité (skt. dharmakaya). Soutras et tantras mènent à l obtention de la bouddhéité, tous deux pratiquent la sagesse qui réalise la vacuité et la méthode des six perfections, ainsi que la manière de parvenir au stade d unification. 8 Introduction Nous avons deux types de corps de bouddha : le corps de vérité et le corps de forme, et c est ce dernier qui nous apparaît directement et devient bénéfique aux êtres. La différence principale entre le véhicule de la perfection et le véhicule tantrique provient des causes mises en œuvre permettant de parachever le corps de forme, celui qui apparaît directement aux êtres et enseigne. Dans le véhicule de la perfection, les causes pour atteindre le dharmakaya viennent de la méditation sur la nature ultime de tous les phénomènes comme étant vide de toute élaboration. Par contre, on n y trouve pas les causes permettant d atteindre le roupakaya qui sont spécifiquement expliquées dans le véhicule du tantra. Selon celui-ci, la cause principale pour atteindre le roupakaya est de se visualiser soi-même sous la forme de la déité (qui devient alors l objet de concentration) tout en méditant sur l absence d existence intrinsèque de cet objet. D après le tantra, le corps de vérité et le corps de forme sont de même nature. Dans le véhicule de la perfection, on développe les causes permettant d atteindre l éveil. Mais la particularité du tantra réside dans l utilisation du résultat au moment même du chemin causal. C est la grande différence entre soutras et tantras. Par exemple dans les soutras la visualisation de l environnement du Bouddha pendant la période causale n est pas expliquée alors qu on l utilise sur la voie tantrique. C est pourquoi elle est appelée le «vajrayana résultant». Pourquoi en est-il ainsi? Parce qu au cours de la pratique nous imaginons maintenant tout ce que nous allons atteindre dans l avenir. Pendant la période du chemin, nous pratiquons déjà la terre pure, le corps pur, ainsi que la pure richesse du Bouddha, (toutes les offrandes faites aux déités). Dans le tantra, nous pratiquons également les activités pures du Bouddha, enseigner et faire du bien à autrui. Voilà les caractéristiques spécifiques de la pratique tantrique. Dans le véhicule de la perfection, la production de soi-même en tant que déité n est pas expliquée. Il n y a pas non plus d explications concernant la manière de prendre l aspect du Bouddha avec toutes 9

ses marques majeures et mineures. Dans la voie tantrique par contre nous trouvons ces explications. La différence entre soutras et tantras vient donc des causes qui permettent d obtenir le corps de forme, mais non pas du corps de vérité. La pratique du tantra est supérieure en trois points : du point de vue de la visualisation, des conditions et du comportement. 1. Visualisation : Dans le véhicule du tantra on trouve la pratique de visualisation sous la forme de la déité, qui n est pas expliquée dans le véhicule de la perfection. Ce type de visualisation permet d accumuler des mérites très rapidement, en imaginant que toutes les apparences sont la déité. 2. Conditions : Ces conditions sont très puissantes du fait même de préserver la pureté des promesses faites, de prendre des vœux et de méditer sur les déités des mandalas. Ainsi nous recevons très rapidement les bénédictions des bouddhas. 3. Comportement : Lorsque l on pratique le tantra, on se comporte comme un bouddha, ce qui signifie que l on aide les autres, que l on enseigne, etc. Le fait de se voir soi-même comme un bouddha a une grande influence sur notre comportement. Chaque instant de cette pratique de visualisation sous la forme de la déité, du Bouddha ou d un bodhisattva permet d accumuler des mérites. Maintenir une telle pratique secrète est une autre caractéristique du tantra. Il n est pas bon de parler de pratiques tantriques à ceux qui n ont ni foi ni respect ou qui n observent aucun vœu. Pratiquer le tantra signifie protéger son esprit du comportement mondain ordinaire. Ceci a un sens très profond : il s agit de protéger son esprit des plaisirs de ce monde, de la chute dans les royaumes inférieurs dans les vies prochaines, de la chute dans les deux extrêmes et de la stagnation dans l extrême du bonheur pour soi-même, de l erreur de la saisie de la dualité des choses et de l existence en soi. Conduire ainsi son esprit à l obtention de l éveil en pratiquant les deux véhicules des soutras et des tantras, voilà ce que l on appelle le véhicule du mantra. 10 Introduction Pratiquer l union de la méthode et de la sagesse Le tantra explique comment atteindre l éveil dans une courte vie humaine en accumulant les causes nécessaires à l obtention du corps de forme. La méthode vaste explique comment atteindre le corps de forme, et la méthode profonde, comment obtenir le corps de vérité. Ce qui signifie que l obtention des deux corps du Bouddha nécessite l application de la sagesse et la méthode. La sagesse sans la méthode ou la méthode sans la sagesse ne mènent pas au résultat. Les deux doivent être pratiquées et considérées comme une aide mutuelle. Les shravakas ont réalisé la vacuité directement et abandonné les émotions perturbatrices. Ils sont à même d obtenir la libération du cycle des existences. Une telle sagesse réalisant la vacuité est commune. Tous les différents types d êtres, qu ils pratiquent le hinayana ou le mahayana, se doivent de la réaliser. La caractéristique principale du véhicule du mahayana est de guider les êtres grâce à une émanation du corps de forme. 11

Guélongma Palmo LLe sujet de cet enseignement porte sur la pratique du nyoungnè, pratique liée à la grande compassion. Le Nyoung-né appartient au premier niveau des tantras, le tantra de l action (kriya tantra en sanskrit) qui a été enseigné par le Bouddha. Cette pratique s est répandue en Inde puis graduellement au Tibet. La pratique du nyoung-nè qui a fleuri au Tibet et qui est expliquée ici, provient de la lignée de Guélongma Palmo [skt. bhishouni Lakshmi ou bhikshouni Shrimati]. Pourquoi la lignée de cette moniale pleinement ordonnée (skt. bikshouni, tib. guélongma) indienne a-t-elle fleuri au Tibet? C est parce que cette bikshouni a créé les nombreuses conditions nécessaires à cela, et qu elle avait comme support de méditation une statue de Tchènrézi. Grâce à ses pouvoirs miraculeux, Guélongma Palmo s était rendue au Tibet. Elle avait caché cette statue de Tchènrézi, tel un trésor, au fond d une cavité dans la montagne près du monastère de Séra. Il y avait là beaucoup de bergers qui gardaient des moutons et des chèvres. Une chèvre allait constamment se cacher dans la même grotte. Un jour, le berger, se demandant pourquoi sa chèvre allait toujours se réfugier dans ce trou, lança une pierre dans la pénombre. Il entendit un bruit, comme si le caillou avait touché une assiette de cuivre. Il pénétra dans la grotte et vit la statue de Tchènrézi qu il offrit plus tard au monastère de Séra. Cette statue se trouve toujours au monastère de Séra. C est ainsi que la pratique du nyoung-nè se répandit au Tibet. Guélongma Palmo a vraiment existé, on peut encore voir la base qu elle utilisait pour faire l offrande de mandala au monastère de Tashilounpo. 13

Guélongma Palmo appartenait à la caste royale. Dès son jeune âge, elle avait pris des vœux et étudiait intensément tous les soutras et tantras guidée par de nombreux maîtres. Elle vivait véritablement dans la pure moralité de tous ses vœux de bikshouni. Elle avait reçu de nombreuses instructions spirituelles de grands yogis. Après un certain temps, dû à son karma passé, elle contracta la lèpre. Une des raisons de sa maladie était en effet liée à son karma passé, mais comme elle était très belle, elle avait intentionnellement provoqué cette maladie pour se protéger de l attachement des autres et également pour pouvoir pratiquer. Son corps la faisait beaucoup souffrir, car il se déformait entièrement. Elle demanda alors conseil au roi Indrabodhi. Ce dernier lui dit que Tchènrézi était le chef de tous les nagas et esprits locaux, et que pour faire cette pratique elle devait se rendre à l endroit où se trouvait une statue de Tchènrézi à onze têtes. Elle devait pratiquer non loin de là, à l endroit où était inscrit le mantra à six syllabes, Om mani pédmé houm. Ainsi, sans aucun attachement envers ses amis ou ses parents, elle se rendit dans ce monastère et récita de nombreux mantras du Bouddha de la compassion, mais cela ne fût pas très bénéfique. Elle faisait ses prières et sa pratique de Tchènrézi à onze têtes pendant la journée, mais comme les femmes ne pouvaient pas rester dans les monastères la nuit, elle retournait près de l inscription du mantra à six syllabes. Puis, pendant une semaine elle fit une requête intense au mantra qui se transforma alors en Tchènrézi à onze têtes. C est à ce moment-là que sa lèpre fût complètement guérie et qu elle obtint de hautes réalisations. Elle développa une bodhicitta incroyable ainsi qu une immense compassion. Son corps devint à nouveau très beau, plus beau qu auparavant. Elle développa une concentration très puissante. Grâce à la force de son amour et de sa compassion, elle vainquit et dompta tous les esprits malfaisants et les mauvaises énergies. Il est dit que les quinze protecteurs devinrent ses assistants et qu elle eut la vision directe de Tara et du Bouddha Amoghasiddhi. Le quinzième jour du quatrième mois du calendrier 14 Guélongma Palmo tibétain, jour de la pleine lune, elle eut la vision directe de Tchènrézi et pour finir, un accomplissement spirituel très puissant. De retour au village, comme elle était plus belle qu avant, beaucoup de personnes commencèrent à médire d elle, disant qu elle était devenue belle parce qu elle avait transgressé ses vœux et pris plaisir à la vie mondaine. Toutes sortes de choses furent colportées à son sujet. Dans ce village avait lieu un festival de Tchènrézi appelé «Kasapani» durant lequel beaucoup de monde se rassemblait. Pour clarifier toutes ces médisances, le jour du festival, elle se trancha la tête, la piqua sur une tige de fer et dansa en exprimant cette parole de vérité : - S il est vrai que j ai transgressé mes vœux, que ma tête ne revienne jamais sur mon corps. Mais si je n ai rien transgressé, puissè-je redevenir normale. Aussitôt la tête rejoignit son corps et elle manifesta de nombreux pouvoirs miraculeux. Toutes les personnes qui avaient eu des doutes et avaient médit à son sujet, changèrent d attitude et développèrent une foi profonde. Elle transmit ensuite de nombreuses initiations, des bénédictions, et beaucoup de personnes devinrent des pratiquants accomplis. à partir de ce moment-là, Guélongma Palmo devint très populaire. Elle œuvra intensément pour la préservation de la doctrine par la pratique de Tchènrézi et composa la pratique du Grand Compatissant et de nombreux autres textes. Cette lignée de Tchènrézi en relation à la pratique du nyoung-nè vient en fait du Bouddha Shakyamouni. La lignée distante se réfère au Bouddha Shakyamouni et la lignée proche se réfère à Guélongma Palmo. Les deux pandits Guélongma Palmo avait beaucoup de disciples. Les deux principaux s appelaient Dawa Shouno et Yéshé Sangpo. Fils de brahmane, né dans la partie occidentale de l Inde, Dawa Shouno était un grand érudit (skt. pandit). Il était très intelligent. Il avait pris l ordination à l âge de treize ans et plus tard, devint un grand expert dans les cinq 15

arts des connaissances, tout particulièrement dans le soutra du son. à vingt et un ans, il prit l ordination complète et devint bikshou. Son disciple, Yéshé Sangpo, était un pratiquant très sérieux et très puissant. Mais un jour, il tomba gravement malade. Il envoya alors quelqu un chercher son maître. Le messager qu il avait choisi avait le pouvoir miraculeux de la rapidité, il arriva donc très vite chez Dawa Shouno. Tous deux prirent rapidement le chemin du retour. Mais en cours de route, à cause de certains obstacles, ils s endormirent un moment. Dawa Shouno rêva d une jeune fille qui portait des habits de feuilles et tenait une fleur outpala dans la main. Celle-ci lui dit : - La maladie de votre disciple Yéshé Sangpo est due à une transgression en rapport avec son maître spirituel précédent, vous ne pourrez pas le guérir. En fait, il a un gros abcès dans son corps. La meilleure façon de l aider est d aller voir Guélongma Palmo, grande pratiquante du Grand Compatissant Tchènrézi. Elle a reçu de nombreuses initiations et a obtenu des réalisations suprêmes. Elle habite à Dreunpou Sèpè Tsèl. Au réveil, ils se rendirent chez Guélongma Palmo et avec elle, allèrent au chevet de Yéshé Sangpo. Celui-ci était le fils d un roi. L abcès qui le faisait souffrir était dû à l influence négative de certains esprits. Il avait bien invité un grand yogi et reçu une initiation, mais son problème empirait et s accompagnait de fortes douleurs, de sensations de brûlures. On l avait plongé dans un lac d eau froide et l eau s était mise à bouillir. Lorsque Guélongma Palmo et Dawa Shouno arrivèrent, ils firent la pratique de Tchènrézi. L eau du lac se remit à bouillir, mais cette fois Tchènrézi à onze têtes apparut et la douleur fut soulagée. Le disciple reçut la transmission de la pratique de Tchènrézi de Guélongma Palmo et fit sept nyoung-nè, ce qui le guérit complètement. Tous les deux, Yéshé Sangpo et Dawa Shouno obtinrent les réalisations suprêmes. Cette pratique du nyoung-nè de Tchènrézi à mille bras est dite être à l origine de toute la doctrine, de toute pratique spirituelle et de tous les bouddhas. C est la pratique d un être avancé et intelligent. 16 Guélongma Palmo Guélongma Palmo, elle-même, fit la prière suivante : «Puisse cette pratique devenir très bénéfique aux pratiquants». C est ainsi que la transmission de cette pratique de Tchènrézi fut donnée aux deux pandits, et qu elle put se répandre largement. Elle fut ensuite donnée au pratiquant népalais Pèn Nyapa et graduellement se propagea vers la partie centrale du Tibet. Il y a, ainsi, un grand nombre de maîtres de la lignée qu il n est pas nécessaire de tous mentionner ici. Du Népalais Pèn Nyapa, la lignée se poursuit avec le Tibétain Dawa Gyèltsèn, puis le grand yogi Nipoupa et ainsi de suite... cela prendrait beaucoup de temps de parler de la biographie de tous ces grands êtres. 17

Comment pratiquer pendant la session

I. Pr at i q u e p r é pa r at o i r e L La pratique du nyoung-nè comporte deux parties principales : Comment pratiquer pendant la session et comment pratiquer après la session. La première est elle-même divisée en trois : la pratique préparatoire, le rituel proprement dite et la pratique de conclusion. Autant que possible, le pratiquant doit avoir reçu soit l initiation de Tchènrézi (tib. wang), soit la bénédiction (tib. djénang). La date propice pour commencer la pratique du nyoung-nè est le quinzième jour du quatrième mois du calendrier tibétain car c est le jour où le Bouddha a atteint l éveil. C est le jour particulier du Bouddha. Si l on fait un nyoung-nè ce jour-là, la pratique en devient plus bénéfique. C est également le jour où Guélongma Palmo, la fondatrice de la tradition du nyoung-nè dompta l esprit des cinq maras et obtint les plus hautes réalisations. C est pourquoi le texte dit qu il est très avantageux pour le disciple de pratiquer à l avenir le nyoung-nè ce jour particulier de pleine lune, sa pratique deviendra fructueuse et l obtention des réalisations sera plus rapide. Plus tard vous pourrez faire des nyoung-nès à tout moment, mais pour la première fois, il est bon de commencer ce jour-là. Ceci n est qu une simple information du texte, vous pouvez aussi commencer demain ou tout autre jour. Avant de commencer Si nous commençons par exemple le quinzième jour du mois, la veille sera celui de la préparation du lieu. Ce qui signifie qu il faut alors préparer la salle de méditation, la nettoyer, arranger l autel 21